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CONTRE LES DIVERSIONS AVENTURISTES ET ÉLECTORALISTES :

Publié le par Mahi Ahmed

Moubadara du 24 fevrier (declaration)

 

 

CONTRE LES DIVERSIONS AVENTURISTES ET ÉLECTORALISTES :

AGIR ENSEMBLE

 

 

POUR RÉGLER LES PROBLÈMES CONCRETS DESCITOYENS

 

Les augmentations sauvages des prix des produits et services de première nécessité et de large consommation, au cours des dernières semaines ont effacé totalement et dépassé les augmentations de salaires et des retraites négociées ou promises depuis des mois, avant même leur application à partir du1 janvier 2012 .

 

Les travailleurs salariés, les retraités, les chômeurs, les étudiants, les petits commerçants, paysans et artisans ont de plus en plus de mal pour se nourrir, se loger, s’instruire, se soigner, se déplacer, s’habiller…

 

Les autorités ne bougent pas ou si peu et laissent le pays aller à la dérive, vers l’explosion sociale : chaque distribution de logements ou d’emplois se traduisent souvent par de violentes manifestations suivies de répressions et d’arrestations. Les populations sont traumatisées par l’ampleur de la corruption, le népotisme, les passe-droits, les injustices et les malversations.

 

Nous nous retrouvons dans une situation plus délicate encore que celle de janvier 2011 quand les manifestations de jeunes ont éclaté à travers le territoire national. C’est à ce moment que nous avions lancé le premier appel de la moubadara du 24 février.

Ce sont ces problèmes cruciaux et les plus sensibles de notre peuple qui doivent être au centre des préoccupations de notre pays.

 

Les partis politiques du pouvoir et leurs organisations satellites, les partis d’opposition, la presse officielle comme celle dite indépendante, dans leur grande majorité, regardent ailleurs vers les futures élections législatives du mois de mai , en délaissant les problèmes cruciaux qui se posent en ce moment au pays et les cris de détresse du peuple algérien dans son désarroi. La situation est propice à toutes les aventures, à toutes les manœuvres. On assiste même ces dernières semaines à une grande opération de diversion criminelle tendant à recentrer les luttes politiques, économiques et sociales actuelles autour de clivages et affrontements qui ont couté cher au peuple algérien et qui ont failli détruire l’Algérie, il y a une vingtaine d’années : on revient au « qui tue qui ?» et à l’arrêt du processus électoralde 1992 , a travers de multiples pétitions toutes aussi « spontanées » les unes que les autres, certaines préparées depuis des mois et en lisant d’autres , la confusion est telle que l’ on se demande « qui attaque qui et qui soutient qui ?».

  OU SONT LES INTÉRÊTS DE L’ALGERIE ?

Les échéances électorales, aussi importantes soit-elles, doivent  être replacées dans le contexte très délicat que traverse notre pays et les dangers qui menacent les peuples et les pays dans notre région. L’interventionnisme direct des grandes puissances impérialistes des USA et d’Europe n’est plus une vue de l’esprit. Nous l’avons vu, à nos frontières, en Lybie. Il deviendra encore plus sauvage avec l’aggravation de la crise économique mondiale et l’action de relais internes, ces nouveaux harkis qui souhaitent et suscitent les interventions militaires étrangères, pour être placés à la tête du pouvoir, sans tenir compte des dégâts pour l’Algérie et son peuple.

 

Ce sont en général toutes des forces résolument néolibérales qui s’agitent sous la couverture démocrate ou islamiste. Elles s’apparentent aux différentes tendances du pouvoir actuel, qui a mis l’économie algérienne à genoux, détruisant son industrie et consacrant l’essentiel des ressources à l’importation des biens et services , au détriment de la production nationale. Le système a engendré ainsi une caste de nouveaux riches et de privilégiés dont le dernier souci est l’Algérie et sa population.

Tous ces éléments doivent nous inciter à placer les enjeux actuels autour des problèmes sociaux et économiques concrets que vit le peuple algérien. C’est sous cet éclairage que nous devons aborder les prochaines échéances électorales et débats politiques.

 

Femmes et hommes de notre pays : travailleurs salariés, chômeurs, diplômés et cadres sans emploi, retraités, petits commerçants, fellahs et artisans vous pouvez être une force déterminante et d’avenir si vous savez vous organiser démocratiquement et agir en groupes ou ensemble , dans des organisations syndicales ou politiques autonomes.

 

A vous d’agir, l’avenir est à vous

 

                                                                                            Alger,le 12 janvier 2012

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Si jeunesse savait..

Publié le par Mahi Ahmed

Si jeunesse savait...

 

Par Ammar Belhimer

Le «printemps arabe» aura eu le mérite de sortir de l’anonymat un métier méconnu : démographe politique. Dr Richard Cincotta en est justement. Il est américain. Ses recherches portent sur la relation entre la transition démographique et les migrations humaines, et leurs relations avec les changements politiques, économiques et environnementaux. Sa dernière contribution Life Begins After 25: Demography and the Societal Timing of the Arab Spring (La vie commence après 25 ans : démographie et calendrier sociétal du printemps arabe) revient sur les circonstances qui ont conduit aux manifestations populaires de décembre 2010 au Moyen-Orient(*).
Relisant ses propres travaux et ceux des spécialistes de notre région, il reconnaît qu’ils ont tous surestimé la force et la cohésion des autocraties d'Afrique du Nord, ainsi que la profondeur des allégeances personnelles sur lesquelles s’appuient ces régimes autoritaires. Un des articles que Richard Cincotta donne à relire décrit la relation entre la démographie et la démocratie sous le titre prémonitoire : How democracies grow up: Countries with too many young people may not have a fighting chance for freedom(**), paru deux ans et demi avant les révoltes arabes. L’article trace un modèle simple portant sur la structure de la population la plus apte à «mener, statistiquement, une démocratisation avec un succès raisonnable ». Ce modèle l’autorise à tirer la conclusion suivante : «La première (et peut-être la plus surprenante) région qui promet un passage à la démocratie libérale se situe le long du littoral méditerranéen de l'Afrique : le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et l’Égypte – dont aucun n'a connu la démocratie libérale dans un passé récent. L'autre est en Amérique du Sud : l’Equateur, la Colombie et le Venezuela, chacun de ces pays atteindra la démocratie libérale de façon démographiquement “précoce”, mais sera incapable de la préserver. L'interprétation de ces prévisions prudentes laisse présager l’émergence d’un, peut-être deux pays, dans chaque groupe pour devenir des démocraties libérales stables en 2020» [Foreign Policy, mars, 2008, p. 81-83]. Richard Cincotta avoue que ses prévisions portant sur l’émergence de «un, voire deux» démocraties libérales en Afrique du Nord n'ont pas encore été vérifiées. «Néanmoins, la première étape vers la démocratisation, l'éviction de la tête autoritaire de l'Etat, est un fait accompli dans trois des Etats de la région ( la Tunisie, l'Égypte et la Libye). Et, en dépit des tensions qui vont probablement surgir entre Ennahda, parti islamiste en Tunisie, et le centre laïque et les partis de gauche, la révolution du pays du jasmin reste, pour l'heure, sur la bonne voie.» Est-ce «un coup de chance ?» «Non, pas du tout, répond l’auteur de l’étude. Cette prévision figure parmi l’un des nombreux produits récents de la recherche en démographie politique qui a été financée par l’US National Intelligence Council au cours des six dernières années. Les méthodologies développées dans cet exercice sont reproductibles et s’appuient sur la base de données démographiques de la Division de la population des Nations unies, révisées tous les deux ans et qu’on peut librement télécharger depuis internet ou acheter dans leur intégralité. » Une façon d’éloigner d’un revers de main toute idée d’«espionite» ou de «complotite» que chérissent paradoxalement les régimes les plus corrompus dès lors que des expertises révèlent leurs méfaits et projettent leur disparition. Ces derniers n’ont pas vu, et ne pouvaient pas voir venir le «tsunami social» qui couvait en profondeur. L’auteur témoigne avoir exposé aux experts de la région l’hypothèse de bouleversements à deux reprises, en 2088, et qu’ils avaient «unanimement (à une personne près) fermement rejeté la possibilité de changement de régimes en Afrique du Nord». Ils ont même «piqué un fou rire à l’idée d’un changement de régime en Tunisie». Les recherches portant sur le calendrier démographique et la stabilité de la démocratie libérale utilisent un modèle simple de «structure par âge» pour produire leurs prévisions. Le modèle repose sur deux théories fondamentales qui permettent de prédire le comportement général des Etats. La première théorie, appelée «le renflement des jeunes» (the youth bulge), développée au cours des quatre dernières décennies, soutient que les États ayant des structures démographiques où prédominent les jeunes classes d'âge s’exposent à un risque élevé de conflits armés intérieurs et autres types de violence politique. La deuxième théorie de base, appelée «la négociation/marchandage autoritaire », est attachée à une observation du philosophe anglais Thomas Hobbes qui remonte déjà à trois cent cinquante ans. Au 17e siècle, Hobbes faisait valoir que les États doivent naître d'un compromis : quand ils sont menacés, les élites et les citoyens troquent ou échangent volontairement leurs libertés politiques et civiles contre des garanties de sécurité. En combinant les deux théories, on génère une prévision qui est facile à tester : la possibilité d’existence, au moindre risque, d’Etats de démocratie libérale de structures d'âge jeune. «Statistiquement, l’hypothèse est envisageable», appuie l’auteur. En fait, ce modèle, qualifié d’«horloge politique» (timing du régime), est resté remarquablement stable depuis le début des années 1970, date des premières enquêtes internationales menées dans le cadre de la Freedom House. Celle-ci est une ONG américaine fondée en 1941, financée pour partie par le gouvernement fédéral des États-Unis, pour l’autre par les dons d'organisations caritatives ou de l'Union européenne. Elle déclare fonctionner «comme un catalyseur pour la liberté, la démocratie, et l'ordre selon la loi». Depuis les années 1970, à chaque décennie, seulement dix pour cent environ de tous les pays affichant un âge médian inférieur à 25 ans ont été classés comme «libres» par Freedom House. «En outre, cette masse de jeunes encore libéraux, forme, en gros, un groupe très instable de démocraties. Depuis cette date, peu de ces pays ont conservé leur cote démocratique élevée au-delà d'une décennie. La plupart ont été secoués par la violence électorale ou une insurrection, avant de glisser vers une “semi-liberté” (démocratie partielle) dans les cinq années suivantes. D'autres ont rapidement été aspirés par une spirale vers le bas pour installer des autocraties, à la suite de coups d'Etat», relève Richard Cincotta. Freedom House retient 25 ans comme «un âge médian» au-delà duquel «l’éventualité d’une guerre civile diminue sensiblement et la chance d'être une démocratie libérale augmente nettement». Pour les quatre dernières décennies, Freedom House arrive aux conclusions suivantes : - environ la moitié de tous les pays dominés par la tranche d’âge intermédiaire des 25-35 sont «libres» ; - environ 90 pour cent de tous les pays situés dans les 35-45 ans (structure d'âge mûr) sont libres. Selon les projections de l'ONU, entre 2010 et 2019, chacun des cinq États de la région côtière du Sud méditerranéen atteindra l’âge médian des 25-35 ans, une tranche dans laquelle environ 50 pour cent de tous les pays sont, assez régulièrement, classés comme des démocraties libérales. Ferveur révolutionnaire et sagesse démocratique ne se conjuguent malheureusement pas à tous les âges.
A. B.

(*) Disponible en langue anglaise sur le lien suivant : http://www.fpri.org/multimedia/ 20111213.goldstone_toft_cincotta. demography.html
(**) Richard P. Cincotta, How Democracies grow up: Countries with too many young people may not have a fighting chance for freedom, Foreign Policy, no. 165 (2008): 80.

 

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Tunisie: Hamadi Jebali fait le point devant la Constituante

Publié le par Mahi Ahmed

Tunisie :


Hamadi Jebali fait le point devant la Constituante

L’heure est grave !

 

 

Alors que devant le siège de l’Assemblée constituante, les protestataires crient leurs détresse et mécontentement, on débat à l’intérieur du devenir d’un pays chancelant.

Face à une Tunisie totalement paralysée par les innombrables sit-in et les mouvements de rébellion, devenus d’ailleurs un phénomène de mode depuis un bon moment, les députés ont décidé de passer à la vitesse supérieure, invitant le Premier ministre actuel Hammadi Jebali pour débattre des questions d’insécurité et d’anarchie qui a gagné toutes les régions. L’heure est grave et l’économie connait un déclin des plus alarmants. Des décisions radicales s’imposent et le Premier ministre riposte.

 

 

En la présence des différents représentants du gouvernement actuel, de son porte-parole et des députés, les débats commencent avec le mot du Premier ministre, un discours qui n’a laissé personne indifférent.

Jebali et les chiffres alarmants 

Deux jours après son interview donnée à la télé, et durant laquelle le Premier ministre a pointé du doigt certaines forces politiques ayant perdu aux élections et d’autres ayant travaillé pour l’ancien régime quant aux mouvements d’anarchies qui ont ébranlé le pays ces derniers temps ; Jebali a fortement dénoncé, hier, lors de la séance plénière urgente consacrée sur l’état d’insécurité, les sit-in et les grèves générales itératifs. Paralysant la situation économique et perturbant le processus démocratique, ces mouvements de protestation ont été considérés par le Premier ministre comme la cause directe de la fermeture de plusieurs usines et entreprises, aussi bien que la suspension de nombreux projets d’investissement.

M. Jebali appelle à l’action car la situation est urgente. Il a, par la même occasion, présenté des chiffres inquiétants sur l’état où est enfoncé le pays que cela soit sur le plan social ou économique. Il rappelle que le dialogue reste le meilleur allié pour pouvoir avancer et annonce qu’il est ouvert à toutes les propositions et les négociations afin que cesse cette vague de protestations et que des projets soient réellement concrétisés.

Députés dépités et sur les dents

Durant de longues heures, on conversait. Chaque député avait son mot à dire et exposait son point de vue et les solutions qu’il voyait logique pour que la situation soit reprise en main.

Les raisons qui ont engendré ce raz-de-marée de revendications, de grèves et de violence, ont été interprétées différemment. Si certains élus ont expliqué cela par la précarité de la situation sociale et économique, d’autres ont parlé de ces fameuses forces occultes qui aiguisent la colère populaire afin que le pays replonge dans le chaos. Malgré les causes intrinsèques et patentes qui engendrent les grèves générales dans plusieurs régions, on se plait à pointer du doigt l’Opposition ou les partis politiques qui ont perdu durant les élections. Chose qui a provoqué le mécontentement des représentants de la Gauche qui attire l’attention sur la vraie problématique du chômage, de la pauvreté, de la misère et de la privation de tout programme économique dans les zones reculées.

Entériner et réitérer les causes pourvu que ça change !

On s’entête à inventer des raisons politiques derrière cette vague de mécontentement. On s’accuse mutuellement et indirectement. On se plait à dire que c’est la convoitise politique et l’amour du pouvoir seraient derrière les grèves générales et la colère citoyenne.

On préfère se lancer des accusations au lieu de traiter la vraie problématique : la frustration d’une grande partie du peuple rongée par la misère et par l’oubli.

Fort heureusement, d’autres députés ont préféré sonner le tocsin et étayer un vrai discours en présentant de vraies solutions en parlant de l’urgence de la situation.

Chebbi a parlé du Nord-ouest où les ouvriers ne sont pas payés depuis cinq mois. D’autres n’ont le droit de bosser que neuf ou douze jours par mois car les investisseurs n’ont pas de quoi les payer. Quant à ceux, qui s’estiment chanceux et qui ont la possibilité de travaille 26 jours par mois, ils n’ont comme salaire que 230d. 230 dinars pour nourrir une famille, entre loyer, électricité, eau, nourriture et scolarité…

On parle aussi de 508 familles qui vivent dans le dénuement total suite aux arrêts de la pension de 200d octroyée par le gouvernement de Sebsi, une pension qui a été suspendue depuis le mois de décembre sans raison valable. L’intervenant rappelle au Premier ministre qu’il lui a donné le dossier de ces familles et que depuis silence radio, il attend encore la réponse. Le même député parle aussi de 2400 agents de l’ISIE, qui ont travaillé au sein de cette instance qui a baissé les rideaux. Ces 2400 personnes se trouvant de nouveau dans e chômage depuis la fin des élections, attendent tous les jours devant le siège de l’ISIE, pourvu qu’on leur explique le sort qui leur est réservé. En vain.

Le représentant de la ville du Kef parle d’une région qui était plus florissante du temps de l’occupation. Ironie du sort, depuis l’indépendance, le gouvernorat devient le logis de petites villes fantomatiques où pullulent pourtant de vraies compétences intellectuelles et des richesses naturelles insoupçonnables ! On demande à ce qu’il y ait de vrais projets publics à long terme qui rendrait à cette ville son équilibre. Il demande aussi au gouvernement d’annuler les intérêts sur les crédits pris par les agriculteurs afin que leur situation s’améliore.

Un des députés évoque l’état où vivent certains habitants de la capitale, à 8 km de Tunis, sans électricité, ni eau potable, ni infrastructure, mis à part le chômage. Une vie misérable en somme. «Que l’on ne s’étonne pas par la suite qu’ils sortent incendier, crier et voler ! ».

Solutions salvatrices à prendre en considération

Au lieu de présenter au peuple tous ces chiffres alarmants, chose qui aiguiserait plutôt la peur et la colère citoyennes, il aurait été mieux valu présenter des projets concrets pour instaurer de nouveau le climat de confiance entre le Tunisien et le gouvernement.

Les députés demandent à ce que l’on sorte de ce gouvernement de partis et de concurrence et choisir celui des compétences. Il faudrait positiver le dialogue et installer une aura de bonne intention clôturée par une feuille de route concrète dont l’issue est limitée dans le temps et dont la concrétisation est réelle, parce que le peuple en a ras-le-bol des châteaux en Espagne.

La décentralisation des pouvoirs économiques, le rééquilibrage de la coordination au sein de toutes les régions, le départ des chantiers des projets annoncés avant les élections et surtout le dialogue civil au lieu de la répression ou celui de l’anarchie, sont autant de solutions proposées par les députés pour que la situation s’améliore et que les esprits se clament.

Il faudrait aussi rendre à César ce qui lui appartient. Selon quelques députés, le gouvernement ne doit pas seul supporter le poids de ce qui se passe car c’est aussi le cumul de 23 ans de déclin. Par ailleurs, l’actuel gouvernement a à peine 1 mois, on ne pourra donc pas lui reprocher tout et lui demander l’impossible. Dans les pays démocrates, on donne trois mois aux nouveau corps ministériels pour s’accoutumer à leurs tâches et à leur personnel. Que dire d’un gouvernement qui vient tenir les rênes dans un pays qui git dans le précipice de l’instabilité socio-économique

On appelle aussi les intellectuels et les compétences à travailler dur pour soutenir le gouvernement à trouver une issue ce chaos.

Cette vague de pessimisme devra prendra fin. Seule solution : commencer réellement les projets dont n parle depuis quelque temps, lancer les chantiers surtout dans les régions sinistrées. C’est ainsi qu’on saura apaiser ces âmes errantes et cette soif de justice.

Melek LAKDAR

 

Interruption pour le match

A l’heure du match Tunisie-Maroc. La Constituante s’est accordé une pause, le temps de regarder le match, et après ils reprendront.

Publié dans TUNISIE Spécial

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Tunisie ; La chronique de Youssef SEDDIK

Publié le par Mahi Ahmed

Tunisie ; La chronique de Youssef SEDDIK

Propos ouverts à «Si» Rached GHANNOUCHI… « Il faut l’égorger !... »

 

La phrase, cet appel au meurtre, a fusé au milieu d’un énorme Brouhaha quand j’ai quitté le Tribunal de premier Instance où s’est ouvert le procès de la chaîne Nessma et de son directeur. Je reconnais avoir entendu, des voix plus timides : « Laissez-le passer, ne le touchez pas… ». Mais, je n’ai pas fait trois pas qu’une véritable chorale a entonné mes prénom et nom sciemment déformés pour « la cause » : « Youssef Sandiq !...

 

Youssef Sandiq (Sandiq : littéralement zoroastrien, dénomination générique à l’âge arabe classique pour désigner tous les penseurs, hommes de lettres ou simples sujets du Califat qui ne suivent pas l’idéologie dominante de l’Islam officiel). Et c’est là où j’ai été encerclé par des jeunes qui me bombardant de questions qui n’attendant nulle réponse, qui exprimant son étonnement de n’avoir devant lui que cette personne âgée qui n’affiche aucune espèce d’agressivité. J’ai décidé d’affronter la meute, malgré les injonctions de mon jeune accompagnateur qui me pressait de quitter le cercle et de m’éloigner. Ignorant les multiples voix qui me sermonnaient, me demandaient de retourner à Dieu et de me repentir, qui me conseillaient d’aller rendre visite au Cheikh Rached Ghannouchi pour chercher auprès de lui « le chèque de la repentance » ( çakkat-tawba ) et j’ai empoigné de l’épaule celui qui m’a posé enfin un reproche précis et a semblé attendre une réponse : « Comment vous n’avez pas peur de la tourmente de l’au-delà ( Adhâb al-âkhirâ ), en comparant l’Envoyé de Dieu à Shakespeare, j’ai commencé à m’expliquer avec cette patience, cette passion dont seuls les vieux enseignants connaissent encore les secrets : « Je n’ai jamais dit ça, et je ne peux l’avoir dit ! J’ai tout simplement dit que Dieu inspire à tous et à tout, ce qu’il est et ce qu’il produit ; il inspire son comportement à la fourmi, le séisme au sol, le miel à l’abeille, la parole devenant pour nous divine à ses Envoyés. Le poète génial tel que Shakespeare est parmi ces innombrables cas de l’inspiration divine généralisée qui est le monde. L’Envoyé porteur d’une parole que tel ou tel peuple considère comme divine construit une religion et accumule des adeptes et n’a plus rien à voir de ce fait avec le poète qui ne prétend à rien de semblable… ». Le jeune homme semblait s’attendrir et même s’adoucir, ma main lui serrait toujours l’épaule. Mais un autre énergumène, craignant que ce compagnon succombe à la netteté de l’exposé, intervient : « Ne l’écoute pas, ce n’est qu’une bûche de l’enfer… » Je ne renonçais pas à échanger seulement de tactique, abandonnant l’exposé théorique pour l’information que je considérais massue : « Vous n’avez pas honte de traiter ainsi un homme de l’âge de vos grands-pères qui, plus et, a traduit les Hadiths du Prophète Muhammad et le Mûatta de l’Imam Malek. Et c’est là que j’ai perdu définitivement désespérément mon jeune interlocuteur. Celui-ci, totalement récupéré par les siens m’a décidé de jeter l’éponge, de ne plus rien essayer, et de répondre enfin aux pressions de mon accompagnateur pour quitter les lieux et assurer ma sécurité. Car, à la citation de ces deux points de ma bibliographie, il m’a laissé coi en me lançant : « Comment osez-vous traduire les propos du prophète et l’Imam Malek alors que vous êtes imberbe ( Halîq) ».

Voilà « Si » Rached la description exacte, les propos fidèlement traduits, style reportage vécu, d’une scène comme s’en reproduisent depuis des mois partout dans les quartiers et les villes de notre pays. J’ai prévenu depuis longtemps, du grave péril qu’on court en Tunisie de tels phénomènes qui sont essentiellement dus à ceux qui se croient ou se disent à tort ou à raison vos adeptes et les adeptes du mouvement que vous avez fondé. Votre silence et celui de vos collaborateurs et élites de votre mouvement ont rarement pris l’initiative de dénoncer fermement, clairement, pédagogiquement et abondamment de tels agissements, pseudo-pensées et fausses dévotions. Avant les élections du 23 octobre qui vous ont donné une part prépondérante du pouvoir, et pratiquement la totalité du pouvoir exécutif, j’avais mis vos tergiversations, vos silences sur le compte d’une tactique électorale qui ne pouvait se permettre de perdre des voix même quand elles sont « pourries ». Aujourd’hui, quand vous et votre mouvement tenez la barre d’un bateau ivre, vous n’avez pas le droit de le laisser chavirer et sombrer par le fait que ces groupes qui ne connaissent de l’Islam que la vocifération et la haine. Montez sur le pont, si vous aimez la Tunisie comme vous le dites et comme je vous crois, montez de vos cales feutrées où on vous voit échanger avec les seuls Youssef Karadhaoui et grand « pop » de l’Islam dogmatique, et débarrassez-vous, débarrassez-nous de ce cancer qui risque non seulement de « métastaser » la nation, ses institutions et la paix civile mais aussi l’Islam dont vous dîtes être le rénovateur en ces temps de confusion, de violence et d’irrationalité entretenue.

http://www.pressetunisie.net/letemps3.php

Publié dans TUNISIE Spécial

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France:Quels enseignements pour notre défense trente ans après le conflit des Malouines ?

Publié le par Mahi Ahmed

Quels enseignements pour notre défense trente ans après le conflit des Malouines ?

École de Guerre | 24.01.12

La situation économique de la France fin 2011 rappelle celle du Royaume-Uni en 1980. Subissant une grave récession, le gouvernement britannique programmait une réduction drastique de ses dépenses militaires, pour l'été 1982, quand les îles Malouines furent envahies.

Menacées par la suppression définitive de capacités, les armées britanniques ont gagné, en toute autonomie, l'imprévu conflit des Malouines. Cette victoire a prouvé la nécessité de ne pas diminuer exagérément son outil de défense.

Cette opération nécessite d'être étudiée capacitairement, avant de tenter un parallèle avec la situation actuelle de la France.

En pleine Guerre froide, le gouvernement britannique, victime d'une surprise stratégique, a dû, projeter une force expéditionnaire à 13000 km de sa métropole. Les choix britanniques, suite aux réductions budgétaires de 1980 limitaient l'effort militaire à sa participation à l'OTAN en Europe et à la dissuasion nucléaire par ses SNLE, supprimant toute capacité expéditionnaire.

L'exécution de ce plan n'ayant pas alors débuté, le gouvernement britannique disposait encore de ces moyens.

Ainsi, au lendemain de l'invasion des îles, le gouvernement de sa Majesté put envoyer une force expéditionnaire, qui, sans entrainement préalable, mena six semaines de durs combats, afin d'acquérir la supériorité aéromaritime, et de reprendre les îles.

Dans le cadre de cette grande opération interarmées, la décision fut emportée à terre, après l'acquisition de la supériorité aéromaritime par la flotte.

Afin de permettre une opération terrestre, la Royal Navy dût acquérir la supériorité aérienne et maritime. Le blocus des îles et le combat contre la flotte ennemie furent assurés par la force sous-marine, pendant que le groupe aéronaval acquérait la supériorité aérienne, que les frégates assuraient l'escorte et que le train d'escadre fournissait le soutien logistique. Notons que la Marine nationale dispose actuellement de moyens comparables à ceux déployés alors par la Royal Navy.

Une fois cette supériorité acquise, la force amphibie a pu débarquer des unités aguerries, à même de combattre en milieu polaire un ennemi supérieur en nombre. Ainsi, les Royal Marines ont joué un rôle déterminant, fournissant 5000 des 10000 combattants.

En comparaison, l'armée de Terre française entretient actuellement 8500 combattants à compétence amphibie. Sa posture d'alerte lui permet, en tout, la projection de 5000 hommes sous faible préavis.

Notons également l'importance des effectifs globaux : l'armée britannique mena cette opération, en maintenant 30000 soldats au sein du dispositif de l'OTAN et en en mobilisant 110001 en Ulster.
Le parallèle entre la situation britannique de 1982 et celle de la France en 2012 peut être établi : puissance mondiale disposant d'un riche patrimoine économique ultra-marin, confrontée à de graves difficultés économiques, partie prenante dans de multiples crises internationales faisant régner une menace terroriste sur son territoire2 et en proie à des troubles réguliers à l'ordre public.

Grâce à la réalisation complète de plusieurs lois de programmation militaire, l'armée française reste crédible. Dimensionnée au plus juste suite au Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008, elle peut encore mener des opérations complexes et de haute intensité. Réduire encore son budget obérerait durablement cette capacité. En effet, les armées françaises ont montré depuis le printemps 2011 leur capacité à mener de front deux opérations de haute intensité : l'une aéroterrestre en Afghanistan, l'autre aéronavale en Libye, tout en maintenant un contingent sous mandat ONU au Liban, une posture permanente de sûreté sur le territoire national, une présence de souveraineté outre-mer et un pré-positionnement sur le territoire africain 3. En particulier, l'opération Harmattan en Libye, déclenchée sous très faible préavis a mis à l'épreuve la réactivité de nos forces. Ces opérations ont montré l'excellent niveau de leur préparation opérationnelle et les remarquables performances des matériels en dotation Les forces ont été, à ces occasions, utilisées au maximum de leurs ressources, révélant leurs limites et carences, mais minimisant notre dépendance vis-à-vis de nos alliés.

Vu les incertitudes quant à la participation d'autres nations aux coalitions, il est capital de maintenir notre capacité à agir dans un cadre national, en restant interopérable avec nos alliés.

Financièrement contraignante, cette exigence garantit l'indépendance d'appréciation de situation et de décision de nos responsables politiques.

Cependant, la contrainte budgétaire ne peut être ignorée. Ainsi, conscient de la situation économique de la nation, le ministère de la Défense a largement participé à l'effort commun de maîtrise des dépenses publiques. En effet, à l'occasion de la réforme en cours, entamée en 2008, il s'est structurellement réorganisé, bouleversant les habitudes corporatistes, supprimant les doublons et rationnalisant son fonctionnement, afin de gagner en efficience. Demander un nouvel effort budgétaire, une fois cette réforme menée à son terme (prévu en 2014) reviendrait à entamer ses forces vives, obérant de façon irrémédiable ses capacités.

Dans un monde toujours plus imprévisible, et face à la considérable augmentation des dépenses militaires mondiales, décider de nouvelles réductions de format de nos forces armées ferait courir à la France le risque de perdre durablement la place qu'elle occupe sur la scène mondiale. Un tel renoncement reviendrait à un repli de notre nation sur elle-même et à l'abandon de ses ambitions diplomatiques internationales.


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Commandant Vital Duchesne, officier de l'armée de l'air française, stagiaire de la 19e promotion de l'Ecole de guerre

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/01/24/quels-enseignements-pour-notre-defense-trente-ans-apres-le-conflit-des-malouines_1633849_3232.html

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The American Agenda for United Nations Reform ( Vidéo)

Publié le par Mahi Ahmed

Voir cette vidéo sur le site suivant:

  

The American Agenda for United Nations Reform (Video)

 

http://www.cfr.org/united-states/american-agenda-united-nations-reform-video/p27134?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+cfr_main+%28CFR.org+-+Main+Site+Feed%29

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"La troisième révolution industrielle", de Jeremy Rifkin

Publié le par Mahi Ahmed

"La troisième révolution industrielle", de Jeremy Rifkin

LE MONDE ECONOMIE | 23.01.12 | 15h04

 

"La Troisième révolution industrielle. Comment le pouvoir latéral va transformer l’énergie, l’économie et le monde", de Jeremy Rifkin. Les Liens qui libèrent, 416 pages, 24 euros.DR

Certes, le nouvel opus de l'économiste Jeremy Rifkin n'apporte pas de nouveauté renversante, par rapport à ses précédents essais, notamment L'Age de l'accès (La Découverte, 2005), ou L'Economie hydrogène (La Découverte, 2002), des best-sellers. Son principal mérite est de présenter de façon particulièrement claire et stimulante les défis auxquels nous sommes confrontés, en ce début de XXIe siècle, et de proposer également des solutions.

Nous vivons la fin d'une époque ; celle d'une économie fondée sur les énergies fossiles ; mais aussi, celle du travail à temps plein, du capitalisme patrimonial, de l'organisation pyramidale des entreprises, et de la gestion exclusivement marchande du monde.

Sans que nous nous en apercevions, nous sommes déjà entrés dans une troisième révolution industrielle ; celle-ci va bouleverser nos façons de vivre, de travailler, de consommer. Telle est, en substance, la thèse de l'économiste américain, qui affirme, après d'autres : "L'humanité est à un carrefour."

"METTRE ADAM SMITH À LA RETRAITE"

Si M. Rifkin aime le poids des formules - Il faut "mettre Adam Smith à la retraite" -, il ne dédaigne pas également le choc des images. Ainsi compare-t-il les actuelles compagnies de production et de distribution d'électricité - "la vieille garde" -, aux géants du disque "confrontés pour la première fois au partage des fichiers".

Le titre à rallonge de cet essai ("Comment le pouvoir latéral va transformer l'énergie, l'économie et le monde") l'indique : c'est d'abord notre rapport au pouvoir qui va changer, estime l'auteur.

Le passage du pouvoir hiérarchique au pouvoir latéral, décentralisé et démythifié, va transformer notre rapport au monde, prophétise-t-il. Dans cette perspective, on pourra lire le chapitre consacré à la refonte du système éducatif, qui n'est pas le moins intéressant du livre. Mais aussi les pages consacrées à l'Europe. Un Vieux Continent, selon Jeremy Rifkin, plus avancé que les Etats-Unis, et le reste du monde, dans cette troisième révolution industrielle. En ces temps d'euro-morosité, voilà une bonne nouvelle !


La Troisième Révolution industrielle. Comment le pouvoir latéral va transformer l'énergie, l'économie et le monde, de Jeremy Rifkin. Les Liens qui libèrent, 415 pages, 24 euros.

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Leçons de Libye: le chaos n'est pas une surprise par Adrian Salbuchi

Publié le par Mahi Ahmed

Leçons de Libye: le chaos n'est pas une surprise par Adrian Salbuchi



Original anglais publié par Russia To-day

http://rt.com/news/libya-chaos-us-oil-989/print/

http://www.asalbuchi.com.ar

L'histoire montre que toute attaque et invasion militaire contre un pays souverain débouche sur la mort, la destruction et le chaos, et que cela ne s'arrête pas une fois l'invasion menée à son terme. Voyez l'Irak, l'Afghanistan, la Palestine, le Vietnam, l'Irlande du nord, et plus loin dans le temps, la seconde guerre mondiale et la guerre froide.

Pourquoi le cas de la Libye devrait-il donc être différent? Aujourd'hui, les medias se déclarent horrifiés par les combats armés entre factions ; l'agence Reuters vient d'informer que "les chocs entre milices rivales ont fait deux morts et seize blessés, dans le heurt le plus récent entre des groupes armés qui refusent de déposer les armes".
Qu'est-ce que l'Occident espérait?

La Libye, un pays souverain, a été attaqué et envahi par les forces armées de l'OTAN sous de faux prétextes validés par une résolution hypocrite de l'ONU, qui a fait des dizaines de milliers de morts et de blessés libyens; logements et infrastructures bombardés; pillages et un pays poussé dans le chaos total, les dirigeants assassinés, avec leurs enfants et petits enfants, en direct à la télévision, ce qui a provoqué un éclat de rire retentissant et vulgaire de la secrétaire d'État Hilary Clinton, en public...

Tout cela ressemble beaucoup à ce que le monde a observé en Irak tout au long des huit ans qui ont suivi l'invasion... et à l'Afghanistan, donc... et aux 60 dernières années en Palestine, au quotidien... et à la Serbie il y a vingt ans, et au Vietnam il y a quarante ans...
Est-ce donc que les puissances occidentales se sont trompées une fois de plus?

Je n'en crois rien.Les garçons et filles qui s'occupent des plans stratégiques au Conseil des Relations Extérieures (Council on Foerign Relations - CFR), la Commission Trilatérale, l'American Enterprise Institute et l'AIPAC, ont trop d'expérience pour que nous puissions nous contenter d'imaginer qu'ils trébuchent à répétition sur le même obstacle...

Cela signifie-t-il, alors, qu'ils ont fait exprès de détruire la Libye?
Oui, de toute évidence. Les images que nous voyons depuis près d'un an de cet enfer qu'ils ont fait de la Libye, et du "printemps arabe" si mal nommé, avec leurs soulèvements armés par des "combattants de la liberté" financés, entraînés et armés par la CIA, le M16, le Mossad et l'OTAN, sont tout à fait éloquentes. Les "bureaux des coups tordus" de ces organisations terroristes occidentales ont vraiment bien travaillé!

Voyons, s'il en était besoin, ce qu'ils font aujourd'hui en Iran où ils n'ont aucun scrupule à admettre publiquement qu'effectivement ils sillonnent les rues de Téhéran pour assassiner scientifiques et civils, et bombarder les installations et centres stratégiques.
Quel meilleur exemple de terrorisme d'État, admis ouvertement par Israël, les USA et la Grande Bretagne?

Ne nous y trompons pas. La destruction de la Libye et d'autres États transgresseurs a servi et continue à servir pour la promotion des objectifs clé de l'élite du pouvoir mondialiste, car il s'agit d'adresser un message terrifiant à chaque pays. C'est une façon précise de dire: "si nous pouvons faire cela en Libye, nous pouvons en faire autant avec n'importe quel autre pays, si c'est notre bon plaisir." Ou vous êtes avec nous, ou vous êtes nos ennemis, voici ce que dit la Doctrine du 11 septembre de Bush Jr.

Vous avez entendu, les Vénézuéliens? Et vous, les Syriens, vous avez compris? Au fait, Equatoriens, Nigérians, Pakistanais et Boliviens: ce message s'adresse à vous aussi! Bien entendu, le délai entre la formulation de la menace et sa concrétisation militaire a tout l'air d'être inversement proportionnel à la distance qui sépare le pays ciblé de la Chine et de la Russie, mais...

Dans mon article du 14 janvier 2012, publié par Russia To-day, intitulé "ce qui nous attend", j'énumérais les douze détonateurs que l'élite du pouvoir mondialiste enquistée aux USA, au Royaume Uni et dans l'Union Européenne sont en train d'actionner pour nous imposer un gouvernement mondial. Le point 10 se réfère précisément aux "attaques contre les États transgresseurs".

Car il existe des schémas et des indices pour qui sait les chercher. Par exemple, la Libye de Kadhafi, l'Iran, la Syrie, le Venezuela et beaucoup de pays musulmans ont des banques centrales qui sont véritablement indépendantes. Indépendantes, non du gouvernement local comme l'exigent les "experts" de Harvard et du CFR, mais du FMI, de Goldman Sachs, de CitiCorp et de la maffia bancaire parasitaire et usurière des Rothschild-Rockefeller.

Un autre schéma ou indice? Kakhafi se préparait à introduire le Dinar Or (c'est-à-dire une monnaie en or, métallique, et non pas en papier, comme le dollar ou l'euro) pour commercialiser le pétrole libyen (la Libye dispose de la neuvième réserve pétrolière du monde et de la première pour le continent africain), et ensuite, pourquoi pas, pour gérer la vente du pétrole africain et de tout le Moyen Orient... ce qui constituait une atteinte sérieuse à l'hégémonie du dollar, les célèbres pétrodollars, sur le marché mondial du pétrole.

Saddam Hussein avait fait quelque chose de semblable lorsqu'en novembre 2002 il avait décidé de profiter des 1 000 millions de dollars provenant de l'échange pétrole contre nourriture que les sanctions de l'ONU concédaient à l'Irak: il s'agissait pour lui de oncrétiser cela en euros. Si ma mémoire est bonne, quelques mois plus tard, en mars 2003, il rencontra certains problèmes…

Vous en voulez encore? Certains dirigeants, dans des pays comme la Libye, l'Irak, l'Afghanistan et la Serbie, ont été quelque peu myopes en matière de géopolitique, au point de se retrouver invariablement seuls sous des feux croisés, dès qu'ils ont été en butte aux pressions de l'Occident: ils avaient omis de nouer des alliances stratégiques pour les temps dangereux que nous vivons.

Kadhafi a fait pire: il a passé les douze dernières années de sa vie, avant de se faire assassiner, à faire les yeux doux aux USA, à la Grande Bretagne, à l'Italie, à l'Union Européenne. Et c'est ainsi que les medias nous abreuvent de photos charmantes montrant Kadhafi embrassant Bush, Kadhafi embrassant Tony Blair, Kadhafi embrassant le roi Juan Carlos d'Espagne, Sarkozy, Zapatero, Cameron, Brown, Obama, Chirac. Et on en a même une où Kadhafi tend la main à Silvio Berlusconi, qui la lui baise!!! (c'est une vidéo de septembre 2010, vous pouvez la retrouver).

Voilà, chaque pays peut tirer neuf leçons du cas libyen:

1) Ne pas faire confiance aux puissances occidentales, en particulier USA, Royaume Uni, France, Italie et Israël.
2) Ne pas rester au pouvoir trop longtemps, surtout si on a la possibilité de passer la main à un héritier intelligent et éloquent comme Saif Kadhafi. C'est ce que son père aurait dû faire au moins cinq ans plus tôt.
3) Ne pas faire confiance aux puissances occidentales.
4) Ne pas se laisser isoler, choisir un bon allié, la Russie ou la Chine, par exemple (demander conseil aux Iraniens, ils l'ont très bien compris).
5) Ne pas faire confiance aux puissances occidentales.
6) Faire très attention aux organisations terroristes occidentales, connues sous le nom de CIA, MI6, Mossad et leurs frères de loge dans le privé tels que Blackwater/Xe, Halliburton et autres.
7) Ne pas faire confiance aux puissances occidentales.
8) Empêcher que le monde n'ait d'information sur ce qui se passe dans votre pays seulement à travers les multimedia occidentaux. Aujourd'hui la Russie, la Chine, l'Iran, l'Amérique latine ont des moyens globaux dont l'importance cruciale et la présence grandissent de jour en jour.
9) Enfin et surtout: ne pas faire confiance aux puissances occidentales!

Adrian Salbuchi
¬Adrian Salbuchi est un analyste politique, essayiste, conférencier, et il anime des émissions de radio et de télévision en Argentine.
Traduction: Maria Poumier

http://www.plumenclume.net/articles.php?pg=art1256

 

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Chine et Etats-Unis : rivaux, ennemis, partenaires ?

Publié le par Mahi Ahmed

Chine et Etats-Unis : rivaux, ennemis, partenaires ?

Commentaire n° 321, 15 janvier 2012 /

lundi, 23 janvier 2012 / Immanuel Wallerstein /

Sociologue, chercheur à l’université de Yale

Les relations sino-américaines sont un sujet majeur pour les professionnels du bavardage (bloggeurs, médias, responsables politiques, bureaucrates internationaux). L’analyse est généralement posée en termes de relation entre une superpuissance sur le déclin, les Etats-Unis, et un pays qui est rapidement devenu « émergent », la Chine. Dans le monde occidental, cette relation est généralement définie négativement, la Chine étant vue comme une « menace ». Mais une menace pour qui, et dans quel sens ?

Certains voient dans « l’ascension » de la Chine le retour à une position centrale dans le monde, qu’elle avait jadis occupée et qu’elle retrouve à présent. D’autres y voient quelque chose de très récent : le rôle nouveau joué par ce pays dans la recomposition des relations géopolitiques et économiques mondiales au sein du système-monde moderne.

Depuis le milieu du 19ème siècle, les relations entre les Etats-Unis et la Chine ont été marquées par l’ambiguïté. D’un côté, au cours de cette période, les Etats-Unis commencèrent par développer leurs routes commerciales vers la Chine. C’est aussi à cette époque qu’ils envoyèrent leurs premiers missionnaires chrétiens. Au tournant du 20ème siècle, ils proclamèrent la « politique de la porte ouverte » moins dirigée contre la Chine que contre les autres puissances européennes. Les Etats-Unis voulaient leur part du gâteau. Néanmoins, très peu de temps après, ils participèrent aux côtés des autres pays occidentaux à l’écrasement de la révolte des Boxers contre des étrangers taxés de visées impérialistes [1]. Dans le même temps, aux Etats-Unis, le gouvernement (et les syndicats) cherchait à empêcher l’immigration chinoise vers le sol américain.

D’un autre côté, il existait, implicitement, une forme de respect pour la civilisation chinoise. L’Extrême-Orient (Chine et Japon) était le terrain d’évangélisation favori des missionnaires, devant l’Inde et l’Afrique. Et ce parce que la civilisation chinoise était jugée plus « haute ». Cela avait peut-être aussi à voir avec le fait que la Chine - comme le Japon - n’avaient jamais été, pour l’essentiel, directement colonisés et que, de ce fait, aucune puissance coloniale européenne ne pouvait en faire une chasse gardée pour le prosélytisme de ses ressortissants nationaux.

Après la révolution chinoise de 1911, Sun Yat-sen – qui avait vécu aux Etats-Unis – devint une figure appréciée dans le discours des Américains. Au moment de la Seconde guerre mondiale, la Chine était perçue comme une alliée dans le combat contre le Japon. Ce sont les Etats-Unis qui insistèrent pour que le pays obtienne un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Mais dès lors que la Chine continentale fut conquise par le Parti communiste chinois et la République populaire de Chine établie, les deux pays devinrent des ennemis féroces. Lors de la guerre de Corée, ils étaient chacun dans le camp opposé et c’est la participation militaire active de la Chine aux côtés de la Corée du Nord qui permit à la guerre de se terminer dans une impasse.

Néanmoins, c’est finalement assez peu de temps après que le président Nixon effectua sa fameuse visite à Pékin pour y rencontrer Mao Tsé-toung et établir une alliance de fait contre l’Union soviétique. La scène géopolitique s’en trouva chamboulée. Comme élément de l’accord avec la Chine communiste, les Etats-Unis rompirent leurs relations diplomatiques avec Taïwan (même s’ils continuèrent à se poser en garant contre une invasion de la Chine communiste par les détroits). Et quand Deng Xiaoping accéda à la tête du pays, celui-ci entra dans un processus de lente ouverture à l’économie de marché et d’intégration aux courants commerciaux de l’économie-monde capitaliste.

Alors que l’effondrement de l’Union soviétique faisait perdre son sens à l’alliance sino-américaine, les relations entre les deux pays ne changèrent guère. Elles devinrent même bien plus étroites. La situation dans laquelle se trouve le monde aujourd’hui est caractérisée par le fait que la Chine dispose d’une balance des paiements considérablement excédentaire avec les Etats-Unis, et qu’elle en investit une grande partie dans des bons du Trésor américain. Elle finance, ce faisant, la capacité du gouvernement américain à continuer de dépenser sans compter pour ses multiples activités militaires à travers la planète (et en particulier au Moyen-Orient) et lui permet d’être un bon client pour ses exportations.

De temps en temps, la rhétorique employée aujourd’hui par les deux gouvernements pour parler l’un de l’autre est certes un peu dure, mais elle n’a rien de comparable avec celle qui présidait à la relation entre les Etats-Unis et l’Union soviétique durant la guerre froide. Au demeurant, il n’est jamais très avisé de prêter trop d’attention à la rhétorique : dans les affaires internationales, celle-ci sert généralement à obtenir un effet en politique intérieure et non à définir la vraie politique menée à l’égard du pays ostensiblement visé par elle.

Mieux vaut prêter plus d’attention aux actions concrètes des deux pays. Notons ceci : en 2001 (juste avant le 9-Septembre), au large de l’île Hainan, deux aéronefs, l’un chinois, l’autre américain, entrèrent en collision. L’américain menait probablement des activités d’espionnage au-dessus de la Chine. Des responsables politiques américains appelèrent à une réponse militaire. Le président George W. Bush marqua son désaccord. Et il présenta plus ou moins ses excuses aux Chinois, obtenant finalement le retour de l’engin et des vingt-quatre aviateurs qui avaient été capturés. Dans tous les efforts entrepris par les Etats-Unis pour obtenir de diverses manières possibles le soutien des Nations unies à leurs opérations, les Chinois ont souvent fait part de leurs divergences. Mais ils n’ont en réalité jamais utilisé leur véto contre une résolution parrainée par les Etats-Unis. Au delà de la rhétorique, c’est bien la prudence qui semble de mise pour définir, de part et d’autre, la relation entre les deux pays.

Où en sommes-nous désormais ? La Chine, comme toutes les grandes puissances aujourd’hui, mène une politique étrangère à facettes multiples et travaille avec toutes les régions du monde. La question est de savoir quelles sont ses priorités. Je pense que sa priorité numéro une concerne ses relations avec le Japon et les deux Corées. La Chine est forte, certes, mais elle serait incommensurablement plus puissante si elle appartenait un jour à une confédération de l’Asie du Nord-Est.

La Chine et le Japon ont besoin l’un de l’autre, d’abord comme partenaires économiques et ensuite pour s’assurer qu’ils s’éviteront toute forme de confrontation militaire. En dépit de flambées occasionnelles de nationalisme, les deux pays ont évolué de façon visible dans cette direction. Le geste le plus récent est leur décision de commercer entre eux dans leurs propres monnaies, coupant ainsi le cordon avec l’utilisation du dollar et se protégeant des fluctuations de plus en plus fréquentes du cours de la devise américaine. Le Japon, en outre, soupèse actuellement la perspective que le parapluie militaire étatsunien puisse ne pas durer éternellement et qu’il doive finir par trouver une forme d’entente avec la Chine.

La Corée du Sud fait face aux mêmes dilemmes que le Japon, auxquels il faut ajouter le problème épineux de sa relation avec la Corée du Nord. Pour la Corée du Sud, la Chine représente la contrainte déterminante qui s’exerce sur les Nord-Coréens. Et pour la Chine, l’instabilité en Corée du Nord représenterait une menace immédiate pour sa propre stabilité. La Chine peut jouer pour la Corée du Sud le rôle que les Etats-Unis ne sont plus en mesure d’assumer. En outre, dans le cadre des ajustements difficiles que Chine et le Japon devront faire pour parvenir à la collaboration qu’ils désirent, la Corée du Sud (ou une putative Corée réunifiée) peut jouer un rôle essentiel dans l’équilibrage de leur relation.

Alors que les Etats-Unis perçoivent bien ces développements, est-il déraisonnable de supposer qu’ils cherchent à trouver une entente avec cette sorte de confédération d’Asie du Nord-Est en cours de construction ? Les gesticulations militaires de l’Amérique en Asie du Nord-Est, du Sud-Est et du Sud pourraient ainsi s’analyser non comme une stratégie militaire sérieuse mais comme un stratagème de négociation dans le jeu géopolitique en train de se mettre en place pour la décennie à venir.

Chine et Etats-Unis sont-ils rivaux ? Oui, jusqu’à un certain point. Sont-ils ennemis ? Non, ils ne sont point ennemis. Sont-ils partenaires ? Ils le sont déjà bien plus qu’ils ne veulent l’admettre, et ils le seront bien plus encore à mesure que cette décennie avancera.

© Immanuel Wallerstein, distribué par Agence Global. Pour tous droits et autorisations, y compris de traduction et de mise en ligne sur des sites non commerciaux, contacter : rights@agenceglobal.com, 1.336.686.9002 ou 1.336.286.6606. Le téléchargement ou l’envoi électronique ou par courriel à des tiers sont autorisés pourvu que le texte reste intact et que la note relative au copyright soit conservée. Pour contacter l’auteur, écrire à : immanuel.wallerstein@yale.edu.

Ces commentaires, bimensuels, sont des réflexions consacrées à l’analyse de la scène mondiale contemporaine vue dans une perspective de long terme et non de court terme.

[1] Note de l’éditeur (source Wikipédia) : « La Révolte des Boxers (1899-1901) fut initiée par les Poings de la justice et de la concorde, une société secrète chinoise dont le symbole était un poing fermé, d’où le surnom de Boxers donné à ses membres en Occident. Ce mouvement, initialement opposé à la fois aux réformes, aux étrangers et à la dynastie mandchoue des Qing qui gouvernait alors la Chine, fut utilisé par l’impératrice Cixi contre les seuls étrangers, conduisant à partir du 20 juin 1900 au siège des légations étrangères présentes à Pékin. C’est l’épisode des « 55 jours de Pékin », qui se termina par la victoire des huit nations alliées contre la Chine (Autriche-Hongrie, France, Allemagne, Italie, Japon, Russie, Royaume-Uni et États-Unis). Venant après la guerre sino-japonaise de 1894-1895, que la Chine avait perdue, cette nouvelle défaite est une étape supplémentaire dans le combat qui opposa conservatisme et réformisme dans la Chine du 19ème siècle, et qui se termina par la chute de la dynastie Qing en 1912.

http://www.medelu.org/Chine-et-Etats-Unis-rivaux-ennemis

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Ecole algérienne: état des lieux

Publié le par Mahi Ahmed

L’école algérienne s’enfonce dans la médiocrité : Comment en est-on arrivé là…

Par Said Rabia

L’école, le système éducatif… Tout le monde s’en plaint : les parents, les élèves, les enseignants, les directeurs des établissements scolaires. Mais personne n’ose le crier tout haut.

Tout bas, tous les acteurs de la vie éducative sont scandalisés. Un enseignant d’Alger est allé jusqu’à dire que «ce qui se fait actuellement au niveau de l’école s’apparente à un véritable plan de destruction, un plan de sape établi pour abrutir nos enfants». Les dysfonctionnements sautent aux yeux. A commencer par le préscolaire. Il n’est dit nulle part que cet enseignement est obligatoire.
Censé être généralisé pour les enfants dont l’âge varie entre trois ans et six ans, l’enseignement préscolaire ne se résume en fait qu’à l’année préparatoire. Et encore ! Des milliers d’élèves n’y ont pas encore droit. Du coup, on assiste à une école à deux vitesses. Des enseignants, on ne sait pour quelle raison, ne prennent pas en considération cette situation et dispensent des programmes qui font fi des besoins de ceux qui n’ont jamais fait d’année préparatoire. Et ce n’est un secret pour personne aujourd’hui, le secteur de l’éducation ne dispose ni de structures pouvant accueillir les élèves ni de formateurs, en quantité et en qualité, pour dispenser l’enseignement préscolaire.

La première faille se situe donc incontestablement à ce niveau. Devant une situation aussi préjudiciable pour les élèves, les responsables du secteur semblent adopter la politique de l’autruche. Ce n’est pas l’unique problématique que pose l’enseignement en Algérie : méthode et contenus. La stratégie de l’enseignement et de l’éducation nationale est un véritable ovni (objet volant non identifié). On a tout essayé. L’école algérienne est devenue un interminable laboratoire où l’on a tenté plusieurs expériences sans en réussir aucune. La dernière en date c’est évidemment la méthode dite «approche par les compétences».
Un enseignant du secondaire, nouvellement recruté, avoue ne rien connaître de cette approche. Un autre, rencontré à Alger, critique les programmes confectionnés par la tutelle et souligne toute la difficulté de les transmettre aux élèves.

Les différentes réformes, menées depuis presque deux décennies, de l’avis de beaucoup d’observateurs et de spécialistes de la question, ont conduit des générations droit dans le mur. Des parents d’élèves n’arrivent pas à donner un sens à la charge de travail à laquelle sont soumis leurs enfants, et encore moins à la nouvelle méthode d’enseignement.
Certains que nous avons rencontrés, ceux qui ont leurs enfants dans le primaire, se plaignent du fait qu’ils se retrouvent à refaire les cours dans la soirée. Une parente d’élève en a par-dessus la tête. Elle dénonce le volume des programmes et le nombre incalculable de devoirs qu’on donne à son fils à la maison.
A ce rythme, les enfants ne peuvent qu’être saturés et détesteront à coup sûr une école qui les fatigue. Pour les érudits, cela s’appellerait l’approche par compétences (APC), qui oblige l’apprenant – on ne parle plus d’élève font remarquer des spécialistes – à apprendre de lui-même.

La méthode est née aux Etats-Unis avant d’être adoptée, quelques années après, dans certains pays européens. Et beaucoup parmi ces derniers l’ont limitée au stade expérimental, sinon cantonnée dans le secteur de la formation professionnelle avant de l’abandonner tout simplement. En Algérie, elle a été généralisée au premier coup d’essai. L’échec est patent. Au-delà même de cette histoire de méthode, le constat est sans appel : la qualité de l’enseignement laisse à désirer.
Les élèves sortent de l’école avec de sérieux handicaps de langues, des analphabètes trilingues, comme on les désigne, et avec de sérieux manques dans beaucoup de matières.
Les statistiques présentées par des syndicats indiquent qu’à l’issue des examens du premier trimestre de l’année en cours, les résultats dans les matières scientifiques, les mathématiques et la physique sont catastrophiques. Un ancien enseignant à Alger soutient que la méthode globale, au lieu de l’ancienne approche dite méthode syllabique, adoptée pour l’enseignement des langues, est en décalage avec nos réalités sociales. Cela est valable pour les langues nationales et les langues étrangères.


Quand la régressionobéit à une politique !

Un autre enseignant évoque, lui, la méthode mixte. Un troisième affirme qu’en réalité aucune méthode n’est maîtrisée et lance avec beaucoup d’ironie que celle qui est en vigueur s’appelle «la méthode débrouille-toi !». Un prof de physique dans un lycée à Tizi Ouzou questionné sur la méthode de l’approche par les compétences pour savoir si elle constituait un problème pour l’enseignement, a répondu : «Ce n’est pas un problème de méthode mais de compétences.» Selon lui, «les enseignants en général sont issus de cette pseudo école qui a échoué». Il explique : «La méthode se résume à ne pas dispenser des cours comme avant, elle suppose que les parents sont instruits, qu’ils sont connectés à Internet et que les élèves peuvent faire eux-mêmes de la recherche.» A la question de savoir si cette manière d’enseigner colle à notre réalité, l’enseignant de physique soutient : «Bien évidemment non pour la majorité des élèves. La raison est que ces derniers doivent apprendre d’eux-mêmes.» En ont-ils les moyens ?

Ce n’est pas évident. En 2008, lorsque le ministère s’apprêtait à appliquer cette approche au niveau du secondaire, les lycéens sont sortis dans la rue. Le département de Benbouzid a été obligé de calmer le jeu en répondant favorablement à leurs doléances. Leurs ardeurs calmées, le ministère revient à la charge et c’est elle qui est en vigueur dans nos écoles. Pour ce qui est de l’enseignement des langues, notre interlocuteur trouve logique que les élèves n’aient la maîtrise que de la langue arabe, en raison du volume horaire qui lui est consacré. L’enseignement des langues étrangères n’est en réalité qu’accessoire. La preuve, dans plusieurs wilayas, le département de Benbouzid n’a pas encore, à l’entame du deuxième trimestre, pourvu des milliers d’élèves d’enseignants de français. On n’est pas, en effet, au premier dysfonctionnement du système éducatif. Des enseignants du primaire, préférant garder l’anonymat, parlent carrément de contradictions, même entre le manuel scolaire et les programmes qu’on leur demande.

C’est le cas par exemple pour les maths en troisième année primaire. Plus que cela, et de l’avis de beaucoup d’enseignants avec qui nous nous sommes entretenus, «les cours de langue arabe, plus précisément ceux concernant la grammaire, sont de plus en plus compliqués pour le cerveau d’un petit enfant. On sert aux écoliers des cours qu’ils ne sont censés maîtriser logiquement qu’après avoir appris certaines règles grammaticales». Même les responsables des établissements scolaires n’y comprennent pas grand-chose.
Dans l’anonymat, ils dénoncent cet état de fait, mais ils se réservent le droit de le dire publiquement. L’année dernière, beaucoup a été dit sur l’allègement des programmes. Le ministère de l’Education a fait d’incroyables promesses. Mais c’était beaucoup plus pour faire taire les parents d’élèves qui se plaignaient de la charge des programmes et de la lourdeur du cartable. En fin de compte, ce n’est que de l’esbroufe. On a diminué un quart d’heure de chaque cours.

Ce qui fait que les élèves sont libres à partir de 14h30. Mais pour faire quoi en fait ? Rien jusqu’à 15h30. Le ministre a parlé d’activités périscolaires, comme le dessin, le sport et la musique, mais dans certains établissements scolaires d’Alger, l’on a fait appel à la contribution des parents d’élèves. Les salaires des enseignants sont bien évidemment assurés par ces derniers. Et à défaut, il y a des écoles où les enseignants chargés du préscolaire font carrément du gardiennage. La situation de l’école est catastrophique.
Et nous avons l’impression que ce n’est pas seulement à cause de l’incompétence, mais cela semble relever d’une volonté d’installer l’école définitivement dans la régression. Il suffit de prendre un exemple frappant concernant les études de médecine et d’autres filières scientifiques : il n’y a aucun système d’enseignement dans le monde où l’élève jusqu’à l’obtention du bac suit un cursus totalement arabisé, et ensuite se voit obligé de faire des études supérieures en langue étrangère

L’approche par les compétences

Généralisée en Algérie, décriée partout

le 19.01.12

Un curriculum vitae (CV) riche de quatre pages et un pedigree à faire pâlir le plus érudit des experts. Il s’agit de celui qui a fait la promotion de l’approche par les compétences (APC) en cours dans l’enseignement en Algérie.

On peut dire que c’est lui qui a vendu la nouvelle méthode d’enseignement aux responsables algériens. Il s’agit de Xavier Roegiers, professeur à l’université catholique de Louvain-la-Neuve, en Belgique, et directeur du Bureau d’ingénierie en éducation et en formation (BIEF). Selon son CV, «il est spécialiste de l’accompagnement des systèmes éducatifs en matière de curricula, d’évaluation des acquis et de manuels scolaires, en particulier en termes de compétences. Son expertise est reconnue par les grandes organisations internationales qui se préoccupent du développement de l’éducation à travers le monde, comme l’Agence intergouvernementale de la francophonie, l’Unicef, la Banque mondiale, l’Unesco ou encore l’Union européenne».

Des sources bien au fait de la situation affirment que les responsables algériens l’ont suivi aveuglément. Xavier Roegiers a séjourné plusieurs fois dans le pays, au milieu des années 2000. Il a donné des formations dont on retrouve la trace dans son CV : «Formation au pilotage d’une réforme des membres du comité de la réforme éducative en termes de compétences. Formation des concepteurs des programmes de l’enseignement primaire en termes de compétences. Formation de concepteurs et d’évaluateurs de manuels scolaires en termes de compétences.»
Seulement, l’approche en question n’a pas eu longue vie dans le monde. Hormis une vingtaine de pays, exclusivement francophones, où elle a été appliquée dans les systèmes éducatifs, aucun autre ne s’en est inspiré. La plupart l’ont mise en œuvre, disent plusieurs experts, mais seulement à titre expérimental.

En Algérie, elle a été généralisée dès le départ. L’APC a été très critiquée dans tous les pays où elle a été essayée. Pour certains, c’est «une mystification pédagogique», pour d’autres c’est «un concept flou». Selon une étude réalisée par Gerald Boutin, professeur de sciences de l’éducation à l’université du Québec à Montréal (UQAM), «au Québec, lors de la tenue de la Commission des états généraux sur la situation de la langue française, plusieurs linguistes et professeurs d’université ont exprimé leur inquiétude sur la façon dont le nouveau programme de français, basé avant tout sur la notion de compétences, négligeait l’acquisition des connaissances.» D’après lui, «curieusement, on trouve encore peu de textes critiques concernant l’APC dans le monde de la francophonie, alors que les Australiens, les Britanniques et les Américains, dont la longue pratique de l’approche par les compétences remonte aux années 1970, émettent à son endroit de nombreuses objections et réticences».

«L’APC, même dans sa version la plus récente de la pédagogie des résultats attendus (Out-Come Based Education), ne semble pas, et de loin, être la panacée tant attendue dans le domaine de l’éducation.» «Elle n’a pas réussi à ‘‘assurer le succès de tous’’, pour reprendre un slogan à la mode», dit-il en faisant remarquer qu’«il ne se passe pas un mois sans que les journaux spécialisés fassent allusion aux limites d’une telle démarche». Jean-Claude Michea, pédagogue, a écrit un brûlot sur le sujet, en 1999 : L’enseignement de l’ignorance. Dans ce livre, il a établi un rapport très net entre la logique libérale et l’APC.

Said Rabia

La réforme qui a accouché d’une souris

le 19.01.12

N’ayons pas peur des mots : la situation de l’école algérienne est catastrophique. On est peut-être loin d’évaluer le sinistre, mais tous les spécialistes le disent aujourd’hui.

Les satisfecit officiels cachent mal un malaise visible au quotidien. Les réformes, dont le ministre, Boubekeur Benbouzid, en place depuis plusieurs années, vante la réussite, ne semblent pas avoir donné de résultats. Au contraire, l’école est confrontée à la dure réalité de la régression. Le dossier a été pourtant l’une des priorités du président Abdelaziz Bouteflika, à l’orée de son premier mandat en 1999. La commission Benzaghou a travaillé durement pendant plusieurs mois pour remettre un rapport exhaustif sur l’école algérienne et les réformes qui devaient être conduites. Plusieurs années plus tard, le document a fini dans les tiroirs. Ce qu’on a pris des recommandations de la commission de réforme a été, selon des sources au fait du dossier, trituré et changé pour aboutir à l’aggravation du marasme dans lequel se débat le système éducatif.

Les contenus ont été maintenus dans une «idéologisation» accentuée de l’école, où logiquement doit primer le rationalisme. Difficile de croire donc les satisfecit que sert le ministre de l’Education. On en trouve d’ailleurs à s’en gaver dans cette préface d’une publication dédiée par l’Unesco en 2005 à La refonte de la pédagogie en Algérie, défis et enjeux d’une société en mutation. L’évocation pompeuse de la nécessité d’ancrer les valeurs de la démocratie républicaine et citoyenne et la culture des droits de l’homme au sein de l’école algérienne est une insoutenable tromperie sur la marchandise. Boubekeur Benbouzid se complaît à transfigurer tout simplement la réalité d’une école que le défunt Mohamed Boudiaf avait qualifiée, à juste titre d’ailleurs, de sinistrée. Comme les taux exagérés de réussite aux examens du bac et du BEM, le discours officiel sert à édulcorer une situation qui, comme tout le monde le sait, est grave. Une incroyable fuite en avant qui enfonce encore plus l’école dans sa médiocrité. Jusqu’à quand continuera-t-on à cacher la déliquescence de l’école ? Depuis 1995, on ne cesse de lancer, chaque année, des chiffres qui n’ont jamais été démentis par le ministère de l’Education : une déperdition de 500 000 élèves éjectés du système scolaire. Plus de 40 000 cas de violence (0,50%) entre les élèves tous niveaux confondus ont été recensés en 2010, a révélé, à Alger, Mme Latifa Remki, directrice des activités culturelles et sportives et de l’action sociale au ministère de l’Education nationale.

Par ailleurs, selon une étude diligentée par l’Union des associations des parents d’élèves, (elle concerne 17 wilayas), la majorité des enfants scolarisés dans les trois paliers, primaire, moyen et secondaire, ont obtenu des résultats «catastrophiques» en mathématiques, en physique et en langues étrangères. La même source a indiqué à El Watan dans son édition du 20 décembre dernier que plus «de 70% des élèves n’ont pas obtenu la moyenne de 10 sur 20 dans les épreuves de français et d’anglais ». «Les résultats sont encore plus inquiétants concernant les maths et la physique : plus de 80% des élèves ont eu moins de 10 dans ces deux matières scientifiques.» Voilà des statistiques qui donnent froid dans le dos et qui logiquement devraient interpeller les hauts responsables du pays. Mais cela semble ne pas être l’urgence de l’heure. A entendre le ministre parler de e-éducation, on a l’impression qu’il est sur une autre planète, alors que l’école algérienne se débat dans un marasme indescriptible. C’est bien beau d’équiper les écoles de l’outil informatique, mais ce serait mieux de lancer urgemment un véritable débat pour trouver une réponse aux questions de fond.

Said Rabia

Limitation des programmes concernés par le bac

Les élèves insistent, les éducateurs mettent en garde

le 19.01.12 |

Les candidats au baccalauréat revendiquent, depuis trois ans, l’allègement des programmes. En vain.

La grève des lycéens de 3eAS se poursuit et se propage. Il n’y a pas de chiffres officiels taux de suivi de cette grève. Mais à l’ouest d’Alger, les lycéens, qui ont organisé une marche avant-hier vers l’annexe du ministère de l’Education nationale, poursuivent leur grève. D’autres lycéens ont intégré le mouvement, attirés surtout par la nature de la revendication des grévistes, à savoir la limitation des cours à réviser pour l’examen du baccalauréat. Cela fait trois années consécutives que les candidats au baccalauréat demandent la limitation des cours programmés à l’examen. «Les programmes sont surchargés. Nous ne pouvons pas réviser tous les cours», affirment ces élèves. De plus, «nous voulons la limitation des cours comme cela a été fait l’année dernière», réclame un lycéen.

Les élèves de terminale sont-ils punis lorsqu’ils sont évalués sur l’ensemble du programme ? C’est en tout cas ce qui ressort de leurs discussions. Ils utilisent le téléphone portable et le réseau social facebook pour se mobiliser : «La limitation des cours facilite les révisions, voire la réussite au bac.» Mais à quoi sert l’enseignement des cours qui ne sont pas concernés par l’évaluation ? N’est-ce pas un motif de négligence à la fois pour les enseignants et les élèves ? D’autant plus que les élèves, cette année, demandent la limitation des cours très tôt.

«Chaque matière contient un ensemble de connaissances. Juger les élèves sur 50% du programme est une fausse évaluation», analyse Idir Achour, porte-parole du Conseil des lycées d’Algérie (CLA). Ce dernier met en garde sur le fait qu’«un taux de réussite à l’examen du bac est un taux d’échec en première année universitaire. La limitation des cours est la remise en cause des connaissances».
Sur le terrain des spécialistes de l’éducation essayent de convaincre les élèves de l’utilité de l’ensemble du programme, tandis que les parents restent indifférents. «Des inspecteurs nous ont expliqué que tous les cours sont importants pour nous. Mais on insiste sur cette limitation», continue à revendiquer un lycéen de la banlieue d’Alger. Les spécialistes tiennent à chaque fois à dénoncer la surcharge des programmes, comme ils appellent à la révision de la réforme mise en place.

«Le problème doit être pris en charge par le ministère de l’Education nationale. Il est temps de faire l’évaluation des réformes», demande Idir Achour. Ce syndicaliste dénonce l’emprise de l’aspect idéologique sur l’aspect pédagogique : «Il y a la dominance de la gestion administrative sur la gestion pédagogique des problèmes. Les rapports des inspecteurs ne sont toujours pas pris en considération.» Et de préciser : «L’année scolaire est gérée en termes de mois, alors qu’il faut la gérer en termes d’heures pour chaque matière.» «Le ministre veut écourter l’année scolaire pour permettre la préparation des élections prévues au mois de mai», conclut-il.

Djedjiga Rahmani

Yahia Bourouina. Pédagogue et ancien cadre au ministère de l’Education nationale

«Si rien n’est fait, dans cinq ans ce sera plus grave»

le 19.01.12 |

C’est la faute à l’explosion démographique. En plus, il suffit de voir le taux de l’analphabétisme à l’indépendance : il y avait 85% d’analphabètes. Cela veut dire qu’il n’y avait que 15% d’Algériens qui étaient alphabétisés

- Monsieur Bourouina, vous qui avez été pendant longtemps cadre dans le secteur de l’éducation, que pensez-vous de l’école algérienne d’aujourd’hui, de ses insuffisances et de ses points positifs s’il y en a ?

Vous savez, l’artisan du succès de la mission de l’école est l’enseignant. Le problème central dont souffre l’école algérienne est lié à l’encadrement. C’est un problème qui n’est pas lié aux aspects quantitatifs. La question est réglée avec la démocratisation de l’enseignement et avec la multiplication des centres universitaires sur l’ensemble du territoire. Quant à la qualité, aussi bien en ce qui concerne la qualification académique, c’est-à-dire la maîtrise des disciplines enseignées, qu’en ce qui concerne l’art de former, la situation n’est pas bonne. Enseigner est un métier, un véritable métier. Et nos enseignants manquent de professionnalisation et de professionnalisme.

- A votre avis, à quoi cette situation est-elle due ? Est-ce la faute aux enseignants ? Est-ce la faute des responsables en charge de l’éducation nationale ?

Ce n’est la faute à personne, ce n’est ni celle des autorités ni celle des enseignants.



- C’est la faute à qui, alors ?

A l’explosion démographique. En plus, il suffit de voir le taux de l’analphabétisme à l’indépendance : il y avait 85% d’analphabètes. Cela veut dire qu’il n’y avait que 15% d’Algériens qui étaient alphabétisés. Au lendemain de l’indépendance, les statistiques montraient que le nombre d’élèves, à cette époque-là, était de 860 000. Nous en sommes à plus de 8 millions. Il y a eu des efforts des politiques publiques en direction de l’éducation. On ne peut pas leur reprocher de ne pas avoir construit suffisamment.


- Alors, à quoi est dû l’échec de l’école ?

C’est une question de formation des enseignants. On a souvent cru qu’en élevant le niveau de qualification, on améliorait la qualité de l’enseignement dispensé. C’est faux. C’est quelqu’un qui a passé 46 ans dans l’éducation qui vous le dit. On a vu des moniteurs, au lendemain de l’indépendance, avec le niveau de certificat d’études, recrutés et formés «à la cocotte-minute», mis dans les classes en face d’effectifs pléthoriques, 45 à 50 élèves. Ils se sont débrouillés et ont formé des générations.



- Pourquoi en est-on arrivé là ?

Le problème est que l’on a considéré, pendant très longtemps, certains jusqu’à présent, que la qualification universitaire suffisait. Le licencié a encore besoin de formation, d’adaptation au poste de travail, de formation initiale au métier d’enseigner. Les enseignants sont recrutés par voie de concours.



- Justement, l’école n’est-elle pas victime de cette politique ?

C’est l’évolution du système qui a voulu cela. La formation des enseignants, en Algérie, a fluctué depuis le système de l’école normale qui existait à l’époque coloniale et dont nous avons hérité à l’indépendance. Nous l’avons développé en y adjoignant des écoles normales d’instructeurs. A l’époque, il n’y avait pas de bacheliers. On prenait des élèves avec le niveau du BEPC de cette période ou avec le brevet élémentaire, on les formait dans ces écoles pour leur donner le savoir-faire, comment enseigner, comment établir la relation maître-élève, comment gérer la pratique de la classe, comment préparer ses cours, comment les planifier sur un trimestre, sur toute l’année. Tout cela s’apprend ! Disons que l’enseignant à qui l’on remet une affection, aujourd’hui, pour qu’il rejoigne une école, ne sait pas tout cela. Cependant, il y a des wilayas ou des régions, où était déjà implantée une école normale, et là où il y en avait une, il y a forcément un noyau de pédagogues et une tradition de formation des enseignants.



- Donc, pour vous, le problème central est l’enseignant ?

Je vous le redis encore une fois, le problème central, le problème vital est celui de l’enseignant. C’est celui de la formation professionnelle de l’enseignant. La formation pédagogique de l’enseignant. L’inculcation des savoir-faire élémentaires qu’il ne maîtrise pas.



- La question des programmes chargés revient à chaque fois ; elle est considérée comme étant l’une des raisons de l’échec scolaire…

Il n’y a pas de programmes légers et il n’y a pas de programmes trop chargés. Les programmes ne font que recenser l’ensemble des connaissances que les élèves sont censés maîtriser au cours d’un cycle d’études déterminé, que ce soit une année scolaire ou un niveau d’enseignement. On ne peut pas parler de la charge des contenus qui sont universels. Prenez les programmes des mathématiques et comparez-les à ceux de l’ensemble des pays de la planète, vous allez trouver que ce sont les mêmes programmes. Là, c’est du point de vue notionnel. La différence est dans la présentation et dans l’orientation méthodologique.



- Une question sur l’enseignement en général et celui des langues en particulier : l’enseignement élémentaire, lire, écrire et compter, l’école éprouve du mal à accomplir cette tâche…

Lire, écrire et compter sont les fondamentaux de l’éducation.

Pour l’apprentissage des langues, les résultats, comme vous le savez, sont catastrophiques. Serait-ce un problème d’approche ?
Au niveau de la commission nationale des programmes, ils ont adopté l’approche par les compétences. Pour les langues c’est très simple : il y a quatre compétences qu’on ne cesse de développer depuis la première année primaire jusqu’au baccalauréat et, plus encore, jusqu’à la licence de langue. On ne fait que continuer à développer ces quatre compétences.
La première est d’avoir la capacité d’entendre et de comprendre un message, une information. La deuxième, c’est la capacité de lire et de comprendre. Ces deux compétences sont passives parce que vous n’avez pas d’effort à fournir pour entendre. Le son vient à votre oreille. Les deux autres, qui sont actives, c’est parler et se faire comprendre, écrire et se faire comprendre. Les programmes sont basés sur ces quatre compétences ; l’entraînement en classe est bâti sur celles-ci. Sauf si l’enseignant n’a pas conscience du fait que l’architecture de son programme repose sur ces quatre piliers.



- Si ce n’est ni la méthode d’enseignement ni les programmes qui posent problème, c’est quoi alors ?

Là il y a une incompréhension. Si vous parlez de la méthode tracée par la commission nationale des programmes c’est une chose, si vous me parlez de la méthode d’enseigner, c’est une autre chose.



- Il y a une différence ?

Bien sûr qu’il y a une différence. On dit à l’enseignant comment il faut faire, il essaie de s’imprégner de ce « comment il faut faire » et il l’applique. A quel degré a-t-il compris ? A quel degré est-il capable de respecter les consignes ? C’est une autre histoire. C’est pour cette raison que je dis que le point focal du succès ou de l’échec d’un système éducatif, c’est la formation de l’enseignant. Si on avait formé l’enseignant à l’art d’enseigner, s’il avait été quelque peu initié grâce à un contact avec une autorité pédagogique, avec un inspecteur, un ancien collègue, il n’y aurait pas de dégâts, même s’il n’est pas très efficace. Malheureusement, nous avons des gens qui font des dégâts parce qu’ils n’ont jamais été initiés à la manière de conduire une classe.

Je comprends les parents d’élèves, ceux qui se plaignent de la manière dont réagissent leurs enfants à leur contact avec l’école. Le premier contact, en première année. Les élèves qui ont fait le préscolaire, à la rigueur, arrivent à suivre, les autres moins. Un enseignement préscolaire auquel des pays comme le nôtre n’accordent pas une grande importance. Des études scientifiques démontrent que les enfants qui ont fait le préscolaire, qui ont bénéficié d’activités d’éveil dès la première enfance, c’est-à-dire entre trois et six ans, sont ceux qui réussissent le plus dans leurs études ultérieures, y compris les études universitaires. On se dit : comment cela est-il possible ? Il y a l’effet cumulatif. Encore mieux : un prix Nobel d’économie a dit que la participation aux programmes d’éveil et d’éducation dans la petite enfance contribuent à diminuer la criminalité dans le monde adulte.



- Pourquoi le préscolaire n’est-il pas obligatoire chez nous ?

Il me semble que c’est en raison des incidences financières de cet enseignement.



- Mais il y a une sorte d’école à deux vitesses…

Vous savez, il faut que le feu vert soit donné par la puissance publique (l’Etat, le gouvernement). La loi est claire à ce sujet : elle définit l’éducation préscolaire et prévoit que l’éducation préparatoire, c’est-à-dire la dernière année du préscolaire, de 5 ans à 6 ans, soit généralisée progressivement. En principe, on devrait la voir concrétisée d’après la programmation du ministère de l’Education nationale. Mais ce n’est pas le cas. Aussi faut-il comprendre que le ministère ne peut défoncer un portail blindé lorsqu’au niveau de la puissance publique, on dit : «On ne peut pas». En vérité, on ne sait pas quoi faire de nos richesses. Cet enseignement n’est pas encore généralisé ; ce qui se fait actuellement est insuffisant parce qu’on ne s’intéresse qu’à la troisième année préparatoire. Voilà une faille qu’un ministère seul ne peut pas régler.



- Revenons à la méthode d’approche par les compétences qui est aujourd’hui en vigueur dans l’enseignement ; elle est critiquée dans les pays mêmes où elle a été initiée… Pour ses détracteurs, cette méthode néglige les savoirs et les connaissances. Comment a-t-on pensé à en faire usage dans l’école algérienne ?

Beaucoup critiquée même. Il y a des effets de mode. Quand ils ont appris qu’une nouvelle approche avait été mise au point, ils s’y sont agrippés tout de suite. On a encensé cette méthode et on a cru trouver la clé pour résoudre tous les problèmes de l’Algérie. La gestation a commencé au début des années 2000. En 2003, il y a eu la première mise en œuvre des programmes de la première année primaire et de la première année moyenne avec l’approche par les compétences. Et chaque année, on avançait dans la mise en place des nouveaux programmes basés sur l’approche par les compétences. Les partisans de cette approche, en Occident, avaient déjà réussi à l’implanter dans un certain nombre de pays africains. Et lorsqu’ils l’ont fait au Maroc et en Tunisie, les Algériens ont dû se dire pourquoi pas nous aussi. Normalement, même en s’y engageant, ce n’est pas catastrophique parce que les méthodes évoluent. Et quelle que soit l’évolution, on retrouve la trame. Chez nous, ceux qui ont mis en œuvre cette méthode ont coupé la trame en disant qu’avec l’approche par les objectifs, on était à côté de la plaque ! Et puis, le mot compétent est un mot magique. Même les parents d’élèves étaient séduits par l’approche. Il n’y aura pas d’échec. L’approche par les compétences a été conçue par Noël Chomsky, un sociolinguiste du Massachusetts Institute of Technology. C’est lui qui a mis au point la dichotomie en linguistique, la dichotomie compétence-performance. Ceux qui se sont embarqués sur ce modèle pour faire l’approche par les compétences à des fins d’enseignement ou de formation se sont dit c’est formidable : d’un côté on a la compétence, de l’autre on a la performance, donc on va augmenter la productivité et le rendement des usines ! Ce sont donc les Etats-Unis qui ont été les premiers à transposer l’approche par les compétences dans le domaine de l’enseignement. Mais, très pragmatiques, ils ne l’ont expérimentée que dans un nombre réduit de classes avec un nombre limité d’élèves. Après évaluation, les résultats ont été significatifs : ceux qui étaient censés devenir compétents étaient les moins capables. Le verdict n’a pas tardé à tomber : au bout d’un certain temps, les Américains ont abandonné cette méthode. Chez nous, on s’est précipité à l’appliquer et à la généraliser dès le début. On ne peut pas parler de compétences si, au préalable, il n’y a pas les connaissances.



- Mais a-t-on conscience des résultats que cela donne ? Certains craignent l’existence d’un plan diabolique pour détruire l’école…

Effectivement. Personne n’a été formé à l’approche par les compétences. Les inspecteurs qui n’ont été formés à aucune approche, eux aussi, disent aux enseignants : faites comme vous savez faire. Le fond du problème est que les enseignants sont recrutés directement par voie de concours. Si c’est une politique délibérée, il est évident qu’elle vise à former des abrutis. Mais je ne le pense pas. C’est un dysfonctionnement qui a existé dans l’histoire du système éducatif algérien en matière de formation des enseignants. Les ITE n’existent plus. La formation des enseignants est déterminante pour l’efficacité du système éducatif ; elle en est la pierre angulaire. On a pensé que le niveau allait être relevé avec le niveau de qualification. Quand on parle de pédagogie, on vous répond : épargnez-nous votre philosophie ! C’est là le langage tenu à l’éducation et c’est la raison qui a fait qu’on est arrivé à ce point presque de non-retour. Ce ne sont pas les mathématiques ou les langues qu’il faut leur enseigner ; il faut leur inculquer comment enseigner les mathématiques et les langues.



- Mais dans le cas ou à l’origine déjà, il n’y avait pas de maîtrise de ces matières…

C’est kafkaïen. C’est absurde.

On dit que les enseignants qui arrivent dans les écoles, aujourd’hui, appartiennent en partie à cette même école qui a échoué…
Il y a toujours ceux qui appartiennent à l’ancienne génération. Mais effectivement, ils commencent à arriver. Je vais vous dire, avec le système LMD, si rien n’est fait pour la formation des enseignants, dans cinq ans la situation sera plus grave.



- Quelle est la solution à la problématique de l’école algérienne, à votre avis ?

C’est de faire un vaste programme de formation pour les enseignants en cours d’emploi. De mettre en place un dispositif de formation en cours d’emploi – obligatoire et non pas optionnel – pour l’enseignant afin qu’il soit efficace dans sa classe.

Said Rabia

Point de vue

Est-ce que nous sommes toujours indépendants ?

le 19.01.12

Un général algérien, ancien officier de l’Armée de libération nationale, ancien ministre de la Défense d’un gouvernement algérien, est convoqué par un procureur suisse comme un vulgaire ressortissant suspecté d’avoir torturé ses concitoyens.

N’importe quel Algérien, quels que soient ses choix politiques ou ses penchants idéologiques, ne peut qu’être choqué de voir un serviteur de notre Etat traité de la sorte. Depuis 1962 l’Algérie, après 130 ans de souffrances et au prix de sacrifices immenses, est indépendante et souveraine. L’Etat, qui en est l’expression majeure malgré ses faiblesses, ses injustices et même ses crimes, si crime il y a, ne peut être jugé que par le peuple algérien, à travers une juridiction de citoyens algériens, même si pour cela il faut recourir à la révolution.
Le général Nezzar, à l’instar de l’immense majorité de nos militaires, est un soldat d’honneur et de bravoure. Il n’a jamais levé la main sur un simple djoundi parce que le règlement l’interdit. Je rappelle qu’il a fait partie, pendant que d’autres se posaient encore des questions, de ces milliers de jeunes Algériens qui ont abandonné le confort et la sécurité des études et des carrières pour se jeter dans le combat libérateur avec la mort au bout.

Ainsi a-t-il pris l’engagement irréversible pour que jamais un étranger, quelle que soit sa sincérité ou sa motivation humanitaire, ne se permette de juger un Algérien pour des faits non avérés et qui se seraient déroulés sur le territoire national. Ceci d’autant que certaines ONG et juridictions de pays dits de liberté et de démocratie ne sont pas toujours au dessus de tout soupçon. Car dès lors qu’il s’agit d’«inculpé» étranger, leur justice fonctionne souvent à deux vitesses et se prête aisément à légitimer le droit d’ingérence dans nos pays pour des buts inavoués. J’ai fait le serment à mes nombreux compagnons qui sont tombés au champ d’honneur de dénoncer et de combattre jusqu’à mon dernier souffle tout Algérien qui concède la moindre parcelle de notre souveraineté et qui donne procuration à une ONG ou autre juridiction pour juger mon pays ou un citoyen de mon pays. D’autres diront que cela s’appelle du nationalisme primaire. Si tel est le cas, alors je me trompe depuis 1956 et, plus grave, plus d’un million de mes compatriotes sont morts par erreur.
Snoussi Hocine, Colonel à la retraite

Source : El Watan du 19.01.12

Publié dans Economie et société

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