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NOURREDINE SAÂDI : «Une onde de choc est partie de Tunisie»

Publié le par Mahi Ahmed

 

Entretien réalisé par Arezki Metref
Constitutionnaliste et politologue, Nourredine Saâdi tient les deux instruments qui permettent de comprendre les mécanismes de révolte déclenchés dans le monde arabe à partir de Tunisie. Ecrivain, il a en outre beaucoup voyagé dans ces pays dont il observe l’évolution depuis de longues années.
Le Soir d'Algérie: Y a-t-il eu des signes avant-coureurs de la révolution tunisienne qui démentent la thèse du coup de tonnerre dans un ciel serein et que peu d’observateurs auraient vu ?

Nourredine Saâdi : Certes, le «coup de tonnerre» aura été cette divine surprise qu’a été la fuite de Ben Ali dans la soirée du 14 janvier. Le lendemain, beaucoup de Tunisiens n’y croyaient pas encore tant ce fut inattendu. Il n’y a qu’à suivre les lamentables contritions et meaculpa de Sarkozy et du gouvernement français pour mesurer combien ce fut un événement inédit. Si l’on reprend la chronologie des faits, on observera cependant que depuis l’acte inaugural, sa violence, sa symbolique, qu’a été l’immolation par le feu du jeune Bouazizi à Sidi Bouzid, on a assisté à la transformation des émeutes en soulèvement, des manifestations généralisées à tout le pays à la mobilisation de forces syndicales, la base de l’UGTT et j’insiste sur le fait que ce furent les instances régionales de base, l’entrée de nombreuses associations de la société civile et particulièrement la Ligue des droits de l’homme, les associations de femmes, les avocats, les artistes, etc. Ce que l’on appelle, faute de mieux, les couches moyennes et une partie de la bourgeoisie se sont joints au mouvement populaire qui culmina après le décès de Bouazizi le 4 janvier. La haine accumulée contre le régime prédateur et dictatorial, la corruption de sa famille et de son clan étaient telles que la révolte s’est transformée en révolution, c’est-à-dire une rupture radicale avec le régime. L’armée, qui est dans un statut assez spécifique en Tunisie par rapport à d’autres pays arabes, a joué un rôle important en refusant de tirer sur le peuple et, fort certainement, le limogeage par Ben Ali du chef d’état-major a contribué à la fin du système. L’on dit que les Américains auraient joué dans ce sens. C’est fort probable, car dès le 7 janvier, l’ambassadeur tunisien à Washington a été convoqué pour lui signifier la condamnation de la répression, mais les interventions extérieures n’ont pas été essentielles je crois. En effet, il faut revenir à de plus lointaines antécédences explicatives, car un tel bouleversement ne peut relever d’une génération spontanée. Il faut d’abord rappeler que sous la chape de plomb, la machine de répression, la surveillance et l’encadrement par le parti officiel, le RCD, de plus de 2 millions de membres, dans un pays de 10 millions d’habitants, le clientélisme, la gangrène de la corruption, il y a eu de courageuses résistances constantes d’intellectuels, même peu nombreux, des jacqueries et révoltes ont souvent éclaté dans les régions intérieures et surtout en 2008 la grève et la révolte à Gafsa et l’impitoyable répression, ont sonné le tocsin. Mais plus profondément, c’est l’humiliation et la haine visà- vis des Trabelsi et de la «famille », qui avaient mis le pays en coupe réglée, qui expliquent ce ras-le-bol. Il est évident que les conditions économiques et sociales ont été essentielles. Ce qu’on a appelé le miracle économique tunisien a fini dans la crise : montée du chômage chez les jeunes diplômés, envolée des prix et détérioration des conditions de vie qui ont atteint même les classes moyennes qui avaient bénéficié du système. Bien sûr, la crise du système capitaliste mondial, notamment la brusque hausse des produits alimentaires, joue un rôle non négligeable. Mais on doit revenir également à une histoire plus longue de la Tunisie : je pense au fait que très tôt la nation s’est constituée par l’autonomie du bey de Tunis par rapport à l’empire ottoman ; aux réformes importantes de Kheir Eddine ; au mouvement national dans le Destour et bien sûr, bien qu’il n’ait pas été le démocrate dont on veut aujourd’hui réhabiliter l’image, à l’action de Bourguiba et particulièrement le statut émancipateur des femmes, la sécularisation de la société, la scolarisation massive et tous les éléments de modernisation de la Tunisie. Lors d’un débat récent tenu à Paris, sur la situation en Tunisie, un universitaire a avancé l’idée que le régime de Ben Ali n’aura été qu’une parenthèse dans l’histoire contemporaine de la Tunisie. Je pense qu’il l’aura marquée en négatif mais que, sa fin par une révolution populaire, qui n’a été ni conçue ni préparée, par une élite ou des partis politiques, inaugure de nouvelles possibilités historiques car c’est la première révolution démocratique dans le monde arabe conduite pacifiquement et par la rue. C’est pourquoi je suis irrité par ce qualificatif de «Révolution de jasmin» lancé par la presse occidentale. Les manifestants ne portent pas de jasmin ! C’est encore le cliché et la folklorisation orientaliste et touristique… Sidi Boussaid, etc. Il s’agirait plutôt symboliquement de jasmin brûlé… L’immolation par le feu… Près d’une centaine de morts… Cela dit, ce ne sont que quelques réflexions hâtives et ce sera certainement avec le recul historique que l’on analyserait plus profondément les raisons de cette révolution, encore en cours et dont on ne connaît encore pas les aboutissements. Il faut éviter le principe mono-réducteur, car une seule cause ne peut expliquer un événement d’une telle ampleur, aussi bien pour la Tunisie que pour le monde arabe.
Depuis qu’elle a chassé Ben Ali, la rue tunisienne est devenue un exemple pour le monde arabe. Dans quelle mesure le bouleversement politique, et peutêtre institutionnel entrainé par la révolte des Tunisiens, recèle-t-il une exemplarité pratique pour d’autres pays arabes ?
Exemplarité, oui. Les manifestations en cours dans des pays arabes défilent avec des drapeaux tunisiens. C’est tout un symbole ! A Alger, samedi dernier, en Égypte depuis hier, en Jordanie, la semaine dernière et ce matin la presse, rapportant la grande manifestation hier à Sanna, au Yémen, reprend le slogan clamé dans la rue : «En Tunisie, il est parti au bout de 20 ans ; chez nous, il est encore là après 30 ans !» Mais je n’aime pas le mot de «contagion» utilisé par la presse occidentale. Il traduit la crainte inconsciente des pays occidentaux ! C’est assurément une onde de choc, mais qu’il faut rapporter aux conditions propres et à l’histoire de chacun des pays. D’ailleurs, l’écho va plus loin que dans les pays arabes. Un opposant à Bongo, André Mba Obame, au Gabon, et qui lutte contre les fraudes aux dernières élections, s’est référé à la Tunisie pour légitimer son combat ! Exemplaire d’autant que cela intervient dans un horizon d’attente dans des pays où l’on retrouve, par-delà les particularités de chacun, les mêmes ingrédients d’ autoritarisme, de clientélisme, de corruption et de malvie, de chômage, de détérioration des conditions de vie des plus pauvres face à l’enrichissement des couches et clans liés aux pouvoirs. Une situation de crise profonde qui pourrait tout à fait s’illustrer par la définition de Lénine : «Il y a crise quand ceux d’en-bas ne veulent plus et ceux d’en-haut ne peuvent plus.» L’exemple également, et malheureusement, que cette vague tragique d’immolations… Algérie, Maroc, Égypte, Mauritanie, Yémen… Signe de la désespérance…
Qu’y a-t-il dans la culture du monde arabe qui rende à ce point fatal le zaïmisme comme mode de gouvernance et d’incarnation symbolique de la nation et de l’Etat, et problématique l’alternance au pouvoir par les urnes et dans des canons réellement démocratiques ?
On observe effectivement que les systèmes politiques dans le monde arabe, mais pas seulement, sont de plus en plus clos, clientélistes, prédateurs, patrimonialistes dominés par la figure du zaïm ou du monarque absolu. C’est un mouvement qui découle à la fois du système institutionnel et plus profondément de traditions, de cultures de sociétés marquées encore par le patriarcat avec l’ombre portée de ce qu’a été le califat, le prince, le chef du clan… Il est évident que la forme de présidentialisme absolu comme régime politique encourage ce phénomène. Le modèle de constitution américaine, qui connaît les contre-pouvoirs du Congrès, a été perverti par cette forme de présidentialisme qui accorde tous les pouvoirs au zaïm qui contrôle les pouvoirs exécutifs, législatifs comme la Justice. Ce sont alors les mandats successifs, au prix de révisions de la Constitution, qui devient un chiffon de papier et, pourquoi pas ? Le mandat à vie, comme le prépare Ali Abdellah Saleh au Yémen. De là à la succession dynastique il n’y a qu’un pas, car au fond, cela traduit le fait que le pouvoir devient un patrimoine, dont on tire bien évidemment les bienfaits symboliques et surtout matériels. Comment voulez-vous alors que fonctionne l’alternance dans une telle conception de l’Etat ? Ce système politique despotique a été encouragé par l’Occident, le justifiant par le culturalisme, car il va dans l’intérêt de leurs affaires, surtout le pétrole, tout en leur donnant l’illusion qu’il assure leur sécurité par la lutte contre l’intégrisme islamique et le terrorisme. Il est significatif que la plupart des régimes arabes se sont engouffrés dans «la guerre contre le terrorisme » menée par les Américains après les attentats du 11 septembre. Ben Ali ou Moubarak ou les Saoudiens en sont devenus les caricatures. Ces «sécuritocraties », pour utiliser le néologisme de Kodami, sont devenues des instruments géostratégiques des puissances occidentales ou indirectement d’Israël. Il suffit d’observer les inquiétudes de son gouvernement depuis quelques jours à propos de la Tunisie ou plus particulièrement des manifestations en Jordanie ou en Égypte. On brandit alors l’épouvantail de l’islamisme et la mémoire traumatique de la révolution de Khomeiny ou du terrorisme en Algérie. Nous sommes devant des enjeux géostratégiques dont nos despotes, bien que je schématise, sont des instruments qui en tirent profit. J’ai été frappé que l’on ait expliqué les différences d’appréciation de la situation en Tunisie entre les États-Unis et la France par le fait que la Tunisie n’ est pas considérée par les intérêts américains comme zone stratégique, alors qu’ils sont plus alarmés par l’évolution en Égypte ou au Yémen.
Comment vous semble devoir évoluer la situation en Tunisie ?
C’est un mouvement en marche et chaque jour apporte ses évolutions. La rue et les forces populaires ont imposé hier l’éviction des ministres régaliens, reconduits du régime de Ben Ali, des mesures et des poursuites contre le clan et réclament la dissolution du RCD. Cette période de transition est source de grands espoirs mais également d’incertitudes et de risques. La phase cruciale, juste après la fuite de Ben Ali, et la politique de «terre brûlée» de ses séides, semble avoir été maîtrisée dans la mesure où il n’y a ni chaos ni même affrontements violents. Mais la situation reste encore peu maîtrisée et délicate. Je me garderai bien de «faire bouillir les marmites de l’avenir», comme on dit, mais je pense qu’il y aura à la fois des éléments de rupture politique et institutionnelle et d’autres de continuité dans la politique économique, le tourisme, etc. La Tunisie, qui ne vit pas de la rente pétrolière, a besoin d’une stabilité qui encourage les investissements et d’une relance économique pour répondre à toutes ces revendications exprimées par la jeunesse. Des élections sont envisagées dans 6 mois et ce sera difficile de reconstruire un champ politique et des forces politiques susceptibles d’obtenir la légitimité démocratique par les urnes. On évoque dans la presse occidentale la peur des islamistes même s’ils ne sont pas encore des acteurs importants dans le mouvement. Je crois que la question est plutôt de permettre à tous les courants de s’exprimer afin d’aboutir à une assemblée constituante représentative et à un pouvoir légitime fondé sur l’alternance. Il n’y a pas, et fort heureusement, un «homme providentiel», charismatique dans cette révolution et le système à venir gagnerait, ce n’est qu’une opinion de constitutionnaliste, à s’orienter vers plus de parlementarisme. Les islamistes n’en seraient que plus relativisés. Mais tout reste évidemment conditionnel ! Les pressions constantes de la rue ont permis jusque-là, avec calme et maturité, de poursuivre le processus et cela donne de l’espoir car la réussite ou qu’à Dieu ne plaise ! des échecs auront des répercussions dans tout le monde arabe. A ce sujet, les prises de position de Kadhafi n’augurent rien de bon et le silence officiel assourdissant de l’Algérie ou du Maroc montre tout l’embarras des voisins. L’appui et le soutien des sociétés civiles, des démocrates maghrébins et arabes est précieux aujourd’hui.
Quels sont les points communs avec l’Algérie et quelles sont les différences ?
C’est la grande interrogation, je sais et, à l’envi, je ne cesse d’entendre : nous sommes jaloux des Tunisiens ! Tant est grand le ras-le-bol chez nous. Mais gardons-nous des comparaisons. Un ami tunisien me disait l’autre jour : «Nous avions honte d’être tunisiens sous Ben Ali, tellement nous avions peur et aujourd’hui le peuple nous a redonné notre fierté.» Bien que nous partagions la même culture et beaucoup d’éléments d’histoire communs, les sociétés sont bien différentes, les régimes, aussi autocratiques qu’ils ont de semblable, sont bien différents. Les systèmes économiques également. La rente pétrolière a un rôle fondamental en Algérie. Les histoires longues ont eu chacune ses particularités. Et n’oublions pas, ce que me faisait remarquer ma femme hier, qui rentrait d’Algérie où elle ne s’était pas rendue depuis plusieurs années, que les gens sont encore épuisés par cette décennie noire, le terrorisme, plus de 200 000 morts, les centaines de disparus et que l’on voyage encore dans le pays avec peur, la débrouille pour vivre. Cela dit, oui il y a des ingrédients communs : la corruption, qui en Algérie se diffuse à toutes les pores de la société, le clientélisme, un système politique clos, même si une relative liberté d’expression existe, à la différence de la Tunisie de Ben Ali, dans la presse écrite… et jamais dans les médias lourds (radio, TV), la répression et le contrôle de la société, le chômage, le coût de la vie. Plus qu’en Tunisie, les couches moyennes ont été laminées et l’accroissement des richesses de «nouveaux riches» s’accompagne de l’augmentation de couches sociales de plus en plus défavorisées. Il y a tous les facteurs objectifs communs avec la Tunisie mais les situations ne sont pas semblables. Cela dit, tout est possible, mais pas seulement par l’exemple, car une société qui a connu, dit-on dans la presse, près de 10 000 émeutes locales est prête aux changements auxquels elle aspire. Ce ne serait pas par mimétisme ou «contagion» et les formes seront inédites. C’est d’ailleurs pareil pour l’Égypte.
Depuis quelques jours, l'Égypte est en proie, elle aussi, à des émeutes du ras-le-bol. Elles sont réprimées plus durement qu'en Tunisie. Une victoire de la rue en Egypte auraitelle plus d'impact qu'en Tunisie ?
C’est évident que les enjeux aussi bien internes, arabes ou internationaux d’une révolution démocratique dans le monde arabe auraient un extraordinaire écho qui changerait fondamentalement la donne. Immense pays, nombreuse population, emblème culturel, premier Etat arabe, bien que le peuple ne l’ait jamais accepté, à reconnaître Israël, l’Égypte vit de subventions américaines et joue un rôle fondamental au Proche- Orient et il ne m’étonnerait pas que dans la situation où la révolte populaire deviendrait culminante, comme des observateurs le prédisent, les Américains prépareraient une alternative «douce» dans leurs intérêts. L’axe Le Caire-Arabie Saoudite est le maillon essentiel de la politique américaine au Proche- Orient Les répercussions dans le monde arabe seraient immenses.
Y'aurait-il une question de générations dans ces bouleversements ?
Ne sont-ce pas les jeunes générations éduquées et ouvertes sur le monde grâce à l'internet qui disent aux «despotes orientaux» de sortir des limités étriquées de leur nationalisme autoritaire? Certainement. Les modifications de la structure de la population sont bien importantes quand les données globales sont de 70% de moins de trente ans. Saisissons que des générations n’ont connu que Ben Ali, Moubarak, Bouteflika et consorts au pouvoir ! Plus éduquées, cela s’est ressenti en Tunisie avec la présence de femmes importantes dans les manifestations, ouvertes au monde par Internet, mais n’exagérons pas le phénomène, elles s’inscrivent plus mentalement dans la globalisation. Ce facteur joue, bien sûr. Mais évitons les clichés de la Cyber-Révolution que l’on projette sur la Tunisie ou l’Égypte. Facebook et Twitter ont servi à l’information, à la mobilisation, certes, mais la révolution se fait dans la rue ! Il y a aujourd’hui, et cela me paraît irréversible, un lieu du politique qui est «la rue arabe» comme lieu d’expression des opinions publiques… À Tunis, à Alger, à Sanaâ ou à Beyrouth…
Un autre pays au destin singulier, c'est le Liban qui paye en fait par son équilibre et sa paix les turbulences des pays voisins, Israël et la Syrie. Comment le Liban peut-il sortir de l’ornière ?
Ce qui se passe au Liban m’intéresse beaucoup, car j’y séjourne régulièrement depuis quelques années dans un cadre professionnel et je pense que l’évolution de ce pays sera cruciale pour le monde arabe du fait de son histoire et de ses enjeux. La chute du gouvernement de Hariri et la nomination de Nejib Mitaki marquent une défaite des Occidentaux, dont le but était de discréditer et d’abattre le Hezbollah qui demeure une force de résistance, non seulement vis-à-vis d’Israël mais de l’axe américano- saoudien. Faut-il remarquer que le changement gouvernemental se fait de façon la plus démocratique par une modification d’alliances au Parlement. Sans épouser, loin de là, l’idéologie du Hezballah, il faut tout de même se rendre compte que son action au sein du 8-Mars réussit une alliance avec Aoun, le PSLS et des forces qui dépassent les conflits intercommunautaires. La propagande des médias occidentaux contre la Syrie ou l’Iran, qui sont certes loin d’être des régimes démocratiques, a des visées géostratégiques qui nécessitent que l’on soit vigilants quant aux enjeux pour le monde arabe. Cela dit, cela n’empêche nullement, bien au contraire, d’exiger la démocratie dans ces pays.
A. M.

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2011/01/30/article.php?sid=112088&cid=2

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L’UGET s'engage à préserver les acquis de la Révolution

Publié le par Mahi Ahmed

 
   
 

 

 

 

L’UGET s'engage à préserver les acquis de la Révolution

Tunis-TAP- M. Ezzeddine Zaâtour,  secrétaire général de l'Union générale des étudiants de Tunisie (UGET)  s'est félicité  hier de la  décision du gouvernement national provisoire de supprimer la police universitaire rappelant qu'il s'agit d'une revendication que l'Union avait formulée depuis les années 90.

 

 

 

M. Zaâtour a déclaré à l'agence TAP que cette décision favorise une administration universitaire dans "un cadre démocratique et transparent "et  libéré les étudiants et les professeurs de toutes les contraintes, outre la possibilité de créer et d'innover, en toute liberté.

 

Il a indiqué que l'Union soutient l'élection par le corps professoral des doyens et des directeurs des établissements de l'enseignement supérieur.

 

S'agissant du programme futur, de cette organisation estudiantine créée en 1952, M. Zaâtour a souligné que l'Union attend toujours la concrétisation des promesses du ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche scientifique concernant ses droits matériels et un nouveau siège.

 

Il a précisé que le rôle de l'UGET, au cours de cette étape, consiste notamment, en l'ouverture sur les différents établissements de l'enseignement supérieur, la polarisation des étudiants pour adhérer à l'Union, outre l'élargissement des domaines d'innovation au profit des  jeunes étudiants et ce, à travers la promotion  de  l'action culturelle indépendante et productive.

 

Il a souligné que l'UGET oeuvrera à préserver les acquis de la révolution du peuple tunisien à travers le contrôle des mesures et des décisions du gouvernement provisoire relatives notamment à la promotion de la liberté et de la démocratie indiquant que l'édification de l'Union est tributaire aujourd'hui des jeunes militants  pour l'ouverture et la rupture définitive avec les slogans imposés.

http://www.pressetunisie.net/letemps3.php

Publié dans TUNISIE Spécial

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Moubarak aveugle et sourd

Publié le par Mahi Ahmed

Moubarak aveugle et sourd

par Kharroubi Habib

Au soir du «vendredi de la colère», et alors que le peuple au Caire et dans les autres villes d'Egypte continuait à occuper la rue et à demander son départ malgré l'instauration du couvre-feu et le déploiement de l'armée, Hosni Moubarak s'est adressé à la nation comme si ce qui se passe dans le pays est un évènement mineur et ses acteurs des trublions qu'il suffit de menacer pour que tout rentre dans l'ordre.

 Autant dire que le vieux dictateur a fait tout faux dans son allocution au peuple égyptien. Aveugle à la détermination de ses concitoyens en révolte et sourd à leur exigence de son départ, il s'est contenté de leur annoncer la dissolution du gouvernement. Une mesure totalement inadaptée à l'attente populaire. Et qui n'a pas eu l'effet qu'il en escomptait, à savoir calmer la révolte populaire qui a embrasé le pays, comme l'a prouvé la reprise de celle-ci.

 Pourtant, Moubarak aurait peut-être pu atteindre cet objectif en promettant au peuple qu'il renonçait à se porter candidat à sa succession fin 2011. En se taisant sur cette éventualité, il a donné à comprendre aux Egyptiens qu'il a l'intention non seulement de s'accrocher au pouvoir pour le temps qui lui reste de son mandat courant, mais même au-delà de cette échéance. Entre le vieux despote qui ne veut rien céder et un peuple déterminé à le renverser sans délai, la donne est maintenant dans les mains de l'armée. Une armée qui n'est certes pas dans la position d'avoir les mêmes raisons que cette de Tunisie de se montrer sympathisante avec la révolte populaire qui veut un changement de régime. Elle fera tout par conséquent pour empêcher que celle-ci parvienne à cet objectif. Quitte à pousser à la porte de sortie le vieux dictateur pour protéger l'essentiel. Surtout que celui-ci a de toute évidence perdu le sens des réalités et n'a pas fait la juste mesure de la colère qui s'est accumulée dans le pays contre sa personne.

 A force d'avoir été encensé, courtisé et soutenu par les Etats-Unis, l'Europe et ses «frères arabes», Moubarak en est arrivé à la conviction d'être un acteur indispensable sur l'échiquier international et régional et, à ce titre, bénéficier de l'appui de ces mondes-là pour son maintien au pouvoir, malgré l'ampleur de son rejet qu'exprime le peuple égyptien.

 Sauf que la situation en Egypte est devenue telle que les Etats sur lesquels le pharaon du Nil compte pour se maintenir appliqueront inévitablement contre lui la règle d'or qui veut que les Etats n'ont que des intérêts et pas d'amis. A n'en point douter, ils ont déjà pris des garanties pour leurs intérêts auprès de l'armée égyptienne. Laquelle sacrifiera sans état d'âme le vieux dictateur au profit d'un scénario permettant de calmer la révolte populaire. Elle se fera par conséquent pilote d'une transition qui offrira quelques concessions aux revendications populaires, mais préservera sa place centrale au sein du nouveau pouvoir qui se mettra en place dans l'après-Moubarak.

 Ce rôle que l'armée égyptienne va certainement tenter de jouer préfigure qu'il va être impossible pour la rue d'imposer une autre issue, à savoir l'avènement de la rupture totale en Egypte avec le mode d'exercice du pouvoir que le pays a subi depuis 1952.

http://www.lequotidien-oran.com/?news=5148646

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Mea culpa

Publié le par Mahi Ahmed

Mea culpa

Par Hmida BEN ROMDHANE
La Presse a un problème avec ses lecteurs qui traîne depuis longtemps. Nous n'avons jamais parlé franchement avec nos lecteurs à propos des critiques et des griefs que l'on entend ici et là et qui concernent le contenu de notre journal. Tout le monde est conscient au journal  La Presse que, pratiquement depuis l'indépendance jusqu'au 15 janvier 2011, ce qui se publiait au niveau politique ressemblait à tout sauf à de l'information.
Les dictatures de Bourguiba et de Ben Ali avaient instrumentalisé la presse en général et La Presse en particulier pour servir l'ego surdimensionné des deux seuls présidents que le peuple tunisien a eus en plus d'un demi-siècle.
Flagorneurs, laudateurs, calculateurs et manipulateurs rivalisaient d'inventivité et d'imagination pour décrire Bourguiba d'abord, Ben Ali ensuite, comme des hommes exceptionnels, des génies et des sauveurs et des constructeurs sans lesquels la Tunisie ressemblerait à un désert peuplé d'«une poussière d'individus».
Le culte de la personnalité dans les deux dictatures était si développé que, dans le cas de Bourguiba, la présidence à vie était devenue un principe constitutionnel, et, dans le cas de Ben Ali, le dictateur n'avait pas encore accompli un an de son quatrième mandat que flagorneurs, laudateurs, calculateurs et manipulateurs le suppliaient déjà de se représenter pour un cinquième mandat…
La Presse, tout comme la télévision et la radio nationales, a joué un rôle central dans l'établissement d'un culte de la personnalité des deux présidents et dans l'instauration d'un système d'information ossifié et sclérosé, ayant fortement endommagé la réputation internationale du pays.
Les titres pompeux, les fausses informations sur l'état de la démocratie, des libertés et des droits de l'Homme, les éditoriaux creux, les attaques indécentes contre certains opposants étaient source d'amertume quotidienne pour les journalistes. Leur impuissance à influer sur l'orientation du journal était d'autant plus frustrante que leur travail de journaliste était l'unique source de revenu.
Certains journalistes, dont l'auteur de ces lignes, ont tenté à maintes reprises de s'opposer à cet état de fait en signant des pétitions ou en publiant sur le web des articles censurés, mais leur action était très peu efficace face à une administration au garde-à-vous.
Il est normal qu'après plus d'un demi-siècle de désinformation et d'usage systématique de la langue de bois que la relation entre le journal La Presse et ses lecteurs soit troublée. Tous les journalistes sont conscients que, à l'exception des années 1988-89-90, les lecteurs achetaient La Presse soit par habitude, soit pour consulter les petites annonces, soit pour suivre les informations sportives, mais certainement pas pour s'informer des activités de Bourguiba et de Ben Ali ou de leurs ministres, ni, encore moins, pour «savourer» l'éditorial.
La responsabilité centrale de cet état de choses incombe à l'Autorité politique, et principalement au service de presse au Palais de Carthage qui, pendant des décennies, s'est posé en gardien vigilant, réprimant  toute velléité d'indépendance de la presse, et récompensant toute disposition à chanter les louanges mensongères du régime.
Aujourd'hui, la Tunisie respire et La Presse aussi. Notre journal n'est plus le même depuis le 15 janvier, comme ne cessent de nous le faire remarquer de nombreux lecteurs. La Presse a changé parce que ses journalistes ont été libérés du joug de la dictature par la révolte populaire. Nous n'avons pas hésité un seul instant à nous engouffrer dans la brèche ouverte par notre jeunesse, il y a tout juste deux semaines.
Tout en présentant ses excuses les plus sincères à ses lecteurs pour le produit lamentable qu'elle leur a offert durant les années de plomb, La Presse tend aujourd'hui la main à ses lecteurs. Une main libre de toute interférence politique. Nous nous engageons fermement auprès de nos lecteurs et nous les assurons de notre volonté inébranlable de couper définitivement avec le passé et d'entamer avec eux une nouvelle page dont l'écriture a commencé le 15 janvier 2011. Nous nous engageons à défendre bec et ongles la liberté de la presse que l'ancienne classe politique nous a déniée pendant si longtemps et que notre jeunesse nous a offerte sur un plateau d'argent. Nous sommes reconnaissants à notre peuple d'avoir libéré notre parole et notre plume.
Les lecteurs auront dans les jours, les semaines, les mois et les années à venir un journal où ils puiseront l'information juste, diversifiée et plurielle ainsi que le commentaire qui respecte à la fois la liberté, la diversité et les règles de base de la déontologie. Nous sommes d'ores et déjà en mesure d'annoncer la bonne nouvelle à nos lecteurs: depuis le 15 janvier, nous ne recevons plus ni ordres ni rappels à l'ordre. Ni directives de jeter à la poubelle tel article, ni «suggestion» de mettre en valeur tel autre. Les seuls rappels à l'ordre que nous tolèrerons désormais sont ceux qui nous viendraient de nos lecteurs et c'est à eux et eux seuls que nous chercherons à plaire. Nous vous invitons vivement, à cette fin, à réagir au nouveau contenu de votre journal au: contact@lapresse.tn.

Auteur : H.B.R.

Ajouté le : 30-01-2011

http://www.pressetunisie.net/lapresse3.php

Publié dans TUNISIE Spécial

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LE DELIRE Du Patriarche

Publié le par Mahi Ahmed

LE DELIRE Du Patriarche

par K. Selim

IL Y AVAIT QUELQUE CHOSE DE PATHETIQUE DANS LE DISCOURS D'UN HOSNI MOUBARAK OFFRANT SON GOUVERNEMENT EN SACRIFICE A DES EGYPTIENS QUI VEULENT SON DEPART ET LA FIN DE SON REGIME. L'IMPRESSION D'UN PHENOMENAL DECALAGE SPATIO-TEMPOREL ENTRE DES EGYPTIENS QUI ONT DECIDE, D'UN COUP DE REIN, DE SE METTRE A JOUR ET UN PRESIDENT DONT LE LOGICIEL EST PASSABLEMENT PERIME. UN LOGICIEL AMERICAIN ENVOYE PAR WASHINGTON QUI, VOULANT EVITER LA CHUTE BRUSQUE D'UN ALLIE SUR, LUI A SOUFFLE DE PROMETTRE DES REFORMES.

 EN REALITE
– COMME CE FUT LE CAS POUR BEN ALI –, CERTAINES MESURES ET PROMESSES ARRIVENT TROP TARD CAR ELLES ONT ETE DEJA ARRACHEES DE HAUTE LUTTE ET A UN PRIX ELEVE PAR CEUX QUI ONT BRAVE LA RUE ET LA REPRESSION. LE PRESIDENT MOUBARAK, QUI A RENVOYE LE GOUVERNEMENT ALORS QU'IL EST PERSONNELLEMENT ET DIRECTEMENT CONTESTE, A SANS DOUTE ETE AVEUGLE PAR LE SOUTIEN DES AMERICAINS QUI JOUENT AUX EQUILIBRISTES. ILS SONT CONTRE LA VIOLENCE, TOUT EN INSISTANT SUR LE FAIT QUE LE PRESIDENT EGYPTIEN EST UN PARTENAIRE. PAS DE QUOI IMPRESSIONNER UNE RUE QUI N'APPRECIE GUERE LA VASSALITE DE SES DIRIGEANTS AUX ETATS-UNIS. HIER, DES JOURNAUX AMERICAINS SEMBLAIENT FLAIRER LE DANGER ET DEMANDAIENT AU GOUVERNEMENT AMERICAIN DE ROMPRE LE LIEN AVEC MOUBARAK, ET DONC DE LE LACHER.

 IL N'EMPECHE, L'ADMINISTRATION AMERICAINE AURA AGGRAVE LE MAL EN SUGGERANT A MOUBARAK DE TENIR
– ON LE SAURA AU PROCHAIN WIKILEAKS SANS DOUTE – EN ASSORTISSANT SON «J'Y SUIS, J'Y RESTE» DE PROMESSES DE REFORMES. IL Y AVAIT ERREUR DE CASTING.

 LA SEULE SORTIE POSSIBLE POUR MOUBARAK AURAIT ETE QU'IL S'ENGAGE A QUITTER LE POUVOIR DANS UN DELAI BREF, LE TEMPS D'ORGANISER AVEC L'OPPOSITION UNE TRANSITION VERS UN NOUVEL ORDRE. LA PERSPECTIVE N'AURAIT PAS FORCEMENT ENCHANTE DES EGYPTIENS QUI VEULENT SON DEPART IMMEDIAT, MAIS LES FORCES D'OPPOSITION Y AURAIENT VU UN GAGE DE SERIEUX ET L'AURAIENT ACCEPTE AU NOM DE L'IMPERATIF DE PRESERVER L'EGYPTE.

 TEL LE PERSONNAGE DE L'AUTOMNE DU PATRIARCHE, SOMBRANT DANS SON DELIRE, HOSNI MOUBARAK N'A PAS COMPRIS QUE LES EGYPTIENS ONT DEJA AVANCE. EN LEUR SIGNIFIANT QU'IL RESTAIT AU POUVOIR, IL A ENVOYE LE PLUS MAUVAIS MESSAGE POSSIBLE APRES UNE JOURNEE OU LES EGYPTIENS ONT DISPUTE L'ESPACE PUBLIC AUX FORCES DE POLICE AVEC UNE APRETE EXTRAORDINAIRE.

 IL N'A PAS NON PLUS SAISI QUE L'ACCUEIL FAVORABLE QUE LES EGYPTIENS ONT RESERVE A L'ENTREE EN SCENE DE L'ARMEE ETAIT CELUI DE L'ESPERANCE QU'IL ETAIT POSSIBLE D'ABREGER L'AGONIE D'UN REGIME QUI A FAIT LA PART BELLE AUX PLOUTOCRATES. MOUBARAK N'EST PAS L'HOMME DES REFORMES ET NE PEUT PAS L'ETRE. IL EST AU POUVOIR DEPUIS TRENTE ANS DANS UNE EGYPTE MAINTENUE EN ETAT D'URGENCE DURANT TOUT SON REGNE.

 EN LUI DEMANDANT DE RESTER EN PLACE ET DE NE PAS REPRIMER
– UNE OPTION QUASI IMPOSSIBLE -, LES AMERICAINS ONT CREE UNE PROLONGATION INUTILE ET TRES DANGEREUSE. MEME DES HOMMES DU REGIME N'Y CROIENT PLUS. A DEFAUT DE PARTIR IMMEDIATEMENT – CE QUI AURAIT ETE UNE ISSUE -, LES EGYPTIENS AURAIENT ACCEPTE QU'IL LEUR DONNE LE CALENDRIER DE SON DEPART. NECESSAIREMENT LIMITE. IL NE L'A PAS COMPRIS, IL A FAIT CONFIANCE – C'EST UNE HABITUDE – AU LOGICIEL AMERICAIN. LE REJET A ETE IMMEDIAT APRES CE DISCOURS D'UN HOMME QUI N'A PAS SAISI QUE LE SYSTEME DE LA PEUR QUI S'IMPOSAIT AUX EGYPTIENS VENAIT DE S'EFFONDRER.

 HILLARY CLINTON, QUI SEMBLAIT AUSSI
EFFRAYEE QU'UNE ROMBIERE DU PARTI AU POUVOIR, A BEAU LE RECONNAITRE ENCORE, L'EGYPTE, ELLE, NE LE RECONNAIT DEJA PLUS COMME PRESIDENT.

 IL FAUT JUSTE ESPERER QUE LE TEMPS DE L'AJUSTEMENT ENTRE L'ETAT OFFICIEL ET L'ETAT DE LA SOCIETE SOIT LE PLUS COURT ET LE MOINS COUTEUX. CE SERA ENCORE LE PRIX A PAYER POUR L'EGYPTE AVANT QUE LE PATRIARCHE NE SORTE DE SON DELIRE POUR SAISIR LA REALITE DE CETTE SOCIETE QU'IL A CESSE DE MAITRISER, DE CONTROLER ET D'EFFRAYER.


http://www.lequotidien-oran.com/?news=5148649

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Le Gdansk arabe » ?

Publié le par Mahi Ahmed

 

 

Le  Gdansk arabe » ?

Raouf KHALSI - Aux premières heures de la Révolution tunisienne, nous sentions tous qu’un ébranlement s’opérait déjà sur le seuil des (fragiles) certitudes arabes. Effet domino ? Trop tôt pour l’affirmer. Ce qui est déjà acquis, c’est que les jeunes du monde arabe se disent ceci aujourd’hui : « On peut faire bouger les choses ». Il y a désormais plus d’un jeune prêt à se donner la mort . Du coup, c’en est fini de la culture de l’impuissance. Les images nous parvenant du Caire, le démontrent pleinement.

 

Les Occidentaux, alertes, en tous les cas ceux qui ont été plus alertes que la France, avaient même « spéculé » sur un « Gdansk arabe » sous la plume de Roger Cohen dans l’International Herald Tribune. Les artisans de la Révolution tunisienne seraient-ils donc, « au monde arabe, ce qu’a été à l’Empire soviétique la révolte des chantiers navals de cette ville de Pologne en 1980 – le déclencheur d’un mouvement qui, dix ans plus tard, a abouti à la désintégration de l’URSS ? »

Mais l’ennui c’est qu’il n’y a pas que les régimes arabes basés sur la « sécuritocratie »  (du terme même de Bassma Lodmani, politologue et directrice  de l’Arab Reform) qui redoutent l’onde  de choc tunisienne. Car celle-ci retentit au cœur même de Paris, de Montréal et partout où il existe une grande concentration d’étudiants ou de jeunes ouvriers maghrébins et arabes…

Ceux-ci y sont aujourd’hui glorifiés. C’est un fait. Et cela fascine les Occidentaux,  autant qu’il leur donne des frayeurs… Car c’est au sein même de l’Union Européenne que les dictatures trouvent des amitiés solides. C’est au sein des institutions financières internationales qu’elles trouvent la version chiffrée (à coups de satisfecits) à la « justification totalitaire ». Quant à la Maison Blanche, elle ne saurait se faire bonne conscience : on voit bien qu’elle tient à Moubarak du fait qu’il tire « sa légitimité » directement de l’axe Washington/Tel Aviv !

La révolte égyptienne aboutira-t-elle au même résultat que celui obtenu par la Révolution tunisienne ?

On verra… Mais nos jeunes, déjà dépités de ce que nos politiques et nos élites  et l’Occident lui-même essayent de leur ravir leur irrépressible mouvement, constatent qu’inévitablement, le « légendaire » nombrilisme égyptien se met en scène. Or, comme l’a dit Alain Frachon dans le « Cahier du monde » du jeudi 20 janvier 2011, la Tunisie a donné deux personnages au monde arabe : Bourguiba et Mohamed Bouazizi. En 65 à Jéricho, Bourguiba a fustigé l’utopie du nationalisme arabe dont Nasser était l’apôtre. Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi s’immolait par le feu…

Avec Bourguiba c’est une prophétie prouvée par le cours de l’Histoire. Avec Bouazizi, c’est la dimension sacrificielle de la dignité humaine…

Rien de pharaonique, mais de bien plus, grand…

http://www.pressetunisie.net/letemps3.php

Publié dans TUNISIE Spécial

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L’Egypte dans l’œil du cyclone

Publié le par Mahi Ahmed

 
   
 

 

 

 

L’Egypte dans l’œil du cyclone



Le Devoir (Canada) - Un printemps arabe

Un vent de changement et d'espoir souffle sur le monde arabe, longtemps résigné à la pauvreté et à la répression. Après la Tunisie, le géant égyptien se réveille et pourrait entraîner le Yémen, l'Algérie et la Syrie dans son sillage.

Depuis 20 ans, peut-être même 30, tout ce que la planète compte de spécialistes, de diplomates et de politiciens se demandent quand la poudrière arabe va imploser. Et comment. «C'était une question de temps. Ça ne pouvait pas continuer», affirme Samir Saul, égyptien d'origine, qui est historien et spécialiste des relations internationales dans les pays arabes à l'Université de Montréal.

 

Après la «Révolution du jasmin» en Tunisie, qui a abattu en quelques semaines le régime répressif et corrompu de Ben Ali, en place depuis 23 ans, l'Égypte s'est enflammée. Depuis quatre jours, des milliers de manifestants défient l'autorité du président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 30 ans…

L'opposant et lauréat du prix Nobel de la paix Mohamed el-Baradei, ancien dirigeant de l'Agence internationale de l'énergie atomique, a été assigné à résidence dès son arrivée au Caire. Internet et les services de téléphonie cellulaire, qui ont largement servi à mobiliser les manifestants depuis mardi, étaient perturbés dans tout le pays…

«Le peuple veut virer le régime!», «Si les Tunisiens l'ont fait, pourquoi pas nous!?» pouvait-on entendre dans les rues envahies par une jeunesse qui brave l'état d'urgence — en vigueur depuis 1981! — et ses pouvoirs tentaculaires.

Alliée de Washington dans la région, poids lourd du monde arabe avec ses 81 millions d'habitants (10 fois plus que la Tunisie), l'Égypte est la clé de voûte de ce possible printemps arabe, ce mouvement de liberté, d'éclosion, tant espéré.

«Ce serait un miracle si le régime de Moubarak se maintenait», affirme le politologue et spécialiste du monde arabe Henri Habib, professeur à l'Université Concordia. «Si l'Égypte tombe, les autres tomberont. Revenons à l'histoire. Après l'abolition de la monarchie en Égypte en 1952, un coup d'État a eu un résultat identique en Irak en 1953; il y a eu aussi des coups d'État en Syrie et il a failli y en avoir en Jordanie. C'est l'Égypte qui donnait le ton. Ça semble se répéter.»

Les autres régimes de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient sont sur les dents. Si la Tunisie a été l'inspiration, l'Égypte pourrait donner du courage aux autres peuples, affirme Samir Saul, de l'Université de Montréal.

Au Yémen, la police et l'armée ont passivement regardé 16.000 personnes manifester dans les rues de la capitale, Sanaa, cette semaine. Du jamais vu depuis l'arrivée au pouvoir d'Abdallah Saleh, il y a 30 ans. Ce dernier a d'ailleurs promis de quitter la présidence en 2013. En Syrie, où la population est jeune, éduquée et au chômage, comme en Tunisie, le président Bashar El-Assad a convoqué cette semaine toutes les branches du gouvernement pour leur demander fidélité en cas de débordement. Mercredi, le gouvernement, dirigé par le parti Baâth depuis 1963, a resserré son contrôle sur Internet, interdisant notamment les discussions en direct sur Facebook avec les cellulaires. Le président El-Assad est conscient qu'en Égypte et en Tunisie, les émeutes ont été possibles grâce à une jeunesse connectée à Facebook et Twitter, les réseaux sociaux qui contournent les médias traditionnels contrôlés par les États.

En Algérie, contrôlée d'une main de fer par le président Abdelaziz Boutefika, au moins six personnes se sont immolées par le feu en public depuis quelques semaines, autant de tentatives pour lancer une fureur populaire comme en Tunisie, où le suicide par immolation du jeune Mohamed Bouazizi a canalisé la colère de toute une génération.

C'est justement parce qu'il n'était personne et tout le monde à la fois que Bouazizi est devenu ce héros qui a lancé la «révolution du jasmin»... et peut-être le printemps arabe. Ce marchand de 26 ans, vendeur de fruits et de légumes, a été arrêté le 17 décembre par deux policiers qui ont confisqué son chariot et détruit sa cargaison. On lui crache dessus, on le gifle. Son crime? Il n'avait pas de permis de vendeur. En sortant de la préfecture de police, désespéré, Bouazizi s'immole par le feu, laissant sa vie sans savoir combien il allait ultimement en sauver, en libérer.

Alec Castonguay  

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Le Quotidien d’Oran (Algérie) - «Bougez, vous mangerez du rouget»

Les autocraties arabes tremblent et ne cachent même pas leur peur. Les peuples bougent et n'attendent aucune impulsion extérieure, les privant ainsi de l'argument de l'ingérence étrangère. Ces peuples sont dans leur temps, les régimes épuisés ne comprennent visiblement pas cette phase nouvelle de l'histoire.

Les Tunisiens ont ouvert une brèche énorme qu'aucune répression et qu'aucune politique populiste ne pourront plus refermer. Au Caire et dans de nombreuses villes égyptiennes, la peur a été surmontée. Le blocage d'Internet et des téléphones mobiles n'aura pas empêché les Egyptiens de réussir, dans la douleur, les violences et l'odeur des grenades lacrymogènes, leur vendredi de la colère. Le régime est acculé. Même ses protecteurs occidentaux, qui craignent une démocratie aux conséquences géopolitiques indésirables, demandent que des initiatives soient tentées, notamment l'ouverture du jeu politique. Ces amis occidentaux veulent qu'on leur sauve la face et les meubles. Le monde arabe est en mouvement. A l'est de la nouvelle démocratie tunisienne, c'est en cours. Et immanquablement, l'ouest de la Tunisie suivra. Le blocage de la dynamique naturelle des sociétés arabes au nom de la «menace islamiste» cesse de fonctionner.

Les Occidentaux eux-mêmes, surpris par des mouvements de contestation où les islamistes n'ont pas les rôles les plus importants, tentent de s'adapter. Seuls les régimes et les gouvernants se braquent et tentent, encore une fois, d'agiter la carotte et surtout le bâton. Ils ont tellement créé le vide qu'ils en sont arrivés à croire qu'ils peuvent annihiler les demandes politiques et sociales de leur peuple par la peur de l'effondrement. Cela ne marche plus.

Sur un forum algérien sur le Net, un Algérien s'est inquiété de la fin indigne de Ben Ali, désormais recherché par Interpol comme un vulgaire criminel. Il ne le regrettait pas, bien entendu, mais il estimait qu'en resserrant aussi fortement l'étau sur le dictateur tunisien, on envoyait un mauvais message aux autoritarismes en place qui seraient enclins à ne plus lâcher prise. Et à réprimer sans modération. On est dans le registre psychologique et non dans le politique, qui comporte normalement une part d'anticipation et de gestion rationnelle.

 

Ceux qui sont au pouvoir ont, jusqu'à ce que les choses leur échappent, tous les leviers en main pour éviter la fin indigne de Ben Ali. L'exaspération des Egyptiens contre le régime n'était pas un mystère. A moins d'un aveuglement total, les choses étaient claires pour les moukhabarate comme pour le citoyen lambda. Le régime comptait sur une présumée inaptitude des Egyptiens à la révolte. D'une certaine manière, cette idée était partagée aussi par les opposants. Une journaliste égyptienne l'a exprimée clairement en se disant «émerveillée par ce peuple auquel j'appartiens et que je croyais incapable de dire non». Tout a été dit en une petite phrase.

Méfiez-vous, gouvernants des peuples qui semblent dormir. Quand saute le mur de la peur et que les populations se mettent à bouger, c'est qu'il est souvent trop tard pour les régimes. Cela est valable à l'est de la Tunisie, cela est valable à l'ouest de cette révolution, en Algérie.

Les jeunes Algériens ont inventé la formule «Bougez, vous mangerez du rouget», qui dit bien que rien ne vient à ceux qui ne tentent rien. Les gouvernants devraient le méditer et se dire qu'il faut bouger avant de se faire bouger…

K. Selim

 

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La faiblesse des Etats-Unis dans le monde arabe, mise à nu

Publié le par Mahi Ahmed

 
   
 

 

 

La faiblesse des Etats-Unis dans le monde arabe, mise à nu



 

Le Temps-Agences - Le tourbillon des événements récents au Proche-Orient et en Afrique du Nord met en lumière la faiblesse actuelle des Etats-Unis dans la région, jugent des analystes à Washington.

La situation est à l'opposé des années 1990, quand les Etats-Unis avaient durablement relancé un processus de paix entre Israël et les Palestiniens, dans la foulée de la première guerre du Golfe qui avait chassé l'armée irakienne du Koweït.

 

Une succession de mouvements populaires s'est abattue en quelques semaines sur des régimes autocratiques en Tunisie, en Egypte, au Yémen et en Jordanie -- tous des alliés de Washington. Au même moment, le Hezbollah, un groupe soutenu par l'Iran et la Syrie, faisait chuter le gouvernement libanais pro-occidental.

Et dans le conflit israélo-palestinien, les Palestiniens ont décidé de se tourner vers l'ONU, tandis que le processus de paix parrainé par les Etats-Unis paraît s'effondrer.

Des pays comme la Turquie, le Qatar et l'Arabie Saoudite remplissent le vide créé, accroissant leur rôle dans la diplomatie régionale, note aussi pour l'AFP l'analyste Shibley Telhami, de l'université du Maryland.

"Il ne fait pas de doute que l'influence américaine a fortement diminué depuis deux décennies", dit Telhami, rappelant la "Pax Americana" et la domination américaine dans la région après 1991.

Les Etats-Unis accusent désormais l'Iran de s'immiscer dans les affaires de l'Afghanistan et de l'Irak, mais aussi d'armer et de financer Hezbollah et Hamas.

"L'influence de l'Iran en Irak est aussi forte que celle des Etats-Unis", estime l'experte Marina Ottaway, de la fondation Carnegie.

Selon Mme Ottaway, l'ancien président américain George W. Bush a également commis une erreur en tentant sans succès de supprimer l'influence de la Syrie au Liban. "Cela a rendu la situation encore plus instable parce que les Syriens jouaient des coudes pour regagner leur influence", dit-elle.

Aaron David Miller, un ancien négociateur de paix américain, est désormais chercheur au centre Woodrow Wilson. D'après lui, la vague récente d'événements dans le monde arabe "met en lumière la faiblesse américaine".

Le président actuel "a créé des attentes, et l'idée, d'une certaine manière, que nous étions plus puissants que nous ne le sommes vraiment", dit-il.

Or, après avoir "trébuché" dans le processus de paix israélo-palestinien, "en Tunisie et en Egypte, nous avons à l'évidence du mal à définir quel est le rôle le plus efficace possible pour les Etats-Unis face à ces changements."

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Inquiétudes en Israël

 

 Le Temps-Agences - Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a invité les membres de son gouvernement à ne pas faire de commentaires sur la situation en Egypte. Mais Israël s'inquiète d'éventuelles répercussions des troubles sur les relations avec un de ses rares partenaires dans le monde arabe, selon des diplomates israéliens.

"Il y a une grande inquiétude concernant ce qui se passe en Egypte. Nous surveillons de très près les événements et les analysons au fur et à mesure", explique un de ces hauts responsables. Les dirigeants israéliens, ajoutent-ils, ne pensent pas que le président égyptien Hosni Moubarak puisse être renversé par la révolte populaire, comme le Tunisien Ben Ali.

Mais Israël, redoute une nouvelle donne politique dans laquelle les Frères musulmans auraient plus de poids, ainsi que d'une extension des troubles à Gaza, en Cisjordanie et en Jordanie. L'Egypte a été le premier Etat arabe à signer un traité de paix avec Israël, en 1979, avant la Jordanie (1994), précisent-ils

"Il est bien qu'Israël garde le silence, mais il n'y a pas de doutes, ce qui se passe en Egypte n'est pas bon pour les intérêts israéliens", a estimé Eli Shaked, ancien ambassadeur israélien en Egypte. "C'est seulement une question de temps avant qu'un leader émerge de la révolution, et il viendra des Frères musulmans. Ils seront de ceux qui tireront profit de la situation", a-t-il ajouté, interrogé par la chaîne de télévision israélienne Channel 10.

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Paris invite ses ressortissants à la prudence

 

 Le Temps-Agences - La France a lancé des messages de prudence aux dizaines de milliers de ses ressortissants, dont 10.000 résidents, actuellement présents en Egypte, théâtre d'importantes manifestations contre le pouvoir en place.

Dans un message actualisé publié vendredi soir sur son site Internet, le Quai d'Orsay appelle les Français d'Egypte à "limiter" leurs déplacements "à ceux qui sont strictement nécessaires" en Egypte.

"Des manifestations d'une ampleur exceptionnelle se déroulent actuellement en Égypte, en particulier au Caire. Il est recommandé de limiter ses déplacements à ceux qui sont strictement nécessaires et de se tenir éloigné des attroupements", peut-on lire.

Dans un communiqué publié hier, le ministère français répertorie 9.376 résidents en Egypte, dont 5.947 au Caire. Il évalue en outre à "plusieurs dizaines de milliers le nombre des touristes français actuellement en Égypte", pays des pharaons visité chaque année par quelque 600.000 Français.

Un centre de crise a été mis en place au ministère à Paris, de même qu'une cellule d'urgence à l'ambassade de France au Caire. Une permanence téléphonique joignable au 00.202.35.67.33.44 a traité des centaines d'appels, selon le Quai d'Orsay.

L'ambassadeur de France doit réunir ce matin la communauté française au lycée français de Maadi, au Caire.

Les consulats de Charm el-Cheikh, Hourghada et Louxor sont aussi mobilisés, assurent les services du ministère dirigé par Michèle Alliot-Marie.

Le secrétaire d'Etat au Tourisme, Frédéric Lefebvre, a recommandé vendredi soir aux tour-opérateurs de suspendre les départs de vacanciers prévus hier pour l'Egypte.

Air France a annoncé avoir modifié son programme de vol vers ce pays pour s'adapter aux heures du couvre-feu.

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Le président du Conseil européen appelle à la concrétisations des mesures d’ouverture

 

 Le Temps-Agences - Le président du Conseil européen Herman Van Rompuy a appelé hier à l'arrêt des violences en Egypte, demandant la libération de tous les prisonniers politiques et souhaitant que les mesures d'ouverture promises par le président Hosni Moubarak se traduisent par des "actions concrètes".

Dans un communiqué, Herman Van Rompuy s'est dit "profondément troublé par la spirale de la violence conduisant à une situation qui rend le dialogue encore plus difficile".

"Le respect des droits humains fondamentaux, comme la liberté d'expression, le droit de communiqué, et la liberté de libre réunion, ainsi que l'intégration sociale sont des éléments constitutifs de la démocratie à laquelle aspire le peuple égyptien, et en particulier les jeunes".

"L'histoire a montré que le dialogue peut aussi conduire au changement si un environnement favorable est construit, sans l'usage de la force ou d'une répression militaire", souligne-t-il. "J'appelle donc à l'arrêt des violences pour mettre fin à l'effusion de sang, à la libération de tous ceux qui ont été arrêtés ou assignés à résidence pour des raisons politiques, dont les personnalités politiques, et au lancement du processus de réformes nécessaire".

Le président du Conseil européen "espère sincèrement que les promesses d'ouverture du président Moubarak se traduiront par des actions concrètes

http://www.pressetunisie.net/letemps3.php

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Ce qui est en train de changer dans le monde arabe

Publié le par Mahi Ahmed

Ce qui est en train de changer dans le monde arabe

par Abed Charef

Le monde arabe bouge. Contre les régimes en place qui n'ont pas su anticiper pour introduire les changements nécessaires.

Pendant que théoriciens du complot et partisans de la puissance de la rue s'affrontent pour donner un sens à ces mouvements de rue qui agitent le monde arabe, des changements affectant les fondamentaux de la politique sont en train de se produire dans cette région qui paraissait hostile à toute évolution. Encore précaires, insuffisamment structurées, reposant sur la ferveur plus que sur la réflexion et l'organisation, ces mutations n'en imposent pas moins certaines données nouvelles qui n'étaient guère envisagées il y a un mois.

La principale donnée nouvelle concerne le poids de la rue. Même s'il est encore exagéré d'en faire l'acteur clé de la vie politique dans les pays arabes, celle-ci est en train de changer de rôle. Elle est train d'abandonner son statut traditionnel, celui d'une masse docile qu'on peut mépriser, qu'il faut éventuellement mater, pour en acquérir un nouveau, celui d'un interlocuteur dont il faut tenir compte, car elle peut se transformer en menace.

Un peu partout, des décisions sont prises en direction de la rue, même si, pour l'heure, il s'agit essentiellement d'aides et de subvention aux produits alimentaires. La plupart des pays arabes ont ainsi décidé de nouvelles mesures en ce sens, le Koweït allant jusqu'à proposer de financer complètement les produits alimentaires !

En Algérie, cette démarche a été poussée jusqu'à la caricature. L'Etat a abandonné son droit de prélever des taxes douanières et des impôts pour plaire à la rue. Le ministre de l'Intérieur Daho Ould Kablia a publiquement déclaré qu'il renonçait à combattre l'informel, du moment que cela risquait de provoquer des mouvements de protestation. Le ministère des Finances a renoncé à combattre le commerce informel pour ne pas perturber les activités commerciales. L'Etat a mis le paquet pour augmenter les subventions aux produits alimentaires et les importations de céréales, pourvu qu'il n'y ait pas de nouvelles pénuries susceptibles de raviver la colère de la rue.

Et, à en croire plusieurs journaux, le Premier ministre Ahmed Ouyahia aurait envoyé une note demandant aux agents de la circulation de ne plus procéder à des retraits de permis de conduire car cela risque de provoquer la colère des Algériens !

A côté de ces mesures souvent grotesques, parfois illégales (une circulaire ne peut suspendre l'application d'une loi), les grands mouvements de protestation de janvier 2011 dans plusieurs pays arabes laisseront des traces. En premier lieu, sur la succession des chefs d'Etat actuellement en exercice. En Egypte par exemple, il est désormais acquis que M. Hosni Moubarak ne pourra faire un nouveau mandat à la tête de l'Etat, au cas où il termine son mandat actuel. Quant à l'accession au pouvoir de son fils Gamel, naguère envisagée comme une hypothèse forte, elle est totalement exclue.

Pour l'Algérie, un mouvement similaire est en train de se dessiner. Il apparaît désormais peu probable, voire impossible de voir le président Abdelaziz Bouteflika postuler pour un quatrième mandat, sans risque de provoquer des scissions graves au sein de la société et de ce qui reste des institutions. Il est même probable que nombre de pays arabes vont changer de dirigeants dans les années qui viennent, et que de nouvelles générations vont s'imposer. Même Mahmoud Abbas, président d'une autorité virtuelle, n'est pas épargné.

Cela ne signifie pas pour autant une victoire définitive de la rue, loin s'en faut. Et les partisans du complot ont de solides arguments à faire valoir. Car s'il paraît encore téméraire de mettre ce qui se passe à l'actif de quelque obscure main de l'étranger, il n'en demeure pas moins que des connexions troublantes sont observées depuis que les Etats-Unis ont décidé de parrainer cette vague de contestation. On aura noté d'abord que les Etats-Unis ont favorablement accueilli la «révolution du jasmin», et qu'ils ont demandé au président Hosni Moubarak de ne pas réprimer trop violemment. Depuis quand les Etats-Unis et les autres pays occidentaux ont-ils sympathisé avec la rue arabe ?

 Pour les Etats-Unis, ce qui se passe est évidemment le bienvenu, car cela permet de débloquer une région sclérosée, avec des alliés devenus handicapants car incapables de la moindre initiative. L'inertie des régimes et dirigeants en place est désormais perçue par les Américains comme une menace. Secouer tout ce monde-là par des mouvements de rue et des révolutions de palais peut permettre de créer une situation plus favorable, pour les Etats-Unis s'entend. On retrouve d'ailleurs le climat des fameuses révolutions colorées, comme en Ukraine
…

 Enfin, janvier 2011 consacre des acteurs plus modernes parrainés par les Etats-Unis, ainsi que les outils technologiques dont le monde arabe ne mesure toujours pas l'influence.

 Le Qatar et sa puissante chaîne Al-Jazeera sont ainsi devenus des acteurs de premier plan dans la gestion du monde arabe. C'est un rôle que ce pays ne peut assumer à lui seul.

 L'Internet et la téléphonie mobile, introduits massivement dans le monde arabe comme des gadgets, se sont révélés de formidables outils d'organisation de la contestation. En Algérie, comme en Egypte, en Tunisie et ailleurs, les pouvoirs en place ont eu recours à la vieille méthode qu'ils connaissent bien, censurer Internet et couper les lignes téléphoniques ou l'envoi de SMS. Ils confirment qu'ils ont un siècle de retard sur leurs sociétés, une autre donnée fondamentale qui va bouleverser le monde arabe.

Ces changements sont d'une ampleur exceptionnelle. Mais beaucoup de dirigeants arabes ne s'en sont pas encore aperçus. Ils n'ont donc pas amorcé le changement, ce qui a provoqué cette déferlante de janvier 2011.

http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5148653

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La crise mondiale et nous

Publié le par Mahi Ahmed

La crise mondiale et nous

 

A propos de la crise  du système capitaliste, il me semble que le fait nouveau est qu'on a affaire à un capitalisme globalisé où la fameuse dichotomie sphère réelle-sphère financière et le décrochage de la seconde par rapport à la première sont  dans la logique de fonctionnement même  du système, aujourd'hui. Le profit capitaliste globalisé est de nature financiarisée ou n'est pas."La prise de risque est au coeur du métier des banques et du système capitaliste", rappelle le patron de Goldmann Sachs à ceux qui appellent à mettre au pas la finance capitaliste et à la ramener dans les strictes limites de son "métier". L'économie de casino n'est pas donc une excroissance réductible et réparable par un encadrement plus vigilant des boursicoteurs et de leurs activités, comme le suggèrent les programmes de relance qu'ils soient de droite ou de gauche. La preuve c'est que la spéculation sur tout ce qui est côté en bourse s'est maintenant  élargie aux Etats eux-mêmes (la Grèce, exemple caricatural, à la limite). Deux Exemples :

La République Démocratique du Congo a 37 millions de dollars de dette datant des années1980. Un fond spéculatif, FG Hémisphère, basé dans le paradis fiscal Delaware en plein cœur des Etats-Unis, rachète cette dette. Avec les intérêts imposés, cette dette augmente chaque jour de 27.500 dollars ! FG Hémisphère saisit la justice  (la cour de Jersey), qui condamne la RDC à rembourser 100 millions de dollars, montant de la dette des intérêts et des pénalités. Pour se faire payer, FG Hémisphère obtient que pendant 15 ans les recettes de la vente de l’électricité à l’Afrique du Sud lui reviennent ! En 2010, la Cour d’appel de Hong Kong saisit une partie des droits payés par la Chine à la RDC pour l’exploitation d’un gisement minier.

 L’Argentine est actuellement la proie de deux fonds spéculatifs, Elliot Capital et EM Limiter, qui tentent de saisir les fonds déposés par l’Etat argentin auprès de la Banque des règlements internationaux (BRI) pour un montant dépassant l milliard de dollars.

 

Le cycle des crises tend à se raccourcir fortement. Malgré les milliers de milliards de dollars déversés dans les circuits de la haute finance capitaliste, le coeur du réacteur, la machine économique ne donne pas de signes  d’une reprise durable et le spectre d'une rechute est toujours là qui plane. Les commandes centrales classiques de régulation du système ne répondent plus, sans engendrer de nouveaux déséquilibres (entre le marteau de l’inflation et l’enclume de la déflation). Le risque d'implosion guette ce mécanisme qui, il faut bien le dire, n'y échappe que  grâce au concours compréhensif et bienveillant des capitaux chinois.

Les Etats-Unis viennent de conclure avec la Chine des accords d’exportation d’un montant de 45 milliards de dollars qui leur assurent 235 000 emplois. La Chine va acheter aux USA 200 Boeing pour un montant global de 19 milliards de dollars. Les Etats Unis vont vendre à la Chine des produits agricoles, des équipements de télécommunication et d’informatique. Les exportations américaines vers la Chine, qui se sont élevées à 100 milliards de dollars en 2009, augmentent  deux fois plus vite que vers le reste du monde.

Mais, ce n'est pas suffisant. Tous ceux sur le dos desquels le profit globalisé se réalise doivent  payer leur tribut, en nature et en espèces: diète et purges, une seule et unique ordonnance prescrite par les médecins du grand capital pour toute la planète ! Et tout le rôle d'Obama et de ses alliés occidentaux, c'est de veiller à ce que partout les conditions d’accueil (des gouvernements acquis, en fait) soient réunies pour que cela devienne le genre de proposition "qu'on ne peut pas refuser". Une thérapie de choc dont le volet belliqueux, agressif et subversif, le côté “bâton” est ostensiblement exhibé et déployé sous de multiples variantes : anti ouvrière,  anti-communiste, anti-islamique, anti-immigrés, chauvinistes, racistes, etc. Pour parler court et "à l'ancienne" : empêtré dans ses contradictions, le capitalisme globalisé fait feu de tout bois.

On sait qu'en période de crise, ils se mettent volontiers entre parenthèses. Ils passent le volant à l'auxiliaire social-démocrate. Celui-ci, grand communicateur et grand  manager devant l'eternel, au comble du ravissement de pouvoir donner la mesure et  la preuve, une nouvelle fois, de ses compétences et de ses capacités  à apaiser la colère des foules, à panser les blessés du capital, à faire prendre leur  mal en patience aux millions de loosers, bref à réussir le challenge d'un "capitalisme à visage humain”. Le temps d'un nouveau  départ du cycle de l'accumulation capitaliste. Cette fonction essentielle de l'idéologie social-démocrate, idéologie de l'hinterland social, est surtout une  caractéristique traditionnelle  des pays du centre capitaliste. Depuis que le capitalisme fait pratiquement cavalier seul sur la planète,  sa fonction (bien rémunérée) d'ultime recours contre le "péril rouge" a perdu sa  raison d'être. Nul besoin désormais de porter des masques. Adieu le plan, vive le marché ! Adieu l'Etat, vive la Bourse ! Adieu le Tiers Monde, vive les pays émergents ! Et chasse aux "poncifs" : la lutte des classes, l'impérialisme, l'exploitation de l'homme par l'homme, le colonialisme, le néo-colonialisme ; chasse aux “clichés” du  type «Banque mondiale, FMI, CIA, même combat »,  etc., etc. Et puis, comme dit l'adage, on n'est jamais mieux servi que par soi même.

Aujourd'hui, la nature de la crise commande impérativement de maintenir dans l'orbite du capitalisme globalisé tous les Etats “bons à exploiter”. Les autres, superflus et inutiles, relevant de l'humanitaire. Le drainage doit opérer avec le maximum de rendement, d'où le besoin d'une plus grande soumission des peuples. Les deuxièmes et troisièmes violons sont mobilisés pour,  à partir de la fenêtre de l'efficacité gestionnaire, disqualifier "scientifiquement" et politiquement toute alternative au régime capitaliste. Le gouvernement des Hommes par la loi du profit est le meilleur des mondes possibles !.. A défaut d'un gouvernement mondial qui ferait idéalement l'affaire,  à partir de Washington, Londres ou Berlin, l'urgent est de limiter l'aire de souveraineté des Etats nationaux. Enlevez vos mains du clavier et suivez les instructions sur l'écran, voila ce qu'ils exigent de nous. Toute l'idéologie de la mondialisation et du mythe gagnant-gagnant  est là pour faire croire  qu'en concédant “moins d'Etat”,  “moins de nation”, on gagne plus de participation au jeu mondial et ses bienfaits, un ticket d'acteur économique dans la cour des grands et l'avantage incomparable de pouvoir amarrer le wagon algérien, réputé poussif, au TGV des pays développés. Le conte est beau et le compte est bon. L'impérialisme sait qu'il doit consentir à un certain repli et il jette toutes ses forces pour empêcher que ce repli ne se transforme en défaite. L'Algérie n'est pas un terrain mineur pour lui. Il y a,  bien sûr,  son  pétrole et son  gaz, mais aussi sa capacité à donner le mauvais exemple aux pays d'Afrique et arabes, avec un retour "catastrophique" aux années 70.

 Le problème c'est que la route qu'il nous invite à reprendre et à ne plus quitter, ce n'est pas du tout  évident après un quart de siècle de travaux pratiques dévastateurs. Ceux qui, chez nous, feignent de croire le contraire, entretiennent l'illusion que le capitalisme, qui était contraint au réalisme et aux concessions par le camp socialiste, est toujours de mise. A présent, il a "cassé sa laisse". Le capitalisme globalisé et hyper-financiarisé n’à rien à nous offrir d'autre que plus de dévastations de l'économie nationale. L’économie mondiale n’est pas, comme le prétend le mythe du gagnant-gagnant, le vaste marché où règne l’égalité des chances et où les opportunités dépendent des avantages compétitifs des acteurs et de leur capacité à opérer “les bons choix”. C’est d’abord une hiérarchie issue de rapports de forces forgés tout au long des siècles de l’industrialisation et de la colonisation. C’est surtout un immense pouvoir de marché concentré aux mains d’une poignée d’acteurs, les oligopoles, un marché très peu concurrentiel. Ces entreprises ont un pouvoir de marché mondial qui surpasse les compétences des régulateurs et les capacités financières de la plupart des Etats. Comment croire qu’on puisse y  trouver les ressorts de  notre développement national ?

Toutes les dissertations de nos réformateurs de tout poil, sur la nécessité de revoir les "formes de gouvernance économique du pays" - en faisant abstraction de ce qui détermine celles-ci en dernière instance  à savoir les  lois qui gouvernent le fonctionnement de la formation économique et sociale dans son ensemble - ont pour but de bloquer  politiquement toute alternative au régime capitaliste. Ces lois commandent au capital, public comme étranger, de s'investir dans les secteurs où le taux de profit est le plus élevé, principalement les hydrocarbures. 

 Il  s'accommode  parfaitement des formes de gouvernance économique étatique centralisée qui vont comme un gant à la nature monopoliste des profits des compagnies pétrolières. Quand les conditions de profit l'autorisent, via la dévalorisation du capital public, le capital étranger  peut s'investir ailleurs, dans l'acier, le ciment ou la téléphonie mobile. C'est le marché en tant que lieu de réalisation du profit, et non en tant  que "construit socio-culturel historique et donc politique", qui en a décidé ainsi. De même qu'il a "décidé" d'orienter le capital privé "primitif” (qui relève des formes primitives de l’accumulation) vers le  bas de l'aval et les activités spéculatives, avec  les formes de gouvernance économique, tout à fait étrangères à la figure de l’entrepreneur schumpetérien innovateur et sa “destruction créatrice”, qui leur correspondent (système de gestion à l’état embryonnaire, de type patriarcal, caractérisé par une profonde aversion pour le risque, axé sur la saisie des opportunités de placements spéculatifs ou  les pratiques maffieuses..).

Comment concilier les préoccupations d'incitation à l'efficacité productive du développement national, - et donc affranchi des contraintes de rentabilité capitaliste - et les impératifs d'accumulation rentable et de profit qui sont celles du capital ? C'est une  incompatibilité quasi tissulaire. Il ne peut s'agir  donc que d'un développement dans le cadre d'un capitalisme "national", celui que ne nous a pas permis le colonialisme français. Une perspective que pourrait rendre crédible l'exemple des BRIC, mais aussi de la Corée du sud, du Vietnam, de ce qu'on appelle les économies émergentes. Des pays où le capitalisme local a été mis en selle à la fois par un Etat opportuniste et souvent autoritaire,  et par le capital mondialisé attiré par ces territoires de profits sans restriction. En Algérie, les atouts du capital sont le pétrole et la  proximité d'un marché acquis et  sans protection. Il en tire le profit maximal. Pourquoi devrait-il changer de règle du jeu et de  rationalité ?

Alors, on ne peut se rabattre que sur l'économie de marché avec des si, l'investissement étranger avec des si, le secteur privé avec des si, la coopération euro-méditerranéenne avec des si etc…L'arme de la supériorité du capitalisme s'est vraiment enrayée, alors on essaye les tirs à blanc. Mais ce n'est pas l'équivalent neutre et inoffensif du placebo. Ces tirs "à blanc" ont une  fonction offensive bien  concrète : nous confiner dans une posture défensive, faire diversion, nous détourner des véritables enjeux actuels posés par la question primordiale : comment sortir de cette logique de fatalité de la mondialisation capitaliste, qui n'est rien d'autre que celle de la recolonisation ?

 

L.R.

21-01-2011

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