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Discours de Barack Obama sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord

Publié le par Mahi Ahmed

 

 

 

 

Rearque préliminaire: Ce discours rapporté aux mobiles de l'élection d'Obama et à sa pratique politique depuis deux ans qu'il est au pouvoir, donne des indications précieuses sur la nature néobushiène de sa doctrine en formation. Je ne manquerai pas d'y revenir.

Mahi Ahmed

Discours de Barack Obama sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord
par Barack Obama*





19 mai 2011


 

Merci, merci. Merci beaucoup. Merci. Veuillez vous asseoir.

D’abord, je voudrais remercier Hillary Clinton qui a tant voyagé ces six derniers mois qu’elle se rapproche d’une nouvelle étape notable - le million de milles des grands voyageurs. (Rires) Je compte sur Hillary tous les jours et je crois qu’elle entrera dans l’histoire de notre pays comme l’un de nos meilleurs secrétaires d’État.

Le département d’État est un lieu particulièrement bien choisi pour marquer un nouveau chapitre de la diplomatie américaine. Depuis six mois, nous sommes témoins des changements extraordinaires qui se produisent au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Place après place, ville après ville, pays après pays, les citoyens se sont dressés pour revendiquer leurs droits fondamentaux. Deux dirigeants se sont écartés. D’autres pourraient les suivre. Et bien que ces pays soient bien éloignés de nos côtes, nous savons que notre propre avenir est lié à cette région par les forces de l’économie et de la sécurité, par l’histoire et par la religion.

Aujourd’hui, je veux d’abord parler de ces changements - des forces qui les guident, et de la manière dont nous pouvons y réagir afin de promouvoir nos valeurs et de renforcer notre sécurité.

Nous avons déjà beaucoup fait pour modifier notre politique étrangère suite à une décennie marquée par deux conflits coûteux. Après des années de guerre en Irak, nous avons retiré 100.000 soldats américains et mis fin à notre mission de combat dans ce pays. En Afghanistan, nous avons brisé l’élan des talibans, nous commencerons en juillet à retirer nos forces et nous poursuivrons la transition des opérations au gouvernement afghan. Et après des années de guerre contre Al-Qaïda et ses groupes affiliés, nous avons asséné un coup dur à Al-Qaïda en tuant son leader - Oussama Ben Laden.

Ben Laden n’était en aucune façon un martyr. C’était un meurtrier de masse, qui diffusait un message de haine : l’insistance que les musulmans devaient porter les armes contre l’Occident, et que la violence contre les hommes, les femmes et les enfants était la seule voie du changement. Il rejetait la démocratie et les droits individuels pour les musulmans au profit d’un extrémisme violent ; son ordre du jour portait sur ce qu’il pouvait détruire et non ce qu’il pouvait bâtir.

Ben Laden et sa vision meurtrière se sont attiré quelques adeptes. Mais dès avant sa mort, Al-Qaïda perdait sa lutte pour la pertinence, car l’immense majorité des gens ont vu que le massacre d’innocents ne répondait pas à leur quête d’une vie meilleure. Au moment où nous avons trouvé Ben Laden, l’ordre du jour d’Al-Qaïda était vu comme une voie sans issue par la vaste majorité de la région, et les peuples du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord avaient déjà pris leur avenir en main.

Cette histoire d’autodétermination a commencé il y a six mois en Tunisie. Le 17 décembre, un jeune marchand ambulant du nom de Mohammed Bouazizi a tout perdu quand un agent de police lui a confisqué son étal. Le cas n’était pas unique. C’est le même genre d’humiliation qui se produit chaque jour dans de nombreuses régions du monde - la tyrannie continue des gouvernements qui refusent à leurs citoyens la dignité. Seulement cette fois-ci, quelque chose d’autre s’est produit. Après que les responsables locaux eurent refusé d’écouter sa plainte, ce jeune homme qui n’avait jamais été particulièrement actif en politique s’est rendu au siège du gouvernement provincial, s’est arrosé d’essence et s’est immolé.

Il y a des moments dans l’histoire où les actes de citoyens ordinaires déclenchent des mouvements pour le changement parce qu’ils témoignent d’une aspiration à la liberté qui grandissait depuis des années. Aux États-Unis, pensez au mouvement de défi de ces patriotes à Boston qui ont refusé de payer des taxes au roi, ou à la dignité de Rosa Parks quand elle a pris son siège avec courage. C’est le même cas en Tunisie : l’acte de désespoir d’un vendeur a réverbéré dans tout le pays. Des centaines de manifestants sont descendus dans les rues, puis des milliers. Et confrontés aux matraques et parfois aux balles, ils ont refusé de rentrer chez eux - jour après jour, semaine après semaine, jusqu’à ce qu’un dictateur au pouvoir depuis plus de deux décennies l’eût enfin quitté.

L’histoire de cette révolution et de celles qui ont suivi ne devrait surprendre personne. Les nations du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ont obtenu leur indépendance il y a longtemps, mais dans beaucoup trop d’endroits, les populations n’ont pas gagné la leur. Dans trop de pays, le pouvoir est concentré entre les mains d’une petite minorité. Dans trop de pays, un citoyen comme ce jeune marchand n’a nulle part où se tourner - aucun système judiciaire honnête pour présenter son cas ; aucun média indépendant pour faire entendre sa voix ; aucun parti politique crédible pour représenter ses points de vue ; aucune élection libre et juste pour lui permettre de choisir son dirigeant.

L’absence d’autodétermination - de la chance de faire de votre vie ce que vous désirez - s’applique aussi à l’économie de la région. Oui, certains pays sont dotés de richesses pétrolières et gazières, ce qui a créé des poches de prospérité. Mais dans une économie mondiale fondée sur le savoir, fondée sur l’innovation, aucune stratégie de développement ne saurait se baser uniquement sur ce qui sort du sol - tout comme un peuple ne peut réaliser son potentiel quand il n’est pas possible de lancer une entreprise sans payer des pots-de-vin.

Face à ces défis, trop de dirigeants de la région ont tenté d’orienter les doléances de leur peuple contre d’autres. Ils ont blâmé l’Occident pour toutes sortes de maux, un demi-siècle après la fin du colonialisme. L’antagonisme contre Israël était devenu la seule expression politique acceptable. Les divisions entre les tribus, les groupes ethniques et les sectes religieuses étaient manipulées pour en faire un moyen de s’agripper au pouvoir, ou de s’en emparer.

Mais les événements des six derniers mois nous ont montré que les stratégies de répression et les stratégies de diversion n’allaient plus réussir. Les télévisions par satellite et l’Internet offrent une fenêtre sur un monde plus vaste - un monde de progrès ahurissants dans des endroits tels que l’Inde, l’Indonésie et le Brésil. Les téléphones portables et les réseaux de médias sociaux permettent aux jeunes gens de se connecter et de s’organiser plus que jamais. Une nouvelle génération a ainsi émergé. Et leurs voix nous disent que les changements ne sauraient leur être refusés.

Au Caire, nous avons entendu la voix d’une jeune mère qui disait : « C’est comme si je pouvais enfin respirer de l’air frais pour la première fois. »

À Sanaa, nous avons entendu les étudiants scander : « La nuit doit s’achever. »

À Benghazi, nous avons entendu un ingénieur déclarer : « Nous sommes libres de nos paroles aujourd’hui. C’est une sensation qu’on ne peut pas expliquer. »

À Damas, nous avons entendu un jeune homme dire : « Après le premier cri, après la première clameur, vous ressentez de la dignité. »

Ces cris de dignité humaine se font entendre dans toute la région. Et par la force morale de la non-violence, les peuples de la région ont accompli plus de changements en six mois que les terroristes en l’espace de plusieurs décennies.

Bien sûr, des changements d’une telle ampleur ne se réalisent pas facilement. De nos jours et à notre époque d’informations 24 heures sur 24 et de constantes communications, les gens s’attendent à ce que la transformation de la région s’achève en quelques semaines. Mais il faudra des années avant que cette épopée ne touche à sa fin. Tout au long, il y aura de bons jours et il y en aura de mauvais. Dans certains endroits, les changements seront rapides, dans d’autres, graduels. Et comme nous l’avons déjà vu, l’appel au changement peut donner lieu à des disputes féroces pour le pouvoir.

La question devant nous est de savoir quel rôle les États-Unis joueront au fur et à mesure que ces événements se produiront. Pendant des décennies, les États-Unis ont visé un ensemble d’intérêts centraux dans la région : contrer le terrorisme et stopper la prolifération d’armes nucléaires ; assurer la libre circulation du commerce, et préserver la sécurité de la région ; défendre la sécurité d’Israël et œuvrer pour la paix arabo-israélienne.

Nous continuerons à faire cela, dans la ferme conviction que les intérêts des États-Unis ne vont pas à l’encontre des espérances des populations mais qu’ils leur sont essentiels. Nous sommes convaincus que personne ne profiterait d’une course aux armements nucléaires dans la région, ou des attaques brutales d’Al-Qaïda. Nous sommes convaincus que les gens verraient partout leur économie paralysée par l’interruption des approvisionnements en énergie. Et comme nous l’avons montré pendant la guerre du Golfe, nous ne tolérerons pas d’agression transfrontalière, et nous nous acquitterons de nos engagements envers nos amis et partenaires.

Nous devons reconnaître cependant qu’une stratégie fondée uniquement sur la poursuite étroite de ces intérêts ne remplira pas un estomac vide ni ne permettra à qui que ce soit de s’exprimer librement. En outre, ne pas tenir compte des aspirations plus vastes des citoyens ordinaires ne fera que renforcer leur suspicion, qui couve depuis des années, que nous poursuivons nos intérêts aux dépens des leurs. Comme cette méfiance est mutuelle - du fait que la conscience des Américains a été marquée par des prises d’otages, par des paroles violentes et par des attaques terroristes qui ont tué des milliers des leurs - l’absence de changement d’approche risque de provoquer une spirale de plus en plus profonde de division entre les États-Unis et le monde arabe.

C’est pourquoi il y a deux ans au Caire, j’ai commencé à élargir notre engagement sur la base d’intérêts mutuels et du respect mutuel. J’étais convaincu alors et je suis convaincu aujourd’hui que notre intérêt réside non seulement dans la stabilité des nations mais aussi dans l’autodétermination des individus. Le statu quo ne peut pas perdurer. Les sociétés maintenues en place par la peur et la répression offrent peut-être une illusion de stabilité pendant un certain temps, mais elles sont construites sur des lignes de faille qui finiront par les disloquer.

Une occasion historique s’offre donc à nous. Nous avons la possibilité de montrer que l’Amérique se soucie plus de la dignité du marchand de rue à Tunis que de la force brute du dictateur. Que l’on n’en doute pas : les États-Unis d’Amérique se réjouissent du changement qui fait avancer l’autodétermination et les chances de réussir. Certes, des moments périlleux accompagneront à l’occasion la promesse de cette perspective. Mais après avoir accepté pendant des dizaines et des dizaines d’années le monde tel qu’il est dans la région, nous avons maintenant l’occasion de chercher à construire le monde tel qu’il devrait être.

Évidemment, il nous faut procéder avec humilité. Ce ne sont pas les États-Unis qui ont fait descendre les gens dans la rue à Tunis ou au Caire - ce sont les gens eux-mêmes qui ont lancé ces mouvements, et c’est à eux qu’il appartient de déterminer quelle en sera l’issue.

Tous les pays ne suivront pas nécessairement notre forme particulière de démocratie représentative, et il y aura des moments où nos intérêts à court terme ne s’aligneront pas parfaitement sur notre conception à long terme de la région. Mais nous pouvons - et devons - proclamer un ensemble de principes clés, de principes qui ont guidé notre réaction aux événements survenus au cours des six derniers mois :

Les États-Unis s’opposent à l’usage de la violence et de la répression contre les peuples de la région. (Applaudissements)

Les États-Unis appuient un ensemble de droits universels. Ces droits regroupent la liberté d’expression ; la liberté de se réunir pacifiquement ; la liberté de religion ; l’égalité des hommes et des femmes dans un État de droit ; et le droit de choisir ses propres dirigeants - que l’on vive à Bagdad ou à Damas, à Sanaa ou à Téhéran.

En outre, nous soutenons au Moyen-Orient et en Afrique du Nord une réforme politique et économique qui soit capable de satisfaire les aspirations légitimes des simples gens dans l’ensemble de la région.

Notre soutien à ces principes ne relève pas d’un intérêt secondaire - aujourd’hui, je veux faire clairement comprendre qu’il s’agit d’une toute première priorité qui doit se traduire par des actions concrètes et être appuyée par tous les outils diplomatiques, économiques et stratégiques à notre disposition.

Je vais être précis. En premier lieu, les États-Unis auront pour politique de promouvoir la réforme à travers la région et d’appuyer les transitions vers la démocratie. Cette démarche commence en Égypte et en Tunisie, où les enjeux sont élevés - parce que la Tunisie a formé l’avant-garde de cette vague démocratique et que l’Égypte est à la fois un partenaire de longue date et le plus grand pays du monde arabe. Ces deux pays peuvent être un excellent modèle en donnant l’exemple d’élections libres et honnêtes ; d’une société civile dynamique ; d’institutions démocratiques responsables et efficaces ; et d’un engagement régional responsable. Mais nous devons aussi soutenir les pays où la transition reste à s’accomplir.

Malheureusement, dans trop de pays, la violence a été jusqu’à présent la réponse aux appels au changement. L’exemple le plus extrême est celui de la Libye, où Mouammar Kadhafi est parti en guerre contre ses propres concitoyens en promettant de les chasser comme des rats. Comme je l’ai dit lorsque les États-Unis ont formé une coalition internationale pour intervenir, nous ne pouvons pas prévenir chaque injustice perpétrée par un régime contre son peuple, et notre expérience avec l’Irak nous a appris à quel point il est coûteux et difficile d’essayer d’imposer un changement de régime par la force - indépendamment des meilleures intentions que l’on puisse avoir.

Mais en Libye, nous avons vu la perspective d’un massacre imminent, nous avions un mandat d’action et nous avons entendu l’appel à l’aide du peuple libyen. Si nous n’étions pas intervenus avec nos alliés de l’OTAN et nos partenaires régionaux de la coalition, des milliers de personnes auraient péri. Le message aurait été clair : pour rester au pouvoir, on n’a qu’à massacrer autant de gens qu’il le faut. Le temps joue contre Kadhafi. Il n’a pas le contrôle de son pays. L’opposition a organisé un conseil de transition qui est légitime et crédible. Et quand Kadhafi quittera inévitablement le pouvoir ou sera forcé de le faire, des décennies de provocations cesseront et la transition vers une Libye démocratique pourra commencer.

Si elle a été le théâtre d’une violence sans précédent par son ampleur, la Libye n’est toutefois pas le seul pays où les responsables ont recours à la répression pour rester au pouvoir. L’exemple le plus récent est celui de la Syrie, dont le régime a choisi la voie du meurtre et de l’arrestation en masse de ses citoyens. Les États-Unis ont condamné ces actions, et en œuvrant de concert avec la communauté internationale nous avons intensifié nos sanctions contre le régime syrien, ayant notamment annoncé hier l’imposition de sanctions contre le président Assad et son entourage.

Le peuple syrien a donné la preuve de son courage en exigeant une transition vers la démocratie. Le président Assad est maintenant face à un choix : il peut diriger la transition ou s’écarter. Le gouvernement syrien doit cesser d’ouvrir le feu sur les manifestants et autoriser les protestations pacifiques ; il doit libérer les prisonniers politiques et mettre fin aux arrestations injustes ; il doit autoriser l’accès des observateurs des droits de l’homme aux villes telles que Daraa ; et il doit engager un dialogue sérieux pour faire avancer une transition démocratique. Faute de quoi, le président Assad et son régime continueront d’être contestés de l’intérieur et isolés à l’étranger.

À ce jour, la Syrie a suivi l’Iran, son allié, et sollicité l’assistance de Téhéran quant aux tactiques de répression à appliquer. Ceci révèle l’hypocrisie du régime iranien, qui dit soutenir les droits des manifestants à l’étranger, alors qu’il réprime ses compatriotes sur son territoire. N’oublions pas que les premières manifestations pacifiques se sont déroulées dans les rues de Téhéran, où le gouvernement a brutalisé des femmes et des hommes et jeté des innocents en prison. Nous entendons encore les échos des slogans scandés se répercuter de toit en toit à Téhéran. L’image d’une jeune femme agonisant dans la rue reste gravée dans notre mémoire. Et nous continuerons d’insister que le peuple iranien mérite le respect de ses droits universels et un gouvernement qui n’étouffe pas ses aspirations.

Nul n’ignore notre opposition à l’intolérance et aux mesures répressives de l’Iran - ainsi qu’à son programme nucléaire illicite et à son soutien du terrorisme. Mais pour que les États-Unis soient crédibles, nous devons reconnaître que par moments nos amis dans la région n’ont pas tous réagi aux revendications pour le changement de manière conforme aux principes que j’ai esquissés aujourd’hui. C’est vrai au Yémen, où le président Saleh doit tenir l’engagement qu’il a pris de céder le pouvoir. Et c’est vrai aussi, aujourd’hui, au Bahreïn.

Le Bahreïn est un partenaire de longue date, et nous sommes acquis à sa sécurité. Nous sommes conscients que l’Iran a tenté de tirer parti du mouvement de contestation dans ce pays et que le gouvernement bahreïnien a un intérêt légitime dans l’État de droit.

Néanmoins, nous avons insisté à la fois en public et en privé sur le fait que les arrestations en masse et la force brute ne cadraient pas avec les droits universels des citoyens bahreïniens et que de telles mesures ne feraient pas disparaître les appels légitimes à la réforme. La seule voie possible, c’est que le gouvernement et l’opposition nouent un dialogue, et on ne peut pas vraiment dialoguer quand une partie de l’opposition pacifique est en prison. (Applaudissements) Le gouvernement doit créer les conditions propices au dialogue, et l’opposition doit participer à la création d’un avenir juste pour tous les Bahreïniens.

De fait, l’une des grandes leçons à tirer de cette période, c’est que les divisions sectaires ne dégénèrent pas nécessairement en conflit. En Irak, nous voyons la promesse d’une démocratie multiethnique et multiconfessionnelle. Les Irakiens ont rejeté les périls de la violence politique en faveur d’un processus démocratique, alors même qu’ils assument l’entière responsabilité de leur sécurité. Bien sûr, comme c’est le cas de toutes les nouvelles démocraties, ils connaîtront des revers. Mais l’Irak est prêt à jouer un rôle moteur dans la région s’il persiste dans la voie du changement pacifique. Et quand ce sera le cas, nous serons fiers de nous tenir résolument à ses côtés.

Dès lors, dans les mois à venir, les États-Unis doivent user de toute leur influence pour encourager la réforme dans la région. Tout en reconnaissant que chaque pays est un cas particulier, nous devons parler honnêtement des principes qui font partie de nos convictions, avec nos amis comme avec nos ennemis. Notre message est simple : si vous assumez les risques qui découlent de la réforme, vous aurez le soutien total des États-Unis.

Nous devons aussi prolonger nos efforts visant à élargir notre engagement par-delà les élites pour atteindre les gens qui façonneront l’avenir, en particulier les jeunes. Nous devons continuer à tenir les engagements que j’ai pris au Caire - l’engagement de construire des réseaux de créateurs d’entreprises et d’élargir les programmes d’échanges dans l’enseignement ; d’encourager la coopération scientifique et technologique et de combattre les maladies. À travers la région, nous comptons fournir une assistance à la société civile, y compris aux groupes qui pourraient ne pas être reconnus officiellement et qui disent des vérités qui dérangent. Et nous utiliserons la technologie pour être plus près des gens et nous mettre à leur écoute.

Le fait est que la vraie réforme ne vient pas seulement des urnes. Par nos efforts, nous devons appuyer ces droits fondamentaux que sont la liberté de donner librement son avis et celle d’avoir accès à l’information. Nous soutiendrons le libre accès à l’Internet et le droit des journalistes d’être entendus, qu’il s’agisse d’une grande organisation de presse ou d’un blogueur solitaire. Au XXIe siècle, savoir, c’est pouvoir ; on ne peut pas cacher la vérité ; et la légitimité des gouvernements repose en fin de compte sur des citoyens actifs et bien informés.

Un discours ouvert de cette nature est important même si son contenu ne cadre pas avec notre conception du monde. Comprenez-moi bien : les États-Unis respectent le droit qu’ont tous les citoyens pacifiques et respectueux des lois de faire entendre leur voix, même s’ils ne sont pas d’accord avec eux. Et nous sommes parfois en désaccord total avec eux.

Nous sommes prêts à travailler avec tous ceux qui se rallient à une démocratie véritable et participative. Ce à quoi nous nous opposons, c’est à toute tentative, par quelque groupe que ce soit, de restreindre les droits d’autrui et de conserver le pouvoir au prix de la coercition - et non du consentement des gouvernés. Car la démocratie repose non seulement sur les élections, mais aussi sur la présence d’institutions robustes et responsables et sur le respect des droits des minorités.

Une telle tolérance s’avère particulièrement importante quand il s’agit de religion. Place Tahrir, nous avons entendu des Égyptiens de toutes les couches de la société qui scandaient : « Musulmans, chrétiens, nous ne faisons qu’un ». Les États-Unis feront leur part pour que cet esprit l’emporte - que toutes les confessions soient respectées et que des passerelles soient construites entre elles. Dans une région qui est le lieu de naissance de trois religions mondiales, l’intolérance ne peut que déboucher sur la souffrance et la stagnation. Et pour que cette saison de changement triomphe, les chrétiens coptes doivent avoir le droit de pratiquer librement leur culte au Caire, tout comme les chiites ne doivent jamais voir leurs mosquées détruites au Bahreïn.

Ce qui s’applique aux minorités religieuses s’applique aussi aux droits des femmes. L’histoire montre que les pays sont plus prospères et plus pacifiques lorsque les femmes sont autonomes. C’est pourquoi nous ne cesserons d’insister pour que les droits universels s’appliquent aux femmes comme ils s’appliquent aux hommes. Nous nous emploierons notamment à concentrer notre assistance sur la santé infantile et maternelle ; à aider les femmes à se lancer dans l’enseignement ou à monter une entreprise ; à défendre leur droit d’être entendues et de briguer des postes électifs. La région ne réalisera jamais pleinement son potentiel quand plus de la moitié de sa population est privée du droit de réaliser le sien.

Mais quand bien même nous encourageons la réforme politique, quand bien même nous encourageons les droits de l’homme dans la région, nous ne pouvons pas nous arrêter là. La deuxième voie par laquelle nous devons appuyer un changement positif dans la région, c’est celle du développement économique des pays qui effectuent la transition vers la démocratie.

Après tout, il n’y a pas que la politique qui a fait descendre les gens dans les rues. Ce qui a fait basculer beaucoup d’eux, c’est l’inquiétude constante de ne pas pouvoir nourrir leur famille ni subvenir à ses besoins. Trop de gens dans cette région n’ont pratiquement qu’une espérance quand ils se lèvent le matin, celle de pouvoir tenir le coup un jour de plus, et peut-être de voir leur chance tourner. Dans l’ensemble de la région, beaucoup de jeunes ont une éducation solide, mais ils n’arrivent pas à trouver du travail dans ces économies fermées. Ce ne sont pas les idées qui manquent aux entrepreneurs, mais la corruption les empêche de les mettre à profit. (Applaudissements)

La plus grande ressource la plus négligée au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, c’est le talent de sa population. Lors des manifestations récentes, nous voyons ce talent s’afficher quand les gens exploitent la technologie pour faire bouger le monde. Ce n’est pas un hasard si l’un des meneurs place Tahir était cadre chez Google. Il faut maintenant canaliser cette énergie, pays après pays, pour que la croissance économique puisse cimenter les succès de la rue. Car tout comme les révolutions démocratiques peuvent être déclenchées par un manque de débouchés pour les individus, les transitions démocratiques réussies ont besoin de l’expansion de la croissance et d’une prospérité largement partagée.

Nous concluons des leçons apprises de par le monde qu’il importe de miser sur le commerce, et non pas seulement sur l’aide. Nous devons tendre vers un modèle où le protectionnisme cède le pas à l’ouverture, où les rênes du commerce passent d’une petite minorité au plus grand nombre et où l’économie produit des emplois pour les jeunes. L’appui des États-Unis à la démocratie visera en conséquence à assurer la stabilité financière, à promouvoir la réforme et à intégrer des marchés dynamiques les uns aux autres et au sein de l’économie mondiale - à commencer par la Tunisie et l’Égypte.

Tout d’abord, nous avons demandé à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international de présenter au sommet du G8, la semaine prochaine, un plan sur ce qu’il faut faire pour stabiliser et moderniser les économies tunisienne et égyptienne. Ensemble, nous devons les aider à se remettre de la perturbation causée par leur soulèvement démocratique et appuyer les gouvernements qui seront élus plus tard cette année. Et nous appelons d’autres pays à aider l’Égypte et la Tunisie à satisfaire leurs besoins financiers à court terme.

Deuxièmement, nous ne souhaitons pas voir l’Égypte accablée par ses dettes passées. C’est pourquoi nous allégerons à concurrence de 1 milliard de dollars la dette d’une Égypte démocratique et nous nous associerons à nos partenaires égyptiens en vue d’investir ces ressources à l’appui de la croissance et de la création d’entreprises. Nous aiderons l’Égypte à recouvrer son accès aux marchés en garantissant à hauteur de 1 milliard de dollars des emprunts nécessaires au financement de l’infrastructure et à la création d’emplois. En outre, nous aiderons les nouveaux gouvernements démocratiques à récupérer les avoirs qui avaient été volés.

Troisièmement, nous œuvrons avec le Congrès pour créer des Fonds d’entreprise aux fins d’investissements en Tunisie et en Égypte. Ceux-ci seront calqués sur des fonds qui ont appuyé les transitions en Europe de l’Est après la chute du mur de Berlin. L’OPIC lancera prochainement un mécanisme doté de 2 milliards de dollars à l’appui des investissements privés à travers la région. Enfin, nous travaillerons avec nos alliés à réorienter la Banque européenne pour la reconstruction et le développement afin qu’elle apporte aux transitions démocratiques et à la modernisation économique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord le même soutien qu’elle a apporté à l’Europe.

Quatrièmement, les États-Unis lanceront en faveur du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord une grande Initiative de partenariat pour le commerce et l’investissement. Abstraction faite des exportations pétrolières, cette région qui compte plus de 400 millions d’habitants exporte à peu près autant que la Suisse. C’est pourquoi nous nous emploierons, de concert avec l’Union européenne, à favoriser le commerce régional, à étoffer les accords existants en vue de promouvoir l’intégration de la région aux marchés américain et européen, et à ouvrir aux pays ayant adopté des critères rigoureux de réforme et de libéralisation commerciale la voie à l’établissement d’un arrangement commercial régional. De même que l’adhésion à l’Union européenne a servi d’incitation à la réforme en Europe, de même la perspective d’une économie moderne et prospère devrait-elle susciter un puissant élan de réforme au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

La prospérité exige également que s’abattent les murs qui barrent la route au progrès : la corruption d’élites qui volent le peuple ; les formalités administratives qui empêchent une idée de devenir une entreprise ; le favoritisme qui distribue la richesse sur des bases tribales ou confessionnelles. Nous aiderons les gouvernements à s’acquitter de leurs obligations internationales et à s’investir contre la corruption ; nous soutiendrons les parlementaires qui mettront en œuvre des réformes et les militants qui emploieront la technologie pour augmenter la transparence et responsabiliser les pouvoirs publics. Il s’agit de politique et de droits de l’homme ; de réforme économique...

Permettez-moi, pour conclure, d’aborder une autre pièce maîtresse de notre approche à l’égard de cette région, à savoir la recherche de la paix.

Depuis des décennies, le conflit entre les Israéliens et les Arabes jette une ombre sur la région. Il fait vivre les Israéliens dans la crainte que leurs enfants ne soient pulvérisés par un explosif placé dans un car ou par une roquette tirée sur leur logement, et dans la douleur de savoir qu’on apprend à d’autres enfants de la région à les haïr. Il fait subir aux Palestiniens l’humiliation de l’occupation et de ne jamais vivre dans un État à eux. De plus, ce conflit inflige des coûts plus étendus à travers le Moyen-Orient puisqu’il entrave les partenariats qui pourraient apporter une sécurité, une prospérité et des possibilités accrues à tout un chacun.

Depuis plus de deux ans, mon gouvernement s’efforce avec les parties intéressées et la communauté internationale à mettre fin à ce conflit, en s’appuyant sur les dizaines d’années de labeur des gouvernements précédents. En dépit de cela, les attentes restent déçues. Les activités israéliennes d’implantation se poursuivent. Les Palestiniens se sont retirés des pourparlers. Le monde contemple ce conflit qui ne fait que traîner, encore et toujours, et il n’y voit que l’impasse. À tel point que d’aucuns estiment que, vu tous les changements et toute l’incertitude dans la région, il est tout simplement impossible d’avancer.

Je n’en crois rien. À un moment où les peuples du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord se libèrent des fardeaux du passé, l’élan vers une paix durable qui mettra fin au conflit et réglera toutes les revendications est plus urgent que jamais. Cela est assurément vrai pour les deux parties impliquées.

Pour les Palestiniens, les efforts visant à délégitimer Israël échoueront. Les actions symboliques destinées à isoler Israël aux Nations unies en septembre ne vont pas leur créer un État indépendant. Les chefs palestiniens ne parviendront pas à la paix et à la prospérité si le Hamas insiste pour suivre le chemin de la terreur et le rejet. Et les Palestiniens n’obtiendront jamais leur indépendance en refusant à Israël le droit à l’existence.

Quant à Israël, notre amitié est profondément enracinée dans une histoire et dans des valeurs partagées. Notre engagement envers la sécurité d’Israël est inébranlable. Nous nous opposerons à toutes les tentatives en vue d’en faire la cible de critiques au sein des instances internationales. Toutefois, en raison même de notre amitié, il importe que nous lui disions la vérité : le statu quo est insoutenable et Israël doit agir avec audace afin de favoriser une paix durable.

Le fait est qu’un nombre croissant de Palestiniens vivent à l’ouest du Jourdain. La technologie compliquera la tâche qu’a Israël de se défendre. La transformation profonde qui s’opère dans la région entraînera un populisme où ce seront des millions de personnes, et non plus seulement un ou deux dirigeants, qui devront se persuader que la paix est possible. La communauté internationale est lasse d’un processus interminable qui ne donne jamais rien. Le rêve d’un État juif, démocratique, est irréalisable dans le contexte d’une occupation permanente.

En fin de compte, c’est aux Israéliens et aux Palestiniens qu’il incombe d’agir. Aucune paix ne peut leur être imposée, ni par les États-Unis, ni par personne d’autre. Mais ce n’est pas en retardant l’échéance à l’infini qu’on fera disparaître le problème. Ce que l’Amérique et la communauté internationale peuvent faire, c’est de déclarer franchement ce que tout le monde sait : toute paix durable met en jeu deux États, pour deux peuples, Israël en tant qu’État juif et patrie du peuple juif, et l’État de Palestine en tant que patrie du peuple palestinien, chaque État jouissant de l’autodétermination, de la reconnaissance mutuelle et de la paix.

Dès lors, tandis que les questions fondamentales devront faire l’objet de négociations, la base de ces dernières est claire : une Palestine viable, un Israël sûr. Les États-Unis sont d’avis que les négociations doivent aboutir à deux États, avec des frontières palestiniennes permanentes avec Israël, la Jordanie et l’Égypte, et avec des frontières israéliennes permanentes avec la Palestine. Nous pensons que les frontières d’Israël et de la Palestine doivent se baser sur les lignes de démarcation de 1967 dans le cadre d’échanges mutuellement agréés, de façon à ce que des frontières sûres et reconnues soient établies pour les deux États. Le peuple palestinien doit avec le droit de se gouverner et d’atteindre son plein potentiel à l’intérieur d’un État souverain et contigu.

Quant à la sécurité, tout État a droit à l’autodéfense et Israël doit pouvoir se défendre, tout seul, contre toute menace. Les dispositions doivent également être assez rigoureuses pour prévenir toute réapparition du terrorisme, pour empêcher l’infiltration d’armes et assurer une sécurité efficace aux frontières. Le retrait complet, par étapes, des forces militaires israéliennes doit être coordonné avec la prise de responsabilité par la Palestine de la sécurité dans un État souverain, non militarisé. La durée de cette période de transition doit être convenue, et l’efficacité des arrangements sécuritaires doit être démontrée.

Ces principes constituent une base de départ à des négociations. Les Palestiniens doivent connaître les contours territoriaux de leur État ; les Israéliens doivent savoir que leurs préoccupations fondamentales de sécurité seront satisfaites. Je suis conscient que ces mesures, à elles seules, ne vont pas résoudre le conflit, car il restera deux problèmes déchirants et névralgiques : l’avenir de Jérusalem, et le sort des réfugiés palestiniens. Mais en avançant dès maintenant sur les fronts des territoires et de la sécurité, on disposera d’une fondation pour résoudre ces deux problèmes d’une manière qui sera juste et équitable, et qui respectera les droits et les aspirations tant des Israéliens que des Palestiniens.

Maintenant, permettez-moi de dire ceci : le fait de reconnaître qu’on doit commencer les négociations par les questions de territoire et de sécurité ne signifie pas qu’il sera facile de revenir à la table. En particulier, l’annonce récente d’un accord entre le Fatah et le Hamas soulève des questions profondes et légitimes pour Israël : comment peut-on négocier avec un parti qui refuse de vous reconnaître le droit d’exister ? Dans les semaines et les mois à venir, les dirigeants palestiniens devront fournir une réponse crédible à cette question. Entre-temps, les États-Unis, leurs partenaires au sein du Quatuor et les États arabes devront continuer de prodiguer tous les efforts possibles pour surmonter l’impasse actuelle.

Je mesure la difficulté de cette entreprise. La suspicion et l’hostilité se sont transmises pendant des générations et elles se sont parfois durcies. Mais je suis convaincu que la majorité des Israéliens et des Palestiniens préféreraient se tourner vers l’avenir, plutôt que de rester prisonniers du passé. Nous voyons cet esprit animer le père israélien dont le fils a été tué par le Hamas et qui a aidé à fonder une organisation réunissant des Israéliens et des Palestiniens qui avaient perdu des êtres chers. Le père avait déclaré : « Je me suis rendu compte, peu à peu, que le seul espoir de progrès, c’était de reconnaître le vrai visage du conflit. » Nous le voyons dans les actions d’un Palestinien qui a perdu trois filles sous les obus israéliens à Gaza : « J’ai le droit d’être en colère, disait-il. Tant de gens s’attendaient à ce que je haïsse. Je leur réponds que je ne haïrai pas. Notre espoir doit résider, a-t-il dit, dans un lendemain. »

Tel est le choix qui devra être fait - non pas simplement dans le conflit israélo-palestinien, mais dans toute la région : un choix entre la haine et l’espoir ; entre les chaînes du passé et la promesse de l’avenir. C’est un choix qui appartient aux dirigeants et aux peuples, et c’est un choix qui définira l’avenir d’une région qui a été à la fois le berceau de la civilisation et un creuset de conflit.

En dépit de ces défis, nous voyons de nombreuses raisons d’être optimistes. En Égypte, nous en voyons dans l’engagement des jeunes qui ont dirigé les manifestations. En Syrie, nous en voyons dans le courage de ceux qui ont bravé les balles tout en scandant le refrain « pacifique, pacifique ». À Benghazi, ville menacée de destruction, nous en voyons sur la place de la justice où les gens se massent pour célébrer les libertés qu’ils n’avaient jamais connues. À travers la région, ces droits que nous tenons pour acquis sont revendiqués dans la joie par ceux qui desserrent l’étau tenu d’une main de fer.

Aux yeux du peuple des États-Unis, les scènes de soulèvement dans la région peuvent paraître troublantes, mais les forces qui les entraînent ne lui sont pas étrangères. Notre propre nation s’est formée lors d’une rébellion contre un empire. Notre peuple a traversé une douloureuse guerre civile qui a apporté liberté et dignité à ceux qui étaient asservis. Je ne serais pas ici devant vous aujourd’hui si les générations passées ne s’étaient pas tournées vers la force morale de la non-violence comme moyen de parfaire notre union - s’organisant, manifestant, protestant pacifiquement et ensemble afin de donner corps aux paroles qui ont façonné notre nation : « Nous tenons ces vérités pour évidentes en soi, que tous les hommes naissent égaux. »

Ces mots doivent guider notre réaction aux changements qui transforment le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, ces mots qui nous disent que la répression échouera, que les tyrans tomberont et que tout homme et toute femme est doté de certains droits inaliénables.

Ce ne sera pas facile. Il n’existe pas de ligne droite vers le progrès et les difficultés accompagnent toujours une saison d’espoir, Mais les États-Unis d’Amérique ont pour principe fondateur que les peuples doivent se gouverner par eux-mêmes. À présent, nous ne saurions hésiter à nous placer fermement du côté de ceux qui aspirent à leurs droits, sachant que leur réussite donnera naissance à un monde plus paisible, plus stable et plus juste.

Je vous remercie tous. Merci.



Barack Obama

 

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Le recyclage des hommes de Ben Laden

Publié le par Mahi Ahmed

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Four lessons from the collapse of the Soviet Union By Liu Shulin

Publié le par Mahi Ahmed

Global Times (5/19/11)
Four lessons from the collapse of the Soviet Union By Liu Shulin
A tide of reform spread in the socialist states in the 1980s. However, just like running faces bigger risk of falling down than walking, the reforms in socialist countries are even vulnerable. The lessons from the failure of Communist Party of the Soviet Union (CPSU) are valuable for China, which is experiencing reform today.

Firstly, the party should not give up its leadership of the country during the reforms. The CPSU, though it had been plagued by corruption to a severe degree, could have been resurrected. But in the clamor of "limitless openness," the CPSU had lost its control of the intelligentsia, theory circles and the media.

Secondly, reforming should not abandon the principle of public ownership as economic foundation. The socialist public ownership has determined the nature of socialism and guaranteed the people can manage themselves. It is also the most substantial part of the socialist system. As long as the position of public ownership is sustained, the foundation of socialist countries stays, no matter how the reforms proceed.
On July 1, 1991, the Soviet Union's Supreme Soviet passed a privatization law, which regulated that the State-owned enterprises could be turned to collective or shareholding enterprises, and they could be sold or auctioned.
In the same month, Soviet leader Mikhail Gorbachev wrote to the G7 summit to inform them that the first two years of the plan would see 80 percent of medium- or small- sized enterprises sold to individuals and then the mode of massive private enterprises was promoted.
Privatization generated the privileged class and produced class differentiation in the Soviet Union, which could only lead to two
results: a reshuffle of the country because of a sharp U-turn in policy on the part of the ruling party, or an angry public struggling with the new reality.

Thirdly, reforming doesn't simply mean denying previous leaders.
Nikita Khrushchev repudiated Joseph Stalin in the "Secret Speech" in 1956. And from then on the anti-Stalin movement lasted several decades in the Soviet Union, and led to the disastrous consequences of denying the history of the Soviet Union, and finally opposing the systems and goals of communism.
However, merely denying the past does not help solve the problem.
During the reforms in the 1980s, Gorbachev changed the direction of the Soviet Union based on the so-called "new thinking."
What was the ultimate purpose of the reform? Should the reform persist in following the principles of socialism? On these fundamental issues, Gorbachev showed nothing but enormous blindness.

Fourthly, the reform should not rely on external powers. The US never changed its goal of trying to "peacefully transform" the Soviet Union and other socialist countries. It took steps to put ideological pressure on socialist countries, while the leaders of the Soviet Union who supported reform took no precautions at all.
Gorbachev cared about evaluation and praise from the US, and his efforts to promote openness and the so-called "cultural autonomy" were all in the hope of obtaining US support.
Moreover, he is claimed to have first called the US president after the attempted coup by Soviet hardliners and left his house arrest only after asking the US president for instructions.

It is understandable to keep contact with the Western countries under the open situation, but it is necessary to maintain a sober mind, and to take effective precautions.

The author is a professor at the School of Social Sciences at Tsinghua University. opinion@globaltimes.com.cn

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Lettre du secrétaire-général du PC Espagnol aux militants du PCE à propos du « mouvement de rébellion » dit du 15 mai et des mobilisations dans diverses villes d'Espagne

Publié le par Mahi Ahmed

Lettre du secrétaire-général du PC Espagnol aux militants du PCE à propos du « mouvement de rébellion » dit du 15 mai et des mobilisations dans diverses villes d'Espagne

 

Lettre de José Luis Centella, secrétaire-général du PC Espagnol, aux militants du PCE

 

 

Chers camarades,

 

Ces jours-ci se développent un mouvement de rébellion qui depuis les manifestations du 15 mai mobilise des milliers de personnes qui protestent contre la situation de crise que nous subissons et les sorties que nous imposent le gouvernement et les institutions de l'UE suivant les diktats du capital financier-spéculatif qui cherchent seulement à maintenir son taux de profit au détriment des travailleurs et des couches populaires.

 

La réalité de ce mouvement est très plurielle et diverse. Malgré le fait que, de façon intéressée, les médias mettent en avant les positions minoritaires, les attitudes anti-partis, abstentionnistes et mettent l'accent sur son caractère anti-système, avec toute la connotation péjorative que ces médias y mettent, l'essentiel est que ses propositions politiques, ses propositions pour sortir de la crise sont celles qu'en tant que Parti communiste (PCE), Jeunesse communiste (UJCE) et Izquierda Unida (IU) nous avons porté dès son déclenchement. Ainsi, on pointe les coupables (les banques et/ou les marchés), on dénonce ceux qui avec leurs politiques nous font payer la crise et nous privent de nos droits de citoyens (le PSOE et le Parti populaire) et on exige un système électoral plus juste et un changement de système qui redonne sa dignité à la politique et garantisse les droits des citoyens.

 

En ce sens, j'estime nécessaire de revenir sur certaines réflexions concernant la situation actuelle.

 

Le succès de la mobilisation du 15 mai dernier a surpris en premier lieu ceux qui l'avaient convoqué, les militants de diverses organisations, parmi lesquelles les nôtres (PCE, UJCE, IU).

Mais surtout elle a surpris les partis et les représentants du système qui devenaient de plus en plus nerveux au fur et à mesure que les rassemblements se renforçaient. Cela a surpris également certains militants qui ne parviennent pas à comprendre les aspects positifs de cette mobilisation et peuvent en venir à le disqualifier et ni plus ni moins qu'à le rejeter, ce qui les place dans un sectarisme qui nous isole du peuple.

 

Nous devons avoir en tête que lorsqu'une partie du peuple descend dans la rue pour manifester sa colère et pour protester contre les banques, les grands patrons, le bi-partisme, identifiés comme les coupables de la crise sociale et économique, le devoir de tout révolutionnaire est de l'écouter, de le respecter, de l'analyser et de lui apporter une réponse...

 

Mais dans ce cas, c'est que, au-delà du dire, nous et particulièrement l'UJCE participons activement au mouvement. Quand cela fait des mois qu'on appelle à des mobilisations, lorsque celles-ci commencent à se produire, nous ne pouvons pas en rester en-dehors, au contraire nous devons considérer que nous sommes sur la voie d'atteindre notre objectif, que commencent à se mobiliser la jeunesse, les femmes, doublement exploitées, les chômeurs, les retraités, ceux qu'on a mis à la porte de chez eux, les éternels précaires, en définitive toutes les couches sociales qui paient une crise qu'ils n'ont pas causé, que commence à prendre forme un mouvement qui affronte la crise.

 

Il est vrai qu'existent des contradictions, la décision de continuer la mobilisation avec installations de tentes à la Puerta del Sol et dans d'autres lieux d'Espagne pour donner une suite à la mobilisation s'est révélé une sage décision, la réponse arrogante et myope du gouvernement central et local de déloger la Puerta del Sol, la plus grosse erreur que l'on pouvait commettre si ce que l'on cherchait était de dissoudre le mouvement et le réduire à l'état d'anecdote. La réponse citoyenne a surpris la classe politique dirigeante qui ne sait plus comment réagir (pour la première fois dans l'histoire de ce pays, on pouvait voir les unités anti-émeutes expliquant « gentiment » à ceux qui voulaient rejoindre la manifestation de la Puerta del Sol que celle-ci était interdite).

 

Le mouvement est contradictoire car, comme nous le disions, il est hétérogène et pluriel, ce qui a résisté depuis dimanche peut être l'avant-garde d'un mouvement de masse beaucoup plus large ou peut finir par devenir un point de référence minoritaire et testimonial, les mobilisations convoquées pour samedi peuvent être un baromètre de ce que nous disons. En tout cas, il paraît clair que moins l'on tentera de « corseter » le mouvement, dans un sens ou dans un autre, plus il y aura de possibilités que se consolide un mouvement de masses, si au contraire les gens perçoivent que l'on cherche à manipuler à des fins particulières (aussi légitimes puissent-elles être), ils feront sûrement machine arrière. Ecouter, respecter, analyser et apporter des réponses à ceux qui se lancent dans la lutte, telle est nôtre tâche en ces moments-ci.

 

Pour nous, l'essentiel est d'impliquer dans la mobilisation le plus grand nombre de secteurs touchés par la crise et transformer la mobilisation de samedi en une démonstration de force de ceux d'en bas, il faut faire descendre des centaines de milliers de personnes dans la rue et réfléchir, après, pour voir comment elles s'orientent et se maintiennent dans le temps sans, et cela est fondamental, nous l'approprier ou le manipuler, nous faisons partie du mouvement, rien de plus.

 

De façon naturelle, nous verrons que nombreux sont les travailleurs et les citoyens qui peuvent trouver un point de référence en notre parti, si nous sommes capables de gagner leur confiance, en démontrant concrètement que nous sommes différents, que nous ne faisons pas partie de la « classe politique », mais que nous faisons partie de la classe ouvrière et comme tels, nous avons les mêmes intérêts que ceux qui descendent dans la rue ces derniers jours, nous sommes partie prenante de la mobilisation.

 

Pour cela, nous devons nous impliquer dans la consolidation de cette dynamique mobilisatrice, comme une lutte politique et sociale qui contribue à construire une alternative au système capitaliste coupable de cette crise.

 

A partir de ces réflexions, avec sincérité, loyauté et sens de l'unité, je désire lancer un appel aux militants du Parti, à ses sympathisants et amis pour qu'ils rejoignent la mobilisation et contribuent à lui apporter une perspective d'avenir.

 

De la même manière, nous devons discuter avec les camarades qui se méfient de la politique, non pour les combattre, mais pour les convaincre, non pour les affronter mais pour rechercher la synthèse et construire ensemble l'avenir.

 

D'autre part, tout en travaillant à la mobilisation sociale, nous ne pouvons pas oublier le travail propre du Parti et reconnaître la nécessité de réactiver, une fois passées les élections municipales et régionales, la campagne du PCE contre la crise et pour la défense de l'unité de la gauche autour d'une ALTERNATIVE SOCIALE et ANTI-CAPITALISTE pour sortir de la crise à partir de la certitude que nos propositions contiennent des éléments fondamentaux pour apporter des réponses aux questions que posent les milliers de citoyens qui continuent la mobilisation.

 

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19 MAI 1956

Publié le par Mahi Ahmed

 


19 MAI 1956
La symbolique déclinée avec le Web 2.0
21 Mai 2011 -

«...Effectivement, avec un diplôme en plus, nous ne ferons pas de meilleurs cadavres! A quoi donc serviraient-ils ces diplômes, qu’on continue à nous offrir, pendant que notre peuple lutte héroïquement... pour le monde qui nous observe, pour la nation qui nous appelle, pour le destin historique de notre pays, serions-nous des renégats?» Appel à la grève le 19 mai 1956

Jeudi 19 mai des élèves ingénieurs de l’Ecole Polytechnique ont organisé un séminaire sur la fuite des cerveaux et ceci dans le sillage de la commémoration du 19 Mai 1956, il y a de cela 65 ans. On se souvient qu’à l’appel du FLN, canal historique, une grève des études illimitée était proposée au peuple algérien. Elle se voulait comme une protestation visant à impliquer tous les Algériens, quel que soit leur âge, pour démontrer que le FLN pouvait décider d’une grève qui serait automatiquement suivie. Qu´on se le dise! Le système éducatif colonial en Algérie se résumait à 1500 écoles primaires et 6 lycées, principalement pour les enfants européens. L´enseignement étant distillé à dose homéopathique pour les indigènes. Les aspects positifs se résument à moins de 500 diplômés en 132 ans! Mais passons! Ce qui nous intéresse, c´est l´avenir. Que l’on songe, à titre d’exemple, à l’appel à la grève illimitée des étudiants et des lycéens lancé par l’Union générale des étudiants musulmans algériens (Ugema), le 19 mai 1956. L’Ugema déclarait notamment: «...Effectivement avec un diplôme en plus, nous ne ferons pas de meilleurs cadavres! A quoi donc serviraient-ils ces diplômes, qu’on continue à nous offrir, pendant que notre peuple lutte héroïquement, pendant que nos mères, nos épouses, nos soeurs sont violées, pendant que nos enfants, nos vieillards tombent sous la mitraillette, les bombes, le napalm (...) Etudiants et intellectuels algériens, pour le monde qui nous observe, pour la nation qui nous appelle, pour le destin historique de notre pays, serions-nous des renégats?» Durant la révolution, le travail remarquable des révolutionnaires universitaires algériens à l’ONU mérite d’être souligné. En effet, la seule inscription chaque année de la «question algérienne» de la session annuelle des Nations unies, avait autant d’impact où les combattants de l’ALN se comportaient de façon héroïque. Les intellectuels de la révolution ont donc donné un contenu scientifique et culturel à la révolution en utilisant toutes les ressources de l’intelligence pour combattre la fausse image propagée par le pouvoir colonial. (...) Que reste-t-il des nobles idéaux qui ont animé les lycéens et les étudiants algériens de cette époque? A première vue, on constate «un désenchantement». (1)

L’argent facile
Les étudiants de 2011 sont terrassés par un quotidien et un avenir incertains, ceci du fait de l’anomie de l’université devenue un corps sans âme géré à la stalinienne par des paléo-enseignants qui font de leur passage dans l’administration une fin en soi, à telle enseigne qu’ils ne retournent plus enseigner quand vient le moment de la chute. On l’aura compris, nos étudiants subissant une galère, où le maître mot consiste à réussir de ce fait, tous les moyens sont bons, même les plus répréhensibles. Nous étudiants ne sommes pas politisés et nous ne devons pas confondre endoctrinements partisans qui font que l’université est la caisse de résonnance des partis en mal de légitimité populaire mais qui, par étudiants, entretiennent la fitna pour une part hypothétique d’un gâteau qui peut se décliner de différentes façons, notamment l’appartenance à une «famille révolutionnaire» dont il faudra bien qu’un jour, le citoyen lambda connaisse sa réelle valeur ajoutée. L’Etat lui-même dos au mur, tente de calmer la rue par une distribution anarchique de la rente sans rien demander en échange.
Nos étudiants, à leur corps défendant, ne connaissent pour la plupart rien des enjeux du monde, des stratégies, bref, ils ne croient plus à rien, et tétanisés par une fatalité, pour deux raisons majeures. D’une part, l’incurie qu’ils constatent au quotidien ne leur donne comme image que les «bons exemples» en termes de vampirisme du pays, et de trabendisme de l’argent facile, de l’impunité et naturellement, on l’aura compris, à mille lieues des quelque repères moraux qu’on lui inculque. D’autre part, en tant qu’intellectuels potentiels, ils ne voient pas le bout du tunnel, la perpétuation une cinquantaine d’années, des méthodes de gestion irrationnelles atomisent leur faible espoir de voir, un jour, l’Algérie mettre en oeuvre, dans ce nouveau siècle, une autre légitimité, celle de la méritocratie qui est le plus sûr garant pour mener une bataille autrement plus incertaine, celle de la survie, dans un monde qui ne fait pas de place aux plus faibles intellectuellement. En fait, rien ne peut se faire dans l’approximation, la grande erreur de nos gouvernants c’est de croire que l’on peut entrer dans le développement, dans la modernité, et dans le monde de la science par effraction.
La mal-vie de nos élites résulte d’un manque de vision et d’une fuite en avant vers une mondialisation-laminoir qui est en train, les derniers «accords» aidant, présentés, cependant, comme des victoires, de laminer nos dernières défenses immunitaires. Nous deviendrons, alors à Dieu ne plaise, véritablement un bazar, dans ces cas on n’aura pas besoin de cadres, d’enseignants puisqu’il s’agit de consommer tant que vous aurez des euros ou des dollars. Il paraît naturellement inutile de faire appel à notre diaspora..
Nous, enseignants, avons notre part de responsabilité. S’il est important que la Société reconnaisse aux enseignants un rôle majeur dans la formation du diplômé de demain, capable de se déployer sans peine dans un environnement mondial de plus en plus hostile, encore faut-il raison garder. Nous autres enseignants, nous devons être des repères au quotidien pour nous étudiants et pour la société qui nous regarde. Nous devons trouver en nous-mêmes le courage nécessaire pour faire notre autocritique, en dénonçant ceux qui démonétisent par leur façon d’être la fonction d’enseignant. Nous nous devons de respecter l’effort et le mérite, la sueur et les résultats sur le «terrain». Il vient tout naturellement qu’il serait immoral d’uniformiser les salaires à fonction égale. Il faut au contraire, mondialisation et performance obligent, récompenser les «producteurs de science». Cette fonction discriminante est la seule vraie échelle, basée sur l’effort permanent. Enfin, il est de la plus haute importance que le regard de la société à travers ses dirigeants, vis-à-vis de la communauté des «formateurs de matière grise» change radicalement. La réforme «placebo» que l’on impose sans débat, nous conduira droit dans le mur. Il faut en effet retenir que cette réforme européenne est surtout une réforme des systèmes éducatifs «riches de leur force de frappe» en termes de sédimentation, de moyens et surtout d’encadrement de haut niveau et de pertinence de recherche. Cette réforme a pour ambition d’assurer la mobilité des étudiants et des enseignants à travers l’espace européen. Avec qui allons-nous échanger nos étudiants, avec les universités marocaines ou tunisiennes aussi sinistrées que nous et qui ont une piètre opinion de l’espace maghrébin préférant tendre la main vis-à-vis de l’Europe? Il nous faut savoir que le LMD n’a rien de révolutionnaire. Le LMD, dimensionné pour les universités, les étudiants et les métiers européens, ne peut pas s’appliquer chez nous sans un nécessaire état des lieux et surtout sans des états généraux qui devraient mobiliser tous les secteurs réceptacles des diplômés que l’université a pour mission de former. On saura alors pourquoi on sacrifie la formation d’ingénieurs sous les conseils avisés de ceux qui nous veulent du bien mais qui ne sacrifient pas leurs écoles d’ingénieurs comme on le fait avec la destruction programmée de l’Ecole Polytechnique qui tente de résister à la démolition, sous le regard indifférent des pouvoirs publics et de la société.
La réalité est tout autre? Quels sont les métiers dont aura besoin l’Algérie dans dix ans? Quels sont les effectifs à former par grande discipline? Quel est l’avenir des «grandes écoles ou supposées telles? L’Algérie a-t-elle besoin d’une élite? Quel est l’avenir du système public de l’enseignement supérieur? Quelles sont les vraies prérogatives de l’enseignement supérieur? L’Université doit-elle continuer à former des chômeurs de luxe? Au risque de nous répéter, il faut savoir que rien ne peut se faire sans les «gardiens du Temple» que sont les enseignants. Est-il normal que ce soit les chefs d’établissement et leurs structures administraves qui décident de la pédagogie sur instruction de la tutelle en lieu et place des conseils scientifiques? La charte de l’Ethique avait tracé les domaines d’intervention de chaque entité. Cette charte qui a demandé beaucoup d’effort tarde à être appliquée

Les nationaux expatriés et la «fuite des cerveaux»
Cela m’amène à parler de nos nationaux expatriés. Quand on parle de fuite des cerveaux, implicitement dans l’imaginaire de chacun, on pense à tort ou peut-être à raison, que s’ils étaient là, ils sauveraient l’Algérie de l’anomie actuelle due notamment au faible niveau des élites restées au pays. Si le rôle bien compris de ces expatriés est indiscutable, on ne peut pas asseoir une université digne de ce nom, en diabolisant régulièrement les enseignants.
Avant de parler de la fuite des cerveaux, il faut s’interroger sur les causes qui ont amené à cette fuite. Il y a d’abord, de notre point de vue, les conditions matérielles. C’est un scandale que le ministère de la Solidarité proposait des CDD à 8000 DA à des Bacs+5 à quelques centaines de kilomètres d’une Europe qui les attire comme un aimant qui ne permettent pas un épanouissement de l’individu diplômé surtout s’il a de réelles chances de s’insérer ailleurs avec l’appel des cartes vertes américaines et canadiennes, voire l’immigration choisie de Sarkozy. Il y a aussi le manque de conditions scientifiques de travail, il y a aussi la démonétisation des valeurs. Cela a commencé avec l’indépendance. Ce qui fait qu’en 2010 un footballeur de l’équipe nationale peut toucher en une fois ce qu’un universitaire ne pourra avoir qu’en vivant plusieurs vies comme HighLander. Il n’est pas normal que l’Ecole qui doit être un ascendeur social ne fasse plus rêver. Certains parents préfèrent inscrire leurs enfants dans des clubs de football et assistent aux entrainements plutôt que de chercher des maîtres pour leurs enfants. Voilà à quoi est réduit notre système éducatif! S´agissant des compétences extérieures, il ne faut pas croire que rien ne se fait. Ceux qui ont l´amour du pays viennent souvent et participent à distance. Ce n´est pas une question de sous qui est pour eux secondaire, d´autant qu´ils ne peuvent objectivement pas se déraciner une seconde fois. On l’aura compris, ceux-là ne viennent pas en croisière en été - comme celle qu’a organisée le ministère de la Solidarité - nous dire, il y a qu’à...faire cela ou cela sans connaître les pesanteurs de cette Algérie profonde. Le djihad contre l´ignorance est un djihad toujours recommencé, c´est, d´une certaine façon, le «grand djihad» sans médaille, sans m´as-tu-vu, sans attestation communale, sans bousculade pour des postes honorifiques qui ne sont pas le fruit d´une quelconque compétence, mais, assurément, d´une allégeance suspecte. Nous devrons graduellement aller vers de nouvelles légitimités pour récompenser ceux qui, véritablement, ont servi et ne se sont pas servis et n´ont naturellement pas été servis. Il est utopique et dangereux de penser que l´Algérie continuera d´une façon paresseuse à engranger des devises pendant encore longtemps. Seules une formation supérieure de qualité et une recherche nous permettront d´avoir une chance d´exister dans le nouveau monde qui se dessine. L´Université doit être partie prenante de ces mutations. Le combat de nos aînés et leur engagement dans la Révolution par cette fameuse grève de 1956 sont, pour les générations actuelles, un exemple à suivre. Comme l’écrit d’une façon élégante Ahmed Halfaoui dans un article percutant «Le retour des enfants prodigues» à propos de la dernière rencontre du 14 mai où des Algériens expatriés ont exposé leur vision de l’Algérie: «Des gars du bled, enfin, nous reviennent de très loin, avec dans les bagages un gros cadeau. On avait fini par les oublier; ils étaient partis depuis si longtemps. Ils sont là. De véritables enfants prodigues avec des cerveaux gros comme on ne peut pas. Ils ont travaillé comme des brutes pour fabriquer leur cadeau. Et quel cadeau! Ils ont sué sang et eau pour qu’il soit prêt le jour venu. On les a attendus et accueillis comme il le fallait. Le cadeau est un gros livre sur l’Algérie, sur ceux qui sont restés. La preuve qu’ils ne sont pas ingrats. Ils sont revenus donner au pays ce qui lui manquait, leur intelligence. Même si c’est un rendu pour un prêté, on devrait louer le geste. Il y a bien longtemps, le pays leur avait payé des études dans ces lointaines terres qui font, aujourd’hui, saliver les jeunes d’ici. (...) Ils allaient se rendre, là-bas, apprendre ce qu’il faut savoir et revenir avec la tête qu’il faut pour réfléchir et construire le pays qui en avait bien besoin. C’était pour quoi ils ont été choisis et c’est pour quoi on avait utilisé l’argent public pour les faire étudier dans les meilleures écoles. Mais, eux, ils avaient oublié ça. Ils ont préféré rester là où ils ont pu et su se faire un nid et s’habituer au confort d’un pays qui n’avait pas les mêmes problèmes que le leur. Les années ont passé, ils ont vieilli et puis un miracle s’est produit. Certains d’entre eux se sont dit qu’il était temps de se manifester. Ils se sont mis à plusieurs, avec des gens restés au pays, pour l’écrire ce pavé qui est proposé comme une ordonnance au malade qu’est l’Algérie. Parmi les remèdes prescrits, ce sont ceux qui concernent l’organe économique qui attirent le plus. En les appliquant, l’efficacité serait garantie. Le hic se trouve dans le fait que les recettes économiques proposées ressemblent à s’y méprendre à celles que l’on a déjà ingurgitées jusqu’à la lie». En définitive, parler de la fuite des cerveaux est de mon point de vue de loin secondaire; quand un organisme perd son sang, on ne pense pas à remettre le sang perdu dans l’organisme, on met un garrot pour arrêter l’hémorragie et ensuite on soigne l’organisme pour combattre les raisons de l’hémorragie. Mutatis mutandis, nous devons en Algérie plus que jamais créer les conditions à même de limiter l’hémorragie - on ne peut pas l’arrêter totalement - cela veut dire qu’il faut revoir fondamentalement la vision que nous avons de l’éducation et de l’enseignement supérieur. Pour cela, il s’avère que le regard de la société évolue dans le sens de la valorisation des idées novatrices pour la formation de créateurs de richesse, pouvant se substituer à la politique de l’Etat-Providence une politique de l’imagination. Le moment est venu de substituer aux rentes de situations, pour le bien de ce pays, une nouvelle échelle sociale basée sur le savoir et le savoir-faire et la méritocratie. Il nous faudra aussi faire aimer ce pays à nos jeunes dont 75% sont nés après l’indépendance et dont ils ne connaissent que les rituels sans épaisseur des commémorations. Ils pourront, si on sait y faire inventer un nouveau 19 Mai 1956 avec les outils du XXIe siècle du Web 2.0, une nouvelle révolution de l’intelligence Ils seront des citoyens fiers de leurs trois mille ans d’histoire, assumant leurs identités et résolument tournés vers l’avenir. L’avenir de l’Algérie est à ce prix. Si l’Université prend véritablement les rênes de son destin et se remet en cause, alors la dimension symbolique de l’appel du 19 Mai 1956 sera vraiment pérenne, nos aînés seront tranquilles quant à l’avenir scientifique et technologique de notre pays.

1. C.E. Chitour 19 mai 1956:A l’école du Djebel L’Expression du 21 Mai 2005
2.
Ahmed Halfaoui http://www.lesdebats.com/editions/180511/les%20debats.htm

Pr Chems Eddine CHITOUR

http://www.lexpressiondz.com/article/8/2011-05-21/89544.html

Publié dans Economie et société

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Claudine Chaulet ou la citoyenneté chevillée à la terre

Publié le par Mahi Ahmed

Un émouvant hommage lui a été rendu sous l' égide du Cerist

Claudine Chaulet ou la citoyenneté chevillée à la terre

le 21.05.11

La salle de conférences du Centre de recherche sur l’information scientifique et technique   (Cerist) à Ben Aknoun ne pouvait contenir le public venu fort nombreux jeudi dernier rendre hommage à une haute figure de la résistance anti-coloniale doublée d’une intellectuelle et universitaire d’une exigence exceptionnelle : Claudine Chaulet.

Aux bras de son éternel Pierre, elle reçoit une avalanche de louanges, de témoignages et autres marques d’affection à tour de bras, si bien que le petit amphithéâtre du Cerist se révéla bien exigu pour contenir tant d’émotion et d’éloges. D’illustres figures historiques, convient-il de le souligner, ont fait le déplacement pour honorer les Chaulet : Abdelhamid Mehri, Réda Malek, les moudjahidates Louisette Ighilahriz, Annie Steiner, Salima Bouaziz, Alice Cherki, Evelyne Lavalette, pour ne citer qu’elles. Signalons également la présence de Mohammed Mechati, du commandant Azzeddine et de Mohamed Harbi qui donnera une conférence à l’occasion (lire encadré). Et comme les organisateurs de cette excellente initiative, à savoir le Cerist, le Crasc et le Cread, voulaient faire les choses en grand, l’hommage a été conçu d’abord comme une journée du savoir, avec toute la rigueur qui sied à l’accoucheuse de sociologues qu’est le professeur Chaulet.

Pas moins de dix communications ont été prévues à cet effet, avec un riche panel à la clé, des professeurs de renom se succédant à la tribune, et rivalisant de sollicitude à l’endroit de celle qui fut et qui restera à jamais leur mentor et leur bienveillante «matriarche». Loin d’être un cérémonial mondain et guindé, cela prenait les accents d’une fête familiale tant les présents semblaient former une grande famille. Une «famille élective» comme dirait Madjid Merdaci. D’abord celle des anciens compagnons de lutte des Chaulet. Et puis, les collègues et les disciples de l’infatigable arpenteuse des plaines de la Mitidja qui ont hérité de sa passion du monde rural, et en compagnie de qui elle a défraîchi «épistémologiquement» tant et tant de campagnes, redonnant sa dignité à une paysannerie bafouée et réduite à l’état de bourgades informes et sans histoire(s) ensevelies sous une tonne de clichés.  


éloge de la paysannerie


Sous le titre générique Claudine Chaulet et la conquête de la citoyenneté, le colloque est charpenté en trois séances. En guise d’introduction, le professeur Nouria Benghabrit-Remaoun du Crasc (Oran) a, notamment, souligné la pertinence des interrogations posées par Claudine Chaulet dans ses travaux, et qui ont constitué autant de jalons pour la recherche anthropologique et sociologique dans notre pays. La première séance, intitulée : Claudine Chaulet et la production du savoir, présidée par Slimane Bedrani, verra les interventions de Fatma Oussedik et de sa collègue Cherifa Hadjidj. Fatma Oussedik se penchera sur «les structures familiales, comme lieux de résistance des acteurs sociaux». Evoquant sa grande complicité avec celle qui fut sa directrice de recherche au Cread, Fatma Oussedik dira : «Claudine vous reçoit chez elle, elle met sa bibliothèque à votre disposition. Non seulement elle transmettait mais elle partageait aussi, et toute sa famille partageait avec elle.» Et de poursuivre : «Claudine m’a appris à regarder l’Algérie, les campagnes algériennes. Le monde rural, ce n’était plus seulement ce lieu où s’exécutaient les stratégies définies à Alger mais un espace où se réalisaient leurs stratégies à eux (les fellahs). 

Claudine a cherché les paysans sur le terrain, là où ne les définissent pas les textes.» La sociologue met l’accent sur l’importance accordée aux acteurs et leur singularité dans l’élaboration de stratégies de vie pour parer aux politiques arrêtées en haut lieu. Elle insistera en l’occurrence sur la famille comme lieu de convergence des solidarités sociales face aux défaillances de l’Etat. Fatma Oussedik prévient néanmoins que «la famille ne peut plus continuer à porter les fardeaux de la société». Elle constate au passage un affaiblissement du patriarcat, une nucléarisation accrue de la structure familiale, une progression de la mobilité, «y compris sur le mode harraga», et un morcellement du patrimoine familial. Etablissant un lien «tellurique» entre paysannerie et citoyenneté à la suite de Claudine Chaulet, Fatma Oussedik dira : «Claudine Chaulet nous a appris comment ce qui paraît spontané peut être découpé, observé et analysé. Comment passer d’un rapport d’identité à un rapport de citoyenneté en partant de la terre. Car en déconstruisant ce lieu, on peut aller vers la citoyenneté en révélant les forces particulières qui y sont à l’œuvre. C’est une citoyenneté construite au plus près du sol.»


L’enquête comme viatique


Pour sa part, Chérifa Hadjidj enchaîne par une enquête fort intéressante sur les modèles de consommation des Algériens, un sujet non loin du terrain de recherche de Claudine Chaulet dans la mesure où cela nous renvoie à «l’alimen/terre». Pour Chérifa Hadjidj, le modèle culinaire algérien est loin d’avoir rompu avec la cuisine traditionnelle, même si la cuisine fast-food et autres «McM’hadjeb» ont envahi massivement nos palais. Elle note chez la femme algérienne qui préside traditionnellement aux fourneaux, trois moments gastronomiques : «La cuisine d’où elle vient, la cuisine de la ville où elle habite, et la cuisine contemporaine ». La 2e séance réunira un panel de quatre intervenants autour de Nouria Benghabrit-Remaoun sous le thème : «Claudine Chaulet : encadrement et transmission des savoirs». Nadji Safir rendra grâce à Mme Chaulet de l’avoir initié au métier de sociologue. «Je lui dois en particulier de m’avoir inculqué l’importance de l’enquête de terrain. C’est ainsi qu’à l’été 1968, j’ai sillonné la Mitidja sous sa direction», témoigne-t-il.

Chérif Benguergoura abondera dans le même sens en insistant sur «le primat du terrain, pas seulement pour s’informer sur une population mais aussi pour se mettre à sa place» Madjid Merdaci qui étrenne son intervention par deux beaux vers de la poésie populaire (malouf ?), s’appesantira sur le charisme de Claudine Chaulet : «Sa présence, appuie-t-il, était dans le regard, la posture, elle portait sur vous un regard comme pour vous élire à une famille dont on ne connaissait pas les contours, une famille élective, et cela vous installait dans une certaine empathie.» «Nous, nous voulions changer le monde. On était imprégnés du mythe de la paysannerie porteuse de la Révolution algérienne. Mais le réel, il fallait l’analyser, il fallait enquêter sur le terrain.» Submergé par l’émotion au moment d’évoquer le rôle de Claudine Chaulet comme figure emblématique de l’implication des intellectuels dans la Révolution algérienne, ses yeux s’embuent, son débit s’arrête net.


La salle, «contaminée», le lui rend d’une salve d’applaudissements. Tayeb Kennouche, enseignant et chercheur au Cread, abordera, lui, l’expérience de la «thaoura ezziraîtya» non sans truffer son exposé de force envolées lyriques, toujours en hommage à Mme Chaulet. Il faut dire que la révolution agraire, si chère à Boumediène, constitue un matériau de choix dans le corpus de l’experte en sociologie rurale qu’est Claudine Chaulet. «Nous étions animés d’un même idéal socialiste. Mais grâce à sa vigilance, nous avons rassemblé avec la ténacité des fourmis, une information riche mais qui ne sera malheureusement jamais exploitée totalement», regrette Tayeb Kennouche qui déplore, en passant, la dissolution en 1975 du Centre de recherche en sociologie rurale créé par Mme Chaulet. La troisième et dernière session de ce colloque-hommage, présidée par l’économiste Naceur Bourenane, sera dédiée à la question de la citoyenneté proprement dite, dans la vie et l’œuvre de Claudine Chaulet. Gauthier Devilllers, sociologue belge qui enseigna à l’université d’Alger de 1969 à 1972, s’intéresse au «Pouvoir politique et la question agraire». Le conférencier fera remarquer d’emblée l’importance que prendra la question paysanne dans le contexte de la guerre de Libération nationale : «Par l’ampleur de l’expropriation foncière, la colonisation fait de la question agraire un enjeu majeur de l’émancipation nationale», dit-il. Il relèvera à son tour que «la révolution agraire est une réforme par le haut purement étatique sans aucune consultation de la paysannerie». «Pour Boumediène, le véritable développement agricole ne précède pas l’industrie mais procède de l’industrie», résume Gauthier Devillers.


Les militants européens : une ingratitude d’État


L’historien Daho Djerbal prend le relais avec un exposé fort pertinent : «Nation et société : appartenance et appropriation». Il mettra ainsi le doigt sur une terrible ingratitude d’Etat : le code de la nationalité de 1963 qui montre si peu de reconnaissance envers les «moudjahidine européens» qui ont farouchement combattu pour l’indépendance de notre pays, et qui eurent tout le mal du monde à se faire reconnaître comme Algériens. «D’ailleurs, j’ai été frappé tout à l’heure de voir l’agent de sécurité dire de notre amie Evelyne Lavalette «hadhik el gaouriya» (cette Française)», confie Daho Djerbal. Passant en revue l’évolution des concepts de «citoyenneté» et de «nationalité» depuis le Congrès musulman de 1936 jusqu’à l’indépendance, l’historien s’attarde sur la position des ulémas ainsi que celle de Ferhat Abbas et du PPA-MTLD. Il note que dans la charte de la Soummam, le sujet est frontalement abordé en s’interrogeant sur le statut à accorder à celles et ceux qui se sont engagés dans le combat libérateur sans être «génétiquement» algériens. Daho Djerbal s’indigne dans la foulée sur le terrible sort qui est fait à un militant de la première heure comme Félix Collosi : «Félix Collosi était un compagnon d’armes de Fernand Yveton. Il a été arrêté en novembre 1956 et condamné aux travaux forcés à perpétuité. Il ne sera libéré que le 26 mai 1962. Le 11 novembre 1962, le gouvernement l’envoie en Bulgarie avec d’autres étudiants.


Le 19 juin 1965, l’UNEA à laquelle il appartenait a pris position contre le coup d’Etat. L’ambassadeur d’Algérie à Sofia l’a alors déchu de sa nationalité», rapporte le conférencier. «Il faut noter que conformément au code de la nationalité, les militants d’origine européenne devaient faire une demande d’acquisition de la nationalité, et ils pouvaient en être déchus à n’importe quel moment.
Pourtant, quand ils se sont engagés dans la Révolution, on ne leur a pas exigé de demande spécifique. Felix Collosi a ainsi été dépossédé de sa nationalité en 1968 et il n’a pas été réhabilité à ce jour. Quand un responsable lui a demandé de lui restituer sa carte d’identité et son passeport algériens, il a refusé en rétorquant : «Ces documents, je les ai gagnés avec mon sang. Il est hors de question que je vous les remette !»

L’homme sera divorcé de sa femme, renié par sa famille. Il a épousé une Algérienne et malgré cela, il est toujours privé de sa nationalité algérienne !» A la fin du colloque, Pierre Chaulet a rejoint la tribune pour renouveler son pacte d’amour à son éternelle Claudine. «Je suis son étudiant depuis 56 ans», lance-t-il avec son humour pétillant. Avant d’ajouter : «Ce qu’elle m’a appris dans la pratique, c’est la parité. Une parité réelle, de tous les jours, et une complicité complète. Cette parité dans les ménages, c’est la base de la citoyenneté. Il faut qu’on apprenne dans les ménages algériens à considérer les femmes. Après, les enfants seront élevés sur une bonne base. Les nôtres, nous les avons élevés dans la liberté. C’est important pour la formation du citoyen.»
 

Claudine Chaulet : «Je suis très émue» :

Dans une déclaration concise à El Watan, Claudine Chaulet s’est dit «très émue» par l’hommage qui lui a été rendu. «C’est quelque chose qui m’émeut beaucoup, surtout venant de la part de mes anciens étudiants», confie-t-elle. Des marques d’affection et de reconnaissance qui ne pouvaient, en effet, la laisser indifférente, elle qui a formé des générations de chercheurs durant sa longue carrière universitaire.

«Je suis un peu mes étudiants et je suis optimiste pour l’avenir de la sociologie en général», ajoutera-t-elle avec un sourire généreux. Signalons qu’au terme du colloque qui lui a été consacré, des cadeaux honorifiques ont été offerts à Mme Chaulet des mains, notamment de Fatma Oussedik et de Mohamed Harbi. 

Mustapha Benfodil

http://www.elwatan.com/actualite/claudine-chaulet-ou-la-citoyennete-chevillee-a-la-terre-21-05-2011-125298_109.php

Publié dans Economie et société

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FMI, lamentable symbole d’un système capitaliste et patriarcal

Publié le par Mahi Ahmed

FMI, lamentable symbole d’un système capitaliste et patriarcal

 

Par Stéphanie Jacquemont et Damien Millet et Éric Toussaint

Le 19 mai 2011

CADTM


Par
Stéphanie Jacquemont, Damien Millet, Eric Toussaint, Christine Vanden Daelen


Depuis quelques jours, tous les médias internationaux relatent l’information d’une possible agression sexuelle par Dominique Strauss Kahn à New York et la photo du directeur général du FMI menotté a fait le tour du monde. Sans nous prononcer sur son éventuelle culpabilité, nous voulons dénoncer un autre scandale : celui de l’action même du FMI.

Contrairement aux proclamations de ses responsables, le FMI n’est pas l’institution qui aide les pays en crise, c’est au contraire celle qui impose des programmes draconiens d’austérité et qui défend un modèle économique structurellement générateur de pauvreté et d’inégalités. C’est l’action même du FMI et de ceux qui soutiennent la mondialisation néolibérale qui a fait porter le fardeau de la crise aux populations qui en sont les premières victimes. Si on peut parler de sauvetage à son sujet, il s’agit de celui des banques, tandis que les peuples sont sacrifiés. Profondément antidémocratique, puisque les pays les plus riches disposent de plus de la moitié des voix au sein du conseil d’administration, le FMI est en fait un instrument des grandes puissances pour veiller au maintien du système capitaliste et aux intérêts des grandes sociétés transnationales. Plus que jamais, du côté des puissants, la lutte des classes bat son plein.

Très actif depuis plusieurs décennies en Afrique, en Amérique latine, en Asie et en Europe de l’Est, le FMI a profité de la crise qui a éclaté en 2007-2008 pour reprendre solidement pied en Europe occidentale et imposer aux peuples des pays les plus industrialisés les remèdes frelatés qui ont mené dans une impasse tragique ceux des pays du Sud qui les ont appliqués.

Aux Etats-Unis, trente ans de politiques néolibérales ont permis une dérèglementation généralisée du secteur financier, ayant mené tout droit à cette crise de grande ampleur. Pendant la première phase de la crise (2007-2009), les gouvernements des pays les plus touchés ont tiré les leçons des premiers mois ayant suivi le krach de Wall Street en octobre 1929. Un certain nombre de mesures ont donc été prises pour amortir l’impact de la crise financière : aides massives aux banques, injection d’une masse énorme de liquidités pour éviter un tarissement du crédit et des échanges, baisse des taux d’intérêt… Les gouvernements ont combiné le sauvetage des banques et des assurances avec la mise en place d’amortisseurs sociaux. Pour réussir à calmer le mécontentement social contre les banquiers, les gouvernants ont eux-mêmes durement critiqué les brebis galeuses qui se trouvaient à la tête de certaines institutions financières privées et un certain type de capitalisme dévoyé.

Ces « amortisseurs sociaux » n’ont été mis en place que temporairement, pour limiter les risques d’explosion sociale. En 2008, la peur d’un éveil de l’opinion publique à une critique radicale du capitalisme et de la réussite d’une majorité sociale à obtenir des changements révolutionnaires s’est faite jour. Pour cette raison, les gouvernements n’ont pas mis immédiatement en pratique la stratégie du choc, à savoir l’utilisation d’un choc psychologique important (comme celui provoqué par une crise de grande ampleur, un désastre naturel ou une attaque terroriste) pour imposer des réformes économiques néolibérales majeures qui seraient impossibles en temps normal. La mise en pratique de cette stratégie du choc est intervenue à partir de 2010, et a touché d’abord les pays les plus fragiles dans la chaîne de l’endettement : Grèce, Irlande, Portugal… Le FMI est au cœur de ce combat-là.

En avril 2009 à Londres, le sommet du G20 a décidé de renflouer le FMI afin de lui permettre d’intervenir auprès des États surendettés. Grand gagnant de l’opération, le FMI a vu ses capacités de prêt tripler, de 250 à 750 milliards de dollars. Pour la première fois, le FMI peut aussi envisager d’emprunter sur les marchés financiers. Après une grave crise de légitimité au début des années 2000 suite au fiasco de ses politiques dans les pays du Sud et à de nombreuses émeutes anti-FMI, après la démission de ses deux derniers directeurs généraux avant la fin de leur mandat, après le scandale de népotisme ayant touché Paul Wolfowitz alors président de l’institution voisine qu’est a Banque mondiale, les temps de vache maigre semblent terminés pour le FMI qui a ouvert une ligne de crédit à une dizaine de pays d’Europe en moins d’un an et intervient désormais sur de multiples fronts.

Dans ce contexte, DSK s’efforçait de communiquer l’idée d’un FMI nouveau, en rupture avec les erreurs du passé… Or la logique des politiques imposées n’a pas changé. Partout les conditions sont sévères : réduction ou gel des salaires dans la fonction publique, réduction des pensions de retraite, privatisations des entreprises publiques, allongement de la durée du travail par le recul de l’âge de départ à la retraite, etc. Un véritable ouragan d’austérité s’abat sur l’Europe. Les délégations du FMI sont dépêchées simultanément dans les grandes capitales et étudient, du haut de leurs chambres dans des hôtels de luxe et à partir des bureaux du ministère des Finances qu’elles occupent comme s’il s’agissait de leurs propres bureaux, le bilan comptable de leurs plans sans égard pour les conséquences sociales.

Les exemples sont nombreux. Le FMI suspend un prêt à l’Ukraine suite à la décision du gouvernement d’augmenter le salaire minimum ; pour continuer à recevoir les financements du FMI et de l’Union européenne, la Lettonie doit fortement réduire les salaires des fonctionnaires et les pensions de retraite ; la Grèce doit accepter de privatiser bien plus que prévu initialement et remettre aux causes de nombreux droits sociaux ; la Roumanie doit réformer le système des retraites et tailler dans les salaires de la fonction publique. Enfin, l’Islande, pour recevoir l’aval du FMI, cherche à contourner la volonté populaire qui s’est exprimée par référendum à deux reprises contre le paiement de la dette. Partout, le FMI prétend que l’initiative et les intérêts privés doivent être soutenus par les politiques des pouvoirs publics au détriment des politiques sociales. Partout, il donne raison aux banquiers contre les peuples. Partout, il favorise le creusement spectaculaire des inégalités, le développement de la corruption, le maintien des peuples dans la soumission au néolibéralisme. Alors que certains attendaient de DSK, la mise en œuvre durable d’une politique néokeynésienne, il applique une politique digne de Friedrich Von Hayek et Milton Friedman. Contraction de la demande publique, compression des salaires, précarisation de l’emploi, privatisations constituent l’alpha et l’oméga de son orientation.

Au-delà, le système international en place aujourd’hui est non seulement capitaliste, mais aussi patriarcal et machiste. Seuls des hommes président jusqu’ici des institutions telles que le FMI, la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce.

Le machisme et le caractère patriarcal vont automatiquement de pair avec des comportements de domination, de harcèlement ou de violence sexuelle. Indépendamment de la responsabilité réelle ou non de DSK dans l’affaire actuellement médiatisée, la banalisation de tels comportements doit être dénoncée. La lutte contre le capitalisme est indissociable de celle contre un système patriarcal tant ces systèmes de domination ont des racines communes et s’alimentent mutuellement. L’exploitation économique et sexuelle des femmes n’a cessé de se renforcer sous les attaques incessantes de la mondialisation néolibérale promue par les Institutions financières internationales. La traite des femmes, leurs migrations pour assurer la survie de leur famille, l’accroissement exponentiel de la féminisation de la pauvreté et de l’extension du travail informel et forcé des femmes nous le démontrent chaque jour. Sans cesse, les inégalités de sexe, de classe et de race se renforcent sous l’effet des politiques imposées aux peuples notamment par le FMI et la Banque mondiale. L’imbrication des systèmes de domination est telle que toute réelle émancipation des êtres humains –hommes et femmes – ne pourra se faire sans combattre simultanément le capitalisme, le racisme et le patriarcat.

Que les faits concernant DSK soient avérés ou non, on comprend qu’il ne peut pas y avoir d’immunité pour un fonctionnaire du FMI et tous ceux qui travaillent pour une institution internationale doivent rendre des comptes à propos de leur action. Le FMI en tant qu’institution doit être poursuivi en justice pour les violations multiples des droits humains fondamentaux qu’il a commises et qu’il continue de commettre dans de nombreux pays. Le remplacement du FMI par un organisme démocratique mondial chargé de la stabilité des monnaies et de la lutte contre la spéculation financière constitue une urgence. Depuis plus de soixante ans, le FMI agit contre les peuples en toute impunité. Aujourd’hui, le message doit être clair : le FMI au-dessus des lois, c’est fini.


 

Les auteurs sont membres du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-monde. A paraître fin mai : Damien Millet et Eric Toussaint (coordonné par), La dette ou la vie, Aden-CADTM, Bruxelles-Liège, 2011.


 

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Elargissement des cibles » en Libye

Publié le par Mahi Ahmed

 Elargissement des cibles » en Libye

mercredi 18 mai 2011, par Philippe Leymarie

Silence assourdissant, en Europe, pendant que l’OTAN mène en son nom une guerre qui ne dit pas son nom : en deux mois, deux mille six cents « frappes » sur des cibles en Libye. L’opération « Unified protector », vendue à l’ONU sous un manteau humanitaire, a conduit à prendre parti dans une guerre civile, et à glisser de l’imposition d’une « zone d’exclusion aérienne » à une expédition punitive visant un régime et un homme, promus au rang de « nouveaux Satans » – quitte à générer des victimes civiles supplémentaires, des destructions, la désorganisation d’un pays… A fabriquer encore plus de réfugiés, d’émigrés… Voire à courir un risque de partition du pays – avec au final un rapport coût-efficacité pour le moins contestable.

Plus vite, plus fort : les dirigeants européens les plus en pointe dans l’actuelle opération en Libye souhaitent des résultats plus déterminants et rapides :

 ils sont soucieux de ne pas ajouter des tensions sur un marché du pétrole déjà très nerveux depuis quelques mois ;
 ils craignent que la prolongation du conflit ne favorise le courant islamiste d’AQMI, et ne provoque un afflux supplémentaire d’immigrés d’Afrique du Nord ou d’Afrique noire ;
 en outre, leurs opinions publiques, bien que plutôt indifférentes au sort des Libyens eux-mêmes, regardent avec méfiance cet engagement coûteux, avec risque d’enlisement à la clé.

D’où ces appels, côté français et britannique, ces derniers jours, à « intensifier les frappes » et à « élargir les cibles ». Et un début de réalisation, dans la nuit du 16 au 17 mai : le bombardement, à Tripoli, d’un siège de la police et du département chargé de l’anti-corruption, visés par des missiles tirés depuis le sous-marin Triumph et des chasseurs Tornado britanniques.

Le ministère de la défense à Londres présente ces objectifs sous un jour un peu différent : il s’agirait des locaux d’une agence de renseignement, et d’une base d’entraînement des gardes du corps qui assurent la protection des dignitaires du régime de Mouammar Kadhafi. Mais, dans les deux versions, on s’éloigne de la « protection des populations » (mandat délivré par le Conseil de sécurité le 17 mars 2001), qui avait été très vite élargie à la destruction des installations militaires libyennes et à l’appui aux combattants du Conseil national de transition (CNT) basé à Benghazi.

Régime « fini »

Deux déclarations récentes éclairent cette problématique de « l’élargissement » :

 « Nous souhaitons intensifier la pression militaire parce que, compte tenu de la personnalité de Kadhafi, il ne comprendra que cela, c’est-à-dire la force », fait valoir le ministre français des affaires étrangères, Alain Juppé, pour qui le régime est « fini »(entretien avec Al-Hayat, samedi 14 mai).

 « Il faut sérieusement envisager d’élargir le champ de nos objectifs », affirme le général David Richards le chef d’état-major britannique : « Pour l’instant, l’OTAN n’attaque pas les infrastructures en Libye. Si nous n’augmentons pas la mise, Kadhafi risque de s’accrocher au pouvoir » (Sunday Telegraph, 15 mai).

Au passage, le patron de l’armée britannique trouve un « arrangement » pour justifier une éventuelle élimination physique du numéro un libyen : l’OTAN ne cherche pas, dit-il, à l’atteindre directement, mais « s’il se trouve qu’il est dans un centre de commandement au moment d’un raid et qu’il est tué, cela n’a rien “d’illégal” ».

L’Organisation transatlantique assure (contre toute vraisemblance) qu’elle ne vise pas les individus, et que, n’étant pas présente au sol en Libye, elle n’a aucun moyen d’établir les bilans des frappes, de suivre les déplacements des dirigeants libyens. Une pirouette qui avait déjà été utilisée le mois dernier, pour passer par pertes et profits la mort d’un fils et de deux petits enfants du dictateur libyen, tués lors du bombardement d’un « centre de commandement ».

« Lâches croisés »

Le chef de la diplomatie italienne, Franco Frattini, se référant à des indications de Mgr Giovanni Martinelli, l’évêque catholique de Tripoli, resté en contact avec les autorités libyennes [1], croyait savoir le 13 mai dernier que Kadhafi a « probablement quitté Tripoli et qu’il a sans doute également été blessé ». Ce que le gouvernement libyen a aussitôt démenti, après avoir fait diffuser le même jour par la chaîne de télévision Jamahiriah un message audio du « Guide » : « Je dis aux lâches croisés que je me trouve dans un lieu que vous ne pouvez pas atteindre et où vous ne pouvez pas me tuer. »

Certes, l’ex-« bouillant colonel » est indéfendable. Mais « Unified protector » sent maintenant la chasse à l’homme. Bien enfoncé dans un bunker, Kadhafi peut résister à tout ou presque, et même fanfaronner : combien de personnes faudra-t-il tuer avant d’arriver à lui ? Combien de destructions devront endurer le pays et sa population, pour obtenir la peau d’un homme promu au rang de nouveau Satan par ceux qui, il y a quelques mois, commerçaient tranquillement avec l’ex- et futur diable.

« Papa, reviens ! »

L’action psychologique fait également partie de l’opération « Unified protector ». L’agence Reuters rapportait lundi que l’OTAN, utilisant les fréquences de la radio militaire libyenne, s’adresse en ces termes aux membres des forces de sécurité libyennes :


 Nul n’a le droit de transformer la vie de son peuple en enfer sur terre…
 Cessez de combattre votre peuple…
 Vos dirigeants ont perdu le contrôle du pays...
 Ils ont recruté des mercenaires non libyens et les ont laissés violer votre population...
 Vous avez le choix. Bâtir une Libye pacifique au profit de votre famille et un avenir meilleur pour votre pays, ou vous exposer à la poursuite des raids aériens qui ont commencé le 19 mars…
 on entend aussi la voix d’une femme qui déclare : « Pourquoi, mon fils, pourquoi vas-tu tuer les tiens ? »
 et un enfant en pleurs qui crie : « Papa, reviens à la maison, arrête de te battre » [
2].

Sanctions et défections

Outre ces frappes qu’ils demandent à l’OTAN d’intensifier et d’élargir, les dirigeants européens tablent :

 sur les sanctions internationales, comme le lancement le 16 mai, par Luis Moreno-Ocampo, le procureur de la Cour pénale internationale, de mandats d’arrêts internationaux à l’encontre de Mouammar Kadhafi, d’un de ses fils, et du chef des renseignements, pour « crimes contre l’humanité » (il leur est reproché d’avoir planifié et ordonné des attaques étendues contre la population civile, d’avoir ouvert le feu sur les manifestants, attaqué des civils chez eux, bombardé des processions funéraires, et déployé des tireurs embusqués pour tuer les fidèles sortant des mosquées) [3].
 sur des défections, comme récemment celle du ministre des pétroles libyens, Choukri Ghanem, venant après celles de plusieurs ministres et militaires. Selon Franco Frattini, « les heures du régime (libyen) sont comptées » et une partie de son entourage chercherait « une porte de sortie » pour un exil du colonel Mouammar Kadhafi. « Nous travaillons avec l’ONU pour que soit trouvée une porte de sortie politique, afin que le dictateur et sa famille se retirent de la scène », a assuré le ministre italien des affaires étrangères [
4].

Abonnés absents

Alors que la Ligue arabe et l’Union africaine – les deux organisation régionales qui avaient apporté leur caution à l’offensive lancée par le trio américano-franco-britannique – restent aux abonnés absents, ou sont en tout cas inaudibles, deux médiations ont été tentées ces derniers jours, pour tenter de trouver une solution politique au conflit :

 l’envoyé spécial de l’ONU, Adbel-Elah al Khatib, a été reçu dimanche 15 mai à Tripoli par le chef du gouvernement, Baghadadi Mahmoudi, qui lui a indiqué que le régime était prêt à « un cessez-le-feu immédiat qui coïnciderait avec un arrêt des bombardements de l’OTAN » (selon l’agence officielle Jana).
 la Russie, par la voix de son chef de la diplomatie, Serguei Lavrov, qui recevait des émissaires libyens à Moscou, a appelé le régime libyen à « pleinement mettre en œuvre la résolution du Conseil de sécurité (…), le principal maintenant, c’est de se mettre d’accord sur le délai et les conditions d’un armistice » [
5].

« Si l’on arrive à le faire, alors il n’y aura plus aucune raison pour continuer les bombardements de l’aviation de l’OTAN, qui dépassent largement le cadre des objectifs fixés par les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU », a encore déclaré M. Lavrov qui considère le groupe de contact formé sur la Libye à l’initiative des Occidentaux (et auquel ne participent ni Moscou ni Pékin) comme une « structure autoproclamée ». Le diplomate russe a également critiqué l’intention, selon lui, d’étendre la compétence de ce groupe à d’autres crises de la région, comme celle qui se déroule en Syrie. Moscou souhaite recevoir prochainement des émissaires de la rébellion.

Occasions manquées

Du côté du parlement européen, ça bouge un peu : le rapport Gualtieri, adopté mercredi 11 mai, il « déplore que les Etats membres de l’Union se montrent réticents à définir une position commune sur la crise en Libye ». Il met en garde sur le fait qu’un « usage disproportionné de la force » outrepasse le mandat de la résolution 1973 du Conseil de sécurité, et invite la Haute représentante « à prendre des mesures concrètes afin de garantir au plus tôt l’instauration d’un cessez le feu, pour stopper l’effusion de sang et la souffrance de la population libyenne ».

Pour Leslie Gelb, qui commente de longue date la politique étrangère américaine [6], l’objectif de « débarquer » en priorité Kadhafi a conduit à passer à côté de plusieurs occasions diplomatiques, comme la tentative de médiation tentée à la mi-avril par l’Union africaine pour obtenir un cessez-le-feu.

Le professeur Sean Kay, qui suit les questions de l’OTAN, estime que « l’élimination du “Guide” libyen ne serait pas d’un grand secours si le pays tombe dans une guerre civile de type somalien – le mieux que l’on puisse espérer, à ce stade, étant une partition de facto de la Libye, ce qui n’est certainement pas ce à quoi aspirait l’OTAN lorsque cette aventure a commencé ».

Tandis que Tony Cordesman, du Centre d’études stratégiques de Washington, regrette que l’opération n’ait pas été préparée plus sérieusement, avec un plan d’action, des moyens et la volonté de frapper fort et vite, alors qu’aujourd’hui les Britanniques, Français et Américains se retrouvent, deux mois après le déclenchement des hostilités, sans « plan B », sinon celui de poursuivre les frappes.

Dégâts et surcoût

Selon des sources de l’OTAN, il n’y a pas « d’enlisement » : après trois mois de guerre civile, le régime serait « sur la défensive » (mais on le serait à moins !), l’aviation libyenne serait détruite à plus de 80 % et l’armée de terre aurait subi de lourdes pertes avec plus de 30 % du matériel lourd détruit et 50 % de ses stocks de munitions anéantis. Le conflit a fait 750 000 réfugiés, 50 000 personnes sont entrées en Tunisie, plusieurs centaines de milliers en Egypte, plusieurs dizaines de milliers ont fui vers l’Europe par la mer. Et il y a plusieurs milliers de victimes – sans plus de précision.

Pour la France, qui assure un cinquième des sorties aériennes et un tiers des frappes, le sur-coût de l’opération « Harmattan » (déclinaison française de « Unified Protector ») serait d’environ 1,2 millions d’euros par jour – soit, en deux mois, 72 millions (dont plus de la moitié en missiles). Un coût comparable à l’engagement français en Afghanistan. Le surcoût total des « opex » françaises pour cette année devrait approcher le milliard d’euros (contre 850 millions en 2010).

Notes

[1] Depuis le début des opérations de l’OTAN, explique l’agence Reuters, Mgr Martinelli s’est montré critique envers la stratégie occidentale, affirmant que de nombreux civils avaient trouvé la mort lors des raids de la coalition. Il a fini par quitter Tripoli pour Tunis, a indiqué l’évêché de Tripoli.

[2] Le message, selon Reuters, est diffusé en anglais et dans un arabe prononcé avec un accent irakien.

[3] Conférence de presse à La Haye, lundi 16 mai 2011.

[4] Entretien diffusé par Canale5, 16 mai 2011.

[5] Allié traditionnel de la Libye, la Russie s’était – tout comme la Chine – abstenue le 17 mars, lors du vote de la résolution 1973 qui a permis l’intervention d’une coalition internationale en Libye, mais avait renoncé à exercer son droit de veto.

[6] Cité par Jonathan Marcus, spécialiste des questions de défense à la BBC. The Guardian, 11 mai 2011.

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Naissance aux Emirats de l’armée secrète pour le Moyen Orient et l’Afrique

Publié le par Mahi Ahmed

Naissance aux Emirats de l’armée secrète pour le Moyen Orient et l’Afrique

 

Par Manlio Dinucci

Le 18 mai 2011

ilmanifesto.it

 



A Zayed Military City, un camp d’entraînement dans une zone désertique des Emirats arabes unis, est en train de naître une armée secrète qui sera utilisée non seulement à l’intérieur du territoire mais aussi dans d’autres pays du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord. C’est Erick Prince qui est en train de la mettre sur pied : un ex commando des Navy Seals qui avait fondé en 1997 la société Blackwater, la plus grande compagnie  militaire privée utilisée par le Pentagone en Irak, Afghanistan et autres zones de guerre. La compagnie, qui en 2009 a été renommée Xe Services, (afin, entre autres motifs, d’échapper aux actions juridiques pour les massacres de civils en Irak) dispose aux Etats-Unis d’un grand camp d’entraînement où elle a formé plus de 50mille spécialistes de la guerre et de la répression. Et elle est en train d’en ouvrir d’autres.

A Abu Dhabi, Erick Prince a stipulé, sans apparaître personnellement mais à travers la joint-venture Reflex Responses, un premier contrat de 529 millions de dollars (l’original, daté du 13 juillet 2010, a été rendu public maintenant par le New York Times). Sur cette base a commencé dans divers pays (Afrique du Sud, Colombie et autres) le recrutement de mercenaires pour constituer un premier bataillon de 800 hommes. Ils sont entraînés aux Emirats par des spécialistes étasuniens, britanniques, français et allemands, provenant de forces spéciales et de services secrets. Ceux-ci sont payés 200-300 mille dollars par an, et les recrues 150 dollars par jour. Une fois prouvée l’efficience du bataillon dans une «action réelle », Abu Dhabi financera  avec des milliards de dollars la mise sur pied d’une brigade entière de plusieurs milliers de mercenaires. On prévoit de construire aux Emirats un camp d’entraînement analogue à celui en fonction aux Etats-Unis.

Le principal appui de ce projet est le prince héritier d’Abu Dhabi, Sheik Mohamed bin Zayed al-Nahyan, formé à l’académie militaire britannique Sandhurst et homme de confiance du Pentagone, fauteur d’une action militaire contre l’Iran. Le prince et son ami Erick Prince ne sont cependant que les exécutants du projet, qui a sûrement été décidé dans les hautes sphères de Washington. Son but réel est révélé par les documents cités dans le New York Times : l’armée qui est en train d’être formée aux Emirats conduira « des missions opérationnelles spéciales pour réprimer des révoltes intérieures, du type de celles qui sont en train de secouer le monde arabe cette année ».




Le général Sheik Mohamed bin Zayed al-Nahyan

L’armée de mercenaires sera donc utilisée pour réprimer les révoltes populaires dans les monarchies du Golfe, avec des interventions comme celle qui a été menée en mars par les troupes des Emirats, du Qatar et de l’Arabie saoudite au Bahrein où on a écrasé dans le sang la demande populaire de démocratie. « Des missions opérationnelles spéciales » seront effectuées par l’armée secrète dans des pays comme l’Egypte et la Tunisie, pour briser les mouvements populaires et faire en sorte que le pouvoir reste entre les mains des gouvernements garants des intérêts des Etats-Unis et des plus grandes puissances européennes. Et en Libye aussi, où le plan USA/OTAN prévoit sûrement l’envoi de troupes européennes et arabes pour fournir « l’aide humanitaire aux civils libyens ». Quel que soit le scénario - soit une Libye « balkanisée » divisée en deux territoires opposés dirigés par Tripoli et Benghazi, soit une situation de type irako-afghan à la suite du renversement du gouvernement de Tripoli- l’utilisation de l’armée secrète de mercenaire s’annonce : pour protéger les implantations pétrolifères qui sont de fait aux mains des compagnies étasuniennes et européennes, pour éliminer des adversaires, pour garder le pays dans un état de faiblesse et de division. Ce sont les « solutions innovantes » que Xe Services (ex Blackwater), dans son auto présentation, se vante de fournir au gouvernement étasunien.

 

Edition de mercredi 18 mai 2011 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20110518/manip2pg/08/manip2pz/303351/  

Traduit de l‘italien par Marie-Ange Patrizio

 

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STRATÉGIE ÉNERGETIQUE : CONTINUITÉ OU INFLEXION DE LA DÉMARCHE ?

Publié le par Mahi Ahmed

STRATÉGIE ÉNERGETIQUE : CONTINUITÉ OU INFLEXION DE LA DÉMARCHE ?

Par : Mustapha Mekideche

On peut observer depuis un an des inflexions mais aussi des facteurs d’incertitude non encore levés dans la mise en œuvre de la stratégie énergétique du pays. Je commencerai par les inflexions de la stratégie apportées, disons en gros depuis l’arrivée de Youssef  Yousfi à la tête du secteur, avant d’aborder les aspects d’incertitude voire même d’inertie qui y persistent encore. Avant de caractériser les inflexions apportées, j’observe qu’il est toujours délicat de faire bouger les lignes dans le secteur énergétique car les déterminants en sont souvent gravés comme dans du marbre : cadre institutionnel et réglementaire, engagements contractuels déjà pris avec des partenaires internationaux et structure du domaine minier par exemple. Néanmoins, des changements sans rupture sont possibles.
D’abord, rappel de quelques faits illustrant l’état du secteur en 2010. Les données statistiques du bulletin n° 572 de l’ONS sont pertinentes du point de vue de l’analyse car elles donnent l’évolution de la production en volume (base 100 en 1989) effaçant ainsi les effets prix qui peuvent masquer la réalité. Ainsi, on peut y relever que la production d’hydrocarbures en 2010, rapportée à celle réalisée en 2009, a  reculé de -2,1%. Fait plus préoccupant, Said Sahnoun, vice-président amont de la Sonatrach, nous apprend que le taux de renouvellement des réserves n’a été que de 50% en 2010. En d’autres termes, il a été découvert 92 millions de tep mais il en a été produit le double dans l’année considérée. C’est à ce niveau qu’apparaît une première inflexion de la démarche : renouveler plus rapidement et en plus grandes quantités les réserves d’hydrocarbures et mieux maîtriser les profils d’exportation. Ainsi, les dépenses d’investissement amont seront pratiquement doublées. L’objectif d’exportation de 2 millions de  barils/jour  est abandonné pour le moment en tout cas. Dans ce cadre les volumes d’exportation de gaz naturel seront stabilisés tant qu’il n’y aura de découvertes significatives. À ce propos, les perspectives d’exploitation des gaz de schistes, dont le potentiel de réserves est estimé à 2 400 milliards de m3, se rapprochent avec l’étude de faisabilité lancée conjointement par la Sonatrach et l’ENI italienne.
La deuxième inflexion observable est l’engagement déterminé dans la production d’énergies renouvelables. Un programme de long terme à l’horizon 2030 a été élaboré et approuvé en Conseil des ministres. Ce programme ambitieux de production d’électricité à partir des énergies renouvelables, essentiellement solaire “vise un objectif global 22 000 MW à l’horizon 2030, dont 10 000 pourraient être dédiées à l’exportation”. Il prévoit en même temps, rejoignant en cela la problématique précédente, “que le volume total de gaz naturel qui sera épargné sur une période de 25 ans pourrait être proche de 600 milliards de m3”. C’est en tout cas un grand pari  technologique et financier sur l’avenir, car la part du solaire dans la production  mondiale d’électricité n’est que de 0,1% pour le moment.
S’agissant des éléments d’incertitude, il porte sur les conditions d’attractivité des investissements étrangers dans l’amont du secteur des hydrocarbures et sur le gaspillage structurel de ressources non renouvelables en rapport avec le modèle de consommation énergétique en vigueur dans le pays.
Pour le premier point, force est de constater que les dispositions de la loi sur les hydrocarbures n’ont pas eu un effet attractif suffisant sur les grands groupes énergétiques internationaux. Seuls quatre permis ont été délivrés lors de la récente consultation lancée par Alnaft sans la présence du reste des plus grands opérateurs pétroliers. De plus le partenariat pour  l’exploitation à grande échelle des gaz de schistes ne pourra se développer dans le cadre des dispositions de la loi actuelle sur les hydrocarbures. Je mettais en garde, lors des débats sur la révision de la première version de la loi en question, contre des dérives faussement patriotiques. Croire que des prix très élevés du baril seront durables et permettraient d’absorber toutes les restrictions mises en place est une illusion. La preuve : la semaine dernière le prix du baril de brut  a perdu en une journée respectivement 8% à New York et 10% à Londres. À la New York Mercantile Exchange  (NYMEX), le baril a perdu 9,44 dollars clôturant à 99,80 dollars ; la même tendance a été observée sur l’Intercontinental Exchange de Londres avec une chute de 10 dollars fixant le prix du baril de brent à 110,80 dollars. Cela n’était pas arrivé depuis la première guerre du Golfe en 1991. Sans parler des pressions à la baisse exercées sur les prix du gaz par les marchés spot. De façon pragmatique, loin des surenchères politiciennes, des aménagements devront être trouvés tôt ou tard à la loi sur les hydrocarbures.
Le second front d’incertitude est relatif au gaspillage du fait de la structure des prix relatifs des carburants. Il s’agit de la diésélisation excessive du parc automobile algérien  qui utilise des quantités de  plus en plus importantes de gasoil importé. L’argument avancé de soutien au transport public et à l’agriculture ne tient pas la route et ne fait que masquer des transferts colossaux indus, y compris à nos frontières. Car des soutiens directs et ciblés peuvent être mis en place en direction de segments sociaux vulnérables et des activités à protéger. De la même manière le curseur devra être  ajusté en matière de prix du gaz concédé aux opérateurs pétrochimiques de sorte que là aussi, dans un contexte de consommation gazière sobre, les transferts de rente soient raisonnables.
Pour conclure on voit bien que dans ce domaine aussi, de nouveaux éléments de consensus doivent être reconstruits,non pas dans un contexte de compétition politique légitime du reste, mais dans une perspective partagée de promotion et de sauvegarde des intérêts stratégiques du pays. C’est un des éléments importants du compromis politique dont  le pays a besoin.

http://www.liberte-algerie.com/edit.php?id=156227

Publié dans Economie et société

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