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2014

Publié le par Mahi Ahmed

 

 

2014

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Algérie

Les monts du Chélia 2328 mètres

عام سعيد

Joyeuse et heureuse année avec beaucoup de santé, de bonheur et de succès dans tout ce que vous entreprenez.

Puisse cette nouvelle année renforcer et organiser notre aspiration à une société plus juste, de progrès, de justice sociale et de paix.

Mahi Ahmed

 

 

 

 

 

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Houari Mouffok ou «la question du problème»

Publié le par Mahi Ahmed

 

Par Badr’Eddine Mili
Houari Mouffok repose, désormais, dans cette petite cuvette de Béni-Messous qui, vue de son promontoire rocailleux, donne l’impression d’être une mosaïque constellée de cristaux blancs plantés, là, par le cercle disparu des derniers justes, au milieu de la garrigue et du maquis d’une falaise qui a perdu, depuis longtemps, le contact avec la mer.
Si peu a été dit ou écrit sur ce symbole de la jeunesse engagée des années 1960, un homme bien singulier, secret et insaisissable, retranché derrière la cuirasse blindée d’un visage léonin dominé par des pommettes saillantes, taillées au burin et des paupières lourdes comparables à celles d’un Charles Bronson.
Les sévices qu’il endura durant sa détention, au lendemain du 19 juin 1965, sont, pour beaucoup, dans l’aura qui l’a entouré, de son propre vivant, davantage soulignée par la rareté des témoignages et des documents historiques consacrés au personnage et à la période où il fit irruption et en sortit, avec la fulgurance et les mystères d’une étoile filante, un sort malheureux partagé par Hadj Ben Alla, Mohamed Séghir Nekkache et nombre de dirigeants proches du Président Ahmed Ben Bella, emprisonnés, mis au secret ou déportés au Sahara, sans procès et en violation de leurs droits humains les plus élémentaires.
A l’exception de son ouvrage Parcours d’un militant étudiant, de l’UGEMA à l’UNEA , peu disert et assez mesuré, et d’une contribution parue il y a deux ans dans les colonnes d’El Watan, réhabilitant les concepts-clefs du socialisme, dans un style sobre et didactique, il est difficile de trouver d’autres repères pour retracer, de façon détaillée, l’itinéraire de celui que certains de ses fidèles présentent comme une icône du militantisme de gauche. Pour l’avoir côtoyé, pendant quelques mois, de son élection, en 1963, à la présidence de l’UNEA jusqu’à la manifestation des étudiants à la rue Didouche-Mourad à laquelle le Comité exécutif appela à la suite du coup d’Etat dirigé par le colonel Houari Boumediène, premier vice-président et ministre de la Défense, j’ai pu réunir, à la lumière des événements, des actions et des débats auxquels je pris part, au sein des instances de l’Union, quelques éléments d’information et d’appréciation qui peuvent aider à comprendre certains aspects de la personnalité du dirigeant patriote et progressiste qu’il fut.
D’abord, l’image qui s’impose à celui qui le rencontre, pour la première fois, avant même qu’il ne parle, est celle de sa modestie et de sa mise simple et économe de fils du peuple, héritée de son enfance passée à la médina d’Oran dont il garda, vivace, le culte de la proximité avec les petites gens et le ferme espoir d’une revanche méritée sur la vie d’indigène sans horizon, imposée par l’occupation aux jeunes Algériens.
Les penchants pour le rationalisme et les sciences lui firent, très tôt, entrevoir, en Algérie puis en RDA, les perspectives démocratiques et populaires sur lesquelles devaient, à son sens, déboucher la conquête de l’indépendance et son prolongement naturel, la Révolution socialiste.
C’est pourquoi, on peut estimer que ses choix idéologiques et politiques qui recoupaient, au demeurant, par leurs motivations, leurs exigences morales et leur part de combat, ceux de beaucoup d’étudiants formés, ici et à l’étranger, étaient, déjà clairs… Avant même son accession à la tête du mouvement estudiantin post-libération.
Ils traduisaient la légitimité des aspirations de tout un peuple à la justice, au progrès social, à la réappropriation des ressources du pays, au savoir et au travail… Tout en s’attachant à ne pas rompre avec l’esprit et la lettre de l’héritage de l’AEMNA et de l’ Ugema et avec le travail investi par les aînés pour faire des élites l’épine dorsale du pouvoir d’Etat renaissant. On décelait cette vigilante précaution dans ses discours magistralement improvisés, équilibrés, sans fioritures et, par-dessus tout, construits autour d’une logique imparable et des convictions d’un seul tenant, insécables.
Il avait le don d’expliquer les idées les plus complexes avec les mots de tous les jours, en évitant les pièges du sectarisme et les étiquettes infamantes de l’époque.
Il n’avait pas besoin d’invoquer, à tout bout de champ, ses classiques, pour illustrer une revendication politique ou sociale incontestable, ainsi que certains membres de son entourage, intellectualistes sophistiqués et déconnectés des réalités de la société le faisaient, systématiquement, en puisant dans ce bréviaire de quoi étaler un vernis idéologique sans valeur ajoutée quant au bien-fondé de «la vérité révolutionnaire» dont ils disaient être les détenteurs de droit.
C’est certainement de cette rigueur et de cette fidélité, rare, aux engagements proclamés, qu’il tenait le plus clair de son charisme, un charisme qui transparaissait, aussi, de son regard perçant, tout le temps, en quête, chez l’autre, d’un éclair de compréhension et d’entendement.
J’avais noté qu’il savait également être pragmatique et réaliste lorsque les conditions du moment lui demandaient de quitter le costume trop étroit de l’orthodoxie et de descendre du piédestal de l’autorité.
Il avait, ainsi, beaucoup travaillé, conformément aux résolutions du congrès fondateur, à sauvegarder l’autonomie de l’Union vis-à-vis du pouvoir, à clarifier les contenus économiques et socioculturels du choix du socialisme comme modèle de développement national, à nouer des alliances stratégiques avec le monde ouvrier, les autogestionnaires paysans et les intellectuels engagés, à défendre un enseignement supérieur démocratique et de qualité ainsi que les franchises universitaires contre les tentatives de caporalisation et d’entrisme des lobbies et des officines occultes.
Et lorsqu’il fut interpellé sur des problématiques ultra-sensibles, pour la période, comme la place de la langue arabe dans l’éducation nationale ou l’appartenance identitaire, il ne se déroba pas et fit connaître des positions courageuses qui lui attirèrent des inimitiés tenaces et rancunières qui expliquent, en partie, le triste sort qui lui fut réservé après 1965.
Pour gérer l’ensemble de ces problématiques et permettre à l’Unea de peser sur l’orientation des décisions du gouvernement, il avait, tout de suite, compris qu’il lui fallait forger un instrument organique structuré et pourvoyeur de cadres militants, syndicalement et politiquement, capables d’intervenir, à tout moment, pour se mobiliser et mobiliser autour des tâches d’intérêt social et national.
C’est sous cet angle-là qu’il fallait percevoir les initiatives qu’il prit pour systématiser les actions de formation, inaugurées au premier séminaire tenu à Boumerdès, en 1963, en présence de plusieurs dizaines de responsables destinés à devenir les prétoriens du mouvement.
En lançant le chantier de reconstruction du village des Ouadhias détruit par le napalm, durant la guerre, en même temps que le volontariat, le reboisement de l’Arbatache, la médecine rurale, l’alphabétisation de masse et la culture pour tous, il voulait, aussi, démontrer que l’alliance des étudiants avec les travailleurs, les femmes et les autres secteurs de la jeunesse n’était pas un slogan creux et démagogique. Ceci dit, il serait erroné de laisser penser que la place acquise, par l’Unea, sur l’échiquier politique d’alors, était de son seul fait.
Celle-ci était une organisation dont le fonctionnement était réglé sur le mode collégial. Le Comité directeur et le Comité exécutif, le Conseil et le Comité de section d’Alger étaient des instances délibérantes et exécutives, représentant des centaines d’étudiants venus de l’intérieur et de l’extérieur du pays et dont les débats contradictoires et houleux étaient la marque caractéristique de leurs assemblées générales et autres réunions.
Ces instances comptaient dans leurs rangs des militants issus, en général, des milieux populaires, comme Saha Malek, Noureddine Zenine, Djamel Labidi, Djelloul Nacer, Salhi, Hadjadj, Mazouzi, Medjamia, Temime, Korba, Aït-Saïd, Keddar, Badis, Othmani, Sidi Boumediène, Mili, Aïssaoui, Lardjane, Belarbi, Khellaf, Tabti, Medjahed, Oussedik, Khelladi, Kitouni, Benhacène, Taoutaou, Boukhari, rejoints par la suite, par Ouchérif, Mahdi, Saâdi, Bouhamidi, Belloufa, Houri, Malika Abdelaziz, Mouny Berrah, Dzanouni, en compagnie de nombreux sympathisants actifs comme Mérabia, Djebbara, Kherroubi, Benaï, Maherzi, Nezzari, Sebti, Benziane, Bouzida, Houssinat, Merdaci, Ounis, Amar, Mami, Lekouaghet, Foury… et j’en oublie involontairement…
Par ailleurs, la classe politique et syndicale ne se limitait pas à la seule Unea.
Les militants de l’ex-PCA, dissous, en septembre 1962, par le Président Ben Bella, ainsi que ceux du monde du travail et des autres organisations de masse étaient tout aussi, sinon plus, prolifiques en actions de mobilisation et se distinguaient par une production théorique littéraire et artistique prosélytique.
Bachir Hadj Ali, Mohamed Boudia, Sadek Hadjeres, Amar Ouzzegane, Abdelmadjid Benacer, Ali Yahia Abdenour, Abdelaziz Zerdani, Abdelhamid Benzine, Hachemi Chérif, Omar Chaou, Abdelaziz Saoudi, Boudissa, Benallègue, Brixi, Guerroudj, Akkache, Teguia, pour ne citer que ceux qui me viennent à l’esprit, en faisaient partie. Les passerelles jetées entre toutes ces organisations, ces groupes et ces forces, y compris au sein du parti du FLN, étaient nombreuses, structurelles ou conjoncturelles, en relation avec les questions et les rapports de force du moment.
L’alliance de ces constellations de gauche culmina lors du congrès du FLN tenu en 1964 et achevé par l’adoption de la Charte d’Alger et des thèses d’avril proclamant l’irréversibilité de l’option socialiste, fortement appuyée par Rédha Malek, Mohamed Seddik Benyahia, Mohamed Harbi et Hocine Zahouane, les théoriciens de la gauche du FLN.
Quelques jours après, au défilé du 1er Mai qui partit de la place des Martyrs pour rallier la Maison du Peuple, les étudiantes et étudiants de l’UNEA, tout de blanc vêtus, brandissaient au-dessus de leur tête le discours de clôture prononcé au congrès par le «Frère Militant» distribué, à la foule, à des milliers d’exemplaires.
Le Président Ahmed Ben Bella ne voulait, en aucun cas, s’aliéner la carte maîtresse que l’Unea représentait pour la défense et l’illustration du socialisme, mais aussi pour la résonance de sa propre autorité nationale et internationale, lui qui était entré dans la cour des grands pays socialistes, l’URSS où il fut décoré de l’Ordre de Lénine, la République populaire de Chine, le Vietnam, Cuba, etc.
De son côté, l’Unea, partie prenante d’une alliance de gauche qui s’opéra en opposition aux chefferies féodales et religieuses et aux universitaires et intellectuels arabophones, catalogués anti-socialistes, espérait tirer de son rapprochement avec le Président, des dividendes politiques qui feraient, d’elle, à terme, le réservoir du pouvoir d’Etat et probablement un acteur de premier plan dans les arbitrages à venir sur les choix fondamentaux de la société.
Dans un marché de dupes qui ressemblait fort à un jeu de cache-cache, on avait d’une part, un Président, dérivant tous azimuts vers la personnalisation outrancière du pouvoir, qui actionnait tous les leviers pour manipuler l’Unea et de l’autre, celle-ci qui poussait le Président à prendre les mesures à même d’accélérer le processus de socialisation et à lui faciliter l’accès aux centres de décision, sachant même qu’il avait créé une section des étudiants du parti du FLN pour en user contre elle, comme d’un garde-fou.
Animée par Hadjar, Benaïssa et des transfuges de l’Institut d’études arabes, relais des enseignements de Benabi, Aroua, Tidjani, Djinah, Bamatte et Iqbal, cette section ne tarda pas à exploiter la marginalisation des étudiants arabophones exclus des postes d’encadrement dans l’administration, pour attaquer l’Etat, à travers l’Unea accusée d’être discriminatoire et «suppôt de l’internationalisme prolétarien». Avec le recul, on se rend compte que Houari Mouffok en tant que dirigeant et l’UNEA avaient manqué, dans une certaine mesure, de discernement, et effectué une mauvaise évaluation de la situation générale du pays, de la place et des relations du mouvement estudiantin dans et avec la Révolution, passé et présent, et, par conséquent, surestimé leurs forces, jugeant, naïvement, que le moment était venu pour les élites de s’emparer du noyau du pouvoir d’Etat. Alors qu’en vérité, l’Unea n’était qu’une pièce accessoire du puzzle politique de cette période et il s’avéra, par la suite, qu’il était quasiment impossible de balayer, d’une pichenette, les pesanteurs d’une société encore soumise au patriarcat et à la tradition, en somme aux forces de la régression, malgré une dynamique révolutionnaire prometteuse, avant l’avènement de la saison des désillusions.
L’une des faiblesses, toutefois relatives, de l’Union fut d’avoir négligé de se rapprocher de l’armée, jugée avec méfiance. Houari Boumediène qui n’avait pas, non plus, d’atomes crochus avec elle, la voyait d’un mauvais œil, d’une façon, certes, différente de celle de Kaïd Ahmed, parce qu’elle avait, selon lui, dévié de l’orthodoxie des constantes et qu’elle devait, elle aussi, être redressée.
Ce qui fut fait après la mobilisation des étudiants au sein de l’ANP, à la suite de la défaite arabe du 5 Juin 1967 face à Israël jusqu’à son interdiction qui acheva de démanteler définitivement la gauche algérienne. Il faudra attendre les 3 Révolutions pour que, sous d’autres sigles, cette gauche tente, de nouveau, de se repositionner ; en vain, simplement parce que «la question du problème», une formule attribuée par Omar Chaou, ancien membre du Cnes de feu Mohamed Salah Mentouri, avec un humour d’une grande tendresse, nimbée de nostalgie, à Abdelaziz Saoudi, un vieux routier des mouvements de la jeunesse et des travailleurs qui débutait, ainsi, son intervention à une assemblée, rehaussée dans les années 1970, par la présence du Président Houari Boumediène, «la question du problème» ne réside pas dans le volontarisme, la stature de X ou de Y. Elle est au cœur de la doctrine et de la pratique d’un système qui exclut, d’office, une gouvernance placée sous l’égide d’une élite autonome, se reproduisant en dehors du clientélisme, du clanisme et du régionalisme. Faute d’avoir été réglée, en son temps, «la question du problème» persiste et s’aggrave même, au vu du regain ambiant de la médiocrité que vit aujourd’hui la sphère dirigeante du pays frappée de plein fouet par la dérive néo-messaliste du FLN et le plongeon de la politique dans les abysses d’un affairisme innommable.
A quand un CRUA qui viendrait mettre un terme à une situation qui ne saurait perdurer indéfiniment ? On ne verra plus, alors, un dirigeant de l’envergure de Houari Mouffok, solitaire, stoïque et perdu dans la foule anonyme d’une chaîne de vieux retraités, attendre, patiemment, son tour pour percevoir sa maigre retraite à la poste d’El-Biar, puis quelques jours après, mourir et être enterré, entouré par ses seuls compagnons de combat, une poignée de survivants, égarés dans une Algérie orpheline de ses rêves et de ses véritables enfants.
Justice leur sera-t-elle rendu un jour ?
B. M.

* Lire notre article paru dans Le Soir d’Algérie le 16 avril 2012 sous le titre «On l’appelait le Frère Militant» ainsi que Les Miroirs aux Allouettes édité chez Chihab en 2011.
* Il serait instructif de consulter, aussi, la série d’articles consacrés par Larbi Oucherif aux luttes de l’Unea après le 19 Juin 1965, publiés au début des années 2000 par le quotidien El-Watan.

 

 

 

La disparition de mon camarade et ami Houari Mouffok nous impose d'interroger l'histoire, cette histoire à laquelle il contribua avec beaucoup d'engagement et de sacrifice et qui le brisa à l'âge de 28 ans à cause de l'autoritarisme du pouvoir , et d'un populisme et d'un anti communisme primaires.Mili en fait une lecture qui la sienne. Elle le mérite de mettre en relief la personnalité de Houari et le rôle éminent qu' a joué en un temps très court l'UNEA, cette organisation de masse dont il avait la charge de la présidence. J'apporterai ma contribution  dans ce débat, si mes force me le permettront

Bon débat

Mahi Ahmed

 

 

Houari Mouffok ou «la question du problème»

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François Hollande et l' « Entente cordiale » avec l'Arabie saoudite : une leçon d'hypocrisie en sept temps

Publié le par Mahi Ahmed

François Hollande et l' « Entente cordiale » avec l'Arabie saoudite : une leçon d'hypocrisie en sept temps

 

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

 

Ce week-end François Hollande continuait sa tournée des États réactionnaires de la région, après les Émirats arabes unis, Israël ou le Qatar récemment, désormais l'Arabie saoudite, l'occasion de génuflexion devant la sinistre dynastie des Saoud.

 

François Hollande a salué « la sagesse » du roi Abdallah, rappelé l' « entente » entre la France et l'Arabie saoudite, appelé à trouver des « solutions modérées » aux crises régionales, sur lesquelles les deux pays « sont pleinement d'accord ».

 

De qui se moque-t-on ? Le discours plein d'hypocrisie – ou peut-être de vérité – du président socialiste tranche avec la réalité de la politique saoudienne, interne et extérieure.

 

1er temps : « la diplomatie des droits de l'Homme et de la démocratie » … s'arrête aux portes de Riyad

 

Hollande disait faire de la « diplomatie des droits de l'Homme et de la démocratie sa priorité » … mais ça s'était hier, en Libye, au Mali, en Syrie.

 

Et à Riyad ? François pourquoi tu tousses ? Juste, l'Arabie saoudite est une monarchie absolue de droit divin, dont le système juridique repose sur la charia.

 

Rappelons que l'Arabie saoudite fut le seul pays en 1948 (avec l'Afrique du sud de l'apartheid) à s'opposer, par principe, à la Déclaration universelle des Droits de l'Homme. Notamment parce qu'elle garantissait l'égalité homme-femme.

 

Aujourd'hui encore, il n'y aucun parti politique, aucune élection nationale, aucune liberté de réunion, de la presse, d'expression : toute critique de la religion est un blasphème, celle du régime un crime de lèse-majesté.

 

Depuis 2011, la vague des dites « révoltes arabes » a touché l'Arabie saoudite, malgré la censure et une répression féroce qui a fait au moins 17 morts et une centaine de blessés sérieux. Aucune inquiétude pour les occidentaux : l'ordre règne à Riyad.

 

2 ème temps : « le ministère du droit des femmes » … à Paris

 

Hollande disait faire de sa priorité la « défense des droits des femmes » avec le ministère confié à la potiche Belkacem. Pour l'égalité salariale, la lutte contre les temps partiels, elles pourront repasser.

 

Cette même Najat Belkacem qui trouvait qu'entre Qatar et les droits des femmes, il n'y avait pas de contradiction. Et l'Arabie saoudite ? Un pays où chaque femme est « mineure » à vie, sous la dépendance d'un tuteur (kafil) masculin qui prend toutes les décisions à leur place.

 

En Arabie saoudite, les femmes ne peuvent travailler, étudier, voyager sans autorisation de leur kafil. Elles sont mêmes interdites de conduire. Le mouvement pour permettre aux femmes de conduire est devenu le symbole de la lutte pour la liberté en terre saoudienne.

 

En 2013, le film « Wadjda » racontait l'histoire douloureuse des femmes en lutte pour l'égalité, avec la fiction d'une jeune fille décidée à faire du vélo malgré l'interdit … c'était le premier film tourné par une saoudienne. La sortie du Moyen-âge est encore longue.

 

3 ème temps : où sont les homosexuels en Arabie saoudite ?

 

Hollande a été prompt et pesant pour agiter en France la diversion du « mariage pour tous », détournant le droit des homosexuels à vivre leur différence, pour mieux faire passer la normalisation de cette institution conservatrice qu'est le mariage.

 

Mais en Arabie saoudite, être homosexuel est un crime passible de peines de prison allant de plusieurs semaines à plusieurs mois, de coups de fouets voire de la peine de mort.

 

La sodomie (liwat) est un crime grave selon la tradition remontant au XI ème siècle, servant de base juridique à l'Arabie saoudite, dont le châtiment est : lapidation jusqu'à la mort. Pourquoi Hollande n'a en a pas dit un mot aux dirigeants saoudiens face à ces châtiments d'un autre temps ?

 

4ème temps : dénoncer l'anti-sémitisme depuis Riyad, un comble !

 

François Hollande, le tartuffe, se permet de dénoncer « l'anti-sémitisme » depuis Riyad.

 

L'Arabie saoudite est un pays où l'Islam est religion d’État, bénéficiant d'une « police religieuse », la muttawa, chargée de faire respecter la morale pudibonde. Toute personne non-musulmane, ou non-sunnite, n'a aucun droit à sa défense, son témoignage aucune foi face à la « justice ».

 

Surtout, la liberté de culte et même de conscience – religieuse ou politique – est combattue en Arabie saoudite wahhabite, cette branche particulièrement fondamentaliste de l'Islam.

 

Les chiites sont victimes de discriminations économiques et politiques (certains parlent d' « apartheid religieux »), les catholiques victimes de tentatives de conversion forcée, tandis que les Juifs sont privés d'entrée dans le royaume, passible si découverts de la peine de mort !

 

Cet anti-sémitisme viscéral cohabite néanmoins avec une « entente cordiale » avec l'Etat sioniste israélien, les deux Etats ayant les mêmes objectifs communs : détruire les Etats laics, la puissance chiite iranienne, balkaniser et semer le chaos dans la région en alliance avec les Etats-unis.

 

La coexistence de l'anti-sémitisme et du philo-sionisme n'est pas une nouveauté.

 

On sait que l'Allemagne nazie avait d'abord tenté de négocier avec les sionistes une « déportation » en Palestine ou à Madagsacar, tandis que le Parti national sud-africain pro-apatheid avait fait passer des lois anti-sémites (Alien act) … tout en nouant une alliance stratégique avec Israel !

 

5ème temps : défendre la paix chez le principal trafiquant d'armes de la région

 

François Hollande prétend défendre la « paix » dans la région avec l’État saoudien.

 

Avec l'Arabie saoudite belliciste, c'est un comble. Le pays est le deuxième au monde (derrière la Corée du nord) pour ses dépenses militaires rapportées au PIB : 11,5 % pour l'armée, c'est le 8 ème pays pour ses dépenses militaires, devant l'Italie, l'Inde ou le Brésil !

 

L'armée saoudienne est le « gendarme du Moyen-orient » avec son armée de 650 000 hommes lourdement équipée en matériel high-tech : chars d'assaut, avions de chasse, missiles sol-air, lance-roquettes multiples, hélicoptères de combat.

 

Qui est le premier fournisseur de l'Arabie saoudite ? La France des droits de l'Homme qui en 2010 a fourni 70 % du matériel saoudien, pour 2,2 milliards de $ sur 3,1 milliards d'achats saoudiens loin devant l'Italie et la Grande-Bretagne, qui tournent à 300 millions de $.

 

On sait désormais que le roi Abdallah d'Arabie saoudite monte sur pied, avec ses alliés du Conseil de coopération du Golfe (CCG) une armée de 100 000 hommes pour aller épauler les dits « combattants de la liberté » en Syrie qui décapitent leurs opposants. Drôle de pacifistes.

 

Hasard fortuit également. Juste après la mort de Mohammed Shatah au Liban, l'Arabie saoudite promet à la France d'apporter une aide à l'armée libanaise pour qu'elle se finance … en armes françaises. Le hasard fait bien les choses, jusqu'à dire que les Saoudiens seraient derrière le coup.

 

6ème temps : je déclare la guerre aux terroristes au Mali … et fais des courbettes à ceux qui les financent !

 

Au Mali on a fait une guerre « aux terroristes islamistes », et en Arabie saoudite, on tourne la tête.

 

Il est de notoriété publique que l'Arabie saoudite est, avec le Qatar, le principal soutien financier, logistique et politique des groupes terroristes islamistes dans le monde. En Egypte, en Tunisie, en Libye, au Mali, en Afghanistan, les groupes salafistes sont financés par les deniers saoudiens.

 

Tout comme le Pakistan, l'Arabie saoudite joue double jeu (ou son jeu tout court) avec Al Qaeda : condamnation formelle, soutien en sous-main. Oussama ben Laden était lui-même un produit de la caste au pouvoir, dont le djihad en Afghanistan fut financé par les Saoudiens.

 

En Syrie, l' « Armée syrienne libre » totalement noyautée par les islamistes d'Al-Nosra (proche d'Al Qaeda) est financée largement par les Saoudiens, qui ont même pris le dessus sur leur rival qatari.

 

Il y a quelques mois l'Arabie saoudite avait utilisé la menace de ses chiens de garde salafistes contre la … Russie, promettant si cette dernière lâchait la Syrie « de contrôler les terroristes tchétchènes, qui sont à nous, pour les Jeux olympiques de l'an prochain ».

 

Tout ce qui se passe à Volgograd est un pur hasard naturellement.

 

7ème temps : quel soutien aux « révolutions arabes » chez le gendarme du Moyen-orient ?

 

La France déclare soutenir les « révolutions arabes »

 

… Enfin en Libye et en Syrie, c'est-à-dire celles qui n'en sont pas, les sécessions armées soutenues par les Saoudiens. En Egypte comme en Tunisie, dans un premier temps, on a soutenu nos dictateurs comme Ben Ali, auquel on souhaitait apporter un soutien armé !

 

L'Arabie saoudite, phare des révolutions ? Rions ensemble. Outre que les Saoud traitent leurs propres manifestants à coups de canons (avec nos véhicules blindés AMX-30, vive la France !), ils jouent les gendarmes de la région, force armée du Conseil de coopération du Golfe (CCG).

 

Ainsi en 2011, l'Etat voisin du Bahrein, seul État – hors Arabie saoudite – à disposer d'une majorité de nationaux, qui plus est chiites donc discriminés, a connu des manifestations inédites dans le Golfe persique qui ont pu mobiliser jusqu'à 500 000 manifestants.

 

Le pouvoir débordé est au bord de l'implosion, le patronat en appelle directement au CCG. Les chars saoudiens entrent dans la capitale, détruisent le monument de la « place de la Perle » symbole de la révolte, et tuent entre 60 et 80 manifestants. L'ordre règne à Manama, comme à Riyad.

 

Alors, de qui se moque-t-on ? Combien de temps va-t-on abuser de notre prétendue crédulité ? François Hollande agit plus que jamais en commis des grands monopoles français, en représentant de l'impérialisme français, subordonné à l'impérialisme nord-américain.

 

Dans les valises de François Hollande : les PDG de Thalès, Areva, la SNCF, EDF, Veolia, des représentants de Sanofi, GDF, Vinci, la BNP. Alstom a déjà gagné le projet de métro à Riyad, Total la raffinerie de Jubail.

 

Les prochains contrats sentent bon la « paix » et la « démocratie » : un projet de défense aérienne avec Thalès (4 milliards d'€), un autre de frégates et sous-marins (15-20 milliards), enfin la construction de 16 centrales nucléaires, sur lesquelles EDF et Areva entendent au portillon.

 

 

Stop à l'hypocrisie ! Hollande ne fait plus illusion. Menons campagne chez nous contre ce va-t-en guerre : pas un sou, pas un soldat pour les aventures impérialistes à l'étranger ! Pas un contrat pour financer des dictatures responsables du chaos dans la région !

 

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Quand les mouvements de solidarité avec l’ANC de mandela en Europe sont-ils nés ?

Publié le par Mahi Ahmed

Quand les mouvements de solidarité avec l’ANC de mandela en Europe sont-ils nés ?

Dès les années soixante, une aide concrète fut apportée à l’ANC

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Par Michel Rogalski, Directeur de la revue Recherches internationales.

La disparition de Nelson Mandela, l’ex-président sud-africain, a beaucoup marqué la génération qui s’était fortement mobilisée dans les années quatre-vingt en faveur de sa libération et de la fin de l’apartheid. Pour beaucoup, l’entrée en politique se fit autour de ses combats.

Mais sait-on que, dès les années soixante, des hommes s’étaient retrouvés autour de cette lutte et avaient apporté une aide matérielle à l’ANC, le Congrès national africain ? Issus pour la plupart de l’expérience acquise au travers de l’aide apportée aux combattants de l’indépendance algérienne ou de celle plus lointaine de la Résistance, ils décidèrent, sous la conduite d’Henri Curiel, de fournir une assistance concrète aux militants de l’ANC. À travers l’organisation Solidarité qu’ils constituèrent, ils mirent en œuvre pendant plus d’une dizaine d’années une assistance internationaliste.

Il faut se souvenir qu’à l’époque, la plupart des pays occidentaux faisaient bloc, malgré les condamnations des Nations unies, avec le régime d’apartheid qui régnait à Pretoria et n’hésitait pas à collaborer avec son sinistre appareil de répression, le Boss. La France n’accueillait aucune représentation officielle de l’ANC dont les militants étaient considérés comme des terroristes.

La direction de l’ANC, présidée par Oliver Tambo, avait dû s’exiler, pour cause de répression, à Londres où elle était tolérée. Et un bureau s’était ouvert à Alger, animé par Jo Makatini.

Très vite, la solidarité s’organisa. D’abord, faire connaître le combat anti-apartheid et, à cette fin, diffuser en français l’organe de combat, Sechaba. La traduction s’organisa et chaque mois, après un premier tirage à Paris, les stencils, protégés de chiffons humides pour que l’encre ne sèche pas, étaient acheminés sur Alger et installés sur la ronéo. Travail routinier et très utile qui dura cinq ans.

Puis l’aide organisationnelle monta en puissance. Les Sud-Africains noirs devaient disposer d’un pass, pour se déplacer à l’intérieur du pays, qui indiquait leur identité, adresse et employeur. Contrainte majeure à tout déplacement des cadres de l’ANC. Il fut donc décidé d’imprimer en France 2 000 pass et de les acheminer jusqu’en Afrique du Sud. Ce qui fut fait. On imagine combien cela changea les conditions de la lutte.

À la demande de l’ANC, un militant français fut envoyé en Afrique du Sud pendant plusieurs semaines pour repérer les filières de passage possibles avec les pays de la « ligne de front » et prendre des contacts avec les milieux anglophones blancs plus ouverts sur la question de l’apartheid. Moisson de renseignements pour la direction du mouvement coupé de l’intérieur.

Pour pallier la difficulté des liens entre intérieur et extérieur, une piste de travail s’ébaucha sur la possibilité d’utiliser les mouvements de la marine marchande. En effet, des navires provenant d’Afrique du Sud faisaient escale au Havre et à Dunkerque. Avec l’appui du syndicat CGT de la marine marchande et des aumôneries portuaires, des pachas de bateaux furent approchés et des filières mises en place. Restait à faire de même au Cap.

Dans un combat, la connaissance de l’ennemi est importante. Une question nous taraudait tous : comment ce régime honni de la communauté internationale, condamné par l’ONU, mis sous embargo, pouvait-il continuer, les années passant, à afficher une solide santé économique ? Sous couvert de recherche universitaire, il fut décidé de repérer tous ces fils que le régime d’apartheid avait tissés à l’échelle du monde pour consolider son système.

La moisson fut belle. Ainsi furent livré à l’ANC des éléments prouvant l’implication de l’Allemagne dans la mise sur pied d’un complexe militaire nucléaire, ainsi que la photocopie de centaines de pages de rapports des conseillers de l’ambassade de France à Pretoria qui renseignaient non seulement des échanges de la France avec l’Afrique du Sud, mais aussi signalaient les agissements de la concurrence, comme les voyages de délégations du patronat allemand.

À tout cela s’ajoutait l’accueil en France de militants de l’ANC, acheminés par des périples compliqués et des passages de frontières pris en charge, pour suivre des stages de formation destinés à leur lutte. Très vite, il fallut se rendre à l’évidence, l’ANC devait constituer lui-même une école de cadres. Une réflexion s’engagea avec Oliver Tambo sur l’aide à apporter. Ainsi fut monté le projet d’une aide à la formation d’une école de cadres de l’ANC.

Il ne s’agissait plus de former des stagiaires, mais de les aider à mettre sur pied une telle école en formant ses futurs animateurs. Un an de travail préparatoire pour définir le périmètre des cours, la liste des intervenants. Puis accord réalisé sur le projet, passage à l’organisation matérielle de l’acheminement à la prise en charge d’une dizaine de stagiaires, en internat sur plusieurs semaines, sans compter les problèmes de traduction.

Grande fut la tristesse de savoir qu’un tiers de ces stagiaires, dont la vie fut partagée pendant ces semaines et avec lesquels des liens forts s’étaient créés, de retour au pays, n’avaient pu tenir plus de six mois avant l’arrestation.

Point n’est besoin d’insister sur les liens de confiance tissés tout au long de ce travail avec la direction de l’ANC. Bien que la France de l’époque se situât aux côtés du régime d’apartheid et que l’aura de Nelson Mandela était encore faible, il fut relativement facile de trouver des personnes disposées à s’engager au service de l’ANC, tant le sens de son combat était une évidence et ne pouvait laisser personne insensible dès lors qu’un cadre organisationnel s’offrait à l’action efficace.

 

Michel Rogalski

 

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Mikhail Kalachnikov : la disparition d'un grand citoyen soviétique

Publié le par Mahi Ahmed

Mikhail Kalachnikov : la disparition d'un grand citoyen soviétique

 

Communiqué du présidium du Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF)

 

 

 

A la fin de l'année 2013 est décédé un grand citoyen soviétique, un inventeur de génie Mikhail Kalachnikov. Dix-septième enfant d'une famille de paysans, c'est par son travail qu'il a obtenu les récompenses et honneurs suprêmes de l’État, qu'il est devenu célèbre dans le monde entier.

 

Le concept des meilleures armes automatiques au monde et, surtout, du fameux fusil d'assaut Kalachnikov « AK » frappait par sa modestie et sa simplicité quiconque le connaissait. Il vivait dans un appartement d'un immeuble commun, sans rien demander.

 

Il avait honnêtement servi sa partie, car il savait que c'est seulement en Union soviétique que ce talent à l'état brut pouvait percer et développer son invention.

 

Et la meilleure récompense qu'a gagnée Mikhail Timofeevitch, c'est le fait que le symbole de sa machine de légende orne le drapeau des États qui ont obtenu leur indépendance grâce à son arme.

 

Devenu communiste en 1952, il est resté fidèle aux idéaux du socialisme et a refusé depuis toute tentative de les discréditer. Nous allons faire vivre son message :

 

« Sous la direction du Parti communiste, ma génération a gagné une guerre terrible, a construit un État puissant, s'est ouvert les horizons de l'espace, a créé des chefs d’œuvre artistiques et des modèles techniques. Et aujourd'hui, les communistes russes sont la force créative qui vise à reconstruire une nation forte et grande. Je suis sûr que les communistes ne nous décevront pas ».

 

Aujourd'hui, nous disons adieu, pour son dernier voyage, à notre ami et camarade. Nous rendons hommage à un grand citoyen de notre pays. Et nous te promettons, Mikhail : les communistes ne te décevront pas !

 

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Accélération de la convergence entre sociaux-démocrates et néolibéraux de droite

Publié le par Mahi Ahmed

Accélération de la convergence entre sociaux-démocrates et néolibéraux de droite

Par Frédéric Lebaron |  26 décembre 2013    


professeur de sociologie à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, membre du laboratoire Professions-Institutions-Temporalités (Printemps, UMR UVSQ-CNRS 8085), et président de l’association Savoir / Agir.



Les périodes préélectorales longues sont marquées par l’élaboration de programmes, en particulier en matière économique et sociale. La perspective de la prochaine séquence d’élections européennes et locales conduit chaque organisation partisane à élaborer des orientations et un projet. Ceux-ci constitueront le socle de leur « positionnement » politico-idéologique durant les prochaines années. Il est donc utile de faire un premier bilan rapide de la phase en cours en France, et d’en tirer quelques conclusions.

A l’échelle nationale, le cadre est déterminé par le gouvernement en place, qui a fixé le cap de politique économique pour les trois années et demi à venir : la réduction du déficit budgétaire continue d’être l’objectif principal, son but étant de restaurer progressivement les marges de manœuvre de l’Etat en limitant la hausse de l’endettement public.

Comme l’indiquait la présentation des ministres Pierre Moscovici et Bernard Cazeneuve au Conseil des ministres du 25 septembre 2013, « le déficit baisse à un rythme régulier qui nous permettra de redescendre sous la barre des 3 % fin 2015, d’inverser la courbe de la dette et de revenir à l’équilibre structurel d’ici la fin du quinquennat. Le redressement est en vue. Nous poursuivons et intensifions cette stratégie de sérieux budgétaire dans le budget 2014 présenté ici.

Nous allons réaliser en 2014 un effort d’économies sans précédent de 15 milliards d’euros, qui porteront, pour 9 milliards, sur l’État et ses agences et sur les collectivités locales, et, pour 6 milliards, sur la sphère sociale. Nous présentons un budget avec des dépenses de l’État, hors charge de la dette et de pensions, en baisse de 1,5 milliard d’euros, ce qui est inédit sous la Ve République. Les économies ont été rendues possibles grâce à une nouvelle méthode de discussion budgétaire, qui chasse la mauvaise dépense au profit de la bonne, et qui repose sur des réformes structurelles décidées dans la concertation (retraites, famille, marché du travail). Ces économies permettent de financer les priorités des Français : l’emploi, l’éducation, la sécurité, la justice  » [1].

La réduction des dépenses publiques est tout particulièrement mise en avant, après une phase de hausse des impôts en tout début de mandat. La « remise à plat » de la fiscalité annoncée par le premier ministre fin 2013 s’accompagnera ainsi d’une baisse des prélèvements obligatoires : « D’ici la fin du quinquennat, les efforts d’économies permettront une baisse des prélèvements obligatoires, qui dégagera les marges nécessaires à la montée en puissance de la réforme » [2].

Austérité macroéconomique axée sur la baisse des dépenses publiques, « réformes structurelles » favorables à la compétitivité des entreprises, le tout agrémenté d’une « remise à plat » de la fiscalité attentive à la « justice sociale » : le projet gouvernemental maintient un cap néolibéral [3] conforme aux orientations de la Commission européenne et aux recommandations de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), même si ces dernières peuvent le juger relativement timide. La baisse des dépenses publiques, fixée à 10 milliards d’euros par an, correspond à un ajustement pragmatique, et les « réformes structurelles » sont, pour l’essentiel, surtout contenues dans la réforme des retraites et le Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE).

Dans ce contexte, le projet de l’UMP, issu de la réunion de ses dirigeants, est sans aucune ambiguïté. Il affiche une accentuation de ses fondamentaux néolibéraux et se présente comme le programme de rupture sans doute le plus radical depuis les années 1980 et le tournant reagano-thatchérien  [4] :

  • Baisse des dépenses publiques de 130 milliards d’euros sur cinq ans ;

  • Moitié de cette réduction transformée en baisses d’impôts, et l’autre en remboursement de la dette publique ;

  • Fin de toute règlementation du temps de travail, qui serait négocié entreprise par entreprise ;

  • Création d’un contrat de travail unique, dont le caractère « protecteur » s’accroîtrait dans le temps.

  • Suppression des cotisations sociales famille et baisse des cotisations sociales sur les salaires, compensées par une hausse de la « TVA anti-délocalisation ».

    Cette rupture serait menée en six mois, le gouvernement légiférant par ordonnances.

    On voit dès lors se dessiner le débat des prochaines « alternances », entre néolibéralisme pragmatique et néolibéralisme radical, les différences entre l’UMP et le Parti socialiste portant simplement sur le rythme à venir de réduction des impôts et des dépenses publiques, et sur la répartition de l’« effort nécessaire » pour rétablir les comptes publics.

    Spéculant sur une droitisation de l’électorat, en particulier sur les questions fiscales et l’Etat social, les deux partis dominants cherchent donc à anticiper la meilleure « offre » économique, quelque part entre le modèle allemand et le modèle britannique actuels, entre une Angela Merkel alliée aux sociaux-démocrates et un David Cameron, de plus en plus impitoyable pour les pauvres [5].

    Les centristes de l’UDI et du Modem, qui ont historiquement construit leur identité autour de l’engagement européen, auront beau jeu d’en appeler à une « grande coalition » sur le modèle allemand, plus conforme à la convergence doctrinale de fond à l’échelle européenne entre droite classique et social-démocratie. L’alliance Borloo-Bayrou illustrerait ainsi le rapprochement des élites politiques européennes autour d’une voie modérée dans l’ajustement budgétaire et la réforme fiscale.

    Le Modem propose ainsi aujourd’hui d’ « atteindre l’équilibre budgétaire en 2016 en répartissant à part égale l’effort de redressement des finances publiques entre recettes et dépenses, à hauteur de 50 milliards d’euros de baisse des dépenses et 50 milliards d’euros de hausse des recettes ; à cet effet, inscrire la « règle d’or » de discipline budgétaire dans la Constitution » [6].

    Loin d’avoir abouti à une remise en cause de l’engagement dans les politiques d’austérité en 2010, la légère inflexion de 2013 en Europe a donc eu pour conséquence inattendue une convergence accélérée, au sein de la zone euro, entre les gouvernants de droite et sociaux-démocrates [7] (avec la montée du paradigme des « grandes coalitions »), dans une version un peu modérée et réaliste de celles-ci.

    La droite française, sous la triple pression du Front national, du centre pro-européen et des mouvements sociaux (anti-mariage gay, anti-impôts, etc.), entreprend donc une radicalisation programmatique relativement hasardeuse. Cela au moment où le centre et la social-démocratie se rapprochent de la CDU merkelienne, alliée aux sociaux-démocrates.

    On notera cependant qu’en France, Henri Guaino [8] - et peut-être même, en arrière-plan, son mentor Nicolas Sarkozy -, contredit ce mouvement : il conteste même, dans un débat dans L’Humanité, les nouvelles pertes de souveraineté qui constituent depuis longtemps le seul horizon concret de la construction européenne, et il esquisse ainsi un pas « sur la gauche ». Les catégories politiques sont déjà devenues assez confuses pour que l’on accorde quelque crédit à cette stratégie émergente.

    La question européenne devrait pourtant rapprocher encore un peu plus les courants aujourd’hui majoritaires. Admiratifs du pragmatisme de Mario Draghi à la tête de la Banque centrale européenne, conscients des risques de toute accélération trop brutale d’une construction communautaire aujourd’hui fragilisée, les fédéralistes les plus doctrinaires ont fait place à des pragmatiques soucieux de surmonter pas à pas, et sans fanfaronnade, la crise profonde de leur projet politique.

    Dans ce contexte, on ne peut guère s’étonner que le programme du Front national [9], axé sur le patriotisme économique (sortie de l’euro et protectionnisme) et un interventionnisme « nationalisé », fasse de plus en plus peur aux élites économiques et politiques [10].

    Partout en Europe, des forces similaires incarnent de plus en plus concrètement une nouvelle offre économique qui conjugue affirmation identitaire, défense des services publics de proximité et des dépenses jugées « utiles » (avant tout celles réservées aux seuls « nationaux »), dans un cadre fixé par le rejet de l’immigration. Leur présence durable dans l’espace politique français et européen contribue à structurer le débat autour de la question nationale/européenne.

    Seules les forces à la gauche de la social-démocratie (au niveau européen, le Parti de la gauche européenne, avec Alexis Tsipras comme chef de file aux prochaines élections du Parlement de Strasbourg) situent aujourd’hui l’enjeu principal du moment dans la poursuite des politiques d’austérité et, plus largement, des politiques néolibérales (concurrence, privatisations, « réformes structurelles » visant à la baisse des coûts salariaux et à la flexibilisation du marché du travail).

    Ces politiques ont non seulement échoué à rétablir le progrès économique et l’emploi (de qualité) et accentué les tendances déstabilisatrices du capitalisme financier, mais elles accroissent méthodiquement les souffrances sociales et le désordre politique [11].

    L’échec macroéconomique évident [12] des politiques de réduction des dépenses publiques, prédit et vérifié [13], est ainsi devenu une donnée quotidienne, dans tous les secteurs sociaux [14], sur laquelle ces forces sont les seules à pouvoir prendre appui, surtout si elles s’engagent dans un travail de terrain auprès des victimes de l’austérité. L’obsession de la réduction de l’endettement public a même conduit à son accroissement dans un basculement, bien connu des spécialistes, dit des « effets non anticipés  [15].

    Ces forces de gauche indépendantes, relativement diverses et inégalement implantées en Europe sont traversées de tensions, notamment autour de l’enjeu européen ou du rapport électoral avec la social-démocratie. Mais elles sont désormais les seules à porter un projet de rupture claire avec le capitalisme financier et de reconstruction sociale et démocratique [16].

    A court terme, ce projet passe par le choix assumé de politiques de relance budgétaire massive tournées vers le plein emploi. Et cela à l’échelle nationale, à condition de ne pas craindre les crises institutionnelles, et à l’échelle européenne. Elles reposeront sur un investissement public dans la transition écologique, l’éducation, la santé, la recherche, la justice... Ce Green New Deal ambitieux pourrait ainsi faire des pays d’Europe les plus avancés dans cette voie les moteurs d’un véritable changement social et environnemental à l’échelle mondiale.

    Notes

    [1] Site du ministère des finances : http://www.economie.gouv.fr/budget-2014

    [2] http://www.gouvernement.fr/comite-de-pilotage-pour-la-remise-a-plat-de-la-fiscalite

    [3] Laurent Mauduit, « Chômage : Le pari perdu de François Hollande », Médiapart, 19 décembre 2013 : http://www.mediapart.fr/chomage-le-pari-perdu-de-francois-hollande

    [4] http://www.u-m-p.org/2014-le-debut-de-lalternance

    [5] http://www.independent.co.uk/food-poverty-in-uk-has-reached-level-of-public-health-emergency-warn-experts

    [6] Site du Modem : http://www.mouvementdemocrate.fr/le-redressement-des-finances-publiques

    [7] Y compris leurs alliés écologistes.

    [8] http://www.guaino.fr/?p=2338 ; voir aussi : http://www.lesechos.fr/un-contre-tous-tous-contre-un

    [9] Voir : http://www.frontnational.com/pdf/Programme.pdf

    [10] http://www.lesechos.fr/les-aberrantes-propositions-economiques-du-fn ; voir aussi, encore plus « nuancé » : http://www.lesechos.fr/le-front-national-ou-la-fusion-de-tous-les-extremes

    [11] Lire David Stuckler et Sanjay Basu, The Body Economic. How Austerity Kills, Allen Lane, Londres, 2013.

    [12] Evident pour les chercheurs en sciences sociales informés des travaux récents, mais masqué par la rhétorique « naturalisante » de la crise de la dette qui crée d’autres « évidences ». Lire Thierry Guilbert, L’ « Évidence » du discours néolibéral. Analyse dans la presse écrite, Croquant, Bellecombe-en-Bauges, 2011.

    [13] Voir les travaux des macroéconomistes européens : http://www.iags-project.org/

    [14] Citons par exemple le cas des universités françaises, placées aujourd’hui dans une situation financière dramatique quelques années après une réforme censée les rendre compétitives au niveau mondial.

    [15] Robert Merton, Social Theory and Social Structure, The Free Press, Glencoe, IL, 1957. Traduction française : Eléments de théorie et de méthode sociologique, Plon, Paris, 1965.

    [16] http://www.european-left.org/party-european-left-el-relies-withstand-radical-way-austerity-imposing-troika-and

     

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Madame Merkel et ses “contrats”

Publié le par Mahi Ahmed

Madame Merkel et ses “contrats”

Par Jacques Sapir

25 décembre 2013

 

Il est caractéristique, et à vrai dire symptomatique, que Madame Merkel, Chancelière désormais à la tête d'un gouvernement dit « de grande coalition » en Allemagne, ait pu déclarer le 19 décembre dernier sans provoquer d'émoi particulier dans la presse au sujet de l'Euro que : « Tôt ou tard, la monnaie explosera, sans la cohésion nécessaire »[1]. Au premier abord, cette déclaration est parfaitement juste. Sans « cohésion », c'est-à-dire sans l'existence d'un système de transferts financiers extrêmement importants, l'Euro n'est pas viable. On le sait, et le calcul de ce qu'il faudrait consacrer pour que fonctionne ce système fédéral a été fait par plusieurs auteurs. Pour ma part, j'ai estimé entre 8% et 10% de son PIB le montant que l'Allemagne devrait fournir[2]. Il est parfaitement clair qu'elle ne peut le faire sans détruire son « modèle » économique et, de ce point de vue, exiger de l'Allemagne un « solidarité » avec les pays de l'Europe du sud pour des montants de 220 à 232 milliards d'euros par an (aux prix de 2010) équivaut lui demander de se suicider[3].

Mais, c'est la suite de cette déclaration qui est plus particulièrement intéressante. Madame Merkel, parfaitement consciente de ce que les pays de la zone Euro renâclent devant de nouveaux abandons de souveraineté, proposent alors des « contrats » entre ces derniers et l'Allemagne. Dans les faits, cela aboutirait à construire, à côté des institutions européennes un autre système institutionnel ou, le contrat valant loi pour les Allemands, les différents pays seraient liés à l'Allemagne de manière contraignante. On voit bien l'intérêt d'une telle formule. Madame Merkel ne se berce d'aucune illusion sur un quelconque « peuple européen ». Elle sait très bien ce qu'en pense la cour constitutionnelle de Karlsruhe qui, à ce sujet, a été très clair dans son arrêt du 30 juin 2009[4]. Il est important de comprendre que, pour la cour de Karlsruhe, l'UE reste une organisation internationale dont l'ordre est dérivé, car les Etats demeurent les maîtres des traités[5]. De ce point de vue, il est clair que l'Allemagne ne partage pas, et ne partagera pas dans un avenir proche, les fumeuses vues sur un « fédéralisme » européen. Pour les dirigeants allemands, faute de « peuple » européen, ce qui est logique au vue de la conception germanique de ce qu'est un « peuple », il ne peut y avoir d'État supra-national. Par contre, l'Union Européenne et la zone Euro peuvent exercer un pouvoir dérivé. Mais, de ce point de vue, l'Allemagne le peut tout aussi bien. Et c'est là le sens des « contrats » proposés par Madame Merkel à ses partenaires. En échange d'une garantie de souveraineté, car vous aurez « librement » accepté ces « contrats », engagez-vous à respecter certaines règles contraignantes dans une structure de contrats vous liant à l'Allemagne.

La question de l'Union bancaire, saluée récemment à grand son de trompe, confirme cette démarche. À l'automne 2012, les pays du sud de la zone Euro avaient, de concert avec la France, arrachés le principe d'une « Union bancaire » qui devait être à la fois une mécanisme de surveillance et de régulation des banques de la Zone Euro, mais aussi un mécanisme assurant une gestion concertée des crises bancaires. À peine l'encre de cet accord était-elle sèche que l'Allemagne a tout fait pour le vider de toute substance. Et, bien entendu, elle est arrivée à ses fins. L'accord qui a été signé dans la nuit du 18 au 19 décembre 2013, et qui a été salué par certains comme « un pas décisif pour l'Euro »[6], n'a strictement rien réglé[7]. Le mécanisme de supervision ne concerne que 128 banques sur les 6000 que l'on compte dans la zone Euro. Quand au fond de résolution des crises, il n'atteindra son montant de 60 milliards, somme par ailleurs ridiculement faible, qu'en…2026 !

Que conclure de tout cela ?

Tout d'abord, il est vain de continuer à mettre un quelconque espoir dans une Europe « réellement » fédérale, et il est profondément trompeur de continuer à présenter cette possibilité comme une alternative à l'UE telle qu'elle fonctionne aujourd'hui. Ce discours est profondément mensonger, et il ne peut que contribuer à nous enfoncer aujourd'hui un peu plus dans le malheur. Il n'y aura pas d'Europe fédérale parce qu'en réalité personne ne la veut réellement et personne n'est disposé à la faire. Opposer ainsi une « perspective fédérale », qui est parfaitement hypothétique et dont pour tout dire la probabilité de réalisation est moindre que celle d'un débarquement des martiens, à la situation actuelle n'a plus aucun sens, si ce n'est de tromper le chaland et de lui faire prendre des vessies pour des lanternes ! Le rêve fédéraliste s'est révélé être un cauchemar. Il convient donc de se réveiller.

Deuxièmement, l'Allemagne est parfaitement consciente de ce qu'une forme de fédéralisme est nécessaire à la survie de l'Euro, mais elle ne veut pas – et l'on peut parfaitement le comprendre – en payer le prix. Donc, ce qu'elle propose en fait à ses partenaires ce sont des « contrats » qui les conduiront à supporter la totalité des coûts d'ajustements nécessaires à la survie de l'Euro alors que, elle-même, sera la seule à tirer profit de la monnaie unique. Mais, ces « contrats » plongeront alors l'Europe du Sud et la France dans une récession historique, dont ces pays sortiront industriellement et socialement laminés. Accepter ces contrats sera la mort rapide de la France et des pays de l'Europe du Sud. Laurent Faibis et Olivier Passet viennent de publier une tribune dans Les Échos qu'il convient de lire avec attention[8]. Ils expliquent pourquoi l'Euro ne peut profiter qu'à un pays, qui s'est installé au sommet de la chaîne industrielle, et pourquoi au lieu de mettre l'Euro au service de l'économie, c'est l'économie qui est sacrifiée au profit de l'Euro. Une telle situation serait pérennisée si nous devions, par malheur, avoir un gouvernement qui accepte de passer sous les fourches caudines des « contrats » de Madame Merkel.

Troisièmement, il faut entendre le non-dit, l'implicite, dans la déclaration de Madame Merkel. Puisqu'une Europe fédérale n'est pas possible et n'est en réalité même pas concevable d'un point de vue allemand, et si une mise en « cohérence » qui ne signifie rien d'autre que d'accepter la totalité des conditions allemandes ne se fait pas, alors l'Allemagne est prête à faire son deuil de l'Euro. Madame Merkel voudrait faire de cette alternative une menace pour nous forcer à accepter l'idée de ses « contrats ». Au contraire, nous devons la prendre au mot et lui proposer au plus vite la dissolution de la zone Euro. Mais, pour cela, il faudra un autre gouvernement, et un autre Premier Ministre, que celui que nous avons.

Les déclarations de Madame Merkel sont en un sens inouïes. Pour la première fois peut-être, depuis 1945, un dirigeant allemand expose aussi crûment le projet de domination de l'Europe par l'Allemagne. Mais, ces mêmes déclarations ont cependant l'immense avantage de jeter une lumière crue sur notre situation. Nous devrions nous en souvenir et nous en en inspirer lors des prochaines élections européennes. Non pas pour obéir à Madame Merkel, mais pour la prendre au mot et lui dire que, de son Euro, nous n'en voulons plus !


[1] P. Ricard, Le Monde, 21/12/2013/ URL : http://www.lemonde.fr/acces restreint/europe/article/2013/12/21/6d68659e68686cc594676269619671_4338534_3214.html

[2] J. Sapir, « Le coût du fédéralisme dans la zone Euro », in RussEurope, 10 novembre 2012, http://russeurope.hypotheses.org/453

[3] Patrick Artus, « La solidarité avec les autres pays de la zone euro est-elle incompatible avec la stratégie fondamentale de l'Allemagne : rester compétitive au niveau mondial ? La réponse est oui », NATIXIS, Flash-Économie, n°508, 17 juillet 2012.

[4] http://etoile.touteleurope.eu/index.php/post/2009/07/02/Karlsruhe-%3A-le-peuple-europeen-nexiste-pas

[5] M-L Basilien-Gainche, L'ALLEMAGNE ET L'EUROPE. REMARQUES SUR LA DECISION DE LA COUR CONSTITUTIONNELLE FEDERALE RELATIVE AU TRAITE DE LISBONNE, CERI-CNRS, novembre 2009,
ttp ://www.sciencespo.fr/ceri/sites/sciencespo.fr.ceri/files/art_mbg.pdf

[6] Voir le ridicule et trompeur éditorial « Union bancaire : un bon accord qui corrige les failles de la zone euro » in Le Monde, du 19 décembre 2013. URL : http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/12/19/un-bon-accord-qui-corrige-les-failles-de-la-zone-euro_4337259_3232.html

[7] D. Plihon, « Union bancaire : une réforme en trompe l'œil » , La Tribune, 23 décembre 2013,
http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20131223trib000802542/union-bancaire-une-reforme-en-trompe-l-oeil.html

[8] L. Faibis et O. Passet, « L'euro pour tous et chacun pour soi : le nouveau débat interdit », Les Échos, 23 décembre 2013, http://m.lesechos.fr/idees-et-debats/le-point-de-vue-de/l-euro-pour-tous-et-chacun-pour-soi-le-nouveau-debat-interdit-0203193619902.htm


 

Jacques Sapir
Ses travaux de chercheur se sont orientés dans trois dimensions, l'étude de l'économie russe et de la transition, l'analyse des crises financières et des recherches théoriques sur les institutions économiques et les interactions entre les comportements individuels. Il a poursuivi ses recherches à partir de 2000 sur les interactions entre les régimes de change, la structuration des systèmes financiers et les instabilités macroéconomiques. Depuis 2007 il s'est impliqué dans l'analyse de la crise financière actuelle, et en particulier dans la crise de la zone Euro.
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Comment, en Angola, Cuba contribua à la défaite du régime de l’apartheid

Publié le par Mahi Ahmed

Comment, en Angola, Cuba contribua à la défaite du régime de l’apartheid

Par Fidel Castro Ruz |  26 décembre 2013    

Les sentiments de fraternité profonde entre le peuple cubain et la patrie de Nelson Mandela sont nés d’un fait que personne n’a mentionné et dont nous n’avons dit mot durant de longues années : Mandela, parce qu’il était un apôtre de la paix et ne souhaitait blesser personne ; Cuba, parce qu’elle n’agit jamais en quête de gloire ou de prestige.

Quand elle a triomphé, la Révolution cubaine a été solidaire, et cela dès les premières années, des mouvements de libération qui, dans les colonies portugaises en Afrique, tenaient en échec le colonialisme et l’impérialisme après la Deuxième Guerre mondiale. Mais pourquoi occulter le fait que le régime de l’apartheid, qui fit tant souffrir l’Afrique et indigna l’immense majorité des nations du monde, était un fruit de l’Europe coloniale ? Et que les Etats-Unis et Israël lui assurèrent le statut de puissance nucléaire, ce que Cuba, qui appuyait la lutte d’indépendance des colonies portugaises africaines, condamna publiquement ? Notre peuple, que l’Espagne avait cédé aux Etats-Unis en 1898, alors qu’il venait de mener une lutte héroïque de plus de trente ans, ne s’était jamais résigné au régime esclavagiste qu’on lui avait imposé pendant près de quatre cents ans.

C’est de Namibie, colonie occupée par l’Afrique du Sud, que partirent en 1975 les troupes racistes qui, accompagnées de chars légers équipés de canons de 90 mm, s’enfoncèrent en Angola sur plus de 1 000 kilomètres, et cela jusqu’aux abords de Luanda où elles furent freinées par un bataillon, aéroporté depuis Cuba, de troupes spéciales cubaines, et par les personnels, eux aussi cubains, de plusieurs chars soviétiques qui se trouvaient sur place, mais sans personne pour les utiliser. C’était en novembre 1975, treize ans avant la bataille de Cuito Cuanavale.

J’ai dit que Cuba n’agit jamais en quête de prestige ou de bénéfices. C’est un fait que Mandela était quelqu’un d’intègre, de profondément révolutionnaire et de radicalement socialiste, qui endura vingt-sept ans de régime cellulaire avec un grand stoïcisme. J’ai toujours admiré sa dignité, sa modestie et ses énormes mérites.

En Angola, Cuba remplissait rigoureusement ses devoirs internationalistes. Elle défendait des points clés et entraînait chaque année des milliers de combattants angolais au maniement des armes fournies par l’URSS. Mais nous ne partagions pas les vues du principal conseiller soviétique. C’était loin d’être un Joukov, un Rokossovsky, un Malinovsky ou l’un de ces si nombreux militaires qui firent briller la stratégie militaire soviétique de tout son éclat. Il était obsédé par une idée : dépêcher des brigades angolaises équipées des meilleures armes là où était censé se trouver le gouvernement tribal de Savimbi, mercenaire au service des Etats-Unis et de l’Afrique du Sud. Un peu comme si on avait expédié les forces qui défendaient Stalingrad à la frontière de l’Espagne !

L’ennemi était en train de pourchasser plusieurs brigades angolaises qui avaient été frappées à proximité de l’objectif où on les avait envoyées, à environ 1 500 kilomètres de Luanda, et qui se repliaient en direction de Cuito Cuanavale. Il s’agissait d’une ancienne base militaire de l’OTAN, à quelque 100 kilomètres de la 1re brigade blindée cubaine.

C’est à ce moment critique que le président angolais réclama le concours des troupes cubaines. Le chef de nos forces dans le Sud, le général Leopoldo Cintra Frías, nous transmit cette demande. Nous répondîmes que nous prêterions seulement cet appui si toutes les forces et tous les équipements angolais sur ce front étaient placés sous commandement cubain dans le Sud angolais. Tout le monde comprenait que notre exigence était une condition indispensable pour transformer l’ancienne base en endroit idéal pour frapper les forces racistes sud-africaines.

Notre « oui » arriva en Angola en moins de vingt-quatre heures. Décision fut alors prise d’y expédier sur le champ une brigade blindée. Plusieurs autres étaient cantonnées sur cette même ligne en direction de l’ouest. Le principal obstacle était la boue et le sol gorgé d’eau par les pluies saisonnières, ce qui obligeait à vérifier chaque mètre pour détecter les mines antipersonnel. On envoya aussi à Cuito les hommes nécessaires pour manœuvrer les chars et servir les batteries de canons dont le personnel avait disparu.

La base était coupée du territoire situé à l’est par le Cuito, un fleuve au débit rapide que franchissait un pont solide que l’armée raciste attaquait désespérément. Jusqu’au jour où un avion téléguidé bourré d’explosifs parvint à s’y écraser et à le rendre inutilisable. Il fallut faire passer plus au nord les chars angolais à la retraite qui pouvaient encore rouler, tandis que ceux qui ne pouvaient plus le faire furent enterrés, leurs armes braquées vers l’est. Par ailleurs, un dense alignement de mines antipersonnel et antichars transformait l’autre rive du fleuve en un piège mortel. Quand les forces racistes reprirent leur avancée, elles se heurtèrent à cette muraille, toutes les pièces d’artillerie et tous les chars des brigades cubaines les prenant pour cibles depuis la zone de Cuito.

Les chasseurs Mig-23 jouèrent un rôle spécial, ne cessant d’attaquer l’ennemi : même à près de 1 000 kilomètres à l’heure, leurs pilotes étaient capables de distinguer, en volant en rase-mottes, si les servants des pièces d’artillerie étaient des Noirs ou des Blancs.

Quand l’ennemi, épuisé et bloqué, entreprit de se retirer, les forces révolutionnaires se préparèrent aux derniers combats. De nombreuses brigades angolaises et cubaines, se tenant à bonne distance les unes des autres, se déplacèrent à vive allure vers l’ouest où se trouvaient les seules routes larges par lesquelles les Sud-Africains entreprenaient toujours leurs actions contre l’Angola. L’aéroport, en revanche, se trouvait à environ 300 kilomètres de la frontière avec la Namibie encore totalement occupée par l’armée de l’apartheid.

Tandis que les troupes se réorganisaient et se rééquipaient, il fut décidé de construire de toute urgence une piste d’atterrissage destinée aux Mig-23. Nos pilotes utilisaient les avions livrés par l’URSS à l’Angola, et dont le personnel n’avait pas eu le temps de recevoir la formation nécessaire. Plusieurs avions étaient inutilisables après avoir été parfois victimes de nos propres artilleurs. Les Sud-Africains occupaient encore une partie de la route nationale qui conduit en Namibie depuis le bord du plateau angolais. Pendant ce temps, ils bombardaient les ponts traversant le puissant fleuve Cunene, entre le sud angolais et le nord namibien, au moyen de canons de 140 mm d’une portée de près de quarante kilomètres.

Le problème principal était que les racistes sud-africains possédaient, selon nos calculs, de dix à douze armes nucléaires et qu’ils avaient fait des essais, y compris dans les mers ou les régions glaciales du sud. Le président Ronald Reagan leur avait donné l’autorisation, et Israël leur avait livré, entre autres équipements, le dispositif nécessaire pour faire détonner la charge nucléaire. Aussi avions-nous organisé notre personnel en groupes de combat ne dépassant pas mille hommes qui devaient marcher la nuit sur une grande étendue de terrain, accompagnés de chars de combat équipés de DCA.

Selon des informations de bonne source, les Mirage de l’armée sud-africaine ne pouvaient pas transporter ces armes atomiques ; il leur aurait fallu des bombardiers lourds, du type Canberra. De toute façon, notre DCA disposait de nombreux types de missiles capables d’atteindre et de détruire des objectifs aériens à plusieurs dizaines de kilomètres de nos troupes. Qui plus est, les combattants cubains et angolais avaient occupé et miné un barrage de quatre-vingt millions de mètres cubes d’eau situé en Angola. La rupture de ce barrage aurait équivalu à plusieurs armes nucléaires.

De son côté, un détachement de l’armée sud-africaine occupait une centrale hydraulique fonctionnant à partir des violents courants du fleuve Cunene, juste avant la frontière namibienne. Quand, sur ce nouveau théâtre d’opérations, les racistes se mirent à utiliser leurs canons de 140 mm, les Mig-23 les attaquèrent vigoureusement. Les survivants abandonnèrent l’endroit, y laissant même des affiches critiquant leurs chefs. Telle était la situation au moment où les forces cubaines et angolaises progressaient vers les lignes ennemies. C’est dans ces conditions que nous apprîmes que l’ennemi était prêt à négocier.

Fin de l’équipée impérialiste et raciste sur un continent dont la population sera supérieure, dans trente ans, à celle de la Chine et de l’Inde réunies.

(Extraits d’un texte publié par l’auteur le 18 décembre 2013

 

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Réflexion sur la formation des enseignants du supérieur à la pédagogie universitaire

Publié le par Mahi Ahmed

Réflexion sur la formation des enseignants du supérieur à la pédagogie universitaire

Par :

Par : Lardjane Dahmane - Conseiller et concepteur en pédagogie universitaire

 

Les problématiques de l'acte d'enseigner sont multidimensionnelles, politiques, socio-économiques et culturelles comme dans la plupart des universités du monde, mais restons centrés sur ses composantes pédagogiques. En effet, pour faire de nos universités des lieux d'apprentissage crédibles et innovants, un point est souvent oublié : la pédagogie. Or, c'est par la pédagogie que fonctionne l'université en tant qu'instance de transmission et de construction du savoir. En effet, afin de mieux répondre aux besoins actuels des sociétés de savoirs, plusieurs facultés et écoles des différentes disciplines, en Algérie et ailleurs dans le monde, entreprennent actuellement de nécessaires réformes de leurs cursus d'études (LMD) et une valorisation de l'acte d'enseigner. À cet effet, il est essentiel, de suivre une démarche cohérente pour élaborer les programmes disciplinaires selon les normes modernes en sciences de l'éducation et de renfoncer les pratiques enseignantes par des démarches d'apprentissage à la pédagogie universitaire.

 

Par ailleurs, en regard de la démocratisation de l'enseignement universitaire et du développement des sociétés du savoir, les écoles, les centres de formation et les universités fleurissent dans notre pays, mais ceci pose des problématiques importantes, dont celui de la pratique de l'acte d'enseigner. En effet, notre pays dispose d'un nombre important universités, de centres universitaires, des écoles nationales supérieures, des écoles normales supérieures et des écoles de préparation. De plus, notre pays dispose de milliers d'enseignants universitaires, et vous comprendrez sûrement que la gestion pédagogique de cet important bassin d'enseignants ne se fait certainement pas sans problème.

 

En ce qui concerne le contexte du travail professoral, le renouvellement du corps professoral est lui-même un facteur multidimensionnel et due entre autres à la mobilité professionnelle. En effet, beaucoup d'enseignants suivent d'autres voies que celle de l'enseignement, par exemple une orientation vers la recherche pure, et à ce moment, ils vont rejoindre des laboratoires nationaux ou internationaux. Il y'a ceux qui ont pris une orientation ou une carrière dans la gestion administrative, sans oublier le phénomène de l'immigration volontaire ou involontaire, et finalement le départ à la retraite.

 

De plus, le contexte du travail professoral présente aussi un double défi pour les enseignants comme le nouveau programme curriculaire et l'élaboration de programmes disciplinaires selon les normes modernes en sciences de l'éducation. En l'absence de cette dernière, la charge du travail professoral se trouve encore plus importante et plus lourde. Finalement, les caractéristiques des étudiants ont également changé, ce qui représente, un défi supplémentaire si les enseignants voulaient procurer des apprentissages qui sont en lien avec le milieu du travail et la réalité professionnelle.

 

Abordons maintenant la diversité estudiantine comme facteur d'impact important sur les efforts que les enseignants doivent fournir pour procurer des apprentissages de qualité centrés sur les apprenants. Chez nous, la nouvelle génération, dite génération internet, est multitâche et de la vague monolingue. En outre, la qualité des apprentissages, la valeur du diplôme et les perspectives professionnelles jouent un rôle important sur leur perception de la formation en milieu universitaire, sur leur estime d'eux-mêmes et sur leur motivation à apprendre. Finalement, la problématique de la langue d'enseignement comme véhicule des savoirs est à considérer également.

 

En rapport avec la pratique de l'enseignement, il est important de signaler d'emblée que ce n'est pas l'expertise ou les connaissances disciplinaires de l'enseignant qui sont mises en cause, mais les pratiques d'enseignement en termes de stratégies et d'encadrement pédagogique des apprentissages. La plupart des enseignants enseignent selon un modèle traditionnel transmissif à partir de leur expertise disciplinaire en absence de support pédagogique adéquat. De plus, l'acte d'enseigner est improvisé et fait parfois appel au bon sens ou plus au moins planifié. Il arrive également que le professeur enseigne par intuition.

 

Par ailleurs, la plupart des enseignants sont motivés afin de prodiguer des apprentissages de qualité à leurs étudiants, mais ils n'utilisent pas les bons moyens pour y parvenir. Par moyens, on fait allusion surtout aux soutiens didactiques et aux conseils pédagogiques pertinents en vue d'améliorer leur enseignement. En effet, le premier constat est l'absence de formation pédagogique aux enseignants pour améliorer leur processus d'enseignement au regard de l'évolution rapide des connaissances dans le domaine de la pédagogie.

 

Pour des apprentissages de qualité centrés sur le développement de compétences chez les étudiants, les enseignants auront besoin d'une formation à la pédagogie ciblée et d'environnements d'apprentissage propices à leur développement intellectuel et professionnel. De plus, les enseignants auront besoin de réseau de partage de leurs vécus d'enseignants et de leurs expériences professionnelles en milieu universitaire. En effet, selon Elbe « enseigner et apprendre sont des activités interchangeables, on ne peut enseigner sans apprendre et on ne peut apprendre sans enseigner »

 

Il faut reconnaître que les enseignants font face à plusieurs défis auxquels ils sont appelés à s'adapter tels que le renouvellement rapide des connaissances, la problématique linguistique, l'intrusion des nouvelles technologies dans l'enseignement, les caractéristiques des étudiants, leur responsabilité administrative et de chercheur, leur contexte socioprofessionnel et finalement leur responsabilité socioculturelle. « Comment font-ils pour s'adapter à ces environnements », se demandait Ramdsen.

 

Au cours des dernières années, la formation à la pédagogie des enseignants universitaire s'est développée de façon significative dans plusieurs pays ayant misé sur la qualité des enseignements et des apprentissages pour développer des compétences chez les étudiants. Chez nous, plusieurs enseignants ont suivi des séminaires de formation. Toutefois, ces séminaires ne sont pas centrés ni sur la pratique de l'enseignement ni sur la planification pédagogique, ni en sciences de la santé ni en milieu universitaire.

 

En effet, les séminaires organisés font rarement partie d'un programme d'apprentissage à la pédagogie qui soit cohérent, c'est-à-dire, qui répond aux exigences d'une planification méthodique des enseignements, des apprentissages et surtout, qui « contextualise » adéquatement les enseignements en tenant compte des particularités de la formation des professionnels du milieu universitaire. De plus, les connaissances pédagogiques ainsi acquises par les enseignants et les intervenants académiques lors de ces séminaires se traduisent difficilement sur le terrain par la transformation des attitudes et des approches pédagogiques.

 

Par ailleurs, la valorisation de l'acte d'enseigner est une question sensible et fondamentale en Algérie pour améliorer les apprentissages et développer des compétences chez les enseignants. Presque tous les responsables des établissements universitaires affirment que la valorisation des enseignements est une nécessité absolue en Algérie pour améliorer les formations universitaires et répondre aux besoins de la réalité professionnelle et du marché du travail. Hélas, de très nombreux enseignants universitaires algériens attestent que l'acte d'enseigner n'est pas valorisé, voire presque dévalorisé, dans leur université, leur faculté, leur département ou leur programme. De plus, ils confirment que ce sont plutôt les activités de recherche scientifique qui reçoivent la plus grande part de l'attention, de l'encouragement et de la valorisation, et qui ont les conséquences les plus positives sur la carrière professorale.

 

Les responsables universitaires ont du mal à prendre en premier lieu une décision pour donner de la visibilité à l'enseignement. Pourtant, la première condition pour le valoriser est qu'ils lui accordent un appui absolu et incontestable, qui doit donc outrepasser les paroles dans les discours vaillants sur son intérêt à l'amélioration des enseignements universitaires en Algérie. Pour que l'acte d'enseigner soit valorisé, les autorités universitaires doivent lui donner une visibilité, faire des propositions, et prendre des actions concrètes qui motivent les enseignants à s'engager en formation à la pédagogie universitaire. C'est la condition sine qua non et elle exige un certain courage décisionnel.

 

Les propos des hauts responsables sont perçus comme des craintes que le soutien à l'enseignement soit traduit comme un manquement à la vocation de recherche de l'université. Lorsque les hautes directions s'adressent aux enseignants universitaires, il est très rare qu'elles invoquent les réalisations en enseignement et les accompagnements qu'elles désirent mettre en place dans ce domaine. De plus, ils citent rarement les réalisations des professeurs en enseignement.

 

Par ailleurs, lorsqu'un universitaire commence à enseigner, il est en général étudiant en doctorat, ou il vient de finir une thèse ou un postdoctorat sur un sujet extrêmement pointu. Une fois qu'il obtient un poste d'enseignant, il s'agit alors de prendre en charge un ou plusieurs enseignements qui sortent de sa spécialité stricte. À vrai dire, il est même plutôt rare d'enseigner exactement dans son sujet de thèse. Et c'est là que les problématiques de l'acte d'enseigner se posent sérieusement.

 

En effet, il est reconnu qu'à l'embauche de nouveaux enseignants, les départements ou facultés utilisent peu les critères et les moyens appropriés pour évaluer les habiletés d'enseignement des candidats. De plus, pour la constitution du dossier académique à l'embauche, il n'est nullement mentionné une recommandation aux nouveaux enseignants de se procurer une certification à la pédagogie universitaire témoignant de leurs habilités à l'enseignement. La même remarque est valable concernant la recommandation d'une formation continue à la pédagogie pour les enseignants du supérieur en exercice et notamment à la pratique de l'acte d'enseigner.

 

De plus, il n'y a aucune pondération pour la formation à la pédagogie dans le dossier académique au recrutement des nouveaux enseignants. Ceci n'est pas stimulant pour les nouveaux candidats à l'enseignement supérieur à s'engager dans des apprentissages en matière de pédagogie universitaire. Par ailleurs, le nombre d'années d'enseignement représente une pondération quantitative importante du dossier académique à l'embauche, et ceci ne nous renseigne ni sur les habilités ni sur la qualité pédagogique des enseignements. Il est également important de signaler que le maximum des points attribués pour le dossier académique lors de l'embauche d'un enseignant est centré sur la participation à des séminaires et d'éventuelles publications scientifiques. Ceci favorise et valorise un aspect de la compétence : celle de chercheur et non pas celle d'enseignant universitaire.

 

Les médecins accèdent au grade d'hospitalo-universitaire par le biais du concours des Maitres-assistants (MA).

Les candidats au concours sont évalués sur leurs habilités à enseigner sans aucune formation préalable à l'acte d'enseigner selon une grille d'évaluation qui ne répond plus aux normes de l'éducation en sciences de la santé. De plus, lors de leur exercice professionnel, les hospitalo-universitaires sont confrontés à divers problèmes pédagogiques tels que l'évaluation des apprentissages, la planification de contenus disciplinaires, les méthodes d'enseignements et la conception de programme disciplinaire. Au cours de leur cursus de formation médicale, les médecins ne sont pas formés à ces disciplines du domaine de la pédagogie médicale.

 

Comme pour les universitaires, pour le concours de MA, il n'y a aucune pondération pour l'attestation de la formation à la pédagogie médicale dans le dossier académique. Ceci n'est pas stimulant pour les nouveaux candidats aux postes de maître-assistant à s'engager en formation continue à la pédagogie médicale. De plus, le maximum des points attribués pour le dossier académique lors du concours des maîtres- assistants cible la participation à des séminaires et les activités médicales. Ceci favorise et valorise la qualité de praticien et de chercheur, et non pas celle d'enseignant universitaire en sciences de la santé.

 

On est convaincu que l'apprentissage à la pédagogie universitaire facilite la mise en oeuvre d'une véritable « approche par compétences » et de « l'approche programme » lors de la refonte et de l'élaboration des programmes disciplinaires et des contenus pédagogiques dans le nouveau système curriculaire (ex : LMD). On est

également convaincu que le développement de nouvelles compétences pédagogiques par les enseignants et les doctorants sert directement la qualité des formations universitaires en Algérie, la société en général et le développement des compétences pour le marché du travail. On pense également que l'apprentissage à la pédagogie sert à la valorisation de l'acte d'enseigner, de l'enseignant et les enseignements comme métier à promouvoir au sein de la société et dans nos universités.

 

La finalité sociale de toute formation est que l'enseignant enseigne et que l'apprenant apprenne. Pour que cela soit possible, l'enseignant doit acquérir des stratégies d'enseignement et des supports pédagogiques fondés sur les concepts modernes des sciences de l'éducation. Parallèlement, l'enseignant doit disposer d'environnements d'apprentissage propices à son développement intellectuel. En d'autres termes, l'enseignant doit être soutenu par des apprentissages à la pratique de l'acte d'enseigner en contexte de formation continue et partager avec ses pairs ses expériences sur la pratique enseignante grâce aux outils de communication et de collaboration en ligne.

 

En effet, l'étendue du territoire national, la dispersion géographique des universités, le nombre important d'enseignants universitaires et les contextes socioprofessionnels des enseignants, il est intéressant d'utiliser la formation en ligne et les soutiens pédagogiques au sein d'une même plateforme de formation. De plus, notre pays ne dispose pas de suffisamment d'intervenants en psychopédagogie à l'échelle nationale. Il est également intéressant de souligner que les intervenants disponibles sont des inspecteurs retraités des directions de l'éducation et qui ne sont pas formés à la pédagogie universitaire.

 

L'intégration d'une formation en ligne à la pratique de l'acte d'enseigner, tant au plan des contenus et des modalités d'apprentissage qu'au plan des applications pédagogiques, paraît essentielle pour inclure le plus de professionnels universitaires en exercice. De plus, cette formation doit permettre d'ajuster plus facilement les contenus et les méthodes d'apprentissage selon les profils spécifiques des enseignants universitaires et autres professionnels qui suivront cette formation.

 

La formation doit répondre principalement à des objectifs de perfectionnement professionnel et de développement des habilités d'enseignement par l'apprentissage à la pédagogie universitaire en contexte de l'enseignement supérieur et des sciences de la santé. La formation et les stratégies pédagogiques doivent êtres conçues dans le but d'assurer des formations, en grande partie, à distance où les enseignants bénéficient à cet égard de connaissance de pointe dans le domaine de la pédagogie universitaire et de l'utilisation des technologies de l'information et de la communication (TIC) à des fins d'apprentissage.

 

En effet, les professionnels de l'enseignement supérieur sont amenés à améliorer leur pratique enseignante selon les normes en vigueur et les concepts modernes des sciences de l'éducation. En d'autres termes, ils sont invités à revisiter leurs conceptions de l'acte d'enseigner, à saisir les mécanismes d'apprentissage et d'enseignement au regard des courants pédagogiques modernes, à planifier leur programme disciplinaire et ses séances de cours magistraux, et à organiser des activités d'apprentissage pertinentes en classe. Toutes ces pratiques d'enseignement doivent être planifiées méthodiquement selon des structures pédagogiques approuvées et cohérentes. De plus, étant en partie responsables de la motivation des apprenants, ils sont également amenés à comprendre les déterminants de la motivation en milieu universitaire ou en contexte de la formation continue pour motiver les étudiants pour les apprentissages.

 

Il est clair que l'apprentissage à la pratique de l'enseignement supérieur représente le premier chaînon pédagogique dont un enseignant universitaire a besoin pour développer les compétences enseignantes et procurer des pratiques pédagogiques centrées sur les apprenants et les apprentissages. En effet, « personne ne commence par bien enseigner. Enseigner à l'université ça s'apprend » (Herbert Kohl).

Références

1.     Lardjane Dahmane (2013), Problématiques de l'acte d'enseigner en contexte d'enseignement supérieur en Algérie. La revue de pédagogie universitaire de l’USTHB, numéro 1, 2013, p. 58-63

2.     Francisco A. Loiola, Maurice Tardif (2001). « Formation pédagogique des professeurs d'université et conceptions de l'enseignement », dans Revue des sciences de l'éducation, Vol. XXVII, no 2, 2001, p. 305 à 326.

3.     Tardif, M. et Lessard, C. (1999). Le travail enseignant au quotidien. Contribution à l'étude du travail dans les métiers et les professions d'interactions humaines. Québec : Presses de l'Université Laval.

4.     Tardif, M. (1993). « Savoirs enseignants et professionnalisation de l'enseignement : remarques et note scritiques ». Revue des sciences de l'éducation, vol. 19, n° 1, 1993, p. 173-185.

5.     Marchand, L. (2004). Où va l'éducation. In L. Marchand & J. Loiser (Eds.), les apprentissages en ligne. Montréal : Charnelière éducation.

 

Lardjane Dahmane -

Conseiller et concepteur en pédagogie universitaire

 

Source: El watan du 19.12.13

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SYRIE-AFGHANISTAN. La géopolitique du gaz

Publié le par Mahi Ahmed

SYRIE-AFGHANISTAN. La géopolitique du gaz

Hier 19 décembre 2013,

 

Nous mettons en ligne "pour informations" deux articles intéressants paru dans le journal libanais l'Orient le jour. Tout en notant leur angle de vue théorique étriqué, ils permettent de connaître ce qui dans les deux situations jusqu'ici inextricables, en Syrie et en Afghanistan, se rattache à des guerres géopolitiques mondiales pour le contrôle des voies d'acheminement du gaz naturel.

 

 

Un conflit géopolitique gazier derrière la crise en Syrie ?

 

 

Par Rana Andraos, 19 décembre 2013

 

 

Et si les raisons derrière la crise en Syrie étaient moins évidentes que celles véhiculées par les politologues et médias du monde entier ? Et si l'acharnement russe à soutenir le camp de Bachar el-Assad et celui moins explicite de la Turquie et du Qatar à consolider les positions des révolutionnaires avaient à voir avec une guerre plus sournoise mais tout aussi sanglante autour du gaz naturel ?

C'est de toute manière la thèse que soutient l'expert en matière énergétique Sami Nader. Dans un entretien avec L'Orient-Le Jour, il dissèque la complexité d'une théorie qui établit les bases d'un conflit mondial opposant deux projets de gazoduc : Southstream et Nabucco. Le premier consoliderait la suprématie russe en matière de distribution de gaz vers l'Europe et le deuxième contournerait la Russie. Force est de rappeler qu'environ un quart du gaz européen arrive par voie russe.


Dans les détails, Southstream est un projet de gazoduc paneuropéen qui, dès 2015, devrait relier la Russie à l'Europe occidentale, en d'autre termes relier les puits gaziers autour de la mer Caspienne sans passer par l'Azerbaïdjan et la Turquie. Nabucco, projet de gazoduc soutenu par les États-Unis et l'Union européenne, permettrait dès 2017 de diversifier les sources d'approvisionnement énergétique de l'Europe notamment d'un pays comme la Hongrie qui dépend à 80 % du gaz russe. Depuis quelques années, la Turquie et le Qatar planchent sur un gazoduc supplémentaire rattaché à Nabucco, qui prendrait source au Qatar et continue jusqu'en Turquie, en passant par l'Arabie saoudite et la Syrie. Le projet est rejeté par le gouvernement syrien en 2009, sous prétexte qu'il mettrait à mal les relations politiques et économiques solides entre Damas et le Kremlin. Selon Sami Nader, ce refus a sans aucun doute incité le Qatar et la Turquie à apporter un soutien militaire et financier aux révolutionnaires syriens.


Si le projet Nabucco pose problème à la Russie, c'est pour deux raisons essentielles. La première, si Nabucco voit le jour, la Russie ne serait plus le fournisseur attitré de gaz vers l'Europe. La seconde, les prix du gaz naturel baisseront du fait d'une hausse de l'offre.


Parallèlement, en 2012, Bachar el-Assad signe un accord de construction d'un projet avec l'Iran ; un gazoduc qui relierait la Syrie et le Liban à l'Iran et l'Irak. La Russie exprime son agacement envers un pareil projet, car, selon M. Nader, « jamais les Russes ne pourront accepter une Syrie ayant une frontière (gazière) directe avec l'Irak ». Toujours selon l'expert, ce projet était au cœur des discussions entre le responsable saoudien Bandar ben Sultan et des responsables russes depuis quelques mois.


Les considérations de suprématie russe en matière gazière se sont exacerbées par la découverte de gaz naturel dans le bassin est de la Méditerranée, souligne Sami Nader, qui lie le conflit Israël-Hezbollah à la lumière notamment des divergences autour du gaz dans les eaux territoriales libanaises et israéliennes. C'est entre autres pour cette raison que la Turquie tente depuis des années de se positionner en médiateur et de se rapprocher d'Israël.


En conclusion, et pour éviter encore plus de « victimes innocentes » en Syrie, M. Nader préconise des solutions « diplomatiques et transparentes », sinon c'est toute la région qui risquerait d'être entraînée dans des guerres de façade sans précédent. Selon lui, la solution de la guerre syrienne serait à chercher dans une résolution du conflit gazier. Il cite ainsi à titre d'exemple l'accord de coopération européen autour du charbon et de l'acier, qui avait sauvé l'Europe de guerres sectaires.

 

 

Le « grand jeu » des gazoducs à l’approche du retrait de l’OTAN d’Afghanistan

 

 

Des pays assis sur des gisements de gaz naturel colossaux, des multinationales qui rivalisent pour exporter cette manne et des rebelles plantés sur les routes de transit : de l'Asie centrale à l'Inde, la géopolitique des pipelines s'intensifie à l'approche du retrait occidental d'Afghanistan.
C'est l'un des plus ambitieux projets au monde, relier les champs gaziers d'Asie centrale au sous-continent indien.


Après le retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan à la fin des années 1980, les sociétés américaine Unocal et argentine Bridas s'étaient cassé les dents en tentant de construire ces autoroutes du gaz dans un remake du « grand jeu », célèbre lutte au XIXe siècle entre la Russie et la Grande-Bretagne pour le contrôle de cette région stratégique.


Mais la flamme du gazoduc espéré ne s'est jamais vraiment éteinte. Et aujourd'hui, à un an du retrait des forces de l'OTAN d'Afghanistan, les jeux se multiplient en coulisses pour construire le TAPI, un gazoduc de 1 700 kilomètres reliant les champs gaziers du Turkménistan à l'Inde, via l'Afghanistan et le Pakistan.


Le Pakistan et l'Inde cherchent désespérément de l'énergie pour assurer leur croissance économique et l'Afghanistan démuni pourrait y gagner des centaines de millions de dollars de droit de passage.
« L'Afghanistan est un pont entre l'Asie centrale et le sous-continent indien, ce projet est le premier exemple pour le prouver », se félicite Abdul Jalil Jumriany, directeur général de l'Autorité afghane du pétrole.
Les trois pays en aval ont déjà signé des contrats d'approvisionnement en gaz avec les autorités turkmènes. « La balle est désormais dans le camp du Turkménistan », qui doit ces prochains mois fournir à ses trois partenaires une liste de sociétés avec lesquelles il serait prêt à construire ce pipeline, insiste M. Jumriany.


Mais qui acceptera d'investir au moins 7,6 milliards de dollars pour un gazoduc traversant des régions instables d'Afghanistan et du Pakistan ?
Les géants américains Chevron et ExxonMobil, le malaisien Petronas et la britannique British Gas ont déjà « exprimé leur intérêt » pour construire ce gazoduc en échange de frais de transport à long terme, ont indiqué à l'AFP des sources proches du dossier.
Mais ces groupes pourraient monnayer cher leur participation, et réclamer en plus au Turkménistan des participations dans l'exploration et la production gazières. « Elles n'en font pas mystère », souligne Mobin Saulat, directeur de l'Inter State Gas Systems, société gérant les dossiers de gazoducs internationaux au Pakistan.


Reste à savoir ce que le Turkménistan acceptera d'accorder à des sociétés étrangères et les garanties exigées des pays qui les soutiennent, en particulier les États-Unis, d'autant plus favorables au TAPI qu'ils sont hostiles au second projet de pipeline régional, l'IP, censé relier l'Iran et le Pakistan.

 

Iran-Pakistan, de l'eau américaine dans le gaz ?

 

L'Iran a célébré plus tôt cette année la fin de la construction de sa portion de l'IP, un projet de 7,5 milliards de dollars devant relier le champ gazier offshore de South Pars au sud du Pakistan.
Une avancée à laquelle Washington n'a pas caché son hostilité, le département d'État soulignant qu'« il y a d'autres solutions à long terme pour répondre aux besoins énergétiques du Pakistan » et que ce dernier a plutôt « intérêt à éviter toute activité susceptible de sanction ».
« Le TAPI et l'IP sont tous deux compatibles, car nos besoins énergétiques sont supérieurs au volume des deux projets combinés », juge toutefois un haut cadre du ministère pakistanais du Pétrole. Seul hic, le Pakistan, sans le sou, n'a toujours pas lancé la construction de sa partie du pipeline, au coût estimé à deux milliards de dollars, et juge désormais « irréaliste » la fin d'éventuels travaux en 2014.

Les États-Unis oseront-ils imposer des sanctions au Pakistan, allié-clé dans la « guerre contre le terrorisme », car ce dernier traite avec l'Iran ? Islamabad nie toute menace, mais des experts du dossier évoquent des pressions de Washington, et ce malgré le récent dégel américano-iranien.

 

Guerre et paix des pipelines

 

Chaque projet de gazoduc est confronté à des défis sécuritaires qui pourraient décourager des investisseurs.
L'IP comme le TAPI doivent traverser la province pakistanaise du Baloutchistan (Sud-Ouest), théâtre d'une guerre larvée entre l'armée et des mouvements sécessionnistes.
Le second y ajoute en plus des bastions rebelles talibans en Afghanistan. « Mais le TAPI ne sera pas forcément gêné par les talibans afghans » qui pourraient être incités à l'accepter par l'intermédiaire du Pakistan, toujours en contact avec une partie d'entre eux, note Didier Chaudet, chercheur français à l'IPRI, un centre de réflexion pakistanais. Et les rebelles afghans pourraient accepter le gazoduc en échange de droits de passage informels, note-t-il.


À l'approche du retrait de l'OTAN, ces pipelines sont pour les puissances régionales une incitation économique à travailler ensemble pour stabiliser une zone déchirée par les conflits depuis plus de trente ans, notamment en Afghanistan. Un espoir qui vaut parfois au TAPI le surnom de « gazoduc de la paix ».
« C'est vrai en théorie », estime l'analyste indien Bharat Karnad, qui ne cache toutefois pas son scepticisme, estimant que le TAPI ne pourra éventuellement voir le jour qu'« à très long terme lorsque tous les conflits inter et intraétatiques de la région seront résolus ». L'IP ne sera pas non plus simple à réaliser.
Le jeu en vaut pourtant la chandelle, souligne l'ancien ministre pakistanais des Finances Salman Shah, car si ces gazoducs finissent par voir le jour, « c'est toute la région qui décollera économiquement ».

 

 

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