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GOUVERNER PAR LE COMPLOT : OCTOBRE 88 A ORAN

Publié le par Mahi Ahmed

GOUVERNER PAR LE COMPLOT : OCTOBRE 88 A ORAN

Hier ‎29 ‎janvier ‎2013, ‏‎19:20:24 | (messaoud benyoucef)

 

 

 

OCTOBRE 88 À ORAN 

 

Des émeutes d'octobre 1988 à Alger, tout a été dit -ou presque. Que se passa-t-il à Oran, durant ces quelques jours qui marqueront ce moment idoine où la vérité des choses se dévoile brusquement ? Le régime livrera à tous son vrai visage en ces journées de complot et contre-complot car les groupes d'intérêt au pouvoir ne s'affrontent jamais à visage découvert ; ils se réfugient derrière la manipulation d'une masse, de préférence jeune car impulsive, téméraire et sans expérience. À ce titre, il est légitime de dire que les manifestations de 1982 à Oran, de 1986 à Constantine et de 1988 à Alger (et Oran) ont été les vrais premiers épisodes de la guerre des lâches qui endeuillera le pays dans la décennie 90. 

 

LE CONTEXTE GÉNÉRAL 

 

Les années 80 furent marquées par une lutte intense entre les différents cercles du pouvoir. Le débat tel qu'il était formulé en public concernait la question de la gestion économique et financière du pays après la chute des prix des hydrocarbures en 1986. Mais cette façon de poser le problème avait pour objectif de cacher la réalité d'un autre, plus profond et premier car il structurait de plus en plus clairement les luttes de tendances au sein du pouvoir : celui de la destination du secteur public, agricole et industriel, qui avait été édifié depuis l'indépendance. Privatiser les terres agricoles récupérées sur le fonds colonial, démanteler le secteur industriel et défaire toute la législation sur le commerce extérieur afin d'ouvrir la porte au capital international, tel était le programme d'une tendance du pouvoir, pressée d'emboîter le pas à l'Égypte d'Anouar Sadate, celle de l'Infitah - « l'ouverture »- qui avait livré ce pays à la la bourgeoisie compradore, celle du « Tasdir wa'stirad », l'import-export. 

 

L'inénarrable Benbella apportera son eau frelatée au moulin des Infitahistes en déclarant que le secteur industriel n'était qu'« un tas de ferraille ». L'heure, il est vrai, était au règne de l'ignorance et de l'inculture. Avec un acteur de série B à la tête des USA (R. Reagan) et une épicière inculte et dénuée de tout sentiment humain en Grande-Bretagne (M. Thatcher), pourquoi l'Algérie ne se paierait-elle pas deux présidents, l'un en exercice et incapable d'énoncer une seule phrase syntaxiquement correcte dans n'importe quelle langue, l'autre dans l'opposition et blindé contre le ridicule ? 

 

Cette tendance infitahiste, honteuse parce qu'incapable encore de s'assumer ouvertement tellement elle aurait heurté une opinion publique formatée à l'égalitarisme de la religion et du socialisme officiel, était encouragée et soutenue par le cercle présidentiel. Sa mise en oeuvre fut confiée à un gouvernement dirigé par Abdelhamid Brahimi, un premier ministre rigide, brutal même, et à la science douteuse qui entreprendra le travail préparatoire de liquidation des grandes entreprises publiques, celui de leur redimensionnement. Morceler les « majors » des hydrocarbures, de la sidérurgie et du BTP pour les liquider plus facilement, telle était la mission d'un Premier ministre qui ne convainquait personne en s'abritant derrière les nécessités d'une gestion plus saine (et qui n'avait, de toute façon, aucun argument à faire valoir sinon la vocifération et le passage en force). 

 

Aux Infitahistes qui avaient le vent en poupe, leurs adversaires n'avaient à opposer que l'arsenal des ruses et chausse-trapes d'appareils. Le système politique qui s'est mis en place en Algérie dès les premiers mois de l'indépendance ressemble à s'y méprendre à celui qui prévalait en URSS : une pouvoir nominal dévolu au parti unique (PCUS / FLN) et sa réalité exercée dans le secret absolu par l'appareil de la sécurité d'État (KGB / SM). La tendance anti-infitahiste était « logée » dans une aile de la SM -disons pour aller vite et pour la commodité, l'aile gauche-, et son bras séculier était l'appareil du FLN et ses organisations satellites. C'est dire en d'autres termes que l'appareil de la SM était lui-même divisé. (D'ailleurs, le Premier ministre était lui-même un membre de la SM). Mais, contre la Présidence et le gouvernement, l'aile gauche de la SM disposait d'un atout autrement décisif : son influence sans rivale sur l'appareil d'État et les managers du secteur public, soumis à une surveillance implacable et terrorisés à la seule idée d'avoir affaire, un jour, à la SM. À partir de 1975, en effet -et mettant à profit l'affaire du Sahara occidental et l'état, consécutif, de paix armée avec le Maroc- la SM mit en place les Bureaux de sécurité préventive (BSP), organes de surveillance présents dans la moindre administration, la moindre entreprise, la plus petite école même. Les managers et les cadres étaient à la merci du moindre ragot colporté par des agents d'autant plus zélés qu'ils étaient, en général, plus motivés par la prébende que par le patriotisme. Un réseau de surveillance et de contrôle tentaculaire, qui rappelle par bien des aspects le Dispositif de Protection Urbaine, le DPU du colonel Trinquier, de sinistre mémoire (lui-même démarqué des méthodes de mouchardage de la Gestapo) et finalement inefficace puisqu'il n'empêchera nullement la corruption de prospérer. Bien au contraire. Et elle ne touchera pas seulement les BSP, d'ailleurs, mais des cadres mêmes de la SM. Qui surveillera les surveillants ? 

 

Au long des années 80, cette confrontation allait devenir de plus en plus prégnante, de plus en plus publique. Les Infitahistes, confrontés, d'une part, à la pression croissante du Fonds monétaire international (FMI) -le bras armé de la marche du Capital vers l'unification du marché mondial-, d'autre part au sabotage systématique des mesures gouvernementales par leurs adversaires, se lanceront finalement dans une fuite en avant qui mènera aux événements d'octobre 88. Mais auparavant, il y aura eu cette emblématique affaire des ligues des droits de l'homme. 

 

L'AFFAIRE DES LIGUES DE DROITS DE L'HOMME 

 



 

La deuxième moitié des années 80 allait être marquée, en effet, par cette bataille autour de la constitution d'une association de défense des droits de l'homme. L'idée d'une ligue des droits de l'homme faisait, depuis quelque temps, son chemin dans un cercle de démocrates bourgeois de la capitale. Pour l'essentiel, il s'agissait de personnalités liées au barreau dont certaines -l'avocat Miloud Brahimi et l'écrivain Rachid Boudjedra- entretenaient des liens d'amitié avec le chef de la DGSN, Hadi Khediri. La figure de proue de ce cénacle était Miloud Brahimi. On cite aussi les avocats Ali Benflis, membre influent du FLN, Youcef Fethallah, le professeur de Droit Mohand Issaad, Mes M'hamed Ferhat et Mahi Gouadni d'Oran... L'existence de ce cercle (informel) était bien l'indice qu'une autre tendance politique tentait de se faire jour à l'ombre de la Présidence, celle de démocrates libéraux, encouragée et même couvée par le chef de la DGSN, lequel se croyait promis à un avenir radieux. 

 

Mes Ferhat et Gouadni étaient précisément ceux qui avaient assuré notre défense lors des événements d'avril 82. Khediri et Gouadni se sont connus à l'université d'Aix-en-Provence où le premier menait des études de mathématiques, le second de Droit. En 1961, Khediri rejoignit le GPRA à Tunis où se trouvait également Rachid Boudjedra -ce qui explique la présence de l'écrivain, qui se revendiquait du communisme, dans le cénacle, et plus tard dans le bureau de la ligue. C'est auprès de Me Ferhat que je me tenais informé de l'état d'avancement du projet qui m'intéressait particulièrement. L'expérience de 82 -et celle de 86 qui a concerné les camarades de Constantine- m'avait convaincu que l'axe principal de la lutte politique devait se déplacer vers la défense de la société civile qu'un pouvoir de plus en plus nettement policier et prédateur menaçait gravement. J'y reviendrai. 

 

J'appris ainsi que le consensus s'était enfin réalisé autour de la date et du lieu de proclamation de la ligue et, surtout, sur le nom de son futur président, une personnalité incontestable et unanimement respectée, le professeur de droit Mohand Issaad. Mais au jour dit, un incident remettra tout en cause : brisant le consensus longuement négocié, quelqu'un se présentera, à la dernière minute, contre Issaad. C'était Abdennour Ali-Yahia. Personnalité très controversée, passée du boumédiénisme au berbérisme, Ali-Yahia a-t-il consciemment saboté la réunion pour faire place nette à la ligue berbériste dont il sera l'inamovible président ? Quoi qu'il en soit, l'incident créa la confusion et la réunion tourna court. Dans les jours qui suivirent, le professeur Issaad fut convoqué par les services de sécurité, interrogé, intimidé. À quel service appartenaient ces policiers ? Voulaient-ils étouffer dans l'oeuf le projet pour mettre Khediri en difficulté ? Le fait est que le professeur Issaad se retira de la scène. Il fallut lui trouver un remplaçant. Ce fut Me Miloud Brahimi qui, finalement, deviendra le président de la LADH. À son corps défendant, diront certains. 

 

Quant à Abdennour Ali-Yahia, il fut proclamé président d'une « Ligue de défense des droits de l'homme » (LADDH) par une réunion de militants tous connus -à l'exception de Me Hocine Zahouane, qui en fut la véritable cheville ouvrière- comme des militants de la cause berbériste, tels Ferhat Mehenni, Saïd Saadi, Fettouma Ouzeggane, Moqrane Aït Larbi... Immédiatement après cette proclamation, ils furent tous arrêtés (à l'exception notable de Ali-Yahia) et déférés devant une juridiction d'exception, la Cour de sûreté de l'État, siégeant à Médéa. Ils seront condamnés à de lourdes peines de prison et certains d'entre eux seront internés à Bordj Omar Driss, où ils retrouveront les militants du Pags constantinois. Plus tard, on découvrira qu'une autre initiative de constitution d'une ligue, contemporaine des deux premières nommées, avait été mise en oeuvre par un groupe de trotzkistes proches du Parti des Travailleurs (PT). Un bureau fut même constitué mais cette ligue ne sortira jamais des limbes de la clandestinité bien que certains secteurs du pouvoir fussent intéressés à son existence. 

 

ORAN ET LA LADH 

 

Le Pags était organisé jusque là en réseaux plus ou moins étanches, ce qui n'assurait pas plus de sécurité à l'ensemble de l'organisation ni ne facilitait le travail militant -deux réseaux pouvant se télescoper ou développer des stratégies différentes dans un même milieu local ou professionnel. Or le parti était parvenu à un stade de développement qui ne pouvait plus se satisfaire de ce type d'organisation. Tout le monde en était peu ou prou conscient, même si on n'avait pas les mêmes mots pour le dire. C'est dans ce contexte que se mit en place, en plusieurs étapes certes, la cellule dans laquelle nous nous sommes trouvés réunis M'hamed Djellid, Abdelkader Alloula et moi. 

 

M'hamed enseignait la sociologie à l'université mais « travaillait » dans le monde ouvrier : recrutement de militants et organisation de cellules. Il activait dans trois secteurs : la commune, les docks et le BTP. En ce qui concerne les deux premiers secteurs, leur réceptivité à notre travail venait de loin. Il y a, bien sûr, l'histoire prestigieuse des dockers oranais à l'époque de la CGT (qui étaient encore dirigés dans les années 60 et 70 par feu Mohamed Boualem, militant du PCA et survivant du maquis « rouge » de Beni Boudouane, Ouarsenis, où périrent Henri Maillot et Maurice Laban aux côtés de leurs camarades arabes). Mais il y avait une raison plus récente à cela, une histoire d'art, et précisément une histoire de théâtre. 

 

 

ÉBOUEURS ET DOCKERS AU THÉÂTRE 

 

Pour le 1er Mai 1969, l'UW-UGTA (qui n'était pas encore tombée entre les mains de la mafia syndicalo-policière) avait décidé, à l'instigation de sa commission culturelle, d'organiser des manifestations artistiques pour les ouvriers et leurs familles. J'étais membre de cette commission, aux côtés de Benamar Belazrag (futur inspecteur du travail très engagé dans la cause ouvrière), commission que présidait Abderrezak Daoui, futur secrétaire national de l'UGTA dans l'équipe Demène-Debbih. Nous avons fait une « commande » à A. Alloula de la pièce de théâtre « El Alag – Les sangsues », qu'il venait d'écrire et qui n'avait pas encore été montée, et au cinéaste Zakaria d'un film inédit. 

 

La pièce de Alloula fut présentée à un public d'ouvriers -où dominaient les dockers et les communaux-, venus avec leurs femmes voilées prendre place dans les travées du théâtre, pour la première fois de leur vie pour l'écrasante majorité d'entre eux. Ce fut à cette occasion que nous nouâmes avec eux -Abdelkader surtout- des rapports très étroits, véritablement fraternels. 

 

Pour la petite histoire, le film de Zakaria passa à la télévision. C'était un mélodrame misérabiliste sur la condition ouvrière où l'opposition entre nantis et pauvres était illustrée par les images de deux quartiers d'Oran on ne peut plus dissemblables : Saint-Hubert, le quartier rupin, avec ses splendides villas et ses palmiers majestueux, et la Scaléra, le Barrio Bajo espagnol, en ruine. Sauf que la caméra de Zakaria avait pris dans son champ, à Saint-Hubert, la villa de Médeghri, le ministre de l'Intérieur ! 24 heures après, celui-ci déboulait dans la station régionale de la radio-télévision, fulminant. Il injuria et menaça tout le monde, y compris celui qu'il appela « le chevelu -Bouch'our », dont il allait s'occuper -dit-il. (Mais si l'on doit en croire les gens de la station, il aurait dit textuellement « Et quant à votre chevelu, je vais lui b... sa mère !») Le « chevelu » était, bien entendu, le ministre de la Communication, Ahmed Taleb. (C'est dire en quelle considération la camarilla d'Oujda tenait ses propres ministres !) 

 

DES PETITS CHEFS ET DE LEURS PRATIQUES 

 

Sans le savoir, nous avions, à nous trois, fait une expérience originale : en combinant l'activité spécifique de chacun d'entre nous -le théâtre pour Abdelkader, le politique pour M'hamed et le syndicalisme pour moi-, nous avions ouvert un champ très prometteur pour élargir l'implantation du parti dans le milieu ouvrier. Bien des années après, nous insistâmes auprès de Abdelhamid Benzine pour être organiquement réunis. Ce qui fut finalement accepté, non sans tergiversations de la part d'un responsable local suspicieux avec lequel les points de friction furent très nombreux. Il faut dire qu'il agissait souvent à l'emporte-pièce ; sous le coup de l'humeur, il prenait, seul, des décisions irréfléchies. À titre d'illustration, il décida, un jour, après des accrochages sérieux entre eux, de couper M'hamed de tout lien avec le parti. C'est moi qui l'ai « récupéré », de mon propre chef. Des années auparavant, il avait décidé subitement et sans s'en expliquer avec moi, que je devais cesser toute activité dans les syndicats et à l'intersyndicale. Comment aurais-je pu justifier pareille chose auprès de mes camarades de lutte dans les syndicats ? Cela faisait si longtemps que j'y militais. 

 

Pour la petite histoire, j'avais participé à la mise en place de la première section du SAE (Syndicat algérien des enseignants) en janvier 1962, à l'école Pasteur, dans le quartier de M'dina Jdida. L'OAS tira, ce jour-là, au mortier sur le quartier et deux obus s'abattirent justement dans la cour de l'école où nous étions encore réunis. Par ailleurs, la première action que nous avions menée fut une grève des cours pour exiger que nous soyons payés, nos traitements ne nous étant pas parvenus depuis des mois. L'OAS avait désorganisé le réseau de distribution postale en empêchant que les quartiers arabes fussent desservis. Et ce fut un inspecteur (arabe) de l'enseignement qui fut chargé par l'académie de nous payer en espèces ! 

 

Et surtout comment justifier ce qui serait apparu comme un lâchage aux yeux de mes camarades de l'intersyndicale -dont j'étais l'un des fondateurs et le partisan le plus enthousiaste ? Avec le recul du temps, j'en suis arrivé à penser que c'était bien l'intersyndicale qui gênait certains responsables du parti, les dogmatiques, ceux qui étaient incapables de saisir les nuances et modulations tactiques que doit nécessairement suivre la mise en œuvre d'une ligne politique générale. C'était là une décision trop grave pour être laissée à la prérogative de quelqu'un d'impulsif. J'en avisai, alors, le responsable du suivi des syndicats au secrétariat du CC du parti, Saoudi Abdelaziz, que je rencontrais assez régulièrement dans le cadre des luttes syndicales et que j'avais en hautes estime et amitié. Sa réponse fut claire et nette : « Il n'en est pas question ! » Je demeurai donc à mon poste de lutte syndical, au grand dam du chef local. 

 


DE LA DÉLATION 

Il arriva, de plus, à ce régional d'agir de manière proprement irresponsable : par exemple, en laissant entendre à de jeunes camarades qui activaient dans un réseau parallèle au mien dans le secteur de l'enseignement, que nous (mon réseau et moi) n'étions pas spécialement détenteurs de la vérité de la ligne du parti ; résultat ? L'un de ces jeunes camarades s'en alla benoîtement répéter la chose au CNP du FLN ! Heureusement que le CNP de l'époque était Saïd Bouhedja, un homme qui avait du respect pour nous et qui nous recevait souvent dans le cadre de l'affaire 82 -affaire dans laquelle ce réseau de camarades, soit dit en passant, demeura parfaitement inerte. Il s'agit là rien moins que de délation. 

 

J'aurai, d'ailleurs, de la délation d'ex-camarades, une autre illustration des années après, alors que j'écrivais sous pseudonyme dans un journal d'opposition, au cours de la décennie de la terreur des années 90. Je fus invité à un dîner par une connaissance qui m'informa qu'il recevait ce soir-là Me Ferhat M'hamed et que ce dernier avait émis le souhait de me voir. Nous étions séparés depuis de longs mois et je sautai sur l'occasion de revoir mon très cher maître. Or, il y avait là l'avocat 'Ali Haroun, ancien membre du Haut Comité d'État et un membre de Tahadi, transfuge du Pags. Si j'avais su leur présence, je me serais aussitôt décommandé car je n'avais rien à voir dans ce qui apparaissait bien comme une rencontre politique entre des membres de l'ANR (Alliance nationale républicaine, le parti de Rédha Malek dont Mes Ferhat et Haroun étaient des dirigeants) et un militant du soi-disant Tahadi. Au cours de la discussion sur la situation politique -c'était l'époque où Zéroual voulait organiser des élections présidentielles-, le « tahadiste » me dénonça inopinément à Ali Haroun : « C'est lui qui écrit dans tel journal sous tel pseudo ...». Je n'avais pourtant rien dit, participant à peine à une discussion que je trouvais inutile : les élections en Algérie ont-elles jamais servi à quelque chose ? Un silence de plomb s'abattit sur les convives. Tout le monde, y compris la propre épouse du délateur, baissa les yeux de honte.  

Je me dis que quand on place la discipline, l'obéissance et le fanatisme de la « ligne » au-dessus de tout, il ne faut pas s'étonner de voir le simple sens moral commun -pour qui tout délateur est un chien- s'estomper. Justement, l'impétrant (celui du dîner) était connu pour son sens éthique défaillant : le chef local du Pags m'avait informé de certaine indélicatesse à propos d'un appartement qui nous servait de planque et qui était mis à la disposition du parti par un camarade discret. 

 

CELLULE JEAN-MARIE LARRIBERE 

 

Nous avions baptisé notre cellule « Jean-Marie Larribère » (JML) -du nom du médecin communiste qui mit en pratique l'accouchement sans douleur à Oran. Sa clinique sera détruite par l'OAS. Jean-Marie était le frère de Camille Larribère, délégué au congrès de Tours (1920), délégué du Komintern en Algérie, enterré à Sig. La cellule s'étoffa très vite, devint même protéiforme, avec des extensions touchant les secteurs des femmes, de la jeunesse, des étudiants, des arts, des droits de l'homme... Ce n'était plus une cellule mais une section ! Qu'importait pour nous l'appellation ! La vie, l'activité réelle débordait de tous côtés les schémas organisationnels théoriques. Aujourd'hui, il m'apparaît clairement que la forme parti classique de l'activité politique est invalidée et disqualifiée partout dans le monde. Ceux qui continuent à s'y cramponner perdent un temps précieux alors qu'ils feraient mieux de scruter ce qui advient dans les pays les plus avancés qui sont notre horizon quoi que nous fassions pour y échapper. 

 

À l'agenda de la cellule, je proposai d'inscrire la lutte pour ce qu'il est convenu de nommer « les droits de l'homme ». J'avais tiré des événements de 1982 un enseignement décisif : la condescendance -sinon le mépris- dans lequel les partis communistes tenaient la lutte pour les droits de l'homme en lesquels ils ne voyaient qu'un concept bourgeois, devait être définitivement bannie. Les batailles démocratiques que nous menions partout -syndicats, comités de quartiers, associations de parents d'élèves, journalistes...- nous mettaient en position -plus que n'importe qui- de porter haut le drapeau des droits civils. Il n'était plus question d'ignorer le simple droit des gens à ne pas se faire passer à tabac dans un commissariat de police, à ne pas se faire kidnapper par des policiers non identifiés, à ne pas se faire torturer dans des lieux clandestins. L'aspiration à la sécurité personnelle, garantie par une Justice indépendante, allait devenir un axe de bataille capital : c'était mon opinion et elle était nourrie et confortée par la position défensive dans laquelle les pays socialistes, URSS en tête, avaient été mis par les stratèges de la CIA sur ces questions, justement. 

 

Lorsque le bureau national de la LADH fut installé, Me Gouadni commença ses prospections pour Oran dont il était chargé d'installer le conseil et le bureau. Il prit contact avec Alloula et moi afin que nous lui fassions des suggestions. Nous avons évoqué un certain nombre de personnalités consensuelles de la ville. À notre surprise, l'avocat les récusa en nous disant qu'il avait besoin de battants, pas de notables. Il précisa sa pensée en nous disant qu'il nous voulait carrément nous, tous les deux. J'ai déjà dit ailleurs (cf Oran 82, 2ème partie) que nous avions alors décliné notre appartenance au PAGS et dit que cela ne lui faciliterait pas les choses. Gouadni insista jusqu'à obtenir notre accord. Au préalable cependant, il nous fallait informer la direction du parti : il aurait été clair pour tout un chacun, en effet, que si deux militants connus du Pags entraient dans une structure civile de lutte, ils engageaient de ce fait leur parti. Nous en discutâmes avec Benzine qui nous informa que la direction était soucieuse jusque là de ne pas gêner le travail de Hocine Zahouane qui essayait de concilier les positions des berbéristes et des trotzkistes pour les amener à l'unité d'action. Nous fîmes valoir que la situation à Oran n'avait rien à voir avec celle de la capitale. Benzine en convint volontiers et nous dit qu'à titre personnel, il était admiratif du travail que notre cellule accomplissait et qui était -selon lui- "un modèle d'antisectarisme". Il nous donna le feu vert. Et c'est ainsi que débuta l'histoire de la LADH à Oran, sous la houlette active du quatuor Gouadni-Ferhat-Alloula et moi, Gouadni demeurant la véritable cheville ouvrière, le plus investi de tous. Il obtint un local en centre-ville, recruta un secrétaire administratif pour assurer les permanences et recevoir les citoyens. L'activité du bureau décollait. Pour la petite histoire, trotzkistes et berbéristes restèrent sur leurs positions respectives, sourds aux appels à l'unité de Hocine Zahouane. On sait ce qu'il advint de leurs deux ligues. 

 

LES CASSEURS DE LA DGSN 

 

Ce fut à cette période qu'éclatèrent les événements. Le 3 octobre, je reçus un coup de fil d'un camarade d'Alger qui m'informait que des syndicalistes étaient interpellés par la police à l'instant même. Cette infraction à nos règles de vigilance draconiennes de la part d'un camarade expérimenté, je la traduisis par : Aux abris ! C'est que le contexte était préoccupant, surtout depuis le discours invraisemblable du Président de la république, le mois précédent. M'hamed et moi étions en réunion avec Abdelhamid Benzine chez un membre du parti. Nous avons écouté ce discours et nous nous attendions à ce que des faits graves aient lieu : un Président qui appelle carrément le peuple à se soulever, cela ne pouvait rien augurer de bon. Le lendemain, un camarade qui était revenu d'Alger la veille au soir, par le train de nuit, demanda qu'on se voie en urgence, lui et moi. Il me rapporta le spectacle suivant : dans le train, des groupes de jeunes -blue-jean, blousons et baskets- se déplaçaient dans les voitures en hurlant qu'ils « descendaient » à Oran pour apprendre aux « houariates » à se battre comme des hommes. Le camarade apprit auprès d'un passager algérois d'un certain âge qu'il s'agissait « des casseurs de Khediri, Allah yestour ! Que Dieu nous protège ! ». Des agents provocateurs de la DGSN étaient donc arrivés en nombre à Oran, le 4 au soir. 

 

Au milieu de l'après-midi, un magistrat m'informa que la SM avait demandé au Parquet de faire procéder à l'arrestation d'une quinzaine de personnes « de votre bord », mais le Parquet avait refusé. Refus du Parquet ? Je n'en croyais pas mes oreilles ! L'affaire de 82 avait donc laissé quelque trace. Les magistrats du Parquet n'avaient fait, au demeurant, qu'appliquer la procédure normale : le Parquet civil n'a de rapports qu'avec le Parquet militaire. La SM, qui voulait faire faire le sale boulot à la police, en fut pour ses frais. Elle sera obligée de procéder elle-même aux arrestations-kidnappings (à bord d'un fourgon J9) et d'enfermer les victimes dans son centre d'équarrissage de Magenta. 

 

Je passai alors plusieurs coups de fil à des camarades en ne m'embarrassant pas de précautions : « Planque-toi dare-dare et ne passe pas la nuit chez toi !». Pour la petite histoire : j'ai prévenu ainsi mon très cher ami Abdelkader Ould-Kadi ; au moment où il descendait l'escalier pour sortir, il croisa les agents de la SM qui le cueillirent là ! 

 

Quant à moi, ma planque était prête ; elle se situait pas loin de chez moi, chez un ami insoupçonnable. Elle me permettait d'observer les mouvements des véhicules et des personnes à l'intérieur de la cité. Au moment où je m'apprêtais à me rendre à ma planque, je reçus la visite d'un camarade traînant avec lui un énorme sac de jute rempli de littérature du parti. « Le chef te demande de planquer ça ou de le détruire ». Le camarade était Bachir Merad-Boudia, 'Ammi comme nous l'appelions affectueusement, ancien du PCA et l'un des responsables de l'UD-CGT d'Oran dans les années 50. Les bras m'en sont tombés. J'étais l'un des moins indiqués pour ce genre de tâche ; je n'avais aucune possibilité logistique dans mon petit appartement d'une cité populaire de banlieue ; et était-ce le moment de me charger de cela moi qui étais connu comme loup blanc pour mon appartenance au parti et qui venais, justement, de donner l'alerte pour que tout le monde se mette aux abris ? 'Ammi repartit à bord de sa 4L (rouge, comme il se doit). Je suis resté bras ballants un moment, fulminant intérieurement. Tout cela était -pour le moins- un manquement grave aux règles de vigilance et même de simple bon sens. Je m'en remis à mon ami et voisin. « T'en fais pas ». Il chargea le sac dans sa voiture et alla le cacher dans un garage. J'avoue que j'ai eu chaud. Être arrêté en possession d'un stock aussi énorme de tracts aurait valu un équarrissage en bonne et due forme à Magenta ou ailleurs. 

 

Le lendemain, 5 octobre, les agents provocateurs entraîneront des jeunes Oranais dans les rues. Leur tactique était simple : ils s'attaquèrent en priorité aux magasins de la SONIPEC. Que n'aurait pas fait un jeune, à l'époque, pour s'offrir une paire de baskets Stan Smith ou Zebra ? Le pillage commença. Les jeunes s'attaquèrent ensuite au Printania et à d'autres magasins d'État. Tout le monde pouvait observer ce spectacle surréaliste : des bandes de jeunes pillant et cassant et une police présente sur les lieux mais n'intervenant pas. Au total, les dégâts restèrent tout de même modestes et Oran n'avait rien d'une ville à feu et à sang. Pourtant, l'armée fut déployée dans les rues et elle tira à balles réelles sur des jeunes désarmés. 

 

Au bout du deuxième jour de planque, je me signalai à Gouadni ; il me demanda de le rejoindre à son cabinet. Là, nous fîmes le point de la situation et échangeâmes nos informations ; nous fûmes bientôt rejoints par Me Ferhat. Je leur appris que nos deux collègues du bureau -Alloula et Fardeheb- étaient recherchés par la SM dont des agents s'étaient présentés à leur domicile, causant un choc à la pauvre mère de Alloula. J'ai donné la liste -très parcellaire- des pagsistes arrêtés. Gouadni téléphona immédiatement au correspondant du journal Le Monde à Alger ; c'était Frédéric Fritscher qui le rappela pour s'assurer que c'était bien Gouadni qui l'appelait. C'est ainsi que Le Monde fut le premier journal à parler de nos deux camarades Alloula et Fardeheb et à donner quelques détails sur le déroulement des événements à Oran. Gouadni rédigea immédiatement, sur son Macintosh, un rapport pour le bureau national de la LADH ainsi qu'un autre à destination de la 2e RM dans lequel il signalait que l'armée employait des moyens hors de proportions avec la réalité de la situation. 

 

Les jours suivants, le bureau de la ligue tenait permanence sans désemparer et recevait les premières victimes. Nous n'avons pas pu établir avec précision le nombre de tués et de blessés. Par contre, la première victime que le bureau de la ligue enregistra était un jeune homme d'une vingtaine d'années, tué par un ancien officier de l'ALN, qui prétexta que le jeune homme rôdait de façon suspecte autour de sa villa. Nous reçûmes le père, effondré, du jeune homme : c'était un agent de police. Cruelle ironie de l'histoire. D'autres faits du même genre nous furent rapportés par des correspondants du bureau dans la région ouest. Il nous apparut alors que d'anciens moudjahidines s'étaient préparés et armés en prévision de troubles sur lesquels ils semblaient apparemment bien renseignés. 

 

Les arrestations concernèrent les jeunes émeutiers (dont certains sont venus se plaindre à nous au sujet des tortures qu'ils avaient subies à Magenta) et les politiques, parmi lesquels une majorité de pagsistes et un FLN de gauche. Le responsable local du Pags (celui que j'appelle le chef) fut également arrêté. L'intéressant à noter ici, c'est que mis à part Alloula et le chef local du parti, tous les pagsistes et le militant FLN de gauche arrêtés avaient pris une part active dans la lutte contre le programme économique des Infitahistes ; c'étaient tous des économistes et/ou des cadres d'entreprises. À ce titre, Fardeheb, professeur d'université en économie était très sollicité, donnant causeries et conférences au cours desquelles il démontait méthodiquement le discours infitahiste. Par bonheur pour lui, il se trouvait à ce moment-là en France où il participait à un colloque d'économistes. (À son retour, tout le bureau de la ligue alla l'accueillir à l'aérogare, ce qui dissuada la police de l'interpeller.) Par contre, les militants syndicalistes et ouvriers du parti ne furent pas inquiétés. Cela dit, les prisonniers furent élargis dans la semaine. Certains pagsistes furent battus, d'autres non. 

 

 

LE CAS ALLOULA 

 

Pourquoi a-t-il été recherché par la SM ? Il n'avait pourtant aucune part dans les activités évoquées ci-dessus et le bureau local de la LADH venait à peine de commencer à activer. Un indice, toutefois : quelques mois auparavant, Alloula avait créé une association culturelle (type loi de 1901) dédiée à la poésie, à la littérature et au théâtre. Ses membres étaient pour l'essentiel des professeurs et des journalistes de toute obédience, peu connus au demeurant. Tous, y compris Alloula, furent immédiatement convoqués par les RG, interrogés, fichés, intimidés, sommés de remettre leur passeport. Or les RG ont agi manifestement à l'instigation de la SM. La preuve ? En ces jours précisément, je fus accosté dans la rue par deux officiers de la SM que je connaissais : et pour cause, c'étaient les mêmes deux qui m'avaient interrogé à propos de notre demande d'audience auprès du chef de la RM, Kamel Abderrahim (cf Oran 82). Ils déversèrent, sans autre forme de procès, un flot paroxystique d'injures sur Alloula qu'ils qualifièrent de tous les noms, répétant qu'il avait intérêt à se calmer ou ils s'occuperaient de lui. J'étais totalement désarçonné. Il m'a fallu un moment avant de recouvrer mes esprits, de répondre : « Mais qu'a-t-il fait ? C'est un crime de créer une association culturelle ? » Ils ne répondirent pas, se contentèrent de renouveler leurs menaces, « Dis-le à ton ami ! ». Ce jour-là, j'ai eu réellement peur pour Alloula, tellement était forte la haine envers lui que je sentais chez les deux hommes. Jusqu'à l'heure où j'écris ces lignes, je n'ai pas encore compris ce qui pouvait motiver cette haine proprement hystérique contre lui. 

 

EN GUISE DE CONCLUSION 

 

La logique de la provocation montée par les Infitahistes (Présidence + DGSN + aile droite de la SM) paraît indiscutable. Le CNP du FLN, Saïd Bouhedja, dira qu'il s'agissait de « frapper » le FLN car il s'opposait à la politique de libéralisation que « certains milieux » voudraient nous imposer. Ces mêmes milieux, ajoutera-t-il, ont recruté des «voyous pour frapper le FLN (sic) ». Sauf que ceux que le CNP prenait pour des voyous étaient plus sûrement des agents provocateurs de la police. Le chef de la SM, Lakehal Ayat, parlera plus tard de « complot algéro-algérien ». L'armée, quant à elle, a révélé, par sa répression sanglante des manifestants, sa nature profonde, celle que le mythe tressé autour d'elle -« la digne héritière de la glorieuse ALN »- empêchait jusque là de voir : garde prétorienne d'un régime qui ne doit fonctionner que pour son intérêt exclusif. 

 

Dixi et salvavi animam meam  

MESSAOUD BENYOUCEF OUADAH

 

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La reconquête de l’Afrique

Publié le par Mahi Ahmed

La reconquête de l’Afrique

par Manlio Dinucci

Au-delà des discours lénifiants de Barack Obama et François Hollande, le géographe Manlio Dinucci observe l’ensemble de l’action des États-Unis et de la France en Afrique. Ce que l’on pourrait croire être, ici ou là, des opérations humanitaires ponctuelles, apparaît à une échelle plus vaste comme une entreprise systématique de recolonisation.

Réseau Voltaire| Rome (Italie)| 29 janvier 2013

 

 

Au moment même où le président démocrate Barack Obama réaffirmait dans son discours inaugural que les États-Unis, « source d’espoir pour les pauvres, soutiennent la démocratie en Afrique », de gigantesques avions étasuniens C-17 transportaient des troupes françaises au Mali, où Washington a installé au pouvoir l’an dernier le capitaine Sanogo, entraîné aux USA par le Pentagone et par la CIA, en aiguisant les conflits internes.

La rapidité avec laquelle a été lancée l’opération, officiellement pour protéger le Mali de l’avancée des rebelles islamistes, démontre que celle-ci avait été planifiée depuis longtemps par le socialiste François Hollande. La collaboration immédiate des États-Unis et de l’Union européenne, qui a décidé d’envoyer au Mali des spécialistes de la guerre avec des fonctions d’entraînement et de commandement, démontre que l’opération avait été planifiée conjointement à Washington, Paris, Londres et dans d’autres capitales.

Les puissances occidentales, dont les groupes multinationaux rivalisent entre eux pour s’accaparer les marchés et les sources de matières premières, se compactent quand leurs intérêts communs sont en jeu. Comme ceux qui en Afrique sont mis en péril par les soulèvements populaires et par la concurrence chinoise.

Le Mali, un des pays les plus pauvres du monde (avec un revenu moyen par habitant 60 fois inférieur à celui des Italiens, et plus de la moitié de sa population sous le seuil de pauvreté), est très riche en matières premières : il exporte de l’or et du coltan, dont les gains finissent cependant dans les poches des multinationales et de l’élite locale.

Pareil au Niger voisin, encore plus pauvre (avec un revenu par habitant 100 fois inférieur à l’italien) bien qu’il soit un des pays les plus riches en uranium, dont l’extraction et l’exportation est aux mains de la multinationale française Areva. Ce n’est pas un hasard si Paris, en même temps que l’opération au Mali, a envoyé des forces spéciales au Niger.

Situation analogue au Tchad, dont les riches gisements pétrolifères sont exploités par l’étasunienne Exxon Mobil et d’autres multinationales (mais des compagnies chinoises sont aussi en train d’arriver) : ce qui reste des profits va dans la poche des élites locales. Pour avoir critiqué ce mécanisme, l’évêque combonien [ordre religieux missionnaire italien, NdT] Michele Russo avait été expulsé du Tchad en octobre dernier.

Niger et Tchad fournissent aussi des milliers de soldats, qui, sous commandement français, sont envoyés au Mali pour ouvrir un deuxième front. Ce qui a été lancé au Mali, avec la force française comme fer de lance, est donc une opération de vaste envergure, qui du Sahel s’étend à l’Afrique occidentale et orientale. Elle se soude à celle qui a commencé en Afrique du Nord avec la destruction de l’État libyen et les manœuvres pour étouffer, en Égypte et ailleurs, les rebellions populaires.

Une opération à long terme, qui fait partie du plan stratégique visant à mettre la totalité du continent sous le contrôle militaire des « grandes démocraties », qui reviennent en Afrique avec un casque colonial peint aux couleurs de la paix.

Manlio Dinucci

 

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Interview de Mourad PREURE à Samira Imadalou – La Tribune.: «Il faut tout remettre à plat et réévaluer la menace»

Publié le par Mahi Ahmed

MRJ Le Blog de Mourad PREURE

‎Hier ‎29 ‎janvier ‎2013, ‏‎21:14:18

Interview de Mourad PREURE à Samira Imadalou – La Tribune.: «Il faut tout remettre à plat et réévaluer la menace»

‎Hier ‎29 ‎janvier ‎2013, ‏‎21:10:24 | mouradpreure

Alger 28 Janvier 2013

http://www.latribune-online.com/suplements/economiesup/77902.html

 

Quelle place pour le champs gazier de Tiguentourine de manière particulière et de In Amenas globalement en terme de production? Qu’en est-il des répercussions directs sur les exportations sur les du pétrole et du gaz ?

Les champs de cette région produisent 9 milliards de m3 (Gm3) sur une production totale de notre pays de 85 Gm3 et une exportation de 55 Gm3. En outre, les champs du sud-est contiennent du gaz humide riche en GPL et condensats. Cela représente 10% de notre production et 18% de nos exportations de gaz. La valeur marchande de la production de cette région est aux alentours de 3 milliards de dollars. Nous ne sommes bien heureusement pas dans une situation où la production nationale est amputée de l’apport de cette région, loin s’en faut. Mais si c’était le cas cela serait difficile pour nous car notre offre gazière est à un niveau critique par rapport à nos engagements contractuels et surtout à la nécessité de disposer de volumes pour défendre nos parts de marché en Europe où nous subissons une violente pression concurrentielle de la part de nouveaux entrants aux dents longues comme le Qatar. Il nous faut disposer de volumes pour nous battre et tout accident grave nous mettrait en difficulté.

Quelles leçons tirer de l’attaque de In Amenas concernant la sécurité des sites gaziers et pétroliers?

Je pense qu’il ne faut pas paniquer. Nous avons une grande expérience et nous faisons référence en la matière. Pensez-vous qu’il était facile de sécuriser durant la décennie noire les sites pétroliers, la raffinerie de Sidi Arcine dans le piémont algérois, au cœur du fameux triangle de la mort, ou encore le CNDG, le centre national de dispatching du gaz de Hassi Rmel, par où transite tout le gaz naturel exporté, ou encore 14 000 km de pipelines reliant nos gisements du Sahara aux zones industrielles du nord et aux gazoducs transcontinentaux acheminant notre gaz vers les marchés consommateurs européens ? Sonatrach et les services de sécurité algériens ont acquis une expérience et une expertise qui font école. La grave crise que nous venons de vivre montre que l’on a sous-évalué la menace. En effet ce paramètre détermine les dispositifs et les moyens mis en place pour sanctuariser les sites de production et d’hébergement ainsi que les déplacements de personnels et d’équipements.

Quelles solutions préconisez-vous dans ce cadre ?

Je pense que les responsables de Sonatrach et des services de sécurité sont en train de réévaluer la menace et les risques encourus en matière d’intrusion dans les sites, d’attaques de convois, etc. Ils sont parfaitement en mesure de les contrer efficacement. Nous l’avons déjà fait avec succès. Cela représente un coût tout au plus. Les primes d’assurances vont s’envoler ainsi que les coûts de la sécurité. Mais la vie humaine n’a pas de prix et la valeur de la production compense largement ces surcoûts. La première des préconisations que l’on peut faire est que la privatisation de la sécurité à l’intérieur des sites pratiquée une décennie durant présente de sévères limites. Autant pour les sites de Sonatrach que ceux gérés par nos partenaires étrangers, les services de sécurité doivent participer au moins au niveau de l’ingénierie et de l’audit permanent des systèmes et procédures de sécurité autres que techniques. Il s’agit d’une question centrale de souveraineté. Ils le font déjà en matière d’habilitation des personnels de sécurité, ils doivent le faire de manière plus approfondie sur certains personnels qui peuvent fournir des informations aux groupes terroristes comme ce chauffeur nigérien membre du commando. Mais je n’ai aucun doute sur la grande compétence de Sonatrach et de nos services de sécurité en la matière. Je pense qu’il faut faire confiance, et je m’adresse aussi à nos partenaires étrangers. Il faut faire confiance

Le ministre de l’énergie a assuré que les compagnies étrangères ne comptent pas quitter l’Algérie définitivement. C’est le cas. Mais en attendant, certaines compagnies ont arrêté jusqu’à nouvel ordre leurs projets en Algérie et ont évacué leurs ressortissants. Quel serait l’impact sur l’économie nationale si cet arrêt se prolonge?

Il y a un effet de souffle après la grave crise que nous avons vécue. Il est normal que les compagnies prennent immédiatement des mesures qu’on peut appeler des mesures urgentes de crise. Cela a pour but de prévenir d’autres menaces et surtout de traiter le traumatisme psychologique consécutif à la crise, de communiquer pour rassurer le personnel, leurs familles et prendre date devant l’opinion publique. Des compagnies annoncent déjà des réductions d’effectifs expatriés dans les sites du sud, des déplacements de personnels du sud vers Alger. Mais il faut bien comprendre que ce sont des professionnels habitués à traiter le risque. Nous sommes dans une phase d’évaluation et de redéploiement des systèmes de sécurité. Les compagnies ont d’importants intérêts en Algérie et sont d’autre part en mesure de s’adapter aux nouvelles conditions. Elles font aussi confiance dans les capacités de Sonatrach et des services de sécurité pour traiter ce genre de menaces. Pour toutes ces raisons je ne pense pas qu’une telle situation est vouée à se prolonger. Quant à son impact sur l’économie nationale il est important, et nous n’avions pas besoin de cela. Il y a une perte, un manque à gagner comme je l’ai dit. Il y aura une hausse des coûts pour les projets existants. Les compagnies peuvent invoquer la clause de force majeure dans les contrats pour réévaluer un certain nombre de dépenses, voire allonger des délais. Des nouveaux projets peuvent être pénalisés, particulièrement des petits projets dont la rentabilité est limite. D’autre part les procédures de sécurité peuvent alourdir l’activité. Je pense qu’il faut communiquer intensément pour rassurer et éviter le catastrophisme car c’est de l’intérêt national qu’il s’agit. Tout le monde doit se mobiliser, les premiers concernés mais aussi la presse pour défendre l’image de l’Algérie qui reste un pays sûr, d’abord au niveau de ses institutions, de ses lois et règlements, ensuite au niveau du professionnalisme de Sonatrach et de la grande compétence, on l’a vu de l’ANP et des services de sécurité. Nous n’avons pas eu d’interruption d’approvisionnements tout au long de la tragédie qui a duré plus qu’une décennie. En Libye au bout d’un mois de crise les approvisionnements gaziers ont été interrompus. En Russie en janvier 2010 ils l’ont été durant 13 jours pour le marché européen du fait de la crise ukrainienne, et c’était l’hiver !

N’est-il pas aussi nécessaire de revoir les conditions de sous-traitance dans le volet restauration, transport et sécurité dans les sites gaziers et pétroliers?

Je pense qu’il faut tout remettre à plat, réévaluer la menace et considérer, comme je l’ai dit plus haut, toutes les questions liées à la gestion des sites de production et d’hébergement sous l’angle de la sécurité en considérant hautement probable le risque terroriste. La sous-traitance restera nécessaire. Sonatrach doit se concentrer sur son métier de base et sous-traiter toutes les activités de soutien. Je pense qu’il y a là tout un domaine qui peut être investi par les entreprises algériennes. Pourquoi, riche d’une expérience unique en matière de sécurité durant la décennie noire, l’Algérie ne donnerait-elle pas naissance à des leaders dans la sécurité des installations pétrolières maintenant où le besoin est si fort ? De même, le catering, la gestion et l’entretien des bases de vie peuvent être une source de richesse et d’emplois. Des entreprises peuvent naitre au sud de l’Algérie mais aussi au nord qui pourront demain intervenir en international. C’est aussi cela l’effet d’entrainement que l’on doit attendre de Sonatrach.

Ne pensez-vous pas qu’il y aurait des conséquences sur d’autres secteurs, sur les IDE en Algérie ?

Je le redis, il faut communiquer tous azimuts car l’image de l’Algérie a été fortement altérée par ces tristes évènements. Communiquer c’est aussi réaliser. Il faut que les nouvelles procédures, plus rigoureuses en matière de sécurité, fassent l’objet d’une publicité, pour rassurer et créer un effet de contre-feu qui va estomper l’image formée par le fort impact médiatique de l’évènement. La presse doit aussi jouer son rôle. Souvenez-vous du traitement par la presse américaine de ce type de crise. C’est un traitement responsable, tout en étant strict en matière de déontologie. La couverture de l’évènement par de nombreux médias européens, notamment français est choquante. Choquante car manquant d’empathie concernant l’Algérie, surtout car, se basant sur des sources islamistes, elle en a été souvent le porte-voix. Pour revenir à votre question sur les IDE, faut-il rappeler que ces investissements étrangers sont quasi-insignifiants. Je pense que ce qui vient d’arriver n’arrange pas les choses. Mais les grands projets d’IDE sont toujours le fait d’acteurs ayant une réelle visibilité et qui savent apprécier le risque en fonction des gains attendus. Pas d’inquiétude donc de ce coté. Mais où sont-ils donc ces porteurs de projets, a-t-on adopté les meilleures approches pour les attirer ?

Qu’en est-il de la politique de l’emploi dans le secteur de l’énergie selon vous?

Le secteur de l’énergie emploie près de 226 000 personnes dont plus de 42 000 pour Sonatrach sans ses filiales. Je pense que les hydrocarbures doivent enclencher un cercle vertueux pour nos compatriotes du sud algérien avec des emplois, mais aussi la création d’entreprises, le développement des universités. C’est un véritable chantier stratégique pour notre pays. Il faut le mener dans un esprit visionnaire, avec un sens élevé de l’éthique et surtout de manière résolue.

La loi sur les hydrocarbures accorde de nombreux avantages aux entreprises étrangères. Qu’en pensez-vous d’autant que la loi a été adoptée dans cette conjoncture particulière?

Il faut replacer la nouvelle loi dans le contexte d’une profonde restructuration de l’industrie pétrolière et gazière internationale à laquelle l’Algérie doit s’adapter. Nous sommes aujourd’hui attaqués sur nos marchés traditionnels en Europe par de puissants concurrents comme le Qatar et, bien que nos ressources gazières soient conséquentes, nous n’avons pas les volumes nécessaires pour défendre nos parts de marché et sommes à un niveau de vulnérabilité critique. La nouvelle loi doit être vue à partir de cette réalité. Pour relancer notre production il faut des investissements importants ainsi que la technologie. Nous devons pour cela relancer le partenariat et la nouvelle loi est de ce point de vue pragmatique et en mesure d’être un levier pour relancer notre amont qui en a urgemment besoin. La loi définit les ressources conventionnelles et non conventionnelles et encourage l’investissement dans ces dernières ainsi que dans l’offshore. Elle comporte aussi une fiscalité plus incitative, fondée sur la rentabilité des investissements, plus flexible et souple, prenant en compte notamment les petits gisements. Elle va rassurer les compagnies pétrolières et attirer les investissements à condition que, bien entendu, la communication suive car notre domaine minier est prospectif et notre pays un bon risque, toutes choses égales par ailleurs. Et cela, les compagnies pétrolières le savent fort bien.

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L'Empire arrive avec ses gros sabots dans la région : Une base américaine de drones au Niger

Publié le par Mahi Ahmed

L'Empire arrive avec ses gros sabots dans la région : Une base américaine de drones au Niger

par K. Selim

« L'Empire arrive dans la région sahélo-saharienne». C'est ce que l'on peut dire à propos des révélations du New York Times sur l'intention des Etats-Unis de mettre en place une base de drones au Niger. Un lobbyiste américain du Maroc, ex-ambassadeur à Rabat, en profite pour demander à l'administration américaine de s'appuyer sur le Maroc pour faire face « aux menaces qui viennent du Mali, de l'Algérie et de la Libye » !

L'armée américaine envisage d'installer un centre de surveillance au Nord Niger et souhaite coordonner son action régionale avec Rabat. Selon le New York Times, le général Carter Ham, chef de l'Africom, a rencontré le président Issoufou pour mettre au point un accord en vue de la création d'une base de drones sur le territoire de cet Etat du Sahel. Selon les sources militaires du quotidien new-yorkais, il ne serait question à ce stade que d'appareils de surveillance non armés. Les Etats-Unis qui disposent déjà de facilités « secrètes » dans la région, notamment au Burkina Faso et au Sénégal, entendent s'impliquer de manière plus directe dans la partie centrale de ce que leurs diplomates appellent l'arc d'instabilité africaine, qui va de la Somalie au Nord Nigeria. La motivation immédiate de mise en place d'une base de drones au Niger répond au besoin d'apporter assistance aux forces françaises au Mali, mais cela « pourrait donner également à l'Africom une présence plus durable », a indiqué un responsable militaire américain. L'information ne surprend guère, les Etats-Unis ayant clairement fait connaître depuis des années leur volonté d'intervenir directement dans une zone au fort potentiel minier gravement sous-administrée où activent des groupes subversifs de toutes natures. Les officiels américains insistent sur le caractère non létal des équipements qui seront déployés à la frontière nigéro-malienne où leur base, qui devrait compter à terme 350 hommes, sera située.

CLAUSE DE STYLE

Pour Washington, la base nigérienne a pour vocation de collecter des informations et d'assurer la surveillance sans engagement de drones de combat. Pour nombre d'experts, cette précision est une pure clause de style, les Etats-Unis s'engagent de plus en plus nettement dans la région et les drones armés, moyen secret et ne requérant aucune autorisation préalable du Congrès pour bombarder des groupes non identifiés à travers la planète, sont clairement l'outil contre-terroriste de prédilection de l'administration Obama. L'Afghanistan, les zones tribales pakistanaises, le Yémen et la Somalie sont les théâtres d'utilisation « traditionnels » de ces engins. Le Sahel ne devrait donc pas échapper à l'application de la doctrine Obama de guerre antisubversive.

La guerre au Mali crée les conditions idéales pour le déploiement à long terme de forces militaires occidentales appelées à soutenir l'effort militaire français. Usant de la même phraséologie que leur grand cousin outre-Atlantique, les Britanniques envisagent l'envoi de troupes « non combattantes », deux cents hommes au Mali, pour « former les armées ouest-africaines ». Cette force sera composée d'instructeurs, d'agents de renseignement et de troupes destinées à assurer leur protection. Les Britanniques qui ont soutenu du bout des lèvres l'intervention française ont semble-t-il changé d'avis à la suite de la sanglante prise d'otages de Tiguentourine.

L'INSTABILITE S'ARRETE A LA FRONTIERE MAROCAINE!

De fait, la soudaine - et toujours incompréhensible - offensive vers le Sud des insurgés maliens et l'attaque-suicide de la base gazière d'Aïn Amenas ont constitué pour l'opinion publique les éléments déclencheurs successifs et « l'imparable » justification de l'intervention étrangère dans la région. La propagande occidentale faisant ses choux gras de la caricaturale sauvagerie d'une guérilla islamiste obscurantiste, détruisant d'antiques mausolées, brûlant de très précieux manuscrits et adeptes de châtiments barbares. L'enchaînement des événements et leur mise en scène paraissent cependant trop circonstanciés pour être entièrement convaincants. A tout le moins, il semble bien que les capacités « militaires » des bandes armées aient été très largement surévaluées. Ces bandes n'ont opposé aucune résistance et ne semblent disposer d'aucun armement, notamment des fameux missiles sol-air « libyens », susceptible de gêner les troupes françaises. Malgré l'évaporation de groupes que l'on disait surarmés et très combatifs, les spécialistes « sécuritaires » des journaux de référence occidentaux mettent aujourd'hui en avant les risques d'enlisement dans une guerre sahélienne qui pourrait durer des années. Ces mises en garde peuvent constituer une préparation de l'opinion à la présence à long terme de troupes occidentales dans la région. En tout état de cause, la base de drones américains au Niger traduit concrètement un engagement dans la durée. Avec un sens de l'opportunité commercial, l'ancien ambassadeur US au Maroc (97-2001), devenu lobbyiste du gouvernement marocain à Washington (voir le Quotidien du 31 mai 2011), saute sur l'occasion pour louer le miracle d'un « arc d'instabilité » qui traverse toute l'Afrique du Nord pour s'arrêter, miraculeusement, à la frontière du Maroc. Conclusion du lobbyiste : il faut s'appuyer sur le Maroc contre les « menaces » qui viennent du Mali, de Libye et d'Algérie !

 

Source: Le quotidien d'Oran du 30.1.2013

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Réflexions sur la barbarie

Publié le par Mahi Ahmed

Dans le monde d’aujourd’hui

Réflexions sur la barbarie

Par : Omar Merzoug

En ce début du XXe siècle, la barbarie défraie la chronique, suscite toutes sortes de commentaires, de réactions passionnées, de condamnations toutes aussi péremptoires les unes que les autres. Elle est, derechef, à l’ordre du jour, on ose dire à la mode. Condamner avec toute la fermeté désirable les attentats barbares, les attaques terroristes souvent meurtrières, promettre de lutter sans faillir contre ce cancer qui ronge certaines sociétés malades qui produisent des terroristes et suscitent leurs actes vengeurs, c’est ce qu’on peut constater à chaque fois que la terreur déferle sur la scène, qu’elle est amplifiée sur les ondes et les écrans de télévision. Ces condamnations font l’objet d’un consensus de tous les partis politiques en Europe et rassemblent tous les humanistes et les démocrates. Des individus et des groupes agissant prétendument au nom de l’islam, on l’a vu encore récemment, affirment lutter pour qu’advienne le règne de la loi musulmane. Ils surgissent, ici ou là, commettent des actes que cette loi-même réprouve et condamne sans la moindre ambiguïté. Ces actes, on les qualifie le plus souvent de barbares ainsi que leurs auteurs.

 

Cette barbarie, si elle s’est intensifiée au cours du dernier siècle, n’est pas nouvelle. Si nous nous reportons aux témoignages que fournit l’histoire, il appert que, depuis de nombreux siècles, le genre humain est plongé «jusqu’au cou» dans la barbarie. Celle-ci semble même s’étendre et s’aggraver, le progrès des technosciences permettant l’extermination de masse et les guerres totales. Dans «Pour sortir du XXe siècle» (1981), le sociologue Edgar Morin constate qu’«il s’est ainsi formé une forme de barbarie rationalisatrice, technologique, scientifique, qui a non seulement permis les déferlements massacreurs des deux Guerres mondiales, mais a rationalisé l’enfermement sous la forme du camp de concentration».

En 1944, les travaux de Max Horkheimer et de Theodor Adorno, ont montré que les techniques d’extermination et l’organisation des camps sont de part en part rationnelles «La Dialectique des «Lumières». Ce n’est pas tant le conflit des régimes totalitaires et des démocraties qui semble le trait dominant du XXe siècle que l’apparition de cette nouvelle forme de barbarie.

Evoquer la barbarie est plus complexe qu’il y paraît. Cela pose d’abord, le problème du sens de ce terme. Et certes, s’il est courant de consulter un bon dictionnaire pour en préciser la définition ou l’acception, lesquelles prennent tels ou tels auteurs, cela n’est nullement suffisant, car le terme est, pour ainsi dire, surdéterminé. Dire que barbarie désigne «l’état dans lequel se trouve un peuple non civilisé», c’est en proposer une acception qui en fait d’abord un «état» c’est-à-dire un «habitus» ou un «caractère» sans préciser de quoi relèveraient cet habitus et ce caractère. D’autre part, on présente ce faisant la barbarie comme l’antithèse de la civilisation, son négatif, ce qui suggère subrepticement que les «peuples policés» ne sauraient verser dans aucune sorte de barbarie. Mais il n’en est pas ainsi, on le sait, les peuples civilisés ont administré la preuve d’une barbarie plus grande que celle soi-disant des peuples primitifs. Les exemples en sont légion. «Les crimes de l’extrême civilisation sont certainement plus atroces que ceux de l’extrême barbarie», disait à juste titre Barbey d’Aurevilly dans «Les Diaboliques». De même lorsqu’on dit que la barbarie relève de l’état des mœurs d’un peuple ou d’une peuplade, cela signifie que la barbarie n’est pas innée, qu’elle est sociale de part en part, qu’elle fait partie de la coutume. C’est pourquoi on ne dit pas des fauves qu’ils sont barbares parce que pour eux, il ne peut être question de quelque perfectionnement que ce soit. En ce sens, barbare est un terme qui ne s’applique qu’à des hommes. Cela suggère, entre autres, que tous les peuples ont été d’une manière ou d’une autre barbares, quand la situation dans laquelle ils se trouvaient dans les âges sombres de leur histoire les y disposait en quelque sorte. On comprend qu’on ait pu penser que la barbarie proviendrait de l’ignorance, d’un état rudimentaire de l’ordre social, d’un équipement technique élémentaire. Les bons auteurs distinguent aussi des degrés de barbarie. Il y a la barbarie qui se satisfait de tuer, mais il y a la cruauté qui jouit d’un plaisir à faire souffrir. Quant à la férocité, elle relèverait d’un plaisir à voir souffrir.

Parler de «barbarie», c’est évoquer un mot chargé d’histoire. Son sens usuel désignait l’étranger ethniquement différent. Subsidiairement, le barbare est celui, qui écorchant la langue, commet des barbarismes. Plus profondément le barbare, c’est celui qu’on rejette hors de l’humanité, dans la nature. Or la philosophie, terme grec par excellence, c’est, d’abord et avant tout, une réflexion sur les mots, toute recherche philosophique commençant par une analyse des notions et des concepts. Or le barbare, par définition, ne possède pas ce logos, puisque c’est un infra-humain. Aristote ajoute l’idée que les barbares n’étant jamais que des sujets, n’accèdent pas à la citoyenneté, privilège des hommes libres. Des êtres sujets, ne disposant pas du logos, plus proches de l’animal que de l’homme véritable, ne peuvent être que rudes, cruels et féroces. Cette division de l’humanité entre Grecs et Barbares a été critiquée certes, et dès l’Antiquité. On a observé des mœurs douces chez des Barbares et de la férocité chez les peuples soi-disant policés. Les jeux du cirque et les combats de gladiateurs ne sont-ils pas une marque de férocité chez une nation qui prétendait en remontrer au monde ? Le rhéteur et philosophe Sénèque (mort en 64 après J.-C.), pourtant l’un des mentors et conseillers de Néron, flétrit les jeux du cirque. Dans la lettre VII adressée à son ami Lucilius, il écrit : «Le matin, l’homme est exposé aux lions et aux ours ; à midi, aux spectateurs. Il vient de tuer, il va l’être ; et le vainqueur est réservé pour un autre massacre. Le sort de tous les combattants est la mort ; le fer et le feu en sont l’instrument. Tels sont les intermèdes de l’arène. Un homme a-t-il volé, qu’on le pende ! A-t-il tué, qu’on le tue ! Mais vous malheureux spectateur, qu’avez-vous fait pour subir cet horrible tableau, ces cris ?» (Tu quid meruisti miser ? ut hoc spectes). Malgré tout, rien n’y fait, cette notion de barbarie s’est imposée sans doute parce qu’on avait intérêt à l’ancrer dans le réel. Nous continuons à l’utiliser, à en faire usage, en dépit de toutes les réserves qui peuvent être les nôtres à son encontre.

Cependant, le problème que pose la notion de barbarie n’est pas de nature étymologique. Les linguistes et les lexicographes en ont bien dessiné les contours. Ce travail a donc été fait et bien fait. En réalité, il s’agit de savoir qui on désigne par ce terme infamant et pourquoi, c’est-à-dire à quelles fins. Il eût fallu chercher dans les réalités historiques, dans les formations sociales, dans les structures économiques et dans les représentations symboliques quels intérêts la notion de barbarie sert et de quelle politique elle est l’instrument.

Dès l’origine, la notion de barbarie, en usage en Grèce, sert à disqualifier l’élément perse. On le voit quand Aristophane (~445-~380), le plus grand poète comique grec de l’Antiquité, met en scène un ambassadeur perse et lui fait prononcer quelques phrases en un incompréhensible langage, autant dire un galimatias. Jacqueline de Romilly, spécialiste de la Grèce antique, fait crédit, après bien d’autres, à la Grèce d’avoir instauré la démocratie. Occultant la réalité de l’esclavage, elle joue sur l’identité du terme pour faire accroire à l’identité du signifié. «Les Perses obéissaient à un souverain absolu qui était leur maître et qu’ils craignaient, et devant lequel ils se prosternaient. Ces usages n’avaient pas cours en Grèce». Et de citer à l’appui de ses dires le dialogue entre un ancien roi de Sparte et Xerxès, le potentat perse. «Ce roi annonce à Xerxès que les Grecs ne cèderont pas, car la Grèce lutte toujours contre l’asservissement à un maître. Elle se battra quel que soit le nombre de ses adversaires. Car si les Grecs sont libres, ils ne le sont pas en tout, ils ont un maître, la loi, qu’ils redoutent encore bien plus que tes sujets ne te craignent». Par conséquent, la différence entre le despotisme oriental et la liberté grecque gît dans ce consentement à une loi qu’on se donne et qu’on respecte plus que les dieux eux-mêmes. Jacqueline de Romilly réduit le rapport entre l’Orient alors représenté par les Perses et l’«Occident » incarné par les Grecs à un antagonisme entre la «liberté» et l’«absolutisme». On relèvera sans peine ce que pareil opposition a de simpliste, de presque grossier et on est stupéfait de constater la complexité des réalités réduite à un antagonisme aussi primitif. Car enfin, Mme de Romilly serait fort en peine de nous expliquer pourquoi cette Grèce si éprise de liberté, de démocratie, qui ne s’incline que devant la loi qu’elle s’est donnée, s’est fort bien accommodée, malgré les philippiques de Démosthène (383-322 avant J.-C.), d’un Philippe puis de son fils Alexandre, archontes à vie et stratèges autoproclamés, concentrant en leurs mains la totalité des pouvoirs. Cette démocratie grecque tant vantée par les hellénistes fait de surcroît assez bon ménage avec l’esclavage. De plus, c’est une démocratie censitaire. En étaient exclus et les femmes et les métèques, les «immigrés» de l’époque.

Plus tard, de la même façon, cette notion de barbarie servira à jeter le discrédit sur les populations africaines que l’Europe «civilisée» s’apprêtait à assujettir. Le colonisateur se mêlera par conséquent de donner des noms à des territoires comme s’ils n’en avaient pas, puisque l’autochtone, néantisé, se voit privé du pouvoir de nomination. Le geste qui sépare le barbare du civilisé est le même que celui qui découpe les territoires et soumet les tribus et les peuples.

Ces Grecs qui, en inventant la notion de «barbare», jettent dans l’infra-humanité les autres nations, (car c’est jeter dans l’animalité que de ne pas reconnaître dans autrui son semblable), sont-ils aussi ingénieux qu’une tradition vénérable nous les présente ? Regardons de plus près ce «miracle grec» dont on nous rebat les oreilles. Ces Grecs classiques qu’on dit «civilisés», pétris de culture et de savoir, proposaient au monde un archétype d’humanitas qu’une tradition révérencieuse et non critique nous a transmis. A l’épreuve, ils ne semblent guère différents des barbares et parfois leur sont même inférieurs. Les Grecs se font la guerre et, comme les barbares, ils sont gens de démesure et d’excès. Quel peuple barbare eût pu inventer l’histoire des Atrides marquée par le meurtre, le parricide, l’infanticide et l’inceste, des Labdacides, de Médée ? Pendant la guerre qui les oppose aux Troyens, «les Grecs se montrèrent d’une extrême férocité». Jean Labesse, dans «L’Histoire inhumaine», note que «en 422, les Athéniens attaquant et prenant la ville de Scioné, en Chalcidique, tuent tous les hommes valides et réduisent femmes et enfants en esclavage, le même traitement est réservé à la ville de Milo en 416-15». Ces Grecs, qu’on nous présente complaisamment comme gens de lumières ne trouvaient-ils pas légitime qu’il y eût des esclaves ? La philosophie elle-même n’est-elle pas affaire d’otium cum dignitate, c’est-à-dire repose, en fin de compte, sur l’exploitation du travail et de la sueur des déshérités ? Ces Grecs, modèles supposés de tolérance, n’ont-ils pas condamné à mort l’un de leurs plus grands philosophes, Socrate ? Plus tard, Aristote fuira Athènes pour ne pas subir le sort de Socrate. Enfin, comment se fait-il que ces Grecs, si astucieux, si inventifs, n’aient pas réussi à construire un Etat centralisé, que, d’autre part, leur religion soit si infectée d’anthropomorphisme ?

Il y a plus : on s’insurge en Europe contre le «voile islamique» et plusieurs «penseurs» qui ont l’oreille des médias français, y ont vu un signe de l’infériorisation des femmes, une marque infamante de leur sujétion, et de leur soumission. Il est d’autant plus intéressant de voir le sort que réservait Athènes, cité si admirée de l’Occident tout entier à ses femmes. Or, quand on y regarde de près, il est de fait que le statut que réservait la société athénienne aux femmes nous scandalise à juste titre. Confinées dans le gynécée, elles étaient minorisées et opprimées. Elles n’avaient, cela va sans dire, aucun droit politique. On sait par ailleurs, que le christianisme dès l’avènement de Constantin, a vidé de son sens toutes les libertés que les femmes avaient acquises peu avant la chute de l’Empire romain. Le tableau est passablement différent en terres d’islam. Alors qu’aucune femme n’a directement exercé le pouvoir ni en Grèce ni à Rome, (on sait ce qu’il en coûta à Agrippine d’avoir voulu exercer le pouvoir en lieu et place de Néron ; elle fut assassinée par les sbires de ce dernier), une quinzaine de femmes ont directement exercé le pouvoir en terres d’islam. Le livre de Fatima Mernissi, «Sultanes oubliées», (Albin Michel, 1990) le montre à satiété. En 1236, Radia succéda à son père le sultan Iltumisch B. Elam Khan alors que Chajarat ad-Dûr fit sien, en 1250, le trône de son époux, al-Malik as-Salih, le dernier de la dynastie ayyubide dont le plus illustre représentant reste le très célèbre Saladin. Ces deux sultanes ont ceci de commun qu’elles furent portées par les Mamelouks, ces anciens esclaves turcs islamisés. Quant à Sitt al-Mulk, reine de la dynastie fatimide d’Egypte, née en 395/980, elle prit le pouvoir «après avoir organisé la disparition de son frère al-Hakim, le sixième calife de la dynastie». Sans oublier bien entendu la fameuse Al-Khayzûrane qui partagea le pouvoir suprême avec son fils Harûn al-Rachîd (mort en 809) après avoir fait assassiner son autre fils, al-Hâdî qui voulut l’exclure de l’exercice des responsabilités politiques.

Sur le plan politique, le premier à avoir dressé les plans d’un état totalitaire a été un Grec et de la meilleure extraction, Platon. Il a conçu dans «La République» une société où aucun d’entre nous n’accepterait de vivre, où les arts et les poètes sont bannis, les enfants arrachés à l’affection de leurs mères. N’est-ce pas cette admirable cité démocratique qui a précipité ses citoyens dans la calamiteuse guerre du Péloponnèse (de 431 à 404 av J.-C.) ? On comprend mieux l’à-propos d’André Breton quand, à une dame qui lui demandait pourquoi il s’était toujours refusé à aller en Grèce, il fit cette réponse : «Je ne rends jamais visite aux occupants. Voilà deux mille ans que nous sommes occupés par les Grecs.»

Que n’a-t-on pas écrit sur la civilisation supposée des uns et sur la barbarie présumée des autres ! Que seraient les Grecs sans le «péril» perse et Rome sans Carthage ? Qu’eussent été les Américains sans l’empire soviétique, désigné à l’opprobre de tout le monde «libre» ? Le barbare n’est-il pas nécessaire à la constitution d’une identité à soi, comme dans l’Eglise, autrefois, on allait répétant qu’il était nécessaire qu’il y eût des hérésies (oportet haereses in ecclesia) notamment pour affiner les dogmes et excommunier Ariens, Nestoriens, Monophysites et autres dissidents ? Une fois débarrassés de l’empire soviétique, les démocraties occidentales, privées d’ennemis, lui ont cherché des substituts. Le 11 septembre aidant, on décida que l’ennemi, ce serait le monde islamique, qui faisait à merveille l’affaire, pour au moins deux bonnes raisons. Une tradition vénérable montrait qu’on s’y était déjà frotté (Les Croisades, La Reconquista), la facilité avec laquelle les islamistes fanatisés s’inséraient dans des schémas préétablis venaient conforter les séculaires préjugés. La violence meurtrière des islamistes, leur cécité politique et leur crétinisme criminel (les fatwas, les attentats-suicide, les attaques sanglantes), tout cela venait à point nommé pour proposer une figure de la barbarie qui ne pouvait conformément à la tradition (Perses contre Grecs, Islam contre Occident) être qu’orientale, de cet Orient dont Montesquieu disait qu’il était le «désert de la servitude».

Il s’agit, on le voit, d’opposer un Occident libéral, éclairé, tolérant, puissant à un Orient tyrannique, obscurantiste, fanatique et décadent. Cette opposition entre un «Occident» civilisé et un «Orient» barbare est néanmoins factice, toute l’Histoire protestant contre ce réductionnisme, qui est idéologique de part en part et qui sert les fins que l’on a montrées. Bien des peuples qu’on ne songerait pas à ranger dans cette catégorie peuvent se réclamer de l’Occident. Les musulmans d’Espagne, chassés par les rois catholiques et les Morisques expulsés par Philippe III.

Cette notion de barbarie reconduite telle quelle a un aspect captieux. Dès qu’on la pose, on est condamné à penser à la civilisation, et du coup, on se voit contraint de proposer un étalon de civilisation. Il faudrait sortir de ce piège et admettre, comme le disait un sociologue de réputation, que ce qui ressortit au culturel est soustrait à «un jugement universel». Se demander, comme le fait T. Todorov, dans «La Peur des barbares» (Robert Laffont), si l’on «peut employer les mêmes critères pour juger d’actes relevant de cultures différentes» est une question scolastique. Fort heureusement pour nous, l’anthropologie contemporaine a définitivement établi qu’on ne peut juger de l’autre selon la catégorie du même, surtout quand la catégorie du même se présente avec les «mains sales» du sang des Indiens extérminés, des colonisés déshumanisés, des juifs déportés. Le «Même» ne sert qu’à phagocyter l’«Autre» et les persécutions, les conquêtes coloniales en procèdent directement par la néantisation de l’autre. Il faut savoir gré au philosophe Gilles Deleuze (1925-1995) de nous avoir délivrés de la terreur du même. Le linguiste Emile Benveniste avait déjà montré ce que la logique d’Aristote, donnée pour paradigme universel de l’art de penser, doit à la langue grecque. Autrement dit, elle n’est en rien l’expression de la pensée universelle. Les locuteurs d’autres langues ne peuvent se sentir liés par les déductions du syllogisme dans la mesure où leur langue ne découpe pas le monde comme le grec, et ne l’appréhende pas sous les mêmes mots ou concepts. Benveniste prend l’exemple de la langue ewe (Togo) pour montrer que la notion exprimée par le seul verbe être se répartit entre cinq verbes distincts. L’un des penseurs arabes de premier plan disait qu’on n’avait nullement besoin de former un syllogisme pour savoir que Socrate était mortel. La mortalité est un fait, non un concept. On la constate, on ne la déduit pas.

Rappeler ces faits n’est pas céder aux mirages du relativisme, c’est simplement montrer qu’on ne peut plus reconduire des procédures de pensée qui ont été très coûteuses en vies humaines. Il ne faudrait pas que, voulant penser la différence, on arrive à séparer les hommes comme le fit autrefois le philosophe Lucien Lévy-Brühl (1958-1937) en parlant d’une «mentalité prélogique» chez les peuples prétendument primitifs. Le différent n’est pas l’inférieur. Il faut reconnaître l’Autre à la fois comme égal et comme différent. Sa différence ne le retranche en rien des droits inaliénables à l’humanité que lui confère son être d’homme.

Dans son essai, Todorov insiste à juste titre sur les valeurs d’égalité et de dignité qui doivent être dévolues à chacun. Les droits de l’homme sont une conquête essentielle, même si leur exercice est grevé par toutes sortes d’inégalités. Que pensait donc le colonisé algérien de ces Français qui allaient à sa rencontre portant «La Déclaration des droits d’une main et le gourdin de la répression de l’autre». Il est à l’évidence beaucoup plus aisé de partir en croisade contre tel ou tel pays si l’on se persuade qu’on va le libérer de la tyrannie, de mobiliser les énergies s’il s’agit, comme dans le cas de l’Algérie, de défendre la nation française menacée par des insurgés, stipendiés. Pendant longtemps, la propagande française a vanté le colonialisme, rendu possible par l’expansion du capitalisme occidental, en le présentant comme un progrès que les sociétés développées apportaient aux peuples «sauvages et primitifs». Cette présentation était fausse et, comme le disait, en 1952, Francis Jeanson dans sa critique de «L’Homme révolté» d’Albert Camus : «A nos regards incorrigiblement bourgeois, il est bien possible que le capitalisme offre un visage moins ‘convulsé’ que le stalinisme : mais quel visage offre-t-il au Malgache torturé par la police, au Vietnamien nettoyé au napalm, au Tunisien ratissé par la Légion ?»

O. M.

 

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Mémoires du camarade Youcef Khider Louelh :parcours d'un militant du peuple

Publié le par Mahi Ahmed

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Un récit de mon camarade Youcef Khider Louelh qui balaie, sans prétention aucune, un parcours de plus de soixante ans qui se caractérise par une volonté, une détermination à lutter contre toutes les formes d'injustice et pour la dignité humaine. Engagement politique et syndical, notamment au sein du PCA, du PAGS et quatre ans de clandestinité après le coup d’État militaire de 1965. Une période clandestine, que nous avions partagé à Alger, et qui est remarquablement et fidèlement reconstituée. Un récit entreprenant, passionnant qui vous tient en haleine de la première à la dernière page.
Livre édité en Algérie par les Éditions El Othmania, El-Madania Alger

 

 

 

 

 

 

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Voeux pour 2013

Publié le par Mahi Ahmed

 

JOYEUSE ANNÉE 2013

 

Avec beaucoup de santé, de bonheur et de succès

 

 

Taghit

 

De ces dunes ensorcelantes

Jaillissent tant de lumières,

Tant de couleurs,

Sous le bleu clair du ciel,

Faisant  de Taghit,

Cette oasis de rêve

Si attrayante et si attachante,

Couveuse de paix et de bonheur.

Faisons jaillir

Par mille bouts,

Sans cesse,

Les  rayons de lumières,

Formant peu à peu

La puissante étoile

Dont le besoin est si fort.

 

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