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La grande coalition allemande: un gouvernement d’austérité sociale et de militarisme

Publié le par Mahi Ahmed

La grande coalition allemande: un gouvernement d’austérité sociale et de militarisme

De Christoph Dreier

Global Research, novembre 29, 2013

Url de l'article:
http://www.mondialisation.ca/la-grande-coalition-allemande-un-gouvernement-dausterite-sociale-et-de-militarisme/5359854

Plus de deux mois après les élections fédérales, les dirigeants chrétiens-démocrates (CDU/CSU) et sociaux-démocrates (SPD) sont parvenus à négocier une grande coalition. L’accord ouvre la voie partout en Europe à de violentes attaques sociales, à la militarisation de la politique étrangère allemande et à des atteintes aux droits démocratiques.

La direction du CDU et les adhérents du SPD doivent, avant toute signature définitive de l’accord, l’approuver par un vote. L’issue du vote des membres du SPD reste incertaine vu que nombreux fonctionnaires de rang moyen ou inférieur du parti craignent qu’une implication dans une grande coalition puisse signifier une perte de voix aux élections ultérieures.

Ceux qui ont négocié la coalition ont cherché à masquer en quelque sorte les grands axes de l’accord. Les belles phrases et les termes tarabiscotés sont une tentative de présenter les guerres, les attaques sociales et la surveillance de l’Etat comme de la stabilité, de la croissance et de la sécurité.

Cela a été soutenu par de nombreux médias qui ont décrit l’accord comme étant un « virage à gauche » (Die Zeit) ou ont prêté à la coalition un « grand cœur » (Frankfurter Allgemeine Zeitung). Le président du SPD, Sigmar Gabriel, a même affirmé que l’accord de coalition avait été rédigé « pour les petites gens qui travaillent dur. »

Le contraire est le cas. Lors de la conférence de presse des dirigeants des partis, la chancelière Angela Merkel avait déclaré qu’il n’y aurait pas d’augmentation des impôts pour les riches ou les grandes entreprises. De plus, l’accord de coalition exclut toute contraction de nouvelles dettes après 2015 et s’engage à un « strict » respect du plafond de la dette et du pacte fiscal européen. D’ici la fin de la prochaine législature, le gouvernement veut faire baisser le niveau de la dette publique de 81 à moins de 70 pour cent du PIB.

Le SPD et le CDU/CSU ont clairement fait savoir qu’ils voulaient poursuivre et intensifier les brutales mesures d’austérité non seulement en Allemagne mais à travers toute l’Europe. Tous les pays de la zone euro doivent s’assurer d’une « compétitivité au moyen de réformes structurelles, » d’« une consolidation fiscale durable » ou d’« une stabilité financière », répète-t-on sans cesse dans l’accord.

Pour ce faire, « une coordination meilleure et plus contraignante de leur politique économique » est nécessaire pour s’assurer que « les pays de la zone euro conviennent de réformes contractuelles contraignantes et imposables au niveau européen. » Le « contrôle de la planification budgétaire nationale par le Commission de l’UE » devant être élargie de façon à en faire un « instrument efficace. »

Une responsabilité commune pour les dettes, qui faciliterait aux pays malades d’obtenir des prêts des marchés financiers, est cependant exclue de manière expresse et réitérée. Dans le passé, le SPD avait réclamé ce genre de mesures. Maintenant, il est dit qu’une « mutualisation des dettes » serait incompatible avec une « prise de responsabilité »

Au lieu de cela, la grande coalition ne veut accorder des prêts d’urgence aux pays endettés que s’ils s’engagent à pratiquer des attaques sociales d’envergure historique. Les prêts d’urgence ne sont possibles « qu’en échange d’un respect de conditions strictes ou de l’application des réformes et de mesures de consolidation budgétaire, » stipule l’accord.

Dans le même temps, le CDU/CSU et le SPD veulent élargir l’UE en tant qu’alliance militaire sous la direction de l’Allemagne. L’UE requiert « plus que jamais, une discussion stratégique » sur ce qu’elle veut atteindre par des moyens civils et militaires. Elle pourrait jouer un rôle dans des « pays tiers » pour établir et influencer le système judiciaire et la police.

De plus, le nouveau gouvernement fédéral souhaite renforcer l’importance de l’Allemagne au sein de l’OTAN. La « coopération de défense » doit être étendue et l’Allemagne doit participer à l’acquisition et au maintien de systèmes d’armement. L’accord de coalition soutient tout particulièrement l’établissement d’un système commun de défense antimissile de l’OTAN.

L’accord appelle au « renforcement d’une coopération inter-institutions » pour soutenir une « politique étrangère et sécuritaire efficace, pour le succès de laquelle des instruments civils et militaires doivent se compléter mutuellement. »

Le document stipule que l’Allemagne doit « contribuer à façonner l’ordre mondial » et doit être guidée par les « intérêts de notre pays. » Un chapitre entier de l’accord est consacré à « la sécurité de l’approvisionnement en matières premières… Une action spécifique est nécessaire pour éviter un éventuel impact négatif sur la valeur ajoutée en Allemagne. »

De tels intérêts de grande puissance n’avaient jamais été formulés aussi clairement auparavant dans aucun accord de coalition.

Cette résurgence du militarisme allemand et les attaques sociales généralisées prévues par la coalition ne peuvent être imposées face à l’opposition de la population par des moyens démocratiques. Et donc, le CDU/CSU et le SPD projettent une massive extension de l’appareil d’Etat et des restrictions supplémentaires des droits démocratiques.

L’Office fédéral de protection de la constitution (Verfassungsschutz, VS – comme sont appelés les services secrets allemands) doit assumer une « fonction de service central » par rapport aux instances de l’Etat. Sa « capacité en matière d’analyse technique » doit être améliorée. De plus, la capacité de la police fédérale doit être modernisée en la dotant de nouveaux pouvoirs en matière de « surveillance des télécommunications. » L’Office fédéral de la sécurité des technologies de l’information (Bundesamt für Sicherheit in der Informationstechnik, BSI) qui opère déjà en tant qu’agence officieuse de renseignement, doit être élargi, tout comme le centre de cyberdéfense (Cyber-Abwehrzentrum).

Le SPD et le CDU sont également d’accord pour la réintroduction de l’obligation pour les fournisseurs de services Internet (FSI) de conserver les données ; obligation qui avait été annulée par la Cour suprême en 2010. Les FSI seront tenus de retenir les données de connexion de tous leurs clients, qu’il y ait un soupçon fondé ou non à leur encontre, de stocker ces données pendant trois mois et, au besoin, de les transmettre aux divers organismes d’Etat. Cette loi « sera une des premières que nous ferons voter », a dit Merkel lors de la conférence de presse.

La grande coalition projette aussi de restreindre les droits des associations non enregistrées. Il sera plus facile d’interdire des clubs et des organisations semblables, et les interdictions auront une incidence plus grande.

Les partenaires de la coalition ont cherché à dissimuler leur programme réactionnaire derrière quelques feuilles de vigne sociales. Le CDU par exemple, a proposé d’introduire une « retraite pour les mères. » Celle-ci se limiterait à une petite augmentation de 26 euros par enfant pour les parents qui ont élevé des enfants nés avant 1992. Ceci signifie que ceux qui sont concernés reçoivent tout de même 26 euros de moins que les mères et pères nés plus tard. En outre, cette mesure dépendra de la disponibilité des fonds.

Le salaire minimum légal réclamé par le SPD a dès le départ été tellement faible qu’il n’aura que peu d’impact pour la plupart des gens, par contre il fera économiser beaucoup d’argent aux régimes d’assurance sociale. Les employeurs seront autorisés jusqu’en 2017 à verser moins que le salaire minimum de 8,50 euros l’heure en concluant à cet effet des conventions collectives avec les syndicats. Par la suite, seuls les soi-disant petits boulots (« mini jobs ») pourront être payés à un taux inférieur. Le salaire minimum servira à tirer vers le bas le niveau général des salaires.

Les syndicats et les partis d’opposition se sont en grande partie rangés derrière l’accord de coalition. Lors de la conférence de presse Gabriel, le dirigeant du SPD, a souligné que l’ensemble du contrat avait été convenu avec les syndicats.

Les Verts ont fustigé l’accord de coalition par la droite en parlant de dépenses excessives liées à la retraite pour les mères. « Dans le but de protéger les soi-disant projets prioritaires, une discussion sur une dette additionnelle ou une taxe est préprogrammée, » a dit Anton Hofreiter, le chef du groupe parlementaire du parti des Verts.

La présidente du parti La Gauche, [Die Linke – l’homologue du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon] Katja Kipping, a minimisé le caractère brutal de la grande coalition en disant qu’elle représentait un « bouchon » pour ce qui était de « la justice sociale et des réformes. »

Le vice-président du groupe parlementaire de Die Linke, Dietmar Bartsch, a précisé : « J’avais souhaité que la grande coalition traite tous les grands problèmes. Il ne s’agit là que de gestion et non pas d’une action en vue de l’avenir. »

Au cours de ces dernières semaines, Die Linke n’a eu de cesse de proposer la formation d’un gouvernement de coalition avec le SPD et les Verts.

 Christoph Dreier

Article original, WSWS, paru le 28 novembre 2013

 

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IL ÉTAIT UNE FOIS LA LIBYE

Publié le par Mahi Ahmed

IL ÉTAIT UNE FOIS LA LIBYE

La faute de l'Occident, le devoir d'aide de l'Algérie

Par Pr Chems Eddine CHITOUR - Samedi 30 Novembre 2013 -

«Il est de la responsabilité de l'Occident de ´´nettoyer le désordre qu'il a mis´´ en Libye, où la rébellion a proclamé révolue l'ère de Mouammar Kadhafi après sa prise de contrôle de la majeure partie de Tripoli», a estimé la presse d'Etat chinoise. ´´Renverser le régime de Kadhafi représente un spectacle pour les médias, discuter de la reconstruction ne l'est pas´´.» Editorial du quotidien chinois Global Times rapporté par l'AFP le 23 08 2011

D'une façon prophétique, Mustafa Abdul Jalil, l'ex-chef du CNT, a déclaré à al-Jazeera que si les insurgés commettaient des actes de vengeance, il démissionnerait. «Il y a des groupes islamistes extrémistes qui cherchent à créer des turbulences dans la société libyenne. Je ne serai pas fier d'être à la tête d'un Conseil avec de tels rebelles.» C'était il y a deux ans, quelques semaines avant le lynchage d'El Gueddafi qui n'a pas apporté le bonheur aux Libyens, c'est plus que jamais le chaos.

Ce qui reste de la Libye: la guerre de tous contre tous
La Libye heureuse a disparu! Dans une analyse sans concession, un éditorialiste de la Voix de la Russie écrit: «La menace de famine, les conflits intestins incessants, le collapse de l'économie et la probabilité de désintégration nationale sont les réalités de la Libye d'aujourd'hui après «la leçon de démocratie» donnée par la coalition occidentale. Existe-t-il une chance de remettre ce pays dans la voie de la paix et qui doit être tenu pour responsable des conséquences désastreuses d'une révolution financée de l'extérieur? Deux ans après la «révolution libyenne», la situation dans ce pays a atteint le point critique. Les autorités actuelles et les leaders d'une énième vague de protestations bloquent les relations économiques élémentaires du pays avec le monde extérieur dont dépendent énormément de choses. Les uns ne peuvent pas payer les importations de denrées alimentaires parce que les autres bloquent les exportations de pétrole qui sont nécessaires comme l'oxygène pour renflouer le budget. Par ailleurs, la production de pétrole a chuté de 10 fois par rapport à l'époque «prérévolutionnaire» parce que le pays est à nouveau en proie aux affrontements armés entre les différentes fractions rivales, ce qui bloque les autorités qui le tentent d'enrôler des hommes armés pour les intégrer aux forces de sécurité» (1).
Pour l'éditorialiste russe: «Les pays occidentaux sont responsables - y compris financièrement - face au peuple libyen: «Ils doivent assumer leur responsabilité. Ils ont fait passer la résolution les autorisant à prendre la défense du peuple prétendument opprimé par le régime de Kaddhafi. Ils ont porté 30.000 frappes aériennes contre la Libye et ont réduit en ruine 11 villes de ce pays. L'Occident avait promis 10 milliards de dollars pour les reconstruire mais elles sont toujours en ruine. Si les pays occidentaux voulaient réellement instaurer la paix pour les Libyens, ils devraient prendre des mesures urgentes pour que la Libye reste au moins un État fédéré au lieu de partir en morceaux), explique-t-il. C'est la menace d'une catastrophe humanitaire d'envergure pour ce pays de 6 millions d'habitants dépourvu de secteur agro-industriel digne de ce nom. C'est ainsi que l'incertitude pèse actuellement sur la livraison de 50 000 tonnes de blé, quantité qui suffit à nourrir pendant plusieurs mois la population de la seule capitale, mais pas le reste du pays. Si l'ONU avait rempli sa vocation elle aurait dû accuser ceux qui ont poussé le pays à la crise et leur faire payer les frais de reconstruction de l'économie, de l'éducation, de la santé publique et des autres secteurs. Ceux qui ont ruiné le pays doivent en assumer la responsabilité. Après tout, cette responsabilité avait été en son temps imposée à l'Allemagne.» (1)
Mehdia Belkadi abonde dans le même sens et écrit: «Instabilité politique, insécurité alarmante, situation critique des droits de l'homme, économie désastreuse, embrasement dans la région et risque de guerre civile féroce, le constat est sans appel. Deux ans après l'assassinat de l'ex-guide Mouamar Al Khadafi, c'est le chaos! Terrorisme, assassinats ciblés et violences intertribales font l'actualité de la Lybie post-Kadhafi où des manifestations ont régulièrement lieu contre les «nouvelles» autorités, de mouvance islamiste, accusées de faire sombrer le pays dans le chaos. L'on est loin de la fameuse exclamation «La Libye est libre!» faite par les opposants armés, la «communauté internationale» et les principaux médias internationaux le 23 octobre 2011. (...) Les milices, lourdement armées par l'Otan, dont certaines ont depuis bénéficié d'entraînement d'Al Qaîda, font la loi empêchant l'édification d'un Etat stable. Les ex-combattants étaient invités à rejoindre les deux corps de l'armée et de la police, mais les milices se livrent désormais à une bataille de leadership. Aussi, bien qu'officiellement progouvernementales, elles sont pourtant concurrentes de l'armée officielle (...) Elles sont accusées de graves entraves aux droits de l'homme par différentes ONG, rapportant de nombreux cas d'enlèvements, de tortures et d'assassinats extrajudiciaires. Il faut dire que le 23 octobre 2011 avait annoncé la couleur. N'est-ce pas en procédant au lynchage et à l'exécution sommaire de Kadhafi, de son fils Moatassim et d'une soixantaine de ses hommes (rapport HRW, octobre 2012) que les rebelles ont «libéré» la Libye?» (2)
«Outre les violations des droits humains, les troupes rebelles ont mis la main sur tous les trafics comme celui de la drogue, des armes ou encore l'immigration clandestine (..) La flambée des violences a fait fuir la plupart des diplomates et des compagnies étrangères, retardant la reconstruction de ce pays. Deux ans et 50.000 morts après (Amnesty international, janvier 2012), l'Otan vient une nouvelle fois à la «rescousse». L'organisation a décidé lundi d'envoyer des conseillers en Libye pour aider Tripoli à renforcer ses institutions de défense. Pourtant, à l'origine du chaos libyen suite au détournement de la résolution de l'ONU, l'on a du mal à croire à l'efficacité de cette aide, bien que le Premier ministre se veut optimiste, prédisant «un avenir radieux», sans préciser s'il s'agissait d'un avenir proche.» (2)

Bernard-Henri Lévy et la destruction de la Libye
Pour Mohammed Larbi: «La Libye a toujours été un immense dépôt d'armes qui fait, cette fois, le bonheur des milices après avoir fait celui des marchands de canons, ou des autres milices ailleurs dans la région sinon plus loin. (...) Les milices seraient-elles plus fortes au point d'imposer leur ordre, comme cela est apparu quand elles sont venues de Misrata pour réprimer une manifestation pour plus de sécurité? Cela s'est passé le 15 novembre et cette action a fait 46 tués et plus de 500 blessés. Une véritable démonstration de force face à une armée nationale demeurée faible (...). C'est dans un tel contexte que le gouvernement libyen tentait de rassurer les habitants de Benghazi en appelant au calme après de violents affrontements entre l'armée et le groupe djihadiste Ansar Al Charia.» (3)
On apprend que suite aux affrontements, le secrétaire d'Etat américain John Kerry indique que les Etats-Unis condamnent l'usage de la violence. Curieusement, la France ne dit rien. BHL occupé à attiser un autre feu ne s'intéresse plus à la Libye.
On dit que la résolution scélérate votée et interprétée dans son sens tragique a été le fait de la France, il est indéniable que les fondements sont plus profonds. C'est à n'en point douter BHL le vrai ministre des Affaires étrangères qui fut le moteur de la curée. Sous la plume du journaliste palestinien Ramzy Baroud, nous lisons un portrait assez complet de Bernard-Henry Levy son «deux poids, deux mesures» sa sacralisation d'Israël et sa haine de l'Islam: «Lévy, qui apparaissait parfois comme le défenseur le plus en vue d'une guerre contre la Libye, a largement disparu des feux de la rampe dans le contexte libyen. (...) Proclamer qu'au mieux, Lévy est un imposteur intellectuel, c'est rater la logique claire qui semble unifier toutes les activités de cet homme, travail et écrits. Il semble obsédé à «libérer» les musulmans, de la Bosnie au Pakistan, de Libye et d'ailleurs (...) Tout au long de sa carrière difficile à cerner, Lévy a fait beaucoup de mal, quelquefois en servant de laquais aux hommes de pouvoir, d'autres fois en menant ses propres croisades. Il est un grand partisan de l'intervention militaire, et son profil est semé de références à des pays musulmans et à des interventions militaires, de l'Afghanistan au Soudan et finalement à la Libye.» (4)
«Dans le New York magazine du 26 décembre 2011, Benjamin Wallace-Wells parlait du «philosophe» français comme d'un ´´Messie qui ne craint pas de promouvoir la violence pour le plus grand bien de l'humanité´´. Dans l'article ´´European Superhero Quashes Libyan Dictator´´, Wallace-Wells écrivait sur «le philosophe [qui] a réussi à pousser le monde à écraser un vilain méchant». Le méchant en question est bien sûr Mouammar Kadhafi, le dirigeant libyen qui fut renversé et massacré après qu'il aurait été sodomisé par des rebelles lors de sa capture en octobre 2011. (...) En mars 2011, Lévy a pris sur lui de s'envoler pour Benghazi pour «recruter» des insurgés libyens. Ce fut un moment décisif, puisque c'est ce type de médiation qui permit à des groupes armés de transformer un soulèvement régional en une guerre totale impliquant l'Otan. (..)»(4)
«Des massacres, il y en eut en effet, mais pas dans le sens suggéré par les «interventionnistes humanitaires» occidentaux. Le dernier en date a eu lieu il y a quelques jours, vendredi 15 novembre à Tripoli - 43 personnes auraient été tuées et 235 blessées quand des miliciens ont attaqué des manifestants pacifiques qui exigeaient simplement que le militants de Misrata quittent leur ville. S'agissant de la personnalité de BHL, Ramzi Baroud, nous dit que: «La droite israélienne est fascinée par B.-H. Lévy. Dans le Jerusalem Post, la célébration de son influence globale culmine avec la citation suivante: «Un philosophe français et un des leaders du mouvement des Nouveaux Philosophes qui disait que les juifs ont vocation à fournir une voix morale unique dans le monde.» Mais la moralité n'a rien à voir là-dedans. Les exploits philosophiques de notre homme semblent viser exclusivement les musulmans et leurs cultures. Une semaine après que le Jerusalem Post eut célébré l'influence morale de Lévy dans le monde, le quotidien Haaretz décrivait son soutien à l'armée israélienne en titrant le 30 mai 2010: «Bernard-Henri Lévy: Je n'ai jamais vu une armée aussi démocratique que les FDI.»(4)

B.H.L.: le représentant autoproclamé de la tribu d'Israël
Hichem Hamza nous décortique la mécanique de BHL avec un sacerdoce immuable, la défense du sionisme et d'Israël: «Double allégeance. Réalisateur d'un film consacré à son engagement dans le conflit libyen, Bernard-Henri Lévy a toujours affirmé que son combat s'inscrivait dans une démarche universaliste en faveur des droits de l'homme. Oumma a exhumé des documents suggérant le contraire. L'aveu s'est tenu le 17 novembre dernier au micro de RCJ. Invité par la Radio de la Communauté Juive pour promouvoir son «journal de guerre» en Libye, l'écrivain Bernard-Henri Lévy a fait son coming out communautaire, reconnaissant, avec une emphase inédite, s'être engagé contre le colonel Kadhafi en raison, notamment de son appartenance religieuse. Oumma a repéré et mis en ligne l'extrait stupéfiant de cet entretien réalisé par RCJ. Curieusement, la scène décrite ici par BHL ne figure pas dans son film intitulé Le serment de Tobrouk. Si l'on peut effectivement y apercevoir BHL se vanter auprès des émissaires des clans libyens d'appartenir lui-même à une«ancienne tribu», à nul moment le voit-on déclamer sa «filiation» envers Israël devant la foule de jeunes gens rassemblés en avril 2011 à Benghazi. Trois jours après cette interview, BHL a participé à la convention nationale du Conseil représentatif des institutions juives de France. Lors de son discours, l'homme a complété sa confession -passée alors inaperçue- de RCJ en affirmant s'être engagé avec, «en étendard», sa «fidélité au sionisme et à Israël», ajoutant que c'était «en tant que juif» qu'il avait «participé à cette aventure politique, contribué à élaborer pour mon pays et pour un autre une stratégie et des tactiques». Cette «double allégeance» est assumée.(5)
Pour autant, BHL doit rendre compte à la Communauté des Hommes? Pour Karim Bouali les conséquences de l'ingérence occidentale en Libye, déclenchée par l'activisme irresponsable de Bernard-Henry Lévy, dépassent les frontières de ce pays et touchent toute la région. (...) La dernière fois que cet individu a refait surface, c'était pour tenter de peser sur la décision des puissances occidentales, Etats-Unis et France principalement, qui hésitaient à entrer en guerre contre la Syrie. Il ne faut pas attendre de ces puissances qu'elles actionnent la CPI pour le jeter en prison et le juger pour crime contre l'humanité.» (6)

Conclusion provisoire sur le drame libyen
Dans une interview au Temps d'Algérie quelques semaines après la libération de la Libye,et le lynchage de El Gueddafi, j'avais déclaré que le grand mérite de celui-ci, quand bien même c'était un tyran, c'est qu'il a su préserver les équilibres entre les tribus. D'une certaine façon, les équilibres sociologiques ont pu être protégés. Il ne faut jamais oublier aussi que la Libye a le 1er PIB après l'Afrique du Sud. C'est-à-dire que les Libyens vivaient bien. La Libye, petit pays de 6 millions d'habitants, dispose de
46 milliards de barils dont 35% d'après les Français leur reviennent (16 milliards). Pour les Occidentaux, c'est une bénédiction. A partir de maintenant, pour le nouvel ordre qui va se mettre en place, les réserves pétrolières des pays arabes sont désormais hypothétiques. Elles appartiendront tôt ou tard au monde occidental, Les 480 milliards de dollars de réserves de change vont être utilisés par ceux qui ont détruit la Libye pour reconstruire ce pays. Mais la Libye, ce ne sont pas simplement des bâtiments, des routes, des usines, c'est une civilisation qui vient d'être démolie. (...) Ce qui arrive en Libye risque malheureusement d'arriver dans les autres pays, et l'Algérie n'est pas à l'abri.» (7)
Ce qui intéresse encore une fois l'Occident, ce ne sont pas les droits de l'homme, mais les richesses des pays faibles.
Pour autant, l'Algérie ne doit pas rester les bras croisés en face du chaos libyen, c'est tout de même un pays maghrébin qui partage avec nous une histoire, une culture, une langue, un espace, voire une religion. Aucune déclaration dans le dernier 5+5 concernant la Libye, on parle de sécurité alimentaire alors qu'un pays risque la famine. Notre compétence diplomatique africaine devrait en toute logique et humanité nous amener à nous «ingérer» en apportant notre part d'empathie envers ce pays, en le mettant en garde contre l'émiettement.
La sécurité de la Libye, c'est notre sécurité. Rappelons-nous: El Gueddafi nous avait aidés dans la difficile gestion de l'après 24-février 1971. Nous avions subi un embargo de la part des compagnies pétrolières Qu'attendons-nous pour porter aide et assistance?

1. http://french.ruvr.ru/2013_11_09/La-Libye-en-tourmente-0573/
2. Mehdia Belkadi http://www.reporters.dz/ index.php++cs_INTERRO++option =com_content ++cs_AMP++amp;view=article&...
3. Mohammed Larbihttp://www.elwatan.com/ international/repere-desordre-libyen-27-11-2013-236519_112.php
4. R. Baroud http://www.legrandsoir.info/bernard-henri-levy-et-la-destruction-de-la-libye.html
5. H.Hamza http://oumma.com/12986/bernard-henri-levy-representant-tribu-israel 2 06 2012
6. http://www.algeriepatriotique.com/ content/levy-la-cpi
7. Chems Eddine Chitour: Interview au Le Temps d'Algérie par Saïd Mekla 06 - 09 - 2011

 

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«La mendicité, c’est la mort sociale»

Publié le par Mahi Ahmed

L’entretien de la semaine
Djamila Musette, sociologue, chercheur au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (cread), alger, au soirmagazine :
«La mendicité, c’est la mort sociale»

 

Par Naïma Yachir
Dans cet entretien, Djamila Musette nous apporte son éclairage sur les raisons qui poussent à la mendicité et nous définit par ailleurs la notion de pauvreté en Algérie.
Soirmagazine : Ne pensez-vous pas que tendre la main est la solution de facilité, un commerce plus qu'un besoin matériel ?
Djamila Musette : Vous voulez me demander si la mendicité est la solution à un problème ? Quelle en est la cause ? La mendicité est le résultat d’une combinaison de situations : crise des valeurs familiales (telles que l’absence de solidarité), l’apparition de nouvelles normes (telles que chacun pour soi), problèmes d’emploi, conflits familiaux et déséquilibre du développement entre la ville et la campagne. Je m’explique à partir de récits de vie menés auprès des mendiants. Le premier vécu est celui de l’époux au chômage. La famille ayant atteint le dénuement, l’épouse se trouve dans le besoin de tendre la main. Deux facteurs la poussent vers cette sortie. L’emploi de femme de ménage lui est refusé, car issue d’un bidonville, l’image du vol et de l’hygiène dans la tête des ménages à qui elle s’adresse lui ferment la porte à ce type d’emploi. Ajouter à cela l’absence de soutien de la famille pour traverser cette phase qui complique le vécu. Il ne reste alors que la recherche de l’anonymat pour s’adonner à la mendicité et nourrir ses enfants. A travers d’autres récits, j’ai découvert des histoires de déchirement de familles provenant d’un problème d’héritage où le plus fort physiquement gagne.
Il s’agit alors de rupture, de solitude et de fuite de l’espace habituel à la recherche d’un travail, d’un toit, d’une autre vie... et c’est le vide, la chute vers la mendicité. Pour cette situation, je citerai le cas d’une famille qui vient d’une ferme de Médéa. Le père décède. L’époux de la mendiante a été agressé par ses frères et renvoyé. Il vient d’abord seul à Alger à la recherche d’un emploi. Une mendiante l’héberge dans son bidonville. Il l’épouse selon la Fatiha. Son fils aîné le retrouve. Puis la première épouse et le reste des enfants le rejoignent. C’est le regroupement familial. La nouvelle vie ? Ce sont deux épouses mendiantes. La fille aînée, mariée dans ce nouveau cadre, tombe aussi dans la mendicité, car son époux, chômeur, est en prison pour vol. Enfin, tous les enfants sont dans l’apprentissage et l’exercice de ce «métier». La première épouse circule dans les cités de Gué-de-Constantine en faisant du porte-à-porte ; la seconde est sur un trottoir d’Alger-Centre, tandis que la fille aînée est à Kouba, son bébé sur les genoux.
Donc, il serait plus juste de parler de «famille mendiante». Les femmes, majoritaires sur le trottoir ou sonnent aux portes, les hommes font des petits boulots, tandis que les jeunes sont attirés par le vol. D’ailleurs, le fils aîné est en prison pour vol dans une pharmacie. Enfin, le déséquilibre entre la ville et la campagne engendre aussi, dans certains cas, des migrations internes à la recherche d’un emploi et d’un autre cadre de vie. Mais le résultat peut être la mendicité et le bidonville…
c’est un peu la campagne en ville… une promotion ? Puis tendre la main en attendant un travail (pas de la terre !) est considéré comme une phase transitoire. Mais qui dure !
La seconde phase est celle de la reproduction. Ces nouveaux venus intègrent la nouvelle grande famille… celle des mendiants. Là existe un ordre interne spécifique avec un chef qui les protège : l’être humain a besoin de vivre en société. C’est le cas des mendiants à Gué-de-Constantine. Mais encore là, il existe deux communautés : celle des Algériens et celle des Tunisiens.

Mendier ne cacherait-il pas l'absence d'une richesse interne ?
Cette question relève plutôt de la psychologie, je ne voudrais pas m’aventurer dans un domaine qui n’est pas le mien.

Que signifie pour vous «être pauvre»?
La pauvreté est le résultat de la conjugaison de facteurs, tels que faible revenu, faible niveau d’instruction, malnutrition, santé médiocre…
La mendicité serait le degré maximum de la pauvreté, la misère. Les mendiants sont des personnes sans revenu, sans ressource et sans aide sociale, à part l’acte d’aller vers l’autre pour demander le minimum : à manger.
Mais nos observations du terrain (à Alger) dévoilent que nos mendiants ne sont généralement pas maigres, donc le niveau de pauvreté est relatif. «Etre pauvre» dépend finalement de la société et du mode de vie.

Tous les pauvres recourent-ils systématiquement à la mendicité ?
Non !

Donner de l'argent n'encouragerait-il pas ce phénomène ?
Oui, mais c’est un geste qui fait appel à l’émotion… donc les gens émotifs sont les plus piégés.

Pourquoi est-on arrivé à ne plus distinguer le «vrai» du «faux» mendiant ?
Parce qu’il y a de bons simulateurs parmi les faux mendiants. Je citerai le cas de ceux qui circulent avec une ordonnance…

Est-ce que la baisse de solidarité constatée ces dernières années ne constitue pas le maillon faible de cette problématique ?
La mendicité c’est la mort sociale. Elle exprime d’abord l’explosion de la grande famille. La pauvreté a toujours existé mais elle est étalée dans la rue par manque de solidarité et l’absence de relais qui devaient être mis en place par le ministère de la Solidarité, les mosquées, les associations, la société civile.

Les enfants sont eux aussi embarqués dans cette folie. Que fait-on pour désamorcer cette bombe à retardement ?
Ce sont des enfants en «danger moral». Leur prise en charge relève de la Direction de l’action sociale du ministère de la Solidarité. Deux modes de prise en charge existent : celui en «milieu ouvert» et celui en «milieu fermé» où l’enfant est retiré de la famille.

Gandhi, dans les années trente, disait : «Si j'avais le pouvoir, la première chose que j'interdirais serait la mendicité.» Qu'en pensez-vous ?
En Tunisie, la mendicité était interdite sous le régime de Ben Ali. Les mendiants utilisaient des artifices pour mendier. Par exemple, certains déposent de petits messages sur les tables des cafés ou salons de thé… Après Ben Ali, la mendicité a refait surface. Les mendiants sont devenus parfois agressifs. Donc l’interdiction n’est pas la solution.

LES VENTRES
Des ventres pleins
Des ventres vides
Des ventres creux
Des ventres gros
Des ventres sans
un grain.
Des ventres nourris
de rien.

Des mains tendues
Des regards vides
Des rêves brisés
Des mains croisées
Sur le néant.

Des silences… longs
Des soupirs…
Des prières…
Des supplications
Des cris.
Des revendications
Au cœur de ma Cité
Dénudée
Sans slogan
Celle du nouveau temps…
Sans fard.
Des nouveaux rois !
Des bas fonds !
Des bras… longs !

Celle des mille et un visages
De misère
Et de richesse…
Qui assiègent
Votre conscience…
Et dérangent
Votre insouciance…
Et votre désir
De siroter
Votre café…
En paix.
Par Djamila Belhouari-Musette

 

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ملاحظات حول الوضع الراهن في الشرق الأوسط

Publié le par Mahi Ahmed

 

ملاحظات حول الوضع الراهن في الشرق الأوسط  


نعوم شومسكي
 - 2013 / 11 / 30 -  
المحور: ابحاث يسارية واشتراكية وشيوعية
    

•منذ أن تضمّنت اتّفاقات أوسلو بندًا يشير إلى أنّ الضفّة الغربيّة وقطاع غزّة هما وحدة جغرافيّة غير قابلة للتجزئة، يعمل الثنائيّ إسرائيل والولايات المتّحدة الأمريكية على الفصل بين المنطقتين. إحدى النتائج المهمّة لهذا الفصل هي ضمان عدم توافر تواصل مع العالم الخارجيّ لأيّ كيان فلسطينيّ محدود.

•باستثناء ما يتعلّق بالمراحل، إنّ خيار الدولة الواحدة ليس سوى وهم وسراب. لا يتوافر لهذا الخَيار أيّ دعم دوليّ، وما من سبب يدعو إسرائيل وراعيتها الأمريكيّة لقبوله، فهما تحملان في جعبتهما حلاًّ أفضل بكثير، وهو الذي تخوضان الآن في مرحلة تطبيقه؛ ومن خلال الإفلات من العقوبة، بفضل القوّة الأمريكيّة.


(ترجمة: جلال حسن)
في الثالث عشر من شهر تمّوز، وجّه الرئيس السابق لجهاز المخابرات العامّة (شين بيت)، يوفال ديسكين، تحذيرًا شديد اللهجة إلى الحكومة الإسرائيليّة مُفادُهُ أنّ عليها التوصّل إلى نوع من التسوية التي تتضمّن حلّ الدولتين، وإذا لم تقم بذلك فسيتحقق "انتقال للمحصّلة شبه الحتميّة للواقع الوحيد المتبقّي، أي دولة من البحر إلى النهر". المحصّلة القريبة الحتميّة "دولة واحدة لشعبين"، ستفرض "تهديدًا وجوديًّا يتمثّل في محو هُويّة إسرائيل كدولة يهوديّة وديمقراطيّة"، وذلك من خلال أغلبيّة عربيّة فلسطينيّة.
وعلى خلفيةٍ مشابِهةٍ كتب الخبيران البارزان في شؤون الشرق الأوسط، كلايف جونز وبيفرلي ميلتون- إدواردز، في العدد الأخير من المجلّة البريطانيّة الرائدة في الشؤون الدوليّة: "إذا رغبت إسرائيل في أن تبقى يهوديّة وديمقراطيّة، فعليها أن تتبنّى حلّ الدولتين".
من السهولة بمكان اقتباس المزيد من الأمثلة، لكنّ الأمر ليس ضروريًّا البتّة، لأنّه ثمّة فرضيّة شبه عالميّة بوجود خيارين بالنسبة للمنطقة التي تقع غربيّ نهر الأردن: دولتان- واحدة فلسطينيّة والأخرى يهوديّة- ديمقراطيّة، أو دولة واحدة "من البحر إلى النهر". العديد من المعلّقين الإسرائيليّين يعبّرون عن القلق حيال "المشكلة الديموغرافيّة": أعداد الفلسطينيّين في الدولة اليهوديّة تفوق الحدّ المقبول. الكثير من الفلسطينيّين ومناصريهم يؤيّدون "حلّ الدولة الواحدة"، ويتوقّعون شنّ نضال ضدّ الأبارتهايد، ومن أجل الحقوق المدنيّة، وهو ما سيُفضي إلى بناء نظام ديمقراطيّ عَلمانيَ. يطرح محلّلون آخرون هذه الخيارات باستمرار من خلال استخدام مفردات مشابهة.
يحظى هذا النّوع من التحليل بإجماع شبه مطلق، لكنّ عيوبه كثيرة. ثمّة خيار ثالث، وتحديدًا ذاك الذي تسعى إليه إسرائيل بدعمٍ من الولايات المتّحدة. هذا الخيار الثالث يشكّل البديل الواقعيّ الوحيد لتسوية الدولتين التي تحظى بإجماع دوليّ ساحق.
أعتقد أنّ المنطق يستوجب التفكير مليًّا في حلّ الدولة الديمقراطيّة العَلمانيّة ثنائيّة القوميّة المستقبليّة على أرض فلسطين التاريخيّة- من البحر إلى النهر. وبغضّ النظر عن أهمّيّة وقيمة هذا الحلّ، فقد قمت بدعمه ومناصرته لسبعين سنة خلت. لكنّني أشدّد: قمت بمناصَرته. المناصَرة، بخلاف مجرّد الاقتراح، تتطلّب رسم مسار من هنا إلى هناك. تغيّرت أشكال المناصَرة الحقيقية مع تغيّر الظروف. فمنذ منتصف السبعينيّات، عندما أصبحت الحقوق القوميّة الفلسطينيّة مسألة بارزة، تَمَثَّلَ الشكل الوحيد للمناصرة في منهج المراحل، وكانت تسوية الدولتين أوّلَ هذه المراحل. لم يُعرض أيّ مسلك آخر كان سيحظى ولو بقليل من النجاح. عرض تسوية ثنائيّة القوميّة ("الدولة الواحدة") دون الانتقال إلى المناصَرة الفعليّة يوفّر الدعم للخيار الثالث، الذي أصبح الآن واقعيًّا.
الخيار الثالث الذي يتشكل أمام ناظرينا، ليس خافيًا البتّة. إسرائيل تقوم على نحوٍ منهجيّ بتوسيع مخطّطات جرى رسمها والمبادرة إليها بعد فترة وجيزة من حرب العام 1967، وجَرَتْ مَأْسَسَتُها واستكمالها أكثر بعد مرور عشر سنوات على تلك الحرب عندما صعد الليكود بقيادة مناحيم بيغن إلى دفّة الحكم.
تمثّلت الخطوة الأولى في خلق ما يطلِق عليها يوناتان ماندل اسم "المدينة الجديدة المُربِكة"، ألا وهي "القدس"، وتوسيعها على نطاق يفوق بكثير حدود القدس التاريخيّة، وضمّ العشرات من القرى الفلسطينيّة والأراضي المحيطة إليها، وتحويلها إلى مدينة يهوديّة، وإلى عاصمة دولة إسرائيل. كلّ ذلك من خلال الانتهاك المباشر لقرارات مجلس الأمن الواضحة والصريحة. ثمّة ممرّ يقع في شرقيّ القدس الكبرى الجديدة ويربطها بمدينة "معاليه أدوميم" التي أقيمت في سبعينيّات القرن الماضي، لكن بناءها الفعليّ جرى بعد اتّفاقات أوسلو في العام 1993، وضَمّت أراضيَ تصل افتراضيًّا حتّى أريحا، وعليه فهي تقوم ببتر وتقطيع أوصال الضفّة الغربيّة بصورة جدّ بالغة. الممرّات الشماليّة التي تربط القدس بمدينتَيِ المستوطِنين أريئيل وكدوميم تقوم بمزيد من تقطيع الأوصال للمساحات التي تبقّت تحت درجة معيّنة من السيطرة الفلسطينيّة.
في هذا الأثناء، تقوم إسرائيل بقضم المناطق التي تقع على الجانب "الإسرائيليّ" من "جدار العزل" غير الشرعيّ. هذا الجدار ما هو في الواقع إلاّ جدار لضمّ الأراضي الصالحة للزراعة، ومصادر المياه والعديد من القرى، وهو يقوم كذلك بخنق قلنديا، ويعزل القرويّين الفلسطينيّين عن أراضيهم. أمّا في ما تُطْلِق عليها إسرائيل "منطقة التماسّ" ("إزور هَتيفر") بين الجدار والحدود (وتعادل مساحتها ما يقارب 10% من مجْمل أراضي الضفّة الغربيّة)، فالدخول مسموح به للجميع باستثناء الفلسطينيّين، ويَجِد مَن يَقْطن في تلك المنطقة نفسه مرغَمًا على الخوض في إجراءات بيروقراطيّة معقّدة جدًّا بغية الحصول على تصريح دخول مؤقّت، ويواجه مَن يريد الخروج من المنطقة -للحصول على العلاجات الطبّيّة، على سبيل المثال- يواجه الصعوبات ذاتها. الانتهاكات والتشويشات القاسية لروتين حياة الفلسطينيّين هي النتيجة الطبيعيّة لكلّ هذه الممارسات، حيث تُظهِر بيانات الأمم المتحدة تراجعًا بنسبة تفوق 80% في أعداد المزارعين الذين يفلحون أراضيهم بانتظام، وتراجعًا بنحو 60% في محاصيل أشجار الزيتون، وهذه الأمثلة هي غيض من فيض النواتج المؤذية التي تولّدت من بناء جدار العزل. شكّل الأمن الذريعة التي وُظّفت لبناء الجدار؛ والمقصود هنا هو أمن المستوطنين اليهود غير الشرعيّين؛ 80% من جدار العزل يتعرّج عبر الضفّة الغربيّة المحتلّة.
تقوم إسرائيل كذلك بالاستيلاء على غور الأردنّ، وبالتالي فهي تطوّق وتحبس ما تبقّى من الكانتونات الفلسطينيّة. ثمّة مشاريع ضخمة في مجال البنْية التحتيّة والطرق الالتفافيّة تربط المستوطنين بالمراكز الحضريّة الإسرائيليّة، وهذا الأمر يمكّنهم من التنقّل بدون رؤية أيّ فلسطينيّ. وتبعًا للموديل النيو- كولونياليّ التقليديّ، فقد أُبْقِيَ مركز عصريّ للنخب الفلسطينيّة في رام الله، بينما تعيش البقيّة -غالبًا- في حالة من الضعف والهوان.
وفي سبيل استكمال فصل القدس الكبرى عن سائر الكانتونات الفلسطينيّة، تحاول إسرائيل الاستيلاء على المنطقة
E1(وهي منطقة تبلغ مساحتها نحو 12 كيلومترًا مربّعًا، وتربط بين القدس ومستوطنة معاليه أدوميم، ويُطْلِق عليها الإسرائيليّون الاسم "مِفاسيريت أدوميم")، لكن واشنطن أفشلت هذا المسعى حتّى الآن، فتوجّهت إسرائيل إلى استخدام الحيل والألاعيب نحو بناء نقطة للشرطة في المكان. أوباما هو الرئيس الأمريكيّ الأوّل الذي لم يضع أيًّا من القيود على الإجراءات الإسرائيليّة في الضفّة الغربيّة، وسننتظر لنرى ما إذا كان سيسمح للإسرائيليّين بالسيطرة على المنطقة E1، وربّما سيسمح لهم بذلك من خلال التعبير عن استيائه من هذا الإجراء ومن خلال غمزة عين توضّح أنّه ليس مستاءً في حقيقة الأمر.
عمليّات إبعاد الفلسطينيّين تسير على قدم وساق، على نحوٍ ثابت واعتياديّ. في غور الأردن وحده، تراجع عدد السكّان الفلسطينيّين من 300,000 نسمة في العام 1967 إلى 60,000 في يومنا هذا. هذه الممارسات تطبَّق في مختلف أرجاء الضفّة الغربيّة. وتبعًا لسياسة "دونم إثر دونم" المنتهَجة منذ بداية القرن العشرين، كلّ خطوة تُتَّخذ على مستوى محدود النطاق، بغية عدم لفت أنظار المجتمع الدوليّ، لكنّها جميعًا تحمل بعدًا تراكميًّا، ونيّة واضحة.
لا تقف الأمور عند هذا الحدّ، فمنذ أن تضمّنت اتّفاقات أوسلو بندًا يشير إلى أنّ الضفّة الغربيّة وقطاع غزّة هما وحدة جغرافيّة غير قابلة للتجزئة، يعمل الثنائيّ إسرائيل والولايات المتّحدة الأمريكية على الفصل بين المنطقتين. إحدى النتائج المهمّة لهذا الفصل هي ضمان عدم توافر تواصل مع العالم الخارجيّ لأيّ كيان فلسطينيّ محدود.
المجموعات السكّانيّة الفلسطينيّة التي تقطن في المناطق التي تستولي عليها إسرائيل ضئيلة الحجم ومبعثرة، ويجري تقليصها أكثر فأكثر من خلال عمليّات الإبعاد المنتظمة. محصّلة كلّ هذه الإجراءات ستكون على شاكلة دولة إسرائيليّة كبرى ذات أغلبيّة يهوديّة ساحقة. تحت مظلّة الخيار الثالث لن تكون هنالك "مشكلة ديموغرافيّة"، ولا حقوق مواطن، ولا نضال ضدّ الأبارتهايد، ولن يكون هناك أكثر ممّا هو قائم الآن داخل الحدود الإسرائيليّة المعترَف بها، حيث تُرنَّم تعويذة "يهوديّة وديمقراطيّة" على نحوٍ منتظم لصالح مَن يختارون -متغافلين- تصديق التناقض المتأصّل، الذي هو أبعد بكثير من أن يكون مجرّد مسألة رمزيّة.
باستثناء ما يتعلّق بالمراحل، إنّ خيار الدولة الواحدة ليس سوى وهم وسراب. لا يتوافر لهذا الخَيار أيّ دعم دوليّ، وما من سبب يدعو إسرائيل وراعيتها الأمريكيّة لقبوله، فهما تحملان في جعبتهما حلاًّ أفضل بكثير، وهو الذي تخوضان الآن في مرحلة تطبيقه؛ ومن خلال الإفلات من العقوبة، بفضل القوّة الأمريكيّة.
تدعو الولايات المتّحدة وإسرائيل إلى إجراء مفاوضات بدون شروط مسبقة. المحلّلون في هذين البلدين وفي أماكن أخرى في الغرب يدّعون أنّ الفلسطينيّين هم الذين يضعون شروطًا مسبقة تعرقل "عمليّة السلام". في واقع الأمر، تصرّ الولايات المتّحدة- إسرائيل على عدد من الشروط المسبقة المصيريّة. أوّل هذه الشروط هو أن تُعْقَد هذه المفاوضات برعاية الولايات المتّحدة الأمريكيّة التي لا تشكّل طرفًا حياديًّا بل هي شريك في الصراع. مثَلُ ذلك كمثَلِ أن تقوم إيران بالتوسّط لمعالجة الصراع السنّيّ- الشيعيّ في العراق. توضع المفاوضات التي تتحلّى بالمصداقيّة في يد دول حياديّة تتمتّع بدرجة من الاحترام الدوليّ. الشرط المسبق الثاني هو وجوب السماح بمواصلة عمليّات الاستيطان غير الشرعيّ، على المنوال الذي تواصلت فيه دون توقّف خلال مدّة العشرين عامًا من اتّفاقيّة أوسلو؛ مع مراعاة شروط الاتّفاقيّة.
محاولات المضيّ قُدُمًا بإجماع دوليّ حول تسوية الدولتين تواجَه باستنكار من قِبَل الولايات المتّحدة الأمريكيّة وإسرائيل باعتبارها تُضّر بـِ "عمليّة السلام" على النحو الذي تدار فيه هذه العمليّة من قِبَل واشنطن، والتي تقوم في هذا الأثناء بمنح الدعم الكامل للخيار الثالث الواقعيّ.
في سنوات الاحتلال الأولى، انضمّت الولايات المتّحدة إلى العالم في اعتبار أنّ المستوطنات لا تتحلّى بالشرعية- كما أُقِرّ من قِبَل مجلس الأمن الدوليّ ومحكمة العدل الدوليّة. منذ حقبة ريغان، جرى تخفيض مكانة المستوطنات وتحوّلت إلى "عائق أمام إحلال السلام"، وقام أوباما بمزيد من الإضعاف لهذه المكانة وأعلن أنّ المستوطنات "لا تساعد في إحلال السلام"، مُلحِقا ذلك ببعض العتب الذي يمكن تجاهله بسهولة. نهْج أوباما الرافض لفتَ بعض الانتباه في شباط عام 2011، عندما استخدم الفيتو ضدّ قرار مجلس الأمن الداعم للسياسة الرسميّة الأمريكيّة الداعية إلى إيقاف عمليّات توسيع المستوطنات.
ما دامت هذه الشروط المسبقة سارية المفعول، من المرجّح أن تبقى الدبلوماسيّة تراوح في مكانها. وعلى الرغم من بعض الاستثناءات النادرة والقصيرة، تتواصل هذه المراوحة في المكان منذ شهر كانون الأوّل عام 1976، عندما استخدمت الولايات المتّحدة الفيتو ضدّ مشروع قرار قدّمته مصر والأردنّ وسوريّا إلى مجلس الأمن، دعا إلى تبنّي حلّ الدولتين على أساس حدود الخطّ الأخضر المعترَف بها دوليًّا، مع ضمانات لجميع الدول بأن تعيش داخل حدود آمنة ومعترف بها. هذا هو الإجماع الدوليّ من حيث الجوهر مع حالَتيْ الاستثناء المعهودتين. جرى تعديل هذا الإجماع وأصبح يشمل "تعديلات متبادلة وطفيفة" على الخطّ الأخضر، في استعارة للصياغة التي تبنّتها الولايات المتّحدة الأمريكيّة قبل أن تقوم هذه الأخيرة بتبنّي منهجٍ مغايِر لذاك الذي تتبنّاه سائر دول العالم.
تستطيع أوروبا القيام بدَوْر في تعزيز الآمال بتسوية دبلوماسيّة سلميّة لو توافرت لديها إرادة في اتّباع مسار مستقلّ. القرار الأوروبيّ الأخير بإقصاء المستوطنات اليهوديّة في الضفّة الغربيّة من الصفقات التجاريّة مع إسرائيل يشكّل خطوة في هذا الاتّجاه. السياسة الأمريكيّة هي كذلك ليست محفورة على الصخر، على الرغم من أنّها تضرب جذورًا إستراتيجيّة واقتصاديّة وثقافيّة غائرة في العمق. في غياب مثل هذه التغييرات، كلّ الأسباب تدفع وتدعو للتوقّع أنّ الصورة من النهر إلى البحر ستتطابق مع الخيار الثالث. حقوق الفلسطينيّين وطموحاتهم ستوضع على الرفّ -مؤقّتًا على الأقلّ.
إذا لم يجرِ حلّ الصراع، فستبقى التسوية السلميّة على مستوى المنطقة بعيدة المنال. سيحمل هذا الفشل إسقاطات بعيدة المدى، لا سيّما بالنسبة لما يطلِق عليه الإعلامُ الأمريكيّ "التهديد الأكبر على السلّم العالميّ"، الذي يقوم بترديد تصريحات الرئيس أوباما والغالبيّة العظمى في صفوف الطبقة السياسيّة، أي برنامج إيران النوويّ. هذه الإسقاطات تصبح جليّة إذا أخذنا بعين الاعتبار السبلَ الأكثر وضوحًا للتعامل مع هذا التهديد المزعوم، ومصيرها. من المفيد أوّلاً أن نراجع جملةً من الأسئلة الاستباقيّة: من يعتبر أنّ هذا التهديد يحمل أهمّيّة كونيّة؟ وما هو التهديد الفعليّ والملموس؟




الإجابة عن هذين السؤالين بسيطة ومباشرة. هذا التهديد يشكّل هوسًا غربيًّا بامتياز: إنّها الولايات المتّحدة وحلفاؤها. دول عدم الانحياز (أي غالبيّة دول العالم) دعمت بقوّةٍ حقَّ إيران – بوصفها إحدى الدول التي وقّعت على معاهدة الحدّ من الانتشار- في تخصيب اليورانيوم. العالم العربيّ غير شغوف بإيران بعامّة، لكنّها لا تشكّل بنظره تهديدًا عليه. في واقع الأمر -وعلى نحوِ ما تُظهر استطلاعات الرأي مرّة تلو الأخرى- غالبيّة سكّان الولايات المتّحدة وإسرائيل -دون سواهم- يتعاملون مع إيران على أنّها تشكّل مصدر تهديد.
في الخطاب الغربيّ، يسود ادّعاء ملخَّصُهُ أنّ العرب يدعمون موقف الولايات المتّحدة تجاه إيران، لكن المرجعيّة في هذا الأمر هي طبقة الحكّام الطغاة، لا عموم السكّان الذين يُنظَر إليهم في العقيدة الديمقراطيّة السائدة باعتبارهم مجرّد إزعاج غير ذي أهمّيّة. معيار آخر هو الإحالة إلى " المواجهة بين المجتمع الدوليّ وإيران" كما يُطرح في الأدبيات العلمية الحالية. عبارة "المجتمع الدوليّ" في هذا السياق تشير إلى الولايات المتحدة وكلّ من يصادف السير معها؛ وهؤلاء في الحالة الماثلة أمامنا زمرة قليلة من المجتمع الدولي ، لكنّهم أكثر من ذلك بكثير إذا ما أصبحت المواقف السياسية تُزان بميزان القوّة.
ما هو إذًا هذا التهديد الملموس؟ المخابرات الأمريكيّة والبنتاغون يقدّمان الإجابة عن هذا السؤال في الاستعراضات الاعتياديّة والدوريّة التي يقدّمانها حول الأمن العالميّ. يَخلُص الطرفان إلى استنتاج مُفادُه أنّ إيران لا تشكّل تهديدًا عسكريًّا. نفقاتها العسكريّة متدنّية حتّى بالمعايير السائدة في المنطقة، وهي لا تتحلّى إلاّ بقدرة محدودة في نشر القوّات. عقيدة إيران الإستراتيجيّة تحمل طابعًا دفاعيًّا، وجرى تصميمها بغية صدّ الهجمات. تقارير وكالات الاستخبارات تشير إلى عدم وجود أدلّة بأنّ إيران تقوم بتطوير السلاح النوويّ، وإذا كانت تقوم بذلك فلا يشكّل ذلك سوى جزء من عقيدتها الدفاعيّة.
من الصعب التفكير بدولةٍ في العالم تحتاج إلى الدفاع عن نفسها أكثر من إيران. لقد عانت هذه الدولة من المضايقات الغربيّة بدون توقّف منذ أن جرى إسقاط نظامها البرلمانيّ خلال انقلاب عسكريّ أمريكيّ- بريطانيّ في العام 1952، بداية من قِبَل نظام الشاه الوحشيّ والقاسي، ولاحقًا من خلال الهجمات الدمويّة التي شنّها صدّام حسين بدعم من الغرب. التدخّل الأمريكيّ هو الذي حثّ إيران على الخضوع؛ وبعد ذلك بفترة وجيزة قام الرئيس جورج بوش الأوّل بدعوة مهندسي الذرّة العراقيّين إلى الولايات المتّحدة للتدرّب على إنتاج الأسلحة المتطوّرة، ممّا شكّل تهديدًا استثنائيًّا على إيران. سرعان ما تحوّل العراق إلى عدوّ، لكن إيران خضعت في هذه الأثناء لعقوبات قاسية، شهدت منذئذ تصعيدًا متواصلاً بمبادرة الولايات المتّحدة الأمريكيّة وصولاً إلى أيّامنا هذه. إيران تتعرّض على نحوٍ ثابت لتهديد بالهجوم العسكريّ من قِبَل الولايات المتّحدة الأمريكيّة وإسرائيل، من خلال انتهاك ميثاق الأمم المتّحدة -إن كان ثمّة مَن يكترث أصلاً لهذا الانتهاك.
على الرغم من ذلك، إنّ الولايات المتّحدة- إسرائيل تَعتبران سياسة الرّدع الإيرانيّ تهديدًا لا يُطاق. هذا الموقف مفهوم، إذا أنّ الردع الإيرانيّ يحدّ من قدرة الطرفين على الهيمنة على المنطقة، وبالقوّة إذا ما ارتأتا ذلك، وهو ما فعلتاه أحيانًا. هذا هو جوهر التهديد الإيراني الملموس.
لا يكاد أحد يشكّك في أنّ نظام الملالي يشكل تهديدًا على شعبه، لكن من دواعي الأسف أنّه ليس النظام الوحيد الذي يقمع شعبه في العالم. على الرغم من ذلك، إنّ الاعتقاد بأنّ القمع الداخليّ في إيران هو ما يقضّ مضاجع القوى العظمى يشكّل أكثر من مجرّد موقف ساذج.
بصرف النظر عن موقف المرء من هذا التهديد، أما من سبيل للحدّ منه؟ ثمّة في واقع الأمر عدد من السبل. أحد أكثرها معقوليّةً هو التحرّك في اتّجاه خلق منطقة معزولة من السلاح النوويّ ، على نحوِ ما طرَحته بقوّةٍ حركةُ دول عدم الانحياز، ولا سيّما الدول العربيّة، وفي واقع الأمر كما طرحته غالبيّة دول العالم. الولايات المتّحدة وحلفاؤها تدعم نزع السلاح النوويّ لفظيًّا، لكن تعاونها في هذا المضمار شبه معدوم. كان من المفترض أن يُعقد في فنلندا مؤتمر دوليّ تحت مظلّة معاهدة الحدّ من انتشار الأسلحة النوويّة، ابتغاءَ المضيّ قُدُمًا بهذه المخطَّطات. رفضت إسرائيل المشاركة في المؤتمر، لكنِ الكثيرون تفاجئوا من إعلان إيران أنّها ستَحْضر المؤتمر دون شروط مسبقة. عندئذ أعلنت الولايات المتّحدة الأمريكيّة عن إلغاء المؤتمر من خلال تكرار الادّعاءات الإسرائيليّة أنّ مؤتمرًا كهذا سابق لأوانه قبل تأسيس [منظومة] أمن إقليميّ. دعت الدول العربيّة وروسيا والبرلمان الأوروبيّ إلى تجديد فوريّ للمبادرة، لكنِ الجميع يعلمون أنّ ما يمكن فعله بدون الولايات المتّحدة الأمريكيّة قليل جدًّا.
التفاصيل ضبابيّة. لا يمكن الحصول إلاّ على قليل من الأدلّة الوثائقيّة، وجميعها مرّت دون تحقُّق وتحقيق. تحديدًا، لم تقم الصحافة الأمريكيّة بالتحقّق والاستفسار، بل إنّها نشرت كلمة واحدة فقط حول المجهود الأكثر منطقيّةً وعمليّة لتناول ما أفيد حوله بأنّه "التهديد الأكثر خطورة على السلْم العالميّ".
إلى ذلك، من الواضح -إلى حدّ ما- أنّ الدول العربيّة وغيرها تنادي للقيام بخطوات لإزالة أسلحة الدمار الشامل على نحوٍ فوريّ كخطوة في اتّجاه تحقيق الأمن الإقليميّ. في المقابل، تقوم إسرائيل والولايات المتّحدة بقلب الترتيب وتطالبان بتحقيق الأمن الإقليميّ (أيْ أمن إسرائيل) كشرط مسبق لإبادة أسلحة من هذا القبيل. في الخلفيّة المتّصلة، ثمّة إدراك أنّه لا أحد في المنطقة يملك منظومة نوويّة متطوّرة سوى إسرائيل، وهي الوحيدة التي ترفض الانضمام إلى معاهدة الحدّ من انتشار الأسلحة النوويّة، بالإضافة إلى الهند وباكستان اللتين تستفيدان أيضًا من الدعم الأمريكيّ لترسانتهما النوويّة.
إذًا الرابط بين الصراع الإسرائيليّ- الفلسطينيّ والخطر الإيرانيّ المزعوم واضح وجليّ. ما دامت الولايات المتّحدة الأمريكيّة وإسرائيل مصمّمتين على موقفهما الرافض، وما دامتا تصدّان الإجماع الدوليّ حول حلّ الدولتين، لن تتوافر أيّ ترتيبات لتحقيق الأمن الإقليميّ، وبالتالي لن تُتَّخَذ أيّة خطوات لتأسيس منطقة خالية من السلاح النوويّ، وتخفيف -وربّما إنهاء- ما تزعم الولايات المتّحدة الأمريكيّة وإسرائيل أنّه التهديد الأكثر خطورة على السلام، وعلى الأقلّ القيام بذلك بالطريقة الأوضح والأكثر تأثيرًا.
من الجدير ذكْره أنّ الولايات المتّحدة -بالإضافة إلى بريطانيا- تتحمّل مسؤوليّة تسخير كامل جهودها من أجل بناء شرق أوسط خالٍ من الأسلحة النوويّة. عندما حاول الطرفان المعتديان توفير غطاء شرعيّ هزيل لغزو العراق، استنجدا بقرار مجلس الأمن الدوليّ ذي الرقم 687 من العام 1991 الذي ادّعى أنّ صدّام حسين قام بانتهاك مطلب إيقاف برامجه النوويّة. هذا القرار ضمّ فقرة أخرى تنادي باتّخاذ "خطوات في سبيل تحويل الشرق الأوسط إلى منطقة خالية من أسلحة الدمار الشامل"... وتُرْغَم الولايات المتّحدة وبريطانيا -أكثر من سِواهما- على الإمساك بزمام المبادرة على نحوٍ جِدّيّ.
بطبيعة الحال، إنّ الملاحظات التي أوردتُ هنا تلامس السطح ليس إلاّ، وتُغفل الكثير من القضايا الساخنة، بما في ذلك المنحنى المرعب لسوريا نحو الانتحار، والتطوّرات التي تنذر بالسوء في مصر، والتي تحمل في طيّاتها تأثيرات إقليميّة أكيدة، وقضايا أخرى كثيرة. هكذا تبدو بعض القضايا الجوهريّة -بالنسبة لي على الأقلّ.
 

 

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LES VISEES NEOLIBERALES SUR L’EDUCATION

Publié le par Mahi Ahmed

LES VISEES NEOLIBERALES SUR L’EDUCATION

 

 

 

samedi 31 mai 2008
Auteur : par Texte du M’PEP

Résumé

Ce sont les visées néolibérales sur l’éducation qui démolissent le système éducatif. Elles peuvent être décrites en quatre objectifs : faire de l’éducation un marché rentable ; former une main d’œuvre « employable » ; fabriquer l’ « homme néolibéral » ; écraser la capacité de résistance des enseignants et personnels de l’Education nationale. Cette stratégie néolibérale doit trouver en face d’elle une opposition résolue sur chacun de ces points, dans la perspective du système éducatif pour un socialisme du XXIe siècle.

 

  Sommaire  

LES VISEES NEOLIBERALES SUR L’EDUCATION

Le système public éducatif, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, peine de plus en plus à remplir sa mission. On constate partout une dégradation des moyens qui lui sont accordés : réduction des effectifs enseignants titulaires par le non-remplacement des départs en retraite ; substitution d’emplois stables par des enseignants précaires ou non titulaires ; augmentation du nombre d’élèves par classe ; réapparition de l’apprentissage à 14 ans ; travail de nuit à 16 ans ; blocage des salaires du personnel ; développement des écoles privées ; droit d’entrée à l’école primaire dans certains pays ; privatisation d’éléments du système éducatif…

Comme ailleurs, en France l’efficacité du système éducatif public suscite les controverses : le niveau des élèves monte-t-il ou baisse-t-il ? Certains constats factuels peuvent être fait : baisse du niveau de français à l’entrée en 6e ; stagnation du nombre de bacheliers depuis le milieu des années 90 ; persistance d’un haut pourcentage d’échec scolaire ; fin de la progression régulière du niveau moyen des connaissances ; aggravation des difficultés pour les plus faibles ; augmentation des tensions, voire de la violence, entre les élèves et contre l’institution ou ses représentants ; sélection massive lors du premier cycle universitaire...

Concernant les élèves de 15 ans, la France a reculé de plusieurs rangs selon une enquête menée dans 57 pays (Programme international pour le suivi des acquis des élèves). La France se situe un peu en-dessous de la moyenne des 30 pays de l’OCDE. Pour les « compétences » des élèves de 10 ans (Progress in International Reading Literacy Study), la France est au 27e rang sur 40 pays.

Les fantaisies pédagogiques expérimentées ces trente dernières années n’y sont certainement pas pour rien, notamment celles qui ont visé à banaliser les établissements scolaires du primaire et les collèges en abandonnant leur fonction de transmission de savoirs et de formation du citoyen pour les transformer en « lieu de vie » ou de simple équipement de quartier.

Toutefois, on ne peut faire porter au système éducatif la responsabilité principale de ces difficultés. Ces dernières, pour l’essentiel, trouvent leur origine hors de l’école, dans le chômage et la précarité des parents et des jeunes. De multiples rideaux de fumée sont répandus pour occulter cette réalité et accréditer l’idée que les problèmes de l’école ne tiendraient plus à la « fracture sociale ». De faux débats sont alors mis en scène, du type : « l’école est-elle faite pour transmettre des connaissances ? » ; ou « est-ce l’enfant ou le maître qui doit être au centre de l’école ? ».

Tous les maux viendraient désormais de la « pensée 68 » : il faudrait donc restaurer l’autorité et les valeurs de l’effort, du travail, du mérite. Bien sûr, il est nécessaire que les élèves fassent des efforts et qu’ils travaillent, leur mérite devant être récompensé par la réussite scolaire, le diplôme et l’emploi qui en découle. Mais la situation devient explosive lorsqu’après avoir fourni tous ces efforts et travaillé d’arrache-pied, les jeunes à la sortie de l’institution éducative trouvent le chômage, la précarité, et pour les plus chanceux des emplois sous-estimant leurs diplômes. Les rappels à l’ « ordre », dans ce contexte, sont donc vains et témoignent d’un profond mépris de la population concernée.

Ce sont les visées néolibérales sur l’éducation qui démolissent le système éducatif. Elles peuvent être décrites en quatre objectifs : faire de l’éducation un marché rentable ; former une main d’œuvre « employable » ; fabriquer l’ « homme néolibéral » ; écraser la capacité de résistance des enseignants et personnels de l’Education nationale. Cette stratégie néolibérale doit trouver en face d’elle une opposition résolue sur chacun de ces points.

 I.- FAIRE DE L’EDUCATION UN MARCHE RENTABLE

Partout dans le monde, le service public de l’éducation est menacé par les politiques néolibérales. Il fait l’objet de tentatives de « réformes » identiques, dont le point commun est de vouloir transformer l’éducation en un marché rentable. Un ministre socialiste d’un gouvernement de gauche en France, Claude Allègre, a bien résumé sa pensée : « l’Ecole représente le plus grand marché du 21ème siècle ». En effet, il faut savoir que les pays de l’OCDE (les 30 pays parmi les plus riches de la planète) consacrent annuellement 1 000 milliards de dollars au financement de l’enseignement. Par comparaison, et pour ces mêmes pays, le chiffre d’affaires annuel de l’industrie automobiles est de 1 286 milliards de dollars… Le néolibéralisme – il n’existe aucune raison de s’en étonner - veut ainsi transposer au système public éducatif la logique capitaliste selon laquelle tout doit être ou devenir marchandise et donc se monnayer, s’échanger, se vendre selon les « lois » du marché.

« Le marché de l’enseignement » est d’ailleurs l’intitulé d’un rapport de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), publié dans le cadre des négociations sur la mise en œuvre de l’Accord général sur le commerce des services (AGCS). Cet accord considère que l’éducation ne doit plus être un droit assuré par un service public, mais un marché devant être ouvert à la concurrence. La commissaire européenne à l’éducation et à la culture confirme : « il faut rendre nos universités compétitives sur le marché mondial de l’enseignement supérieur. » Elle faisait écho à une déclaration du représentant de l’Union européenne auprès de l’OMC prétendant, en juin 2000, que « l’éducation et la santé sont mûres pour la libéralisation. »

La perspective n’est donc plus l’éducation pour tous, mais l’éducation pour ceux qui peuvent payer. Pour y parvenir, le but est d’ « élever progressivement le niveau de libéralisation du commerce des services », par « des séries de négociations successives qui auront lieu périodiquement ». L’OMC a d’ailleurs segmenté le « marché de l’éducation » en 5 secteurs :

  • secteur primaire (enseignement maternel et enseignement primaire) ;
  • secteur secondaire (enseignement secondaire du premier et du second cycle, enseignement technique, enseignement professionnel et enseignement à destination des handicapés) ;
  • secteur supérieur (enseignement technique et professionnel du troisième degré, enseignement universitaire) ;
  • secteur d’éducation des adultes (cours du jour ou du soir destinés aux adultes, éducation tout au long de la vie, « open university », cours d’alphabétisation, cours par correspondance, cours donnés par la radio ou la télévision) ;
  • secteur des autres services d’enseignement (toutes les autres activités d’enseignement qui ne peuvent pas être reprises dans les quatre premiers secteurs, y compris les cours particuliers à domicile).

La création du marché de l’enseignement prend plusieurs formes : la privatisation totale, par l’encouragement au développement de l’enseignement privé ; la privatisation partielle de sous-ensembles du système éducatif ; la décentralisation ; les nouvelles technologies de l’enseignement.

La privatisation totale du système éducatif est un objectif central des politiques néolibérales. Il se réalise de manière très inégale selon les pays et à l’intérieur de chaque pays selon les secteurs et consiste en avantages accordés à l’enseignement privé. Tout repose sur le fait que les parents, lorsqu’ils en ont les moyens, sont prêts à dépenser beaucoup d’argent en payant à leurs enfants des études dans les « bons » établissements, les « bonnes » filières et les « bonnes » classes. Ils considèrent que c’est un moyen de donner à leurs enfants toutes les chances d’obtenir un emploi stable et rémunérateur. Les familles disposant d’une certaine sécurité d’emploi et de revenus, sans être véritablement « à l’aise », fuient les quartiers et villes « sensibles » qui ont le recrutement scolaire le plus populaire. C’est chez ces parents – et pas seulement parmi les classes moyennes supérieures - que se trouvent les centaines de milliards d’euros qui peuvent alimenter le marché privé de l’enseignement.

La tactique utilisée pour faire émerger le marché de l’éducation est simple : c’est celle qui a déjà été appliquée avec succès aux autres services publics pour les démanteler. On coupe les crédits, on organise la pénurie et le désordre, on laisse la violence s’installer dans les établissements. On suscite ainsi la protestation des usagers qui se tournent alors vers des solutions individuelles dans le secteur privé. L’OCDE explique d’ailleurs tout cela très bien, avec le plus parfait cynisme : « Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement à l’école ou à la suppression de telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population » (source : Centre de développement de l’OCDE, Cahiers de politique économique, 2000, n° 13)…

D’une manière générale, les budgets consacrés à l’éducation restent stables dans les pays développés (à 5,1 % du PIB entre 1980 et 1997). En revanche, sur la même période, ils sont passés de 2,8 % à 2 % dans les pays les moins développés. Cette stabilité traduit cependant un affaiblissement des budgets pour les classes populaires et l’enseignement public. La priorité établie par l’Union européenne en matière d’ « économie de la connaissance » draine des budgets qui font défaut aux milieux modestes entrés dans le système éducatif par le processus de massification de l’enseignement. Pour maintenir le niveau de ces derniers, des moyens accrus sont nécessaires. De surcroit, à l’intérieur de ces budgets, ceux affectés à l’enseignement privé augmentent régulièrement.

Même si les sources statistiques sont incomplètes et souvent incohérentes, on estime à environ 20 % la part des dépenses privées dans le total mondial des dépenses éducatives. Mais la situation est très inégale selon les pays, et à l’intérieur même des pays selon les types et niveaux d’enseignement. Cela va de 40 % en Corée du Sud, à 2 % en Suède. En France, elles sont passé de 9 % en 1990 à 8 % en 1997. Dans notre pays, le secteur privé reste relativement stable dans le temps en termes de proportion d’élèves (en 2002, 17 % des élèves de la maternelle à la terminale), ces derniers étant issus des milieux les plus favorisés. En 1991, 78 % du financement d’un établissement privé sous contrat relevait de crédits publics, auxquels s’ajoutent, pour les établissements du second degré, la taxe professionnelle versée par les entreprises (0,5 Mds). La loi Bayrou a accéléré cette tendance.

Toutefois, le processus de marchandisation est bien plus varié que celui de la seule privatisation au sens capitalistique, cette dernière s’accompagne en effet de la privatisation partielle. C’est pourquoi il ne faut pas se laisser abuser par le seul aspect lié au régime juridique de la propriété. Même privatisée par morceaux, l’école reste du domaine public ; ce qui n’empêche nullement les orientations libérales de devenir dominantes sur le fonctionnement interne des établissements et du système dans son ensemble.

On peut essayer de se représenter ce que seraient, demain avec la privatisation de tout ce qui peut l’être, des établissements d’enseignement. C’est l’ensemble, la totalité, la finalité sociale, le but éthique auquel répond l’établissement qui ne représentera plus aucun intérêt. Ce qui intéressera les nouveaux propriétaires des sous-ensembles du système éducatif, ce sont juste les différentes fonctions techniques qu’on peut y découper pour en tirer un profit :

  • l’accueil
  • la sécurité (les « pions »)
  • la restauration
  • l’entretien des bâtiments et les petits travaux
  • le nettoyage
  • la gestion administrative et financière
  • l’animation ou l’enseignement
  • le soutien psychologique, social, médical...

Si on livre l’établissement d’enseignement à la privatisation par morceaux, sur la base d’appels d’offres, on aboutira à toute une série d’interventions en sous-traitance. Elles seront effectuées par des techniciens limités à leur tâche spécifique, réalisées dans l’urgence et dans le cadre d’emplois le plus souvent précaires. Elles seront basées sur des choix purement technicistes et économistes, là où nous avions une équipe, un collectif qui essayait de s’articuler de manière cohérente autour d’un objet commun, de penser la structure de travail globalement, dans une perspective humaine : servir des élèves…

Avec la privatisation partielle, pour conserver une cantine scolaire municipale, il faudra déjà pouvoir prouver, lors de l’appel d’offre, la rentabilité de la prestation. Finies les aides de la municipalité aux enfants des familles pauvres et les tarifs dégressifs en fonction des revenus des parents ! Et si la municipalité veut introduire dans son cahier des charges la traçabilité des aliments, connaître l’origine des viandes, ou interdire l’emploi d’aliments Organismes génétiquement modifiés (OGM), elle sera passible de poursuites judiciaires pour la raison que ces clauses, dans son appel d’offre, constituent autant d’ « obstacles non nécessaires au commerce », pour reprendre l’expression consacrée.

Une telle évolution signerait la fin de toute intervention politique et collective dans les domaines économiques et sociaux. Cela signifierait donc aussi la fin de la démocratie, car l’exercice par les élus de leur pouvoir deviendrait extrêmement limité par la privatisation généralisée ou partielle des services publics. Les élus ne serviraient plus à rien, ils seraient remplacés par le marché. Les villes deviendraient des marchandises, les unes en concurrence avec les autres, afin d’être « attractives ». Les élus ne seraient plus que des « agents commerciaux », une simple « force de vente », des voyageurs de commerce tentant de délocaliser les entreprises de la ville voisine pour les relocaliser chez eux.

Le troisième instrument de la marchandisation, après la privatisation totale et partielle, est la décentralisation du système éducatif.

Elle est un élément clé de ce processus de marchandisation, car elle permet le rapprochement « en douce » avec la sphère économique. Elle se traduit par des « partenariats », favorisant le développement d’identités propres aux établissements, créant les conditions de la concurrence entre eux. La gestion est alors copiée sur celle des entreprises privées, les ressources tendent également à se privatiser.

Dans ce cadre, le renforcement du pouvoir des chefs d’établissement vise à reporter sur le local des choix et décisions qui devraient relever de l’échelon national. Le désengagement de l’Etat est alors favorisé, l’autonomie des établissements ne servant qu’à la mise en concurrence entre établissements publics mais aussi avec le privé. C’est bien la mise en concurrence qui pousse à gérer l’entreprise publique comme une entreprise privée.

Les premiers bilans de ce mode de gestion et de l’autonomisation des établissements sont pourtant notoirement négatifs du point de vue de l’égalité scolaire. De fait, l’école accentue d’autant plus la ségrégation sociale que l’autonomie des établissements les expose de plus en plus aux pressions du local... L’autonomie du local, dans ce contexte, en l’absence de régulation politique, aggrave les inégalités. Une chose est sûre, la concurrence ne remplit pas la fonction de stimulation positive entre établissements qu’elle était censée remplir...

Le dernier facteur de marchandisation est l’explosion du marché des nouvelles technologies d’enseignement : le marché de l’enseignement supérieur « en ligne » (e-learning) ; le marché des logiciels éducatifs (2 305 en 1996 et 6 220 en 2000). C’est aussi la pénétration des marques à l’école, les publicités directes sur les murs des établissements, le financement de « projets » éducatifs sous logo explicite de la marque, des matériels éducatifs donnés gratuitement. Ces stratégies néolibérales ne suscitent que rarement la réprobation des enseignants, et très exceptionnellement celle des parents d’élèves…

 II.- FORMER UNE MAIN D’ŒUVRE « EMPLOYABLE »

La création d’un marché de l’éducation aussi vaste que possible impose de soumettre les contenus de formation du système public aux impératifs des entreprises privées, et notamment par la mise en œuvre du concept patronal d’ « employabilité ».

Le système public éducatif doit donc devenir dépendant non plus des orientations éducatives définies par le « centre » (le ministère de l’Education nationale), mais des demandes des usagers-clients. Ces derniers se distinguent en deux catégories : les clients directs (ceux qui achètent des services d’éducation) ; et les clients indirects (les entreprises qui bénéficient d’une main d’œuvre formée à leurs besoins).

L’adaptation aux besoins immédiats du marché ne va concerner que les lycées techniques et l’enseignement supérieur. Le principe de l’adaptation des formations et des diplômes aux besoins de l’économie n’est pas contestable sur le plan des principes. De tout temps, pour ne prendre que cet exemple, les anciens « collèges d’enseignement technique » (CET), qui préparaient au certificat d’aptitude professionnelle (CAP), définissaient les formations en liaison entre les syndicats, les employeurs et les enseignants à l’échelon du bassin d’emploi. Les formations, en effet, ne peuvent méconnaitre la réalité des débouchés offerts aux élèves.

Mais avec la marchandisation du système public éducatif, c’est la formation des citoyens qui est abandonnée au profit d’adaptations qualifiantes de très court terme. On peut ainsi avoir l’illusion de répondre aux besoins des entreprises, mais on ne prépare pas l’avenir de la nation en se limitant à des ajustements de court terme.

Le système éducatif va donc être poussé à se concentrer sur sa principale fonction qui est de fournir aux entreprises les « ressources humaines » dont elles ont besoin, particulièrement dans une « économie de la connaissance » dont les performances dépendent du niveau de formation de la population. Comme l’indique la Commission européenne en 1995, « l’éducation est un service rendu à l’économie » ! Elle doit être « ouverte » sur la « vraie vie » - celle de l’entreprise - et organiser des partenariats et des « processus de coéducation » avec cette dernière. Le meilleur résumé de ces politiques est probablement la « réforme » imposée par Silvio Berlusconi en Italie : les « trois I » (Inglese, Internet, Impresa), pour anglais, Internet, entreprise, qui va de l’école élémentaire à l’université.

En janvier 1989, la Table ronde européenne des industriels (ERT), puissant groupe de pression patronal auprès de la Commission européenne a publié un rapport intitulé Education et compétence en Europe. Elle y affirme que « l’éducation et la formation [...] sont considérées comme des investissements stratégiques vitaux pour la réussite future de l’entreprise ». Elle déplore que « l’enseignement et la formation [soient] toujours considérés par les gouvernements et les décideurs comme une affaire intérieure. [...] L’industrie n’a qu’une très faible influence sur les programmes enseignés ». depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts…

Le fait de considérer désormais certains établissements scolaires « comme des entreprises » soumises au même type de gestion, va grandement faciliter la tâche. Une seule « valeur » doit devenir dominante : l’adaptation à la demande supposée du marché. En effet, dès lors que le système éducatif est conçu et fonctionne comme une entreprise décentralisée répondant à une clientèle, c’est cette dernière qui va influencer l’offre éducative, hors de toute notion d’intérêt général. Le système éducatif devient alors une agence de services, chargée de satisfaire des consommateurs faisant valoir leurs intérêts particuliers.

De plus, pour compenser les restrictions orchestrées des crédits, les établissements d’enseignement vont chercher à s’autofinancer, s’adaptant ainsi aux modes de fonctionnement des entreprises, et modifiant les contenus des formations pour répondre aux besoins du marché.

Alors que depuis la Révolution française l’éducation a été érigée en un droit fondamental, mis en œuvre ensuite par un service public, elle est peu à peu transformée en filiale du patronat pour répondre à des besoins mal définis et de très court terme. Il est impossible, dans ces conditions, de développer une vision de long terme et de définir les besoins en qualification de la nation. Tout est mis à l’envers : au lieu de définir les objectifs de développement économique et les qualifications qui en résultent, c’est la marche au hasard du marché qui détermine les qualifications.

Ce qui est en jeu, c’est la « massification » de l’enseignement des années d’après-guerre (l’école pour tous), que les politiques néolibérales veulent mettre en cause. Dans tous les pays européens, le même type de logique se déploie : une tendance à en finir avec un enseignement « unique » jusqu’à 16 ans, pour se limiter à 14 ans (Italie, Espagne, Grande-Bretagne, France, Allemagne..). Pourtant, toutes les études conduites avec sérieux montrent que les performances moyennes et l’équité du système éducatif sont directement liées à l’âge final de la scolarité. C’est une régression intellectuelle, morale et politique sans précédent, que de considérer que le destin d’un enfant est joué à 12 ans. Depuis plus de quarante ans, toutes les études montrent que la réussite scolaire dépend largement de l’origine sociale des élèves. En 1999, 86 % des enfants de cadres sont entrés en troisième générale contre 56 % des enfants d’ouvriers.

C’est là qu’intervient la notion d’ « employabilité », qui va bien au-delà de la seule qualification professionnelle. Le terme apparaît dans les « lignes directrices pour l’emploi » depuis la mise en place en 1997 du « processus de Luxembourg » qui exige de chaque Etat membre de l’Union européenne qu’il soumette un « Plan national pour l’emploi » indiquant les mesures de lutte prévues contre le chômage et l’exclusion sociale. Les lignes directrices pour l’emploi sont divisées en quatre « piliers » : l’employabilité, la promotion de l’entrepreneuriat, l’adaptabilité des entreprises et des employés, l’égalité des chances entre hommes et femmes. On trouve cette notion chez les promoteurs de la « Troisième Voie » anglo-saxonne (Giddens/Blair).

La première version de l’ « employabilité » est à dominante médicale et médico-sociale. « Employability » signifiait à l’origine « aptitude à l’emploi », le terme désignait, dans les années 50 aux Etats-Unis, les exigences et les apports d’une activité et d’une insertion professionnelles pour un patient frappé d’un handicap physique, mental ou social. Il portait sur la possibilité de construire des itinéraires d’adaptation ou de réadaptation pour des catégories de population affectées de pathologies identifiables : cardiaques, épileptiques, sourds, schizophrènes…

Dès les débuts du XXe siècle en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis lors de la crise des années 30, le terme servait à classer la population en employables, qu’il s’agit de mettre au travail par des politiques de régularisation de l’emploi, et inemployables, population relevant de la charité publique.

L’employabilité, aujourd’hui pour le patronat, c’est :

  • la capacité d’être et de demeurer actif dans un cycle de vie fragmenté et imprévisible
  • un individu qu’il s’agit de mobiliser en renforçant ses capacités d’activité par l’apprentissage « tout au long de la vie »
  • la capacité d’être actif et de se relancer constamment dans une dynamique de mise en projet et non plus simplement l’aptitude à l’emploi
  • la gestion des « capitaux » dont sont dotés les individus et qu’ils peuvent mobiliser pour mener à bien leurs projets sur un marché concurrentiel
  • se constituer en entrepreneurs de sa propre vie
  • un « capital humain » qui intègre autant la santé (le « capital santé ») que la formation, et toutes les compétences personnelles et professionnelles qui doivent être gérées pour être rendues transférables, c’est-à-dire valorisables en-dehors d’une entreprise donnée
  • un « patrimoine » (ou un « portefeuille » de capitaux) dont dispose chaque individu et dont il a la responsabilité
  • la capacité d’un salarié à conserver ou obtenir un emploi, dans sa fonction ou dans une autre fonction, à son niveau hiérarchique ou à un autre niveau
  • (re)mobiliser les individus dans leurs parcours d’insertion professionnelle, sous l’angle de l’ « activation du marché du travail » et de la maîtrise des « transitions professionnelles ».

Bien entendu, les partisans de l’ « employabilité » n’évoquent jamais la sort des « inemployables ». Le mot lui-même est tabou. Que faire de ceux qui ne parviendront pas à réunir tous ces critères ? En vérité, c’est pour eux que sont envisagés les différents systèmes de « revenu universel ». L’ « employabilité » va donc accorder une plus grande place à l’individu, ce dernier étant concerné par son propre degré d’employabilité dont il doit partager le constant souci.

Le rôle de l’Etat, et par conséquent du système éducatif, sera de fournir les outils de l’employabilité aux individus, ou d’aider ceux-ci à les acquérir, en amont du marché du travail. L’ « employabilité » est une pièce majeure de la rhétorique réactionnaire associée au projet de destruction de l’Etat social. Les promoteurs d’un « Etat social actif » veulent transformer les individus, de bénéficiaires supposés « passifs » de la protection sociale, en sujets « actifs » de leur trajectoire de vie, disposant de ressources (leur « employabilité », leur « capital humain ») permettant une réinsertion professionnelle au gré des transitions de carrière. Il s’agit d’aider les individus – au premier chef les bénéficiaires de prestations sociales – à mobiliser leur potentiel d’action afin qu’ils puissent réduire leur « dépendance » aux aides sociales.

En réalité, la fabrication d’individus « employables » interdit la poursuite de l’éducation pour tous. Une grosse minorité, venant des enfants des classes moyennes et supérieures, recevra les formations longues. Quant à la majorité des élèves, issue des classes populaires, elle terminera sa scolarité à 14 ans. Un rapport de la Commission européenne, en 1997, le disait très bien, là encore avec le plus total cynisme : « La demande réelle à laquelle est confronté le système éducatif est donc de jouer un rôle de filtre pour hiérarchiser les talents ».

Concernant les chômeurs, le concept d’ « employabilité » présente pour le patronat et l’idéologie néolibérale l’avantage non négligeable d’attirer l’attention sur « l’être » des chômeurs et leur « psychisme ». Il retourne ainsi contre eux la responsabilité de leur privation d’emploi et distrait le public en l’invitant à ne pas trop se mêler des grandes orientations de la politique économique.

L’ « employabilité » va contribuer à bâtir l’ « homme de marché ».

 III.- FABRIQUER L’ « HOMME NEOLIBERAL »

Dans le modèle de civilisation néolibéral, la liberté de l’individu se confond avec celle de l’entreprise. L’individu lui-même devient une entreprise. Il doit donc, lui aussi, s’épanouir dans la compétition et dans une concurrence à l’autre généralisée. Dès lors, se réaliser c’est consommer, toujours plus, devenir toujours plus un super consommateur qui doit jouir le plus possible et le plus rapidement possible. « Chacun pour soi » devient « tous pareils ». Cela implique la fin du particulier, du singulier, qu’il soit individuel ou collectif : même consommation, même culture, même langue – l’anglais -, même politique – la pensée unique -, un seul et même standard. Les différences éthiques, sociales, politiques, nationales, environnementales, culturelles, ne seront plus qu’autant d’entraves au commerce.

La marchandisation du service public d’éducation doit servir cet objectif, elle doit contribuer à former des esprits uniquement tournés vers l’efficacité économique et la rentabilité financière. L’ensemble de l’organisation sociale doit être conforme à l’essence supposée de l’homo oeconomicus, l’individu doit être réduit à sa valeur d’échange. Il doit donc se vendre sur le « marché » du travail pour espérer satisfaire ses besoins personnels.

La marchandisation du système public de l’éducation entraine la dépolitisation de la question éducative. S’il existe des détenteurs de biens (les savoirs), et des demandeurs solvables de ces biens (les entreprises), alors l’échange pourra se faire. Nul besoin dans ces conditions de discuter pour décider s’il faut enseigner les mathématiques, les arts plastiques, plutôt que la littérature ou la philosophie : la demande marchande règlera la question.

La stratégie néolibérale de marchandisation ne s’arrête donc pas aux seules questions de structure, de propriété, de gestion et de financement : elle modifie les contenus de l’éducation eux-mêmes. Il s’agit même d’un bouleversement et d’une mutation des contenus de l’éducation. L’accent mis sur la professionnalisation des programmes se traduit par une diminution de la place de la formation générale.

Il semble que l’expérience désastreuse des Masters of Business Administration (MBA) délivrés par les écoles de commerce américaines n‘ait pas été retenue en France. Beaucoup de jeunes gens passés par ces laminoirs de l’esprit, gavés de techniques, méthodes et autres procédures spécialisées, son devenus des clones désormais souvent rejetés par les entreprises. La complexité du monde, loin de nécessiter d’étroites compétences spécialisées, demande de la culture, du sens politique, une connaissance de l’histoire. Les incultes sortants avec leur MBA en poche sont incapables d’avoir cette profondeur, les différentes crises éthiques et financières américaines ne sont d’ailleurs pas étrangères aux lacunes de ces formations.

La marchandisation de l’éducation met gravement en cause la nécessité de l’éducation comme entrée dans la culture. L’idée se développe que l’école « fait trop de culture », ou « trop de théorie », que les savoirs liés à des œuvres humaines considérées comme importantes dans le passé sont de moins en moins utiles. Ainsi dominera inévitablement une atténuation, voire une suppression de toute formation d’une pensée critique. Les recommandations européennes vont d’ailleurs dans ce sens. C’est ainsi que le Conseil européen de Lisbonne a défini les « compétences sociales » : la « confiance en soi, l’indépendance, l’aptitude à prendre des risques et les compétences relatives à l’esprit d’entreprise ». Le document de synthèse sur les objectifs de l’enseignement précise : « les écoles devraient également exploiter les contacts qu’elles entretiennent avec les entreprises de leur environnement direct dans le but de présenter des entreprises performantes comme modèles dans le cadre de leur cours d’éducation civique »…

Ce sont donc bien les formes d’enseignement et les contenus éducatifs qui sont visés. Ainsi, après formatage, l’ « homme de marché » doit être capable de :

  • se mettre soi-même en projet
  • être un sujet actif et compétitif, plutôt que passif et dépendant, aspirant à l’autonomie et à l’accomplissement personnel dans son activité
  • se constituer soi-même en entreprise à développer, faire croître et fructifier
  • devenir l’entrepreneur de sa propre vie
  • « réaliser son potentiel » dans des « carrefours d’opportunités »
  • devenir une « forme entreprise » qui le mobilise, reposant sur un ensemble de règles de vie comme l’énergie, l’initiative, l’ambition ou le dynamisme, généralisée à toutes les facettes de sa conduite et toutes les sphères de son existence
  • être prudent, de calculer « à propos de lui-même et travailler sur lui-même en vue de s’améliorer lui-même »
  • interpréter sa destinée comme relevant de sa responsabilité propre, prendre des risques pour mener à bien son « projet d’identité », mais des risques mesurés, susceptibles d’augmenter sa valeur marchande
  • se considérer soi-même comme un ensemble de capitaux que l’on peut gérer au gré de ses projets
  • calculer ses investissements existentiels pour ménager ses capitaux : ressources financières, gérer sa santé qui devient un capital précieux, mais également son réseau relationnel, ses aptitudes cognitives et comportementales, ses ressources affectives et émotionnelles
  • assumer la fragilité de sa trajectoire de vie en multipliant les projets « excitants », facteurs d’autonomie et d’autoréalisation créatrice de soi
  • comprendre que la sécurité n’est plus attachée au statut, à la hiérarchie, à la bureaucratie, mais à la succession des projets, la réussite sur un projet permettant d’accéder à d’autres projets plus intéressants, chaque projet étant par définition différent, nouveau, innovant, se présentant comme une opportunité d’apprendre et d’enrichir ses compétences qui sont autant d’atouts pour trouver d’autres engagements
  • considérer sa vie tout entière comme une succession de projets pour laquelle il importe de se détacher de tout ancrage existentiel durable : statuts, titres, carrière planifiée, etc.
  • développer sa connaissance et sa maîtrise de lui-même, sous l’autorité d’ « experts de l’âme humaine »
  • se rendre désirable
  • être nomade et léger, froid et calculateur, rationnel et fonctionnant en réseau.

Pour fabriquer des individus actifs et non passifs, le rôle de l’Etat va consister à supporter leurs « capacités d’activation de soi ». Ces pratiques d’activation vont d’ailleurs étendre ce souci d’employabilité à toutes les étapes de la vie et à toutes les sphères de l’existence. L’entreprise de soi va régir jusqu’aux moindres aspects des activités individuelles. La vie tout entière sera conçue selon le modèle managérial comme une succession de projets, faisant éclater la distinction entre l’activité professionnelle et les autres formes d’activité. L’instabilité de l’emploi n’est plus un problème : c’est une solution. Plus rien n’échappe, en principe, à l’activation, prisonnière des politiques de « gouvernement des conduites » et des « techniques de soi ».

D’autant que ce qui rend le modèle de l’entreprise de soi attrayant, c’est l’intensification de l’expérience qu’il fait miroiter, dans la mobilité incessante et la multiplication des projets. Il se présente comme une offre de découverte de soi dans des expériences nouvelles, intenses, intensifiées. La figure du sujet entrepreneur, c’est à première vue le contraire de celle du sacrifice de sa vie dans un univers de travail abrutissant et aliénant.

Toutes ces élucubrations sur l’ « employabilité » et l’ « homme de marché » sont parfaitement utopiques. Le monde qu’elles décrivent est peuplé d’êtres exceptionnels : compétents, soucieux de se former sans relâche, adaptables, prudents, prenant en main leur destin, entreprenant leurs réorientations professionnelles sans jamais souffrir des ruptures de carrière.

Dans ce « profil », aucune place n’est réservée à la vie sociale, qui est pourtant le fondement de la vie en société. Tout est rapporté à l’individu, rien ne concerne l’intérêt général et l’engagement collectif.

 IV.- DETRUIRE LA CAPACITE D’ACTION COLLECTIVE DES ENSEIGNANTS

Les enseignants, encore très fortement syndiqués, sont en première ligne du combat pour défendre leurs intérêts propres, mais aussi pour le service public et contre la marchandisation. Ils représentent aussi de gros bataillons électoraux de la gauche. Ils ont, jusqu’à présent, empêché les politiques néolibérales de se déployer comme elles l’auraient voulu. Par exemple, les luttes ont permis d’obtenir de la Commission européenne qu’elle retire l’éducation des offres d’ouverture à la concurrence internationale dans le cadre du cycle actuel de négociation de l’Accord général sur le commerce des services. C’est pourquoi les forces néolibérales ont toujours rêvé d’écraser la capacité de lutte des enseignants et des personnels de l’Education nationale.

D’autant, pour le lobby patronal ERT, que les enseignants auraient « une compréhension insuffisante de l’environnement économique, des affaires et de la notion de profit ». Industrie et établissements d’enseignement devraient donc travailler « ensemble au développement de programmes d’enseignement », notamment grâce à « l’apprentissage à distance », « l’enseignement à distance » et la mise au point de « didacticiels » (logiciels d’apprentissage sur ordinateur).

Les politiques de mondialisation, mettant en avant la prééminence des rapports marchands et le retrait de l’État-providence, proposent un projet spécifique pour l’éducation qui constitue un enjeu stratégique pour le développement et la reproduction du capitalisme. La priorité, pour tous ceux qui refusent cette perspective, doit donc être la défense du service public national d’éducation pour empêcher que le savoir devienne une simple marchandise. Le service public doit mettre en œuvre les principes républicains qui ont fait leurs preuves : strict respect de la laïcité ; mise en œuvre de l’égalité ; apprentissage de la citoyenneté ; diffusion des savoirs ; efficacité du système.

Le strict respect de la laïcité doit s’entendre d’un double point de vue : celui des croyances religieuse et celui des croyances économiques. C’est, d’abord, le refus de tous signes religieux à l’école. C’est, ensuite, le refus des signes commerciaux et de la subordination de l’éducation aux besoins du marché. Les fonds privés ou de partenariats public-privé ne doivent pas financer les écoles.

Reste la question du financement public de l’école privée. A terme, ce financement doit cesser. Mais comme les gouvernements qui ont voulu s’attaquer au problème se sont tous cassé les dents, la prudence s’impose. Il faut créer un rapport de forces. Tout d’abord, les causes externes de la crise de l’école (chômage, précarité) doivent trouver une solution (voir plus haut et plus bas). L’école publique s’améliorera immédiatement, réduisant les flux vers l’enseignement privé. Ensuite, il faut avoir en mémoire que dans une décision du 23 novembre 1977, le Conseil constitutionnel a considéré que la liberté de l’enseignement faisait partie des principes fondamentaux de la République. Une réforme constitutionnelle n’est donc pas à exclure, pour permettre l’arrêt du financement public de l’école privée. Celle-ci doit être soumise à référendum. Au total, ce sont plusieurs années de préparation qui seront nécessaires.

La mise en œuvre de l’égalité nécessite de prendre différentes décisions :

  • gratuité effective
  • obligation scolaire jusqu’à 18 ans
  • intégration des handicapés
  • scolarisation des jeunes enfants dans le service public
  • intégration, à tous les niveaux de l’éducation, de tous les jeunes à besoins particuliers
  • refonte des aides sociales pour atteindre l’égalité des chances
  • un statut étudiant avec une allocation d’autonomie.

L’apprentissage de la citoyenneté passe par le développement du sens critique et une instruction civique réactivant les principes républicains. La diffusion des savoirs passe par des connaissances générales (histoire, géo…), et des compétences polytechniques de très haut niveau.

L’efficacité du système nécessite de prendre un soin particulier à son fonctionnement :

  • embauche massive de personnel et titularisation des agents non titulaires et précaires
  • augmentation des investissements publics dans l’éducation (au moins 7 % du PNB)
  • mesure de l’efficacité des établissements scolaires (les critères choisis doivent être définis collectivement par la communauté éducative et les parents d’élèves ; les résultats doivent être débattus ensuite entre tous) sans mettre en concurrence les établissements scolaires, ni publier de « palmarès » des meilleurs établissements. Il faut une émulation et de la qualité, mais se sont les établissements ayant les plus faibles résultats qui devraient obtenir le plus de moyens.

L’éducation est un bien public mondial et un droit humain inaliénable. Ce droit est essentiel pour l’accès à tous les autres droits, pour la construction de valeurs basées sur la solidarité, pour l’émancipation et la pratique de la citoyenneté. L’Etat et les politiques publiques doivent assurer à tous les moyens nécessaires à la réalisation et à la promotion de ces droits.

 V.- POLITIQUES EDUCATIVES POUR UN SOCIALISME DU XXIEME SIECLE

On doit à Condorcet des argumentations décisives contre la peine de mort, contre l’esclavage et la traite des Noirs, contre l’exclusion des femmes du droit de vote, ainsi qu’une théorie générale du suffrage et de ses paradoxes. Mais on lui doit aussi la théorie la plus complète de l’école républicaine. Pour la première fois, l’idée philosophique de l’institution scolaire est pensée dans sa relation avec la souveraineté populaire.

L’originalité de cette théorie est de montrer que la construction du corps politique républicain ne peut pas faire l’économie de la question du savoir dans sa relation singulière à chaque citoyen. Le concept d’instruction publique a pour fonction philosophique d’assurer l’articulation entre la souveraineté populaire et la légitimité des décisions qu’elle prend et qui l’obligent sans recours : comment un peuple peut-il se garantir contre ses propres erreurs ? Protéger les savoirs contre les pouvoirs, voir en chaque enfant un sujet rationnel, soustraire l’instruction publique aux volontés particulières et à l’utilité immédiate, telles sont quelques-unes des thèses majeures avancées par Condorcet dans les Cinq Mémoires sur l’instruction publique (1791) et dans le Rapport et projet de décret sur l’organisation générale de l’instruction publique (1792).

La volonté politique actuelle tend à « oublier » ces enjeux, et n’accorde plus dans les missions de l’école, la priorité à ses fonctions anthropologiques (former l’homme) et socio-politiques (former le citoyen). L’école de la IIIème République (Jules Ferry) a promu la laïcité, la gratuité, l’obligation d’instruction, la morale, lire, écrire, calculer... Mais une partie de ses enjeux étaient aussi l’unité du pays, une seule langue, le maintien des discriminations sociales, et donc les valeurs de la bourgeoisie au pouvoir, qui se promeut prioritairement par le rôle qu’elle dévolue à l’Ecole.

Pour pouvoir changer l’Ecole, il faudrait pouvoir redéfinir les enjeux liés à l’éducation aujourd’hui, au regard d’une conception politique et éducative claire, prenant en compte les avancées, les erreurs, mais aussi les caractéristiques des politiques d’éducation de ces dernières décennies

 

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William Sportisse, un témoin pour l’Histoire, Par Ghania Hammadou.

Publié le par Mahi Ahmed

 

William Sportisse, un témoin pour l’Histoire, Par Ghania Hammadou.

mardi 26 novembre 2013 par raina

FMM.

William Sportisse, un témoin pour l’Histoire

L’(auto)biographie peut-elle être une source pour l’Histoire…, qu’apporterait un récit individuel à cette discipline réputée impartiale ? Si les spécialistes ne se posent plus ces questions — il est admis aujourd’hui que les sources mémorielle orales ou écrites, les récits et témoignages biographiques sont de précieux outils pour la recherche historique —, cette reconnaissance n’a pas été facile. Avant que ces matériaux longtemps dépréciés par le milieu universitaire ne gagnent les titres de noblesse leur donnant droit de cité dans les travaux académiques, il leur a fallu acquérir une légitimité. En France, se sont les travaux de Jacques Le Goff qui leur fourniront ce sésame. L’historien a contribué à leur réhabilitation auprès de ses pairs, en expliquant l’importance « d’écrire une vraie biographie d’où se dégage au sein d’une société, d’une époque… un individu historiquement expliqué et qui, au milieu d’une partition commune, fait entendre sa note particulière, son style ».
Partir de la microhistoire d’un individu pour aller à la grande histoire, l’Histoire, c’est la démarche qu’investie Pierre-Jean Le Foll-Luciani, dans Le Camp des oliviers – Parcours d’un communiste algérien, livre d’entretiens avec William Sportisse.
Dans son introduction à l’ouvrage, né d’un projet de recherche sur « la petite minorité de juifs algériens » dans la lutte anticoloniale en Algérie, l’historien justifie le choix de sa méthode par l’incapacité des archives classiques (comptes rendus, correspondances, rapports militaires, administratifs, policiers, des Renseignements généraux, articles de presse…), aussi complètes soient-elles, de dire tous les aspects de l’Histoire. Le rôle du témoin, écrit-il en substance, sera de combler les manques des documents officiels, de remplir ces moments échappés à leur surveillance ; son récit, centré sur son itinéraire personnel, marqué par sa subjectivité, servira à éclairer son environnement, à saisir les tendances de son époque. Ainsi la grande « discipline dépassionnée » s’alimentera de la petite histoire d’un être de chair et de sang, de son parcours particulier ; elle se nourrira de son témoignage forcément fragmentaire, restitué par des souvenirs voués à faiblir ou pâlir avec le temps, dans tous les cas passé au crible d’une mémoire souvent sélective, donc imparfaite et subjective.
Le Camp des oliviers n’est pas à proprement parler une autobiographie classique, c’est-à-dire la relation littéraire du parcours d’un homme, de sa naissance au crépuscule de sa vie. Résultant d’une série d’entretiens entre un chercheur, Pierre-Jean Le Foll-Luciani, et un témoin, William Sportisse, le livre se présente comme une suite de questions et de réponses adossées à des événements, des faits marquants, des dates (1934, 1939, 1940, 1942, 1954, 1962, 1965…), qui, mis bout à bout telles les pièces d’un puzzle, épousent en la reconstituant la trajectoire de ce communiste, juif algérien ayant choisi la cause anticoloniale. Ces repères arriment le destin individuel de cet homme à la grande histoire collective et lui donnent valeur d’exemple, parce que, écrit Le Foll-Luchiani, « situé au cœur des tensions et des failles de l’Algérie (post)coloniale », et que derrière lui se profilent des histoires plus complexes : celle du communisme algérien, de la guerre de Libération nationale, du nationalisme algérien, du FLN, du colonialisme français, des juifs algériens dans la lutte anticoloniale…
Pour le lecteur algérien curieux d’une histoire nationale débarrassée des œillères partisanes sectaires, le témoignage de Sportisse vaut pour l’éclairage qu’il apporte sur l’action, les orientations, les rapports de son parti, le PCA, puis de son héritier le PAGS, avec le mouvement nationaliste et les divers partis qui s’en réclament, mais également ses positionnements successifs sur la question de l’indépendance nationale, autrement dit le projet de libération nationale de l’Algérie.

Sur plus de 300 pages, le chercheur guide méthodiquement son témoin sur les chemins tortueux de la mémoire, l’aiguillonne, l’encourage, le bouscule parfois, le relance sur des pistes de souvenirs oubliés. Ses questions documentées prouvent sa maitrise du sujet — sans fioritures, elles peuvent parfois sembler trop abruptes, dans tous les cas, elles vont droit au but. Conscient que tout ce qui va lui être raconté peut ne pas être conforme à la vérité — la mémoire a ses failles et le rapporteur sa propre vérité —, il avertit le lecteur : le narrateur dont on entend la voix ici assume sa subjectivité ; mieux, il la revendique : c’est un militant attaché aux fondamentaux marxistes-léninistes de son organisation dont il défend « la ligne ». On l’aura compris, William Sportisse n’est pas l’homme des reniements ! Avec lui, pas de remise en cause de l’historiographie communiste, de ses mythes, aucun dépassement de l’analyse de l’appareil du parti, bref pas de révélations iconoclastes bousculant la version officielle de l’histoire du communisme algérien. Seulement l’éclairage personnel plus ou moins détaillé d’un homme fidèle à ses convictions de jeunesse, portant la marque d’une époque — la sienne —, quand le communisme portait encore en lui des rêves d’émancipation et de lendemains qui chantent, l’époque où il jouait un rôle politique de premier plan, (1923-1994), déjà largement explorée par la concurrence mémorielle. Pas de lyrisme non plus dans le ton de la confession, les phrases, concises et froides, laissent peu de place à l’émotion. Tout le récit rétrospectif sur sa traversée du siècle au sein de son parti, sur son propre positionnement politique, sur les compagnons qui ont partagé ses luttes, ses rapports avec ceux et celles croisés sur sa route, le courage des hommes et femmes qui ont osé défier l’ordre colonial et écrit l’épopée de la guerre de Libération nationale, manque de souffle. Disposition naturelle du narrateur à la sobriété ou embarras devant le sujet…, qu’importe ! Est-ce bien d’enthousiasme que l’on attend d’un témoin de l’Histoire ?
Au premier contact, Le Foll-Luciani constate la gêne de Sportisse devant son approche, jugée « identitaire » parce que isolant les militants anticolonialistes juifs algériens des militants anticolonialistes musulmans algériens. Le vieux communiste conteste, comme par le passé, qu’on le considère comme une curiosité, « un phénomène ». C’est un être libre qui refuse de se plier, hier comme aujourd’hui, à l’assignation identitaire imposé d’abord par le colonialisme, puis par le nationalisme idéologique du FLN plus tard.
Toute remémoration est un processus douloureux, fastidieux. Ici, il faut revenir 70 ans en arrière, remonter le cours d’une histoire mouvementée… D’où des réponses parfois laconiques, parfois confuses ou obscures — les longs commentaires de l’historien remplissent alors les silences, les absences du militant.
William naît en 1923 à Constantine dans le quartier européen de Saint-Jean, connu pour être antijuif. La ville comptait alors une des plus fortes communautés juives d’Algérie — 12 000 israélites indigènes naturalisés français. La famille est pratiquante, les parents parlent arabe entre eux et les enfants passent de l’une à l’autre des langues sans difficulté. L’enfant reçoit une éducation religieuse jusqu’à 12 ans ; il prendra ses distances avec la religion à mesure que s’affermira sa conscience politique et idéologique. En 1930, la famille emménage dans un appartement, édifié dans un nouveau quartier construit au lieudit le Camp des oliviers (Djenen el Zitoun en arabe). Elle y restera jusqu’à l’indépendance. Dans ce quartier, où vit une minorité de musulmans, William a le souvenir que les relations entre les communautés, « sans être très étroites entre tout le monde », étaient « moins conflictuelles qu’ailleurs », mais que, « s’il existait des relations de bons voisinages, il y avait aussi des relations plus étroites notamment entre juifs et musulmans ».
Tout semblait le destiner à ses engagements communistes. D’abord son milieux social : une modeste famille juive attachée à sa culture judéo-arabe en dépit du décret Crémieux censé la franciser, puis, à l’intérieur de cette famille, ses grands frères — Lucien et Bernard — très tôt engagés dans le Parti communiste, à une époque où le PC algérien était une « région » du PC français. L’aîné, Lucien l’instituteur, est le pionnier — il deviendra un important responsable du parti pour le Constantinois — et un exemple pour le dernier-né de la famille. Révoqué par l’administration coloniale, poursuivi, battu, plusieurs fois condamné pour ses activités auprès des ouvriers agricoles et chômeurs, en majorité des musulmans, il sera lâchement abattu en 1944 à Lyon par des agents français de la Gestapo. Un des assassins, membre du PPF, un parti collaborationniste, activiste de la ligue antibolchevique, antisémite, s’était vanté de lui avoir tiré dans le dos, un autre avait déclaré : « Il y a x mois que je le piste, c’est un juif algérien qui était chef de la totalité des services de presse communiste […]. Ça c’est une bonne prise ! » Un chapitre est consacré à l’action de Lucien Sportisse, enterré à Lyon dans le carré des « morts pour la France ». « Mort pour la France, Lucien Sportisse ? », interroge J.-P. Le Foll ? « Falsification, réplique William, Mon frère est mort pour une cause : la lutte antifasciste ! »
La montée du fascisme et du racisme au milieu des années 30 posent leurs empreintes sur la société algérienne. Les éléments les plus réactionnaires de l’Algérie coloniale vont dresser les communautés musulmanes, juives et européennes les unes contre les autres. Enfant, William est témoin des descentes de polices dans l’appartement familial à la recherche de documents compromettant Lucien, d’agressions racistes et d’affrontements intercommunautaires. Il a 10 ans lorsque Constantine s’enflamme. Souvenir brûlant : 25 morts dans la population juive, 3 parmi les agresseurs — des pauvres « arabes » musulmans chauffés à blanc contre les juifs par des Européens fascistes, c’est du moins ce que dit la version officielle du PCF ; Car les communistes locaux ne sont pas tous d’accord avec l’analyse des événements faite par la direction de Paris. Lucien est parmi ceux qui font une autre lecture de ces émeutes. Il l’écrit dans un compte rendu de sa rencontre avec des communistes français : « On me demandait une relation détaillée, heure par heure, des événements, ce qui m’était matériellement impossible…, je suis revenu le lendemain avec un rapport assez bref soulignant les faits […] qui mettaient en évidence la provocation antijuive. Je me suis heurté à une conception radicalement différente de la nôtre. L’aspect pogromiste apparaissait comme un facteur d’importance secondaire. L’essentiel, c’était le rassemblement massif de 30 000 paysans à Constantine. » Le PCF ne voyait pas encore la vague antisémite se lever à l’horizon qui décimera les juifs d’Europe. Et s’il ne s’est rien produit à Djenan el Zitoun, rappelle William, « c’est précisément parce que les musulmans de notre quartier ont protégé les juifs ». La famille n’en sortira cependant pas indemne : un cousin maternel périt dans les affrontements et sa mère abandonne le costume traditionnel du pays de peur d’être identifiée comme juive.
Ces événements marqueront à jamais son esprit ; ils accélèrent sa maturation politique, la conscience de classe prend le dessus sur la conscience confessionnelle et ethnique. Bientôt, c’est en termes de classes sociales que l’adolescent analyse le monde autour de lui.
Nous sommes en 1939. En août de cette année-là, l’URSS signe avec l’Allemagne nazie un pacte de non-agression. William Sportisse, 16 ans à peine, entame son engagement communiste. Au contraire de ses amis désorientés par ce traité, lui soutient la position soviétique. Ses arguments ? La version officielle de Moscou, reprise par l’ensemble des partis : l’Union Soviétique cherchait surtout à se défendre et à gagner du temps ; elle a choisi ce moyen pour « neutraliser pour une période l’ennemi hitlérien ». Son engagement se concrétise en juin 1940 par une adhésion au PCA, un parti interdit depuis septembre 1939 par le gouvernement Daladier — en même temps que le PCF, malgré le vote des crédits de guerre par les députés communistes, le 2 septembre, à ce même gouvernement.
L’esprit de Vichy régnant à Constantine, où l’abrogation du décret Crémieux vient de renvoyer la communauté juive à son statut d’origine, accélère le rapprochement avec la population musulmane. Le lycéen découvre les conditions de vie misérables des masses paysannes indigènes. Conscient des inégalités de la société coloniale, mais pris par le travail clandestin et sans grande culture politique, il n’a pas encore dans ses perspectives la libération nationale de son pays.
D’ailleurs, sur la question anticoloniale, le PC algérien lui aussi tâtonne, avance, recule. Sa stratégie encore largement dictée par la maison mère PCF fait d’abord silence sur la question coloniale et nationale, puis, suivant les nouvelles orientations du Komintern — abandon de la politique du Front populaire, dénonciation de « la guerre impérialiste » et revendication du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » —, appelle en novembre 1940 à « l’indépendance nationale de l’Algérie ». Un an plus tard, en août 41, après l’invasion de l’URSS par les troupes hitlériennes, la référence à cette « indépendance nationale » disparaît des textes, le voilà revenu aux vieux mots d’ordre !... La « lutte antifasciste » prend de nouveau le pas sur les revendications anticolonialistes.
Ces « inflexions de ligne », Sportisse ne les pas perçoit pas, « la priorité et les préoccupations de l’époque sont centrées, dit-il, sur la situation internationale et la lutte antifasciste » ; tout au plus se souvient-il de quelques « tracts appelant à l’indépendance nationale ».
S’il reconnaît la réceptivité tardive de son parti aux revendications indépendantistes et ses tergiversations sur la question coloniale — demander à un peuple opprimé de s’engager dans une guerre pour libérer le pays de ses oppresseurs était, admet-il, « une grosse faiblesse dans l’histoire du PCA », dont les conséquences seront la perte de terrain des communistes dans les milieux ouvriers et paysans algériens et l’influence grandissante des militants du Parti du Peuple Algérien (PPA) (clandestin lui aussi) auprès des couches déshéritées musulmanes… —, l’instant d’après, il modère sa critique. Un sophisme simpliste et grossier absout ainsi les orientations confuses du PCA : oui, « les nationalistes avaient sans doute raison de reprocher au PCA ne pas mettre l’accent sur le problème de l’indépendance » mais,… corrige-il aussitôt, « s’il n’y avait pas eu la défaite de l’hitlérisme, il n’y aurait pas eu le même affaiblissement des pays impérialistes. Les impérialistes allemands, italiens et japonais auraient pris la suite des Français, des Anglais et des Hollandais : au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’impérialisme français et l’impérialisme anglais se sont affaiblis, et ils ont été obligés de céder ». Résultat : « la lutte contre le fascisme et l’appel à l’effort de guerre ont donc contribué à la libération de l’Algérie » !
Mobilisé en avril 1943, il continue de subir les discriminations antijuives encore appliquées, après le débarquement américain, par le général Giraud, un ancien partisan du régime de Vichy. Confronté au racisme des officiers français, il est balloté, comme l’ensemble des mobilisés juifs d’Algérie, de caserne en caserne à travers l’Afrique : Casablanca, Dakar, Atar… Après un périple de neuf mois, il est affecté dans une unité combattante. Contrairement à la grande masse de juifs « animée par le sentiment patriotique, qui se sentant français, voulaient défendre la France », lui confesse plutôt des « sentiments antihitlériens ».
8 mai 1945 : la France en liesse fête sa libération. Sportisse est à Marseille, où il attend un bateau pour rentrer au pays. C’est là qu’il apprend que « quelque chose s’est passé » en Algérie ce jour-là. Peu d’information sur les événements : juste un tract du PCF dénonçant la répression coloniale et un camarade européen du lycée de Constantine, croisé par hasard, « se réjouissant des massacres ». Sans doute, le jeune démobilisé n’a-t-il pas lu l’édition du 9 mai du journal l’Humanité condamnant « des éléments troubles d’inspirations hitlériennes [qui] se sont livrés à Sétif à une agression à main armée contre la population célébrant la capitulation… » Emboîtant le pas au PCF, les communistes algériens accusent à leur tour les militants du PPA d’avoir comploté avec l’administration coloniale contre les masses algériennes. Ce à quoi les nationalistes répliquent que « le PCA glorifie l’assassinat » et qualifient ses militants « d’impérialo-communistes […] indignes de leurs camarades de Russie ! ». Sportisse qualifie de « sectaires » ces positions, des « graves » les accusations portées par le Parti à l’égard des nationalistes. Heureusement, ces tendances ont été « rapidement corrigées » avec le lancement à l’été 1945 d’une campagne pour l’amnistie des victimes de la répression à laquelle il participe activement dès son retour en septembre à Constantine.
Les historiens sont unanimes à situer les origines de la guerre d’Algérie dans les massacres du 8 mai 1945, à y voir le moment où les brèches creusées entre les deux communautés par un siècle d’occupation coloniale se sont mues en fractures fondamentales qui a scindé le pays en deux camps ennemis irréconciliables. Sportisse sent monter les haines et les peurs — : « Ils [les Européens] ont été encore plus gagnés par la propagande colonialiste. […] Dans mon quartier, j’ai perçu l’hostilité des Européens et même des juifs à l’égard des communistes parce que nous défendions les nationalistes algériens arrêtés. […] Pour eux, il fallait exterminer les Algériens. » Mais, contrairement à l’historienne Annie Rey-Goldzeiguer, il estime que les « passerelles » entre les différentes composantes de la population d’Algérie ne sont pas encore toutes écroulées.
Rentré à Constantine, il se retrouve, selon ses propres mots, « fonctionnaire de la révolution », c’est-à-dire permanent aux Jeunesses communistes. S’ouvre alors pour lui une période « passionnante » ; il noue de nouvelles relations et parcourt l’Algérie. Ce contact avec le pays profond lui fait découvrir l’étendue du sentiment national, et le recul électoral de son parti prendre conscience de la nécessité de s’intégrer au mouvement national algérien en voie de recomposition. Il est convaincu que ses résultats électoraux catastrophiques sont la conséquence de « l’abandon [des] principes marxistes-léninistes sur la question nationale et coloniale » […], des « principes qui demandent de soutenir non en paroles mais en fait tous mouvement d’émancipation dans les colonies, d’exiger l’expulsion des colonies des impérialistes de la métropole » et de laisser « au peuple opprimé et à lui seul […] le choix de définir l’opportunité ou non de se séparer de la métropole, en fonction de la situation politique ». Toutes choses qui, selon lui, « avaient été perdues de vue à partir de 1936, et plus encore après le débarquement anglo-américain en Algérie, lorsque le PCA a été reconstruit avec le soutien des dirigeants communistes français qui se trouvaient en Algérie ».
Dix ans après sa création en 1936, alors qu’il est encore majoritairement composé de militants européens, le PCA, défait par les urnes, reconnaît pour la première fois — après une sévère autocritique postélectorale — la nécessité de lier lutte anticapitaliste et lutte antifasciste à la lutte anticoloniale, s’il veut s’implanter durablement dans la masse des déshérités musulmans, les « indigènes » de l’ordre colonial…
Le temps d’une politique d’union avec les mouvements nationalistes est arrivé. Les deux options deviendront des constantes dans sa stratégie à venir.
L’Union de la jeunesse démocratique algérienne, l’UJDA, substitut aux Jeunesses communistes, est créée pour donner vie à la nouvelle orientation. Sportisse, qui y est promu secrétaire national, prend son poste à Alger. Toute son activité à venir sera tournée vers un cet objectif : élargir la base de l’UJDA en l’ouvrant aux jeunes des organisations « progressistes », « républicaines » ou « démocratiques », donc aux jeunesses nationalistes, à « travers des activités et des actions concrètes ». La synergie née de la rencontre des jeunes militants issus de courants politiques différents impulse le nouveau cadre. Alger, ville plus européenne que Constantine, lui ouvre un nouveau milieu ; il intègre un groupe de jeune ouvriers et étudiants algérois — Hamid Guerab, étudiant en médecine, Henri Alleg, Hamou Kraba — et fréquente avec ses nouveaux compagnons des quartiers algériens. A 23 ans, il est élu aux instances dirigeantes du parti : d’abord membre du Comité central en même temps que Ahmed Akkache, Ahmed Khellef et Henri Alleg, puis membre suppléant du Bureau politique.
Alors que les statuts de l’UJDA mettaient l’accent sur la lutte contre les inégalités, la misère, le racisme, sans insister sur le « système » colonial en lui-même, la Charte, élaborée par la direction d’Alger, discutée et amendée par les Cercles, adoptée par le congrès de juillet 1946, amorce une certaine « radicalisation anticolonialiste » — il y est question de « patrie algérienne », de réappropriation des terres, d’assemblée et de gouvernement algériens, de République démocratique algérienne, etc., ce qui correspond au changement de ligne opéré par le PCA.
Les actions communes les plus fréquentes entre communistes et nationalistes concernent la répression — l’arbitraire colonial frappant sans discernement dans tous les camps. Des comités de lutte se constituent, souvent à l’initiative des communistes, affirme Sportisse, qui signale les désaccords entre les partis sur les types de ripostes à apporter, ainsi que les réticences de la part du PPA-MTLD à s’unir avec eux.
Au contraire des rapports limités « à des échanges et discussions politiques » circonstancielles avec les militants de ce parti, dès lors qu’il aborde la question des liens personnels, Sportisse ne dissimule pas ses sympathies pour l’Association des oulémas, dont il déplore que l’on oublie trop souvent aujourd’hui « le rôle positif qu’elle a pu jouer dans de nombreux domaines ». Il évoque longuement les bonnes relations entretenues avec les responsables de l’Association des oulémas et de l’UDMA, se dit proche de Smaïl Bourghida, le secrétaire de la section et ami avec Cheikh Rédha Houhou, le secrétaire de l’Institut Ben Badis où il compte de nombreuses connaissances
Contradiction, les rapports distants d’un responsable communiste de l’après-guerre avec les membres du parti indépendantiste du plébéien Messali Hadj — l’anticolonialiste PPA-MTLD d’où sortiront les hommes du 1er Novembre ? Incohérence, ses liens privilégiés avec les cercles du réformiste religieux Cheikh Abdelhamid Ben Badis et de l’UDMA du bourgeois Ferhat Abbas — formations nationalistes réformistes, assimilationnistes jusqu’à l’après-guerre, tardivement acquises à l’idée d’indépendance nationale ? Ces quelques ambigüités méritaient d’être relevées…
C’est dans la capitale hongroise où il s’occupe depuis novembre 1953 d’une émission de radio clandestine en langue arabe, « La Voix de l’indépendance et de la paix », qui apporte son soutien aux luttes armées du Maghreb, que Sportisse apprend « sans surprise », dit-il, le déclenchement de l’insurrection armée. « Je n’ignore pas que le mouvement a été lancé par des militants nationalistes, qu’il ne s’agissait pas d’actes individuels. » La déclaration du 1er Novembre 1954 est lue sur les ondes de la station. Sous la pression du gouvernement français, la Hongrie décide de l’arrêt des émissions. Il regagne son pays en décembre 1955. Traqué par la police coloniale dès son arrivée, il plonge dans la clandestinité, d’où il ne sortira qu’en 1962 ! Interdit depuis octobre 1955, le PCA a peu de moyen, Sportisse ne peut compter que sur ses talents d’organisateur pour suppléer la défaillance de la logistique du Parti. Les conditions offertes par sa ville natale sont meilleures que celles d’Alger ; c’est là qu’il a le plus de moyens pour passer à travers les mailles des filets. Mais avant de s’y replier, il va mettre en contact le jeune appelé Henri Maillot, qui envisage de déserter avec une cargaison d’armes destinée aux Combattants de la libération, avec la direction du PCA.
A Constantine, Sportisse court de planque en planque, toujours en éveil, toujours sur le pied de guerre, mettant à contribution la famille, frère, sœurs, beaux-frères, des camarades ayant échappé au fichage policier, à l’expulsion vers la métropole, à l’internement, des sympathisants juifs, arabes, européens. Sa tâche consiste à organiser, recruter, « se relier » au FLN-ALN pour soutenir la lutte armée. Avant l’été 56, se souvient-il, le PCA avait organisé ses propres actions dans ses propres maquis — les Combattants pour la libération — en dehors de ceux du FLN. Par la suite, pour unifier les rangs des combattants indépendantistes, le PCA décida de rallier les troupes combattantes du FLN. Les tendances hégémonistes et anticommunistes de ce dernier continueront à se manifester avec violence dans les maquis de l’ALN, même après l’accord sur l’adhésion individuelle des communistes au « Front » signé entre Hadj Ali et Hadjères pour le PCA, et Abane Ramdane et Ben Khedda pour le FLN. Toutefois, à la base, raconte-t-il, les choses se passent différemment, « les rapports étaient bons », « la lutte était commune [avec le FLN] parce que dirigée contre un ennemi principal, le colonialisme français, qui empêche toute réalisation en faveur de notre peuple »
L’indépendance venue, quand Sportisse quitte l’ombre où la clandestinité l’a jeté pour la lumière, l’Algérie a fait un bond vers l’inconnu. Un conflit éclate à l’été 62 entre des frères d’armes unis hier dans un même combat : les militaires de l’état-major général de l’ALN des frontières dirigé par Boumediene et les civils du GPRA, dont l’enjeu est la prise de pouvoir. Dégénérant en engagement armé entre les factions rivales, il faillit mettre le feu au pays. L’Armée, sortie victorieuse de l’affrontement, intronise Ben Bella. Sous-estimation chez Sportisse des effets de ce premier coup de force militaire ? Quoi qu’il en soit, il élude cet épisode dont les conséquences sur la situation politique de l’Algérie se vérifient encore aujourd’hui ; il ne nous apprendra rien non plus de la position du PCA sur le conflit, ni sur son issue : la prise de pouvoir par les militaires. Il s’attache plutôt à évoquer « l’ambiance de joie » régnant dans le pays, les salles combles des meetings du Parti revenu à la légalité, les adhésions qui grossissent, la course vers les biens laissés vacants par les Européens…
La liesse du 5 juillet retombée, le 29 novembre 62, le Bureau politique du FLN interdit le PCA, sans que l’Assemblée constituante, présidée par Ferhat Abbas, réagisse, à « l’exception de Hocine Aït Ahmed (…) qui s’y est opposé ouvertement » en déclarant « un parti fort et organisé qui jouit de la confiance du peuple n’a nul besoin de dissoudre un autre parti (…). Je pense que la prééminence du parti FLN n’entraîne pas nécessairement l’unité ». Sportisse — il fait partie avec Hadj Ali de la délégation allée « dire son indignation » à l’Assemblée constituante —, s’irrite du silence des « anciens de l’UDMA », Ahmed Boumendjel et Ferhat Abbas, toujours présentés comme de « grands démocrates ».
Le Parti, plongé de nouveau dans une semi-clandestinité, n’en continue pas moins d’apporter un « soutien critique » au « populiste » Ben Bella. Privé de son organe central, El Houriya, il exprime ses positions à travers le quotidien Alger Républicain, enthousiasmé par les décrets sur l’autogestion. Sportisse, détaché en 1963 à la rédaction de ce journal, prend soin de préciser que celui-ci « n’était pas l’organe du Parti », mais qu’il « aidait à l’union des forces anti-impérialistes ». Il en donne pour preuve le fait qu’il mettait « davantage en avant les positions du FLN et les projets du gouvernement que ceux du PCA… ».
Le coup d’Etat du 19 juin 1965 du colonel Boumediene enterre l’accord de fusion, déjà signé, d’Alger Républicain avec Le Peuple, publication du FLN — le mariage devait donner naissance à un nouvel organe du FLN, El Moudjahid, dont le premier numéro était prévu pour le 5 juillet —, et signe le début de nouvelles persécutions anticommunistes.
Pour cause de leur refus d’approuver le coup d’Etat, des centaines de militants communistes et FLN sont arrêtés, torturés, incarcérés. Sportisse est du nombre. Lorsque il réapparaît en 1974, après un passage par la case prison et une assignation à résidence à Tiaret, le PCA a fait une mue spectaculaire. Devenu PAGS, Parti de l’avant-garde socialiste, une nouvelle génération de militants y occupent le devant de la scène, son attitude à l’égard du régime de Boumediene s’est assouplie : finie l’opposition frontale, retour au soutien critique.
De 1974 à 1988, les activités de Sportisse au sein du PAGS sont alors très restreintes ; il suppose que « la direction du parti n’a vraisemblablement pas jugé utile de [lui] confier des activités importante ». Il travaillera dans diverses entreprises nationales (SONATRAM, SNEMA) auxquelles il apporte son expertise de gestionnaire, jusqu’à sa retraite.
Lorsqu’il est revient aux affaires à la fin 1991 sollicité par Abdelhamid Benzine pour administrer le journal Alger Républicain, le PAGS, saigné dès son retour à la légalité en 89, considérablement affaibli par la chute du mur de Berlin et la dislocation de l’URSS est en lambeaux. Déchiré par des luttes sournoises entre des « courants » qui ne disent pas leur nom, il a fait place à l’issue du congrès de juin 90 à Etthadi, une formation vidée de ses principes communiste et de ses forces, au sein de laquelle les positions antagoniques s’affrontent sur la question de la participation aux élections, mais aussi et surtout sur celles des alliances et du rapport à l’islam et à l’islamisme montant dans la société algérienne. Sorti de sa retraite dans une conjoncture agitée, Sportisse prend le train en marche. La situation est compliquée, beaucoup d’éléments lui échappent…, d’où ses explications lapidaires sur les raisons des scissions et ruptures au sein PAGS, la version erronée des causes du départ de l’équipe de journalistes à l’origine de la relance, en 89, du journal Alger Républicain, accusée abusivement « d’avoir provoqué une crise afin de s’emparer du journal, qui était la propriété des communistes depuis 1946 ».
Décembre prochain, William Sportisse aura 90 ans. De mes rencontres avec lui, j’ai gardé le souvenir d’un petit homme réservé, discret, à la parole retenue. Il devenait pressant de recueillir sa parole — le temps n’attend personne ! Sa voix que l’on entend ici dans Le Camp des oliviers, comme celles de milliers d’hommes et femmes de sa génération qui ont, chacun à sa manière et avec leurs moyens, combattu l’horreur coloniale, me va pas tarder à s’éteindre ; c’est dans l’ordre des choses. Même avec ses faiblesses, ses lacunes, ses partis-pris, elle reste précieuse, irremplaçable… Par son truchement, c’est sa part du monde, sa part d’Algérie qu’il a bâtie pour nous, qu’il nous livre ici. Sachons l’écouter.
Ghania Hammadou.
Le Camp des oliviers – Parcours d’un communiste algérien », William Sportisse, entretiens avec Pierre-Jean Le Foll-Luciani. Edité en Algérie par les Editions El-Ijtihad, 2013. Edition originale en France aux Presses universitaires de Rennes

 

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LA NORMALISATION DE L'IRAN A qui profite-t-elle?

Publié le par Mahi Ahmed

LA NORMALISATION DE L'IRAN

A qui profite-t-elle?

Par Pr Chems Eddine CHITOUR - Jeudi 28 Novembre 2013 -

«Il ne faut plus changer de pansement mais penser le changement» Député français

Ça y est, l'Iran a signé un accord sur le nucléaire avec les 5 du Conseil de sécurité +1. Selon le côté d'où l'on observe cet accord, c'est soit une victoire qui a réussi à faire mettre un genou à terre en lui faisant abandonner toute velléité d'accès au nucléaire militaire, soit une victoire si l'on accorde au triomphalisme des Iraniens, qui disent avoir préservé leur capacité d'enrichissement, bien qu'accord n'en parle pas explicitement, soit tout le monde s'est trompé: Israël a raison, c'est un mauvais accord qui laisserait intacte la capacité de nuisance des Iraniens. C'est à se demander si les prétentions d'Ahmadinejad étaient tout autres? La bombe? Ou simplement un gigantesque malentendu que le doigté de Rohani a dissipé. Et pourtant, malgré toutes les privations qu'il a subies l'Iran a continué sa quête du savoir et de la technologie. Les «stratèges du FMI» qui sont allés scanner sans complaisance l'économie iranienne, il y a deux ans, n'ont pas dans leur rapport tari d'éloges sur la gouvernance iranienne. La dernière prouesse iranienne c'est la fabrication d'un drone avec un long rayon d'action, c'est peut-être un copier-coller du fameux drone américain espion intercepté, neutralisé et l'Iran, autrefois connue sous le nom de Perse, a donné naissance il y a 2500 ans au premier, ramené intact sur une base iranienne. Summum de la bataille technologique, malgré la cyberattaque par le suxnet virus américano-israélien pour freiner le programme d'enrichissement, on apprend que l'Iran a créé l'équivalent de Google, utilise ses satellites et toutes institutions sensibles sont connectées à l'intranet. Il y a donc matière à réétalonner les rapports avec ce pays.

L'Iran dans l'Histoire
Peu de personnes, surtout en Occident ont une perception réelle de la dimension historique de cet empire. Comme lu sur le site «Hérodote»: «L'Iran est un empire à vocation universelle. Depuis lors, les plateaux iraniens ont abrité des civilisations du plus extrême raffinement, qui n'ont rien à envier à l'Occident comme à l'Orient. À la différence de leurs voisins, les Iraniens ne souffrent d'aucune frustration à l'égard de l'Occident. Ils n'ont de «revanche» à prendre sur personne, sinon sur les trublions cupides qui ont tenté depuis la Seconde Guerre mondiale de s'approprier leurs réserves pétrolières..... Vaste comme trois fois la France (1,6 million de km2), l'Iran compte un peu plus d'habitants qu'elle (70 millions). Aujourd'hui comme au temps de Cyrus, le pays témoigne d'une très grande diversité de populations et de langues. Dans l'Antiquité domine le mazdéisme (de Mazda, Dieu, dans la langue perse), aussi appelé zoroastrisme VIIe siècle avant J.-C. Il prospère sous les Achéménides (les héritiers de Cyrus) et va survivre jusqu'à l'approche de l'an 1000 avant de s'effacer presque complètement face à la poussée de l'Islam. Le judaïsme est présent en Iran dès l'époque des Achéménides, Cyrus le Grand lui-même ayant accueilli des Hébreux après leur exil de Babylone! Le christianisme arrive en Iran dès les premiers siècles de notre ère. Aujourd'hui, victime de persécutions, il n'est plus guère représenté en Iran. L'Islam arrive quant à lui avec la conquête arabe, en 651, mais ne s'impose pas d'emblée. (...) le chiisme duodécimain. Le chiisme devient religion d'État sous la dynastie nationale des Safavides, au XVIe siècle. Depuis que Cyrus le Grand a rassemblé tous les peuples des plateaux iraniens sous son autorité et les a entraînés à la conquête de l'Orient, de la mer Égée à l'Indus, l'Iran n'a plus cessé de rayonner sur le monde environnant».(1) Voilà pour l'histoire.

Les détails de l'accord sur le nucléaire iranien
L'accord signé entre les sept pays négociateurs (Iran, Etats-Unis, Russie, Chine, France, Allemagne et Royaume-Uni) prévoit que la République islamique accepte de limiter son programme nucléaire, soupçonnée par Washington et ses alliés d'avoir des visées militaires, en échange d'un allègement des sanctions économiques. L'accord obtenu n'est que préliminaire et devra déboucher dans six mois sur un accord définitif. L'Iran s'est engagé à une profonde révision de son programme nucléaire et se soumettra à des inspections internationales plus poussées pendant six mois: cesser tout enrichissement d'uranium «à plus de 5% et de démanteler les processus techniques nécessaires pour enrichir à plus de 5%»;(2) neutraliser «son stock d'uranium enrichi à près de 20% en le diluant», arrêter la construction de toute nouvelle centrifugeuse à uranium. Le pays a cependant le droit de remplacer les centrifugeuses déjà existantes, interrompre les travaux menant à la mise en marche d'un réacteur dans l'usine d'Arak ainsi que la production de combustible à destination de cette centrale, deux points particulièrement défendus par la France, renoncer à construire une «usine capable (...) d'extraire du plutonium à partir du combustible usagé», permettre un «accès quotidien de ses sites de Natanz et Fordow à des experts de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA)» ainsi qu'à ses usines de fabrication de centrifugeuses et aux mines d'uranium. En contrepartie, les pays négociateurs vont consentir à un allègement des sanctions «limité, temporaire, ciblé et qui pourra être annulé», équivalant à environ sept milliards de dollars, ce qui ne représente qu'une fraction des sanctions pour l'Iran. (2)

Y a-t-il eu une vraie chance pour la paix?
Au-delà des communiqués triomphalistes de part et d'autre et de l'apocalypse annoncée par Israël, François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran pense que c'est un bon accord. Ecoutons-le: «C'est un bon accord, Il est solide, détaillé, équilibré. Il offre aux deux parties des satisfactions. (...) Israël voit le verre à moitié vide, mais force est de constater que cet accord préliminaire ne facilite pas l'avancée de l'Iran vers la bombe pendant la durée des négociations. L'accord permet une levée limitée, mais réelle de ces sanctions qui pénalisent lourdement l'économie iranienne: la capacité d'exportation de pétrole de l'Iran, a été réduite de moitié et les sanctions étaient conçues pour les réduire à zéro. (...) Une des clauses de l'accord pourrait s'avérer importante pour l'industrie française: la levée des sanctions américaines sur l'automobile. Cela pourrait permettre à Peugeot et Renault de revenir en Iran. Les deux groupes qui étaient très présents dans le pays ont été lourdement pénalisés par ces sanctions. L'accord dit clairement que l'Iran bénéficie de tous les droits et devoirs accordés par le traité de non-prolifération nucléaire Il n'est pas écrit en toutes lettres que l'Iran peut continuer à enrichir son uranium, mais de fait le texte établit implicitement cette possibilité. La formulation est habile, elle permet à chacun de garder la tête haute.» (3)

La réalité des choses
Il semble tout d'abord que l'accord est en gestation depuis plusieurs mois bien avant la prise de fonction de Rohani. Est-ce à dire que s'agissant de cela, Ahmadinejad, ne pouvait pas ne pas savoir ce qui se passait et qu'en fait tout se joue avec les Etats-Unis. Selon l'Associated Press, du 24 novembre, citant des responsables américains, de hauts responsables américains et iraniens ont mené pendant plusieurs mois des discussions bilatérales secrètes qui ont joué un rôle important dans l'accord préliminaire sur le nucléaire iranien conclu dans la nuit de samedi à dimanche. Ce n'est qu'après le coup de fil historique entre le président iranien nouvellement élu et Barack Obama, fin septembre, que les Etats-Unis ont informé leurs alliés, les autres membres du P5+1 et Israël, de l'existence de réunions secrètes tenues pendant l'été, raconte l'agence.

Le «deux poids, deux mesures» dénoncé par le député Noël Mamère
Pour Noël Mamère: «Qui ne peut se réjouir de l'accord passé entre l'Iran et la communauté internationale sur le nucléaire militaire? Pour une fois qu'une bonne nouvelle arrive de cette région du monde, ne boudons pas notre plaisir Le bilan est impressionnant. L'Iran s'engage... En contrepartie, les pays négociateurs allègent les sanctions et n'en n'imposeront pas de nouvelles pendant six mois (...) Israël ne peut continuer à utiliser le danger du nucléaire iranien pour faire diversion. Pour une fois, la diplomatie a primé sur la logique de guerre et a fait bouger les choses dans un sens positif. Bien sûr, la réaction d'Israël est négative. Mais pour de mauvaises raisons. Faut-il rappeler que le seul Etat de la région à posséder l'arme nucléaire est précisément Israël? Il ne pourra pas cacher plus longtemps son immobilisme sur le dossier palestinien, sa volonté implacable de continuer encore et encore la colonisation, en faisant diversion avec le nucléaire iranien. (...) L'accord signé dimanche est aussi un pas en avant important pour la paix en Syrie.(...)»
Noël Mamère va plus loin, il parle de désarment global: «Mais cet accord ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt, à savoir, le désarmement nucléaire multilatéral. L'Iran n'a fait ni plus ni moins que ce qu'a fait avant elle l'ensemble des pays dotés de l'arme nucléaire: lancer des programmes nucléaires militaires dans le plus grand secret et mettre la communauté internationale devant le fait accompli (...)... Le fait est que, depuis quarante ans que le Traité est entré en vigueur, les Etats nucléaires continuent à moderniser leurs armes sans s'être jamais engagés dans une négociation en vue d'un désarmement complet.
Noël Mamère en appelle à un désarment du Moyen-Orient: «La dynamique de Genève doit permettre de pousser l'avantage. L'objectif doit être de faire du Moyen-Orient une «zone exempte d'armes nucléaires». Elle est toujours bloquée par les Etats-Unis et Israël (...) On ne peut vouloir interdire l'accès au nucléaire de l'Iran, signataire du TNP, et laisser d'autres Etats, comme Israël, continuer à s'équiper sans aucun contrôle de la communauté internationale. Il ne saurait y avoir deux poids, deux mesures. (...) Cette observation est également valable pour la France qui, malgré la crise, persiste à conserver et à renforcer son potentiel nucléaire.»

Les réactions
Lors d'une intervention solennelle depuis la Maison-Blanche, le président américain Barack Obama a assuré que cet accord obtenu à l'arraché «barre le chemin le plus évident» de la République islamique vers une bombe atomique. La réaction de l'Etat hébreu ne s'est pas fait attendre: le bureau du Premier ministre Banjamin Netanyahu a dénoncé un «mauvais accord qui offre exactement ce que l'Iran voulait: la levée significative des sanctions et le maintien d'une partie significative de son programme nucléaire.» De son côté, le ministre de l'Economies Naftali: «L'accord laisse intacte la machine nucléaire iranienne et pourrait permettre à l'Iran de produire une bombe dans une période de six à sept semaines. Israël est prêt à toute éventualité», a déclaré le ministre israélien à la radio militaire.
Pour Simon Peres, «un accord a été signé entre le P5 +1 et l'Iran. C'est un accord intérimaire. Le succès ou l'échec de l'accord sera jugé par des résultats et non par des mots. Je voudrais dire au peuple iranien: «Vous n'êtes pas notre ennemi et nous ne sommes pas le vôtre. Il est possible de résoudre ce problème par la voie diplomatique. Cela est entre vos mains. Rejetez le terrorisme. Arrêtez le programme nucléaire. Arrêtez le développement de missiles à longue portée». Pour sa part, la ministre de la Justice, Tzipi Livni a recommandé de «regarder vers l'avenir: Israël doit agir en étroite coopération avec les Etats-Unis pour renforcer cette alliance stratégique et créer un front politique avec d'autres pays, comme les pays arabes, qui considèrent un Iran nucléarisé comme une menace.» (4)
Curieusement, au moment où la vraie communauté internationale celle des «laissés pour compte» pousse un ouf de soulagement, on dit que les Saoudiens ne sont pas d'accord avec l'accord! Pour le journal britannique Sunday Times se référant à des sources diplomatiques, ils seraient prêts à s'allier avec Israël pour démolir l'Iran! Le service de renseignement israélien Mossad et les autorités saoudiennes coopèrent pour mettre au point un plan d'attaque contre l'Iran. L'Arabie Saoudite envisage également de fournir à l'Etat hébreu des drones, des hélicoptères de sauvetage et des avions de transport. C'est dire si les dirigeants saoudiens ont perdu toute crédibilité.

La guerre invisible en Cisjordanie
Pourtant, le vrai scandale, c'est celui de la condition palestinienne sous la colonisation qui continue et les constructions qui ont connu un essor sans précédent. C'est à se demander si un jour ces négociations aboutiront pour mettre un terme au martyr d'un peuple, maintenant qu'Israël ne peut plus brandir la menace d'un Iran nucléaire à ses portes. Il semble que non! Dans le film Voyage dans une guerre invisible réalisé par Paul Moreira. Benjamin Barthes du journal Le Monde rapporte le traitement de la population palestinienne par les autorités israéliennes.: «(...) Nous sommes en 2001, en pleine seconde Intifada. Ne se sachant pas filmé, l'ex-chef de file du Likoud, la droite nationaliste, raconte, avec un cynisme et une roublardise à toute épreuve comment il a réussi à vider les accords de paix d'Oslo de leur substance. Devant l'un de ses hôtes, qui s'inquiète d'éventuelles pressions internationales, il lâche, plein de dédain: «Qu'ils parlent, qu'ils parlent, laisse-les parler.»
«Dans la séquence. On y voit des jeunes juifs, le visage masqué, mettre le feu à des oliveraies, sous le regard passif des soldats; un vieux berger à dos de mulet empêché d'emmener son troupeau paître, par des conscrits trois fois plus jeunes que lui; la population entière d'une ville (Hébron), privée de marché, pour que la poignée de fanatiques juifs enkystés dans son centre puisse célébrer une fête du calendrier juif. D'une précision scrupuleuse, il donne la parole à des colons en désaccord avec ces pratiques, tout en pointant la complaisance éhontée des autorités à l'égard de ces extrémistes en kippa».(5) Tout est dit.
A qui profite en définitive la «normalisation» de l'Iran? Sans l'ombre d'un doute, aux Américains, les vassaux auront des miettes du marché iranien. Ensuite à Israël qui malgré les protestations, sort grand vainqueur. Le perdant est connu, c'est toujours le Monde arabe installé confortablement dans les temps morts avec des potentats adoubés par l'Occident qui sont là depuis la nuit des temps sans perspective aucune pour les peuples arabes harassés par tant de malheur.

1. http://www.herodote.net/2500_ans_d_ Histoire-synthese-218.php
2. Les détails de l'accord sur le nucléaire iranien Le Monde.fr avec AFP | 25.11.2013
3. Nucléaire iranien: «L'accord de Genève permet à chacun de garder la tête haute» Propos recueillis par Catherine Gouëset, 24/11/2013
4. http://www.tribunejuive.info/israel/israel-decu-inquiet-determine
5.Benjamin Barthe http://www.lemonde.fr/ culture/article/2013/11/25/voyage-dans-une-guerre-invisible_3518819_3246.html

 

Source: Expression du 28.11.13

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SALIM SOUHALI, AUTEUR, COMPOSITEUR, INTERPRÈTE ET CHERCHEUR

Publié le par Mahi Ahmed

Mercredi, 27 Novembre 2013

SALIM SOUHALI, AUTEUR, COMPOSITEUR, INTERPRÈTE ET CHERCHEUR, À “LIBERTE”

“Oui à l’ouverture sur le monde mais en restant soi”

Par : Rachid Hamatou

Cet artiste qui se consacre actuellement à la recherche, à l’écriture et à la composition, et qui aide (et oriente) également de jeunes talents explique, dans cet entretien, son intérêt pour le parathéâtre, et revient sur les difficultés de préservation et de conservation du patrimoine immatériel chaoui, et notamment celui de la chanson.

Liberté : Vous avez pris part au Festival de la chanson chaouie de Khenchela (du 1er au 6 novembre), dans le cadre du cycle de conférences, avec une communication portant sur la musique et le chant berbères dans la région de Ouargla…
Salim Souhali : Une chose est sûre, nous devons sortir et faire sortir la culture du ghetto, en parlant de la chanson chaouie ou de la culture amazighe d’une manière générale. Celle-ci n’a pas une limite géographique, elle ne se limite pas et ne doit pas se limiter aux Aurès ou à la Kabylie. Si on agit ainsi, et c’est ce qui se passe hélas, on élimine des régions et pas des moindres, Ouargla par exemple. En parlant du chant et de la chanson, cette région recèle un patrimoine des plus riches, en plus d’être un modèle cosmopolite depuis des siècles. Des pratiques (cultures) africaines, berbères, musulmanes se côtoient sans jamais s’affronter, un modèle de voisinage qui a su préserver un peu notre dimension africaine. Si on parle de chant (et de chanson) de cette région, il est d’une richesse inouïe, par le rythme, la mélodie, le tempo.

Un festival est souvent porteur d’espoirs et de perspectives. Est-ce qu’on peut espérer à l’avenir des jours heureux pour la chanson chaouie ?

Ce genre de rencontres peut, en effet, être une occasion et un moment de réflexion avec un volet savoir/science/recherche. Personnellement, je suis resté sur ma faim, j’aurais aimé voir une présence massive des étudiants de l’université de Khenchela. Ce pont entre institutions culturelles et université n’existe hélas pas. Or ce sont eux (la famille universitaire), nos interlocuteurs, nos vis-à-vis, c'est-à-dire à qui on peut parler.  Et sans se leurrer ou se mentir, quand on s’adresse à une salle vide, on risque de prêcher dans le désert. Bien sûr, il y a le volet soirée, l’aspect festif –c’est tout à fait normal– qui a son public –la frange la plus importante– mais je pense qu’un travail de sensibilisation, peut-être même une simple communication de base, peut servir à orienter les étudiants, et il y en a, j’en suis sûr, qui sont intéressés. Justement l’avenir ou les jours meilleurs pour la chanson chaouie ne se font plus comme à mon époque dans la clandestinité. Il est temps de faire un travail académique, de recherche, de valorisation, de classification. Si ce travail se fait, on peut alors espérer pouvoir passer le témoin à une génération qui peut redonner souffle à la chanson chaouie, qui n’est pas dans ses meilleurs jours.

On parle souvent de protection et de préservation du patrimoine immatériel, mais ces mots sont en réalité et concrètement problématiques, puisque la question est : comment préserver cette musique aujourd’hui, dans un monde qui a changé et dans un cadre qui s’est transformé ?
Très bonne question. Si le danger de la globalisation ou la mondialisation (en réalité américanisation) est réel et frappe à nos portes, ce n’est pas la politique de l’autruche qui va nous sauver ou nous protéger, sachant que nous ne sommes pas l’unique cible ou victime. Il est urgent et impératif que des institutions de l’État se mettent au travail, c'est-à-dire prennent en charge ce patrimoine immatériel à travers le pays. Concernant les Aurès, je sais que c’est un musée à ciel ouvert, et on n’a pas fait grand-chose, si ce n’est des individualités, des francs-tireurs, qui, par conscience, souci, jalousie font un travail de soldat pour préserver ce patrimoine. Si nous parlons chanson ou musique chaouie, il est invraisemblable que dans aucun institut de formation musicale de la région des Aurès, il n’y ait ni atelier, ni classe, ni enseignant de musique chaouie. Oui à l’ouverture sur le monde mais en restant soi. Ce qui est dramatique, c’est que cette hémorragie ou saignée ne concerne pas uniquement les Aurès, des collègues et amis dans le domaine de la recherche vous dresseront le même triste bilan à Tiaret, Béchar, Constantine. En résumé, ce ne sont pas les déclarations de bonnes intentions ou de salon qui vont résoudre le problème, car le souci est sur terrain, or le salon est loin du terrain. Ne soyez pas étonné ou surpris si demain, un chanteur de renommée mondiale s’approprie une mélodie ou même un texte pour dire qu’il est américain ou autre. L’institution chargée de cet aspect, à savoir l’Office national des droits d’auteur et des droits voisins (Onda) fonctionne contrairement à ses prérogatives et instructions. Des imitateurs, qui n’ont jamais produit un seul texte, sont payés pour imiter les auteurs créateurs, c’est à n’y rien comprendre !

 

Vous êtes considéré comme un pionnier, avec d’autres noms (Markunda, les Berbères, Nouri Nezzar, Mihoub, etc.), mais que reste-t-il aujourd’hui du boom d’autrefois ?

Honnêtement, il ne reste pas grand-chose, et je le dis avec douleur. À l’époque, on ne chantait pas pour passer le temps, il faut dire cependant que le contexte était différent, mais ce n’est pas un raison pour tomber dans le médiocre, l’imitation, le plagiat. De nos jours, la boÎte à rythme fait merveille, certains prétendus chanteurs, en réalité imitateurs ont un répertoire volé, composé d’au moins 70 chansons. Les victimes sont aussi bien des chanteurs qui nous ont quittés, comme Zoulikha, Mohamed Lourassi ou encore, la victime préférée, le chantre de la chanson chaoui, Aïssa El Jarmouni. Mais pour beaucoup de cas, les auteurs sont vivants, impuissants et ne touchent pas leurs droits. Markunda, Dihya, et moi-même d’ailleurs, nous sommes repris malgré nous, mais à qui se plaindre ? Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer quand j’entends parler certains de ces pilleurs, en justifiant le plagiat par le fait que le répertoire est dans le domaine public. Je ne sais pas d’où ils sortent cette ineptie. Fort heureusement, il y a de rares exceptions, à l’exemple du prometteur Hishem Boumaraf, pur produit de l’institut de musique où il enseigne. Ça rassure !

Qu’est ce que la chanson chaouie ?
Il faut dire que nous avons grandi, appris, côtoyé d’autres références, sans tomber dans le jugement (bon ou mauvais). Nous écoutions Jil Jilala, nous assistions aux conférences de Kateb Yacine, nous lisions Tahar Djaout, et même Che Guevara. La chanson chaouie, comme en Kabylie, était en quelque sorte le cheval de bataille pour la revendication identitaire, mais pas seulement. Il y a une trentaine d’années déjà, on chantait le tombeau Imedghassen (mon texte), les mythologies berbères, dans les chansons de Nouari, Massinissa et autres. Ce n’est plus le cas pour moult raisons, la plus frappante, c’est cette volonté pas innocente de vouloir mettre tout le monde dans le même sac. Comme partout dans le monde, il faut un répertoire, une classification. Un auteur-interprète n’est pas un chanteur qui n’a peut-être jamais produit un texte.  Dans la chanson chaouie, beaucoup ne chantent pas en chaoui mais sont dits chanteurs chaouis. Je considère que c’est de l’usurpation d’identité. Je ne verse pas dans l’exclusion, mais il faut mettre de l’ordre, car c’est comme si vous disiez que Khaled un chanteur hawzi. Ça ne passe pas, et pour le chaoui non plus. À cela s’ajoute le mauvais goût entretenu, l’immédiateté, le produit facile. Je me demande s’il y a une commission au sein de l’Onda pour établir si ce chant est chaoui ou s’il ne l’est pas. Mieux encore, est-ce qu’il existe parmi ses membres un “chaouiphone” ? J’en doute.

Vos centres d’intérêts se tournent actuellement vers le parathéâtre…

Voila un legs, un patrimoine immatériel que le monde entier peut nous envier, mais qui ne bénéficie ni de recherche, ni de protection, ni de valorisation. Quand je vois des Égyptiens ou des Iraniens parler de leurs civilisation et dire avec fierté qu’elle a plus de 4 000 ou 5 000 ans, je me demande ce qui nous arrive, nous qui avons une civilisation qui peut être plus ancienne, mais nous continuons à parler de l’Algérie comme étant une jeune nation. C’est aberrant ! Le parathéâtre berbère, qui vient directement de sa mythologie, est pluridisciplinaire. En dépit des distances qui séparent la région Tiznit du Maroc, et la région de Béni Snouss à Tlemcen, et les 1000 kilomètres entre cette petite agglomération et Tkout dans les Aurès, il y a des pratiques communes qui remontent à la nuit des temps. Si cette manifestation prend des noms différents : Ayred dans la région de Tlemcen, ou Chaïb Achoura dans la région des Aurès (Tkout), au fond, elle est la même, une mythologie amazighe qui existe dans le pourtour méditerranéen (Libye, Égypte, Maroc, Tunisie, et même les Iles Canaries). D’ailleurs, il y a une semaine, j’ai reçu des photographies de la manifestation aux Iles Canaries, un carnaval au sens culturel du terme, durant lequel les protagonistes portent des masques qui rappellent l’Afrique, et durant lequel se déroule un rituel de sacrifice. En réalité, tout cela a le but de regrouper la communauté, de cimenter les liens et d’obéir à une autorité. Un bel exemple de culture spontanée, non officielle, que fort heureusement, des citoyens et peut-être sans le vouloir, ont préservé des siècles durant. Je souhaite que ce genre de rendez-vous bénéficie d’une prise en charge, d’une aide, mais sans folklore ni récupération.



Bio express
Né en 1956 à Rhaouet (Hidoussa) dans la wilaya de Batna, Salim Souhali est un descendant de la grande tribu des Belkadhi. Peintre, caricaturiste, auteur et interprète, son premier album avec le groupe Thaziri (clair de lune) s’intitulait Afroukh, gougue a memi gougue, un titre qui est également l’intitulé d’une chanson reprise aussi bien au Maroc qu’en Libye. Salim Souhali se consacre actuellement à la recherche musicale (les origines de la musique amazighe), mais également à l’écriture pour le cinéma et pour le théâtre (scénario et musique). Il a composé la musique du dernier spectacle du Ballet national algérien.



R H

 

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تاج السر عثمان - عضو المكتب السياسي للحزب الشيوعي السوداني - في حوار مفتوح مع القارئات والقراء حول: دور الحزب ا

Publié le par Mahi Ahmed

تاج السر عثمان - عضو المكتب السياسي للحزب الشيوعي السوداني - في حوار مفتوح مع القارئات والقراء حول: دور الحزب الشيوعي السوداني في الحراك الجماهيري في السودان.  

 


تاج السر عثمان
 - 2013 / 11 / 24 -
المحور: مقابلات و حوارات      

من اجل تنشيط الحوارات الفكرية والثقافية والسياسية بين الكتاب والكاتبات والشخصيات السياسية والاجتماعية والثقافية الأخرى من جهة, وبين قراء وقارئات موقع الحوار المتمدن على الانترنت من جهة أخرى, ومن أجل تعزيز التفاعل الايجابي والحوار اليساري والعلماني والديمقراطي الموضوعي والحضاري البناء, تقوم مؤسسة الحوار المتمدن بأجراء حوارات مفتوحة حول المواضيع الحساسة والمهمة المتعلقة بتطوير مجتمعاتنا وتحديثها وترسيخ ثقافة حقوق الإنسان وحقوق المرأة والعدالة الاجتماعية والتقدم والسلام.
حوارنا -117 - سيكون مع الأستاذ تاج السر عثمان - عضو المكتب السياسي للحزب الشيوعي السوداني -  حول: دور الحزب الشيوعي السوداني في الحراك الجماهيري في السودان.
 
 


* قبل انتفاضة سبتمبر 2013م ، تمت دورة للجنة المركزية للحزب الشيوعي السوداني، تابعت الدورة تطورات الحالة السياسية في البلاد، وكان من ضمن قرارتها مقاومة الزيادات في اسعار المحروقات التي كانت بتوصية من صندوق النقد الدولي، وصدر بيان من اللجنة المركزية بتاريخ يوليو 2013م بعنوان " لا لزيادة اسعار السلع والخدمات.. لا لاهدار الموارد وتخريب الاقتصاد الوطني" ، وتمت تعبئة واسعة في كل مناطق الحزب وفروعه ضد الزيادات، وكان الهدف من الزيادات : تمويل الصرف البذخي لنظام الطفيلية الاسلاموية ، وتمويل الحروب التي اشعلها النظام في دارفور وجنوب وشمال كردفان والنيل الأزرق، ودعم ميزانية الامن والدفاع التي تستحوذ علي 75 % من الميزانية العامة، وتمويل سداد ديون الدول المانحة وصندوق النقد الدولي والتي تقدر ب 43 مليار دولار والتي تزداد ضغوطها واشتراطاتها علي النظام الحاكم. كما فند البيان الاكاذيب حول دعم المحروقات، واوضح أنه لايوجد دعم، علي سبيل المثال: أن الحكومة تربح 12 جنية في كل جالون بنزين و7 جنية في كل جالون جازولين..الخ.
طرح البيان البدائل لزيادة الاسعار التي تزيد اعباء المعيشة علي الجماهير الكادحة والتي تتلخص في : وقف الحرب التي تقدر تكلفتها ب 4 مليون دولار في اليوم، ووقف الصرف البذحي، وتقليل منصرفات جهاز الدولة المتضخم، واسترداد الاموال المنهوبة عن طريق الفساد، وتوجيه العائد للصرف علي التنمية وحدمات التعليم والصحة وزيادة الاجور والمعاشات.
ولكن نظام الاسلام السياسي في السودان المعبر عن مصالح الرأسمالية الطفيلية الاسلاموية لا يرغب في تلك الحلول ، وبالتالي لابديل غير اسقاط النظام واقامة البديل الديمقراطي.


* بعد اعلان الزيادات في الاسعار انفجرت انتفاضة سبتمبر 2013م ، التي شملت اغلب مدن السودان وامتدت لتشمل طلبة الجامعات والثانويات ومرحلة الاساس، وطرحت شعارات واضحة " الشعب يريد اسقاط النظام" .
واجهت السلطة الفاشية المظاهرات بالعنف المفرط والذي ادي الي استشهاد حوالي 250 ، ومئات الجرحي ، وبلغ عدد المعتقلين اكثر من الف شخص، كما احدثت الانتفاضة هزة عميقة في حزب المؤتمر الوطني الحاكم بمذكرة 31 من قادته التي استنكرت الزيادات والقمع المفرط، والتي ادت الي انشقاق في الحزب الحاكم، كما احدثت الانتفاضة تململا واضحا وسط قواعد الحزب الاتحادي الديمقراطي (الاصل) والتي طالبت معظمها بفض الشراكة مع النظام الفاشي الدموي. اصيبت السلطة بهلع شديد كما تجلي في العنف المفرط ، واغلاق الانترنت والصحف والقنوات الفضائية مثل " العربية " و " اسكاي نيوز".. اصدرت كل الاحزاب والحركات والنقابات والتنظيمات الديمقراطية وسط المهنيين بياناتها التي استنكرت الزيادات والقمع المفرط، وطالبت بمحاسبة مرتكبي جرائم القتل. تم تشييع مهيب للشهداء ساهم في توسيع الحملة ضد النظام ، وحدثت وقفات احتجاجية قام بها الاطباء واسر المعتقلين والصحفيون، وطلاب الطب بجامعة الخرطوم، وفروع الحزب وقوي المعارضة خارج السودان، ساهمت تلك الحملات في الضغط علي النظام الذي قام باطلاق سراح بعض المعتقلين، ولازالت ممارسات الاعتقال وتعذيب المعتقلين مستمرة.


* يري الحزب الشيوعي أن جذوة الانتفاضة مازالت متقدة، وأن الظروف التي ادت اندلاعها مازالت قائمة، ومتوقع المزيد من الزيادات في الاسعار ، علي سبيل المثال حسب حديث وزير المالية السوداني أمام اجتماع المجلس الوطني الأخير أنه في العام 2014 م سوف ترتفع ضريبة الاعمال من 2% الي 3% ، وضريبة الانتاج الي 10% ، وسوف يتم رفع اسعار الوقود لتواكب السعر العالمي الذي قدره بيان وزير ب 40 جنية لجالون البنزين ، 27 جنية لجالون الجازولين، و90 جنية لاسطوانة غاز الطبخ، وبالتالي من المهم التحضير الجيد للجولة القادمة والاستفادة من التجربة الماضية في تجاوز السلبيات ونقاط الضعف ، وتقوية سلاح التنظيم ورفع القدرات الذاتية للحزب والحركة الجماهيرية بعد أن نضجت الظروف الموضوعية لاسقاط النظام.


* تم اجتماع موسع للجنة المركزية للحزب الشيوعي السوداني في 8/11/ 2013م حضره اضافة لاعضاء اللجنة المركزية قيادات المناطق، وطرحت اللجنة المركزية في ذلك الاجتماع مهام عمل الحزب في الفترة القادمة والتي تتلخص في :
- استراتيجية الحزب هي اسقاط النظام، عبر تكوين اوسع جبهة.
- المحافظة علي قوي الاجماع الوطني ووحدتها وماتوافقت عليه من وثائق البديل الديمقراطي والدستور الانتقالي، وأن ينشط عملها اليومي كمنبر قائد لنضال الجماهير.
- أدواتنا لاسقاط النظام هي العصيان المدني والاضراب السياسي الذي نطرحه كافق تمسك به حركة الجماهير ويمنحها الثقة بأن هباتها وتظاهراتها تسير نحو هدف محدد تعمل من اجله حتي اسقاط النظام لحظة اعلانه وتنفيذه.
- الاستعداد بكل مايحمي انتفاضة الجماهير من الانكسار ومن بينها كشف وتعرية اعداء الانتفاضة واسقاط النظام بكل الحجج والأساليب مثل : وضع ميثاق جديد ، وضم منظمات الاسلام السياسي لقوي الاجماع الوطني أو اعادة الهيكلة ..الخ.
- تكوين لجان للتضامن بصورة دائمة لمساعدة اسر المعتقلين والسجناء السياسيين والشهداء ، فالمعركة لازالت مستمرة، ويجب الاستعداد المبكر لمواصلة هذا العمل التضامني الهام

اكد بيان اللجنة المركزية أن الثورة لاتسير في خط مستقيم كالقطار ، بل تتعرض _ لاسباب موضوعية وذاتية _ للصعود والهبوط ، ولهذا فهي تسير في منعرجات مختلفة حتي تحين لحظة الانفجار.
كما رفض بيان اللجنة المركزية المشاركة في الانتخابات العامة التي دعت لها الحكومة، لأن النظام زور الانتخابات الماضية، أنه لايمكن اجراء الانتخابات في ظل نظام شمولي يصادر الحريات والحقوق الديمقراطية التي فننها دستور 2005م، وتمنع الاحزاب من قيام ندواتها ، وتمنع الصحف مثل صحيفة الميدان من الصدور لاكثر من عام ونصف بواسطة جهاز الأمن، وينطبق ذلك علي دعوة النظام لوضع دستور للبلاد. اضافة الي أن النظام اغرق المظاهرات السلمية في الدماء ، ولايمكن الدخول في انتخابات تحت ظل نظام فاقم ازمة الشعب وفصل جنوب السودان.
كما أنه لايمكن الدخول في انتخابات واكثر من ثلث سكان السودان خارج البلاد بسبب الحرب في دارفور وجنوب كردفان والنيل الازرق ، ولم يعادوا الي مناطقهم الاصلية التي تم اقتلاعهم منها.


*أخيرا، يشكر الحزب الشيوعي السوداني كل الاحزاب الشيوعية والعمالية والديمقراطية والوطنية والدول والقنوات الفضائية والصحف والمواقع الالكترونية التي تضامنت مع شعب السودان واستنكرت اطلاق الرصاص علي المتظاهرين السلميين ، وطالبت باطلاق سراح المعتقلين ومحاسبة المجرمين الذين امروا ونفذوا اطلاق الرصاص، والتي كان لها الاثر الكبير في غل يد النظام وجهاز قمعه وفضحه عالميا.


كما نشكر موقع الحوار المتمدن الذي اتاح لنا الفرصة لتوضيح دور الحزب الشيوعي السوداني حول انتفاضة سبتمبر 2013م الأخيرة في السودان.

 

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De mal en pis

Publié le par Mahi Ahmed

De mal en pis

 

Par Ammar Belhimer

Depuis que le chat soviétique n’est plus là, la souris capitaliste en fait à sa tête. Elle n’a plus besoin de donner l’image de «sociabilité» que l’ancienne compétition entre les deux systèmes lui imposait. Vingt ans plus tard, le capital semble avoir récupéré toutes les concessions faites au travail pour survivre dans cette compétition.
Quelles sont justement les nouvelles particularités du capitalisme contemporain ? Il a fallu plus de 900 pages à Thomas Piketty, professeur d’économie, premier directeur de l’Ecole d’économie de Paris, pour répondre à la question dans un récent ouvrage de référence : «Le capital au XXIe siècle»(*). L’ouvrage, au titre volontairement éponyme de Karl Marx, est une fresque historique qui réussit, par ailleurs, le pari de scruter l’avenir de l’économie contemporaine, dans le temps et dans l’espace.
De Karl Marx, Thomas Piketty puise à profusion pour en souligner l’actualité avant de mettre à jour les concepts autour d’une thèse centrale : même s’il n’est pas infini, le processus de l’accumulation du capital peut prendre des proportions qui exacerbent les inégalités, dans un régime économique combinant faible croissance de la production et rendement élevé. Thomas Piketty donne de la traçabilité à ces inégalités en élaborant un tableau historique mondial des revenus du travail, du capital et de leur répartition au sein de la population. Le tableau des revenus est le fruit d’un travail colossal de compilation et d’harmonisation des statistiques disponibles sur la répartition des richesses, dans plusieurs pays du monde, depuis le XVIIIe siècle. Cette compilation contredit fortement une première idée reçue : les Etats-Unis n’ont pas toujours été le pays outrageusement inégalitaire d’aujourd’hui. Jusque dans les années 1950, l’Europe l’était davantage. Et ce n’est qu’au tournant des années 1980, avec l’avènement de la «reaganomics» que la tendance s’est inversée.
Pareil pour une autre idée reçue : les taux de croissance du PIB au-dessus de 1 à 1,5 % ne sont pas une anomalie historique, mais bien la norme. Cette observation n’empêche pas d’atténuer les mérites excessifs attribués aux Trente Glorieuses qui ont permis aux premiers nés du baby-boom d’entrer sur le marché du travail dans des conditions privilégiées (forte croissance, plein emploi, diffusion rapide du salariat moyen et supérieur, etc.) et de réduire, par voie de conséquence, les inégalités. Les Trente Glorieuses ne sont ainsi qu’une parenthèse exceptionnelle, ouverte par le besoin de rattrapage par rapport à la Seconde Guerre mondiale. De la même façon se trouve également démystifié le rôle et le poids de la méritocratie dans l’effacement des disparités induites par l’héritage. La glorification du «mérite» est le corollaire logique de l’indivisibilité du social. La victoire idéologique, même momentanée, du capitalisme sur ce point précis ne fait aucun doute car «dès lors que les antagonismes sociaux sont niés, chaque individu est érigé en acteur responsable de ses choix, de ses réussites et de ses échecs». Rien n’est moins évident de nos jours lorsqu’on apprend que la répartition des richesses entre les 10 % les plus riches et le reste de population a retrouvé en 2010 des proportions proches (en Europe), voire supérieures (aux Etats-Unis) à celles de 1910. De nos jours, la nouvelle méritocratie profite moins aux «héritiers purs», comme au XIXe siècle, qu’à la nouvelle génération des super-cadres. Ainsi, au niveau des 10 % les plus aisés, on trouve au XXIe siècle moins de super-riches par héritage par rapport à la fin du XIXe siècle, mais plus de «super-cadres» profitant de salaires à six chiffres.
Dans l’ensemble, la concentration et le rendement du capital s’accroissent à mesure que l’on monte dans la hiérarchie sociale. Le niveau d’inégalité dans les économies occidentales est aujourd’hui comparable à celui qui prévalait à la Belle Epoque — aux Etats-Unis, il atteint des pics jamais égalés.
En octobre 2009, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a publié son premier rapport alarmant sur les conséquences humanitaires de la crise économique en Europe. Au cours du premier semestre de 2013, la Fédération a réalisé une cartographie des activités menées par les 52 Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge d’Europe et d’Asie centrale. Entre les deux dates, les choses évoluent de mal en pis : «Par rapport à 2009, des millions de personnes supplémentaires doivent faire la queue pour se nourrir et n’ont pas de quoi acheter des médicaments ou se faire soigner. Des millions de personnes sont sans emploi, et nombre de celles qui ont encore un travail ont du mal à faire vivre leur famille, les salaires étant insuffisants et les prix exorbitants. Nombre de ménages qui appartenaient à la classe moyenne ont sombré dans la pauvreté. En 2012, plus de 3,5 millions d'Européens dans 22 pays ont reçu de l'aide alimentaire de la Croix-Rouge. La cartographie a révélé que de plus en plus de personnes ont basculé dans la pauvreté, que les pauvres s’appauvrissent et que la «distance sociale» à parcourir pour se réinsérer dans la société s’est creusée.»
En 2011, les personnes à risque de pauvreté ou d'exclusion sociale représentaient 49,1% de la population totale en Bulgarie, 40,4 % en Lettonie, 40% en Lituanie et 32,7% en Croatie.
La cause de cette remontée des inégalités est imputable à trois facteurs cumulatifs :
- la stagnation de la croissance économique,
- le manque de dynamisme démographique des pays riches,
- les rendements élevés du capital.
Parallèlement, nous assistons à un affaiblissement de la puissance des Etats, avec une forte montée de leur endettement qui amoindrit notablement la part publique du patrimoine national et, au-delà, la capacité de régulation de ces mêmes Etats, faute de leviers autres que la norme de droit lorsqu’elle existe. Tout indique qu’une telle situation va perdurer. Le pendant politique de l’accroissement des inégalités n’a pas tardé à se manifester. Jamais l’argent n’a été aussi maître du jeu que depuis le déplafonnement, il y a trois ans, des dépenses politiques par les entreprises aux Etats-Unis. Un récent article de The Nation nous éclaire sur la main invisible du business dans les élections américaines de 2012 pour montrer à quel point le jeu est verrouillé (***). Pour longtemps encore
A. B.

(*) Thomas Piketty, Le capital au XXIe siècle, Editions du Seuil, Paris août 2013, 950 pages.
(**) Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Penser différemment. Europe : les conséquences de la crise économique sur le plan humanitaire, Genève, octobre 2013.
(***) Lee Fang, The Invisible Hand of Business in the 2012 Election, The Nation, 19 novembre 2013.
http://www.thenation.com/article/177252/invisible-hand-business-2012-election.

http://www.presse-algerie.net/open-111022-le-soir-d-algeacute-rie.html

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