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Articles sur l'évolution en Tunisie (Le Temps du 27.02.13)

Publié le par Mahi Ahmed

Assemblée Nationale Constituante (ANC)

 

Consensus sur un régime politique mixte

  

Le Président de la République disposera de compétences d’empêchement : droit de dissoudre le parlement et droit de veto sur les projets de loi  

Accord sur les mécanismes de contrôle parlementaire sur le pouvoir exécutif

Les contours du régime politique qui sera inscrit dans la nouvelle Constitution en cours d’élaboration se précisent de plus en plus. Un consensus sur la nature de ce régime s’est largement dégagé au sein de de la commission des pouvoirs exécutif et législatif et des relations entre eux relevant de l’Assemblée nationale Constituante (ANC). Il s’agit du régime mixte appelé encore semi-présidentiel ou parlementaire aménagé qui se caractérise, en fait, par un pouvoir exécutif bicéphale.

  

D’autant plus que les prérogatives sont réparties entre le Président de la République et le Premier ministre.

Les constituants se sont mis d’accord lors des dernières réunions de la commission sur un certain nombre de prérogatives qui seront attribuées au Président de la République. L’accord prévoit que le Chef de l’Etat est responsable de la préservation de l’intégrité territoriale et de l’unité du pays . Il est également chef suprême des armées et le garant de la Constitution.

Le Président de la république se charge aussi des nominations dans les hautes fonctions militaires en plus de sa participation aux nominations au niveau des instances de régulation comme la Cour Constitutionnelle, le Conseil supérieur de la magistrature, ainsi qu’au niveau des instances indépendantes comme celles des médias et des élections.

Compétences d’empêchement

Les membres de la commission des pouvoirs exécutif et législatif et des relations entre eux, le Président de la République dispose de compétences d’empêchement permettant un meilleur équilibre entre les pouvoirs. Ainsi, le Président de la République pourrait opposer un droit de veto sur les projets de loi, un mécanisme qui mène au renvoi des projets de loi devant le parlement.Les projets de loi rejetés doivent être, dans ce cas de figure, révisés et adoptés à la majorité qualifiée de deux tiers ou des trois quarts.

Il dispose également du droit de dissoudre le parlement dans certains cas bien définis comme l’incapacité du Premier ministre choisi par le parti vainqueur des élections de former un gouvernement d’obtenir la confiance du parlement dans les délais prévus par la loi

Le président de la République qui sera bien évidemment élu au suffrage universel a, par ailleurs, la possibilité de consulter le peuple par référendum. Il joue ainsi le rôle d’arbitre et garantit le respect de la Constitution, la continuité de l’Etat et la bonne marche des institutions.

Dans le cadre du régime mixte, le Premier ministre reste, quant à lui, le pivot des institutions, avec son gouvernement. Le Chef du gouvernement aura, en effet, pour principales prérogatives la définition de la politique générale du gouvernement et la gestion de l’administration et de l’appareil sécuritaire.

Mécanismes de contrôle

Un accord a été , d’autre part, conclu sur les mécanismes de contrôle parlementaire sur le pouvoir exécutif au sein de la commission des pouvoirs exécutif et législatif et des relations entre eux. l’accord porte sur le retrait de confiance au président de la République qui peut se faire sur demande d’une majorité bien déterminée des membres du parlement et ne peut devenir effectif que suite à un avis favorable de la Cour Constitutionnelle. Tout retrait de confinace validé au Président de la république empêche ce dernier de se porter de nouveau candidat à la magistrature suprême et ne le dispense pas de poursuites judicaires en cas de haute trahison.

Le contrôle sur le gouvernement s’effectue, quant à lui; à travers les questions orales et écrites adressées à des membres du gouvernement ainsi que par le biais d’une motion de censure. Afin de garantir une certaine stabilité au gouvernement, la présentation d’une motion de censure doit être accompagnée d’une proposition d’un nouveau gouvernement ou du moins d’une nouvelle personnalité à charger de la formation d’un nouveau gouvernement.

Les constituants ont estimé que les accords conclus sont en mesure de garantir un équilibre entre les pouvoirs surtout si les pouvoirs législatif et exécutifs ne sont pas entre les mains d’un seul parti.

Il est à rappeler que la troïka composée du mouvement islamiste Ennahdha, du Forum Démocratique pour la Travail et les Libertés (FDTL ou/ Ettakatol) et dub Congrès pour la République (CPR)avait annoncé, en novembre dernier, un accord prévoyant «un régime parlementaire aménagé dans lequel le président est élu au suffrage universel pour un meilleur équilibre des pouvoirs et au sein du pouvoir exécutif» sans déterminer les prérogatives du Président de la République et celles du Premier ministre.

Walid KHEFIFI

  

Les vraies motivations françaises en Tunisie

 

Oui, la France de Sarkozy a bien flotté aux premières heures de la Révolution Tunisienne. Oui, Alliot Marie s’était laissée aller dans des considérations « militaristes » et logistiques pour maintenir Ben Ali au pouvoir. Sans doute le Printemps arabe dont le berceau reste la Tunisie a-t-il fait les frais d’une remontée de l’islamophobie et surtout pour ceux qui préfèrent une dictature pure et dure à une démocratie islamiste.

 

Les relations historiquement passionnelles entre la Tunisie et la France en sont sorties donc altérées. Y a-t-il lieu cependant de continuer à diaboliser cette France qui nous est proche, qui a donné asile à tous les opposants de Ben Ali – y compris bon nombre de Nahdhaouis parmi eux – et qui héberge 13000 de nos étudiants et des milliers et des milliers de travailleurs depuis la première génération, sachant que nous en sommes maintenant à la cinquième ?

Mais il ne faut pas s’attendre à ce que la France, premier partenaire ou, plutôt, partenaire dans l’absolu de la Tunisie, se désengage d’un coup, et devienne subitement insensible à ce qui se meut dans notre pays, dans le bien et dans le mal.

Hier, François Gouyette, ambassadeur de France en Tunisie est un homme qu’on a dépêché sous nos cieux pour sa profonde connaissance des mouvances maghrébines et des incantations révolutionnaires arabes, eh bien, il l’a confirmé sans chercher à polémiquer : la France n’exercera pas d’ingérences dans les affaires intérieures tunisiennes mais elle n’y sera pas indifférente non plus.

Ceux qui parlent de réminiscences postcoloniales et surtout les slogans réducteurs anti-France lors de la récente manifestation des Nahdhaouis, Avenue Habib Bourguiba font, en l’occurrence, une très mauvaise lecture de l’Histoire. Si la France a réagi à l’assassinat de Chokri Belaïd et qu’elle s’inquiète face au djihadisme/salafisme rampant, c’est parce qu’elle se sent quelque part impliquée. Elle ne voudra pas s’entendre dire un jour qu’elle a, à un certain moment, fait le lit de l’intégrisme à l’instar des autres pays occidentaux, comme elle ne voudra pas que ses intérêts vitaux en Tunisie, et le partenariat tout entier construit depuis 56 ne soient sacrifiés sur l’autel des gradations idéologiques stériles. Car, Gouyette l’a confirmé : son pays reste fortement attaché à la transition démocratique chez nous, à l’intégrité de la société civile et à la liberté de la presse. Autant de pré-requis pour la réussite d’une Révolution.

 

Raouf KHALSI

M. Ghanouchi, des chevaux et des hommes !

 

 

D'un coup le peuple de la rue et des ruralités se découvre helléniste sans le savoir à force d'entendre et de répéter dans tous les contextes le mot " technocrate ".

 

Ce mot, introduit dans une intention magicienne par M. Jebali pour nous installer dans la catharsis artificielle suite à l'assassinat de Chokri Belaïd, a eu le mérite " philologique " de s'annoncer à l'oreille et à l'entendement de Monsieur Tout-le-monde par l'évocation de la " technique ", une notion et un vocable si familier qu'il devient presque de l'arabe dialectal tunisien et même classique quand on pense au mot " teqanî " entré subrepticement dans les lexiques de certains arabes littéraires.

C'est alors que M. Rached Ghannouchi en profite pour faire preuve d'un populisme efficace peut-être mais combien méprisant pour le bon sens un tant soit peu cultivé. Un faux problème, a-t-il déclaré sur les ondes un jour où il était particulièrement inspiré, que ce dilemme d'une équipe é politique " opposée à une équipe " de technocrates ", " puisque MM. Abdellatif Mekki et Khélil Zaouia sont bien des politiques, mais en même temps technocrates, puisque tous deux médecins ! "

Je sais, pour avoir côtoyé M. Ghannouchi dans notre métier commun, jadis, d'enseignants que le super-sage de la Nahdha sit tout sauf la langue d'Homère. Sinon il aurait su que " technè n'est que la première moitié de " technocrate " et que la seconde signifie " pouvoir ". Et que n'importe quel médecin ne saurait forcément chef politique.

A moins que, à moins qu’il ne se nomme… Hippocrate ! Et encore ! Car ce nom d'un illustre médecin ne peut prétendre qu'à un pouvoir (kratos) sur les chevaux (hippoï)…

Al-Massar affirme son attachement à la neutralité des ministères régaliens et des Affaires religieuses

La Voie démocratique et sociale (Al-Massar) affirme son attachement à la neutralité des ministères régaliens et de celui des Affaires religieuses et se dit pour la fixation d’un calendrier précis pour les prochaines élections. A l’issue de sa rencontre, hier, à Dar Dhiafa, à Carthage, avec le chef du gouvernement désigné, Ali Larayedh, le porte-parole officiel d’Al-Massar Samir Taieb a déclaré que l’étape actuelle exige « véritablement » un gouvernement de compétences nationales comme l’avait proposé Hamadi Jebali.

 

 

Samir Taieb a réaffirmé le refus de son parti de prendre part au futur gouvernement, soulignant « nous continuerons à appeler au dialogue dans l’intérêt du pays».

Il est impératif, a-t-il dit, d’engager un dialogue national sous la bannière de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et de parvenir à un consensus politique entre les partis pour accélérer le travail de l’Assemblée nationale constituante (ANC) et parachever l’écriture de la Constitution et des lois soumises pour examen.

De son côté, Jounaidi Abdeljaoued, membre du bureau politique d’Al-Massar a indiqué que son parti « traitera avec le nouveau gouvernement à la lumière de son programme pour l’avenir», appelant à la nécessité d’accélérer l’enquête sur l’assassinat du martyr Chokri Belaid.

Il a qualifié «d’équation difficile» les concertations engagées en ce moment pour former un gouvernement de coalition à travers lesquelles Ali Larayedh s’emploie à «concilier entre neutralité et engagement partisan » dans le nouveau gouvernement.

 

Al Joumhouri ne prendra pas part au prochain gouvernement

Maya Jeribi, Secrétaire générale du Parti Républicain (Al Joumhouri), a affirmé, hier, avoir informé

le chef du gouvernement désigné, Ali Larayedh, que son parti ne prendra pas part au futur gouvernement et appelé à la nécessité d’assurer la neutralité des ministères régaliens.

S’exprimant à l’issue de sa rencontre avec Ali Larayedh, à Dar Dhiafa, à Carthage, Maya Jeribi a déclaré que la gravité de la situation que traverse le pays exige de mettre en œuvre une nouvelle forme de gouvernance et d’adresser un message rassurant au peuple tunisien.

“Le succès de la prochaine étape nécessite de lutter contre la violence, de dissoudre les ligues de protection de la révolution, de fixer un calendrier pour les élections et de parachever la rédaction de la Constitution”, a-t-elle ajouté.

Au fil l’actualité

A pas sûrs vers une dictature morale !

La Tunisie change à vue d’œil depuis un peu plus d’une année. Vers le meilleur ou vers le pire ? L’avenir proche nous le dira. Mais ce qui est certain est qu’on s’achemine pas à pas vers un raidissement de plus en plus perceptible dans un nouveau modèle de société qui rompt avec celui qui était le nôtre depuis l’avènement de l’indépendance, un mode de vie qu’on veut « puritain » et rigoriste avec des balises qui ne souffrent pas la moindre interprétation.

 

 

Cette vague rampante allie la douceur à la violence dans son application selon le degré de résistance ou de refus des uns et des autres.

Le socle de cette campagne qui gagne du terrain a pour fondement une certaine lecture de la religion qui explicitement voit dans les Tunisiens des Musulmans qui ont dévié du droit chemin, qui ont abandonné leur identité pour s’imprégner de mœurs importées d’un « occident décadent » selon les puritains rigoristes de chez nous qui sont les ennemis jurés des réformateurs du 19è siècle et du début du siècle dernier.

Les prémices annonciatrices de la nouvelle doctrine avaient déjà commencé avec les années 1980 avec un accoutrement aussi bien féminin que masculin étranger à notre pays et importé des pays musulmans d’Asie (Arabie saoudite, Afghanistan…)

Les chaînes moyen-orientales y sont pour beaucoup dans ce changement vestimentaire avec leurs prédicateurs qui à longueur de journée fustigent le dévergondage et la « dépravation » des Occidentaux voués à l’enfer, comme tous ceux qui les prennent pour modèle.

Le phénomène à pris de l’ampleur avec ce qu’on appelle le printemps arabe et l’avènement de gouvernement issu de la mouvance islamiste dont le penchant rigoriste est on ne peut plus affiché.

En Tunisie une sorte de police de mœurs à la saoudienne s’est vue octroyée l’autorisation. Elle est jusqu’ici discrète mais tout le monde sait qu’elle est présente notamment dans les quartiers populaires où les conditions de vie sont parfois insupportables. Elle est active à travers ceux qu’on appelle les salafistes.

Ces derniers sont le plus souvent acceptés dans les milieux d’où ils ont enfanté et qui demeurent leur champ de prédilection où il leur arrive d’imposer un code de conduite aux jeunes, garçons et filles.

Ils multiplient les écoles coraniques à l’Afghane dans leurs quartiers, ils collectent de l’argent pour alimenter des caisses qu’ils disent à but d’entraide et de secours pour les démunis.

Mais leurs actions ne s’arrêtent pas à ce niveau, car il leur arrive de passer à l’action en usant de la violence. Les cas de l’attaque de Nessma TV, du cinéma l’Africa, de l’exposition Al Abdellia, des artistes devant le théâtre municipal sont édifiants.

Ils sont partout devant les facultés et les lycées et ils ne manquent jamais l’occasion de faire entendre leur voix pour s’immiscer dans des affaires qui relèvent du domaine de l’autorité publique. Mais le plus préoccupant et ce qui est encore plus frappant c’est de voir cette même autorité complaisante à leur égard allant jusqu’à excuser leurs actes et leur donner raison d’autant plus que le discours moralisateur qu’ils tiennent n’est pas loin de celui de la majorité au pouvoir qui dans certaines situations se trouve sur la même longueur d’onde avec cette mouvance.

La tempête soulevée récemment à cause d’une danse jugée immorale dans un des lycées de la capitale et la prise de position on ne peut plus étonnante du ministre de l’Education nationale est bien édifiante dans ce sens que l’on s’achemine vers un plus de verrouillage de la vie des gens sous la belle enseigne du moralement exigé !

Une tendance dont les risques ne peuvent que déboucher que sur une dictature où l’ordre moral sera le maître mot.

Majed SLAH


Conférence de presse du Parti des Travailleurs

Jilani Hammami : «Crise aigüe et dangereuse»

 

Hier, à son local, le Parti des Travailleurs a tenu une conférence de presse à laquelle ont assisté un nombre important de médias. « Notre pays traverse, aujourd’hui, une crise aigüe et dangereuse multidimensionnelle touchant à l’économie, au politique, au social et à la sécurité et dont la Troïka assume l’entière responsabilité, commence par dire le porte-parole du parti, Jilani Hammami.

 

Ses choix ont entraîné le pays vers une récession économique accrue qui présage un effondrement total, une congestion sociale, une tension politique et l’envenimation de la vie d’une façon générale, ce qui fragiliserait la sécurité et serait un terrain fertile à la violence qui a atteint le meurtre et l’assassinat politique dont le camarade et martyr Chokri Belaïd a payé les frais, ajoute-il».

Désastre économique

« La crise économique touche à son paroxysme, étant donné que le taux de croissance reste encore faible, il ne dépasserait pas les 2,5%, la balance commerciale connaît un déficit de l’ordre de 30%, la moyenne du chômage est au-delà des 17%, l’inflation est passe le seuil de 6% et on s’attend à ce que le déficit du budget général atteigne les 8%, précise Hammami. Ce qui rend ces chiffres encore plus alarmants c’est l’investissement local et externe qui connaît un rétrécissement constant surtout après la récurrence des numérotations des taux négatifs que les établissements internationaux spécialisés ne cessent d’attribuer à l’économie tunisienne. En plus de cela, l’endettement augmente et dépasse les 48% du PIB et les fonds de remboursement des dettes représentent environ les 17% du budget actuel. Et si cette situation économique continue, il n’est pas à éviter que l’Etat se trouve incapable d’affronter les dépenses de gestion et de remboursement des dettes externes. La dévaluation du dinar, qui en est le corollaire, ajoute au calvaire des classes et catégories populaires qui voient leur pouvoir d’achat reculer sensiblement, répand et élargit les manifestations de la pauvreté et du dénuement et la dégradation des services publics, dont notamment la santé, l’enseignement et le transport, ce qui accentue mouvement de la contestation sociale, souligne Jilani Hammami».

Des mesures tangibles

La politique d’étouffement des réclamations de la révolution concernant la réforme de l’administration, les appareils de sécurité, la justice et les médias ainsi que les tentatives de leur inféodation et leur infiltration de la part de Ennahdha à travers les nominations partisanes et les différents autres moyens sont les autres sources d’ennuis du Parti des Travailleurs. Il y a aussi les atteintes récurrentes aux libertés générales et individuelles, la complicité avec les courants religieux extrémistes, les milices et les appareils paramilitaires parallèles et l’impressionnante dissémination d’armes qui aggravent la crise et décuplent leurs appréhensions d’autant plus que la récente découverte du dépôt à « Mnihla » donne lieu à des scénarios terrifiants et chaotiques, d’après les affirmations de Hammami. « Cela laisse soupçonner l’existence de tout un plan de déstabilisation qui serait alimenté par davantage d’assassinats politiques et nous amène à nous persuader que la situation s’achemine vers la suppression des conditions adéquates pour de nouvelles élections, enchaîne-t-il ». Il lance un appel au peuple et aux forces civiles de rester vigilants face à toutes ces menaces. Hammami estime que la dénonciation de la violence est vaine si elle n’est pas accompagnée de mesures urgentes en vue de l’amélioration de la situation économique et sociale pour l’ensemble du peuple, de l’incrimination de l’accusation d’impiété, l’interdiction de l’utilisation des mosquées pour la propagande politique et partisane et la mise d’un terme définitif à l’indulgence vis-à-vis des appels au meurtre et des liquidations physiques quelques en soient les justifications. « Aujourd’hui, il est impératif d’ouvrir un débat politique dans le cadre d’un congrès national pour chercher les moyens adéquats permettant de dépasser la crise et de sauver le pays dans les plus brefs délais. La porte-parole du Parti des Travailleurs met en garde contre tout retard et tout ajournement, car il considère que cela risque fort d’empester encore plus l’atmosphère, d’encourager les parties réactionnaires et extrémistes à développer leurs activités et à s’ancrer dans notre société et d’offrir aux pays et établissements étrangers de s’immiscer dans nos affaires internes et de nous dicter leurs exigences.

La reproduction de l’échec

Conséquemment à tous ces données, le Parti des Travailleurs considère que, malgré les discours creux à propos du consensus et de l’élargissement politique du pouvoir, la désignation de Ali Laârayedh, l’un des grands titres de l’échec de l’ancien gouvernement pour en former un autre est une reproduction et un approfondissement de la crise et dénote l’obstination à continuer de fonctionner avec la mentalité des quotas partisans et du butin. La parti exprime également son attachement au front Populaire et de sa voie révolutionnaire et son action à l’enrichir par de nouvelles énergies et l’amélioration de ses attaches avec le masses. Jilani Hammami souligne aussi le soutien de leur parti à la coalition civile et politique autour de l’initiative appelant à un congrès national de salut et qu’il œuvrera à élargir et à l’activer. A propos de la coordination avec les autres forces refusant la violence, la répression, le terrorisme et la liquidation physique des adversaires politique, le conférencier dit qu’ils sont prêts à coordonner leur action aussi bien sur le plan politique que pratique, c’est-à-dire en envisageant un travail de terrain. Conformément à cet esprit, il finit par dire que la situation actuelle requiert une mobilisation générale pour prévenir le pays contre tous les dangers imminents dont la guerre civile et l’ingérence militaire étrangère.

 

Publié dans TUNISIE Spécial

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Béji Caïd-Essebsi. Leader du parti Nida Tounès:La République tunisienne n’est pas menacée

Publié le par Mahi Ahmed

Béji Caïd-Essebsi. Leader du parti Nida Tounès

«La République tunisienne n’est pas menacée»

le 27.02.13 | 10h00 1 réaction

 

Dans un entretien qu’il nous a accordé, le leader du parti Nida Tounès dissèque la situation politique de son pays et livre son appréciation sur Ennahda et les islamistes, devenus le point de fixation des Tunisiens.
A 87 ans, Béji Caïd-Essebsi ne lâche pas son bâton de pèlerin et force le respect par son engagement politique exemplaire. Convaincu de la nécessaire voie du milieu dans un paysage partagé entre islamistes et gauchistes et menacé par des ruptures périlleuses, il est allé fonder un mouvement rassembleur capable de capter de larges couches sociales qui ne pouvaient se reconnaître dans les discours jugés excessifs à gauche comme à droite. Le mouvement Nida Tounès (l’appel de la Tunisie) est né de ce souci, avant de devenir un parti politique compte tenu de l’adhésion massive et l’engouement qu’il a suscité. En décembre dernier et constatant que le bloc démocratique avait perdu les élections pour cause de divisions, «BCE» appelle à un rassemblement plus large afin d’aborder les prochaines échéances électorales en rangs serrés face à Ennahda. Quatre autres partis le rejoignent pour fonder l’Union pour la Tunisie qui, aujourd’hui, fait peur aux adversaires.

-Pouvez-vous hiérarchiser les dangers qui guettent la Tunisie aujourd’hui ?

Ça c’est une question qui nécessite réflexion. Peut-être que la Tunisie n’est pas aussi vulnérable qu’on le pense. C’est un pays indépendant depuis 50 ans et, pendant ces 50 années, le peuple tunisien a fait beaucoup de progrès, ce qui est dû à l’action du président Bourguiba qui était un grand visionnaire et un très grand patriote. Parmi ses réalisations, il avait généralisé l’enseignement. Au moment où beaucoup de pays pensaient à se défendre par les armes, lui avait investi dans la jeunesse. Aujourd’hui, il n’y a pas un Tunisien en âge d’aller en école qui ne puisse trouver une place – gratuite – à l’école, ce qui a eu pour résultat que le peuple tunisien n’est plus celui d’il y a un demi-siècle. Au début de l’indépendance, notre grand problème était de combattre l’analphabétisme ; aujourd’hui, notre grand problème est de donner du travail aux gens qui ont des diplômes.

C’est ça, la grande réalisation de l’ère Bourguiba. La deuxième chose est que Bourguiba a libéré la femme tunisienne, ce qui est une décision unique dans le monde arabo-musulman ; cette femme occupe actuellement, en politique une place équivalente à celle de l’homme et ceci a changé le paysage politique en Tunisie. Nous avons hérité de cette ère, aussi, une classe moyenne très large. Ces trois ingrédients me permettent de dire que si jamais un jour il y aura un régime démocratique dans un pays du tiers monde, la Tunisie sera la première à accéder à ce titre. C’est vrai qu’il y a des problèmes économiques importants et que pour réussir la transition démocratique, il faut aussi que la situation économique le permette. J’ai l’habitude de citer cette maxime qui dit «il faut un minimum de bien-être pour pratiquer la vertu». Si la démocratie est la vertu, il faut donc un minimum de bien-être et, réellement, ce n’est pas toujours le cas dans tous les pays, notamment en Tunisie où nous sommes un peu en retard sur ce chapitre-là.

J’ai fait cette digression pour dire que la Tunisie n’est pas très vulnérable, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de menace, que sa sécurité n’est pas menacée. Elle est menacée par la pauvreté, par le chômage, par certaines régions qui sont marginalisées par les circuits économiques ; elle est menacée aussi de l’extérieur, pas par des Etats, mais par certains courants, ceux qu’on appelle les djihadistes.

Que certains citoyens puissent avoir des idées différentes de ceux qui les dirigent et qu’ils les combattent, c’est tout à fait normal, mais quand c’est importé, à ce moment-là ça devient un danger. Vous avez, en Algérie, un voisin qui s’appelle le Mali et qui a été menacé. Mais ceux qui le menacent ne sont pas des Maliens, ce sont des gens qui ont des nationalités différentes. Ils menacent le Mali mais aussi ses voisins et l’Algérie a été menacée dans sa sécurité. Malheureusement, il y a des Tunisiens qui sont impliqués dans ces choses, des Tunisiens qui travaillent pour le compte de l’étranger. Ce n’est certainement pas la Tunisie qui a envoyé ces gens-là, mais voilà, ils sont au Mali, ils sont en Syrie… C’est ça, l’internationale djihadiste et cela, c’est une menace réelle. Donc effectivement, nous sommes menacés par ce djihadisme que nous ne pouvons combattre que par la cohésion nationale. Et c’est une constante à laquelle nous devons tous nous attacher.

-Selon vous, Ennahda est-il soluble dans la démocratie ?

Ecoutez, qu’il soit soluble ou non, c’est une autre histoire. Mais qu’on le veuille ou pas, pour le cas de la Tunisie, Ennahda fait partie du paysage politique et va y rester. Ce que nous lui reprochons, c’est qu’il prend plus de place qu’il ne devrait. Nous ne voulons pas avoir un parti dominant, sinon on va aller progressivement vers la dictature.
La Tunisie a fait l’expérience du parti unique et, personnellement, j’ai été élevé dans l’esprit du parti unique, mais ce fut un temps. Au moment où nous combattions la colonisation, évidement c’était valable, mais une fois indépendants, une fois que nous avons fait un grand pas dans le sens de la réalisation de nos objectifs, le parti unique n’est plus la formule qu’il faut, et devient même un handicap. Parce que le parti unique, quelles que soient ses intentions et la valeur de ses hommes, ça débouche sur la dictature.

Ennahda existe actuellement dans le paysage politique. Il gouverne. Mais à mon avis, il n’y a aucun parti qui puisse gouverner la Tunisie tout seul. Il faut effectivement avoir un consensus et malheureusement, ce n’est pas toujours le cas. Mais nous n’avons pas le choix. Même le parti que je préside n’est pas destiné à gouverner tout seul, nous avons dépassé cela et, maintenant, il faut que nous trouvions une formule pour que tous les partis puissent être concernés par ce que nous faisons. Ce n’est pas encore le cas actuellement.

-Au début, Ennahda s’était présenté comme proche de l’AKP turc ; aujourd’hui, à l’épreuve du pouvoir, pensez-vous que les contradictions internes révèlent mieux ses ambitions ?

Il faut comparer des choses comparables. Chaque peuple a son propre génie, sa propre vocation ; il y a la Tunisie, il y a la Turquie. Chaque parti doit se comporter comme il se doit dans son pays. Dire qu’Ennahda va faire comme l’AKP est une fausse image. Il est vrai que pour tout le monde, c’est un parti à référence islamique, mais c’est un parti tunisien et, au fond, la Tunisie est un pays du juste milieu (BCE cite un verset coranique).
C’est vrai aussi qu’à l’épreuve du pouvoir, ils n’ont pas été aussi performants que nous l’avions souhaité. Si j’ai un conseil à leur donner, c’est de dialoguer avec toutes les sensibilités politiques qui sont dans le pays et que s’ils veulent continuer à gouverner, il faut qu’ils acceptent de gouverner avec les autres. Il faut avoir la culture du dialogue et je crois qu’en ce moment, elle fait défaut. Mais la nécessité fait loi et ils doivent trouver un modus vivendi avec les autres composantes de la société tunisienne.

-En autorisant d’autres partis islamistes comme Tahrir et en refusant de dissoudre les ligues de protection de la Révolution, Ennahda ne veut-il pas maintenir une place pour le loup dans la bergerie ?

La dissolution de ces ligues supposées protéger la Révolution est inéluctable et nécessaire. Malheureusement, ces organisations n’ont de ligue que le nom. Leur principale activité est une activité de violence contre les autres partis, principalement Nida Tounes. C’est vrai qu’elles sont d’obédience nahdhaouie et que les responsables d’Ennahda, c’est un peu excessif, pensent qu’elles sont l’âme de la Révolution et prennent leur défense. Tous les partis politiques sont d’accord pour la dissolution de ces ligues, sauf Ennahda évidemment et son allié, le CPR du président actuel, Moncef Marzouki.

-Entre politiques, salafistes et djihadistes, y a-t-il un partage des rôles au sein des islamistes ?

Il ne faut pas tourner autour du pot, ils font partie de la même famille et tout le monde est plus ou moins salafiste. Nous, ne sommes pas contre les salafistes, mais contre ceux qui utilisent la violence. Nous sommes pour l’idée que chaque sensibilité puisse s’exprimer librement dans le pays, sauf d’imposer ses idées par la force. Il y a parmi les salfistes des gens qui utilisent la violence et essayent d’imposer leur façon de vivre et de s’habiller, leur façon de militer par la violence, ce qui est inacceptable.

-Après la Révolution, on a parlé de contre-révolution et des pays étrangers, à l’exemple du Qatar et des Etats-Unis, interviennent pour favoriser les islamistes. Qu’en pensez-vous ?

La Tunisie est un pays souverain et indépendant. Nous étions sous protectorat français et nous nous sommes arrangés pour que cela disparaisse. La Tunisie n’est pas prête à être gouvernée de l’extérieur ni à être sous la coupe du Qatar, de l’Amérique ou d’aucun autre pays. Evidemment, nous avons des relations privilégiées avec ces pays-là, mais entre avoir ce type de relations et croire qu’on peut nous recoloniser sous une forme ou une autre, je crois que ceux qui le pensent ne connaissent pas la Tunisie.

-On assiste à une recomposition du champ politique, notamment avec la création de l’Union pour la Tunisie. Est-ce une manœuvre tactique ou bien un sursaut pour sauver la République ?

Non la République tunisienne n’est pas menacée. Le front que nous avons créé est un front politique et éventuellement un front électoral. Nous l’avons créé parce que les élections du 23 octobre 2011 ont révélé que le paysage politique était très déséquilibré. Il y a un parti très bien organisé qui s’appelle Ennahda et qui a obtenu des résultats assez honorables en remportant une majorité relative à l’Assemblée constituante. Les autres partis n’ont pas eu le même résultat. Pourquoi ? Le même nombre de voix n’a rapporté aucun siège, et le même nombre de voix était aussi réparti entre les autres partis. Le constat est que le paysage politique n’est pas équilibré. Or, notre objectif, quand nous avons mis en place ce processus qui a été consacré par les élections, un processus évolutif vers un système démocratique, était essentiellement l’alternance.

Il faut donc que nous créions les conditions de l’alternance pour pouvoir dire qu’effectivement, nous sommes sur une voie démocratique. Les élections, ce n’est pas la démocratie, c’est peut-être un premier pas vers un régime démocratique. Donc si le paysage politique reste comme il est, il n’y aura jamais d’alternance, c’est pour cela qu’il faut essayer de créer ces conditions-là, en rééquilibrant le paysage politique. Mais ce paysage ne peut être rééquilibré par une pléiade de mini-partis. C’est pour cela que nous avons créé Nida Tounès, mais ce n’était pas l’unique objectif. Nous visions aussi de regrouper nombre de partis de même connotation politique ; des partis du juste milieu, plutôt à gauche qu’à droite. Nous nous sommes réunis plusieurs fois et, maintenant, nous avons conclu un accord pour un front politique et éventuellement un front électoral en cas d’élections. Nous venons de commencer et j’espère que nous ferons suffisamment de réunions pour approfondir nos points de vue sur tous les problèmes politiques.

-Certains acteurs politiques reprochent à Nida Tounès d’abriter d’anciens éléments du régime Ben Ali…

(Rires) C’est une litanie. En réalité, nous sommes à peu près 60 000 adhérents dans Nida Tounès et j’ai compté, l’autre jour : ils sont je pense 24 qui viennent de l’ancien parti unique. Par principe, j’estime que chaque citoyen tunisien a le droit de participer à la vie politique de son pays et si vous lui enlevez cela, ça équivaut à lui enlever sa nationalité.
Cela, personne n’a le droit de le faire, sauf la justice pour des comportements qui relèvent de l’infraction judiciaire. Vouloir exclure tous ceux qui, à un moment ou un autre, ont fait partie de l’appareil constitué par Ben Ali sans reprocher à quelqu’un d’avoir fait ceci ou cela, à mon avis c’est inacceptable. Ben Ali n’est plus là et son parti a été dissous par la justice d’ailleurs ; donc il ne faut pas incriminer les gens éternellement. Ceux qui ont mal agi ou qu’on considère avoir été des éléments nocifs, il faut avoir le courage de les traduire en justice, autrement chacun a le droit de participer à l’activité de son pays et de le servir. C’est ma position. Je ne vais pas chercher les gens pour leur dire venez, mais ceux qui viennent, s’ils n’ont rien à se reprocher – et nous vérifions cela – il n’y a pas de raison qu’on les accueille pas.

-Croyez-vous que le gouvernement d’Ali Laârayedh dépassera les échecs de son prédécesseur ?

L’avenir qui le dira. Certainement, il a déjà beaucoup de handicaps, mais on ne peut juger qu’à la pratique, on ne veut pas condamner les gens avant qu’ils n’aient commencé à travailler.

-Etes-vous inquiet par la situation au Sahel et chez vos voisins ?

La sécurité de la Tunisie est intimement liée à celle de l’Algérie, de la Libye et vice-versa. Nous sommes ces composantes du grand Maghreb dont l’avenir est lié. Dans le passé, nous avons lutté ensemble contre le colonisateur commun, et pour l’avenir aussi, nous devons être ensemble.Ce qui s’est passé en Algérie, à In Amenas, est une chose que nous ne pouvons accepter. Nous nous sommes toujours déclarés solidaires avec les Algériens ; quelle que soit la politique qu’ils suivent, c’est leur affaire. Nous n’intervenons pas dans les affaires intérieures des Etats, mais stratégiquement, nous avons toujours eu des liens qui doivent être pris en considération aussi bien par nos populations et par nous-mêmes que par les étrangers qui doivent savoir que nous sommes très liés.

En tout cas, j’espère que l’Algérie continuera à progresser parce qu’elle a eu le mérite de se libérer d’un colonialisme très important et avec ses propres enfants. Je me rappelle quand nous avons visité l’Algérie avec le président Bourguiba la première fois, après l’indépendance de l’Algérie, c’était émouvant. Bourguiba était un grand patriote, il a embrassé la terre et a dit : «Ce pays qui s’est libéré de ce qu’il a souffert et par ses propres enfants, il faut le saluer et le respecter.»

Nouri Nesrouche

Source : El Watan du 27.02.13

Publié dans TUNISIE Spécial

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Mutation des marchés de l’énergie : déconnection, interaction ou convergence ?

Publié le par Mahi Ahmed

Mutation des marchés de l’énergie : déconnection, interaction ou convergence ?

Par : Mustapha MEKIDECHE

En vérité, de tout temps, les prix de l’énergie, comme pour les autres marchés, sont déterminés par les mêmes fondamentaux : rencontre et/ou anticipation de la rencontre entre une offre et une demande, évolution des technologies et des coûts de production, contexte géopolitique. Sachant leur impact déterminant sur l’économie algérienne, qu’y a-t-il alors de particulier dans les mutations récentes ou potentielles des marchés de l’énergie? Les différents colloques et rencontres sur l’énergie tenus ces dernières semaines en Algérie, à la veille de la célébration du 24 février, ont placé ce thème au cœur de leurs travaux. Pour ma part, j’essayerai de contribuer à ce débat en répondant à deux questions essentielles qui structurent cette problématique. La première est d’ordre géopolitique : assistera-t-on à l’émergence d’un marché mondial unifié du gaz naturel effaçant la segmentation actuelle entre le marché américain, européen et celui de l’Asie-Pacifique ? La seconde renvoie spécifiquement au prix des différents éléments du mix énergétique : ces derniers sont-ils indépendants ou à l’inverse sont-ils corrélés dans cette transition énergétique dans laquelle tout le monde marche à reculons ? Au-delà des nombreuses incertitudes qui pèsent sur les marchés de l’énergie, j’aborderai ces deux questions à l’aune des stratégies locales, comme font d’ailleurs tous les autres experts et acteurs qui défendent d’abord les intérêts auxquels ils sont rattachés. Je voudrais d’abord évacuer la question de la déconnection des prix de l’énergie. Dans le cas qui intéresse l’Algérie c’est celle de la “désindexation”, recherchée par certain pays consommateurs et même par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), entre le prix du pétrole et celui du gaz naturel. Une telle démarche est contre-productive à long terme pour les pays consommateurs eux-mêmes, singulièrement européens, en ce que cela va casser une dynamique d’investissement difficilement construite dans l’amont et la liquéfaction. Une fois les excédents conjoncturels de gaz naturel absorbés par le marché européen, la reprise de la croissance européenne ne va pas trouver, le moment venu, suffisamment d’offre à défaut d’investissements réalisés par les pays exportateurs. Cela c’est l’histoire de l’industrie du gaz qui nous l’enseigne. Ceci dit, où est-on en matière d’interaction ou de convergence entre les marchés américain, européen et asiatique du gaz naturel ? Mon sentiment est que ces trois marchés ont des caractéristiques structurelles qui les différencient durablement. Au mieux le marché américain sera autosuffisant en matière de gaz naturel et ne dégagera pas de quantités significatives pour les deux autres marchés. La preuve en a été faite par Yves de Mathieu de l’Institut français du pétrole (IFP) qui a analysé les différents scénarios de production de gaz de schiste aux Etats-Unis. Il a estimé ainsi “qu’à 6 dollars le Mbtu les réserves économiquement exploitables atteignent 20 000 milliards de m3 mais qu’à 4 dollars le Mbtu, il n’y en a plus que 2800 milliards”. D’où le fait qu’en septembre 2008, au prix de 8 dollars le Mbtu, il a été réalisé 1 600 forages et qu’en juillet 2009, avec un prix de 4 dollars le Mbtu, il n’en a été réalisé que 600. Ce qui explique une croissance de production de gaz de schiste en 2012 moins forte qu’en 2011.La menace de surproduction de gaz aux Etats-Unis, avec effets sur les prix dans les autres marchés, s’estompe dans les faits. S’agissant de l’Europe, quoiqu’en dise Didier Holleaux, directeur E/P de GDF Suez sur “les incertitudes majeures qui pèsent sur le marché européen”(prolongation des centrales nucléaires, baisse du prix du charbon initialement destiné au marché américain, faible croissance), ce continent n’est pas prêt à sauter vers les E/R en faisant l’impasse sur le gaz naturel. Quant à l’Asie, avec le syndrome de Fukushima et malgré le recours massif au charbon en Chine, elle est la zone qui tire la demande gazière vers le haut. On attendra donc pour la convergence des marchés du gaz naturel. Pour être complet, un mot sur le pétrole. Selon les dernières estimations de l’AIE, la demande mondiale s’élèvera à 90,8 millions de barils/jour en 2013 soit une hausse de 1% par rapport à 2012. Cette dernière estime par ailleurs que “le marché pétrolier, comme le démontrent les dernières données, est largement influencé par des risques politiques accrus”.
Il y a donc moins de soucis à se faire, pour nous, en matière de stabilité des cours pétroliers en 2013. En conclusion, quels enseignements doit-en tirer ? Le premier est de consolider et ensuite d’élargir notre offre gazière et pétrolière pour sauvegarder nos parts dans des marchés de plus en plus concurrentiels. Cette sauvegarde et élargissement de nos parts de marchés doivent passer également par l’utilisation de notre carte d’acheteur auprès des grands pays fournisseurs (France, Espagne, Italie, Chine, Turquie par exemple). Le second est en rapport avec l’exportation des E/R. On voit bien que tout le monde marche à reculons quand il s’agit de la transition énergétique, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe. Il faudra donner du temps au temps à ce projet pour éviter d’investir trop tôt pour des marchés qui ne sont pas prêts à nous assurer des retours sur investissements. Cette étape est celle du gaz naturel. Gagnons déjà cette bataille. On verra après.


m. m

Sourtce : Liberté du 27.02.13

 

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L' indigné STEPHANE HESSEL est mort

Publié le par Mahi Ahmed

L' indigné STEPHANE HESSEL est mort 

Salut

 

Stéphane Hessel, l’auteur de "Indignez-vous" est mort dans la nuit de mardi à mercredi, a-t-on appris auprès de son épouse Christiane Hessel-Chabry.
L’écrivain, résistant, diplomate, ambassadeur et militant politique français avait 95 ans.

 

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Stéphane Frédéric Hessel, né le 20 octobre 1917 à Berlin et mort le 27 février 2013, fut un diplomate, ambassadeur, résistant, écrivain et militant politique français.
Né allemand, Stéphane Hessel arrive en France à l’âge de 8 ans. Naturalisé français en 1937, normalien, il rejoint les forces françaises libres en 1941 à Londres. Résistant, il est arrêté et déporté à Buchenwald puis à Dora et ne doit la vie qu’à une substitution d’identité avec un prisonnier mort du typhus et à son évasion.
Il entre au Quai d’Orsay en 1945 et fait une partie de sa carrière diplomatique auprès des Nations unies (dont le siège est à l’époque installé en France, à Paris au Palais de Chaillot) où il assiste comme témoin privilégié à la constitution de la charte des droits de l’homme et du citoyen. Homme de gauche et européen convaincu, il est ami de Pierre Mendès France et Michel Rocard.
Stéphane Hessel est connu du grand public pour ses prises de position concernant les droits de l’homme, le problème des « sans-papiers » et le conflit israélo-palestinien ainsi que pour son manifeste Indignez-vous ! paru en 2010, au succès international.

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Prises de position sur le conflit israélo-palestinien
En août 2006, Stéphane Hessel signe un appel contre les frappes israéliennes au Liban, paru dans Libération et L’Humanité.
Le 5 janvier 2009, Stéphane Hessel déclare à propos de l’offensive israélienne dans la bande de Gaza : « En réalité, le mot qui s’applique – qui devrait s’appliquer – est celui de crime de guerre et même de crime contre l’humanité. Mais il faut prononcer ce mot avec précaution, surtout lorsqu’on est à Genève, le lieu où siège un haut commissaire pour les droits de l’homme, qui peut avoir là-dessus une opinion importante. Pour ma part, ayant été à Gaza, ayant vu les camps de réfugiés avec des milliers d’enfants, la façon dont ils sont bombardés m’apparaît comme un véritable crime contre l’humanité. »
Le 4 mars 2009, Stéphane Hessel est membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine. Il préside la conférence de presse organisée à l’occasion de son lancement. En novembre, il apporte son soutien à Salah Hamouri, un Franco-Palestinien emprisonné en Israël reconnu coupable, par la justice israélienne, d’appartenance au Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et de complot d’assassinat.
Le 30 décembre 2009, Stéphane Hessel cite Israël dans une liste d’États « tyranniques », parmi la Chine, la Russie et l’Iran, avec lesquels le commerce ne doit pas primer sur les droits de l’Homme. Le 15 juin 2010, il appelle à participer au mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions contre Israël, soulevant l’indignation du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme qui porte plainte pour « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence ». En octobre 2010, Pierre-André Taguieff, paraphrasant Voltaire, écrit sur son mur Facebook : « Un soir au fond du Sahel, un serpent piqua le vieil Hessel, que croyez-vous qu’il arriva, ce fut le serpent qui creva », puis supprime le commentaire quelques heures plus tard. Le ton des propos tenus par Taguieff entraîne une polémique publique, au cours de laquelle le politologue développe ses reproches envers Hessel et contre les positions de ce dernier à l’égard d’Israël, qu’il juge « extrémistes ».
Début janvier 2011, naît une polémique à propos de l’annulation d’une rencontre organisée à l’ENS avec Stéphane Hessel. Le CRIF demande, en janvier 2011, au ministre des universités, Valérie Pécresse, et au rectorat de Paris, d’empêcher la tenue à l’École normale supérieure, d’un colloque-débat auquel devait participer Stéphane Hessel mais aussi Leïla Shahid, Haneen Zoabi (députée arabe au parlement israélien), Michel Warschawski, Élisabeth Guigou, Gisèle Halimi et Benoist Hurel (secrétaire général adjoint du Syndicat de la magistrature), ce parce que son objet serait de promouvoir un boycott anti-israélien. Monique Canto-Sperber, directrice de l’ENS, annule ce débat le 12 janvier 2011, provoquant une polémique. Mediapart, en première ligne, dénonce les pressions revendiquées du CRIF et l’attitude de la direction de l’ENS : plusieurs personnalités, dont Alain Badiou, Jacques Rancière et Esther Benbassa dénoncent un acte de censure et une atteinte à la liberté d’expression. Pour sa part, niant toute influence extérieure dans sa décision, Monique Canto-Sperber a expliqué avoir annulé l’événement dans la mesure où, d’après elle, au lieu d’une simple rencontre entre Stéphane Hessel, quelques normaliens et les élèves de l’école, il se préparait un meeting ouvert à un large public extérieur autour d’une association pro-palestinienne appelant au boycott des professeurs israéliens. Un rassemblement « pour soutenir la liberté d’expression », auquel a participé Stéphane Hessel, a eu lieu place du Panthéon. Au mois de mars 2011 des universitaires américains, canadiens et britanniques signent une pétition contre l’interdiction de la conférence de Stéphane Hessel.

Œuvres de Stéphane Hessel
. Le Tourbillon de la vie, la véritable histoire de Jules et Jim en collaboration avec Manfred Flügge et Ulrich Hessel, Paris, Albin Michel, 1994, (ISBN 978-2-226074-75-1)
. Danse avec le siècle (autobiographie), Paris, Le Seuil, 1997.
. Dix pas dans le nouveau siècle, Paris, Le Seuil, 2002.
. Ô ma mémoire : la poésie, ma nécessité (88 poèmes commentés), Paris, Le Seuil, 2006 ; rééd. 2010.
. Citoyen sans frontières, conversations avec Jean-Michel Helvig, Paris, Fayard, 2008.
Préface de Stéphane Hessel à l’ouvrage de Robin Walter KZ Dora, volume 1, éditions Des ronds dans l’O, 2010 ; évoque la résistance déportée à Buchenwald et à Dora.
. Indignez-vous !, Montpellier, Indigène éditions, collection « Ceux qui marchent contre le vent », 2010 (ISBN 978-2-911939-76-1).
. Engagez-vous !, entretiens avec Gilles Vanderpooten, éditions de l’Aube, série « Conversation pour l’avenir », 2011.
. Le Chemin de l’espérance, en collaboration avec Edgar Morin, Paris, Fayard, 2011.
. Résistances, avec Aung San Suu Kyi, Don quichotte, 2011, (ISBN 2359490427)
. Vivez !, entretiens avec Édouard de Hennezel et Patrice van Eersel, éditions Carnets Nord, 2012.
. EXIGEZ ! Un désarmement nucléaire total, avec Albert Jacquard et l’Observatoire des armements, Stock, 2012.
. Tous comptes faits... ou presque, Paris, Libella, 2012, (ISBN 9782266228527)

 

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Au Mali, « l’affrontement des volontés »

Publié le par Mahi Ahmed

libre parole du général Desportes

Au Mali, « l’affrontement des volontés »

lundi 25 février 2013, par Philippe Leymarie

Ancien directeur du Collège inter-armées de défense (devenu Ecole de guerre), soupçonné d’avoir fait partie du collectif « Surcouf » (qui avait vivement critiqué en 2008 le Livre blanc sur la défense publié par le président Nicolas Sarkozy), sanctionné en 2010, à quelques mois de la retraite, pour avoir écrit que la guerre en Afghanistan était « une guerre américaine » dans laquelle la France « n’avait pas droit à la parole », le général Vincent Desportes est aujourd’hui professeur à « Sciences-Po », et libre de toute attache. Devant des journalistes spécialisés, il a eu récemment l’occasion de se livrer à un premier « retour d’expérience » sur l’engagement français au Mali, et sur les conséquences que cela aura (ou n’aura pas) sur le nouveau Livre blanc et la Loi de programmation militaire actuellement en cours de préparation.

Pour cet officier de l’arme blindée (ex-cavalerie), intellectuel respecté dans les cercles militaires et politiques, qui avait notamment dirigé le Centre de doctrine et d’emploi des forces de l’armée de terre, la guerre actuelle au Mali est une conséquence directe de ce qui n’avait été qu’une bataille, en Libye, qui n’avait pas été menée jusqu’au bout :

le retour des mercenaires touaregs qui servaient Kadhafi depuis des décennies n’avait pas été contrôlé : ils sont revenus au pays avec armes et bagages, et ont reconquis l’Azawad début 2012 avant d’être finalement débordés par les groupes djihadistes ;
on avait laissé la Libye devenir un arsenal à ciel ouvert, ce qui a renforcé AQMI (Al-Qaida au Maghreb islamique) et autres Mujao (Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest) ;
enfin, Kadhafi était l’autorité qui en quelque sorte stabilisait le Sahel. « On a cassé un ordre politique qui n’a été remplacé par rien. » Quand on ne contrôle pas les conséquences d’une guerre, on doit faire face à des dérives : « Le Mali, qui n’était plus régulé, est tombé ».

Intelligence de l’adversaire  

A propos de l’intervention militaire française au nord du Mali ces dernières semaines, le général Desportes relève que :
Le rapport de forces était trop dissymétrique pour que l’adversaire s’accroche : « Nous avons pu le surclasser en mobilité, grâce à notre maîtrise de la troisième dimension » [1].
Les manœuvres aéroterrestres, qui sont très compliquées, ont été très bien coordonnées.
Mais il faut aussi « compter sur l’intelligence de l’adversaire », qui a changé de stratégie, reculé et « évité de s’accrocher au vide », à Tombouctou, Gao et Kidal : « C’est une évolution normale du combat. L’ennemi “va dans l’asymétrie” [ce qui consiste ici à] contourner la force de l’autre On ne pouvait qu’en arriver là. L’ennemi applique son plan B. »
Aujourd’hui, ajoute Vincent Desportes, les forces françaises (ainsi que maliennes et tchadiennes) sont « en état de vulnérabilité » face aux actions de harcèlement des islamistes. Les attentats-suicides et attaques peuvent être conduits « avec un niveau de forces très réduit ». Il est extrêmement simple de fabriquer des mines pour perpétrer des attentats.

Dérive des objectifs  

La faiblesse de l’armée malienne et l’absence de la force africaine, la Mission internationale de soutien au Mali (Misma) (pas encore déployée), font que « toutes les conditions sont remplies pour que la manœuvre de contournement des djihadistes fonctionne » [2].
« Nous sommes passés dans la phase d’affrontement des volontés. Le rapport de forces n’a plus beaucoup d’importance », estime le général qui reconnaît que, comme c’est souvent le cas, il y a « une dérive des objectifs » qu’il juge « normale », inévitable, tant que l’objectif final ne change pas.
Pour lui, « la France est entrée au Mali, à la fois de manière légale et légitime ». Mais le président Hollande s’est beaucoup engagé : « Cela oblige ». Il faut avoir cette fois « l’intention de terminer cette guerre », sinon la situation sera pareille qu’en Libye, « devenue une poudrière car nous n’avions rien stabilisé au sol ».

Culture de coup d’Etat  

Il faut donc, au Mali, selon Vincent Desportes, favoriser la construction d’un « état de paix meilleur qu’avant » :

« La France est un Etat responsable. Elle est entrée en guerre, ça coûte cher, ça dure longtemps. Une intervention a des conséquences extrêmement lourdes. »
« Le résultat final va conditionner la légitimité de toute l’opération française », mais ne sera obtenu que si un dialogue inter-malien s’ouvre, si la gouvernance change, si l’armée est reconstituée, etc.
Il faut établir au sol une force de sécurité crédible, alors que les unités africaines de la Misma sont sous-entraînées et sous-équipées, avec une « culture de coup d’Etat ou d’interposition » (les soldats tchadiens, déployés aux côtés des Français à l’extrême Nord, étant les seuls aguéris) [3] ; et que, pour remonter l’armée malienne, il faudra au moins un an.

Boule de billard  

En attendant, affirme Vincent Desportes, « il faudra aller chercher les djihadistes dans les massifs, à la fourchette ». Car, si un coup sévère a été porté aux groupes qui ont investi le nord du Mali, il convient – dans cette deuxième ou ou troisième phase – d’aller jusqu’au bout : l’éradication. Sinon, c’est la « boule de billard régionale » : et il faudra recommencer ailleurs…

Pour ce général, le Mali aura toujours besoin d’un appui en logistique, renseignement et d’“appui-feu” de la part des militaires français (qui eux-mêmes ont besoin des Américains…) : « Nous sommes intervenus au Tchad en 1969, nous y sommes toujours… », rappelle-t-il. Il entrevoit un schéma « à l’ivoirienne », avec une force africaine devenue mission de l’ONU, et – en soutien – une « force de réaction rapide », notamment française. Au passage, l’ancien responsable du Collège inter-armées de défense estime que, s’il y avait eu 300 soldats français stationnés à Bamako ces dernières années, le nord de ce pays n’aurait jamais été attaqué ...

A suivre…

Notes

[1] Les frappes des chasseurs ou des hélicoptères de combat, le transport aérien.

[2] Ces réflexions ont été formulées le 12 février dernier.

[3] Mais ils ne font pas partie de la force ouest-africaine de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la Misma.

Source : Le Blog du Monde diplomatique du 27.02.13

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Il y a 50 ans mourait Abdelkrim El Khattabi,fondateur de l’unité maghrébine

Publié le par Mahi Ahmed

Il y a 50 ans mourait Abdelkrim El Khattabi,fondateur de l’unité maghrébine !

Posted by Candide on 27 février 2013 in Afrique, Chroniques, Colonisation, France, Libération

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Hommage à Abdelkrim El Khatabbi, fondateur de l’unité maghrébine !

Il y a un peu plus de 50 ans, le 6 février 1963, Abdelkrim El Khatabbi, décède au Caire, dans un exil « choisi », après avoir vécu, embastillé par la puissance coloniale française durant 20 années, de 1927 à 1947, à l’Ile de la Réunion. Ce texte d’Hamadi Aouina rend hommage à celui qui mena la résistance anti-coloniale contre les armées espagnole et française lors de la « guerre du Rif ».

Hamadi Aouina:23/02/2013 – 17:29

Il y a 50 ans mourait Abdelkrim El Khattabi, le Che Guevara maghrébin

Hamadi Aouina

A la mémoire du grand leader maghrébin Abdelkrim El Khattabi, unificateur des luttes maghrébines et fondateur de la lutte anticoloniale au vingtième siècle, à l’occasion du cinquantenaire de sa mort au Caire le 6 février 1963.

En Algérie, ce fut l’effacement de tout un pan de l’histoire anticoloniale avec de nombreuses figures comme celle d’un des fondateurs de l’Etoile Nord-africaine : Messali Hadj et tant d’autres qui sont tombés dans l’oubli, liquidés physiquement pour nombre d’entre eux. Et comme par hasard, un fil rouge court entre ces « oubliés », ces « vaincus » de l’Histoire et remonte à Abdelkrim.

A l’occasion du cinquantenaire de sa mort, nous voulons rappeler aux jeunes qui s’engagent en politique à l’occasion de la crise révolutionnaire, qui balaye le monde arabe dans ses deux ailes du Maghreb et du Machreq, l’importance de ce personnage clé pour la compréhension de notre histoire contemporaine.

A contre-pied de la nouvelle mode des généalogies mythologiques verticales qui font vieillir les provinces de nos régions à coup de millénaires : « 3000 ans pour la Tunisie… », « 7000 pour l’Egypte… », et dont les protagonistes restent amnésiques à propos de la période contemporaine, celle du vingtième siècle, qui a vu naître, avec Abdelkrim El Khattabi et sa guerre du Rif en 1921, notre longue lutte contre le colonialisme franco-espagnol.

C’est vrai que nous avons hérité cette tradition des généalogies mythiques, « pur produit » des Français, et leurs « gauloiseries ».

Ce sont ces mêmes Français qui nous ont enseigné qu’il valait mieux fêter « Vercingétorix » qui ne parlait, ni ne se considérait « français » contre des « Romains » qui n’étaient, en aucun cas, les ancêtres des habitants de la péninsule italienne d’aujourd’hui, que de célébrer la mémoire d’Auguste Blanqui, le révolutionnaire ayant passé les trois quart de sa vie embastillé par les « Versaillais » et leurs ancêtres thermidoriens, ni d’honorer la Commune de Paris de 1871 et sa semaine rouge où l’on sacrifia 30.000 communards sans compter les dizaines de milliers de prisonniers enfermés dans les bagnes de la Nouvelle Calédonie et de Cayenne en Guyane.

L’unificateur des luttes maghrébines

Abdelkrim est notre Blanqui à nous et sa résistance à l’oppression coloniale notre « Commune du Rif ».

Il tenu tête à l’armée espagnole dans sa guerre d’invasion du Rif marocain et obtint même une victoire, celle de la bataille d’Anoual en 1921, où le général Sylvestre fut défait, avec des pertes, dans le camp espagnol, estimés à 17.000 morts.

Cette première défaite d’une armée impérialiste eu un écho jusqu’en Inde où Gandhi a salué la victoire des résistants rifains et jusqu’en Indochine où Ho Chi Minh reconnut en Abdelkrim El Khattabi son frère d’armes. C’est le même Ho chi Minh qui de Paris va organiser avec l’aide du jeune Parti communiste la solidarité des travailleurs issus des colonies en faveur des résistants marocains. Cela était d’autant plus nécessaire que la puissance coloniale française qui occupait la moitié sud du Maroc déclara à son tour la guerre à Abdelkrim El Khattabi et ses guérilleros. Et c’est le Maréchal Pétain qui prit les commandes de l’offensive française en remplacement du général Lyautey, jugé « trop mou ». Pour venir à bout de cette résistance armée, on n’hésita pas à utiliser les bombardements chimiques avec l’utilisation du fameux gaz « Hypérite », dit aussi « gaz moutarde », utilisé abondamment et dont les effets se font encore sentir dans le Rif, aujourd’hui.

De cette solidarité qui dura jusqu’à la reddition d’Abdelkrim El Khattabi en 1926, va naître, à Paris, cette même année : l’Etoile Nord-Africaine.

Cette Etoile Nord-africaine va organiser les travailleurs d’origine maghrébine dans un cadre de lutte commun avec comme programme : la libération de l’ensemble des trois colonies du Maghreb. L’idéologie et le programme de cette Etoile Nord-Africaine s’inspire de l’épopée d’Abdelkrim et de ses mots d’ordre unificateur.

Au moment de sa reddition, il aurait eu ces paroles prémonitoires : « S’il y avait eu, en Algérie et en Tunisie, et en même temps qu’au Rif, une résistance équivalente, l’histoire se serait écrite autrement. »

Che Guevara ne disait pas autre chose quand il appelait au moment de la guerre vietnamienne à ce que « naissent un, deux, trois Vietnam ! ». C’est l’idée de disperser les forces de l’ennemi pour mieux le combattre.

Nous sommes dans une situation similaire, aujourd’hui !

La multiplication de nos soulèvements est une chance pour qu’elles dispersent les forces qui nous sont hostiles.

Elle serait aussi notre faiblesse si on ne tire pas de leçons des expériences qui nous ont précédées.

Honorer la mémoire de ce grand lutteur que fut Abdelkrim El Khattabi c’est rendre hommage à un unificateur des luttes maghrébines et un fondateur de la lutte anticoloniale au vingtième siècle.

Rallumer la flamme du combat unitaire

Dès sa fuite, en 1947, du bateau qui l’emmenait de la Réunion vers la France et son installation au Caire, il reprendra sa place, restée vacante pendant 20 ans, au sein de la diaspora maghrébine au Caire. Il dirigera le bureau Maghrébin au sein duquel se retrouvent naturellement toutes les composantes du mouvement anticolonial maghrébin.

C’est au sein de ce bureau et instruit de la défaite que venaient de subir les « armées arabes » au moment de la décision des grandes puissances coloniales de dépecer la Palestine et d’installer le nouvel Etat colonial sioniste, qu’Abdelkrim El Khattabi décide d’organiser la lutte armée à l’échelle maghrébine. C’est chose faite à partir de 1952 en Tunisie, le 18 janvier, et au Maroc les mois suivants en attendant le 1er novembre 1954 en Algérie. La stratégie qui fondait cette action était la meilleure façon de combattre l’impérialisme français. Le projet était un projet unificateur pour l’ensemble de la région. Des factions opposées à ce projet vont, en choisissant de s’allier avec l’occupant, l’avorter et porter un coup sévère à l’union de cette région. Ils dominent depuis un demi-siècle la région et les révolutions en cours sont la meilleure réponse à cette division entretenue par les classes dirigeantes et possédantes.

Voilà une bonne raison pour se remémorer Abdelkrim El Khattabi et son épopée. Il nous faut rejeter l’amnésie et rallumer la flamme de notre combat unitaire contre toutes les formes de domination intérieure et extérieure.

Abdelkrim El Khattabi est un jalon de toute une généalogie militante dont nous devons perpétuer le combat !

Hamadi Aouina

Le 08 février 2013.

Source : Il y a 50 ans mourait Abdelkrim El Khattabi, le Che Guevara maghrébin

URL de cet article 19273
http://www.legrandsoir.info/il-y-a-50-ans-mourait-abdelkrim-el-khattabi-le-che-guevara-maghrebin.html

 

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Herbe syrienne… …et les deux éléphants

Publié le par Mahi Ahmed

Herbe syrienne… …et les deux éléphants

‎dimanche ‎24 ‎février ‎2013, ‏‎17:55:03 | raina

Herbe syrienne…
…et les deux éléphants

Comment celui qui est endormi peut-il éveiller celui qui dort ? Jalal Eddine Roumi


« Lorsque deux éléphants se battent c'est l'herbe qui souffre. »
Proverbe des terres où il y a encore des éléphants
Il semble que cela soit aussi valable pour les …éléphanteaux.
L'herbe continue à souffrir.
Y-a-t-il de l'herbe Fi Bilad Echam, notre Syrie actuelle ?
Cette question n'est pas aussi anodine quand on sait que le Monde Arabe dont la Syrie - 318mm de pluviométrie moyenne - est catalogué par les géographes comme terres à dominante aride voire désertique.
Heureusement qu'il y a des zones et même des « oasis » où il y a de l'herbe.
Voilà pour l'herbe.
Passons maintenant à notre véritable sujet : les deux éléphants.
Un éléphant « nouveau » : celui de l'Est
Et un « vieil » éléphant : celui de l'Ouest.
Paradoxalement c'est le « vieux » monde occidental USA en tète qui s'agite beaucoup dernièrement.
D'où l'activisme de tous leurs éléphanteaux : Angleterre, France, Israël et dans une moindre mesure la Turquie.
Malheureusement pour l'orgueil national quatari mais aussi arabe, on ne peut sérieusement mettre le Qatar dans la catégorie des éléphanteaux.
Bien qu'il ait une trompe financière conséquente.
Les cinq piliers des USA
Notre passé est aveugle, notre présent est muet, et l'avenir est sourd. Joseph Ki Zerbo (Burkina Faso)
Selon les bonnes convenances, commençons par les ainés.
Pourquoi la Syrie – certes vieux carrefour de négoce de civilisations antiques – mais dépourvu de matières premières et de sources d'énergie intéresse-t-il autant les USA ?
Et bien sur son éléphanteau : Israël.
L'Irak on comprend
La Lybie on comprend
Pétro-démocratie oblige !
Pourquoi ce regain d'intérêt pour la …démocratie en Syrie ?
Comme pour le Monde arabo-musulman les USA ont eux aussi khams arkan : cinq grands piliers
1. Le complexe militaro industriel
2. Houston : capitale mondiale du pétrole, sans oublier le gaz
3. Wall Street centre mondial de la finance
4. Les grandes routes commerciales du monde en particulier les routes maritimes et bien sur celles du pétrole et du gaz
5. Et enfin des aspects géostratégiques
Le lecteur peut remarquer au passage que dans ces cinq piliers il n'y a ni démocratie, ni liberté, ni Islam, ni…hauteur de la jupe des jeunes filles tunisiennes.
Qui sont, pour les américains, des affaires purement « domestiques » pour reprendre leur expression.
Touchez ne serait-ce qu'à un de ces cinq piliers et vous verrez la réaction US…
« Touchez à la richesse d'un homme et ses passions se déchaînent aussitôt » disait Goethe
La Syrie dans notre cas touche
Directement le 5ème pilier des USA : d'être dans une zone géostratégique incluant entre autre son éléphanteau Israël.
Et indirectement – via l'Iran – une des grandes routes pétrolières et de gaz du monde : celui du Khalij.
On comprend ainsi aisément leur réaction…
Mais il y a encore une autre explication qui nous ramène à …l'herbe.
L'éléphant « nouveau » : l'Asie et la Chine
Le rythme de développement actuel de l'Asie et de la Chine exige beaucoup d'énergie (pétrole et gaz)
L'éléphant US a très bien compris cela – d'où le « contrôle » de l'Irak
En espérant celui de l'Iran
Qui passe bien sur par un affaiblissement de la Syrie – relais important entre autre pour le Hezbollah libanais.
« L'herbe » syrienne se retrouve alors entre ces deux éléphants.
Et comme toujours c'est l'herbe qui souffre…
D'un combat qui n'est vraiment pas le sien
Car ces enjeux mondiaux interagissent avec des enjeux régionaux
Les « herbes » syriennes souhaitent vivement l'arrêt de ce combat dont le mathématicien Samuel Arbesman connait déjà le vainqueur
Et en bon mathématicien il va mettre tout cela sous formes de courbes
« Il a analysé les durées de vies de 41 empires qui se sont succédés au cours de l'histoire et a projeté les résultats sur une courbe. Il constate que leur longévité moyenne est de 215 ans. Rappelons que l'actuel empire américain en compte quelque 225 depuis l'adoption de sa constitution en 1787. Doit-on le considérer en fin de vie ? »
Les Elites chinoises sont-elles encouragées par les calculs de Samuel Arbesman ?
L'éléphant « nouveau » reve-t-il de construire une nouvelle - et virtuelle muraille ?
La plus à l'Ouest possible ?
Nouvelles technologies oblige !
La Chine fabrique d'ailleurs les ordinateurs IBM sous leur nouveau nom chinois Lenovo et elle vient de détrôner les USA en fabricant l'ordinateur le plus puissant au monde.
Samuel notre mathématicien continue d'ailleurs à développer son pertinent point de vue, et « …affirme dans Wired qu'il nous faut désormais compléter ces big data par les “long data” : des informations sur les phénomènes lents, se développant sur le très long terme. Pour cela, nous devons collecter et surtout interpréter des données s'étendant sur plusieurs siècles, voire des millénaires »
Mais ce phénomène « le rôle du temps long », semble avoir déjà été étudié entre autre par « Fernand Braudel » introduisant ainsi un point important « la différence entre la temporalité du politique et celle des mentalités. »
Le temps de transformation du politique souvent beaucoup plus rapide que le temps de transformation de la société
Théorie des rythmes oblige …
Mais que peuvent faire les « herbes » dans tout cela ?
Choisir un éléphant pas trop…lourd.
Mieux encore : devenir des éléphants…
Aek

 

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Bilan d’une faillite : la preuve par cinq

Publié le par Mahi Ahmed

 

Par Ammar Belhimer

Le «Rapport sur la croissance : stratégies à l’appui d’une croissance durable et d’un développement solidaire», élaboré par la Commission sur la croissance et le développement(*), dresse un inventaire des vecteurs d’une croissance forte et durable sur une très longue période — l’après-guerre. Les treize pays qui ont rempli les conditions requises pour ce type de croissance (le Botswana, le Brésil, la Chine, l’Indonésie, le Japon, la République de Corée, la Malaisie, Malte, le sultanat d’Oman, Singapour, Taïwan et la Thaïlande) réunissent «cinq points de similitude frappants» : ils ont exploité au maximum l’économie mondiale, ils ont maintenu la stabilité macroéconomique, ils ont associé des taux d’épargne et des taux d’investissement élevés, ils ont laissé les marchés affecter les ressources, leurs gouvernants étaient très impliqués, crédibles et compétents. La grille étant dessinée, nous entreprenons de la remplir au-delà de tout parti-pris, sur la base des seules révélations officielles de deux ministres en charge de grands départements ministériels. Simple exercice pratique, donc, d’illustration d’un échec et d’une faillite reconnue et décortiquée par des faillis. Ainsi, selon la Banque mondiale, les expériences économiques réussies sont celles de pays qui, en premier lieu, ont exploité au maximum l’économie mondiale ; or nous avons entrepris une insertion négative dans la division du travail par le seul biais de l’offre d’énergie. Un facteur qui paraît traversé par : une baisse constante du volume de production d’hydrocarbures, une augmentation des coûts d’exploitation, des cours erratiques, miraculeusement poussés à la hausse, et des acheteurs en difficultés croissantes. La baisse constante du volume de production d’hydrocarbures est évaluée à 20% depuis 2005 par M. Benachenhou, l’ancien ministre des Finances. Un chiffre contesté par les responsables en poste au niveau du ministère de l'Energie et de Sonatrach qui ne concèdent qu'une baisse de 5% à 6%, unanimement imputée «à la mauvaise loi sur les hydrocarbures de Chakib Khelil qui a bloqué l'élan des investissements étrangers sur notre amont pétrolier avant 2005». Pour clore cette controverse sur les chiffres on se référera plus sérieusement aux dernières statistiques du FMI pour évaluer la baisse ininterrompue de la production des hydrocarbures : -0.9 en 2007, -3.2 en 2008, -8 en 2009, -2.2 en 2010, -3.3 en 2011.(**) Depuis, la tendance se confirme. Les exportations algériennes de gaz ont baissé d’au moins 20 %, depuis le début du mois de février, a indiqué à TSA une source proche des marchés internationaux. Augmentation des coûts d’exploitation également : le pétrole algérien affiche des coûts d’extraction relativement élevés et son plancher de rentabilité situé à 90 dollars le baril, seuil au-dessous duquel «nous serons en déficit», selon Abdelhamid Temmar, alors ministre de la Prospective et des Statistiques. Des cours miraculeusement à la hausse : outre les tensions géopolitiques avec l'Iran, le «printemps arabe» et la demande des pays émergents participent, également, à doper les cours du baril et ce, malgré les risques de récession en Europe et aux Etats- Unis. L’accident de Fukushima, qui a entraîné un recours accru au gaz, et le pic de froid actuel, ainsi que les restrictions d’approvisionnement de gaz en provenance d’Algérie, qui limite ses exportations, et du Nigeria, dont des livraisons de GNL ont été annulées, maintiennent les cours du gaz à la hausse en ce début d’année. Mais jusqu’à quand ? Enfin, et en perspective plus proche qu’on ne l’imagine : des acheteurs traditionnels qui râlent contre le coût élevé de leur facture énergétique. L’Espagne, l’Italie, la Grèce sont en crise durable et la France ne semble pas loin de les rejoindre. Or, ils alimentent pour l’essentiel nos réserves de change tirées du gaz. La renégociation des contrats gaziers qui se profilent à l’horizon immédiat a été évoquée par M. Benachenhou. Conformément à la thèse du célèbre macro-économiste américain Robert Barro, professeur à Harvard, qui qualifie de «désastres économiques» les situations dans lesquelles le PIB d’un pays chute de plus de 10%, la Grèce et l’Espagne sont dans cette situation. D’autres pays pourraient suivre, notamment l’Italie et la France. Second indicateur de faillite : l’instabilité macroéconomique ; elle est attestée par des cycles d’ajustements interne (1988-1990) et externe (1994-2000). Le processus d’édification nationale est anachronique, inachevé, contrarié. Ainsi, pas moins de huit Constitutions, pour moitié formelles (1963, 1976, 1989, 1996) et pour moitiés matérielles (1962, 1965, 1992 et 1994), ont vu le jour depuis l’indépendance Les pays qui ont réussi ont associé des taux d’épargne et des taux d’investissement élevés, nous dit en troisième lieu la Banque mondiale. Qu’en est-il chez nous ? Avec un taux d'épargne de plus de 40% et un taux d'investissement «effectif» de seulement 2%, le modèle algérien de croissance par la dépense publique ne peut faire long feu. Quatrième paramètre de mesure : la capacité des marchés à affecter les ressources, en quête d’efficience économique. C’est tout le contraire de la distribution «prébendière, occulte, clientéliste et discrétionnaire de la rente» qui prévaut chez nous. Enfin, cinquième et dernier paramètre : des gouvernants «très impliqués, crédibles et compétents ». Nous pouvons mesurer le chemin qui reste à parcourir en matière de gouvernance au regard du double tournant majeur insuffisamment explicité, opéré depuis les années 2000 : la fermeture des espaces de dialogue et de concertation, et la «déresponsabilisation » politique à la faveur des derniers amendements constitutionnels successifs. S’agissant de la fermeture des espaces de dialogue et de concertation, des fissures se font jour dans l’ancien cercle présidentiel. «Je n'ai jamais été favorable aux ordonnances législatives. J'estime que c'est à chaque fois une occasion manquée de faire œuvre de pédagogie auprès des parlementaires. Discuter d'un projet de loi permet de faire l'apprentissage d'un dossier technique » en économie, soutient M. Benachenhou devant les jeunes entrepreneurs de CARE. Il exprime ainsi une réserve par rapport au président Bouteflika, auteur de 16 ordonnances législatives dont la loi sur les hydrocarbures de 2005. Ce qui ne le dispense nullement de rendre compte plus objectivement des amendements à la loi sur la monnaie et le crédit qu’il impute au chef du gouvernement de l’époque (2000-2001), M. Ali Benflis. M. Benachenhou soutient avoir quitté le gouvernement une première fois en 2001, « cause d’un différend avec Ali Benflis sur la teneur de la loi sur la monnaie et le crédit», et une seconde fois en 2006, «parce qu’il a refusé que le financement de l’autoroute Est-Ouest soit supporté totalement par l’Etat». Audiatur et altera pars (il faut laisser parler la partie adverse), dit l’adage romain sur lequel est construit le fondement du débat contradictoire pour que lumière soit faite. Le mis en cause, M. Benflis, y voit un «flagrant mensonge ». L’amendement a principalement porté sur le mandat du gouverneur et l’instauration du contrôle de la Cour des comptes sur la Banque d’Algérie. M.Benachenhou était un partisan de l’ouverture d’un deuxième compte devises au ministère des Finances, ce qu’il n’a pu obtenir. On retrouve ici le sempiternel problème de l’accès à la devise. Il reste que, pour l’essentiel, la raison de son départ n’a, pour M. Benflis, aucune relation avec les amendements apportés à la loi sur la monnaie et le crédit. L’ancien chef du gouvernement le rattache aux incompatibilités enregistrées avec ses autres collègues du gouvernement qui se plaignaient de ne pouvoir accéder à lui pour gérer leurs dossiers. Une difficulté aggravée par le départ sollicité (à la demande de M. Benachenhou) de son ministre délégué, homme de grandes qualités techniques et humaines, M. Brahiti, et du gouverneur Keramane, un commis de l’Etat poussé à la démission et à l’exil.
A. B.
(*) http://siteresources.worldbank. org/EXTPREMNET/Resourc es/4899601338997241035/Growth _Commission_Final_Report_Fren ch.pdf
(**) FMI, Country Report No. 13/49: Algeria: Statistical Appendix, December 21, 2012, http://www.imf.org/external/pubs/ ft/scr/2013/cr1349.pdf

Source Le Soir d’Algérie du 25.02.13

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Les Frères musulmans au pouvoir

Publié le par Mahi Ahmed

Les Frères musulmans au pouvoir

 

La Confrérie des Frères musulmans règne depuis un an sur l’Egypte, le cœur du monde arabe. Michaël Prazan, documentariste français, et Tewfik Aclimandos, historien égyptien, envisagent la réalité de ce mouvement islamiste qui exerce le pouvoir pour la première fois depuis sa création en 1928.

 

Les Frères musulmans étaient-ils prêts et s’attendaient-ils à exercer le pouvoir en Egypte en 2012 ?

Michaël Prazan : Ils étaient prêts parce que cette victoire n’est qu’une étape du programme politique que la Confrérie s’est fixé en 1928. En revanche, les Frères musulmans ont été clairement pris de court par la vague révolutionnaire du Printemps arabe. On a même assisté à une période plutôt longue, pendant laquelle ils observaient prudemment les événements. S’ils prenaient part tout de suite aux manifestations, ils pensaient s’exposer énormément, et en cas d’échec de la révolution, ils se retrouvaient piégés et risquaient de perdre l’espace qu’ils avaient réussi à s’aménager dans la société égyptienne. Ils ont donc attendu de voir si le fruit était mûr pour rejoindre ensuite comme un seul homme les manifestants et prendre même la tête du mouvement de contestation.

 

Tewfik Aclimandos : Les Frères musulmans ont été effectivement surpris par la chute de Moubarak. Comme le souligne Michaël Prazan, la révolution les a pris de court, mais ils se sont bien adaptés. Ils ont très vite compris qu’il s’agissait d’un cadeau du ciel venant récompenser 80 années d’efforts et de souffrances. Une opportunité unique s’est offerte à eux, ils l’ont saisie en dépit de quelques hésitations sur la tactique qu’ils allaient adopter. Etaient-ils préparés ? Non. Bien qu’ils aient pris le temps de faire appel à des économistes, on observe qu’ils n’ont aucun allié au sein de l’appareil d’Etat. La haute fonction publique égyptienne leur apparait comme un trou noir qu’ils ne maîtrisent pas.

 

Les Frères musulmans respecteront-ils la démocratie ?

M. Prazan : Bien sûr que non. Ils respectent la démocratie tant qu’elle leur permet de prendre et de garder le pouvoir. Ils encouragent les élections dès lors qu’ils savent qu’ils vont les remporter. Mais la démocratie ne peut se limiter au seul processus électoral. Elle implique le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. C’est aussi un système où il existe des contre-pouvoirs et un équilibre des pouvoirs. Toute une série d’éléments que les Frères musulmans ne peuvent pas accepter.

 

T. Aclimandos : Ils ont le pouvoir et ils vont tout faire pour le garder. Il n’y a aucune raison de penser qu’ils s’inscrivent dans une perspective de transition démocratique. Ils agissent dans une perspective léniniste de prise de contrôle. Et leur pratique du pouvoir en apporte la preuve quotidiennement : le Président Morsi a adopté une constitution où il se place au-dessus des lois, ce qui revient à abroger l’Etat de droit. On sait aussi que les Frères musulmans sont devenus les champions toutes catégories de la fraude électorale. Aucun élément ne m’incite donc à penser qu’ils vont changer et devenir une force démocratique, d’autant plus qu’ils ne cessent d’attaquer les juges et les médias. Une démocratie sans presse libre ni justice
indépendante ne fonctionne pas.

 

Souhaitent-ils encore reconstituer le Califat ?

M. Prazan : Le pouvoir en Egypte n’est en effet qu’une étape de leur objectif ultime : la reconstitution du Califat islamique. Il s’agit d’un régime entièrement islamique s’étendant sur l’ensemble des pays musulmans. Ils le feront en tenant compte des spécificités historiques et nationales de chaque pays. Dans la langue de bois destinée au dialogue avec l’Occident, ils se plaisent à comparer le Califat à l’Union européenne ou aux Etats-Unis.

 

T. Aclimandos : N’oublions jamais que le programme des Frères musulmans est clair : ils forment d’abord l’individu, ensuite la famille, la société, l’Etat, la Oumma et enfin la planète. Ce n’est pas pour tout de suite, mais cela y figure.

 

Y a-t-il des modérés au sein de la Confrérie ?

M. Prazan : On a beaucoup fantasmé en Occident sur une fracture entre Frères musulmans modérés et intégristes. Cette distinction n’a aucune valeur. Certes, il existe des nuances sur les pratiques et les analyses, mais la stratégie ne sera jamais modifiée. On ne peut pas s’attendre à ce qu’un Frère musulman remette en cause ses croyances et ses objectifs. Ils abordent la question du pouvoir d’un point de vue légal et religieux. La loi divine doit être respectée dans son intégralité, on ne transige donc pas. Il y a des manières différentes d’aborder la réalité, mais l’objectif à atteindre demeure inchangé : la Sharia intégrale.

 

T. Aclimandos : Je pense que c’est un mouvement de masse où il y a de tout, mais l’appareil est tenu par la branche la plus radicale. Ils laissent tout le monde s’exprimer, mais la décision finale n’appartient qu’au Bureau de la guidance de la Confrérie. Une fois la décision prise, on ne discute plus et tout le monde obéit.

 

Que représentent le Qatar et la Turquie aux yeux des Frères musulmans ?

M. Prazan : Bien que le Qatar et la Turquie semblent très éloignés, les deux pays ont noué avec la Confrérie des liens étroits. Le Qatar ne constitue pas pour autant un modèle. C’est un partenaire financier. Les Qataris sont indispensables aujourd’hui parce qu’ils financent tout en Egypte. La Turquie, quant à elle, est intéressante aux yeux des Frères musulmans, car ils y voient un parti islamiste qui a réussi à la fois à se maintenir au pouvoir et à s’imposer sur le plan régional.

 

T. Aclimandos : Je ne pense pas que la voie AKP (parti islamiste au pouvoir en Turquie) soit le destin inéluctable des partis islamistes dans le monde arabe. Il existe certes une coopération étroite avec l’AKP d’Erdogan -de nombreux Frères musulmans sont envoyés en Turquie pour être formés politiquement-, mais cette coopération ne fait pas de l’AKP turc un modèle pour les Frères musulmans égyptiens. Pour ces derniers, l’AKP se montre trop conciliant avec les laïques et les nationalistes turcs. L’AKP est donc un allié utile, mais pas un modèle. Le Qatar et la Turquie sont perçus par les Frères musulmans comme des partenaires économiques susceptibles de supplanter les Etats-Unis. Et le Qatar n’est pas non plus un modèle; ce n’est qu’un tiroir-caisse très précieux aujourd’hui.

 

Leur rapport à la modernité est-il encore conflictuel ?

M. Prazan : Si par modernité, on entend, par exemple, les droits de l’homme, l’égalité entre les sexes et la mixité, elle pose problème et demeure inenvisageable pour les Frères musulmans. Cela ne figure pas dans leur logiciel. Ils me rappellent la pièce Rhinocéros d’Ionesco : dès lors qu’ilssont majoritaires, la population s’autorégule. Une femme sans voile est aujourd’hui remarquée en Egypte. Elle sera agressée en permanence. A ce rythme-là, il ne lui faut pas plus d’une semaine pour se couvrir. Elle obtiendra alors la tranquillité. La société s’autorégule vite et dans la direction prônée par les Frères musulmans. Ils n’ont pas besoin d’intervenir. Et d’ailleurs, ils se gardent bien de le faire. Ils laissent cette besogne à leurs partenaires sur le terrain : les salafistes. Le chaos que ces derniers entretiennent donne un coup d’accélérateur à ce processus d’autorégulation sociale des Egyptiens.

 

Quel est l’objectif final poursuivi par les Frères musulmans ?

M. Prazan : L’islamisation du monde. Les Occidentaux sont de toute manière dans leur champ de mire. Quand on leur parle du Califat mondial, les dirigeants de la Confrérie répondent systématiquement que les Occidentaux ont imposé au monde une économie capitaliste et que les communistes cherchaient aussi à imposer leur modèle au monde entier. Pourquoi donc les Frères musulmans ne pourraient pas en faire autant, rétorquent-ils. Ce qui est recevable comme argument. Ils ont déjà commencé ce processus. Il faut bien comprendre qu’ils n’ont pas la même notion du temps que nous. Les Frères musulmans voient les choses à long terme. Ils ne peuvent pas douter que l’objectif de l’islamisation mondiale finira par se réaliser. Pourquoi ? Parce que cet objectif est inscrit dans la vérité de leur croyance : l’islam. Elle s’imposera nécessairement un jour au monde comme elle s’est imposée à eux.

 

Les chiites iraniens ne sont pas un obstacle à la création de ce Califat ?

M. Prazan : L’antagonisme entre chiites et sunnites n’est qu’un écran de fumée. Il y a certes des différences théologiques énormes et frontales entre sunnites et chiites. Mais, si en revanche, on pense à l’Iran, alors on se trompe. Il n’y a aucune différence entre les Frères musulmans et la Révolution islamique iranienne. Elle s’appuie sur l’idéologie des Frères musulmans. Des liens entre les islamistes iraniens et les Frères musulmans ont été noués dès les années 1950. L’Ayatollah Khomeiny a lu Sayeed Qutb, un des idéologues les plus influents des Frères musulmans, et s’en est largement inspiré. Ce n’est pas un hasard si dans son discours d’investiture à la présidence, Morsi annonce qu’il va renouer les relations diplomatiques avec l’Iran.

 

T. Aclimandos : Il est vrai que la Confrérie a toujours évolué dans une perspective de rapprochement avec les chiites iraniens. Mais sur cette question, la Confrérie est divisée et on constate que la base est plus salafiste que la direction, ce qui lui pose des problèmes énormes avec un rapprochement éventuel avec les Iraniens chiites.

 

Michaël Prazan est un historien et documentariste français. Dans ses livres et ses documentaires, il explore les formes les plus extrêmes de violence (les Einsatzgruppen et les massacres de Nankin), ainsi que les mouvements radicaux et terroristes. Il a publié en 2012 Une histoire du terrorisme (éd. Flammarion) et vient de terminer un documentaire sur la Confrérie des Frères musulmans qui sera diffusé le 20 février 2013 sur la RTBF.

 

Tewfik Aclimandos est un historien égyptien et partage sa vie entre la France et l’Egypte. Chercheur associé à la Chaire d’Histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France depuis 2009, il s’est spécialisé dans l’étude de la vie politique égyptienne depuis 1945. Il a été chercheur au Centre français d’études et de documentation économiques, juridiques, et sociales (CEDEJ) du Caire de 1984 à 2009. Il a publié plusieurs articles sur l’armée, les Frères musulmans et la politique étrangère de Moubarak.

 

Mardi 5 février 2013

Propos recueillis par Nicolas Zomersztajn

 

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SCIENCE ET CULTURE EN IRAN:Un défi pour l'Occident

Publié le par Mahi Ahmed

SCIENCE ET CULTURE EN IRAN

Un défi pour l'Occident

Par Pr Chems Eddine CHITOUR - Lundi 25 Fevrier 2013 -

L'Iran a compris qu'il faut se battre avec les armes de la science

«Vous [les Américains] voulez négocier alors que vous pointez une arme sur l'Iran. La nation iranienne ne sera pas intimidée par ce genre d'acte» Ayatollah Ali Khameneï

L'Iran est encore une fois dans le collimateur des pays occidentaux (Etats-Unis et les 5+1). S'exprimant dans le cadre d'un entretien à paraître lundi 4 février dans Le Figaro, le vice- président américain, Joe Biden, a prévenu l'Iran que «la fenêtre diplomatique se referm(ait)» dans les négociations sur «son programme nucléaire controversé». «La balle est dans le camp des Iraniens. En ce qui nous concerne, nous avons fait et continuons à faire de réels efforts en vue d'atteindre une résolution diplomatique des préoccupations de la communauté internationale sur le programme nucléaire iranien. Mais la fenêtre diplomatique se referme» «Le président Obama a été clair: il empêchera l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire. Et nous ferons ce qu'il faut pour s'assurer que cela n'arrive pas.»
Il faut savoir que concernant le programme nucléaire, depuis 1977, il y a eu près de deux mille inspections de l´Agence internationale de l´énergie atomique (Aiea) et aucun rapport n´a pu établir que l´Iran cherchait à mettre au point la bombe. Pourtant, tous les médias en parlent comme si c´était acquis. Le 11 avril 2006, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad annonce que l´Iran a enrichi avec succès de l´uranium. «J´annonce officiellement que l´Iran a rejoint le groupe de ces pays qui ont la technologie nucléaire.» L´uranium a été enrichi à 3,5% en utilisant plusieurs milliers de centrifugeuses. Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei a rejeté, jeudi 7 février, l'offre des Etats-Unis d'entamer des discussions bilatérales sur son programme nucléaire controversé alors que Washington impose des sanctions économiques à l'Iran, selon son site internet officiel. Les Etats-Unis ont confirmé mercredi avoir mis en oeuvre de nouvelles sanctions contre l'Iran, quelques jours après une "offre sérieuse" du vice-président américain Joe Biden à Téhéran concernant des négociations directes sur le nucléaire dans le cadre du groupe 5 + 1 (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie, Chine et Allemagne). Après plusieurs mois d'interruption, le 5 + 1 et l'Iran se sont mis d'accord pour reprendre les discussions le 26 février au Kazakhstan. (1)

Les deux poids, deux mesures
L'Iran n'acceptera pas d'abandonner ses «droits» et «n'ira pas au-delà de ses obligations» internationales lors de ses prochaines discussions avec les grandes puissances sur son programme nucléaire controversé, a réaffirmé hier le négociateur iranien Saïd Jalili. Ce rappel de la position très ferme de l'Iran intervient alors que M.Jalili doit retrouver le 26 février à Almaty (Kazakhstan) les représentants des grandes puissances pour tenter de relancer les négociations sur le dossier nucléaire iranien. Les discussions entre l'Iran et le groupe des 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne) sont au point mort depuis une précédente rencontre en juin 2012 à Moscou, (...) Le programme nucléaire iranien a été condamné par six résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU dont quatre assorties de sanctions, renforcées depuis 2010 par un embargo économique et pétrolier des Occidentaux. «L'Iran a rempli toutes ses obligations dans le cadre du TNP (Ndlr: dont il est signataire) et doit bénéficier de tous ses droits (...) Le peuple iranien n'accepte pas d'être traité différemment du reste du monde», a insisté M.Jalili cité par l'agence Isna. (2)
Dans le cadre d'une stratégie énergétique bien pensée, au-delà des énergies fossiles, de l'énergie hydraulique bien développée et sans oublier le solaire et l'éolien, l'Iran disposant de gisements d'uranium se lance dans la construction de centrales nucléaires. La construction de nouvelles centrales nucléaires fait partie d'un plan visant à générer une puissance totale de 20.000 mégawatts d'électricité. Les autorités ont l'intention de le mettre en oeuvre au cours des 15 prochaines années. Pour cela, elle a besoin de concentrer l'uranium. Les centrifugeuses permettent d'accélérer le processus d'enrichissement de l'uranium de 3 à 5 fois. Les experts iraniens croient qu'à ces fins, le pays, dont la consommation d'énergie croît rapidement, aura besoin de 20 centrales nucléaires. En raison de la croissance démographique et l'augmentation du processus de l'industrialisation, la consommation d'énergie en Iran augmente en moyenne de 8% par an. En 2011, l'Iran avait lancé la première centrale nucléaire commerciale au Moyen-Orient dans la ville de Bouchehr, construite avec la participation des experts russes.(3)
Un rapport de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), paru jeudi 21 février, confirme que l'Iran a commencé à installer des centrifugeuses plus modernes sur son site de Natanz au début de février. "Le 6 février 2013, l'agence a observé que l'Iran a commencé l'installation de centrifugeuses IR-2m"à Natanz, selon ce rapport. C'est la première fois que des centrifugeuses plus avancées que les IR-1 ont été installées" . Israël qui n'a pas signé le TNP et qui dispose d'un arsenal de bombes atomiques dicte la marche à suivre aux Occidentaux concernant la démolition de l'Iran Elle souligne que l'Iran "était plus proche que jamais" de la bombe atomique. Les services du Premier ministre, Benyamin Nétanyahu, ont qualifié de "grave" le rapport de l'Aiea, soulignant que l'Iran était ´´aujourd'hui plus proche que jamais d'obtenir du matériel enrichi pour une bombe atomique´´. Le rapport ´´prouve que l'Iran continue à avancer rapidement vers la ligne rouge que le Premier ministre avait dessinée lors de son discours aux Nations unies´´.
Du point de vue contribution au patrimoine de l´humanité, on doit aux Perses la diffusion de l´alphabet et l´écriture, la Route de la soie, les contes des Mille et Une Nuits, l´irrigation par canaux, le jeu d´échecs, les premières climatisations, les premières dissections humaines avec Ibn Sina (Avicenne), la découverte de l´alcool méthylique, la découverte du zéro du côté de Ninive, une très grande partie de l´algèbre et la géométrie, les logarithmes avec Al Khawarizmi, mais aussi le système des armées modernes (inventé par Darius I et copié cinq cents ans plus tard par les Romains). «Le taux d'alphabétisation était de moins de 50 pour cent (avant la Révolution islamique) tandis que grâce à la révolution, il est maintenant de plus de 86 pour cent,» a-t-il ajouté. Il a souligné qu'en 1979, le nombre d'étudiants s'élevait à 176.000 tandis qu'il atteignait les 2.165.000 en 2004, les 3 572.000 en 2008. En 1979, seulement 398 articles avaient été publiés dans les journaux professionnels, alors qu'ils sont passés à plus de 20 000 en 2008 (3855 de 2004)», a affirmé le président iranien. (4)
Avec un Produit national brut de 570 milliards de dollars en 2005, il constitue la deuxième économie de la région. Son Produit intérieur brut par habitant s´élève à 8 400 dollars. L´Iran est le 4e producteur de pétrole au monde. Il dispose aussi de la deuxième plus grande réserve en gaz naturel, après la Russie, et en est le 6e producteur.De nos jours, l´Iran est une puissance technologique, de loin plus performante que les autres pays musulmans. L´avion de combat, entièrement conçu et fabriqué par les ingénieurs iraniens, a effectué, ce dimanche, avec succès, son premier vol-test, en présence du ministre de la Défense et des hauts responsables militaires, à Ispahan. Cet avion de combat baptisé «Azarakhsh» (la foudre) est le deuxième. Le premier du nom est baptisé «Saegheh» (l´éclair). (5)
Dans le même temps, la mise en orbite d'un satellite civil iranien pourrait entraîner les puissances spatiales dans la militarisation de l'espace en raison des tensions dans les relations politiques irano-américaines, selon l'expert. Le lancement réussi d'une fusée-porteuse a aussi suscité la préoccupation de nos partenaires américains a noté le responsable.
L'Iran a annoncé samedi 23 février 2012 avoir abattu un drone de surveillance étranger lors d'un exercice militaire, rapporte l'agence officielle de presse Irna. Irna ne précise pas à quel pays appartenait ce drone. Par le passé, l'Iran a affirmé à plusieurs reprises avoir intercepté des drones américains. L'événement qui s'est produit le dimanche 4 décembre 2011 présente, pourtant, des implications immédiates et une portée géopolitique d'une colossale importance. Les ingénieurs iraniens ont apprivoisé, domestiqué, The Beast.
Georges Stanechy pour sa part, nous parle du dernier rapport du FMI dont le moins qu'on puisse dire est qu'il fait un constat de bonne gouvernance en Iran. On mesure sans peine ce lourd aveu d'un pays qui n'a jamais cessé d'être diabolisé. «Obligés d'admettre que le pays connaît une croissance soutenue. Pas seulement grâce aux cours internationaux du pétrole et du gaz, mais aussi sous l'action conjointe d'une forte croissance du secteur agricole. Auquel s'ajoute l'effet moteur d'une rapide extension du crédit en faveur d'un important secteur industriel, bien diversifié, tout particulièrement des petites et moyennes. Afin d'améliorer leur productivité, leur compétitivité et faciliter la création de nouvelles initiatives».(6)
«Au-delà de ces performances, poursuit Georges Stanechy, ce qui est à retenir de la lecture du rapport du FMI c'est le «constat» de la remarquable réussite, à l'étonnement des experts eux-mêmes, portant sur la profonde rénovation en cours du système économique de l'Iran. En décembre 2010, les subventions des prix de l'énergie et des produits agricoles ont été supprimées. (....) Les produits pétroliers, électricité, et blé, en particulier, ont subi une forte augmentation. Pendant une période transitoire, le montant économisé est redistribué aux ménages sous forme d'une allocation en espèces librement utilisable aux entreprises pour activer leur restructuration et leur modernisation en termes d'économies d'énergie et aux administrations publiques pour financer leur modernisation.»(6)

Les relations irano-américaines
Dans un article objectif sur les malentendus américano-iraniens: Franklin Lamb écrit «L'observateur étasunien que je suis, a participé à d'innombrables conférences internationales et a voyagé dans plus de 70 pays. Mais il n'a jamais rencontré une société aussi complexe, évolutive, énergique, industrieuse et riche en idéalistes chaleureux qui ont le sens de l'humour et qui aident ceux qui sont dans le besoin que la société de la République Islamique d'Iran.
Se trouver en Iran, en ces temps difficiles, est une expérience bouleversante car on prend conscience que les Iraniens et les Etasuniens ont tant de besoins et d'intérêts communs - oui, même en ce qui concerne les croyances religieuses - que les deux peuples devraient immédiatement restaurer leurs relations et revenir à l'époque où 60.000 étudiants iraniens faisaient leurs études aux Etats-Unis et où des milliers d'Etasuniens vivaient et travaillaient en Iran - dans la plus parfaite harmonie et pour le plus grand profit de tous. (...) Il n'y a probablement aucun pays qui soit si incompris des Etats-Unis que l'Iran. Et c'est dû presque entièrement à la politique de diabolisation qui mène à tout déformer, y compris les parties des discours du président Ahmadinejad qui portent sur Israël et les Etats-Unis. (...)» (7)
Mme Rubin, qui est une ancienne bénévole de l'Aipac, a fustigé la nomination au secrétariat de la Défense de Chuck Hagel, l'ancien sénateur, de concert avec 52 organisations sionistes des Etats-Unis, le mois passé, parce qu'il s'est prononcé en faveur d'une relation de respect et de bienveillance mutuels avec l'Iran. Les propos de Hagel sur les sanctions imposées à l'Iran et à la Syrie sous l'égide étasunienne et sur la nécessité de reconstruire la confiance et de normaliser les relations par le dialogue, sont impardonnables à leurs yeux. Voilà ce que Hagel a dit à propos des relations entre l'Iran et les Etats-Unis: ´´Nous ne devrions pas mettre des conditions aux pourparlers ni rejeter toutes les alternatives pour n'en retenir qu'une seule que nous 'dicterons' à l'Iran´´. (...) Avec les Etasuniens, les Iraniens parlent le plus souvent de la nécessité d'améliorer les relations entre les deux pays ou alors ils leur demandent comment se passe leur séjour en Iran et s'ils ont besoin d'aide ou d'information sur le pays. Les Iraniens sont naturellement aussi ouverts que les Etasuniens et à la différence de beaucoup d'autres pays, il n'y a aucun sujet tabou.» (7)
«Il y a toutes les raisons du monde pour que Washington tende la main à l'Iran, pas seulement en paroles mais en actes. Le peuple iranien et de nombreux Etasuniens le désirent ardemment et ce serait bénéfique pour les deux sociétés. Les contacts, les visites et les discussions ouvertes contribueraient à détendre les relations entre l'Iran et les Etats-Unis. Et on peut espérer que les deux peuples finiront par faire pression sur leurs gouvernements pour qu'ils oublient le passé et se tournent vers l'avenir en recréant des liens d'amitié.» (7)
Ceci va dans le sens de la prise en compte de l'incontournabilité de l'Iran comme l'expose Thierry Meyssan dans un article publié le 26 janvier dernier en Russie, le nouveau Le Plan de partage du Proche-Orient sur lequel travaillent la Maison-Blanche et le Kremlin. «La nouvelle donne obligerait les États-Unis à reconnaître enfin le rôle régional de l'Iran.
Cependant, Washington souhaiterait obtenir des garanties que Téhéran se retire d'Amérique latine où il a tissé de nombreux liens, notamment avec le Venezuela. On ignore la réaction iranienne à cet aspect du dispositif, mais Mahmoud Ahmadinejad s'est d'ores et déjà empressé de faire savoir à Barack Obama qu'il ferait tout ce qui est en son possible pour l'aider à prendre ses distances avec Tel-Aviv.» (8)
Comment l'Iran s'est imposée sur la scène internationale? L'explication est à chercher dans l'endurance de ce pays, qui a compris qu'il n'y a pas à se lamenter. Il faut se battre avec les armes de la science, sa propre richesse technologique fruit d'une éducation et d'une recherche de qualité moins la démagogie. Inspirer le respect est une question de sueur, de veille, de travail acharné. L´Occident ne veut pas d´un Iran développé et toutes les manoeuvres visent à freiner le développement de ce pays, pays émergent par excellence et qui dispose de tous les atouts: une civilisation plusieurs fois millénaire, des réserves énergétiques les deuxièmes plus importantes en pétrole et gaz. En Iran tout n'est pas rose, loin s'en faut, les mêmes maux de corruption, de népotisme, gangrènent la société.
Le fait est là, c'est un pays qui avance et qui mise sur son intelligence. Puissent les pays musulmans le suivre dans cette marche forcée vers le savoir au lieu de s'installer dans la fatalité pour le plus grand malheur de leurs peuples.

1. Le Guide suprême iranien rejette l'offre de dialogue Le Monde.fr 07.02.2013
2. http://www.lexpressiondz.com/internationale/169569-l-iran-reitere-ses-droits-sur-le-nucleaire.html
3. http://french.ruvr.ru/2013_02_23/LIran-a-choisi-16-sites-pour-la-construction-des-centrales-nucleaires/
4. Farsnews - Le 1er vol de l´avion de combat, «la foudre», «made in Iran».05 août 2007
5. Daniel Laurent. Et si l'Iran nous donnait des leçons en matière d'enseignement supérieur?
Education/ Recherche, jeudi 28 août 2008.
6. Georges Stanechy IMF Country Report No. 11/241 - Islamic Republic of Iran: 2011 Article IV Staff Report; August 2011 http://www.legrandsoir.info/iran-rapport-fmi-aout-2011.html
7.
Franklin LAMB http://www.legrandsoir.info/les-iraniens-et-l-amitie.html
8. http://www.alterinfo.net/Obama-et-Poutine-vont-ils-se-partager-le-Proche-Orient_a87127.htm

Solurce: L’Expression du 25.02.13

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