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Ariel Sharon, la fin d’un criminel de guerre

Publié le par Mahi Ahmed

Ariel Sharon, la fin d’un criminel de guerre

dimanche 12 janvier 2014, par Alain Gresh

Le général Ariel Sharon s’est donc éteint le samedi 11 janvier 2014, après de longues années de coma. Le président François Hollande a publié un communiqué qualifié par Le Point de « lapidaire » : il « a été un acteur majeur dans l’histoire de son pays. Après une longue carrière militaire et politique, il a fait le choix de se tourner vers le dialogue avec les Palestiniens. Je présente mes condoléances sincères à sa famille et au peuple d’Israël ».

On a connu effectivement des textes plus chaleureux, mais fallait-il vraiment présenter ses condoléances au peuple d’Israël ? Il aurait mieux valu les offrir aux Palestiniens et aux milliers de victimes dues aux actions directes de cet officier.

Lire « Saint Sharon », Le Monde diplomatique, février 2006.La plus célèbre, si l’on peut dire, est celle des camps de Sabra et Chatila. Mais le parcours de Sharon est jonché de cadavres et il n’est pas inutile de rappeler quelques-uns de ses exploits.

Le premier connu eut lieu le 14 octobre 1953 dans le village de Qibya, en Cisjordanie (à l’époque sous souveraineté jordanienne). En représailles à une action de commandos palestiniens qui avait fait plusieurs victimes civiles, l’unité 101 de l’armée israélienne, sous le commandement de Sharon, pénètre dans le village et dynamite une cinquantaine de maisons avec leurs habitants. Bilan : soixante-neuf morts palestiniens.

Lors de l’agression israélienne contre l’Egypte en octobre 1956 (qui fait suite à la nationalisation de la compagnie du canal de Suez par Gamal Abdel Nasser), une unité commandée par Sharon s’empare de la passe de Mitla. On devait apprendre en 1995 que plusieurs dizaines de prisonniers égyptiens, mais aussi une cinquantaine d’ouvriers capturés par hasard ainsi qu’une cinquantaine de fedayin palestiniens avaient été tués lors de cette opération (parmi d’autres massacres durant la guerre de 1956 révélés dans les années 1990 — lire la biographie de Sharon dans Les 100 clés du Proche-Orient, Alain Gresh et Dominique Vidal, Fayard, Paris, 2011) ; et aussi la magnifique bande dessinée de Joe Sacco, Gaza 1956. En marge de l’histoire, Futuropolis, Paris, 2010).

Il faudrait dire aussi un mot du « rétablissement de l’ordre » à Gaza en 1970-1971, une opération qui a duré des mois et a abouti à la destruction de centaines de maisons, et à la mort d’un nombre incalculable de Palestiniens (avez-vous remarqué que, dès qu’il s’agit de morts palestiniens, on ne connaît jamais les chiffres exacts ? Ils forment toujours une masse sans noms et sans visages).

Mais les exploits les plus éclatants de Sharon sont les massacres de Sabra et Chatila, qui ont lieu à la suite de l’invasion israélienne du Liban à l’été 1982, invasion qui en soit est déjà un crime passible de la justice internationale et qui provoquera des milliers de morts.

Lire « Les antécédents du général Sharon », Le Monde diplomatique, novembre 2001. Human Rights Watch rappelle, dans un communiqué publié le 11 janvier 2014, « Israel : Ariel Sharon’s Troubling Legacy. Evaded Prosecution Over Sabra and Shatilla Massacres » sa responsabilité dans les massacres des (camps palestiniens) Sabra et Chatila au Liban, durant lesquels des centaines (là aussi les chiffres varient, mais sans doute plus d’un millier) de Palestiniens, hommes, femmes, vieillards et enfants furent sauvagement exterminés. Ces atrocités ont été commises par les Phalanges libanaises, alliées d’Israël, sous l’oeil de l’armée israélienne qui encerclait les camps palestiniens.

« En février 1983, la Commission Kahane, commission officielle d’enquête israélienne sur ces événements, note HRW, a estimé que “Sharon n’a pas pris sérieusement en considération… le fait que les phalangistes étaient susceptibles de commettre des atrocités...” La commission a estimé que le mépris que Sharon avait manifesté “à l’égard de la possibilité d’un massacre” était “impossible à justifier”. Elle a recommandé sa destitution en tant que ministre de la défense. Il est resté dans le cabinet israélien en tant que ministre sans portefeuille et est devenu plus tard premier ministre en 2001, poste qu’il a occupé jusqu’à son attaque (cérébrale) en janvier 2006.

Les autorités judiciaires israéliennes n’ont jamais mené une enquête criminelle pour déterminer si Sharon et d’autres responsables militaires israéliens portaient une responsabilité pénale. En 2001, les survivants (des massacres de Sabra et Chatila) ont porté plainte en Belgique pour demander que Sharon soit poursuivi en vertu de la “compétence universelle” de la loi belge. Des pressions politiques ont conduit le Parlement belge à modifier la loi en avril 2003 et à l’abroger purement et simplement en août, ce qui amena le plus haut tribunal de Belgique à abandonner l’affaire contre Sharon au mois de septembre. »

Sur les changements de la loi en Belgique, on pourra lire Pierre Péan, « La bataille de Bruxelles », Le Monde diplomatique, septembre 2002.

De nombreux témoignages montrent que le rôle de l’armée israélienne ne fut pas seulement « passif ». Le journaliste israélien (et collaborateur du Monde diplomatique Amnon Kapeliouk l’avait montré dans un livre célèbre publié à chaud, Sabra et Chatila, enquête sur un massacre (Le Seuil, Paris, 1982). Il allait y revenir à plusieurs reprises, notamment dans un article publié dans Le Monde diplomatique (juin 1983), « Les insuffisances de l’enquête israélienne sur les massacres de Sabra et Chatila ».

« L’un des défauts les plus graves du rapport Kahane est relatif à la question de la responsabilité du massacre. Sur ce point, les conclusions de la commission sont en contradiction avec les faits qu’elle-même rapporte. L’armée israélienne a occupé Beyrouth-Ouest ; elle était donc responsable de la paix et de la sécurité de sa population civile, aux termes des lois internationales les plus élémentaires. D’ailleurs, le prétexte invoqué pour justifier son entrée à Beyrouth-Ouest était bien la volonté “d’éviter les risques de violences, les effusions de sang et le chaos” (§ 41).
Le 16 septembre 1982, au lendemain de l’occupation de Beyrouth-Ouest, le bureau du ministre de la défense diffuse un document où il est dit notamment : “F) Un seul élément, et cet élément sera l’armée israélienne, commandera les forces sur le terrain. Quant à l’opération dans les camps, ce sont les Phalanges qui y seront envoyées” (§ 32).
Selon l’interprétation du chef du bureau des renseignements militaires de l’armée, “cela signifiait que toutes les forces opérant sur le terrain, y compris les Phalanges, se trouveraient sous l’autorité de Tsahal et agiraient selon ses directives”
(ibid.). »

(…)

« Après quoi, les trois enquêteurs (de la commission Kahane) affirment que la responsabilité de MM. Begin, Sharon, Eytan, etc. est indirecte. La meilleure réponse à cette affirmation est venue de la plume d’Amos Oz, le plus connu des écrivains israéliens : “Celui qui invite l’éventreur du Yorkshire à passer deux nuits dans un orphelinat de jeunes filles ne peut ensuite prétendre, en voyant l’amoncellement de cadavres, qu’il s’était entendu avec lui pour qu’il se contente de laver la tête des enfants.” Le romancier Izhar Smilansky a lui aussi ironisé : “On a lâché des lions affamés dans l’arène. Ils ont dévoré des hommes. Donc les lions sont coupables.” D’après le paragraphe 298 du code pénal israélien de 1977, “sera accusé de meurtre quiconque aura provoqué par un acte ou par une incurie la mort d’une personne”. Le paragraphe 26 du même code définit les complices d’un meurtre et les considère comme des responsables directs. Comment ne pas conclure alors que la responsabilité israélienne était directe avant le début du massacre, et à plus forte raison après l’entrée des “forces libanaises” dans les camps. »

Autant de crimes pour lesquels Sharon ne sera jamais jugé. Et les pays occidentaux, si prompts à envoyer devant la Cour pénale internationale tel ou tel dictateur africain, ont tout fait pour éviter que le général ait des comptes à rendre devant la justice (les responsables israéliens en général, ceux qui sont responsables de la guerre du Liban de 2006 comme de l’invasion de Gaza en 2008-2009, ont aussi échappé à tout procès et ils sont accueillis à bras ouverts en Europe ou aux Etats-Unis). Comment une telle partialité n’alimenterait pas les discours complotistes et antisémites tels que les véhicule Dieudonné ? Israël (et les juifs à travers le monde, bien sûr, puisqu’Israël se veut l’Etat du peuple juif) dirigerait le monde. La meilleure manière de combattre ces dérives est d’affirmer clairement qu’un crime contre l’humanité est un crime contre l’humanité, qu’il soit commis par un général israélien ou par un président soudanais. On en est loin.

 

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Enseignement des mathématiques Les vertus de la pédagogie active et du e-learning

Publié le par Mahi Ahmed

 

Par Ali Derbala, universitaire
«L’histoire est un roman dont le peuple est l’auteur», Alfred de Vigny (1).
La façon d’enseigner les mathématiques est devenue archaïque et «ringarde». Elle utilise encore une pédagogie classique orientée vers l'abstraction. Le temps où le «fonctionnaire enseignant» de l’enseignement supérieur n’est présent à l’université que durant six heures par semaine doit être révolu.

Les enseignants sont tenus de participer à la vie universitaire par leur assiduité, leur présence à l’université pendant toute la semaine, leur engagement à fournir plus d’efforts en encadrant les étudiants, en développant leur propre cours et en les rendant visibles, lisibles sur internet et sur intranet. Ils doivent développer des plateformes électroniques dédiées à l’enseignement par internet appelé aussi le e-learning. En effet, comment des universités algériennes ne développent pas leur propre plateforme du e-learning et comptent acquérir des plateformes pédagogiques à coups de centaines de milliers de dollars ? La sonnette d’alarme est tirée ! Notre façon d’enseigner les mathématiques n’a pas changé depuis longtemps. C’est un enseignement présentiel. Nous devons arriver à la situation où il n’y aura plus de craie, il n’y aura que de la projection sur des écrans des résultats mathématiques par les data-shows, des démonstrations sont insérées dans des supports numériques de type fichier PDF ou polycopié remis par le chargé de cours à ses étudiants. Elles seront disponibles sur la plateforme dédiée, des séries d’exercices, des corrections d’exercices ardus, des EMD affichées en toute transparence et leur correction s’ensuivront peu de temps après les épreuves. Même les examens écrits peuvent se faire à distance. Les tableaux verts, noirs ou blancs sont obsolètes. Après le «cahier numérique» (2), le TNI, le nouveau tableau numérique interactif, également appelé TBI, tableau blanc interactif, est, après l’ordinateur, l’un des outils les plus utilisés pour les TIC, technologies de l’information et de la communication. C’est un outil innovant. Le TNI permet avant tout une souplesse dans la présentation des éléments présentés aux élèves pendant le cours. Il s’agit en effet d’un support pour le multimédia (texte, image, son) permettant l’affichage de documents numériques, la modification de ces documents ou, par exemple, l’enregistrement d’une séance de cours. Il facilite également l’activité des élèves au tableau grâce à la manipulation simple de fonctionnalités intégrées jusqu’alors externes au tableau classique : feutres multicolores, déplacement d’objets, instruments géométriques…
Le TNI est toujours associé à un logiciel qui offre la possibilité de création, de personnalisation et de modification de documents multimédias grâce aux différentes fonctionnalités proposées (3).
Il est accroché dans les salles de cours des pays développés, il est fixe mais tactile, il répond au doigt et bientôt à l’œil, il suffit d’en développer le système d’exploitation reconnaissant le «clin d’œil». C’est un «animal pédagogique», qui saute aux yeux. Il faut donner des chances aux étudiants, de les voir adopter des techniques modernes, d’utiliser de nouveaux produits tels les logiciels de mathématiques et bien d’autres. L’utilisation de logiciels de mathématiques, des supports pédagogiques, est indispensable. Tracer le graphe d’une application ou d’une courbe ne doit pas se faire en toute une séance de cours. Donner l’expression analytique d’une fonction et l’instruction «tracer» (de l’anglais «plot») à un logiciel de calcul formel et vous aurez l’allure de la courbe en quelques dixièmes de seconde.

1. Le devoir pédagogique de l’enseignant universitaire
Une grande partie des enseignants de mathématiques n’ont presque jamais varié leurs méthodes transmissives. Il faut que des équipes pédagogiques existent réellement.
Par exemple, elles seront dénommées équipe-analyse, équipe-algèbre… Elles sont domiciliées à l'université. Tous les enseignants doivent disposer d'un bureau. Un professeur chapeaute deux maîtres de conférences ou plus. Chaque maître de conférences a sous sa direction deux ou trois maîtres-assistants. Ils dispensent les mêmes modules. Leur intérêt ou domaine de recherche est identique. Un professeur ou un maître de conférences confectionne un cours détaillé. Il comporte tous les énoncés et les démonstrations rigoureuses de son cours.
Il est distribué aux étudiants de sa section où il sera disponible au moins pour ses étudiants sur le site web de l'université. Les étudiants peuvent le rapatrier et ont les moyens de l'imprimer à l'université.
Le professeur donne un «cours magistral» où il n'évoque que les énoncés et les idées essentielles que l'étudiant doit retenir. Des détails sont sur le livre ou sur le polycopié ou sur un fichier que le professeur a déjà fourni. Il peut terminer à temps et sans difficultés le programme pédagogique qui lui est imparti. Hebdomadairement, une série d'exercices est fournie virtuellement sur le site web. Elle comporte en moyenne dix exercices imprimés sur une page format A4. De notre expérience pédagogique, les séries d'exercices trop volumineuses ne comportent aucun intérêt pour les étudiants. Le maître-assistant fait ses travaux dirigés, des TD ; disons qu'il n'arrive à corriger en classe que cinq exercices par semaine. A la fin de semaine, dans son bureau, il doit fournir la correction des cinq autres exercices et les met sur le site web.
La seconde semaine, une nouvelle série est confectionnée, et, ainsi, l’avancement des études s’effectuera durant l'année universitaire. Certains professeurs font preuve de plus de créativité, et parviennent à dynamiser leur enseignement en y incorporant des dispositifs de pédagogie active et le développement de leur cours en ligne. Une approche par compétence est associée à chaque spécialité. Il n’y a pas une unique approche par compétence. Une pédagogie active est fondée sur l'apprentissage par projet de recherche et s'inscrit dans le cadre d'une approche par compétences pour former des masters en mathématiques. Un projet de recherche ou projet de fin d’études du cycle de mathématiques consiste à entraîner les étudiants à écrire, décrire, formuler, analyser, modéliser, résoudre les problèmes, en déduire les résultats et réinterpréter les solutions mathématiques de manière à apporter des réponses intelligibles au problème de départ, de confectionner un outil d’aide à la décision, sous forme d’un logiciel pédagogique, pourquoi pas commercialisable, avec une interface conviviale et facile à utiliser.

2. Le devoir de l’étudiant
Il faut des étudiants brillants, motivés, qui ont choisi la spécialité de mathématiques et non des étudiants qui, faute de places ailleurs, se retrouvent en sciences exactes. Ils doivent être tous détenteurs du baccalauréat option mathématiques ou à défaut des sciences de la nature et de la vie. Ils doivent préparer et consulter les polycopiés avant chaque cours. Ils ont une idée sur le contenu du cours qui sera dispensé à son heure habituelle. Ils préparent leur série d'exercices. Ils connaissent la difficulté de chaque exercice avant le début de chaque séance de TD. Ils proposent et orientent le maître-assistant, qui les assiste, à leur fournir des indications ou des corrections pour les exercices non élémentaires et difficiles. Ils ne doivent pas perdre du temps sur des exercices élémentaires. Ils peuvent les faire tout seuls. Ce n'est qu'après un tel effort que les étudiants seront autorisés à accéder à la bibliothèque et consulter d'autres ouvrages pour pouvoir apprécier les différentes approches d'un cours particulier. Ils peuvent même comparer une approche anglo-saxonne à une approche française ou russe, ou autre. Avec ces bagages en main, ils peuvent aller «surfer» sur d'autres sites de mathématiques des universités du monde.

3. Le tutorat des étudiants
Dans les nouveaux textes du LMD, un tuteur est attribué à chaque étudiant. Le tutorat est un service pédagogique d’accompagnement où l’enseignant est au cœur du système éducatif.
Le tuteur est celui dont la tâche consiste à faciliter le processus d'interaction entre l'étudiant et le contenu du programme. Le tutorat apparaît traditionnellement dans la formation en alternance, la formation alternant avec le travail en entreprise. Cette notion renvoie à une certaine prise en charge «morale» de l'étudiant, elle évoque une disponibilité différente de celle du formateur classique. Le tuteur est l'enseignant chargé de suivre l'étudiant en formation, de l'assister dans son parcours. Il est considéré comme un accompagnateur, un guide, une personne ressource dans un processus dans lequel l'étudiant élabore lui-même ses propres connaissances. Son rôle consiste non seulement à transférer des connaissances, mais à aider l'étudiant dans son processus personnel d'apprentissage et d'assimilation de connaissances. Dans ce cas on peut parler d'auto-formation assistée (4). A chaque niveau de la licence, 1re, 2e et 3e années, au plus deux étudiants seront suivis sérieusement par chaque enseignant. En faisant un décompte, au plus six étudiants seront associés à chaque enseignant. L’assiduité et la disponibilité des enseignants à l’université pendant au moins 25 heures par semaine sont impératives.

4. Le système de crédits
Le système de crédits ECTS a été adopté dans le programme de mobilité Socrates-Erasmus. Le projet Erasmus, créé en 1987, est une contribution concrète au rapprochement des Européens et non des Maghrébins ! Il est même bénéfique aux pays de l’Europe centrale et orientale qui font partie du programme depuis 1998. Il permet à tout étudiant sélectionné de se rendre dans un établissement lié au sien par un accord bilatéral de coopération. Le programme Leonardo da Vinci est une mesure d’internationalisation de l’enseignement professionnel. Comme se secteur a été démantelé par l’ex-Men, il n’y a rien à développer. A chaque module acquis par l’étudiant est associé un certain nombre de crédits. L’étudiant doit obtenir un nombre minimum de crédits, de l’ordre de 60 crédits, pour réussir son année universitaire d’inscription. Le fameux «logiciel» des délibérations est tant décrié ! En effet, certains étudiants sont déclarés admis en «mathématiques» sans acquérir aucun module de mathématiques. C’est très bizarre ! Quand on demande des explications, les responsables nous insinuent que ce logiciel est une «boîte noire» dont on ignore le fonctionnement. Qui l’a confectionné ?! Et comment et pourquoi l’université a acquis un tel logiciel ?!

Conclusion
Ce discours reste vrai pour toute matière scientifique, telle la physique, la chimie, l’électronique... Dans l’enseignement supérieur en Algérie, les TIC peuvent pallier le manque d’enseignants et inscrire le plus grand nombre d’étudiants. Mettre en ligne tous ses cours et demander aux étudiants de venir passer des examens de qualification et de certification moyennant un paiement est la «nouvelle vogue» du e-learning. L’histoire de l’introduction des moyens technologiques dans l’éducation date de plusieurs siècles déjà.
A partir des années trente, du XIXe siècle, il y a eu la radio scolaire. Dans les années 50, la télévision et le cinéma scolaires ont fait leur apparition, et plus récemment, les TIC. Il existe des pays importateurs d’étudiants et des pays exportateurs d’étudiants. Chers collègues, travaillez, prenez de la peine, il faut empêcher que l’Algérie ne devienne une nouvelle fois «une colonie scientifique et culturelle», elle est déjà un grand «bazar économique». Au lieu d’importer des centaines de milliers de véhicules pour nous encombrer, il vaut mieux importer des dizaines de milliers de tableaux numériques pour nous éduquer !
A. D.

Références

1.     Alfred de Vigny (1797-1863). Cinq-Mars. Extraits. Classiques Larousse, 1951, p.17.

2.     Ali Derbala. Le «cahier numérique». Le Quotidien d’Oran, Actualité Autrement Vue, Jeudi 3 octobre 2013, p.14. 3.

3.     J.C. Marot et A. Darnige. La téléformation. Que sais-je ? Presses universitaires de France,1996.

Nombre de lectures : 90

 

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Collectivités territoriales : une problématique récurrente pour un enjeu majeur

Publié le par Mahi Ahmed

En toute liberté

Collectivités territoriales : une problématique récurrente pour un enjeu majeur

Par : Mustapha MEKIDECHE

En préparant cette chronique, mon attention a été attirée par un article pertinent pour ma problématique. Il s’agit d’une information parue dans l’hebdomadaire El Watan week-end, sur un conflit opposant les jeunes des sociétés civiles, soutenus par leurs élus locaux, de la commune d’Ahnif  à ceux de la commune d’El Adjiba dans la wilaya de Bouira. Ce conflit portait sur le non-respect, ressenti et signalé par l’une des parties, de l’accord intercommunal relatif au  partage équitable des emplois et des ressources fiscales de la taxe sur l’activité professionnelle (TAP) d’une nouvelle usine de plâtre CM-Gypso. Au delà du compromis ou des arbitrages qui vont être opérés par les institutions concernées, cela témoigne de l’émergence d’une conscience territoriale dynamique du développement local. Certains de mes lecteurs peuvent y voir une forme d’expression du “houmisme” ; pour ma part, j’y relève surtout un progrès dans l’expression formelle et la prise en charge active des problèmes économiques et sociaux au niveau approprié selon le principe de subsidiarité. Plus encore, cela témoigne, à mon sens, que  tout ne peut plus être comme avant en matière de gouvernance locale et de développement territorial. La réactivité des pouvoirs publics consistant, jusqu’à présent, à donner des réponses ponctuelles sans construction d’une logique d’ensemble pérenne assise sur une gouvernance rénovée, notamment locale, a atteint sa limite de potentiel. Comment alors, à l’avenir, traiter et absorber durablement les nombreuses formes de protestation “non conformes à la loi”, voire violentes, qui se manifestent dans les territoires pour des motifs divers souvent reliés à une affectation opaque ou non efficace  de ressources publiques ? Est-ce que  les visites du Premier ministre à travers  toutes les wilayas et ses rencontres  systématisées avec les sociétés civiles territoriales, pour autant qu’elles soient nécessaires, seront suffisantes pour construire ce changement? Il me semble que non car amorcer le déclic ne suffit pas à lancer le moteur.
Déjà, dès le début de la décennie, les pouvoirs publics avaient repéré, me semble-t-il, les signaux faibles qui indiquaient nettement que ni le lancement des grands plans quinquennaux, ni les systèmes  d’organisation territoriale en vigueur n’étaient à même de répondre “aux attentes citoyennes”. D’où  la saisine, en 2011, du Conseil national économique et social (CNES) pour conduire “une  large concertation nationale sur le développement local et les attentes citoyennes”. D’où, dans le même ordre d’idées, la promulgation de la loi n° 10-02 du 29 juin 2010 portant approbation du Schéma national d’aménagement du territoire (Snat) pour assurer l’équité territoriale et le développement. Mais face à l’ampleur du défi posé par la gouvernance territoriale, les changements institutionnels progressent lentement, sachant déjà que la problématique de la régionalisation a été évacuée même si elle apparaît explicitement dans la loi relative au Snat.  Ainsi la loi n° 11-10 du 22 juin 2011 relative à la commune et la loi n° 12-07 du 21 février 2012 relative à la wilaya n’ont pris en charge  que partiellement  les “attentes citoyennes” et celles  des élus en la matière, si on se réfère d’une part aux recommandations du rapport de saisine du Cnes sur le sujet et d’autre  part,  aux réactions des élus et de la classe politique dans son ensemble. Pendant ce temps les défaillances du service public, en matière d’hygiène par exemple,  continuent d’être enregistrées.
Pendant ce temps également, le manque de transparence dans la gestion des affaires communales conduit à l’ouverture de nombreuses enquêtes administratives et pénales à l’encontre des élus concernés, si on en croit de nombreux  articles de presse. Mais pour être complet, il faut quand même relever quelques  avancées notables en matière de finances locales et de dotation de ressources financières au profit des collectivités locales et en matière d’amélioration du statut du président d’APC et des employés municipaux.
Pour conclure sur une note optimiste, j’ai pu  constater, à la faveur d’un séminaire sur les énergies renouvelables organisé à l’Université africaine d’Adrar, que l’équité territoriale dans cette wilaya, s’étalant sur un territoire désertique  aussi grand que la  France, progresse sensiblement. Jugez-en par vous-mêmes : une énergie abondante, une eau disponible en grande quantité, des infrastructures routières et aéroportuaires de qualité, des zones potentiellement touristiques et surtout une jeunesse studieuse dans une université où 60% des inscrits sont des étudiantes. Alors le débat sur l’urgence d’arbitrages entre l’utilisation des énergies carbonées ou des énergies renouvelables m’est apparu, pour tout vous dire, assez suranné.
Pendant des siècles, les élites locales de ce territoire ont développé, sans ces énergies dont on parle,  un système efficace de captage et de distribution d’eau appelé  foggaras. Ces mêmes élites ont écrit et conservé dans leurs zaouïas des manuscrits scientifiques et religieux de grande valeur. Beaucoup plus récemment, un système énergétique décentralisé carboné a été mis en place. Ainsi le pétrole brut du petit champ local de Sbaâ est transformé sur place dans une raffinerie construite par les Chinois et rachetée par Sonatrach. Plus tard, il y aura probablement le développement de l’électro-solaire. En attendant Adrar se contente de sa ferme éolienne. La première en Algérie.

M. M
mustaphamekideche@ymail.com

 

Publié dans Economie et société

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Un rayon de soleil égaré dans le ciel de Téhéran

Publié le par Mahi Ahmed

Lettre d’Iran

Un rayon de soleil égaré dans le ciel de Téhéran

mercredi 15 janvier 2014, par Marmar Kabir

En cette veille de l’hiver, nous fêtons la plus longue nuit de l’année, Yalda [1]. Mon père n’est plus parmi nous. A sa place, en haut du salon, sur le fauteuil en bois orné de velours défraîchi, est assis mon oncle. Il n’a pas la carrure ni l’éloquence de son frère aîné. Son complet gris mal taillé et mal repassé tient à sa taille par une fausse ceinture Versace de seconde main en cuir marron clair. Retraité de l’éducation nationale, il fait le taxi pour arrondir les fins de mois avec sa vieille Peugeot montée en Iran. Son épouse a rejoint les enfants, qui travaillent en Allemagne, et il vit dans son appartement au centre de Téhéran avec une femme à qui il est lié par un mariage provisoire qu’il ne souhaite pas dévoiler.

J’ai préparé un ragoût d’aubergine et de dinde, viande bon marché et très à la mode dans les boucheries de Téhéran en ces temps de flambée des prix. Ma mère a acheté au marché subventionné par l’Etat des grenades et une pastèque de médiocre qualité, mais qui font tout de même l’affaire – un rituel de la soirée de Yalda que nous essayons d’honorer. Nous allons faire un vœu et M. Jafari, un vieil ami de mon père, va ouvrir au hasard une page du recueil de poèmes de Hafez et interpréter les vers pour nous apporter des réponses et nous donner un peu d’espoir : l’autre coutume de la soirée. Ma tante est assise à côté de ma mère, attendant patiemment qu’on lui demande de chanter avec sa voix aigüe. Elle a préparé un très bon gâteau aux noix. Son mari discute avec mon oncle et coupe la pastèque en rondelles uniformes. Sous-traitant de pièces détachées, son atelier souffre d’un manque de commandes depuis l’embargo.

Ma mère souffre d’arthrose, elle n’a plus le cœur à ce genre de fête, mais elle ne se plaint pas. Sarvenaz, ma collègue de Shiraz qui vit seule à Téhéran, prend des photos de nous tous, rassemblés autour des fruits et des gâteaux, pour aussitôt les faire circuler sur Facebook. Dans tous les foyers se téléchargent les photos de pastèques et grenades, faux sourires aux rouges à lèvres brillants, cheveux lissés, décolorés et bonheur familial affiché, pour accueillir le plus de « like » possibles, particulièrement de la part de la famille et des amis émigrés, exilés et nostalgiques. Des photos qui rivalisent avec l’abondance des fêtes de la diaspora à Los Angeles, mariant les grandioses sapins de Noël aux grenades et pastèques ornées de Yalda. Des photos qui suscitent aussi l’envie de ceux qui, perdus quelque part dans le monde, s’y attachent pour s’entourer, au moins virtuellement, de leurs proches. Parmi ces derniers, ma tante Mojgane, célibataire, a quitté le pays dans les années 1980. Elle est informaticienne au Danemark et passe ses longues soirées solitaires sur Internet. Ma mère ne se lasse pas de lui présenter encore des prétendants : ex-prisonnier politique reconverti dans les affaires, ingénieur divorcé, musulman modéré, retraité de l’armée – et tous seraient prêts à la rejoindre à Copenhague…

Faramarz, mon cousin, arrive avec deux copains. D’emblée, il raconte bruyamment comment la semaine dernière, à Tabriz, avec les autres supporters, ils ont nettoyé dans un élan spontané le terrain tapissé de neige, quelques minutes avant le match de Tractorsazi [2], afin que le match ait lieu. Leurs portables sonnent sans cesse et reçoivent des vœux. Les trois pianotent sur leurs claviers tout en continuant à parler fort.

Ils sont arrivés à l’improviste, le ragoût ne va pas suffire ; avec Sarvenaz nous préparons des grillades de dinde hachée et réchauffons du pain sorti du congélateur. De la cuisine, nous entendons mon oncle répéter ce qu’il a entendu dans son taxi de différents clients. Il passe d’un sujet à l’autre : le rôle de la Russie, les ambitions d’Obama dans la région, Fabius et la position de la France… il essaie d’argumenter et ne parvient pas à s’en sortir. M. Jafari lui dit d’attendre le résultat et ne pas s’emballer, puis lui demande de revenir à Hafez. Il n’entre dans les débats que s’il les lance lui-même, en général pour y glisser une de ses péripéties sur la guerre avec l’Irak, ou une de ses histoires de la prison d’Evin. Jeune et fervent révolutionnaire anti-américain en 1980, il avait été sur le front pour arrêter « l’ennemi irakien armé par l’impérialisme » ; s’en suivirent cinq années de prison. Il y a appris le français d’un prisonnier ayant fait ses études en Belgique et a résisté comme il pouvait, avant d’être libéré en 1989 en jurant aux geôliers qu’il allait faire ses prières et ne plus se rapprocher de ses anciens camarades, dont la plupart avaient été exécutés faute d’accepter ces deux conditions. Il a ensuite élevé des poules, réparé des ordinateurs, installé des satellites sur les toits en cachette, vendu des téléphones portables et même boursicoté. Depuis peu, il vend des livres dans un supermarché et anime un cercle de poètes.

La voix de M. Jafari est de plus en plus imposante :

« Même si l’abri de ta nuit est peu sûr
et ton but encore lointain,
sache qu’il n’existe pas de chemin sans terme.
Ne sois pas triste »
 [3].

Avant le dîner, ma mère prend sa capsule rose de Novalgic, achetée à prix d’or au marché noir. Un remède qui la rassure plus qu’il ne la soulage. L’huile de crevette contenue dans les pilules ne peut rien contre sa douleur, liée à l’usure des os et au fardeau de la vie qu’elle mène, mais elle a vu la publicité sur les chaînes diffusées par satellite et n’en démord pas.

Quelques photos du dîner bien présenté et des sourires radieux sont postées sur le réseau. M. Jafari bouge la tête et fait des grimaces en chantant avec un fort accent Le Parapluie de Brassens : « Un p’tit coin d’parapluie / Contre un coin d’paradis / Elle avait quelque chos’ d’un ange… » Sans comprendre les paroles, tout le monde applaudit et ma tante se lance dans la dernière chanson d’Ebi. La mélodie ne s’y prête pas mais mon oncle se lève pour danser. Sarvenaz filme toutes les scènes et les envoie sur la Toile... des « like » apparaissent aussitôt…

Mon cousin nous propose de finir la soirée chez un ami. Sarvenaz est tout de suite emballée et s’enferme dans la salle de bain pour se refaire une beauté. Ma mère demande à M. Jafari de rester encore un peu, je ne peux m’empêcher de lui jeter un regard consterné. Mon oncle souhaite rester aussi mais personne n’insiste. Il enfile alors lentement son imperméable vert kaki et nous embrasse un par un avant de partir. Mon cousin lui chuchote dans l’oreille « dépêchez-vous, on vous attend… » Ma tante et son mari ne semblent pas prêts à terminer cette longue nuit de fête, surtout pas avant qu’elle chante une deuxième fois ; ils demandent à leur fils de ne pas rentrer tard.

La musique est forte chez l’ami, l’odeur du tabac se mêle aux parfums des filles bien maquillées. Presque tout le monde danse. Sarvenaz se perd dans la foule entraînante. Nima, le copain de mon cousin, remarque mon désarroi, s’approche et me demande si je n’ai pas plutôt envie de marcher et de prendre l’air. J’hésite mais accepte.

Nous nous dirigeons à pied vers le parc Gheytarieh, il fait froid, les voitures se faufilent dans les ruelles étroites, peu de passants sont encore dehors à cette heure tardive. Je n’éprouve aucun sentiment envers lui mais préfère marcher à ses côtés plutôt que de garder un sourire figé toute la soirée, mal habillée et un peu décalée… Il essaie de meubler le silence qui commence à s’installer et à peser. Il parle de ses études de gestion et de son travail à temps partiel dans la société de son beau-frère en tant que représentant commercial. Il explique enfin que l’accord du 24 novembre sur le nucléaire avec les Occidentaux lui donne beaucoup d’espoir… Dubitative, je regarde le panneau publicitaire géant de Tefal accroché au mur du centre commercial en face du parc, centre qui regorge des produits importés malgré les sanctions, avec des pères Noël se mêlant aux décorations de Yalda dans les vitrines et lui réponds qu’il faut déjà se réjouir de ne pas subir une attaque militaire. Je regrette d’être aussi insignifiante dans la conversation mais le cœur n’y est pas. Après un bref tour devant le parc, où il a parlé davantage que moi, il m’accompagne jusqu’à la maison, un peu contrarié par mon attitude distante.

Soulagée de retrouver le calme, j’allume l’ordinateur, toujours aucun message… Je range le salon et lave la vaisselle, le ciel gris laisse passer une lueur que j’aperçois à travers le voilage usé du rideau du salon. Je ne sais pas s’il s’agit du jour qui se lève ou d’un rayon de soleil égaré dans le ciel de Téhéran.

 

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Crise à Ghardaïa ou crise du modèle d’État algérien ?

Publié le par Mahi Ahmed

Crise à Ghardaïa ou crise du modèle d’État algérien ?

Hier 12 janvier 2014, 20:28:12 | mohandAccéder à l’article complet

Crise à Ghardaïa ou crise du modèle d’État algérien ?

Par le professeur Abderrezak Dourari

Nous avons déjà écrit en 2003 que l’Etat devenait de plus en plus la propriété d’un petit groupe qui s’arrogeait des pouvoirs démesurés et qui, sans en être nécessairement conscients en raison de la culture régnante en philosophie politique, installeront un Etat néo-patrimonial. C’est un constat qui partait du fait que tous les contrepouvoirs, y compris la justice, le Parlement et les partis d’opposition étaient soumis à des actes de réduction et de destruction prémédités au profit d’un régime qui, à travers la surpuissance constitutionnelle d’un homme, estimait être le propriétaire des hommes et des biens. Le tableau fut couronné par la cavalière révision constitutionnelle de 2008 soutenue honteusement par certains partis se disant nationalistes.

Il est vrai que, selon nos gouvernants, on devrait laisser les problèmes de la société et de la politique à eux seuls, dont le savoir infus leur viendrait de l’omniscient, comme les prophètes, ou aux sciences exactes. Les sciences sociales n’en sont pas, soutiennent-ils faute de contradicteur, comme si eux n’étaient pas à blâmer pour cela car ils excelleraient dans les unes et les autres !

On n’aurait pas dû par conséquent avoir cette triste situation d’affrontements entre Algériens, car ce sont eux qui sont à la barre et sont donc censés (et sensés) nous protéger aussi de la main étrangère invoquée comme cause de leurs échecs ! Ensuite, à défaut de leur omniscience infuse, n’auraient-ils pas dû convoquer les mathématiciens, les physiciens ou chimistes pour trouver la solution des problèmes sociétaux de l’Algérie comme l’incurie et l’incompétence des pouvoirs publics, la corruption systématisée, la violence diffuse dans notre société, l’impunité absolue des puissants et, cela va de soit, plus prosaïquement le règlement du problème de Ghardaïa, de la Kabylie, des Touareg, des Chaouia ou autres conflits entre tribus et aârchs, et le chômage endémique des concitoyens du Sud et du Nord…, conflits récurrents depuis des lustres sous le pouvoir d’une lignée de gouvernants omnipotents tirée de la même crémerie depuis l’indépendance. Passons.

A Ghardaïa coexistent deux communautés algériennes musulmanes différenciées par le rite, l’origine et la langue. La communauté chaâmbi est d’origine arabe et est majoritairement malikite. Elle parle l’arabe algérien. La communauté mozabite est d’origine amazighe, de rite ibadite et parle autant sa langue mozabite (tamazight) que l’arabe algérien - langue commune à tous les Algériens et par extension, comme nous l’avons souvent souligné, à tous les Maghrébins. Nous avons même insisté sur le fait que cette langue commune était constituée d’un mélange d’arabe hilalien, de tamazight et même de punique qui fut longtemps intensivement pratiqué en Afrique du Nord ancienne… Voilà une langue véritablement nationale !

Les Hilaliens (Zoghba, Atbedj, Riyah, Rebia, Adi et Djocheym) sont connus pour être arrivés au Maghreb au XIe siècle du temps des Zirides. Avant cela, les Amazighs Ketama, dirigés par Abu Abdellah ayant fait libérer Obaïd Allah — celui qui sera le mahdi chiite fondateur arabe de la dynastie fatimide —, de la prison de SidJilmassa, conquirent l’Egypte (en 973) où ils établirent la capitale fatimide au Caire. La gestion des affaires fatimides au Maghreb avait été laissée au lieutenant Bologhin bnu Ziri (les Zirides) qui finirent par le renier et prêter allégeance au calife abbasside sunnite. Les cousins zirides et hammadites étaient en conflit, et ceci avait permis aux Banü Hilal d’entrer et de s’installer au Maghreb en 1051… Cependant que les Amazighs mozabites étaient déjà là depuis la nuit des temps, puisque des peintures rupestres attestent d’une présence humaine continue dans cette zone aussi loin que la préhistoire, mais, doit-on pour autant essentialiser des différences d’origine ethniques, religieuses et linguistiques pour des populations qui ont vécu finalement plus de dix siècles (1000 ans) côte à côte ou ensemble ? L’Amazigh et l’Arabe sont-ils restés chacun identique à lui-même (comme des momies) à travers les siècles, en dépit des interactions humaines et des vicissitudes de l’histoire ? Pourtant, les Chaâmba comme les Mozabites doivent présenter un passeport algérien pour sortir du territoire national et pour effectuer le rite commun du hadj en Arabie Saoudite, lieu d’origine des Hilaliens !

Les Arabes chaâmba malikites sont, par conséquent, aussi algériens que les Amazighs mozabites ibadites, mais certainement pas plus.

Ces deux communautés vivent côte à côte et ont entretenu, comme d’autres communautés à travers le monde, des échanges transactionnels et conflictuels. Ces conflits étaient relativement rares et trouvaient vite un cadre de résolution dans les structures traditionnelles mozabites, arabes laïques ou religieuses. Il ne faut surtout pas oublier que cette région avait aussi hébergé une communauté juive qui y a vécu longtemps sans heurts avant son expulsion par les Almohades. La cité de Tihert, capitale des Rostomides (Ibadites) était brillante, avant son écrasement par les Fatimides (Obaïd Allah) qui ont tout aussi bien tenté d’écraser l’ibadisme ; elle était, peut-être même, plus brillante que Baghdad, Damas et d’autres grandes cités orientales. Ce sont ces Rostomides qui ont fait l’essentiel de l’islamisation de l’Algérie, ne l’oublions pas. La persistance jusqu’en 2014 de la question religieuse (terrorisme, débat sur les fêtes de fin d’année civile, des codes civil et pénal, du statut de la femme, de l’héritage, de l’adoption, de tamazight, des conflits entre Algériens mozabites et Algériens arabes, entre Touareg algériens et Arabes algériens du Sud, entre aârchs à l’ouest et à l’est du pays, entre chrétiens et musulmans) montre bien que le système de production historique de société (le cadre idéologique, la doxa) et le modèle d’Etat imposé par les régimes autistes depuis le coup d’Etat (l’assassinat de Abane Ramdane) contre le concept même d’Etat moderne préconisé par la Plateforme de la Soummam (assis sur des institutions indépendantes organisant la cohabitation citoyenne entre communautés non seulement algériennes autochtones différentes mais aussi de communautés d’origine européennes tout aussi égales en droit) ; cette persistance donc montre que ce modèle d’Etat, crisogène et parfaitement inadapté à la société algérienne différenciée, est à revoir en urgence sur ses fondements idéologiques.

Comment imaginer que les Amazighophones se sentent toujours chez eux dans cet Etat tout en ne leur reconnaissant ni leur langue ni leur culture ? Comment imaginer que des Mozabites ibadites se sentent vraiment chez eux tout en refusant de reconnaitre leur rite musulman ibadite et en leur imposant à l’école et dans tous les médias du pouvoir, le rite malikite (en fait le wahhabisme), comme doctrine de référence de l’Etat?

Comment voulez-vous que les Ibadites acceptent que leur Etat leur impose et à toute la société une lecture fausse de l’histoire de leur rite en le déclarant khâridjite alors qu’il ne l’est pas… Rappelons que le kharidjisme est un schisme dans le chiisme. C’est une posture politique de partisans d’Ali Ibn Abi Taleb qui n’ont pas cautionné le fameux arbitrage entre le calife Ali en poste et Muâwiyya Ibn Abi Soufiane, contestataire, qui lui déroba le pouvoir par une ruse grossière ! C’est après la guerre de Siffin et de Nahrawayn qu’il se constitua en courant politique revendiquant «al hâkimiyya li llah». L’ibadisme s’est constitué avant cette fitna sur un fondement politique différent : la désignation du guide de la communauté sur la base de sa compétence et sa droiture reconnue compte non tenu de sa race, de sa langue ou de son origine.

Nous venons d’avancer que le rite malikite est complètement marginalisé par le wahhabisme soutenu par les pétrodollars de l’Arabie Saoudite et du Qatar… Mais l’Ibadisme est différent du sunnisme, du chiisme et du kharidjisme, en dépit des imprécations de l’idéologie sunnite hégémonique qui invoque de faux hadiths pour justifier la haine contre lui alors qu’il est né 50 ans après la mort de Mohammed Bnu Abdellah. Le plus étonnant est que ces clivages d’antan entre qorayshites sont réactualisés périodiquement comme s’ils dataient d’hier. Le premier fondateur de l’ibadisme, le cheikh Jabir bnu Zayd al-Azdi, est réputé avoir été le meilleur élève de Aïcha et d’Ibn Abbas le cousin du Prophète.

Il s’était installé au début à Zanzibar — colonie omanaise jusqu’en 1964. Ce n’est que plus tard qu’Abdullah Bnu Ibâdh at-Tamîmî prit le relais. Ce fut Ibn Rostom l’Iranien qui amena l’ibadisme d’Oman vers le Maghreb (au VIIIe siècle) et construit une civilisation rayonnante à Tihert qui dura jusqu’en 909 quand le Fatimide Obaid Allah l’écrasa, toujours appuyé sur les Sanhadja. Les ibadites de Tihert fuyaient vers Ouargla à Oued Mya et fondèrent la ville de Sedrata, puis allèrent vers Oued M’zab où vivaient déjà les tribus amazighes Nefzaoua. L’Etat rostomide (ibadite) est toujours considéré par les historiens comme le précurseur de l’Etat algérien moderne. Ces Amazighs Zenata ainsi que les Ouacilites fondèrent, conduit par Abdellah Ibn Ibâdh, al-Attaf en 1017, puis Bounoura en 1057, Melika et Ghardaïa en 1097, Beni Izguen au XIVe siècle et enfin Berriane et Guerrara au XVIIe siècle.

Des tribus d’origine arabe vivent dans cette zone comme les Ouled Yahia à Berriane, les Chaâmba à Metlili et les Medhabihs à Ghardaïa invitées par les Ouled Ami Aïssa…. Enfin, plus récemment, Ghardaïa a été la seule wilaya où le FIS n’a pris aucune commune !

Des conflits ont eu lieu entre les Arabes Banû Sulaym à Ghardaïa en 2002, en 2004, en 2006 et en 2013…Qu’a fait l’Etat algérien ? Ce bref survol de l’histoire nous montre bien que sans l’idéologie globalisante négatrice de l’histoire et de la réalité sociétale algérienne (l’arabo-islamisme à l’emporte-pièce) qui a dominé l’Etat algérien, il n’y aurait eu ni le FIS et son terrorisme, ni le phénomène des harraga, ni les torches humaines, ni le suicide moins spectaculaire, ni le problème de Kabylie et encore moins ces conflits entre communautés algériennes qui ne sont que le résultat d’une longue formation historique.

Subséquemment, il est nécessaire de dénoncer cette attitude consistant à essentialiser, par-delà l’histoire, des conflits (n’est-ce pas pour les garder intactes à l’utilisation politicienne autour de question d’aujourd’hui), et des schismes anciens qui remontent au VIIIe siècle de l’ère chrétienne (IIe siècle de l’Hégire). En quoi nous concernent-ils, nous Algériens du XXIe siècle ?! Comment vouloir imposer aux Algériens du XXIe siècle de se ranger en forces ennemies opposées et haineuses sur la base des positions politiques de Mu’awiyya bnu Abi Soufiane (fondateur du sunnisme) ou de Ali Bnu Abi Talib (chiisme) ou des Kharidjite ? C’est anachronique, mais cette opposition, on le constate, est entretenue ! Comprendre ici que notre système éducatif, véritable pilier pour l’édification d’un Etat et d’une société moderne et tolérante, ne travaille pas du tout sur les mentalités de la société pour les faire évoluer par le débat et la science mais s’attelle à inculquer des choix idéologiques hypostasiés qui correspondent un tant soit peu aux intérêts conjoncturels des pouvoirs. Il perpétue (réifie) donc des conflits et des attitudes mentales haineuses qui ont été celles de générations antiques la plupart du temps ayant eu pour site un autre territoire que l’Algérie. L’Etat est de toute façon une construction artificielle abstraite qui ne prend sa consistance que dans les actes visibles de ses institutions et de ses agents.

Mais quand cet Etat est construit foncièrement sur un mythe portant en son sein la négation des dimensions historique, culturelle, anthropologique et linguistique réelles constitutives de l’ensemble de sa population et son territoire, et que ses gestionnaires illégitimes ne réagissent qu’après coup et en cas de dysfonctionnement trop bruyant (coupure de routes, émeutes violentes, affrontements ethniques, terrorisme, inondations, kidnapping…) par la seule répression, oppression, corruption sans se soumettre à aucune reddition de compte, il secrète nécessairement une opposition frontale entre l’intérêt de sa population (la volonté populaire) et celui des gouvernants (gestionnaires de l’Etat)… L’individu et les groupes ne s’en remettent plus aux institutions d’un Etat mais se font justice eux-mêmes (la guerre des gangs à Alger et dans les grandes cités algériennes) inaugurant ce que Hobbes avait appelé la guerre de tous contre tous (Bellum omnium contra omnes). Plus grave, le travail des gouvernants algériens le plus couronné de succès a été, depuis l’indépendance précisément, de multiplier les émiettements politiques et sociétaux pour éviter une éventuelle union contre eux. Cette conception politique décharnée de l’Etat, inspirée par l’aile dominante du PPA-MTLD, avait pourtant déjà créé une crise grave au sein de ce principal parti révolutionnaire en 1949 : affrontement entre partisans de l’Algérie algérienne et l’Algérie arabe. Cette conception, poursuivie hargneusement après l’indépendance, a été aussi à la source de toutes les crises de Kabylie, toutes les crises culturelles nationales y compris éducationnelle et religieuses avec l’apparition de l’islamisme violent et destructeur. Maintenant, on assiste à un véritable effilement de la trame du tissu social algérien et de la communauté politique censée réunir des citoyens différenciés sous l’égide et la protection forte d’un Etat légitime au service de tous et de chacun.

La réforme de l’Etat algérien est urgente, elle consiste essentiellement à mettre en place des institutions respectables et respectées par tous et surtout par les gouvernants, une séparation réelle des pouvoirs avec une autorité judiciaire mise au-dessus de tous et surtout des gouvernants, et en fin un pouvoir législatif légitime qui contrôle le pouvoir exécutif dans le respect des intérêts des citoyens. Une véritable citoyenneté signifie que les différences ethniques, religieuses, linguistiques, culturelles… que les libertés individuelles et collectives soient respectées et opposées à tous par des institutions soumises à la seule règle du droit. Cela signifie que personne ni aucune organisation ou institution n’a droit de contrôle sur les consciences des citoyens. Seules les règles du vivre-ensemble dans un Etat et un territoire communs dans le respect des intérêts de tous et de chacun sont obligatoires pour tous. Celui qui voudrait s’assurer le paradis, grand bien lui fasse, il n’est cependant aucunement le tuteur des autres. C’est de cette idée d’Etat que doit s’inspirer la réforme urgente du système éducatif. Cela signifie concrètement que chaque citoyen algérien est libre d’avoir les représentations identitaires dont il a envie (celui qui se perçoit Arabe ou Amazigh ou autre, musulman sunnite, ibadite, chiite, ismaélite, ou chrétien catholique ou orthodoxe ou protestant, juif, ou athée…) pour peu qu’il développe ses compétences et respecte la liberté et les représentations des autres, car, après tout, personne ne peut par sa piété ou son athéisme emmener d’autres au paradis ou en enfer. Mais le territoire et l’économie, on ne peut pas ne pas les partager… C’est le domaine du droit positif. Partageons-les intelligemment. Mais seul un Etat démocratique garantissant la citoyenneté en est capable.

L’identité en Algérie ne doit reposer que sur l’appartenance au territoire algérien (algérianité). Les couches «géologiques» identitaires sélectionnées et essentialisées (amazighité, arabité et islamité) renforcent un identitarisme aberrant en ce XXIe siècle, car pourquoi ne pas ajouter la judaïté, la chrétienté, le paganisme, puis la punicité, la romanité, la francité… ! Proposer des solutions pour Ghardaïa, c’est reconnaître officiellement leurs représentations identitaires et leur pleine citoyenneté.

A. D.

 

 

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La capitulation du travail

Publié le par Mahi Ahmed

 

Par Ammar Belhimer

Dans une publication de 2011, Paul Jorion nous livre de précieuses clefs pour analyser les rouages du capitalisme contemporain (*).
Critiquant le traitement de la crise des subprimes, il redoute qu’il ait porté un coup fatal à l’Etat et à la régulation, dans un contexte de préservation, voire d’optimisation de l’activité spéculative. Il relève à ce propos : «Le secteur bancaire s’est écroulé, l’Etat s’est porté à son secours et est tombé à sa suite. La banque a alors grimpé sur les épaules de l’Etat, ce qui lui a permis de sortir du trou. L’Etat, lui, y est resté.»
A ses yeux, la «vague ultralibérale libertarienne» conduit à «un excès dans la déréglementation capable de tuer le système capitaliste lui-même bien plus sûrement qu’une intervention excessive de l’Etat, en obligeant celui-ci à intervenir au-delà de ses moyens financiers».
Les juristes lui seront par ailleurs reconnaissants pour sa rétrospective du droit des produits dérivés au 19e siècle.
Il rappelle que jusqu’en 1885, les paris sur les fluctuations de prix étaient interdits en France, les ventes à découvert (quand le vendeur ne possède pas ce qu’il vend) étant appelées «ventes fictives». Concrètement, «le perdant (pouvait) invoquer l’exception de jeu pour tenter d’échapper à ses obligations», freinant le développement de ces «ventes fictives». L’origine de cette règle est ancienne : il faudra remonter jusqu’à 1629 pour retrouver une ordonnance déclarant «toute dette de jeu nulle (…) est déchargée de toutes obligations civiles et naturelles». Le capitalisme semble être plus moral à son stade mercantiliste originel qu’il ne l’est de nos jours !
Au milieu du 19e siècle apparaît «la Coulisse», une Bourse illégale qui va siphonner plus de la moitié des transactions du fait de ses coûts inférieurs. Mais le krach de 1882 pousse le législateur français à accepter les ventes à découvert pour les faire rentrer dans la légalité.
A cet espace sont associés les coulissiers qui ont d’abord été «des courtiers officieux, qui avaient émergé, après la création par Napoléon en 1805, de la Compagnie des agents de change, et avaient pris une certaine importance, en particulier, en commençant la négociation de titres de mines d’or. «Ainsi, au début, leur spécialité était la négociation de valeurs étrangères, parfois exotiques, et les placements «à risques», surnommés les «valeurs des pieds humides» car échangées sur la Place de la Bourse, sans protection de la pluie», nous dit Wikipedia. Depuis, leurs descendants des temps modernes, les traders, règnent en maîtres absolus les pieds au sec.
Paul Jorion recense trois acteurs sociaux du capitalisme contemporains : les capitalistes (actionnaires), les dirigeants d’entreprise et les salariés. Les deux premiers acteurs entreprennent une sorte de fusion dans une dynamique spéculative qui a transformé les salariés en simple facteur de coût, du fait du chômage de masse.
Se référant à Marx pour qui «l’armée la moins affaiblie par les bagarres internes remportera la victoire», il s’appuiera sur l’explosion des taux de profits des grandes entreprises, notamment dans les banques et l’industrie pharmaceutique), et l’aggravation des inégalités, comme jamais auparavant, pour confirmer ses dires.
Notre monde d’aujourd’hui est fortement marqué par l’élargissement du fossé entre les riches et les pauvres. Les premiers affichent des fortunes astronomiques. Ainsi, dans la première puissance économique du monde, les 400 Américains les plus riches accumulent à eux seuls 2 000 milliards de dollars de fortune. C’est 17 % de plus que l’année précédente et rien ne semble arrêter cette infernale spirale inégalitaire.
A une échelle plus large, les 300 personnalités les plus fortunées du monde disposaient de 3 700 milliards de dollars à la fermeture des marchés le 31 décembre 2013. C’est 524 milliards de dollars de plus que l’année précédente.
La nouvelle «cartographie» sociale n’est pas sans implications politiques graves. Aux Etats-Unis toujours, l’équation politique est rréduite à «Un dollar une voix» et non plus «Un homme une voix». Dans ce pays où la pauvreté touche un Américain sur six, 268 des 534 membres du Congrès américain sont millionnaires. «Une proportion jamais atteinte dans l’histoire des Etats-Unis (…) C’est la première fois dans l’histoire américaine que les millionnaires sont majoritaires au Congrès», relève le quotidien Les Echos.
Les inégalités sociales et l’insécurité économique n’épargnent cependant aucun autre pays et les pauvres y sont menacés jusque dans leur existence.
En Europe, l'aide alimentaire européenne destinée aux plus pauvres a été sauvée in extremis. Un accord conclu fin novembre dote le nouveau Fonds européen d'aide aux plus démunis (FEAD) d'un budget équivalent de 3,5 milliards d'euros pour la période 2014-2020.
Pour rappel, l’ancien mécanisme, appelé PEAD, a bénéficié à 18 millions d'Européens (dont 4 millions de Français) en 2013, confirmant ainsi l’extension continue des espaces de pauvreté. Créé en 1987 par la Commission européenne sous l'impulsion du socialiste Jacques Delors, alors Commissaire européen, le PEAD redistribuait par l’intermédiaire d'associations caritatives les stocks excédentaires des produits agricoles (blé, riz, lait…).
En Chine, le nombre de milliardaires en dollars a passé cette année pour la première fois le seuil symbolique des 300.
La fortune moyenne des 1 000 Chinois les plus riches s'établit à 1,04 milliard de dollars. L'immobilier est la principale source d'enrichissement des milliardaires chinois, souvent rattrapés par des scandales de corruption. Une hausse excessive des prix de la pierre, nourrie par des mécanismes malsains, rend impossible l’accession des classes moyennes à la propriété dans les grandes villes où la spéculation prospère. La Chine vit à l’âge du «shadow banking», un système de sociétés de crédit qui permettent aux exclus du crédit de leur trouver, via leur entremise, des prêts classiques à des taux cependant exorbitants.
Sombre tableau en perspective.
L’abdication du travail devant le capital est la plus grande tragédie de notre temps. Elle l’est d’autant plus que comme le craignait Hegel, rapporté par Paul Jorion dans son introduction «l’expérience et l’histoire nous enseignent que les peuples et gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire, qu’ils n’ont jamais agi suivant les maximes qu’on aurait pu en tirer».
Heureusement que l’histoire n’est pas qu’un éternel recommencement.
A. B.

(*) Paul Jorion, Le capitalisme
à l’agonie, Fayard, Paris juillet 2011.

 

La capitulation du travail

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Faculté des lettres de l’université de Annaba Situation paradoxale, pas du tout singulière

Publié le par Mahi Ahmed

 

Par Ahmed Cheniki
Nous avions, dans un texte récent (paru dans l’édition du 24 novembre 2013), tenté d’esquisser un état des lieux de l’université en Algérie traversée par les jeux incongrus de l’anomie et des occasions ratées. Le nouveau ministre, qui avait brossé dans un entretien à El Khabar un tableau sans complaisance de la situation de l’université, semble armé d’excellentes intentions, mais aura-t-il les moyens nécessaires pour transformer des territoires aussi fermés. Nous essaierons de mettre en relief cette réalité en présentant sommairement une structure particulière, mais non singulière, la faculté des lettres de l’université de Annaba, qui a, nous semble-t-il, atteint un stade avancé de démission, il est vain de chercher une quelconque activité scientifique ou culturelle sérieuse.

 Une lecture du vécu de cette faculté pourrait permettre de mieux saisir la désagréable situation dans laquelle se trouvent englués étudiants et enseignants, prisonniers d’un fonctionnement bureaucratique et d’une vison de l’université caractérisée par une forte aphonie. Il est non moins symptomatique de cette dérive l’absence d’une bibliothèque universitaire, non prévue lors de la livraison de ce pôle, conçue à postériori, se caractérisant toujours par un déficit chronique. Ce fait renseigne sur la réalité de l’aspect scientifique et pédagogique dans une structure marquée par la marginalisation de toute activité culturelle, privilégiant les jeux trop opaques d’une administration, trop lourde et pléthorique, se caractérisant par une extrême rigidité, engendrant de graves malentendus, ce qui favorise la démobilisation et la démission. Ce n’est pas pour rien que les cours ont commencé très tardivement, c’est-à-dire, juste après l’Aïd El-Adha, réduisant considérablement la durée et le programme.
Dans cette faculté constituée de départements de langues et de sciences sociales, composée de douze amphithéâtres, aphones et inappropriés, tragiquement non fonctionnels, empêchant toute possible communication, l’objectif à atteindre par l’administration semble être l’organisation des examens et la délivrance des diplômes. D’ailleurs, les comités pédagogiques, qui devraient être les espaces centraux de l’université, ne se réunissent qu’à la veille des examens, discutant des questions techniques d’organisation de ces joutes.
Les salles et les amphis, souvent marqués par les jeux de la saleté et la présence de flaques d’eau, témoignent du peu d’intérêt accordé à la saine gestion de ces lieux. Ce qui pose sérieusement la question de l’utilité de ces endroits, notamment les amphithéâtres, dont l’acoustique est défaillante et donne à comprendre les objectifs ambigus accordant peu d’importance à la relation pédagogique sacrifiée sur l’autel d’illusions égarées dans un essaim de paroles où l’absence le dispute à un déficit en matériels pédagogiques.
Il serait mal-aisé de chercher de vraies salles de travail pour étudiants ou enseignants ou de trouver internet, ouvrages, encore moins des micro-ordinateurs, des imprimantes ou des photocopieuses dans ce capharnaüm où se mêlent bureaux interminables d’agents et vastes endroits de «travail» de responsables de la faculté et des départements occupant une partie importante du site. L’administration de la faculté, bien équipée et dotée d’une connexion internet, occupe à elle seule six étages, alors que les enseignants ne disposent ni de bureaux ni de salles sérieuses de travail. Ce qui les pousse à investir les murets et les bancs prenant la place des étudiants qui devraient faire du coude à coude pour ne pas être exclus de leur antre privilégiée. Ne serait-il pas temps d’inverser la tendance en privilégiant la dimension pédagogique et scientifique en transformant les services administratifs en une machine au service des étudiants et des enseignants ? L’absence de livres, de salles de travail pourvues d’équipements informatiques (micro-ordinateurs, imprimantes, photocopieuses et différents consommables), de salles de récréation (restaurant pour enseignants ou cafeteria) et de revues et de la connexion internet généralisée aux enseignants et aux étudiants altère sérieusement la relation pédagogique. Les doctorants souffrent de l’absence dramatique de l’actualisation du fonds documentaire et de l’absence des ouvrages nécessaires à l’élaboration de leurs travaux.
Ce qui altère sérieusement la communication scientifique. L’ouverture d’une vraie bibliothèque, avec des fonds renouvelés dont les horaires devraient être revus (8h-18h) est d’une nécessité absolue. Chaque enseignant confectionne, jusqu’à présent, son propre programme, provoquant d’indescriptibles chevauchements, engendrant de graves malentendus et desservant la fonction pédagogique. Quelques rares équipes commencent plus ou moins à mettre en œuvre des esquisses de programmes communs. Les conditions actuelles de fonctionnement posent sérieusement la question des objectifs attendus de la formation de nos étudiants. Tout le monde sait que les amphis existant ne sont pas fonctionnels, mais on fait semblant de faire cours tout en étant convaincu de l’inefficience des outils acoustiques. N’est-il pas temps de procéder à leur fermeture en attendant leur mise en condition acoustique ? Les étudiants et les enseignants se plaignent régulièrement de cette misérable situation, mais les responsables semblent sourds à ces doléances qui posent un sérieux problème de gestion.
La faculté est dominée par une inflation de chefs et de sous-chefs à tel point qu’on se croirait dans un service administratif, pas une structure scientifique. Les lettres anonymes pullulent, posant sérieusement le problème de la communication. Les espaces occupés par les équipes administratives des départements et de la faculté dépasseraient peut-être le nombre des salles disponibles.
On exclut les enseignants, qui sont d’ailleurs sans bureaux, et les étudiants pour gonfler les espaces administratifs disposant d’un personnel pléthorique. Les bureaux des chefs de département, des vice-doyens et du doyen laissent penser qu’on se trouve en dehors d’une structure scientifique. Aussi, ne serait-il pas temps d’accorder plus de place aux enseignants et de se mettre en tête que beaucoup d’entre eux voudraient trouver à l’université de bonnes conditions de travail leur permettant de faire leurs recherches. L’organisation actuelle engendre déjà des conflits latents et un profond malaise. Les services administratifs sont trop peu efficaces, occultant la spécificité de la gestion d’une institution universitaire. La réduction du personnel, la limitation de l’espace occupé par les responsables et la redéfinition des objectifs pourraient permettre une refondation d’une faculté appelée à limiter l’exercice des chefs de département et des doyens à un seul mandat de trois ans, comme stipulé dans les textes règlementaires. Le mode électif est la seule façon d’en finir avec le carriérisme ambiant et l’illusion d’être au-dessus des autres, rompant avec le statut d’enseignant-chercheur. Il faut en finir avec la distribution des «bourses» aux différents «chefs», ce qui est en contradiction avec l’esprit de la recherche scientifique. Le système des bourses actuel est à revoir. Est-il sérieux que les enseignants de rang magistral bénéficient de bourses qualifiées péjorativement de «recyclage» ou de «perfectionnement» ? Un professeur et un maître de conférences sont censés produire des travaux publiés (articles et ouvrages) dans des revues de haut niveau ou dans de prestigieuses maisons d’édition. On ne peut parler sérieusement de recherche dans cette faculté où les projets existant et les laboratoires (ceux-ci se limitent souvent à exiger de leurs membres de virtuels bilans annuels élaborés très souvent en dehors de cette structure) ne sont pas réellement opérationnels.
Les équipes animant des projets de recherche ne disposent d’aucun équipement et se limitent souvent à remplir les formulaires et les fiches administratives. La plupart des laboratoires sont aux abonnés absents, sauf quand il s’agit de distribuer, dans des conditions parfois discutables, des micro-ordinateurs, des consommables et des billets d’avion, cherchant par tous les moyens à épuiser un budget, même pour acheter des gadgets parfois peu nécessaires à la recherche. La relation avec les fournisseurs devrait être sérieusement redéfinie pour éviter certains dérapages. Il est triste de constater qu’aucune activité culturelle n’est organisée et qu’on ne fait rien dans ce sens.
L’absence de productions scientifiques et de séminaires doctoraux se fait tragiquement sentir, pénalisant ainsi chercheurs et apprentis-chercheurs dont la relation devrait être dynamique. Il serait peut-être utile de priver du bénéfice d’une bourse les professeurs ou les maîtres de conférences qui ne produisent pas d’ouvrages ou des articles dans des maisons d’édition et des revues de réputation internationale. Nos efforts pour organiser des rencontres culturelles et scientifiques sont restés vains. Aucun débat scientifique ou culturel n’est possible dans un contexte où l’administratif prend le dessus sur l’aspect scientifique, malmené et vidé de son sens. La revue de l’université Ettawasol devrait être radicalement restructurée, les articles devraient obéir à des règles de rigueur, de cohérence et d’actualité (au niveau des connaissances et des savoirs). Une suspension temporaire est souhaitable. La faculté vient de créer un bulletin onéreux, d’ailleurs non lu, mal écrit et sans force, consommant de l’argent sans aucune contrepartie symbolique. Les colloques, quand ils sont organisés, sont souvent pauvres, fonctionnant comme des machines à distribuer cartables et attestations de participation.
On parle ces derniers temps de l’organisation d’une rencontre (écritures d’exils) dont la préparation ne durerait que trois mois, ce qui est contraire à toute logique. Les responsables qui, usant de pratiques peu sérieuses, convoquent des professeurs leur demandant d’élaborer un argumentaire du colloque dont l’intitulé est préalablement choisi. Etrange ! Trop peu opératoire. Il est nécessaire d’inviter des intervenants étrangers de haute tenue, européens, asiatiques ou américains, ayant un CV conséquent, à effectuer des séjours dans nos facultés. Cette réalité permet de poser la question de la présence de véritables instances scientifiques (CSD, CSF) au niveau des départements et de la faculté qui, au lieu, de fonctionner comme des moulins à paroles (plus de 8 heures de réunion) pourraient se transformer en véritables espaces où on discuterait des vraies préoccupations de la faculté.
La question de la qualification pose sérieusement problème, des enseignants assurent des cours en dehors de leurs spécialités d’origine, dirigent des mémoires ou des thèses alors qu’il serait plus opératoire qu’ils soient réaffectés dans leur département d’origine où ils pourraient enrichir éventuellement leurs recherches de départ et leur corps initial. Les questions d’éthiques se posent avec une extraordinaire acuité.
Le problème du plagiat, par exemple, est toujours d’actualité sans que les structures dites scientifiques ou les instances administratives se mobilisent pour enrayer ce fléau en sanctionnant sévèrement les auteurs de délits de reproduction malhonnête de textes et de travaux d’autrui. Ces dernières années, plusieurs cas de soupçon de plagiat ont été signalés sans que les CSD ou le CSF se soient autosaisis. Une réforme sérieuse de l’université respectant les règles de la rigueur scientifique et du travail pédagogique est à même de contrebalancer les jeux de rente actuels. Il avait raison, l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, Abdellatif Rahal, qui me disait à Paris, en 1985, alors qu’il était en poste à l’Unesco, qu’il y avait beaucoup de résistances pour changer les choses. Que s’est-il passé depuis pour que les choses se dégradent aussi tragiquement comme dans cette faculté des lettres, qui semble confortablement installée dans un profond sommeil ?
A. C.

 

Faculté des lettres de l’université de Annaba Situation paradoxale, pas du tout singulière

Publié dans Economie et société

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Un rapport sur les « crimes de guerre commis contre le peuple syrien » remis à l'ONU : les pacifistes turcs accusent

Publié le par Mahi Ahmed

 

Un rapport sur les « crimes de guerre commis contre le peuple syrien » remis à l'ONU : les pacifistes turcs accusent

 

* Pour trouver le rapport de son intégralité (en anglais), allez sur le lien : http://pwlasowa.blogspot.fr/2014/01/war-crimes-committed-against-people-of.html

 

Ils accusent. 45 avocats, journalistes, députés, syndicalistes, artistes turcs viennent de publier un rapport accablant sur les « crimes commis contre le peuple de Syrie » transmis à l'ONU. Visés : les agissements des groupes djihadistes, la guerre d'agression contre la Syrie.

 

L' « Association turque pour la paix » et les « Avocats pour la justice » préparent depuis plusieurs mois un rapport préliminaire à des poursuites contre les criminels de guerre en Syrie, et leurs commanditaires.

 

Poursuite devant les tribunaux turcs, et surtout devant les cours internationales. Le rapport vient d'être remis à la Commission d'enquête indépendante de l'ONU sur les crimes commis en Syrie.

 

L'idée est de mettre sur pied l'équivalent du Tribunal Russell pour les crimes de guerre au Vietnam dans les années 1960, expérience répétée pour les guerres en Irak et en Palestine, pour juger des crimes perpétrés par l'impérialisme.

 

A leur crédit, les avocats et journalistes turcs connaissent très bien le terrain, que ce soient du côté des régions frontalières turques, ou en tant que cas que participant à des équipes d'enquêteurs en visite ponctuelle en Syrie, ou même comme reporter de guerre en Syrie.

 

Les avocats turcs se basent sur le « Statut de Rome » prévu par la Cour Pénale internationale (CPI) et classent les crimes commis en Syrie en trois types : crimes d'agression, crimes de guerre et crimes contre l'Humanité.

 

Le premier fonde la poursuite judiciaire, les deux autres sont étroitement liés dans l'action des bandes criminelles en Syrie.

 

Une guerre d'agression : un crime contre le peuple syrien

 

Le cœur de l'accusation repose sur le concept de « guerre d'agression » reconnue par un amendement du statut de Rome datant de 2005, concernant normalement un Etat agresseur.

 

Toutefois, « l'envoi au nom d'un Etat de bandes, groupes armées, troupes irrégulières ou mercenaires pour mener une lutte armée contre un Etat » est aussi inclus dans la définition.

 

Donc, pour l'Association pour la paix, il s'agit d'abord de dénoncer les instigateurs, les soi-disant « Amis de la Syrie », réunis à Tunis en février 2012, à Doha en juin 2013, qui ont dès le début reconnu le Conseil national syrien, donc apporté leur soutien à la rébellion armée.

 

Sur la liste des accusés, cinq noms ressortent : États-Unis, Arabie saoudite, Qatar, Israël, Turquie.

 

Pour les Etats-unis, rien de nouveau sous le soleil, l'Association rappelle les plans pour éliminer tout obstacle à son plan de « Grand moyen-orient », Irak, puis Syrie, enfin Iran. Ils dialoguent avec les groupes armés, les coordonnent, leur apportent un soutien financier et logistique avéré.

 

L'Arabie saoudite cherche, elle, à isoler l'Iran et à créer une Syrie sunnite sous patronage saoudien. La Syrie investit des milliards pour armer les combattants, les entraîner, et les commander directement en vue de ses objectifs de puissance régionale.

 

Quant au Qatar, il a soutenu dès le début la rébellion armé, accueilli la rencontre de Doha en juin 2013, son premier ministre déclarant alors que le « soutien armé était la seule façon d'obtenir la paix ». Il a depuis ménagé sa position, cherchant une conciliation via l'Autorité palestinienne.

 

Enfin, l'intervention d’Israël ne s'est pas limitée au soutien aux groupes armées : livraison de véhicules aux rebelles, recours à des frappes à l'uranium appauvri, accueil de combattants dans des hôpitaux israéliens, enfin projet d'intervention internationale coordonnée par Israël.

 

La Turquie, base arrière de la rébellion armée, premier au banc des accusés

 

C'est sur la Turquie toutefois que le dossier est le plus fourni, sa politique impérialiste néo-ottomane rentrant de plus en plus en contradiction avec la dite « politique de zéro problème avec ses voisins », qui avait conduit d'abord à des relations pacifiques avec la Syrie.

 

La Turquie a abrité l'acte de naissance du Conseil national syrien en août 2011, en mai 2012 les relations diplomatiques avec la Syrie étaient suspendues, les diplomates syriens exclus.

 

Enfin, en septembre 2012, Erdogan confiait même au Washington Port que la Turquie apportait un soutien logistique aux rebelles avant de rajouter, en analogie à l'intervention américaine en Irak : « Nous devons faire ce qui est nécessaire, et nous allons le faire ».

 

Les actes de collaboration concrète entre Turquie et rebelles se comptent par centaines, les rebelles utilisant la Turquie comme base arrière de repli, circuit de ravitaillement privilégié,

 

Il suffit de rappeler que des bases d'entraînement de la dite Armée syrienne libre se trouvent dans la province frontalière turque d'Hatay, que les camps de réfugiés se révèlent être des bases de repli pour les djihadistes, enfin que la Turquie est le pays de transit pour les armes venant du Golfe.

 

Il est de plus en plus probable que c'est par la Turquie que les rebelles ont pu se doter d'un équipement chimique, ce qui est pointé par une lettre soumise par 12 anciens haut responsables des service de renseignement américains au président Obama.

 

Dernier scandale en date, le 15 décembre dernier, où il fut révélé que depuis juin 2013 ce sont pas moins de 47 tonnes d'armes et de munitions qui ont circulé entre la Turquie et la Syrie, selon une enquête réalisée par l'ONU !

 

L'Etat turc a volontairement fait de la frontière une zone de non-droit, où prospèrent trafics en tout genre (armes, voitures de luxe). Les contrôles frontaliers deviennent impossibles, la frontière la chasse gardée des milices islamistes, des bandes de voyous, trafiquants en tout genre.

 

Toutefois, le gouvernement turc contrôle in fine les informations vitales. Les avocats donnent l'exemple de ce djihadiste turc (Burak Yazici) mort en Syrie, que les autorités turques avaient bien repéré mais laissé passer pour aller combattre le régime d'Assad.

 

Les djihadistes membres d'Al Qaeda patrouillent dans les rues des villes du sud de la Turquie. Human Rights Watch s'indigne de l'hypocrisie turque qui « accorde un refuse sûr à des criminels de guerre, des personnes qui ont violé les droits de l'Homme ».

 

On a même trouvé le 7 novembre dernier un camion rempli de lances-roquettes, de bombes et d'armes fabriquées dans la manufacture turque de Konya, destiné à la Syrie, conduit par Heysem Topalca, combattant en Syrie mais jamais inquiété … car proche des services secrets turcs.

 

L' « armée du crime » : six groupes terroristes, une seule vague de terreur sous couvert de religion

 

Al-Qaeda, Armée syrienne libre (ASL), djihadistes et opposants en tout poil, qui sont les rebelles syriens ? Qui sont ces criminels de guerre en acte, agissant sur ordre des responsables de cette guerre d'agression contre le peuple syrien ?

 

L'association divise ces groupes en six, une distinction complexe et mouvante. Elle souligne que l'ASL et Al Qaeda dirigent ces groupes, bien qu'il faille les concevoir comme des organisations faiblement structurées, à l'emprise sur les noyaux combattants assez lâches.

 

Seules les livraisons d'armes saoudiennes, coordonnées par la CIA, ont pu unir un temps ces groupes, tout en conduisant à des rivalités régulières pour le partage du butin.

 

Par ailleurs, distinguer les groupes proches de l'ASL ou d'Al Qaeda est souvent impossible, les deux fonctionnant souvent ensemble. Un exemple, Osman Karahan, un turc travaillant comme avocat pour Al Qaeda, mort à Alep en juin 2012 alors qu'il combattait pour l'ASL.

 

Donc, premier groupe djihadiste en Syrie : le Front islamique syrien, de 13 à 20 000 hommes, reposant sur la Brigade Ahrar Al-Sham. Ce groupe a des liens importants avec la Turquie, l'Irak, est lié avec l'ASL et vise surtout les régions Kurdes.

 

Deuxième groupe, le Front islamique de libération, avec cinq brigades. Celle de Tawhid à Alep est liée à l'ASL, celle de Farouk à Alep et Homs est plutôt proche de la Turquie, les brigades Islam (Damas) et Al Haq (à Homs) rattachés à l'Arabie saoudite. Enfin la cinquième, Suquour al-Sham, proche d'Al Qaeda, est financée par le Qatar.

 

Cette dernière compte 3 000 combttants, la brigade de l'Islam 10 000.

 

Troisième groupe, Ghuraba al-Sham composé d'un grand nombre de citoyens turcs et spécialisée, cela va de soi, dans les attaques contre les zones kurdes.

 

Quatrième groupe, la Brigade des martyrs d'Idlib, de plus en plus chapeautée par l'organisation islamiste radicale Suquour al-Sham, financée par les Qataris, liée à Al-Qaeda. La brigade Al-Resul, une autre organisation islamiste radicale, instaurée et soutenue par le Qatar.

 

A noter que des organisations basées non pas en Syrie mais au Liban, en Irak participent désormais aux combats en Syrie, comme la brigade Abdullah Azzam, une organisation salafiste basée au Liban, proche d'Al Qaeda ou encore Jund al-Sham composée de djihadistes palestiniens.

 

On peut penser aussi à l'Armée libre irakienne, mise sur pied récemment par des gens proches de l'ancien président irakien Tarik Al Hashimi. La plupart de ces groupes fonctionnent directement avec Al-Qaeda.

 

Cinquième groupe et pas le moindre, le Front Al Nosra, organisation islamiste fondamentaliste, qui a juré allégeance à Al Qaeda en avril 2013. On estime à 70 le nombre d'attentats à la bombe commis par cette organisation terroriste d'ici à juin 2013. Elle tend à prendre le dessus dans la rébellion.

 

On pourrait ajouter finalement l'Etat islamique en Irak et Sham (ISIS), fort à Homs, Ar-Raqqah et Azez, dont les troupes mènent régulièrement des attaques contre les Kurdes et vont et viennent à travers la frontière turco-syrienne, mais aussi jordanienne.

 

Crimes de guerre, crimes contre l'Humanité : une longue liste du martyr du peuple syrien

 

Les avocats turcs dénotent au moins 19 cas de crimes de guerre recensés par les Statuts de Rome et 10 de crimes contre l'Humanité reconnus par l'article 7 des Statuts, les deux définitions se confondant souvent dans le cas de la dite Guerre civile de Syrie.

 

Meurtres et massacres : L'Association donne comme preuve le cas de 22 attaques meurtrières, essentiellement des attentats à la bombe, ayant été directement imputée aux groupes rebelles, revendiqués par eux.

 

Parmi les plus marquants, on peut penser aux véhicules bourrés d'explosifs qui ont explosé le 28 novembre 2012 dans un quartier multi-ethnique, peuplé de Chrétiens et de Druzes, à Jaramana. Bilan : 34 morts et 83 blessés.

 

Le 29 janvier 2013, 80 cadavres ont été retrouvés, la plupart d'enfants, exécutés les mains attachés ans le dos le long de la rivière Quiq à Alep, une région contrôlée par l'ASL.

 

Enfin, le 21 février 2013, une série d'explosions revendiquées par Al Qaeda a fait, à Damas, 161 morts et 500 blessés.

 

Extermination de groupes raciaux et religieux : les attaques visant les minorités religieuses (Chrétiens, Chiites) ou ethniques (Kurdes, Druzes, Alaouites) se multiplient. On peut penser aux attaques dans les villages alaouites et kurdes à Latakia.

 

Les militants d'Al-Nosra ont attaqué le 4 août huit villages de Latakia. Après les avoir bombardé, les djihadistes les ont massacré à l'aide de haches, de couteaux et de machettes. Plusieurs centaines de morts : tous les habitants du village de Hrrata sont morts, seuls 12 ont survécu à Nabata.

 

A Balluta, les djihadistes ont d'abord pris soin de massacrer les enfants rassemblés sur la place du village puis les adultes. Selon le rapport d'Human Rights Watch, 190 personnes auraient été massacrées, 200 enlevées, les chiffres pouvant être beaucoup plus élevés.

 

Le recours à des armes chimiques : Leur utilisation est avérée, tout du moins pour l'attaque dans la région orientale de Guta, à Damas, le 21 août. Si la Syrie d'Assad a été rapidement pointée du doigt par les agresseurs, les faits montrent une autre direction.

 

La Russie avait déjà souligné que les missiles avaient été lancés depuis une zone contrôle par Liwa al-Islam, milice islamiste. En mai 2013, l'Armée syrienne avait déjà capturé sur des soldats d'Al-Nosra des échantillons de gaz sarin, ou d'armes de destruction massive plus raffinées.

 

Plus tard, en octobre 2013, une explosion à la bombe à la frontière turque, sur un poste contrôlé par les Kurdes à Ras al Ayn, pourrait bien avoir été accompagnée d'armes chimiques, au vu des symptômes d'empoisonnement chez certains combattants, et de la fumée jaune due à l'explosion.

 

N'oublions pas que Carla del Ponte, membre de la Commission d'enquête de l'ONU, a elle-même confirmé qu'il n'y avait aucune indication que le gouvernement syrien avait utilisé ces armes, mais que cela pouvait bien être le cas des rebelles syriens.

 

Attaques contre des bâtiments éducatifs, religieux, culturels : ils sont fréquents, plus de 2 000 établissements scolaires ont été détruits dans les combats. En janvier 2013, l'hôpital français d'Alep a été victime d'une voiture piégée signée Al-Nosra.

 

Le 28 mars 2013, l'Université de Damas a été victime d'une attaque au mortier qui a fait 15 morts et 20 blessés. Le 21 mars, c'était la mosquée Eman qui était visée lors de la prière du vendredi, l'imam pro-Assad Sheikh Mohammed Said Ramadan al-Buti tué, ainsi que 42 autres personnes.

 

Les plus grands monuments de la riche histoire syrienne, classés à l'UNESCO, ont déjà été lourdement endommagés, pillés : on peut penser au Krak des Chevaliers, Palmyre, la vieille ville de Damas, les édifices moyen-âgeux d'Alep, le bazar d'Al-Madinah ou la Grande mosquée d'Alep.

 

Harcèlement sexuel et viols : il est avéré qu'Al Qaeda et les organisations liées à l'ASL ont violé des milliers de femmes et d'enfants. Selon l'ONG « Femmes en état de siège », en 2012, 100 cas de viols avérés ont eu lieu, 80 % contre des femmes ou jeunes filles. Les chiffres seraient largement sous-estimés.

 

Toutes les plaintes déposées par les « Avocats pour la justice » en Turquie n'ont abouti à aucune poursuite concrète contre les criminels de guerre et leurs complices.

 

Pourtant, l'attentat islamiste à Reyhanli, à la frontière turco-syrienne en mai dernier, qui a fait 46 morts a éveillé la conscience du peuple turc. Ce fut le point de départ de la « rébellion de juin » qui a ébranlé le régime autoritaire d'Erdogan, aujourd'hui en train de vaciller sous le poids des scandales.

 

Désormais, les avocats épris de justice, les journalistes amis de la paix, les députés soucieux de vérité s'en tournent à l'opinion publique internationale : il faut que s'exprime un grand mouvement de solidarité avec le peuple syrien, victime d'une guerre d'agression, que la vérité soit dite et justice soit faite face aux criminels de guerre qui sévissent en Syrie !

 

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QUELQUES PRECISIONS SUR L'ECONOMIE DE L'UKRAINE

Publié le par Mahi Ahmed

QUELQUES PRECISIONS SUR L'ECONOMIE DE L'UKRAINE

dimanche 12 janvier 2014, 14:36:00 | Comité ValmyAccéder à l’article complet

http://comite-valmy.org/IMG/jpg/communistes_odessa.jpg

QUELQUES PRECISIONS SUR L'ECONOMIE DE L'UKRAINE

La crise politique qui a agité l'Ukraine au sujet de la signature d'un accord d'association avec l'UE a largement occulté la présentation de la situation économique et sociale dramatique de ce pays.

En réalité la faillite de l'Ukraine était proche, le risque de cessation de paiement de l'Etat ukrainien était très élevé et n'a été évité que par un prêt de 15 milliards de dollars offert par la Russie.

Mais cette situation était le produit de deux décennies de désorganisation d'un pays qui était dans l'ex URSS la seconde république la plus développée après la Russie. Deux décennies de capitalisme sauvage, de médications brutales du FMI et de corruption ont en effet conduit à l'appauvrissement du pays, à la destruction de sa puissance industrielle, à son déclin démographique. A l'arrivée de ce « grand bond en arrière » pour reprendre l'expression utilisée par Henri Alleg dans son livre sur la Russie postsoviétique un peuple souffrant, désorienté, qui en vient dans les régions de l'Ouest à donner la majorité de ses suffrages à un parti « SVOBODA » ouvertement pronazi et qui plaide pour l'intégration dans une Europe mystifiée

Quelques chiffres

La République socialiste soviétique d'Ukraine était la seconde économie de l'Union loin devant les autres

De 1991 à 2012 le PIB ukrainien a diminué de 30 %, le pays occupe le 53° rang de le monde pour le PIB global, pour le PIB par tête l'Ukraine se situe au niveau du Paraguay et du Maroc au 133% rang mondial en 2012, à la moitié de celui du Belarus, au tiers de celui du Kazakhstan. L'Ukraine est avec la Moldavie l'ex république socialiste soviétique qui s'est le plus effondrée économiquement depuis 1991.

L'acier ukrainien un des meilleurs du monde ne se vend plus, les aciéries mal entretenues, pas modernisées ne produisant plus et dans des conditions de plus en plus dangereuses pour les travailleurs qu'un acier médiocre
Les industries de biens de consommation ont quasiment disparu, le pays importe 98% de ces biens de l'étranger, de même pour le matériel agricole (l'Ukraine avait une agriculture très développée- le quart de la production totale de l'URSS - et fabriquait son matériel) le pays importe 80% de ses besoins.

La population a diminué : de 51 à 45,5 millions d'habitants.
Le taux de natalité est de 10 pour 1000, un chiffre très bas qui n'assure pas le renouvellement naturel de la population et ne peut compenser la fuite hors du pays soit vers la Russie, mouvement légal pour des citoyens russes qui vivaient en Ukraine et facile pour tous en raison de l'absence de barrière linguistique les deux langues étant cousines, ou vers l'UE en franchissant difficilement ou illégalement les barrières de Schengen élevées à sa frontière occidentale.

Dans ce contexte la crise politique de décembre 2013 n'est qu'une expression très médiatisée spécialement destinée à l'opinion occidentale d'une crise beaucoup plus profonde.

L'article qui suit publié dans le mensuel « NOUVELLES d'URSS » n°125 * rend compte d'une manifestation organisée à Odessa contre l'association avec l'UE et illustre les aspects plus profonds de cette crise politique. Il montre qu'en dehors de la grande mise en scène télévisuelle des manifestations anti gouvernementales et anti russes de Kiev en décembre 2013 il existe une résistance populaire et que les tendances fascistes peuvent être combattues.

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LES ODESSITES SONT CONTRE L'ENTREE DE L'UKRAINE DANS L'UE

Article publié dans le journal ukrainien « Rabotché - krest' yanskaya pravda » N° 11 (200) 2013.

Une action de protestation contre l'entrée de l 'Ukraine daris la fameuse Union européenne s'est déroulée à Odessa le 12 octobre 2013. Cette manifestation a été initiée par des représentants de plusieurs partis politiques du mouvement de gauche. Les citoyens d'Odessa qui ont participé à l'action ont voté à l'unanimité pour la tenue d'un Référendum pour l'ensemble de l'Ukraine : seul le peuple est apte à décider ou bien d'entrer dans l'U.E., ou bien de dire un NON ! décisif', en dépit des incitations des politiciens à entraîner l'Ukraine dans encore une nouvelle aventure. Plus de 2000 Odessites se sont rassemblés sur la place de la Révolution d'Octobre où s'est également tenue une assemblée présidée par Yé. I. Tsar'¬kov, premier secrétaire du comité oblastal du P.C.U. (parti communiste ukrainien)

 

Les Odessites ont réagi avec fougue aux questions posées, préférant, au lieu de l'entrée dans l'U.E., l'unité économique avec la Biélorussie, la Russie et le Kazakhstan. La question principale de l'ordre du jour a été résolue affirmativement : défendre le droit du peuple ukrainien à procéder à un référendum. Pour cela également ils ont voté à l'unanimité. Un Appel a été rédigé à l'intention de l'Administration d'Odessa pour en exiger qu'elle tienne compte du groupe d'initiative de citoyens quant à la tenue d'un référendum. Le fait d'ignorer une telle assemblée par les autorités odessites serait un acte d'illégitimité, une violation cynique des droits constitutionnels •. Après la tenue de l'assemblée, une marche a suivi vers le siège de l'Administration oblastale d'État afin d'y remettre le procès-verbal de l'assemblée à ses ¬agents.

 

Il a également été adopté un Appel aux citoyens d'Ukraine en vue de commencer une collecte de signatures de soutien à la tenue d'un référendum. Dans la mesure où le Conseil exécutif central viole grossièrement le droit constitutionnel en rejetant la légitime demande du groupe d'initiative de procéder à un référendum pour l'ensemble de l'Ukraine, l'expression de la volonté du peuple s'impose. Il n'y a rien à attendre d'équitable du pouvoir criminel du capital. Tout se vend. Les intérêts du peuple laborieux sont anéantis par les forces destructrices, la production nationale transformée en ruines programmées.

 

Le droit constitutionnel prévu par l'article 5 relatif au « référendum pour l'ensemble de l'Ukraine » est ignoré du système judiciaire.

 

L'organisation odessite du P.C.B.tUS. a participé à cette assemblée des citoyens d'Odessa ; elle y a diffusé notre presse bolcheviste.
Les Odessites, parmi lesquels la jeune génération déploie son activité toujours grandissante, ont acheté nos journaux et ont engagé le dialogue avec nos camarades, se sont intéressés à l'activité de notre parti. Nos actions et notre lutte sont orientées en direction de l'affranchissement du joug de la bourgeoisie fraîche émoulue, du rétablissement des liens économiques entre toutes les républiques de l'Union soviétiques de la restitution des valeurs du socialisme qui nous ont été volées. Au lieu du pouvoir criminel du capital, la justice de la dictature du prolétariat et la renaissance de l'Union des Républiques socialistes soviétiques.


• Nouvelles d'URSS – bimestriel par abonnement chez ASSAMUNSOV 30 rue des Trois Frères 75018

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QUI POSSEDE LE MONDE ? le déclin américain vu par Noam Chomsky

Publié le par Mahi Ahmed

QUI POSSEDE LE MONDE ? le déclin américain vu par Noam Chomsky

Aujourd’hui 6 janvier 2014, Accéder à l’article complet

 

 

 

 

"Je pense que le discours sur le déclin américain doit être pris avec un peu de recul.

Les USA sont vraiment devenus une puissance globale au cours de la seconde guerre mondiale. Ce pays était la plus grosse puissance économique bien avant la guerre mais c’était un pouvoir qu’on pourrait qualifier de régional. Ils contrôlaient la sphère occidentale et avaient effectué quelques incursions dans le Pacifique mais l’Angleterre restait la première puissance mondiale. La seconde guerre mondiale a tout changé : les USA sont devenus la puissance dominant le monde, possédant la moitié de la richesse mondiale alors que les autres nations industrielles étaient affaiblies ou détruites. Cette nation était dans une position incroyablement  forte par le contrôle de leur hémisphère ainsi que l’Atlantique et le Pacifique avec une puissance militaire énorme. Bien sûr cela évolua : l’Europe et le Japon se sont relevés et la décolonisation changea la donne. En 1970 les USA étaient redescendus à 25% de la richesse mondiale ce qui est comparable à leur situation des années 20. Ils avaient encore leur pouvoir global écrasant mais étaient loin de la situation de 1950. Depuis 1970 cette situation s’est maintenue malgré quelques changements.

 

Durant cette dernière décennie et pour la première fois en 500 ans depuis la conquête espagnole et portugaise, l’Amérique latine a commencé à prendre en main ses problèmes. L’Amérique du sud a commencé a s’organiser alors qu’auparavant chaque pays était isolé et tourné vers l’ouest : d’abord vers l’Europe puis vers les USA. L’organisation est importante car elle signifie qu’il n’est plus aussi facile de cueillir les pays un par un. Les pays d’Amérique latine peuvent s’unir pour se défendre contre une puissance extérieure. L’autre évolution qui a plus d’importance et est plus complexe est que les pays d’Amérique latine commencent individuellement a faire face a leurs lourds problèmes internes. Avec ses ressources l’Amérique latine devrait être un continent riche ; particulièrement l’Amérique du sud. L’Amérique latine a beaucoup de richesses, aux mains d’une élite minoritaire et souvent occidentalisée qui côtoie une pauvreté massive. Il existe des tentatives de lutter contre cela et l’Amérique latine est en train de s’éloigner de la mainmise américaine ce qui est une autre forme d’organisation.

 

On parle beaucoup d’un changement global de pouvoir : l’Inde et la Chine vont devenir les nouvelles super-puissances, les pays riches. Il est nécessaire de prendre du recul par rapport a cela. Par exemple, de nombreux observateurs évoquent la dette américaine et le fait que la Chine en possède une grande partie. Il y a quelques années c’était le Japon qui en détenait la plus grande part mais maintenant la Chine l’a dépassé.

 

La généralisation du discours sur le déclin de USA est trompeur: on nous a appris à parler d’un ensemble d’Etats envisagé comme des entités unifiées et cohérentes. Dans l’étude de la théorie des relations internationales, il existe une école appelée l’école réaliste qui considère qu’il y a un monde anarchique d’Etats, chacun poursuivant ses propres «intérêts nationaux». En grande partie, c’est un mythe. Il existe quelques intérêts communs comme par exemple la survie, mais en général, les individus d’une même nation ont des intérêts divergents. Les intérêts du P-DG de General Electric et du concierge qui nettoie son sol ne sont pas les mêmes.

 

Une partie du système doctrinal aux Etats-Unis fait croire que nous sommes tous une famille heureuse, sans division de classes, et que tout le monde travaille ensemble en harmonie parfaite. C’est totalement faux. Au 18° siècle, Adam Smith a dit que ce sont les gens qui possèdent la société qui font la politique : les marchands et les fabricants. Aujourd’hui le pouvoir est aux mains des institutions financières et des multinationales. Ces institutions ont un intérêt au développement chinois. Donc par exemple pour le P-DG de Walmart ou Dell ou Hewlett-Packard, il est parfaitement satisfaisant d’avoir de la main d’œuvre très bon marché en Chine, travaillant dans des conditions affreuses et avec très peu de contraintes environnementales. Aussi longtemps que la Chine a ce qu’on appelle la croissance économique, c’est parfait.

 

Actuellement, la croissance économique de la Chine est un peu un mythe. La Chine est principalement une usine d’assemblage. La Chine est un exportateur majeur mais alors que le déficit de la balance commerciale des USA avec la Chine a augmenté, le déficit avec le Japon, Taïwan et la Corée a diminué. La raison en est que le système de production régional se développe. Les pays les plus développés de la région (le Japon, Singapour, la Corée du sud et Taïwan) envoient des composants et pièces détachées de haute technologie en Chine, qui use de sa force de travail bon marché pour assembler des marchandises et les envoyer hors de la région. Les sociétés américaines font la même chose : elles envoient des composants et pièces détachées en Chine où la population assemble et exporte les produits finis. Ces produits sont comptabilisés comme exportations chinoises mais ce sont bien souvent des exportations régionales et parfois des exportations américaines vers les USA.

 

A partir du moment où nous cassons cette vision d’états-nations comme entités unifiées sans divisions internes, nous pouvons voir qu’il y a bien un déplacement global du pouvoir, mais c’est de la force de travail mondiale vers les propriétaires du monde : le capital transnational et les institutions financières globales".

 

Source : noam-chomsky.fr

 

Extrait du livre «Power system» ( Metropolitan Books) d’entretiens entre Noam Chomsky et David Barsamian, directeur d’Alternative Radio (www.alternativeradio.org) sorti le 06/02/2013 sur truth-out.org

 

 

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