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L'Agréssion israélienne barbare contre le Liban: Mobiles géostratégiques et enseignements pour nous

Publié le par Mahi Ahmed

L'Agréssion israélienne barbare contre le Liban

Mobiles géostratégiques et enseignements pour nous

Par Mahi Ahmed

26-08-2006

L'arrogance « fascisante » de la force militaire est devenue une constante de la politique d'Israël.

Il est pénible de devoir utiliser l'adjectif de fasciste s'agissant d'un Etat qui prétend représenter une communauté qui a subi, en tant que telle, les pires affres du fascisme hitlérien. Mais la réalité de la cruauté des faits de cette nouvelle guerre du Liban secoue et aiguise nos consciences éprouvées.

De quelques causes

Le caractère et les dimensions qu'elle a pris, surtout au Liban mais aussi en Israël, interpellent nos responsabilités de citoyens sortis à peine des ténèbres épaisses du colonialisme. Elle aiguise en nous l'impératif de l'effort pour une intelligibilité profonde et objective des dangereux processus historiques dont nous sommes des témoins jusque-là inactifs et impuissants, alors que nous en sommes directement ou indirectement les enjeux. Certes notre cœur saigne de voir en direct la mort de dizaines d'enfants innocents, des massacres et des destructions à grande échelle comme à Kanaâ, à Beyrouth, à Tyr ou à Ghaza, des centaines de milliers de personnes déplacées ou contraintes de trouver refuge à l'étranger, des ambulances et des convois humanitaires ciblés aveuglement par des F16 ou des Drones enragés, des infrastructures comme les ponts, les autoroutes, les centrales électriques, les immeubles d'habitations... détruites, un pays transformé en ruines. Nous devons cependant manifester, avec la vigueur qui s'impose, notre colère contre l'agresseur et ses puissants soutiens et notre solidarité productive avec les victimes, avec le peuple et l'Etat libanais, avec le peuple et l'Autorité palestiniens, en développant toutes les solidarités. Nous devons chercher à comprendre les causes réelles et profondes, les mobiles de cette crise majeure dans cette partie du Moyen-Orient. Nous devons essayer d'évaluer objectivement son contenu géopolitique, sa portée stratégique, ses multiples effets et surtout tirer les enseignements qu'elle dégage aussi bien sur le plan mondial qu'au niveau de notre pays. L'adoption par le conseil de sécurité de la résolution 1701 demandant le cessez-le-feu et traçant les contours, le plus souvent, partiaux et unilatéraux, de stabilisation du Liban et de sécurisation des frontières israélo-libanaises, souligne encore plus cette nécessité. Une crise majeure comme celle-ci ne peut procéder de la génération spontanée. Elle ne peut être que le fruit d'une conjugaison de causes immédiates qui la déclenchent et de causes profondes qui l'expliquent et la rendent intelligible. On ne peut l'isoler du contexte qui marque les évolutions nationales, régionales et internationales. On ne peut donc pas aussi la dissocier des pondérations géostratégiques qui reviennent à chacune des parties, directement impliquées dans le conflit qui l'a initiée et qui l'alimente. Israël ne peut avoir décidé unilatéralement, le 12 juillet dernier, après l'action du Hezbollah, de s'engager dans une guerre de cette nature contre le Liban sans consultation avec son puissant allié, les USA et sans information appropriée de certains pays dont les intérêts sont évidents dans cette région. Israël, les USA et certaines puissances mondiales comme la Grande-Bretagne ou l'Allemagne répètent sans vergogne, et comme pour tromper le monde sur leurs véritables mobiles, que l'intervention de Tsahal au Liban est une action justifiée par l'agression initiée par le Hezbollah. Il demeure que l'acte du Hezbollah, acte de résistance, est une réalité, plusieurs fois reproduite, qui s'inscrit dans la nature de la situation tendue entretenue par Israël depuis 1967 et plus particulièrement depuis 1982 au Liban. Mais dépoussiérons la chronologie des faits pour examiner cette assertion soulignée d'Israël et des puissances occidentales et repérons certaines des causes qui ont pu déterminer les dirigeants israéliens à se lancer dans cette aventure barbare. Nous pouvons examiner d'abord les causes suivantes :

1) la capture de deux soldats de Tsahal au Liban-Sud par les milices du Hezbollah

Tanya Reinhart, professeur émérite de l'université de Tel-Aviv et ancienne journaliste de Yediot Ahranot, écrit dans un article publié le 28 juillet 2006 portant le titre révélateur Le nouveau Moyen-Orient d'Israël ce qui suit : « Le 12 juillet 2006, un groupe armé du Hezbollah a attaqué deux jeeps de l'armée israélienne qui patrouillaient le long de la frontière avec le Liban. Trois soldats israéliens ont été tués et deux autres ont été faits prisonniers. Lors d'une conférence de presse tenue quelques heures après l'attaque à Beyrouth, le chef du Hezbollah, le cheikh Hassan Nasrallah a déclaré que le but de l'action était de réaliser un échange de prisonniers : la libération des deux soldats capturés contre celle de trois prisonniers libanais qu'Israël avait refusée lors d'un précédent échange de prisonniers (réalisé avec le concours de l'Allemagne). Nasrallah déclara qu'il n'avait pas l'intention de pousser la région dans la guerre. » Il ajouta : « Si Israël choisit de nous affronter, il doit s'attendre à des surprises. » La professeur Tanya Reinhart commente : « Israël n'a consacré aucun instant à l'action diplomatique, ni à des négociations ou à un examen à tête froide de la situation ainsi créée. » Elle ajoute : « Lors d'une réunion tenue le même jour, le gouvernement israélien donna l'ordre à ses forces armées d'engager une offensive massive contre le Liban. Le gouvernement libanais a été tenu responsable des actes du Hezbollah. » Le Premier ministre israélien Olmert a fait ce jour-là la déclaration suivante : « L'évènement de ce matin n'est pas une action terroriste mais un acte d'un Etat souverain qui a attaqué Israël sans raison et sans provocation... Le gouvernement libanais, dont fait partie le Hezbollah, s'emploie à déstabiliser la région. Le Liban est responsable et le Liban subira les conséquences de ses actes. » A 21h50 du même jour, le journal Haaretz on line annonce qu'Israël a bombardé des ponts au centre du Liban et attaqué des positions du Hezbollah au Liban-Sud. Ce n'est qu'à la suite de ces attaques, qui ont fait de nombreuses victimes, que le Hezbollah a lancé ses katiouchas sur le nord d'Israël. L'engrenage d'une guerre impitoyable était ainsi déclenché . Ces faits sont donnés par une intellectuelle israélienne, spécialiste en linguistique et en analyse des médias, qui connaît la situation de son pays de l'intérieur même, qui a analysé l'histoire de ces presque six décennies d'existence de l'Etat d'Israël et du conflit israélo-palestinien et arabe et qui, en 2002, a publié un livre, réédité en 2005, portant le titre. Comment terminer la guerre de 1948 ? La capture de deux soldats israéliens ne peut justifier, à elle seule, cette guerre, comme nous venons de le montrer. Auparavant et depuis le retrait forcé (à cause de l'héroïque résistance libanaise et notamment du Hezbollah) d'Israël du Liban en 2000, il y a eu de nombreux incidents de frontière provoqués par l'une ou l'autre des deux parties, il y a eu au moins trois processus d'échange de prisonniers et le recours à un affrontement plus large a été évité. La crise ouverte cette fois-ci par Israël, avec une extrême rapidité et une puissance de feu exigeant une logistique lourde, ne pouvait qu'obéir à des plans stratégiques soigneusement élaborés et concertés. Un officiel israélien a affirmé au journal Le Washington Post, dans son édition du 16 juillet 2006 que « l'action du Hezbollah a offert une occasion unique qui a conjugué des intérêts communs (lesquels ?) ». Cependant, un examen objectif du contexte historique, qui prévalait dans la région et dans le monde au moment de l'intervention israélienne au Liban, nous indique d'autres causes immédiates qui se sont conjuguées à la précédente et ont concouru à hâter la décision israélo-américaine de faire éclater, avec cette intensité, cette nouvelle crise dans la région.

2) la capture d'un soldat israélien par un groupe armé du Hamas dans la bande de Ghaza

Le 2 juillet dernier, le soldat israélien Shavit est enlevé à Ghaza par un groupe armé du Hamas. Cet enlèvement est intervenu à un moment particulier de l'évolution de la situation dans les territoires occupés palestiniens. Des élections présidentielles, communales et parlementaires, reconnues par tous les observateurs mobilisés et par la communauté internationale comme démocratiques, venaient d'avoir lieu. Elles ont dégagé des représentations pluralistes et contribué à développer la culture démocratique entre les différents courants politiques et sociaux du peuple palestinien en lutte encore pour sa libération du joug colonial. Ces élections intervenaient après la mort du président Arafat et dans le cours des efforts déployés pour la mise en œuvre de la prétendue feuille de route, dont la finalité devait être l'émergence d'un Etat palestinien à côté d'Israël et que les Palestiniens avaient acceptée malgré ses insuffisances et les manœuvres qu'elle laissait prévoir. Ces élections devaient légitimer la représentativité des dirigeants palestiniens et les accréditer comme « interlocuteurs valables » pour reprendre une terminologie que nous ne connaissons que trop. Ces élections ont souligné la représentativité du Hamas qui a enlevé de nombreuses municipalités à Ghaza et en Cisjordanie et qui s'est assuré la majorité absolue au Parlement palestinien. Ces résultats électoraux autorisaient le Hamas à désigner un Premier ministre de ses rangs et à former le gouvernement. C'est ce qui fut fait dans le cadre du respect de la Constitution qui régit l'Autorité palestinienne et dans le cadre de processus de concertations présidentiels et parlementaires normaux, c'est-à-dire légaux. Ce processus démocratique n'était du goût ni des dirigeants israéliens ni de celui des USA ou de certaines puissances occidentales comme la Grande-Bretagne ou l'Allemagne. Car pour eux, le Hamas était une organisation cataloguée de terroriste, figée pour toujours dans cette position. Le Hamas et son gouvernement devaient être jugés sur leurs actes par le peuple palestinien mais aussi par la communauté internationale. Mais avant même que le nouveau gouvernement ne se mette au travail et ne définisse ses positions de pratique politique, il a été soumis à une intenable pression coercitive, politique, financière de la part d'Israël, des USA et de la communauté européenne. D'abord Israël, les USA et l'Union européenne ont exprimé un refus catégorique de reconnaître le gouvernement palestinien issu d'élections démocratiques supervisées par des observateurs internationaux. Puis, l'aide financière qui était allouée par l'Union européenne ou d'autres institutions internationales a été suspendue, mettant la présidence et le gouvernement palestiniens dans l'impossibilité de payer les fonctionnaires de l'Autorité palestinienne, notamment des secteurs en charge de l'administration, de la police et de la sécurité, de la santé publique ou de l'enseignement... et ce, depuis des mois. En outre, l'armée israélienne a renforcé ses attaques indistinctes et ravageuses, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, contre les structures du Hamas et d'autres organisations palestiniennes créant un climat oppressif extrême, torpillant par les assassinats ciblés ou l'arrestation de dirigeants des organisations palestiniennes par des tentatives criantes de division des rangs palestiniens, tout effort de recherche de consensus palestinien pour trouver des voies de sorties des impasses imposées par le tandem israélo-américain et de retrouver unis le chemin des négociations et peut-être d'une paix définitive. Ce sont les impasses dressées par Israël et ses alliés stratégiques qui ont provoqué l'action de résistance qui a débouché sur la capture du soldat Shavit. Car, jusqu'à nouvel ordre et avant que le problème palestinien ne trouve sa juste solution, peut-on penser un seul instant que les organisations palestiniennes, dans la diversité de leurs positions politiques, puissent cesser d'être des organisations de résistance et de libération nationale ? Le Hamas et la nouvelle situation créée sur le plan des rapports de forces politiques en Palestine occupée ont constitué de nouveaux facteurs de tensions non maîtrisées par Israël et susceptibles de mettre en échec les plans échafaudés par Sharon des prétendus « retraits unilatéraux de certains territoires » pour imposer la paix aux Palestiniens. Cela peut expliquer la troisième cause immédiate :

3) La crise intérieure israélienne

Ariel Sharon a été le concepteur et l'exécuteur de la terrible agression contre les peuples palestinien et libanais de 1982. Celle-ci, faut-il le rappeler, avait produit l'horreur des massacres de masse de Sabra et Chatila. Elle avait poussé le peuple libanais dans une guerre civile atroce qui a duré quinze ans. Ariel Sharon, en pur faucon sioniste, ne s'était pas lassé de torpiller les différentes initiatives et les différents processus palestino-israéliens qui ont été engagés à la suite de la conférence de Madrid et des résultats du processus dit d'Oslo pour déboucher sur un probable règlement du problème palestinien. Par sa provocation de l'esplanade de la mosquée d'El Aqsa, il a déclenché la deuxième Intifadha et favorisé le développement, en dehors de l'OLP, de certaines organisations de résistance à caractère religieux comme le Hamas. Ariel Sharon, qui s'est considéré en osmose idéologique et stratégique avec les néo-conservateurs américains arrivés au pouvoir avec l'élection de G.W. Bush, n'a eu de cesse que :

a) de laminer le mouvement israélien pour la paix déjà affaibli après l'assassinat d'Itzhak Rabin et la base sociale du parti travailliste notamment ;

b) de restructurer le paysage politique israélien et le rapport de forces y prévalant pour imposer étape par étape sa solution aux Palestiniens et au monde ;

c) de détruire le président Arafat ainsi que les capacités d'action de l'Autorité palestinienne au moyen de l'humiliation, d'une féroce répression et de l'isolement international avec l'aide de ses alliés US. Le coma profond d'Ariel Sharon a provoqué la disparition de ce dernier de la scène politique israélienne et créé une situation nouvelle en Israël. La scission du Likoud initiée par Sharon et la création du parti Kadima a engagé un processus d'une modification sensible du paysage politique israélien. Les dernières élections parlementaires anticipées laissent percevoir un affaiblissement simultané du Likoud et du parti travailliste au profit de Kadima, le parti de Sharon. Celui-ci, désormais dirigé par Ehud Olmert, se voit chargé de la mise en œuvre des plans de Sharon et s'emploie à créer le mouvement politique et social susceptible de les porter.

Cependant les plans de Sharon ne sont pas parvenus à bout de la résistance palestinienne ni à la diviser. La construction du mur de Jérusalem, le retrait unilatéral et musclé de la bande de Ghaza, le torpillage continu de la feuille de route et l'isolement territorial et l'humiliation de l'Autorité palestinienne, loin de faire poindre les signes de leur efficacité et renforcer la reconnaissance et la sécurité d'Israël, ont, au contraire, développé la tension dans la région et l'isolement international des dirigeants israéliens.

 

Ehud Olmert, Amir Peretz (le nouveau ministre de la Défense et chef du parti travailliste qui a vendu son âme de syndicaliste représentant des travailleurs ), Tzipi Livni (ministre des Affaires étrangères ) sont de nouveaux venus dans l'élite dirigeante israélienne. Ils bousculent la tradition cultivée, depuis la création de l'Etat hébreu, d'attribuer les premières responsabilités au niveau de la Présidence de l'Etat et du gouvernement à des personnalités activant ou issues de Tsahal . Ce qui crée une situation nouvelle modifiant, en principe, la position de l'armée dans les rapports de force nationaux lui assignant un nouveau rôle devant encore être défini et mis en œuvre. Ainsi, la politique de Sharon et son héritage prématuré ont déclenché un mouvement de repositionnement politique et stratégique et de restructuration des rapports de force qui est en cours, qui est loin de montrer toute sa cohérence et qui développe des tensions multiples au niveau du Likoud de Netanyahou, du courant social démocrate et de la société civile en général. Refonder l'unité nationale israélienne sur la base de la pensée et des plans stratégiques dessinés par Sharon et Shimon Pérez (qui a été rappelé par ses convictions sionistes et à qui on devrait retirer le prix Nobel de la paix ) nécessitait pour ces nouveaux venus au pouvoir l'ouverture d'une crise comme celle initiée par l'agression contre le Liban pour consolider encore plus leur légitimation. La crise intérieure israélienne prend encore plus de relief si on la rattache aux échecs cuisants de la mise en œuvre de la doctrine de W. Bush et aux évolutions régionales en cours.

4) Un contexte régional détérioré et de plus en plus instable

Dans une contribution portant le titre « La doctrine de W. BUSH : une stratégie de domination et de coercition globalisée » publiée dans le Quotidien d'Oran du 25 avril 2002 nous avions écrit : « Cette doctrine, si on l'examine à partir des analyses existantes ou de la pratique politique américaine au jour le jour, semble reposer sur trois piliers principaux interactifs : l'idéologie néo-libérale moralisante, la maîtrise de la globalisation économique et politique, la suprématie militaire comme base d'une stratégie de coercition globalisée. » Les années qui ont suivi n'ont pas démenti notre affirmation. Elles la renforcent. Il est patent que la mise en œuvre de cette doctrine par W. Bush et son administration, au niveau de ces trois piliers, s'embourbe et va d'échec en échec et de blocage en blocage. Il n'y a pas un champ ouvert par W. Bush qui ne fasse pas face à des résistances multiformes l'empêchant d 'aboutir et développant les processus politiques, économiques, sociaux et culturels pour le mettre en échec et le dépasser dans le sens de la paix, de la démocratie, de la légalité et de la stabilité internationales réelles et du progrès social. Les guerres dites de sécurisation et de stabilisation régionales ou internationales comme celles de hautes technologies menées par des armadas d'enfer en Afghanistan ou en Irak ou celles poursuivies dans les Balkans ou en Afrique et ailleurs, ont rendu la situation dans les régions et les pays concernés encore plus instable Elles ont détruit les Etats-nations qui y existaient, brisé les bases économiques déjà si fragiles, intensifié les confrontations ethniques et religieuses et favorisé le développement de l'extrémisme islamiste recourant à la violence terroriste. La deuxième guerre du Golfe a été déclenchée dans le cadre de la lutte globalisée contre l'axe du mal, contre le terrorisme international et dans le cadre de l'exportation planifiée des valeurs et de la démocratie occidentales. L'Irak qui s'était débarrassé du régime monarchique imposé par la puissance coloniale anglaise et qui était dirigé par le Baâth depuis le début des années 1960 représentait, sur le plan historique, avec la Syrie, aussi baâthiste, et malgré les divergences existantes entre eux, une nouvelle expérience du nationalisme arabe. Cette expérience a certes pris des formes autoritaires historiquement rétrogrades comme ce fut le cas pour les courants dirigés par Nasser, Bourguiba, Ben Bella etc., mais elle s'intégrait dans les processus sociaux complexes de libération et d'émancipation nationales. Les USA et leurs alliés, en « mauvais élèves » de l'histoire, n'ont pas compris que ce sont les peuples, avant tout, qui sont les artisans heureux ou malheureux de leur développement historique et qu'il ne peut exister de technologies de fabrication de peuples ou de systèmes sociaux. La dernière campagne US d'Irak devait donner le signal et les impulsions nécessaires pour la réalisation de ce qui a été appelé « le Grand Moyen-Orient » solidement ancré dans les visions géostratégiques découlant de la doctrine de W. Bush. Nous savons ce qu'il advient de l'Irak. Ce pays a certes été débarrassé d'un dictateur sanguinaire par la plus sophistiquée et la plus coûteuse des interventions militaires de la première puissance mondiale. Mais c'est un pays ramené à des décennies en arrière. C'est un pays occupé militairement et administré dans les faits par des forces étrangères. C'est un pays qui a perdu la cohésion de la nation qui le portait et qui est profondément divisé selon les ethnies, les rites religieux ou les religions. C'est un pays engouffré dans une atroce guerre civile et qui baigne quotidiennement dans le sang et la désolation. C'est un pays qui a perdu ses ressorts et ses capacités économiques et l'une des plus fortes et des plus productives intelligentsias du monde arabe. En préparant et déclenchant la dernière guerre d'Irak, W. Bush et ses stratèges politiques et militaires avaient fixé, dans cette région du monde, les cercles de leurs alliés comme l'Egypte, l'Arabie Saoudite, la Jordanie ou les pays du Golfe qui devaient se réformer sans changer et ceux de leurs ennemis déclarés comme la Syrie et l'Iran qui devaient se considérer comme faisant partie de l'axe du mal ennemi. Dans le même temps les USA ont développé une alliance d'une qualité nouvelle, parce que idéologique et politique, avec le courant d'Ariel Sharon au Likoud qui fait d' Israël un puissant partenaire dans la mise en œuvre de la doctrine de W. Bush au Moyen-Orient et au-delà. Les Palestiniens l'ont durement ressentie et continuent de vivre l'horreur de ses conséquences. Les Libanais l'ont subie à répétitions et aujourd'hui ils en vivent toute la barbarie. Les Egyptiens, les Saoudiens ou les Jordaniens assistent, la rage au cœur, aux sournoises humiliations et à la corruption à grande échelle de ceux qui les dirigent. La guerre d'Irak et les pratiques politiques et militaires des USA qui l'ont accompagnée, ont renforcé et élargie la haine des masses arabes à leur égard et à l'égard d' Israël. Elles ont gravé dans les sociétés du monde arabo-islamique de lourdes traces difficiles à effacer de la mémoire collective comme de la mémoire historique. Cela d'autant plus que l'autoritarisme des systèmes en place, qui, en emprisonnant la liberté et la démocratie réelles, développent dans les sociétés qu'ils dirigent et qui connaissent une forte explosion démographique et où la jeunesse constitue le plus grand nombre, la pauvreté, l'exclusion, l'inculture et les clivages sociaux favorisant l'émergence et le développement de l'islamisme politique dans toutes ses variantes mais où la variante rétrograde et radicale, organisée et paramilitaire et recourant à la violence armée prend le dessus. C'est donc une situation bien détériorée, explosive même qui se développe dans cette région où les forces relevant du nationalisme arabe, qui dès le début des années 1950 ont en grande partie édifié les Etats- nations, n'ont pas su repérer et comprendre (surtout les élites), les impératifs démocratiques qu'exigeaient les évolutions économiques, sociales et culturelles. Elles n'ont pas su ouvrir les voies pour construire, au niveau de chaque pays, ce large front patriotique et démocratique pour relevé les défis des dernières décennies du siècle dernier et de celui qui commence au niveau des terribles enjeux économiques, sociaux et culturels. C'est une région à la croisée des chemins où la place de la religion et de son instrumentalisation sont en débat. Certains Etats et forces sociales se réclamant de l'islamisme politique instrumentalisent les problèmes réels d'importants secteurs sociaux au nom d'une compréhension idéologique et politique étroite et régressive de l'Islam et n'hésitent pas, par le recours à la violence armée, à plonger leurs pays dans de dangereuses crises ou à chercher à déstabiliser des régions entières. D'autres développent des formes de mouvements islamiques de résistance et de la libération nationales face à l'occupation et aux menées du néo-impérialisme, agissant comme forces politiques et sociales pour la cohésion et l'unité d'action de l'ensemble des forces nationales et patriotiques. C'est une telle situation qui devient une cause pour pousser les dirigeants américains et israéliens pour qui cette région est d'abord le plus grand réservoir d'hydrocarbure du monde et une région de passage maritime et terrestre essentielle, à agir pour montrer de quel côté se trouve la puissance militaire. C'est donc un ensemble de causes immédiates, liées certes, qui peuvent expliquer cette agression barbare contre le Liban. Mais les véritables mobiles sont d'ordre stratégique. Nous tenterons de les développer dans notre prochaine contribution.

Dès qu'Israël, depuis sa création en 1948, s'engage dans une quelconque action militaire d'envergure dans les territoires palestiniens toujours occupés, au Liban, en Jordanie ou ailleurs au Moyen-Orient, une formidable machine occidentale de soutien politique, militaire, de propagande etc. est mise en branle sous la direction des USA et des multiples centres du sionisme international.

 

Israël est toujours présenté comme une victime menacée d'éradication par ses ennemis historiques livrés au fondamentalisme et aux forces du terrorisme. Israël agit à la fois comme : a) La mauvaise conscience de l'Occident colonialiste et impérialiste qui a dépecé, selon sa volonté et ses intérêts colonialistes, l'Empire ottoman après la Première Guerre mondiale ; qui a favorisé l'émergence du nationalisme sioniste, divisé et réduit le nationalisme arabe ; qui a produit Hitler et la barbarie fasciste, déclenché la Seconde Guerre mondiale et généré la Shoah et l'holocauste. Les dirigeants allemands parlent même de raison d'Etat. b) Une plate-forme géostratégique d'intervention politique et surtout militaire fortement intégrée dans les différents mécanismes de défense et de sécurisation des intérêts des puissances occidentales néo-impérialistes dans cette importante région du monde aux multiples atouts vitaux, notamment énergétiques. Cela n'a pas été diffèrent cette fois-ci aussi. La raison reposant sans cesse sur l'élargissement et l'approfondissement du savoir est, en principe, la force motrice essentielle de la culture universelle et de l'humanisme. Elle semble perdre, dans ces temps complexes qu'on nous impose, ses repères et ses critères fondateurs, par un parti pris injustement fondé pour Israël, au niveau de certaines prétendues personnalités étrangement médiatisées tels des philosophes et écrivains formatés du type Bernard Henri Lévy (1) , des politiciens soixante-huitards récupérés et grisés par les lumières des rampes du pouvoir mondialisé et s'autoproclamant experts en géostratégie et en management des conflits globaux, comme par exemple Joschka Fischer (2) ancien ministre des Affaires étrangères d'Allemagne ou de nombre de journalistes occidentaux trahissant leur devoir d'information objective (qu'exige en principe l'éthique de la profession qu'ils sont censés exercer) et se mettant aux ordres des magnats des médias dominant le capital financier international tels que Rothschild Murdoch, Warner, Springer etc. Cette dernière agression perpétrée par Israël dans la région, si elle s'est circonscrite, dans un premier temps, au Liban, elle a, par sa forme de haute technologie (reposant sur les outils les plus sophistiqués du renseignement, de l'intervention aérienne armée, du management moderne de réseaux, etc.) par ses cibles au niveau des secteurs des populations et des infrastructures et par la démarche ostentatoire et complice des Etats-Unis et d'autres puissances occidentales, montré qu'elle relevait de mobiles géostratégiques plus élaborés, concertés, coordonnés et inscrits dans la durée. Depuis les années 1990, le séisme historique total, provoqué par la dislocation et la disparition du système socialiste mondial, continue d'être suivi de répliques dont les magnitudes sont fonction de la pondération géostratégique qu'affecte l'unique superpuissance restante aux différentes régions du monde en fonction de ses intérêts impériaux immédiats ou lointains et qui sont définis dans le jargon des néo-stratèges d'actions de « sécurisation et de stabilisation » . Il n'est pas un événement de portée historique qui touche un pays ou une région donnés dont l'intelligibilité des causes profondes ne soit pas liée à la mise en œuvre de la nouvelle doctrine de domination et de coercition impériales des USA et de ses dirigeants néo-conservateurs actuels. Il n'est pas aussi de relations internationales, aujourd'hui, où les dynamiques qui travaillent ce qu'on appelle la mondialisation, ne dessinent et n'imposent, au profit des puissances occidentales pour qui joue les rapports de force mondiaux actuels, des formes de soumissions politiques, économiques et autres. Zbigniew Brzezinski, l'un des plus illustres experts américains en géostratégie a dit dans l'un de ses fameux livres de prospective géostratégique portant le titre Le grand échiquier, la domination américaine et ses impératifs géostratégiques et publié en 1997, ce qui suit (5) : « Dans quelle mesure les USA sauront faire prévaloir leur prépondérance globale en tant que superpuissance dépendra du fait comment une Amérique engagée partout dans le monde s'en sortira avec les rapports de force complexes prévalant dans le continent eurasien et comment elle pourra y agir contre l'émergence d'une puissance dominante ennemie. »( traduit de l'allemand par mes soins). Il ajoute : « L'Eurasie est de ce fait l'échiquier sur lequel se jouera, aussi à l'avenir, la lutte pour la suprématie globale. » Eurasie signifie l'ensemble formé par l'Europe et l'Asie. Ce sont, en effet, ces deux continents, dont la puissance des évolutions économiques, scientifiques et militaires se situent encore à des niveaux différents, qui émergent, mus par un certain nombre de facteurs idéologiques, politiques, économiques culturels et géostratégiques, qui au fil des dernières décennies du siècle passé avec les dynamiques de la mondialisation prennent des formes géopolitiques de concurrence intense d'intérêts avec la superpuissance américaine et déclenchent chez cette dernière des élans inquiétants de coercition et de domination .Le renforcement de leurs rapports multiples aiguise encore plus de tels élans. Condoleezza Rice, quand elle était encore l'assistante de W. Bush pour les questions de sécurité et l'une de ses éminences grises ,affirmait : « Nous voulons fonder notre stratégie de dissuasion sur la prévention. La dissuasion a fait ses preuves pendant la guerre froide. Elle ne produira pas forcément les mêmes résultats à notre époque. » La prévention militaire musclée est devenue une constante de tous les actes de mise en œuvre de la doctrine dite de W. Bush. La prévention peut être directe comme en Afghanistan ou en Irak. Elle peut aussi, en tenant compte des contingences, des évolutions des rapports de force mondiaux de même que des risques, être sous-traitée par des alliés puissants et loyaux. L'agression israélienne contre le Liban est une guerre préventive US sous-traitée à Israël et dirigée en même temps contre l'islamisme international, l'Iran chiite et islamiste aux visées de puissance régionale et les alliés de ce dernier pays comme le Hezbollah ou la Syrie. Faut-il rappeler cette insistance de W. Bush à répéter lors du sommet du G8 à Saint-Pétersbourg, suivi en cela par ses vassaux (comme le dit Zbigniew Brzeziski) britanniques et allemands en particulier, que c'est le Hezbollah et ceux qui le soutiennent qui sont la cause de l'intervention israélienne au Liban ! Nous pouvons répertorier au moins trois mobiles majeurs géostratégiques qui ont poussé les USA à sous-traiter à Israël la production de cette crise majeure dans la région du Moyen-Orient en attendant d'achever le reste : le spectre de l'islamisme politique et la problématique de l'Islam, la restructuration , la « sécurisation et la stabilisation » du « Grand Moyen-Orient »(3)

La maîtrise durable des plus grandes réserves énergétiques du monde

Avant d'examiner chacun de ces mobiles, il serait peut-être utile de remettre en mémoire les deux faits suivants : comme avant le déclenchement de la troisième guerre du Golfe, nous avons observé une intense concertation et coordination entre W. Bush et Tony Blair qui sont de nouveau apparus comme un tandem d'alliés stratégiques. Ils ont dessiné ensemble dans le déluge qui frappait le Liban l'envergure qu'il donnait à la crise créée et la feuille de route qui devait être suivie par le conseil de sécurité et surtout par eux-mêmes et les alliés mobilisés. Lorsque la police britanniques a éventré les plans d'un important groupe de jeunes terroristes islamistes de nationalités britanniques de faire exploser des avions américains dans le ciel sur leur route vers les Etats-Unis, W. Bush a dit dans une déclaration à la presse à peu près ceci : « Nous faisons face au fascisme islamique et nous devons le détruire comme nous avons détruit le communisme. » Le spectre de l'islamisme politique et la problématique de l'Islam L'islamisme politique est devenu, dans la phase historique que nous vivons, un phénomène international et « internationaliste » actif depuis les années 1970, lorsque qu'il a été impulsé et encouragé en tant que mouvement structuré idéologiquement et politiquement par la trilatérale comme facteur de déstabilisation des maillons faibles du système socialiste mondial. Il travaille les sociétés du monde arabo-islamique. Il agit aussi dans les secteurs à forte concentration musulmane aux Etats-Unis, en Europe et ailleurs. C'est un mouvement traversé par différents courants nés et se nourrissant de la détresse d'importantes forces populaires face aux impasses auxquels ont mené le sous-développement et des systèmes de pouvoir hégémoniques et souvent corrompus, incapables de résoudre les problèmes vitaux de leur société et de reconnaître, dans leur étendu et leur profondeur, les défis majeurs de notre temps et de les relever. C'est un phénomène complexe qui souvent a été analysé à partir de ses manifestations idéologiques, politiques, sociales ou violentes sans faire l'effort multidimensionnel nécessaire de connaître en profondeur les dynamiques qui lui ont donné naissance et les formes par lesquelles il s'exprime afin de mieux l'apprécier et le différencier. C'est un mouvement dont le caractère de masse et populaire et sa fonction idéologique ont été instrumentalisés par des pouvoirs nationaux et des puissances internationales. L'Islam, en tant que religion, se trouve confronté à ce phénomène (l'islamisme) et soumis par des experts autoproclamés et de tous acabits et des idéologues et politiciens, champions de la diversion, à de dangereux amalgames. Nous assistons certes depuis le succès de la révolution populaire iranienne conduite par l'Ayatollah Khomeyni de février 1979 à l'émergence d'un modèle d'Etat-nation à caractère islamique exerçant un rayonnement réel sur l'aire régionale et ailleurs et ce en dépit des orientations religieuses obscurantistes de certains de ses dirigeants. Frédéric Tellier, professeur à l'IEP de Paris comme à Harvard et à Chicago, écrit dans un livre intitulé L'heure de l'Islam paru aux éditions Ellipses ce qui suit à propos de l'Iran : « Ce qui a donné vie et vigueur à l'islamisme comme idéologie et mouvement social n'est pas le dynamisme intérieur de la religion ou d'une volonté inébranlable du clergé de prendre le pouvoir, mais le bouillonnement de la modernité. L'Iran a-t-il connu une révolution religieuse ? Il est permis d'en douter. En dépit des apparences, l'islamisme est un phénomène authentiquement moderne, même s'il se justifie par référence à un passé qu'il promet de faire revivre. Malgré son anti-occidentalisme proclamé, sa dénonciation de la modernité, la révolution islamique appartient bel et bien à son siècle et en reflète les idéologies. Elle est de notre temps, pur produit de la modernité, phénomène moderne par excellence. Cette modernité contestée voire haïe est en fait sa matrice. »(6) Ainsi, l'islamisme, bouillonnant en tant que phénomène social, politique et idéologique, recourant par certaines de ses franges au terrorisme national et à grande échelle, est présenté sans discernement par les centres de recherche néo-conservateurs américains et autres ainsi que les courants politiques dirigeants qu'ils influencent fortement aujourd'hui, aux USA et ailleurs en Occident , comme un spectre meurtrier qui hante dangereusement la stabilité, la paix et les équilibres mondiaux. Il a été élevé, depuis les sanglants événements de septembre 2001 à New York et à Washington, au niveau d'ennemi principal des USA et du monde occidental. Nous observons, au niveau de l'Occident, dominé aujourd'hui par la pensée néo-libérale et néo-conservatrice, une espèce d'enracinement et de globalisation d'un mode de raisonnement binaire et indigent, basé sur l'opposition radicale et non dialectique entre le bien et le mal. Le bien, c'est tout ce qui a été façonné par la civilisation judéo-chrétienne et par les valeurs considérées comme occidentales produites et renforcées depuis la fin du XVIIIe siècle au niveau de la liberté, de la démocratie, des droits de l'homme, de la solidarité, etc. Le mal est tout ce qui n'est pas le bien dans l'acception que lui donne l'Occident judéo-chrétien. Nous assistons à la diffusion d'une sorte d'idéologie fondamentaliste et guerrière et de pratiques politiques internationales sectaires chargées d'alimenter et d'animer les croisades contre ceux qui représentent le mal. Par exemple, M. Bolkestein, ancien commissaire européen au marché intérieur (devenu célèbre par ses directives sur la libéralisation des services, en évoquant le projet d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne et la pression migratoire, il mettait en garde dans les termes suivants : « Si cela devait arriver, la libération de Vienne en 1683, n'aurait servi à rien. Nous les avions arrêtés à Poitiers, nous les avions arrêtés devant Vienne ; nous les arrêterons encore. » (Turques, Arabes, Berbères, ce ne sont tous que des musulmans, c'est l'Islam. Quel amalgame volontairement exprimé et à ce niveau de responsabilité de la communauté européenne !) Et pour renforcer ses dires, Bolkestein cite un historien britannique de renom, spécialiste reconnu de la Turquie et du Moyen-Orient, Bernard Lewis qui a affirmé : « L'Europe sera musulmane d'ici à la fin du siècle. » Bernard Lewis n'est pas n'importe qui. C'est lui qui a découvert « le gêne de l'Islam » et a appelé à « lever l'étendard de la résistance face aux nouvelles invasions barbares ». Bernard Lewis est installé aux USA depuis 1974 et s'est distingué par un soutien militant à la politique oppressive israélienne. Il est surtout un conseiller très écouté de W. Bush et très proche de Paul Wolfowitz, ancien adjoint du secrétaire d'Etat à la défense et véritable concepteur avec Richard Pearl, entre autres , de l'invasion contre l'Irak. Au cours d'une cérémonie organisée en mars 2002 à Tel- Aviv en l'honneur de Paul Lewis, Wolfowitz lui a rendu hommage en ces termes : « Bernard Lewis, nous a appris à comprendre l'histoire complexe et importante du Moyen-Orient et à l'utiliser pour nous guider vers la prochaine étape afin de construire un monde meilleur pour les prochaines générations. » Bernard Lewis est devenu, en effet, l'idéologue en chef du « choc des civilisations », concept qu'il a découvert des 1957, au lendemain de la guerre de Suez qui ne traduisait pas pour lui une volonté de libération nationale des peuples arabes, mais « une hostilité à la culture occidentale ». (A suivre)


(*)Cette partie fait suite aux deux parties publiées déjà dans les éditions des 26 et 27 août 2006.

Bibliographie 1.Bernard Henry Levy : La guerre vue d'Israël in le Monde du 27 juillet 2006 2. Joschka Fischer : Iran könnte der grobe Gewinner in Die Zeit 20 juillet 2006 3. Tanya Reihart : in www.redress.btinternet.co.uk/treinhart 4. Robin Wright : Strikes are called part of broad startegy in Washington Post 16 juillet 2006 août-30 5. Zbigniew Brzezinski : Die einzige Weltmacht, Amerikas Strategie der Vorherrschaft Fischer Taschenbusch Verlag 6. Christophe Reveillard : L'Iran géopolitique in Géostratégie n° 12 -Avril 2006

 

Il est utile de donner encore la citation suivante tirée de son livre Islam Quarto, publié chez Gallimard en 2005 : « Les ressentiments actuels des peuples du Moyen-Orient se comprennent mieux, lorsqu'on s'aperçoit qu'ils résultent, non pas d'un conflit entre les Etats ou des nations, mais du choc entre deux civilisations.

 

Commencé avec le déferlement des Arabes musulmans vers l'Ouest et leur conquête de la Syrie, de l'Afrique du Nord et de l'Espagne chrétiennes, le ''grand débat'' entre l'Islam et la chrétienté s'est poursuivi avec la contre-offensive chrétienne des Croisades et son échec puis avec la poussée des Turcs en Europe, leur farouche combat pour y rester et leur repli. Depuis un siècle et demi, le Moyen-Orient musulman subit la domination de l'Occident - domination politique, économique et culturelle, même dans les pays qui n'ont pas connu un régime colonial. Je me suis efforcé de hisser les conflits du Moyen-Orient, souvent tenus pour des querelles entre Etats, au niveau d'un choc des civilisations. » Pour Lewis, la nationalisation du canal de Suez, la chute du Chah et la révolution iranienne de 1979, la résistance tenace du peuple palestinien face à l'occupation israélienne et pour leur Etat indépendant les résistances au Liban, en Irak et même les conflits du Kosovo et de la Bosnie ont tous pour cause la haine de l'Occident et de ses valeurs. Il ajoute pour mieux préciser le spectre qui hante l'Occident : « L'Islam, qui est faible depuis deux siècles, a toujours cherché des appuis pour combattre son ennemi : la démocratie occidentale. Il a d'abord soutenu les puissances de l'axe contre les alliés puis les communistes contre les USA, ce qui a abouti à deux désastres. » L'islamisme chiite, qui dirige l'Iran, qui active et développe, selon des voies différentes, des organisations paramilitaires modernes et fortement armées au Liban, comme le Hezbollah en Irak ou l'armée du Mahdi de Moktada Sadr ou la milice de Abdelaziz Hakim ; qui anime une sorte d'international chiite à travers le monde, confère, du point de vue de l'Administration américaine actuelle à l'Iran, placé dans son environnement moyen-oriental et asiatique et sous l'angle de ses richesses naturelles, une très forte pondération géostratégique. De ce fait, l'agression israélienne contre le Liban est une guerre préparant ses prochains prolongements iraniens, syriens et asiatiques.

Les objectifs des états-unis

En visant la destruction totale de l'organisation de la puissance de feu et de nuisance matérielle et logistique du Hezbollah de même que l'isolement politique de ce dernier sur le plan de la classe politique libanaise et arabe proche ou dépendante de l'Occident, cette agression poursuivait les objectifs suivants : désarmer l'islamisme chiite au Liban et sécuriser, surtout par la présence d'un important contingent de troupes étrangères avec un mandat musclé, les frontières de ce pays avec Israël et avec la Syrie. Cela vise à mettre hors service toutes les possibilités logistiques terrestres, maritimes et aériennes susceptibles d'être utilisées pour le réarmement du Hezbollah, la restauration de ses structures paramilitaires et de sa puissance de feu et vise aussi à rendre inopérant toute tentative d'utilisation du Hezbollah et de ses forces armées comme maillon éprouvé dans une probable confrontation avec la Syrie ou l'Iran. Affaiblir sensiblement et isoler l'islamisme chiite libanais pro-iranien et au-delà l'islamisme politique recourant à la violence armée dans la scène arabe et mondiale tout en renforçant les courants de confession musulmane qui acceptent de coopérer où dans les intérêts de pouvoir et financiers sont fortement liés aux puissances occidentales. Cela vise aussi à maîtriser l'Islam, à le contenir en jugulant les bouillonnements sociaux et politiques qui le traversent et le bousculent. Cela veut dire à l'instar de ce qui se fait en Afghanistan, en Irak ou ailleurs, faire face au spectre de l'islamisme, en mettant aux « ordres » l'aire arabo-musulmane et surtout ses forces politiques dirigeantes. La restructuration, la « sécurisation et la stabilisation » du Grand Moyen-Orient Condoleezza Rice, la secrétaire d'Etat américaine aux Affaires étrangères, a lors de sa première tournée tardive en Israël et au Liban après l'intervention massive de Tsahal sur le territoire libanais, déclaré avec une grande impudence : « Le temps est venu pour un nouveau Moyen-Orient », alors que l'urgence résidait à arrêter la nouvelle guerre en imposant un cessez-le-feu immédiat. Sa démarche relevait, de fait, de considérations stratégiques dont la guerre était justement l'un des maillons et tant que cette guerre n'avait pas atteint les buts fixés, elle devait continuer et tous les efforts devaient être entrepris pour contenir les pressions internationales, faire traîner les délibérations du conseil de sécurité, pour lui donner le temps nécessaire d'aboutir. C'est que cette guerre représente une étape opérationnelle du plan revu et corrigé du Grand Moyen-Orient (GMO). Ce dernier est définit comme le Moyen-Orient élargie à l'Iran et la Turquie. C'est cela le noyau de l'échiquier eurasien dont parle Zbigniew Brzezinski. Le Moyen-Orient, secoué et modelé au gré des puissances coloniales, principalement la Grande-Bretagne et la France a, tout au long du XXe siècle suscité un intérêt grandissant pour les Etats-Unis en liaison, entre autres, avec les trois facteurs suivants : la mise à jour des énormes réserves énergétiques de cette région et principalement l'Arabie Saoudite et les Etats du Golfe persique, l'importance géostratégique de cette aire géographique dans le cadres des luttes et des intérêts multiformes qui découlaient des rapports de forces complexes imposés par la guerre froide et du rôle qu'y occupait Israël, les dimensions prises par le développement et la combativité du nationalisme arabe, catalyseur des luttes de libération nationale des pays arabes encore sous le joug colonial et maillon actif dans le mouvement anti-impérialiste mondial et dans le mouvement des non-alignés. Les USA se sont attelés, en s'appuyant sur leurs gigantesques compagnies pétrolières, à s'assurer durablement le contrôle des ressources énergétiques de la région au niveau de l'exploration, de la production, du transport et de la commercialisation. Leur compagnie pétrolière, l'Aramco, est devenue par exemple en Arabie Saoudite un véritable Etat dans la royauté et le véritable centre des décisions. Les USA s'étaient aussi assurés le contrôle du pétrole iranien et celui de l'Iran en faisant échouer les nationalisations des industries pétrolières initiées par Mossadegh et en faisant du Schah un allié et un serviteur loyal. La gestion stratégique du Moyen-Orient par les USA visait en gros deux objectifs majeurs : assurer le contrôle et la sécurité des sources et installations énergétiques pour le plus long terme, veiller en intervenant directement ou indirectement dans les modulations des rapports de forces nationaux, ou dans la région même à contribuer à créer une sorte de stabilité ou d'équilibre même instable en fonction des évolutions du rapport de force mondial déterminé par le mouvement des intensités de la guerre froide. Les USA se sont trouvés confrontés, à partir du début des années 1950 avec l'onde de choc déclenchée par la révolution des officiers libres en Egypte à quatre dynamiques qui ont travaillé en profondeur les sociétés arabes et la région du Moyen-Orient dans son ensemble et bien au-delà : le Nassérisme comme expression moderne du nationalisme arabe orienté vers la libération nationale et sociale et dont le rayonnement et la force de l'exemple étaient immenses et bien au-delà du monde arabe et islamique. Le courant Baâth, comme autre expression du nationalisme et du mouvement de libération arabe, organisé idéologiquement et politiquement sur le fondement de l'unicité de la nation arabe, plus porté sur certaines formes de modernité et de laïcité, mais mû par un centralisme autoritaire dont les conséquences ont été très coûteuses pour les pays qu'il a dirigés comme l'Irak ou la Syrie.

La problématique énergétique

Le mouvement de libération national palestinien dont la cause était, à des degrés divers, devenue celle de tout le monde arabe et musulmans au niveau des Etats, mais surtout au niveau des peuples. Cette cause était au centre de nombreuses guerres et crises importantes entre Israël, les combattants palestiniens et les Etats de la région. Le traitement injuste du problème palestinien par les USA et les puissances occidentales a été à la source de la détérioration des rapports de nombre de pays arabes des plus importants avec l'Occident. Cette situation a eu pour conséquence le renforcement des relations multiformes, notamment politiques et économiques avec l'URSS et les pays socialistes. L'armement lourd des principaux pays arabes était assuré par l'URSS et certains pays de l'Est. Ce qui attisait encore plus les tensions dans cette région. La place de plus en plus forte prise par l'influence soviétique au Moyen-Orient, modifiant sensiblement les rapports de forces internationaux y prévalant. De telles dynamiques ont conféré à cette aire géostratégique un caractère d'instabilité prononcé attisé par les enjeux que se disputaient les deux grandes superpuissances et les puissances occidentales entre elles, de même que par les luttes ouvertes ou sourdes autour des orientations et des tâches nationales et démocratiques du mouvement de libération national, dans chaque pays et à l'échelle de la région. La disparition de l'URSS et la dislocation du système socialiste mondial au début des années 1990 semblent avoir investi les USA de la responsabilité de l'unique superpuissance restante. La supériorité américaine était, alors, indiscutable dans les quatre domaines suivants de la puissance globale comme l'affirme Zbigniew Brzezinski. « D'une force et d'une présence militaires mondiales inégalables, d'une force économique agissant comme locomotive de la croissance mondiale, de l'avance technologique dans les plus importants secteurs d'avenir, de l'attrait que rencontre, à l'échelle mondiale et surtout chez la jeunesse, son modèle culturel. Dans le cadre de l'instabilité du monde nouveau qui vient d'émerger avec la disparition de l'URSS, la nécessité de réaliser des équilibres géostratégiques nouveaux plaçait le GMO au centre des préoccupations prioritaires (pour les raisons avancées ci-dessus) des USA. Déjà en 1992, Paul Wolfowitz avait présenté un plan pour le nouveau Moyen-Orient au département de la défense. Les éléments de ce plan ont été affinés en 1996 par Richard Perle dans un document à l'intention du gouvernement israélien. L'ensemble des deux documents forment en fait la doctrine néo-conservateurs pour le GMO qui préconisaient l'élimination par la force des menaces que constituaient la Syrie et l'Iran et en commençant par mettre hors d'état de nuire leur front libanais. Ces plans ont été laissés pour un temps dans les tiroirs. L'instabilité du Moyen-Orient devenait, pour les USA, de plus en plus aiguë. Elle a été encore plus aggravée par les facteurs suivants : l'agression et l'occupation de l'Irak, par la politique colonialiste de Sharon à l'égard de l'autorité et du peuple palestinien, par la montée en puissance de l'Iran s'affirmant comme puissance régionale et de l'islamisme chiite, par le développement et le recours à la violence armée de l'islamisme politique, par l'autoritarisme des régimes arabes en place et leur incapacité chronique à faire face à l'aggravation des problèmes économiques, sociaux culturels et identitaires et aux multiples défis des dynamiques de la mondialisation. C'est en novembre 2003, dans le feu de la guerre et de l'occupation de l'Irak, du développement des tensions en Asie centrale, sur les fronts de l'énergie et des matières premières fondamentales que W. Bush fait connaître son projet du Grand Moyen-Orient. Ce projet étai articulé sur deux axes principaux : le règlement du problème palestinien sur la base de l'existence des deux Etats israélien et palestinien, l'encouragement de la mise en œuvre des réformes démocratiques orientées sur le marché dans les pays arabes et musulmans, réformes visant à provoquer des changements positifs dans toute la région. Le problème palestinien n'a pas été réglé, bien au contraire, à cause du parti pris manifeste et actif des USA pour Israël. Le processus de démocratisation a été considéré par les régimes en place, l'exemple de l'Irak n'y a pas aidé comme une entreprise d'exportation de la démocratie occidentale et comme une ingérence dans les affaires intérieures. Le projet de W. Bush a connu un enlisement volontaire. Mais voilà que le terrorisme islamiste prend une dimension planétaire, que l'Irak, les USA et leurs alliés s'embourbent dans une complexité conjuguant le terrorisme islamiste, la résistance nationaliste, les confrontations ethniques, que l'Afghanistan n'est pas stabilisé et les talibans relèvent la tête et que l'Iran bombe le torse, s'affirme comme puissance régionale et active, directement ou indirectement les milices islamiques chiites au Liban, en Irak et veut s'engager avec fermeté dans l'enrichissement de l'uranium et dans le nucléaire. De tels développements, ajoutés à d'autres aussi importants sur le plan national américain et sur le plan international, ne sont pas pour faire remonter la perte vertigineuse de popularité de W. Bush et de son administration alors des élections parlementaires importantes se tiennent à courte échéance. C'est une telle situation qui explique la volonté des néo-conservateurs et de W. Bush de tenter de reprendre l'initiative en retirant des tiroirs, pour ce qui du Moyen-Orient, le plan Paul Wolfowitz complété par Richard Pearl, c'est-à-dire en fait un plan américano-israélien de sécurisation et de stabilisation musclé pour le GMO. La mise en œuvre a commencé avec le Liban, la suite viendra, car le troisième mobile géostratégique qui explique l'agression barbare contre le Liban est le suivant : la maîtrise durable des plus grandes réserves énergétiques du monde. Le Moyen-Orient et l'Iran recèlent d'énormes réserves en hydrocarbures. Ils disposent de grandes capacités de production, de raffinage ou de traitement et d'infrastructures diverses pour le transport des produits énergétiques destinés à la consommation nationale ou à l'exportation. Ils constituent, de ce fait, pour leurs importants partenaires, un facteur d'approvisionnement et de sécurité stratégique. Le président W. Bush avait, dès le début de son premier mandat, souligné la gravité de la problématique énergétique pour son pays. Les USA sont en effet les plus grands producteurs consommateurs et importateurs du monde. Avec une population qui représente, a peu près 5% de la population mondiale, l'Amérique participe à hauteur de 17% dans la production mondiale d'énergie. Si elle génère 30% du PIB de la planète, elle consomme environ 25% de l'énergie mondiale. (A suivre)

Par ailleurs, il est prévu que la croissance globale de la demande énergétique, dans les prochaines 25 années, sera de 50%, avec l'émergence massive de gros demandeurs d'énergie, comme la Chine et l'Inde sur les marchés énergétiques.

 

On observe par ailleurs les facteurs suivants : une cadence quelque peu rapide dans l'épuisement des ressources pétrolières mondiales, une accélération et des dimensions vertigineuses de la demande énergétique, surtout en Asie (Chine, Inde, Japon, Corée du Sud etc.), une faiblesse et un coût élevé, malgré des progrès sensibles, du développement et de l'exploitation des énergies nouvelles et renouvelables, des retards encore persistants dans la mise au point des technologies et dans la mise en œuvre de véritables politiques d'économie de l'énergie, les problèmes non encore efficacement résolus de pollution liée à certains produits énergétiques, la liste de ces facteurs n'est pas exhaustive. Mais tous ces facteurs aiguisent la concurrence sur le marché énergétique, incitent à une diversification des produits énergétiques en fonction de leur disponibilité sur le long terme en fonction de leurs qualités et de leurs coûts. Cela signifie le développement des tensions et des programmations géostratégiques. Le gaz naturel prend par exemple de plus en plus d'importance. Il est considéré comme le combustible de ce siècle. Les réserves de gaz naturel sont importantes et les découvertes de nouveaux gisements gaziers progressent en liaison avec le développement de nouvelles techniques d'exploration et d'extraction. Le gaz naturel représente actuellement près de 25% de la consommation énergétique mondiale. Le taux de croissance annuel moyen de la consommation de gaz naturel est d'environ 2,5 à 3%. De toutes les sources d'énergie primaires, la progression la plus forte prévue pour les vingt prochaines années sera celle du gaz naturel. On évalue actuellement les réserves mondiales prouvées de gaz naturel à 179 trillions de mètres cubes (tm3) (estimation de 2004). En 2004, le rapport réserves prouvées (R) sur production (P) de gaz naturel dans le monde (R/P) était de plus de 65 ans. Le même rapport est par contre de 200 ans pour le Moyen-Orient. Ainsi, grâce à ses réserves colossales de gaz naturel, la région du Moyen-Orient est destinée à occuper une place centrale de plus en plus disputée sur le marché de ce produit énergétique et dans les rapports géostratégiques mondiaux. Deux pays de cette région, l'Iran et le Qatar représentent à eux seuls 70% des réserves de la région. Mais l'Iran, le Qatar, l'Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis représentent ensemble 90% des réserves de gaz naturel de la région. Ces considérations chiffrées font apparaître la place singulière et de forte intensité géostratégique de l'Iran, les autres pays gaziers du Moyen-Orient sont déjà sous contrôle américain et occidental. Un chiffre aiguise encore plus cette singularité de l'Iran, placée dans l'échiquier eurasien : le Moyen-Orient, la Russie et certains pays d'Europe et d'Eurasie font ensemble 76% des réserves mondiales prouvées de gaz naturel. Or, les USA et l'Europe des 25 consomment près de 40% du gaz naturel mondial et leur demande va en croissant. L'Iran est une aire géographique d'une très grande sensibilité géopolitique. Elle a des frontières par terre et par mer avec 15 pays, dont l'Azerbaïdjan, le Turkménistan et le Kazakhstan qui sont riches en hydrocarbures et actuellement autant tournés vers la Russie que vers l'Europe. Toutes ces considérations, et sans qu'il soit nécessaire dans le cadre de cette contribution d'exposer d'autres facteurs et d'autres éléments d'analyse, montrent l'importance de l'enjeu iranien et des jeux stratégiques dans lesquels ce pays est engagé depuis la révolution islamique de Khomeyni de février 1979 sur les plans : de la construction d'un Etat, action hybride à la fois théocratique, autoritaire et puissant de certains apports de la modernité, du contrôle de ses richesses naturelles, notamment les hydrocarbures et la construction d'une économie puissante inspirée du modèle chinois, du développement de l'industrie nucléaire en rentrant dans une confrontation complexe et dangereuse avec les USA et l'Europe, sans compter les voisins immédiats du Golfe persique, de la propagation et de l'organisation politique et souvent paramilitaire de l'islamisme chiite, de sa propension à s'affirmer comme puissance régionale. La normalisation de l'Iran, y compris par la force militaire et son insertion dans les plans américains de sécurisation et de stabilisation du Grand Moyen-Orient et de l'ensemble eurasien, est, aussi, avec la maîtrise sur le long terme des ressources énergétiques, l'un des mobiles géostratégiques de l'agression israélienne contre le Liban. Nous examinerons dans d'autres contributions d'autres mobiles géostratégiques aussi importants et peut-être décisifs pour la suprématie de la superpuissance américaine : la restructuration et le redéploiement globalisé du complexe militaro-industriel, les réajustements des rapports de forces multidimensionnels USA-Europe, etc. Les causes immédiates et les mobiles géostratégiques que nous avons tenté d'examiner se conditionnent. Elles soulignent la gravité de cette crise majeure initiée par Israël impulsé par les USA et soutenu délibérément par certaines puissances occidentales, notamment la Grande-Bretagne de quelques enseignements pour nous. Le caractère et le déroulement de l'intervention israélienne au Liban, les réactions militaires et politiques qu'ils ont provoquées et leurs prolongements actuels dégagent un certain nombre d'enseignements qui méritent d'être traités avec le maximum d'objectivité, de rigueur et de réalisme. Il s'agit entre autres de l'affaiblissement chronique et de l'instabilité dangereuse du monde arabe dans un monde en pleine restructuration géostratégique. Les Etats arabes et leurs organisations multilatérales, notamment la prétendue « Ligue arabe », ont manifesté, en juillet dernier, une incapacité déroutante à développer les réactions et les solidarités qui s'imposent face à l'insolence et à la barbarie impérialo-sionistes et face aux injustices faites à un pays « frère » le Liban, à peine sorti des décombres d'une guerre civile, attisée par l'agression israélienne de 1982 et nourrie par les jeux d'intérêts sordides des grandes puissances occidentales et de régimes et oligarchies arabes enfoncés dans leur meurtrière stagnation et poussant à leurs limites historiques. Bien au contraire, certains régimes comme l'Egypte, l'Arabie Saoudite ou la Jordanie et d'autres, craignant d'être balayés par les vents forts qui soufflent de toute part, ont cru bénéfique pour eux de se ranger, par un silence et une inactivité volontaires, du côté du plus puissant, de rentrer dans ses jeux en condamnant sans discernement le Hezbollah et en essayant de faire céder les Palestiniens encore plus face aux intransigeances israéliennes. Ils ont muselé la colère de leurs peuples. La région du monde arabe est tellement malade que les puissances occidentales en particulier la Grande-Bretagne et la France essaient dans le sillage des USA de la restructurer à leur guise, comme elles avaient dépecé, jadis, après la Première Guerre mondiale, l'empire ottoman. La similitude des démarches d'hier et d'aujourd'hui est des plus frappantes. Ce sont en fait des accords USA-Grande-Bretagne d'abord, puis USA-France qui ont tracé la voie qui a mené au cessez-le-feu et mettre en route les solutions pour l'avenir proche et lointain. Quelles sont donc les causes profondes de nos reculs, de nos défaites, de nos incapacités chroniques à peser avec efficience, c'est-à-dire dans le sens des intérêts de long terme de nos peuples, dans la détermination des rapports des forces internationaux et dans les évolutions politiques, économiques, sociales et culturelles qui y sont liées dans la consolidation et un développement fructueux de la paix et de la stabilité régionales et internationales ? Devons-nous nous contenter aujourd'hui où l'accélération de l'histoire connaît des rythmes affolants, de discours à caractère populiste dont la couverture nationaliste avait pourtant, dans les années 1950 et 1960 du siècle dernier, su et pu nous mobiliser largement et avec succès contre le colonialisme et pour nos indépendances nationales ? Les Etats nations arabes ont connu , tout au long du XXe siècle, des évolutions diverses. Celles-ci ont été marquées principalement par l'émergence et le développement de deux grands mouvements historiques, le nationalisme arabe et le réformisme musulman. La naissance et le développement de ces deux mouvements étaient une réaction massive aux affres et à l'humiliation du joug colonial, une réaction organisée, fondée sur les facteurs unificateurs de nos nations et impulsant les évolutions de nos identités, facteurs plongeant leurs racines dans notre histoire déjà plusieurs fois millénaire avant l'avènement de l'ère chrétienne. Le nationalisme arabe visait à inscrire les sociétés arabes à majorité musulmanes dans des processus de libération nationale, d'édification d'Etats nations modernes se nourrissant sans cesse du progrès universel et de la modernité au développement, desquels ils apportent leurs contributions, tout en préservant et adaptant les fondements de leurs identités culturelles et nationales. Aujourd'hui, le nationalisme arabe est fortement interpellé. Il doit opérer les mutations indispensables pour s'élever, dans chaque pays, au niveau d'un puissant mouvement patriotique démocratique et pluraliste et de progrès reconnaissant les impératifs et les défis du temps sur les plans politique, économique, social et culturel. Sinon le monde arabe sera livré totalement aux appétits des féroces forces du néo-libéralisme et du capital financier international foncièrement spéculatif et destructeur des bases économiques réellement productives et de fonction fondamentalement sociale. Ceux-ci n'ont d'yeux que pour les richesses naturelles. La problématique de la nécessité du renouveau patriotique arabe est fortement posée. C'est là l'un des enseignements majeurs que nous retenons : la problématique de l'islamisme politique et de l'Islam. Nous avons tenté de montrer que l'un des mobiles stratégiques de l'agression impérialo-sioniste contre le Liban était ce que nous avons appelé « le spectre de l'islamisme et la problématique de l'Islam ». Depuis le début des années 1970, nous assistons, dans les pays arabes et islamiques, sous l'action de plusieurs facteurs, à une émergence devenant de plus en plus virulente et destructrice du phénomène de l'islamisme politique. Nous en avons subi la terrible terreur particulièrement au cours de la décennie 1990. Notre société en a durement payé le prix, mais il reste qu'une analyse profonde et intégrée, idéologique, économique, sociale, culturelle sociologique, etc. de l'islamisme politique et de son action doit être faite. Nous devons reconnaître les motivations objectives réellement politiques et sociales qui nourrissent l'instrumentalisation idéologique et politique de l'Islam. Les différenciations et les convergences patriotiques et de progrès doivent se faire à ce niveau. Nous ne devons pas laisser la compréhension sur l'exégèse de la religion à des ignorants s'autoproclamant imams ou émirs. Nous devons favoriser, par tous les canaux possibles et avec les moyens nécessaires, l'éclosion d'une véritable nahda, à l'exemple du mouvement réformiste avec Djamal El Afghani, Abdou, Rachid Rida, ou Ben Badis fortifiant l'ijtihad et l'utilisation de tous les acquis de la science et réfléchissant sur la problématique de l'Islam dans nos sociétés aspirant au progrès et à la modernité. Poser la problématique de l'Islam ne peut signifier réduire la croyance religieuse, qui elle est individuelle et intime. Cela signifie, bien au contraire, la recherche du renforcement de la rigueur, et de la profondeur de la compréhension des préceptes de la religion musulmane et de la culture arabo-islamique en liaison avec les conditions objectives dans lesquelles nous vivons. Poser une telle problématique et en faire un sujet de recherche multidisciplinaire, de débats larges, féconds et constructifs débouchant sur des pratiques qui ouvrent notre société sur elle-même au lieu de la laisser s'enfermer sur elle-même, qui multiplient ses énergies, ses connaissances et son savoir, ses capacités créatives capables de transmissions positives de génération en génération, acquiert une valeur stratégique dans ses temps où un amalgame dangereux et pitoyable est fait par les puissants de ce monde entre islamisme politique, terrorisme et Islam. Ne les laissons pas lancer une nouvelle croisade contre l'Islam au nom des valeurs judéo-chrétiennes, comme disent certains de leurs idéologues de première ligne. Alors que ces valeurs que sont la liberté, la démocratie, les droits de l'homme, le droit international sont des valeurs universelles pourvu que les acceptions des concepts qui les expriment soient clairement définies et adoptées par chacun et par tous, ce qui est chose relevant de la complexité, puisque s'agissant avant tout de processus sociaux, poltiques et culturels. La refondation démocratique de l'Etat et du système de pouvoir, les mobiles géostratégiques qui motivent l'agressivité des USA, d'Israël et des puissances occidentales dans le Moyen-Orient soulignent sérieusement notre vulnérabilité. Nous vivons dans des temps qui ne pardonnent pas, du point de vue historique. Ou bien nous montrons que nous sommes capables d'intelligence de production de savoir, de technologies et de techniques, de culture en adaptant sans cesse et sur la base de la liberté, d'un fonctionnement effectivement démocratique de nos institutions, notre génie national aux exigences politiques, économiques, sociales, culturelles que mettent en relief les évolutions complexes tant nationales que mondiales. Ou bien, nous continuerons à gérer notre crise et nous nous dirigerons vers une situation où les puissances étrangères essaieront, comme elles tentent de le faire ailleurs, certes sans succès, de nous « démocratiser » au service de leurs intérêts géostratégiques. Nous avons déjà accumulé des retards énormes, pour surtout des raisons liées à la force de l'inertie qui donne l'impression du mouvement et de l'action. Cette force est celle d'un système de pouvoir et d'Etat qui ont atteint, en rapport avec des dynamiques nationales et internationales, leurs limites historiques. Dire cela, ce n'est pas rejeter tout ce qui a été édifié de positif et de durable par cet Etat et par ce système de pouvoir. En le disant, nous voulons faire observer que notre société a évolué. Elle s'est démographiquement développée. lle est fortement jeune. Sa structure sociale s'affirme de plus en plus en prenant les caractéristiques d'une société poussant vers la modernité mais en rencontrant la résistance des forces d'inertie. Elle dispose d'un système scolaire, universitaire et de formation professionnelle étendu qui a besoin d'un sursaut qualitatif que seul un fonctionnement démocratique de l'Etat et de ses institutions peut lui apporter. Refonder l'Etat républicain, c'est le reconstruire sur la base des valeurs nouvelles de la liberté, de la démocratie, du progrès, de la justice sociale, de la solidarité et de la modernité qui assurent à notre jeunesse (qui fait notre peuple) et aux générations futures de porter notre nation, par le travail et le savoir vers un avenir toujours plus radieux. Refonder l'Etat républicain, c'est légitimer démocratiquement, à tous les niveaux, la représentation populaire, c'est exprimer une volonté organisée de combattre l'archaïsme et l'utilisation de la religion de notre peuple à des fins politiques, c'est donc prendre la mesure des enjeux de notre époque, et surtout de ceux qui attendent les générations futures. Refonder démocratiquement l'Etat et le système de pouvoir, c'est la plus décisive des ripostes à l'agression israélienne et des puissances occidentales contre le Liban et le peuple palestinien, c'est le plus fondamental des exemples pour construire le mouvement patriotique dont nous avons besoin à l'échelle nationale et à l'échelle du monde arabe.

 

Par Mahi Ahmed

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Aux visiteurs du blog

Publié le par Mahi Ahmed

Je vous remercie pour l'intérêt que vous portez au blog. Je voudrais m'excuser auprès de vous de ne pas l'avoir alimenter de nouvelles contributions et articles répondant aux rubriques du blog depuis deux semaines .Des processus importants liés à la crise économique et politique mondiale s'aiguisent et méritent informations plus amples et analyses approfondis. On parle déjà de la guerre monétaire. L'OTAN débat avec intensité sa nouvelle stratégie orientée vers la mise en place d'un système hégemonique et coercitif peut-être bipolaire( USA Europe). Le mouvement social  prend de l'ampleur et montre une qualité nouvelles dans les formes d'actions, dans les objectifs de luttes et dans sa structure sociale et politique.etc.D'autres problèmes méritent une attention plus soutenue comme la question du Moyen-Orient et la question palestinienne, la signification géopolitique et géostratégique des turbulences que l'on observe autour du Sahel.

Il y a surtout les évolutions en cours en Algérie.

Je compte reprendre avec le blog dans quelques jours.

Merci

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Le banquier qui «fait le travail de Dieu»

Publié le par Mahi Ahmed

Le banquier qui «fait le travail de Dieu»
Par Ammar Belhimer

 

La crise financière du capitalisme de l’automne 2008 a accentué un peu plus les tendances monopolistiques du système. De nos jours, le nouvel état-major de l’impérialisme mondial est réduit à quelques caïds comme Goldman Sachs, JP Morgan, Barclays, Crédit Suisse et Deutsche Bank. Tous les autres établissements financiers survivants du ressac sont passés dans le second cercle.
Le nouvel oligopole nourri par les recapitalisations publiques — opérées au prix d’un alourdissement des dettes des Etats —, la liquidation de centaines de grosses banques concurrentes, la mise en faillite de larges secteurs industriels et la ruine de nombreux autres spéculateurs et gros épargnants, un tel oligopole est le produit le plus élaboré de l’abolition du Glass-Steagall Act(*) en 1999 et de la déréglementation totale des places financières qui l’a précédé depuis le milieu des années 1980. Si Goldman Sachs est le grand gagnant de la crise, c’est parce qu’il a réussi à tisser une toile d’araignée «qui unit le cœur de la haute banque d’affaires aux décideurs de Washington, Paris, Bruxelles ou Pékin. Ou de Londres, le centre de cette nébuleuse qu’est la City». Marc Roche, journaliste financier français du quotidien Le Monde, en poste successivement à New York, Bruxelles, Washington et Londres, vient de consigner ses connaissances approfondies du milieu dans un bel ouvrage LA banque : comment Goldman Sachs dirige le monde(**). Lloyd Blankfein, le P-dg de Goldman Sachs, qui règne sur la finance mondiale dans le plus grand secret, a raison de dire : «Je ne suis qu’un banquier qui fait le travail de Dieu». Jugez-en par vous-mêmes ! «Goldman est partout : la faillite de la banque Lehman Brothers, la crise grecque, la chute de l’euro, la résistance de la finance à toute régulation, le financement des déficits et même la marée noire du golfe du Mexique», nous dit Marc Roche. On pourrait ajouter aussi : la famine en Afrique, les sauterelles au Sahel et le terrorisme dans le monde arabo-islamique ! On verra plus loin pourquoi. Banque d’affaires, Goldman est sur tous les fronts avec un appétit insatiable : la vente de titres obligataires émis par les multinationales, la maîtrise des privatisations comme des fusions-acquisitions, la gestion d’actifs, le marché des actions, la banque-conseil, le trading d’obligations et de matières premières, etc. Goldman Sachs — le saint des saints de la finance internationale – est sur tous les fronts. En 1999, il est aux côtés du gouvernement grec qui le rémunère grassement en qualité de banque d’affaires chargée d’«optimiser la gestion» de ses comptes – de fait maquiller ses bilans et dissimuler l’ampleur de ses déficits — afin de pouvoir adhérer à la monnaie unique (l’euro) conformément aux critères édictés par le Traité de Maastricht (dette inférieure à 60 % du PIB et déficit budgétaire sous les 3 %). Dans l’affaire, c’en est vraiment une, Goldman Sachs aura servi de «passeur» à un passager clandestin de l’union monétaire européenne. La traversée a emprunté un moyen de transport que les radars de la surveillance financière européenne ont mis du temps à déceler. En effet, Goldman Sachs a pu faire arriver le voyageur à bon port en mettant au point un système de couverture de risque appelé Credit Default Swaps (CDS), qu’on peut définir comme des contrats d’assurance sur une dette garantissant au créancier qu’il sera remboursé même si son débiteur se défausse : «Ils offrent donc aux investisseurs la possibilité de limiter les risques associés à des obligations, qu’elles soient émises par des Etats ou des entreprises. Autre avantage : le marché de gré à gré de cet instrument financier est fabuleux». Traduisez par «fabuleux» : se prête à la spéculation la plus effrénée, hors de toute publicité, à l’abri des regards, loin des places boursières et de leurs règles contraignantes. Comme le relève Marc Roche, «étonnante absence d’image publique quand on sait que, par ses interventions tous azimuts (spéculation, OPA, hedge funds, capital-investissement…), la maison pèse indirectement sur le circuit économique des produits de consommation et modèle l’existence de chacun.» Ainsi donc, Goldman Sachs aura perçu une double rémunération : comme banquier-conseil d’Athènes et en spéculant sur la dette de ce pays, avant de le faire contre l’euro. Marc Roche revient avec force détails sur un autre épisode marquant de l’actualité financière : l’OPA de Mittal Steel sur Arcelor en 2006, une bataille qui s’est soldée par «une victoire écrasante des marchés et une défaite humiliante des politiques», notamment français. L’OPA menée d’une main de maître par Goldman aura été une guerre sans concession et une victoire complète du sidérurgiste indien contre la vieille Europe industrielle. Plus près de nous, la crise des subprimes, ou crédits hypothécaires, révèle une autre face diabolique de la banque. En 2005, en pleine euphorie boursière, elle met au point un produit financier basé sur un portefeuille de créances comprenant essentiellement des subprimes, donc des crédits hypothécaires à risque. Ces collateralized debt obligations (CDO) sont frappés d’un nom de code latin : Abacus. Un an plus tard, en décembre 2006, la banque décide de se délester progressivement de ses avoirs en crédits immobiliers, provoquant quasi instantanément la faillite d’une petite caisse hypothécaire américaine (Ownit Mortgage). Cela met du même coup la puce à l’oreille de Goldman pour la suite des événements : elle se débarrasse aussitôt de ses subprimes toxiques – alors qu’au même moment Abacus, l’habile montage de son ingénierie financière, prospère : ses concurrents Bear Stearns, Lehman, Merrill Lynch, Citigroup ou AIG accumulent des portefeuilles toxiques de l’ordre de centaines de milliards de dollars. Moralité de la chose : à quel titre un banquier refuserait-il de vendre à ses clients ce qu’ils réclament comme produit financier ? Lorsque les concurrents faillis découvrent le subterfuge, il est déjà trop tard et la plupart d’entre eux sont soit déjà enterrés soit trop honteux à reconnaître avoir été aussi dupes. La banque allemande IKB, par exemple, compte entreprendre une procédure en réparation à la suite d’une perte colossale enregistrée après ses achats d’Abacus ! Pour Marc Roche, «ces baroudeurs qui sont de tous les coups tordus, se considèrent comme des corsaires, pas des pirates. Dans les faits, c’est l’inverse. D’un côté, au service de son client, Goldman Sachs affrète le navire, remplit ses soutes, engage l’équipage, finance le voyage. De l’autre, en pleine mer, ses propres flibustiers attaquent le même bâtiment, le pillent, le coulent». A ce genre de reproches, relayés par le sénateur américain Levin, le 27 avril 2010 – lors des fameux hearings sur la crise - le patron de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein, réplique avec un sang froid extraordinaire. Le sénateur Lévin : - Votre employé lui-même (il parle de son adjoint, le Français Fabrice Tourre – ndlr) dit que ce procédé est merdique. Vous les vendez à vos clients sans les en informer, puis vous misez contre. N’y a-t-il pas là conflit d’intérêts ? Lloyd Blankfein : - Dans le contexte des marchés, il n’y a pas de conflit. Chacun choisit le risque qu’il prend. L’arrogance de Goldman Sachs se comprend : elle sait sur qui compter pour avoir méthodiquement placé ses hommes aux postes-clés des gouvernements. Il place A Washington, le secrétaire au Trésor de George W. Bush, Hank Paulson, qui était l'ancien Pdg de Goldman alors qu’aujourd’hui ses anciens dirigeants entourent Tim Geithner… le secrétaire au Trésor d'Obama. L'Europe n'échappe pas à ses filets : sont passés par elle certains anciens commissaires européens (Mario Monti, Peter Sutherland), un ancien de la Bundesbank (Otmar Issing) et Mario Draghi, actuel gouverneur de la Banque centrale italienne et patron du Conseil de stabilité financière chargé de – tenez-vous bien ! — coordonner les efforts mondiaux de régulation. Le monde est entre de bonnes mains.
A. B.
(*) Héritée des années 1930, cette législation opérait une séparation hermétique entre les banques commerciales ordinaires et les établissements d’investissement (selon la terminologie anglosaxonne) ou banques d’affaires (selon l’expression européenne).
(**) Marc Roche, LA banque : comment Goldman Sachs dirige le monde, Aldin Michel, Paris 2010, 310 pages.

 Source: Le Soir d'Algérie du 12.10.10

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Quand les conflits de langues investissent le théâtre

Publié le par Mahi Ahmed

 

Par Ahmed Cheniki
Le problème linguistique toujours constitué l’un des points essentiels du débat sur la représentation théâtrale en Algérie. Quel est l’auteur algérien qui ne connut/connaît pas ce problème. Ni Bachetarzi, ni Ksentini, Alloula, ni Kateb Yacine, pour ne citer que ces auteurs, ne purent s’en sortir sérieusement de ces questionnements ininterrompus sur la langue à utiliser dans leurs textes. Quelle langue faut-il choisir L’arabe littéraire, l’arabe parlé, le tamazight ou le français. Le choix n’est décidément pas facile. Le débat reste toujours d’actualité.
Les auteurs, les journalistes, les chercheurs et les comédiens évoquent, en permanence, cette question qui reste toujours posée dans tous les pays arabes et africains. Opter pour l’une ou l’autre langue, c’est s’exposer aux foudres de l’une ou de l’autre tendance. La polémique est parfois sous-tendue par des relents idéologiques. Les tenants de l’arabisme ne pouvaient/peuvent admettre l’adoption d’une langue autre que la langue «littéraire». Pour eux, les idiomes populaires sont incapables d’exprimer l’être, la nation. La langue arabe, sacralisée et figée, pouvait/ peut, selon ces lettrés, traduire les pensées et les destinées des grands personnages tragiques. Le discours de ce courant se voit, ces derniers temps, s’imposer sur scène culturelle officielle, mais ne semble pas encore fort pour investir durablement sphère théâtrale. Le choix de ces dernières années ne correspond nullement à des considérations esthétiques (d’ailleurs, les pièces sont pauvres), mais s’assimile plutôt un excès de zèle de quelques troupes voulant avoir les faveurs de certains décideurs. Un réformateur algérien très connu parle ainsi de l’usage fait à la langue arabe par l’élite conservatrice. Les adeptes des idiomes populaires (surtout l’arabe «algérien») pensent que l’arabe «classique» exclurait du théâtre le large public et altérerait considérablement la communication. Faut-il faire du théâtre pour une élite dont une partie n’a que mépris pour les valeurs populaires véhiculées par l’art dramatique ? Le choix est tout à fait clair et simple : il ne s’agit nullement d’une entourloupe idéologique mais d’une décision née de la relation qu’entretiennent les hommes de théâtre avec leur public. Il n’est pas question d’évacuer du champ de la représentation théâtrale les couches populaires qui, dans leur grande majorité, ne maîtrisent pas langue «classique». Il ne faut pas perdre de vue que le théâtre en Algérie est le fait d’hommes issus du «peuple». Rachid Ksentini, Allalou, Touri sont d’origine populaire. Comment pouvaient-ils se permettre d’exclure de leur espace de représentation les gens auxquels ils s’adressaient ? Entre «peuple» et l’élite cultivée, ils avaient choisi le «peuple». C’est le récepteur qui détermine la langue à employer. Ce n’est ni un décret gouvernemental, ni d’obscurs principes qui imposeraient l’accessoire au détriment de l’essentiel, la communication avec les différents publics. Ces derniers temps, le kabyle commence à s’imposer en Kabylie où des pièces sont montées dans cette langue. Ainsi, des festivals de théâtre amazigh sont régulièrement organisés à Tizi-Ouzou et Béjaïa. Le débat marque le territoire culturel. La question des langues traverse tout le champ théâtral. Depuis les premiers balbutiements du théâtre en Algérie, le choix linguistique pose problème. C’est avec Djeha de Allalou que l’option pour l’arabe «dialectal» (il y a un flou définitoire pour la notion de «dialecte») fut affirmée avec force. Mais ce choix ne pouvait qu’être discuté et contesté par l’élite intellectuelle de langue arabe de l’époque qui a décidé de bouder définitivement le théâtre. Il existait encore dans les années dix-vingt quelques troupes qui jouaient leurs textes en arabe littéraire. Les associations culturelles et religieuses de Blida et de Médéa ont mis en scène des textes en arabe classique Feth el Andalous, Mac Bethde Shakespeare, Le meurtre de Hussein, fils de Ali, Salah Eddine el Ayyoubi, Jacob le juif, etc. Le public qui fréquentait ce théâtre était essentiellement constitué de lettrés. Les gens du peuple y étaient exclus. Cette exclusion d’ordre linguistique correspondait à une certaine stratification de la société. En 1926, Allalou monte Djeha, l’histoire d’un personnage populaire. Ce fut la première pièce en arabe dialectal et une grande révélation. Pour la première fois, le public retrouvait son vécu et s’identifiait à des personnages incarnés par des comédiens algériens qui lui parlaient de son quotidien. A partir de cette année, les auteurs s’étaient mis à jouer leurs textes en arabe populaire. Abdelkader Djeghloul écrit ceci à propos de la langue utilisée par Allalou : «Avec Djeha, la culture cesse d’être un acte normatif pour devenir spectacle. Au sérieux d’une éloquence mal à l’aise dans son habit occidental ou machrékien, il substitue le rire. Jeu des acteurs mais aussi jeu de mots. Langue remise au travail, disant à nouveau le réel vécu à partir de la mise en œuvre de plusieurs niveaux de langue. Langue populaire, certes, mais non pas langue vulgaire, dans laquelle s’expriment les valets, mais aussi les rois.» Les pièces de Allalou, écrites en arabe dialectal, empruntaient au peuple sa langue, ses jeux de mots, ses tournures syntaxiques et sa poésie. Les Algérois se retrouvaient enfin dans des œuvres dramatiques et s’identifiaient à des personnages puisés dans l’imaginaire populaire. Les jeux de mots participaient de la parodie des situations et des récits mythiques : Haroun er-Rachid devint Qaroun (le corrompu), son porte-glaive Masrour se fit appeler Masrou’ (l’abruti), un savetier prit le nom du héros légendaire, Antar, etc. Allalou subvertissait les mythes arabes, les détournait de leur sens initial pour leur substituer une signification particulière, remettant ainsi en question une certaine lecture du passé, rompant tout simplement avec un héroïsme guerrier qui marque le parcours officiel. L’élite de l’époque, trop nourrie de mythes passéistes, s’attaquait violemment au théâtre de Allalou considéré comme vulgaire et indigne de la littérature. Seule, selon les lettrés de l’époque, la langue littéraire était capable de véhiculer le discours des grands personnages tragiques. Ils oubliaient vite que les premières tentatives en arabe classique avaient lamentablement échoué, faute de public. Ali Chérif Tahar a écrit trois pièces sur l’alcoolisme, Ach chifa ba’d et âna ( La guérison après l’épreuve), Khadi’at el gharam (La duperie des passions) et Badi El Mouslih ( Le réformateur) et Fi Sabil el watan (Au service de la patrie) ont été jouées en 1921-1922. La langue utilisée dans ces textes était inaccessible au grand public qui a boudé ces représentations qui, d’ailleurs, développaient des thèses sociales et philosophiques que les spectateurs avaient de la peine à comprendre, en l’absence d’une sérieuse connaissance de l’arabe classique. Le public populaire entretenait une relation d’étrangeté avec les textes se réduisant à de simples lectures déclamatoires. Avec Allalou, Ksentini et Bachetarzi, le théâtre choisit la langue du quotidien. De temps à autre, une pièce en arabe classique était réalisée dans quelque ville d’Algérie. Mais le public avait tout simplement opté pour la langue dialectale. Ainsi s’exprimait Allalou dans ses mémoires : «Il est incontestable que l’arabe parlé dont nous usions a rendu le théâtre accessible au grand public. Cette langue appelée à tort “vulgaire” était à l’époque une langue usuelle purement arabe. Pour l’essentiel, elle n’était différente de la langue classique que par le non-respect de la syntaxe et de la morphologie. C’était une langue populaire par excellence et nos poètes s’en sont toujours servi pour toucher le peuple. On peut citer, pour preuve, les innombrables poèmes et les chansons élaborés depuis des siècles concurremment à la littérature en arabe classique. (…) C’est un fait indubitable, l’arabe usuel que nous avons utilisé dans nos pièces a contribué à intéresser le public algérien au théâtre. Le spectateur comprenait les dialogues, y trouvait du plaisir ainsi qu’un délassement contrairement à certaines pièces ardues en arabe classique qu’on ne comprend qu’avec peine.» Le théâtre rencontrait ainsi son public. Les gens comprenaient enfin ce qui se disait sur scène. C’étaient leurs mots, leurs proverbes et leur langue qu’ils retrouvaient dans la bouche des comédiens. Déjà en 1932, Mahieddine Bachetarzi disait ceci dans le journal Oran Matin 2: «Voyez-vous, nous ne sommes pas arrivés à résoudre d’une façon définitive une question pourtant essentielle et qui continue à nous embarrasser considérablement. C’est la suivante : comment devons-nous écrire nos pièces ? En arabe littéraire ou en arabe parlé ? Quelques premiers essais en arabe littéraire n’ont été compris que par quelques lettrés en arabe. La grande foule s’en est éloignée. Nous avons tenté des essais en arabe parlé qui ont obtenu des succès d’affluence certains, mais ce sont là des succès un peu faciles qui ne nous ont nullement satisfaits. Des applaudissements venant d’un public plus cultivé, plus compréhensif, nous auraient flattés davantage et mieux encouragés à persévérer. Or, l’élite arabe et arabisante nous a, au contraire, adressé des reproches : pourquoi, nous a-t-on dit, descendez-vous au niveau de la foule ignorante, alors que vous devriez l’élever vers vous, affiner son goût, lui insuffler l’amour de l’arabe littéraire qui se meurt ?». Bachetarzi et Allalou ont une conception différente de la langue parlée. Le premier, de souche bourgeoise, la considère comme une «langue vulgaire», tandis que le second parle de «langue du peuple» (il répond Bachetarzi en employant le groupe de mots «à tort» placé devant «langue vulgaire»). Mahieddine Bachetarzi distingue donc deux langues : l’arabe «classique» et l’arabe «vulgaire ». L’«arabe vulgaire» serait la langue parlée par le «peuple», apte uniquement prendre des situations primaires et primitives, pauvres alors que l’arabe littéraire se verrait marquer positivement «noble» et «supérieur». Seules les pièces jouées en arabe dialectal réussissent à drainer le large public qui retrouve ainsi sa langue.
Les adeptes des idiomes populaires (surtout l’arabe «algérien») pensent que l’arabe «classique» exclurait du théâtre le large public et altérerait considérablement la communication.
C’est pour cette raison essentielle que les auteurs algériens ont choisi d’écrire dans la langue populaire. L’exemple des pièces de Allalou, de Ksentini et de Touri confirme cette thèse. Alloula, Kaki, Kateb Yacine, Fetmouche, Dehimi et Bénaïssa démontrent qu’on peut écrire de grandes œuvres artistiques en arabe dialectal. La question ne se pose pas en termes de langue(s) mais dans la maîtrise des techniques de la scène. Souvent, ce sont des gens qui n'exercent pas dans les métiers du théâtre qui sortent leur étendard de défenseurs de la «pureté» linguistique. Cette manière de réduire l'art théâtral à l'outil linguistique provoque de sérieux malentendus. Le langage théâtral ne se limite pas uniquement à la langue mais embrasse toute une série de médiateurs sans lesquels il n’y aurait pas de représentation. Aujourd’hui, après l’indépendance, la question linguistique est toujours à l’ordre du jour. Le choix de l'arabe dialectal a déterminé pendant la colonisation l'adoption des genres comiques : le vaudeville, la farce et la comédie. Il était inconcevable de mettre en scène des personnages ou des pièces classiques ou tragiques. Les personnages tragiques s’expriment exclusivement dans la langue littéraire. L’expérience de Rachid Ksentini, El ahd el Ouafi(Le serment fidèle), une tragédie en trois actes, fut un retentissant échec. Toutes les pièces tragiques furent jouées en arabe classique. L’Association des Oulema a encouragé les auteurs qui mettaient en situation des personnages historiques et des événements du passé glorifiant l’Islam, les «combattants de la foi» et de la «nation» arabe. Le théâtre de langue classique entrait dans le cadre de leur programme de scolarisation et d'enseignement de la langue arabe. Des pièces comme Othello et Mac Beth de Shakespeare, Antigone de Sophocle furent interprétées par des élèves de Médersa (écoles) dirigées par les Ouléma. La méfiance des «élites arabisées» à l'égard de la langue dialectale n’a pas disparu. Bien au contraire, elle s'exprimait bruyamment dès qu'une pièce historique est montée à Alger, Oran ou Constantine. Cette querelle d'ordre linguistique - également idéologique - rebondissait souvent dans les mêmes termes. La même polémique évoquait la question de l'esthétique au théâtre. Ni Rachid Ksentini, ni Allalou, encore moins Bachetarzi et Touri ne pouvaient apporter une dimension esthétique à cette langue populaire utilisée par des hommes considérés, à juste raison, comme les pionniers et les promoteurs de l’art scénique en Algérie. Leur champ lexical était souvent très limité. Les auteurs ayant une formation rudimentaire ne pouvaient se permettre d'entreprendre un quelconque travail sur la langue. Durant les premières années de l’indépendance, les responsables du théâtre en Algérie voulaient faire «un théâtre populaire» ouvert aux larges masses et à l'écoute des pulsations de la société. Pour ce faire, les auteurs écrivaient leurs pièces en arabe populaire. Quelques pièces seulement furent écrites en arabe littéraire et en français. L’exception ne faisait nullement la règle. Mais cela ne veut nullement dire que le débat sur le choix linguistique était clos. De temps à autre, des universitaires «arabisants» s’attaquent à l'usage de l'arabe dialectal dans le théâtre et suggèrent l'emploi exclusif de la langue littéraire. Même un ministre de la Culture en exercice à l'époque s'était insurgé contre l’emploi de la langue populaire sans s'interroger sur les véritables causes de son adoption par les hommes de théâtre arabes. Les dramaturges du Machrek, dans leur majorité, écrivent leurs pièces en arabe populaire local. Certains arrivent même à rédiger deux textes, le premier pour la publication en arabe littéraire et le second dans la langue populaire pour la scène. Tewfik el Hakim cherchait une voie médiane ou tierce. Le phénomène ne se limite pas uniquement à l'Algérie mais s’étend à tous les pays arabes et africains. Les réalités diglossiques caractérisent le terrain linguistique. Les troupes algériennes n’utilisaient que dans de très rares occasions l’arabe littéraire. Ces dernières années, il y a un retour de l’arabe littéraire, avec l’exclusion du public, aujourd’hui tragiquement absent. Le français n'est plus actuellement à l'ordre jour. Certes, ces dernières années, vers la fin des années 1980 et le début des années 1990, des pièces furent traduites en français et jouées le plus souvent dans les centres culturels français (CCF). Ziani Chérif Ayad, Slimane Bénaïssa et des comédiens du TRA (Annaba) montèrent des spectacles en français en Algérie et en France pour les deux premiers, notamment dans les rencontres francophones de Limoges. Le tamazight ou le berbère (sa variante kabyle) s’impose de plus en plus en Kabylie, surtout depuis les événements de 1980 (revendication de la langue et de la culture berbères). L’auteur le plus connu est, bien entendu, Mohia, qui a eu l’intelligence d’adapter de grands auteurs (Molière, Brecht…) Nous pouvons déceler plusieurs variétés dialectales. Nous avons affaire à un espace linguistique hétérogène. Chaque auteur, chaque théâtre régional présente un idiome particulier. Les auteurs recourent à plusieurs niveaux de langue. Dans les pièces du théâtre d’amateurs, par exemple, chaque personnage emploie un langage particulier. L'intellectuel, le syndicaliste et l’homme politique «progressiste» utilisent une langue «intermédiaire» (???) pour reprendre le linguiste M. Belkaïd. Le paysan, dont l'espace de parole est réduit, utilise souvent une langue trop marquée par l'accent et de nombreux bégaiements, onomatopées et hésitations. Les femmes emploient une langue où se trouvent mélangés le français et l'arabe dialectal. Pour faire réaliste, plusieurs auteurs reprennent la langue «brute» de la rue sans la retravailler, l’investir d'oripeaux esthétiques ni la considérer comme un élément intégrant du travail théâtral. Cette confusion «langue de la rue»/langue du théâtre est à l'origine de la pauvreté de nombreuses œuvres dramatiques. L’usage du cliché et du stéréotype est abondant dans la grande partie des pièces produites par les troupes d'amateurs et quelques textes du théâtre professionnel. Zobra Siagh, dans une remarquable thèse de troisième cycle, arrive à cette conclusion à propos du théâtre d’amateurs, remarques que nous pouvons étendre à certaines pièces des théâtres d'État 1- «C'est un théâtre certes en arabe parlé, mais le statut qu'il réserve le plus souvent au tamazight - être un “accent” ou un support à chansonnettes - rend compte de son statut politique - un dialecte appelé à être effacé ou à la rigueur à survivre comme élément folklorique - plutôt que de sa situation réelle comme instrument de communication pour au moins 20 % de la population algérienne.» Si l'on excepte Alloula, Kaki, Kateb Yacine, Déhimi, Bénaïssa et Fetmouche, nous pouvons dire que les auteurs algériens emploient une langue manquant souvent de poésie et de force. Dans la plupart des cas, nous sommes en présence d’un mélange linguistique hétéroclite qui désarticule le jeu théâtral et piège la communication. Ce «brouillage», caractéristique essentielle de nombreuses productions, influe négativement sur le jeu et l'interprétation et fausse la relation entre scène et public(s).On a l'impression que certains auteurs procèdent en recourant à une sorte d'analogie peu opératoire entre le temps de la représentation et le temps réel ou de la «rue» et considèrent le théâtre comme une reproduction directe du vécu. D’où ce mélange quelque peu biaisé de l'arabe de la rue, c’est-à-dire non retravaillé, du français, de l’arabe classique et du berbère, dans certains cas. L’unique souci de nombreux auteurs de pièces est de respecter la vraisemblance et de faire œuvre «réaliste ». Le théâtre en Algérie est un théâtre bavard. La parole l'emporte sur le jeu. Nous sommes beaucoup plus en présence d'une mise en paroles que d'une mise en scène prenant en charge tous les attributs du spectacle. Les personnages, trop bavards, n'arrêtent pas de parler. Dans Lejouadet Legoual, deux expériences très originales, un ou deux personnages investissent la scène, la parole fait fonctionner le récit, lui permet d’être incisif et de retrouver sa cohérence. Alloula innove, produit une autre langue ancrée dans le réel mais également obéissant à la lettre aux besoins et aux nécessités de la communication théâtrale et aux exigences des instances temporelles et spatiales. La parole n’est plus l’esclave et l’otage du temps direct du vécu mais elle se trouve synthétisée et analysée, proposant un nouveau moule non dépourvu de poésie. Ici, le choix de la parole correspond à un désir conscient de l'auteur de réintroduire la voix(e) du gouwal (conteur) et de la halqa (cercle) et de remettre en selle une nouvelle relation avec le public. Chez Kaki, la poésie suggère l’image et lui apporte une indéniable dimension dramatique. L’héritage poétique des aèdes populaires, Ben M’saîb, Ben Brahim, Ben Khlouf ou Si Abderrahmane El Médjdoub, détermine cette manière de faire de cet auteur qui, d’ailleurs, emploie souvent le mot diwan (recueil de poésies lyriques) dans ses titres : Diwan el Garagouz, Diwan Essalhine ou Diwan Lemlah. L’option poétique est claire mais cela n'exclut nullement la présence en force dans les mises en scènes d’autres attributs formels qui donnent à l'image poétique une force et une puissance extraordinaires. Certes, la parole ou le mot structure la pièce mais ne limite nullement la manifestation d'autres éléments langagiers. Diwan Essalhine est un texte construit à partir de quelques poèmes de Abderrabmane El Mejdoub, un grand poète populaire maghrébin. Le discours des personnages correspond à la structure poétique des textes d'El Mejdoub. L’impact du théâtre grec et plus particulièrement d'Eschyle dans l'architecture dramatique des pièces de Kaki est très perceptible. Kateb Yacine fait également appel à la parole qui structure le récit et à l’aide de contes de Djeha, fait du verbe une dimension langagière importante de son spectacle. Le verbe fait éclater la scène et lui permet de mieux gérer le discours théâtral fondé sur la parole du conteur-comédien. Parole giratoire, lieux et enjeux de toutes les situations dramatiques, elle est faite de mélange de plusieurs niveaux de langues. Ce côtoiement linguistique apporte au texte une grande ouverture sur la société et une aptitude à jouer et à se jouer de nombreux registres. Slimane Bénaïssa crée une sorte de dynamique entre le mot et l'expression du comédien, une métamorphose s'opère et permet au récepteur d'apprécier la profondeur et les non-dits du discours. Images fortes et poésie populaire, tels sont les éléments- clés de la langue de cet auteur comme d'ailleurs, un jeune auteur de théâtre de Constantine, Mohamed Tayeb Déhimi qui, recourant à l’imagerie populaire et historique, inscrit sa langue dans une sorte de durée mythique. Omar Fetmouche synthétise dans la bouche des personnages des situations linguistiques et thématiques. Rouiched emprunte jeux de mots, dictons populaires et tournures syntaxiques originales et expressions à la culture de l’ordinaire, au quotidien. En Algérie, la parole est reine. Le gouwal raconte des histoires et narre des événements vécus. Le meddah fait appel essentiellement à la parole. Il faut aussi comprendre que le théâtre dans les pays arabes fut emprunté essentiellement à la France, pays où émergea ce «théâtre du verbe», expression chère à Artaud. L’une des critiques les plus sévères faites aux pièces de Corneille, de Racine et bien d'autres auteurs dramatiques français par Antonin Artaud (Le théâtre et son double) est cette propension à accorder une place prépondérante au verbe et au mot au détriment du jeu. C’est ainsi que les dramaturges algériens, marqués par le conte populaire, divers jeux dramatiques populaires et théâtre français, ont conçu leur manière de construire leurs textes, privilégiant la parole aux dépens du jeu physique et de l’image corporelle et gestuelle. Ecartelés entre nécessaire parole du conteur «traditionnel et les exigences du théâtre d’origine européenne, les auteurs dramatiques mettent en situation des personnages parfois bavards qui se jouent de leur propre verbe. Les jeux de mots, les proverbes et les dictons populaires peuplent l’univers dramatique algérien. Encore une fois, nous insistons sur l’hétérogénéité des niveaux et des systèmes linguistiques.
Durant les premières années de l’indépendance, les responsables du théâtre en Algérie voulaient faire «un théâtre populaire» ouvert aux larges masses et à l'écoute des pulsations de la société. Pour ce faire, les auteurs écrivaient leurs pièces en arabe populaire.
Slimane Bénaïssa emploie pas moins de quatre idiomes dans sa pièce, Babor Eghraq : l’arabe dialectal, l’arabe littéraire, le français et le berbère. Def el Goul wel Bendir du théâtre régional de Constantine (TRC) et R’jel Ya hlelef de Fetmouche font parler les personnages en plusieurs langues. L’arabe littéraire se transforme en un espace de nostalgie et de pérégrinations oniriques. Le français intervient pour interrompre le récit et provoquer un processus de distanciation. Ces dernières années, particulièrement la période des soixante-dix, apparut une forme d’écriture «collective». Quelques membres d’une troupe se constituent en noyau et se mettent à construire, après une enquête préliminaire, leur pièce. Mais souvent, cette écriture est effectivement prise en charge par le ou les animateurs de l’équipe. Il y a toujours une ou deux personnes qui dominent et orientent le groupe. Ce style particulier d'écriture propre au théâtre d’amateurs (certaines expériences de ce type furent tentées par les troupes régionales de Constantine et d’Oran) produit généralement un texte incohérent qui fait cohabiter de manière anachronique plusieurs niveaux de langues. D’où d'ailleurs la présence manifeste et obsédante de discours stéréotypés et de clichés désuets. El Meida et El Mentouj sont truffés de mots et de phrases tirés directement de la presse. L'objectif de ces pièces était d'expliquer les chartes de la Révolution agraire et de la gestion socialiste des entreprises. Ce souci didactique favorise l’emploi d’une langue stéréotypée, marquée du sceau du discours politique dominant. Dans la grande majorité des pièces algériennes, nous avons affaire à un discours monologique. Tous les personnages parlent d’une même voix et produisent des discours redondants et répétitifs. Il n’y a plus de dialogue possible, même s’il y a de nombreux personnages sur scène. C’est une suite de longs monologues. Le théâtre en Algérie use énormément de phrases passe-partout et de jeux de mots sans grande force. Ce qui est nouveau, c’est la réalisation de pièces jouées entièrement en kabyle et parfois en chaoui. La Décisionde Brecht fut traduite en kabyle et présentée au festival du théâtre d'amateurs de Mostaganem. Mohamed, prends ta valisede Kateb Yacine, Les piliers par Issoulas, Adhlas Bougdhoudh... furent directement montées en kabyle. Fin des années 1980-1990, une série de pièces est mise en scène en tamazight. Le théâtre de Béjaïa ne lésine pas sur les moyens pour marquer sa présence sur ce terrain. L'une des premières expériences fut tentée par le comédien Mohamed Fellag qui adapta une pièce de Mrozek. Le regretté Mohia en est le concepteur. Nous ne trouvons pas souvent dans la pratique théâtrale les langues utilisées dans l’espace social. Seul l’arabe dialectal et à un degré moindre le kabyle qui a fait une remarquable incursion, idiomes choisis pour faciliter la communication directe avec le public, sont le plus souvent employés dans les pièces algériennes. - L'arabe dialectal : cette langue est utilisée dans la grande partie des textes dramatiques depuis les années 1920. Le répertoire du théâtre en Algérie se caractérise par l'emploi de plusieurs variétés régionales. Le discours du paysan, souvent truffé de dictons populaires, de périphrases et de proverbes, est tout à fait différent du langage du technicien et du syndicaliste qui emploient une langue à cheval entre le classique et le dialectal. Dans certaines pièces, la quête de l’homologie «langue de tous les jours/langue du théâtre» constitue un élément essentiel de la théâtralité. Certains auteurs emploient un condensé de l'arabe littéraire et du dialectal, conservant souvent les structures syntaxiques de la langue classique. Les textes de Alloula, Kaki, Déhimi et bien d'autres intègrent parfois une langue poétique quelque peu travaillée et dépouillée. Le travail sur la langue reste déterminé par les effets et les scories de la diglossie et de l’expérience «réaliste». - L'arabe classique : très peu utilisé dans le théâtre en Algérie. Les premières pièces furent écrites en arabe classique. Le choix de l’arabe dialectal n’a pas empêché la réalisation ponctuelle de pièces en langue littéraire. D’ailleurs, des auteurs comme Bachetarzi, Allalou et Ksentini faisaient parler les personnages marqués socialement (élite de langue arabe ou hommes de religion) dans un arabe très proche du classique. Quelques pièces furent montées en arabe littéraire. Mohamed Laïd El Khalifa ou Tewfik el Madani, pour ne citer que ces deux auteurs, rédigèrent des textes, certes manquant souvent de force dramaturgique, pour la scène. Rédha Houhou proposa également quelques pièces. La plupart des textes écrits en arabe littéraire n'ont pas été mis en scène. Le problème essentiel reste la pauvreté de la construction dramaturgique de ces pièces beaucoup plus proches de la littérature que du théâtre. Abderrahmane Madoui, Aboul' Id Doudou et Abdellah Rékibi firent quelques tentatives plus ou moins heureuses. Trop peu de pièces ont été montées après l'indépendance. Mustapha Kateb a mis en scène Le cadavre encerclé et L'homme aux sandales de caoutchoucen arabe littéraire. - Le français : quelques pièces ont été jouées en français durant les premières années de l'indépendance. Actuellement, jouer un texte en français ne drainerait pas la grande foule. Certains autres auteurs comme Mohamed Kacimi, Slimane Benaïssa, Fatima Gallaire, Mehdi Charef, Arezki Metref et Aziz Chouaki et de nombreux autres auteurs font jouer leurs textes en français, en France. Mais la langue française intervient dans la grande partie des pièces algériennes. Des mots, des phrases parsèment les représentations. Ce sont surtout les personnages féminins qui s’expriment le plus souvent en français. Il est considéré comme un espace d’acculturation et d’aliénation. Le personnage s’exprimant en langue française est souvent marqué d’une charge négative. Ce phénomène s’expliquerait par des contingences sociologiques et historiques. La longue présence coloniale en Algérie a imposé l’usage du français dans de nombreuses situations de parole, surtout en milieu urbain. - Le tamazight : cette langue - ou plutôt, le kabyle, une de ses variantes - apparaissait dans quelques pièces sous forme de chansons ou de phrases entrecoupant des énoncés discursifs en arabe dialectal. Chez Kateb Yacine, le procédé est courant. Aujourd’hui, de nombreuses pièces sont jouées directement en kabyle, surtout depuis 1980. Les dramaturges insistent sur le fait qu'on ne peut dialoguer avec le large public qu'en parlant sa langue. Pour Kateb Yacine comme d'ailleurs pour Abdelkader Alloula, Ould Abderrahmane Kaki, Slimane Bénaïssa et Omar Fetmouche, le choix linguistique obéit naturellement au discours développé dans les pièces. Dans La Guerre de 2000 ans, Palestine trahieou Le Roi de l’Ouest, l’arabe populaire prend une autre dimension. La structure syntaxique normative ou conventionnelle est souvent subvertie, violentée. Ce n’est nullement l’arabe de la rue qu’on retrouve dans les pièces de Kateb, mais une nouvelle langue obéissant à la structure du travail dramatique. Les jeux de mots, les métaphores, les oxymores et différentes images poétiques investissent la représentation. La langue devient le lieu d’articulation de tous les éléments du langage théâtral. Abdelkader Alloula (surtout dans ses dernières productions) entreprenait un extraordinaire travail sur la langue, sa rythmique, sa prosodie, ses images et sa syntaxe. Simple, sans fioritures, rappelant parfois la parole des poètes populaires, la langue de Alloula, condensée et synthétisée, donne à voir un univers extrêmement ouvert remplissant ainsi les «trous» de la représentation et évitant les redites, les clichés et les stéréotypes. Alloula nous parlait ainsi de son expérience : «Je fais un travail sur le langage. Dans le discours théâtral, plusieurs éléments entrent en jeu. Ceux-ci obéissent à un agencement réalisé par un collectif. Mon travail sur la phrase est le résultat de l’écoute attentive de la formulation linguistique d’une situation donnée. J’interviens dans la musicalité et le rythme du mot. Je fais un travail d’artisan. Néruda que j’admire beaucoup parle, à ce propos, de mots qu’il cisaille, qu’il perce. Je ne suis pas du tout un spécialiste de la linguistique et je n’ai pas l’intention de le devenir. Je choisis des mots qui peuvent avoir un impact dans la mémoire et l’écoute du spectateur. Le verbe est considéré comme un élément-clé. Ce travail sur le mot ne s’arrête jamais. Nous tentons de nous rapprocher le plus possible des signes culturels du patrimoine. Lorsqu’on prête une oreille profonde aux parlers populaires, on se rend compte de l’existence de métaphores et d’images riches, extrêmement riches.» Slimane Benaïssa articule son travail sur et autour de la parole, une parole souveraine rythmant et structurant le récit. C’est à travers le jeu linguistique que se construisent les espaces et que s’articulent les différentes péripéties temporelles. Slimane Benaïssa nous disait : «Il est complètement absurde d’isoler la langue parce qu’au théâtre, il y a d’abord le personnage impliqué dans une situation qui détermine obligatoirement une façon de parler précise. Le travail sur la langue est l’expression de l’harmonie entre le personnage et son discours. Quand j’écris une pièce, la langue subit une entorse parce qu’on l’investit de formes grammaticales qui ne lui sont pas naturelles. On se réfère au rythme. Ceci est très intéressant dans la mesure où il nous permet de donner à l’acteur une grande aisance à dire son texte.» Chez Alloula et Benaïssa, la parole poétique traverse la représentation. Les assonances et les allitérations, les expressions imagées et une forme versifiée investissent le discours théâtral. Les conflits linguistiques, apparents dans la société algérienne, s’affirment avec force dans la représentation théâtrale. Des auteurs comme Kateb Yacine, Slimane Benaïssa, Abdelkader Alloula, Ould Abderrahmane Kaki, Tayeb Déhimi, Omar Fetmouche, Ahmed Rezag, etc. arrivent à mettre en situation les langues en présence dans le pays et à leur donner un statut dramatique, c’est-àdire dépendant des autres éléments du langage théâtral.
A. C.

 Source: Le Soir d'Algérie du 12.10.10

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José Saramago, un rebelle berbère

Publié le par Mahi Ahmed

 

 

 

Hommage

José Saramago, un rebelle berbère

le 05.10.10 | 03h00

 

 

 

 

 

 

 

zoom | © D. R.

José Saramago, écrivain et journaliste portugais, prix...

José Saramago, écrivain et journaliste portugais, prix Nobel de littérature

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Chaque livre du Nobel José Saramago aura été un festin. Mais ce vendredi 18 juin, sur l’île espagnole de Lanzarote, une jeune femme d’une beauté démoniaque l’a rattrapé.

Cette femme à l’attraction trouble et fatale s’appelle la mort. Elle est l’héroïne de l’un de ses derniers romans Mort par intermittence, où il est question d’une grève de la mort. Et oui, la mort se fâche parce qu’elle n’a pas pu transgresser l’immémoriale procédure en vigueur dans la gestion des départs définitifs ! Alors elle s’arrête de «travailler»  et plus personne ne meurt dans le royaume du Portugal, provoquant un immense chaos dans le monde des vivants. Car, si plus personne ne meurt, que vont dire et faire les gens de sciences, les gens de foi, les gens de loi, les gens d’armes et même les hommes d’Etat ? Rien, sinon les voir, chacun dans sa chapelle, tristement et laborieusement, essayer de justifier l’impensable. Mais l’auteur, lui, a quelque chose à dire. S’ensuit alors une longue coulée parabolique de près de 300 pages, où le talent de ce flamboyant dialecticien, qu’est José Saramago, va s’illustrer pour donner du sens au sens – ou au non-sens. José Saramago est donc mort en juin 2010, en pleine fièvre footballistique.

Autant dire dans un désert médiatique pour la mort d’un poète. L’un de ses critiques écrivit d’ailleurs, le lendemain de son décès, dans le journal espagnol El Pais : «Probablement que dans une parade militaire,  José Saramago aurait défilé à l’envers.» En fait, toute sa vie il en a été ainsi : être là où plus personne de son envergure ne s’attarde ni ne souhaite être vu. En fait aussi, il faut aujourd’hui les compter, les intellectuels (occidentaux ou non) qui savent encore, dans ce déferlement inouï des contre-valeurs qui font la «norme» internationale, récolter et traduire les râles d’une humanité qui souffre.

Toute sa vie, José Saramago, aux yeux des autres, aura porté cette sorte de dichotomie qui faisait de lui aussi bien le maître de la parabole philosophique dans ses écrits que l’homme de gauche et de cœur intraitable sur les questions de l’égalité et de la justice de tous les jours. José Saramago aura été la bête noire de l’establishment politico-religieux du président de la République  de son propre pays qui a refusé d’assister à son enterrement, pourtant officiellement déclaré national, au Vatican qui s’est presque ouvertement réjoui de sa disparition. Les puissants des différents pouvoirs avaient pour lui un qualificatif que la vulgate capitaliste fait résonner de nos jours comme la suprême insulte : communiste !

Ce à quoi, taquin, il répondait : «Oui, mais communiste hormonal», affirmant par là son attachement viscéral à l’archéologie de la généreuse et féconde pensée progressiste et libertaire qui a toujours fait bouger le monde, davantage qu’à un système politique qui a vécu puis disparu dans son effroyable rigidité dogmatique. Il était aussi, si j’ose dire, également fâché avec l’Eglise ; un peu trop en réalité. Il se disait « athée mais non incroyant », s’appropriant ainsi, de fait, une immense marge qui l’autorisait, pensait-il, à réduire à sa portion congrue la part du sacré dans l’aventure humaine de laquelle il ne voulait retenir que la forme peut-être la plus radicale du questionnement existentialiste. Sur le plan religieux, livre après livre, du Dieu manchot à L’Evangile selon Jésus-Christ , José Saramago va approfondir sa réflexion, en réalité sa critique, qui aboutira, avec Caïn, paru en 2009, à une forme d’un intolérable blasphème aux yeux des croyants.

Dans ce livre, Saramago revisite la Bible, interroge, interpelle, recadre l’histoire, convoque le présent et se demande si la volonté du Suprême est toujours là pour guider le monde. Pour le journal du Vatican,  L’osseratore Romano, c’est suffisant pour traiter le prix Nobel «d’extrémiste» et «d’antireligieux». Le Vatican, on s’en doute, fait son travail de gardien du temple, mais cela ne va pas empêcher de très nombreux déshérités de la planète, au moins une fois dans leur vie (la plus tragique),  de gravement se poser la question : «Mais où est passé le Sauveur ?» La question est d’autant plus pertinente que, au crédit du Nobel, le nombre de boutiques extrémistes, dans toutes les religions, n’a cessé de proliférer.

L’humain est interminable

Le judaïsme a fini par brutalement capturer un Etat qu’il veut «pur et conforme» à la règle que le rabbinat a forgée une et unique, malgré la multitude des prophètes d’Israël. Le Christianisme maintient en apparence son quant-à-soi mais encourage en sous-main l’explosion des «Eglises» qui partent à la conquête des «restes des peuples» avec un catéchisme dollarisé. Et il y a aussi, bien sûr, l’Islam, l’Islam avec sa belle et sereine figure et dont la fragmentation a laissé béante une autoroute de discordes. Où il est moins question de l’essentiel que du rite : sunnite, chiites, ibadites, druzes, ismaéliens, etc. Où chaque «communauté» tente de tatouer ce rayonnant visage de l’Islam du sceau de sa vanité. Pendant ce temps, des émirs, officiels ou non, des imams reconnus ou autoproclamés, des rois à la limite de légitimité ou des présidents de République bien ou mal élus, forgent, eux aussi, chacun selon ses convenances, les types de servant qui cadrent le mieux avec leur gouvernance, toujours éclairée bien sûr.

Il restera sans doute aussi beaucoup à dire sur les religions non célestes d’Asie qui comptent un nombre considérable de croyants et où les conflits religieux entre enfants du même pays ne sont ni rares ni moins violents. Alors, devant un tel désordre cosmogonique, il y a, forcément, des brebis, voire des troupeaux, qui s’égarent ou qui, les yeux grands ouverts, décident de regarder ailleurs, la foi n’étant pas offerte, comme n’importe quel organe, à la naissance. José Saramago regarde effectivement ailleurs. Son horizon est strictement humain. Mais avec tout ce que cela suppose comme difficulté, en fait d’impossibilité à cerner, à fermer : l’humain est interminable. Partir à la recherche de  L’Autre comme moi — titre d’un de ses romans d’une profondeur vertigineuse — c’est d’abord être capable de se délester de toutes les cosmétiques du monde et se présenter tel qu’on est. Et c’est précisément ce que José Saramago fit dans un somptueux texte lu le 7 décembre 1998 lors de sa réception du prix Nobel de littérature. José Saramago avait 75 ans.

La première phrase de ce texte dit : «L’homme le plus savant que j’ai connu dans ma vie ne savait ni lire ni écrire.» Il parlait de Jeronimo Melrinho, son grand-père, berger de son état, analphabète et «puits de savoir». Ce grand-père était le fils d’un homme à «la figure énigmatique et fascinante», un Berbère d’Afrique du Nord. Et, toujours dans son discours de récipiendaire du Nobel, sous les ors et les lambris de l’Académie royale de Stockholm, devant la fine fleur des génies de l’heure et du monde, il ajoute tranquillement : «Un aïeul berbère venu d’Afrique du Nord, un autre berger, une belle et merveilleuse grand-mère, des parents beaux et sérieux (…) Quelle autre généalogie pouvais-je souhaiter ? Dans quel meilleur arbre aurais-je pu me situer ?»

Et il continue, sans être impressionné le moins du monde, serein, à parler des mystères de la création littéraire, du choix des thèmes qui s’imposent et des personnages qu’on crée et avec lesquels on est en désaccord ou en empathie pour finir par ne plus savoir qui crée qui ? Il dit à ce propos : «Dans un certain sens, on peut même dire que lettre après lettre, mot après mot, page après page, livre après livre, j’en suis venu successivement à implanter dans l’homme que j’étais les personnages que j’ai créés.» Sauf que cet énorme bouillonnement dans sa tête, pour créatif qu’il puisse se révéler, ne lui fait pas oublier d’où il vient ni le sens de son combat. Devant l’extraordinaire enchevêtrement «des chemins de la liberté», dans le monde d’aujourd’hui, José Saramago ne se laissera pas entraîner dans le spécieux dilemme du choix entre «la justice et sa mère».

La mère n’a jamais été le mot pour signifier le contraire de la justice et la justice est du côté des opprimés. Point. Ainsi le verra-t-on combattre la dictature de Salazar et en payer le prix. Ainsi le verra-t-on soutenir les mouvements de libération en Afrique. Ainsi le verra-t-on, seul intellectuel occidental d’envergure mondiale, épouser la cause palestinienne plus clairement que bon nombre d’écrivains arabes plus soucieux, et plus soumis, à la puissance éditoriale judéo-chrétienne si jamais elle existe. Sur la Palestine, il dit : «Ce qu’il faut faire, c’est sonner le tocsin, partout dans le monde, pour dire que ce qui arrive en Palestine est un crime que nous savons stopper. Nous pouvons le comparer à ce qui est arrivé à Auschwitz.»

Bien sûr, surtout après son voyage à Ramallah en 2002 dans le cadre de la visite d’une délégation du Parlement des écrivains, qui lui inspirera un texte autrement plus incisif que celui du Nobel africain Wole Soyinka, il sera traité d’antisémite. Mais il ne plie pas. La justice n’a pas de race et un juste c’est aussi celui qui défend un Arabe palestinien, seul face à l’armée israélienne qui «applique fidèlement les doctrines génocidaires de ceux qui ont torturé, gazé et brûlé ses ancêtres».

Proche de la cause Sahraouie

Pourquoi emberlificoter les choses quand elles sont si cruellement simples ? Géographiquement encore plus proche de lui, la cause sahraouie. De toutes les voix qui se sont élevées l’été dernier pour conjurer la militante Aminatou Haïder de ne pas attenter à sa vie en poursuivant sa grève de la faim, celle de José Saramago était la plus haute et ses mots les plus dévastateurs à l’égard de l’occupant marocain. Il dit simplement : «Je crois que les séparatistes sont ceux qui séparent les gens de leur terre, qui les en expulsent, qui essaient de les en déraciner.» Et il ajoute à l’adresse du monarque marocain : «Un pays qui est sûr de son passé n’a pas besoin d’exproprier celui d’à côté pour exprimer une grandeur que personne ne lui reconnaîtra jamais.» 

Icône vénérée de la péninsule ibérique, voix majeure de tous les combats de l’Amérique latine, José Saramago était loin d’être un révolté médiatique otage de ses best-sellers. Lui qui savait si bien, comme son compatriote Fernando Pessoa, peindre le moindre tressaillement de l’âme humaine, il était aussi prompt à retrousser ses manches et à occuper physiquement le terrain des luttes.  Curieux, émouvant, fraternel, chaleureux, cet écrivain enthousiaste qui a toujours préféré «l’éthique à l’esthétique» a toute sa vie su poser un regard de lynx sur les travers du monde. Un monde que la globalisation fragilise, que le capital dérègle. Il écrit dans les cahiers de Lanzarote : «On privatise tout, on privatise le ciel et la mer,  alors que faire ? Passer une vie comme celle de Saramago : une vie de rebelle éclairé.» Quant à essayer de savoir s’il n’y a pas là un gène de cet ancêtre venu de Berbérie, c’est un autre débat…             

Zouaoui Benhamadi

 

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Yacine Teguia répond à Lahouari Addi et Saïd Sadi

Publié le par Mahi Ahmed

 

Par Yacine Teguia*
Avec son livre sur Amirouche, Sadi a tenté un baroud d’honneur. Les jeunes générations et les moudjahidine, désenchantés aussi bien par les luttes de l'été 1962 que par les évolutions actuelles, avaient espéré des réponses à leurs interrogations. Beaucoup resteront frustrés d'une réappropriation sereine de l'Histoire, d'un consensus sur l'identité nationale et d'une critique conséquente du boumédiénisme permettant d'envisager un véritable pacte démocratique.
Pourtant, ils existent ces historiens demeurant des chercheurs sincères et ces authentiques combattants qui bataillent pour réunir une mémoire dispersée, piétinée et instrumentalisée par les pouvoirs successifs. Leurs efforts de transmission demeurent indispensables pour renouer avec l'avenir. Tout en alimentant la polémique, Sadi feint, maintenant, de déplorer la profusion des interventions autour de sa biographie du chef de la Wilaya III. Face à ses contradicteurs, de quel bord politique ou de quelle région d’Algérie soient-ils, il tempête, louvoie et sombre dans l’indignité politique. Entre autres, il n’aura pas été en état de réfuter les erreurs de fond et de démarche que je lui signale dans un texte publié par Le Soir d’Algérie. En laissant croire que c'est sur deux bilans du boumediénisme que nous nous opposons – il en dresse un globalement négatif en suggérant que j'en ferais un positif –, Sadi voudrait éclipser le fait que nous avons deux visions de l'Histoire et que je critique Boumediene d'un point de vue différent, tant philosophique, politique que socioéconomique. En pragmatique frisant l'opportunisme, Sadi accorde une grande importance au hasard, à la contingence, à l'expérience, ce qui est étonnant de la part d’un scientifique doublé d’un responsable politique national. M'inscrivant dans une conception basée sur l'universalisme, je m’intéresse à la signification historique des actes des protagonistes de l'Histoire plutôt qu’à leurs motifs. Au lieu d'approfondir ce débat, Sadi me reproche de l’attaquer. Mais sous prétexte de juger Boumediene, n’est-ce pas lui qui se fourvoie en accablant la gauche algérienne? Geste plutôt ingrat, car les militants du PAGS se sont mobilisés sans aucune arrière-pensée, contribuant à ce qu’il passe ses examens quand il était en prison. Sadi révèle un projet démocratique amputé d'une dimension éthique, ainsi qu'une conception de la lutte où s’entremêlent calculs politiques et ambitions personnelles. Toute critique de ses idées lui apparaît comme une attaque personnelle donnant lieu à des réponses personnelles. Dans sa réaction à ma contribution, il n'est plus question d'Amirouche, ou si peu, ni d'écriture de l'Histoire. On est dans la chicane politique et Sadi m’affuble aussitôt du qualificatif de «totalitaire». Il explique que c’est certainement parce que je n’ai pas lu Soljenitsyne. Il n'aura pas à perquisitionner dans ma bibliothèque pour vérifier les ouvrages qui la composent, certains étant, peut-être, destinés à être brûlés si notre courroucé président du Rassemblement pour la culture et la démocratie en avait un jour les moyens. L’auteur de L’archipel du goulag ne fait pas partie de mes lectures. Sa dérive ultranationaliste, son fanatisme religieux et son antisémitisme témoignent de l’ambigüité de la critique qu’il portait au système soviétique. Son attachement à l’autoritarisme lui vaudra d'ailleurs d'être décoré par un ancien officier du KGB, Vladimir Poutine. Voyons comment Saïd Sadi et Lahouari Addi – qui le rejoint en me qualifiant d’«utopiste totalitaire » – se laissent aller à la même pente, si peu démocratique, de la diabolisation. Le takfir n’est-il pas une méthode détestable qui vise à refuser le droit à la critique publique, à un débat entre démocrates ? Voudrait-on intimider le lecteur en éructant des paroles redoutables ou l’exhorter par des oukases? Mais aucun Algérien n’a jamais évoqué ma responsabilité dans un assassinat politique. Je n'ai pas jeté un mouvement culturel dans un cercueil pour en faire le berceau d’un parti devenu ma propriété privée. Je n’ai pas poursuivi devant les tribunaux un adversaire politique, ni jamais prononcé d’exclusion ou liquidé des rivaux pouvant prétendre à des responsabilités auxquelles je m'accrocherais. Je n’ai jamais réuni de conseil de discipline pour trancher un désaccord politique. Il n’est pas sûr que Saïd Sadi puisse en dire autant, mais c'est moi qu'il traite de «stalinien ». Quant à Lahouari Addi, le totalitarisme islamiste qu'il voulait «insérer dans les institutions» parce que «c'est un moindre mal», ce n’est plus une utopie depuis longtemps. Il ne le fut que pour ceux qui feignaient de ne pas entendre les propos du GIA parus dans El-Ansar: «Le monde doit savoir que toutes les tueries, les massacres, les incendies, les déplacements de population, les enlèvements de femmes sont une offrande à Dieu… l’opinion de la majorité n’est pas référence de vérité. Seul Dieu est apte à nous montrer la bonne voie, celle qui mène à la justice.» C’est au nom de cette conception que Tahar Djaout a été assassiné. Un crime revendiqué par l’un des amis du sociologue. Libre à Sadi de s’y lier à son tour. D'ailleurs, dès 2007, il accueillait un des chefs du parti des assassins dans un meeting et acceptait la réhabilitation de son organisation. Tentant de masquer la nature réelle de ses amitiés, Addi ne peut pourtant pas réaliser un tour de passe-passe sémantique pour faire croire que «les opposants au Contrat de Rome se sont référés au mot char’i, traduction arabe du terme «légal» alors que le projet islamiste n'aurait rien eu à voir avec la chari’a. Le programme des théocrates était précis : «Ce qui est charia est loi, ce qui n’est pas chariaest mensonge et injustice.» En juin 1991, convaincu que le gouvernement des hommes n'est légitime que s'il se conforme au Coran, le parti des assassins faisait d'ailleurs défiler ses troupes au mot d'ordre «ni Charte ni Constitution». Enfin, en ce qui concerne «la compétition démocratique » dont Lahouari Addi se prévaut c'est, parfois, à force d'amalgames, une forme d'endoctrinement subtil qui se révèle aussi aliénante et porteuse de violences que le totalitarisme qu’il prétend dénoncer. L’exemple irakien est là pour nous convaincre que les mensonges et le seul marché, aussi «révolutionnaires» soient-ils, apportent souvent plus d'instabilité politique et d’inégalités sociales que de lendemains démocratiques. Sadi et Addi débattent de manière déplorable. Cette façon a une origine et un nom : la pensée unique. Toute pensée autre que la leur est insidieusement suspectée comme totalitaire ou réduite à une «rupture d'intelligence». C'est pourquoi ils ne répondent pas à mes raisonnements. Contrairement à ce que veut faire croire le suffisant professeur Addi, le débat, comme toute forme de confrontation, peut ne pas être démocratique. Vide d’arguments mais plein d’intentions grossières, il n’est que pur procédé rhétorique, charriant slogans, misère intellectuelle et univocité du point de vue. A ce propos, même si cela agace le dirigeant du RCD, qui croit que j’écris avec un dictionnaire de citations sous la main, je me permettrais de rappeler Michel Foucault qui disait que le savoir pouvait être l’instrument d’un pouvoir. C’est l’usage que Lahouari Addi en fait. Plus grave, il semble en être resté à une certaine perversion de la pensée de Rousseau qui assimilait la conscience politique à une figure supérieure de la raison. Devenir citoyen coïnciderait avec la totale expression du bien, de la vérité et de la liberté. En France, à l'époque de la Terreur, certains invoquèrent cette conception. Cependant, chez notre sociologue, le savoir et la raison peuvent se révéler approximatifs, puisqu’il n’hésite pas à se livrer à une contrefaçon du marxisme et à donner des leçons de dialectique alors qu’il n’a pas compris que la régression ne féconde que la régression. Et, quand le savoir vient à manquer, Addi n’hésite pas à faire valoir l’argument du nombre, celui de Staline qui – se questionnant sur le Vatican – demandait combien de divisions blindées le pape pouvait aligner. C’est ainsi que le sociologue tente d’invalider mes arguments en m’opposant la faiblesse électorale du MDS.
Repositionnement politique
Sadi et Addi voient, déconfits, la société se radicaliser et s’orienter à gauche, dans un monde en pleine crise du néolibéralisme. Sadi fait alors mine de regretter que les bons communistes soient ou morts (Bachir Hadj Ali, Abdelhamid Benzine) ou à l’étranger (Sadek Hadjerès). La famille de Bachir Hadj Ali avait déjà repoussé l’hommage du vice à la vertu, quand le tortionnaire du dirigeant du PCA et du PAGS prétendait témoigner de son respect pour le défunt. Ne revenons donc pas sur ce procédé. En opposant communistes et «néo-communistes », Sadi voudrait contrarier des convergences dans la mouvance de gauche. Il incite Hadjerès à intervenir, non pas sur la base sur laquelle se sont exprimées les divergences entre deux courants issus du PAGS, à savoir la rupture avec l’islamisme, mais sur l’attachement au communisme. Sadi espère faire de Hadjerès un communiste utile et l’amener à prendre parti en sa faveur, alors que durant l’affrontement avec le terrorisme islamiste ce dernier était un réconciliateur voué aux gémonies. Nul étonnement au reniement de Sadi. Il était un temps où le FLN menait la propagande contre la gauche algérienne, puis ce fût l’islamisme terroriste, soutenu par des ministres s’indignant de l’assassinat de policiers qui n’étaient pas communistes. Aujourd’hui, Sadi revendique cette tâche. L’anticommunisme a enfin une enseigne démocratique, même si sur la façade à peine ravalée on perçoit encore les traces de sang laissées par les précédents occupants de la boutique en faillite. En vérité, les attaques contre la gauche ont toujours accompagné la répression de toutes les forces démocratiques. Si cette équation est avérée avec l’islamisme, elle est toute aussi saisissante sous Boumediene puis Chadli. L’article 120 ne servira pas seulement contre le PAGS. La répression du Printemps berbère comme l’instauration du Code de la famille, dans le sillage d'un vaste mouvement orchestré par l’Arabie Saoudite, seront d’autres expressions de cette régression. Cela se terminera dans le carnage du 5 octobre 1988, en préparation duquel le pouvoir avait arrêté de nombreux militants du PAGS qui subiront la torture, comme des centaines de citoyens quelques jours plus tard. Sadi se déshonore donc en reprenant les combats du parti unique et du parti des assassins. Il se retrouve déjà à fustiger toujours plus de segments démocratiques puisqu’après ses «amis de la presse» et le Mouvement citoyen, le CCDR n’échappe pas à ses foudres. On comprend mieux les échecs du rassemblement des démocrates. Se révèle un Sadi aux abois et sans autre perspective stratégique que de rejoindre ceux qu’il dénonçait hier. Isolé, il n’a plus ni la confiance des forces avec lesquelles il avait accepté de gouverner ni celle des autres pans démocratiques. Sadi espère, alors, superposer nature anticommuniste de sa ligne et pseudo-radicalité démocratique, en devenant le plus grand opposant à Boumediene… 32 ans après sa mort. Il se fait passer pour subversif alors que la plus banale conversation de café est tout aussi critique que son livre sur Amirouche. Mais tout en jouant au radical, il se charge de rendre leur lucidité aux égarés auxquels il reproche de verser dans l’utopie. Car pour Sadi, l'utopie est une injure. C’est la montée du radicalisme dans la société qui oblige les politiciens comme lui, les hommes de compromis, voire de compromission, à se déguiser en radicaux. Dans le même temps, il réduit toute lutte autonome à une manipulation des services de sécurité, le «cabinet noir» qu’évoque Lahouari Addi, lequel à défaut d’accuser la main de l’étranger trouve quand même une main coupable, refusant aux Algériens l’intelligence du raisonnement. Tous deux semblent plus craindre les forces radicales que les forces conservatrices. Ils ne se rendent pas compte que c’est là l’origine de leur impuissance politique, car les concessions accordées aux réformistes sont toujours déterminées par les victoires des radicaux. Sadi cherche à imposer à la société ses étroitesses, rejetant sur elle la responsabilité de son propre refus de considérer les sources du despotisme et de l’absence de libertés. Il passe ainsi à côté de la nécessité d’une démocratisation de toutes les institutions. Alors qu’il prétend faire la critique du boumédiénisme, Sadi veut laisser l’ANP telle que l’a forgée Boumediene : un élément du noyau dur de l’Etat lié aux seuls partis-Etat comme le FLN et le RND. Il refuse que l’ANP devienne transpartisane. Lahouari Addi tente de venir au secours de Sadi incapable d’argumenter. Mais on le sent lui aussi en pleine confusion avec son idée de «dépolitiser l'armée» tout en maintenant son caractère partisan actuel. Alors il rejette l’idée de la fusion entre l'armée, le peuple et l’Etat. C’est la définition du totalitarisme, assène-t-il, en agitant l'épouvantail léniniste du peuple en armes. Pourtant, le peuple en armes c’est sa victoire contre le colonialisme et celle des patriotes qui ont fait barrage au projet d’Etat théocratique. Le peuple en armes, c’est l’armée de conscription avec toutes les contradictions d’une société démocratique mais qui a permis et permet aux jeunes Algériens de toutes les régions et de toutes les classes sociales de se rencontrer, d’échanger et pour les plus pauvres de se former, voire d’être, demain, un creuset des pratiques citoyennes. A l’étranger et au cours de différentes époques, ce furent aussi bien les révolutionnaires de 1789 battant les armées royalistes, que les communards défaits en 1871. C’est George Washington et «les dents de la liberté du peuple», c’est James Madison qui déclarait que «pour préserver la liberté, il est essentiel que toute la population entière possède des armes en tout temps», c’est Lincoln intégrant les Noirs dans l’armée nord-américaine pour combattre le Sud esclavagiste. A cette conception démocratique de l’armée, Addi semble préférer le mercenariat. Une armée au service de ceux qui paient, comme la vantent les néolibéraux ? Pourtant, les résistances aux plans néoconservateurs pour le monde arabe sont bien le fait de peuples en armes, en Irak, au Liban, en Palestine. Il est vrai, aussi, que le Fatah, dont se revendique Sadi, a renoncé à la lutte armée. Cependant, il n’y a pas que le Hamas qui poursuit dans cette voie. Il ignore ainsi la gauche démocratique de Palestine, reproduisant là-bas son attitude ici, en Algérie, où il a choisi d’accompagner le pouvoir contre l’islamisme au lieu de prôner la double rupture avec le système rentier et l’Etat théocratique. En prétendant rejeter le boumédiénisme, Sadi tente de propager l’impression qu’il se radicalise. En vérité, tout en se livrant à une diversion tapageuse, il marchande avec l’aile la plus réactionnaire du FLN au prétexte qu’elle aurait «pris du recul». Comme d’autres, au nom du rejet du système, justifiaient leur rapprochement avec la réaction islamiste. C’est autour de son aversion de Boumediene et de la gauche que Sadi espère conclure un nouveau contrat. Il voudrait ainsi pousser les forces démocratiques dans le troupeau sociallibéral. Bel échantillon de la manière dont Sadi boucle ses affaires politiques. Il ne constitue aucune union ouverte, mais il est prêt à une répartition des rôles afin de mystifier l’opinion. Pour montrer qu’il est prêt à assurer sa part du marché, il prend la défense de Djeghaba, cacique du FLN. En procédant ainsi Sadi s’est admirablement dépeint lui-même : je veux être partout. Il tisse des alliances en dehors du gouvernement, y compris avec ceux qu’il prétend avoir quittés. De son côté, Addi, polémiste empressé, formalise une nouvelle entente entre le RCD et les signataires de San Egidio que Sadi, embarrassé, ne voudrait pas si ostensible. Ne reste à ce dernier que l’esquive molle, en faisant passer pour «intellectuellement symétriques» ma position et celle d’Addi. Pourquoi Sadi tourne-t-il le dos à une alliance dans laquelle était durant l’affrontement avec le terrorisme islamiste ? Parce qu’il prend conscience que cet affrontement est devenu secondaire, que son issue dépend de la lutte contre un autre adversaire. Soit, mais ceci autorise-t-il des alliances contre-nature ? L’exigence démocratique voudrait que non. En fait, Sadi essaie de retourner les nouveaux termes de la contradiction qui traverse l'Algérie en associant les forces démocratiques les plus radicales, à un homme du passé, Boumediene. Celui-ci est présenté comme l’incarnation du totalitarisme ou d'une «situation pré-politique » selon la conception de Lahouari Addi qui ne voit pas que le despotisme, lié à l'existence même de l'Etat, au nom duquel prétend faire régner l'arbitraire, relève au contraire d'une entrée dans la modernité politique. Comme hier en Occident, la monarchie absolue avait instauré la toute puissance de l'Etat et annoncé la possibilité de révolutions démocratiques ultérieures. Lahouari Addi refuse de voir que s'il ne peut pas y avoir de démocratie sans modernité, par contre il peut y avoir une modernité sans démocratie. A moins qu'il ne s'agisse pour lui, comme pour Sadi, de s'approprier une forme de radicalité associée à la modernité en rejetant Boumediene et la gauche dans l'archaïsme. Cette façon de faire n’est pas sans rappeler l’islamisme qui s’est présenté comme la force la plus radicalement opposée au système alors qu’elle en était l’expression paroxystique.

Inflexion néolibérale
S’engageant sur une nouvelle ligne, Sadi assume son anticommunisme et réaffirme son social-démocratisme. Il demande à revenir dans la maison paternelle et exprime son désir impudent de prendre, très rapidement, tout l'héritage. Il frappe à la porte de l’Internationale socialiste gardée de l’intérieur par le FFS et devant laquelle piaffe aussi le FLN. En revanche, il semble troublé de se voir reprocher une forme d’anti-arabisme déplacée auprès de ses nouveaux amis. Mais s’il y a une défroque que Sadi refuse d’endosser c’est celle du néolibéral. Un homme honteux lorsque Lahouari Addi, néolibéral décomplexé, souhaite que les gens puissent «s’enrichir sans autorisation » pendant que d’autres n’ont plus que la harga «sans autorisation ». Quelles sont les caractéristiques des néolibéraux algériens ? Ils ne sont ni pour l’Etat théocratique ni conséquents dans leur engagement démocratique. Ils défendent l’islam de leurs aïeux, celui des zaouïas, si chères à Bouteflika, et parfois ils plaident et deviennent les avocats des salafistes. Ils hurlent à l’étatisation dès qu’on parle de régulation du marché. Ils récitent des litanies sur la liberté d’entreprendre quand d’autres pointent les inégalités sociales et se soucient de protection des individus et du respect de la planète. Les néolibéraux accepteront la démocratie… si d’autres la conquièrent. Leur progression au sein de la classe politique, les succès de certains hommes d’affaires et leur intégration du discours sur la réconciliation nationale sont les différents indicateurs des encouragements qui leur sont prodigués. Une partie du néolibéralisme s’est pratiquement vu attribuer le monopole de l’opposition tolérée ou légale. Bouteflika voudrait en faire son opposition, sociale-libérale et stérile, après avoir renvoyé dos-à-dos le pôle radical de l’islamisme et le pôle radical de la démocratie. Peut-être que cette évolution explique pourquoi Sadi a tourné le dos à la mémoire de son camarade Bacha? Dans la conjoncture actuelle, il faut moins relever le remplacement d’un Zerhouni par Ould Kablia et le resserrement des forces islamo-conservatrices que la recomposition de la classe politique contrariant les aspirations démocratiques et sociales. D’où cette concurrence entre néolibéraux. Une partie de l’opposition conteste le pouvoir en se présentant comme authentiquement libérale, de manière frontale pour Lahouari Addi, par la bande pour Sadi. Une autre partie reste à distance des uns et des autres, prête à favoriser la réconciliation et assumer un destin national. Mais les différences entre les factions néolibérales sont aussi instables et imprécises que le sont les divergences à l’intérieur du courant islamo-conservateur. Cependant, cette différenciation qui affecte les forces néolibérales accompagne un processus les démarquant toujours plus de l’aile islamo-conservatrice devenue encombrante face à la radicalité qui monte. L’ensemble indique l’hégémonie grandissante des forces néolibérales au sein du pouvoir. La question qui se pose donc à ceux qui appellent au changement est : une deuxième république doit-elle permettre d’anéantir le despotisme néolibéral ou obliger les forces qui dominent le système à partager le pouvoir, à en faire un despotisme «éclairé» ? Sadi, comme Addi, est prêt à se résigner à la seconde alternative, car réduire la crise de la nature de l’Etat à une «crise de légitimité» c’est accepter de maintenir le caractère néolibéral du système tout en prétendant pouvoir lui apporter un supplément de légitimité. Derrière le débat sur la vérité historique, il n'y a finalement que le débat sur qui détient la légitimité historique, pas la remise en cause de son principe même. Sadi révèle ainsi de manière admirable sa parenté profonde avec Bouteflika et le véritable caractère de leur «dispute », simple querelle d’amoureux… qui ont passé ensemble «les deux plus belles heures de leur vie». Certains de ses ministres, plus conséquents, préfèrent, selon sa propre formule «entrer dans l’Histoire plutôt que de poursuivre l’aventure». Car pendant que Sadi fait des vœux, des déclarations, un programme qui reste sur le papier, il ne propose pas les moyens de les voir se réaliser. La complaisance de Bouteflika vis-à-vis des courants islamo-conservateurs et des rentiers a, quant à elle, assuré le partage à l’amiable du pouvoir et des richesses nationales. Le Code de la famille qui maintient le tutorat, même formellement, le moratoire sur la peine de mort, qui n’y renonce pas, ou la chasse aux non-jeûneurs sont des signes en direction de ces milieux. Et lorsque le ministre des Affaires religieuses proclame que si les libertés politiques sont admissibles, la liberté religieuse est interdite, Sadi est coincé, il ne pourra pas surenchérir. Il ne suffit pas d’aller inaugurer une mosquée à Aghrib pour nuancer son engagement laïque d’autrefois et donner des gages de tolérance... à l'islamisme. D’un autre côté, le patriotisme économique de Bouteflika c’est une manière d'associer, maintenant, le secteur productif au partage des bénéfices de sa ligne néolibérale. Ce n’est pas la remise en cause de cette ligne. Car le capital productif demeure soumis à la domination du capital spéculatif et les milliards de dollars provenant du pétrole restent placés aux USA. Il apparaît donc que du point de vue néolibéral et conservateur, les réformes de Bouteflika sont beaucoup plus «recevables» que celles que propose Sadi. L’évolution en cours est une condition et un symptôme de la cohésion et du renforcement du camp démocratique radical. Car si tout le monde prétend vouloir en finir avec la rente et construire un Etat démocratique, les partisans de la rupture et du développement durable doivent contester, sur tous les terrains, en particulier sur celui de la démocratie, l’hégémonie que tentent d’imposer les néolibéraux. Tout le fond du problème de la liberté politique est donc d’expliquer que ce ne sont pas deux mais trois camps qui sont en lice et que seul le camp radical a la force de réaliser la démocratie la plus complète. La lutte politique ne porte plus sur la nécessité de changer de système, mais sur l’éveil, le renforcement, la cohésion d’un camp radical indépendant, libre des sympathies islamo-conservatrices du néolibéralisme. Une certaine conception de la démocratie se meurt. Elle était liée à une classe politique obsolète. Une nouvelle conception est en train de grandir, porteuse d’aspirations au changement social et politique profond. Les grèves et protestations populaires favorisent de nouvelles décantations et le rassemblement des forces radicales, leur préparation aux batailles futures. Finalement, s’il est vrai que la pensée politique de Sadi est morte, Bouteflika s’en étant emparée, comme il s’est saisi de la réconciliation nationale si chère à Lahouari Addi, les espérances portées par les moudjahidine du 1er Novembre 1954, les mouvements culturels berbères, les syndicats autonomes, les mouvements citoyens, les patriotes en armes et les démocrates sont, elles, bien vivantes. A Sadi et Addi, il ne reste que le ressentiment. En philosophie, c'est une école.
Y. T. —————
* Membre du Mouvement démocratique et social

Source : Le Soir d’Algérie du 04.10.2010

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LE SYSTÈME ÉDUCATIF DU XXIE SIÈCLE

Publié le par Mahi Ahmed

LE SYSTÈME ÉDUCATIF DU XXIE SIÈCLE
Cybercompétence et flexibilité
04 Octobre 2010 -

«Si tu peux, sois un savant; si tu ne peux pas, sois un lettré; si tu ne peux pas, aime-les; et si tu ne peux pas, ne les méprise pas.» Omar Ibn Abdulaziz (le Premier Calife),
«Si l’élève n’a pas appris, c’est que l’enseignant n’a pas enseigné» (If the student hasn’t learned, the teacher hasn’t taught.) Engelmann

Lors de la célébration de la Journée mondiale des enseignants, le 5 octobre, au siège de l’Unesco, les activités de la Journée comprendront des initiatives visant à promouvoir l’excellence dans l’enseignement et la façon dont les nouvelles technologies peuvent accélérer le développement des enseignants. Le pilier, le gardien du Temple, est, on le sait, l’enseignant. Qu’est-ce qu’au juste un enseignant? Dans la multitude d’études qui peuvent le définir, le cerner, et lui assigner ses missions, l’analyse de Françoise Appy nous paraît appropriée: «Quel que soit le système, quand l’enseignant est bon, l’élève l’est aussi.» Pour l’élève, on peut parler de réussite scolaire, c’est-à-dire d’atteinte des objectifs définis par les programmes. Autrement dit, qu’est-ce qu’un enseignant efficace? (...) Des très nombreuses études, il est apparu un modèle pédagogique efficace auprès de tous les publics d’élèves, l’enseignement explicite. (...) Ainsi, l’enseignant aura beau faire de son mieux et être très consciencieux dans sa tâche, s’il utilise une méthode inefficace, les élèves n’apprendront pas. On peut en conclure qu’un «bon» enseignant doit être un enseignant efficace et utiliser une méthode pédagogique reconnue comme telle. (...) L’efficacité de l’enseignant n’est pas de l’ordre d’un quelconque charisme personnel, ou d’une personnalité hors du commun, elle est liée directement à son savoir pédagogique. Aborder la question de l’efficacité est souvent mal prise par les enseignants qui se sentent tout de suite mis en cause sur un plan personnel. (..) Il est donc temps, il me semble, d’enfin oser se pencher sur les méthodes pédagogiques et de constater que toutes ne se valent pas. C’est là le coeur du problème.(1)
On le voit, tout tourne autour de la méthode pédagogique et de l’enseignant. Si un des paramètres fait défaut, il n’y aura pas de résultat. Les méthodes pédagogiques ont beaucoup évolué et pratiquement depuis Piaget, ce sont des études de recettes qui sont proposées. De plus, l’enseignant n’est plus maître à bord, il rend compte d’une façon permanente et si son «rendement» n’est pas bon, il est remercié. «Cette logique, écrit Gilles Balbastre inspire les réformes françaises. Le gouvernement tente d’affaiblir le statut des enseignants, un corps traditionnellement revendicatif, en individualisant les carrières. «Dynamique et réactif», «disponible», «grand sens de l’autorité naturelle, alliant fermeté et souplesse», «ouverture d’esprit», «capacité à mener des projets», «capacité à innover». Les exigences des employeurs qui déposaient à la veille de l’été 2010 leurs «fiches de recrutement» sur Internet n’étonnent guère. Plus inhabituelle, cependant, est la catégorie professionnelle à laquelle ils s’adressent: les enseignants. Un bouleversement? Pas vraiment. Depuis une petite dizaine d’années, différents ministres se sont évertués à accommoder le service public de l’Education nationale aux principes du management «moderne», en transformant chaque établissement en petite entreprise autonome».(2)

La maîtrise de l’informatique
Un autre mal ou bien qui préoccupe les parents et les responsables pédagogiques est l’immersion dans l’Internet et la maîtrise de l’informatique. «Il est des périodes, écrit Carole Kéribin, où l’on sent le besoin de s’arrêter et de se poser des questions sur l’évolution du monde. (...) Des moments où on descend ses yeux à hauteur d’homme, où plutôt à la hauteur de ses propres enfants et on se dit que ce sont eux qui continuent le chemin et c’est nous, parents, qui avons le devoir de les guider. Oui mais comment? Nos enfants appartiennent à l’univers de la médiatisation et de l’Internet. Dès leur plus jeune âge, le Web est installé dans leur vie. (...) Nos enfants, eux, ne sont ni séduits ni intéressés par Internet. Ils ont créé la culture du Web, ils y sont nés. L’écriture, au sens littéraire du terme ou la lecture pourrait, si les parents n’y prenaient garde, ne constituer que des sous-activités de cette néoculture. Internet est leur média de communication, de réflexion, d’expression et de création.(...) Pourquoi une telle «révolution»? Internet réunit trois qualités essentielles à ce que souhaite la jeunesse actuelle: il est virtuel, il est instantané et il est anonyme (ou semble l’être). Trois atouts qui corroborent l’individualisme exacerbé des jeunes du XXIe siècle. (...) Aujourd’hui, la communication est virtuelle, elle s’exprime sur Facebook, Twitter ou Myspace. On a des «amis» qui ont les mêmes goûts ou les mêmes affinités mais rien ne nous oblige à les rencontrer ni même à les connaître puisque malgré notre cyberprofil, on reste anonyme, bien au chaud derrière son écran d’ordinateur. On chatte lorsqu’on a envie de se parler, instantanément, avec un langage minimaliste dont on a fixé la sémantique intuitivement, (..) ce qui confère à cette culture une identité communautaire et générationnelle forte.»(3)
Carole Kéribin invite à redimensionner l’éducation: «Face à ce constat, ne faut-il pas repenser notre éducation? Ne sommes-nous pas en décalage face à des jeunes dont les valeurs communautaires sont radicalement différentes des nôtres? (...) Bien entendu, nous en sommes encore à une ère de transition, intergénérationnelle où parents et enfants ont un rapport différent à la culture du Net. (...) Avons-nous les bons outils et la façon adéquate pour mener nos enfants vers le chemin de l’épanouissement? (...) Il est temps de définir avec nos enfants un mode de communication interactif, une éducation partagée où, au lieu de s’opposer, il convient de s’adapter. L’information immédiate et instantanée est séductrice mais ne faut-il pas apprendre à nos enfants à comprendre, comparer, expliciter les faits?»(3)
Devant les dérives de l’Internet, Carole Kérebin écrit: «Il convient à mon sens de leur apprendre à se fabriquer leur propre jugement en puisant dans différentes sources d’informations par exemple. N’est-ce pas là le rempart à la manipulation des esprits? (...) Nous avons la chance d’être témoin du basculement d’un monde à un autre. L’éducation que nous devons dispenser à nos enfants doit absolument intégrer les outils du XXIe siècle, pour transmettre les valeurs que nous savons essentielles à la bonne continuité du monde, grâce à notre expérience, aux leçons de l’histoire et aux témoignages. L’Education nationale a le devoir de se réformer dans ce sens, sous peine de créer des générations de frustrés. Comment peut-on enseigner si l’on est déconnecté du monde de ses élèves? Comment combattre les démons de l’Internet si l’on n’en maîtrise pas les enjeux et les faiblesses? Il devient nécessaire de parler enfin le même langage sans chercher à tout prix à imposer le sien. (...) Il est grand temps d’arrêter d’être aveugles et de laisser nos enfants s’orienter sans boussole dans ce monde qui les a déjà happés.»(3)
En fait, un nouveau monde est né avec cette génération d’enfants nés au XXIe siècle. En fait, le problème est plus complexe. «Pour Pierre Bienvault, les enseignants ont l’impression de ramer à contre-courant avec des enfants qui sont sur une autre planète La «génération Internet» sait se balader sur la Toile, mais pas toujours s’y repérer. Là, comme ailleurs, les enfants qui s’en sortent le mieux sont ceux qui vivent dans des milieux culturellement favorisés La «génération Internet», adepte des nouvelles technologies, reste encore noyée dans le trop plein d’informations diffusées sur la Toile (...) La «génération Y», autre expression utilisée pour désigner les enfants nés quasiment avec une souris dans la main. Toutes les études le prouvent: les jeunes sont aujourd’hui très largement immergés dans les nouvelles technologies. En 2009, on estimait que 94% des 12-17 ans étaient équipés d’un ordinateur à domicile avec, pour 84% d’entre eux, une connexion Internet. (...) Confrontés à ces jeunes «branchés» quasiment en permanence, de plus en plus de parents ou d’enseignants s’interrogent: cet usage intensif des nouvelles technologies modifie-t-il les modes d’apprentissage traditionnels et la relation au savoir? Pour Jean-Michel Fourgous, l’arrivée des technologies de l’information et de la communication (TIC) a, de fait, profondément modifié la société. «L’école n’est plus le lieu unique d’apprentissage et de formation qu’elle était autrefois. L’enseignant n’est plus seul détenteur du savoir. Son autorité est sans cesse remise en cause et l’enseignement unidirectionnel, hiérarchisé et autoritaire, de plus en plus remis en question», (...) Et ils ont un peu de mal avec le modèle classique «descendant» du professeur à l’élève. Quand ils arrivent dans le monde du travail, ils ont aussi parfois du mal avec le système très pyramidal de la hiérarchie, car ils sont plutôt inscrits dans une logique de réseaux sociaux «peer to peer», avec des rapports sur un modèle plus horizontal.»
«Ils ont une manipulation très facile de tous les outils, mais, bien souvent, ils n’en ont qu’une connaissance assez superficielle.(...) Ceux qui s’en sortent le mieux sont les enfants qui ont un bagage familial leur permettant de se repérer sur le Web et d’y développer un esprit critique. Ceux qui n’ont pas la chance d’avoir ce soutien familial peuvent facilement se noyer sur la Toile...»
Face à ce risque d’une «fracture numérique», l’école a évidemment un rôle crucial à jouer. Selon le rapport Fourgous, la France compte 12,5 ordinateurs pour 100 élèves, loin derrière le Danemark (25 pour 100 élèves en primaire, 50 dans le secondaire). Au Danemark, les élèves ont le droit d’accès à l’Internet le jour de l’examen».(4)
On le voit, l’Internet est une nouvelle culture qui, avec son soubassement indispensable l’informatique, va structurer durablement le XXIe siècle. Une lame de fond qui s’empare des systèmes éducatifs dans les pays industrialisés est représentée par la révolution informatique dans l’éducation Un exemple de la puissance de l’informatique? Les attaques récentes du virus Stuxnet contre les systèmes informatiques industriels de l’Iran ont mis en lumière les menaces de la «cyber-guerre», qui n’est plus un mythe. Un «cyber-missile» baptisé Stuxnet a attaqué, en juin dernier, les systèmes de contrôle d’une centrale nucléaire en Iran. La nature et la cible du programme informatique malveillant a d’abord fait envisager le déclenchement de la première guerre électronique mondiale. (...) Tous ces détails suggèrent une conception très sophistiquée qui fait penser à une opération de commando ou d’espionnage effectuée par une agence américaine comme la National Security Agency ou par l’Unité 820 d’Israël.(5)
Et surtout, la guerre électronique mondiale est beaucoup plus silencieuse: les radars syriens ont été neutralisés par un ver israélien afin de faciliter un raid aérien sur une centrale nucléaire, un ver russe introduit dans l’ordinateur d’un «touriste» américain a mis en péril toute l’informatique militaire des États-Unis. La possession d’un arsenal informatique est devenue l’un des piliers de la défense israélienne, les services militaires chargés du renseignement ayant intégré au coeur de leur stratégie des techniques perfectionnées de «hacking». Se défendre contre une attaque informatique ou endommager des réseaux adverses sont les deux aspects d’une même stratégie impliquant des entreprises technologiques, des spécialistes en sécurité informatique et d’anciens militaires.(6)
Où en sommes-nous réellement? Nous sommes des tubes digestifs qui gaspillons paresseusement une rente imméritée en s’en remettant aux étrangers pour gérer à notre place. Avec une production de loin supérieure aux découvertes. Doit-on continuer la bazarisation de l’économie caractérisée par une panne de l’imagination? Ne savons-nous plus rien faire en nous remettant aux autres? Distribuer 280 milliards de dollars sans cap fera qu’à la fin de 2014 nous allons nous retrouver au même point sans avoir avancé dans le développement. Certes, des choses seront faites, mais elles ne pourront pas créer de la richesse. Faire 1000 km d’autoroutes ne crée pas de l’emploi ou si peu pour son entretien et encore ce sont des emplois qui ne créent pas de la richesse. Faire un million de logements qui ne respecte pas les normes d’économie d’énergie, ne crée pas de la richesse. La fausse aisance actuelle est trompeuse, elle n’incite pas à l’effort et à la sueur. Il nous faut une stratégie mobilisatrice dans tous les domaines. Une réévaluation de notre système éducatif dans son ensemble s’impose. Nous devons revoir les méthodes, la formation, introduire l’informatique dans une action coordonnée entre les trois sous-systèmes: éducation nationale, formation professionnelle et enseignement supérieur.

Opération laptop
Le système éducatif que nous devons atteindre n’est pas celui des chiffres mais celui de l’acte pédagogique au quotidien, acte qui se détériore inexorablement. Ce dont nous avons le plus besoin ce n’est pas uniquement de financement mais de morale, d’éthique et de respect de la science ainsi que des compétences. Je propose la mise en place d’une opération visant à revitaliser notre système éducatif par l’achat d’un million de «laptops» (micro-ordinateur pour les écoliers), leur prix est de 50 dollars (40 euros). L’équivalent de 50 millions de dollars (A peine 8 heures de pompage de nos ressources en hydrocarbures).
J’invite le ministre de l’Education à ouvrir le chantier de l’informatique au sein de l’éducation et d’atteindre le seuil de 20 micros par école soit environ pour le premier niveau 500.000 micros (10 micros pour 100). Le ratio devrait être plus important dans le moyen(15) et de 20 micros pour 100 élèves pour le secondaire. C’est au total 1 million de micros à installer d’ici 2014. Des expériences existent, la plus importante est celle développée par le Brésil qui a construit ses propres micros sur la base d’un prototype mis en place au MIT, c’est le cas aussi en Inde, le prix du micro est évalué à 50$. C’est là que la formation professionnelle pourrait donner la mesure de son talent en faisant le montage de ces micros en Algérie. C’est à la fois une formation, une compétence et un savoir-faire accumulées et une réduction de coût; parallèlement et c’est le plus important, il faut constituer des équipes d’universitaires, de psychologues et d’enseignants de l’éducation pour élaborer les programmes par niveau et mettre en place un programme de recrutement ou de recyclage d’enseignants en mettant à profit l’Internet par école et les élèves auront à voir sur écran un cours pré-enregistré. Nous devons commencer sans délai pour rattraper un retard qui risque de nous compromettre définitivement l’avenir de notre système éducatif.

(*) Ecole nationale polytechnique

1.Françoise Appy: Qu’est-ce qu’un bon enseignant? http://www.3evoie.org/ 3 03 2010
2.Gilles Balbastre:A quoi sert l’éducation secondaire? Le Monde Diplomatique 10. 2010
3.Caroline Kéribin: La cyberéducation LeMonde.fr 17.09.10
4.Pierre Bienvault: Ces enfants nés avec une souris dans la main La Croix 19.08.2010
5.La «cyber-guerre» n’est plus un mythe. 29 septembre 2010-http://www.letelegramme.com
6.Dan Williams Reuters L’informatique au centre de la stratégie israélienne 28.09.2010.

Pr Chems Eddine CHITOUR (*)

 

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Des chiffres et des réalités

Publié le par Mahi Ahmed

Des chiffres et des réalités

04-10-2010

Par Ali Boukhlef

La rentrée universitaire de cette année est prometteuse. D’abord sur le plan chiffres puisque le nombre d’étudiants dépassera 1,2 million. Le nombre est impressionnant, tout comme celui des structures mises à la disposition de cette élite de demain. Le nombre d’enseignants est également important.Ce ne sont pourtant que des chiffres. Parce que, si sur le papier, le nombre de places pédagogiques disponibles est légèrement supérieur au nombre d’inscrits, dans les faits, les choses se passent autrement. Personne ne peut nier, aujourd’hui, que dans certains établissements universitaires, le nombre d’étudiants dans une classe de travaux dirigés dépasse parfois la quarantaine. On ne parle plus d’hébergement, le temps des chambres à deux étudiants étant révolu. Les universitaires s’entassent désormais dans des chambres à quatre ou parfois plus. Ce qui entraîne inévitablement des incidences néfastes sur leur rendement. Il est vrai que, sur certains points, des choses se sont améliorées. Il en ainsi, par exemple, du transport et de la restauration. Mais cela ne suffit pas. Il est de notoriété publique que les résultats du bac de cette année ont été surprenants. Le nombre d’élèves ayant décroché ce sésame étant tellement élevé que des interrogations, totalement légitimes, ont été posées après l’annonce des résultats. Il est pratiquement incompréhensible que le niveau actuel de notre enseignement débouche sur des résultats aussi élevés. Cela signifie que, fort probablement, les résultats ont été largement politisés.  Cela aura, à coup sûr, des incidences sur l’université appelée à gérer les problèmes posés par l’éducation nationale de surcroît.Le propos n’est absolument pas d’accuser qui que ce soit. Mais les commentaires de certains enseignants et les résultats anormalement élevés du bac, après une année scolaire plusieurs fois perturbée par des grèves des enseignants, sont de nature à jeter le discrédit sur la suite des évènements.
Cette manipulation des taux est absolument préjudiciable. Nous avons pris l’habitude d’exhiber des chiffres à chaque fois que le gouvernement a besoin de légitimer une action. Les responsables savent pourtant que cela ne veut absolument rien dire. Construire des amphithéâtres, des résidences universitaires ou aménager des bibliothèques est une bonne chose. Mais cela ne garantit pourtant pas la qualité souhaitée.Pour preuve, nombre de diplômés de l’université trouvent rarement du travail. Il est vrai que les performances peu reluisantes de notre économie sont en partie responsables de cette situation. Mais il est évident que le niveau fait défaut. Traiter ce problème est beaucoup plus sérieux que la construction d’infrastructures. Les problèmes sont ailleurs. Les solutions sont
également à chercher là où cela fait mal.Il est vrai, là aussi, que des efforts ont été accomplis. Mais le chemin reste long, très long aux aspirations des nouveaux bacheliers qui vont rejoindre, dès aujourd’hui, les bancs de l’université. Bon courage tout de même ! 

A. B

http://www.latribune-online.com/chronique/index.1.html

Publié dans Economie et société

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Interview : Pourparlers israélo-palestinien par René Naba

Publié le par Mahi Ahmed

Interview : Pourparlers israélo-palestinien par René Naba

 

Mondialisation.ca

publié le lundi 4 octobre 2010.

 

Le 2 octobre 2010

La ligue arabe se réunit les 2 et 3 octobre au Caire, en vue de faire le point des négociations israélo palestiniennes, un mois après leur lancement, alors que le moratoire sur le gel des constructions de nouvelles colonies en Cisjordanie occupée est venu à expiration sans qu’il soit prolongé par le gouvernement israélien faisant peser le risque d’une interuption des pourparlers.

Le président Mahmoud Abbas,dont le mandat a expiré, entend obtenir quitus pour la poursuite des négociations, sans la moindre perspective d’une concession de la part de Benyamin Netanyahu, le premier ministre israélien, torpileur des précédents accords d’Oslo(1993).

Anticipant cette évolution, René Naba analyse, dans une interview au journal algérien parue à la mi septembre, la dynamique de ses négocaitions et leurs enjeux

« C’est le Hamas qui sortira vainqueur de cette pantalonnade palestinienne »

René Naba est le spécialiste du Moyen-Orient ayant été des années le correspondant de l’AFP dans la région. Correspondant de cette même agence à Alger dont il était ami de feu Boumediene, auteur de plusieurs titres politiques…, il nous révèle ses sentiments d’un terrain qu’il maîtrise bien : la Palestine. De ces pourparlers palestiniens, il ne retient qu’un mot : mascarades.

Le Jeune Indépendant : L’intérêt est suscité et les yeux du monde arabe sont braqués sur les négociations en cours. Pouvez-vous nous faire le point sur ces dernières ?

René Naba : Je n’ai pas l’impression que ces négociations suscitent le moindre intérêt. Elles donnent l’impression du déjà vu, le remake d’un mauvais film.

Je décèle néanmoins des intérêts bien compris des participants. Obama, à mi-mandat, cherche à redorer son blason diplomatique alors que le bilan en Afghanistan et en Irak est désastreux (7 200 tués dans ces pays pour la coalition occidentale). Moubarak, accompagné de son fils Jamal, a cherché à accréditer son fils auprès des Israéliens et des Américains, en vue de sa succession. Le roi de Jordanie, un des principaux bénéficiaires de l’aide militaire américaine, en cautionnant de sa présence cette mascarade, justifie ainsi son rôle de sous-traitant de la stratégie américaine au Moyen-Orient. Reste Benyamin Netanyahou, qui avait torpillé en 1996 les accords d’Oslo. Avant de venir à Washington, et en deux ans de pouvoir, il a gommé le caractère arabe de près de quatre mille villages palestiniens, criminalisé l’enseignement de la « nakba » – la défaite de 1948 – dans les enseignements de la couche palestinienne de la population, accentué la judaïsation de la Cisjordanie. Il n’a pas renoncé à la construction de colonies de peuplement, a obtenu, pour son armée, un système de défense balistique « Dôme d’acier » et le blocus de Gaza est maintenu. Sa présence porte quitus de l’administration américaine du comportement israélien, en violation manifeste du droit international. Mahmoud Abbas, dont le mandat a expiré, de même que celui de l’Assemblée parlementaire palestinienne, ainsi que celui des instances de l’Organisation de libération de la Palestine, contestée par une large fraction palestinienne, est sous perfusion. Et c’est ce Monsieur, sans légitimité, sans légalité, sans la moindre représentativité, en état de grande faiblesse, qui avait engagé le Monde arabe et musulman sur le point central de leur combat ! Le quatuor est à l’épreuve. Si ces négociations échouent, malgré les concessions continues et interminables des Palestiniens, il importera de dissoudre l’Autorité palestinienne, de démissionner Mahmoud Abbas, et de confier le pouvoir au Hamas, vainqueur a posteriori de la pantalonnade palestinienne, avec une nouvelle stratégie de combat.

Mais on a quand même le sentiment que le dossier du conflit est traité autrement par l’administration Obama. Une autre approche que celle de son prédécesseur. On est allé jusqu’à dire que la nouvelle administration américaine s’est débarrassée du poids du lobby pro-israélien…

Pas du tout. Le dossier est traité par Obama dans le même objectif que ses prédécesseurs, mais dans un habillage différent. Pérenniser Israël, en contrepartie de concessions symboliques pour les Palestiniens, ce qui libérerait les Etats arabes pro-occidentaux, principalement les pétromonarchies, de leur solidarité de façade avec la question palestinienne.

Judas est né dans la zone. Dans le passé, les Etats arabes luttaient pour la cause palestinienne. De nos jours, ils se servent de la question palestinienne pour obtenir des avantages personnels auprès des Etats-Unis et d’Israël. Les Etats-Unis ont désormais conscience que leurs intérêts à long terme dans le monde musulman pourraient ne pas être préservés avec la persistance du prurit palestinien. Ils cherchent à le régler à leur avantage avec le grand basculement des rapports de force internationaux qui est en train de s’opérer, avec l’affirmation de la Chine, de l’Inde, du Brésil, sur la scène internationale, et, sur le plan régional, de la Turquie et de l’Iran.

L’UE a été écartée -preuve en est que la France a fait actionner ses relais diplomatiques- des négociations. Quelles en sont les raisons selon vous ?

L’Europe brasse de l’air, sans aucune originalité, ni autonomie de décision par rapport aux Etats-Unis et aux groupes de pression pro-israéliens. Songez que Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a inauguré une esplanade à Paris en l’honneur de David Ben Gourion, fondateur de l’armée israélienne, en pleine tourmente de l’assaut israélien contre la flottille humanitaire pour Gaza. La démagogie électoraliste n’est pas toujours de bon conseil et se retourne souvent contre ses propres auteurs. Songez que la grande œuvre diplomatique majeure de Nicolas Sarkozy, l’Union Pour la Méditerranée, a tourné à la catastrophe absolue et ridiculisé son promoteur.

Netanyahou a affiché sa volonté de paix. Quelle est la part de la sincérité de la ruse. Autrement dit, quel gage donnerait-il à la concrétisation de cette paix ?

Netanyahou n’a rien à perdre. Il a multiplié les pré-conditions à un degré tel que sa campagne imputera aux Palestiniens tout échec, comme cela fut le cas dans les négociations de Way Plantation entre Arafat et Ehud Barak. Il prend des gages auprès d’Obama, qui lui sera redevable de la moindre avancée et devra lui rembourser comptant sur le dossier iranien.

Les différents groupes d’opposition en territoires occupés accepteront-ils à ce point une paix préfabriquée ? Quelles seraient les ripostes ?

L’opposition à l’hégémonie israélo-américaine est une réalité bien ancrée dans la conscience des peuples arabes (je ne parle pas des gouvernants). Libanais et Palestiniens ne se paient pas de mots et ne se contentent pas de paroles verbales. Le combat contre la domination israélo-américaine est un fait collectif tant au Liban qu’en Palestine, la guerre du Liban, 2006, et elle de Gaza, 2008, ont montré au monde leur détermination à s’opposer à l’injustice, l’oppression et la spoliation.

Un mot sur votre ami Arafat ?

Qu’il repose en paix au terme d’une vie de combat. Une belle épitaphe et, a posteriori, une belle victoire morale sur son ennemi irréductible, Ariel Sharon, transformé en légume, une triste fin pour ce général belliqueux et impétueux. Comme quoi la force brute et bestiale ne règle pas tout sur terre.

Entretien réalisé à Paris, Samir Méhalla

Le Jeune Indépendant, le 8 septembre 2010

René Naba est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=21286

 

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د. برهان غليون في حوار مفتوح مع القارئات والقراء حول: أزمة المجتمعات العربية والموقف من الحداثة والديمقراطية

Publié le par Mahi Ahmed

د. برهان غليون في حوار مفتوح مع القارئات والقراء حول: أزمة المجتمعات العربية والموقف من الحداثة والديمقراطية والاسلام

 


برهان غليون
- 2010 / 10 / 3
المحور: مقابلات و حوارات

 

أجرى الحوار : حميد كشكولي

من اجل تنشيط الحوارات الفكرية والثقافية والسياسية بين الكتاب والكاتبات والشخصيات السياسية والاجتماعية والثقافية الأخرى من جهة, وبين قراء وقارئات موقع الحوار المتمدن على الانترنت من جهة أخرى, ومن أجل تعزيز التفاعل الايجابي والحوار اليساري والعلماني والديمقراطي الموضوعي والحضاري البناء, تقوم مؤسسة الحوار المتمدن بأجراء حوارات مفتوحة حول المواضيع الحساسة والمهمة المتعلقة بتطوير مجتمعاتنا وتحديثها وترسيخ ثقافة حقوق الإنسان وحقوق المرأة والعدالة الاجتماعية والتقدم والسلام.
حوارنا – 8 - سيكون مع الأستاذ د. برهان غليون حول : أزمة المجتمعات العربية والموقف من الحداثة والديمقراطية والاسلام.


1- باعتباركم باحثا عن الحلول و المعالجات الجادة للعلل السياسية والاجتماعية والثقافية في المجتمعات العربية، ما هي برأيكم أبرز تلك العلل، وما هي الأخطار الناجمة عنها في مجتمعاتنا؟


لا أحبذ استخدام مفردات مثل العلل، لأنها توحي كما لو أن المجتمعات العربية ذات عاهات موروثة ودائمة، وأننا نضع أنفسنا في موضع الطبيب الذي يسعى إلى معالجة هذه العلل. والحال أن ما تعيشه المجتمعات العربية اليوم لا ينبع من علل قائمة فيها، لا في ثقافتها ولا أديانها ولا سلامة عقول أفرادها، وإنما نتيجة ظروف طرأت عليها، بعضها داخلي وبعضها خارجي، ينبغي تحليلها وفهم شروط تغييرها.
وفي اعتقادي أن كل ما تعرفه المجتمعات العربية اليوم من ظواهر سلبية، في أنماط حكمها السياسي، وفي تخبط سياساتها الاقتصادية، وفي نكستها الفكرية والثقافية، يعود إلى أمر واحد هو الازمة العميقة التي دخلت فيها بسبب إخفاق أو على الأقل توقف مسيرة التحول والتقدم التي انخرطت فيها منذ أكثر من قرن، والتي كان من المفروض أن تنقلها من أنماط الفكر والسلوك والإدارة والحكم القديمة أو التقليدية نحو أنماط حديثة، وتحل بذلك مشكلتها الرئيسية التي هي تحقيق المعاصرة، واستدراك التأخر التاريخي الذي لحق بها نتيجة تلكؤ نخبها القائدة أو جمودها في القرنين الماضيين.
وبعكس ما تشيعه الأدبيات الرائجة كانت المجتمعات العربية طليعية في دخول مغامرة الحداثة لأنه لا يوجد في ثقافتها الزمنية والدينية ما يعيق النظر العقلي والتجديد الفكري والديني: لا سلطة بابوية ولا تقاليد إقطاعية متجذرة. وقد سبق محمد علي اليابان في شق طريق التحديث، وبقيت مصر أكثر تقدما من الناحية الصناعية والعلمية والتقنية من معظم بلدان أوروبة حتى الربع الأخير من القرن التاسع عشر. وبالرغم من الضغوط والتهديدات الاستعمارية، استمر الضغط ، حتى عقود قليلة سابقة، شديدا داخل المجتمعات العربية، من جانب الشعب ومن جانب النخب الثقافية والقوى الاجتماعية الصاعدة، والأحزاب الليبرالية والقومية واليسارية الناشئة معا، من أجل اللحقاق بالعصر. ولم تستطع الهيئات الدينية المحافظة أن تؤثر على هذا التحرك نحو المستقبل أو أن تشكل عقبة تذكر أمامه. بل لقد تمت محاصرة رجال الدين المحافظين من قبل رجال دين تقدميين وإصلاحيين ساروا في اتجاه التحويل الحديث لمجتمعاتهم ونظروا له ودعموه، كما فعلت الحركة الاصلاحية الاسلامية. ولم يضعف سقوط الأقطار العربية تحت الاحتلال من زخم تيار الحداثة والتحديث. ففي ظله نشأت الحركات الوطنية حول مفاهيم وقيم ومطالب حديثة في بناء الدولة والامة والسياسة، وولدت الأحزاب الليبرالية والاشتراكية والماركسية والقومية على مختلف أشكالها. وما إن تحقق الاستقلال حتى انطلقت مسيرة التحديث والتقدم بأقوى صورها، متلفحة رداء القومية العربية التي حددت أهدافها بوضوح في استكمال الاستقلال وتوحيد البلدان العربية ومواجهة النفوذ الامبريالي، وبناء أمة حديثة من خلال تصفية بقايا الاقطاع وتوزيع الأرض على الفلاحين، وإحداث ثورة صناعية وتقنية وعلمية شاملة.
من هنا كانت الصدمة قوية عندما ظهر إخفاق هذا المشروع، أعني مشروع الدخول في العصر والخروج من التأخر، وتحقيق السيادة الكاملة وتطوير البنى الاقتصادية والعلمية للعالم العربي. وانقلب الحلم إلى كابوس بعد أن أطلق هذا الانهيار جميع القوى الناقمة التي كانت رابضة تنتظر فرصتها، لتستعيد نفوذها وتنهش من لحم المجتمعات العربية وتستملك مواردها المادية والمعنوية: من اسرائيل التي عادت فأطلقت مشاريع التوسع الاستيطاني في ما تبقى من فلسطين، إلى البلدان الصناعية الغربية التي أعادت وضع يدها على الثروة النفطية التي خافت في فترة سابقة أن تخرج عن سيطرتها تحت شعار نفط العرب للعرب الذي أطلقته الحركة القومية، إلى ملوك الطوائف والعشائر الذين لم يحلموا يوما بأن يكونوا في موقع القيادة العربية فصاروا أسيادها، إلى الزعماء الصغار الذين كبتوا طويلا عقد نقصهم الشخصية وانتظروا موت عبد الناصر ليعبروا عن طموحاتهم العنيفة لبناء ممالك شخصية ما لبثت حتى تحولت إلى ممالك وراثية، إلى الكبمرادوريين وأشباه الاقطاعيين الذين عادوا بعد إقصاء أليم في ثياب مقاولين ورجال أعمال ومديرين ومنتفعين ومرتشين دوليين ليحتلوا مقدمة المسرح، إلى رجال دين أو متدينين غلب عليهم حب الانتقام وتصفية الحسابات ليس مع النظام القوي الهالك فحسب ولكن مع القومية العربية وشعاراتها، بل مع العروبة ذاتها.
وكما يقول مثلنا العربي عندما تسقط البقرة تكثر سكاكينها. وهذا ما حصل ولا يزال بالضبط. وجميع هذه السكاكين تريد حصة لها من البقرة الخائرة. وجمعيها تريد أن تبني لنفسها مجدا على أنقاض مشروع الحداثة والنهضة ومن مخلفاته.
تعيش المجتمعات العربية إذن أزمة تاريخية عميقة بسبب انهيار مشروع الحداثة والتقدم الذي استثمرت فيه وحلمت به لعقود طويلة، بدافع الخوف من السيطرة الاستعمارية القريبة أولا، وبحافز إحياء الذاكرة ووحي الامبرطورية العربية السالفة ثانيا. ولا يستطيع أحد أن يدعي ان هذا الإخفاق وما تبعه من رفع السكاكين على المجتمعات الخائرة يرجع إلى جهل الشعوب العربية وتخلف ثقافتها وانحطاط دينها، ولا إلى مقاومتها العنيدة لقيم الحداثة أو لبرنامج التحديث الوطني والقومي، من بناء المصانع والمدارس والجامعات وتصفية الإقطاع وتوزيع الأرض وتقليل الفوارق بين الطبقات وإدخال الريف في الحياة السياسية الوطنية، ولا إلى رفض هذه الشعوب سياسات الاستقلال والعداء للامبريالية ومحاصرة نفوذ الاستعمار السابق التي طورتها الحركة القومية، ومن ضمنه الاستعمار الإسرائيلي، ولا إلى التوسع في الخدمات الاجتماعية وإصدار قوانين حماية العمال والفلاحين واتباع سياسات تفضيلية تجاههم. كما لا يمكن إرجاعه إلى وجود المد الاسلاموي أو قوة الحركات الاسلامية التي لم تكن قد برزت بعد وبقيت تيارا أقليا إلى زمن ليس قريب.
لم تأت مقاومة مشروع الحداثة والنهضة من قبل الشعوب والمجتمعات أو أغلبيتها، وإنما جاءت كما لا يخفى على عاقل من قبل ثلاث قوى رئيسية: الامبريالية الغربية أولا وفي مقدمها إسرائيل، والنظم العربية التقليدية شبه الإقطاعية ثانيا، والقوى الاجتماعية العربية التي تضررت بالفعل من إجراءات الاصلاح التحديثي التي اتخذتها الحكومات الوطنية: إزاحة النخب الارستقراطية أو شبه الارستقراطية والاقطاعية السائدة واحلال نخبة جديدة، من أصول ريفية غالبا، وسطى وشعبية، محلها، وتشجيع ثقافة المواطنية الحديثة، في مواجهة ثقافة المراتبية والهرمية والتمييز ضد الطبقات الدنيا، التي وسمت كل النظم التقليدية، نزع ملكية الأرض الاقطاعية وإعادة توزيعها، تأميم المصارف والشركات الخاصة.
هذه هي القوى الثلاث التي ورثت العالم العربي بأكمله بعد سقوط ثورته التحديثية. وهي التي قادته وأدارت شؤؤنه منذ السبعينيات من القرن الماضي ولا تزال. وخياراتها السياسية والاقتصادية والاجتماعية والثقافية والعلمية والتقنية هي المسؤولة الرئيسية عما يعيشه العالم العربي اليوم. وما يعيشه هو ثمرة النظام الجديد، الاجتماعي والسياسي والإقليمي، الذي أقامته هذه القوى والذي وضع لخدمة مصالحها وتعزيز مواقعها في الداخل والخارج الدولي معا. وهذا ما يفعله بالضبط. فإسرائيل كسبت أراضي جديدة واسعة للاستيطان لم تكن تحلم بها، والنظم التقليدية شبه الإقطاعية لم تحافظ على بقائها فحسب وإنما انتقلت من صف النظم المهددة بالسقوط إلى موقع قيادة العالم العربي وترتيب شؤون الإقليم بالتحالف المعهود مع الغرب، والقادة الصغار الذين اضطروا إلى البقاء في الظل بوجود "الزعيم" الأكبر عبد الناصر، استعادوا ثقتهم بأنفسهم واقتطعوا لأنفسهم ممالك دائمة لا ينافسهم عليها طير ولا إنسان، وإعادوا إحياء نظم الملكية الاقطاعية بطريق التوريث، والطبقات الكمبرادورية وشبه الأقطاعية التي عزلتها الحركة القومية هي اليوم صاحبة نظام "البيزنس" الكمبرادوري الذي حل محل الاقتصاد الحقيقي وبديل مشاريع وخطط التنمية الاقتصادية السابقة، وفرغت الساحة الثقافية او كادت، بدعم ملوك العشائر والطوائف، القدماء والجدد، ومباركتهم وتمويلهم وإعلامهم، لرجال الدين والمشعوذين الروحيين، الذين جعلوا من التدين سبيلا للهرب من أي مسؤولية جماعية أو التزام سياسي، وحولوه إلى وسيلة لتصفية كل ما ارتبط بالمشروع القومي التحديثي القديم من شعارات وقيم وأفكار.
ولم تقف هذه القوى ضد مشروع الحداثة العربية لأنها ضد الحداثة نفسها. فهي قوى حديثة أيضا ومستعدة لتمثل أقصى درجات الحداثة الاستهلاكية، لكنها كانت ضد مشروع حداثة تكاملية ومتكاملة، مستقلة ومتمحورة حول الذات تحول العرب إلى قطب من أقطاب الانتاج والابداع والازدهار الحضاري، لا يمكن تحقيقه من دون الدمج المضطرد لجميع أفراد الشعب وتأهيلمهم وترقية شروط معيشتهم، ومن أجل مشروع حداثة كمبرادورية، رثة، تضمن ازدهار طبقة من الوسطاء الاقتصاديين والسياسيين والاجتماعيين والثقافيين، وتراكم ثروتهم وسلطتهم بما يمكنهم من السيطرة المستمرة والاحتكارية، على حساب بناء اقتصاد تمركزي وسوق محلية قوية وخطط استثمارية نشطة تضمن خلق فرص عمل دائمة لابناء الشعب والارتقاء بمسستوى تأهيله وتكوينه ومعيشته وصحته وثقافته. الصراع ليس إذن على الحداثة وإنما داخلها بين حداثة تحتكر فيها قلة اجتماعية الثروة الوطنية لتضمن اندماجها في العصر لوحدها وعلى مستوى عال من الاستهلاك والازدهار، وحداثة وطنية يوجه التراكم الرأسمالي فيها لصالح القسم الاكبر من السكان ويقود إلى تحرر المجتمع وانعتاقه من امراض النظام القديم ومخلفاته.
وما نعيشه اليوم هو من منتجات هذه الحداثة الكمبرادورية التي ذكرت وعواقبها على الأغلبية الساحقة من السكان وعلى أمن المجتمع ككل ومصير الشعوب والبلدان. وهذه هي سياسات الحداثة التي قادت وتقود إلى ما نحن عليه. وهو ما يتجلي بوضوح عندما نطرح السؤال البسيط: بماذا تتجسد الأزمة اليوم؟
إنها تتجسد أولا في غياب أي مشروع جامع، وطني او إقليمي، شعبي أو حتى نخبوي. نحن نعيش في نظام تسوده المصالح والحسابات الفردية أو العائلية ولا يخضع لأي رؤية او حساب جماعي، وتحكمه اللحظة الراهنة، من دون أن يكون هناك أي أفق أو نظر في المستقبل، ويخضع لقانون القوة والعنف والقسر، ولا يقوم على أي مبدأ او مفهوم للحق، سواء أكان مبدأ المساواة بين الأفراد، كما هو الحال في النظم الحديثة، أو قاعدة التراتب الطبقي والمللي، كما كان الحال في النظام السابق.
وثانيا في غياب أي تنمية جدية، حتى أصبحت البلدان العربية الغنية بالموارد مضرب المثل في سوء الأداء الاقتصادي وتراجع مستوى حياة السكان ودخلهم وتدني نوعية الخدمات المقدمة لهم، وكذلك في نسبة اليد العاملة المهاجرة أو الباحثة عن مهجر.
وثالثا في النمو السرطاني لاقتصاد رأسمالية الأعمال والمضاربة المفتوحة، حتى أصبح الاقتصاد اقتصاد مافيات تتقاسم فيه المنافع والمغانم أعداد محدودة من الأسر والعائلات القريبة من الحكم أو العاملة على أطرافه، وتبني نظاما اقتصاديا همه تعظيم هذه المنافع والغنائم والامتيازات الناجمة عن احتكار السلطة والمنصب الرسمي وعمليات المضاربة والنهب المكشوف والسلبطة والرشوة والمحسوبية، ولا ينظر أبدا لا لمشاكل التنمية المتكاملة ولا إلى مصير ملايين البشر الذين ينتظرون فرص عمل حتى يضمنوا معيشتهم ويحققوا ولو جزءا يسيرا من انسانيتهم أو شعورهم بكرامتهم. هكذا يبدو الأفق الاقتصادي مغلقا تماما أمام أجيال الشباب، ولا أمل لأحد منهم بالخروج من قبضة الفقر والبؤس والبطالة إلا بالهجرة أو بقبول التسول على أعتاب مافيات السلطة والأمن والمال وخدمتهم.
ورابعا في ضياع الهوية، وطنية كانت أم قومية أم دينية أم اجتماعية، مع غياب أي مباديء أخلاقية، وأي مشروع مشترك، وأي روح تضامن وتكافل بين الأفراد، او الانخراط في تجربة روحية أو سياسية أو اجتماعية تشجع على التعاون والتواصل والتفاهم بينهم، وتطمئنهم على الحاضر والمستقبل.
والنتيجة شعور مدمر بالفراغ والخوف وغياب الأمن وعدم الاستقرار يهز المجتمعات ويعمق الشعور بالإخفاق والخيبة والاحباط، ويدفع أغلبية أفرادها إلى الشك في أنفسهم ومقدراتهم بل وشرعية وجودهم وجدواه. وكل هذا من منتجات هذه الحداثة الكمبرادورية والنظام العربي الجديد ومتطلبات بقائه وتقويته واستمراره أيضا.

واضح من هذا التحليل إذن، أن العلل، إذا كانت هناك علل، لا تكمن لا في الغرب كغرب ولا في الاسلام أو العروبة، إنما في نظام اجتماعي قائم على توازنات داخلية وطنية وإقليمية يشارك في وضعها واستمرارها الغرب الاستعماري، أو ما بقي من سياساته الاستعمارية والامبريالية، والنظم الاستبدادية والديكتاتورية الأمنية المحتكرة لجميع السلطات والمعادية لجميع الحقوق والحريات، أي التي تجرد الفرد من إنسانيته كي تضمن السيطرة عليه، وترفض القيام بأي إصلاحات سياسية أو اجتماعية، بل ترفض استخدام كلمة اصلاح نفسها وتفضل عليها كلمة التطوير والتحديث كما جاء ذلك في نص وثيقة الجامعة العربية، وأخيرا، قوى الرأسمالية الجديدة الكمبرادورية الصاعدة والمنفلتة من أي التزام او قيد، والتي تأمل بأن تبقى خارج أي مراقبة قانونية او محاسبة سياسية، وتستفرد بموارد المجتمعات وتتقاسمها فيما بينها.
والمخرج من هذه الأزمة، وما نجم عنها من تقهقر فكري وثقافي وديني وإنساني واقتصادي واجتماعي وسياسي، هو في تغيير هذا النظام أو الترتيب أو التوازن السائد، والقائم كما ذكرت على تحالف القوى الثلاث، وفتح باب التحرر والحداثة للشعوب. بمعنى آخر ليست مقاومة الاسلام او الثقافة العربية او التراث للحداثة هو السبب في ما تعيشه هذه الشعوب من أزمات، وإنما العكس تماما هو الصحيح، إن حرمان المجتمعات من حقها في دخول الحداثة بمعناها الحقيقي، وبما تعنيه من تحرير للانسان وتأكيد للحريات والحقوق والسيادة والمشاركة، وإجهاض حركاتها الوطنية والقومية وضرب محاولات تحديثها ، وهذا ما تقوم به القوى الثلاث التي ذكرت، هو وليس الغرب وحده، وإن كان الغرب هو سيد الموقف وقائد المسار، السبب في نكوص الوعي العربي ، وتفجير ازمة هوية قومية ودينية حقيقية في حجر المجتمعات الاسلامية، بلغت في أكثر من مكان وزمان مرحلة العنف بل الحرب الأهلية. وهذه المجتمعات وليس الغرب هي التي تتحمل النصيب الأكبر من التضحيات، بسبب هذه الأزمة التي يكاد يكون معظم ضحاياها من العرب والمسلمين نتيجة الصراع الدامي بين إسلام متطرف وإسلام معتدل وإسلام سلطة وإسلام أهلي وإسلام شيعي وإسلام سني. من دون الحديث عن استنفاذ طاقات المجتمعات وجهد نخبها في تطوير استراتيجيات المواجهة والأمن وتضييع الوقت في نقاشات عقيمة حول العقيدة والدين لا يمكن التقدم فيها لأنها ليست من الشؤون الخاضعة للعقل ولا هي ثمرة الاقتناع بقوة الحجج العقلية وإنما هي ثمرة ردود أفعال سياسية وايديولوجية. وفي النتيجة حرف نظر النخب والمجتمعات وإلهائها عن التصدي لمشاكل التنمية الانسانية الحقيقية، مما يقود إلى تعميق ازمة ضياعها وإحباطها وتفاهم النزوع إلى العنف فيها.

وليس هناك شك في أن المايسترو لهذه الاستراتيجية التي تستهدف حرف الانظار عن مشروع النهب والسرقة لموارد الشعوب العربية ومستقبل أجيالها هي القوى الغربية الاستعمارية. فهي التي تصوغ الأجندة وتقرر الأولويات التي سيسير عليها حلفاؤها واتباعها والمحتمين بها من أصحاب المشاريع السياسية المملوكية والتجارية والشخصية الكثيرة. فلا يهدف تركيز المعركة على الاسلام إلا إلى تجنب طرح مسؤوليات الغرب ونظمه وحلفائه في تفجير الأزمة واستمرارها، وفي مقدمهم إسرائيل والنخب الحاكمة الحليفة وقوى الاقطاع السياسي والكمبرادورية الصاعدة والقاعدة الزبائنية وأصحاب المصالح الضيقة والخاصة وغيرهم ممن يرى فيهم الغرب خير وسيلة للابقاء على سيطرته ونفوذه وإخضاع الغالبية الساحقة من الجمهور وشل المجتمعات وتفكيكها .

حرمان المجتمعات العربية، بأي ثمن وبكل الوسائل، بما فيها شراء نخبها وتدعيم ديكتاتورياتها ضد شعوبها، وزعزعة استقرارها المادي والنفسي، وتحطيم ثقتها بنفسها ومحو هويتها والتشكيك بها، هذا هو جوهر الأزمة وأصلها. وما تبقى ضياع وردود فعل وهيجانات وتشنجات الضحية المتوجعة. ولليس هناك غول إسلامي حقيقي وإنما الغول الحقيقي هو هذا التوازن الناجم عن تلاقي مصالح الأطراف الثلاث: الاستعمارية والديكتاتورية والكمبرادورية الذي يستدعي تهميش الشعوب وشل إرادتها وحرمانها من الموارد اللازمة للنمو والتقدم الانساني ويحول بالضرورة دون دخول معظم المجتمعات في دائرة الحداثة الحقة، وليس العرب فحسب. وهذا التحالف هو الذي صنع البعبع الاسلامي واختلقه من العدم، ولا يزال يغذيه ويرفع من شأنه، ويعزز قوته كلما ضعف أو مات, وقد نجح في أن يستخدم العرب أنفسهم، وفي مقدمهم النظم الحليفة، في تسويق أسطورة هذا البعبع، وقوته وجبروته. فهو يعيش بفضل الخوف الذي ينشره عن طريقه، ويستخدمه من أجل إغلاق النظم وقفلها تماما أمام أي تغيير أو إصلاح. وفي اتجاه هذا الغول الحقيقي المسيطر على جميع موارد الإقليم والمدجج بالسلاح من رأسه حتى أخمص قدميه، والذي لا يكف عن تزويد نفسه بصفقات تفوق الخيال، ينبغي أن توجه النصال كي يحصل التحرر الفعلي، ويخرج العالم العربي ومجتمعاته من أزمة الضياع واليأس والعنف والاقتتال والتقهقر ويدخل في الحداثة الحقيقية والعصر.
لا يعني هذا أنه لا يوجد مد إسلامي حقيقي، وأن العودة إلى الدين ليست هي السمة البارزة لتفكير وسلوك المجتمعات العربية اليوم. فهذا هو الواقع بالتأكيد. لكن هذا المد الاسلامي ليس ترجمة لروح إسلامية ثابتة وجامدة عابرة للتاريخ معادية للعقل وللحداثة وللغرب وللآخر، وإنما هي ثمرة رد فعل على ظروف تاريخية محددة، وبالضرورة زائلة، هي الفراغ الذي خلفه انهيار مشروع الحداثة العربية الذي حملته أفكار النهضة في القرن التاسع عشر، وسارت به الحركات الوطنية الاستقلالية شوطا بعيدا تحت الاحتلال الأجنبي، وحلمت المجتمعات بانه على سبيل التحقيق او يكاد أن يتحقق على يد الحركة القومية الشعبية التي ألهبت مشاعر الجمهور العريض وعبأته من أجل التحرر والانعتاق الناجز في الخمسينات والستينات. وكأي رد فعل، لا يتمتع المد الاسلامي بأي وحدة متماسكة تجعل منه منظومة واحدة ومتسقة قادرة على استخدام الطاقات والموارد البشرية والدينية التي تلتم حولها وتوجيهها لهدف واحد. بل هو مجموعة من الاتجاهات والمنظومات والتيارات والحركات المتباينة والمتنافرة التي تدفع كل منها في اتجاه مخالف للآخر، وتحول دون أي حركة مثمرة أو منتجة او تغيير ايجابي. ولذلك، بدل أن يكون بعبعا على الغير يتحول المد الاسلامي، بصراعاته الداخلية ونزاعاته مع الأطراف الاخرى، إلى غنغرينا ومصدر حروب ونزاعات أهلية لا أفق لها ولا مخرج منها: بين السنة والشيعة، والمتطرفين والمعتدلين، والقاعديين وغير القاعديين، والمتعاملين مع النظم القائمة والمعارضين لها.
من هنا يشكل التلويح الدائم بالبعبع الاسلامي، من قبل الغرب، والنظم القائمة، والنخب المرعوبة، وسيلة لحرف أنظار المجتمعات والرأي العام، العربي والاسلامي والعالمي، عن الغول الحقيقي الذي يدمر أسس الحياة الاجتماعية والسياسية والمدنية في هذه المجتمعات، غول التحالف الثلاثي المقيت بين الاستعمار والاستبداد والعنصرية الاجتماعية التي ترافق صعود الكمبرادورية الجديدة الناشئة وتبرر لها أنانيتها ووحشيتها في مراكمة الثروة والمال.

2 - تظل العلمانية واحدة من أكثر الموضوعات المثيرة للجدل في الفكر العربي المعاصر،وربما لم ينقطع النقاش حولها -ولا يتوقع له أن ينقطع- منذ وطئت أقدام الاستعمار الغربي بلداننا ، وبدأت تتشكل معالم "صدمة الحداثة والغرب" في الوجدان والفكر العربيين ، إذ يرى بعض المفكرين العرب أن العلمانية متتالية تاريخية تطورت بشكل حصري في السياق الغربي، عكست الأزمات والحلول والصراعات والمساومات السياسية والفكرية والنظرة الفلسفية المتكونة في عصر النهضة وما بعده وتوترات علاقة السلطة الدينية بالزمنية في الغرب، وهي بالتالي لا تصلح للعالم العربي والإسلامي، في حين يرى آخرون أن الخطاب العربي المعاصر حول العلمانية تناولها تناولا سطحيا على صورة إيديولوجية مبتسرة يغلب فيها السجال على النظر المتروي وعلى الاعتبار التاريخي تبعاً لخطاب الوسط ، وفق مقولة " جعلناكم أمة وسطا" ؟ ولكن توجد إلى جانب تلك الآراء المتعارضة، بعض الأبحاث الجادة والعلمية في هذا الصدد، فكيف تقيمون تلك الآراء والأبحاث في هذا الصدد؟


للعلمانية وجهان، وجه خصوصي مرتبط بشروط نشوئها الأول، وبخصائص المجتمعات الثقافية والسياسية والاجتماعية التي بلورت مفهومها، وبالتوترات والتناقضات التي كانت نظمها الاجتماعية تعيشها، والصرعات التي تفجرت في حضنها بين القوى الفاعلة الدينية والمدنية، والمساومات أو التسويات التي وصلت إليها لضمان استقرار النظام الاجتماعي. ووجه عام مرتبط بتاريخ تطور الفكر والممارسة الحضارية للانسانية عموما، والانتقال من نظم اجتماعية نسميها اليوم قديمة أو تقليدية، قائمة على مركزية الجماعة والهوية وبالتالي الايديولوجية في تحقيق الوحدة والاندماج والاستقرار، إلى نظم حديثة تقوم على مركزية الدولة القانونية التي تسمح بهامش كبير من الاستقلال الايديولوجي وحرية الرأي، وبالتالي بمزيد من حضور النظرة الموضوعية والمعرفة العلمية، وتستدعي تعزيز الحريات الفردية والضمانات القانونية.

والاشكالية العلمانية كما طرحت في القرن العشرين هي نتاج هذين المسارين ، أعني الصراع في أوروبة بين السلطة الدينية المتمثلة في الكنيسة التي كانت روح النظام القديم وكافلته ومشرعنته، أي ايديولوجيته العميقة، والسلطة السياسية المتمثلة في الدولة. وقد تحولت الدولة في هذا السياق إلى محور استقطاب ومركز استثمار جميع القوى الجديدة الصاعدة على أنقاض النظام الارستقراطي والجماعوي القديم، وفي مقدمها الأمير الحاكم ، أو القوى الملكية المركزية التي تنزع إلى الاستقلال عن الكنيسة أو توسيع هامش مبادرتها السياسية. وكانت النتيجة نشوء تفاهم ضمني جديد بين القوى الصاعدة ، الملكية والبرجوازية والنخب الثقافية، حولت الدولة شيئا فشيئا إلى محور بناء أمة سياسية، أي جماعة جديدة لا تجمع بين أفرادها العقيدة، مهما كانت، دينية أو زمنية، ولا الأصل الإتني أو العرقي، ولا المهنة الواحدة أو الثقافة الخاصة، وإنما عقد او مجموعة مباديء سياسية وقانونية تنظم أسلوب التعامل في ما بين الأفراد، وهي القواعد التي سيخرج منها مفهوم الدولة القانونية حيث يشكل الخضوع للقانون الواحد، المستند إلى إرادة الأفراد الحرة والمستمد منها، الالتزام الوحيد للفرد تجاه الفرد الآخر . وهذا أصل المواطنية وقانونها القائم على ضمان الحرية الفكرية والسياسية للجميع من جهة، أي حق الاختيار الاجتماعي، والمساواة الأخلاقية والقانونية من الجهة الثانية.
ومن الواضح أن الصراع ضد السلطة الكنسية الطاغية، أو ما سميته، في كتابي نقد السياسة، السطان الديني النازع إلى فرض الوصاية على الفكر والضمير، والسلطة السياسية معا، هو الذي ولد مفهوم السلطان السياسي المستقل عن أي تأثير خارجي، وفي مقدمه تأثير الكنيسة أو ضغوطها، والذي نعبر عنه بنظرية السيادة، سيادة الدولة، التي هي انعكاس وتجسيد معا لسيادة الأمة، التي هي تعبير أيضا عن سيادة وحرية واستقلال وكرامة كل فرد من أفرادها، أي تعبير عنها بوصفها أمة من المواطنين المستقلين والمتساوين. وقد تبلورت فكرة العلمانية في هذا السياق وصارت رديفا لفكرة المواطنية والديمقراطية والحرية الدينية والعقدية عموما، أي ايديولوجية التحرر من الوصاية الكنسية ، تحرر الدولة وتحرر المجتمع وتحرر الفرد في آن. وهي بهذا المعنى لا تنفصل عن ايديولوجية التحرر الحديثة، وعن الحداثة، وتشكل جزءا لا يتجزأ منها.
تاريخ تبلور مفهوم العلمانية هذا تاريخ خاص بالغرب، وبتاريخ الصراعات داخل المجتمعات الغربية، وبتاريخ تحرر هذه المجتمعات من الوصاية الكنسية، ولا يمكن أن ينقل أو يستنسخ في أي مجتمع آخر لأنه تاريخ خاص. ومن الواضح أن هذا المفهوم الايديولوجي للعلمانية لا ينطبق على المجتمعات العربية ولا الاسلامية، كما لا ينطبق على المجتمعات الآسيوية والأمريكية اللاتينية. وبالعكس شكل الاصلاح الديني في نهاية القرن التاسع عشر، وقام على أساس العودة إلى ما سمي الدين الصحيح والأصلي للسلف الصالح، المتفق مع العقل والسنن الكونية، أساس ايديولوجية التحرر من السلطة الدينية التقليدية في المجتمعات الاسلامية، التي لم تكن هي نفسها سلطة وصاية كنسية بمقدار ما كانت رديفا للسلطة المركزية الاتوقراطية والبيرقراطية، أي للجمود والمحافظة والاستقالة العقلية. وفي المقابل ولدت العلمانية هنا كجزء من الحداثة أو كأداة من أدوات التحديث واللحاق بركب الحضارة الانسانية. وكان مثال ذلك الأكبر، العلمانية التركية التي كانت جزءا من الثورة الكمالية ضد السلطنة العثمانية. ولهذا لم ترتبط ايديولوجية العلمانية هنا، وهذا هو تاريخ تكون المفهوم، بعملية التحرر الفردي والاجتماعي والسياسي من الوصاية الكنسية وبخلق شروط ضمان الحرية والاستقلال الفكري والروحي للفرد وبناء المواطنية المتساوية، وإنما بتحديث هياكل السلطة والاقتصاد والمؤسسات المدنية، وبقيت مثلها مثل مشروع التحديث، ايديولوجية نخبة إصلاحية، أو ثورية بالأحرى، تسعى إلى استدراك تخلف المجتمعات العربية والاسلامية. ومن هنا لم تنشأ لايديولوجية العلمانية هنا جذور عميقة في المجتمعات وإنما بقيت جزءا من ايديولوجية الدولة الحديثة، وشعارا من شعارات النخب التحديثية. ومن الطبيعي أن يؤدي انتكاس ايديولوجية الحداثة وأفكارها إلى انتكاس الفكرة العلمانية ويهدد بالإطاحة بها، ويفاقم من تصويرها، عند قسم متزايد من الجمهور، على أنها ايديولوجية غربية أو غريبة، بل جزءا من المشكلة، أي من الإخفاق الذي شهدته المجتمعات العربية في عملية تحديثها، أو سببا فيه، لا حلا أو جزءا من حل هذه المشكلة. مما يفسر تنامي أدلجة هذا المفهوم، وتزايد إفساده والنظر إليه كما لو كان رديفا للاستلاب والخروج عن الهوية والتعلق بالأوهام، إن لم يكن رداءا للكفر والخروج عن الجماعة والدين، من قبل القسم الأكبر من الجمهور المتراجع هو نفسه عن حلم الحداثة، ومعاملته بوصفه ايديولوجية تحرر نخبة حديثة ضائعة من مجتمعاتها ومن التزاماتها الاجتماعية على أثر نكسة الحداثة وانسدادا أفقها وحظوظها.
لكن العلمانية ليست مسألة ايديولوجية فحسب ولكنها واقع موضوعي أيضا. وهو واقع لا يخضع للاختيار أو للمساومة، لأنه مرتبط بمنطق عمل النظام الحديث المتطور. ويعني التطور تزايد الطابع التركيبي للنظام الاجتماعي وفي سياقه تنامي الحاجة إلى تطور تقسيم العمل الاجتماعي وتنوع الاختصاصات العلمية والعملية، وبالتالي استقلالها واحدتها عن الأخرى، وتكوين حقول بحث واختصاص متميزة تضبط نفسها من داخلها، وحسب معايير عقلية، ولا تبحث عن كفالتها في سلطة واحدة شاملة ومحتكرة للصدقية الأخلاقية والمعرفية والعملية. فالدخول في نظام الحداثة يعني استقلال السياسة كنشاط اجتماعي خاص عن الدين تماما كما افترضت من قبل استقلال العلم عن الفلسفة، ثم استقلال العلوم الاجتماعية عن العلوم الطبيعية، واستقلال المجتمع عن الدولة، واستقلال الفرد عن المجتمع، أي استقلال المجال الخاص عن المجال العام. فهذا الاستقلال لكل ميدان من النشاط بنفسه هو شرط تطور النظام الاجتماعي ككل، وقاعد تكوين حقول مستقلة تخضع لمعايير وسلطة وأهداف داخلية خاصة بكل حقل تضمن كفاءته وفعاليته وتحسين إنتاجيته. فلا يمكن للدولة أن تنضج وتكتمل شروط وجودها إذا ظلت عالة على الدين وحصرت ضمن أحكامه وغاياته، ولا للاقتصاد أن يتطور إذا خضع لمنطق العقيدة، دينية كانت أو مدنية، ولا للعقل أن يبدع إذا ظل الفرد، العاقل والمفكر، فاقدا للحرية الشخصية، وللمبادرة الخاصة، وملحقا بالجماعة وخاضعا في تفكيره وسلوكه لما تمليه عليه وتطلبه منه، ولا للمجتمع أن ينمي قواه الذاتية التي تمكنه من ضبط القوى والمؤسسات الناجمة عن تقسيم العمل الاجتماعي وظهور الشركات والرساميل الكبرى في المجتمع الصناعي، من دون أن يستقل عن الدولة ويضمن حرية إرادته وتنظيمه المدني، أي وجود الرأي العام المستقل وغير المتلاعب به ووجود المؤسسات والجمعيات الأهلية. ولا يعني الاستقلال هنا الانفصال بأي صورة كانت، وإنما بالعكس، تطوير كل حقل نشاط اجتماعي والارتفاع بمستوى التفاعل والتضامن والتكامل بينها جميعا بما يساهم في الارتقاء بآليات عمل النظام ككل وفعاليته.
فلا تقوم وحدة النظام العام في المجتمع الصناعي الحديث على صبغ جميع الحقول بلون ايديولوجي واحد أو إخضاعها إلى سلطة متعالية أو عالية، وإنما من خلال الضبط المتبادل للسلطات التي ترتبط كل منها بحقول النشاط، أو ضبط ايقاع كل حقل على ايقاع الحقل الآخر. وهذا ما تقوم به السياسة المدنية، أي السلطة العليا المرتبطة هي نفسها بجميع المصالح الاجتماعية والمعبرة عن جميع قطاعات الرأي، أي عن الأمة بوصفها مجموع هذه المصالح وحاصل اتساقها في الوقت نفسه. فوحدة النظام والتواصل بين عناصره ليسا قائمين بصورة مسبقة في اتساق عقيدة الأفراد ووحدتها، وإنما هي ثمرة جهد منظم وعقلاني مستمر ومتشعب، هو ما نسميه السياسة. والسياسة تعني الصراع من أجل الوصول إلى التوازنات والتسويات والتفاهمات التي تضمن الوحدة ضمن دائرة المحافظة على حرية الأطراف واستقلالها، وفي الوقت نفسه فرص التغيير والتحول والتطور والابداع.



3 - هل تعتقدون بوجود إمكانية فعلية لإلزام التيارات الإسلامية علي التحول إلى -أو الذوبان - في تيارات مدنية بصبغة علمانية- عملا يحسب على الديمقراطية ولا يمس حرية الفكر والاعتقاد الديني والسياسي و مبدأ المواطنة والمساواة أم لا؟


- لا يستطيع المثقفون العلمانيون فرض رأيهم على أحد، ليس لديهم الوسائل، وليس المطلوب منهم ذلك. أما السلطة السياسية فإنها تستطيع استخدام الضغط وربما القمع لإلزام الجميع على طاعتها، لكن القمع لايحل الخلاف ولا يغير الأفكار والاعتقادات. ففي المجتمع لا يمكن إلزام أي طرف برؤية الطرف الآخر، من دون المساس بهويته، وربما دفعه إلى العنف والانتقام. أما تشجيعنا السلطة السياسية على فرض رؤيتها على التيارات الاسلامية فهو يعني تسليمنا أيضا بحق السلطة ذاتها على أن تفرض علينا وعلى جميع قطاعات الرأي العام رؤيتها، وبالتالي التنازل للسلطة عن حقوقنا وحرياتنا، وإطلاق يدها تماما في الشؤون الفكرية والاجتماعية، وبالتالي المساهمة في تعزيز السلطة الاستبدادية وترسيخ روح الوصاية، وصاية الدولة الكنيسة على المجتمعات والأفراد. وهذا هو ما نعيشه الآن، وما يفسر مأساة الحريات المدنية والسياسية أو مذبحتها في أقطارنا.
المطلوب بالعكس التعاون بين جميع أصحاب المباديء الحرة واحترام الانسان على تفكيك نظم القمع والوصاية وفرض الرأي السائدة، وذلك من اجل خلق شروط تسمح للاسلاميين، كما تسمح لغيرهم، بتطوير تفكيرهم، والاعتراف بالرأي الآخر، وبالاختلاف، والالتزام بالصراع السلمي وقواعد العمل القانوني والديمقراطي وجدواه. باختصار لا نستطيع بالقمع أن نقنع الطرف الآخر بجدوى التخلي عن سلاح القمع. وما سمح للديمقراطيات الغربية أن تنمو وتتطور وتستقر أنها لم تخضع لمنطق القمع، حتى تجاه الحركات الثورية التي كانت ترفض الديمقراطية وتعتبرها خدعة برجوازية، وفي مقدمها الشيوعيون. ولم تقل إنه لا ديمقراطية لأعداء الديمقراطية، ولكنها نجحت لأنها لم تخضع لابتزاز اليمين بالقمع، وأثبتت للرأي العام أن النظام الديمقراطي أقوى من أعدائه، بل إنه قادر على استيعاب إعدائه. مما فرض على هؤلاء الالتزام بقواعد العمل الديمقراطي حتى عندما كانوا يرفضون مفهوم الديمقراطية ا"لشكلية"، ثم قادهم في مرحلة لاحقة إلى التمسك بها ضد أي خيارات سلطوية سواء سميت ديكتاتورية البروليتاريا او الديمقراطية الشعبية والاجتماعية. لا نستطيع أن نبرهن للناس على أن نظام الديمقراطية أفضل من الديكتاتورية إذا قبلنا نحن أنفسنا أن نلجأ إلى الديكتاتورية لدعم الديمقراطية أو كبديل عنها. وفي نظري تطور مقاربة الاسلاميين لمسائل السلطة والحكم مرتبطة بتطور وسائل الحكم والسياسة والتفكير السياسي في مجتمعاتنا وعند نخبنا المثقفة عموما. لكن هذا يتضمن أن ننظر إلى الاسلاميين السياسيين على أنهم أصحاب قضية، مهما كانت، لا مجرد مرضى بالدين وجهلاء وظلاميون ومعادون للحداثة والغرب. فهم في نظري، قبل هذا وذاك، معارضون سياسيون، ومتمردون على السلطات القائمة. وهم يستمدون قوتهم ونفوذهم الايديولوجي والسياسي من معارضتهم هذه للنظم القائمة، لا من جهلم أو محافظتهم الدينية او عدائهم للغرب والقيم الحديثة. وتطوير فكر الاسلاميين يبدأ بحل مشكلة هذه الأنظمة التي يرى فيها الجمهور العريض أيضا مثالا للظلم والقهر والغطرسة والانفصال عن المجتمعات والاستهتار بالمصالح العامة والعمالة للخارج. فلكل فعل رد فعل من طبيعته ونمطه. وهذا ما يفسر سرعة انحياز الاسلاميين أو بعضهم لأفكار الديمقراطية وتخليهم عن الخيارات العنفية في كل الحالات التي دخلت فيها النخب العلمانية بجد في عمية معارضة للنظام، وأثبتت أنها يمكن أن تكون حاملة لمشروع نظام ديمقراطي وتعددي، يختلف عن تلك النظم القمعية والبوليسية التي تستخدم شعار العلمانية كورقة توت تغطي بها على عورتها أمام قطاعات الرأي العام العالمية.
 


4 - ما الحل الأمثل برأيكم للتعامل مع الحركات الإسلامية ( أخذا بالاعتبار تجربة الإسلاميين في الجزائر وسوريا ومصر والعراق) ؟


- الحل الأمثل يكمن في التعامل معهم كأصحاب رأي ووجهة نظر مختلفة في المجتمع وربما في الدين، والنقاش معهم حولها ومقارعة حججهم بالحجج العقلية والمنطقية، وعدم التسليم بانتصارهم السياسي نتيجة ازدهار المشاعر الدينية لدى عامة الناس، ولا بالتالي التنازل لهم عن مسألة الكفاح من أجل التغيير، أي عن المستقبل، والتشبث بالنظم القائمة كخشبة خلاص. فاستقالة المثقفين والنخب العلمانية عموما في معركة الديمقراطية هو الذي يجعل من الاسلام السياسي المشروع الوحيد البديل المطروح امام الرأي العام.
- والحال إن الحل يكمن في بلورة مشروع الديمقراطية كمشروع بديل في مواجهة النظم الفاشلة والقمعية الراهنة. وهذا ما سيعطي للديمقراطية والقيم الانسانية المرتبطة بها، من حرية وعدالة ومساواة واستناره عقلية، صدقيتها أمام قيم المشاريع الاسلامية المرتبطة بقيم السلطة الدينية والعصبية الجمعية والأفضلية المذهبية والولاءات الجمعية الايديولوجية. إن ما يعزز موقع الاسلاميين ونفوذهم في المجتمع هو اصطفاف النخب العلمانية، وهي نخب مثقفة على العموم، وذات نفوذ في القطاعات الحيوية من الإدارة والسياسة والاقتصاد، إلى جانب النظم القمعية والنخب المافيوزية، بعضها للحصول على الامتيازات، وبعضها الآخر للحفاظ على حقوقها الطبيعية، وبعضها الثالث خوفا مما هو أسوأ. والنتيجة غياب أي بديل ديمقراطي جدي، ووضع المجتمعات والرأي العام أمام تحدي الاختيار بين الحل الاسلامي والحل الكمبرادوري الاستبدادي القائم. وفي هذه الحالة من الطبيعي أن تكون الأرجحية عند الرأي العام للحل الأول، لأنه إذا كان استبدادا فسيكون على الأقل لصالح المحرومين من السلطة والنفوذ والجاه، بالإضافة إلى وجود أمل أو وهم أكبر في أن لا تكون النخب الاسلامية على الدرجة نفسها من انعدام الأخلاق وسوء الإدارة وعدم الشعور بالمسؤولية. ومن الطبيعي أيضا أن يؤدي التمسح الشكلي للنظم الفاسدة القائمة بالعلمانية إلى تلويث سمعة هذه الايديولوجية وإساءة فهمها وتاويلها.
والحل الأمثل للتعامل مع الحركات الاسلامية هو تغيير العلمانيين، أو من يعتقدون أن العلمانية هي الأبرز في عناصر هويتهم أو مضمونها، أسلوب تعاملهم مع النظم السياسية والاجتماعية التي تقدم المجتمعات فريسة سهلة لجميع أصحاب الدعوات التغييرية، وفي الأساس ايجاد مشروع التغيير الديمقراطي الوطني الذي يشكل المخرج الوحيد لأزمة المجتمعات وضياعها. وبلورة مشروع تغيير ديمقراطي وطني لاتعني رفع الشعارات فقط، وإنما الصراع مع الجمهور الواسع، كل في مجاله، من أجل ضمان حقوقه، والصراع ضد السلطة الاستبدادية في صفوف النخب الحاكمة وغير الحاكمة، المسؤولة عن استمرار النظام وفساده، والصراع ضد جميع أشكال القهر والسيطرة الاجنبية والاستلاب، والصراع أخيرا لخلق ثقافة حرة تبني الفرد من الداخل وتؤسس لحياة أخلاقية وروحية واجتماعية حية ومرضية.



5 - هل يحق للمفكرين العلمانيين القيام برسم صورة الإسلام الصحيح بدلا عن الإسلاميين؟ وكيف يعطي الفكر العلماني بتنويعاته الحق لنفسه بادعاء التعبير عن ارادة الشعب أو أنه والسياسة، الإسلام الصحيح أو علي الأقل عن الفهم الصحيح لعلاقة الدين بالسياسة بدون الرجوع إلى رأي الأغلبية الشعبية؟ وهل إن فكرة فصل الدين عن السياسة والدولة أو غيرها من أفكار العلمانيين المتصلة بالدين والسياسة، هي أفكار معصومة عن الخطأ وممنوعة معارضتها؟


- بالتأكيد لا. فأصل التخبط الأعمق في فكرنا الراهن وفي تعاملنا مع بعضنا ومع الدين هو الخلط بين المهام الفكرية والعلمية والمهام الايديولوجية والدينية. فالاصلاح الدني مهمة دينية وهي من مهام أصحاب الخطاب الديني، ولا يصلح لمن هو من خارج دائرة هذا الخطاب أن يتحدث فيها. لكن هذا لا يمنعه، مثله مثل أي إنسان، أن يعبر عن رأيه بالفكر الديني السائد وأن ينتقده ويظهر مطباته وأخطاؤه. فهذا حق لكل إنسان ولا ينكره الاسلام على المسلمين بصرف النظر عن موقعهم الديني كما تؤكد عليه منظومة حقوق الانسان الحديثة. ومأساة مفكرين كبار مثل محمد أركون الذي غيبه الموت في الأسبوع الماضي، هي أنه أراد أن يكون في الوقت نفسه ناقدا للفكر الديني، على طريق فلاسفة الأنوار، وهذا مهم وضروري، ومصلحا دينيا في الوقت نفسه، وهذا مستحيل. لا يقوم الاصلاح الديني على النقد العقلي للدين، ولا يمكن إلا أن يقود إلى سوء فهم، وإلى إساءة للنقد الديني وللاصلاح الديني معا.
ناقد الفكر هو فيلسوف، يبحث عن الحقيقة الموضوعية كما تمكنه منها أدواته النظرية وأبحاثه العلمية. وهو لا يراعي، أو لا ينبغي أن يراعي، رأي الجمهور ولا حتى أن يهتم كثيرا في ما إذا فهم إشكالياته العلمية أو لم يفهم. جمهور الفيلسوف المرجعي هم الفلاسفة أنفسهم أو النازعين إلى الفلسفة، والذين يعتبرون الوصول إلى الحقيقة الموضوعية غاية في ذاتها بصرف النظر عن أي اعتبار آخر. وبالعكس المصلح الديني أو الاجتماعي لا يبحث عن المعرفة الحقيقية، وليست الحقيقة الموضوعية هي همه او غايته. إن غايته هي تغيير أوضاع المجتمع أو إصلاح مؤسسة ما، دينية أو مدنية. ومن أجل هذا الاصلاح يستخدم وسائل متعددة تقع في مقدمها الأسطورة والرمز والحلم والطوبى وكل ما يمكن إدراجه تحت مفهوم الايديولوجية التي تبرر خيارات التغيير وتؤسس لشرعية قيامه. وجمهور المصلح الرئيسي ليس الفلاسفة ولا المفكرين وإنما الجمهور الواسع الذي يتوقف على تغيير توجهاته وأفكاره مستقبل الاصلاح والتغيير. باختصار عمل المفكر توصيفي وعقلاني وعمل المصلح ايديولوجي وتبشيري إلى حد كبير.
لا ينبغي للمفكر أن يهدس دائما بموقف الجمهور العام. بل عليه القبول باحتمال أن تقوده أبحاثه إلى العزلة والانعزال، وربما الموت دفاعا عن الحقيقة، كما حصل لكبار المجددين في العصور الوسطى. وحقيقة المصلح هي صحة الاختيارات الايديولوجية التي يقوم بها وصلاحها وقدرتها على أقناع الناس وتوحيد إرادتهم من حولها، وهو ما لا يمكن من دونه نجاح مشروع الاصلاح.
ومشكلتنا نحن هو اننا نريد أن نكون مصلحين وفلاسفة نقديين في الوقت نفسه. فننتقل من البحث عن الحقيقة إلى المساومة عليها مع الجمهور، فنخترع مناهج وطرق مداورة ومناورة ونفاق أحيانا، تفقد حقيقتنا العلمية صدقيتها، ولا تقود إلى بناء حقيقة ايديولوجية ايمانية قادرة على تعبئة الجمهور وقيادته نحو غايات جديدة. فنخسر بذلك التجربة العلمية ولا ننجح في القيام بأي إصلاح ديني.
ذكرت هذا كله حتى أقول: لا يمكن لنا نحن المفكرين والعلماء، ولا نستطيع أن نكون مصلحين دينيين وأن نعمم رؤية جديدة للدين. ومثل هذا العمل إذا حاولنا القيام به يعكس جهلنا بشؤون العقيدة والعلم معا. حتى أكون مصلحا دينيا ينبغي أولا أن أحظى بثقة المتدينين، وأن أكون بالتالي واحدا منهم، وأن املك سلطة مرجعية، أي أن يعترف لي من قبل المتدينين بالحق في الكلام في الدين، أي أن يكون لكلامي معنى عند المتدينين، ومن المفيد أن يكون لي سابقة دينية أو فضل معرفي أو أخلاقي أو سياسي يجعل كلامي مسموعا عند من أريد تغيير أفكارهم وتجديد عقائدهم. وأول شروط الاصلاح والتغيير الديني هو أن يثق المؤمنون بالمصلح نتيجة صدقه وفضله وعمله الديني وإخلاصه للعقيدة والدين.
فالاصلاح الديني لا يستند إلى العقل، ولا يرتبط بقوة الدليل العقلي، أو المحاكمة الموضوعية، ولا علاقة له بنشر التاويل العقلي للقرآن أو للدين. قد ينجم هذا التأويل الأقرب إلى المنطق العقلي عن الاصلاح، لكنه ليس أصله ولا وسيلته. فالدين يعتمد بالأساس على الايمان، والايمان ليس من أفعال العقل، بل هو عكسه، إولا يستند إلى الحجة المنطقية الموضوعية أو المادية، وإنما تحركه القصة والعبرة والرواية الرمزية. فهو بالتعريف فعل تسليم. وهنا، التسليم بحقائق تتجاوز العقل، حقائق وجود خالق للكون، وبالتالي للانسان، من خارج الزمان والمكان، لا يحول ولا يزول ولا تدركه العقول.
لذلك لا يقوم الاصلاح الديني على عاهل مفكرين وفلاسفة عقلانيين ولا علماء رياضيين، وإنما على عاهل رجال دعوة دينيين من أصحاب الكرامة والجاذبية والسحر الشخصي. ولا يتم الاصلاح أيضا بقرار، ولا يعتمد على نوعية الفكر العقلاني أو غير العقلاني، إذ ما قيمة الفكر الجديد إذا لم يلق صدى لدى المؤمنين، ولم يؤثر فيهم، ولم يرد على حاجاتهم الروحية والفكرية.
هذا لا يعني أنه لا قيمة للفكر الفلسفي والعقلي أو للتأويل الفلسفي والتاريخي للدين، مما نشط به الكثير من مفكرينا في العقود الأربع أو الخمس الماضية. لكن ليس على مستوى عملية الاصلاح الديني، أي إصلاح ايمان الملايين، بل مئات الملايين من البشر، وإنما من باب تطوير الفكر النقدي عند النخب الاجتماعية، وعند الرأي العام ككل، وهو ما لا بد أن ينعكس ايجابيا على مستوى الجمهور الواسع وأسلوب تعاطيه مع الدين، وربما أعد لولادة المصلحين من المتدينين الذين يرون في تجديد العقيدة الدينية، أو في إدخال أفكار مبتكرة على الفكر الديني، أو نقد ما هو سائد من تقاليد دينية ليست جزءا لا يتجزأ من الدين، أو ابتكار معان وتأويلات جديدة في الدين، غاية نشاطهم ومشروع حياتهم الفكرية.
هذا يعني ان تطوير مناهجنا العلمية وتوسيع دائرة نشاطنا الفكري، وتجديد أساليب تناولنا لمشكلات قديمة وحديثة، والارتقاء بمستوى وعينا النظري وقدراتنا على مواجهة ما يستجد من أمور العالم، هو هدف الفلسفة والمفكرين، وهو غاية قائمة بذاتها، ومفيدة، وضرورية، بصرف النظر عما إذا أدت إلى إصلاح عقائد الجمهور الواسع ام لا، وليس لها علاقة مباشرة بهذا الاصلاح، ولا تهتم مسبقا في أن تكون مقبولة من الجمهور الواسع أو عموم الجمهور أم لا.
والحال إن ما أساء إلى تفكيرنا في العقود الماضية هو أننا حولنا العلم إلى دعوة تبشيرية فصرنا نطالب الجمهور بأن ينظر إلى الدين نظرة علمية، من دون أن ندري أننا بذلك نحول الدين إلى علم، أو نجعله بديلا عنه. والحال أن العلم غير الدين، وجمهور العلم غير جمهور الدين، وغاياته غير غايات الدين. وبالمثل لا يؤمن الناس بالأديان لكونها ترد على مطالب عقلية، او تساعد على معرفة الحقائق الموضوعية. للايمان منابع وحوافز ودوافع ونوابض مختلفة تماما ومتعددة، روحية وثقافية واجتماعية وسياسية وأحيانا اقتصادية أيضا. وتصور الناس الراهن، والسائد، للاسلام، أو لمطالب الايمان الاسلامي، ليس لها علاقة مطلقا بمقدراتهم الخاصة على التفكير العلمي أو النظر الموضوعي، وجودهما أو عدمه، وإنما بحاجات تتجاوز العلم والعقل المجرد القياسي، وتصب في معقوليات متعددة وخصوصية، ترتبط بشروط حياة الأفراد الاجتماعية وشروط حياة المجتمعات في المنظومة الدولية.
والعلمانية هي شرط من شروط ممارسة السياسة في الدولة الحديثة ولا علاقة لها بالدين. ولا ينبغي أن تناقش في إطار النقاش في الدين أو تجديد الفكر الديني أو الاصلاح الديني. وليس لأحد، لا في الدين ولا في العلمانية، عصمة خاصة تجعله بعيدا عن الخطأ. وكما أن شيئا لم يمنع البعض من استخدام الشيوعية، التي أرادت أن تكون تتويجا للنزعة الانسانية في سعيها إلى تحقيق العدالة والمساواة والانعتاق الشامل، وسيلة للتغطية على نظام التمييز الاجتماعي وتكريس الهرمية والطبقية بل الطائفية، وتعميم العبودية، لا شيء يمنعنا نحن، أقصد في جيلنا، من استخدام العلمانية وسيلة للتغطية على نظم التمييز والقهر واللامساواة.
الجواب على ذلك هو دائما: الصفاء الذهني، وابتعاد المفكرين عن الرهانات العامة، وفي مقدمها السلطة، والحفاظ على على جذوة الفكر النقدي حية.
 


6 - يتم منذ فترة ليست بالقصيرة تداول مصطلح - العلمانية الإنسانية -، فهل هذا تعبير من العلمانيين العرب لتمييز علمانيتهم عن علمانية تركيا تحت حكم العسكر التي رغم نجاحها رافقت تطبيقاتها الكثير من المظالم و الإجحاف بحق المجتمع التركي المسلم المحافظ، والقوميات الأخرى، وبالقوى السياسية المعارضة ؟


-لا أعتقد أن أحدا آخر استخدم هذا المصطلح غيري، وكنت أعني به في الرد على فريق من الذين وصفتهم بأنهم يستخدمون العلمانية كايديولوجية تغطي على الدغمائية الفلسفية وتضفي المشروعية على الاستقالة الاجتماعية، وتبرر الالتحاق بنظم السلطة القهرية، العودة إلى روح النزعة الانسانية التي ألهمت العلمانية، وقيمها الكبرى، التي انطلقت من تقديس الإنسان، بصرف النظر عن أصله وفصله وتحصيله العلمي وجهله وعلمه، أي من حيث هو إنسان، والايمان بمقدرته على الارتقاء بذاته، والارتفاع إلى مستوى السلوك الأخلاقي والوعي العقلاني والموضوعي في الوقت نفسه. فالانسانية تعني الثقة بالانسان والتفاؤل بإمكانية تقدم مداركه ومبادئه الأخلاقية، وبالعكس تركز العلمانية الرثة على قضايا إجرائية صرفة مثل فصل الدين عن الدولة، وقضايا السلطة، وترتبط برؤية آلية، لا تهتم فيها بمصير الإنسان الفرد ولا بمستقبله. وهي عندنا تنطلق من التسليم بسوء الانسان العربي وتمسكه الأعمى بالدين وعجزه عن الارتقاء إلى آفق الحياة الأخلاقية المدنية والسياسية الحديثة، وتنظر إلى العلمانية كوسيلة إضافية لإخضاعه وإكراهه على الدخول في حضارة معاصرة تفترض أنه معاد بالطبع والثقافة لها. هنا تبدو العلمانية جزءا من آلة سياسية، من الدولة القهرية، التي تشكل وحدها الضمانة الرئيسية لولادة الحرية وممارستها من قبل فرقة، عرفت نفسها منذ البداية، بانها الفرقة الناجية التي نجحت في تمثل قيم الحرية المعاصرة والاستنارة العقلية.
وهذه العلمانية السائدة اليوم لدى قسم كبير من نخبنا المثقفة هي كما هو واضح ارتداد فج عن قيم النزعة الانسانية التي لا يشكل الايمان بوحدة الانسان وبمقدرة جميع البشر على الارتقاء بأنفسهم وسلوكهم الأخلاقي ونظمهم الاجتماعية، بما في ذلك تمثل قيم العلمانية وغيرها، أساس شرعيتها فحسب، وإنما برنامج عملها التاريخي أيضا. العلمانية الانسانية هي العلمانية التي حافظت على روحها واستمرت في الايمان بوحدة الانسان، من دون تمييز بين المتنورين وغير المتنورين، أي بحق كل إنسان في الاستنارة والتقدم، ورفض إدانة أي مجموعة، أغلبية كانت أم أقلية، بالجمود أو بالعجز عن الارتقاء نحو ما يمكن أن يرتقي إليه أي إنسان، ورفض أي تمييز ضد أي جزء من أبناء الانسانية، وبالتالي رفض فكرة الاستثناءات العربية أو الاسلامية، التي تعني إدانتها بالخروج من تاريخ الحضارة الانسانية الواحدة.
7 - لقد عاشت المجتمعات العربية الكثير من فتاوى التكفير والعقاب الظالم بحق كثير من أصحاب الفكر المغاير المختلفين المعروفين لنا جميعا، لكننا لم نسمع عن مثل هذه الفتاوى، في إيران مثلا ، بحق مفكرين إيرانيين ( من أمثال علي دشتي و عبد الكريم سروش ، واكبر غنجي) طرحوا أفكارا مخالفة للسائدة، و تتنافي مع ولاية الفقيه، وتشكك حتى في أساسيات الإسلام و المذهب الشيعي؟ ترى ما هي أسباب هذا الاختلاف؟

-النظام الايراني الراهن بالرغم من طابعه التيوقراطي البارز نظام ولد من رحم ثورة شعبية سياسية ضد تحالف الارستقراطية المحلية مع الامبريالية، لها ابعاد اجتماعية وقومية عميقة. فهو يتمتع بقاعدة اجتماعية وبشرعية ثورية قريبة من تلك التي كانت تتمتع بها النظم القومية الشعبوية التي انتشرت في الستينات في العالم العربي وأمريكا اللاتينية وأفريقيا. وهذا ما يسمح له بهامش مناورة كبير نسبيا، لا يمكن مقارنته بهامش المبادرة الذي تتمتع به النظم المافيوزية العربية التي لم يعد لها قاعدة اجتماعية سوى الكتلة الزبائنية من رجال الاعمال والمستفيدين من النظام، وتفتقر لأي شرعية سياسية أو ايديولوجية، ولا تحظى بأي تأييد شعبي. القمع الشامل الذي تمارسه على المثقفين والمعارضين السياسيين هو التعبير الدقيق عن انحشارها في الزاوية وشعورها بأنها محاصرة، وأنها لا تستطيع البقاء إلا بخوض حرب وقائية مستمرة على المجتمعات، وعلى القوى النقدية والاحتجاجية منها بشكل خاص.

8 - أتذكر كلاما لجبران خليل جبران يقول فيه -إن أراد العرب أن يكونوا أمة عظيمة فعليهم أن يصبحوا جزء من أمة عظيمة- ولا بد أن الأمم العظمى في عهده كانت بريطانيا أو فرنسا أو ألمانيا , كيف تفهمون هذا الكلام؟ فهل كان جبران على حق ؟


-لا أعتقد أن جبران كان يعني الالتحاق بالأمم الأخرى وإنما تشكيل أمة كبرى مشابهة لهذه الأمم، أي تمثل القواعد والمباديء التي قامت عليها الحياة العمومية في هذه الأمم. وخلاف ذلك لا معنى له ولا يمكن أن يستقيم. فمن الواضح أن التحاق العرب بأمة عظيمة لن يجعل منهم أمة عظيمة أبدا وإنما مستعمرات وملحقات وربما أدوات في يد هذه الأمم تتلاعب بها وتستخدمها لتحقيق مصالحها الخاصة. والبقاء في حالة الانقسام والتشرذم والعداء لا يخلق شروط التنمية والتقدم المطلوبة. وعلى أية حال جبران شاعر وأديب كبير لكنه ليس رجل استراتيجية ولا مؤلف عظبم في تاريخ الدول والشعوب حتى يصبح لقوله سمة المرجعية أو الإلهام في هذا الميدان.

 


9 - لقد طرحتُ على مفكرين آخرين ضمن مشروع حواراتنا تساؤلاً عن اختلاف أهداف الحملات الاستعمارية في القرن التاسع عشر ( مثل حملة نابليون على مصر) عن شبيهاتها في القرن العشرين. وقد علمنا أن الأولى هبت معها رياح التغيير على منطقتنا، ثقافيا و سياسيا، وكانت تحمل معها مشاريع تشكيل دول ومجتمعات حديثة على هامش المراكز الغربية، لكننا نشهد المآسي والكوارث التي لا نزال نعيشها رافقت الحملات الامبريالية في عصر الرأسمالية المالية أو الإمبريالية. كيف تنظرون إلى هذه المسألة؟


-واضح اليوم أنه أمام الانسداد والفراغ واليأس الذي يلف المصير العربي، هناك من يحن لحقبة الاستعمار ويزينها. ولكن على خطأ. فما نعيشه اليوم ليس هو إلا من نتائج هذا الاستعمار القديم والجديد. ولم يكن الاستعمار القديم عتلة للتطور والتقدم والحداثة كما يبدو للبعض، ولكنه هو الذي زرع بذور الفساد في النظام الاجتماعي القائم، وأسس لقاعدة الحداثة الرثة، أي الاستعمارية التي تستوعب الشعوب الجديدة في أفريقيا وآسيا وأمريكا اللاتينية، ولكن من مستوى واطيء، بتحويلهم إلى وسائل لتطوير حداثتها المركزية والمكتملة، وموارد تستخدمها لتوسيع أسواقها ومراكمة راسمالها وتعزيز مواقعها الاستراتيجية، وعمال مهاجرين يعملون في خدمتها كالعبيد. هؤلاء جميعا دخلوا في الحداثة، لكن ليس الحداثة الناجزة المرتبطة بالحقوق والحريات والازدهار المادي والروحي، وإنما في حداثة مجهضة غير ناضجة وغير متكاملة وفاقدة للحياة، أي زبالة الحداثة. فهم عبيدها لا أسيادها، وضحاياها لا المستفيدن منها.
ولإدراك المضمون الحقيقي للاستعمار القديم الذي يبدو أنك تحن له أنت أيضا تكفي إعادة قراءة ماركس نفسه، ورؤية تقييمه لتجربة بريطانيا في الهند ونظريته في التراكم البدائي. لقد كان من دون تردد مأساة حقيقية. ولا يخفف من شدة هذه المأساة كونها كانت في أساس تحول كبير في تاريخ الشعوب. فماذا نقول عن استنزاف الموارد الأفريقية البشرية والطبيعية، وعن حرب الأفيون الصينية، وعن الاستعمار الاستيطاني الذي أدمى شعوبا كثيرة، لا يزال نموذجه اللاإنساني قائما في فلسطين، في تحد مباشر لجميع القيم والمباديء الانسانية التي تقوم عليها ثقافة العصر.
من هنا لا اعتقد أن هناك مجالا للفصل القاطع بين حقبتين من السيطرة الاستعمارية الغليظة والناعمة، ولا من باب أولى تفضيل واحدتهما على الأخرى. جوهر الاستعمارين القديم والجديد، وما حصل ولا يزال يحصل منذ أكثر من قرنين، هو إلحاق شعوب وأمم وبلدان تضم أغلب سكان الأرض بنواة من الدول والامم التي نجحت في تحقيق سبق علمي وتقني لا مجال للشك فيه، وبالتالي تفكيك الكثير منها وفرض التبعية على البعض الآخر ومنع البعض الثالث من التقدم إلى مستوى القطب المنتج والمستقل نسبيا، حتى لا نقول الندية. وهذا التاريخ هو الذي لا نزال نعيش فيه وإن بدأت معالمه تتغير ببروز دول قوية في الصين والهند، وتقدمها ضد إرادة الدول الغربية المركزية.
والواقع أننا لا نزال نعيش في تاريخ واحد ومستمر. فحقبة الاستعمار الكلاسيكي هي التمهيد المباشر لحقبة السيطرة الامبريالية الراهنة، ولا تنفصل واحدتهما عن الأخرى. فأزمة التطور الحضاري العالمية المتجلية في تخلف القسم الاكبر من المجتمعات وتأخرها، هي الثمرة الطبيعية لهذه السيطرة التي تنتج التفاوت المتزايد في توزيع فرص التنمية والتقدم في جميع الميادين : السياسية مثل بناء الدولة الأمة، أو الاقتصادية، (نشوء السوق المستقلة التي تعني الحد الأدنى من التوازن بين العرض والطلب والانتاج والاستهلاك وبين الموارد البشرية والوسائل المادية والرأسمالية)، أو الثقافية بما تعنيه من تطور أخلاقيات وقيم مدنية مساواتية، كل ذلك وغيره كثير. فماضي الرأسمالية يفسر حاضرها أو على الأقل جزءا منه.
ولا أعتقد كذلك أن فرص التحرر من نير الاستعمار الجديد، أو السيطرة الامبريالية الراهنة، أكبر من الفرص التي أتاحها الاستعمار القديم. ولا ندري بعد على أي مبدأ يمكن أن يستند تحرر الشعوب في عصرنا الحالي بعد انحسار الفكرة الوطنية وتراجع الحمية الدينية، بالرغم من وجود جماعات تعبر بعنف متزايد عن تمردها على النظام القائم. ولعل قيمة المساواة ورفض التمييز بين البشر، أفرادا وامما، التي تكمن في صلب الفكرة الإنسانية الكونية، أو الكسموبوليتية الجديدة، هي التي ستشكل المحرك لحركات الانعتاق المقبلة التي ستكون هي أيضا ذات هوية وعقيدة وأبعاد كونية أو كوكبية. لكن لن يحصل هذا في أفق منظور أو على الأٌقل ليس في جيلنا.

10 - في فترات معينة يقع العلمانيون والتحرريون أمام خيارين أحلاهما مر ّ، هو الموقف الذي يفترض أن يتخذوه بين دعم دكتاتورية تقوم بخطوات علمانية، بما في ذلك إعطاء المرأة بعض حقوقها، وبين معارضتهم لها لانتهاكها الفظيع لحقوق الإنسان و المواطنين واحتمال وصول قوى إسلامية سياسية أشد إيلاماً للمجتمع بسبب ما تمارسه من استبداد فكري وسياسي وديني عل المجتمع ومناهضة جميع الاتجاهات الفكرية والسياسية والقوى الأخرى. ما هو الخيار الذي يمكن أن يكون صالحاً لبلداننا والخروج من النفق المظلم الذي يختنق فيه فكر الحرية والحداثة والتقدم؟

-كما ذكرت في جواب سابق، الخيار الصحيح هو الديمقراطية. وهذا يعني أولا عدم التسليم بخيارين لا ثالث لهما : الديكتاتورية "العلمانية" أو شبه العلمانية أو المتسترة بالعلمانية والحداثة، وهي مثال القرسطوية السياسية والفكرية، والدولة الكهنوتية التي يقوم على إدارتها وتوجيهها رجال يعتقدون أنهم يمثلون الله على الأرض أو أنهم مخلصون لوحيه وينفذون إرادته، سواء أكان ذلك نتيجة ايمان حقيقي أو استخدام مكيافيلي للدين. وثانيا بناء الخيار الديمقراطي، بالعمل السياسي المنظم ضد أنظمة القهر السياسية والنقاش المستمر مع قطاعات الرأي العام المختلفة، بما فيها القطاعات الاسلاموية، من أجل رفع الوصاية عن الضمير وتأكيد حرية الفرد وحقه في الاختيار ورفض مصادرة أمراء الجماعات، دينية كانت أو إتنية، إرادة الأفراد وقرارهم. وثالثا اعتبار الخيار الديمقراطي خيارا استراتيجيا وتاريخيا، مما يعني ضرورة العمل في برنامج الديمقراطية على المدى المتوسط والطويل، وعدم الاعتقاد بأن المسألة تتعلق بحسم السلطة بأي طريقة وأي ثمن، أو أن الديمقراطية تختصر في انتزاع السلطة من فئة وإعطائها لفئة أخرى. إن الديمقراطية السياسية لا تعيش من دون ثقافة ديمقراطية، ومن دون توازنات جديدة بين الدولة والمجتمع، والنخبة والشعب، وعلاقات مختلفة للأمة ككل بالمنظومة الدولية وعبرها بالأمم الأخرى. فالخيار الديمقراطي في ظروف عصرنا الراهن برنامج تاريخي يشمل مهام متعددة لا يمكن تحقيقها واستكمالها بانقلاب أو دفعة واحدة وإنما تحتاج لعمل دؤوب وطويل النفس، حتى لو أن احتمال أن تميل الكفة داخل الرأي العام لصالح الخيار الديمقراطي ليست مرتبطة بالضرورة باستكمال البرنامج الديمقراطي التاريخي أو إنجاز جميع مهامه.
لا ينبغي التردد إذن في العمل ضد نظم القهر، المتداخلة، محليا ووطنيا وإقليميا وعالميا، والتي هي مصدر جميع التشوهات النفسية والسياسية والفكرية لمجتمعاتنا. فبقدر ما يتقدم هذا العمل وتظهر في الأفق معالم الخيار الجديد، واحتمالات التغيير في هذا الاتجاه، سينقلب تدريجيا مزاج الجمهور الواسع، وينتقل قسم كبير منه إلى جبهة النضال الديمقراطي. والقصد أنه إذا كانت الديمقراطية لا تشكل قطب جذب قوي اليوم للرأي العام فلأنها لا توجد لا في الواقع ولا في النظرية كخيار ممكن، او لأن النخب الرئيسية التي يمكن المراهنة عليها من أجل التغيير الديمقراطي لا تزال عاجزة عن بلورة الديمقراطية كخبار قابل للتحقيق، وغير قادرة على صوغ البرنامج العملي الذي يعطي للعمل الديمقراطي صدقيته ويجعل منه مشروعا راهنا ومفتوحا للاستمثار من قبل جميع القوى الرافضة لنظام التحالف الثلاثي القائم أو المتضررة منه.
وإذا أردنا صياغة أكثر دقة للموقف الديمقراطي في مواجهة الخيارين القائمين قلنا، بلغة الماركسيين الكلاسيكيين، أن التناقض الرئيسي والعدائي للمشروع الديمقراطي هو مع الاستبداد ونسقه الفكري والعملي، أما التناقض مع التيارات الاسلامية المعارضة فهو تناقض يأتي في الدرجة الثانية، ولا يحتمل العداء، لأن تجاوزه شرط لتوحيد الصف الشعبي او تكوين كتلة سياسية قادرة على التغيير، وهذا التجاوز لا يتم بالمواجهة وإنما بالعمل على الرأي العام الاسلامي بما في ذلك الحركات أو التيارات الاسلاموية، من أجل كسب من يمكن كسبه للخيار الديمقراطي، وتشجيع من يمكن دفعه بشكل اكبر إلى الارتقاء بالمشروع الاسلامي إلى مستوى القبول بالتعددية والتسامح مع التيارات الأخرى، وتحييد من يمكن وينبغي تحييده من غلاة الاسلامويين المتعصبين والمعادين لروح المواطنية وفكرها.
والخطأ الذي لا يزال يقع فيه العلمانيون، أي الذين لايرون العالم والمجتمع إلا عبر أولوية العلمانية، ولا يهمهم كثيرا النظر في مشاكل السيطرة والامبريالية والصراعات الطبقية والفقر والظلم والاضطهاد، هو سكوتهم عن الاستبداد وأحيانا التغطية عليه أو تجميله خوفا من الاسلاميين. فهذا لا يعني شيئا آخر سوى انتحار التيار الديمقراطي لصالح الاستبداد من جهة ولصالح الاسلاموييين المتطرفين الذين يجدون في موقف خصومهم أفضل مصدر لشرعية دعوتهم ولمقارعة الاستبداد "الكافر" بالاسستبداد المؤمن. إن مغالبة الديمقراطيين للاسلامويين، أي تخليص الرأي العام من وهم الحلول الدينية للقضايا الاجتماعية، لا تتحقق بدعم الاستبداد الذي يفرخ الاسلاموية ويشرعن مشروعها بوصفه نقيضها ومثالها معا، وإنما بالعمل والاجتهاد لشق طريق التحول الديمقراطي والمثابرة عليه والاستثمار المتواصل فيه على الصعيد الفكري والعملي. وكما يقول المثل الصيني إن طريقا من ألف ميل تبدأ بخطوة واحدة. لكن المهم وضع قدمنا على أرض صلبة لنبدأ الخطو. وهو ما لم ننجح فيه بعد.

 

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