Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Que faire en Syrie ?

Publié le par Mahi Ahmed

Que faire en Syrie ?

 

mercredi 29 août 2012, par Alain Gresh

La crise syrienne s’éternise. Pour l’instant, en tout cas, ni les discours du pouvoir annonçant qu’il va écraser l’opposition, ni les espoirs des Occidentaux que le régime s’effondre ne se sont réalisés. Et le pays paie un prix élevé pour cette impasse, coût qu’il est difficile de chiffrer – des dizaines de milliers de morts, un nombre incalculable de blessés, bientôt 200 000 réfugiés à l’étranger. Cette descente dans l’abîme érode la fabrique même de la société, dressant les communautés les unes contre les autres, les villageois contre leurs voisins.

On l’a dit à plusieurs reprises ici : le pouvoir porte la responsabilité majeure du bain de sang et de la spirale de violence qu’il a largement alimentée. Mais la crise syrienne se réduit-elle à un pouvoir dictatorial affrontant l’ensemble de son peuple ? Si tel était le cas, le régime serait tombé depuis longtemps. D’autre part, peut-on comprendre la crise en dehors de sa dimension géopolitique, en dehors de l’action d’acteurs aux motivations diverses ?

C’est qu’il se déroule, sur la scène syrienne, plusieurs guerres parallèles. D’abord, comme ailleurs dans le monde arabe, s’est exprimée une aspiration à la liberté, à la fin de la dictature. Mais la militarisation de l’opposition – favorisée par les ingérences extérieures et par la brutalité du régime –, son incapacité à présenter un programme rassembleur, ses profondes divisions ont ouvert de larges fractures dans le peuple syrien. Le régime a pu s’assurer le soutien d’une partie de la bourgeoisie sunnite avec laquelle il était allié depuis des décennies, celui de représentants de minorités qui pouvaient se sentir menacées (alaouites, chrétiens, etc.). Il a pu aussi compter sur le désarroi grandissant d’une partie de la population, qui, notamment à Damas et à Alep, avait l’impression que les combattants de l’opposition la prenaient en otage. Des journalistes de Libération, de The Independent (« Aleppo’s poor get caught in the crossfire of Syria’s civil war », 24 août), de The Economist (« Part of the problem is that the rebels are failing to win hearts and minds among the urban middle class in Aleppo »), ont rendu compte de ce désarroi d’une partie de la population sans que le discours dominant dans les médias sur la Syrie ne change : un peuple uni face à une dictature sanglante.

La question des combattants étrangers a souvent été soulevée. Pourquoi s’étonner que des jeunes Libyens ou Tunisiens veuillent partir se battre en Syrie contre une dictature ? Est-ce le fait qu’ils soient islamistes qui disqualifie leur combat ? Non, le problème – au-delà de la présence de groupes comme Al-Qaida – tient aux ingérences étrangères et à la manière dont l’Arabie saoudite et le Qatar notamment, mais aussi la Turquie, arment, financent et mobilisent ces groupes. Et on peut douter que le moteur de l’action des monarchies du Golfe soit l’instauration de la démocratie en Syrie. Bien sûr, l’affirmation du ministre des affaires étrangères syrien Mouallem à Robert Fisk, selon laquelle les Etats-Unis sont responsables pour l’essentiel de ce qui se passe en Syrie (« We believe that the USA is the major player against Syria and the rest are its instruments »), est outrancière, mais qu’il y ait des ingérences étrangères, qui peut en douter ?

C’est Kofi Annan, l’envoyé de l’ONU pour la Syrie (« Sur la Syrie, à l’évidence, nous n’avons pas réussi », LeMonde.fr, 7 juillet 2012), qui le déclarait : aucune des deux parties n’a vraiment essayé, en avril 2012, lors de l’envoi d’observateurs internationaux, de mettre fin aux combats. Et si l’appui de l’Iran, de la Russie et de la Chine à Damas a durci la position du président Bachar Al-Assad, le refus des Occidentaux, Français compris, d’appeler l’opposition à respecter un cessez-le-feu a aussi mis de l’huile sur le feu. A aucun moment ni les Occidentaux, ni Paris n’ont cru en la mission Annan et n’ont fait le moindre effort pour qu’elle réussisse.

Pourquoi ? Parce que l’objectif prioritaire de nombreux protagonistes (Occidentaux, pays du Golfe) est de faire tomber le régime dans le but d’atteindre l’Iran. Leur stratégie s’inscrit dans une jeu géopolitique dangereux, dont les droits humains ne sont qu’une dimension. La Russie et la Chine, favorables à des pressions sur Téhéran mais hostiles à une aventure militaire, s’opposent, bien évidemment, à cette stratégie. « Tout cela est un jeu géopolitique joué avec le sang syrien, m’expliquait, ulcéré, un intellectuel de Damas. Poutine et Obama devraient rendre des comptes devant la justice internationale. »

Aujourd’hui encore, les Occidentaux sont dans l’incapacité de regrouper l’opposition, et la demande du président François Hollande de voir se créer « un gouvernement provisoire inclusif et représentatif » pour « devenir le représentant légitime de la nouvelle Syrie » (lire « Hollande cherche à se placer en pointe sur la Syrie », LeMonde.fr, 28 août) relève de l’utopie – comme l’ont confirmé les Etats-Unis – et montre la difficulté du gouvernement français à reconnaître que le Conseil national syrien a perdu une grande part de sa légitimité.

En attendant, combats et massacres se poursuivent. La seule initiative un peu sérieuse est celle qu’a esquissée le président égyptien Mohammed Morsi, qui veut créer un groupe de quatre pays, le sien, l’Iran, l’Arabie saoudite et la Turquie (« Egyptian Leader Adds Rivals of West to Syria Plan », The New York Times, 26 août). Ce groupe aurait l’avantage de tenir à l’écart, au moins dans un premier temps, les parties étrangères à la région. Mais il s’appuie sur une idée, celle de la négociation entre le pouvoir et l’opposition. On ne négocie pas avec ceux qui ont du sang sur les mains ? Rappelons que dans les années 1980, la transition vers la démocratie en Amérique latine s’est faite en assurant l’impunité aux généraux coupables des pires exactions (il a fallu vingt ans supplémentaires pour les faire comparaître devant la justice ; c’était le prix à payer pour une transition pacifique).

Un dernier mot sur les médias. Le Monde diplomatique de septembre publie un article sur la manière pour le moins biaisée dont un certain nombre de médias ont rendu compte de cette crise (« Syrie, champ de bataille médiatique »). Au-delà de la discussion sur la déontologie, cette manière de rendre compte de la crise contribue à paralyser les autorités politiques et à les priver de toute capacité d’action réelle : qui oserait aujourd’hui encore appeler à la négociation, à une sortie de la violence, sans se faire taxer d’agent de la dictature syrienne (voire de Moscou, de Pékin ou de Téhéran) ?

Source : Blog du Monde diplomatique du 30.08.12

Publié dans Choix d'articles

Partager cet article

Repost 0

Face au chaos Syrien : l'effondrement de la conscience politique arabe

Publié le par Mahi Ahmed

Face au chaos Syrien : l'effondrement de la conscience politique arabe

Khaled Satour

Mercredi 29 Août 2012

 

 

Cela fait des mois que je m'intéresse à la position prise par l'intelligentsia arabe et particulièrement syrienne à propos des événements de Syrie. Sur une vidéo mise en circulation sur Internet, j'ai entendu l'un des plus illustres opposants à Bachar El Assad, Michel Kilo, déclarer que les intellectuels syriens étaient "pour la révolution". Ce que mes propres observations tendent à confirmer car j'ai suivi avec toute la constance possible, à travers la presse arabe où ils s'expriment le plus volontiers, leurs prises de position et leurs analyses. Il m'est arrivé d'en conclure que, si la parole qu'ils exprimaient et leur conception de l'opposition au régime de Damas qu'ils préconisaient avaient la pertinence patriotique qu'ils leur attribuaient, c'est que j'étais démuni de certaines composantes du logiciel politique approprié, qu'eux-mêmes n'ont pas manqué, tous, de recevoir en partage. J'ai aussi parfois mis mon incapacité à comprendre sur le compte de la complexité des données de cette région du monde arabe où s'entremêlent tant d'intérêts et d'influences.

Mais j'ai résolu pour finir de risquer un certain nombre d'observations. Car la situation est telle que la seule vérité indiscutable est que la Syrie, peuple, nation et Etat – et pas seulement le régime qui la gouverne de moins en moins – fait l'objet d'une agression étrangère multiforme destinée à l'anéantir. Cette agression ne diffère de l'entreprise lancée en 2003 contre l'Irak et en 2011 contre la Libye que par deux faux-semblants : la préexistence d'une prétendue révolution populaire pacifique qui aurait duré un an et l'échec fait à une intervention militaire de l'OTAN.

 

Une véritable invasion militaire

Jusqu'au tournant de l'année en cours, des manifestations civiles, dont l'ampleur a sans doute été exagérée, brouillaient le jugement en imposant, grâce à une information sélective puissamment relayée, la vision d'un soulèvement populaire généralisé réprimé violemment. Le discours de l'opposition et des intellectuels pouvait alors avoir un semblant de justification. Mais qu'en est-il aujourd'hui? La guerre s'est étendue et les données relatives à l'identité des forces qui combattent l'armée régulière ne sont plus contestées :

- Depuis le début du mois d'août, on a appris qu'Obama avait ordonné aux services secrets américains d'apporter toute leur aide aux insurgés et des sources britanniques ont confirmé que les forces spéciales américaines et britanniques se trouvaient sur le terrain pour appuyer l'armée syrienne libre qui serait la principale force engagée dans les combats. Avec le déclenchement de la bataille d'Alep, le nord du pays est ouvert à l'infiltration massive de groupes armés encouragée par la Turquie qui multiplie les manœuvres militaires agressives à la frontière. Dans le même temps, des forces armées occidentales affichent leur présence menaçante en Jordanie depuis mai dernier lorsque les Etats-Unis ont organisé des manœuvres avec l'armée du royaume.

- Auparavant, en juillet, alors que les pires scénarios de partition du pays étaient évoqués, deux thèmes avaient été mis en avant d'une manière concomitante qui peuvent à tout moment servir de prétexte à une intervention militaire ouverte : l'entrée massive de combattants d'Al Qaéda en Syrie et le sort des armes chimiques détenus par le régime. Le journal El Quds El Arabi du 22 juillet n'excluait pas que les Etats occidentaux et/ou Israël envisagent une action militaire pour empêcher les groupes djihadistes (ou encore le Hezbollah) de s'emparer des "armes de destruction massive".

Ces groupes étaient présentés contre toute vraisemblance comme une tierce partie au conflit, des intrus qui se seraient librement invités à la curée. En somme des ennemis de l'Occident et d'Israël, avant tout! En mai dernier, le secrétaire américain à la Défense s'alarmait de ce que les attentats de Damas "portaient l'empreinte d'Al Qaéda", ajoutant que l'organisation tirait profit du chaos qui régnait dans le pays. Le journal El Quds précisait dans son édition des 21/22 juillet que 6000 combattants de l'organisation, de différentes nationalités arabes, étaient entrés dans le pays, par la Turquie et l'Irak, pour s'assurer le contrôle de l'"Emirat de Syrie". Des informations concordantes, validées par les experts de la désinformation occidentaux eux-mêmes et notamment français, laissaient entendre que l'armée syrienne libre, pour l'essentiel cantonnée en Turquie, n'était qu'un figurant dans les combats.

On choisit ainsi par moments de mettre en avant la présence d'Al Qaéda qui n'est pas douteuse à condition bien sûr de comprendre qu'on étiquette sous ce label quelque peu anachronique les cohortes de djihadistes formées et commandées par les Etats du Golfe, sous la supervision des Etats occidentaux, celles-là mêmes qui ont dévasté l'Irak et le Yémen pendant des années, abattu le régime de Kadhafi, avec le concours de l'OTAN, en attendant de mettre le Sahel et peut-être le Maghreb à feu et à sang.

- Cette infiltration de mercenaires n'a d'ailleurs pas commencé en cet été 2012. Elle remonte à l'année dernière mais les organes de la désinformation refusaient alors de reconnaître la guerre d'envergure menée contre le régime1.

Des affrontements sans merci avaient alors lieu, dont les populations civiles étaient massivement victimes. Ce fut le cas notamment à Homs2.

Avant que le journal britannique The Guardian ne confirme en janvier l’existence d’un soutien militaire extérieur, en particulier américain, à l’insurrection syrienne3, son homologue, le Daily Telegraph, avait révélé que le chef du conseil militaire libyen à Tripoli, Abdelhakim Belhadj, avait été dépêché par le conseil national de transition en Turquie où il avait discuté avec les chefs de l’ "armée syrienne libre" de "l’envoi de combattants libyens pour entraîner ses soldats"4.

Cela fait à ce jour plusieurs mois que la « révolution » syrienne a opéré sa jonction militaire avec les acteurs de l’insurrection libyenne et leur encadrement arabe et occidental.

Une "révolution" privee de direction politique?

Il faudrait donc en bonne logique requalifier les faits qui se déroulent en Syrie. Si jamais une révolution populaire a bel et bien commencé dans ce pays en mars 2011, qu'en reste-t-il à l'heure des combats menés par des djihadistes de tous poils, par les groupes qu'ont acheminés de Libye et d'ailleurs les monarchies du Golfe, par les services secrets et les forces spéciales occidentales? Et c'est de l'opposition et de l'intelligentsia syrienne que devrait venir une réponse. Peuvent-elles persister à ne se définir que comme l'opposition au régime, au mépris de leur devoir patriotique? Pour les branches qui refusaient l'ingérence militaire, la priorité n'est-elle pas aujourd'hui de dire non à l'invasion armée étrangère qui, pour n'avoir pu se matérialiser sous la forme de bombardements de l'OTAN, n'en menace pas moins l'existence souveraine et unie du pays? Force est de constater que non : l'opposition continue à conceptualiser par une démarche voulue unitaire une transition illusoire dont les données et les perspectives lui échappent totalement.

Le Syrien Ammar Dioub, dont j'ai lu plusieurs articles publiés depuis le début de la crise, faisait le 13 juillet dernier l'observation suivante à propos des multiples rencontres organisées par l'opposition depuis plusieurs mois :

Ces conférences ont manqué à leur unique justification: la détermination précise des objectifs de la révolution (…) Et de ce fait, la révolution était et demeure orpheline d'une opposition véritable qui la représente5.

Ce simple constat, qui attriste l'auteur en sa qualité d'adepte de la dite "révolution", résume l'irréductible contradiction qui fait de l'attitude de cette opposition (mais aussi de l'écrasante majorité de l'intelligentsia syrienne), plus qu'une énigme, un véritable défi à la raison. Voilà une révolution, dénommée et labellisée d'emblée comme telle qui n'aurait jamais eu de direction politique (dans le double sens de l'expression). Ce constat est fait aujourd'hui, alors que ce sont des insurgés en armes qui combattent le régime. Mais il vaut pour les longs mois durant lesquels on nous représentait la scène syrienne comme le théâtre de manifestations populaires pacifiques.

Il suppose que soient vérifiées deux hypothèses :

- D'une part que la mutation du conflit soit dans l'ordre des choses : depuis mars 2011, coulerait sans interruption le fleuve d'une seule et même révolution, recueillant après une période de protestations civiles les affluents de violences armées qui ont gonflé son cours démesurément mais sans jamais lui faire quitter son lit.

- Et, d'autre part, que les groupes armés aient légitimement pris le relais du peuple pacifiquement révolté, dans une continuité révolutionnaire qui ne s'est pas démentie, sans qu'une direction politique n'ait jamais rien supervisé, sans qu'elle n'ait mis au point cette "détermination précise des objectifs" dont l'auteur déplore l'absence.

Or, l'examen des prodromes "civils" de la confrontation armée suggère que la violence y était contenue en germe.

Car, si l’on considère que la seule alternative à une généralisation de la violence était l’option politique, force est de constater que celle-ci était exclue du fait même de la nature de l’insurrection à son déclenchement. La contestation a été conçue de telle sorte qu'elle ne laisse aucune marge d'initiative à la politique et il n'est pas fortuit qu'on l'ait déclenchée à l’insu et à la surprise des nombreuses forces d’opposition existantes6, même si certaines en ont revendiqué la représentation a posteriori. Le phénomène est d'autant plus édifiant qu'il est commun aux principales « révolutions » arabes. On peut le dégager de certaines des nombreuses analyses publiées par des familiers de la scène syrienne.

UNE DONNEE DE BASE : L'INCONNU
Mais il faut d'abord réfuter la principale explication de la genèse du soulèvement qui se fonde sur les faits déclencheurs les plus immédiats et fait l'objet d'un consensus très large. Elle évoque des événements que le journal El Quds El Arabi avait rapportés le 24 mars 2011 comme suit :

L’étincelle de l’intifada syrienne est partie de la ville de Deraâ lorsque les forces de sécurité syrienne ont emprisonné un groupe d’enfants âgés d’une dizaine d’années qui avaient écrit des graffitis demandant la chute du régime et il n’est pas improbable que se déclenche une révolution qui s’étendra aux villes, aux villages et aux campagnes syriennes à cause des pratiques répressives des forces de sécurité syriennes.7
Le problème « factuel » que pose une telle interprétation est qu’il est pratiquement impossible d’établir la date exacte de l’arrestation de ces enfants (dont le nombre varie selon les sources de 15 à 25). Dans les chronologies établies par la presse internationale, on mentionne ces faits sans en spécifier la date, certains médias s’accordant cependant à les dater du 13 mars, c’est-à-dire quelques jours avant les premières manifestations de Deraâ du 17 mars (El Qods du 24 mars 2011).

En fait, ils n’ont pas été rapportés dans leur actualité, El Qods les ayant mentionnés la première fois le 11 mars 2011 parmi les « histoires et récits » dont les « sites regorgent » en citant le site syrian.net qui avait fait état « d’une vaste campagne d’arrestations dans la province de Deraâ qui a visé il y a quelques jours 25 enfants de la 4e Année primaire qui avaient scandé à l’école le mot d’ordre : Le peuple veut la chute du régime ». On en conclut que ces arrestations sont présumées avoir eu lieu avant le 10 mars, à une date indéterminée, alors même que les appels lancés sur Facebook pour la « révolution contre le régime d’El Assad » fixée au 15 mars étaient apparus dès le 5 mars sans référence aux écoliers de Deraâ et avec déjà pour mot d’ordre « la chute du régime » (El Qods du 7 mars 20118).

S'agissant maintenant des organisations qui ont vu le jour pour représenter la "révolution", certaines ont revendiqué un lien organique constitué avec les "coordinations" qui ont occupé le terrain à partir de mars 2011. Mais, comme le soulignait l’écrivain syrien Mohamed Dibou dans un article paru le 13 octobre, rien n'obligeait à les croire9:

Des interrogations sérieuses sont soulevées par les coordinations (qui constituent la force qui pèse le plus dans l’opposition), la modalité de leur représentation et la question de savoir de quelle organisation elles sont proches. En effet, le comité de coordination et le conseil national annoncent, chacun pour son compte, qu’ils sont en contact avec les coordinations qui auraient adopté leur programme. Mais qui croire ? D’autant que les coordinations ne sont pas en mesure, à ce jour, de s’exprimer publiquement et qu’elles ne sont pas unifiées, à quoi il faut ajouter qu’on ne sait pas lesquelles d’entre elles représentent effectivement la rue et lesquelles ont rejoint l’action. Il y a des petits quartiers qui se trouvent avoir bien plus qu’une seule coordination !

Il est clairement constaté ici que, si les forces politiques qui étaient à l’œuvre avant l’insurrection ont été prises de court, c'est parce que les initiateurs du mouvement sur le terrain étaient de nouveaux venus à l’action politique. Les formations nouvelles, créées dans le sillage des événements, se sont mises à la remorque des nouveaux venus alors même que rien ne permettait d'identifier ces derniers de façon certaine. C'est à l'irruption d'une forme d'activisme inédit que l'on assistait. Les coordinations locales paraissaient donner l'mpulsion mais c’est à la rue que le dernier mot revenait.

Se dessinait ainsi une organisation « révolutionnaire » à trois étages, la rue, les coordinations locales et les structures politiques, dans laquelle la prééminence qui commandait la prise de décision était l’envers exact de ce qu’enseigne l’histoire des révolutions. La hiérarchie de la décision privilégiait dans cette triade le nombre et l'anonymat, de telle sorte que le dernier mot revenait à la rue. Et c’est sans doute parce que cette dernière donnée était embarrassante qu’on a proclamé que la rue était le peuple, sans autre forme de procès. De ce fait, on tenait la révolution populaire tant rêvée! Cependant, il en est qui ont relevé ce que cette situation avait pour le moins d’insolite. Ainsi une autre Syrienne, Khawla Dounia, qui notait le 22 septembre 2011 les observations suivantes :

Un de mes amis a dit que la révolution exerçait une sorte de terrorisme intellectuel sur tout opposant et intellectuel car il ne peut ignorer la rue et ses demandes chaque fois qu’il désire exposer une opinion sur ce qui se passe ou sa vision d’une solution. Il se sent tenu par les slogans et les réactions de la rue, de peur d’être traité de traître10, d’abord, et d’essuyer un refus, ensuite. Il y a une sorte de flagornerie chez certains qui reprennent les mots d’ordre de la rue tels quels sans les soumettre à l’analyse intellectuelle ou politique pour les rendre propres à l’application ou à la discussion (…) Il semble que ces opposants et intellectuels ont peur que soient tenus pour nuls et non avenus tous les sacrifices qu’ils ont consentis (de longues années de prison, l’exil, la privation des droits) du seul fait qu’ils expriment leurs convictions11.

L'adhésion des intellectuels à la révolution, telle que constatée par Michel Kilo, a-t-elle été si librement choisie? Ce qui était énoncé ici sur un mode quelque peu anecdotique confirmait la suprématie de la rue (cette fameuse "rue arabe", si longtemps traitée en ersatz d'opinion publique!) ainsi que l'invisibilité d’un encadrement opérationnel de son activisme qui renseigne sur l'identité politique (ou au moins sociale) du soulèvement. La rue, anonyme, est la révolution. Cette affirmation ne s'est jamais démentie en dépit de son invraisemblance car, si l’on considère la continuité et la cohérence des actions de protestation menées depuis mars 2011 et la parfaite logistique qui a accompagné les manifestations12, toute cette entreprise avait forcément des cadres clandestins d’organisation et de programmation opérationnelle sur lesquels toute interrogation a aussitôt été condamnée comme hérétique. Elle avait aussi ses symboles forts, tels que le "drapeau de l'indépendance" substitué au drapeau de l'Etat et que l'on a rapidement vu exhibé à travers tout le pays comme ce fut le cas en Libye.

Si structuré que fût l'activisme de la "rue", on s'est rapidement préoccupé de son infirmité politique et s'est posée la question de savoir si l’opposition organisée pouvait lui faire l'apport d'un programme. Dans la mesure où plusieurs formations (qui devaient vite se regrouper dans deux structures dominantes, le CNS et le CCND13) se sont mises en compétition pour assumer cette tâche, laquelle serait reconnue légitime pour le faire? La difficulté venait de ce que, contrairement à ce qu'ont clamé plusieurs courants marxistes de Syrie et d'ailleurs, la revendication sociale n’était plus audible parce que les mots d’ordre de la rue se sont très vite refermés sur la revendication de la chute du régime (doublée ensuite pendant des mois de celle de l’intervention étrangère). L'opposition requise pour porter le combat de la rue sur le plan politique était de ce fait aussi indifférenciée que paraissait l'être le mouvement de contestation. Libéraux, nationalistes, marxistes, frères musulmans, salafistes, toutes les tendances étaient parties prenantes.

La légitimité ne semblait devoir se juger qu’à l’aune de la revendication centrale (abattre le régime), à l’exclusion de toute autre considération relative à un programme politique, à un projet social. La "rue" avait imposé sa loi d'airain : la fidélité à la révolution ou la trahison se mesurait, comme nous venons de le relever, à l'aune du seul rapport à l’activisme. Un autre auteur syrien écrivait à ce propos dans un article du 28 octobre 2011 :

Toutes (les révolutions arabes) ont en commun deux caractères essentiels. Le premier c’est d’avoir été initiées par le peuple sans qu’aucun parti ni aucune structure ne l’ait mis en mouvement. Le peuple a pris de vitesse toutes les forces et partis quelle que soit leur appartenance idéologique, il s’est substitué à eux pour mettre la rue en mouvement et diriger son action spontanément, affirmant sa détermination à réaliser un seul but : la chute du régime. Le second caractère est que ces révolutions sont privées de toute conceptualisation préalable de ce qu’elles aspirent à réaliser après leur victoire … Il était clair pour tous que l’objectif général qui rassemble l’indépendant, l’islamiste, le communiste, le nationaliste, etc., se limitait à cet objectif principal annoncé sans précision autre (c’est-à-dire la chute du régime, NDRL)14.

C'est la négation même de la révolution car aucun espace n'était dédié à l’élaboration d’un programme politique, d’un projet de société. La légitimité était d’un type nouveau qu’on pourrait désigner comme une légitimité subversive accordant la prime à l’activisme. Sur cette question, le Syrien Addi Zaâbi écrivait le 29 décembre 2011 dans El Qods :

Il reste en définitive la légitimité que peut se donner l’opposition par sa capacité à influer sur la révolution. Là, le rôle de l’opposition sera secondaire. Le rôle essentiel dans le changement demeure exclusivement entre les mains des jeunes sur le terrain. Il sera peut-être difficile d’évaluer le rôle du conseil (national syrien) et du comité (de coordination) dans la conduite de la révolution. Bien sûr, la révolution a commencé en dehors de l’opposition traditionnelle. Mais, après la formation du conseil, se faire une opinion sur le rôle qu’il joue devient pratiquement impossible du fait des exigences de secret qui commandent le travail de terrain. Dans tous les cas, il apparaît que ce rôle n’est guère important (…) Quoi qu’il en soit, les choses sont claires : les coordinations de l’intérieur, dans leur diversité, accorderont la légitimité à l’une des instances … La priorité est de renforcer les actions sur le terrain. Le moteur essentiel des événements sur le terrain, ce sont les jeunes et les coordinations. Ceux-là n’ont pas besoin de légitimité. Ce sont eux qui octroient la légitimité aux entités politiques15.

Peut-on être plus clair ? L’auteur de l’article, qui paraît bien au fait des rapports de force, confirmait ce que pareille « révolution » avait d’inédit : la prééminence absolue de structures secrètes composées d’anonymes faisant leurs premières armes dans l’action ! Et le secret de l’initiative « sur le terrain » empêcherait même d’impliquer les organisations politiques (en particulier le conseil national qui semble avoir la préférence de notre auteur) dans les décisions à prendre. De toute façon, n’est-il pas affirmé que le rôle de l’opposition sera secondaire, ce qui se confirme aujourd'hui comme l'expression euphémique de la vérité ? Surtout, il y a cette conclusion qui donne froid dans le dos : les jeunes et leurs coordinations sont la source absolue de toute légitimité. Voilà qui met en évidence la donnée de base de cette révolution, et dans une large mesure de ses devancières arabes. Cette donnée se résume en un mot : l’inconnu. Des initiateurs inconnus, des acteurs opérationnels inconnus, une destination inconnue.

Il n’est dès lors pas étonnant que la légitimité définie selon ces canons de l’activisme sur le terrain ne puisse être déléguée qu’à l’instance politique qui en serait le simple prolongement à l’extérieur car, si le régime est déstabilisé par l’action locale, il ne peut être abattu, du fait du vide politique inhérent au mouvement, que grâce aux coups de boutoir qui lui seront portés au plan international. Cette révolution n'était pas en quête d'une direction politique mais d'un agent qui servirait à la "communauté internationale" de levier pour une intervention militaire. L'entreprise était ainsi vouée d'entrée de jeu à finir dans l'ingérence.

L'AGONIE BRUYANTE DES CONSCIENCES
Quelle est alors cette opposition, constamment absente de son poste comme le déplore Ammar Dioub, en retrait de sa mission historique supposée, mais qui ne doute jamais de sa qualité d'accoucheuse de l'avenir? C'est cette question qu'il faut poser et plus particulièrement aujourd'hui avec la généralisation de la violence.

Dernièrement, sur quelle comète a-t-elle donc voulu tirer des plans lors de la conférence du Caire tenue au début de juillet? Au cours d'une rencontre préparatoire à cette conférence, l'opposition avait mis au point le 6 juin deux documents : un pacte national et un plan pour la période de transition. Mais dans le même temps, un projet intitulé "Le jour d'après" sortait des laboratoires de deux organisations occidentales, sous étroite tutelle étatique, l'institut américain pour la paix (USIP) et l'institut allemand des affaires internationales et de la sécurité (SWP), aussitôt adopté, contre la parole donnée aux autres organisations d'opposition, par le conseil national syrien (CNS).

Ce qui soulève à deux niveaux une même interrogation sur les initiatives de l'opposition syrienne :
- D'abord, parmi les organisations représentées, quel intérêt des organisations telles que la Commission générale de la révolution syrienne (CGRS), implantée sur le territoire syrien, et le comité de coordination pour le changement national et démocratique, dirigé (théoriquement) de l'intérieur, prétendant tous deux s'opposer à l'intervention étrangère (qui n'a désormais plus rien de virtuel!), trouvent-elles à rencontrer avec une telle constance le CNS qui n'a jamais été que l'outil de l'intervention militaire étrangère16?
- Ensuite et surtout, comment cette opposition pourrait-elle élaborer le projet d'une république civile et démocratique, garantissant l'unité du peuple, l'égalité totale dans la citoyenneté et les libertés publiques individuelles et collectives, selon les termes du projet de pacte national, alors même qu'elle a été et demeure exclue du processus qui est en train d'abattre le régime et d'anéantir le pays, les insurgés ayant entrepris de détruire les pipe-lines, les dépôts de gaz, les stations hydrauliques, les silos à blé, de couper les lignes de communications, de faire sauter les trains17. A défaut d'une maîtrise organiquement établie des groupes armés qui combattent le régime, cette opposition est réduite à une impuissance que le discours incantatoire ne peut plus dissimuler.

Toutes ces organisations n'ont jamais été en mesure, ni unies ni prises séparément, de constituer la superstructure politique de la pseudo révolution syrienne. La direction politique d'une révolution suppose la mainmise sur les forces combattantes, lorsque la révolution est violente; elle suppose le choix de la stratégie militaire pour les troupes qu'elle commande et, comme c'est toujours le cas dans une entreprise révolutionnaire qui vise une victoire politique, la latitude de négocier une issue pour la réalisation de ses objectifs, qu'elle doit avoir définis. Ce sont autant de portes que lui ferment violemment au nez les hordes de combattants étrangers, nombreuses et disparates, qui mènent la guerre sous la conduite d'Etats étrangers et conformément à leurs objectifs. Les frontières du pays sont ouvertes à tout vent, la souveraineté nationale est mise à mal tout autant que le régime : elle sera réduite à néant aussi complètement que ce dernier sera mis à bas. Restera-t-il seulement, au terme de ce processus, assez de la Syrie, de la patrie, pour que quiconque puisse rêver d'en faire une république démocratique?

Tout indique en définitive que, nonobstant la sophistication du discours de certains de ses représentants, l'opposition n'est, à son insu pour une part de ses composantes, et, en toute conscience pour l'autre, que la complice d'une entreprise de démantèlement de son propre pays.

Dès lors, une constatation grave mais élémentaire s'impose : il faut que se soit produit un effondrement aussi soudain que total de leur conscience morale et politique pour que des intellectuels de gauche syriens, des opposants aux convictions anti-impérialistes affirmées, à la fibre patriotique éprouvée, s'engagent dans le soutien, plus ou moins conditionné, à l'entreprise obscure lancée sur le terrain en mars 2011 par des groupes insurrectionnels quasiment non-identifiés, de toute évidence préparés et manipulés, aux fins d'abattre le régime de Bachar El Assad; pour que, la réalité du processus se dévoilant aujourd'hui dans l'attaque généralisée contre le pays et non seulement contre le régime, ils persistent dans leur position.
Tous ces théoriciens bavards, qui n'en finissent pas de se disputer les pages de la presse arabe pour faire allégeance à la "révolution", n'ont-ils pas vu venir, à la suite de la pseudo résistance pacifique du "peuple", l'inéluctable vague qui dévaste le pays en cet été 2012 : celle des légions de combattants surarmés, débarqués des avions de l'OTAN et infiltrés de Turquie, du Liban, de Jordanie, financés ouvertement par les Etats du Golfe, coordonnés dans leur action meurtrière par les logistiques occidentales?
N'avaient-ils pas eu le loisir de méditer le sort réservé à la Libye dont il est désormais reconnu que, outre les intenses bombardements de l'OTAN, ce sont des commandos internationaux de criminels sous les ordres des services spéciaux du Golfe et de l'Occident qui ont livré les batailles les plus décisives aux troupes de Kadhafi avant de procéder au lynchage public en mondovision de ce dernier18?

Que valent les professions de foi démocratiques de ces élites face à l'évidence de la falsification? En Syrie, comme en Libye, quelle démocratie pourra bien naître, à la suite du régime dictatorial, du chaos de tant d'appétits conjugués?
Il est sans doute vrai que la catastrophique longévité des dictatures arabes était faite pour exaspérer, pour désespérer, qu'elle a fini par nourrir une véritable obsession de la délivrance. Mais cette exaspération, cette obsession, ont tardé à provoquer, pour abattre ces régimes, une authentique entreprise de libération forgée par la volonté des peuples, et n'auront été, pour finir, que des paramètres parmi d'autres, des ingrédients de propagande, entrant dans l'élaboration à froid d'une stratégie à visée géopolitique dont l'objectif est de démembrer violemment des nations et des sociétés pour leur retirer toute influence sur leur environnement régional.

Que la toute-puissance impériale prétende décider de la vie ou de la mort des régimes, prolongeant ou abrégeant dictatures et démocraties, au gré de ses seuls calculs, n'est pas nouveau. La preuve en a été administrée sur tous les continents. Mais c'est bien la première fois qu'elle opère dans le silence et – s'agissant des élites arabes – l'agonie bruyante des consciences.

Telle est la force sidérante du leurre démocratique qu'il a conduit de vastes secteurs de l'intelligentsia arabe, quelles que puissent être leurs dénégations, à faire objectivement cause commune avec les monarchies du Golfe et leurs émules (dont les moins virulents ne sont pas les nouveaux régimes tunisien et libyen), les appareils politiques et médiatiques occidentaux, le fidèle vassal turc, les plus revanchards d'entre les ultras libanais, et quelques oiseaux de proie de l'acabit de Bernard-Henry Lévy.

C'est dire que la conscience politique et morale des élites arabes se meurt dans le déshonneur.

Deux illustrations en guise d'additif :

1. "Tout reste ouvert …"
Si je devais rapprocher les deux opinions qui m'ont paru, au cours de ces longs mois de "révolutions arabes", représenter la meilleure confrontation du sens et du non-sens, je choisirais d'une part une phrase lapidaire, en forme d'interjection, lancée par le poète syrien Adonis et, d'autre part, un extrait du livre publié l'an dernier par Tarik Ramadan.

Je commence par ce dernier. Dans son ouvrage consacré aux "révolutions" arabes, il ne manque pas de s'attarder sur les éléments de fait qui attestent que les "révolutions" arabes ont été préparées et financées de l'étranger – ce genre d'éléments que la propagande a su réduire à des données incidentes, quasi anecdotiques, chaque fois qu'elle n'a pas pu les occulter. Après avoir exposé avec force détails les informations qui attestent le financement des programmes de formation et de développement des réseaux organisés de blogueurs en Afrique du Nord et au Moyen-Orient mis au point par les Etats-Unis et certains Etats européens, "les faits, parfois troublants, relatifs aux formations et aux ingérences politiques et militaires", sans oublier "le rôle joué par des compagnies du secteur privé telles que Google, Yahoo, Facebook ou Twitter", Ramadan limite son jugement final à la pirouette suivante, dosage savant de lucidité et de légèreté qu'on ne peut qualifier autrement que de cynique :

Tout reste ouvert. Encore faut-il que les sociétés civiles et les citoyens s'engagent à penser des projets de société à partir de leur histoire, de leur mémoire, de leurs références, de leurs valeurs et de leurs espoirs. A terme, il leur appartient de reprendre possession du sens de leur révolte, quand bien même ils n'en auraient pas été les seuls instigateurs, penseurs et agents19".

Quant à Adonis (dont je précise que je suis habituellement loin de partager les vues), il s'est contenté, voyant venir en février dernier l'intervention étrangère en Syrie, de cette exclamation (en forme d'interrogation valant l'affirmation d'une position) : « Comment peut-on poser les fondements d’un Etat avec l’aide de ceux-là mêmes qui ont colonisé ce pays20?

Ce sont deux attitudes, qui, outre la différence de leurs formes d'expression, traduisent deux rapports opposés à la vérité établie des faits. Ramadan constate que les peuples arabes ne sont pas les seuls "instigateurs, penseurs et agents" de "leur" révolte mais qu'"il leur appartient d'en reprendre possession" et partant "tout reste ouvert". "A terme". Autrement dit, ils n'en ont pas encore, à l'heure où il écrit ces lignes, "repris possession" mais elle est déjà "leur" pour cette seule raison que "tout reste ouvert".

La belle affaire! Qui peut contester que tout reste ouvert en toutes circonstances? Tout était resté ouvert pour les peuples colonisés au moment même où le colonisateur prenait possession de leurs pays, de leurs richesses et de leurs vies. A quel sophisme ne faut-il pas recourir lorsqu'on veut à tout prix considérer que l'ingérence étrangère est à terme un bienfait, une ouverture!

Adonis, pour sa part, semble imprégné d'une toute autre sorte de perspective historique : il n'aperçoit pas d'ouverture à terme mais la fermeture tout de suite lui saute aux yeux. Pire : un retour en arrière, la reproduction régressive d'un cycle qu'il définit par un raccourci pertinent comme colonial. Pour être rudimentaire, son raisonnement sous-jacent n'en est que plus approprié à l'interprétation d'un fait aussi univoque que l'ingérence étrangère, alors que Ramadan, enferré dans son parti pris dialectique, doit faire recours, en guise d'abstractions savantes, à un jargon vide de sens (mémoire, références, valeurs, espoirs).
Lorsque le même fait (ou comme ici deux faits matérialisant la même réalité : l'ingérence étrangère) est tenu pour vrai dans deux perspectives d'analyses aussi antagonistes, c'est-à-dire d'un côté pour en tirer les conséquences qui s'imposent et de l'autre pour tenter d'en minimiser le sens, on a toujours pour résultats un positionnement limpide et un raisonnement tortueux.

Mais cette situation est l'exception car, en général, les divergences profondes se construisent sur des élaborations factuelles nettement différenciées. La bataille en vue d'imposer une certaine vérité des faits est en effet essentielle, sinon pourquoi la désinformation serait-elle devenue l'arme absolue dans les conflits? Cela étant, il est capital de comprendre que les protagonistes du débat les plus engagés, les plus impliqués dans la confrontation des opinions, pour ne rien dire des appareils politico-médiatiques qui sont au service des Etats et ne connaissent de vérité qu'instrumentale, élaborent une représentation des conflits assez nettement affranchie des faits. Ils sont en effet conscients que la vérité des faits est trop nuancée pour soutenir les positions tranchées, qu'elle est un handicap dans la confrontation (souvent la guerre) en cours. C'est que l’espace politique est un lieu de positionnement où se déroulent des stratégies et se défendent des intérêts. C’est un lieu d’action où les vérités affirmées sont en compétition en vue de finalités et où leur manipulation est partie intégrante du jeu.

Hannah Arendt considérait que, pour mériter le label de "diseur de vérité", il fallait prouver son "désintéressement" politique et pour cela « prendre pied hors du domaine politique » sous peine de voir sa parole corrompue. Mais tout cela n'est plus que spéculation anachronique qui supposerait que, hors de l'espace politique, il existerait un espace public où l'échange serait désintéressé. Cela est moins vrai aujourd'hui que jamais, l'espace politique partial et unilatéral s'étendant à tout. A chaque occasion qu'une entreprise de désinformation est lancée, à une échelle mondialisée comme il se doit, elle se constitue en espace politique globalisé qui ne cède aux opinions dissidentes que les périphéries d'Internet. Ramadan n'était tombé en dissidence que par accident. Il avait eu la maladresse, dans un premier temps, de mettre l'accent sur cette formation par l'Occident des cyber-résistants, s'aventurant inconsidérément sur un terrain indigne de l'homme d'influence qu'il prétend être. Les contorsions auxquelles il a dû par la suite se livrer dans son livre (et dont je n'ai cité qu'un échantillon) étaient le prix à payer pour réintégrer l'espace politique globalisé. Il ne s'est pas dédit. A peine renié21.

2. "Mon témoignage pour l'histoire"
Abdelbari Atwane, directeur de la rédaction d'El Qods El Arabi, est un équilibriste d'une toute autre envergure que Tarik Ramadan. J'ai déjà analysé plusieurs de ses contributions sur les révolutions arabes dans un article précédent22, Son éditorial de l'édition des 4-5 août 2012, intitulé "Parlez-nous de la Syrie d'après El Assad"23, se conclut par une prise à témoins de la postérité qui confine au testament politique (c'est dire si le personnage prend sa parole au sérieux!) :

Je soulève ces questions pour dégager ma responsabilité afin qu'un jeune chercheur puisse dire dans le futur que quelqu'un a écrit, averti et sonné l'alarme, que tous les Arabes n'étaient pas dans l'égarement, abusés les yeux ouverts par des plans conçus pour les diviser et les éparpiller. C'est mon témoignage pour l'histoire.

Ce qui nous vaut cette solennité de ton, c'est l'analyse qu'il fait de la situation de la Syrie et du monde arabe en butte aux plans occidentaux, étayée de retours en arrière jusqu'à l'époque du démantèlement de l'empire ottoman et la trahison de la Grande- Bretagne manquant aux promesses faites aux Arabes, avec retour aux conspirations du présent dont l'inspirateur serait l'orientaliste Bernard Lewis qui a préconisé en 1979 un plan de "balkanisation" des Etats arabes actuellement en cours de réalisation. Rien donc que nous ne puissions entendre dans sa généralité. S'ensuit cette longue tirade qu'il est utile de rapporter avec toutes ses boursouflures :

Je vis en Occident depuis 35 ans. J'ai étudié, enseigné et fait des conférences dans la plupart de ses universités. J'ai écrit dans ses journaux des articles sur le Proche-Orient. J'ai participé à des entretiens sur la plupart sinon la totalité de ses chaînes de télévision, sans parler des centaines de congrès et séminaires politiques. J'en ai retiré la conviction absolue qu'il n'y a pas de politiques improvisées, que les politiques et les guerres stratégiques sont conçues sur la base de l'action et de la planification maîtrisées et non sur la base de la réaction aux événements, que les experts occidentaux considèrent comme une vérité établie qu'il est facile de tromper les Arabes, d'exploiter leurs points faibles et de semer entre eux la division sur la base de l'appartenance religieuse et ethnique. Il suffit de relever que la principale faculté de l'université de Londres est l'école des études orientales et africaines, fondée dans le but d'étudier les tribus et ethnies arabes et préparer les gouvernants anglais aux colonies arabes (Souligné par nous).

Je laisse à Atwane la responsabilité de cette rationalité infaillible qu'il attribue à l'Occident. Mais pour le reste, sous réserve de l'emphase du propos et de la nécessité qu'il y aurait à avoir vécu 35 ans en Europe pour être conscient de ces réalités (surtout lorsqu'on est Palestinien), je n'ai pas grand-chose à redire de ces affirmations. Le problème est que M. Atwane, nous ayant à peine fait vivre ce grand moment de vérité, s'empresse, à la manière de Tarik Ramadan, de réintégrer le giron de l'espace politique consensuel puisqu'il écrit :

Les révolutions des peuples qui se sont soulevés contre la dictature et l'oppression étaient spontanées et légitimes pour la plupart mais l'Occident a tenté et tente de récupérer ces révolutions et de les exploiter dans son intérêt pour s'accaparer les richesses pétrolières, pour affaiblir les Arabes en général et (amoindrir) le danger qu'ils représentent pour Israël (Souligné par nous).

Que veut laisser entendre Atwane quand il écrit que la plupart des révolutions arabes sont spontanées et légitimes? Laquelle ou lesquelles excepte-t-il, lui dont le journal les a toutes soutenues?
Mais surtout comment peut-il concilier l'affirmation que l'Occident agit toujours par la préméditation et la planification sans jamais avoir à "réagir aux événements", d'une part, et son diagnostic sur les révolutions arabes, spontanées mais exploitées par l'Occident, d'autre part?
Seule une troisième question mérite réponse et c'est la suivante : Faut-il chercher une réponse à ces deux premières questions? Et la réponse est non : M. Atwane témoigne pour l'histoire, faisons-lui grâce des vérités contingentes du présent.

NOTES :
1- Jusqu'à la fin 2011, alors que des groupes d’insurgés livraient à l’armée de véritables batailles, lui disputant le contrôle de villes comme Zabadana et Douma ainsi que plusieurs quartiers de Homs, de Hama et d’autres villes, les médias occidentaux et du Golfe parlaient d'une guerre faite par le régime aux civils. Puis les violences se sont généralisées : on a annoncé des massacres inter-confessionnels et des enlèvements, dans un climat de terreur entretenu depuis le 23 décembre dernier par des attentats à la bombe à Damas et dans d’autres villes, en particulier Alep où l’explosion de deux voitures piégées le 10 février 2012 a été revendiquée par l’armée syrienne libre (Selon une dépêche de l’AFP rapportée le 10 février par El Qods El Arabi sur son sitehttp://www.alquds.co.uk/ ).

2- Alors que l’armée régulière encerclait et bombardait des quartiers de la ville, les milices du régime combattaient les forces insurgées dont le journaliste britannique Paul Wood, témoin des combats, écrivait que, « en dépit de l’existence d’un conseil militaire en Turquie et d’un porte-parole de l’armée syrienne libre », « ce ne sont que des groupes de combattants qu’on peut qualifier de milices » recourant sans état d’âme, comme il en a rapporté des témoignages des intéressés eux-mêmes, à l’exécution de leurs prisonniers (Rapporté par El Qods dans son édition du 13 février 2012). Ajoutons que ce 22 juillet 2012, les médias ont fait état de pareilles exécutions sommaires de soldats syriens par des groupes armés aux postes frontières contrôlés par ces derniers. Depuis lors, en ce mois d'août 2012, les insurgés multiplient les exécutions sommaires.

3- Le journal rapportait en janvier que « des avions militaires de l’OTAN dont les marques d’identification ont été retirées se sont posés à Iskenderun (en Turquie) près de la frontière syrienne pour débarquer des volontaires libyens et des armes saisies dans l’arsenal de feu Mouammar Kadhafi », ajoutant que «des formateurs appartenant aux forces spéciales françaises et britanniques sont sur place, prêtant assistance aux rebelles tandis que la CIA et les Special Ops US fournissent du matériel de télécommunications et des informations (…) permettant d’éviter les concentrations de troupes syriennes"(L’article était signé par Jonathan Steele dans l’édition du 17 janvier 2012).

4- Rapporté par Al-Akhbar dans son édition du 1e décembre 2011. Pour documenter encore ce point, on peut citer l’article publié le 17 décembre 2011 par le quotidien espagnol ABC. Son journaliste, Daniel Iriarte, infiltré en Syrie par les insurgés relate sa rencontre avec trois « révolutionnaires » libyens dont le premier avait commandé la brigade de Tripoli et le second être un homme de Abdelhakim Belhadj. Ils lui ont déclaré être là de leur propre initiative « à titre personnel, pas sur ordre de qui que ce soit » et qu’ils étaient là avec « d’autres Libyens, «quelques dizaines», qui sont venus en Libye de leur propre chef pour aider les insurgés ».

5- Dans un article publié par le journal Al Akhbar sous le titre Quand les conférences de l'opposition syrienne serviront-elles effectivement la révolution?
(مؤتمرات المعارضة السورية متى تخدم الثورة فعلاً)


6-Depuis que le gouvernement syrien a opté en 2002 pour la libéralisation, le parti Baâth se donnant en 2005 le mot d’ordre de l’« économie sociale de marché » avec ce qu’il impliquait de privatisations, de dérégulation et de retrait de l’Etat du champ économique et social, des forces politiques se sont regroupées autour de l’aspiration démocratique. A droite, fut lancée en 2006 la Déclaration de Damas-Beyrouth, (prolongeant la Déclaration de Damas de 2001) qui, regroupant la bourgeoisie, des partis kurdes, des partis de gauche reconvertis au réformisme et les Frères musulmans, a soutenu la libéralisation, limitant ses revendications au domaine politique (exclusivement sur le plan intérieur). A gauche, le comité national de l’union des communistes syriens s’est constitué contre la dérive libérale mais aussi contre les projets américano-israéliens dans la région. Mais ce qu'on a appelé le printemps de Damas a rapidement été interrompu par la répression du régime.

7- L’insurrection syrienne de Deraâ (انتفاضة درعا السورية), article non signé. Dans l’édition du 22 novembre 2011, le chroniqueur Elyas Khouri devait revenir sur ces événements initiaux qu’il considère (avec les précédentes tentatives d’opposition au régime et le mépris du pouvoir pour les revendications populaires) comme l’une des « trois raisons factuelles » qui excluent l’idée d’un complot international contre la Syrie :
Au lieu de s’excuser d’avoir torturé des enfants et de punir les auteurs de cet acte horrible, le régime a prolongé leur détention, humiliant les parents dans leur honneur et leur dignité. Ce qui a allumé dans le Houran l’étincelle de la révolution qui s’est étendue à toute la Syrie (…) L’analyse doit partir de ces trois réalités pour chercher à comprendre la révolution syrienne comme une révolution spontanée …

8- Ce qui indique que, contrairement à l’appréciation d’El Qods et de son chroniqueur Elyas Khouri, l’activisme des « cyber-opposants » a certainement davantage déterminé le soulèvement que l’arrestation des enfants de Deraâ. La révolution ne peut donc être considérée comme spontanée qu’autant que l’action des cyber-opposants (qui avaient appelé sur Facebook avant même les premiers événements de Benghazi à une mobilisation les 4 et 5 février devant le siège du parlement à Damas ) peut l’être.

9- Article publié dans El Akhbar sous le titre "Syrie: A propos du point le plus critique ".
(سوريا: الوقوف في النقطة الحرجة)
10- Le verbe arabe utilisé pour exprimer le fait de « déclarer comme traître » a pour substantif takhwîn (تخوين) qui est sur le même schème que le fameuxtakfîr (تكفير « déclarer comme mécréant ») et revêt, en la circonstance, un caractère aussi menaçant.(Souligné par nous).
11- Article publié par El Quds sous le titre L'opposition syrienne entre la phobie de la rue et la manipulation de ses sentiments (المعارضة السورية بين رهاب الشارع واللعب على عواطفه).
12- Voir en particulier sur ce point l'article publié par le Nouvel Observateur le 20 mai 2011 sur les réseaux secrets des cybernautes syriens vivant ou ayant été formés en Occident. Selon l'article, des dizaines de cybernautes ont suivi, au cours des années ayant précédé la "révolution syrienne" des stages de protection informatique à l'étranger et des fondations occidentales les ont conviés à des séminaires dans des pays voisins. En Jordanie, par exemple, l'ONG irlandaise Frontline leur a expliqué comment effacer des données à distance, échanger secrètement des e-mails ou stocker des fichiers sensibles, notamment des vidéos. L'un 'entre eux, vivant à Beyrouth, a déclaré au journaliste avoir suivi un séminaire de ce type aux Etats-Unis en février 2010. Un autre, vivant à Londres, fut l'un des premiers à avoir organisé l'entrée clandestine de matériels de communication en Syrie, avant même le début des contestations et a été formé aux tactiques de la "lutte pacifique". Dans les mois qui ont précédé le soulèvement, il avait, comme d'autres, organisé des séminaires sur ce thème pour quelques dizaines de Syriens de l'intérieur. Ces stages se sont tenus discrètement dans des pays où ses compatriotes n'ont pas besoin de visa - notamment la Turquie et la Jordanie. Beaucoup d’entre eux ont reçu des équipements de communication très tôt.
13- Le comité de coordination des forces du changement démocratique (CNCD) s'est créé le 11 juin 2011 dans un hôtel de Damas où il a tenu son congrès le 18 septembre, affirmant agir en coordination avec les comités locaux animateurs du mouvement. La constitution du conseil national syrien a été annoncée le 15 septembre 2011 à Istanbul après une première annonce faite par un "jeune" à Ankara de la création par "des jeunes révolutionnaires de l'intérieur" d'un conseil national de transition. Les Turcs, pressés d'engager un processus à la Libyenne, ont dû vite être rappelés à la patience par leurs mentors occidentaux!
14- Ammar El-Baradaï, Le printemps arabe, des révolutions populaires sans programmes politiques (الربيع العربي: ثورات شعبية بلا برامج سياسية), publié dans El Qods.
15- A propos de la légitimité du conseil national syrien (حول شرعية المجلس الوطني السوري). C’est nous qui soulignons.
17- Et dont les Etats-Unis viennent de décréter la disgrâce dès lors que les événements semblent aller dans le sens d'une déstabilisation du régime par le moyen d'une ingérence militaire rampante. Voir le billet publié dans El Quds du 15 août 2012 sous le titre Le conseil national syrien rend-il son dernier souffle? (المجلس الوطني السوري يلفظ أنفاسه؟) : "Les groupes djihadistes armés qui ont renforcé leur présence en Syrie grâce à leur financement et leur approvisionnement en armes de ces derniers mois et agissent indépendamment du conseil national syrien et de l'opposition traditionnelle y compris des frères musulmans, représentent désormais le troisième courant puissant et l'épine dorsale de l'opposition combattante".


17- Rachad Abou Chaour, Syrie : L'option du dialogue (سورية: الخيار هو الحوار), El Quds du 15 août 2012.
18- Voir à ce sujet le documentaire d'Antoine Vitkine, diffusé le 8 mai 2012 par la cinquième chaîne française sous le titre "Kadhafi mort ou vif" qui retrace en particulier les circonstances dans lesquelles les forces spéciales de plusieurs pays dont la France, la Grande-Bretagne et le Qatar ont pris d'assaut et "libéré" Tripoli en août 2011, avec la participation des groupes armés entraînés au Qatar et dirigés par le djihadiste Abdelhakim Belhadj.
Précisons que ce genre de révélations a posteriori participe paradoxalement et pleinement de l'entreprise de désinformation principale qui consiste, à chaud, à occulter des vérités, aussi longtemps que la manipulation des esprits requiert d'accréditer sans réserve la propagande de guerre.
19- Tarik Ramadan, L'islam et le réveil arabe, Presses du Châtelet, Paris, novembre 2011, citations extraites des pages 54 et 55.
20- Rapporté par une dépêche de l'AFP datée du 11 février 2012 reprise par différents organes de presse.
21- Adonis s'est finalement montré moins calculateur et moins soucieux de plaire qu'on aurait pu le supposer. Depuis le début des événements en Syrie, on lui a reproché l'ambiguïté de ses positions. En fait, l'intelligentsia "révolutionnaire" n'a pas pardonné à celui qu'on considère comme le plus grand poète arabe vivant sa position décalée par rapport au consensus qui s'était très vite construit à coups de pétitions au printemps 2011. Après qu'il ait dénié au soulèvement la qualité de révolution et marqué sa désapprobation pour l'utilisation de la mosquée (donc de l'islam) par les manifestants, il a fait l'objet d'une campagne de dénigrement violente et orchestrée et il est devenu "le cas Adonis". En fait, sa critique de la "révolte" (dans un texte intitulé Dix thèses sur les révoltes arabes actuelles) était plutôt mesurée. Il déclarait ainsi en mai 2011 : "Je ne peux absolument pas me joindre à une manifestation politique qui sortirait d'une mosquée mais je ne peux accepter de même que la violence et le meurtre soient utilisés contre cette manifestation". C'était avant que la perspective d'une intervention étrangère ne lui arrache l'exclamation que j'ai mentionnée.
22- Intitulé Entre la "révolution" et l'ingérence étrangère : Le malaise arabe. (Sur ce blog)
23- حدثونا عن سورية ما بعد الأسد

 

Source :

http://www.lanation.info

 

 

Partager cet article

Repost 0

Communauté internationale»

Publié le par Mahi Ahmed

Communauté internationale»

par M. Saadoune

Le secrétaire général de l'Onu Ban Kimoon, aussi pro-américain soit-il, a la décence de ne pas céder aux Occidentaux qui lui enjoignent de ne pas assister au sommet des non-alignés. Dans leur démarche vindicative contre Téhéran, les quelques pays qui s'érigent en «communauté internationale» à l'exclusion de tous les autres, finissent par perdre tout sens de la mesure. Le secrétaire général de l'Onu manifeste le sens politique minimum qui consiste à préserver sa dignité de diplomate. Une dignité qui aurait été fortement compromise s'il avait éludé ce rendez-vous des non-alignés qu'aucun de ses prédécesseurs n'a jamais raté.

Le régime iranien n'a certes rien d'idéal mais la campagne systématique dont il fait l'objet a fini par déciller les yeux des plus crédules. Il y a quelques mois, après des années de matraquage, des journaux occidentaux, bien sous tous rapports, ont fait mine de découvrir que l'appel attribué à Mahmoud Ahmadinejad de «rayer Israël de la carte» n'était qu'une pure construction. Il est vrai qu'il a fallu pour cela que Dan Meridor, ministre israélien du Renseignement et de l'Energie atomique, admette que Mahmoud Ahmadinejad n'avait jamais prononcé une telle sentence qui d'ailleurs lui a donné une popularité, imprévue, dans le monde musulman. Mais comme la propagande contre l'Iran fonctionne en pilotage automatique, d'autres médias persistent, malgré ces démentis, à donner pour établi que l'Iran veut «rayer Israël de la carte».

La «communauté internationale» réduite au G5 occidental et Israël est pourtant contrainte d'admettre que le secrétaire général de l'Onu participe aux travaux d'un mouvement qui regroupe 118 pays ; et qui peut, sans forcer le trait, affirmer qu'il représente une partie substantielle de la communauté internationale, au sens plein de la formule. Une trentaine de chefs d'Etat participent au sommet de Téhéran. Et même si le mouvement des non-alignés n'a plus l'allant et le dynamisme d'antan, il continue d'incarner une volonté assez largement partagée de ne pas se soumettre au diktat d'un groupe restreint de pays. C'est, en plus du réflexe de préservation de sa propre dignité, la seconde raison qui ne permettait pas à Ban Ki-moon de boycotter le sommet de Téhéran. Même s'il est admis qu'il est largement sous contrôle occidental, le secrétaire général de l'Onu se doit de conserver une marge pour continuer à être un interlocuteur pour les autres Etats du monde. Et le tiers-monde, aussi affaibli qu'il puisse être, ne le lui aurait pas pardonné.

Un boycott de sa part aurait été d'autant plus contre-productif que «l'isolement» de l'Iran décrété comme évident par la presse occidentale est à relativiser. L'Iran a une influence régionale indéniable et occupe une position géostratégique importante, en plus de ses relations avec des pays qui «comptent» comme la Russie, la Chine ou le Brésil. Le nouveau président égyptien, Mohamed Morsi, en se rendant à ce sommet rompt avec l'hostilité de commande du régime de Moubarak contre l'Iran. L'Egypte tente de revenir sur la scène internationale et semble développer, sur le dossier syrien, une approche «déplaisante» pour les Occidentaux. Le Caire souhaite en effet, ainsi que l'a demandé en vain Kofi Annan, l'inclusion de l'Iran dans la recherche d'une solution à la crise syrienne. A Téhéran, une communauté internationale diverse et substantielle rappelle, en demandant une «démocratisation» du Conseil de sécurité, quelques évidences à la très médiatique «communauté internationale» autoproclamée.

Source : Le Quotidien d’Oran du 30.08.12

Partager cet article

Repost 0

Sa majesté l'informel

Publié le par Mahi Ahmed

Sa majesté l'informel

par M. Saadoune



A Alger, les autorités semblent avoir décidé que le temps est venu de dégager les trottoirs et les murs occupés par des revendeurs qui se sont «installés» dans la durée. La police est passée à l'action contre des «souks» informels à la suite d'une instruction en ce sens qui aurait été donnée par le ministère de l'Intérieur aux autorités locales. Les plus sceptiques s'attendent à une campagne sans lendemain dont l'effet, au mieux, serait de déplacer les revendeurs de quelques centaines de mètres. Et surtout ces revendeurs trop visibles, trop «exubérants» ou trop «jeunes» peuvent cacher par des opérations de police à la Sisyphe le fond et la gravité du problème. Le plus étonnant est qu'il n'est même pas caché.

De manière très officielle, un ministre de la République a déclaré que la moitié du chiffre d'affaires des opérateurs économiques algériens provient de l'économie informelle. Les jeunes qui revendent sur les trottoirs ou dans des commerces informels ne représentent pas la partie la plus importante ou la plus significative du commerce informel. La vraie question est celle de la volonté et de la capacité de l'Etat à s'attaquer aussi bien par des mesures économiques que par une application de la loi à des pans entiers de gros acteurs de l'informel. Le doute est permis. Après les émeutes de janvier 2011, on avait mis les émeutes sur le compte des «barons de l'informel». Théoriquement, cette capacité à provoquer l'émeute pour préserver des activités informelles - et donc illégales - aurait dû susciter l'alerte générale et provoquer une riposte à la mesure de la menace que représenteraient ces barons. Dans les faits, on est plutôt à un retrait en rase campagne de l'Etat.

Le renoncement officialisé en Conseil des ministres à imposer l'obligation de régler par chèque les transactions supérieures à 500.000 dinars qui devait entrer en vigueur à la fin avril 2011 a été perçu, non sans raison, comme une victoire des grands acteurs de l'informel. Et ces acteurs ne sont pas, quoi que l'on dise, dans les rues en train de revendre du «n'importe quoi» ou dans les voitures en train de «traire» (en bons hallaba) les stations d'essence au niveau des wilayas frontalières. Il ne s'agit pas, bien entendu, de minimiser l'impact de ces «revendeurs» en tout genre, mais il faut bien en relativiser l'importance. Un an après les émeutes de janvier 2011, Ahmed Ouyahia, parlant en tant que secrétaire général du RND, y voyait encore «une manipulation des frustrations réelles de nos jeunes par des intérêts mafieux, menacés par la progression de la transparence et de la loi».

En renonçant à appliquer, pour la seconde fois, l'obligation de recourir au chèque, l'Etat n'avait pas fait avancer la transparence. Le recul sur cette question est tellement flagrant - et grave - qu'il a été mentionné par le rapport du département d'Etat américain sur le terrorisme. Les soucis politiques et notamment l'impératif d'éviter la «contamination» du «printemps arabe» ont joué dans ce renoncement. Mais l'explication est tout de même limite. Il existe des réponses économiques pour traiter l'informel. Mais la volonté politique est un préalable.

 

Publié dans Economie et société

Partager cet article

Repost 0

L’UNIVERSITÉ : Un vrai problème pour notre économie

Publié le par Mahi Ahmed

L’UNIVERSITÉ :
Un vrai problème pour notre économie

Par Abdelmadjid Bouzidi

Si l’on devait s’en tenir à la seule économie, il n’est pas difficile d’établir que chez nous, l’école, l’université, la formation professionnelle, bref tout le système d’éducation-formation constitue de plus en plus un véritable handicap qui obère sérieusement toute ambition de faire de l’économie algérienne une économie émergente. Les cohortes formées dans chacun des paliers du système sont certes de plus en plus nombreuses, mais elles ne trouvent pas à s’employer et l’économie nationale n’en tire aucun profit de même d’ailleurs, et c’est encore plus dramatique, que les jeunes diplômés eux-mêmes. L’école algérienne est comme une immense machinerie qui fonctionne pour elle-même. Et on peut observer que les diplômés qui ne trouvent pas à s’employer le doivent moins à un manque d’occasions d’emploi qu’à l’inadéquation des formations qui leur ont été dispensées, aux postes de travail disponibles dans les différents secteurs d’activité économique revitalisés ces dix dernières années par les colossales dépenses publiques engagées dans le cadre des plans de relance. Les entrepreneurs, tant nationaux qu’étrangers installés chez nous, ne cessent de répéter qu’ils rencontrent d’énormes difficultés à recruter des cadres et des agents de maîtrise qualifiés et compétents. A la médiocrité de la formation diplomante qui est dispensée dans nos universités, s’ajoute l’absence d’une formation qualifiante. Comment progresser dès lors dans la réduction de la fracture technologique et le rattrapage ne serait ce que des pays à niveau de revenus similaires, sans la disponibilité sur le marché du travail d’ingénieurs et de cadres de divers profils qualifiés, compétents et «up to date» ? Comment développer réellement la recherche-développement et l’innovation dont a si besoin notre économie si le système d’éducation-formation ne produit pas des diplômes adressés à des qualifications réelles acquises aussi, au sein de l’entreprise par de fréquents stages (formation alternée) ? Et le système de formation en fonctionnement en Algérie n’offre pas de cursus en prise réelle avec les problèmes de l’entreprise quels que soient les secteurs d’activité : économiques, sociaux (gestion des hôpitaux) ou culturels ? Comment enfin attirer les capitaux internationaux dans le pays sous forme d’investissements directs, si les champions mondiaux porteurs de savoir-faire et de technologie et désirant investir chez nous ne trouvent pas sur le marché du travail local la main-d’œuvre qualifiée dont ils ont besoin et qui est devenue aujourd’hui le facteur décisif de compétitivité ? Il faut, en effet, souligner que c’est moins le coût de la main-d’œuvre que son niveau de qualification qui décident aujourd’hui les investisseurs étrangers à choisir tel ou tel autre site d'accueil sur leurs projets. L’Inde, l’Indonésie, la Malaisie, ou même plus près de nous, bien qu’à un degré moindre, la Tunisie et le Maroc nous l’enseignent chaque jour. Chez nous, la massification de l’enseignement tout à fait acceptable (et même recommandable) pour le premier palier (primaire) ne doit plus se faire au détriment de la qualité de la formation dispensée dans les cycles secondaires et surtout supérieurs. L’Etat ne pourra pas continuer à financer intégralement comme il le fait actuellement, indistinctement, les trois paliers du système éducatif sans hypothéquer très sérieusement la qualité de la formation dispensée dans chacun d’entre eux. L’enseignement primaire, qui détermine tout le reste, doit obéir au principe de l’égalité des chances pour tous les enfants en âge d’être scolarisés et l’Etat doit concentrer ici en priorité ses efforts. Mais, le cycle secondaire et surtout le cycle supérieur doivent connaître des discriminations en fonction des performances des élèves et surtout de leur situation sociale. Cette discrimination existe d’ailleurs déjà entre ceux qui peuvent payer des cours individuels supplémentaires et ceux qui ne le peuvent pas. Seuls les plus démunis bénéficieront du soutien de l’Etat qui devra, par ailleurs, encourager l’ouverture de lycées privés pour casser le monopole étatique de l’école et introduire des éléments de compétition entre établissements. La décision qui vient d’être prise de créer des cycles de formation d’excellence en instituant des classes préparatoires pour les meilleurs bacheliers, puis l’accès à de grandes écoles d’excellence pour ceux qui réussiront les concours d’entrée est une bonne décision. Il était grand temps de commencer à se préoccuper de la formation d’une élite scientifique dans les différentes filières car c’est de cette manière (suprême banalité !) qu’on dote le pays de la locomotive nécessaire à sa progression. Ce système de classes prépa et de grandes écoles qui, tout le monde le sait, ne date pas d’hier et qui a prouvé son efficacité sous d’autres cieux, a hélas été totalement délaissé chez nous on ne sait pourquoi. Pourtant, Belaïd Abdesselam, suivi par d’autres départements ministériels, avait mis en place, au début des années 70, de grandes écoles pour produire les cadres dont il avait besoin pour son ambitieux projet d’industrialisation. Rappelons-nous : Boumerdès et ses instituts, l’Ecole des travaux publics, l'Ecole nationale d’informatique, l’Ecole supérieure d’électronique, etc. Tout cela a été balayé par on ne sait quelle main invisible et nous voilà revenus à la case de départ. Le financement de ces grandes écoles devra mettre à contribution les futurs utilisateurs de ces cadres hautement qualifiés : entreprises nationales et étrangères, institutions publiques, Etat et collectivités locales, chacun en ce qui le concerne. Ici aussi, ce système des grandes écoles doit être ouvert au secteur privé. Mais un secteur privé novateur, efficace, «professionnel » et non pas à l’image de nos établissements d’enseignement privé qui ont actuellement «pignon sur rue» et dont les «sortants» grossissent aussi, pour leur part, les rangs des chômeurs ! Il faut aussi rappeler que le pays qui est allé le plus loin dans le système des grandes écoles (et qui en est fier depuis bien longtemps), la France a rattaché l’essentiel de ces écoles aux ministères techniques et notamment le ministère de l’Industrie, tant leurs finalités étaient bien précises et bien ciblées. De même, et en complément à ces écoles, ont été mises en place des «corporate universities» financées par les organisations patronales et produisant des top managers dont leurs entreprises ont besoin (Paris, Lyon, Toulouse, Chamberry, Grenoble…). Pour que notre système ne soit pas bancal et ne reste pas englué dans «la philosophie générale» qui marque notre enseignement supérieur, il faut poursuivre et approfondir la réflexion sur cette bonne initiative et la compléter dans le cadre d’une réforme globale de notre système de formation supérieure. ll faut arrêter d’être superficiel, de se contenter de réformes ponctuelles qui restent sans effet sur les objectifs ciblés. Il nous faut des actions à la mesure des ambitions légitimes de notre pays et de la faim de sciences et de savoir de notre formidable jeunesse. Et quoi qu’en pensent les cassandres, tout cela est à notre portée. Il est d’autre part entendu que ces grandes écoles dont les premières (au nombre de dix) ont ouvert leurs portes mais qui ne semblent pas, hélas, satisfaire les attentes des étudiants qui ont pu y accéder pour être efficaces et atteindre leur objectif qui est, faut-il le rappeler, de produire des formations d’excellence, exigent des capacités avérées de gestion non seulement pédagogiques mais aussi administratives. Ce qui, encore une fois, est de l’avis des étudiants eux-mêmes loin d’être le cas. La question que se posent les Algériens, de plus en plus nombreux à être rongés par le doute sur leurs propres capacités, est celle de savoir si nous serons capables d’atteindre les standards internationaux qu’exigent ce genre d’établissements ? On peut noter en tout cas que c’est bien dans le contexte algérien, avec un encadrement algérien, des équipes pédagogiques algériennes, des programmes d’enseignement conçus par des professeurs algériens que les hautes écoles d’ingénieurs et de technologues relevant du ministère de la Défense nationale (ENITA, Ecole supérieure de Rouiba, école de Tafraoui… pour ne citer que celles-ci), fonctionnement selon les standards internationaux et dispensent des formations de haut niveau qui n’ont rien à envier à celles assurées par les grandes écoles des pays du Nord. Pourquoi donc ce que nos militaires ont su faire ne pourrait-il pas l’être par nos gestionnaires et pédagogues «civils», bien sûr dans leur style propre.
A. B.

 

Publié dans Economie et société

Partager cet article

Repost 0

Voilà pourquoi la Syrie de Bachar el-Assad ne tombera pas !

Publié le par Mahi Ahmed

Voilà pourquoi la Syrie de Bachar el-Assad ne tombera pas !

Par Ghaleb Kandil

Les derniers développements en Syrie ont apporté une série d’indices importants qui auront des conséquences décisives sur le cours de la guerre mondiale menée par les États-Unis pour détruire ce pays.
Contrairement aux informations et aux impressions des stratèges états-uniens et de leurs complices européens et arabes, véhiculées par des centaines de médias (presse, audiovisuel, et électronique) engagés dans la bataille, les escadrons de la mort, les mercenaires et les groupes takfiristes acheminés de toutes les régions du monde, ont essuyé un cuisant revers dans les combats. Pourtant, les responsables turcs et leurs alliés qataris et saoudiens avaient promis, comme ils l’avaient déjà fait l’année dernière à la même époque, que le mois du ramadan verrait la chute du régime résistant en Syrie. Ces illusions se sont encore une fois dissipées sur les champs de batailles, où les bandes armées ont laissé des milliers de morts, de blessés et de prisonniers.
En effet, l’offensive générale lancée par les extrémistes contre Damas s’est soldée, de l’aveu même des médias occidentaux, par des pertes énormes. La force composée de mercenaires locaux et de jihadistes du monde entier a été littéralement anéantie par l’armée syrienne qui pourchasse les rescapés dans la campagne de la capitale. Des tonnes d’armes ont été saisies et une lourde infrastructure a été détruite et démantelée. Il faudra des mois pour reconstruire une telle capacité de nuisance… s’ils y parviennent.
L’issue de la bataille d’Alep est désormais connue. Les extrémistes tombent par milliers devant l’avancée méthodique de l’armée, qui a quasiment réussi à rompre les lignes de ravitaillement des mercenaires venus des camps d’entrainement dirigés par la CIA en Turquie. Les bandes armées ne parviennent plus à acheminer des renforts dans la ville qu’au prix de pertes énormes. Leurs colonnes motorisées faite 4x4 équipés de mitrailleuses lourdes, offertes par leurs sponsors régionaux, avancent à découvert sous le feu des hélicoptères et des chasseurs de l’armée, et tombent dans les embuscades tendues par les unités d’élite, infiltrées derrière les lignes ennemies. Selon des experts, le tiers des extrémistes est composé de jihadistes venus du Maghreb arabe, de Libye, du Golfe, d’Afghanistan, du Pakistan et de Tchétchénie. Le directeur du renseignement de l’Union européenne, le Français Patrice Bergamini, a reconnu (dans une interview accordée vendredi 17 aout au quotidien libanais Al-Akhbar) l’importance du rôle joué par les jihadistes dans le conflit syrien et souligne que l’opinion publique occidentale est désormais consciente du danger qu’ils représentent. Il est clair que le nettoyage par l’armée syrienne de la ville d’Alep et de sa campagne n’est plus qu’une question de temps.
Les cuisants revers subis par les bandes armées partout en Syrie montrent que l’Armée arabe syrienne, bâtie sur de solides bases idéologiques, a très vite assimilé les leçons de la guerre et a développé des stratégies de contre-guérilla urbaines et rurales, qui lui ont permis d’asséner des coups durs aux extrémistes, en dépit des énormes moyens militaires, matériels, financiers et médiatiques, mis généreusement à leur disposition par une coalition de plusieurs dizaines de pays. Sans oublier les sanctions adoptées contre le peuple et l’État syriens, en dehors du cadre des Nations unies.
Il est également important, pour comprendre et deviner l’évolution de la situation, d’analyser l’état d’esprit du peuple syrien. Sans un authentique appui populaire —bien évidemment occulté par les médias occidentaux— le président Bachar el-Assad et son armée n’auraient pas pu résister et repousser cette offensive. Ce soutien populaire est dû à trois facteurs : une majorité de Syriens sont conscients que leur pays est la cible d’un complot visant à vassaliser la Syrie pour l’inclure dans le camp occidentalo-impérialiste et, par conséquent, la supprimer de toutes les équations régionales. Alors que ces quatre dernières décennies, la Syrie était au cœur de ces rapports de force et rien ne pouvait se faire au Moyen-Orient sans elle. Ces larges franges de la population sont attachées à l’indépendance politique de leur pays et sont prêtes à combattre pour la défendre. Cela explique que des milliers de jeunes gens se portent volontaires pour rejoindre les rangs de l’armée. Ensuite, les experts estiment que 20 % de l’opinion publique, qui ont sympathisé à un moment ou à un autre avec l’opposition, ont découvert le vrai visage des extrémistes, qui multiplient les exactions sauvages dans les régions qu’ils contrôlent (viols, exécutions sommaires, massacres, pillages…). Les médias occidentaux se font de plus en plus l’écho de ces agissements barbares. Ensuite, profitant de ce changement d’humeur de la population, notamment dans les régions rurales où les gens sont fatigués, l’État syrien a mis en place des moyens de communications discrets, qui permettent à la population d’informer l’armée de la présence des terroristes. Cela explique pourquoi et comment ces dernières semaines, les unités spéciales et l’aviation réussissent à mener avec succès des frappes ciblées contre les repères et les bases des bandes armées.
En parallèle à tous ces développements sur le terrain, les alliés régionaux et internationaux de Damas font preuve d’une fermeté à toute épreuve et développent des initiatives politiques et diplomatiques, évitant ainsi de laisser le terrain libre aux Occidentaux. Le succès de la rencontre de Téhéran, qui a regroupé 30 pays dont la Chine, l’Inde, la Russie, neuf pays arabes et des États d’Amérique latine et du sud et d’Afrique, illustre ces nouveaux rapports de force.
La formation de ce groupement d’État a constitué un message fort aux Occidentaux et compromet sérieusement leur projet d’établir, en dehors du cadre des Nations unies, une zone d’exclusion aérienne dans le nord de la Syrie.
Les derniers mois de 2012 seront décisifs dans l’élaboration de nouveaux équilibres régionaux et internationaux et dessineront une image nouvelle à partir de Damas, grâce à la victoire de l’Etat national syrien dans la guerre universelle lancé contre lui.

http://www.voltairenet.org/spip.php?page=backend&id_secteur=1110&lang=fr

Partager cet article

Repost 0

ARTICLES SUR LA SYRIE DU COUNCIL ON FOREIGN RELATIONS

Publié le par Mahi Ahmed

Les visiteurs du blog trouveront ci-dessous quelques articles récents  du Think Tank américain: Council on Foreign Relations( CFR) sur la Syrie .Ces articles sont utiles à lire pour comprendre les objectifs stratégiques et les capacités de désinformation (via leurs expert)s des USA dans le traitement de la crise syrienne.

Ce sont les articles suivants :

1) The Winners and Losers of Syria's Civil War

2)  The Syrian Economy: Hanging by a Thread

 

1)The Winners and Losers of Syria's Civil War 

And how the United States can still come out ahead.

BY AARON DAVID MILLER |AUGUST 8, 2012

 

Ask any intelligence analyst, policy planner, or public policy wonk -- it's really hard to see trees, the forest, or anything else for that matter when you're in the eye of the hurricane.

 

We're already deep into Last Chance 3.0 for Bashar al-Assad's regime, but the arc of its demise is still likely to take more twists and turns before the story ends. Most difficult to divine -- and upon which so much of the future hinges -- is who or what will emerge to rule in Damascus when the dust finally settles. Indeed, the bulk of the so-called silent majority of Syrians -- Sunnis and Alawites alike responsible for Assad's longevity -- have not been spoken for.

Still, here's a preliminary scorecard of who is likely to come out on top, ahead, behind, or underground.

Biggest Losers

1. Bashar and the Assads: Bashar's DNA doomed him. Forget the trope of the modern man who was going to reform Syria. There was no way that growing up in a family whose nurture/nature meld was a cross between the Sopranos and the Corleones could have turned out any other way. Whether he's shot crawling out of drainpipe like Qaddafi (unlikely), tried like Milosevic in the Hague (more unlikely), spends his life living in a dacha on the Moskva (getting warmer), or manages for a time to seek refuge in Alawistan, the end of the line is approaching. In this region, the only regimes that can be handed down generation after generation are the authoritarian kingly dynasties, never the brittle republics run by secular strongmen. Bashar is done; stick a fork in him. In the respect and legacy department, he's going to make Rodney Dangerfield look good.

2. Alawites: Think post-Saddam Iraq without the American intervention. Another empowered minority (12-13 percent of the population) is about to become an aggrieved minority. Reconciliation and inclusiveness would be great in the new Syria. Sadly, there will be a lot of pressure to look back not forward, to settle scores, and to get even. With enough outside help, Syria may be lucky enough to avoid the worst kind of sectarian score-settling. This would likely require an international stabilization force, a great deal of money, and an enlightened policy on the part of big brother Arabs, particularly the Saudis and the Turks. Still, the biggest losers will be Alawites who benefitted from the regime's largess and who are likely to end up poorer and less secure as the rising Sunnis divide the pie amongst themselves. Syria is in for an abrupt redistribution of economic and political power. And no one will feel this more forcefully than the Alawites, particularly if the Baath Party is disbanded or criminalized and Alawite military elites are prosecuted or stripped of command.

3.Christians: This won't be a happy outcome for Christians, either. Assad's departure could remove two important safeguards for Syria's Christian community (roughly 10 percent of the population). First, as long as they remained in power, Alawites had a stake in legitimizing their own minority status by protecting fellow minorities. Second, the stability -- false as it was -- that the Assads guaranteed made minority status fairly secure as long as such groups did not challenge the regime.

As the Syrian system collapses, the only certainty is that Sunnis will dominate the new order. And if the state secularism that the Assads promoted evaporates, the Christians, particularly those who have cooperated closely with the regime, could find themselves increasingly marginalized in a more traditionally Sunni land.

4.Hezbollah: Hassan Nasrallah, the secretary-general of Lebanon's Hezbollah, has been whistling past the graveyard lately in his support for Assad. Hezbollah will survive Assad's fall -- the organization is an authentic and dominant player in Lebanese politics, not some kind of remote-controlled proxy -- but one of its two strongest patrons is about to be replaced by a Sunni (and most likely hostile) regime. To be sure, Iran is the group's more important partner. But Syria -- even while there were tensions with Hezbollah over the years -- has been a faithful guarantor of weapons, intelligence, and muscle inside Lebanon. It has also provided some, though not much, deterrence against Israel. With Syria offline, it remains an open question whether Hezbollah could mount as forceful a response to external aggression -- from Iran, Israel, or the United States -- as it could have in the past.

5. Iran: The Iranians will survive this one too, but they will lose a strategic card. The Iranian-Syrian alliance has lasted for almost 40 years because it is mutually beneficial and because the two are not ideological competitors. The fall of Assad will upset this balance. If a Saudi Arabian-backed Sunni regime emerges in Damascus, Iran will fear being encircled and the "Shiite crescent" will be much less threatening. Iran's window into Lebanon and the Arab-Israeli conflict will also close. All of these developments will only augment Iran's sense of insecurity and vulnerability. It may well lead to an even more determined effort to develop a nuclear weapon.

6. Iraq:The Shiite government of Nuri al-Maliki also has reason to fear Assad's ouster-- and it is likely that Iraqi-Syrian ties will be further strained. Iraqi Sunnis and Kurds will feel empowered by the rise of their brethren across the border in Syria and they will likely try to use that momentum to improve their own status at home. Syrian Kurds have already been coordinating with those in Iraq and taking refuge there as well. Should Kurds carve out their own autonomous entity within Syria, tensions will inevitably mount with both Iraq and Turkey.

7. Russia:Regardless of what happens in Syria, Russia will no longer enjoy the privileged position it once did. Syrians will not forget Moscow's support for the Assads, which included military and financial aid, and the emergence of a Sunni regime -- of whatever stripe -- will be at odds with Vladimir Putin's own aversion to Saudi-backed Islamists in Chechnya and the north Caucasus. If Assad does, in fact, try to create an Alawite statelet, and the Russians try to back it, matters will only get worse for Moscow. Among the great powers, there are no heroes in the Syrian saga -- that goes for the United States, too. But the Russians will occupy a place of pride in the rogues' gallery, together with Iran.

Big Winners: Are There Any?

Right now, it's much easier to identify the losers in the Syrian story than the winners. Events over the past 18 months seem to have shaped the fate of the unlucky with more certainty than that of the putative winners. I'd like to put the Syrian people at the top of the winner's list. After all, a brutal, thuggish, extractive regime is coming down and that shouldn't be a bad thing.

If the arc is long enough, Syria will be in for better days. Syrian civil society has shown a remarkable degree of resilience, willingness to cooperate, and ability to mobilize in the face of ongoing horrors. Still, should post-Assad Syria be dominated by an exclusivist Sunni regime influenced even to a small degree by fundamentalist leanings and without the will or capacity to accommodate the needs of a full third of Syria's people, the story could be much darker.

What we have right now is a group of wannabe winners, most with serious asterisks. Indeed, there's not yet a slam-dunk, jackpot winner among them.

1. Lebanon:The good news is that the end of the Assads could mean a lifting of the jackboot that has been on Lebanon's throat for a very long time now. Even with the formal withdrawal of Syrian forces from Lebanon in 2005, Damascus continued to meddle in Lebanese politics through its proxies, often with deadly effect. The fall of the Assads will also weaken Hezbollah.

The bad news is that an unstable Syria will continue to spill over into Lebanon, potentially stirring the pot of conflict between Sunnis and Shiites. Indeed, Syria's traditional fear that Lebanon will become a breeding ground for coup plotting and conspiring with the Israelis will only increase. Ultimately, much will turn on whether or not Lebanon can take advantage of its newfound maneuvering space and forge more unity within its own ranks.

2. The Kurds: Syria's ethnic minorities may fare better than its religious ones. Syria's Kurds (roughly 9 percent of the population) are Sunnis and will be looking for increased recognition and perhaps autonomy. If cooler heads prevail in Turkey and among the Syrian opposition -- both of whom so far oppose that goal -- some kind of compromise might be reached. If not, the Kurds who now dominate much of Syria's border with Turkey will be a source of tension and conflict within Syria and with Turkey, forging ties with Iraqi Kurds and the Kurdistan Workers Party, commonly known as the PKK. It wouldn't take much imagination to envision Turkish incursions into Syria to hit Kurdish separatists and break up cooperation between Turkish and Syrian Kurds.

3. Israel: The good news for the Israelis is that Iran and Hezbollah will be weakened by Assad's fall. The bad news is that like so much of the Arab Spring/ Winter, the impending transition brings with it enormous uncertainty. What will happen to the 1974 disengagement agreement, which has made the Golan Heights the quietest space in the Middle East? What about Syria's chemical-weapons stockpiles, the largest in the region? What about foreign jihadists or the character of the new Syrian government? Will Syria revert back to the kind of instability that plagued the country before the Assads came to power? Will its government be influenced by the Muslim Brotherhood as in Egypt? If Iran feels encircled by hostile Sunnis, how acutely will the Israelis perceive the same challenge?

4.Turkey: Ankara is going to have to get used to the new Syria after enjoying a remarkably positive run with the Assads. Depending on the character of the Sunni government in Damascus, the Turks -- as the region's leading non-Arab Sunni power -- could become quite close to the new Syrian government, enhancing both their political and economic influence. Yet cooperation is far from a foregone conclusion. The Kurdish problem, as well as tensions between Turkish Sunnis and their own Alevis (the Turkish name for Alawites, who make up 15 percent of the population), could spark serious tensions and even violence.

5. Saudi Arabia: For the Saudis, the fall of the Assads carries real advantages if they can influence the new Sunni regime that emerges. The visit of Manaf Tlass -- the son of the former Sunni minister of defense -- to Saudi Arabia was an intriguing indication of what the Saudis may be thinking. Whether an establishment regime figure like Tlass would be acceptable to Free Syrian Army elements on the ground is another matter. But Syria will need friendly, rich Arabs. For Riyadh, Syria has been part of the great game of blocking Iranian influence. And if they don't overplay their Sunni cards -- and encourage the new government in Damascus to be inclusive with Alawites and Christians -- the Saudis might actually steal a march on Tehran.

6. The United States: Unlike the other authoritarian regimes it dealt with over the years, the United States never got much out of the Assads in matters of peacemaking or strategic advantage. A brutally repressive regime without much redemptive quality is on its way out -- and good riddance. For now, the biggest gain will be a weakening of Iran. But there could be a downside as well if Tehran becomes even more determined to push ahead with its nuclear weapons program. Assuming America doesn't intervene militarily, some ground will also have been lost among Syrians who believe it should have done something. But this can be recouped if Washington can help coordinate the international effort to address Syria's post-Assad needs.

The United States is an inherently status quo power, but it has values and interests that also compel it to support change. Its reaction to so much of the so-called Arab Spring reflects that ambivalence and will continue to do so in the future; it will also limit American influence in Syria. Should a Sunni regime emerge that is Islamist in character or just unstable, Washington will have an adequately tough time finding its balance. Just look at Egypt, where the U.S. has a strong relationship with the military and a thirty-year-old aid program, and still not much leverage. In Syria, it has almost no advantages. Nor does Washington have the resources to lead a multi-billion dollar reconstruction effort. Indeed, the only way Washington can possibly play a major role is if Syria follows Egypt and Jordan and signs a peace treaty with Israel. But the odds of this happening are slim to none.

The United States has much to lose if Syria devolves into sectarian conflict or worse, fragments. It has much to gain if it doesn't. But we need to be real here: Despite all the planning and working groups, Washington doesn't have much influence to shape the outcome either way. And let's face it: The struggle for Syria is going to be long and painful. If Egypt, Tunisia, and Libya -- despite all of their failings and dysfunction -- represent the best of what we can expect, Syria could easily come to represent the worst. And if that comes to pass, the Syrian story will end badly for everyone.

 

2)The Syrian Economy: Hanging by a Thread

Samer Abboud Commentary, June 20, 2012

The sanctions imposed on Syria by the United States, the European Union, the League of Arab States, and a host of other countries are aggravating the already-negative domestic economic conditions that the political crisis in Syria has generated. So far, the regime has managed to avoid economic collapse and weather the pressure by increasingly relying on Russia, Iraq, and Iran to both absorb Syrian exports and provide financing for projects affected by the sanctions. Yet, though that external lifeline is providing some stability, the Syrian economy will not be saved from its downward spiral of contraction and volatility.

The Central Bank of Syria has responded by marshaling large portions of its reserves to stabilize the economy and address problems such as price increases, inflation, supply shortages, and exchange rate volatility. But the long-term viability of its measures are called into question as the sanctions hamper the regime’s ability to generate further revenues, not least by blocking oil exports. Here again, the role of friendly states has been crucial in helping to keep the country afloat.

The Sanctions Regime

The sanctions that impact Syria the most are those imposed by the League of Arab States and the European Union. Their sanctions mainly target sources of government revenue by prohibiting transactions with individuals, companies, and state-owned institutions tied to the regime. For example, the Arab League has maintained the economic boycott it decreed on November 27, 2011, which includes the freezing of Syrian government (and some individuals’) assets in Arab countries, the cessation of transactions with the central bank, a travel ban on a number of Syrian officials, and the termination of all investments supported by Arab governments. The member states of the Gulf Cooperation Council have also banned civil aviation from flying to or from Syria.

The EU sanctions mirror those of the League, but include banning imports of Syrian oil, a measure unnecessary under the Arab League sanctions since Syria exports all of its oil to Turkey and European countries. U.S. sanctions are equally restrictive but have had a much less negative impact because of the already-limited economic relations between the United States and Syria.

Oil and Public Revenues

The Syrian oil sector has been hardest hit by the sanctions. Prior to the uprising, more than 90 percent of Syrian oil exports were to EU countries, with the remaining going to Turkey. Oil (and gas) revenues constituted around 20 percent of total gross domestic product and 25 percent of total government revenue. The banning of Syrian oil imports has forced Syrtol, the state oil company, to find new markets. This has proven difficult, as Indian refineries that expressed interest in importing Syrian crude could not secure private or public insurance for shipments.

To date, Syrtol has not been able to find markets for Syrian crude sufficient to compensate for the loss of exports to the EU. Sanctions on Syrian oil are estimated to have cost the government $4 billion in lost revenues, leading to a severe foreign currency crisis that has hampered the ability of the central bank to intervene in the economy.

The termination of official Arab investment in Syria—Qatar alone is estimated to have halted $6 billion in commercial investments—has forced the Syrian central bank to tap into its reserves to ensure the continuation of infrastructure and other important projects, such as those related to water and energy use. On their own, these reserves are insufficient to continue such large projects.

In light of this, various government ministries were recently tasked with identifying priority infrastructure projects that have been affected by sanctions and need external funding to continue. The result was the February 2012 negotiation of a comprehensive loan program with Russia, under which Moscow will provide Syria with up to $3 billion to help complete key projects.

Increases in import tariffs have been imposed to help offset some of the decline in oil revenues, but this has had a negligible impact: few people can afford non-necessity imported items under these economic conditions. Revenue from tourism has, predictably, dropped dramatically. For example, hotel occupancy rates have fallen from 90 percent before the crisis began to less than 15 percent in May 2012, reflecting the rapid decrease in incoming tourists. Because of this, around 40 percent of all employees in the tourism sector have lost their jobs since the beginning of the crisis. Some enterprises that were entirely dependent on tourism—whether large hotels or roadside businesses—have been forced to close because their source of income is drying up.

In the absence of revenues generated from oil, tourism, and trade, the Syrian economy will continue to contract. The regime has little hope of finding alternative revenue sources, whether domestic or external, and looks set to continue to rely on loans, grants, and trade support from allied states. In addition to Russian support, Iraqi leaders, for example, have publically dismissed the Arab League sanctions, and trade and gas pipeline deals between the two countries have even been signed. Iran, among other things, has taken measures to provide incentives for their importers to purchase Syrian products. Still, the economy struggles.

Currency Volatility and Its Impacts

The devaluation of the Syrian pound (SYP) has been consistent. The exchange rate was around 50 SYP to the U.S. dollar at the beginning of the uprising, but by February 2012, the value was cut in half, with the exchange rate reaching 74 SYP to the dollar. Since then, it has been as high as 85 to 90 SYP to the dollar on the black market. Currency exchangers have begun to hoard dollars, driving the exchange rate even higher.

The Syrian central bank is left with few options except to restrict withdrawals of foreign currency and to try and maintain a tolerable exchange rate that does not spiral into irreversible currency devaluation. While it has been denied by the central bank, there are rumors that the bank has begun to sell its precious metals assets, such as gold, to further shore up its foreign currency reserves to avoid collapse of the Syrian pound.

The devaluation has actually worked to the advantage of some exporters as the cost of Syrian products has decreased, thus making them more affordable for regional customers. This partly explains why the central bank has tolerated the devaluation, which, otherwise, has been extremely negative. In particular, the fluctuations have dramatically reduced the already-low purchasing power of average Syrians. An average public sector employee, for example, made around 12,500 SYP a month, or around $250, prior to the crisis. That same salary is now worth as little as $140, making basic household products increasingly unaffordable.

Average consumers suffer on two fronts: Reduced wages make increasingly higher-priced products inaccessible. Moreover, inflation is around 30 percent as of June 2012 and will likely continue to rise. Recently, the Syrian government released new banknotes into circulation to help finance the budget and to pay public sector salaries. Over the long term, this will only aggravate inflationary pressures and drive the cost of products even higher.

The Syrian central bank is caught in a dilemma: between the need to protect reserves and to marshal them toward stabilizing the economy. For example, in anticipation of the EU sanctions, the central bank withdrew most of its assets from European banks and either repatriated them or deposited them in euro or ruble accounts with the Russian Commercial Bank. However, although the central bank was able to shield most of its assets, it, along with other public banks, has acted to restrict loans and credit in an attempt to hoard reserves. This has ground activity in many areas of the economy to a halt, as reserves are being funneled into essential and major projects in infrastructure and energy at the expense of commercial or manufacturing projects.

The government has also taken measures to limit import spending exclusively to necessity items, such as food. These spending restrictions have caused severe supply problems in the industrial sectors of the economy that have especially hurt small- and medium-size enterprises. These enterprises often relied on public sector financing of supply imports, and with financing restricted to essential items, they have been forced to seek out personal or private loans. Predictably, these import issues, coupled with a trade embargo, have caused many businesses to experience major supply problems and have contributed to the rapid increase in the prices of basic products.

Energy Shortages

To a large degree, the rise in prices has been aggravated by energy shortage problems. The fiscal impact of the sanctions may be reduced public sector financing of imports, and thus a reduction in the number of goods entering the country and increases in the prices of ones that do. But energy shortages leading to increased energy costs are raising the price of producing and transporting domestic goods as well.

Syria has an acute problem with fuel access, as EU-based suppliers, in compliance with sanctions, have ceased all exports to the Syrian market. Since Syria does not have refinery capacities, it has to reimport its fuel from other countries. Prior to sanctions, it was heavily reliant on a Greek company, Naftomar, for domestic- and commercial-use fuel but has since had to look to allied countries to satisfy these energy demands.

Shortages of fuel and energy are common, and this has ripple effects throughout the economy. In agricultural areas, for example, shortages have prevented farmers from utilizing their tractors and other machinery, such as water pumps. Iran, Russia, and Venezuela have been providing Syria with fuel in recent months, but insufficiently to meet domestic demand. One reflection of this has been constant power cuts, even during the early period of the crisis. In response, the government has imposed a countrywide electricity-rationing program, cutting supply by at least three and a half hours per day throughout the country.

The energy shortages and increased energy costs are aggravated by price fluctuations in other areas of the economy. Price liberalization measures passed over the last decade mean that around 85 percent of all consumer products are subject to market pricing, with the remaining products subject to government-set price ceilings. However, these do not include all foods, and, as such, some essential products are being subject to speculation and price manipulations by merchants. For example, in April 2012, the government had to distribute sugar on the domestic market because merchants were selling it at more than four times its estimated value.

Such large price increases have become common in Syria. Inflation is rampant and reached an official year-on-year level of 11 percent in December 2011. But aside from the interventions described above, the government has been largely ineffectual in preventing such price fluctuations. Its role has been relegated to regularly issuing official price lists of key commodities. But, in the context of political crisis, sanctions, and currency volatility, these are largely ignored.

Help From Syria’s Allies

Russia and China have blocked attempts to impose sanctions through the United Nations, so the Syrian economy is not completely isolated. But it is increasingly dependent on a few countries to absorb its exports.

Between March 2011 and March 2012, Iraq, largely ignoring the Arab League sanctions, increased its imports from Syria by 40 percent, and Iran increased its imports by 100 percent. Russia has provided Syria materials and supplies for the production cycle, including steady shipments of diesel fuel that is used for everything from farm tractors to civilian transport trucks. And despite tensions with neighbors such as Turkey and Jordan, a considerable amount of informal cross-border trade and smuggling continues. Indeed, official trade with Jordan has actually increased since the imposition of the Arab embargo. All of this suggests some resiliency in the face of sanctions.

Decline but Not Collapse

The Syrian economy will continue to deteriorate for the foreseeable future under the impact of sanctions. Sanctions targeting individuals or official institutions have had the least impact, since the regime was able to protect its assets by repatriating them or moving them into Russian banks. But the stress on public revenues and the ensuing problems of dwindling foreign currency reserves and exchange rate fluctuation pose a more serious challenge.

In May 2012, there were serious supply problems with the delivery of Russian and Iranian fuel to Syria. Should the external lifeline wither or be disrupted, for example if the United Nations can agree on imposing international sanctions, then Syria’s economic isolation will increase sharply.

However, isolation does not mean that the collapse of the economy is imminent. In the short term, the regime can continue to weather the sanctions currently in place through reliance on its external allies. All major signs of collapse—a rapid devaluation of the currency, extremely high inflation, and acute supply shortages—have been avoided through the external injection of money and subsidized supplies into the Syrian economy.

But these are merely stopgap measures. They are insufficient to reverse deepening unemployment, the stagnation of economic activity, and food and supply shortages in the market. Nor can they prevent the progressive devaluation of the currency or the continuous erosion of the purchasing power of average Syrians. The external lifeline is critical in preventing economic collapse, but not enough to stop the economy’s slow, gradual decline.

Samer N. Abboud is an assistant professor of international studies at Arcadia University.

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

Les plans américano-turcs : des mirages et des illusions

Publié le par Mahi Ahmed

Les plans américano-turcs : des mirages et des illusions

Par Ghaleb Kandil

Les États-Unis et la Turquie ont intensifié leurs ingérences directes en Syrie à travers le renforcement du nombre, du matériel et des prérogatives des chambres d’opérations militaires. Les déclarations des derniers jours laissent penser qu’une nouvelle étape de l’agression contre la Syrie est en voie de préparation.
Les concertations intensives, menées par Washington et Ankara, interviennent après les cuisantes défaites infligées par l’Armée arabe syrienne aux groupes terroristes à Alep et dans d’autres régions troubles du pays, où s’activent les escadrons de la mort, les agents de l’Otan et les mercenaires financés par les pétromonarchies obscurantistes du Golfe. Les discussions entre les parties turques et états-uniennes à Ankara ont porté sur le renforcement des opérations de contrebande d’armes et d’argent, et sur les moyens d’améliorer les liaisons et les communications cryptées entre les chambres d’opérations militaires installées en Turquie et les groupes terroristes en Syrie. L’objectif est de mieux structurer, guider et déplacer les groupes armes, sur la base des informations recueillies par les images des satellites ou collectées par les espions sur le terrain, sur les mouvements des troupes syriennes, de leur organigramme et de leurs méthodes de combat, qui restent un mystère impénétrable pour les Occidentaux et leurs auxiliaires turcs et du Golfe, surtout après les résultats des batailles de Damas et d’Alep.
Le ton élevé des responsables US et turcs concernant les événements en Syrie est en totale contradiction avec les propos échangés dans les coulisses et les salons diplomatiques. Citant de hauts responsables sécuritaires à Washington et Ankara, des visiteurs arabes rapportent que le projet de renverser le président Bachar el-Assad et de négocier les conditions politiques pour une transition, ainsi que les tentatives de prolonger la guerre des escadrons de la mort, se heurtent à des murs solides aussi bien à l’intérieur de la Syrie que sur le plan des positions de la Russie et de la Chine.
Les réalités montrent que la force de l’Armée arabe syrienne, sa solidité et le soutien populaire dont elle bénéficie, augmentent de jour en jour, tandis que les exactions, les actes de barbarie et les échecs successifs essuyés par les bandes armées ne passent plus inaperçus, même dans les medias occidentaux. La population éprouve un rejet de plus en plus marqué pour les terroristes, dont une grande partie sont des jihadistes extrémistes étrangers, qui sèment la terreur dans les villes et les villages syriens, et qui sont venus détruire l’État syrien dans toutes ses dimensions, pour ramener la Syrie cent ans en arrière. Le sentiment d’appartenance nationale s’est exacerbé et un vaste élan pour la défense de la patrie est visible, pour des observateurs et des journalistes qui ne peuvent pas être accusés de sympathie pour le pouvoir syrien. La bataille médiatique est pratiquement perdue pour les bandes extrémistes à l’intérieur de la Syrie, et un début de changement est palpable auprès de l’opinion publique internationale.
Face à ces réalités, les pays impliqués dans la guerre contre la Syrie ont procédé à une vaste opération mediatico-psychologique pour tenter de remonter le moral des groupes armés, décimés par les pertes énormes subies face à l’armée syrienne. La mediasphère a été inondée par des nouvelles sur une offensive par-ci et une offensive par-la, par l’occupation de 80 % d’Alep etc… Les autorités syriennes ne prennent même plus la peine de répondre à ces mensonges, d’autant que les journalistes qui connaissent bien le terrain, comme le Britannique Robert Fisk (connu pour ses critiques impitoyables contre le régime syrien), qui était récemment à Alep, connaissent la vérité. Ils écrivent dans leurs reportages et leurs comptes-rendus que sur tous les fronts, l’armée syrienne est passée à l’offensive et que les miliciens extrémistes ne parviennent pas a résister à l’avancée irrésistible des troupes régulières, qui frappent d’une main de fer les QG, les lignes de ravitaillement et les zones de regroupements des mercenaires et des jihadistes. Le soutien apporté par la population à l’armée —et que ces journalistes ne parviennent plus à cacher— apparaît dans la coopération entre les militaires et les civils, qui ont surmonté le mur de la peur et informent la troupe des repères et des caches des terroristes. Sans parler que de nombreux civils ont carrément rejoint les rangs de l’armée pour combattre ce qu’ils considèrent désormais comme une invasion étrangère de leur pays.
Dans le même temps, les conséquences de l’implication en Syrie du gouvernement de « l’illusion ottomane » commencent à apparaître à l’intérieur même de la Turquie ces deux dernières semaines :
Les propos confessionnels de Recep Tayyeb Erdogan, qui multiplie les déclarations sur la « guerre civile » en Syrie, menacent la stabilité en Turquie même, où des voix s’élèvent pour dénoncer les dérives sectaires du Premier ministre.
Par ses maladresses, Erdogan a ouvert la boite à Pandore des Kurdes. La guérilla kurde, qui s’était presque éteinte, reprend vigoureusement dans le Sud-est de la Turquie.
La Turquie, qui tirait profit des accords économiques avec la Syrie, voit sa porte vers l’hinterland arabe fermée hermétiquement. Les pertes essuyées par les commerçants et les industriels turcs se chiffrent en milliards de dollars.
Dans un tel contexte, les projets de zone tampon ou de passages sécurisés en Syrie se transforment en mirage, surtout que la Syrie a clairement annoncé, par la bouche de la conseillère présidentielle en visite à Pékin, qu’elle considérerait de tels arrangements comme des actes de guerre et qu’elle défendrait sa souveraineté nationale avec toute la force dont elle dispose. Les stratèges états-uniens craignent que de la mise en œuvre de tels projets ne provoquent une grande guerre régionale qui mettrait en danger l’existence même d’Israël.
Le quotidien britannique The Guardian a rapporte l’échec des concertations américano-turques, qui ne sont pas parvenues à une vision commune autour de la zone tampon. Selon le journal, les États-uniens auraient transmis une mise en garde aux Turcs et auraient clairement exprimé leur refus d’imposer par la force, et en dehors du cadre des Nations unies, des régions sécurisées en Syrie.
Impliqués jusqu’au cou dans la guerre contre la Syrie, les États-Unis, la Turquie et les pétromonarchies du Golfe, voient leurs marges de manœuvres de plus en plus réduites, surtout qu’ils ont épuisé presque tout ce que leur imagination est capable de produire pour nuire à la Syrie.
Les dernières gesticulations de cette coalition ne sont que les ultimes tentatives pour sauver de l’effondrement un complot qui a nécessité des efforts colossaux et des investissements considérables. Mais les indices du fiasco inéluctables ne trompent pas, même s’il faudra encore quelques mois avant que les comploteurs n’admettent ouvertement leur défaite.

http://www.voltairenet.org/spip.php?page=backend&id_secteur=1110&lang=fr

Partager cet article

Repost 0

Les bons chiffres de l’emploi

Publié le par Mahi Ahmed

Les bons chiffres de l’emploi

Par Ammar Belhimer
ambelhimer@hotmail.com
L’inefficience chronique des mécanismes de création et de gestion de l’emploi dans la région Moyen-Orient-Afrique du Nord (MENA) est telle que la Banque mondiale s’autorisait récemment à se poser la question de savoir si travailler n’est pas devenu un «privilège » chez nous. Un de ses experts, Matteo Morgandi, se propose d’étudier la réalité du marché du travail dans la région, tout particulièrement pour les jeunes(*). A première vue, dans l’ensemble, le verdict paraît sévère : «Les emplois précaires accessibles aux jeunes des couches sociales les plus défavorisées ne leur permettent pas de construire un foyer ni d’envisager l’avenir avec sérénité.» Les meilleures offres d’emploi sont souvent réservées à une poignée de privilégiés, plus particulièrement les enfants de la nomenklatura, «dotés de ressources financières et bien introduits». On observe le même processus de successions et de cooptations chez nous. Le diplôme n’est plus le sésame d’antan, quelle que soit sa valeur. Bien au contraire, devant l’ampleur du phénomène que l’ONS qualifie de «chômage d’insertion», les non-diplômés affichent de meilleurs chiffres que les diplômés, notamment ceux de l’enseignement supérieur (qui affichent des taux trois fois supérieurs à ceux de la population non diplômée). De son séjour chez nos voisins marocains et de ses discussions avec les jeunes, Matteo Morgandi a retenu de «précieuses leçons» qu’on pourrait sans difficulté généraliser à notre pays. La première est que «le travail ne fait pas qu’assurer la subsistance d’un individu mais qu’il est essentiel à la réalisation personnelle (la fondation d’une famille, par exemple) et qu’il joue un rôle crucial dans la reconnaissance sociale et l'estime de soi qui lui est indissociable». A ce titre, il n’est pas exagéré de le considérer comme un droit fondamental de l’homme, tout aussi précieux que le pain qui le nourrit et l’air qu’il respire. Le nombre d'individus en âge de travailler et sans emploi forme dans nos pays «un immense gisement de ressources humaines non exploité». A son actif, l’Algérie enregistre l’un des taux de chômage les plus bas de la région MENA : il s’établit à 10% d’une population en âge de travailler qui est d’environ 26 millions d’habitants. Nous sommes loin des statistiques explosives de 2000 lorsque le taux de chômage atteignait les 29% de la population active, soit 2,5 millions de personnes dont 1,4 million de jeunes. Le taux de chômage a été divisé par trois au cours des dix années suivantes. De fait, un exploit. Une impulsion particulière est également à inscrire sur le compte des mesures d’urgence prises en févier 2011 qui ont accru le nombre de bénéficiaires d’insertions professionnelles de 600 000 personnes tout en doublant le nombre de créations d’entreprises inscrites au titre de divers dispositifs d’aide. Ce qui de l’avis du Fonds monétaire international devra faire reculer encore plus le chômage au cours des toutes prochaines années : à 9,7% en 2012 et à 9,3% en 2013. Sur le plan quantitatif, nous faisons certainement mieux que des pays membres de la zone sud de l’espace euro, comme la Grèce, l’Espagne, le Portugal ou l’Italie, en passe de devenir exportateurs de main-d’œuvre. Il nous reste toutefois à nous assurer que les dispositifs de soutien à l’emploi des jeunes ne sont pas de simples revenus minimums de maintien à des occupations alimentaires durables tant que la manne pétrolière est là pour en assurer le financement. Il ne suffit donc pas de disposer de ressources abondantes pour assurer de bons emplois. Une autre étude de la Banque mondiale sur notre région(**) souligne que «trois moyens d’action sont essentiels pour créer de l’emploi durable dans la région MENA : une gestion macroéconomique prudente, une réglementation judicieuse de l’activité économique et la bonne gouvernance ». Autre enseignement : «La qualité des emplois disponibles importe tout autant que leur quantité». Or, sur ce plan en particulier, beaucoup reste à faire car il nous arrive souvent de faire beaucoup de choses mais mal. Pour l’essentiel, le tableau que dresse l’ONS dit ceci à propos du sous-emploi :
- Primo, qu’il est plus présent en milieu rural par rapport aux zones urbaines ;
- Secundo, qu’il semble affecter davantage les femmes que les hommes ;
- Tertio, qu’il touche les populations les moins instruites et celles qui ne sont pas pourvues de diplôme
- Et, quatro, qu’il est particulièrement présent parmi les 15-24 ans. La première disparité est donc sectorielle. On se croirait également à Alger lorsqu’on lit : «A éducation égale, les personnes perçoivent des salaires très inégaux, selon qu’elles sont employées dans le secteur public ou dans le secteur privé, qui demeure largement informel, la rigidité du cadre réglementaire empêchant les actifs de passer d'un secteur à l’autre ou d’atténuer ces disparités.» En Algérie, le secteur privé, qui était le plus gros employeur en 2010, absorbe 65,6 % du total des personnes occupées, soit près des deux tiers de la population active. Près de deux personnes occupées sur trois sont des salariés, plutôt non permanents, l’emploi indépendant touche un occupé sur quatre. Ils se recrutent principalement dans le BTP, le commerce et l’agriculture. La discrimination par rapport à l’âge reste tout aussi féroce qu’ailleurs : 21,5% des 16-24 ans (18,6% chez les hommes et 37,4% chez les femmes) sont sans emploi. Selon une enquête de l’ONS sur l’emploi en Algérie, un jeune (de la même tranche d’âge) sur quatre, soit plus d’un million de personnes, était au chômage en septembre 2010. Autre fâcheuse caractéristique de l’emploi dans nos pays : il ne couvre pas forcément contre les aléas de la vie. En Algérie, cela ressort de ce que «sur les 9 735 000 occupés, 4 879 000 personnes ne sont pas affiliées au régime de la Sécurité sociale, soit un occupé sur deux», selon une récente enquête de l’ONS. Parmi les marqueurs de la mauvaise qualité de l’emploi dans les autres pays arabes, il est enfin mentionné son déficit de mobilité : «Ceux qui détiennent un bon poste le gardent pratiquement à vie et ceux qui héritent d'un emploi précaire peuvent rarement trouver mieux. Les habitants de régions à fort taux de chômage ne disposent pas de moyens qui leur permettraient de migrer là où la demande est plus importante, ce qui explique le maintien de clivages nets entre zones rurales et zones urbaines.» Au final, même si l’abondance de ressources atténue momentanément les souffrances du chômage, les espaces sociaux sont figés : à moins d’évoluer vers le haut par effraction, tous les ascenseurs sociaux sont en panne, alors que les escaliers sont encombrés. L’accès aux couches moyennes est fermé et celles qui existaient et n’ont pas pris la précaution de sauter dans les wagons de l’oligarchie despotique des prévisions de parcours aléatoires sont irrémédiablement paupérisées.
A. B.
(*) Matteo Morgandi, Travailler, un privilège au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ? Un panorama des catégories les plus touchées par le piège du chômage, 20 août 2012.
(**) Banque Mondiale, Moyen- Orient et Afrique du Nord, La solution miracle pour l’emploi, 19 avril 2012.

 

Publié dans Economie et société

Partager cet article

Repost 0

Ferhat Abbas : un homme de courage et de conviction

Publié le par Mahi Ahmed

HOMMAGE À L'OCCASION DU 113e ANNIVERSAIRE DE LA NAISSANCE DU REGRETTÉ PRÉSIDENT FERHAT ABBAS, SON PARCOURS
Ferhat Abbas : un homme de courage et de conviction

 

Par Nassim Abbas*
Ferhat Mekki Abbas est né le 24 août 1899 dans la commune de Chahna située à Taher, dans la wilaya de Jijel. Originaire du Arch de Bouhamdoune, commune de Tassoust, sa famille, les Bendaoui, appartient à la tribu des Beni Amrane dont les terres sont situées dans la plaine de Tassoust à l’est de la ville de Jijel. Il est le cadet d'une fratrie de six garçons et sept sœurs, son père Saïd était agha.
Ferhat Abbas disait du vingtième siècle qui se meurt qu’«il a été le siècle du sang et des larmes et c’est nous indigènes qui avions saigné et pleuré». Loin d’être timoré et frileux, cet humaniste convaincu s’est jeté physiquement, moralement et politiquement dans toutes les batailles menées au nom des causes justes et particulièrement celle que son peuple a menée pour s’affranchir du joug colonial. Ferhat Abbas avait le courage de ses idées et mettait à leur service toute son énergie. Ainsi aimait-il à dire que «la tâche du militant est de ressusciter les courages morts et de redresser les fois battues». Homme des joutes oratoires, il était aussi un homme de terrain très rude que l’effort et le combat physiques ne rebutaient pas comme en témoignent les faits suivants : il rudoya le président des maires du Nord Constantinois, le fameux Gratien Talabot qui humiliait sans cesse l’«indigène» et lui dictait sa volonté toute puissante ; il se battit avec succès, et physiquement, contre la dîme prélevée par l’adjudicateur sur les revenus insignifiants des «indigènes» qui abreuvaient leur bétail à Aïn Fouara (Sétif) ; il organisa la manifestation mémorable de Sétif en 1934 pour dénoncer avec véhémence l’occupation de la Libye par les troupes de Mussolini. Infatigable, il fit le tour des douars, des villages et des villes d’Algérie pour faire signer le Manifeste par les élus. Ferhat Abbas fréquenta l’école primaire de Taher et fit ses études secondaires au lycée Luciani de Skikda. Après l’obtention du baccalauréat, il entama des études de pharmacie à l’université d’Alger qu’il interrompit en 1921 pour accomplir son service militaire. Parallèlement à ses études de pharmacie qu’il acheva à la fin des années vingt, il suit des cours de philosophie et d’histoire en tant qu’auditeur libre dans la même université. A la reprise de ses études médicales, Ferhat Abbas se lance dans l’activité militante au sein de l’Amicale des étudiants musulmans d’Afrique du Nord dont il est le président de 1927 à 1928. Un fait marquant pour l’époque : il fit entrer une femme au conseil d’administration de l’Amicale, en l’occurrence Mlle Houria Ameur, première étudiante musulmane de l’université. Durant cette période, il fonda Ettelmidh, une revue estudiantine illustrée, et programma des visites de délégations de l’Amicale à travers tout le pays. Ferhat Abbas publia aussi en 1926- 1927, dans l’hebdomadaire Ettakadoum une série d’articles sous le pseudonyme de Kamel Abencerage, anagramme formé à partir des noms du fondateur des Jeunes Turcs et du dernier roi andalou. Ces articles seront rassemblés et publiés sous le titre Le Jeune Algérien en 1930, année du centenaire de la colonisation de l’Algérie. C’est dans ce livre – dont le titre évoque franchement la filiation moderniste et nationaliste avec les mouvements de renaissance qui travaillent à l’époque l’espace arabomusulman – que Ferhat Abbas énonce clairement les principes qui fonderont les grandes lignes d’une stratégie pragmatique et orienteront son action politique future.

L’engagement dans le combat politique, de la Fédération des élus aux AML
Dès son installation comme pharmacien à Sétif, Ferhat Abbas se lance dans le combat politique dans sa ville d’adoption et se fait élire entre 1930 et 1935 membre du Conseil municipal de Sétif puis au Conseil général de Constantine. Il devient porte-parole de la Fédération des élus du Nord-Constantinois, présidée par le docteur Bendjelloul, et collabore régulièrement au journal L’Entente où il publia en 1936 le fameux texte «La France, c’est moi» qui est une adresse et une réponse aux chantres de l’Algérie latine et aux ténors de la colonisation comme Louis Bertrand et Emile Morinaud. Dans cette déclaration, Ferhat Abbas revendique l’égalité des droits pour les Algériens musulmans et le respect de la personnalité musulmane, revendications qu’il défendra au Congrès musulman à sa création le 7 juin 1936, et ce, dans une conjoncture particulièrement difficile marquée par la montée du fascisme en Europe et l’avènement du Front populaire en France. Dans le cadre du Congrès musulman, il participe aussi, avec ses amis les élus et aux côtés des oulémas et des communistes, à l’élaboration d’une «Charte revendicative du peuple algérien», dont la revendication essentielle était la mise en œuvre du projet Blum-Violette relatif à l’émancipation des Algériens musulmans dans le cadre des lois de la République française. En 1938, Ferhat Abbas crée l’Union populaire algérienne (UPA) dont les principaux axes programmatiques sont l’égalité des races, la fraternité humaine et la liberté politique. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en 1939 amènera Ferhat Abbas à s’engager dans la lutte antifasciste et à geler les activités de l’UPA.

Le mémorandum au maréchal Pétain
Le 10 avril 1941, Ferhat Abbas adresse au maréchal Pétain un mémorandum connu sous le titre de «Rapport au maréchal Pétain» dans lequel il dénonce la condition de ses coreligionnaires et la mise à l’écart de leurs élites.

Message aux Alliés
Le 20 décembre 1942, il remet aux Alliés débarqués à Alger un mémoire connu sous le titre «Message aux autorités alliés» dans lequel il revendique l’affranchissement politique des Algériens musulmans, un nouveau statut abolissant le système colonial et la tenue d’une conférence permettant aux représentants de toutes les organisations musulmanes de définir cette politique.

Le Manifeste
Le 10 février 1943, Ferhat Abbas rédige à Sétif «Le Manifeste du peuple algérien», texte dans lequel il fait le bilan négatif de 112 années de colonisation et demande l’abolition de la colonisation, l’application du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et une Constitution pour l’Algérie. Ce texte est suivi d’un autre document appelé «L’additif» qui, au grand dam des autorités coloniales, est approuvé et signé par des élus représentant l’administration. Dans le but de faire connaître Le Manifeste, Ferhat Abbas crée le journal L’Egalité. Cela lui vaudra d’être arrêté pour provocation et envoyé en résidence surveillée à Tabalbala dans le Sud oranais. Il sera libéré le 2 décembre 1943.

Les AML
Le 14 mars 1944, Ferhat Abbas donna naissance à Sétif à un vaste rassemblement, les Amis du manifeste et de la liberté (AML). A travers les statuts des AML, se trouve exprimée la revendication de la reconnaissance de l’identité algérienne et de l’indépendance de l’Algérie, ce qui représente, à n’en pas douter, une étape importante dans l’histoire de notre pays. Cette étape décisive va se caractériser en effet par l’apparition du peuple algérien sur la scène politique, le renforcement de la conscience nationale et l’élargissement de la base du nationalisme autour d’un programme minimum. Les AML consolident davantage leur position au sein de la population musulmane puisque le nombre de leurs adhérents dépasse ce moment les 800 000. Suite aux événements du 8 Mai 1945, les AML seront dissous et Ferhat Abbas, arrêté, ne sera libéré que le 16 mars 1946 à la faveur d’une loi d’amnistie.

De l’UDMA au FLN
A sa sortie de prison, Ferhat Abbas lance un appel à la jeunesse algérienne et à la jeunesse française à travers «Mon Testament politique» où il parle du devenir de l’Algérie et de la manière de régler le problème de la colonisation. Il y expose la doctrine d’un nouveau parti politique, l’Union démocratique du manifeste algérien (UDMA). La création de l’UDMA survient en mai 1946, ce qui lui permet de participer aux élections de la deuxième Constituante, qui ont lieu la même année, et d’enlever 11 sièges sur 13. Le 9 août 1946, il dépose sur le bureau de l’Assemblée française le premier projet de Constitution de la République algérienne. Il prend l’initiative de former l’intergroupe des députés d’outre-mer avec Lamine Gueye, Senghor, Reseta, etc., et, pendant qu’il se trouvait à Paris, organise une rencontre entre l’intergroupe et le leader vietnamien Hô Chi Minh. Il publie ensuite un autre journal, La République algérienne, pour défendre et faire connaître ses positions.

J’accuse l’Europe
Le 20 septembre 1947, les élus UDMA démissionnent de l’Assemblée nationale, en réponse au statut de l’Algérie adopté par cette dernière. Ferhat Abbas publie alors son célèbre pamphlet «J’accuse l’Europe» dans lequel il lance : «Quand les nationalistes français nous offrent le culte de Jeanne d’Arc ou tout simplement celui de sainte Geneviève comme symbole de l’idéal patriotique, que peuvent faire nos mères musulmanes sinon refuser leur acquiescement.»Les élections frauduleuses à la Naegelen passent dans les mœurs. Tout est mis en œuvre pour réduire l’UDMA à une présence symbolique.

De quoi demain sera-t-il fait ?
Face à cet immobilisme voulu par la colonisation, Ferhat Abbas publie en février 1948 un ouvrage intitulé Du Manifeste à la République algérienne, ouvrage dans lequel il note que la République algérienne est en marche et qu’il y aura une patrie moderne pour chaque peuple libre.Dans le chapitre «De quoi demain sera-t-il fait ?», Ferhat Abbas pose les fondements de cette construction.La situation s’étant encore détériorée, l’UDMA, le MTLD, le PCA et les Ulémas constituent, en août 1951, un Front algérien pour la défense et le respect de la Liberté.

De novembre 1954 à l’indépendance du pays
Au déclenchement de la lutte de Libération nationale, présents le 2 novembre 1954 dans les locaux du journal la République algérienne, les membres du comité central de l’UDMA décident à l’unanimité de la position à tenir à l’égard du déclenchement de l’insurrection : être présents dans la lutte en soutenant le FLN. Ce dernier demande dans un premier temps à l’UDMA de présenter des candidats à l’élection pour le renouvellement partiel des conseils généraux et de mobiliser l’opinion musulmane en sa faveur. En septembre 1955, l’UDMA initie la mention célèbre dite des «61» réclamant les négociations directes avec le FLN. Le 24 février 1956, l’UDMA cède son local place Lavigerie (Mohammadia, Alger) l’UGTA, nouvellement créée par le FLN.

Dissolution de l’UDMA et adhésion au FLN
En avril 1955, à la suite d’une réunion avec Abane Ramdane, Ferhat Abbas décide de dissoudre l’UDMA, de rejoindre le FLN et de renforcer la délégation extérieure. Le 22 avril 1956, Ferhat Abbas se rend au Caire en compagnie de Ahmed Francis et proclame publiquement son adhésion au FLN.

Au CEE et à la tête du GPRA
Membre de la délégation extérieure, Ferhat Abbas voyage à travers le monde pour faire connaître le combat du peuple algérien et défendre les thèses du FLN. Lors du congrès de la Soummam, le 20 août 1956, Ferhat Abbas devient membre du Conseil national de la révolution algérienne (CNRA). En application des décisions du deuxième congrès du CNRA de 1957, Ferhat Abbas est membre de la direction collégiale du Comité de coordination et d’exécution (CCE).En septembre 1958, il devient président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), et ce, jusqu’en octobre 1961. En mai 1962, il publie La nuit coloniale, ouvrage retraçant le combat contre le code de l’indigénat et les souffrances du peuple algérien.

De l’indépendance à sa disparition, l’Assemblée nationale constituante
Ferhat Abbas est élu, au mois de septembre 1962, premier président de l’Assemblée constituante de l’Algérie indépendante. Devant la confiscation du pouvoir législatif qui se préparait, Ferhat Abbas démissionne de la présidence de l’Assemblée et adresse, le 13 août 1963, une longue lettre aux députés dans laquelle il explique sa position. Intitulée «Pourquoi je ne suis pas d’accord avec le projet de Constitution établi par le gouvernement et le bureau politique», cette lettre, qui fait date, dénonce la politique de confusion et de concentration des pouvoirs et prédit des jours sombres pour le peuple algérien. Arrêté, Ferhat Abbas est emprisonné à Adrar, dans le sud du pays, où il sera atteint d’une maladie chronique qui le rongea jusqu’à sa mort. Elargi le 8 juin 1965, il entreprend la rédaction de deux ouvrages : L’Autopsie d’une guerre et L’Indépendance confisquée.

L’appel au peuple algérien
En mars 1976, il signe avec Benyoucef Benkhedda et Hocine Lahouel (anciens responsables du PPA/MTLD) et Cheikh Kheireddine (ancien responsable de l’Association des oulémas), l’appel au peuple algérien qui s’élève contre le projet d’une charte nationale octroyée et l’exercice du pouvoir personnel. Il est arrêté et assigné à résidence. Sa pharmacie est nationalisée, son compte bancaire bloqué et ses biens confisqués. La mise en résidence surveillée qui le frappait sera levée durant l’été 1978 et le rétablissement de ses droits et la récupération de ses biens interviendront après 1980. Ses livres sont publiés à l’étranger et interdits en Algérie jusqu’à l’avènement du pluralisme au début des années 1990. Ferhat Abbas décédera à Alger le 24 décembre 1985.

Ses publications :
Le Jeune Algérien, éditions La Jeune Parque, Paris, 1931.
Le Manifeste du peuple algérien, éditions Libération, Alger, 1943.
J’accuse l’Europe, éditions Libération, Alger, 1944.
La nuit coloniale, éditions René Julliard Paris, 1962.
Autopsie d’une guerre, l’Aurore, éditions Garnier, Paris, 1980.
L’indépendance confisquée, éditions Flammarion, Paris, 1984.
Le jour se lèvera (livre paru à titre posthume). Alger-Livres, 2010.
N. A.
*Neveu du président Ferhat Abbas

 

Publié dans Economie et société

Partager cet article

Repost 0

1 2 3 4 5 6 > >>