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Sale temps pour les émirs

Publié le par Mahi Ahmed

~~A fonds perdus Sale temps pour les émirs Par Ammar Belhimer Tirées de la préhistoire par la découverte d’immenses champs pétroliers entre les années 1930 et les années 1970, comme Burgan au Koweït et Ghawar en Arabie saoudite, les monarchies du Golfe sont – si l’on croit Jim Krane, auteur de notre lecture du jour, une étude parue ce 19 décembre dans Foreign Affairs(*) – «une source d'énergie idéale pour le monde libre» (sous-entendu pour le monde capitaliste avancé, ndlr). Cette fonction risque toutefois de connaître de profonds bouleversements plus tôt qu’on ne le croit. Il y a une raison principale à cela : «La demande interne semble affecter lourdement des tendances jusque-là dominantes, marquées principalement pas l’absence de demande régionale pour «des populations minuscules et (des) économies sous-développées.» La croissance économique et démographique sans précédent que les pays du Golfe ont enregistrée, semble avoir extrait «les familles régnantes» de ce qui, il y a peu de temps encore, s’apparentait à une vie de «quasi-privation primitive, avec peu d'accès à l'électricité, l'eau potable, la médecine ou l'éducation». Des indices probants viennent attester que les choses ont grandement évolué : «Les monarchies du Golfe développent un goût croissant pour leur principal produit d'exportation» qui «préfigure une période «de grande volatilité et d’incertitude» des marchés. Il est question ici de l’addiction croissante des pays producteurs à la ressource pétrolière. L’augmentation de la consommation d'énergie dans les six pays exportateurs de la région a été de 8% par an depuis 1972 (comparativement aux 2% enregistrés par le reste du monde). «Ensemble, quatre des six monarchies (Koweït, Qatar, Arabie saoudite, et les Emirats arabes unis) totalisent moins d’un pour cent de la population mondiale, mais toalisent plus de cinq pour cent de la consommation mondiale de pétrole.» Ainsi, est-on surpris d’apprendre que l’Arabie saoudite, qui consomme environ un quart de sa propre production, est désormais presque aussi gourmande que la Russie, le Brésil ou l'Allemagne, pays dont l'économie et les populations sont nettement plus consistantes. Que recouvre cette donne ? Certainement une amélioration des revenus des populations et des Etats au cours des dernières décennies, mais également un autre facteur, dont le gouvernement, est entièrement responsable : les prix. Dans les pays du Golfe, l'énergie est, pratiquement, gratuite. Le prix du litre d'essence en Arabie saoudite représente à peine le quart du prix de l'eau en bouteille. Au Koweït, l'électricité coûte seulement 0,7 cent par kilowatt-heure depuis… 1966 (les Américains paient environ 15 fois plus.) Dans la ville voisine du Qatar, les citoyens reçoivent l'électricité et l'eau gratuitement et à volonté. Le bas niveau des prix de la consommation d’énergie est jugé «typique de pétro-États autocratiques ou populistes» au-delà de la péninsule arabique, dont l'Algérie, le Brunei, l'Iran, l'Irak, la Libye, le Turkménistan et le Venezuela. Il constituerait «une menace stratégique» pour le reste des Etats. L’addiction à «l’énergie bon marché» est porteuse d’incidences fâcheuses, comme la multiplication des infrastructures et le recours à des technologies à forte intensité énergétique (gratte-ciel, Hummers, production d'aluminium, d'engrais et de produits pétrochimiques). Elle encourage, par ailleurs, des comportements criminels de gaspillage : il arrive, nous apprend l’auteur, que des familles saoudiennes quittent leurs maisons en laissant les climatiseurs en marche pendant de longues vacances. Les conséquences sur l’environnement sont immédiates : les émissions par habitant de carbone du Golfe sont incomparablement supérieures à celles enregistrées dans d’autres régions du monde, y compris en comparaison de grands émetteurs comme l'Australie, le Canada et les États-Unis. Selon le FMI, l’élimination des subventions à l'énergie concentrées dans les Etats producteurs de pétrole permettrait de réduire les émissions de carbone de 13% à travers le monde. Sur le long terme, le Koweït devrait réduire sa demande d'électricité de près de 60%, et à Abu Dhabi de 40%. La fin des subventions de l'essence en Arabie saoudite pourrait réduire sa demande intérieure d’un tiers. Dans un monde interconnecté, les monarchies du Golfe ne sont pas les seules à en subir les conséquences qui se profilent sur le long terme : «Les pays du Golfe tirent, en moyenne, 40% de leur PIB et 80 pour cent de leurs budgets nationaux des exportations de pétrole. Pourtant, si les tendances de consommation sur le long terme continuent, ces pays seront incapables de maintenir un niveau d’offre aussi important pour les marchés mondiaux. La plupart d’entre eux connaissent déjà des pénuries de gaz naturel utilisé dans la production d'électricité, et certains, dont le Koweït et l'Arabie saoudite, obtiennent plus de la moitié de leur électricité à partir de pétrole brut et d'autres combustibles liquides précieux.» Selon Khalid al-Falih, P-dg de Saudi Aramco, faute de changements importants de comportements, la consommation du royaume saoudien pourrait passer de trois à huit millions de barils/jour en 2030. Une autre projection établie par Jadwa Investment Bank de Riyad est encore plus sombre : l'Arabie saoudite va consommer la totalité de sa capacité de production de 12,5 millions de barils/jour en 2043. Chatham House de Londres va encore plus loin en prédisant que le royaume va devenir un importateur net de pétrole encore plus tôt, d'ici 2038. Les réformes ne seront pas faciles à mettre en œuvre : «Dans beaucoup de pays membres de l'Opep, comme le Venezuela et l'Indonésie, les augmentations de prix suscitent des réactions violentes de populations qui ont renversé des gouvernements (respectivement en 1993 et 1998).» Plus récemment, les émeutiers du printemps arabe ont inscrit la baisse des prestations comme «un grief majeur», dans des pays allant de la Tunisie à Oman. Aussi, pour beaucoup de sujets des monarchies du Golfe, la hausse des prix de l'électricité ou de l'essence est politiquement illégitime. L’Iran fait ici office d’exception : «Pourtant dans le Golfe, un vieil ennemi, l'Iran, a prouvé qu’une autocratie exportatrice de pétrole peut réussir un énorme changement dans la tarification de l'énergie sans provoquer de troubles» – même si le gouvernement a été «finalement contraint de suspendre ses réformes dans le sillage de l'inflation, de la dévaluation et de l'embargo». Le roi Fayçal semble être bien seul dans ce concert d’assistés : «En une génération, nous sommes passés de dos de chameau aux Cadillac (…) A la façon dont nous gaspillons l'argent, je crains que la prochaine génération ne sera à nouveau à dos de chameau», avait-il prédit. A. B. (*) Jim Krane, Guzzling in the Gulf : The Monarchies Face a Threat From Within, Foreign Affairs, 19 décembre 2014.

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Le lumineux Dr Mads

Publié le par Mahi Ahmed

~~Le lumineux Dr Mads par K. Selim Le monde a continué à saigner en 2014. Les populations dans l'aire araboislamique à laquelle nous appartenons ont saigné plus qu'ailleurs. Ce n'est pas la faute à l'islam comme semble vouloir le réduire un mode de pensée dominant qui nous jette à la figure le monstrueux Daech en s'abstenant d'expliquer la longue séquence de l'histoire sur laquelle il s'est créé. Ce mode de pensée fait simple - pourquoi casser la tête des gens à ces choses compliquées, n'est-ce pas ? - et livre son explication : la faute à l'islam. Même pas aux musulmans, cela ferait trop nuancé, mais à l'islam. Ce mode de pensée par clichés n'est pas l'apanage des Occidentaux, il est aussi présent dans notre aire avec des objectifs évidents d'instrumentalisation politique, genre «donnez la démocratie aux Arabes et vous aurez le Daech». Les clichés sont idéologiques, ils essentialisent pour juger et condamner sans regarder les faits et l'histoire. Car parler de l'histoire de l'Irak est trop perturbant. Parler de ce qui arrive aux Irakiens depuis la fin des années 80, de l'embargo, des guerres, de la «démocratie» que les Américains et les Occidentaux ont prétendu avoir apportée après le méga-mensonge des armes de destruction massive, de la dissolution de l'Etat et de l'armée par le proconsul américain… tout cela apporte un autre éclairage sur la manière dont est né le Daech. Les acteurs politiques du monde musulman ne sont pas encore diversifiés, ce sont surtout les pouvoirs et leurs porte-voix, qu'ils soient des religieux ou des médias, qui ont bien entendu leur part dans cette monstruosité. Rapporter leurs actions et contribution au désastre irakien et au développement de la haine sectaire fait sortir l'analyse des méandres de l'idéologie pour le réel, la politique, les enjeux économiques et les alliances avec le «centre». Faut-il expliquer que le Daech dessert les musulmans et caricature l'islam ? Faut-il souligner que ce sont les Arabes et les musulmans qui souffrent le plus de ses «œuvres»? L'histoire, les faits, ce ne sont pas des détails. Les injustices qui dominent le monde ont besoin de gommer l'histoire au point de la réécrire quotidiennement sous le mode de la propagande totalitaire. Il n'y aurait sur cette terre que «l'islam» qui poserait problème. Tout le reste - c'est-à-dire l'ordre du monde dans lequel s'insèrent les castes dirigeantes des pays de l'aire arabe et islamique - ne serait qu'un détail. La Palestine, elle aussi, est réduite à un détail. Des gens qui n'ont jamais parlé du Tibet se sont mis à reprocher à ceux qui ont exprimé leur solidarité aux Palestiniens durant la dernière agression contre Ghaza de ne pas parler des «persécutions chinoises». C'est devenu une sorte de mot d'ordre : à ceux qui parlent de Palestine, sortez-leur les malheurs du Tibet, du Congo et de la Syrie. Mais heureusement des esprits libres ne se plient pas à ce prêt-à-penser qui évacue l'histoire. Le Dr Mads Gilbert, médecin et chirurgien norvégien, présent à l'hôpital Chiffa à Ghaza durant la dernière agression israélienne en fait partie. Il a témoigné avec courage et honnêteté. Il a rapporté des faits et a exprimé ce qui fait que la Palestine est le point de jonction et d'accumulation de toutes les injustices. Il n'a pas parlé de religion ou du Hamas «l'islamiste». Il a parlé des Palestiniens «traités comme des animaux. Enfermés, bombardés, affamés, privés des droits humains». Il a dit aussi que personne ne veut vivre ainsi, que personne n'aime être occupé et que le droit à la résistance relève de l'humain. Le Dr Mads dit avoir grandi avec le récit dominant en Occident sur Israël encerclé par les méchants arabes et qu'en 1967 il a même offert de travailler dans un kibboutz. Le Dr Mads est cependant allé à la rencontre des «détails» de l'histoire et il ne les a pas négligés. Cet homme a soigné et a témoigné. Il a été nommé personnalité norvégienne de l'année par le tabloïd Verdens Gang (VG). C'est assurément - du moins pour l'auteur de ces lignes - l'homme le plus lumineux de l'année. Lien : http://www.lequotidien-oran.com/?news=5207954

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Pour les gouvernements progressistes d’Amérique latine, Obama doit être un partenaire, mais n’est pas un allié »

Publié le par Mahi Ahmed

~~Pour les gouvernements progressistes d’Amérique latine, Obama doit être un partenaire, mais n’est pas un allié » Entretien de Bernard Cassen avec l’agence de presse Prensa latina 28 décembre 2014 → Prensa latina : Quelle est votre analyse et celle de l’équipe de Mémoire des luttes sur l’annonce de la normalisation des relations entre La Havane et Washington ? Bernard Cassen : Nous ne pouvons que nous féliciter de la normalisation annoncée des relations entre les Etats-Unis et Cuba. Barack Obama a eu le mérite de reconnaître l’échec total des politiques de Washington visant, depuis plus d’un demi-siècle, à isoler et à détruire la Révolution cubaine. Il ne s’agit pas pour autant d’un geste désintéressé. Le président américain est sensible aux pressions de certains secteurs économiques de son pays qui ne veulent plus être exclus des potentialités du marché cubain, alors que leurs concurrents européens et latino-américains y sont déjà présents – et y seront de plus en plus, tout comme la Chine. C’est aussi une façon de rompre l’isolement des Etats-Unis en Amérique latine sur la question cubaine. Il y a aussi une dimension personnelle : Obama, dont le bilan, tant interne qu’externe, est très médiocre, veut entrer dans l’histoire de manière positive. Avec la reprise des relations avec Cuba, et grâce en partie à la médiation du pape François, il a trouvé un moyen d’atteindre cet objectif. Dans les deux dernières années de son mandat, il utilisera tous les pouvoirs constitutionnels dont il dispose pour contourner les blocages d’un Congrès désormais contrôlé par les Républicains. Mémoire des luttes a constamment dénoncé les campagnes de désinformation des grands médias internationaux sur la réalité cubaine et celle des autres pays d’Amérique latine dirigés par des gouvernements progressistes, en particulier le Venezuela. Nous avons activement participé aux mobilisations internationales pour la libération des Cinq et nous sommes particulièrement heureux que, dans le cadre de l’accord entre Cuba et les Etats-Unis, les trois derniers prisonniers cubains – Gerardo, Antonio et Ramon – aient enfin retrouvé leur patrie et leur famille. PL : Après l’annonce conjointe des présidents Obama et Castro, quel peut être l’avenir du blocus imposé à Cuba par le gouvernement américain ? BC : En français, nous n’utilisons pas le mot « blocus », qui implique un volet militaire coercitif, mais le mot « embargo » qui concerne seulement les relations économiques, commerciales et financières. Cela ne change rien au contenu des mesures unilatérales – et à portée extra-territoriale – prises par Washington à partir de 1962 pour asphyxier la Révolution cubaine. Mais, même s’il souhaite aller très loin pour permettre aux entreprises de son pays de commercer avec Cuba et d’y investir, Obama n’a pas les mains totalement libres. En particulier, il n’a pas actuellement les moyens politiques de faire abroger la loi Burton Helms de 1996 et la scandaleuse inscription de Cuba sur la liste des Etats soutenant le terrorisme qui permettent à Washington de sanctionner lourdement les entreprises étrangères présentes aux Etats-Unis et qui ont aussi des intérêts à Cuba. Il lui reste la possibilité, dans d’étroites limites constitutionnelles, d’agir par décrets (executive orders), ce qu’il ne manquera pas de faire. Il ne faut donc pas s’attendre dans l’immédiat à des changements spectaculaires dans l’application de l’embargo. Cependant, la normalisation des relations entre Cuba et les Etats-Unis et la nouvelle loi cubaine sur les investissements étrangers [1] vont créer un nouveau climat favorisant des flux de capitaux vers l’île. Avec une population d’un haut niveau d’éducation, Cuba est un pays particulièrement attractif pour les investisseurs étrangers. La pression des entreprises américaines va devenir très forte pour participer à ce développement, ce qui impliquera un conflit avec les groupes d’exilés cubains d’extrême-droite et leurs relais au Congrès, notamment les sénateurs républicains Ted Cruz et Marco Rubio. PL : Quelle est la signification de l’annonce du 17 décembre pour l’Amérique latine ? BC : L’annonce faite par les présidents Obama et Castro est aussi une victoire pour l’ensemble des pays d’Amérique latine et de la Caraïbe. Par-delà leurs différences idéologiques, ils n’ont cessé de demander la fin de l’embargo, y compris par leurs votes aux Nations unies. Washington se retrouve minoritaire au sein de ce qui était sa chasse gardée : l’Organisation des Etats américains (OEA). Cette organisation – que Cuba a refusé de réintégrer après en avoir été exclue en 1962 – est d’ailleurs vouée à perdre de son intérêt au profit de la Communauté d’Etats latino-américains et caribéens (CELAC) qui regroupe les 33 Etats de l’Hémisphère, mais, contrairement à l’OEA, pas le Canada et les Etats-Unis. Washington va certainement bénéficier d’une meilleure écoute dans ses relations avec les capitales de la région, ce qui lui permettra d’exercer plus facilement son influence et de tenter de diviser les Etats membres de la CELAC entre « amis » et « ennemis ». Car il ne faut pas se faire d’illusions : pour les gouvernements progressistes, en premier lieu ceux qui font partie de l’ALBA, les Etats-Unis sont un partenaire – avec lequel il faut entretenir les meilleures relations possibles –, mais certainement pas un allié. Une preuve vient d’en être administrée le lendemain même de l’annonce historique du 17 décembre : le 18, alors même qu’il pouvait lui opposer son veto, Obama a promulgué une loi prévoyant des sanctions contre le Venezuela au nom de prétendues violations des droits de l’homme lors des violentes manifestations de l’opposition contre le président Nicolas Maduro entre février et avril 2014. Cette mesure discriminatoire compliquera un peu la tâche de Barack Obama lors du prochain Sommet des Amériques prévu en avril 2015 à Panama... (Ce texte est une version enrichie de l’entretien réalisé le 27 décembre 2014 et dont de larges extraits sont repris dans une dépêche de Prensa latina).

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Le statut juridique de la Crimée ou pourquoi personne n'est obligé de faire la révolution Léonid Golovko,

Publié le par Mahi Ahmed

~~Le statut juridique de la Crimée <br>ou pourquoi personne n'est obligé de faire la révolution <br> Léonid Golovko, ‎Aujourd’hui ‎29 ‎décembre ‎2014, ‏‎il y a 16 heures | Comité Valmy Le statut juridique de la Crimée ou pourquoi personne n'est obligé de faire la révolution La question du statut juridique de la Crimée, depuis que ce petit territoire a eu l'outrecuidance de refuser la "voie européenne" imposée par Kiev par le knout et s'est prononcé par référendum pour son indépendance et son retour dans le giron de l'Etat russe, n'a de cesse de soulever l'ire des gouvernants occidentaux. Oubliant, refusant ou au mieux manipulant le discours juridique, ils n'acceptent pas de voir la question sous l'angle de l'articulation entre les principes du droit à l'intégralité territoriale, qui est au fondement de la stabilité de notre vie quotidienne, et du droit à l'autodétermination des peuples, qui est au fondement de la reconnaissance de notre liberté collective. Sur cette question, je vous propose de lire la traduction intégrale en français de l'article publié par le professeur Léonid Golovko intitulé "Le statut juridique de la Crimée" sur le site de l'agence d'information russe Tass. La conclusion est à réfléchir dans les chancelleries occidentales : si vous organisez une nouvelle révolution dans un pays, vous détruisez les structures étatiques et donc vous libérez les territoires de leur obligation de faire partie de cette entité juridique, le choix leur appartenant de renouveler ou non leur confiance à la nouvelle entité juridique. Bref, il faut choisir : soit la stabilité politique et vous aurez la stabilité territoriale, soit l'instabilité politique, qu'aucun territoire n'est obligé de supporter. Le statut juridique de la Crimée Léonid Golovko, professeur, directeur du Centre de procédure pénale et de Justice, Université d'Etat de Moscou (Lomonossov) La déclaration par la Crimée de son indépendance et, en conséquence de quoi, son entrée avec la ville de Sébastopol, dans la Fédération de Russie, a soulevé nombre de questions juridiques. La plus importante est celle concernant les rapports entre deux principes fondamentaux : l'intégralité territoriale de l'Etat et le droit des peuples à l'autodétermination. Finalement, la discussion a consisté en un échange fortement émotionnel réduit à une accusation réciproque de tous les péchés de la terre, des doubles standards jusqu'à la remise en cause des fondements de l'ordre mondial contemporain. Il semble que dans l'opinion publique, des deux côtés de la barricade, domine l'idée de l'incapacité totale du droit de fournir le moindre petit critère d'articulation entre ces deux principes. Et il faut le dire, chacun se réfère justement à la disposition juridique qui l'arrange (pour certains, ce sera l'intégralité territoriale, pour d'autres le droit à l'autodétermination) et rien de plus. Il est difficile de parler d'un dialogue dans ce contexte, car au lieu d'arguments juridiques l'on retrouve le fameux droit du plus fort. En fait, ce n'est pas aussi simple. Evidemment, il s'agit de principes contradictoires, aucun ne peut dominer de manière absolue. D'un côté, il est impératif des respecter l'intégralité territoriale des Etats, sinon le monde va sombrer dans le chaos, ce dont personne ne veut. D'un autre côté, les frontières des Etats se sont déplacées, se déplacent et se déplaceront, notamment en conséquence du recours par les peuples du droit à l'autodétermination : la carte politique du monde de l'époque des accords de Helsinki diverge largement de ce que nous voyons aujourd'hui et, soyons honnête, ni la Crimée ni Sébastopole n'en sont les changements majeurs. Par ailleurs, la doctrine juridique a suffisamment précisément développé les critères déterminant les relations entre les principes d'intégrité territoriale et de droit à l'autodétermination, et les cas dans lesquels un principe doit céder la place à l'autre. Autrement dit, la doctrine a dégagé les cas dans lesquels le peuple peut recourir au droit à l'autodétermination. Si l'on n'entre pas dans les détails, il y a deux cas. Le premier est évident : ce droit apparaît lors d'un accord entre le gouvernement central et le territoire concerné. Il est clair que le gouvernement central ne donne pas son accord au départ d'un territoire par pur altruisme, mais sous l'effet d'une pression politique colossale, qui peut parfois prendre la forme d'une résistance armée ou d'une guerre civile, mais pas seulement. Il s'agit, en ce sens, de l'indépendance acquise par l'Algérie ou de l'indépendance que l'Ecosse n'a pu obtenir, puisque le gouvernement central, et de la France et de la Grande Bretagne, a finalement donné son accord à l'organisation d'un référendum, et en Algérie et en Ecosse, même si ces référendums ont eu lieu sous la pression d'évènements particuliers, qui n'ont, dans les faits, que peu de choses en commun. Mais pour autant, l'accord du gouvernement central est-il une condition toujours nécessaire et obligatoire pour que les peuples puissent recourir au droit à l'autodétermination ? Non, pas toujours. Et nous en arrivons ainsi au deuxième cas, qu'il est possible de caractériser, d'une manière générale, comme la perte de légitimité par le gouvernement central. Schématiquement, le gouvernement central perd sa légitimité, encore une fois, dans deux cas : 1) suite à une défaite lors d'un conflit mondial ou d'une guerre de ce type (voir le sort de l'Autriche-Hongrie en 1918 ou de l'Allemagne en 1945) ; 2) suite à une révolution sociale, et indépendamment du fait que l'on appelle cette révolution coup d' Etat (avec dénigrement) ou Grande Révolution (avec fierté). D'un point de vue juridique, nos émotions n'y changent rien. Laissons la guerre de côté, d'autant plus que parfois la perte de l'intégrité territoriale qui en est consécutive s'accompagne du droit des peuples à l'autodétermination (l'Autriche-Hongrie en 1918) et parfois non (l'Allemagne en 1945). Ce qui nous intéresse, c'est le phénomène de la révolution sociale, puisque c'est justement lui qui a conduit en 2014 la Crimée et Sébastopole à recourir au droit à l'autodétermination. Le fait qu'il y ait eu en Ukraine une révolution sociale n'est contesté par personne, le pouvoir central ukrainien ne cesse de le répéter. L'étonnant est ailleurs. D'une part, l'Ukraine rejette la filiation constitutionnelle avec le régime précédent, ce qui est inévitable lors d'un processus révolutionnaire, alors que d'un autre côté elle ne cesse de se référer aux fondements constitutionnels de l'étatisme ukrainien, en indiquant l'ancien ordre constitutionnel, ce qui est incompatible avec le principe des révolutions. Ce qui, effectivement, est un non-sens. Si le processus constitutionnel est interrompu en raison de la révolution, l'interruption va entraîner l'interruption des différents segments du système constitutionnel, notamment l'interdiction de sortir du cadre étatique de l'Ukraine. Comment, dans cette situation, pourrait fonctionner l'ancienne Constitution et les anciens organes publics ? Et si le processus n'est pas interrompu, alors en Ukraine a eu lieu un coup d'Etat avec toutes ses conséquences juridiques et pénales. Dans ces circonstances, le nouveau pouvoir ne peut d'aucune manière fonder sa légitimité : et dans 10 ans ce nouveau pouvoir sera celui d'un groupe de putschistes, gardant le pouvoir par la force. Le destin de Pinochet en est un exemple éclatant et aucun progrès économiques ne lui ont permis de dépasser son déficit de légitimité. En réalité, la situation est loin d'être simple pour l'Ukraine sur le plan du droit international, et indépendamment de la question de l'intégrité territoriale, car personne n'a annulé la question de la succession juridique. Nous savons bien qu'il « existe plusieurs conceptions de la succession [de droit international] lors d'une révolution sociale et selon l'une d'entre elles, la révision des droits et des obligations est fondée dans le cas de l'apparition d'un nouveau sujet de droit international – un Etat de type historique nouveau. Conformément à une autre [conception], la révolution sociale, entraînant de profonds changements socio-économiques dans le pays, n'influence pas pour autant la détermination en droit international du pays comme sujet de droit international, toutefois, en fin de compte, elle ouvre la voie à la révision de certains droits internationaux et obligations » (Dictionnaire de droit international, Moscou, 1986, p. 303). Quelle conception doit être appliquée à l'Ukraine ? A quel mémorandum de Budapest se réfère à chaque fois le pouvoir de ce pays, si la question de la succession juridique n'est pas réglée ? Il n'est pas suffisant d'en appeler à la « Grande révolution ukrainienne », encore faut-il réfléchir aux conséquences de ses actes et de ses paroles. Mais revenons sur le plan constitutionnel. Ainsi, l'ancien pouvoir a perdu sa légitimité en conséquence de la révolution sociale. Or, ce nouveau pouvoir n'est pas celui d'un seigneur féodal étranglant son adversaire et héritant de facto ainsi de ses gens et de son territoire. C'est pourquoi le nouveau pouvoir se retrouve dans l'obligation de gagner leur reconnaissance en lançant un nouveau processus constitutionnel fondateur. Et c'est justement à ce moment, que les territoires libérés du cadre de l'ancien ordre constitutionnel, détruit par le pouvoir révolutionnaire, commence à résoudre cette question shakespearienne : être dans le nouvel Etat ou s'autodéterminer ? De quel séparatisme peut-il être question, si l'ancien contrat social a été détruit par les événements révolutionnaires ? Que va faire alors le nouveau pouvoir dans une telle situation ? S'efforcer de convaincre les gens et les territoires de conclure un nouveau contrat social et relancer juridiquement l'Etat. Comment ? Soit par la force de la baïonnette, soit par le dialogue politique et le compromis. Pour des raisons évidentes, la seconde voie est toujours meilleur que la première. Prenons trois exemples. Les bolcheviques, malgré tout leur anti-juridisme, connaissait parfaitement le b.a.-ba du droit. Et il ne leur est pas venu à l'esprit en 1917 de déclarer l'intégrité territoriale et leur droits sur l'Empire russe. C'est pourquoi après la guerre civile, la sortie de la Finlande, de la Pologne etc, l'apparition de toute une série de « république d'extrême-orient » et autres, il a fallu conclure l'Accord de l'Union soviétique en 1922. Ce n'était pas un simple caprice, mais une nécessité juridique dont ils furent conscient, malgré la consubstance du marxisme avec les idées de « la mort du droit sous le communisme », « la révolution mondiale », etc. Et après la chute de l'URSS, la Russie s'est trouvée dans la même situation, relançant le processus constitutionnel, augmentant le statut juridique de régions administratives à celui d'entités fédérées, concluant des accords spéciaux avec les autonomies (Tatarstan, etc) et même passant par les accords de Khassaviourt[1]. La Kirghizie a suivi à peu près le même schéma après la révolution de 2010 (si l'on met à part les événements étranges et complexes de Och[2]) : début immédiat d'un nouveau processus constitutionnel, président temporaire, référendum, dialogue avec toutes les régions et les forces politiques, pour que personne ne se sente mis à l'écart, etc. Si l'on revient à l'Ukraine, théoriquement, le nouveau pouvoir révolutionnaire, à la recherche d'une nouvelle légitimité et tentant de garantir l'intégrité territoriale de l'Etat, aurait dû immédiatement s'occuper du cadre constitutionnel et du dialogue politique avec toutes les régions et les forces politiques, pour les convaincre de ce que le nouveau régime politique, pour eux, est un bien et non un mal. Et que s'est-il passé à la place de cela ? D'un côté, un retournement inexplicable vers l'ancien ordre constitutionnel. D'un autre côté, les « trains de l'amitié »[3], la destruction des monuments historiques, l'annulation de la loi sur les langues, etc. Bref, tout ce qui divise, et non tout ce qui réunit. Pourquoi cela s'est passé de cette manière ? Ayant pu observer des processus identiques en 2010 en Kirghizie et connaissant personnellement leurs consultants occidentaux et géorgiens, qui le régime ukrainien également aime tant, l'hypothèse de l'incompétence est exclue. L'algorithme de la mise en oeuvre d'un processus constitutionnel adéquat, et sans remise en cause de l'intégralité territoriale, était parfaitement connu. L'intérêt était semble-t-il ailleurs. Imaginons un instant que les nouveaux dirigeants ukrainiens aient commencé à agir dans les règles de l'art, à inviter les représentants de toutes les régions, à préparer un nouveau projet constitutionnel, aient tenté de convaincre chacun de reconnaître le nouveau régime et de partager leurs valeurs. Qu'est-ce qui en aurait suivi ? Dans le meilleur des cas, on aurait à nouveau obtenu cette même Ukraine, avec sa neutralité, son Sud-est orienté vers la Russie, son Ouest orienté vers la Pologne et l'Europe, etc. L'intégralité territoriale aurait été préservée, mais à quoi bon dans ce cas organiser un Maïdan ? Toutefois, la situation pour les révolutionnaires aurait pu être encore pire, puisque le dialogue est une recherche du compromis, dans le cadre duquel il est nécessaire de faire des concessions, notamment en ce qui concerne la question de la langue russe. En fin de compte, le droit des républiques de sortir de l'URSS et l'appel légendaire lancé par Boris Eltsine « prenez autant de souveraineté que vous en voulez » ne résultent pas d'un coup de tête, mais de ce fameux dialogue politique et des compromis. C'est pourquoi le choix pour une Ukraine pro-occidentale fut fait avec celui de la contrainte par la force, qui devait permettre de résoudre le problème des « deux Ukraines ». Mais ce choix s'est révélé être une impasse juridique et destructeur sur le plan constitutionnel. En conséquence de cela, les conditions du droit à l'autodétermination ont été réunies pour les territoires ukrainiens : a) perte par le pouvoir central de sa légitimité formelle sous forme de révolution sociale (coup d'Etat) ; b) non seulement le rejet d'intégrer les régions concernées dans le processus de préparation du nouvel ordre constitutionnel, mais l'adoption par le pouvoir révolutionnaire de mesures allant directement à l'encontre de l'intérêt de ces régions. Après la réunion des conditions théoriques du droit à l'autodétermination, encore faut-il une organisation politique autonome des territoires qui veulent s'autodéterminer (troisième condition). Ici, il n'y a pas eu de problèmes, puisque depuis plusieurs dizaines d'années, la Crimée et Sébastopole se sont occupés de l'autonomie de leur organisation politique. En résultat de cette autonomie politique, ont suivis la déclaration d'indépendance et le référendum. Tout ce qui s'est passé ensuite en Crimée et à Sébastopole n'a aucun rapport avec l'intégralité territoriale de l'Ukraine. Remarquons également qu'aucun processus de réforme constitutionnelle n'a finalement eu lieu en Ukraine à ce jour. Cela ne doit pas inquiéter ni la Crimée, ni Sébastopol qui font partie de la Russie, mais le pouvoir ukrainien actuel, dont la position concernant l'intégralité territoriale de l'Ukraine n'est toujours pas très claire. Pour des questions plus générales. S'il y a encore 100 ou 200 ans, le phénomène révolutionnaire était un phénomène exceptionnel, suite auquel les juristes réfléchissaient pendant des dizaines d'années à ses conséquences juridiques, aujourd'hui les révolutions constituent presque un nouveau mode de gouvernance. La quantité de Marat et de Robespierre s'est démultipliée, mais ils ne veulent pas penser aux conséquences. En ce sens, les futurs révolutionnaires doivent tirer les leçons de la révolution ukrainienne : abattre le pouvoir signifie abattre l'Etat dans toute sa dimension territoriale, en conséquence de quoi, les régions détiennent le droit à l'autodétermination, si pour quelques raisons que ce soit elles ne partagent pas les valeurs du pouvoir révolutionnaire. Tant que les « révolutions de couleur » consistaient en une contestation des processus électoraux et en l'organisation d'un nouveau tour d'élections, la question ne se posait pas. Mais la radicalisation des « révolutions de couleur » a conduit à la radicalisation de leurs conséquences, notamment en ce qui concerne l'intégrité territoriale, ce qu'il faut avoir à l'esprit. Texte traduit par Karine Bechet-Golovko dimanche 28 décembre 2014 Russie politics [1] Mettant fin à la première guerre en Tchétchénie, ils furent signés en août 1996. (note du traducteur) [2] Deux mois après la révolution, environ 250 000 ouzbeks ont du quitter la Kirghizie, leur pays natal, en conséquence de la crise ethnique entre kirghizes et ouzbeks. (note du traducteur) [3] Dans les premiers jours du coup d'Etat, les nouvelles autorités menaçaient d'envoyer des trains venant de l'ouest vers la Crimée et le Donbass pour s'occuper de la population. (note du traducteur)

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George Soros candidat à la présidence de la Banque Nationale ukrainienne

Publié le par Mahi Ahmed

~~ George Soros candidat à la présidence de la Banque Nationale ukrainienne articles de IlFatto En Ukraine, après le fils de Joe Biden et les ministres-clés aux mains d’étrangers, une autre place forte du pouvoir à Kiev pourrait être administré directement à la mode « coloniale ». D’après l’agence de presse APA de Bakou (Azerbaidjian) qui cite la télévision ukrainienne « Canale 112 », le prochain chef de la Banque Nationale d’Ukraine pourrait bien être [le milliardaire américain] George Soros lui-même. Les sources auxquelles se réfère Canale 112 ne sont pas citées, mais l’information proviendrait de collaborateurs directs du président Petro Poroshenko et de sources parlementaires de la Rada ukrainienne. Soros ne serait cependant pas le seul candidat en lisse. Parmi les noms qui circulent figure aussi celui de l’ancien chef du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, qui avait terminé sa carrière à New York après avoir été accusé de violence sexuelle par une femme de chambre de l’hôtel. L’arrestation qui s’était ensuivie l’avait empêché de participer à la campagne présidentielle dont François Hollande est sorti vainqueur. En tout – toujours selon les indiscrétions de Canale 112 citée par l’APA – pas moins de cinq candidatures auraient été examinées. Les trois noms toujours inconnus à cette heure seraient ceux de représentants du système de la Réserve fédérale américaine. D’après KyivPost, l’homme d’affaires américain, George Soros, âgé de 84 ans, d’origine hongroise et émigré à New York en 1956, a financé à hauteur de 82 000 $ la naissance du nouveau pouvoir exécutif ukrainien à travers un processus de chasseur de têtes. C’est ainsi qu’ont été identifiés pour les postes de ministres et de fonctionnaires hautement qualifiés, 185 candidats potentiels parmi les étrangers présents à Kiev et les membres de la communauté ukrainienne qui travaillent au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni. Ce même Soros – d’après Fareed Zakaria de CNN -, après avoir financé des groupes et des activités de dissidents dans l’Est de l’Europe, en Pologne et en République tchèque pendant les révolutions de 1989 « a contribué à renverser le précédent gouvernement ukrainien en vue de créer les conditions d’une démocratie filo-Occidentale, et a joué un rôle important dans les événements d’aujourd’hui tout comme dans la révolution orange de 2004. » Source : italian.ruvr.ru lunedì 22 dicembre 2014 23:11 Traduction : ilFattoQuotidiano.fr http://ilfattoquotidiano.fr/george-soros-candidat-a-la-presidence-de-la-banque-nationale-ukrainienne/

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La bataille de la modernité du Monde arabe

Publié le par Mahi Ahmed

~~La bataille de la modernité du Monde arabe De René Naba http://www.mondialisation.ca/la-bataille-de-la-modernite-du-monde-arabe/5421793 Paris – Par trois fois en un siècle, le Monde arabe a perdu la bataille de la modernité et du décollage économique, perpétuant durablement sa sujétion : 1. Au XIX me siècle, sous Mohamad Ali, à l’époque de l’essor de l’industrie manufacturière. 2. Au moment de l’indépendance des pays arabes, à l’époque de la guerre froide soviéto américaine et des conflits inter-arabes subséquents à l’instrumentalisation de l’Islam comme arme de combat contre le nationalisme arabe. 3. Pendant le dernier quart du XX me siècle, à la faveur du boom pétrolier qui transforma précocement bon nombre de jeunes pétromonarchies en «état rentier» dispendieux. A l’image du Monde arabe, la confrérie des Frères Musulmans, a, par trois fois, raté sa course vers le pouvoir, la première fois, sous la Monarchie, la deuxième fois, sous Gamal Abdel Nasser, en 1953, la troisième fois, sous Abdel Fattah Sissi, son successeur militaire, en 2013, soixante plus tard, le ratage le plus douloureux en ce qu’il a été le fait de l’Arabie saoudite, son incubateur absolu pendant près d’un demi-siècle. En 86 ans d’existence, malgré revers et déboires, souvent de son fait et du fait de ses alliés, la plus importante et la plus ancienne formation trans-arabe, fondée en 1928, paraît laminée en ce qu’elle n’a jamais conçu un projet de société autre que la propulsion de l’interdit comme mode de gouvernement, corrélativement à l’enfouissement du corps et surtout de l’esprit. Plutôt que de veiller au dépassement des clivages ethnico religieux, les avatars de l’ère Mohamad Morsi en Égypte ont déblayé la voie à la proclamation d’un califat nouveau, sur les rives de l’Euphrate et de la Mésopotamie, faisant planer le risque d’anéantissement de l’unique mouvement de résistance nationale sunnite du Monde arabe, qui plus est de sensibilité des Frères Musulmans, le Hamas, miraculeusement rescapé de l’enfer israélien par la bravoure des défenseurs de Gaza et le soutien exclusif des renégats de l’Islam – l’Iran la Syrie et le Hezbollah – le plus important camouflet infligé à la sphère sunnite. Principal vecteur d’accompagnement de la stratégie américaine en vue de la soumission du Monde arabe à l’ordre atlantiste, la confrérie, aura été, de surcroît, la matrice de la totalité des déclinaisons dégénératives du djihadisme planétaire d’Al Qaida à Da’ech. Fonctionnant selon un mode opératoire unique fondé sur l’articulation de l’international sur le local, la source exclusive de son impulsion, -particulièrement leur articulation sur le camp pro occidental au Liban, notamment les phalangistes, les milices chrétiennes libanaises-, ainsi que de leur propagande outrancièrement fantaisiste, à l’origine de leur discrédit durable, sa connivence souterraine sur le plan opérationnel avec les groupements takfiristes, lors de la bataille de Syrie (2011-2014), a frappé de caducité le discours novateur de son programme politique en ce que sa duplicité en le dévoilant, l’a dévoyé, le fourvoyant face à son ultime excroissance pathologique. Par leurs errances et leurs déviances, sur fond de démagogie inépuisable, les Frères Musulmans auront affligé le Monde arabe d’un handicap aussi lourd que les adversaires dont ils se voulaient le substitut. L’histoire retiendra que les Frères Musulmans auront été poignardés par un état se réclamant de la même religiosité rigoriste qu’eux, et non par des nationalistes républicains qu’ils ont éperdument combattu. L’histoire retiendra aussi que les Frères Musulmans auront été les plus parfaits idiots utiles de la stratégie atlantiste dans l’espace arabe, au détriment de leur propre cause et de la cause de l’Islam qu’ils sont supposés promouvoir. Mohamad Morsi, premier président néo-islamiste démocratiquement élu du plus grand pays arabe, l’Égypte, auparavant accrédité sécurité nationale américaine pour le compte de la NASA, c’est à dire un homme qui prône l’Islam comme référence absolue, son univers indépassable, qui consent néanmoins à prêter serment de loyauté et de fidélité aux États Unis, Bourhane Ghalioune, salarié français de l’administration française, premier président de l’opposition off shore syrienne, de même que sa porte-parole Basma Kodmani…, Akila, la secrétaire particulière de Tareq Aziz, ancien ministre irakien des Affaires étrangères pendant trente ans, qui convole avec le naufrageur de l’Irak, Paul Bremer, sans la moindre requête en grâce pour son ancien mentor en longue détention et cancéreux, une dame de la grande bourgeoisie libyenne en positionnement embedded avec Paul Wolfowitz, le naufrageur du Moyen orient pour le compte d’Israël…. la caste intellectuelle arabe de la diaspora occidentale pâtit lourdement d’un phénomène de désorientation, la marque typique de l’acculturation, sur fond d’une décompression psychologique et d’une déperdition intellectuelle morale. Un naufrage humain. La quête du savoir technologique et l’accession à la modernisation économique ne sauraient être compatibles avec un autoritarisme bureaucratique, monarchique ou républicain, qu’il soit. De même que la personnalisation du pouvoir ne saurait, à elle seule, servir de panacées à tous les maux de la société arabe, ni la déclamation tenir lieu de substitut à l’impérieuse nécessité d’une maîtrise de la complexité de la modernité. Ce qui implique une nécessaire mais salutaire remise en cause de la «culture de gouvernement» dans les pays arabes. Ce qui présuppose pour le pouvoir une refonte de ses pratiques, «une révolution dans la sphère culturelle», au sens où l’entend Jacques Berque, c’est à dire «l’action d’une société quand elle se cherche un sens et une expression». Pour l’intellectuel, un réinvestissement du champ du débat par sa contribution à la production des valeurs et au développement de l’esprit critique. Pour le citoyen, la conquête de nouveaux espaces de liberté. Pour le Monde arabe, la prise en compte de ses diverses composantes, notamment ses minorités culturelles et religieuses, et, surtout, dernière et non la moindre des conditions, le dépassement de ses divisions. En un mot, une rupture avec la fatalité du déclin, tant il est vrai qu’un réconciliation inter arabe demeure le préalable indispensable à toute re-mobilisation psychologique du Monde arabe, en vue de son redressement politique. Le préalable absolu à son repositionnement international. Sauf à se résoudre à un déclin irrémédiable, les pays arabes ne sauraient faire l’économie dune réflexion approfondie de leur approche stratégique des défis du monde contemporain, car le plus grand danger qui guette le Monde arabe au XXI me siècle sera, non la modernité, mais l’artifice de la modernité, l’amalgame entre modernité et archaïsme, et, sous couvert de synthèse, de mettre la modernité au service de l’archaïsme, mettre une technologie du XXI me siècle au service d’une idéologie passéiste pour le plus grand bénéfice des équipes dirigeantes, avec en prime le risque probable d’une plus grande régression arabe. Strategic Foresight Group (SFG), chiffrait, quant à lui, à douze mille milliards de dollars la somme perdue du fait des guerres qui ensanglantent l’ensemble du Proche-Orient depuis 1991. Ce coût englobant aussi bien les pertes humaines que les dégâts infligés à l’écologie, aux répercussions sur l’eau, le climat, l’agriculture, en passant par la croissance démographique, le chômage, l’émigration, la hausse des loyers, le prix du pétrole, voire même l’éducation. Ce chiffre ne tient pas compte des débours pétro monarchiques en vue de la déstabilisation du monde arabe à la faveur du mal nommé «printemps arabe», et du coût de la reconstruction tant de la Syrie, que de la Libye, que de l’Égypte que de l’Irak, de l’ordre de 500 milliards de dollars. Plus de cinquante experts d’Israël, des territoires palestiniens, d’Irak, du Liban, de Jordanie, d’Égypte, du Qatar, du Koweït et de la Ligue arabe ont participé à cette étude menée par ce groupe de réflexion basé en Inde et soutenu par la Suisse, la Norvège, le Qatar et la Turquie. Le rapport de 170 pages, publié en 2010, pointe par exemple les centaines de milliers d’heures de travail perdues par les Palestiniens aux check points (barrages israéliens). Il révèle aussi que 91% des Israéliens vivent dans un perpétuel sentiment de peur et d’insécurité. Sauf à entraîner le Monde arabe dans un déclin irrémédiable, une claire rupture avec la logique de la vassalité s’impose, alors que la scène internationale s’achemine vers un choc entre le leader en devenir (la Chine) et la puissance déclinante (les États-Unis), impliquant une vaste redistribution des cartes géopolitiques à l’échelle planétaire. Sauf à vouloir provoquer l’exode final des chrétiens arabes, le leadership chrétien libanais, en particulier maronite, serait avisé de se vivre non comme la pointe avancée de l’Occident en terre arabe, mais plutôt comme exerçant son pouvoir symboliquement par délégation des autres communautés chrétiennes du monde arabe, et de prendre la mesure du fait que ses options se répercutent d’une manière ou d’une autre sur ses coreligionnaires. Sauf à considérer la chrétienté comme relevant du patrimoine exclusif de l’Occident, la vocation première des chrétiens arabes est d’être partie pleinement prenante au combat national arabe pour la restauration de la dignité et de la souveraineté nationale de l’espace arabe, et non comme le fer de lance du combat pour leur soumission à l’ordre américain, une fonction dévolue traditionnellement à Israël dont ils seraient à nouveau les supplétifs déconsidérés. La démocratisation de la vie arabe sera l’œuvre des Arabes ou ne sera pas. En aucun cas elle ne devra se faire à l’ombre des baïonnettes américaines. En tout cas certainement pas avec les chrétiens arabes dans le rôle de contremaîtres. L’histoire du Monde arabe abonde de ces exemples de « fusibles » magnifiés dans le « martyr », victimes sacrificielles d’une politique de puissance dont ils auront été, les partenaires jamais, les exécutants fidèles, toujours. Dans les périodes de bouleversement géostratégique, les dépassements de seuil ne sauraient se franchir dans le monde arabe sans déclencher des répliques punitives. Le Roi Abdallah 1er de Jordanie, assassiné en 1948, le premier ministre irakien Noury Saïd, lynché par la population 10 ans après à Bagdad, en 1958, ainsi que son compère jordanien Wasfi Tall, tué en 1971, le président égyptien Anouar Al-Sadate en 1981, le président libanais Bachir Gemayel, dynamité à la veille de sa prise du pouvoir en 1982, de même que l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri en 2005, l’ancien premier ministre du Pakistan Benazir Bhutto en 2007, enfin, constituent à cet égard les plus illustres témoins posthumes de cette règle non écrite des lois de la polémologie si particulière du Moyen-Orient. Tel pourrait être l’enseignement majeur de cette séquence dont la victime principale aura été l’espérance. La plus grande erreur de l’Occident est d’avoir toujours voulu coexister avec des «Arabes domestiqués» dans la plus grande tradition coloniale. De Nasser, comme auparavant Mohamad Mossadegh en Iran, en 1953, l’Occident a réagi à l’émergence de dirigeants nationalistes arabes ou musulmans par leur diabolisation, débouchant sur une radicalisation du combat. Nasser comme Arafat ont été comparés à Hitler, et, par mouvement symétrique, le nationalisme a cédé la place à l’islamisme, Nasser à Oussama Ben Laden, Mossadegh à l’Imam Khomeiny, guide suprême de la révolution islamique iranienne, Arafat au Hamas et au Jihad islamique et les fédayine, ces combattants palestiniens politisés, aux volontaires de la mort, ces désespérés d’une vie sublimée par le sacrifice dans la croyance en une foi idéologisée. Pour avoir mené dans toute sa rigueur une «Carbon democracy», bafouant les plus hautes valeurs démocratiques au profit des lois implacables du marché, en alliance avec les pays les plus répressifs et les plus rétrogrades du Monde arabe, les pays occidentaux ont été conduits à rechercher des interlocuteurs non plus de la stature de Gamal Abel Nasser ou de Yasser Arafat, mais au delà, dans les franges les plus extrêmes du radicalisme islamique et au fur et à mesure que les occasions se ratent, Cheikh Ahmad Yassine et Abdel Aziz Rantissi, les deux chefs historiques du mouvement islamique palestinien Hamas, -tués au printemps 2004 par les assassinats extra judiciaires du gouvernement d’Ariel Sharon-, paraitront, rétrospectivement, de bien raisonnables et respectable partenaires. Il est des blessures qui s’ulcèrent avec le temps au lieu de se cicatriser. L’histoire est comptable des comportements désinvoltes lourds toutefois de servitudes futures. Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui ruse avec ces principes est une civilisation moribonde (Aimé Césaire). Cent ans après le début de la première guerre mondiale et des bouleversements stratégiques qui se sont ensuivis au Moyen orient, de l’accord Sykes Picot portant partage de la zone en sphère d’influence Franco-britannique, à la promesse Balfour créant un «foyer national juif» en Palestine, aux massacres des Arméniens par la Turquie, premier génocide du XX me siècle, il est temps que les Arabes prennent conscience des défis qui se posent à eux et d se donner les moyens de les relever. Bonne Année à tous et merci de votre confiance. René Naba René Naba : Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l’AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l’information, membre du groupe consultatif de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme et de l’Association d’amitié euro-arabe. Auteur de “L’Arabie saoudite, un royaume des ténèbres” (Golias), “Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français” (Harmattan), “Hariri, de père en fils, hommes d’affaires, premiers ministres (Harmattan), “Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David” (Bachari), “Média et Démocratie, la captation de l’imaginaire un enjeu du XXIme siècle (Golias). Copyright © 2014 Global Research

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Le contre-pouvoir du pauvre

Publié le par Mahi Ahmed

~~Le contre-pouvoir du pauvre par M.Saadoune Enterré jeudi à Constantine en présence des officiels, le défunt wali d'Annaba, Mohamed Mounib Sendid, a été qualifié de «martyr de la lutte contre la mafia du foncier» par Louisa Hanoune, la secrétaire générale du Parti des travailleurs. Hanoune qui a une histoire particulière avec Annaba ne fait que prendre en charge un sentiment répandu dans cette ville que la santé du défunt wali a pâti de manière fatale des pressions qui se sont exercées sur lui en matière de foncier. Louisa Hanoune s'en est fait l'écho en rendant hommage à un «résistant» de la défense du bien public et en dénonçant la «mafia du foncier» et «des enfants de responsables». Louisa Hanoune a demandé la mise en place d'une commission d'enquête pour comprendre ce qui s'est passé avant le décès. Sa lecture n'en est pas moins claire et correspond à une analyse qu'elle ne cesse de rappeler : l'argent sale, les notabilités et les «ouledflène» minent l'Etat. Elle désigne dans ce qui se passe à Annaba autour du foncier et des pressions qui auraient été exercées sur le défunt wali un cas exemplaire de cette situation qu'elle ne cesse de dénoncer. Ceux qui connaissent cette ville disent que rien, absolument rien, n'y reste caché. L'information, même dans les grands moments figés du parti unique, circule, se transmet et se commente. Ce trait particulier d'Annaba et des Annabis, certains responsables ont tendance à le détester. Cette ville qui «jase» n'a en réalité fait qu'inventer une sorte de contre-pouvoir informel du pauvre. Il n'existait pas de contre-pouvoir formel sous le parti unique et il n'existe toujours pas. Il n'y a que cette parole, qui peut être vindicative ou médisante, qui s'exprime pour rappeler aux responsables que rien de ce qu'ils font ne restera secret. Ce contre-pouvoir informel est en général suspicieux à l'égard de ceux qui détiennent le pouvoir. La réputation de « résistant» aux appétits de la «mafia du foncier» qu'a eue Mohamed Sendid à Annaba est donc assez exceptionnelle pour ne pas être soulignée. Les causes cliniques du décès du wali d'Annaba ont été établies mais des déclarations comme celle de Hanoune ou les échos qui proviennent de cette ville qui ne se tait jamais dressent une image sinistre de l'environnement dans lequel il exerçait sa mission de commis de l'Etat. Le poids des puissances informelles s'impose lourdement aux institutions qui restent. Et il n'est pas besoin d'être de gauche pour s'en inquiéter. L'Etat algérien est en panne de réforme, il n'a plus depuis longtemps une capacité d'impulsion vertueuse. Il dispose par contre, toujours, de biens publics et d'un domaine foncier qui suscitent des appétits. Cette montée en puissance des forces de l'argent n'a rien d'une invention, elle est visible et elle s'affiche. Et elle entend transformer un sérieux besoin de réforme de l'Etat en une entreprise de liquidation et de partage des «dépouilles». Le pouvoir refuse de parler de transition ou de refondation de l'Etat alors que ces nouvelles puissances sont déjà en action et cherchent déjà à imposer leur logique. Il faudra quand même rappeler que ce n'est pas seulement Annaba qui a tendance à «jaser». Toute l'Algérie jase et surveille une transition que l'on refuse formellement mais qui se mène néanmoins dans l'opacité. Ce pays a besoin d'une réforme mais des appétits voraces risquent de fabriquer des révoltes. Voire plus… URL : http://www.lequotidien-oran.com/?news=5207858

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Le champ de bataille des universités égyptiennes

Publié le par Mahi Ahmed

~~Le champ de bataille des universités égyptiennes Orient XXI > Magazine > Farah Ramzy > 16 décembre 2014 Depuis la rentrée d’octobre, les universités égyptiennes sont une cible privilégiée de la répression. Avec des lois de plus en plus sévères, les étudiants peuvent désormais être accusés de terrorisme et ainsi être jugés par des tribunaux militaires. Les mobilisations se poursuivent toutefois, alors que la division entre les soutiens du président destitué Mohamed Morsi et les étudiants opposés aux Frères musulmans rendent difficile une action unie. . La rentrée universitaire d’octobre a été marquée par une recrudescence des violences au sein des universités égyptiennes. Avec l’accès aux campus désormais contrôlé par une compagnie privée de sécurité1, Falcon (également en charge de la sécurité de la campagne électorale d’Abdel Fattah Al-Sissi), des milliers d’étudiants font la queue en attendant de passer à travers des portails électroniques nouvellement installés pour détecter tout objet pouvant être utilisé comme arme pendant leurs manifestations. À l’université du Caire, par exemple, toutes les portes avaient été fermées dès midi, en raison d’une manifestation prévue en ce premier jour du semestre, sous le slogan de reg’ou el talamza (« les étudiants sont revenus »). Plusieurs heures se sont écoulées avant que les étudiants — manifestement des Frères musulmans — ne s’en prennent aux agents de Falcon et mettent le feu aux portails électroniques. La veille, la police avait arrêté 70 étudiants (en majorité Frères musulmans) à leurs domiciles. Dans les semaines qui ont suivi, les forces anti-émeutes, stationnées à l’extérieur, ont attaqué les étudiants partout sur les campus des universités d’Al-Azhar, d’Ain Shams, de même qu’à Mansoura, au Fayoum et à Alexandrie où un étudiant a été tué. L’université est devenue un champ de bataille entre les étudiants membres des Frères musulmans, regroupés sous le nom d’« Étudiants contre le coup d’État » et les autorités politiques via les forces de sécurité. Mais c’est aussi là que d’autres étudiants non impliqués dans ce conflit cherchent à créer un espace d’action politique. Dans un contexte de répression systématique et généralisée — arrestation des militants, loi contre les manifestations, restrictions sur l’expression et l’organisation politique —, les universités restent l’un des rares espaces où les mobilisations demeurent possibles, malgré un usage important de la violence par les forces de maintien de l’ordre à l’encontre des étudiants. L’année universitaire écoulée a été l’une des plus violentes, avec un bilan de 16 étudiants morts et plus de 3 000 arrestations. LES ÉTUDIANTS CONTRE LE COUP D’ÉTAT AU CŒUR DE L’AFFRONTEMENT Cependant, depuis la destitution de Mohamed Morsi le 3 juillet 2013, les Étudiants contre le coup d’État semblent occuper la totalité de la scène au détriment des étudiants des autres mouvements et organisations politiques qui se trouvent écartés et dans l’incapacité de se mobiliser. Les tentatives de parvenir à un mouvement étudiant unifié en 2013-2014 ont échoué à cause d’une volonté hégémonique des premiers et de désaccords sur les revendications à porter en commun. Depuis septembre 2013, les Étudiants contre le coup d’État manifestent dans plusieurs universités pour revendiquer le retour du président destitué et les droits de leurs camarades arrêtés lors du sit-in de Rabaa Al-Adaweyya. Ainsi, l’université tend-elle à constituer une déclinaison particulière de l’affrontement entre le régime et les Frères musulmans2. Au-delà de ce conflit, ce sont tous les étudiants qui continuent d’être une cible de la répression et du contrôle par le régime. DES PRESIDENTS D’UNIVERSITE DE NOUVEAU AUX ORDRES Les administrations des universités sont également actrices de cette répression. Conséquence de la révolution de 2011, un système électoral devait permettre la nomination des présidents des universités. Cet acquis a été officiellement remis en cause à la fin du mois de juin 2013, les présidents étant de nouveau nommés par le président de la République. Ils ont désormais les mains libres dans la gestion des campus et le contrôle des libertés des étudiants. Pendant l’année universitaire 2013-2014, après de nombreuses mobilisations étudiantes, les présidents des universités ont demandé à ce que les forces anti-émeutes soient admises sur les campus, pour « protéger les bâtiments » contre les attaques des étudiants. En outre, l’amendement du système disciplinaire des universités en février 2014 donne désormais la prérogative aux présidents des universités de décider de l’expulsion des étudiants « indésirables » sans requérir l’avis d’un conseil disciplinaire. Il s’agit d’un amendement par décret présidentiel de la loi 49 de 1972 sur l’organisation des universités. En février 2014, un nouvel article (184 bis) a été ajouté. C’est ainsi que 1380 cas d’expulsion (avec et sans conseil disciplinaire) des universités et des cités universitaires ont été attestés depuis septembre 2013. Les présidents exercent également un contrôle plus strict sur les activités estudiantines, notamment en encourageant la délation : plusieurs d’entre eux ont déclaré avoir recruté des « étudiants patriotiques » pour « surveiller leurs camarades », afin d’informer les autorités des activités « illégales » ou de « sabotage ». Les dirigeants des universités du Caire et d’Alexandrie interdisent tout groupement d’étudiants sur une base partisane3. Cette interdiction s’étend de facto à toute activité politique. Ainsi, ironiquement, un camp organisé par l’Union des étudiants de la faculté d’économie et de sciences politiques de l’université du Caire pendant les vacances d’été dans le but de « réunir les étudiants pour discuter et réfléchir ensemble sur ce qu’ils ont en commun au lieu [de focaliser sur] les clivages et de préparer une nouvelle génération d’étudiants qui peuvent travailler »4 a été annulé sous prétexte que les étudiants allaient « parler de politique ». MULTIPLES ATTEINTES AUX LIBERTES Ce sont également les libertés individuelles des étudiants qui se trouvent en jeu : les résidents des cités universitaires sont obligés de subir un test de détection de substances narcotiques5. Si ce nouveau dispositif a été mis en place sous prétexte de contrôler les activités des étudiants Frères musulmans, il s’est généralisé à toute initiative, activité et organisation menée par les étudiants, islamistes ou non. C’est toute l’université comme espace de protestation et d’action politique qui, tout comme la rue, est placée sous surveillance étroite. En 2011, l’université était devenue un lieu où se reflétait l’ouverture de l’espace politique. Plusieurs modalités d’action collective et de groupements politiques ont interagi au sein de l’université, comme les unions d’étudiants6, les bureaux des étudiants — qu’ils soient issus des partis politiques ou des campagnes présidentielles tels que Ousrat el-midân du parti Al-Doustour, les étudiants de Masr el-quawiyya et les mouvements associés à des organisations politiques tels les Socialistes révolutionnaires et les jeunes du 6-Avril7. Depuis 2011, ces mouvements ont mené des luttes pour la réforme des syndicats étudiants, l’établissement d’un nouveau règlement pour « libérer » l’activité des étudiants de la tutelle de l’administration, et de manière plus générale, pour améliorer les conditions d’étude. Sous Hosni Moubarak, les activités des étudiants étaient en effet gérées selon un règlement exécutif issu par décret présidentiel en 1979. Ce règlement imposait des restrictions aux activités politiques et laissait la main haute aux administrations pour contrôler les unions d’étudiants au niveau des compétences et des candidats. Après 2011, plusieurs groupes d’étudiants se sont mobilisés pour la rédaction d’un nouveau règlement. En 2013, après deux ans de négociations entre les mouvements et le Haut Conseil des universités, un nouveau règlement avait été rédigé par une commission composée en majorité d’étudiants Frères musulmans. Il transférait une partie des compétences administratives (contrôle des activités étudiantes et des budgets des unions) aux conseils des unions. Malgré cette avancée manifeste, les autres groupes étudiants ont contesté le processus de sa mise en place dans la mesure où ils en avaient été exclus. Et en septembre 2014, le Haut Conseil des universités annonçait qu’un nouveau règlement rédigé par l’administration serait imposé pour remplacer le « règlement des Frères musulmans ». MOBILISATIONS : LE PROFIL BAS Au-delà de ces activités que l’on peut appeler « corporatistes », les groupes d’étudiants se mobilisent aussi selon les agendas politiques des mouvements auxquels ils appartiennent. Toutefois, depuis septembre 2013, l’action de ces mouvements ne trouve pas sa place sur les campus ; leurs revendications ne collent pas avec celles des étudiants des Frères musulmans, et toute tentative de coordination s’est révélée impossible. Le désaccord principal provient de l’impossibilité de la création d’un mouvement étudiant « neutre », sans appartenance politique affichée. La marge de manœuvre de ces mouvements est de ce fait limitée à seulement deux niveaux de mobilisation. En premier lieu, il s’agit de la défense des droits de leurs camarades arrêtés ou expulsés. Plusieurs campagnes ont été lancées dans ce sens : al-Hurriya lil tullab (« La liberté pour les étudiants ») pour le soutien aux étudiants détenus ; al-Gam‘a lil tullâb (« L’université pour les étudiants ») pour le retour des étudiants expulsés, ou encore des observatoires telles que Tullâb Hurriya (« étudiants liberté ») et Azharî. L’objectif principal est de produire des statistiques précises sur les effectifs des étudiants tués, arrêtés ou expulsés, mais aussi de fournir une aide juridique aux jeunes et à leurs familles. Celle-ci se fait généralement en coopération avec des ONG de droits humains spécialisées sur les questions estudiantines telles que l’Association of Freedom of Thought and Expression et le centre Adâla (« Justice ») pour les droits et les libertés. SENSIBILISER A LA CAUSE DES PRISONNIERS Ces mouvements de jeunes organisent aussi la diffusion d’informations au sujet des étudiants arrêtés. Ils essaient ainsi de rendre publique leur action à travers la création de médias alternatifs tels que Shaffâf(« Transparent ») et Radio Handassa Mubasher (radio de la faculté d’ingénierie). Le deuxième niveau d’action consiste en un travail de conscientisation auprès des étudiants. Des campagnes sont organisées pour promouvoir la connaissance de leurs droits politiques et socio-économiques, tel le droit à la transparence en ce qui concerne la gestion du budget de l’université. L’objectif est de promouvoir la lutte auprès des étudiants non politisés en se focalisant sur des revendications corporatistes, plus pertinentes à leurs yeux. Malgré ces efforts pour pouvoir maintenir une mobilisation en dehors de la bipolarité du conflit entre les Frères musulmans et l’administration universitaire, le champ d’action des autres mouvements étudiants reste limité. Ils subissent les conséquences du climat de restrictions généralisées et plusieurs de leurs membres ont été arrêtés. Dans ce contexte, resurgit la nécessité d’un mouvement étudiant unifié, seul à même de contourner la répression. Mais malgré la création de la Coalition des étudiants d’Égypte, le 18 octobre 2014, la manière de le faire n’est pas encore claire. En somme, la tension actuelle dans les universités résulte, d’une part, des tentatives du régime d’établir un nouvel ordre qui restreint toute possibilité de mobilisation et, d’autre part, du sectarisme des Étudiants contre le coup d’État. Depuis la destitution de Morsi, les autres mouvements sont confrontés au défi de sortir de cette dualité, de conserver leurs réseaux et de pouvoir continuer à agir dans un espace de plus en plus restreint, de plus en plus verrouillé. Farah Ramzy 1La garde universitaire, haras el gam’a, unité attachée à la police stationnant sur les campus et installée sous le régime de Hosni Moubarak, était chargée de neutraliser toute tentative de mobilisation en utilisant la violence mais aussi en recrutant des informateurs parmi les étudiants et les professeurs pour surveiller les activités potentiellement contestataires. Elle avait été interdite suite à un jugement du tribunal administratif en 2010 dont l’application n’a été effective qu’en mars 2011. 2Mohammed Abdel Salam, « Egyptian universities between the brotherhood and the military », Sada, Carnegie Endowment for International Peace, 20 décembre 2013. 3Rehab Mokbel, « Egypt universities ban student political groups », Al-Monitor, 12 septembre 2014 4Entretien avec des membres de cette union le 13 septembre, deux jours avant l’annulation du camp. 5« Over 4,000 students undergo drug testing at Cairo University”, Daily News Egypt, 19 octobre 2014. 6Structures de représentation officielles au niveau des facultés, des universités et au plan national. 7Le mouvement étudiant : de l’abdication de Moubarak à la destitution de Morsi), rapport de l’Association Freedom of Thought and Expression, juin 2014. URL : http://orientxxi.info/magazine/le-champ-de-bataille-des,0772

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La jeunesse tunisienne, une force vive condamnée au sommeil

Publié le par Mahi Ahmed

~~La jeunesse tunisienne, une force vive condamnée au sommeil Orient XXI > Magazine > Thameur Mekki > 17 décembre 2014 Quatre ans après la mort de Mohamed Bouazizi, le faible taux de participation des jeunes Tunisiens au premier tour de la première élection présidentielle libre du pays est alarmant. Seuls 53 % des 18-40 ans ont voté alors que le taux de participation national a été de 64 %. Peu représentée dans la classe politique dirigeante, la jeunesse peine en effet à concrétiser ses objectifs de justice sociale tout en comptant sur les libertés acquises pour continuer à lutter. #Occupy Tunis, manifestation du 11 novembre 2011. Amine Ghrabi. « L’État veille à assurer aux jeunes les conditions nécessaires au développement de leurs capacités, de leur prise des responsabilités et à élargir et généraliser leur participation à l’essor social, économique, culturel et politique », stipule l’article 8 de la nouvelle Constitution tunisienne adoptée en janvier 2014. L’enjeu est de taille, surtout que les moins de 40 ans représentent plus de 70 % de la population, selon l’Institut national de la statistique (INS). Mais jusqu’ici, les jeunes, « force vive dans la construction de la nation » d’après la Constitution, ne jouent pas encore le rôle qu’elle leur a attribué et 18 % des 15-29 ans sont inactifs et non scolarisés. TUNIS PLUS TOUCHEE PAR LE CHOMAGE Le taux de chômage est en hausse depuis la révolution. Il a atteint 15,2 % en 2014. Pour la tranche d’âge de 15 à 29 ans, il est passé de 25 % en 2007 à 35,2 % en 2012, d’après une enquête de l’Organisation internationale du travail (OIT)1. Les jeunes sont toujours les plus frappés. « Jusqu’ici, on ne parle que de politique. La crise économique et sociale est zappée alors que c’est le cœur du problème. Cette question va forcément s’imposer durant la période à venir », observe Alaa Talbi, 35 ans, directeur exécutif du Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES) et membre du comité directeur de la section tunisoise de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH). Pas de changements non plus au niveau des disparités régionales. Les jeunes de Sidi Bouzid et de Kasserine, régions berceaux du soulèvement, sont toujours parmi les plus affectés par le chômage. Cependant, contrairement aux idées reçues, ce sont ceux de la capitale qui sont les plus touchés. Une tendance qui pourrait s’expliquer par la croissance démographique que la capitale a connue après les grandes vagues de migrants qui s’y sont installés durant les dernières décennies. Il n’empêche qu’ils sont toujours favorisés sur d’autres plans, tels que l’accès à l’enseignement supérieur. Une étude sur le sujet2 fait état d’une situation inchangée trois ans plus tard. À titre d’exemple, un bachelier de Tunis a six fois plus de chances d’accéder aux filières médicales qu’un bachelier de Siliana et douze fois plus de chances qu’un bachelier de Tataouine. Un bachelier de Sfax a sept fois plus de chances d’accéder à une formation d’ingénieur que son homologue de Tataouine, et un bachelier de Tunis a 26 fois plus de chances d’accéder à une grande école de gestion que son homologue de Gabès. CONFINES AU SERVICE D’ORDRE L’absence d’une caisse de résonance des préoccupations des jeunes dans la classe politique a provoqué une crise de confiance aiguë. Un rapport de la Banque mondiale en 2014 sur les obstacles à l’inclusion des jeunes en témoigne. L’enquête révèle que 68 % de la jeunesse urbaine et 91 % des jeunes ruraux ne font pas confiance aux institutions publiques et au système politique. « Les jeunes sont marginalisés dans les partis politiques », observe Talbi. « On ne les implique que pour faire le service d’ordre dans les manifestations », ironise-t-il. Depuis que les Tunisiens ont mis fin au régime autocratique de Zine El-Abidine Ben Ali, l’État a dû faire face à divers changements institutionnels et législatifs. Tout au long de la transition, les réformes politiques ont souvent été prioritaires au détriment des réformes économiques et sociales. La création des institutions qui assurent la transition, leur organisation et les équilibres politiques qui les régissent ont dominé le débat et l’attention. Les tiraillements politiques entre progressistes sécularistes et islamistes conservateurs ont orienté les différents protagonistes politiques et médiatiques vers un intérêt quasi exclusif pour le modèle sociétal. La forte répression et la confiscation de la liberté d’opinion sous la dictature ont bloqué certains débats cruciaux, dont ceux concernant les libertés individuelles. La chute de Ben Ali les a remis sur le tapis. Et dès 2013, avec la montée du terrorisme djihadiste, la question sécuritaire s’est imposée, marginalisant ainsi les problèmes économiques et sociaux. Les joutes électorales ont renforcé cette tendance. PARTICIPATION POLITIQUE CIRCONSTANCIELLE Le fossé générationnel entre les instances élues et les jeunes est énorme. Seulement 20 % des membres de la nouvelle Assemblée des représentants du peuple fraîchement élue ont moins de 40 ans. Quant à l’Assemblée constituante (2011-2014), la moyenne d’âge y était de presque 50 ans. « Au lendemain de la révolution, c’était “bravo les jeunes”. Mais quand on n’a pas dit amen à leur ordre de priorités, c’était “au revoir les jeunes” », déclare Sofien Belhaj alias Hamadi Kaloutcha, 32 ans, cyberactiviste et militant des droits humains. Après la chute de la dictature, il a été membre d’une sorte d’assemblée nationale ad hoc active jusqu’aux élections d’octobre 2011. Il s’agit de la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique (Hiror). « On n’était pas nombreux et on n‘a pas su peser », rétorque Kaloutcha quand on lui demande d’évaluer son expérience et celles des jeunes au sein de l’Hiror. L’une des expériences les plus intéressantes dans ce sens est celle de Slim Amamou. Ce cyberactiviste incarcéré pendant la révolution a quitté la prison le soir du 13 janvier 2011 avant d’être nommé, à l’âge de 33 ans, secrétaire d’État à la jeunesse le 18 janvier. « C’était une opportunité d’observer de très près ce gouvernement qui n’avait pas notre confiance. L’enjeu majeur de l’époque était la tenue d’élections. Et je voulais m’assurer que c’était sur le bon chemin », confie Amamou qui n’y a passé que quelques mois. Il poursuit : « Je n’avais absolument aucun pouvoir décisionnel. C’était un gouvernement sans légitimité. Les seuls ministres qui avaient un réel pouvoir décisionnel étaient le premier ministre et ceux de l’intérieur et de la défense ». LIBRES DE S’EXPRIMER ET DE S’ORGANISER Si ces jeunes impliqués dans la révolution ont échoué à se faire représenter politiquement, ils sont parvenus à réaliser l’un de leurs objectifs, celui de la liberté d’opinion, après un combat inlassable contre la censure. Sur le web, la Tunisie est aujourd’hui classée 39e dans le monde, selon le dernier rapport sur la liberté d’expression sur Internet de l’organisation américaine Freedom House, se plaçant ainsi en première position en Afrique du Nord et au Proche-Orient. Quant à la liberté de la presse, la progression est remarquable. Alaa Talbi, Sofien Belhaj et Slim Amamou, ainsi que de nombreux jeunes de la même génération sont unanimes : la liberté d’expression et la liberté d’organisation sont les principaux acquis de la révolution malgré quelques rechutes passagères. « Ce sont ces deux acquis qui nous permettront de poursuivre la bataille. Hier, on combattait la dictature avec des fourchettes. Aujourd’hui, nous avons des bazookas », affirme Kaloutcha. Entre 2010 et 2013, le nombre d’associations en Tunisie a quasiment doublé entre 2010 et 20143. Le pays a connu un véritable « boom » associatif depuis la révolution et surtout après la mise en place d’un nouveau cadre légal organisant les associations en septembre 2011. L’étude de la Banque mondiale4 précise que « malgré les faibles taux de participation à des associations, 9 jeunes Tunisiens sur 10 accordent de l’importance au bénévolat au sein des organisations de la société civile ». Nolens volens, certaines associations fondées et pilotées par des jeunes jouent un rôle très important dans le processus transitionnel. Le vieillissement de la classe politique ne facilite pas les choses. Et le fossé générationnel risque de se creuser davantage dans le quinquennat à venir. Les discours de Béji Caid Essebsi (88 ans) et de Moncef Marzouki (69 ans), tous les deux candidats au second tour de l’élection présidentielle, tendent vers le paternalisme, au risque de voir leurs « enfants » tuer (politiquement) leurs pères. Ben Ali, qui les a vus grandir sous son règne, en sait quelque chose. Thameur Mekki 1Transition vers le marché du travail des jeunes femmes et hommes en Tunisie, World4youth, Observatoire national de l’emploi et des qualifications, n° 15, juin 2014. 2Mohamed Hedi Zaiem, « Les inégalités régionales et sociales dans l’enseignement supérieur. Comment l’école est passée d’ascenseur social à un lieu privilégié de reproduction des inégalités », Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), 2011. 3De 9 969 à 17 714 selon le Centre d’information, de formation, d’études et de documentation sur les associations (Ifeda). 4Ibid URL : http://orientxxi.info/magazine/le-champ-de-bataille-des,0772

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L'analyse du Parti communiste (KPRF) sur la crise en Russie : « 2015 ne doit pas être l'année du pillage du peuple russe par son gouvernement »

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~~L'analyse du Parti communiste (KPRF) sur la crise en Russie : « 2015 ne doit pas être l'année du pillage du peuple russe par son gouvernement » L'analyse du Parti communiste (KPRF) sur la crise en Russie « La crise nécessite des mesures extraordinaires » Déclaration du Présidium du Comité central du Parti communiste de la Fédération de Russie Avoir suivi les recettes libérales de nos amis, les conseillers occidentaux, a conduit le pays à une crise systémique. Aucune réforme parmi celle menée dans l'industrie, l'agriculture, l'énergie, le social, la science, l'éducation, les forces armées, la justice n'ont conduit à des améliorations. Bien au contraire, les réformes libérales ont tout détruit. L'économie du pays, la vie de nos concitoyens sont de plus en plus subordonnés aux intérêts des multinationales. Le renforcement de la position de la Fédération de Russie sur la scène internationale est en contradiction avec l'orientation suivie en Russie, qui conduit à une perte d'indépendance et de souveraineté nationale, à la consolidation de notre statut de fournisseur de matières premières dans le système productif mondial. 60 % des recettes budgétaires proviennent du pétrole et du gaz. En outre, si le pays vend chaque année à l'étranger des matières premières pour près de 20 milliards de roubles, le budget de l’État ne voit la couleur que du tiers de cette somme. Le reste est capté par les oligarques russes et leurs amis étrangers. La poursuite de la politique économique actuelle va inexorablement saper le développement de notre industrie, contribuer à étrangler nos petites et moyennes entreprises. La Russie perd ses travailleurs qualifiés. Un demi-million de scientifiques, d'experts sont déjà partis à l'étranger. Dans le même temps, le groupe « Russie unie » à la Douma a adopté une loi « sur l'éducation » qui va continuer à détruire l'école classique russe, elle qui a donné des fruits inestimables à la science. La loi sur la réforme de l'Académie de sciences de Russie détruira la système actuel de la science académique, elle livrera les bâtiments prestigieux à des bureaucrates voyous. Ce coup menace de pertes irréparables pour le pays. Le pays est embourbé dans la dette. Cette année, la dette extérieure a été creusée, 15 % de plus, à 730 milliards de $. C'est nettement plus que les réserves internationales de la Russie, qui ont diminué à 420 milliards de $. Dont 118 milliards de $ de titres du Trésor américain. La poursuite de ces politiques financières peut conduire la Russie à un défaut avec toutes ses conséquences. L'effondrement du taux de change va inévitablement conduire à une augmentation des prix, si on n'adopte pas rapidement des mesures de stabilisation des prix. Le gouvernement russe est incapable d'arrêter l'exportation des capitaux. Cette année, les sorties de capitaux s'élèvent à 130 milliards de $. La politique monétaire libérale des Gaidar, Koudrino est toujours dominante en Russie, elle est devenue le pivot de la destruction du potentiel économique du pays. L'impuissance de la Banque centrale, son incapacité à s'adapter aux conditions difficiles de la situation internationale ont conduit à l'effondrement du système monétaire, une nette dépréciation du rouble. La situation a empiré suite à la décision du Conseil d'administration de la Banque centrale de relever ses taux directeurs à 17 %. Cette mesure signifie un sacrifice pour l'économie réelle, les PME du pays. Le Présidium du Comité central du Parti communiste est très préoccupé, il craint que 2015 ne soit une année de pillage de masse de la population russe. Les conditions de vie de dizaines de millions de personnes sont aujourd'hui proches de la pauvreté absolue. Le salaire minimum est de 12 700 roubles, si on y ajoute l'impact des lois nouvellement adoptées, c'est 15 600 roubles. Dans le même temps, le minimum de subsistance est fixé à 8 192 roubles, 6 717 pour les retraités, soit trois fois moins que la consommation minimale D'après les statistiques, 52 % de la population ont des revenus inférieurs de 15 000 roubles par mois (300 €), donc sont en-dessous du minimum vital. C'est la moitié du pays ! Le prix des médicaments et de l'alimentation ne cessent d'augmenter. L'inflation du coût des produits alimentaires s'élève à 12 %. Avec la flambée du dollar, tous les produits importés vont assurément voir leur prix augmenter. La masse salariale globale risque d'être réduite en 2015 de 442 milliards de $. L'expérience nous montre clairement l'échec de cette politique économique et sociale libérale en Russie. Cette politique plonge chaque jour passant l'économie, les finances russes vers la catastrophe. Cette situation appelle des mesures drastiques urgentes. En premier lieu : 1 – Le Président de la Russie doit tenir des consultations avec les principaux partis politiques afin de former un gouvernement de rassemblement national. Le gouvernement libéral a épuisé toutes ses possibilités et a conduit le pays dans une impasse. La période difficile actuelle rend nécessaire la formation d'un gouvernement de coalition ouvert à toutes les capacités, à tous les partis et citoyens non inscrits de Russie ; 2 – Reconnaître que la direction de la Banque de Russie ne peut assumer ses responsabilités, et ses missions de financement de l'économie ; 3 – Prendre les mesures les plus sévères pour lutter contre la spéculation sur le marché financier et le marché interbancaire de devises ; 4 – Fixer un taux de refinancement de la Banque centrale, qui promeuve le développement de la production nationale et la réponse à la question sociale ; 5 – Imposer le devoir pour les exportateurs de matières premières de déposer au moins 50 % de leurs recettes en devises à la Banque centrale ; 6 – Mettre en œuvre un ensemble de mesures visant à freiner les transferts internationaux de devises depuis la Russie ; 7 – Fixer une interdiction aux entreprises publiques d'être cotées sur le marché des devises ; 8 – Exiger de la Banque centrale qu'elle introduise des prêts aux banques commerciales avec un contrôle sur leur utilisation dans l'économie réelle, avec des comptes à rendre à la Douma ; 9 – Lutter contre l'inflation en stimulant la production nationale, en lien avec une planification gouvernementale pour le développement industriel ; 10 – Acter un moratoire sur l'augmentation des tarifs pour les produits issus des monopoles naturels, en mettant l'accès sur le contrôle des prix dans l'énergie et l'agriculture ; 11 – Établir d'urgence un contrôle sur les prix des biens essentiels inclus dans la liste du minimum de subsistance ; Le Présidium du Comité central du Parti communiste déclare que la sortie de la crise pour la Russie est impossible dans un renforcement du rôle de l’État dans la régulation de l'économie, l'intervention dans la société. Sans nationalisation du système bancaire, de l'énergie, des chemins de fer, il sera très difficile d'empêcher l'effondrement de l'économie. Dans le cas contraire, les prédateurs, les spéculateurs continueront à parasiter le potentiel du pays, détruisant les secteurs de base de l'économie par le travail de plusieurs générations de Russes.

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