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Un tyran nommé Kadhafi

Publié le par Mahi Ahmed

Un tyran nommé Kadhafi

par Akram Belkaid : Paris

Quand le tyran affronte la colère, longtemps contenue, de son peuple, il commence toujours par recourir à la violence. Sûr de son bon droit et de son impunité, il ordonne à ses sbires de tuer, de saccager et de torturer pour empêcher toute récidive. Et si, d'aventure, l'armée et les forces de sécurité rechignent à obéir à ses consignes abjectes, il puise dans le trésor national et paie des mercenaires pour accomplir la sale besogne. C'est presque toujours le même scénario qui prélude au même enchaînement d'événements. Car, tôt ou tard, le tyran réalise que son peuple est déterminé et que des concessions, même de façade, sont nécessaires. Vient alors le temps du discours à la fois menaçant et accommodant. C'est le « père de la nation » qui s'adresse aux brebis égarées, qui en appelle à la majorité silencieuse, qui promet des changements et des réformes dont on se demande pourquoi ils n'ont jamais été réalisés auparavant. C'est la dignité offensée qui ne comprend pas la flambée de violence et qui feint de s'étonner que les manifestants en soient arrivés à sortir dans la rue pour faire entendre leur voix. C'est le propos d'une pseudo sagesse qui dit après moi le déluge et qui abat la carte de la peur en menaçant son peuple de guerre civile et de peine capitale. Et pour bien enfoncer le clou, il finit par brandir la carte du retour du colonisateur sans oublier la menace islamiste alors que personne n'a vu ou entendu le moindre slogan religieux contre son régime inique.

 Quand il est acculé, quand il est en perte de vitesse, le tyran devient comédien. Il cherche à émouvoir, à séduire et compte sur l'angoisse de son peuple face à l'inconnu. Il joue la ritournelle du souvenez-vous de ce que je vous ai apporté, de nos combats glorieux. Tel un mythomane gavé de drogues et d'euphorisants, il se pavane et jure qu'il ne quittera jamais son poste. Et, bien entendu, dès la fin de son propos, les foules « enthousiastes » sortent pour acclamer le leader, un peu à l'image des pauvres imbéciles qui ont envahi les rues de Tunis pour chanter les louanges de Ben Ali au soir de son discours du 13 janvier. « Je vous ai compris. Faites moi encore confiance » affirme le tyran qui ne se rend même pas compte que le feu a gagné son palais. Mais tout cela est vain car, qu'il le veuille ou non, son destin est scellé. Tôt ou tard, après quelques autres discours, il devra fuir pour ne pas être passé par la lame d'un sabre ou haché par quelques rafales d'armes automatiques. C'est à tout cela que je pensais mardi dernier après avoir écouté le discours fleuve de Kadhafi. Un moment pathétique, d'un grotesque infini comme lorsque le « guide » est apparu la veille à la télévision, parapluie à la main, pour prouver qu'il n'avait pas quitté le pays contrairement aux rumeurs qui le disaient réfugié au Venezuela. Ce discours
… Quelle logorrhée, quel délire mais en même temps quelle cruauté, quelle monstruosité dans le verbe et l'intention. C'était l'exemple même du dictateur qui n'hésite pas à mettre son pays à feu et à sang pour sauver son fauteuil. Dans ce discours, il y avait à la fois du Bokassa, de l'Idi Amin Dada et du Sénateur Palpatine. On aurait pu en rire à gorge déployée si la situation n'était pas aussi tragique et s'il n'y avait pas eu autant de morts.

 Question : dans cette triste affaire, que va faire le monde arabe ? Encore dirigé par un nombre important de fripouilles et de kleptocrates, il va encore s'arranger pour décider de ne rien décider. Dans le camp des démocraties naissantes, la Tunisie doit gérer sa transition et contrer les agissements des milices de l'ancien régime tandis que l'Egypte est loin d'être sortie d'affaire. Quant aux autres régimes, comment pourraient-ils abandonner l'un des leurs ? Comment pourraient-ils accepter de créer un tel précédent ? A-t-on vu un régime arabe se porter au secours d'un peuple arabe en danger de mort ? On retiendra aussi que l'Union du Maghreb arabe (UMA) est définitivement morte en ce mois de février 2011, soit vingt-deux ans après sa naissance. Que l'on se dise arabe, berbère ou tout simplement maghrébin, Kadhafi et son gang familial de psychopathes sont notre honte.

 Deuxième question : dans cette affaire, que va faire l'Occident ? Cet Occident qui s'est longtemps tu pendant les événements tunisiens et égyptiens va devoir choisir entre pétrole et morale. Entre gaz naturel et honneur. Entre ventes d'armes et rectitude. On se doute bien quel sera son choix. Pour sauver les apparences, il décidera peut-être un embargo et quelques sanctions pour calmer la galerie. Mais peut-il se fâcher contre celui qui détient trois pour cent des réserves mondiales d'or noir ? Rembobinons quelques documents d'archives. Ecoutons ce ministre français nous expliquer que Kadhafi est un partenaire sérieux de l'Union européenne. Ecoutons Berlusconi dire toute l'admiration qu'il éprouve pour son ami Libyen. Ecoutons l'administration Bush saluer celui qui a renoncé au terrorisme. Revoyons les images du despote reçu en grandes pompes à Paris en décembre 2007. Ah, cette tente plantée en plein parc de l'hôtel Marigny, à quelques mètres de l'Elysée, quelle belle gifle à la patrie qui fut celle des droits de l'homme.

 Pauvre Libye. Pauvres Libyens dont on se demande ce qu'ils ont bien pu faire pour mériter un tel sort. Désormais, personne ne sait ce qui va se passer mais une chose est certaine : Kadhafi a fait massacrer son peuple et il mérite d'être traduit devant la justice internationale. Affirmer le contraire ne sera que propos dilatoire, complaisant ou tout simplement complice.




http://www.lequotidien-oran.com/?news=5149744

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Erosion de la notion de patriotisme en Algérie

Publié le par Mahi Ahmed

Les partisans du libéralisme sauvage marquent des points

Erosion de la notion de patriotisme en Algérie

24-02-2011

 

Par Mohamed Bouhamidi

Dans notre représentation ordinaire du monde qui fonde notre culture politique et notre culture tout court, l’image et l’idée du patriotisme - ne serait-il qu’économique - viennent de prendre un coup sévère. Ses adversaires - partisans du libéralisme sauvage et débridé ou jeunesse exaspérée de son usage pervers et mortel pour ses rêves et ses libertés - trouveront dans le retrait des mesures correctives de 2009 dites de «patriotisme économique» une preuve supplémentaire de l’obsolescence et de l’archaïsme de cette notion. Voilà la preuve par les émeutes du sucre et de l’huile qu’encadrer les importations, les sorties de devises et le commerce informel mène droit au désordre ; en tout cas à un désordre dont on n’a pas démêlé tous les fils ni remonté à ses sources réelles. Les mesures de ce mardi 22 février enfoncent le dernier clou dans le cercueil des mesures correctives de la loi de finances 2009. Pourtant, ces mesures ne semblent pas satisfaire tout à fait les journaux qui ont mené campagne dès 2009 pour alerter sur les «dangers du socialisme et de l’étatisme», pour remettre à la disposition des concessionnaires automobiles les crédits à la consommation, pour annuler la procédure du crédit documentaire, et toutes les autres petites mesures conservatoires. Déjà en cet automne 2009, l’ingérence grossière des gouvernements étrangers, voire de simples maires, passait pour normale et les mêmes titres de presse les reprenaient triomphalement. Un indice aveuglant que des forces internes s’appuyaient ouvertement sur des puissances étrangères et sollicitaient leur intervention dans un marché donnant-donnant à découvert. Il était tout aussi étonnant de voir se dérouler ouvertement ces alliances à l’international de ces courants libéraux que de l’absence de réactions non seulement du pouvoir, mais aussi de toute la société dite civile. Des années durant, le pouvoir avait brandi les satisfecit et les flatteries de l’étranger comme des certificats de bonne
gouvernance, de compétence reconnue et du bon choix du libéralisme comme source et référent de toutes les décisions économiques. Le recours à ce genre de légitimation devait laisser des dégâts profonds sur la conscience nationale et sur la notion de patrie et le sentiment de patriotisme. Cette démarche de la légitimité par le regard de l’étranger n’a pas que des sources politiques et
économiques. Le vieux réflexe du colonisé n’est pas vraiment loin et nous avons appris aux dépens de l’Algérie et de ses couches populaires que le complexe du colonisé peut agir à longue distance chez beaucoup de cadres et plus chez les cadres que dans les
milieux populaires et que le réflexe se nourrit inlassablement des situations de domination, voire d’hégémonie morale et mentale, qui reproduit à une échelle toujours plus élargie le néocolonialisme.Cette reproduction du réflexe du colonisé est pour beaucoup dans les concessions irrationnelles de l’Etat algérien au cours de négociations avec le FMI, la Banque mondiale ou d’autres institutions. Beaucoup de cadres peuvent raconter comment certains de leurs collègues étaient pris d’ivresse de se retrouver assis face aux célèbres - et si craints par ailleurs - cadres des institutions internationales tout comme certains d’entre nous qui y ont assisté peuvent raconter combien l’invitation d’une ambassade peut également transporter d’ivresse certains compatriotes ! La mentalité et la psychologie des négociateurs pèsent d’un poids aussi lourd que les facteurs objectifs en enjeu. Dans cette configuration pathologique de la relation au dominant, accéder à la demande du dominant, c’est accéder à son statut, c’est vivre au plan fantasmatique une promotion idéologique rare : on passe de l’autre côté. C’est une véritable extraction de la condition d’indigène. Penser comme l’autre, défendre ses idées, c’est devenir l’autre dans une sorte d’extase dont la libido n’est pas du tout absente. Et comme toutes les transformations fantasmatiques, celle-ci est éphémère, aléatoire, il faut la répéter, revenir sur les circonstances de la jouissance mentale, négocier encore avec les institutions et, à défaut, substituer à ces négociations le rôle du maître d’école.  Nous ne pouvons plus que constater l’érosion du sentiment patriotique et de la fierté nationale qui nous dressaient instinctivement devant l’ingérence étrangère et nous retenaient tout aussi instinctivement de nous confier à l’étranger sur nos soucis et nos différends entre nationaux. Au cours de cette longue période d’érosion, le point de vue étranger devenait un point de vue d’arbitre pour des protagonistes qui ne voyaient d’autres choix que ceux de ce même étranger pour toutes les questions brûlantes de notre vie nationale, de la création des industries abandonnée au bon vouloir des investissements étrangers jusqu’au système LMD adopté pour entrer dans une division internationale des profilages de formation au profit de l’étranger, en passant par l’association, destructrice, avec l’Union européenne et la volonté d’une inutile et dévastatrice entrée dans l’Organisation mondiale du commerce dans laquelle nous ne figurerons que comme acheteurs priés de détruire les barrières douanières, ce que nous venons de réaliser sans aucune contrepartie que celle de faire taire une contestation n’ayant de réalité que dans les médias locaux qui ont lancé la campagne contre la LFC et que, dans les médias étrangers, singulièrement France 24 dont tout le monde sait pour qui elle roule. Pour beaucoup d’amis de l’Algérie, le zèle mis par notre pays débarrassé de tout endettement à appliquer les recettes du FMI et de la Banque mondiale sans même une contrainte relevait de l’incompréhensible. Il est toujours difficile d’expliquer comment une mentalité peut devenir une idéologie et donc une croyance et que toutes les croyances sont actives et vous motivent pour passer à l’acte. Passer à l’acte à partir d’une idéologie procure la profonde satisfaction - quasiment freudienne - d’une conformité de l’acte à la pensée, la satisfaction d’un plaisir rendu licite. Tout le monde a la satisfaction du devoir accompli. Dans ce plaisir se mêlent des significations sociales et des significations individuelles. Cette double vie - personnelle et sociale - des idéologies et des croyances s’est largement reposée sur la base solide de la «transition» à l’économie de marché et l’émergence d’une bourgeoisie compradore solidement appuyée aux réformes économiques achetées à vil prix (120 millions de dollars) par la Banque mondiale en 1994. Les interventions du ministre de l’Intérieur, à propos des mesures de la LFC, en ont surpris plus d’un et ont clairement montré que les pertes du fisc ne préoccupaient pas tous les responsables de l’Etat. La ligne de clivage entre plus d’Etat ou moins d’Etat ne sépare pas le pouvoir et l’opposition mais sépare de l’intérieur et le pouvoir et l’opposition en brouillant les vrais clivages mal assumés. Nous pouvons retrouver une partie de ce secret dans l’analyse d’un politologue, qui souligne : «Sur sa lancée, les ouvertures démocratiques, introduites à la faveur du mouvement populaire d’Octobre 88, ont été graduellement mises sous le boisseau. Seule une façade artificielle a été maintenue à travers la parution de titres privés de la presse écrite et la présence de partis autorisés, pour la plupart liés plus qu’indépendants au pouvoir…». (
www.libertealgerie.com)
Cette façade artificielle qui nous servait le vieux discours nationaliste cachait de profondes mutations économiques et sociales dont nous découvrons aujourd’hui le désastre : l’Etat qui a réussi la première nationalisation du pétrole dans l’histoire de cette ressource a été mis à genoux par un marchand d’huile et obligé de revenir - et au-delà - sur des mesures conservatoires qu’il avait prises en été 2009.Le politologue ne fait pas que dans le juste constat. Il se trompe en affirmant : «Cette démarche, inspirée pour l’essentiel par des considérations sécuritaires, ne pouvait conduire qu’à l’atrophie de la vie politique et sociale dans le pays. Une atrophie qui s’est accompagnée d’une lente mais inexorable asphyxie de l’économie nationale. Malgré la persistance de pratiques datant de l’époque de l’État-providence, avec d’importants transferts sociaux, la cohésion de la société algérienne n’a pas résisté puisqu’elle s’est divisée en deux blocs distincts. D’une part, la société réelle, l’immense majorité de la population - en particulier, les laissés-pour-compte de la prospérité - avec 60% de jeunes âgés de moins de 20 ans. D’autre part, la société virtuelle, c’est-à-dire la panoplie d’institutions nationales et d’appareils bureaucratiques avec les personnels dirigeants qui les peuplent, une minorité sociale, en tout état de cause.» L’atrophie économique a été produite par l’application des conseils du FMI et de la Banque mondiale, elle est la fille des réformes et du démantèlement industriel. L’application de ces réformes a exigé une opacité accrue pour faire passer les anciens monopoles de l’Etat vers des entreprises privées nées des subsides de l’Etat, avec l’aide de l’Etat et dans une interpénétration inavouable entre pôles bureaucratiques et oligarchies familiales. Mais le politologue a bien raison de souligner, par contre, la perversion de la structure de répartition de la richesse et de souligner la jeunesse et le degré d’instruction de la majorité de notre population. Le pouvoir croit-il convaincre cette jeunesse avec un personnel politique qui a été réduit aux laudateurs par vocation, semi-incultes et qui ont largement dévalorisé et délégitimé cette notion de patriotisme ?  Le pouvoir pouvait-il engager ces mesures de sauvegarde en faisant l’économie de la politique, c’est-à-dire de l’explication de leur sens auprès du plus grand nombre en vue d’entraîner leur adhésion ? La réponse est évidemment non. Pouvait-il le faire sans concéder au plus grand nombre le droit de discuter les orientations passées de l’Etat ? Évidemment non. Aux jeunes, fatigués d’une valeur rabaissée au rang de slogan trompeur, de réinventer le patriotisme de notre époque. Ils réussiront car il correspond exactement à leurs rêves de dignité et de liberté dans la justice sociale. Aucune répression ne les retiendra. Quand ils en auront besoin, d’un simple clic, ils créeront un parti, un groupe ou un front sur Facebook. Est-ce si difficile
à comprendre ? 

http://www.latribune-online.com/

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Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe : le cas de l'Égypte

Publié le par Mahi Ahmed

Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe : le cas de l'Égypte

par Ahmed Bensaada *

Il n'y a rien de plus émouvant que de voir un peuple recouvrer sa liberté après avoir subi le joug du despotisme et retrouver sa fierté après des années d'humiliation.

Les marées humaines défilant dans les rues, occupant des places, déployant des slogans cinglants et irrévérencieux, maniant une parole si longtemps confisquée, arborant une dignité outrageusement bafouée : la quintessence du bonheur divin.

Mais les lendemains de ces révoltes nous laissent quelque peu perplexes. Qu'ont-elles accompli à part l'étêtement des régimes en place?

Voyons voir. En Tunisie : un Ghannouchi qui reste en place malgré la vindicte populaire et des années passées à servir un système mafieux, un bloggeur qui décide de siéger comme ministre dans un gouvernement qui l'a personnellement maltraité et des milliers de jeunes harragas qui préfèrent fuir vers l'Occident au lieu de perpétuer la " révolution " au pays du jasmin. Du côté du Nil, même scénario : un Tantaoui, pur produit du système, qui a dépassé l'âge de la retraite depuis belle lurette, et qui, sans en référer au peuple souverain, décide de maintenir ses relations avec Israël avant même de s'inquiéter du sort de ses propres concitoyens; un gouvernement légèrement modifié et dont les postes clés restent toujours aux mains des apparatchiks du système; des retouches cosmétiques de la constitution et une demande de gel des avoirs de la famille Moubarak [1] après d'incompréhensibles hésitations, bien longtemps après celle des anciens dignitaires du régime [2].

Est-ce cela une " révolution "? Est-il pensable que l'éléphant n'aurait accouché que d'une petite souris?

Les résultats mitigés de ces révoltes ne peuvent être compris qu'en examinant leur genèse. La plupart des spécialistes " cathodiques " ou officiant dans les médias majeurs se sont entendus sur la nature spontanée de ces mouvements. Grosso modo, le peuple peut être considéré comme un genre de cocotte-minute susceptible d'exploser sous l'effet d'une pression sociale et politique trop grande. Cette explosion produit une réaction en chaîne dans les pays avoisinants, de culture ou d'histoires similaires. Il suffit donc d'attendre sagement, de préparer les caméras et les micros afin de couvrir, en temps et lieux, les évènements que remueront les rues arabes. Il s'agit là d'une analyse naïve et primaire qu'il est difficile d'accepter de la part de personnes savantes, titulaires de chaires, responsables de revues, qui ont passé leurs vies à scruter les moindres soubresauts de cette région du monde. Un peu comme les illustres économistes de notre temps qui n'ont pas pu prévoir l'immense crise économique que le monde a récemment connue. Qu'aurait-on dit si un météorologue n'aurait pas prévu un gigantesque ouragan?

En fait, ce qui attire l'attention depuis le début des émeutes tunisiennes, c'est la trop grande préoccupation étasunienne concernant les nouvelles technologies. Les multiples interventions du président Obama et de sa secrétaire d'état pour défendre la liberté d'accès à Internet et leur insistance pour que les régimes en prise avec les manifestations populaires n'interrompent pas la navigation sur la toile avaient quelque chose de suspect.

Mme Clinton a même affirmé, le 15 février dernier, " qu'Internet est devenu l'espace public du XXI siècle " et que " les manifestations en Égypte et en Iran, alimentées par Facebook, Twitter et YouTube reflétaient la puissance des technologies de connexion en tant qu'accélérateurs du changement politique, social et économique " [3]. Elle a même annoncé le déblocage de 25 millions de dollars " pour soutenir des projets ou la création d'outils qui agissent en faveur de la liberté d'expression en ligne ", et l'ouverture de comptes Twitter en chinois, russe et hindi après ceux en persan et en arabe. D'autre part, les relations " complexes " entre le département d'État américain et Google ont été longuement discutées dans la presse. D'ailleurs, le fameux moteur de recherche à été qualifié " d'arme de la diplomatie américaine " [4].

Mais quelle est la relation entre le gouvernement américain et ces nouvelles technologies? Pourquoi des responsables de si haut niveau prennent-ils des décisions dans la gestion d'entreprises qui sont supposées être privées? Cette situation n'est pas sans nous rappeler l'intervention américaine similaire lors des évènements qui ont suivi les élections en Iran [5]. Le ministère américain des Affaires étrangères avait alors demandé à Twitter de reporter une opération de maintenance qui aurait entraîné une interruption de service, ce qui aurait privé les opposants iraniens de moyen de communication [6].

Ces curieuses accointances entre le gouvernement américain et les réseaux sociaux dans des régions du monde aussi sensibles et pendant des évènements sociaux aussi délicats est très suspect, c'est le moins qu'on puisse dire.

Autre élément qui attire l'attention : la surmédiatisation de bloggeurs, leur association avec une révolution qualifiée de " facebookienne " et l'insistance sur leur non-appartenance à un mouvement politique quelconque. Ce sont donc des personnes jeunes et apolitiques qui utilisent les nouvelles technologies pour déstabiliser des régimes autocratiques ancrés dans le paysage politiques depuis des décennies. Mais d'où viennent ces jeunes et comment peuvent-ils mobiliser autant de personnes sans avoir bénéficié d'une formation adéquate ni être relié à une organisation précise?

Chose est certaine : le modus opérandi de ces révoltes a toutes les caractéristiques des révolutions colorées qui ont secoué les pays de l'Est au début des années 2000.

Les révolutions colorées

Les révoltes qui ont bouleversé le paysage politique des pays de l'Est ou des ex-républiques soviétiques ont été qualifiées de " révolutions colorées ". La Serbie (2000), la Géorgie (2003), l'Ukraine (2004) et le Kirghizistan (2005) en sont quelques exemples.

Toutes ces révolutions, qui se sont soldées par des succès retentissants, sont basées sur la mobilisation de jeunes activistes locaux pro-occidentaux, étudiants fougueux, blogueurs engagés et insatisfaits du système.

De nombreux articles [7] et un remarquable documentaire de la reporter française Manon Loizeau [8] ont disséqué le mode opératoire de ces révoltes et montré que c'était les États-Unis qui en tiraient les ficelles. En fait, l'implication de l'USAID, du National Endowment for Democracy (NED), de l'International Republican Institute, du National Democratic Institute for International Affairs, de Freedom House, de l'Albert Einstein Institution et de l'Open Society Institute (OSI), a été clairement établie [9]. Ces organisations sont toutes américaines, financées par soit le budget américain, soit par des capitaux privés américains. À titre d'exemple, la NED est financée par un budget voté par le Congrès et les fonds sont gérés par un Conseil d'administration où sont représentés le Parti républicain, le Parti démocrate, la Chambre de commerce des États-Unis et le syndicat AFL-CIO, alors que l'OSI fait partie de la Fondation Soros, du nom de son fondateur George Soros le milliardaire américain, illustre spéculateur financier.

 Plusieurs mouvements ont été mis en place pour conduire les révoltes colorées. Parmi eux, OTPOR (Résistance en serbe) est celui qui a causé la chute du régime serbe de Slobodan Milosevic. Le logo d'OTPOR, un poing fermé, a été repris par tous les mouvements subséquents, ce qui suggère la forte collaboration entre eux.

Dirigé par Drdja Popovic, OTPOR prône l'application de l'idéologie de résistance individuelle non violente théorisée par le philosophe et politologue américain Gene Sharp. Surnommé le " Machiavel de la non-violence ", Gene Sharp n'est autre que le fondateur de l'Albert Einstein Institution. Son ouvrage " From Dictatorship to Democracy " (De la dictature à la démocratie) a été à la base de toutes les révolutions colorées. Disponible en 25 langues différentes (dont bien sûr l'arabe), ce livre est consultable gratuitement sur Internet et sa dernière édition date de 2010. Sa première édition, destinée aux dissidents birmans de Thaïlande, a été publiée en 1993.

Le cas de l'Égypte

C'est le mouvement du 6 avril [10] qui a été le fer de lance de la protestation populaire égyptienne et le principal artisan de la chute de Hosni Moubarak. Constitué de jeunes de la classe moyenne, activistes, férus de technologies nouvelles, ce mouvement a, dès 2008, appuyé les revendications ouvrières. La première collusion entre ce mouvement et le gouvernement américain a été divulguée par WikiLeaks. Il s'agit de 2 câbles (08CAIRO2371 et 10CAIRO99) datant respectivement de novembre 2008 et de janvier 2010 qui montrent clairement des relations étroites entre l'ambassade américaine du Caire et les activistes égyptiens [11, 12]. La bloggeuse Israa Abdel Fattah [13], cofondatrice du mouvement du 6 avril, est nominativement mentionnée dans le second document comme faisant partie d'un groupe d'activistes ayant participé à un programme de formation organisé à Washington par Freedom House. Le programme, nommé " New Generation ", a été financé par le département d'état et USAID et avait pour but de former des " réformateurs politiques et sociaux .

Ces stages de formation d'activistes égyptiens aux États-Unis susceptibles " de représenter une troisième voie, modérée et pacifique " ne sont pas rares. Condoleeza Rice (mai 2008) et Hillary Clinton (mai 2009) en ont rencontré, sous les auspices de Freedom House (FH). Ces dissidents ont même eu des entretiens avec de hauts responsables de l'administration américaine [14].

 Les activistes d'OTPOR, fort de leur expérience dans la déstabilisation des régimes autoritaires, ont fondé un centre pour la formation de révolutionnaires en herbe. Cette institution, le CANVAS (Center for Applied Non Violent Action and Strategies), se trouve dans la capitale serbe et son directeur exécutif n'est autre que Srdja Popovic [15]. Un des documents qui circulent dans la toile et qui illustre la formation dispensée par ce centre est " La lutte non-violente en 50 points " qui s'inspire largement des thèses de Gene Sharp. L'ouvrage y fait abondamment référence et le site de l'Albert Einstein Institution est cité comme un des meilleurs sur la question. CANVAS est financé, entre autres, par Freedom House, Georges Soros en personne [16] et l'International Republican Institute qui compte dans son bureau nul autre que John McCain, le candidat à la présidentielle américaine de 2008 [17]. D'ailleurs, ce dernier est longuement interviewé dans le documentaire de Manon Loizeau et son implication dans les révolutions colorées y est clairement établie. En outre, les auteurs de l'ouvrage (dont Drdja Popovic) remercient longuement " leur ami " Robert Helvey pour les avoir " initié au potentiel étonnant de la lutte stratégique non-violente ". Robert Helvey est un ancien colonel de l'armée US, associé à l'Albert Einstein Institution via la CIA, spécialiste de l'action clandestine et doyen de l'École de formation des attachés militaires des ambassades américaines [18].

 Le porte-parole du mouvement du 6 avril, Adel Mohamed, a affirmé, dans une entrevue accordée à la chaîne Al Jazira (diffusée le 9 février 2011), qu'il avait effectué un stage chez CANVAS durant l'été 2009, bien avant les émeutes de la place Tahrir [19]. Il se familiarisa avec les techniques d'organisation des foules et de comportement face à la violence policière. Par la suite, il forma à son tour des formateurs.

Ahmed Maher, le cofondateur du mouvement du 6 avril, a déclaré à un journaliste du Los Angeles Times " qu'il admirait la révolution Orange d'Ukraine et les Serbes qui ont renversé Slobodan Milosevic " [20].

Une autre similarité entre la révolution serbe et la révolte égyptienne est l'adoption du logo d'OTPOR par le mouvement du 6 avril, comme l'ont fait les autres révolutions colorées [21].

D'autre part, le site web de ce mouvement contient une longue liste des comportements à adopter par les membres s'ils sont arrêtés par la police. Cette liste indicative extrêmement exhaustive n'est pas sans rappeler le guide de " La lutte non-violente en 50 points " de CANVAS [22].

Parmi les activistes égyptiens, certains ont été sous les projecteurs durant les derniers jours du régime Moubarak. Parmi eux, Wael Ghonim est une figure marquante qui a été emprisonné pendant 12 jours et, après avoir été libéré, a accordé un entretien à la chaîne égyptienne Dream 2 où il raconte sa captivité et s'effondre en larmes avant de quitter le plateau. Cette performance audiovisuelle a fait de ce cyberdissident un héros malgré lui.

Formé à l'université américaine du Caire (une coïncidence?) Wael Ghonim est égyptien vivant à Dubaï, travaillant comme chef du marketing chez Google (une autre coïncidence?) pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord et mariée à une américaine (une dernière coïncidence?). Wael est un activiste récent dans le mouvement du 6 avril, mais il a travaillé étroitement avec Ahmed Maher [23]. Ce qui attire l'attention dans son intervention télévisée, c'est sa déclaration lorsqu'on lui a montré les images des jeunes tués pendant les manifestations : " Je veux dire à toute mère, tout père qui ont perdu un fils, je m'excuse, ce n'est pas de notre faute, je le jure, ce n'est pas de notre faute, c'est de la faute de toute personne qui était au pouvoir et s'y est accrochée ". Cette déclaration montre que le mouvement était très organisé et qu'aucun des membres n'avait prévu des pertes aussi grandes dans les rangs des manifestants, pour la plupart des jeunes qui ont été contactés via les réseaux sociaux.

Autre information surprenante : le PDG de Google s'est dit " très fier de ce que Wael Ghonim avait accompli ", comme si faire la révolution faisait partie de la description des tâches d'un responsable du marketing d'une quelconque entreprise [24].

La révolte égyptienne, tout comme les révolutions colorées, a fait apparaitre des personnages " internationalement respectables " prêts à être la figure de proue d'un changement démocratique dans la vie politique du pays. Le candidat de prédilection du mouvement du 6 avril est sans conteste Mohamed El Baradei, prix Nobel de la paix et ancien directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Le battage médiatique occidental autour de son " incontournable " candidature n'était finalement qu'un pétard mouillé. Le peuple de la rue ne l'a pas plébiscité et il a vite disparu du paysage. Il est intéressant de noter qu'El Baradei était le candidat privilégié des États-Unis. En effet, l'ancien directeur de l'AIEA est membre de l'International Crisis Group et siège avec de nombreux membres dont Georges Soros (encore lui!) [25]. Le monde est vraiment petit, c'est le moins qu'on puisse dire.

Finalement, notons que la NED, surnommée " la nébuleuse de l'ingérence " démocratique " " par Thierry Meyssan a été créée par Ronald Reagan pour poursuivre les actions secrètes de la CIA [26]. Le rapport 2009 de cet organisme montre qu'il a attribué environ 1,5 millions de dollars à plus de 30 ONG égyptiennes " pour la croissance et le renforcement des institutions démocratiques à travers le monde " comme prétendu sur leur site [27].

 L'utilisation des nouvelles technologies, si encensée par l'administration américaine, s'avère être un outil de choix pour la lutte non violente. Elle permet de contacter un nombre impressionnant de personnes en un temps record et d'échanger des données numériques et des informations de grande importance à l'intérieur et à l'extérieur du pays. Les investissements massifs consentis par les institutions et le département d'état américains dans ce domaine se font dans le but d'améliorer les techniques de contournement de la censure étatique, de la géolocalisation des activistes lors de leur arrestation et l'envoi d'images et de vidéos pouvant montrer le visage " inhumain " des régimes autocratiques. La récente annonce du réseau suédois Bambuser permettant de diffuser gratuitement, à partir d'un téléphone portable, des séquences vidéos en direct et leur stockage instantané en ligne en est un bon exemple [28].

 Cependant, une fois dans la rue, les techniques de mobilisation de foules, de socialisation avec les représentants de l'ordre, de gestion logistique et de comportement en cas de violence ou d'utilisation d'armes de dispersion de foules nécessitent une formation adéquate et de longue haleine. Dans le cas de l'Égypte, cela a été rendu possible grâce à l'assimilation du savoir-faire de CANVAS et aux formations dispensées et financées par les différentes institutions américaines.

 Il est clair que la révolte de la rue égyptienne n'est pas aussi spontanée que le prétendent les médias majeurs et leurs commentateurs. Cela n'enlève rien au remarquable engagement du peuple égyptien qui a suivi les leaders du mouvement du 6 avril et de sa noble abnégation pour se débarrasser d'un système corrompu afin d'accéder à une vie meilleure.

Mais espérons que l'historique révolte de la rue égyptienne et le lourd tribut qu'elle a payé pendant ces dernières semaines ne soient pas confisqués par des intérêts étrangers. Le récent véto américain contre un projet de résolution condamnant la politique de colonisation israélienne est de mauvais augure. Le mouvement du 6 avril n'était-il pas sensible à la souffrance du peuple palestinien [29]?

À suivre : Partie 2 : La Tunisie et les autres pays arabes.

* Docteur en physique, Montréal (Canada)

Références :

1. «L'Égypte demande des avoirs de Moubarak et de sa famille à l'étranger», Le Monde, 21 février 2011, http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/02/21/l-egypte-demande-le-gel-des-avoirs-de-moubarak-et-de-sa-famille-a-l- etranger_1483326_3218.html#ens_id= 1470465&xtor=RSS-3208

2. «L'Égypte demande le gel d'avoirs d'anciens responsables du régime Moubarak», Le Monde, 15 février 2011, http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/02/15/l-egypte-demande-le-gel-d-avoirs-d-anciens-responsables-du-regime-moubarak_1480192_3218.html

3. «Hillary Clinton milite pour la liberté sur Internet», Le Monde, 16 février 2011, http://www.lemonde.fr/technologies/article/2011/02/16/hillary-clinton-milite-pour-la-liberte-sur-internet_1480855_651865.html

4. «Google, les États-Unis et l'Égypte», Le Monde, 3 février 2011, http://www.lemonde.fr/technologies/article/2011/02/03/google-les-etats-unis-et-l-egypte_1474508_651865.html

5. Ahmed Bensaada, «Téhéran-Gaza : la différence médiatique», Géostratégie, 3 juillet 2009, http://www.ahmedbensaada.com/index.php?option= com_content&view =article&id=49:teheran-gaza-la-difference-mediatique &catid=37:societe&Itemid=75

6. «Iran : Washington intervient auprès de Twitter», Technaute, 18 juin 2009, http://technaute. cyberpresse.ca/nouvelles/internet/200906/16/01-876173-iran-washington-intervient-aupres-de-twitter.php

7. Lire, par exemple, John Laughland, "La technique du coup d'État coloré", Réseau Voltaire, 4 janvier 2010, http://www.voltairenet.org/article163449.html

8. Manon Loizeau, «Les États-Unis à la conquête de l'Est», 2005. Ce documentaire peut être visionné à l'adresse suivante : http://mecanoblog.wordpress. com/2009/10/16/etats-unis-a-la-conquete-de-lest-video/

9.
Lire, par exemple, Ian Traynor, «US campaign behind the turmoil in Kiev», The Guardian, 26 novembre 2004, http://www.guardian.co.uk/world/2004/nov/26/ukraine.usa

10. Shabab 6 April Youth Movement, http://

shabab6april.wordpress.com/shabab-6-april-youth-movement-about-us-in-english/

11. WikiLeaks, câble 10CAIRO99, http://213.251.145.96/cable/2010/01/10CAIRO99.html

12. WikiLeaks, câble 08CAIRO2371, http://www.wikileaks .ch/cable/2008/11/08CAIRO2371.html

13. Fanoos Encyclopedia, «Israa Abdel Fattah», http://www.fanoos.com/society/israa_abdel_fattah.html

14.
Michel Chossudovsky, «Le mouvement de protestation en Égypte: Les «dictateurs» ne dictent pas, ils obéissent aux ordres», Mondialisation, 9 février 2011, http://dissidentvoice.org/2011/02/the-junk-bond-%E2%80%9Cteflon-guy%E2%80%9D-behind-egypt%E2%80%99s-nonviolent-revolution/

15.
Canvasopedia, http://www.canvasopedia.org/

16. Maidhc O. Cathail, «The Junk Bond «Teflon Guy» Behind Egypt's Nonviolent Revolution», Dissident Voice, 16 février 2011, http://dissidentvoice.org/2011/02/the-junk-bond-%E2%80%9Cteflon-guy%E2%80%9D-behind-egypt%E2%80%99s-nonviolent-revolution/

17. Tony Cartalucci, «CIA Coup-College: Recycled revolutionary «props»», Info War, 20 février 2011, http://www.infowars.com/cia-coup-college-recycled-revolutionary-props/

18.
Thierry Meyssan, «L'Albert Einstein Institution : la non violence version CIA»», Réseau Voltaire, 4 juin 2007, http://www.voltairenet.org/article15870.html

19.
Tina Rosenberg, «Revolution U», Foreign Policy, 18 février 2011, http://www.foreignpolicy.com/articles/2011/02/16/revolution_u?page=0,7

20. Jeffrey Fleishman, «Young Egyptians mount unusual challenge to Mubarak», Los Angeles Times, 27 janvier 2011, http://articles.latimes.com/2011/jan/27/world/la-fg-egypt-youth-20110128<

21. Florian Bieber, «The Otpor Connection in Egypt», Balkan Insight, 31 janvier 2011, http://www.balkaninsight. com/en/blog/the-otpor-connection-in-egypt

22.
Shabab 6 avril Youth Movement, «Que faire si vous êtes arrêté», http://shabab6april.wordpress.com/shabab-6-april-youth-movement-about-us-in-english/v

23.
David D. Kirkpatrick et David E. Sanger, «Egyptians and Tunisians Collaborated to Shake Arab History», The New York Times, 13 février 2011, http://www.nytimes.com/2011/02/14/world/middleeast/14egypt-tunisia-protests.html

24.
AFP, «Égypte: le PDG de Google «très fier» de ce qu'a accompli Wael Ghonim», 15 février 2011, http://www.france24.com/fr/20110215-egypte-le-pdg-google-tres-fier-qua-accompli-wael-ghonim

25.
International Crisis Group, «Crisis Group Announces New Board Members», 1er juillet 2010, http://www.crisisgroup.org/en/publication-type/media-releases/2010/crisis-group-announces-new-board-members.aspx

26.
Thierry Meyssan, «La nébuleuse de l'ingérence «démocratique»», Réseau Voltaire, 22 janvier 2004, http://www.voltairenet.org/article12196.html

27.
NED, «2009 Annual report : Egypt», http://www.ned.org/publications/annual-reports/2009-annual-report/middle-east-and-north-africa/description-of-2009-gra-2

28.
Yves Eudes, "Des vidéos vues en direct et stockées à l'abri ", Le Monde, 21 février 2011, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/02/21/des-videos-vues-en-direct-et-stockees-a-l-abri_1483057_ 3212.html

29. The International Solidarity Movement, «Mohamed Adel a enfin été libéré», http://www.ism-france.org/temoignages/Mohamed-Adel-a-ENFIN-ete-libere-article-10484




http://www.lequotidien-oran.com/?news=5149741

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L’économie tunisienne aujourd’hui

Publié le par Mahi Ahmed

 
   
 

 

 


L’économie tunisienne aujourd’hui

Il n’y a pas de solution miracle !

Par Mohamed Haddar : Professeur d’économie, Université Tunis El Manar, et Président de l’Association des économistes tunisiens- La Tunisie a réalisé, depuis l'indépendance, des acquis dans le domaine économique. L'investissement dans le capital humain, le planning familial ainsi que les réformes adoptées ont permis : i) d'améliorer le revenu par habitant, ii) de hausser le niveau de vie des citoyens, et iii) de doter le pays d'une main-d'œuvre qualifiée lui permettant d'accélérer le rythme de développement économique et social.

 

 

 

1. Le gouvernement a fondé sa légitimité sur sa capacité à assurer la croissance économique

 

Sur la période 1961 – 2009, la Tunisie a connu un taux de croissance annuel moyen de 5.1% et une plus grande résilience aux chocs exogènes. Cette croissance réalisée, est plus élevée que la moyenne enregistrée par les pays de la sous- région d’Afrique du Nord au cours des cinq dernières décennies, cela malgré le recul relatif des disponibilités en ressources naturelles et d’un contexte international plus concurrentiel. Par contre, elle est plus faible que celle enregistrée par d’autres pays à croissance rapide tels que le Chili, la Corée, la Malaisie, l’Ile Maurice et la Thaïlande. Selon la Banque mondiale la Tunisie fait aujourd’hui partie du groupe des pays à revenu intermédiaire avec un revenu par habitant, en 2008, de 3 290 dollars EU. Ceci la place, cependant, encore très loin du niveau de développement atteint par les pays de l’Europe Occidentale, tels que le Portugal qui a un revenu par habitant de 20 560 dollars EU en 2008 soit plus que six fois supérieur, auquel la Tunisie souhaite se comparer.

 

2. L’économie du pays demeure très fragile

 

Malgré ces résultats, la Tunisie est confrontée à plusieurs défis. Avec la signature de l’accord d’association avec l’Union Européenne en 1995, le gouvernement tunisien a marqué clairement son choix pour un renforcement de l'ouverture de l'économie et la poursuite de son intégration dans l’économie mondiale. Ce choix offre des opportunités de croissance pour le pays mais soulève des défis, particulièrement celui de compétitivité afin de faire face à une concurrence internationale qui ne cesse de s’intensifier. La mondialisation est basée, principalement, sur des avantages comparatifs qui s’expliquent par la maîtrise technologique ou par les bas salaires. Le cas des industries électriques et électroniques indique que la mondialisation s'accompagne d'un véritable "nomadisme industriel", engendré par la recherche systématique des coûts salariaux les plus bas. L’exemple du Mexique est édifiant où on a pu observer que beaucoup d'entreprises, précédemment délocalisées, ont quitté le pays en raison d'une augmentation des coûts salariaux pour s’installer dans certains pays asiatiques où les salaires sont plus bas. Les marchés sont désormais mondiaux et les délocalisations peuvent être massives, le même produit étant susceptible d'être fabriqué et vendu partout. Cette délocalisation peut se traduire rapidement par une perte d’activité et d’emplois. Dans ce contexte, les trois principaux secteurs de notre pays à savoir le tourisme, le textile et les industries mécaniques et électriques (IME) sont fragiles et menacés.

Avec la levée des restrictions quantitatives sur le commerce international du textile et de l’habillement à partir de janvier 2005, les exportations tunisiennes sont confrontées à une très forte concurrence, notamment des pays asiatiques où le coût de la main-d’œuvre, en Tunisie, est largement supérieur à celui de la main-d’œuvre de ces pays. Le secteur du tourisme perd de sa dynamique en raison de la forte concurrence exercée par les pays méditerranéens. Même, dans le segment des destinations balnéaires populaires, la performance de la Tunisie a été inférieure à celle des pays tels que la Turquie et l’Egypte. La situation financière de plusieurs hôtels semble précaire. Les faibles marges de profit, accompagnées d’un financement insuffisant et d’un ratio élevé d’endettement, sont à l’origine de la faible rentabilité financière et d’une situation financière difficile pour plusieurs hôtels tunisiens. Le ratio élevé d’endettement et de prêts non productifs de certains hôtels pose un risque pour les banques tunisiennes largement impliquées dans ce secteur. Le système financier tunisien est dominé par un secteur bancaire caractérisé par une faible concurrence et une absence d’innovation et une incertitude sur le recouvrement des créances.

Mais les plus grands défis demeurent le chômage, particulièrement celui des jeunes, et les disparités régionales. Le chômage est un défi majeur, peut être le plus grand défi. Il l’était depuis des décennies et risque de persister encore pour un plus ou moins long moment. Il est beaucoup plus élevé pour les jeunes, et il est nettement plus élevé dans les régions de l’ouest, du centre et du sud du pays. A titre indicatif, le taux de chômage, pour les jeunes de 15 à 30 ans, avoisine les 30% à l’échelle nationale et a dépassé le seuil de 40% au gouvernorat de Gafsa. Pour les diplômés de l’enseignement supérieur, ce taux a atteint 36% au gouvernorat de Gafsa. Par ailleurs, les diplômés occupés ne travaillent pas dans des conditions idéales. 23% d’entre eux exercent sans contrat, la moitié travaille sous un contrat à durée déterminée (CDD) et environ 20% prétendent avoir un emploi stable et durable (enseignants et ingénieurs). A l’exception de ces derniers, les autres sont frappés par la précarisation et une tendance au déclassement de l’emploi. Face à cette situation de plus en plus difficile, une partie de la jeunesse est devenue peu motivée pour les études, découragée, sans perspective d’avenir. L’espoir de partir sous d’autres cieux et de tenter sa chance ailleurs constitue un rêve pour une bonne proportion de cette jeunesse. En outre, plusieurs sont souvent employés dans le secteur informel où ils sont peu satisfaits de leur situation et le plus souvent tentés par l’émigration interrégionale et internationale, légale ou illégale. Un taux de chômage élevé implique d'importants coûts économiques, sociaux et politiques et le chômage menace d'éroder les compétences, d’aggraver la pauvreté et l'inégalité et de conduire à la marginalisation sociale.

Pourquoi la croissance en Tunisie n’a pas créé suffisamment d'emplois ? Quelles sont les principales contraintes à la création d'emplois surtout des jeunes diplômés ? Pourquoi est-il plus difficile de créer assez d’emplois pour les jeunes dans les régions défavorisées et quels sont les facteurs qui expliquent cette difficulté ?

 

3. La Tunisie aurait pu faire mieux

 

Un nombre croissant d’économistes soutient que la Tunisie aurait pu réaliser des taux de croissance plus élevés, créer davantage d’emplois et permettre une meilleure répartition sociale de la richesse. L’argument avancé, est qu’une économie, caractérisée par la corruption, ne peut fonctionner à sa pleine capacité. Plus de corruption, c’est moins d'investissement et par conséquent, c'est moins de croissance et moins d'emplois. Dans ce cadre, l’avidité de "la famille" de l’ancien président et de ses proches a étouffé l’activité économique du pays, réduit la création de richesses et aggravé la pauvreté. Ce sont en majorité les pauvres qui subissent le plus les répercussions économiques et sociales de la corruption, non seulement ils souffrent du manque de services et des déficiences de l'administration, mais aussi parce qu'ils ne sont pas armés pour résister aux exigences de responsables corrompus. La corruption qui les a enrichis spectaculairement s'est développée grâce à l'installation de verrous ou de "tributs" qu'ils ont installés sur les institutions économiques – douanes, banques, transport, infrastructures, autorisations administratives, etc. – qui ont handicapé l'activité et la répartition de la richesse. On assiste à un dysfonctionnement du secteur public, à une inefficacité progressive du système juridique et à une perte de légitimité de l'État en tant qu'institution. La forme la plus répandue de corruption au sein de l'administration est probablement la nomination ou la promotion de personnes sur la base des relations et d’intérêts, et non sur la base du mérite. Dans ces conditions, les dimensions politiques, bureaucratiques et économiques du problème se renforcent mutuellement et engendrent des coalitions de groupes d'intérêts qui exproprient la richesse de la collectivité et bloquent les initiatives privées. La fraude fiscale s’est traduite par la baisse du revenu d’impôt collecté par l’Etat. Si ses coûts directs risquent d'être élevés (pertes de recettes, détournements de fonds), ses coûts indirects (distorsions économiques, facteurs d'inefficacité, gaspillage) accentuent davantage le problème, et sont plus difficiles à évaluer.

Ils étaient présents dans beaucoup de secteurs, ponctionnaient les profits des entreprises et ont réduit, par conséquent, la capacité de ces dernières à investir. Cette famille élargie est fréquemment présentée comme le carrefour de la corruption en Tunisie. Souvent qualifiée de quasi mafia au point où de nombreux patrons ont préféré ne susciter aucune convoitise en se contentant de végéter comme des petites et moyennes entreprises (PME) tunisiennes. Le pouvoir ne se contentait pas de spolier. Il utilisait aussi le fisc pour "remercier ou punir". L’Administration fiscale et le ministère de l’intérieur sont appelés à jouer ce rôle. Dans ce contexte, certains patrons étaient frileux, sans grands moyens et travaillent souvent dans l'opacité. D’autres, en tissant des relations avec la famille, ont accepté le partage. Le népotisme faisait que personne ne voulait prendre de risques pour des investissements importants. Caractérisé par un sous-investissement, le tissu économique de la Tunisie est composé principalement de PME. 90% du tissu industriel est composé de PME et 73% des exploitations agricoles ont moins de 10 hectares. Ces PME fournissent une part appréciable des emplois et participent à la création de valeur ajoutée. Cependant, dans le contexte qui prévalait, les PME du secteur industriel utilisent un stock de capital à faibles niveaux technologiques et ont des procédés de production qui ne dépendent pas de l’innovation technologique, par opposition à d’autres expériences internationales. Adoptant une logique de minimisation des coûts, ces PME ont tendance à embaucher un plus grand nombre d’ouvriers à faible qualification en vue de réaliser un niveau donné de production. Dans ce cadre, seules les grandes entreprises, principalement du secteur énergie, utilisent des salariés qui ont une formation supérieure. Dans l’industrie manufacturière 7,4% seulement bénéficient de cette formation. Cette situation n’a pas favorisé l’emploi des dizaines de milliers de diplômés.

 

4. Que faire aujourd’hui et de façon urgente ?

 

Il n’y a pas d’activité économique sans sécurité et sans stabilité politique. Aucun économiste ne dirait le contraire. C’est à la limite le bon sens. Pour que la "Révolution de la dignité et de la liberté" donne ses fruits et concrétise les ambitions du peuple, tous les citoyens doivent être vigilants pour défendre et soutenir cette révolution afin de rétablir la stabilité et de garantir la sécurité du pays, des citoyens et de leurs biens. L’activité économique doit reprendre et elle ne peut reprendre sans stabilité, sans sécurité et sans Etat. L’engagement et la vigilance de tous les tunisiens sont des facteurs déterminants de la création de la richesse et d’une meilleure répartition dans un contexte de concurrence exacerbée. Cet engagement l’est encore dans un contexte de Révolution qui porte beaucoup d’espoirs. C’est la condition pour pouvoir parler de l’économie. Dans ce contexte, l’on peut avancer les points suivants :

1. Les économistes sont quasi unanimes pour soutenir qu’une forte croissance économique est une condition nécessaire mais non suffisante pour lutter contre la pauvreté et la vulnérabilité. Certes, l’atténuation de la pauvreté passe par la réalisation d’une croissance soutenue et durable mais elle exige, aussi, l’adoption de plusieurs mesures sociales conduisant à une meilleure répartition des revenus. Les deux dimensions économique et sociale sont intimement liées. Une croissance faible et volatile est souvent accompagnée d’une régression dans la répartition des revenus. Une redistribution sans croissance provoque, le plus souvent des tensions politiques et sociales doit tôt ou tard, être revue ou corrigée. C’est la raison pour laquelle la réduction de la pauvreté ne peut réussir que si elle débouche sur une croissance soutenue et durable, sur la création d’emplois et sur la protection des vulnérables.

2. Alors que l’économie nationale continue de pâtir, les revendications et les surenchères de toutes les composantes de la société tunisienne ne cessent de croître : exonérations fiscales, réparations des dommages, augmentations de salaires, primes, avantages en nature, régularisations immédiates, emplois, …. Dans ce contexte, il faut souligner, avec force, que les revendications sociales accumulées pendant plus de deux décennies de répression d’inégalité et d’exclusion sont parfaitement légitimes. La "Révolution de la dignité et de la liberté" a été au départ un soulèvement populaire, essentiellement de jeunes déshérités issus des zones défavorisées de la Tunisie profonde, motivé par des considérations économiques et sociales.

3. Cependant, l’on assiste tous les jours à des surenchères excessives. Certes, les privilégiés de l’ancien système ont intérêt à semer le désordre, mais il faut noter aussi que certains "politologues" et "idéologues" ne cessent d’étaler leurs "compétences" et leurs "théories" à tout bout de champ. Par ce comportement, ils ne peuvent contribuer à la réalisation des objectifs et des espoirs soulevés par les jeunes en quête de dignité, d’emploi, et d’équité sociale. Les manigances, les faux calculs et l’égoïsme ne doivent pas prévaloir sur l’intérêt national. Tous les citoyens doivent faire preuve d'esprit de responsabilité, d'un sens aigu de civisme et de vigilance tout en revendiquant de manière organisée, des réformes urgentes qui défendent leurs droits légitimes et préservent notre économie et notre pays.

4. L’économie ne peut supporter, dans les conditions actuelles, toutes les revendications. Il n’existe pas de solutions miracles. Dans le secteur public, une expansion des dépenses de l’Etat doit être financée par un moyen ou un autre et tôt ou tard doit être payée. La question du financement du déficit budgétaire doit être clairement posée. Les économistes convergent l’idée de soutenir que le pays ne peut pas dépenser au delà de ses moyens. L’expérience tunisienne indique que le laxisme en matière des dépenses publiques décidées au début des années quatre-vingt a été payé chèrement par un programme d’ajustement structurel en 1986 avec un coût social très élevé. Dans le secteur privé, il faut bien souligner que face à une concurrence internationale qui ne cesse de s’intensifier, les entreprises doivent améliorer, sans cesse, leur compétitivité. Elles sont aujourd’hui dans l’expectative. Certaines ont adopté une attitude d’attentisme, d’autres croient réellement qu’elles ne pourront plus résister à la concurrence internationale. Dans ce contexte, le sacrifice de tous les Tunisiens, en cette période délicate et encore risquée, est un facteur déterminant de la création de la richesse et d’une meilleure répartition dans un contexte de Révolution qui porte beaucoup d’espoir. N’oublions jamais que des Tunisiens ont sacrifié leur vie pour qu’on vive ces moments historiques.

 

Publié dans TUNISIE Spécial

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“Démocratisation” néo-libérale du monde Arabe, projets pilotes en Tunisie et en Egypte

Publié le par Mahi Ahmed

“Démocratisation” néo-libérale du monde Arabe, projets pilotes en Tunisie et en Egypte

Donnerstag, 24. Februar 2011, 10:49:00 |

Par Takis Fotopoulos,

En Egypte et en Tunisie, l’impensable s’est produit. Pour la première fois les pays arabes ont réussi à déraciner des régimes impitoyable et despotiques soutenus par l’élite transnationale, par des insurrections, et non pas, comme d’habitude, par coups d’État. Tout a commencé en Tunisie, où son peuple a été le premier dans le monde arabe à descendre dans la rue et renverser un dictateur efficace. Ensuite, l’Egypte, l’un des régimes les plus brutaux du monde et le fondement principal de la politique transnationale et sioniste au Moyen-Orient, est venu sous pression par un soulèvement de masse qui ne peut être comparée à la révolution iranienne de 1979. Malgré certaines différences entre les deux cas, les ressemblances sont frappantes, comme dans les deux cas, les insurrections ont été autorisés à réussir dans chaque pays par l’armée, qui a simplement joué un rôle «systémique», à savoir un rôle de protéger le système lui-même plutôt qu’un régime particulier et encore moins un dictateur particulier. Mais cela a aussi été le principal obstacle à ce jour pour ces insurrections de devenir de vraies révolutions, étant donné que, dans les deux cas, l’armée est en effet contrôlé (en ce qui concerne son armement, formation, et aide financière et militaire) par l’élite transnationale et en particulier l’élite des Etats-Unis alors qu’en Egypte, en particulier, les cadres supérieurs de l’armée ont de fortes interconnexions économiques avec les élites locales. Cela signifie que l’armée, dans les deux cas, ne peut pas jouer longtemps le rôle de l’impartiale “arbitre” entre les élites et le peuple insurgé, (comme elle a essayé de faire systématiquement jusqu’à présent), de persuader la majorité de la population autour de son bon intentions de rester «neutre» dans son conflit avec les élites locales et étrangères. Ce, en dépit du fait que les cadres inférieurs de l’armée et en particulier les conscrits peuvent en effet croire et sont disposés à agir en fonction de leur rôle supposé, dans ce cas, les résultats des insurrections actuels seront déterminé par l’équilibre des forces au sein de l’armée et du degré de son contrôle par les élites locales et étrangères.

À l’heure actuelle, comme on pouvait s’y attendre, la stratégie des élites locales et étrangères est de changer la forme de contrôle du peuple, mais pas son essence. Ainsi, les élites locales sont occupés en ce moment par la rupture des ponts avec les anciens régimes impopulaires afin de joindre le mouvement de «démocratisation» qui est soutenu par les élites étrangères, comme nous le verrons dans cet article. En fait, le modèle néolibéral de la «démocratisation» qu’ils introduisent peut fonctionner comme un projet pilote pour le remplacement de tous les régimes autoritaires dans le monde arabe par les régimes pseudo-démocratiques, qui intégrera ces pays à l’économie de marché internationalisé d’une manière qui réduise au minimum l’activité anti-systémiques des victimes de la mondialisation à travers la vieille tactique et testé de «diviser pour régner». Particulièrement vrai, car cette stratégie s’est révélée très efficace dans la première décennie de ce siècle suite a la conquête de tout un pays (l’Irak), juste en jouant sur les différences culturelles et religieuses entre sunnites, chiites et Kurdes, dès que la «démocratie» a été introduit en elle!

Nature des insurrections tunisienne et égyptienne

Je voudrais commencer par une note sur la terminologie utilisée. Bien que de nombreux commentateurs, en particulier dans les médias, comparent les soulèvements populaires de masse a des «révolutions» , je vais m’abstenir d’utiliser ce terme qui est intimement lie aux changements dans les institutions politiques, économiques et sociaux, généralement à la suite des insurrections majeures et impliquant un changement systémique , c’est à dire un changement dans les principales institutions socio-économiques et le paradigme social dominant [i] ce qui équivaut à un changement dans les système socio-économiques qui caractérisent une époque particulière, ou une société. En ce sens, la révolution française de 1789, par exemple, pourrait être caractérisé comme une révolution systémique car elle a marqué le passage d’un ensemble de marchés pré-capitaliste au niveau économique et de la monarchie absolue au niveau politique au capitalisme – “système de l’économie de marché “dans le sens polanyien [ii] et« démocratie » représentative, respectivement, accompagné par le changement du paradigme social dominant dans une libérale classique [iii] De même, la révolution soviétique de Novembre 1917 pourrait également être caractérisée comme une révolution systémique , car elle a marqué le passage d’un système capitaliste de l’économie de marché et la «démocratie» représentative a un système post-capitaliste d’une économie centralisée et planifiée et “la démocratie des soviets», accompagnée par le changement du paradigme social dominant dans le marxisme.

Sur la base des définitions ci-dessus, il est évident que ni les insurrections Tunisienne ou égyptiennes pourrait être qualifiée de révolutions à l’heure actuelle, comme en fait, elles n’ont même pas encore démantelé les principales institutions politiques et économiques des régimes autoritaires précédents, et encore moins les principales institutions socio-économiques (au sens du système de marché et «démocratie» représentative) définissant le système qui prévaut dans ces pays. De plus, contrairement à la propagande des médias de masse dans l’Ouest contrôlée par la «communauté internationale», (un euphémisme pour l’élite transnationale), ces insurrections n’ont rien à voir avec l’effondrement du système soviétique et la restauration du capitalisme en Russie et dans les autres pays d’Europe. En fait, l’effondrement progressif de l’URSS dans les années 1980, qui a annoncé la chute du mur de Berlin et ainsi de suite, contrairement à la mythologie de l’Ouest, n’a pas été le résultat d’un soulèvement populaire de masse contre le système soviétique, que ce système fait implosé de l’intérieur plutôt que diminué du dehors .. Il a été principalement, l’échec du système de planification centrale, combinée avec le conflit interne au sein des élites et le stand passif des travailleurs (qui étaient censés être les gardiens du système) en face de l’attaque contre elle, ce qui en fait a conduit à la disparition du système soviétique. [iv] En outre, les insurrections tunisiennes et égyptiennes n’ont rien à voir avec la révolution iranienne de 1979 qui, si elle a démantelé le régime précédent, elle ne l’a pas remplacé pas le système de marché avec un nouveau système économique , ni créé de nouvelles institutions politiques, étant donné que le régime islamique actuel est un mélange de «démocratie» représentative et un système politique islamique. Cependant, la révolution iranienne a représenté une révolution culturelle dans le sens où elle a développé un nouveau paradigme social dominant pour remplacer celui existant sous le régime du Shah.

Enfin, il y’a très peu de points communs des insurrections d’aujourd’hui avec la «révolution rose» [v] postmoderne en Iran de 2008, qui est censée être toujours en cours aujourd’hui, simplement parce que quelques milliers de partisans de celle-ci, avec le soutien ouvert et massif de l’élite transnationale et de ses médias, avaient manifesté à nouveau dans une imitation grotesque des insurrections des masse populaires en Tunisie et en Egypte, alors que la grande majorité de la population semble soutenir, directement ou indirectement, le régime islamiste. Cependant, alors que la «révolution rose» était surtout une affaire de classe moyenne (Il n’y a pas eu de grève de la classe ouvrière ou de soutien pour les manifestations n’a été noté à l’époque, ou à l’heure actuelle) orchestrées et encouragées par l’élite transnationale et de ses médias – y compris la «gauche» [vi] les médias – les insurrections tunisiennes et égyptiennes ont été des insurrections de masse vraiment populaire avec une grande participation des classes sociales, malgré le fait que ces insurrections ont d’abord été boycotté par l’élite transnationale en faveur de la «stabilité», un euphémisme pour le soutien indirect des régimes clients en Tunisie et en Egypte.

Il est donc évident que les insurrections de Janvier ne peut pas être qualifiée de révolutions systémiques, mais seulement comme d’insurrections de masse visant à démanteler les régimes autoritaires précédents. Cela ne veut pas exclure bien sûr la possibilité que ces insurrections seraient peut-être les premiers pas de véritables révolutions, étant donné que les révolutions ont toujours été un processus et non un acte unique. Bien sûr, ce n’était certainement pas le but des élites transnationales et sionistes, qui, avec l’aide de l’armée dans les deux cas, ont indirectement soutenu les insurrections, afin de se débarrasser des régimes autoritaires et procéder à la «démocratisation» de ces pays, pour les raisons que nous examinerons plus loin.

[i] Takis Fotopoulos, “Mass media, Culture and Democracy”, DEMOCRACY & NATURE, vol.5, no.1 (March 1999)

http://www.democracynature.org/vol5/fotopoulos_media.htm

[ii] See Karl Polanyi, The Great Transformation, (1944) ch 6
[iii] Takis Fotopoulos, The Multidimensional Crisis and Inclusive Democracy (IJID, 2005), ch 1 http://www.inclusivedemocracy.org/journal/ss/ch1.htm
[iv] Takis Fotopoulos, The Catastrophe of Marketization, DEMOCRACY & NATURE, Vol. 5, No. 2, (July 1999) http://www.democracynature.org/vol5/fotopoulos_marketisation.htm
[v] see Takis Fotopoulos, The Pink Revolution in Iran and the “Left”, (IJID, 2009), chs 1-3

http://www.inclusivedemocracy.org/journal/books/iranian_pink_revolution/

[vi] see e.g. the role of Znet on the matter, ibid. ch 5

http://www.inclusivedemocracy.org/journal/books/iranian_pink_revolution/Chapter_5.htm

Mass media, Culture and Democracy
www.democracynature.org
A fruitful way to start the discussion of the significance of culture and its relationship to the mass media would be to define carefully our terms. This would help to avoid the confusion, which is not rare in discussions on the matter. Culture is frequently defined as the integrated pattern

http://nawaat.org/portail/feed/

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De la base sociale de la dictature

Publié le par Mahi Ahmed

 
   
 

 

De la base sociale de la dictature

 

Contexte historique


Par Salhi Sghaier- En Tunisie la dictature post indépendance a durée plus de cinquante ans. Cette dictature a su élaborer une organisation, et des mécanismes de contrôle de la société  et de l’économie, lui permettant  l’établissement  d’un équilibre socio politique, et la sauvegarde de  cet équilibre.

 

Son maintien au delà des  personnes des dictateurs, et sa stabilité relative s’expliquent par différents facteurs. Les spécificités socio-économiques offrent à notre avis les éléments d’explications les plus pertinents.  

 Historiquement  la dynamique de l’indépendance a donnée lieu à une lutte interne dans les rangs du mouvement national. Bourguiba à emporter cette lutte par le jeu d’alliances internes et par l’apport de l’appui des Français. Le congrès  de 1955  du parti destourien dit " congrès de Sfax "  représente le scellement de cette alliance, dont le résultat immédiat était l’éviction de Salah.Ben Youssef et le triomphe de Habib Bourguiba.

De point de vue  social, cette alliance regroupe l’UGTT, syndicat, essentiellement de fonctionnaires,  et l’aile dirigiste du parti, représentant la petite bourgeoisie urbaine. Pour résumer la scène : le congrès du parti  à adopté la motion socio économique de l’UGTT  

 Curieusement cette alliance n’a pas de contenu  explicite en termes de politique économique, par contre elle a une forte dimension régionale: c’est la coalition de l’intérieur contre la capitale.

 L’expérience socialiste qui à tenté de concrétiser " le programme économique de l’UGTT " a aboutit  officiellement à l’échec. Néanmoins l’alliance résiste, et se précise même.

A la fin des années soixante la coalition régionale se trouve de fait  réduite à la région du  Sahel ; Sfax comprise. Le pouvoir devient sahélien .Les implication de ce dernier aspect feront l’objet d’un traitement séparé.

 

La rente,  solution politique

 

Affaibli par l’échec de l’expérience socialiste menée par Ahmed Ben Salah,  le pouvoir observe l’effritement de sa légitimité historique, Bourguiba ordonne " un arrêt de contemplation ".

L’associé principal du pouvoir L’UGTT, et le parti  s’en sortent  affaiblis, mais demeurent incontournables.

A la fin des années soixante le décor socio économique  est planté : Régime dictatorial  centralisé et contesté, pouvoir politique sahélien, économie étatisée en crise, administration omnipotente, et syndicat de fonctionnaires  fortement associé au régime.

A défaut de pouvoir renouveler sa  légitimité, " trop coûteuse ", le régime se contente de la mise en place de réseaux de soutiens urbains.

Soucieux de redémarrer l’économie,  le pouvoir opte pour  la  " libéralisation "  économique  trop  administrée. La conception et la  mise en place de ce nouveau système ont été  confiée à  Hédi Nouira et Mansour Moalla: Un rentier traditionnel  et un spéculateur financier.

En cette période les recettes de l’Etat  sont constituées  de l’export des richesses naturelles, phosphate et pétrole, et  produits agricoles, des revenus des immigrés tunisiens à l’étranger, et l’aide internationale. Une richesse produite sans génération de  valeur ajoutée. En fait l’Etat accumule les richesses, sans se soucier de la mise au travail de la population. Elle se soucie davantage de la distribution de cette richesse. Un système de rente.

 

L’administration : l’organe vital de la dictature

 

Conformément a ses approches dirigistes, au lendemain de l’indépendance, le pouvoir politique a choisi l’administration pour asseoir sa domination sur la société. Aussi elle dispose du pouvoir économique du secteur public. De sa totalité pour une économie étatisée.

Le  congrès de Bizerte en de 1964, entérine le système du parti unique. Il en découle l’enchevêtrement organisationnel du pouvoir, du parti et du syndicat. L’administration  se dote alors du pouvoir politique, avec le soutien actif de L’UGTT, syndicat essentiellement d’agents publics.

L’aboutissement de cette concentration de pouvoirs a fini par imposer la vision par laquelle l’Administration  représente à la fois l’Etat, le gouvernement et la société.

Le règne, sans contre pouvoir,  de l’administration est établit. Ne vous inquiétez pas  l’administration sait tout, l’administration fait tout, elle ne se trompe pas.

Jusqu'à ce jour l’administration  aura un rôle central, et une position décisive  dans la gestion du pays. Elle est  le seul  des trois acteurs du pouvoir (avec le parti et l’UGTT) à ne pas connaître d’affaiblissements, au contraire. Elle devient le centre de conception et l’outil  de concrétisation des contrôles sociaux économiques de la dictature. Plus qu’une composante de la base sociale de la dictature, l’administration constitue aussi le système de gestion de cette  base, et la garante de la " pérennité " de la dictature.

Pour s’assurer du soutien  au régime de ses propres fonctionnaires, les outils de captage sont  aussi classique que la gestion des carrières individuelles. Les plus fervents ou les plus engagés sont promus a des postes politiques  ou de  responsabilités. L’administration est la catégorie sociale la plus représentée dans les gouvernements post indépendance    

La fidélisation au régime s’appuie aussi sur des avantages sociaux  dit spécifiques à la fonction publique, relatifs à la retraite, aux crédits, à l’habitat etc. et plus généralement à la législation du  travail.

Les privilèges et avantages informels qui découlent directement ou indirectement de l’exercice de la charge administrative sont apporteurs de soutiens ou régime.  Népotisme, trafic d’influences  et corruption, sont parmi les avantages  informels.

 

L’organisation de la rente dans l’économie

 

Par sa systématisation, en tant que mode de gouvernance économique,  la rente couvrira  l’activité productive naissante.

Ainsi  l’exercice de toutes activités économiques est  objet d’accord administratif  pouvant porter le nom d’agréments, de licence, de quota, ou de titre, ou plus simplement d’autorisation administrative. Elles couvrent l’investissement, la production,  le commerce extérieur, le commerce de détails, le tourisme, les services tout secteurs confondus, etc. Bref tout les pans de l’activité économique, dans leurs détails les plus fins, sont " régulés ".

Au final l’Etat exerce un très fort contrôle sur les sources de la richesse créée localement. Les critères et  procédures d’octroi de ces autorisations sont : proximité, allégeance au pouvoir et   soutien au  régime. C’est l’accomplissement du système économique  rentier.

Soutien politique contre rente économique,  sont les termes du troc. Les avantages informels,  sont aussi appréciés par l’administration.

Les " heureux élus " de système de captage de soutien politique,  se recrutent  naturellement parmi les rentiers traditionnels, et  les spéculateurs. Mais aussi dans les rangs de commerçants qui se " substituent " en industriels et  surtout des " proches " dans les sens  les plus divers du terme.

Les arrivistes et les opportunistes, sont aussi bien servis.

La doctrine est simple: Le travail ne rend pas riche. La richesse est à l’extérieure de la société, elle  est dans le pouvoir. C’est le régime qui décide de l’enrichissement  des opérateurs économiques. L’enrichissement par décret est né. Quant à l’appauvrissement sur ordre, il est déjà connu

Jugés peu dangereux pour le système  politique, la paysannerie et le milieu rural, ont eu droit à  la coercition comme  mécanisme de contrôle social. Leur contribution,  est l’obligation  qui leur est imposée,  de nourrir la population urbaine à bas coût. Ainsi l’essentiel de leurs produits, sont cédés  à des  prix  administrés.  Ils doivent  se sentir honorer de  subventionner de leur sueur, et  de leur misère " le décollage de l’économie ", quitte à s’appauvrir davantage.

Les programmes de " développement rural " servent à  s’assurer des services  du leadership local, et de lui conférer des éléments de légitimité.

Les grands propriétaires terriens, qui sont généralement urbains,  ont droit à un  traitement différencié, ils bénéficient facilement de crédits,  sont mieux encadrés techniquement par les services de l’administration,  et  sont avantagés commercialement.

Au cours du temps, le système de rente  n’a pas connu de bouleversements ni  de remises en cause. Avec " l’ajustement structurel " de 1986, et la libéralisation du commerce international en 1995, le système de rente s’est adapté en se reposant davantage sur le l’outil financier et sur le levier d’octroi de marchés. La mondialisation de l’économie et l’accélération de la privatisation, ont créé de  nouvelles niches de rentes tels que représentation de multinationales et  sous- traitance (y compris de mains-d’œuvre). La consécration des grands projets et des IDE a rendu tout simplement  les enjeux, et les montants de la rente, plus conséquents.

Ce sont ces privilégiés, à qui on a accordé des quasis monopoles, ou des rentes  de positions,  qui constituent  la composante économique de la base sociale de la dictature.

 

Des élites et des professions libérales inféodées.

 

Le rôle des  élites dans les sociétés,  est considéré généralement important. Les démarches pour leur ralliement à la dictature sont variées.

Les méthodes de captage de soutien,  vont des motivations financières et carriéristes, à d’autres plus sophistiquées.

Dans les activités artistiques et culturelles la reconnaissance de talent  est  souvent conditionnée par l’allégeance au pouvoir. La publication d’œuvres, la programmation dans les festivals, L’attribution de prix, les voyages en missions culturelles  sont les appâts, préférés  des  élites intellectuelles.

Aussi, la dictature impose  des figures sans grand  génie, comme de  talentueux  artistes.  Cela concerne  les domaines de l’art et de la culture: le théâtre, la chanson, la poésie, la littérature, le cinéma,  et les medias.  Une des  principales taches du ministère de la culture devient la  désignation d’artistes par voie administrative  C’est le talent par nomination.

En  contre partie, ses " brillants artistes " expriment,  leur intime conviction, des bienfaits de la dictature, et font preuve de militantisme sans faille, dans leur appui inconditionnel,  au choix toujours judicieux et intelligents du système.

Pour les  universitaires  les perspectives de carrière dans la dictature  sont plus alléchantes. Une bonne moitié des ministres de Ben Ali sont des universitaires. La presque totalité de son imminence grise l’est aussi.

Pour le grand nombre parmi ceux qui adhèrent à la dictature, leurs motivations relèvent  de la gestion de leurs carrières. La majorité des responsabilités académiques et administratives s’opèrent par  désignation.

Les croissances du nombre d’institutions universitaires  et  l’augmentation des  flux d’étudiants, offrent  de nouvelles opportunités en termes de postes de responsabilités,  et des statuts qui en découlent. Ces évolutions   peuvent s’interpréter comme  une valorisation  artificielle de  l’offre par  l’accroissement de la demande.  Une gestion rentière.  En comparaison aux diplômés,  le chômage des universitaires n’est que marginal.

L’allégeance au pouvoir des professions libérales, est acquise à travers des structures corporatistes : Le réseau des ordres. Les professions de médecins, pharmaciens, architectes, commissaires aux comptes etc. sont impliquées.  Seul l’ordre des avocats y échappe. Pas tous les avocats.

En contre partie de leur soutien  politique, le pouvoir  leur autorise, le verrouillage du marché, la limitation  de l’accès au métier,  en agissant en amont des formations, ou en aval de celles-ci. Une mécanique de création de raretés artificielles. Raretés  génératrices de rentes, qui se sont métamorphisés en phénomènes d’héréditarisation  des accès à ces professions. La reproduction sociale est en marche. 

A titre d’illustration: Bien que le nombre des étudiants a quintuplé, la carte des facultés d’études médicinales  est restée  figée en l’état pour plus de 30 ans. Il est vrai aussi, que certains médecins  savent bien faire des " attestations de sénilité ".

 

Alliance contre le travail et contre la production.

 

Au cours du temps, le régime dictatorial a su élaborer, une architicutre permettant sa propre sauvegarde par les mécanismes de distribution de la richesse. Un système de  rétribution de l’allégeance. Les intérêts de la dictature et de sa base  sociale se trouvent liés.

Base  sociale,  composée, des  bureaucraties administratives et syndicales  longtemps complices et largement corrompus,  d’opérateurs économiques rentiers ;  d’une fausse élite,  d’une frange arriviste de la  petite bourgeoisie, et de professions libérales  qui se manifestent  singulièrement par des corporatismes aigus.

Base sociale urbaine, a revenus aisés et assurés, et partiellement non productive.

Il n’est pas étonnant que le processus de la chute du dictateur, débute dans les régions a dominance rurale, et soit accompli dans les milieux urbains, par ceux qui  n’ont pas de perspectives de revenus aisés ou assurés.

La distribution de richesse constitue le point d’achoppement de l’architecture de la dictature.

La génération de richesses en dehors du système est découragée. Le fait que les Etats rentiers encouragent peu le travail est révélé par des statistiques édifiantes. La formulation de Zaki Laïdi, (directeur de recherche à Sciences Po,) est de grande pertinence : " Mieux vaut avoir en face de soi des chômeurs ou des travailleurs précaires dont on achètera le soutien contre un logement ou quelques avantages sociaux que de laisser se constituer une classe sociale créant de la richesse par elle-même et capable de s'autonomiser par rapport à l'Etat au point de commencer à lui demander des comptes et de contester son pouvoir " (Le Monde du 05/02/2011).

Nous ajoutons que l’accumulation du capital local, en dehors du pouvoir, fait aussi l’objet d’adversités similaires. La consécration des IDE (investissements directs extérieurs), et l’extravertissement de l’économie  ne sont que les outils de ces adversités.

Décourager le travail et  s’opposer à l’accumulation du capital national, Bref : Entraver  les facteurs de production. Nous venons d’énoncer une seconde formulation de la doctrine rentière.

Au final, la précarité et le chômage  des individus, la faible valeur ajoutée dégagée par les  entreprises, et leur peu de rentabilité, sont des facteurs objectivement  alliés à la dictature, et sa base sociale.  Ils sont nécessaires pour leur maintien.

La résistance aux réformes et  les oppositions aux changements, trouvent explications dans la peur du changement, dans lequel la dictature et sa base  voient un risque potentiel de déstabilisation  de l’architecture  sur laquelle elles reposent.

Mais cela n’est pas compatible avec la création d’emploi : Tant pis c’est un problème qui ne concerne, ni eux, ni leurs enfants. Et si cela limite le développement des entreprises, c’est tant mieux, la concurrence n’est pas de leurs valeurs. L’immobilisme est un besoin, c’est un choix et non une fatalité.

Le dictateur a chuté. Une partie de sa base sociale résiste.

 

Publié dans TUNISIE Spécial

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Un devoir national : Protéger la mémoire de Bourguiba

Publié le par Mahi Ahmed

 


Mémoire du temps présent

Un devoir national : Protéger la mémoire de Bourguiba !

 

Par Khaled GUEZMIR - Bourguiba le père de la nation et fondateur de la 1ère République Tunisienne n’aura pas connu que les prisons du protectorat français en Tunisie et en Europe ! Il a été « interné » après le maudit coup d’Etat du 7 novembre 1987 dans les « résidences » du silence et de la honte après avoir été agressé physiquement et réduit à vivre dans une prison de fait ! Le père de la nation a été mis sous contrôle strict et même ses proches ne pouvaient pas le voir à leur aise et encore moins ses fidèles adeptes et ses amis !

 

 

J’ai en mémoire le « cri » de feu Madame Marie-Claire Mendes France l’épouse du grand ami de Bourguiba et de la Tunisie à l’adresse du dictateur Ben Ali et qui a été repris par la Presse française de l’époque : « Libérez Bourguiba » !

Depuis l’ancien régime a tout fait pour occulter l’œuvre grandiose d’un leader charismatique exceptionnel, et à souiller sa mémoire à travers des reportages mesquins et des images de sa vieillesse projetées souvent sur les écrans de la Télévision « nationale »  ex : TV7.

Aujourd’hui, Bourguiba refait surface tel un sphynx sans aucune ride ! 

Durant les 20 ans de son « exil » forcé, des dizaines de doctorats d’Etat, en Amérique, au Canada, en France et ailleurs, un peu partout dans le monde, ont été consacrées  à son parcours et à son génie, à sa culture historique et politique immense, et surtout à ses victoires sociales majeures : la libération de la femme, la réforme administrative, la tolérance religieuse, l’éducation nationale, le planning familial etc… !

Sans Bourguiba on aurait été aujourd’hui plus de 20 millions d’habitants… ! Vous imaginez les problèmes à affronter alors qu’avec 10 millions on arrive à peine à satisfaire les jeunes qui veulent vivre dignement !

Une personnalité qu’on peut aimer ou ne pas aimer, M. Mohamed Sayah ancien ministre de Bourguiba, avait donné quelques jours après le « coup médical » de Ben Ali, une belle description du nouveau pouvoir : «C’est un hold up ». Un peu plus tard l’un de mes camarades de promotion de Sadiki, le Docteur Moncef Marzouki a fait encore mieux pour qualifier le nouveau totalitarisme politique de Ben Ali : « C’est un système d’occupation interne ». Quelles belles images de vérité!

Les deux concepts, de ces deux personnalités tunisiennes, pourtant bien différentes au niveau des choix politiques et des générations, résument parfaitement la dictature corrompue de Ben Ali, qui est aux antipodes de l’œuvre du grand Bourguiba !

Je l’ai dit et je le répète sans concessions, Bourguiba a commis certaines erreurs quand il n’a pas osé passer la main du temps de M. Ahmed Mestiri et feu Hédi Nouira, dans les années 70.

Il est vrai aussi que sa « présidence à vie » n’a pas été heureuse et qu’il aurait dû bâtir les institutions pour une démocratie d’alternance avec la séparation effective des pouvoirs et des organes de contrôle fonctionnels et autonomes.

S’il l’avait fait dans ces époques de despotisme total arabe et musulman post-colonial, Bourguiba aurait été presque parfait… ! Or la perfection appartient à Dieu et à Dieu seul !

En tout cas l’Histoire jugera mais en vérité Bourguiba a fait un parcours plus qu’honorable et son intégrité matérielle et morale est une leçon d’abnégation et d’amour pour la Tunisie et son peuple.

Quand on voit la fortune colossale accumulée par le dictateur, et son épouse, et comment ils se sont appropriés l’Etat, l’économie et les finances de ce pays, on ne peut qu’être admiratif de la leçon magistrale de Bourguiba à tous les dirigeants actuels et futurs de la Tunisie !

Ceci implique une grande responsabilité, pour nous tous, pour la société civile et surtout les pouvoirs publics. Non seulement il faut protéger le nom et la mémoire de Bourguiba, mais aussi faire en sorte qu’elle ne soit pas exploitée par des arrivistes et autres prédateurs politiques, voraces et indécents qui ont mangé à tous les râteliers et qui ont « servi » bien servilement le dictateur et sa mafia sans aucun état d’âme !

Aujourd’hui, ceux qui veulent se réclamer de l’héritage politique et moral de Bourguiba et de son nom doivent au moins se prévaloir d’une qualité essentielle du « Leader » : l’intégrité matérielle et le courage à dénoncer la tyrannie ! Ceux qui ont été coupables de « lâcheté » évidente avec le dictateur Ben Ali, en défendant son système sur les écrans des Télévisions mondiales ne sont pas de ceux là ! L’attitude d’un certain ambassadeur du dictateur Ben Ali qui démissionne de son poste au soir du 14 janvier 2011 ressemble beaucoup à celle du poète arabe Hassen Ibn Thabet qui n’a jamais été guerrier : « wa fil hayjaï ma jarabtou nefçi… laken fil hazimati kal ghazali », (Je ne me suis jamais investi dans une bataille… mais dans la défaite je suis le premier fuyard… comme la gazelle !).

Bourguiba n’a jamais fui une bataille de sa vie et ce n’est pas un opportuniste indécent qui peut porter son message !

Le Bourguibisme est un patrimoine historique et civilisationnel de tous les Tunisiens. Il faut le protéger des nouveaux mercenaires !

K.G

 

Post scriptum :

Suite à notre chronique précédente « une pensée émue pour Bourguiba » Le conseil municipal de la Goulette a éclairé la statue de Bourguiba qui a été dans le noir pendant 23 ans par 2 projecteurs ! Une occasion de les remercier de tout cœur en reprenant le fameux dicton arabe : « Al Hamdou lellah allathi abdala derhamana bi dinar » (merci à dieu d’avoir changé notre centime par un dinar) !

 

Publié dans TUNISIE Spécial

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La Libye et l’impérialisme

Publié le par Mahi Ahmed

La Libye et l’impérialisme

 

Par Sara Flounders

Le 24 fevrier 2011

workers.org

 

De toutes les luttes qui se déroulent actuellement en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, la plus malaisée à décortiquer est celle qui se passe en Libye.

Quel est le caractère de l’opposition au régime de Kadhafi et qui, rapporte-t-on, contrôle actuellement la ville de Benghazi, dans l’est du pays ?

 

Est-ce précisément une coïncidence si la rébellion a démarré à Benghazi, située au nord des champs pétroliers les plus riches de la Libye et proche en même temps de ses oléoducs, gazoducs, raffineries et port GNL ? Existe-t-il un plan de partition du pays ?

 
Quel est le risque d’intervention militaire impérialiste, ce qui pose un très grave danger pour la population de toute la région ?

 

La Libye n’est pas comparable à l’Égypte. Son dirigeant, Mouammar Kadhafi, n’a pas été une marionnette de l’impérialisme comme Hosni Moubarak. Durant de nombreuses années, Kadhafi a été l’allié de pays et de mouvements combattant l’impérialisme. En prenant le pouvoir en 1969, à la faveur d’un coup d’État militaire, il a nationalisé le pétrole libyen et a utilisé une grosse partie de cet argent pour développer l’économie libyenne. Les conditions de vie se sont considérablement améliorées, pour le peuple.


Pour cette raison, les impérialistes étaient bel et bien décidés à écraser la Libye. En fait, en 1986, les États-Unis ont lancé des frappes aériennes sur Tripoli et Benghazi, lesquelles avaient tué 60 personnes, dont la petite fille de Kadhafi – chose que l’on mentionne rarement dans les médias traditionnels. Des sanctions dévastatrices ont été imposées à la fois par les États-Unis et par les Nations unies, afin de couler l’économie libyenne.

 
Après l’invasion de l’Irak par les Américains, en 2003, et la destruction d’une grande partie de Bagdad via une campagne de bombardement orgueilleusement baptisée « shock & awe » (choc et terreur) par le Pentagone, Kadhafi a tenté d’écarter d’autres menaces d’agression contre la Libye en faisant d’importantes concessions politiques et économiques aux impérialistes. Il a ouvert l’économie aux banques et sociétés étrangères, il a abondé dans le sens des demandes d’« ajustements structurels » émanant du FMI, privatisant ainsi de nombreuses entreprises de l’État et réduisant fortement les subsides de l’État à l’alimentation et au carburant.

 
Le peuple libyen souffre de ces mêmes prix élevés et du chômage à la base des rébellions qui éclatent ailleurs et qui découlent de la crise économique capitaliste mondiale.

 
Il ne fait pas de doute que la lutte pour la liberté politique et la justice économique qui balaie actuellement le monde arabe a également trouvé son écho en Libye. On, ne peut douter que le mécontentement suscité par le régime de Kadhafi motive une section signification de la population.

 
Toutefois, il est important que les progressistes sachent qu’un grand nombre des personnages dont l’Occident fait la promotion en tant que dirigeants de l’opposition sont à long terme des agents de l’impérialisme. Le 22 février, la BBC a montré des séquences où l’on voit à Benghazi des foules qui arrachent le drapeau vert de la république pour le remplacer par celui du monarque renversé (en 1969, NdT), le roi Idris – qui avait été une marionnette de l’impérialisme américain et britannique.

 
Les médias occidentaux appuient une bonne partie de leurs reportages sur des faits supposés, fournis par le groupe d’exilés du Front national pour la sauvegarde de la Libye, formé et financé par la CIA américaine. Cherchez sur Google en introduisant le nom du front plus CIA et vous découvrirez des centaines de références.

 
Dans un édito du 23 février, The Wall Street Journal écrivait ceci : « Les États-Unis et l’Europe devraient aider les Libyens à renverser le régime de Kadhafi. » On n’y dit mot des chambres de commission ou des corridors de Washington sur une intervention destinée à aider le peuple du Koweït, de l’Arabie saoudite ou du Bahreïn à renverser leurs dirigeants dictatoriaux. Même avec tout le semblant d’intérêt accordé aux luttes de masse secouant la région actuellement, la chose serait impensable. Quant à l’Égypte et à la Tunisie, les impérialistes tirent sur toutes les ficelles possibles pour retirer les masses des rues.

 
Il n’a pas été question d’intervention américaine pour aider le peuple palestinien de Gaza quand des milliers de personnes ont perdu la vie suite au blocus, aux bombardements et à l’invasion par Israël. Ce fut exactement le contraire : les États-Unis sont intervenus afin d’empêcher la condamnation de l’État sioniste occupant.

 

Il n’est pas difficile de voir où résident les intérêts de l’impérialisme, en Libye. Le 22 février, Bloomberg.com disait, à ce propos, que, tout en étant le troisième pays producteur de pétrole de l’Afrique, la Libye est en même temps le pays qui possède les plus importantes réserves – prouvées – du continent, avec 44,3 milliards de barils. C’est un pays à la population relativement peu nombreuse mais qui doté d’un important potentiel de production de bénéfices pour les compagnies pétrolières géantes. Voilà comment les grosses fortunes voient la Libye et c’est ce qui sous-tend les préoccupations qu’elles expriment quand aux droits démocratiques du peuple libyen.

 
Obtenir des concessions de Kadhafi ne suffit pas, pour les barons impérialistes du pétrole. Ils veulent un gouvernement dont ils peuvent disposer directement, le cadenasser, le tenir en dépôt et le mettre en fût. Ils n’ont jamais pardonné à Kadhafi d’avoir renversé la monarchie et nationalisé le pétrole. Dans sa rubrique « Réflexions », Fidel Castro, de Cuba, met en exergue la soif de pétrole de l’impérialisme et met en garde contre le fait que les États-Unis posent actuellement les bases d’une intervention militaire en Libye.

 
Aux États-Unis, certaines forces tentent de lancer au niveau de la rue une campagne de promotion en faveur d’une telle intervention américaine. Nous devrions nous y opposer carrément et rappeler à toutes les personnes bien intentionnées les millions de morts et de personnes déplacées provoquées par l’intervention américaine en Irak et en Afghanistan.
 
Les progressistes éprouvent de la sympathie pour ce qu’ils considèrent comme un mouvement populaire en Libye. Nous pouvons aider un tel mouvement en soutenant ses revendications légitimes tout en rejetant toute intervention impérialiste, quelle que soit la forme qu’elle puisse revêtir. C’est au peuple libyen qu’il revient de décider de son avenir.

 

Texte original en anglais : Libya and Imperialism, publié le 24 février 2011.

Traduit de l'anglais par Jean-Marie Flémal pour Investig'Action

 

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Égypte : les mouvements sociaux, la CIA et le Mossad

Publié le par Mahi Ahmed

Égypte : les mouvements sociaux, la CIA et le Mossad

 

Par James Petras

Le 24 fevrier 2011

 

Les mouvements de masse qui ont forcé le renvoi de Moubarak révèlent à la fois la force et les faiblesses des soulèvements spontanés.

 

 

D’une part, les mouvements sociaux ont démontré leur capacité de mobiliser des centaines de milliers, sinon des millions de personnes, dans une lutte soutenue et menée à bien, culminant par le renversement d’un dictateur et ce, d’une façon dont auraient été incapables – ou peu désireuses – les partis et personnalités d’opposition pré-existants.

 

D’autre part, vu l’absence de la moindre direction politique nationale, les mouvements n’ont pas été à même de prendre le pouvoir politique et de concrétiser leurs revendications, permettant ainsi au haut commandement militaire de Moubarak de s’emparer du pouvoir et de définir le processus de l’« après-Moubarak » et garantissant de la sorte le maintien de la subordination de l’Égypte aux États-Unis, la protection de la richesse illicite du clan Moubarak (70 milliards de dollars), la pérennité des nombreuses sociétés appartenant à l’élite militaire et la protection de la classe supérieure.

 

Les millions de personnes mobilisées par les mouvements sociaux en vue de renverser la dictature ont été efficacement exclues par la nouvelle junte autoproclamée « révolutionnaire » en définissant les institutions et mesures politiques, sans parler des réformes socioéconomiques nécessaires pour faire face aux besoins élémentaires de la population (40 % des Égyptiens vivent avec moins de 2 dollars par jour et le chômage des jeunes dépasse les 30 %). L’Égypte – comme c’est également le cas des mouvements estudiantins et sociaux populaires contre les dictatures de Corée du Sud, de Taiwan, des Philippines et de l’Indonésie – démontre que le manque d’organisation politique nationale permet aux personnalités et partis de l’« opposition » néolibérale et conservatrice de remplacer le régime. Ils se sont arrangés pour instaurer un régime électoral qui continuera à servir les intérêts impérialistes et à dépendre de l’appareil d’État existant tout en le défendant. Dans certains cas, ils remplacent les vieux copains de l’impérialisme par de nouvelles têtes. Ce n’est pas un hasard si les mass media encensent le caractère « spontané » des luttes (et non les revendications socioéconomiques) et confèrent un éclairage favorable au rôle de l’armée (sans considération pour les 30 ans durant lesquels cette dernière aura été le bastion de la dictature). Les masses sont encensées pour leur « héroïsme », la jeunesse de leur « idéalisme », mais on ne les propose jamais comme acteurs politiques centraux dans le nouveau régime. Une fois la dictature tombée, l’armée et les électoralistes de l’opposition ont « célébré » le succès de la révolution et se sont empressés de démobiliser et démanteler le mouvement spontané, afin de faire place nette pour des négociations entre les hommes politiques électoralistes libéraux, Washington et l’élite militaire dirigeante.

 

Alors que la Maison-Blanche peut tolérer, voire promouvoir les mouvements sociaux en évinçant (« sacrifiant ») les dictatures, elle a bel et bien l’intention de préserver absolument l’État. Dans le cas de l’Égypte, le principal allié stratégique de l’impérialisme américain n’était pas Moubarak, mais bien l’armée, avec laquelle Washington était en collaboration constante avant, pendant et après l’éviction de Moubarak, faisant ainsi en sorte que la « transition » vers la démocratie (sic) puisse garantir la poursuite de la subordination de l’Égypte à la politique et aux intérêts américains et israéliens dans le Moyen-Orient.

 

 

La révolte du peuple : les échecs de la CIA et du Mossad

 

 

La révolte arabe illustre une fois de plus les divers échecs stratégiques de la police secrète, des forces spéciales et des services de renseignement des appareils d’État américain et israélien, dont aucun n’a anticipé – pas plus qu’il n’est intervenu pour l’empêcher – la mobilisation réussie ni n’a influencé la politique de son gouvernement à l’égard de ses dirigeants/clients faisant l’objet d’attaques.

 

L’image que la plupart des auteurs, universitaires et journalistes projettent de l’invincibilité du Mossad israélien et de l’omnipotence de la CIA a été sévèrement mise à l’épreuve par leur échec – reconnu – à reconnaître la taille, la profondeur et l’intensité du mouvement de plusieurs millions de personnes décidé à évincer la dictature de Moubarak. Le Mossad, orgueil et joie des producteurs hollywoodiens, présenté comme un « modèle d’efficacité » par leurs collègues sionistes organisés, n’a même pas été capable de détecter la dimension d’un mouvement de masse dans un pays situé à la porte d’à côté. Le Premier ministre israélien Netanyahu a été choqué (et consterné) par la situation précaire de Moubarak et l’effondrement de son client arabe le plus important – en raison des renseignements déficients du Mossad. De même, Washington n’a absolument pas été préparé par les 27 services américains de renseignement et par le Pentagone, malgré leurs centaines de milliers d’agents payés et leurs budgets de plusieurs milliards de dollars, à l’imminence des soulèvements populaires de masse et des mouvements émergents.

 

Il convient de faire plusieurs observations théoriques. Le concept prétendant que des dirigeants très répressifs qui reçoivent des milliards de dollars en aide militaire et entretiennent près d’un million de policiers, de soldats et de paramilitaires sont les meilleurs garants de l’hégémonie impérialiste, s’est avéré faux. Tout aussi faux celui qui prétend que nouer d’importants liens à long terme avec de tels dirigeants dictatoriaux sauvegardait les intérêts impérialistes américains.

 

L’arrogance israélienne et la présomption de la supériorité organisationnelle, stratégique et politique des Juifs sur « les Arabes » ont été vilainement dégonflées. L’État israélien, ses experts, ses agents sous le manteau et ses universitaires de l’Ivy League ont été incapables de voir les réalités telles qu’elles se déroulaient, ignorants de la profondeur du mécontentement et dans l’impuissance à empêcher l’opposition de masse à leur client le plus précieux. Les publicistes d’Israël aux États-Unis, qui résistent rarement à l’occasion de mettre en exergue le « brio » des forces de sécurité israéliennes, que ce soit pour assassiner un dirigeant arabe au Liban ou à Dubaï ou pour bombarder un site militaire en Syrie, en sont restés tout un temps muets.


La chute de Moubarak et l’émergence possible d’un gouvernement indépendant et démocratique signifieraient qu’Israël pourrait perdre son principal « flic en service ». Un public démocratique ne coopérera pas avec Israël pour maintenir le blocus de Gaza – affamant les Palestiniens dans l’espoir de briser leur volonté de résistance. Israël ne pourra pas compter sur un gouvernement démocratique afin de soutenir ses vols de terres par la violence en Cisjordanie et son régime palestinien fantoche. Pas plus que les États-Unis ne pourront compter sur une Égypte démocratique pour soutenir leurs intrigues au Liban, leurs guerres en Irak et en Afghanistan ou encore leurs sanctions contre l’Iran. En outre, le soulèvement égyptien a servi d’exemple pour les mouvements populaires contre d’autres dictateurs clients des États-Unis : en Jordanie, au Yémen et en Arabie saoudite. Pour toutes ces raisons, Washington a soutenu la reprise du pouvoir par l’armée afin de modeler une transition politique en fonction de ses desiderata et de ses intérêts impérialistes.

 

L’affaiblissement du principal pilier du pouvoir impérialiste américain et du pouvoir colonialiste israélien en Afrique du Nord et au Moyen-Orient révèle le rôle essentiel des régimes qui collaborent à l’impérialisme.

Le caractère dictatorial de ces régimes est une résultante directe du rôle qu’ils jouent dans le maintien des intérêts impérialistes. Et les envois d’aide militaire importante qui corrompent et enrichissent les élites dirigeantes constituent les récompenses pour avoir été les collaboratrices bienveillantes des États impérialistes et colonialistes. Etant donné l’importance stratégique de la dictature égyptienne, comment expliquer l’incapacité des services de renseignement américains et israéliens d’anticiper les soulèvements ?


Tant la CIA que le Mossad ont collaboré étroitement avec les services de renseignement égyptiens et ont compté sur ces derniers pour leurs informations, écrivant même dans leurs propres rapports que « tout était sous contrôle » : les partis d’opposition étaient faibles, décimés par la répression et l’infiltration, leurs militants se languissaient en prison ou succombaient à des « crises cardiaques » provoquées par les « techniques d’interrogatoire » particulièrement dures. Les élections étaient manipulées de façon à élire des clients des États-Unis et d’Israël – pas de surprises démocratiques à l’horizon des court ou moyen termes.

 

Les services de renseignement égyptiens sont entraînés et financés par des agents israéliens et américains et ils sont bien préparés à suivre docilement la volonté de leurs maîtres. Ils étaient si enclins à tourner des rapports destinés à séduire leurs mentors qu’ils négligeaient le moindre compte rendu concernant l’agitation croissante, que ce soit dans la rue ou sur Internet. La CIA et le Mossad étaient si incrustés dans l’énorme appareil sécuritaire de Moubarak qu’ils étaient incapables de fournir toute autre information émanant des mouvements populaires naissants et décentralisés, lesquels étaient indépendants de l’opposition électorale traditionnelle qui, elle, était bel et bien « contrôlée ».

 

Quand les mouvements de masse extraparlementaires se sont précipités vers l’avant, le Mossad et la CIA ont compté sur l’appareil d’État de Moubarak pour en prendre le contrôle via l’opération typique du bâton et de la carotte : des concessions transitoires pour la forme et l’appel à l’armée, à la police et aux escadrons de la mort. Quand le mouvement est passé de dizaines de milliers de personnes à des millions, le Mossad et les principaux soutiens d’Israël au Congrès américain ont insisté pour que Moubarak « tînt bon ». La CIA en a été réduite à proposer à la Maison-Blanche des profils politiques de hauts responsables militaires dignes de confiance et de personnages politiques « de transition » malléables et susceptibles de marcher sur les traces de Moubarak. Une fois encore, la CIA et le Mossad ont démontré leur dépendance vis-à-vis de l’appareil de Moubarak sur le plan des renseignements à propos des gens qui pourraient constituer une alternative « viable » (proaméricaine et pro-israélienne), tout en ignorant les revendications élémentaires des masses. La tentative de coopter la vieille garde des électoralistes des Frères Musulmans via des négociations avec le président Souleymane a échoué, en partie parce que la Confrérie n’avait pas le contrôle du mouvement et parce qu’Israël et ses partisans aux États-Unis s’y sont opposés. En outre, la section des jeunes de la Confrérie a exercé des pressions afin que les Frères Musulmans se retirent des négociations.

 

L’échec des renseignements a compliqué les efforts de Washington et de Tel-Aviv en vue de sacrifier le régime dictatorial dans l’intention de sauver l’État : la CIA et le Mossad n’ont pas développé de liens avec les nouveaux dirigeants émergents. Les Israéliens n’ont pu trouver le moindre « nouveau visage » assuré d’une base populaire et désireux de servir de vulgaire collaborateur de l’oppression coloniale. La CIA s’est engagée entièrement dans l’utilisation de la police secrète égyptienne pour torturer des suspects (« interprétation exceptionnelle ») et dans l’organisation de la police des pays arabes voisins. Il en est résulté que tant Washington que Tel-Aviv ont toujours favorisé une prise de pouvoir militaire afin d’empêcher toute radicalisation supplémentaire.

 

En fin de compte, l’incapacité de la CIA et du Mossad à détester et empêcher la montée du mouvement démocratique populaire révèle la précarité des bases du pouvoir impérialiste et colonialiste. À long terme, ce ne sont pas les armes, les milliards de dollars, la police secrète ou les chambres de torture qui décident de l’histoire. Les révolutions démocratiques ont lieu quand la grande majorité d’un peuple se lève et dit « assez », s’empare des rues, paralyse l’économie, démantèle d’État autoritaire et réclame la liberté et des institutions démocratiques sans tutelle impérialiste ni soumission coloniale.

 


Article original en anglais :
American Zionism against the Egyptian Pro-Democracy Movement, publié le 20 février 2011

 

Traduit de l'anglais par Jean-Marie Flémal, www.michelcollon.info

 

 

James Petras est professeur de sociologie émérite à la Binghamton University, New York. Il est l’auteur de 64 ouvrages publiés en 29 langues, de plus de 560 articles publiés dans des revues spécialisées, dont American Sociological Review, British Journal of Sociology, Social Research, Journal of Contemporary Asia et Journal of Peasant Studies. En tout, il a publié plus de 2000 articles. Son ouvrage le plus récent est War Crimes in Gaza and the Zionist Fifth Column in America (Atlanta:Clarity Pres 2010) (Crimes de guerre à Gaza et la cinquième colonne sioniste en Amérique).


 

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Afghanistan : découverte de gigantesques réserves de minerais

Publié le par Mahi Ahmed

Afghanistan : découverte de gigantesques réserves de minerais

 

Par Richard Hétu

Le 24 fevrier 2011

Les blogs de Cyberpresse

 

 

Le New York Times fait état dans cet article publié aujourd’hui en première page de la découverte par les États-Unis de gigantesques réserves de minerais en Afghanistan susceptibles de transformer en profondeur l’économie du pays et peut-être même la guerre qui y perdure. Ces gisements, qui comprendraient notamment du fer, de l’or, du niobium et du cobalt, vaudraient près de 1 000 milliards de dollars et suffiraient pour faire de l’Afghanistan un des premiers exportateurs mondiaux de minerais.

Selon une note du Pentagone, l’Afghanistan pourrait également devenir «l’Arabie saoudite du lithium», ce métal étant un composant indispensable des batteries rechargeables utilisés pour les téléphones, les ordinateurs et les voitures électriques. La photo qui coiffe ce billet montre un paysage de la province de Ghazni, où le lithium serait abondant.

La découverte de ces gisements par une petite équipe de géologues du Pentagone pourrait être une bonne nouvelle pour un pays ravagé par des décennies de guerre. Mais elle pourrait également exacerber les problèmes afghans reliés à la corruption, à l’insurrection et au tribalisme.

(Photo The New York Times)

 

Richard Hétu est le correspondant de La Presse à New York depuis 1994. Il est également l'auteur de trois livres, dont les romans La route de l'Ouest (vlb 2002) et Rendez-vous à l'Étoile (vlb 2006). Il vit à Manhattan avec sa famille.

   

 

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