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Débat : Mélanchon – Besancenot (vidéo)

Publié le par Mahi Ahmed

Débat : Mélanchon – Besancenot

de la revue Regards sur :

La gauche française et la problématique de la révolution et de la démocratie

http://mob.dz.over-blog.com/article-debat-de-la-gauche-fran-aise-72817912.html

 

Publié dans Vidéos et photos

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MÉDIAS OCCIDENTAUX: Un pouvoir diabolique

Publié le par Mahi Ahmed

MÉDIAS OCCIDENTAUX
Un pouvoir diabolique

30 Avril 2011 -

«À défaut d’avoir recours à la force pour contrôler les populations, on peut parfaitement les contrôler par l’opinion» Harold Laswell, spécialiste des médias.

L’actualité internationale verrouillée par les médias occidentaux et même ceux qui sont à leur ordre, notamment la chaîne al jazeera qui a montré son vrai visage celui d’un média aux ordres d’un roitelet immoral avachi, sur une montagne de dollars obéissant à un Occident qui lui permet de faire dans la diplomatie du dollar contre la prise en charge irréversible des réserves de gaz par les Occidentaux. Pire encore, les journalistes de cette chaîne de caniveau se permettent-elles et eux aussi de dicter la norme aux Arabes en termes de professionnalisme. Et de liberté. N’a-t-on pas vu en effet, des paléo-algériens et algériennes se permettre d’admonester l’Algérie qu’ils ont abandonnée au plus fort de sa détresse? Je n’ai pas de sympathie particulière pour le gouvernement actuel, mais j’invite ces donneurs de leçons à plus d’humilité et à faire leur introspection éthique s’agissant de l’honnêteté journalistique en imitant un de leur collège qui vient de démissionner pour des informations fausses.

Le vrai visage d’Al jazeera
Justement à propos d’information honnête et devant l’addiction des peuples à l’information made in Occident supposée être fiable, professionnelle et donc indiscutable, je veux à travers cette contribution donner des exemples sur la manipulation permanente des médias. «La presse libre déclare John Waiton, éditeur du New York Times, lors de son discours d’adieu, n’existe pas. Aucun de vous n’oserait donner son avis personnel ouvertement. Nous sommes les pantins qui sautent et qui dansent quand ils tirent sur les fils. Notre savoir-faire, nos capacités et notre vie même leur appartiennent. Nous sommes les laquais des puissances financières derrière nous. Nous ne sommes rien d’autre que des intellectuels prostitués. Le travail du journaliste est la destruction de la vérité, le mensonge patent, la perversion des faits et la manipulation de l’opinion au service des Puissances de l’Argent. Nous sommes les outils obéissants des Puissants et des Riches qui tirent les ficelles dans les coulisses.» Il est bien connu que le quatrième pouvoir, celui des médias est une force importante qui permet, en principe, dans les démocraties, de tenir le peuple informé du fonctionnement des institutions. Cette force peut, cependant, être au service d’une cause et de ce fait s’avérer dangereuse en temps de paix qu’en temps de guerre. (1) Parlant de la manipulation de plus en plus évidente de l’information, Ignacio Ramonet pointe du doigt les grands protagonistes que sont les acteurs d’une mondialisation dimensionnée à la taille des plus riches. Ecoutons-le: «Contre les abus des pouvoirs, la presse et les médias ont été, pendant de longues décennies, dans le cadre démocratique, un recours des citoyens. En effet, les trois pouvoirs traditionnels - législatif, exécutif et judiciaire - peuvent faillir, se méprendre et commettre des erreurs. Mais, dans les pays démocratiques aussi, de graves abus peuvent être commis, ce fut le cas aux Etats-Unis, durant plus d’un siècle, à l’encontre des Afro-Américains, et cela l’est aujourd’hui contre les ressortissants des pays musulmans en vertu du «Patriot Act»); Depuis une quinzaine d’années, à mesure que s’accélérait la mondialisation libérale, ce «quatrième pouvoir» a été vidé de son sens, il a perdu peu à peu sa fonction essentielle de contre-pouvoir. Cette choquante évidence s’impose en étudiant de près le fonctionnement de la globalisation. Le pouvoir véritable est désormais détenu par un faisceau de groupes économiques planétaires et d’entreprises globales dont le poids dans les affaires du monde apparaît parfois plus important que celui des gouvernements et des Etats (...)«Dans la nouvelle guerre idéologique qu’impose la mondialisation, les médias sont utilisés comme une arme de combat. L’information, en raison de son explosion, de sa multiplication, de sa surabondance, se trouve littéralement contaminée, empoisonnée par toute sorte de mensonges, polluée par les rumeurs, par les déformations, les distorsions, les manipulations. Elle nous empoisonne l’esprit, nous pollue le cerveau, nous manipule, nous intoxique, elle tente d’instiller dans notre inconscient des idées qui ne sont pas les nôtres. C’est pourquoi il est nécessaire d’élaborer ce qu’on pourrait appeler une «écologie de l’information». (2)
Un coup fumant réalisé par Israël! Celui de graver dans l’imaginaire des Occidentaux qu’Ahmadinjad veut la mort des Juifs. En fait, il n’en n’est rien. Les juifs iraniens vivent leur spiritualité sans problème majeur. Qu’a réellement dit Ahmadinjad? Ahmadinejad n’a jamais dit «Israël doit être rayé de la carte». Cette citation attribuée au président iranien, largement reprise par la presse et les politiques, est fausse. Arash Norouzi, un iranien opposant au régime, a démonté pièce par pièce les éléments du dossier de cette fabrication médiatique irresponsable sinon malveillante. Si l’on en croit la légende, le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a menacé de détruire Israël, ou, pour reprendre la citation erronée: «Israël doit être rayé de la carte». Contrairement à une certitude très répandue, une telle déclaration n’a jamais été faite, et c’est ce qui sera démontré dans cet article.(3)
«Le mardi 25 octobre 2005, écrit Arash Norouzi Mahmoud Ahmadinejad prononça un discours à l’occasion d’une conférence intitulée «Le monde sans le sionisme». De grandes affiches l’entouraient, qui affichaient ostensiblement ce titre en anglais - «The World Without Zionism», à destination évidente des médias internationaux. «Avant d’en venir à la formule tristement célèbre en elle-même, il est important de noter que la «citation» en question était elle-même une citation - ce sont les mots du défunt Ayatollah Khomeiny, le père de la Révolution islamique. Commençons par citer ses mots exacts en persan: «Imam ghoft een rezhim-e ishghalgar-e qods bayad az safheh-ye ruzgar mahv shavad.» Ce passage ne signifiera rien pour la plupart des gens, mais un mot cependant devrait faire dresser l’oreille: «rezhim-e». C’est le mot «régime», prononcé comme le mot anglais [«régime», Ndlr] avec un son supplémentaire - «eh» - à la fin. Ahmadinejad ne se référait pas au pays-Israël ou au territoire-Israël, mais au régime israélien. Il s’agit là d’une distinction cruciale, puisqu’il est impossible de rayer un régime de la carte. Ahmadinejad ne se réfère même pas à Israël par son nom; à la place, il utilise la périphrase «rezhim-e ishghalgar-e qods» (c’est-à-dire littéralement «régime occupant Jérusalem»)». Alors que la fausse citation «rayé de la carte» a été répétée à l’infini sans vérification, le discours réel fait par Ahmadinejad a été en lui-même presque entièrement ignoré. Pour les faucons bellicistes, c’était un cadeau du ciel. Traduite de travers et attribuée au Président iranien, la citation «wiped off the map» («rayé de la carte») a été propagée partout dans le monde, répétée des milliers de fois dans les médias internationaux, et nombre de dirigeants internationaux ont tenu à la dénoncer. De grandes agences de presse, comme Associated Press et Reuters, se réfèrent à la citation erronée, mot à mot, et quasi quotidiennement. Le président George W. Bush, a dit que les commentaires d’Ahmadinejad représentaient une «menace explicite» de détruire Israël. (...) Ce qui vient d’être exposé constitue la preuve irréfutable d’une manipulation médiatique et d’une propagande en action. Associated Press déforme délibérément une citation de l’IRNA pour la faire rendre plus menaçante.»(3)
Dans le même ordre de la manipulation des médias, le philosophe italien Dominique Lesurdo écrit: «Depuis quelques jours, des groupes mystérieux tirent sur les manifestants en Syrie et, surtout, sur les participants aux funérailles qui ont suivi les événements sanglants. De qui sont composés ces groupes? Les autorités syriennes soutiennent qu’il s’agit de provocateurs, essentiellement liés aux services secrets étrangers. En Occident, par contre, même à gauche on avalise sans aucun doute la thèse proclamée en premier lieu par la Maison-Blanche: ceux qui tirent sont toujours et seulement des agents syriens en civil. Obama est-il la bouche de la vérité? (...) Ces derniers temps, par les interventions surtout de la secrétaire d’Etat Hillary Clinton, l’administration Obama ne rate pas une occasion de célébrer Internet, Facebook, Twitter comme instruments de diffusion de la vérité et de promotion, indirectement, de la paix. Des sommes considérables ont été attribuées par Washington pour potentialiser ces instruments et les rendre invulnérables aux censures et attaques des «tyrans». En réalité, pour les nouveaux medias comme pour les plus traditionnels, la même règle est de mise: ils peuvent aussi être des instruments de manipulation et d’attisement de la haine et même de la guerre. La radio a été savamment utilisée en ce sens par Goebbels et par le régime nazi. Le philosophe cite ensuite des exemples de manipulation de l’information dans le but est de stabiliser une situation présente au profit d’un ordre nouveau, un «reshaping» en conformité avec les désirs de l’empire. Nous l’écoutons: «A la fin de 1989, bien que fortement discrédité, Nicolae Ceausescu est encore au pouvoir en Roumanie. Comment le renverser? Les mass media occidentaux diffusent massivement dans la population roumaine les informations et les images du «génocide» perpétré à Timisoara par la police de Ceausescu. Qu’était-il arrivé en réalité? Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des cadavres à peine enterrés ou alignés sur les tables des morgues ont été déterrés en hâte et torturés pour simuler devant les caméras le génocide qui devait légitimer le nouveau régime.»
«(...) Posons-nous alors une question: l’excitation et l’attisement des masses ne peuvent-ils être produits que par voie pharmacologique? Avec l’avènement et la généralisation d’Internet, Facebook, Twitter, une nouvelle arme a émergé, susceptible de modifier profondément les rapports de force sur le plan international. Ceci n’est plus un secret, pour personne. De nos jours, aux USA, un roi de la satire télévisée comme Jon Stewart s’exclame: «Mais pourquoi envoyons-nous des armées s’il est aussi facile d’abattre les dictatures via Internet que d’acheter une paire de chaussures?» (...) Désormais -affirment encore sur Die Zeit deux journalistes allemands- cela ne fait aucun doute: «Les grands groupes Internet sont devenus un outil de la géopolitique USA. Avant, on avait besoin de laborieuses opérations secrètes pour appuyer des mouvements politiques dans des pays lointains. Aujourd’hui, il suffit souvent d’un peu de technique de la communication, opérée à partir de l’Occident [...] (...) On comprend alors les financements par Hillary Clinton et par l’administration Obama destinés aux nouveaux média.».. Souvenons-nous aussi de l’affaire Sakineh qui est une «manipulation à grande échelle» par BHL. Elle rappelle l’affaire Jila Izadi, une jeune Iranienne de 13 ans condamnée à mort par lapidation. Une campagne médiatique lancée en grande pompe et qui avait fait grand bruit à l’époque suite à la pétition rédigée par Mme Badinter, et Fadéla Amara publiée par le journal ELLE (édition du 25 octobre 2004). Or, quelques semaines plus tard, le Quai d’Orsay nous apprenait qu’il n’y avait pas de fillette de 13 ans condamnée à la lapidation en Iran. Le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères démentait les informations sur la condamnation à la lapidation de Jila Izadi. «Nous avons immédiatement vérifié à travers notre ambassade...Il est apparu que l’information était inexacte.
Cette condamnation à la lapidation, n’a jamais été prononcée».Tous ceux qui ont relayé cette information avaient donc menti...(5)
L’affaire Sakineh nous rappelle aussi les techniques de manipulation de l’information occidentale; deux exemples célèbres: l’affaire des bébés éventrés par les soldats de Saddam dans les maternités du Koweït. Une soi-disant infirmière du Koweït avait servi de témoin aux USA. Il s’est avéré par la suite qu’il s’agissait d’un mensonge destiné à justifier la première guerre du Golfe; et que la prétendue infirmière n’avait jamais mis les pieds dans une maternité; elle était tout simplement la fille de l’ambassadeur du Koweït aux USA.
Le deuxième exemple est celui de la soldate noire soi-disant «délivrée» par les GIs selon un scénario à «la chute du Faucon noir». En fait, elle était blessée par des tirs amis et recueillie par un chirurgien irakien qui a sauvé la vie de cette soldate en remuant ciel et terre pour lui trouver du sang «O» mettant à contribution un parent à lui qui avait le même groupe. Une rumeur va plus vite qu’une information vérifiée, en 1964, deux destroyers déclarent avoir été attaqués dans le golfe du Tonkin par des torpilles nord-vietnamiennes. Aussitôt, la télévision, la presse en font une affaire nationale. La guerre du Vietnam commençait ainsi, qui ne devait s’achever - par une défaite - qu’en 1975. On apprendra plus tard, de la bouche même des équipages des deux destroyers, que l’attaque dans le golfe du Tonkin était une pure invention...(6)

Séparer le bon grain de l’ivraie
Souvenons-nous justement, de ce matraquage des médias et plus précisément du cinéma. Cela a commencé dès les années 60: il fallait donner une assise au niveau des médias, la légitimité de l’Israël biblique. Ce fut, on s’en souvient d’abord, Les Dix commandements de Cecil B. de Mille et de la Metro Golwyn Meyer dont les producteurs et réalisateurs sont sionistes. Avec le temps, nous nous apercevons que rien n’était fait par hasard. La machine sioniste était en marche. En fait, l’histoire du racisme latent européen ne date pas d’hier. Souvenons-nous, à titre d’exemple, comment Lawrence d’Arabie interprété magistralement par Peter O Toole, le racé, le civilisé, le blanc aux yeux bleus, avait une aura tandis qu’Antony Queen dans le rôle d’un chef bédouin qui avait un comportement qui frisait celui de la bête avide de rapines, de bonnes chères et de luxure et qui, naturellement, ne connaissait rien à la politique.(7)
«Notre République et sa presse prendront de l’essor ou s’effondreront ensemble, écrivait Pulitzer. Une presse compétente, désintéressée, dévouée à la chose publique, intelligente, exercée à discerner le bien et ayant le courage de le faire, peut préserver la morale publique sans laquelle un gouvernement populaire est une imposture et une parodie.
Une presse cynique, mercenaire et démagogue finira par produire une population aussi vile qu’elle-même.
Le pouvoir de façonner l’avenir de la République sera entre les mains des journalistes des générations à venir.» De plus, le torrent de la mondialisation est en train de tout laminer, les identités, les cultures vulnérables et naturellement les religions de pays qui n’ont pas su développer les anticorps à même de résister à ce tsunami autrement plus dévastateur.
Il faut beaucoup de discernement et une veille de tous les instants pour déjouer les pièges de la manipulation qui, certaines fois, se cachent derrière un vocabulaire anodin. Il faut prendre son parti: l’information donnée ne sera jamais objective, à nous de séparer le bon grain de l’ivraie.

1. Chems Eddine Chitour: http://www.millebabords.org/spip.php?article4590 4 aout 2006
2.
Ignacio Ramonet: Le cinquième pouvoir. Le Monde diplomatique Octobre 2003
3. Arash Norouzi. Ahmadinejad n’a jamais dit «Israël doit être rayé de la carte». The Mossadegh Project, janvier 2007 Contre Info 4 octobre 2007
4. D. Losurdo: http://www.mondialisation. ca/index.php? context=va&aid=24517 27 avril 2011
5. C.E.Chitour http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Chems Eddine_Chitour.270910.htm
6. http://mejliss.com/2011/04/07/lhistoire-des-medias-et-ses-dangers
7. C.E Chitour. les médias occidentaux et l’avilissement des Autres! Alterinfo.net 6 11.2009

Pr Chems Eddine CHITOUR

http://www.lexpressiondz.com/article/8/2011-04-30/88846.html

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La Voie Tunisienne

Publié le par Mahi Ahmed

La Voie Tunisienne

Freitag, 29. April 2011,

International Crisis Group vient de rendre un rapport exhaustif en 38 pages sur la situation en Tunisie qui, malgré les ambiguités et les hésitations, donne les raisons d’espérer que nous sommes sur la bonne voie. Le rapport complet inclut des recommandations au gouvernement de transition actuel ainsi que des pistes pour accélérer le processus démocratique, rétablir la confiance et améliorer la situation économique fragile que connait la Tunisie. En voici le résumé:

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Tunis/Bruxelles | 28 Apr 2011

Alors que la Tunisie continue sa transition démocratique, elle aura besoin de composer entre la demande d’un changement politique radical et l’exigence de stabilité ; d’intégrer l’islamisme dans ce nouveau paysage ; et, avec l’aide internationale, de s’attaquer à de profonds problèmes socio-économiques.

Soulèvements populaires en Afrique du nord et au Moyen-Orient (IV) : La voie tunisienne , le dernier rapport de l’International Crisis Group, examine les origines de la révolution et la situation politique et sociale qui l’a suivie. Malgré une période difficile après le départ du président Ben Ali, la Tunisie a fait preuve d’une remarquable capacité à atteindre un consensus sur des enjeux politiques cruciaux. Elle y est parvenue en veillant à ce qu’un large éventail de forces politiques et sociales puisse s’exprimer.

« De manière significative, ce n’est ni l’armée ni un groupe de politiciens qui mènent la transition », souligne Nicolas Dot Pouillard, analyste de Crisis Group pour la Tunisie. « Plutôt un mélange hétérogène d’institutions, de forces politiques, de syndicats et d’associations qui cherchent, par la voie du dialogue et des négociations, un compromis ».

Pour poursuivre ce début encourageant, la Tunisie doit d’abord trouver le moyen de répondre à des préoccupations antagonistes : la peur d’un retour vers le passé contre la peur d’une plongée dans le chaos. Ensuite, le dialogue doit être approfondi entre le parti islamiste, An-Nahda, et les forces laïques. La méfiance mutuelle persiste toujours. Les organisations féministes, en particulier, doutent de la sincérité du mouvement, et craignent une érosion des droits des femmes. Les islamistes, quant à eux, se souviennent encore de la répression brutale des années 1990, lorsqu’ ils étaient systématiquement écrasés par le régime de Ben Ali.

Enfin, et c’est peut-être le plus important, la justice sociale demeure une préoccupation centrale. Pour les nombreux citoyens ordinaires qui sont descendus dans la rue pendant le soulèvement, le désespoir matériel était un facteur de motivation déterminant. Mais la victoire politique qu’ils ont obtenue n’a pas encore changé les conditions qui ont déclenché leur révolte. Une attention particulière doit être accordée à la création d’emplois, et au redressement des déséquilibres dont pâtissent le centre et le sud du pays. Des tensions croissantes entre ces régions et les zones côtières pourraient déclencher un regain d’instabilités. L’aide internationale va être décisive à cet égard.

« La Tunisie est le pays où tout a commencé », analyse Robert Malley, le directeur du programme Moyen-Orient/Afrique du Nord de Crisis Group. « C’est également le pays où la transition démocratique présente aujourd’hui les plus fortes chances de réussite. Pour la région et le reste du monde, c’est là une raison suffisante de continuer à prêter attention à la Tunisie et de l’aider à poursuivre son chemin ».

Voici le rapport complet en version pdf:

http://nawaat.org/portail/wp-content/uploads/2011/04/La-voie-Tunisienne.pdf

 

 

Publié dans TUNISIE Spécial

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Débat du Conseil de sécurité sur la situation en Syrie

Publié le par Mahi Ahmed

Débat du Conseil de sécurité sur la situation en Syrie





27 avril 2011

Depuis
New York (États-Unis)



 

Bashar Ja’afari, représentant permanent de la République arabe syrienne à l’ONU.

©UN Photo/Paulo Filgueiras

Le Président M. Osorio (Colombie) (parle en espagnol) : En vertu de l’article 37 du Règlement intérieur provisoire du Conseil de sécurité, j’invite le représentant de la République arabe syrienne à participer à la présente séance.

En vertu de l’article 39 du Règlement intérieur provisoire du Conseil de sécurité, j’invite M. Lynn Pascoe, Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, à participer à la présente séance.

Le Conseil de sécurité va maintenant aborder l’examen de la question inscrite à son ordre du jour.

Je donne maintenant la parole à M. Pascoe.

M. Pascoe (parle en anglais) : J’apprécie l’occasion qui m’est donnée de présenter encore une fois au Conseil un tableau de la situation en Syrie.

Nous suivons d’aussi près que possible l’évolution de la situation, et mon exposé se base sur les rapports du Bureau de la coordination des affaires humanitaires, du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et d’autres entités des Nations Unies, ainsi que sur des informations publiées et confidentielles émanant de grandes organisations internationales des droits de l’homme et humanitaires et sur l’examen de sources médiatiques dignes de confiance. Nous avons également passé en revue les sites Web officiels du Gouvernement syrien et les sites de médias sociaux des groupes d’opposition syriens.

Les manifestations antigouvernementales ont commencé à la mi-mars, à la suite de l’arrestation à Deraa de 15 écoliers qui avaient écrit des graffiti antigouvernementaux. Depuis, ces manifestations n’ont cessé, progressivement mais régulièrement, de s’étendre sur le plan géographique et de susciter une participation accrue. Des rapports fiables font état de manifestations dans les villes côtières de Lattaquié, de Banias et de Jabla ; dans les villes de Homs et de Hama, dans le centre ; dans les villes de Deraa et d’Ezra, dans le sud ; dans la ville de Dirazor, dans l’est ; dans les villes de Douma et d’Al-Moudimia, dans la banlieue de Damas ; et dans les villes d’Al-Hasaka et de Kamishli, dans le nord-est. Dans les grandes villes de Damas et d’Alep, les manifestations ont été sporadiques et plus limitées. Les manifestants ont d’abord commencé par exiger plus de liberté, ainsi que des réformes politiques et économiques, mais ils réclament désormais de plus en plus le renversement du régime, se faisant en cela l’écho des slogans que l’on a entendus ailleurs dans la région.

Les autorités syriennes ont adopté une réaction mitigée – proposant des réformes, d’une part, et appliquant une répression de plus en plus violente, d’autre part – que le Secrétaire général a condamnée avec force. Dans le discours qu’il a prononcé le 30 mars devant le Parlement, le Président Al-Assad a annoncé qu’une série de réformes politiques, sociales et économiques allaient être prises pour répondre aux demandes de la population syrienne, y compris une enquête sur les tueries survenues pendant les manifestations. Le 7 avril, un décret présidentiel a accordé la nationalité attendue depuis longtemps à des Kurdes apatrides habitant dans le nord-est du pays. Le 15 avril, le Président s’est engagé à faire libérer toutes les personnes arrêtées pendant les manifestations, à l’exception des personnes accusées d’avoir commis des crimes « contre la nation et les citoyens ». Des responsables locaux ont été licenciés, et de nouveaux ont été nommés à leur place, apparemment dans l’optique d’ouvrir un dialogue avec la population à Homs et à Deraa.

Le 16 avril, le Président Al-Assad a assermenté un nouveau gouvernement, qu’il a chargé d’élaborer des réformes, dont de nouvelles lois sur les médias et les partis politiques. Par une série de décrets publiés le 21 avril, il a levé l’état d’urgence, en place depuis 1963. Il a également aboli la Haute Cour de sécurité et reconnu le droit de manifester pacifiquement, tout en s’arrogeant un droit de réglementation rigoureux. Le lendemain, le vendredi 22 avril, le pays a été le théâtre des manifestations les plus importantes depuis le début des événements. Les manifestants affirmaient que ces mesures étaient insuffisantes et arrivaient trop tard. En fait, en dépit des promesses de réformes, la répression du Gouvernement s’est intensifiée de manière spectaculaire. Le HCDH a appris que plus de 100 personnes ont été tuées dans de nombreuses villes du pays entre vendredi et dimanche. La situation générale de la population est de plus en plus préoccupante, notamment pour ce qui est de l’accès à des soins et à des services médicaux, et de l’accès, dans certaines villes, à l’eau et à la nourriture.

À la suite de l’énorme manifestation du vendredi 22 avril, l’armée syrienne a lancé une grande opération militaire contre Deraa et les villages avoisinants. Des chars et un grand nombre de soldats sont entrés dans la zone. Les conditions qui prévalent étant similaires à celles d’un siège, il est difficile de confirmer ces informations. Mais des sources fiables ne cessent de rapporter que des civils non armés sont victimes de tirs d’artillerie, que des gens sont arrêtés chez eux, que le personnel médical qui tente d’aider les blessés est la cible de tirs, que les hôpitaux, les dispensaires et les mosquées font l’objet de raids, que le matériel médical est détruit à dessein et que le personnel médical est arrêté.

L’ONU est en mesure de confirmer que l’électricité, les systèmes de communication et l’eau ont été coupés dans la ville depuis lundi au moins, et qu’à cause de ces opérations, les écoles et les dispensaires de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient à Deraa sont fermés depuis une semaine. Il y aurait des pénuries de médicaments, d’eau et de vivres, et cette situation pourrait déboucher dans les jours qui viennent sur une grande crise humanitaire.

L’ONU demande à avoir accès à ces zones afin d’évaluer les besoins humanitaires et de donner une description exacte et directe de l’évolution de la situation.

Je note que la frontière terrestre entre la Syrie et la Jordanie était fermée pendant une grande partie de cette opération militaire.

Les villes de Douma et d’Al-Moudimia, à proximité de Damas, sont également encerclées par des chars et par des forces armées, comme cela avait été le cas pour Banias plus tôt ce mois-ci. Les forces de sécurité auraient ouvert le feu sur des manifestants dans la ville de Jabla, faisant au moins 13 morts en quelques jours. À Homs, où les forces de sécurité ont tiré sur les manifestants les 18 et 19 avril, il y aurait eu jusqu’à 20 morts. Dans l’ensemble, depuis la mi-mars, l’examen de rapports fiables émanant de médias et de groupes de défense des droits de l’homme permet d’évaluer à plus de 300 – sans doute entre 350 et 400 – le nombre de manifestants antigouvernementaux tués par les forces de sécurité et leurs partisans.

Le Haut-Commissariat a également été informé qu’un nombre important de manifestants, de défenseurs des droits de l’homme, de juristes, de journalistes, etc., ont été arrêtés. On rapporte que des personnes arrêtées au cours des manifestations, dont des enfants, seraient passées à tabac et torturées.

Les informations relayées par les médias, les groupes internationaux de défense des droits de l’homme, les organismes des Nations Unies et les missions diplomatiques confirment que, dans leur écrasante majorité, les manifestants défilent de manière pacifique et sans armes. Toutefois, d’après des informations crédibles, dans de très rares cas, des manifestants ont eu recours à la violence, entraînant la mort de membres des forces de sécurité.

Human Rights Watch a signalé un seul incident de ce type, étayé par des témoignages oculaires, survenu le 8 avril à Deraa. Suite à la mort de plusieurs manifestants, tués par les forces de sécurité qui tiraient à balles réelles, certains manifestants se sont saisis d’armes trouvées à un point de contrôle abandonné et ont ouvert le feu, tuant peut-être une dizaine de membres des forces de sécurité. Rien ne prouve qu’il s’agisse d’un phénomène récurrent. Aucune information ne confirme non plus que des membres des forces de sécurité ou des soldats auraient été tués par des agents du Gouvernement. La très grande confusion observée autour de cette question délicate s’explique peut-être par la forte présence de membres des forces de sécurité et de fidèles du régime armés circulant en tenue civile.

À ce manque de clarté s’ajoute le fait que l’accès est refusé aux médias internationaux et indépendants, ce qui, bien entendu, est contraire à la liberté de la presse et au droit à l’information. Le Comité pour la protection des journalistes et de nombreuses autres sources indiquent que les autorités syriennes continuent systématiquement d’incarcérer des journalistes, de couper l’accès à Internet et les réseaux de téléphonie, d’interdire l’entrée de journalistes étrangers dans le pays et de refuser l’accès à toutes les zones de trouble. Toutes ces mesures rendent impossible de recueillir et de diffuser des informations fiables et impartiales, et, par conséquent, les observateurs ne peuvent confirmer ou réfuter un grand nombre d’allégations.

L’agence de presse officielle, l’Agence de presse arabe syrienne (SANA), a fait état ces derniers jours de la mort d’au moins 21 militaires et membres des forces de sécurité, et, d’après les informations disponibles, plus de 290 membres des forces nationales de sécurité auraient été blessés depuis le début du mouvement de protestation. Le Gouvernement a déclaré que la plupart des victimes civiles avaient été tuées par des milices armées antigouvernementales, mais n’a à ce jour fourni aucun élément de preuve confirmant ces chiffres.

La télévision syrienne a également diffusé de supposés aveux de manifestants incarcérés qui mentionnent la présence de contestataires armés et l’ingérence étrangère. Les médias contrôlés par l’État syrien ont en outre accusé le Courant du futur libanais de fournir des armes aux manifestants, ce qu’il a démenti. Nous ne disposons pas d’autres informations à ce sujet.

Le Secrétaire général et la Haut-Commissaire aux droits de l’homme ont insisté sur le fait que des enquêtes doivent être menées sur tous les meurtres commis lors des manifestations, y compris les meurtres présumés de militaires et de membres des forces de sécurité. Le Conseil des droits de l’homme tiendra vendredi à Genève une session extraordinaire sur la situation des droits de l’homme en Syrie.

Les répercussions régionales de la situation en Syrie inquiètent tout particulièrement ses voisins. Dans un communiqué de presse daté du 25 avril, le Secrétaire général de la Ligue des États arabes a déclaré que la Ligue était très préoccupée par les événements qui se déroulent dans un certain nombre de pays arabes. La Ligue a déclaré appuyer l’aspiration croissante des populations du monde arabe au changement, à la modernisation de la société, à la fin de la répression et à un mouvement en faveur de la démocratisation et de la réforme. Elle a appelé à la cessation immédiate du recours à la violence contre les manifestants, et souligné que les revendications du peuple appelaient un appui et non des balles.

Dans cette déclaration, la Ligue a également annoncé que la prochaine réunion des ministres des affaires étrangères de la Ligue des États arabes se pencherait sur la situation dangereuse qui existe actuellement entre les peuples et leurs gouvernements dans le monde arabe. Nous prenons également acte des efforts déployés par le Gouvernement turc pour établir des contacts avec des interlocuteurs syriens.

Le Secrétaire général est extrêmement préoccupé par la situation en Syrie à laquelle il s’intéresse de près. Comme le Conseil le sait, le Secrétaire général a fait trois déclarations à ce sujet et s’est entretenu directement avec le Président Al-Assad. Le Secrétaire général a condamné le recours à la violence contre les manifestants pacifiques et a demandé à ce que les tueries fassent l’objet d’une enquête indépendante, transparente et efficace. Il a fait part de notre conviction que les autorités syriennes doivent s’acquitter de leur obligation de protéger les civils et respecter les droits de l’homme internationalement reconnus, y compris le droit à la liberté d’expression et le droit de réunion pacifique, ainsi que la liberté de la presse.

La répression n’est pas la solution. Un dialogue ouvert et de véritables réformes devraient permettre de répondre aux aspirations légitimes du peuple syrien, de rétablir la confiance et de garantir la paix sociale et l’ordre public.

Le Président (parle en espagnol) : Je remercie M. Lynn Pascoe de son exposé.

Mme Rice (États-Unis d’Amérique) (parle en anglais) : Je tiens à remercier le Secrétaire général adjoint, M. Pascoe, pour son exposé sur la détérioration de la situation en Syrie. Les États-Unis condamnent avec la plus grande fermeté l’effroyable violence qu’emploie le Gouvernement syrien contre son propre peuple. Mon gouvernement exhorte le Président Al-Assad à revoir sa position et à entendre les appels de son peuple. Nous enjoignons également la communauté internationale à prendre des mesures face à cette violente répression et à demander des comptes aux auteurs de ces violations graves des droits de l’homme.

Les États-Unis ont fait connaître leur position au Gouvernement syrien, et nous envisageons plusieurs possibilités, y compris des sanctions ciblées, en réponse à la violence inacceptable et continue employée contre des manifestants pacifiques. Nous sommes particulièrement préoccupés par les informations faisant état du recours systématique à la violence gratuite contre des manifestants non armés. Je prends note avec satisfaction de la décision prise ce matin par le Conseil des droits de l’homme de tenir vendredi une session extraordinaire sur la situation des droits de l’homme en Syrie. Les États-Unis, comme beaucoup d’autres, appuient cette décision et estiment que cette réunion constitue une réponse essentielle et opportune compte tenu des atrocités actuellement commises. Ces violences ne siéent ni à un gouvernement responsable ni à un membre crédible de la communauté internationale.

Les mesures prises à ce jour par le Gouvernement syrien n’ont pas répondu comme il se doit aux revendications de son peuple. Au contraire, les manifestants pacifiques continuent de subir la répression brutale du Gouvernement syrien. Le fait de rejeter la responsabilité sur des tiers plutôt que de faire face à ses défaillances internes ne saurait permettre à un gouvernement de répondre aux aspirations légitimes de son peuple à une réforme.

Les forces de sécurité et l’armée syriennes continuent d’agresser les civils qui manifestent tandis que le Gouvernement continue de solliciter l’aide de l’Iran pour réprimer des citoyens syriens en usant de tactiques violentes semblables à celles employées par le régime iranien. Le Gouvernement syrien doit faire cesser les arrestations arbitraires, l’incarcération et la torture de civils, en particulier de journalistes et de militants. Nous exhortons le Gouvernement syrien à autoriser les médias, y compris des journalistes étrangers, ainsi que des observateurs des droits de l’homme, à vérifier en toute indépendance les faits sur le terrain, dont la véracité des informations faisant état d’attaques aveugles menées par les forces syriennes dans des zones habitées.

Le Gouvernement syrien doit entendre les appels légitimes de son peuple à une réforme véritable et durable. Ses paroles doivent être suivies de mesures concrètes pour garantir une réforme réelle en Syrie. Les Syriens revendiquent la liberté d’expression, d’association, de réunion pacifique et le droit de choisir librement leurs dirigeants, et leurs appels doivent être entendus.

Sir Mark Lyall Grant (Royaume-Uni) (parle en anglais) : Je remercie M. Lynn Pascoe de son exposé d’aujourd’hui. La situation qu’il nous a décrite préoccupe vivement mon gouvernement. La période actuelle est une ère d’espoir pour bien des gens au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Leurs voix se font entendre comme jamais auparavant. Les nouveaux processus démocratiques qui sont en cours en Égypte et en Tunisie illustrent une aspiration longtemps réprimée à un gouvernement plus ouvert et plus représentatif. D’autres gouvernements de la région répondent de manière constructive à l’exigence de réforme.

En Syrie, le Gouvernement s’engage pour le moment sur une voie différente. Les faits auxquels nous assistons ces dernières semaines visent systématiquement à étouffer les revendications légitimes du peuple syrien, par la violence et l’oppression. En dépit de tous les efforts exercés par le Gouvernement syrien pour barrer l’accès aux médias internationaux et empêcher la couverture indépendante des événements, nous avons pu constater que des civils ont été à plusieurs reprises délibérément pris pour cible et que des chars et d’autres armes lourdes sont utilisés contre les manifestants pacifiques.

M. Pascoe a indiqué que 350 à 400 manifestants auraient été tués par les forces de sécurité ces dernières semaines. L’armée syrienne assiège la ville de Deraa, coupant notamment toutes les lignes de téléphone, ainsi que l’eau et l’électricité. Dans la ville même, les militaires tirent sans discrimination. Les forces de sécurité attaquent également plusieurs villes environnantes et banlieues de Damas. Nous condamnons totalement et sans réserve les violences et les meurtres perpétrés par les forces de sécurité syriennes contre les civils, qui expriment leurs opinions dans le cadre de manifestations pacifiques.

Il faut désormais que quatre conditions soient remplies. Premièrement, la répression violente doit cesser immédiatement. Le Gouvernement syrien a le devoir de protéger les manifestants pacifiques, et non de les attaquer. Le Président Al-Assad doit ordonner à ses forces de faire preuve de la plus grande retenue. Les manifestants doivent, quant à eux, veiller à ce que leurs actions soient pacifiques.

Deuxièmement, le gouvernement du Président Al-Assad doit répondre aux demandes légitimes du peuple syrien par des réformes immédiates et véritables, et non par la répression brutale. La loi d’urgence doit être levée dans la pratique. Le Représentant permanent de la Syrie a dit au Conseil de sécurité, le 21 avril, qu’une loi reconnaissant le droit de manifester pacifiquement avait été promulguée, mais la réalité sur le terrain contredit douloureusement cet engagement.

Troisièmement, les responsables des violences doivent répondre de leurs actes. Nous appuyons fermement l’appel du Secrétaire général à la conduite d’une enquête transparente, indépendante et efficace sur les tueries. Les auteurs d’actes de violence contre des civils et, en particulier les commanditaires de ces actes, doivent être traduits en justice.

Quatrièmement, la communauté internationale doit parler d’une seule voix pour condamner la violence en Syrie. Le Royaume-Uni déploie, de concert avec ses partenaires internationaux, des efforts intensifs pour persuader les autorités syriennes de mettre un terme à la violence et de respecter les droits fondamentaux et universels que sont la liberté d’expression et la liberté de réunion. Si la violence ne cesse pas, nous envisagerons, avec nos partenaires de l’Union européenne et autres, de prendre d’autres mesures, parmi lesquelles de possibles sanctions financières ciblées et des interdictions de voyager contre ceux qui sont responsables de la violence, et contre leurs familles et leurs intérêts économiques.

La Syrie se trouve à la croisée des chemins. Il est encore temps pour son gouvernement de choisir de procéder à une réforme véritable, seule capable d’apporter la paix et la stabilité à long terme en Syrie. Ou bien il peut faire le choix d’une répression toujours plus violente qui ne ramènera la sécurité pour les autorités qu’à court terme, et ce, à un coût terrible pour le peuple syrien et l’avenir du pays. Nous prions instamment le Président Al-Assad de choisir la première option, qui est la seule possible pour que la Syrie reprenne sa place au cœur du Moyen-Orient.

M. Araud (France) : Je remercie le Secrétaire général adjoint, M. Lynn Pascoe, pour l’exposé sur la situation en Syrie qu’il a présenté à ce conseil et qui vient nourrir nos inquiétudes.

Je tiens devant ce conseil à exprimer la plus vive préoccupation de la France face aux violences exercées par les autorités syriennes contre les manifestants civils. Nous condamnons sans réserve ces brutalités inacceptables, qui ont déjà fait des centaines de victimes civiles parmi la population syrienne, mais également de nombreux disparus parmi les manifestants, les journalistes et les militants des droits de l’homme. Deraa est depuis trois jours une ville assiégée par l’armée syrienne, privée d’eau, d’électricité, de liaisons avec l’extérieur, encerclée par des chars et menacée par l’artillerie lourde.

Le souvenir des massacres commis aux dépens de la population civile qui ont ensanglanté la Syrie au début des années 80, notamment à Hama, est trop douloureux pour que la communauté internationale assiste silencieuse à cette escalade dans la répression. Le Conseil doit adresser aujourd’hui un message clair aux autorités syriennes : cette répression aveugle et brutale doit cesser immédiatement. Les autorités syriennes doivent respecter les libertés et droits fondamentaux de leurs citoyens, et particulièrement le droit de manifester pacifiquement et la liberté de la presse. Les arrestations arbitraires doivent cesser, ainsi que les restrictions pesant sur les médias.

Nous appelons les autorités syriennes à libérer immédiatement les détenus d’opinion. Nous soutenons l’appel du Secrétaire général à la mise en place d’une enquête indépendante, transparente et efficace sur les crimes commis. Les responsables et les auteurs de ces actes devront répondre de leurs agissements.

Seules des réformes répondant aux aspirations légitimes de la population permettront de préserver la stabilité du pays, ce qui est dans l’intérêt de tous. La Syrie joue un rôle déterminant dans la stabilité régionale. Or, à ce stade, nous ne pouvons que constater que la levée de l’état d’urgence et les autres réformes annoncées par le Président ont été suivies d’une recrudescence de la violence qui vient les contredire. L’appel du peuple syrien à la liberté, à la démocratie et au respect de ses droits universels doit être entendu par les autorités syriennes, et à défaut, il doit être entendu par ce conseil.

La France, avec d’autres, si rien ne se passe de positif, étudiera toute une série d’options visant à accroître la pression sur le régime syrien afin qu’il cesse la répression et s’engage dans la voie des réformes. Des mesures fortes devront être prises si cet appel n’est pas entendu. Le Conseil des droits de l’homme s’est également saisi de la question et adoptera, nous l’espérons, une résolution à l’issue de sa session spéciale vendredi.

M. Sangqu (Afrique du Sud) (parle en anglais) : Nous souhaitons à notre tour remercier le Secrétaire général adjoint, M. Pascoe, de son exposé sur la situation en Syrie, qui préoccupe vivement l’Afrique du Sud. Nous déplorons les pertes en vies humaines dans ce pays et appelons toutes les parties au conflit à faire preuve de retenue. Nous nous félicitons de la levée de l’état d’urgence, qui était en place depuis près de 50 ans. Nous nous félicitons également de l’adoption d’autres réformes annoncées par les autorités syriennes ces derniers jours. Nous encourageons le Gouvernement syrien à agir rapidement pour mettre en œuvre les réformes nécessaires en faveur de la démocratisation, conformément à la volonté et aux aspirations de sa population.

Il est impossible d’ignorer la voix du peuple en Syrie et dans d’autres pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Il est primordial que les gouvernements de ces pays veillent à ce que les droits de leurs populations soient respectés, et à ce qu’elles soient autorisées à exprimer leurs doléances de manière pacifique. La Syrie fait partie intégrante du règlement global du conflit au Moyen-Orient ; sa stabilité est liée à celle de ses voisins.

Enfin, nous prions instamment les autorités syriennes d’engager un processus ouvert, transparent et sans exclusive avec la population afin de répondre à ses doléances et, par voie de conséquence, de garantir ses droits et libertés politiques fondamentaux, y compris ses droits à la liberté d’expression et à la liberté de réunion.

M. Wittig (Allemagne) (parle en anglais) : Nous vous remercions, Monsieur le Président, d’avoir convoqué cette réunion qui tombe vraiment à point nommé. Je tiens à mon tour à remercier le Secrétaire général adjoint, M. Pascoe, de l’exposé qu’il nous a présenté. Les informations qu’il nous a communiquées sont très inquiétantes. Il est urgent que le Conseil discute de la situation qui règne en Syrie. L’ampleur de la violence et de la brutalité exercées pour réprimer les manifestations est profondément préoccupante. De surcroît, la situation a des répercussions régionales et internationales évidentes, compte tenu de l’importance cruciale de la Syrie pour la paix et la sécurité au Moyen-Orient, et sachant notamment qu’elle héberge une mission de maintien de la paix de l’ONU.

L’exposé que nous avons entendu et les faits recensés sur le terrain montrent que les autorités syriennes ont recours à la violence contre des manifestants pacifiques. Nous sommes extrêmement choqués de voir que des civils ont été tués parce qu’ils essayaient d’exercer leurs droits fondamentaux. Le recours systématique à la force avec le déploiement de chars et l’utilisation de balles réelles est le fait des autorités syriennes. Les manifestants n’ont pas de chars. Ils ne procèdent pas à des arrestations arbitraires. Ils n’empêchent pas les journalistes de faire leur travail.

La violence qui se poursuit contre les manifestants pacifiques est tout à fait inacceptable. Elle doit cesser immédiatement. Toutes les annonces de réformes sont décrédibilisées par les violences actuelles. Les informations qui nous parviennent de Deraa sont extrêmement inquiétantes. Les chars et l’artillerie ont été déployés. Il y a de nombreuses victimes. Il est impossible d’accéder à cette zone. Nous exigeons que les observateurs internationaux aient accès à cette ville. Les auteurs de ces tueries devront répondre de leurs actes.

À cet égard, nous appuyons fermement l’appel lancé par le Secrétaire général en faveur de la conduite d’une enquête indépendante, transparente et efficace sur ces massacres. Les autorités syriennes doivent respecter les droits de l’homme, y compris les droits à la liberté de réunion pacifique, à la liberté d’opinion et à la liberté de la presse. Nous demandons également aux autorités syriennes de respecter l’obligation de protéger l’intégrité physique et la dignité de tous les détenus et leur droit à une procédure judiciaire équitable.

Le Gouvernement syrien a aujourd’hui le choix entre mettre fin à la violence et enclencher les réformes concrètes et véritables qui s’imposent ou continuer à mener une répression toujours plus violente. Choisir cette dernière option serait une démarche peu clairvoyante et nous forcerait à réagir en adoptant les mesures appropriées. La poursuite de la répression n’est pas la solution.

À ce jour, l’Allemagne a pris un certain nombre d’initiatives diplomatiques et politiques. Nous avons vigoureusement appuyé la convocation d’une session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme sur la Syrie et nous nous réjouissons de ce qu’elle se tiendra vendredi. Avec nos partenaires, nous allons envisager d’ici à la fin de la semaine des mesures à prendre au niveau de l’Union européenne, parmi lesquelles de possibles sanctions.

M. Pankin (Fédération de Russie) (parle en russe) : Nous remercions M. Lynn Pascoe de son exposé.

À l’instar des autres membres du Conseil de sécurité, la Fédération de Russie est vivement préoccupée par les tensions et les affrontements qui s’intensifient en Syrie, faisant des victimes et causant de grandes souffrances parmi les manifestants, les agents des forces de l’ordre et le personnel militaire. Nous comptons sur les autorités syriennes pour mener des enquêtes transparentes et efficaces sur toutes ces affaires et pour que les responsables soient traduits en justice.

Le fait que la situation se dégrade dangereusement impose d’adopter une démarche prudente et éprouvée. Il s’agit de trouver ce qui peut être fait pour aider à régler la situation et non de l’exacerber davantage.

De toute évidence, le processus de réformes démocratiques annoncé et sincèrement mis en œuvre par les dirigeants syriens mérite d’être soutenu. Beaucoup de mesures importantes ont été prises en très peu de temps. Un décret présidentiel levant l’état d’urgence dans le pays a été signé. La question de l’octroi de la citoyenneté à une part importante de la population a été réglée. Les préparatifs sont en cours pour permettre au Parlement d’adopter des lois sur les manifestations, les partis politiques, l’administration locale et les médias à sa prochaine session extraordinaire. Des mesures contre la corruption et le chômage, ainsi que pour le développement des zones rurales, sont en cours d’élaboration.

Le Gouvernement doit s’employer à chercher des solutions justes à ces problèmes de longue date, en collaboration avec toutes les forces sociales, politiques et religieuses dans le respect de la Constitution et le plus rapidement possible. Toutes les parties, quelles qu’elles soient, doivent éviter la violence. Seul un dialogue constructif sur la mise en œuvre des réformes politiques annoncées et les transformations sociales permettra à la Syrie de connaître la stabilité et le développement démocratique, dans l’intérêt de tous ses citoyens.

Le plus important, selon nous, est qu’en dépit de l’intensification des tensions et des affrontements, la situation actuelle en Syrie ne constitue pas une menace à la paix et à la sécurité internationales. On ne peut pas ignorer le fait que les actes de violence ne sont pas exclusivement le fait d’une seule partie. Entre autres choses, on a tiré sur une colonne de l’armée sur la route reliant Lattaquié à Tartous, des attaques armées ont été lancées contre des installations et des positions militaires, et des agents de police ont été tués, leur corps ayant ensuite été violenté et profané.

Nous pensons que des ingérences dans la situation intérieure de la Syrie, notamment les tentatives d’imposer des solutions toutes faites ou de prendre parti, pourraient, elles, faire peser une menace réelle sur la sécurité régionale. Il devient de plus en plus évident que certains parmi les manifestants, que ce soit en Syrie ou dans d’autres pays, espèrent que la détérioration de la situation obligera la communauté internationale à les aider et à prendre position. De telles manœuvres conduisent à un cycle de violences sans fin et sont une invitation à la guerre civile. Il importe au plus haut point de tout faire pour éviter cette évolution dangereuse de la situation, d’autant plus que la Syrie est la pierre angulaire de la sécurité au Moyen-Orient. L’affaiblissement de ce maillon important entraînerait des complications dans l’ensemble de la région.

M. Li Baodong (Chine) (parle en chinois) : Je voudrais remercier le Secrétaire général adjoint, M. Lynn Pascoe, de son exposé.

La Chine suit de près les événements qui se déroulent en Syrie. La Syrie est un pays important de la région du Moyen-Orient. Nous espérons que les différentes parties en Syrie vont aplanir leurs divergences par la voie du dialogue politique et régleront la crise actuelle d’une manière appropriée, afin de maintenir l’ordre et la stabilité dans le pays.

Nous nous félicitons de ce que le Gouvernement syrien ait levé l’état d’urgence et annoncé qu’il allait procéder à des réformes politiques et lancer un dialogue national. Il a également décidé de lancer une enquête sur tous les incidents qui se sont produits récemment. Nous espérons que ces mesures contribueront à la réalisation des objectifs susmentionnés.

Les troubles qui agitent plusieurs pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord sont un sujet de grave préoccupation. Non seulement ils ont eu des effets néfastes sur la paix et la stabilité des pays concernés, mais ils mettent aussi gravement en péril la stabilité de la région. Trouver les moyens de régler ces problèmes est un défi qui nous concerne tous. Il s’agit également d’une tâche commune, car si les problèmes ne sont pas réglés de façon appropriée, ils risquent de compromettre la paix et la stabilité d’autres régions et d’avoir des répercussions très négatives sur le relèvement de l’économie mondiale.

Nous espérons donc que, face aux événements qui se produisent dans ces pays, la communauté internationale apportera une aide constructive, conformément aux buts et principes énoncés dans la Charte des Nations Unies.

M. Hardeep Singh Puri (Inde) (parle en anglais) : Je voudrais remercier le Secrétaire général adjoint, M. Lynn Pascoe, de son exposé sur la situation en Syrie.

La Syrie a de tout temps été un pays important du Moyen-Orient, et cela reste vrai dans l’histoire moderne. On ne saurait trop souligner son rôle dans le processus de paix au Moyen-Orient et dans la stabilité de la région dans son ensemble. Par conséquent, une instabilité ou des troubles prolongés en Syrie peuvent avoir des répercussions dans toute la région et au-delà.

Les informations faisant état de violences commises pendant les manifestations organisées récemment en Syrie et qui ont causé la mort de plusieurs manifestants et membres des forces de sécurité, sont préoccupantes. Il a été signalé que des éléments extrémistes armés se mêlaient aux manifestants et profitaient des manifestations pour attaquer les membres des forces de sécurité et endommager des biens appartenant au Gouvernement. Il semble que l’on ne connaisse toujours pas l’identité des auteurs de ces attaques violentes.

Nous avons pris acte de la nomination par la Syrie d’une commission chargée d’enquêter sur les actes de violence commis pendant les manifestations et des nombreuses mesures annoncées pour répondre aux revendications de la population, dont, entre autres, la levée des lois d’urgence, l’abolition des cours de sûreté de l’État et le transfert des pouvoirs d’enquête à la police. Le Gouvernement a également annoncé la mise en place de procédures pour l’organisation de manifestations pacifiques. Nous espérons que ces mesures, initiées par le Gouvernement syrien dans le cadre d’un processus sans exclusive de dialogue politique et de réforme, ne sont que les premières prises en réponse aux aspirations de tous les segments de la société syrienne.

Sachant que nous déplorons la violence quels qu’en soient les auteurs, le Conseil doit affirmer clairement qu’il relève de la responsabilité des États souverains de répondre aux aspirations de leur population en adoptant les mesures administratives, politiques, économiques et autres mesures nécessaires. Dans le même temps, il revient aux États de décider de la meilleure manière de procéder pour maintenir l’ordre public interne et prévenir la violence. La responsabilité principale du Conseil dans ce cas particulier est de demander instamment à toutes les parties de renoncer à la violence sous toutes ses formes et de chercher à répondre aux revendications par des moyens pacifiques.

Nous estimons que les organisations régionales et sous-régionales ont un rôle important à jouer dans le règlement de la crise dans la région, y compris en Syrie. Il est essentiel de déployer tous les efforts possibles pour apaiser les tensions plutôt que de les exacerber. Ma délégation appuie toutes les mesures visant à mettre un terme à la violence et à rétablir la paix.

M. Messone (Gabon) : Le Gabon, comme les autres délégations, tient à exprimer sa profonde préoccupation quant à la situation alarmante qui prévaut en Syrie. Le Gabon apprécie positivement la levée de l’état de siège et d’autres mesures prises par les autorités. Toutefois, nous les exhortons à mettre immédiatement un terme à la répression récente de manifestations pacifiques. De même, nous appelons à faire la lumière sur ces actes de violation des droits de l’homme.

Mon pays insiste sur l’exigence de respect du droit international et humanitaire au regard de la dégradation de la situation humanitaire telle que décrite par le Secrétaire général adjoint, M. Pascoe. Ma délégation appelle le Gouvernement syrien à mettre en œuvre des mesures concrètes de réforme profonde pour répondre aux aspirations du peuple. De même, nous appelons les autorités à assurer la protection des civils dans les opérations de maintien de l’ordre.

Le Gabon, qui est attaché au dialogue politique inclusif comme garantie de la paix, appelle les autorités syriennes à mettre en place des mécanismes reconnus qui prendraient en compte les aspirations légitimes du peuple afin d’instaurer une paix et une stabilité durables. C’est dans ce sens que nous saluons la tenue prochaine, le 8 mai, de la réunion des ministres des affaires étrangères de la Ligue des États arabes.

Enfin, nous appelons tous les acteurs régionaux à soutenir ces efforts de dialogue en vue de mettre un terme au cycle actuel de « répression-manifestations ».

Mme Viotti (Brésil) (parle en anglais) : Je remercie le Secrétaire général adjoint, M. Lynn Pascoe, de son exposé. Nous devons défendre les libertés fondamentales dans tous les contextes. Voici le message cohérent que ce Conseil et la communauté internationale doivent envoyer face aux défis découlant des changements historiques qui se produisent dans le monde arabe. Le Brésil est solidaire des manifestants pacifiques qui demandent une participation politique accrue, de meilleures perspectives économiques et le respect de la liberté et de la dignité.

Nous sommes préoccupés par l’escalade actuelle de la violence en Syrie. Nous condamnons l’utilisation de la force contre des manifestants non armés, et ce où qu’elle se produise. Nous espérons qu’il sera possible de régler la crise par le dialogue. Les aspirations légitimes des populations du monde arabe doivent être satisfaites par le biais de processus politiques ouverts, et non par la voie militaire. À ce stade, il est probable qu’une poursuite de la répression ne fera que provoquer davantage de manifestations et de protestations. Nous espérons que les dirigeants syriens choisiront la voie du dialogue et de la réforme comme moyen le plus efficace d’apaiser la situation.

Nous prenons acte des efforts de réforme faits par le Gouvernement syrien. La levée de l’état d’urgence et l’adoption d’autres mesures législatives concrètes constituent des mesures encourageantes visant à répondre aux aspirations légitimes de la population. Nous espérons que ces mesures seront mises en œuvre sans tarder. Nous saisissons cette occasion pour encourager le Gouvernement syrien à engager un dialogue politique large et ouvert avec toutes les parties concernées. La réforme, et non la répression, est la voie à suivre.

Les organisations régionales ont une contribution essentielle à apporter pour élaborer des solutions politiques ayant une véritable chance d’aboutir et de favoriser une transformation pacifique. À cet égard, je tiens à souligner le rôle crucial joué par la Ligue des États arabes en insistant pour que des mesures porteuses d’espoir soient prises.

Nous sommes conscients de l’importance que revêt la stabilité en Syrie pour la stabilité générale du Moyen-Orient. La Syrie étant un élément essentiel de la stabilité régionale, il est d’autant plus important de s’employer à faire que des réformes et un véritable dialogue y soient engagés dans des conditions pacifiques et stables, et ce, autant que faire se peut, à l’abri des tensions et des pressions externes.

M. Salam (Liban) (parle en arabe) : Je tiens à commencer en remerciant M. Pascoe de son exposé.

Je rappelle que les relations entre le Liban et la Syrie dépassent le simple bon voisinage. C’est pourquoi l’Accord de Taëf, qui est le fondement de la Constitution libanaise, stipule que le Liban, arabe dans son identité, est lié par des relations fraternelles sincères à tous les États arabes et entretient avec la Syrie des relations particulières dont la force émane de leur histoire et de leurs intérêts fraternels communs. La coordination et la coopération entre les deux pays sont basées sur ces principes.

La sécurité du Liban est liée à celle de la Syrie, et vice versa. Les faits qui surviennent au Liban concernent la Syrie, et ceux qui surviennent en Syrie concernent le Liban. L’histoire a démontré ce fait de la plus convaincante des manières. Lorsqu’il a fait référence aux événements en Syrie, le Président de la République, Michel Sleiman, a déclaré très clairement que

« Le Liban appuyait la stabilité en Syrie et dans le monde arabe en général, mais plus particulièrement en Syrie car la sécurité de nos deux pays est étroitement liée, comme nous le savons tous. Par ailleurs, le Liban appuie la décision des dirigeants syriens de lancer des réformes, dont la levée de l’état d’urgence et l’abrogation des lois sur les partis politiques et les médias. Le Liban reconnaît aussi le bien-fondé des appels lancés en faveur de réformes et qu’ils ne visent pas à fomenter des rivalités sectaires et les troubles. »

Aujourd’hui, plus que jamais auparavant, les Libanais sont solidaires, par le cœur et par l’esprit, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Syrie, de son peuple et de la sûreté et de la sécurité de ses enfants. Au Liban, nous savons mieux que quiconque le rôle central que la Syrie a joué dans notre histoire. Nous déplorons les morts et les blessés. Nous exprimons nos condoléances à leurs familles et espérons que la Syrie continuera sur la voie de la paix et du progrès.

M. Amieyeofori (Nigéria) (parle en anglais) : Je tiens moi aussi à remercier le Secrétaire général adjoint, M. Pascoe, pour son exposé complet et instructif sur la situation en Syrie.

Le Nigéria partage les préoccupations de la plupart des délégations face à la violence généralisée qui s’est emparée de la Syrie depuis la fin du mois de mars et qui a fait des centaines de morts et de blessés. Nous demandons qu’il soit mis fin à la violence et aux massacres et exhortons toutes les parties à faire preuve de calme et de retenue.

Dans ces circonstances, nous tenons à réitérer l’importance de la protection des civils, le respect des droits de l’homme et la nécessité de protéger le droit de réunion pacifique. La levée de l’état d’urgence, en vigueur depuis 48 ans, et le programme de réformes annoncé par le Gouvernement, bien qu’ils n’aient que trop tardé, sont un pas dans la bonne direction. C’est pourquoi nous encourageons le Gouvernement syrien à consolider ce processus et à mettre rapidement en œuvre ces mesures.

À notre avis, le règlement de la crise syrienne, comme la plupart des délégations l’ont signalé, exige une certaine prudence, car cette crise pourrait avoir un impact négatif sur la paix et la sécurité régionales.

Enfin, nous appelons à un dialogue participatif et à de véritables réformes qui répondent aux préoccupations et aux aspirations légitimes du peuple syrien, y compris un processus de démocratisation qui promouvra la paix et la stabilité dans le pays. À cet égard, nous nous félicitons de la déclaration faite par la Ligue des États arabes. Nous croyons que celle-ci a un rôle important à jouer dans le règlement de la crise syrienne. Nous engageons instamment les autorités syriennes à fournir un accès à l’assistance internationale et de l’aide aux personnes ayant besoin de soins et de médicaments afin de mettre fin à la détérioration de la situation.

M. Barbalić (Bosnie-Herzégovine) (parle en anglais) : Qu’il me soit d’emblée permis de remercier le Secrétaire général adjoint, M. Pascoe, pour son exposé sur l’évolution récente de la situation en Syrie.

La Bosnie-Herzégovine est extrêmement préoccupée par la situation en Syrie et déplore les pertes en vies humaines et le nombre élevé de blessés. Nous exprimons nos condoléances les plus sincères aux familles et aux amis des victimes.

Nous nous joignons également aujourd’hui à tous ceux qui condamnent la violence actuelle ; elle doit cesser immédiatement. Les responsables de ces crimes doivent être tous traduits en justice et tenus pour responsables de leurs actes.

Nous prenons note de la levée de l’état d’urgence et du programme de réformes annoncé par le Président Al-Assad. Nous partageons l’avis du Secrétaire général, à savoir que l’application effective des réformes est nécessaire pour répondre aux aspirations légitimes du peuple syrien et assurer la paix et l’ordre dans le pays. De plus, nous sommes convaincus que seul un vote inclusif et effectif mené par les Syriens eux-mêmes permettra de répondre aux aspirations et aux demandes du peuple.

Enfin, on ne saurait trop souligner l’importance cruciale de la Syrie pour la paix et la sécurité au Moyen-Orient. En conséquence, tout en appuyant sans réserve la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie, nous sommes convaincus que seul un vote inclusif et effectif mené par les Syriens eux-mêmes permettra de répondre aux aspirations et aux demandes du peuple.

M. Moraes Cabral (Portugal) (parle en anglais) : Je remercie le Secrétaire général adjoint, M. Pascoe, pour son exposé.

Au Moyen-Orient, des événements dramatiques font rapidement évoluer la situation dans la région. Comme les autres peuples de la région, les Syriens réclament la liberté, la démocratie et des réformes. La seule façon de répondre à ces aspirations légitimes passe par un dialogue authentique et ouvert à tous. La violence et la répression ne pourront jamais rien résoudre.

Le Portugal est extrêmement préoccupé par la situation en Syrie et par l’intensification de la violence qui fait des centaines de morts et de blessés. Nous exprimons nos condoléances aux familles de toutes les victimes. Nous condamnons avec force la violence contre les manifestants pacifiques et exigeons qu’elle cesse immédiatement. Et nous réclamons que les responsables de la violence répondent de leurs actes. Nous appuyons l’appel lancé par le Secrétaire général en faveur de l’ouverture d’une enquête indépendante, transparente et effective sur les tueries.

Le Portugal prend note de la décision du Gouvernement syrien de lever l’état d’urgence, des lois promulguées ces derniers jours, et de l’intention annoncée de procéder à des réformes politiques. Ces mesures et ces intentions doivent cependant être crédibles, menées effectivement à bien et se traduire par de véritables améliorations et des réformes concrètes. Les autorités syriennes doivent respecter les droits de l’homme, dont la liberté d’expression et le droit de réunion pacifique, ainsi que la liberté de la presse, et respecter l’intégrité et la dignité des personnes arrêtées et leur droit à une procédure régulière.

Mon pays est bien conscient de l’importance critique de la Syrie pour la paix et la sécurité au Moyen-Orient. Nous sommes également pleinement attachés à l’indépendance, la souveraineté, l’unité et l’intégrité territoriale de la Syrie. Le Portugal salue et appuie la déclaration publiée par le Secrétariat général de la Ligue des États arabes sur l’évolution actuelle de la situation dans un nombre croissant de villes arabes, l’appel qu’il a lancé aux gouvernements de s’engager immédiatement dans un processus de réforme, et la prochaine réunion des ministres des affaires étrangères de la Ligue.

Le Portugal appelle encore une fois le Gouvernement syrien à faire montre de toute la retenue possible et de veiller à la protection de ses citoyens. Nous demandons à toutes les parties en Syrie de s’engager dans un dialogue général et inclusif et dans un processus de réforme durable et ouvert.

Le Président (parle en espagnol) : Je vais maintenant faire une déclaration en ma qualité de représentant de la Colombie.

Ayant pris note de l’exposé instructif du Secrétaire général adjoint, M. Lynn Pascoe, qu’elle remercie, la Colombie tient à exprimer sa préoccupation face à la détérioration de la situation en Syrie et déplore la répression violente dont les manifestants ont été la cible, ainsi que la mort d’un grand nombre de civils. Nous jugeons inacceptable le recours disproportionné à la force contre la population civile. C’est pourquoi nous réclamons la cessation immédiate de tous les actes de violence, seul moyen de trouver une solution à cette crise.

Il incombe au Gouvernement syrien de respecter et de protéger les libertés individuelles et les droits fondamentaux de l’ensemble de la population. Pour rétablir l’ordre et la paix, le Gouvernement doit garantir à ses citoyens le droit à la vie, le plein exercice de la liberté d’expression et le droit de réunion pacifique, dans le respect rigoureux de ses obligations internationales et du droit international des droits de l’homme.

Nous prenons note de la levée de l’état d’urgence et du programme de réformes annoncé par le Président Bashar Al-Assad, et nous espérons qu’un dialogue inclusif et l’application effective de ces réformes permettront de rétablir l’ordre et la paix sociale.

La Colombie exhorte les autorités syriennes et les manifestants à établir des voies de communication sociales et politiques qui répondent effectivement aux aspirations légitimes du peuple syrien à une société juste, équitable et démocratique dont les citoyens pourront exercer librement leurs libertés et droits fondamentaux. La Colombie réitère la nécessité urgente de mettre fin à la violence et lance un appel énergique en faveur du respect des droits de l’homme des citoyens syriens. Nous attendons avec intérêt l’ouverture d’une enquête indépendante et transparente sur les pertes en vies humaines et nous appuyons les initiatives visant à trouver une solution politique qui permette de rapprocher les parties et contribue à la cessation de la violence.

Je reprends à présent mes fonctions de Président du Conseil.

M. Ja’afari (République arabe syrienne) (parle en arabe) : Voilà plus de six semaines qu’ont débuté les violences perpétrées par des groupes extrémistes dont l’objectif principal est très clairement de renverser le Gouvernement syrien. Tout au long de toute cette période, les autorités chargées du maintien de l’ordre ont exercé la plus grande retenue pour éviter de faire des victimes parmi les civils innocents. Toutefois, ces groupes, qui abritent des éléments criminels armés, ont continué de tuer des civils innocents et un grand nombre de membres des forces de sécurité et de s’attaquer aux bâtiments administratifs, aux institutions publiques et aux installations de l’armée et des forces du maintien de l’ordre.

Le Conseil de sécurité sait que le Gouvernement a pris de nombreuses mesures pour répondre aux revendications légitimes du peuple, et a notamment levé l’état d’urgence, aboli la Haute Cour de sûreté de l’État et promulgué un décret-loi reconnaissant, pour la première fois dans l’histoire du pays, le droit de manifester de manière pacifique. Des mesures ont également été prises pour lutter contre la corruption et répondre aux revendications du peuple sur des aspects touchant à la vie quotidienne des citoyens syriens. Je voudrais également appeler l’attention du Conseil sur le fait que le Gouvernement va prendre d’autres mesures pour accélérer le processus de réforme dans le pays, ce qui correspond parfaitement aux appels lancés par plusieurs membres du Conseil.

Plutôt que de battre en retraite suite aux réformes engagées par les dirigeants syriens, les parties à l’origine des protestations ont multiplié les attaques contre des positions de l’armée, détruit des bâtiments des services de sécurité, tué de nombreux membres des forces de l’ordre, profané le corps des victimes, incité au meurtre et incendié des établissements privés et publics. J’ai entre les mains la liste des noms de 51 membres des forces armées, officiers supérieurs ou simples soldats, tombés sous les balles des groupes armés. Ceux qui souhaitent en prendre connaissance peuvent nous contacter et nous leur en transmettrons une copie.

Face aux revendications de la population, le Président de la République a rencontré des délégations populaires de chaque province syrienne pour répondre directement aux doléances et aux demandes des citoyens. Le Président a donné des consignes pour que toutes les revendications légitimes soient satisfaites et que toutes les victimes, militaires et civiles de ces troubles qui secouent le pays, soient considérées comme des martyrs.

En réponse à ces mesures d’ouverture prises par l’État et ses institutions, ceux qui s’emploient à nuire à la Syrie profitent de ce climat constructif pour porter atteinte à la sécurité du pays, à sa sûreté et à sa stabilité en se livrant à des actes de banditisme, en menaçant les citoyens et en obligeant les écoles et les institutions publiques à fermer leurs portes. Dans tout le pays, ils continuent de mener des actions contraires aux intérêts des citoyens, menaçant leur sécurité et les empêchant de vivre normalement.

Cette campagne menée en Syrie s’accompagne d’une propagande médiatique sans précédent dans la région, dirigée contre la Syrie et contre ses politiques intérieures et nationales. Le vandalisme et le terrorisme sont encouragés et les intentions du Gouvernement sont mises en doute. Dans de nombreux cas, les faits sont déformés et les manifestants sont incités à incendier les biens publics et à remettre en cause la position de l’État sur la situation. Les actes de violence sont encouragés ou justifiés afin d’anéantir les efforts de réforme déployés par le Gouvernement. Des fatwas ont également été émises depuis l’étranger, appelant à se dresser contre le pouvoir et les structures étatiques.

Cette campagne coïncide avec la diffusion d’informations confirmant que des acteurs officiels étrangers ont financé ou encouragé des actes de sabotage contre la Syrie, son peuple et ses dirigeants. Je voudrais citer à titre d’exemple, et purement à titre d’exemple, un article du journal états-unien Washington Post publié le lundi 18 avril, dans lequel il est indiqué que depuis 2006, ce qui signifie que cela a commencé sous l’Administration précédente, le Département d’État états-unien a versé quelque 6 millions de dollars à un groupe d’opposants syriens pour financer une chaîne de télévision par satellite, Barada TV, opposée au Gouvernement et dont le siège est installé à Londres. En outre, depuis 2005, le Gouvernement des États-Unis appuie financièrement plusieurs figures de l’opposition syrienne, dans le cadre d’une campagne à long terme dirigée, d’après ce journal états-unien, contre « le régime du Président Bashar Al-Assad ». Pour compléter ce tableau décrivant le complot dont est victime mon pays, je voudrais appeler l’attention du Conseil sur les propos tenus devant de nombreux médias par un opposant syrien résidant en France, qui a affirmé que trois parties étrangères différentes lui ont proposé, personnellement, d’acheminer des armes en Syrie.

Ces actes visent à nuire à notre économie nationale. De fait, les marchés sont au point mort, le tourisme a cessé et l’investissement est en baisse. Tout cela fait partie d’une tentative d’accroître l’instabilité dans le plus grand nombre possible de villes et de villages syriens.

Dans le cadre de leur responsabilité de protéger la Syrie et ses frontières avec les pays voisins, les autorités ont intercepté de nombreuses cargaisons d’armes destinées à des groupes ayant l’intention de porter atteinte à la stabilité et à la sécurité du pays. Il a été prouvé que ces armes avaient été envoyées de l’étranger par des groupes religieux extrémistes à leurs agents présents dans le pays dans le but de tuer des innocents, d’incendier des institutions publiques et privées et, en général, de semer le chaos dans le pays. Il était donc naturel, dans ces conditions, que l’État assume – tout comme l’aurait fait n’importe quel pays face à de telles menaces – la responsabilité fondamentale qui lui incombe de répondre aux appels de ses citoyens, qui jouissaient de la paix et de la sécurité.

Les dirigeants syriens sont convaincus que ces milieux extrémistes ne veulent pas de réformes, mais cherchent à renverser le Gouvernement en tuant et en semant le chaos. Il était donc logique que les autorités syriennes répondent aux appels de leurs concitoyens afin de les protéger contre les actions de ces groupes terroristes extrémistes et de rétablir l’ordre dans le pays. C’est exactement ce qui s’est passé dans la ville de Deraa, que M. Pascoe a mentionnée tout à l’heure. Les forces de sécurité ont trouvé de grandes quantités d’armes sophistiquées, y compris des mitrailleuses et du matériel de communication de pointe. L’opération a également abouti à l’arrestation d’un grand nombre de membres des groupes extrémistes qui ont semé la terreur et la mort ; d’autres groupes ont, quant à eux, réussi à fuir hors de la province. Les détenus ont reconnu leurs crimes ainsi que le fait qu’ils avaient reçu de grosses sommes d’argent pour commettre leurs actes, ce que l’État ne peut ni accepter ni justifier.

La Syrie estime qu’un débat sur cette question au Conseil de sécurité n’est pas justifié. Nous considérons comme particulièrement suspectes les tentatives de certains de donner l’impression que l’État syrien ne protège pas sa population. Alors que des groupes armés ont commis des meurtres et des actes de destruction, comme je l’ai dit, j’insiste sur le fait que personne n’a le droit de protéger ces groupes, ne serait-ce que d’y songer. L’État syrien défend son peuple et le protège des complots séditieux fomentés par les ennemis de la Syrie dans le seul but de mettre à mal sa sécurité et son indépendance. Il rejette toute tentative de pression politique en provenance de l’extérieur du pays visant à lui faire changer des politiques nationales qui servent les intérêts du peuple et de la nation.

Afin de préserver les droits de tous les citoyens syriens, une commission judiciaire a été mise sur pied pour enquêter sur tous les incidents survenus lors des récents affrontements dans lesquels il y a eu, malheureusement, des morts parmi les civils et le personnel militaire.

De l’avis de mon gouvernement, une seule victime est déjà un prix trop élevé à payer, et nous le regrettons. En tant que Gouvernement, nous ne pouvons accepter que certains prétendent attacher plus de valeur à la vie de nos ressortissants que nous ne le faisons. Les politiques d’ingérence dans les affaires d’autres États sur la base de divers prétextes et justifications se sont toujours révélées erronées. Pour nous, certaines des déclarations que nous venons d’entendre à l’encontre de la Syrie ne peuvent être interprétées que comme des incitations à l’extrémisme et au terrorisme. Ce sont des innocents, en Syrie et dans le reste du monde, qui en paieront le prix. La stabilité et la paix de la région en pâtiront également.

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LE CHAOS ARABE:Un printemps ou un mirage?

Publié le par Mahi Ahmed

LE CHAOS ARABE
Un printemps ou un mirage?

28 Avril 2011 -

«Le premier des droits de l’homme c’est la liberté individuelle, la liberté de la propriété, la liberté de la pensée, la liberté du travail.» Jean Jaurès

Depuis plus de quatre mois, les peuples arabes connaissent, à des degrés divers, l’instabilité. Les révoltés se battent pour la liberté. Les révoltes dans chacun des pays ont des singularités, mais elles ont un dénominateur commun. Ce sont les jeunes qui en sont les moteurs. S’il est vrai que des dynamiques souterraines existaient pour se soulever contre les pouvoirs en place et les motifs sont légion, on ne peut pas cependant, exclure les manipulations occidentales qui, à des niveaux divers guident ou canalisent ces révoltes. Nous allons examiner la situation actuelle de ces révoltes qui jouent les prolongations. Ainsi et comme l’écrit Ahmed Al Zorqa à propos du Yémen protégé par les Américains: «Le président Ali Abdallah Saleh a donné son accord à un projet du Conseil de coopération du Golfe prévoyant sa démission à moyen terme. Si les partis d’opposition semblent favorables à ce plan, les manifestants exigent toujours le départ immédiat du dirigeant yéménite. Le plan de sortie de crise présenté le 23 avril par les monarchies du Golfe est en réalité destiné à empêcher la transition démocratique au Yémen.(...) Car c’est l’Arabie Saoudite qui fait barrage aux demandes de chute du régime. Elle ne veut pas que les Yéménites réussissent leur transition démocratique, de peur de perdre son influence sur le pays voisin, qu’elle considère comme son arrière-cour.(1)
Mieux encore, les dépêches en provenance de Bahreïn [ où il y eut une répression avec l’aide de l’Arabie Saoudite] révèlent que les forces de sécurité continuent de violer la Convention de Genève en torturant les protestataires qui participent aux manifestations.»

Humanitaire à géométrie variable
On est en droit de se demander pourquoi l’Occident (les Etats-Unis et leurs alliés français et anglais) ont une conception de l’ingérence humanitaire à géométrie variable. Les Bahreinis ne sont-ils pas des humains au même titre que les Libyens? Quarante-deux ans d’un pouvoir exécrable ne tolèrent, écrit certes, nulle indulgence. Mais l’argumentaire occidental, «la protection des populations», une version réactualisée de l’ingérence humanitaire, gagnerait toutefois en crédibilité si une telle mesure s’était appliquée également aux pays en proie à la même contestation populaire, périphérique de l’Arabie Saoudite, particulièrement Bahreïn et le Yémen, où la répression a atteint le même degré de férocité qu’en Libye. L’imposition de cette mesure, le 18 mars 2011, révèle la duplicité de la diplomatie occidentale dans le traitement des grands problèmes internationaux, particulièrement en ce qui concerne la gestion des conflits du tiers-monde. Les tergiversations occidentales à l’égard de cette mesure masquent mal les compromissions de l’Europe avec le gouvernement du colonel El Gueddafi et s’expliquent par l’importance que revêt le marché libyen aux yeux des divers protagonistes, notamment au niveau des transactions militaires: quatorze des vingt-sept pays membres de l’Union européenne exportent des armes vers la Libye, pour un montant de 844 millions de dollars, alors qu’un embargo «de facto» sur les livraisons d’armes est désormais en vigueur. L’empressement de la France de prendre la tête de cette nouvelle «croisade», selon l’expression de son ministre de l’Intérieur Claude Guéant, répond au souci de Nicolas Sarkozy de gommer de la mémoire l’accueil triomphal réservé à El Gueddafi, en décembre 2007, avec l’installation de sa tente dans le périmètre de l’Elysée, en même temps que de se dédouaner de sa complaisance ancienne avec les dictateurs arabes. http://www.renenaba.com/libye-le-zele-de-la-france-en-suspicion/ 25.04.201.
Pour Manlio Dinucci, l’objectif de la guerre en Libye est double. «Il n’est pas seulement le pétrole, dont les réserves (estimées à 60 milliards de barils) ni le gaz naturel dont les réserves sont estimées à environ 1500 milliards de m3. Dans le viseur des «volontaires» de l’opération «Protecteur unifié» il y a aussi les fonds souverains, les capitaux que l’Etat libyen a investi à l’étranger. Les fonds souverains gérés par la Libyan Investment Authority (Lia) sont estimés à environ 70 milliards de dollars, qui grimpent à plus de 150 si l’on inclut les investissements étrangers de la Banque centrale et d’autres organismes. (...) Selon les déclarations officielles, c’est «la plus grosse somme d’argent jamais bloquée aux Etats-Unis», que Washington garde «en dépôt pour l’avenir de la Libye». Elle servira en réalité pour une injection de capitaux dans l’économie étasunienne toujours plus endettée. Quelques jours plus tard, l’Union européenne a «gelé» 45 milliards d’euros de fonds libyens».(2)
Abdelatif Kerzabi explique cela par l’autoritarisme. Ecoutons-le: «L’autoritarisme (G. Hermet, 1985) est un rapport gouvernants-gouvernés reposant de manière suffisamment permanente sur la force plutôt que sur la persuasion. L’autoritarisme se manifeste par: l’absence de respect des droits de l’homme, l’embrigadement de la société par la réglementation de tous les aspects de la vie sociale, la persécution de l’opposition, la restriction des libertés d’association, d’expression et d’opinion, le recrutement de l’élite politique relève de la cooptation, enfin, les élections ne sont qu’une apparence démocratique et visent à légitimer le système politique aux yeux du monde. Voilà ce qui s’apparente aux régimes politiques dans le Monde arabe». C’est contre ces régimes que la rue arabe explose. (...) Ils se font appeler Zaïms (leaders charismatiques) après les indépendances des pays arabes, et centralisent tout le pouvoir politique. C’est l’euphorie des peuples arabes qui viennent de se libérer du colonialisme. (...) Armés de leur légitimité historique, les Etats arabes ont imposé leur domination sur la société par la concentration des pouvoirs. Les pouvoirs en place n’admettent pas les voix discordantes. Ils se considèrent investis d’un message divin que les autres n’ont pas le droit de discuter. Ici et là, l’opposition est considérée comme une agression au Watan (la nation). Les opposants sont des Khaouana (traîtres à la nation). Dans les années quatre-vingt, alors que la démocratie se met en place en Europe de l’Est, les pays arabes font foi d’une certaine réticence dans un monde où la liberté des peuples apparaît comme une norme universelle (...) La démocratie libérale et le libre marché constituent désormais l’horizon indépassable pour toutes les sociétés nous dit le philosophe américain F. Fukuyama. Les Constitutions sont révisées pour ouvrir le champ politique à la société mais surtout pour pérenniser les pouvoirs en place. Les pays arabes ont réussi à mettre en place des institutions «démocratiques» tout en les vidant de leur substance. Invoquant l’ordre sécuritaire et l’ordre public, le législateur arabe privilégie le contrôle sur toute la société. Ainsi, les médias se transforment en porte-parole du régime, les libertés violées, le Parlement ligoté, etc.
Depuis la chute de l’Empire ottoman, l’économie de rente dans les pays arabes est restée prépondérante même si elle a changé de forme. On ne peut pas dire que le Monde arabe a réussi son développement. Selon le Pnud, environ 40% de la population des pays arabes, soit 140 millions de personnes, vit en dessous du seuil de pauvreté. (...)Nous pensons que le calme qui a régné dans la rue arabe est dû en grande partie à la fermeture des espaces publics qui n’a pas permis le passage de l’indignation individuelle poussée jusqu’au suicide, à l’indignation collective. Ce sont les télévisions satellitaires et l’Internet qui vont faire ce que l’imprimerie (encore une découverte arabe) a fait pour la révolution française. Internet avec ses réseaux sociaux ainsi que les chaînes satellitaires (Al Jazeera, Al Arabia, BBC, France24...) ont bouleversé le paysage médiatique dans le Monde arabe. L’enfermement médiatique et culturel des pays arabes ne résiste pas à ce déferlement des médias portés par les nouvelles technologies. Désormais, on informe et on s’informe, on sait ce qui se passe ailleurs, on lit les ouvrages interdits, on discute...Bref, le peuple arabe s’émancipe et saute les verrous de la censure. Face aux intellectuels nationalisés qui courtisent le prince, des jeunes internautes animent le débat public. A défaut d’espaces publics, la génération «Facebook et Sms» a créé un espace virtuel où chacun profiterait de sa liberté. L’alibi culturel qui fait que les peuples arabes sont réfractaires à la démocratie et aux valeurs universelles, est contredit par la rue arabe. Pis encore, c’est le manque de liberté qui les a conduits à se réfugier dans l’Islam pour l’utiliser à des fins libératrices. La radicalisation de cet islamisme dans sa forme violente au nom de la «guerre sainte» a donné aux pouvoirs totalitaires une raison de plus pour maintenir sous contrôle les sociétés arabes.»(3)
Pour l’universitaire, Olivier Roy Directeur du programme méditerranéen de l’Institut universitaire européen de Florence. «L’avenir du mouvement démocratique dans le Monde arabe se jouera sur une longue durée, comme les révolutions du XIXe siècle Ce mouvement des Jeunes, un mouvement générationnel de jeunes modernistes, à la fois par leur technique de communication, leur comportement et leurs demandes: démocratie, liberté, fin de la corruption, dignité, respect. Ce sont des révoltes indigènes dans un espace politique où la dimension idéologique est absente. Les référents idéologiques qui ont dominé le Monde arabe pendant soixante ans - nationalisme, panarabisme, panislamisme, antisionisme, anti-impérialisme - sont taris. On demande la liberté de créer des partis politiques, un Parlement, une Constitution. En ce sens, du point de vue politique, c’est une révolte libérale.
Les acteurs politiques traditionnels (les Frères musulmans et l’armée) ont compris que les règles du jeu avaient changé et admis la nécessité des réformes. (...) Le mouvement somme les acteurs politiques traditionnels de mettre en place un espace politique démocratique.(4)

Quel est le logiciel occidental de redécoupage du Monde arabe?
Après l’échec de la démocratie aéroportée en Irak et dans le bourbier afghan, les puissances occidentales essaient d’arriver à la même finalité en mettant en oeuvre une autre tactique celle de miner le Monde arabe de l’intérieur. il faut dire qu’ils ont la partie facile tant les gouvernants qui cultivent le culte de la personnalité voire du sauveur «El Mahdi» ont tout fait pour installer leur peuple dans les temps morts, chacun utilisant une légitimité soit révolutionnaire, soit religieuse, soit divine...L’essentiel est de garder le pouvoir même au prix du désespoir de chacun (harraga, kamikaze...). Selon une étude de la Rand Corporation de 2005 on apprend que l’Amérique essaie de subdiviser l’Oumma musulmane en divers camps. Elle donne la recette à adopter ou adapter selon qu’elle a affaire aux fondamentalistes, aux traditionalistes, aux modernistes, et carrément aux séculiers. Dans le même esprit, Gilles Munier cite nommément Israël et les Etats-Unis comme des catalyseurs de la fitna syro-syrienne. «Les manifestations qui ont lieu en Syrie font le bonheur des dirigeants israéliens. Bien que les contestataires syriens affirment être tous attachés à l’unité de la Syrie, le vieux rêve sioniste de partition du pays en quatre Etats -sunnite, druze, alaouite, kurde - leur semble à portée de main. Invité aux Etats-Unis par le Centre S. Daniel Abraham pour la paix au Moyen-Orient, Shimon Peres a été reçu, le 5 avril dernier, à l’USIP - United States Institute for Peace - un think tank créé par le Congrès américain en 1984 pour «prévenir et résoudre les conflits dans le monde». Il a appelé la «Communauté internationale» a soutenir la «transition en Syrie»(...) Il a offert de restituer à la Syrie le Golan, occupé en 1967 puis annexé en 1981. (...) Shimon Peres a posé trois conditions: que la Syrie «divorce» d’avec l’Iran et le Hezbollah, que le plateau soit démilitarisé, que le retrait israélien s’effectue dans le cadre d’un traité de paix. Il s’en est ensuite pris aux Frères musulmans égyptiens, incapables, selon lui, de faire reculer la pauvreté («Le problème de l’Egypte», a-t-il déclaré, «n’est pas de prier dix fois par jour...»).»(5)
En définitive, est-ce que ce qui se passe dans les pays arabes augure d’un printemps ou est- ce un mirage? Pour Kurtz «Les révolutions suscitent l’étonnement, l’admiration, l’espoir mais aussi la compassion quant à la férocité de la répression des régimes en place. La Tunisie, l’Egypte, le Yemen, la Libye et la Syrie vivent avec plus ou moins de violence ces ´´printemps arabes´´. Je crains que dans ces deux pays [Tunisie et Egypte], la révolution ait été confisquée par les caciques des régimes antérieurement en place sous l’influence de l’ami états-unien et français. Il en ira probablement de même du Yémen. Quant à la Libye, détentrice de richesses pétrolières, c’est une autre paire de manches. L’impérialisme n’est pas mort et pourrait instaurer le chaos. La Syrie ne présente aucun intérêt sauf pour le complexe militaro-industriel des EU, mais un enjeu géopolitique. Son alliance avec l’Iran et le Hezbollah libanais, ses frontières avec Israël en font un enjeu non négligeable si l’on considère que l’Irak conquise, la Jordanie et la Turquie pro-occidentales font de ce pays enclavé une proie que l’impérialisme EU cherchera par tous les moyens à domestiquer. Je le dis, ces printemps arabes ne doivent pas faire illusion, noyautés par des pays étrangers aux intérêts des justes revendications de ces peuples, participent à la mise en place d’une stratégie du chaos dont les objectifs visés ne sont pas la démocratie mais l’accaparement des richesses des uns et l’instauration d’une pax américaine dans le croissant fertile au profit d’Israël».(6) Les peuples arabes ne veulent plus se situer «ni contre l’Occident ni à son service Ils veulent être libres et aspirent à la paix. Les gouvernants doivent comprendre la nécessité rapide de mutations pour qu’elles ne soient pas imposées de l’extérieur». L’Occident continue sa rapine et propose une démocratie du ´´panem et circens´´, pain et jeux de la Rome antique. C’est une politique sûre et ancienne que d’y laisser le peuple s’endormir dans les fêtes et dans les spectacles, dans le luxe et dans le faste, dans les plaisirs, dans la vanité et la mollesse ce que nous appelons les soporifiques au lieu de le conduire sur le dur chemin du travail, de la sueur et du mérite. Pour cela, les chefs doivent donner l’exemple...

(*) Ecole nationale polytechnique

1.Ahmad Al-Zorqa. Un plan saoudien loin des revendications populaires. Mareb Press 26.04.2011
2.Manlio Dinucci. La rapine financière du siècle Mondialisation 25 avril 2011
3.Abdelatif Kerzabi http://www.alterinfo. net/La-fin-de-l-autoritarisme-dans-le-monde-arabe_a56744.html 26 Mars 2011
4.François d’Alançon Olivier Roy: «Une révolte moderniste» La Croix 13/04/2011, 18
5. Gilles Munier. Syrie: Israël et les Etats-Unis jettent de l’huile sur le feu. Mondialisation.ca, 21.04.2011
6.Kurts: Le destin des printemps arabes http://bellaciao.org/fr/spip.php?article1164702504 11

Pr Chems Eddine CHITOUR (*)

http://www.lexpressiondz.com/article/8/2011-04-28/88811.html

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La chaine qatarie Al-Jazeera dans la tourmente

Publié le par Mahi Ahmed

La chaine qatarie Al-Jazeera dans la tourmente

 

Par La Rédaction | 28/04/2011 | 10:22



 

La chaîne al-Jazeera est au centre d’une vive polémique qui l’oppose à deux de ses journalistes vedettes ayant démissionné de leurs fonctions en dénonçant le « manque de professionnalisme et d’objectivité » de ce média dans la couverture et le traitement des événements qui font actuellement l’actualité.

Le journaliste Ghassan Ben Jeddou, en charge depuis plusieurs années de l’important bureau d’al-Jazeera à Beyrouth, a été le premier à claquer la porte. Il soutient, selon le journal libanais Es-Safir qui a rapporté ses propos, que cette chaîne fait dans la « propagande » et s’est transformée, au fil du temps, en « chambre d’opération pour la mobilisation et la déstabilisation ». Cette chaîne, a-t-il dit, « est passée d’une chaîne de télévision à une cellule d’opérations encourageant l’incitation et la provocation ».

Le vent de contestation qui souffle dans les salles de rédaction d’al-Jazeera a été également marqué par la démission de l’animateur de l’émission « al-Ittidjah al-mouâakass » ( sens inverse), le Syrien Fayçal Kacem. Face à la situation prévalant dans plusieurs pays arabes, confrontés à des soulèvements populaires, al-Jazeera a mobilisé les gros moyens pour se livrer à une couverture médiatique d’envergure mais qui fait « abstraction », soutiennent des experts en communication, des critères fondamentaux de tout exercice journalistique, que sont l’objectivité et la véracité des faits rapportés.

Le type de couverture mis en oeuvre pour traiter des soulèvements enregistrés en Libye, au Yémen et en Syrie, tout en détournant la caméra des événements au Bahreïn, renseigne sur le « parti pris flagrant » dont fait usage cette chaîne, relèvent-ils. En l’espèce, cette chaîne a « usé et abusé » d’informations et d’échos sonores « tendancieux et fallacieux » puisés pour la plupart de sites Internet ou recueillis auprès de témoins, « sans aucune vérification » au préalable pour authentifier les informations rapportées, affirment-ils.

D’autres spécialistes arabes des médias télévisuels estiment qu’al-Jazeera fonctionne en « décalage flagrant » avec la pratique journalistique universellement reconnue et qui consiste à « rapporter des faits avec rigueur et, autant que faire se peut, objectivité ».

Le politologue Mohamed El Oifi, maître de conférence à l’Institut des sciences politiques de Paris, soutient que cette chaîne couvre les événements marquant la scène arabe en mêlant « engagement et militantisme ».

Ce constat est également partagée par Claire Talon, chercheuse à Sciences politiques Paris (chaire Moyen-Orient) et auteure d’un livre sur al-Jazeera, qui affirme que cette chaîne entretient des « relations troubles » avec l’administration américaine.

Elle cite dans cet ordre d’idées, le processus de diffusion en « exclusivité » des cassettes réputées reproduire les positions d’al-Qaïda, alors qu’elles sont soumises au préalable au visionnage de l’ambassade des Etats-Unis au Qatar.

Cette universitaire précise, en outre, dans un entretien publié récemment par l’hebdomadaire français Témoignage Chrétien, que leur diffusion est programmée lorsque les situations sont favorables à la « propagande américaine » dans la région du Proche-Orient, en Afghanistan et ailleurs. L’ambassadeur américain à Doha considère, par ailleurs, qu’al-Jazeera est un « outil diplomatique efficace », selon les notes rapportées en décembre dernier par Wikileaks.

La divulgation de ce câble diplomatique égratigne au passage l’Etat du Qatar, soupçonné d’utiliser cette chaîne comme « monnaie d’échange » dans ses négociations en matière de politique étrangère. De nombreux observateurs et spécialistes des pratiques du monde audiovisuel étaient unanimes à considérer qu’al-Jazeera « n’est pas au-dessus de tout soupçon », notamment dans sa manière de colporter la rumeur lancée par le Conseil national de transition libyen à propos de l’implication de l’Algérie dans des actes de mercenariat.

Malgré les démentis officiels apportés, en toute occasion, par le ministère algérien des Affaires étrangères, « la chaîne qatarie s’entête à ne donner de crédibilité qu’à la version du CNT libyen que nombre de ses membres ont déjà infirmée », relèvent-ils.

Ces spécialistes semblent aujourd’hui confortés dans leur position, compte tenu du traitement « particulier » auquel se livre cette chaîne concernant la couverture des soulèvements populaires dans certains pays arabes, mais également par la vague de protestation qui gagne en ampleur, exprimée par plusieurs journalistes et autres techniciens, à tous les étages de l’édifice al-Jazeera

 

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Consolider la Révolution tunisienne, assurer sa protection, la prémunir contre les menaces

Publié le par Mahi Ahmed

Consolider la Révolution tunisienne, assurer sa protection, la prémunir contre les menaces

Abdallah Rihani |

 Apr 28, 2011

1- Questions brûlantes sur un passé proche

De nos jours les Rcédistes, (membres de l’ancien parti RCD), cherchent à retrouver une nouvelle prise sur la société tunisienne pour la ramener à la docilité de jadis, celle qui leur laissait le champ libre pour piller et opprimer. Maintenant que leur organisation est interdite, certains d’entre eux se mobilisent pour réclamer le droit des militants «propres» de se réorganiser et de participer de nouveau, dès à présent, à la vie politique du pays, aux élections prochaines, comme si de rien n’était. C’est un problème grave qu’il est important de débattre surtout qu’une partie du courant progressiste, sous prétexte de conciliation et de pardon, s’empresse d’adopter une position à la fois grave et risquée, oublieuse du passé proche du Destour et du RCD, ne tenant plus compte des traditions établies et bien connues des militants qui formaient leurs rangs.

À cet égard, ne faut-il pas rappeler, de nouveau, que la domination despotique et dictatoriale de la Tunisie par deux hommes, Bourguiba puis Ben Ali, ne s’était pas faite toute seule. Non plus que le quadrillage du pays par le parti unique (version I et version II), n’a pas été le fait des seuls dirigeants mais impliquait une faune particulière de miliciens, membres des cellules, délateurs, gros bras, automates applaudisseurs et bien d’autres dont la caractéristique commune est une indifférence crasse envers l’intérêt général du pays. Pas étonnant, par exemple, que les habitants de Tabarka entrent dans une grande colère lorsqu’ils constatent que le rcédiste d’hier veut se faire passer pour un révolutionnaire aujourd’hui.

La Révolution populaire s’est clairement prononcée contre les mœurs mafieuses et l’esprit de bandits des Rcédistes. Les nouvelles fondations de la vie politique que la Révolution vient d’établir seront en danger si la mentalité des rcédistes se greffe dans de nouvelles niches et contamine les mœurs politiques pour nuire aux libertés et à la démocratie. Il faut examiner leurs cas froidement, sans émotion, en tenant compte de l’intérêt général et en appliquant la justice. Ce moyen préserve la société de toute tombée dans les climats de terreur, propres aux dictatures. En appliquant les lois avec rigueur contre ceux qui les ont bafouées, la justice apaisera les craintes et découragera les perturbateurs tout en protégeant la Révolution du 14 janvier 2011 contre ses ennemis et détracteurs.

Ceux qui veulent le salut de la Tunisie doivent tout entreprendre pour rendre définitive la rupture avec les mœurs anciennes. Toutes les tentatives de retour en arrière seront vaines, dépourvues de sens et de valeur. Elles seront contrecarrées par le peuple et la jeunesse tunisienne dont l’action s’inscrit pleinement dans le sens des progrès de la conscience de la liberté dans le monde. Vu les situations désastreuses auxquelles la Révolution vient d’arracher la Tunisie et dans sa suite les autres pays arabes, le peuple est légitimé de la protèger et de la consolider, tel un nouveau-né, jusqu’à la réalisation de ses nobles objectifs d’une vie libre et digne à transmettre en héritage aux générations futures.

Nul ne peut crier à l’injustice ni parler de persécution lorsque la société confronte les menaces à sa survie et lorsqu’elle se donne les moyens d’éviter les dérives ou la déperdition. Un bref rappel de l’histoire des Destouriens et Rcédistes permet de faire ressortir une continuité parlante, des vérités à reconvoquer pour tirer les leçons quant à vouloir ramener par les fenêtres, avec précipitation, ce que le peuple a chassé par la porte après 23 ans de souffrance.

Peut-on, à l’heure actuelle, croire et faire croire que le pays, le peuple et la Révolution sont à l’abri du retour de l’oppression, de ses agents, leurs complices et associés ? Qui est en mesure d’affirmer maintenant que les forces de la noirceur et de la prédation ont été neutralisées, mises hors d’état de nuire ? Comment passer à l’étape de la réconciliation et du pardon si la réponse à la question précédante ne se fonde que sur les impressions ou sur les calculs électoralistes, politiciens ? Oublier les horreurs de la dictature et du despotisme, trois mois après la fuite du dictateur, ne revient-il pas à engager la Tunisie, sans autre précaution, sur une voie dangereuse, pleine de risques pour le présent et le futur ? Où sont passées les leçons de la crise de novembre 1987 et de ses suites ?

2- De Bourguiba à Ben Ali, un sentier tracé

Comment oublier que sous Bourguiba les Tunisiens ont souffert politiquement de l’absence de libertés et économiquement d’un chômage et d’une pauvreté qui ne se sont jamais allégés ? C’est ainsi que le renversement du « combattant suprême », fut vécu comme un grand soulagement. Le coup d’État médical et la fameuse déclaration lue à la radio, avaient été une surprise plutôt agréable à l’époque, un dénouement sans heurts qui a soulagé tout le monde.

Cependant et de fait, dans un pays où jamais l’on avait eu la possibilité de changer de chef d’État, l’occasion était belle, comme moment historique clé et fenêtre d’opportunité, pour réaliser une rupture avec le système et les méthodes de domination despotique que le vieillard avait maintenues et renforcé tout au long de son règne. L’occasion n’a pas été saisie par les forces démocratiques et progressistes, la chance perdue ne reviendra qu’après 23 années infernales. Un passage à vide dont a profité Ben Ali et sa horde pour transformer son régime en une dictature des plus sanguinaires sur terre.

À cette époque les rangs de la résistance étaient dispersés, la pente à remonter était raide. Il a fallut le travail patient et acharné de militants et militantes de très grande valeur qui ont construit les outils qui feront échouer la propagande et les mensonges du régime. Ils vont diffuser l’information crédible et entretenir les débats qui vont éveiller les consciences, mettre les militants en relation et renforcer le réseau des opposants à la dictature. Ces derniers, à leur tour, se découvrent plus proches les uns des autres quant à l’objectif commun visé et les moyens de s’en approcher.

Des sites d’information sont apparus pour consolider la mouvance, ils vont bouleverser complètement la donne contre le régime dictatorial. TuneZine, Tunisnews, Nawaat et les autres sites internet sont devenus des espaces de liberté et de résistance contre la tyrannie.
Ensuite s’est ajoutée la chaîne Al Jazzira avec une information de grande qualité, accessible au plus grand nombre. Une véritable épine aux pieds des dictateurs arabes et de leurs appuis étrangers. Tout ce qui a manqué à la société civile à l’époque du coup d’État en novembre1987, la jeunesse tunisienne, en débats continuels avec les opposants connus ou non, va le conquérir. Elle construira des espaces de liberté que la dictature tentera de saboter de mille façons avec férocité sans jamais décourager la jeunesse qui finit par reconquérir tout site saboté ou espace perdu. Elle poursuivra son combat contre la dictature par le débat, la clarification des idées et la fixation des enjeux.

3 – Les coûteuses erreurs du passé

La dictature et la chute dans le vide, subies par le peuple et le pays, étaient-elles nécessaires et inévitables ? Si oui, est-ce que cela veut dire que la même descente aux enfers peut encore survenir en Tunisie dans le futur sans que personne ne pourra rien empêcher ?

Ces questions s’imposent car en novembre 1987 le jeu politique n’était pas cristallisé ni figé et il ne le deviendra que plus tard après plus de 18 mois environ. Durant cette première période tout le monde était tombé dans la liesse, les hommes politiques en particulier n’avaient pas saisi l’opportunité pour faire le travail pour lequel ils sont généralement choisis, élus. Ce travail consiste à négocier au nom des groupes ou des associations pour soutirer des concessions, réaliser des gains et se donner des garanties contre les volte-face et les manipulations. À cet égard, les forces vives du pays n’avaientelles pas fait montre d’inconséquence politique et de faiblesse grave d’évaluation et de vision en 1987 ? La réponse est claire ici puisque ces forces n’avaient pas montré une grande volonté de changement ou la conviction ferme de mettre un terme aux habitudes non démocratiques et despotiques imposées par Bourguiba et les Destouriens peu de temps après l’indépendance.

Le syndicat UGTT, certes toujours surveillé, toujours réprimé, n’était pas en position de requérir quelque garantie que ce soit contre le retour des compagnes sanglantes et des machinations dont il était régulièrement l’objet. Mais le syndicat national n’était pas le seul à se rallier en 1987 sans gain substantiel, toutes les formations de l’opposition politique tunisienne s’étaient montrées optimistes, bien disposées envers Ben Ali, pourtant reconnu pour être le responsable de la boucherie sanglante du 26 janvier 1978.
Ces forces n’avaient montré aucune méfiance envers le successeur autoproclamé de Bourguiba et ses complices conspirateurs. Cela aussi malgré le fait que les moyens utilisés par le trio Baccouche-Ammar-Ben Ali, étaient des moyens illégaux, violent les lois et passibles de peines très sévères. Tout avait été accepté.

Moins que tout le monde, en novembre 1987, les Destouriens n’avaient montré aucune réticence envers les actes posés et aucune méfiance envers les possibles dérives du nouveau chef qui s’était imposé. Ce point est important à souligner car il permet de rappeller que les coups de force et les conspirations sont des traits associés à la pratique historique du Destour depuis bien avant l’indépendance de 1956. Pas étonnant alors que ses membres, en 1987, n’aient rien trouvé d’anormal au mépris des lois pour ensuite accepter aussi l’usage étendu et abusif de la force et la torture des citoyens comme moyens valables pour atteindre des objectifs politiques contestés par la société.

Il faut aussi rappeler que le Destour a toujours disposé d’une milice aux ordres capable de violenter les étudiants, de briser les grèves, d’agresser les opposants, leurs enfants, conjoints, proches et voisins. En novembre 1987 la fameuse déclaration programme (le mensonge) lue par Ben Ali, avait causé une joie que le peuple, débarrassé du spectacle quotidien d’agonie que projetait Bourguiba, n’avait pas cherché à gâcher. Il n’a pas réclamé, et les élites avec lui, de garanties pour une véritable vie démocratique et une rupture, véritable et définitive, avec les pratiques défaillantes du passé. Tout le monde doit tirer les leçons pour le temps présent, avril 2011, trois mois après la Révolution du 14 janvier 2011.

Bien sûr le contexte était particulier, nul ne peut oublier qu’en 1987 les conditions politiques et sociales étaient difficiles, incomparables avec celles de 2010-2011. Il faut rester lucide et se dire, comme notre passé l’illustre bien, le remplaçant d’un tyran ou d’un dictateur ne sera pas forcément un démocrate acquis à l’ouverture et immunisé contre les dérives autoritaires. Il faut espérer le meilleur mais rester préparer à affronter le pire s’il se présente.

Notre propos veut souligner ce qui suit : toutes les garanties qu’un peuple peut se donner contre les dérives autoritaires et dictatoriales sont des garanties légitimes, beaucoup moins regrettables et beaucoup moins dommageables pour la collectivité et les individus que les malheurs et la terreur que leur absence peut occasionner. Le 7 novembre 1987 le Parti-État Destour croyait avoir trouvé un sauveur, disait-on, il a fallu peu de temps pour que le pays découvre le dictateur sanguinaire qui se cachait derrière. Il faut le rappeler, pour ne pas refaire la même erreur aujourd’hui, surtout que nous voulons changer véritablement de siècle, devenir et rester un peuple libre de ses choix et de son destin.

3- Les médias, la dictature et la contre-révolution

L’affirmation de Ben Ali comme dictateur a été rapide et ceux qui ont facilité sa mue maléfique dès sa prise du pouvoir sont les élites. Rapidement, les bien pensants de l’époque se sont soumis, journalistes, écrivains, académiciens, commentateurs, conseillers et autres intervenants des médias se sont mis à plat ventre devant lui. Les habitudes établies sous Bourguiba ont été reconduites et renforcées avec le nouvel homme fort du Destour. Les journalistes ne posaient pas de questions gênantes, ni au dictateur ni à ses collaborateurs, ils ignoraient les arguments dérangeants et se taisaient surtout, au lieu de relever les mensonges ou de dénoncer les abus. Cela alors que les membres du RCD, au gouvernement comme ailleurs, devenaient les champions mondiaux de la démagogie et d’une langue de bois digne des pires dictatures de l’ancienne Europe de l’Est stalinienne. L’autocensure s’est installée pour devenir, petit à petit, la règle. Les honnêtes gens devenaient incapables de travailler dans de telles conditions, se sont fait discrets ou se sont retirés de la place publique la cédant, toute entière, aux médiocres.

Ce sont ces derniers qui vont profiter de l’occasion pour devenir les seuls à parler au nom du pays, à le représenter à travers le monde et pour s’allier à des puissances étrangères.
Parmi celles-ci, certaines haineuses, étaient bien satisfaites de voir que la Tunisie et son peuple devenaient une entité sans âme, un corps sans vie disponible pour toutes les manipulations et toutes les machinations hostiles à son autonomie, ses attaches, son histoire, sa religion, sa culture et son aspiration à l’unité arabe. Avec la dictature, le loup s’était installé dans la bergerie et le berger lui donnait un coup de main.

Quoi que disent les tenants de la réconciliation pressée d’aujourd’hui, l’univers de plomb instauré par Ben Ali n’a pas rebuté les destouriens rcédistes, bourguibistes ou non.
Aucune indignation notable, aucune sortie des rangs notable à laquelle ils peuvent s’accrocher. Tout indique, hélas, que les avantages tirés par ces individus et leurs familles les rendaient aveugles et insensibles envers ce qui accablait le reste de la population.
Après 52 ans de règne sans partage, leur sortie d’une telle bulle ne pouvait qu’être brutale. Ils vivent la Révolution du 14 janvier 2011 comme une catastrophe sans pareille, un désastre auquel ils ne s’attendaient pas. Ils ne pouvaient imaginer que leur dictateur serait chassé et que le système tentaculaire, qu’ils ont crée avec lui, allait s’effondrer et serait neutralisé sans recours à la violence, par un peuple aux mains nues, sans complot ni aide d’étrangers tirant les ficelles, sans revanches ni expressions de haine.

Il est temps de tenir ces figures de l’échec, loin des centres de décision et d’influence sur la vie politique du pays. Ils ont des compétences dites-vous, rien ne les empêche de les exercer pour participer au développement et à la diffusion de la prospérité et des bonnes conditions de vie là où ils se trouvent sans chercher à tout corrompre ni à tout contrôler de la vie de leurs concitoyens.

http://nawaat.org/portail/2011/04/28/consolider-la-revolution-tunisienne-assurer-sa-protection-la-premunir-contre-les-menaces/

Publié dans TUNISIE Spécial

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Chomsky et Bricmont à propos du 11/9 et du « complot »

Publié le par Mahi Ahmed

Chomsky et Bricmont à propos du 11/9 et du « complot »
Jean Bricmont, Noam Chomsky

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28 avril 2011

Article en PDF :

Bush, suivi par Obama, s’est servi du 11/9 pour attaquer l’Afghanistan et l’Irak. La prétendue « guerre contre le terrorisme » a servi à diaboliser les résistances en Palestine et dans le monde arabe, en Colombie et en Amérique latine ; elle a aussi servi à attaquer les droits démocratiques aux USA et en Europe. Pour les autorités, il est bon que les gens ne débattent pas sur ces manipulations, mais se limitent à discuter sans fin sur l’effondrement des tours de New York.

Dès le départ, Investig’Action a choisi de ne pas travailler et de ne pas publier sur le 11 septembre. Pourquoi ? Parce que, pour se faire une opinion solide et valable sur tous les aspects de cette affaire, il faudrait travailler longtemps. Nos moyens étant limités, nous préférons consacrer ce temps à des questions qui nous semblent plus importantes.

Exceptionnellement, nous diffusons cet article qui permettra de comprendre notre décision. Noam Chomsky et Jean Bricmont expliquent pourquoi le mouvement anti-guerre devrait plutôt rassembler ses forces à dénoncer et éclairer des complots et des stratégies incontestables.

Bush, suivi par Obama, s’est servi du 11/9 pour attaquer l’Afghanistan et l’Irak. La prétendue « guerre contre le terrorisme » a servi à diaboliser les résistances en Palestine et dans le monde arabe, en Colombie et en Amérique latine ; elle a aussi servi à attaquer les droits démocratiques aux USA et en Europe. Pour les autorités, il est bon que les gens ne débattent pas sur ces manipulations, mais se limitent à discuter sans fin sur l’effondrement des tours de New York.

Le site michelcollon.info appelle tous ceux qui le peuvent à nous soutenir pour développer la contre-information sur les causes réelles des guerres et sur les médiamensonges qui les entourent.

Michel Collon et l’équipe Investig’Action

 


 

Lors d'une interview donnée il y a quelques mois à la télévision iranienne Press TV, Chomsky a déclaré que les Etats-Unis n'avaient pas de preuves de la culpabilité « des personnes qu'ils ont accusées d'être impliquées dans les actes terroristes du World Trade Center et du Pentagone » (et que c'était la raison pour laquelle ils ne les ont pas fournies aux talibans et ont déclenché la guerre en Afghanistan).

Cela fut souvent interprété sur la Toile comme un rejet « tardif » de sa part de la « version officielle » sur les attentats. Comme il me semblait qu'il avait toujours dit la même chose, et que je ne voyais dans ces propos aucune « admission » de quoi que ce soit, je lui ai demandé comment il fallait les comprendre. Voici sa réponse :

 

« J’ai été surpris de voir que cette remarque a été interprétée comme une « admission tardive » que le mouvement qui se proclame comme étant « pour la vérité sur le 11 septembre » avait toujours eu raison en ce qui concerne cette conspiration. Cette conclusion ne repose sur rien. Mon commentaire dans l’interview répétait simplement des propositions non controversées que j’avais écrites il y a 8-9 ans, et redites souvent depuis lors.

En bref, en octobre 2001, les Etats-Unis et la Grande- Bretagne ont commencé à bombarder l’Afghanistan. La raison, ouvertement avancée par le président Bush, était que les talibans avaient refusé de livrer aux Etats-Unis les gens que Washington accusait d’avoir perpétré les actes terroristes du 11 septembre. Les talibans avaient signalé qu’ils pourraient accepter une extradition ou une autre forme de jugement si les Etats-Unis fournissaient des preuves de leur culpabilité, mais Washington refusa de le faire. Huit mois plus tard, la direction du FBI déclara au Washington Post que le FBI pouvait seulement confirmer qu’il croyait que le complot avait ses origines en Afghanistan mais avait été élaboré dans les Emirats Arabes Unis et en Allemagne (et, bien sûr, aux Etats-Unis). Pour citer Robert Mueller, directeur du FBI, dans ce que le Washington Post a décrit comme étant certains de « ses commentaires publics les plus détaillés concernant l’origine des attaques » du 11 septembre 2001 :

"Nous estimons que les têtes pensantes derrière les attentats se trouvent en Afghanistan, en haut de la direction d’al Qaida" bien que la trace du complot et du financement remontent apparemment à l’Allemagne et aux Emirats Arabes Unis. Il s’ensuit que, au moment du bombardement, le gouvernement américain n’avait pas de preuves solides à fournir aux talibans."

Pour résumer, il s’agit ici simplement d’un fait qui n’est pas contesté, qui a été rapporté il y a 8 ans dans la presse nationale, et qui est exactement ce que j’ai écrit à l’époque.

Et, pour réaffirmer une évidence, ces faits n’ont fourni, ni à l’époque, ni maintenant, aucune raison de douter de la conclusion du FBI en avril 2002 sur la responsabilité probable d’al Qaida. Et ils ne fournissent certainement aucune indication pour appuyer les assertions du « mouvement pour la vérité sur le 11 septembre » qui, à ma connaissance, n’a avancé aucune hypothèse crédible pour rendre compte de ce qui s’est passé le 11 septembre, en particulier le fait crucial que l’administration Bush, ainsi que les commentateurs, ont incontestablement attribué la responsabilité principale des attentats à des pirates de l’air saoudiens. »



Note :
la suite est de Jean Bricmont et est indépendante des opinions de Noam Chomsky.

La dernière remarque de Chomsky soulève le problème de la plausibilité des scénarios conspirationnistes. En effet, si tout a été manigancé de l'intérieur (un « inside job »), pas d'avion dans le Pentagone, démolition contrôlée des tours etc., alors pourquoi diable avoir inventé des pirates de nationalité saoudienne plutôt qu'irakienne ou afghane ? Après tout, l'administration Bush a tenté d'établir un lien entre le gouvernement irakien et les attentats du 11 septembre. Cela n'aurait-il pas été bien plus facile si les pirates (imaginaires) avaient été irakiens ?

Tout le problème des conspirations est celui de leur plausibilité a priori. Imaginer que tout a été manigancé de l'intérieur et qu'on a inventé des terroristes saoudiens n'est simplement pas crédible. Mais les conspirations rencontrent d'autres problèmes du même genre : si tout a été fabriqué, cette conspiration implique-t-elle un grand nombre de personnes (la Maison Blanche, le FBI, le Pentagone, la plupart des experts ayant étudié les attentats etc.) ou un petit nombre (quelques individus félons mais haut placés) ?

Dans le premier cas, comment se fait-il qu'il n'y a eu aucune fuite depuis lors, dans un pays où il y a eu les papiers du Pentagone, le Watergate, l'Iran-Contragate, Philip Agee1  , Wikileaks et les mémos de Downing Street2   ? Aucune confession, même sur un lit de mort ? De plus, il faut une certaine bonne volonté pour imaginer que, dans un pays où il y a tant de fuites, un dirigeant quelconque serait assez fou pour mettre sur pied une gigantesque conspiration en espérant garder le tout secret.

Dans le deuxième cas (une conspiration due à un petit nombre d'individus félons), on doit supposer une incompétence inouïe du reste de l'appareil d'Etat. Or, l'un des principaux arguments conspirationnistes est que, a moins qu'il y ait eu conspiration, l'appareil d'Etat ne peut pas avoir été incompétent au point de laisser passer les avions sans les intercepter etc. Mais si une conspiration due à un petit nombre d'individus félons avait eu lieu et n'avait pas été découverte, alors l'appareil d'Etat aurait fait preuve d'une incompétence bien plus grande encore que celle dont il a fait preuve le 11 septembre. De plus, comment imaginer que des milliers de conspirationnistes découvrent les ficelles du complot, tout en étant assis derrière leur ordinateur, mais que le FBI en soit incapable (à moins de revenir à l'idée d'une méga-conspiration impliquant aussi l'essentiel du FBI) ?

Pour établir la réalité d'événements historiques, les seuls moyens vraiment fiables sont les preuves matérielles, tels des documents (authentiques). Les témoignages ou les arguments du style « il est impossible que cela se soit passé autrement (que selon le scénario avancé) » sont toujours de bien moindre qualité que les preuves matérielles. Or il n'y a aucune preuve de ce type dans les discours conspirationnistes.

Tout le mouvement « pour la vérité sur le 11 septembre » se concentre sur les « impossibilités techniques » soi-disant liées aux attentats : la forme du trou dans le Pentagone, la rapidité de la chute des tours etc. Mais ces problèmes techniques sont en fait très compliqués- on ne devient pas expert et aéronautique et en résistance des matériaux en quelques heures. De plus, le moins qu'on puisse dire, c'est que des expériences comme le 11 septembre ne sont pas faites tous les jours (heureusement). Or comment savoir ce qui se passe dans des phénomènes compliqués impliquant des centaines de variables sans faire d'expériences ? Il ne faut pas imaginer que « La Science » a une réponse a priori à toutes ces questions, et en tout cas pas une réponse évidente pour le profane (même si des explications a posteriori peuvent être avancées). Il existe d'ailleurs des sites consacrés à la réfutation des arguments techniques des conspirationnistes (par exemple http://www.debunking911.com/ ou, en français, http://www.bastison.net/), mais ces contre-arguments sont toujours jugés comme n'étant pas « suffisamment scientifiques » par les adeptes des conspirations ; étant moi-même scientifique, je trouve souvent ces contre-arguments assez techniques et compliqués. Mais je me demande toujours comment des non scientifiques peuvent être si sûrs de leur caractère insatisfaisant ; c'est pourquoi je préfère m'en tenir aux arguments simples de plausibilité.

Le même problème s'est posé dans le passé en ce qui concerne la croyance aux miracles. Celle-ci a diminué, non pas parce que la science aurait expliqué chaque guérison supposée miraculeuse, mais parce qu'on a cessé de trouver plausible qu'un dieu, supposé tout puissant et infiniment bon, intervienne au petit bonheur la chance, guérissant l'un et laissant mourir l'autre dans d'atroces souffrances, le second étant aussi vertueux que le premier, et n'accomplissant jamais aucun miracle indiscutable, par exemple faire repousser des membres amputés. C'est la question de la plausibilité a priori qu'il faut se poser en premier lieu, à la fois pour les conspirations et pour les miracles. Tant qu'il n'y a pas de réponse à cette question, on peut laisser de côté les questions techniques auxquelles il n'y a (soi-disant) pas de réponse, parce que dans tous les phénomènes compliqués, tels que la santé ou l'effondrement de tours, il y a toujours des choses apparemment étonnantes qui se produisent.

Il existe aussi une version faible des conspirations, qui ne prétend pas que tout a été manigancé de l'intérieur, mais qu'on a « laissé faire ». Dans un sens banal, c'est vrai, vu que les attentats ont bien eu lieu, ce qui rend cette version plus difficile à discuter. Mais elle sous-entend qu'on a laissé faire les attentats volontairement. Qui est le « on » ? Si c'est l'ensemble de l'appareil d'Etat américain, la question de la plausibilité se pose de nouveau. Idem s'il s'agit d'un complot organisé par des individus félons et bloquant systématiquement les mécanismes de défense. Le problème est qu'il est difficile de prouver quoi que ce soit lorsqu'il s'agit des intentions des êtres humains. Il est toujours possible que certaines personnes, membres de services secrets non américains par exemple, aient été au courant de plus de choses que ce dont ils ont avertis leurs « alliés »3  . Mais comment le prouver ?

Tout cela ne veut évidemment pas dire que le rapport sur le 11 septembre dise toute la vérité. Comme on peut le voir dans la vidéo http://www.youtube.com/watch?v=J1bm..., un point crucial de l'enquête qui a été mis de côté, est que la motivation des attaquants du 11 septembre était la haine provoquée par le soutien américain pour Israël. Mais cela n'a rien à voir avec les conspirations habituelles et celles-ci ont plutôt tendance à occulter ce point crucial qui, s'il était mieux connu, amènerait peut-être les Etats-Unis à se poser des questions sur l'utilité de leur soutien à Israël, de leur point de vue.

Admettre la réalité des attentats ne signifie évidemment pas que la guerre était légale, ni en Afghanistan (comme l'explique Chomsky) ni en Irak. Cela ne revient pas non plus à nier qu'il y ait eu une véritable « conspiration » (si on tient à utiliser cet terme) de la part des Etats-Unis et de leurs alliés : utiliser ces attentats pour justifier la guerre4  . Mais, contrairement aux conspirations des adeptes de la « vérité sur le 11 septembre », celle-ci est visible aux yeux de tous.

Il est regrettable que beaucoup de gens sincères et courageux passent leur temps à spéculer sur ces attentats, considèrent le fait de « mettre en doute la version officielle » comme étant le summum de la subversion et de la « résistance au système », et tendent à voir ceux qui exercent leur esprit critique tous azimuts, non seulement face à la propagande américaine, otanienne et sioniste, mais aussi face aux différentes théories de la conspiration, comme des « gardiens du système », alors qu'il y a tant d'autres choses plus utiles à faire pour la défense de la paix. En effet, il n'y aura pas de nouvelle enquête et si, par impossible, il y en avait une, elle n'aboutirait pas aux conclusions que les conspirationnistes souhaitent, vu qu'elle serait nécessairement faite par le même groupe dominant que celui qui a fait les premières enquêtes.

Par contre, il serait possible de créer un mouvement en faveur du retrait des troupes étrangères d'Afghanistan (où la guerre est clairement perdue), contre l'extension de l'Otan, ou pour l'arrêt du soutien à Israël. Sur ces toutes questions, il existe un consensus latent dans la population, indépendamment ce que chaque individu pense des attentats du 11 septembre. Le problème est d'arriver à ce que ce consensus ait une expression politique.

S'adonner à ce travail patient et ingrat est peut-être la véritable forme de « résistance au système ».

 

1  Ex agent de la CIA et auteur du remarquable Journal d'un agent secret : Dix ans dans la CIA, éd. Seuil (1976). http://fr.wikipedia.org/wiki/Philip_Agee.

2  Mémos internes au gouvernement britannique qui révèlent l'ampleur du complot contre la paix organisé par les gouvernements américains et britanniques avant la guerre contre l'Irak. http://questionscritiques.free.fr/edito/memo_secret_de_Downing_Street.htm . Curieusement, les adeptes des conspirations n'insistent jamais sur ces documents, pourtant publiquement disponibles, et qui en disent long sur le cynisme absolu de la politique américano-britannique.

3  Voir Justin Raimundo, The Terror Enigma, 9/11 and the Israeli Connection, Iuniverse, Inc. Lincoln, NE, 2003 pour une discussion de cette question.

4  Voir Stephen J. Sniegoski, The Transparent Cabal : The Neoconservative Agenda, War in the Middle East, and the National Interest of Israel, Ihs Press 2008, pour une remarquable analyse de la façon dont les néo-conservateurs ont entraîné les Etats-Unis dans la guerre. Mais, comme l'indique le titre, la « cabale » ici est tout-à-fait transparente.

Source : michelcollon.info

 

 

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La bataille pour la Syrie est décisive

Publié le par Mahi Ahmed


La bataille pour la Syrie est décisive

Al-Jazeera et la fin du professionnalisme





26 avril 2011

Depuis
Beyrouth (Liban)



 

La tendance générale

Éditorial : La bataille pour la Syrie est décisive

La société syrienne traverse une période d’inquiétude à cause des troubles incessants qui ont fortement ébranlé la stabilité sécuritaire qui caractérisait la Syrie ces trente dernières années. Les dangers de violences confessionnelles sont réels, alimentés par les prêches sectaires dans un pays au tissu ethnico-religieux diversifié, considéré, hier encore, comme le dernier refuge des minorités en Orient grâce à son régime laïque et à son identité arabe.
Le vent du changement qui balaye le monde arabe a favorisé le mouvement populaire en Syrie qui réclame des réformes politiques, économiques et sociales. Mais il est important de noter que le président Bachar el-Assad, qui a lancé un vaste chantier de réforme récemment, est allé au-delà des revendications de certaines parties de l’opposition : il a levé l’État d’urgence et autorisé le droit de manifester pacifiquement, alors qu’un débat national sur les partis et les médias va commencer dans le but d’instaurer le multipartisme. Des figures de l’opposition ont accueilli favorablement toutes ces mesures, contrairement à celles qui veulent plonger le pays dans le chaos conformément à des agendas qui n’ont rien à voir avec la réforme et visent à détruire les constantes nationales directement liées au conflit israélo-arabe.
La volonté de provoquer des troubles en Syrie traduit une détermination extérieure à affaiblir ce pays, considéré comme le principal acteur dans la lutte pour l’avenir de la région. Une série d’indices et de preuves irréfutables le confirment :
 La nature et les liens extérieurs des principales forces qui provoquent les troubles. Elles sont au nombre de trois : l’ancien vice-président Abdel Halim Khaddam et ses partisans ; Ribal el-Assad —le cousin du président— et son groupe ; les Frères musulmans et leurs mouvances ainsi que leurs alliés au Liban, comme le Parti de la libération islamique. Le mélange d’activistes gauchistes ou libéraux ne joue qu’un rôle secondaire dans ce bloc politique conduit par les Frères musulmans. Sur le terrain, il est clair que ce conglomérat de forces dispose d’un réseau jouissant d’une couverture états-unienne et d’un soutien multiforme apporté par le prince saoudien Bandar Ben Sultan et le Premier ministre sortant au Liban, Saad Hariri. Cette carte des forces en présence pousse tout observateur à inscrire ce qui se passe en Syrie dans le cadre d’un projet israélo-US ayant pour objectif de ré-agencer la région du Moyen-Orient en démantelant l’axe de la résistance. Le slogan brandi par Saad Hariri au Liban, appelant au désarmement de la Résistance, en est la traduction libanaise.
 Des armes sont introduites en Syrie à partir du Liban, d’Irak et de Jordanie pour être utilisées contre les forces de l’ordre syriennes dans le but de provoquer des bains de sang. La détermination à utiliser la violence, même lorsque les forces de l’ordre ont des instructions précises de ne pas tirer sur les manifestants, les embuscades tendues aux unités militaires et les assauts lancés contre des positions de l’armée, sont autant d’appels à des représailles sanglantes qui feront des victimes des deux cotés pour que le sang n’arrête pas de couler. Ces incidents sont l’œuvre de cellules terroristes qui infiltrent les rangs des manifestants. Dans le village de Nawa, près de Damas, l’attaque d’un poste militaire, vendredi, a fait sept morts et des blessés dans les rangs de la troupe, qui a riposté, faisant de nombreuses victimes parmi les assaillants et les manifestants.
 Une gigantesque machine de propagande arabe et internationale, parfaitement synchronisée, est mise à contribution par des États, des partis politiques, des associations et des sociétés commerciales, ce qui prouve que nous sommes devant un plan orchestré. Comme l’ont révélé les câbles du département d’État publiés par Wikileaks, le Congrès US et d’autres institutions aux États-Unis financent des chaines de télévision syriennes émettant à partir de l’étranger, ainsi que des sites internet et des groupes de jeunes formés aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Des chaines de télévision, des journaux et des radios, au Liban et dans les pays du Golfe, ainsi qu’une organisation religieuse sunnite internationale, animée par le prédicateur extrémiste Youssef Kardaoui, ont également été mobilisés pour exécuter ce plan. Autant dire que les moyens mis à contribution sont gigantesques et prouvent combien les enjeux sont importants.
Il s’agit d’une bataille décisive pour l’avenir de la région. Si Bachar el-Assad en sort vainqueur, il aura en même temps modernisé, revitalisé et rajeuni la vie politique en Syrie, et débarrassé le système syrien de ses impuretés, comme la corruption et la bureaucratie. Il aura sauvegardé l’indépendance politique de son pays, l’aura confirmé comme acteur essentiel dans la région et renforcé l’axe de la résistance.
C’est le projet de Bachar el-Assad d’instaurer un système régional duquel serait exclu Israël qui est visé. Aussi, la poursuite des réformes, pour isoler les forces déstabilisatrices appuyées et financées par l’étranger, renforcera l’immunité nationale syrienne et permettra l’émergence d’une Syrie forte, indépendante, démocratique et résistante.

Déclarations et prises de positions

Michel Sleiman, président de la République libanaise
« Les obstacles qui entravent la formation du gouvernement résident dans les revendications des blocs parlementaires. Ces revendications devraient être discutées par le dialogue, selon les intérêts nationaux et la Constitution. La constitution ne réserve des quotes-parts à personne, mais définie des mécanismes à la formation du gouvernement par les chefs des autorités. Il faut instaurer le climat de l’entente par la préservation des hauts intérêts nationaux et l’assainissement du discours politique. (…) Je suis en communication permanente avec le président syrien Bachar el-Assad. Le Liban appuie la stabilité au sein du monde arabe et notamment en Syrie, car la sécurité des deux pays est étroitement liée. Le Liban soutient les réformes approuvées en Syrie et reconnait les réclamations visant à l’établissement des réformes et non à semer la discorde. »

Naïm Kassem, secrétaire-général adjoint du Hezbollah
« Il n’y a pas de place au Liban pour la résolution 1559 et le dernier rapport de Ban Ki Moon n’est qu’un rêve irréalisable. Le secrétaire général de l’Onu se soumet aux diktats israéliens et est incapable de nous dire comment agir au Liban ou comment le protéger et préserver sa sécurité et stabilité. Ban Ki Moon et les États-uniens doivent laisser le Liban tranquille et il sera le plus stable parmi tous les pays du monde grâce à son armée, son peuple et sa Résistance. »

Nabil Kaouk, vice-président du conseil exécutif du Hezbollah
« Les preuves et les documents avancés par la Syrie concernant l’implication du Courant du futur dans les incidents qui ont lieu en Syrie sont suffisants pour que la Justice libanaise réagisse afin de juger les fauteurs de trouble. Tant qu’il n’y aurait pas de nouveau gouvernement la situation resterait telle quelle et le dossier judiciaire ne serait amorcé d’une manière sérieuse. Le sort de ce dossier sera le même que celui qui a été réservé aux faux témoins tant que les instruments de cette partie demeureront au sein des établissements étatiques et ne seront pas remplacés. Le groupe qui a accepté d’être un outil pour semer le chaos au Liban est le même outil utilisé par les États Unis pour déstabiliser la Syrie. Ce groupe a toujours été connu pour son animosité envers la Syrie et a constamment demandé aux États-Unis de changer le pouvoir en Syrie. »

Émir Talal Arslan, député druze
« Le retard dans la formation du gouvernement est un fardeau qu’assume le pays à tous les niveaux sociaux et économiques et engendre des difficultés supplémentaires. La situation régionale est compliquée et je regrette que certains au Liban ne veuillent pas tirer les leçons du passé. Ils parient toujours sur l’internationalisation de la politique libanaise. Le retard dans la formation du cabinet découle des faux paries régionaux et internationaux de certains, au Liban. La responsabilité du retard dans la formation du cabinet n’incombe pas uniquement au Premier ministre désigné Najib Mikati, mais aussi au régime confessionnel, incapable de se développer. Nous sommes pour la laïcité et pour la primauté de la citoyenneté sur le confessionnalisme et le sectarisme, pour l’égalité dans les droits et les obligations. Mais nous refusons de consacrer le facto de l’absence des druzes au sein des ministères et des institutions publiques. »

Presse

As Safir (Quotidien arabophone proche de la nouvelle majorité, 23 avril 2011)
Le directeur du bureau d’al-Jazeera à Beyrouth, le célèbre journaliste Ghassan Ben Jeddo, a présenté sa démission de la chaîne satellitaire qatarie pour protester contre les méthodes de couverture des troubles qui secouent plusieurs pays arabes.
Des sources bien informées ont indiqué que Ben Jeddo a présenté sa démission par écrit il y quelques jour, précisant que sa décision était motivée par plusieurs considérations, la plus importante étant que la chaîne a brisé le rêve du « professionnalisme et de l’objectivité ». Les mêmes sources ont ajouté que parmi les raisons qui ont mené Ben Jeddo à démissionner figurent les pratiques non professionnelles et inacceptables menées par al-Jazeera, en cette période historique que traverse la région.
Ben Jeddo reproche à al-Jazeera la couverture intensive des évènements en Libye, au Yémen et en Syrie, alors qu’elle n’accorde pas la moindre importance aux développements à Bahreïn. Sur l’existence d’un lien éventuel entre la démission de Ben Jeddo et la politique adoptée par al-Jazeera à l’égard de la Syrie, les sources ont expliqué que pour Ben Jeddo, il s’agit d’une question de principe. « Ben Jeddo soutient les mouvements populaires en Syrie qui réclament la liberté et les réformes, mais en parallèle, il soutient le grand projet national syrien », ont-elles ajouté.

As Safir (21 avril 2011)
Sateh Noureddine
La révolte populaire qui a renversé un certain nombre de régimes arabes revêt une double dimension, parce que deux principales motivations poussent le peuple à descendre dans la rue : la liberté politique et la justice sociale. Cette dernière revendication est liée à la crise économique qui mènera à un changement radical dans le régime libanais qui tient bon jusqu’à présent face aux séismes intérieurs et extérieurs. Cependant, les révolutions arabes pourraient entraîner le Liban dans leur sillage si les Libanais arrivent à la conviction que la crise économique constitue une occasion politique exceptionnelle pour changer un régime solidement ancré qui ne produit que les guerres civiles.

As Safir (20 avril 2011)
Wassef Awada
Le patriarche maronite Béchara Raï a réussi à réunir autour d’une même table les chefs de file chrétiens à Bkerké. Ce faisant, le prélat a cherché à jeter des ponts entre les maronites eux-mêmes avant de déblayer le chemin qui les mène aux autres avec, à la clé, la tenue d’un sommet spirituel islamo-chrétien, des contacts avec le Hezbollah, et la réouverture des canaux de contact avec la Syrie. Cependant, la politique adoptée par le patriarche Raï demeurera insuffisante et incapable d’atteindre l’objectif ultime, celui de la stabilité politique au Liban, si les maronites ne vont pas jusqu’au bout en sortant du système confessionnel dont certains croient à tort qu’il sert toujours les intérêts des chrétiens. Seule la citoyenneté protège les maronites, le Liban et les Libanais.

Al Hayat (Quotidien saoudien édité à Londres, 21 avril 2011)
Hassan Haidar
Pour quelle raison la Syrie a-t-elle choisi de prendre pour cible le parti de Saad Hariri après que celui-ci eut été écarté de la présidence du Conseil des ministres avec l’aide des alliés de Damas, malgré sa représentativité dans la rue sunnite ? Les mouvements hostiles au régime se sont poursuivis en Syrie après « la révélation » de « l’implication » du député Jamal Jarrah et après le renforcement de la surveillance aux frontières avec le Liban. L’éternelle théorie syrienne du complot traduit une volonté de récupérer un rôle perdu en dépit du discours officiel qui nie toute ingérence dans les affaires internes du Liban.

Al Hayat (20 avril 2011)
Paris, Randa Takieddine
L’allocution du ministre français des Affaires étrangères M. Alain Juppé, à l’occasion de la clôture du colloque Printemps arabe : enjeux et espoirs d’un changement, marque une nouvelle étape dans la politique française à l’égard du monde arabe. La large participation arabe et française et la participation efficace du M. Juppé à toutes les tables ronde témoignent du succès du colloque. La nouvelle approche audacieuse et franche de la diplomatie française mérite d’être relevée. Cependant, la mauvaise conjoncture économique en France et en Europe permettront-elles à Paris de mener à bien sa politique. Interrogé par Al-Hayat avant le colloque, le chef de la diplomatie française a dit : « Personne ne s’attendait à ces développements dans le monde arabe. Nous avons misé jusqu’au bout sur la stabilité des pays du bassin méditerranéen parce que cela nous convenait, mais les choses nous ont éclaté au visage du Maroc jusqu’au Yémen. Comment expliquer que nous n’ayons pas compris et que n’ayons pas vu ? »

An Nahar (Quotidien libanais proche du 14-Mars, édition du 20 avril 2011)
Paris, Samir Tuéni
On constate le début d’une dangereuse escalade dans le discours des protagonistes libanais. Le peuple libanais sera-t-il en mesure de sortir indemne de la guerre froide saoudo-iranienne ? Le dossier libanais n’est plus une priorité pour les forces régionales et internationales, occupées par les problèmes des autres pays arabes. Il faudra plus de tant pour parvenir à former un gouvernement. Le Hezbollah a été incapable d’imposer ses conditions après le renversement de Saad Hariri. Damas doit renoncer à son approche négative vis-à-vis du Liban en faveur. Quant aux Libanais, ils sont appelés à renouer avec le dialogue constructif pour consolider la paix civile et préserver les intérêts de leur pays, afin d’éviter les retombées négatives des événements en Syrie.

L’Orient-Le Jour (Quotidien libanais francophone proche du 14-Mars, édition du 21 avril 2011)
Scarlett Haddad
Les milieux de la nouvelle majorité, en particulier ceux qui sont proches du Hezbollah, estiment qu’une implication du Courant du futur de Saad Hariri dans les troubles en Syrie est possible, car elle s’inscrirait dans la ligne de la politique américaine dans la région consistant à affaiblir l’Iran et ses alliés, dont le principal reste le régime de Bachar el-Assad. Pour leur part, les milieux du 14-Mars démentent toute ingérence dans le soulèvement populaire de Syrie ainsi que la thèse de la conspiration américano-saoudienne, affirmant que le seul responsable de la situation actuelle est le régime d’Assad qui n’a rien vu venir, se croyant à l’abri de toute revendication en raison de sa politique d’hostilité aux plans américano-israéliens. Les deux camps sont d’accord sur un point : l’évolution en Syrie peut ne pas être rapide et il faudrait peut-être attendre deux mois pour voir dans quelle direction vont les développements. Serait-ce là la clé cachée de la formation du gouvernement ?

L’Orient-Le Jour (19 avril 2011)
Les partis et personnalités libanaises et palestiniennes proches de la Syrie ont organisé un meeting oratoire pour exprimer leur solidarité avec Damas, à l’hôtel Commodore. Les orateurs qui se sont succédé à la tribune, présentés par l’ancien chef du parti Kataëb Karim Pakradouni, ont insisté sur le fait que la sécurité de la Syrie et celle du Liban sont interdépendantes. En présence de l’ambassadeur de Syrie, Ali Abdel Karim Ali, les députés Nawwaf Moussaoui, Ali Hassan Khalil et Marwan Farès, ainsi que l’ancien vice-président de la Chambre Élie Ferzli et le chef des Mourabitoun (nassériens) et ancien chef de la garde présidentielle Moustapha Hamdane et d’autres personnalités ont mis l’accent sur les liens étroits entre la Syrie et le Liban ainsi que sur l’aide apportée par la Syrie au courant de la Résistance au Liban, ainsi que les efforts déployés par ce régime « pour éviter la partition du pays et s’opposer aux plans israéliens et américains ».
Ali Hassan Khalil, qui a pris la parole au nom du président de la Chambre Nabih Berry, a critiqué « ceux qui cherchent à intervenir dans la sécurité syrienne et qui avaient probablement fait dans le passé des paris sur les projets étrangers qui ont échoué ». Nawwaf Moussaoui a exprimé la solidarité totale du Hezbollah avec le régime syrien, précisant que celui-ci sera en mesure de surmonter cette crise et de déjouer les complots ourdis contre lui. Il a ainsi insisté sur la volonté du président Bachar el-Assad d’opérer des réformes. Karim Pakradouni a été encore plus clair : dénonçant les plans de « certains départements américains alliés au sionisme », il a demandé aux autorités libanaises d’empêcher toute partie libanaise d’intervenir dans les événements en Syrie. Même son de cloche chez Élie Ferzli, qui a estimé que ce qui se passe aujourd’hui en Syrie « fait partie d’un plan sioniste visant à démembrer le monde arabe », assurant la Syrie du soutien « des forces nationalistes » et affirmant que la victoire du régime syrien contre ceux qui complotent contre lui « sera le complément de la victoire de la résistance au Liban ».
En conclusion, les personnalités réunies ont affirmé qu’appuyer le régime syrien, « c’est en réalité appuyer le Liban, tant les deux pays sont liés » et ce qui arrive à l’un a forcément des répercussions sur l’autre.

Al Akhbar (Quotidien libanais proche de la nouvelle majorité, 23 avril 2011)
Quelque 300 personnes ont participé vendredi à Tripoli à la manifestation controversée de soutien aux protestataires syriens organisée par le Parti de la libération islamique (Hezb al-Tahrir al-Islami), ramenant cette formation à sa réelle dimension… très modeste.
Les autorités avaient un temps interdit cette manifestation, des responsables de la sécurité ayant prévenu qu’elle pouvait être considérée comme une ingérence dans les affaires intérieures de la Syrie. Les autorités s’étaient ensuite ravisées, autorisant finalement le défilé en raccourcissant nettement le parcours.
Les manifestants ont défilé de la mosquée Al-Mansouri jusqu’à une place à une cinquantaine de mètres, en présence de centaines de policiers et de militaires, qui avaient bloqué les rues et posté des hommes sur les toits des bâtiments alentours.
Agitant des drapeaux islamiques noirs, les manifestants arboraient des banderoles proclamant Arrêtez les massacres contre le peuple syrien et Les musulmans de Tripoli soutiennent leurs frères à Homs et Deraa. « Soutenir nos frères en Syrie est un devoir religieux », a déclaré Ahmed Kassas, porte-parole du parti, accusant le régime syrien de « tuer des manifestants pacifiques ».
Hezb al-Tahrir al-Islami, un mouvement panislamique, veut placer toutes les nations musulmanes sous le règne d’un seul État islamique dirigé par un calife.

Al Akhbar (20 avril 2011)
Ghassan Saoud
Le sommet maronite de Bkerké tenu sous l’égide du patriarche Béchara Raï est bon mais plus Sleiman Frangié, Samir Geagea, Michel Aoun et Amine Gemayel se serrent la main, plus ils se détestent les uns les autres. Le patriarche n’a pas cherché à faire converger les deux points de vue chrétiens, à prendre parti en faveur d’une idée aux dépens d’une autre, ou à encourager telle ou telle partie à modifier ses principes. Béchara Raï a simplement voulu faire comprendre aux dirigeants réunis sous son égide qu’il était possible de défendre calmement ses principes et qu’il n’y avait nul besoin de s’entretuer pour le faire. Reste qu’à part Sleiman Frangié et Samir Geagea, il ne s’est rien passé. La rencontre était celle des deux hommes. Elle était le début du roman « Geagea et Frangié » qui représentent à eux seuls « l’avenir maronite ».

Al Akhbar (19 avril 2011)
Hassan Olleik
Les responsables syriens sont convaincus que la Syrie est la victime d’un complot : Les mêmes parties qui complotaient contre la Syrie en 2005 et contre la Résistance au Liban en 2006, reviennent aujourd’hui à la charge. Ce complot a fait perdre au régime syrien un atout dont il se vantait devant ses pairs : la stabilité. Des sources soulignent l’ampleur de l’implication internationale dans les développements en Syrie, comme en témoigne l’activité quotidienne des services de renseignements. La télévision officielle syrienne a diffusé vendredi dernier, pour la première fois de son histoire, des images de manifestations anti-régime. C’est un exploit dans l’histoire des médias officiels syriens.

Wall Street Journal (Quotidien états-unien, 19 avril 2011)
Une guerre des mots entre les camps pro-occidental et celui soutenu par l’Iran au Liban suscite la crainte d’une guerre froide entre l’Iran chiite et l’Arabie saoudite sunnite.
Riyad, qui soutient le camp pro-occidental dirigé par Saad Hariri, a accusé l’Iran de soulever des protestations antimonarchiques à Bahreïn, un pays à majorité chiite dirigé par une dynastie sunnite. Et Téhéran, qui, avec la Syrie, est un grand partisan du Hezbollah, a répondu en accusant l’Arabie d’avoir envoyé ses troupes dans le petit royaume afin de contenir un soulèvement populaire légitime.
Les experts disent qu’alors que les tensions régionales règnent, une interminable crise politique au Liban pourrait prendre encore un tour plus dangereux. « C’est la première fois que Saad Hariri prend une position claire et dure contre l’Iran, étant donné que la menace actuelle n’existait pas avant », a déclaré Ghattas Khoury, conseiller de Hariri.
Amal Saad-Ghorayeb, auteur du livre Le Hezbollah : Politique et Religion, explique que la montée des tensions entre Hariri et le Hezbollah reflète une plus grande polarisation politique. Bien que le Hezbollah a clairement fait savoir qu’il soutient les manifestants chiites à Bahreïn, « les remarques de Saad Hariri relèvent clairement de la rhétorique américaine. »

La tendance dans le monde arabe

Éditorial : Al-Jazeera et la fin du professionnalisme
Pendant des années, les partisans de la résistance arabe ont fermé l’œil sur le fait que la chaine satellitaire qatarie, Al-Jazeera, a introduit l’Israélien dans la conscience collective et les foyers des Arabes. L’Israélien n’était plus présenté comme un criminel, un occupant et un spoliateur de la terre de Palestine, mais comme un « adversaire », un « Autre », avec qui il était possible de discuter et d’échanger des opinions, et lui permettre d’exposer des prétextes à ses crimes.
Face aux critiques, la direction et les journalistes d’Al-Jazeera ont développé tout un argumentaire basé sur les nouvelles technologies de la communication et les nouvelles valeurs du journalisme, avançant leur slogan « L’opinion et la contre-opinion. »
Les détracteurs de la chaine qui ont dénoncé la « normalisation médiatique » avec Israël, ont mis en sourdine leurs critiques lorsqu’Al-Jazeera s’est posée en défenseur des grandes causes arabes et des mouvements de résistance en Palestine, au Liban et en Irak.
Cependant, les événements à Bahreïn, en Libye et en Syrie ont constitué un choc pour un grand nombre de personnes qui ont vu la chaine passer d’un camp à l’autre, sans aucune considération pour les valeurs professionnelles et éthiques qu’elle prétend défendre. Elle a complètement passé sous silence la répression sanglante de la révolution pacifique bahreïnie et ignoré les mouvements de protestation en Arabie saoudite et dans d’autres pays du Golfe. Al-Jazeera, qui a bâti une grande partie de sa réputation et de sa gloire sur ses dénonciations des excès commis par les forces états-uniennes en Irak et en Afghanistan, s’est transformée, du jour au lendemain, en fervent défenseur de l’intervention de l’Otan en Libye, présentant un seul aspect des événements dans ce pays.
La couverture par Al-Jazeera des événements en Syrie est un véritable scandale. Le traitement professionnel de l’information a été remplacé par des incitations à manifester, des appels à la mobilisation, l’exagération des faits et du nombre de manifestants et l’occultation des attaques contre les forces armées.
Vendredi dernier, les présentateurs et les journalistes de la chaine se sont transformés dès les premières heures du matin en militants politiques. Les appels à manifester étaient passés en boucle, avec des images anciennes ou des films datant de plusieurs semaines et montrant des groupes de manifestants. En voix off, le présentateur rappelle sans cesse les appels à manifester et affirme que le peuple syrien estime que la levée de l’État d’urgence, la veille, par le président Bachar el-Assad, « est insuffisante ».
La chaine procède ensuite à une couverture directe des manifestations après la prière du vendredi. Elle amplifie les chiffres, gonfle les bilans, accuse les forces de l’ordre d’avoir ouvert le feu et ignore complètement les attaques contre les militaires et les policiers. Elle fait passer en direct à l’antenne des « témoins » dont certains apparaissent être des usurpateurs.
La politique d’Al-Jazeera est décidée par son propriétaire, l’émir du Qatar Hamad Ben Jassem Al Khalifa, qui est impliqué à fond, à la demande des États-uniens, dans le complot de destruction de la Syrie. Les journalistes ne font qu’exécuter la ligne éditoriale imposée par le propriétaire et ceux qui ne sont pas d’accord s’en vont, comme l’a fait le directeur du bureau de la chaine à Beyrouth, Ghassan Ben Jeddo.
Selon des informations sûres, le dossier syrien a été confié au correspondant d’Al-Jazeera au Pakistan, le Syrien Ahmad Zeidane, connu pour ses sympathies avec Al-Qaïda et les Taliban.
Il semble que l’émir Hamad n’a pas réfléchi aux conséquences de ses choix, surtout si les résultats du complot contre la Syrie ne correspondent pas aux souhaits israélo-US.

Evénements

Territoires palestiniens
• La radio de l’armée israélienne a révélé que « le ministère israélien du Logement a commencé à planifier la construction d’un nouveau quartier dans la colonie Givat Ze’ev (au nord-ouest de Jérusalem), qui comprendra 800 nouveaux logements. Le ministère a annoncé l’allocation d’un budget spécifique pour ce projet avant sa mise en œuvre sur le terrain. Des sources israéliennes avaient affirmé que l’occupation « tente de limiter les constructions en raison de la pression internationale ». Cependant, des experts des affaires israéliennes ont confirmé que « les Israéliens profitent des révoltes arabes actuelles et de la préoccupation des pays arabes pour appliquer leurs projets de judaïsation de Jérusalem ».
• Par ailleurs, des sources bien-informées dans la ville de Naplouse au nord de la Cisjordanie occupée ont déclaré que des bulldozers et des blindés israéliens ont commencé des travaux de creusements dans les terres agricoles du village d’Awarta au sud de Naplouse en vue d’établir une nouvelle colonie.
• Sur un autre plan, la Fondation Al-Aqsa pour le Waqf et le patrimoine a affirmé que les Israéliens ont accéléré ces derniers mois le creusement des tunnels sous la mosquée Al- Aqsa. « Les forces d’occupation mènent d’importants travaux sous et aux alentours de la mosquée Al-Aqsa, ainsi que du côté du Mur des Lamentations au niveau de la Porte des Maghrébins. Les tunnels s’étendent jusqu’à la Porte de la Chaine (Bab al-Silsila) et Bab al-Mathara, et sont liés à d’autres tunnels creusés à Wadi Helwa à Selwan. Ils pénètrent sous le mur de la Vieille Ville, près de la zone extérieure de la Porte des Maghrébins », a souligné la Fondation.

Pakistan
• Des drones états-uniens ont mené un raid contre le village d’Hassan Khil, dans la province pakistanaise du Waziristân du Nord. 20 personnes au moins ont été tuées et 5 autres blessées lors de ce bombardement.
• Lors d’une rencontre, à Islamabad, avec le chef d’état-major de l’armée US, Michael Mullen, le commandant de la force terrestre de l’armée pakistanaise a réclamé l’arrêt des raids états-uniens contre des régions tribales pakistanaises.
• La Commission des droits de l’Homme du Pakistan a annoncé qu’en 2010, 957 personnes ont trouvé la mort au cours des attaques états-uniennes contre le Nord-ouest du Pakistan.
• Washington prétend que ces raids visent les Taliban et Al-Qaïda. Cependant, la grande majorité des victimes sont des civils et 2,5 % seulement des tués sont des membres des Taliban ou d’Al-Qaïda.

Source New Orient News (Liban)

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Extension du domaine de la manipulation Que se passe-t-il en Syrie ?

Publié le par Mahi Ahmed

Extension du domaine de la manipulation Que se passe-t-il en Syrie ?

jeudi 28 avril 2011

 

Alors que des centaines de Syriens, civils et militaires, viennent de tomber sous les coups de snipers financés par les saidiris et encadrés par la CIA, les médias occidentaux accusent le gouvernement de Bachar el-Assad de tirer sur sa population et sur ses propres forces de l’ordre. Cette campagne de désinformation vise à justifier une possible intervention militaire occidentale. Le philosophe Domenico Losurdo rappelle que la méthode n’est pas nouvelle. Simplement, les nouveaux moyens de communication l’ont rendue plus sophistiquée. Désormais, le mensonge n’est pas seulement véhiculé par la presse écrite et audiovisuelle, il passe aussi par Facebook et YouTube.

 

Depuis quelques jours, des groupes mystérieux tirent sur les manifestants et, surtout, sur les participants aux funérailles qui ont suivi les événements sanglants. De qui sont composés ces groupes ? Les autorités syriennes soutiennent qu’il s’agit de provocateurs, essentiellement liés aux services secrets étrangers. En Occident, par contre, même à gauche on avalise sans aucun doute la thèse proclamée en premier lieu par la Maison-Blanche : ceux qui tirent sont toujours et seulement des agents syriens en civil. Obama est-il la bouche de la vérité ? L’agence syrienne Sana rapporte la découverte de « bouteilles de plastique pleines de sang » utilisé pour produire « des vidéos amateurs contrefaites » de morts et blessés chez les manifestants. Comment lire cette information, que je reprends de l’article de L. Trombetta dans La Stampa du 24 avril ? Peut-être les pages qui suivent, tirées d’un essai qui sera bientôt publié, contribueront-elles à jeter quelque lumière là-dessus. Si quelqu’un se trouvait étonné voire incrédule à la lecture du contenu de mon texte, qu’il n’oublie pas que les sources que j’y utilise sont presque exclusivement « bourgeoises » (occidentales et pro-occidentales). (Voir aussi addenda en fin de texte, NdT).

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« Amour et vérité »

Ces derniers temps, par les interventions surtout de la secrétaire d’État Hillary Clinton, l’administration Obama ne rate pas une occasion de célébrer Internet, Facebook, Twitter comme instruments de diffusion de la vérité et de promotion, indirectement, de la paix. Des sommes considérables ont été attribuées par Washington pour potentialiser ces instruments et les rendre invulnérables aux censures et attaques des « tyrans ». En réalité, pour les nouveaux media comme pour les plus traditionnels, la même règle est de mise : ils peuvent aussi être des instruments de manipulation et d’attisement de la haine et même de la guerre. La radio a été savamment utilisée en ce sens par Goebbels et par le régime nazi. Pendant la Guerre froide, plus encore qu’un instrument de propagande, les transmissions radio ont constitué une arme pour les deux parties engagées dans le conflit : la construction d’un efficient « Psychological Warfare Workshop » est un des premiers devoirs assignés à la CIA. Le recours à la manipulation joue un rôle essentiel aussi à la fin de la Guerre froide ; entre-temps, à côté de la radio, est intervenue la télévision. Le 17 novembre 1989, la « révolution de velours » triomphe à Prague, avec un mot d’ordre qui se voulait gandhien : « Amour et Vérité ». En réalité un rôle décisif est joué par la diffusion de la fausse nouvelle selon laquelle un étudiant avait été « brutalement tué » par la police. C’est ce que révèle, satisfait, à vingt ans de distance, « un journaliste et leader de la dissidence, Jan Urban » protagoniste de la manipulation : son « mensonge » avait eu le mérite de susciter l’indignation de masse et l’effondrement d’un régime déjà périclitant.

À la fin de 1989, bien que fortement discrédité, Nicolae Ceausescu est encore au pouvoir en Roumaine. Comment le renverser ? Les mass media occidentaux diffusent massivement dans la population roumaine les informations et les images du « génocide » perpétré à Timisoara par la police de Ceausescu. Qu’était-il arrivé en réalité ? Laissons la parole à un prestigieux philosophe (Giorgio Agamben), qui ne fait pas toujours preuve de vigilance critique à l’égard de l’idéologie dominante mais qui a synthétisé ici de façon magistrale l’affaire dont nous traitons : « Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des cadavres à peine enterrés ou alignés sur les tables des morgues ont été déterrés en hâte et torturés pour simuler devant les caméras le génocide qui devait légitimer le nouveau régime. Ce que le monde entier avait sous les yeux en direct comme vérité sur les écrans de télévision, était l’absolue non-vérité ; et bien que la falsification fût parfois évidente, elle était de toutes façons authentifiée comme vraie par le système mondial des media, pour qu’il fût clair que le vrai n’était désormais qu’un moment du mouvement nécessaire du faux ».

Dix ans après, la technique décrite ci-dessus est de nouveau mise en acte, avec un succès renouvelé. Une campagne martèle l’horreur dont s’est rendu responsable le pays (la Yougoslavie) dont le démembrement a déjà été programmé et contre lequel on est déjà en train de préparer la guerre humanitaire : « Le massacre de Racak est atroce, avec des mutilations et des têtes coupées. C’est une scène idéale pour susciter l’indignation de l’opinion publique internationale. Quelque chose semble étrange dans la tuerie. Les Serbes tuent d’habitude sans procéder à des mutilations […] Comme la guerre de Bosnie le montre, les dénonciations d’atrocités sur les corps, signes de tortures, décapitations, sont unearme de propagande diffuse […] Peut-être n’est-ce pas les Serbes mais les guérilleros albanais qui ont mutilé les corps » . Si ce n’est qu’à ce moment-là, les guérilleros de l’UCK ne pouvaient pas être suspectés d’une telle infamie : c’étaient des freedom fighters, des combattants de la liberté. Aujourd’hui, au Conseil d’Europe, le leader de l’UCK et père de la patrie au Kosovo, Hashim Thaci, « est accusé de diriger un clan politico-criminel né à la veille de la guerre » et impliqué dans le trafic non seulement d’héroïne mais aussi d’organes humains. Voici ce qui arrivait sous sa direction au cours de la guerre : « Une ferme à Rripe, en Albanie centrale, transformée par les hommes de l’UCK en salle d’opération, avec comme patients des prisonniers de guerre serbes : un coup dans la nuque, avant d’explanter leurs reins, avec la complicité de médecins étrangers » (on présume occidentaux) . Et vient ainsi au jour la réalité de la « guerre humanitaire » de 1999 contre la Yougoslavie ; mais pendant ce temps son démembrement a été porté à terme et au Kosovo s’installe et veille une énorme base militaire étasunienne.

Faisons un autre saut en arrière de plusieurs années. Une revue française de géopolitique (Hérodote) a mis en relief le rôle essentiel joué, au cours de la « révolution des roses » qui a lieu en Géorgie à la fin de 2003, par les réseaux télévisés qui sont aux mains de l’opposition géorgienne et par les réseaux occidentaux : ils transmettent sans discontinuer l’image (qui s’est révélée ensuite fausse) de la villa qui serait la preuve de la corruption d’Edouard Chevardnadze, le dirigeant qu’il s’agit de renverser. Après la proclamation des résultats électoraux qui signent la victoire de Chevardnadze et qui sont déclarés frauduleux par l’opposition, celle-ci décide d’organiser une marche sur Tbilissi, qui devrait sceller « l’arrivée symbolique, et pacifique même, dans la capitale, de tout un pays en colère ». Bien que convoquées de tous les coins du pays à grands renforts de moyens propagandistes et financiers, ce jour-là affluent pour la marche entre 5 000 et 10 000 personnes : « ce n’est rien pour la Géorgie » ! Et pourtant grâce à une mise en scène sophistiquée et de grande professionnalité, la chaîne de télé la plus diffusée du pays arrive à communiquer un message totalement différent : « L’image est là, puissante, celle d’un peuple entier qui suit son futur président ». Désormais les autorités politiques sont délégitimées, le pays est désorienté et abasourdi et l’opposition plus arrogante et agressive que jamais, d’autant plus que les médias internationaux et les chancelleries occidentales l’encouragent et la protègent. Le coup d’État est mûr, il va porter au pouvoir Mikhaïl Saakashvili, qui a fait ses études aux USA, parle un anglais parfait et est en mesure de comprendre rapidement les ordres de ses supérieurs.

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Internet comme instrument de liberté

Venons-en maintenant aux nouveaux media, particulièrement chers à Madame Clinton et à l’administration Obama. Pendant l’été 2009 on pouvait lire dans un quotidien italien réputé : « Depuis quelques jours, sur Twitter, circule une image de provenance incertaine […] Devant nous, un photogramme d’une valeur profondément symbolique : une page de notre présent. Une femme avec le voile noir, qui porte un t-shirt vert sur des jeans : extrême Orient et extrême Occident ensemble. Elle est seule, à pieds. Elle a le bras droit levé et le poing fermé. Face à elle, imposant, la gueule d’un SUV, du toit duquel émerge, hiératique, Mahmoud Ahmadinejad. Derrière, les gardes du corps. Le jeu des gestes touche : de provocation désespérée, celui de la femme ; mystique, celui du président iranien ». Il s’agit d’ « un photomontage », qui certes semble « vraisemblable », pour arriver plus efficacement à « conditionner des idées, des croyances ». D’autre part, les manipulations abondent. À la fin du mois de juin 2009, les nouveaux media en Iran et tous les moyens d’information occidentaux diffusent l’image d’une belle fille touchée par une balle : « Elle commence à saigner, elle perd conscience. Dans les secondes qui suivent ou peu après, elle est morte. Personne ne peut dire si elle a été prise dans le feu croisé ou si elle a été touchée de façon ciblée ». Mais la recherche de la vérité est la dernière chose à laquelle on pense : ce serait de toute façon une perte de temps et ça pourrait même se révéler contre-productif. L’essentiel est ailleurs : « à présent la révolution a un nom : Neda ». On peut alors diffuser le message désiré : « Neda innocente contre Ahmadinejad  », ou bien : « une jeunesse courageuse contre un régime vil ». Et le message s’avère irrésistible : « Il est impossible de regarder sur Internet de façon froide et objective la vidéo de Neda Soltani, la brève séquence où le père de la jeune femme et un médecin essaient de sauver la vie de la jeune iranienne de vingt-six ans ». Comme pour le photomontage, dans le cas aussi de l’image de Neda, nous sommes en présence d’une manipulation sophistiquée, attentivement étudiée et calibrée dans tous ses détails (graphiques, politiques et psychologiques) dans le but de discréditer et de rendre la plus odieuse possible la direction iranienne. (Voir addenda en fin de texte, NdT).

Et nous arrivons ainsi au « cas libyen ». Une revue italienne de géopolitique a parlé à ce propos d’ « utilisation stratégique du faux », comme le confirme en premier lieu la « déconcertante affaire des fausses fosses communes » (et d’autres détails sur lesquels j’ai attiré l’attention). La technique est celle dont on se félicite et qu’on utilise depuis des décennies, mais qui à présent, avec l’avènement des nouveaux média, acquiert une efficience terrible : « La lutte est d’abord représentée comme un duel entre le puissant et le faible sans défense, et rapidement transfigurée ensuite en une opposition frontale entre le Bien et le Mal absolus ». Dans ces circonstances, loin d’être un instrument de liberté, les nouveaux media produisent le résultat opposé. Nous sommes en présence d’une technique de manipulation, qui « restreint fortement la liberté de choix des spectateurs » ; « les espaces pour une analyse rationnelle sont comprimés au maximum, en particulier en exploitant l’effet émotif de la succession rapide des images ».

Et ainsi, on retrouve pour les nouveaux media la règle déjà constatée pour la radio et la télévision : les instruments, ou potentiels instruments, de liberté et d’émancipation (intellectuelle et politique) peuvent se renverser et souvent se renversent aujourd’hui en leur contraire. Il n’est pas difficile de prévoir que la représentation manichéenne du conflit en Libye ne résistera pas longtemps ; mais Obama et ses alliés espèrent dans l’intervalle atteindre leurs objectifs, qui ne sont pas vraiment humanitaires, même si la novlangue s’obstine à les définir comme tels.

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Spontanéité d’Internet

Mais revenons au photomontage qui montre une dissidente iranienne défier le président de son pays. L’auteur de l’article que je cite ne s’interroge pas sur les artisans d’une manifestation si sophistiquée. Je vais essayer de remédier à cette lacune. A la fin des années 90 déjà, on pouvait lire dans l’International Herald Tribune : « Les nouvelles technologies ont changé la politique internationale » ; ceux qui étaient en mesure de les contrôler voyaient augmenter démesurément leur pouvoir et leur capacité de déstabilisation des pays plus faibles et technologiquement moins avancés.

Nous sommes là en présence d’un nouveau chapitre de guerre psychologique. Dans ce domaine aussi les USA sont décisivement à l’avant-garde, ayant à leur actif des décennies de recherche et d’expérimentations. Il y a quelques années Rebecca Lemov, anthropologue de l’université de l’État de Washington, a publié un livre qui « illustre les tentatives inhumaines de la CIA et de certains parmi les plus grands psychiatres de "détruire et reconstruire" la psyché des patients dans les années 50 ». Nous pouvons alors comprendre un épisode qui s’est déroulé dans cette même période. Le 16 août 1951, des phénomènes étranges et inquiétants vinrent troubler Pont-Saint-Esprit, « un village tranquille et pittoresque » situé « dans le Sud-est de la France ». Oui, « le pays fut secoué par un mystérieux vent de folie collective. Cinq personnes au moins moururent, des dizaines finirent à l’asile, des centaines donnèrent des signes de délire et d’hallucinations […] Beaucoup finirent à l’hôpital avec la camisole de force ». Le mystère, qui a longtemps entouré ce coup de « folie collective », est maintenant dissipé : il s’agît d’une « expérimentation menée par la CIA, avec la Special Operation Division (SOD), l’unité secrète de l’Armée USA de Fort Detrick, au Maryland » ; les agents de la CIA « contaminèrent au LSD les baguettes vendues dans les boulangeries du pays », causant les résultats que nous avons vus ci-dessus. Nous sommes aux débuts de la Guerre froide : bien sûr les États-Unis étaient des alliés de la France, mais c’est justement pour ça que celle-ci se prêtait facilement aux expérimentations de guerre psychologique qui avaient certes comme objectif le « camp socialiste » (et la révolution anticoloniale) mais pouvaient difficilement être effectuées dans les pays situés au-delà du rideau de fer.

Posons-nous alors une question : l’excitation et l’attisement des masses ne peuvent-ils être produits que par voie pharmacologique ? Avec l’avènement et la généralisation d’Internet, Facebook, Twitter, une nouvelle arme a émergé, susceptible de modifier profondément les rapports de force sur le plan international. Ceci n’est plus un secret, pour personne. De nos jours, aux USA, un roi de la satire télévisée comme Jon Stewart s’exclame : « Mais pourquoi envoyons-nous des armées s’il est aussi facile d’abattre les dictatures via Internet que d’acheter une paire de chaussures ? ». À son tour, avec une revue proche du département d’État, un chercheur attire l’attention sur « comment il est difficile de militariser » (to weaponize) les nouveaux media pour des objectifs à court terme et liés à un pays déterminé ; il vaut mieux poursuivre des objectifs de plus ample envergure . Les accents peuvent varier, mais la signification militaire des nouvelles technologies est dans tous les cas explicitement soulignée et revendiquée. Mais Internet n’est-il pas l’expression même de la spontanéité individuelle ? Seuls les plus démunis (et les moins scrupuleux) argumentent ainsi. En réalité —reconnaît Douglas Paal, ex-collaborateur de Reagan et de Bush senior— Internet est actuellement « géré par une ONG qui est de fait une émanation du Département du Commerce des USA » . S’agit-il seulement de commerce ? Un quotidien de Pékin rapporte un fait largement oublié : quand en 1992 la Chine demanda pour la première fois à être reliée à Internet, sa requête fut rejetée en raison du danger que le grand pays asiatique ne put ainsi « se procurer des informations sur l’Occident  ». Maintenant, au contraire, Hillary Clinton revendique l’ « absolue liberté » d’Internet comme valeur universelle à laquelle on ne peut renoncer ; et cependant —commente le quotidien chinois— « l’égoïsme des États-Unis n’a pas changé  » .

Peut-être ne s’agit-il pas seulement de commerce. À ce sujet, l’hebdomadaire allemand Die Zeit demande des éclaircissements à James Bamford, un des plus grands experts en matière de services secrets états-uniens : « Les Chinois craignent aussi que des firmes américaines (étasuniennes, NdT) comme Google soient en dernière analyse des outils des services secrets américains (étasuniens, NdT) sur le territoire chinois. Est-ce une attitude paranoïde ? » « Pas du tout  » répond-il immédiatement. Au contraire même —ajoute l’expert— des « organisations et institutions étrangères [aussi] sont infiltrées  » par les services secrets étasuniens, lesquels sont de toutes façons en mesure d’intercepter les communications téléphoniques dans tous les coins de la planète et doivent être considérées comme « les plus grands hackers du monde  » . Désormais —affirment encore dans Die Zeit deux journalistes allemands— cela ne fait aucun doute : « Les grands groupes Internet sont devenus un outil de la géopolitique des USA. Avant, on avait besoin de laborieuses opérations secrètes pour appuyer des mouvements politiques dans des pays lointains. Aujourd’hui il suffit souvent d’un peu de technique de la communication, opérée à partir de l’Occident […] Le service secret technologique des USA, la National Security Agency, est en train de monter une organisation complètement nouvelle pour les guerres sur Internet  » .

Il convient donc de relire à la lumière de tout ceci quelques événements récents d’explication non aisée. En juillet 2009 des incidents sanglants sont survenus à Urumqi et dans le Xinjiang, la région de Chine habitée surtout par des Ouigours. Sont-ce la discrimination et l’oppression contre des minorités ethniques et religieuses qui les expliquent ? Une approche de ce type ne semble pas très plausible, à en juger du moins par ce que réfère de Pékin le correspondant de La Stampa : «  De nombreux Hans d’Urumqi se plaignent des privilèges dont jouissent les Ouigours. Ceux-ci, de fait, en tant que minorité nationale musulmane, ont à niveau égal des conditions de travail et de vie bien meilleures que leurs collègues Hans. Un Ouigour, au bureau, a l’autorisation de suspendre son travail plusieurs fois pas jour pour accomplir les cinq prières musulmanes traditionnelles de la journée […] En outre ils peuvent ne pas travailler le vendredi, jour férié musulman. En théorie ils devraient récupérer le dimanche. Mais le dimanche les bureaux sont en fait déserts […] Un autre point douloureux pour les Hans, soumis à la dure politique d’unification familiale qui impose encore l’enfant unique, est le fait que les Ouigours peuvent avoir deux ou trois enfants. En tant que musulmans, ensuite, ils ont des remboursements en plus dans leur salaire étant donné que, ne pouvant pas manger de porc, ils doivent se rabattre sur la viande d’agneau qui est plus chère  » .

Elles apparaissent alors pour le moins unilatérales ces accusations portées par l’Occident contre le gouvernement de Pékin de vouloir effacer l’identité nationale et religieuse des Ouigours. Alors ?

Réfléchissons sur la dynamique des incidents. Dans une ville côtière de Chine où, malgré les différentes traditions culturelles et religieuses préexistantes, des Hans et des Ouigours travaillent côte à côte, se répand tout d’un coup la rumeur selon laquelle une jeune fille han a été violée par des ouvriers ouigours ; il en résulte des incidents au cours desquels deux Ouigours perdent la vie. La rumeur qui a provoqué cette tragédie est fausse mais voici que se répand alors une deuxième rumeur plus forte encore et encore plus funeste : Internet diffuse dans son réseau la nouvelle selon laquelle dans la ville côtière de Chine des centaines de Ouigours auraient perdu la vie, massacrés par les Hans dans l’indifférence et même sous le regard complaisant de la police. Résultat : des tumultes ethniques dans le Xinjiang, qui provoquent la mort de presque 200 personnes, cette fois presque toutes hans. Eh bien sommes-nous là en présence d’une intrication malheureuse et fortuite de circonstances ou bien la diffusion des rumeurs fausses et tendancieuses visait-elle le résultat qui s’est effectivement produit ensuite ? Nous sommes dans un situation où il s’avère désormais impossible de distinguer la vérité de la manipulation. Une société étasunienne a réalisé des « programmes qui permettraient à un sujet engagé dans une campagne de désinformation de prendre simultanément jusqu’à 70 identités (profils de réseaux sociaux, account in forum etc.) en les gérant parallèlement : le tout sans qu’on puisse découvrir qui tire les ficelles de cette marionnette virtuelle ». Qui a recours à ces programmes ? Il n’est pas difficile de le deviner. Le quotidien cité ici, non suspect d’antiaméricanisme (anti-étasunien, NdT) précise que la société en question « fournit des services à diverses agences gouvernementales étasuniennes, comme la CIA et le ministère de la Défense ». La manipulation de masse célèbre son triomphe tandis que le langage de l’Empire et la novlangue se font, dans la bouche d’Obama, plus doux et suaves que jamais. Revient alors en mémoire l’ « expérimentation conduite par la CIA » pendant l’été 1951, qui produisit « un mystérieux vent de folie collective » dans « le village pittoresque et tranquille » de Pont-Saint-Esprit. Et de nouveau nous voici obligés de nous poser la question initiale : la «  folie collective » peut-elle être produite seulement par voie pharmacologique ou bien aujourd’hui peut-elle être le résultat du recours, aussi, aux « nouvelles technologies  » de la communication de masse ?

On comprend alors les financements par Hillary Clinton et par l’administration Obama destinés aux nouveaux media. Nous avons vu que la réalité des « guerres sur Internet » est désormais reconnue même par de réputés organes de presse occidentaux ; sauf que dans le langage de l’Empire et dans la novlangue la promotion des « guerres sur Internet » devient la promotion de la liberté, de la démocratie et de la paix.

Les cibles de ces opérations ne restent pas sans rien faire : comme dans toute guerre les faibles cherchent à combler leur désavantage en apprenant des plus forts. Et voici que ces derniers crient au scandale : « Au Liban ceux qui maîtrisent le plus les news media et les réseaux sociaux ne sont pas les forces politiques pro-occidentales qui soutiennent le gouvernement de Saad Hariri, mais les "Hezbollah" ». Cette observation laisse poindre un soupir : ah, comme ce serait beau si, ainsi qu’il en a été pour la bombe atomique et pour les armes (proprement dites) les plus sophistiquées, même pour les « nouvelles technologies  » et les nouvelles armes d’information et de désinformation de masse, ceux qui détiennent le monopole étaient les pays qui infligent un interminable martyre au peuple palestinien et qui voudraient continuer à exercer au Moyen-Orient une dictature terroriste ! Le fait est —se lamente Moises Naïm, directeur de Foreign Policy— que les USA, Israël et l’Occident n’ont plus affaire aux « cyberidiots d’autrefois ». Ceux-ci « contre-attaquent avec les mêmes armes, font de la contre information, empoisonnent les puits  » : une véritable tragédie du point de vue des présumés champions du « pluralisme » . Dans le langage de l’Empire et dans la novlangue, la timide tentative de créer un espace alternatif à celui qui est géré ou hégémonéisé par la superpuissance solitaire devient un « empoisonnement des puits ».


Domenico Losurdo

* Professeur d’histoire de la philosophie à l’université d’Urbin (Italie). Il dirige depuis 1988 la Internationale Gesellschaft Hegel-Marx für dialektisches Denken, et est membre fondateur de l’Associazione Marx XXIesimo secolo. Dernier ouvrage traduit en français : Staline : histoire et critique d’une légende noire (Aden, 2011).

Addenda du Réseau Voltaire

Sur Facebook en Syrie

Dès le début des manifs à Deraa, une page Facebook a été ouverte sous le titre "Révolution syrienne 2011" : slogan publicitaire inimaginable pour de vrais révolutionnaires : si on n’y arrive pas en 2011, on laisse tomber ?. Dans la journée, cette page comptait 80 000 amis, presque tous des comptes Facebook créés le même jour. Ceci est impossible sauf si les "amis" sont des comptes virtuels créés par des logiciels.

À propos de l’affaire Neda en Iran

Si l’on reprend la vidéo de la mort de la jeune Neda en la passant au ralenti, on constate qu’en tombant la jeune fille a le réflexe d’amortir sa chute avec son bras. Or, toute personne touchée par balle —a fortiori dans la poitrine— perd ses réflexes. Le corps devrait tomber comme une masse. Ce n’est pas le cas. Il est impossible que la jeune fille ait été touchée par balle à ce moment-là. Quelques secondes plus tard, la vidéo montre le visage de la jeune fille. Il est propre. Elle passe sa main sur son visage et il est alors recouvert de sang. L’agrandissement de la main montre qu’elle dissimule un objet dans sa paume et qu’elle étend elle-même le sang sur son visage. La jeune fille est alors emportée par ses amis à l’hôpital. Elle meurt durant le transport. Arrivée à l’hôpital, on constate que le décès est dû à une balle en pleine poitrine. Celle-ci ne peut avoir été tirée que par ses "amis" durant son transport.

 

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