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L’aide de l’Union européenne à l’armée israélienne

Publié le par Mahi Ahmed

L’aide de l’Union européenne à l’armée israélienne

Avions de guerre et drones

 

Par David Cronin

Le 21 juin 2010

IPS News

 

Un important fournisseur israélien des avions de guerre qui servent à tuer et à mutiler les civils dans la bande de Gaza s’est mis sur les rangs pour obtenir deux nouvelles subventions de recherche scientifique de l’Union européenne.


L’équipement militaire israélien est vendu "battle-tested". Une façon de dire qu’il a été testé à Gaza.
(Photo Boston.com)

Les agressions d’Israël contre la bande de Gaza fin 2008, début 2009, ont donné à son armée de l’air une occasion de tester des drones (appareils télécommandés sans pilote - ndt) à la pointe de la technologie tels que le Héron. Alors que des organisations de droits de l’homme ont calculé que le Héron et d’autres drones avaient tué au moins 87 civils pendant les trois semaines de guerre, l’Union européenne, à titre provisoire, a approuvé un déblocage de fonds disponibles au profit du fabricant du Héron, Israel Aerospace Industries (IAI).

Deux projets impliquant IAI ont récemment passé avec succès les étapes d’évaluation d’un appel à propositions dans le cadre du programme pluriannuel de l’Union européenne pour la recherche, programme auquel il a été attribué 53 milliards d’euros (65,4 milliards de dollars) pour la période 2007-2013.

Le bras exécutif de l’Union, la Commission européenne, a confirmé que IAI était bien l’un des 34 « partenaires » israéliens engagés dans les 26 projets financés par l’UE pour la technologie de l’information et actuellement en phase de préparation.

Parmi les autres sociétés israéliennes sur les rangs pour ce genre de financement, il y a Afcon, le fabricant des détecteurs de métaux pour les check-points militaires dans les Territoires palestiniens occupés, et notamment pour le passage d’Erez entre le sud d’Israël et le nord de la bande de Gaza. Afcon a également obtenu un contrat en 2008 pour la mise en place d’un système de sécurité pour un projet de transport urbain destiné à relier les colonies illégales israéliennes de Jérusalem-Est avec le centre ville (de Jérusalem-Ouest).

D’après Mark English, porte-parole de la Commission, les procédures relatives à ces projets ne sont pas encore closes. Mais le Globes, quotidien financier israélien, a indiqué le mois dernier que les sociétés israéliennes pouvaient gagner quelque 17 millions d’euros avec la dernière série de subventions de l’Union européenne au titre de la technologie de l’information. Selon le Globes, la somme d’argent européen qu’Israël tire du programme de recherche de l’UE depuis 2007 sera portée à 290 millions d’euros.

Le drone Héron.
Pour tuer,et sans risque.
 

Israël est le principal participant étranger au programme scientifique de l’UE. Les officiels à Tel Aviv pensent que les sociétés et instituts de recherche israéliens devraient récupérer 500 millions d’euros de ce programme, d’ici qu’il soit conclu.

Chris Davies, député démocrate libéral britannique au Parlement européen, a exprimé sa colère à voir la façon dont le département Recherche de la Commission s’apprête à entériner de nouvelles subventions au profit des entreprises israéliennes. Une telle démarche, « les affaires, toujours », va en contradiction avec les assurances tacites des officiels qui traitent les relations plus courantes de l’Union avec Israël, dit-il.

Fin 2008, les 27 gouvernements de l’UE ont accepté une demande israélienne pour que l’Europe « rehausse » ses relations avec Israël de sorte que celui-ci puisse s’impliquer davantage dans un large éventail d’activités de l’Union. Mais les efforts visant à donner à cet accord un effet officiel ont été bloqués du fait de l’invasion de Gaza.

L’approbation pour un financement de l’UE en faveur d’Israel Aeorospace Industries « doit être considéré comme totalement inacceptable, incohérent et scandaleusement naïf, » indique Davis à IPS. Et il fait valoir qu’il y a apparemment « un manque total de communication » entre les différents groupes de représentants UE sur la façon dont Israël doit être traité. « Où est la réflexion commune ? » demande-t-il.

Alors que la Commission européenne prétend que l’intégralité de sa coopération en recherche scientifique avec Israël concerne le civil, le gouvernement israélien s’est empressé de faire connaître les liens vraiment étroits existant entre le secteur technologique florissant du pays et son armée. Une brochure, Communications en Israël, publiée par le ministère de l’Industrie au début de cette année, parle de « symbiose » entre les secteurs sécurité et technologie en Israël. Plusieurs progrès technologiques - comme l’invention de dispositifs de reconnaissance vocale par ordinateur par l’armée israélienne dans les années 80 - résultent de cette « convergence », prétend la brochure.

D’autres bénéficiaires israéliens potentiels de cette nouvelle manne financière européenne ne cachent pas la façon dont ils bénéficient de cette convergence. La filiale israélienne de SAP, le concepteur de logiciels, a publié des informations expliquant comment elle avait fourni des équipements spécialisés à l’armée israélienne. Et tant Emza que LiveU, deux « start-up », sont deux exemples de ces nombreux décideurs de l’équipement de surveillance en Israël qui ont vu leur carnet de commandes se remplir depuis que le pays tente de se positionner comme le partenaire indispensable dans la « guerre contre le terrorisme » déclarée par l’ancien Président US George W. Bush.

Selon Marcel Shaton, directeur de l’ISERD (Israeli Directorate for EU Framework Programme - organisme interface pour la participation d’Israël aux Programmes-Cadres de l’Union Européenne) à Tel-Aviv, les citoyens européens ne doivent avoir aucun scrupule à financer les sociétés israéliennes d’armements. « C’est l’ensemble de la recherche qui soutient l’industrie d’armement » dit-il. « La technologie non militaire est utilisée à des fins militaires partout dans le monde ».

Mais pour Yasmin Khan, une spécialiste du commerce de l’armement, de l’organisation Lutte contre la pauvreté, l’Union européenne se fait la complice de l’occupation de la Palestine en soutenant l’industrie militaire d’Israël.

Elle fait remarquer que les drones fabriqués par IAI, et d’autres sociétés israéliennes, ont été achetés par plusieurs pays européens qui participent à la guerre américaine en Afghanistan. « L’industrie militaire est un point central de l’économie israélienne, » dit-elle. « L’équipement qu’elle produit est vendu comme "déjà testé pour la guerre" ; façon sinistre de montrer qu’il a déjà été utilisé dans les Territoires (palestiniens) occupés. »

David Cronin
ipsnews.net
Bruxelles, 18 juin 2010.

Texte original en anglais (18.06.2010) :
http://ipsnews.net/newsTVE.asp ?idnews=51871

Traduit de l’anglais par JPP (21.06.2010) :
http://www.info-palestine.net/article.php3 ?id_article=8964

Version française publié également sur le site de Silvia Cattori.



David Cronin, né à Dublin en 1971, est le correspondant à Bruxelles de l’agence de presse Inter Press Service. Il a d’abord occupé cette fonction pour le quotidien irlandais The Sunday Tribune après avoir travaillé comme chargé de recherches et attaché de presse auprès du Parlement européen. Entre 2001 et 2006, il collabore à European Voice, hebdomadaire du groupe The Economist.

Le livre de David Cronin Europe’s Alliance with Israel : Aiding the Occupation sera publié dans le courant de l’année par Pluto Press.

 

 

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La Russie et l’avenir du Kirghizistan

Publié le par Mahi Ahmed

La Russie et l’avenir du Kirghizistan

À qui profite la révolution au Kirghizistan ? (3/4)

 

Par F. William Engdahl

Le 22 juin 2010

 



À l’évidence, ce qui se déroule au Kirghizistan intéresse également Moscou au plus haut point. La Russie a été prompte à reconnaître la légitimité du nouveau gouvernement provisoire en place à Bichkek et à augmenter son aide financière, prouvant ainsi l’importance de l’avenir politique de ce pays eurasiatique aux yeux des Russes. Non seulement le Kirghizistan faisait partie intégrante de l’Union soviétique jusqu’en 1991, mais il reste encore aujourd’hui un territoire géographique concentrant de forts enjeux géostratégiques. L’attitude, amicale ou hostile, qu’adoptera le Kirghizistan vis-à-vis de Moscou sera d’une grande influence sur la stabilisation, ou la déstabilisation, de cette région à la périphérie de la Russie.

Il est clair que l’administration Medvedev-Poutine envisage toutes les possibilités imaginables — depuis les contrats gaziers de Gazprom jusqu’aux ventes d’armes — pour contrer la menace d’encerclement des Nations-Unies dont l’apogée eut lieu en 2004-2005 avec les « Révolutions colorées » provoquées par Washington en Géorgie, en Ukraine et en dernier lieu au Kirghizistan avec la « Révolution des tulipes » qui porta au pouvoir Bakiev, l’homme fort des États-Unis.

Comme je l’expliquais dans un article précédent, « Ukraine Geopolitics and the US-NATO Military Agenda : Tectonic Shift in Heartland Power » [1], les résultats des élections présidentielles ukrainiennes au début de l’année annonçaient un développement nettement favorable du point de vue de la sécurité militaire russe. La menace d’une Ukraine rejoignant l’OTAN est désormais écartée et, avec elle, le risque que les Russes aient à subir davantage de fermeture de ses gazoducs, ceux qui traversent l’Ukraine et qui rejoignent l’Allemagne et d’autres régions d’Europe occidentale, les scories de l’intégration économique soviétique.

En janvier dernier la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan ont signé un accord commun d’union douanière. La Biélorussie est un partenaire vital de la Russie car elle est au contact de l’Ukraine et de la Pologne. Le Kazakhstan, quant à lui, est un ancien pays communiste d’importance stratégique majeure et situé entre le Kirghizistan et la Russie. Il est l’un des fournisseurs principaux d’énergie de la Chine car il abrite d’importants gisements de pétrole et d’autres sources d’énergie. Il est de surcroît le premier producteur d’uranium au monde.

La constitution d’un régime neutre au Kirghizistan, allié à la fois au Kazakhstan et à la Russie, pourrait signifier le développement d’une zone d’échanges capitale pour les intérêts russes. Un tel régime offrirait une marge de manœuvre pour stabiliser la vallée de Ferghana, une région agricole très peuplée au cœur de l’Asie Centrale, qui s’étend sur les territoires du Kirghizistan, de l’Ouzbékistan et du Tadjikistan.

Selon l’agence de presse moscovite RIA Novosti, le 19 avril dernier, le vice-Premier ministre du gouvernement provisoire du Kirghizistan, Almazbek Atambaïev, a annoncé, à l’issue d’une rencontre avec le Premier ministre kazakh Karim Masimov, que son pays désirait rejoindre l’union douanière autour de la Russie. Il s’est exprimé en ces termes : « Nous partageons une histoire commune avec le Kazakhstan et la Russie ; notre avenir s’inscrit clairement à leurs côtés dans un espace économique et douanier commun. » Atambaïev a également affirmé que la Russie et le Kazakhstan n’étaient en rien responsables des événements récents au Kirghizistan : « La Russie et le Kazakhstan ne sont impliqués dans aucun complot, ils veulent seulement offrir leur aide [au Kirghizistan]. » [2].

Pour Moscou, un gouvernement kirghize prorusse ou même totalement neutre marquerait une étape majeure dans son repositionnement sur l’échiquier eurasiatique. Cela dit, la situation reste instable à tout point de vue. Le président russe Medvedev a récemment exprimé des réserves lors d’une importante conférence de presse à Moscou avec son homologue ouzbek Islam Karimov : « Si la Russie a accordé une aide humanitaire au Kirghizistan, une coopération économique globale ne sera possible qu’après la restauration des institutions étatiques. » [3].

L’Ouzbékistan se rapproche du Kremlin

L’un des bénéfices pour la Russie des troubles au Kirghizistan est le réchauffement manifeste des relations auparavant tendues entre le président ouzbek Karimov et le Kremlin.

Le 20 avril, Karimov s’est rendu à Moscou pour s’entretenir avec Medvedev et a affirmé devant la presse russe que les deux pays avaient mis de côté leurs diverses querelles et partageaient à présent les mêmes préoccupations au sujet du risque d’extension de l’instabilité politique au-delà du Kirghizistan. Karimov redouterait en effet une escalade incontrôlable des tensions qui pourrait embraser l’Ouzbékistan. [4]. Quelques semaines seulement avant l’éviction de Bakiev en avril, l’envoyé spécial états-unien pour l’Afghanistan et le Pakistan, Richard Holbrooke, avait rendu visite à Karimov en Ouzbékistan. Holbrooke réitéra les tentatives états-uniennes pour faire revenir Karimov dans leur camp. Il semble que depuis il ait essuyé un net refus [5].

En 2003 la Russie s’est vue accorder le droit d’installer sa propre base militaire à Kant, près de Bichkek, la première hors de Russie depuis la dislocation de l’Union soviétique en 1991. En outre, la Russie possède une autre base stratégique. Elle se situe sur la rive est du lac Issyk-Kul, dans les eaux duquel elle teste de nouvelles technologies de sous-marins et de torpilles, dont celle de la supercavitation avec la torpille VA-111 Chkval, une arme dont la vitesse dépasse les 200 nœuds, conçue à l’origine pour viser les porte-avions états-uniens. En mars 2008, la Russie a signé le contrat définitif pour l’exploitation de la base de Kant dont le loyer annuel s’élève à 4,5 millions de dollars [6].

Les accords entre la Russie et le Kirghizistan pour l’exploitation de cette base furent l’une des raisons qui incitèrent Washington à engager la « Révolution de tulipes » en 2005, afin d’installer au pouvoir le régime pro-états-unien de Bakiev.

Dans les premiers temps, les analystes étaient convaincus que le gouvernement de transition de Roza Otounbaïeva retirerait aux États-Unis, et sur ordre de Moscou, leurs droits d’exploitation de la base de Manas. Or contre toute attente, Otounbaïeva semble avoir renoncé à son engagement initial en déclarant que la base de Manas resterait accessible à l’US Central Command. Et cela sans que Moscou ne réagisse vraiment jusqu’à présent.

Selon des sources russes proches du gouvernement, le Kremlin serait en train de réfléchir aux avantages qu’il aurait, dans les deux prochaines années, à laisser les États-Unis utiliser la base aérienne de Manas pour poursuivre leur effort de guerre en Afghanistan. En échange, Moscou renouvellerait le récent appel adressé aux États-Unis pour l’arrêt du trafic d’opium entre l’Afghanistan et la Russie [7]. L’une de ces sources affirme : « La base aérienne ne fermera pas, mais sera utilisée comme un levier permettant de négocier avec les États-Unis à propos, entre autres, des stupéfiants. D’ici quelques mois le contrat annuel [pour l’exploitation de la base de Manas] arrivera à son terme, c’est l’occasion de leur poser nos conditions. » [8].

En octobre 2009, le président kirghize Bakiev, alors en exercice, dissolvait l’Agence de lutte contre la drogue, en charge jusque là d’intercepter les substances illégales circulant de l’Afghanistan vers la Russie. Nos informations indiquent que le frère de l’ex-Président Bakiev a par la suite renforcé les opérations de lutte contre le trafic en provenance d’Afghanistan. [9]. La part prise par ce raffermissement dans la volonté de Moscou d’évincer Bakiev en avril dernier n’est pas clairement définie.

Peu importe la manière dont Moscou envisage d’utiliser la base aérienne de Manas comme monnaie d’échange, la Russie et de la Chine ont manifestement intérêt à entretenir des relations amicales et stables avec le Kirghizistan. Cela d’autant plus si l’on considère que la Russie est frontalière du Kazakhstan, de l’Ouzbékistan et du Tadjikistan, tous membres de l’Organisation de coopération de Shanghai, l’organisation militaire et économique eurasiatique émergente. Dans ce contexte, une coopération plus étroite avec le Kirghizistan apporterait un bénéfice certain à la Russie ; elle lui donnerait l’occasion de « refouler », comme le disent certains, l’invasion états-unienne de l’espace eurasiatique [10]. Il faudra patienter quelques mois avant de connaître l’évolution de cette situation.

Dans ces conditions, que risquent en définitive les États-Unis dans cette partie pour leur projet de stratégie globale en Asie Centrale, et plus généralement en Eurasie ? Nous le verrons dans la quatrième partie de ce dossier. Déjà la réponse est claire : tout.


Article original en anglais : Kyrgyzstan’s ‘Roza Revolution’: Russia and the Future of Kyrgyzstan, publié le 4 juin 2010.

Traduction : Nathalie Krieg, version française publiée par le Réseau Voltaire.

Notes

[1] F. William Engdahl, « 
Ukraine Geopolitics and the US-NATO Military Agenda : Tectonic Shift in Heartland Power », Voltaire Network, 24 mars 2010, non traduit.

[2] Astana, « Kyrgyzstan wants to join Russian-led post-Soviet customs union », 19 avril 2010, Moscou, RIA Novosti.

[3] RIA Novosti, Kyrgyzstan must restore state institutions – Medvedev, Moscou, 20 avril 2010.

[4] Alexander Osipovich, Uzbekistan : Spooked by Kyrgyz unrest, Karimov warms to Russia, Moscow, 21 avril 2010, RIA Novosti.

[5] Dawn, « US not to use Uzbek base, says Holbrooke », Astana, 21 février 2010.

[6] John C. K. Daly, op. cit.

[7] ‘Epiphanes,’ Russian blog comments from former FSB officer on Kyrgyzstan events, 8 avril 2010.

[8] Kyrgyzstan National Security Service ‘source’.

[9] Erica Marat, Kyrgyzstan Relaxes Control over Drug Trafficking, Eurasia Daily Monitor, Vol.7, numéro 24, 4 février 2010.

[10] K. Gajendra Singh, op. cit.

F. William Engdahl est est associé du Centre de recherche sur la mondialisation et l'auteur de plusieurs ouvrages en anglais dont deux sont traduits en français :

OGM : Semences de destruction : L’arme de la faim (le livre original en anglais, Seeds of destruction)



et
Pétrole, une guerre d'un siècle : L'ordre mondial anglo-américain. Il est joignable depuis son site.

Pour contacter l'auteur :
www.engdahl.oilgeopolitics.net


 

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L’Espagne dans l’impasse capitaliste

Publié le par Mahi Ahmed

L’Espagne dans l’impasse capitaliste

Frappée par la crise, l’Espagne entre en récession

 

Par Jérome Duval

Le 23 juin 2010

CADTM

 



Frappée de plein fouet par l’éclatement de la bulle immobilière, l’Espagne est entrée en récession fin 2008. Au premier trimestre 2010, le PIB a progressé péniblement de 0,1% et il s’agit de la première hausse de cet indicateur, par ailleurs contesté (1) à juste titre, après sept trimestres consécutifs de contraction ou stagnation. Depuis l’éclatement de la crise économique, l’Espagne, quatrième économie de la zone euro, a vu son taux de chômage officiel doubler à près de 20 % de la population active, passant de 1,76 million de chômeurs au deuxième trimestre 2007 à 4,6 millions au premier trimestre 2010.

Impatients, le FMI et les marchés imposent une cure d’austérité

Sous la pression des marchés financiers, l’Espagne décide au printemps 2010 de prendre les devant et annonce vouloir économiser 50 milliards d’euros en trois ans afin de ramener les déficits publics de 11,2% du PIB en 2009 à 3% en 2013, conformément aux désidératas de la Commission européenne. Le gouvernement Zapatero met alors en place un vaste plan afin de restreindre les finances publiques : gel des embauches dans la fonction publique, report de l’âge de départ à la retraite de 65 à 67 ans, hausse de la TVA de 16 à 18% applicable dès juillet 2010…Dans le même temps, profitant de cette offensive, il met en avant des réformes du marché du travail ou sera adoptée une baisse des indemnités de licenciement qui bénéficieront aux capitalistes et réjouira les marchés financiers. Ce plan tombe comme un couperet pour la population déjà malmenée par la crise.

Le 12 mai, le gouvernement annonce une première étape d’ajustement, mais le FMI s’impatiente à nouveau et appelle le 24 mai Madrid à des réformes structurelles « d’urgence »… Sous la pression, le Parlement approuve trois jours plus tard, avec une seule voix d’avance (169 votes pour, 168 contre, et 13 abstentions), un vaste plan d’austérité visant à économiser plus de 15 milliards d’euros sur deux ans. Ce décret-loi inclut une baisse de salaire pour les fonctionnaires (la première depuis le retour de la démocratie post-franquiste) de 5 % en moyenne dès le mois de juin et un gel pour 2011 ; un gel des retraites en 2011; la suppression de l’aide à la naissance de 2.500 euros à partir de 2011 ; la réduction de 600 millions d’euros de l’aide au développement en 2010-2011 ; enfin, l’investissement public sera diminué de 6 milliards d’euros d’ici 2011 et le gouvernement va demander aux régions et aux municipalités de faire 1,2 milliard d’euros d’économies supplémentaires. Même si les membres du gouvernement doivent baisser leur salaire de 15%, et que pour une fois la baisse s’effectuera par tranche progressive, l’économie se fera principalement sur le dos des fonctionnaires et des retraités, et non sur la l’élite capitaliste qui profite finalement de la crise tout en l’ayant provoquée, en particulier le secteur bancaire qui renoue avec ses bénéfices exorbitants (en 2009, Santander a dégagé près de 9 milliards d’euros de bénéfice, BBVA 4,2 milliards, etc.). De plus, le Luxembourg n’étant plus considéré comme un paradis fiscal, le gouvernement y autorise les entreprises espagnoles à investir dès juillet dans ses fonds d’investissements afin de payer un impôt sur les sociétés dérisoire, de l’ordre de 0,01 % (2).

Face aux marchés, le gouvernement Zapatero abdique donc et ne voit d’autres issues à la crise capitaliste que celle du dogme néolibéral : "Ces mesures sont douloureuses, mais indispensables", déclare la ministre de l’Économie et des Finances, Elena Salgado, devant un Parlement en ébullition pour une fois bien rempli. La Commission européenne réagit aussitôt en exprimant sa satisfaction devant des mesures d’austérité qu’elle juge « nécessaires » et allant « dans la bonne direction » (3) . De même, le secrétaire général de l’OCDE, Ángel Gurría, appuie le plan espagnol : « Ce qu’a fait l’Espagne dans les dernières semaines prouve qu’en Espagne il y a une volonté politique » (4) , volonté politique que l’OCDE ne semble pas désapprouver, bien au contraire…

Les agences de notation, chiens de garde du néolibéralisme

Un mois après que Standard & Poor’s ait dégradé la note de l’Espagne le 28 avril (de "AA+" à "AA"), l’agence Fitch suit le mouvement et descend d’un cran la qualification de la dette espagnole. En effet, si la dette publique établie à 53% du PIB en 2009 est inférieure à celle de nombreux pays de la zone euro, celle du secteur privé à 178% du PIB selon Standard & Poor’s inquiète. De plus, jugeant insuffisantes les mesures d’austérité tout juste approuvées par le Parlement, Fitch envoie un signal fort vers encore plus de flexibilité du travail : "La rigidité du marché du travail et la restructuration des caisses d’épargne locales et régionales vont gêner le rythme de l’ajustement" . |5| De même, le FMI espère voir aboutir la réforme et son directeur général, Dominique Strauss-Kahn, dans un entretien publié le 31 mai 2010 par le journal ABC déclare : "Les mesures que le gouvernement a prises sont fortes et devraient permettre le retour à la confiance à l’avenir. Le tout est de savoir comment ces mesures seront mises en place, surtout celles relatives au marché du travail"… Ces avertissements sont entendus et M. Zapatero annule son voyage au Brésil tout en pressant les partenaires sociaux pour un accord imminent sur cette réforme du marché du travail qui prévoit entre autres de réduire les indemnités de licenciement, donnant par la même occasion l’opportunité aux chefs d’entreprise de procéder à des licenciements à bas coûts... Après avoir adoptée la réforme, Zapatero devra la soumettre au directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, qui réclame un changement du marché du travail espagnol « radical, ambitieux et profond » |6|. Réforme qui intéresse évidement la Banque mondiale puisque celle-ci classe les pays suivant le climat des affaires afin d’aider les entrepreneurs à choisir le meilleur endroit où faire le plus de profits sur le dos des travailleurs (7) .

Et la France ?

Par ailleurs, Fitch voit d’un bon œil l’évolution de la réforme des retraites en France qui prévoit de repousser l’âge de la retraite de 60 à 62 ou 63 ans, et l’objectif de réduction de 10% des dépenses de fonctionnement de l’État sur 2011-2013. Maria Malas-Mroueh, directrice associée chez Fitch Ratings, déclare alors que son agence a « le sentiment d’un changement notable dans l’attitude du gouvernement vis-à-vis de l’importance et de l’urgence d’une amélioration des finances publiques » |8|. La France conserve donc sa meilleure note « triple A ». Bien sûr, si la réforme des retraites n’était pas approuvée à cause des mobilisations sociales, on pourrait s’attendre à une dégradation de la note de la France et, par voie de conséquence, une augmentation du « risque pays » influant sur les intérêts à rembourser… Les réformes du capitalisme annoncées au plus fort de la crise sont bien loin et ce sont les victimes de cette crise qui, une fois de plus, vont payer.

Pas d’alternatives ?

Des solutions alternatives existent bel et bien, ce n’est pas l’argent qui manque et si elles n’ont pas été choisies, c’est bien le signe d’une volonté politique. En tout premier lieu, la mise en place d’un audit indépendant durant lequel un moratoire suspendrait le paiement de la dette. Ce processus permettrait de répudier le remboursement de dettes illégales et dégagerait d’importants fonds actuellement dédiés au service de la dette. En outre, une fiscalité sur le patrimoine des hauts revenus libèrerait des sommes conséquentes qui pourraient être utilisées à la satisfaction des besoins élémentaires des plus démunis. En Espagne, des économistes contactés par le quotidien Publico ont énuméré quelques uns de ces autres choix possibles (9) :

Au lieu de geler les pensions de retraites en 2011, l’État pourrait récupérer les 1,5 milliard d’euros d’économie prévue par cette mesure en retirant les troupes d’Afghanistan, du Liban et de la Somalie (750 millions d’économie) et en éliminant l’investissement en Recherche et Développement de l’industrie militaire prévu pour 2010 (950 millions d’euros). Si l’on ajoute les 1,4 milliard d’euros prévu en investissement militaire pour 2010, on arrive à 3,1 milliards d’économie. Rappelons que le budget militaire dépasse 18 milliards d’euros pour 2010 (10) , à savoir 50 millions par jour, soit 5 fois plus que pour le budget de l’éducation et la science.

Si l’on supprime les salaires des professeurs qui donnent des cours de religion dans les centres publics (650 millions par an) en adéquation avec l’idée d’un État laïc, on pourrait sauvegarder les 600 millions de l’aide au développement.

Une autre idée avancée afin de récupérer 785 millions en deux ans est de proportionner les contenants de médicaments à la durée standard de traitement et stimuler les médicaments mono-dose.

Par ailleurs, une piste possible qui ne figure pas dans les alternatives émises par les économistes cités dans Publico serait de sortir du FMI et récupérer les 9,63 millions d’euros versés récemment au Fonds Fiduciaire pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté du FMI.

Enfin, les quelque 600.000 euros (chiffre avancé par le syndicat de police de Catalogne) utilisés pour le dispositif de sécurité de la réunion du très secret club Bilderberg à Sitges dans un hôtel transformé en bunker pour l’occasion début juin 2010 auraient pu servir dans l’intérêt du contribuable. Les banquiers, entrepreneurs, personnalités de l’OTAN ou de la Commission européenne qui y prennent part sont les chefs d’orchestre d’une économie capitaliste en ruine, mais qui tente coûte que coûte de poursuivre son travail d’oppression. Dans cet hôtel de luxe, devant un parterre de multimillionnaires et de décideurs à leur service, M. Zapatero a pris la parole pour défendre sa politique économique censée réconcilier les Espagnols avec la croissance dont on veut nous faire croire à tort qu’elle se répercute sur les classes pauvres. L’histoire fourmille de contre exemples à cette théorie libérale (11).

Face aux multiples coupes budgétaires opérées simultanément en différents pays d’Europe afin de faciliter le remboursement d’une dette qui n’a pas bénéficié aux populations, il est temps d’appeler à la rébellion, principale peur de José Manuel Barroso et de ses comparses (12) . Les mouvements sociaux doivent se mobiliser d’urgence dans toute l’Europe. Des pistes alternatives doivent être débattues démocratiquement, elles constituent une réelle sortie de crise qui passe nécessairement par une sortie du système capitaliste. Il faut soutenir toutes les forces qui appellent à la grève générale et rassemblent de manière unitaire, en écho aux grèves et manifestations qui se déroulent en ce moment pour la défense des mêmes droits en Roumanie, en Grèce, au Portugal, en Italie ou en France…

Notes

 

(1) Le Produit Intérieur Brut (PIB) est entre autre contesté car censé mesurer la création de richesse, il ne mesure pas le travail des femmes au foyer ni le travail informel et ne tient pas compte de la dégradation écologique engendrée par cette croissance économique. Ainsi, le PIB considère l’effet d’un tsunami ou d’un accident de la route comme une contribution positive à la croissance du fait des transactions qu’il induit.

(2) http://www.expansion.com/2010/05/31...

(3) “Notre première impression est que les mesures vont dans la bonne direction, que les efforts supplémentaires de consolidation budgétaire étaient nécessaires et, en ce sens, il y a bien sur une satisfaction qu’ils soient approuvé”, Amadeu Altafaj, porte parole de la commission européenne pour les affaires économiques.. http://www.europapress.es/economi...

(4) Ce qu’a fait l’Espagne ces dernières semaines prouve qu’en Espagne il y a de la volonté politique”. http://www.abc.es/agencias/noticia....

(5) Fitch dégrade l’Espagne à cause de mauvaises perspectives de croissance, AFP, 28 mai 2010. Les caisses d’épargnes régionales grandement touchées par la crise immobilière doivent fusionner d’ici fin juin 2010.

(6) Europapress, 11 juin 2010 http://www.europapress.es/economia/...

(7) Voir le rapport Doing Business de la Banque mondiale http://www.doingbusiness.org

(8) Déficit - Les mesures prises par la France saluées par Fitch, Reuters, 28 mai 2010. http://fr.reuters.com/article/frEur...

(9) Publico, 16 mai 2010, http://www.publico.es/espana/313091...

(10) Ce chiffre ne tient pas compte du budget alloué aux forces de police.

(11) La théorie du ruissèlement (“trickle down” en anglais), défend l’idée qu’une croissance forte se répercuterait mécaniquement sur les classes pauvres de la population.

(12) “La dernière chose dont nous avons besoin c’est d’une tension sociale continue parce que c’est aussi une façon de miner la confiance”, il poursuit appelant à “maintenir notre maison en ordre”, José Manuel Barroso, Publico, 5 juin 2010.

 

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Les vastes réserves afghanes de gaz naturel et de pétrole : « la guerre en vaut la peine »

Publié le par Mahi Ahmed

Les vastes réserves afghanes de gaz naturel et de pétrole : « la guerre en vaut la peine »

La guerre contre l’Afghanistan est une « guerre de ressources » à but lucratif

 

Par Michel Chossudovsky

Le 24 juin 2010

 

Le bombardement et l’invasion de l’Afghanistan en 2001 ont été présentés à l’opinion publique mondiale comme une « guerre juste », une guerre contre les talibans et Al-Qaida, une guerre pour éliminer le « terrorisme islamique » et établir une démocratie à l’occidentale.

Les dimensions économiques de la « guerre mondiale au terrorisme » (GMAT) sont rarement mentionnées et la « campagne de contre-terrorisme » post-11 septembre a servi à occulter les objectifs réels de la guerre des États-Unis et de l’OTAN.


La guerre contre l’Afghanistan relève d’un programme à but lucratif : c’est une guerre de conquête économique et de pillage, une « guerre de ressources ».


Même si l’Afghanistan est reconnu comme un foyer stratégique en Asie centrale, aux frontières de l’ex-Union Soviétique, de la Chine et de l’Iran, au carrefour de routes de pipelines et d’importantes réserves de pétrole et de gaz naturel, son énorme richesse minière ainsi que ses réserves de gaz naturel inexploitées sont demeurées totalement inconnues du public étasunien jusqu’en juin 2010.

Selon un rapport conjoint du Pentagone, de l’US Geological Survey (USGS) et de l’USAID, on dit maintenant de l’Afghanistan qu’il possède des réserves minières inexploitées et « jusqu’alors méconnues », estimées péremptoirement à un billion de dollars.
(New York Times, U.S. Identifies Vast Mineral Riches in Afghanistan - NYTimes.com, 14 juin 2010. Voir aussi BBC, 14 juin 2010).

 

« Les gisements jusqu’alors méconnus, dont de gigantesques filons de fer, de cuivre, de cobalt, d’or et de métaux industriels cruciaux comme le lithium, sont si grands et contiennent tant de minéraux essentiels à l’industrie moderne que les représentants étatsuniens croient que l’Afghanistan pourrait éventuellement être transformé en un des plus importants centres miniers du monde.

 

Un mémo interne du Pentagone mentionne par exemple que l’Afghanistan pourrait devenir « l’Arabie Saoudite du lithium », une matière première clé dans la fabrication de piles pour les ordinateurs portables et les BlackBerrys.

 

La vaste étendue de ces richesses minérales en Afghanistan a été découverte par une petite équipe de représentants du Pentagone et de géologues étasuniens. Le gouvernement afghan et le président Hamid Karzaï en ont été informés récemment, ont affirmé des officiels étasuniens

 

Bien que le développement d’une industrie minière puisse prendre de nombreuses années, le potentiel est si grand que des représentants et des dirigeants de cette industrie croient que cela pourrait attirer de gros investissements avant même que les mines soient profitables, en offrant des emplois qui pourraient distraire une population en guerre depuis des générations.

 

« Il existe ici un potentiel sensationnel », a affirmé le général David H. Petraeus, commandant de l’United States Central Command […] « Il y a beaucoup de « si », bien sûr, mais je crois que cela est potentiellement très important »

 

La valeur des gisements miniers nouvellement découverts minimise la taille de l’actuelle économie afghane, dilapidée par la guerre et largement basée sur la production d’opium et le trafic de narcotiques, ainsi que sur l’aide des États-Unis et d’autres pays industrialisés. Le produit intérieur brut de l’Afghanistan est seulement d’environ 12 milliards de dollars.

 

« Cela deviendra l’armature de l’économie afghane », a déclaré Jalil Jumriany, un conseiller du ministre afghan des Mines. (New York Times, op. cit.)

 

Selon le New York Times, l’Afghanistan pourrait devenir  « l’Arabie Saoudite du lithium ». « Le lithium est une ressource de plus en plus cruciale, utilisée dans les piles de toutes sortes, des téléphones mobiles aux ordinateurs portables, et joue un rôle clé dans l’avenir de la voiture électrique ». À l’heure actuelle, le Chili, l’Australie, la Chine et l’Argentine sont les principaux fournisseurs de lithium sur le marché mondial. La Bolivie et le Chili sont les pays possédant les plus grandes réserves connues de lithium. « Le Pentagone effectue des levés au sol à l’ouest de l’Afghanistan. » Les représentants du Pentagone ont affirmé que leur analyse initiale à un emplacement dans la province de Ghazni a démontré un potentiel de gisements de lithium aussi grands que ceux de la Bolivie » (U.S. Identifies Vast Mineral Riches in Afghanistan - NYTimes.com, 14 juin, 2010, voir aussi  Lithium - Wikipedia, l'encyclopédie libre

 

« Gisements de minéraux jusqu’alors méconnus » en Afghanistan

 

L’« estimation » des « gisements jusqu’alors méconnus » à près d’un billion de dollars par le Pentagone est un écran de fumée utile. Le montant d’un billion avancé par le Pentagone est davantage forgé qu’estimé : « Nous savions ce qu’il y avait là, nous y avons jeté un coup d’œil et demandé ce que cela vaudrait aujourd’hui en termes monétaires. Le montant d’un billion semblait digne d’être signalé dans les nouvelles. » (The Sunday Times, Londres, 15 juin 2010, c’est l’auteur qui souligne)

De plus, les résultats d’une étude de l’USGS (cités dans le mémo du Pentagone) sur les richesses minières de l’Afghanistan ont été révélées il y a trois ans à une conférence organisée en 2007 par la Chambre de commerce américano-afghane. Toutefois, la question de ces richesses minières n’était pas considérée digne d’être signalée à la presse à l’époque.

Que l’administration étasunienne reconnaisse qu’elle a seulement pris connaissance des vastes richesses minières du pays après la publication du rapport de 2007 de l’USGS constitue une esquive flagrante. Les richesses minières et les ressources énergétiques de l’Afghanistan (incluant le gaz naturel) étaient connues à la fois des élites des milieux d’affaires et du gouvernement étasuniens avant la guerre soviéto-afghane (1979-1988).

 

Des études géologiques menées par l’Union Soviétique dans les années 1970 et au début des années 1980 confirment l’existence de vastes réserves de cuivre (parmi les plus grande de l’Eurasie), de fer, de minerai à haute teneur en chrome, d’uranium, de béryl, de baryte, de plomb, de zinc, de fluorine, de bauxite, de lithium, de tantale, d’émeraude, d’or et d’argent (Afghanistan, Mining Annual Review, The Mining Journal,  juin, 1984). Ces études suggèrent que la valeur actuelle de ces réserves pourrait en effet être considérablement plus élevée que l’« estimation » d’un billion de dollars annoncée par l’étude du Pentagone, de l’USGS et de l’USAID.

 

Plus récemment, dans un rapport de 2002, le Kremlin a confirmé ce qui était déjà connu : « Ce n’est pas un secret que l’Afghanistan possède de riches réserves, particulièrement du cuivre au gisement d’Aynak, du minerai de fer à Khojagek, de l’uranium, du minerai polymétallique, du pétrole et du gaz » (RIA Novosti, 6 janvier 2002): 

 

« L’Afghanistan n’a jamais été la colonie de quiconque : aucun étranger n’a jamais « creusé » ici avant 1950. Les minéraux se trouvent dans les montagnes de l’Hindu Kush, s’étendant, avec leurs contreforts, sur une vaste zone en Afghanistan. Dans les 40 dernières années, plusieurs douzaines de gisements ont été découverts dans le pays et la majorité de ces découvertes ont été sensationnelles. Elles sont toutefois demeurées secrètes, mais certains faits ont tout de même été rendus publics récemment.


Il se trouve que l’Afghanistan possède des réserves de métaux ferreux et non-ferreux, et de pierres précieuses qui, si elles étaient exploitées, pourraient possiblement même remplacer les revenus de l’industrie de la drogue. On dit du gisement de cuivre d’Aynak au sud de la province d’Helmand qu’il est le plus grand du continent eurasien et son emplacement (à 40 km de Kaboul) rend son exploitation bon marché. Le gisement de minerai de fer à Hajigak, dans la province centrale de Bamian, offre pour sa part du minerai d’une très grand qualité et dont les réserves sont estimées à 500 000 tonnes. Un gisement de charbon a également été découvert non loin de là.

On dit de l’Afghanistan qu’il est un pays de transit pour le pétrole et le gaz. Toutefois, peu de gens savent que les spécialistes soviétiques y ont découvert d’énormes réserves de gaz dans les années 1960 et ont construit le premier gazoduc du pays pour approvisionner l’Ouzbékistan. À l’époque, l’Union Soviétique recevait annuellement 2,5 billion de mètres cube de gaz afghan. Durant cette même période, on a découvert d’importants gisements d’or, de fluorine, de baryte et de marbre onyx d’une composition très rare.

Cependant, les gisements pegmatitiques découverts à l’est de Kaboul sont véritablement sensationnels. Des gisements de rubis, de béryllium, d’émeraude, de kunzite et d’hiddénite que l’on ne trouve nulle part ailleurs s’étendent sur des centaines de kilomètres. Par ailleurs, les pierres contenant les métaux rares que sont le béryllium, le thorium, le lithium et le tantale sont d’une importance stratégique (on les utilise dans la fabrication d’aéronefs et d’astronefs).
 
La guerre en vaut la peine (Olga Borisova, "Afghanistan - the Emerald Country", Karavan, Almaty, original en russe, traduit par BBC News Services, 26 avril 2002. p. 10, c’est l’auteur qui souligne.)

 

Alors qu’on a nourri l’opinion publique d’images d’un pays en développement déchiré par la guerre et sans ressources, la réalité est tout autre : l’Afghanistan est un pays riche tel que le confirment les études géologiques de l’ère soviétique.

La question des « gisements jusqu’alors méconnus » perpétue un mensonge. La grande richesse minérale est exclue d’un casus belli justifiable. Cet énoncé affirme que le Pentagone a seulement appris récemment que l’Afghanistan faisait partie des pays les plus riches en ressources minérales et qu’il est comparable à la République démocratique du Congo ou l’ex-Zaïre du temps de Mobutu. Les rapports géopolitiques soviétiques étaient connus. Durant la guerre froide, toute cette information était avouée dans les moindres détails :

 

[...] Lors de l’exploration soviétique à grande échelle, de superbes cartes géologiques ont été produites ainsi que des rapports dressant la liste de plus de 1400 affleurements minéraux et d’environ 70 gisements commercialement viables […] L’Union Soviétique a par la suite consacré plus de 650 millions de dollars à l’exploration et au développement de ressources en Afghanistan avec des projets incluant une raffinerie de pétrole capable de produire un demi million de tonnes annuellement, ainsi qu’un complexe métallurgique pour le gisement d’Aynak, lequel devait produire 1,5 millions de tonnes de cuivre par an. Dans la foulée du retrait des Soviétiques, une analyse subséquente de la Banque mondiale projetait que la production de cuivre d’Aynak pourrait éventuellement absorber annuellement à elle seule jusqu’à 2 % du marché mondial. Le pays jouit par ailleurs d’énormes gisements de charbon, dont l’un d’eux, le gisement de fer d’Hajigak dans la chaîne de montagnes de l’Hindu Kush à l’ouest de Kaboul, est jugé comme étant l’un des plus grands gisements à teneur élevée au monde. (John C. K. Daly,  Analysis: Afghanistan's untapped energy, UPI Energy, 24 octobre 2008, c’est l’auteur qui souligne)

 

Le gaz naturel afghan

 

L’Afghanistan est un pont terrestre. L’invasion et l’occupation de l’Afghanistan menée par les États-Unis en 2001 a été analysée par des critiques de la politique étrangère étasunienne comme un moyen de sécuriser le contrôle du couloir de transport stratégique transafghan, liant le bassin de la mer Caspienne et la mer d’Oman.

 

Plusieurs projets de pipelines et de gazoducs transafghans ont été envisagés, dont le projet de pipeline TAPI (Turkménistan, Afghanistan, Pakistan, Inde) de 1900 km et d’une valeur de 8 milliards de dollars, lequel transporterait le gaz naturel turkmène par l’Afghanistan dans ce que l’on a décrit comme un « couloir de transit crucial ». (Voir Gary Olson, Afghanistan has never been the 'good and necessary' war; it's about control of oil, The Morning Call, 1er octobre, 2009). L’escalade militaire dans le cadre de la guerre étendue d’« Afpak » est liée au TAPI. Le Turkménistan possède la troisième plus grande réserve de gaz naturel après la Russie et l’Iran. Le contrôle stratégique des voies de transport sortant du Turkménistan fait partie des plans de Washington depuis l’effondrement de l’Union Soviétique en 1991.

 

Cependant, on a rarement considéré dans la géopolitique des pipelines que l’Afghanistan est non seulement voisin de pays riches en pétrole et en gaz naturel, (par exemple le Turkménistan), mais qu’il possède aussi sur son territoire d’assez grandes réserves inexploitées de gaz naturel, de charbon et de pétrole. Dans les années 1970, les Soviétiques évaluaient « les réserves gazières afghanes "explorées" (confirmées ou probables) à environ 5 billions de pieds cube. Les réserves initiales d’Hodja-Gugerdag étaient évaluées à un peu moins de 2 billions de pieds cube » (Voir, The Soviet Union to retain influence in Afghanistan, Oil & Gas Journal,  2 mai, 1988).

 

L'Agence d'Information sur l'Énergie (Energy Information Administration ou EIA) a reconnu en 2008 que les réserves de gaz naturel d’Afghanistan sont « substantielles » :

 

« Puisque le nord de l’Afghanistan est "une extension du sud du bassin centrasiatique très fécond d’Amu Darya, susceptible de contenir du gaz naturel", l’Afghanistan possède des réserves de gaz naturel confirmées et probables d’environ 5 billions de pieds cube. » (UPI, John C.K. Daly, Analysis: Afghanistan's untapped energy, 24 octobre, 2008)

 

Dès le début de la guerre soviéto-afghane en 1979, l’objectif de Washington a été de conserver un point d’ancrage géopolitique en Asie centrale.

 

Le trafic de drogue du Croissant d’or

 

La guerre clandestine des États-Unis, à savoir son soutien aux moudjahidines, « combattants de la liberté » (alias Al Qaida), était également destinée au développement du trafic des opiacés du Croissant d’or, utilisé par les services de renseignement étasuniens afin de financer l’insurrection contre les Soviétiques [1].

 

Instauré au début de la guerre soviéto-afghane et protégé par la CIA, le trafic de drogue est devenu au fil des ans une entreprise extrêmement lucrative de plusieurs milliards de dollars. Il s’agissait de la pierre angulaire de la guerre clandestine étasunienne dans les années 1980. Aujourd’hui, sous l’occupation militaire des États-Unis et de l’OTAN, le trafic de drogue génère des revenus monétaires de plus de 200 milliards de dollars dans les marchés occidentaux. (Voir Michel Chossudovsky, America's War on Terrorism, Global Research, Montreal, 2005, voir aussi Michel Chossudovsky, Heroin is "Good for Your Health": Occupation Forces support Afghan Narcotics Trade, Global Research, 29 avril 2007)

 

Vers une économie de pillage

 

En chœur, les médias étasuniens ont confirmé que la « récente découverte » des richesses minérales afghanes constitue « une solution » au développement de l’économie du pays, décimée par la guerre, ainsi qu’un moyen d’éliminer la pauvreté. L’invasion des États-Unis et de l’OTAN en 2001 ainsi que l’occupation, ont préparé le terrain pour l’appropriation de ces richesses par les conglomérats miniers et énergétiques occidentaux.

La guerre contre l’Afghanistan est une « guerre de ressources » à but lucratif

 

Sous l’occupation des États-Unis et des alliés, cette richesse minérale est vouée à être pillée par une poignée de conglomérats miniers multinationaux une fois que le pays sera pacifié. Selon les écrits d’Olga Borisova suivant l’invasion d’octobre 2001, « la guerre contre le terrorisme », menée par les États-Unis, « [sera transformée] en politique coloniale influençant un pays formidablement riche ». (Borisova, op cit).

 

Une partie du plan des États-Unis et de l’OTAN est également de prendre tôt ou tard possession des réserves de gaz naturel de l’Afghanistan, ainsi que de prévenir le développement des intérêts énergétiques russes, iraniens et chinois dans le pays.




Pour voir la carte des ressurces minières, cliquez ici.

Note

 

1. Le trafic des opiacés du Croissant d’or constitue à l’heure actuelle la pièce maîtresse de l’économie d’exportation de l’Afghanistan. Le trafic d’héroïne, institué au début de la guerre soviéto-afghane en 1979 et protégé par la CIA, génère des revenus monétaires dépassant les 200 milliards de dollars par an dans les marchés occidentaux. Depuis l’invasion de 2001, la production de narcotiques en Afghanistan s’est accrue de plus de 35 fois. En 2009, la production d’opium se chiffrait à 6900 tonnes, comparativement à moins de 200 tonnes en 2001. À cet égard, les revenus de plusieurs milliards de dollars résultant de la production afghane d’opium sont générés en grande partie à l’extérieur du pays. D’après les données des Nations Unies, les revenus du trafic de drogue revenant à l’économie locale sont de l’ordre de 2 à 3 milliards annuellement, comparativement aux ventes mondiales d’héroïne provenant du trafic d’opiacés afghans, lesquelles dépassent 200 milliards. (Voir Michel Chossudovsky, America's War on Terrorism", Global Research, Montréal, 2005)

 

 

Article original en anglais, "The War is Worth Waging": Afghanistan's Vast Reserves of Minerals and Natural Gas, The War on Afghanistan is a Profit driven "Resource War" publié le 16 juin 2010.

Traduction par Julie Lévesque pour Mondialisation.ca.


Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur d'économie à l'Université d'Ottawa. Il est l'auteur de
Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en 12 langues).     





 

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Shalit, Hamouri, Bernard-Henri Lévy et les intellectuels mercenaires

Publié le par Mahi Ahmed

Shalit, Hamouri, Bernard-Henri Lévy et les intellectuels mercenaires

jeudi 24 juin 2010, par Alain Gresh

Faut-il tirer sur les ambulances ? Le flop des deux derniers opus de notre philosophe national, malgré une campagne de soutien médiatique, l’appui complaisant du grand quotidien du soir, les mille et une excuses trouvées pour justifier la manière dont il a repris les oeuvres d’un philosophe inventé de toutes pièces, indiquent que Bernard-Henri Lévy glisse déjà inéluctablement vers les bas-fonds de l’oubli.

Et pourtant, il ne faut pas être injuste. L’homme a un vrai talent. Celui de condenser, en peu de pages, l’ensemble des mensonges, des semi-vérités et des contre-vérités sur le conflit israélo-palestinien. Il restera comme celui qui a déclaré, à la veille de la tuerie de neuf humanitaires de la flottille de la paix par l’armée israélienne : « Je n’ai jamais vu une armée aussi démocratique, qui se pose tellement de questions morales. » Chacun de ses textes mériterait une étude approfondie pour mettre en lumière les nouveaux visages de la propagande. Et on peut espérer que les écoles de journalisme mettront à l’étude ses textes pour décortiquer le mensonge ordinaire proféré sous l’habillage de la philosophie, des droits humains et même, dans son dernier texte, de l’ancien Testament.

Publié par Le Point du 24 juin, cet article s’intitule « Trois questions (et réponses) concernant le soldat Shalit ». Le 25 juin, cela fera quatre ans que le soldat franco-israélien Guilad Shalit a été capturé par le Hamas et plusieurs manifestations de soutien se préparent ou se sont déjà déroulées.

Pourquoi tant d’intérêt pour ce soldat, s’interroge Bernard-Henri Lévy ? Parce que, justement, il n’est pas un prisonnier comme les autres. Pourquoi ?

« Car il y a des conventions internationales, déjà, qui régissent le statut des prisonniers de guerre et le seul fait que celui-ci soit au secret depuis quatre ans, le fait que la Croix-Rouge, qui rend régulièrement visite aux Palestiniens dans les prisons israéliennes, n’ait jamais pu avoir accès à lui, est une violation flagrante du droit de la guerre. »

Lévy a raison, il est anormal que la Croix-Rouge n’ait pas accès au prisonnier, c’est une violation du droit de la guerre. Mais comment sont traité les prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes ?

Correspondant du Monde en Israël, Benjamin Barthe écrit le 18 juin, sur le site Médiapart (sur le blog de Pierre Puchot, qui n’est pas en accès libre) :

« Depuis juin 2007, les familles des 1000 Gazawis emprisonnés en Israël sont privées de droit de visite. » Et il ajoute : « L’ignorance à ce sujet est telle que le conseil des ministres des affaires étrangères de l’Union européenne réunis le 14 juin dernier a enjoint au Hamas de laisser le CICR visiter Shalit sans mentionner le cas des Palestiniens. Précision : la décision israélienne n’a pas été prise en représailles au traitement réservé à Shalit. C’est une « mesure de sécurité » dixit la cour suprême en décembre 2009. »

Ignorance, écrit Barthe. Il a bien sûr raison, mais cette ignorance reflète le fait que jamais, dans la pensée coloniale, un Blanc n’équivaut à un basané. Le Blanc a toujours un visage, une famille, une identité ; le basané est sans visage, regroupé dans un collectif anonyme.

Mais Shalit a une autre caractéristique selon Lévy :

« Mais, surtout, surtout, il ne faut pas se lasser de répéter ceci : Shalit n’a pas été capturé dans le feu d’une bataille mais au cours d’un raid, opéré en Israël et alors qu’Israël, ayant évacué Gaza, était en paix avec son voisin ; dire prisonnier de guerre, en d’autres termes, c’est estimer que le fait qu’Israël occupe un territoire ou qu’il mette un terme à cette occupation ne change rien à la haine qu’on croit devoir lui vouer ; c’est accepter l’idée selon laquelle Israël est en guerre même quand il est en paix ou qu’il faut faire la guerre à Israël parce que Israël est Israël ; et si l’on n’accepte pas cela, si l’on refuse cette logique qui est la logique même du Hamas et qui, si les mots ont un sens, est une logique de guerre totale, alors il faut commencer par changer complètement de rhétorique et de lexique. Shalit n’est pas un prisonnier de guerre mais un otage. Son sort est symétrique de celui, non d’un prisonnier palestinien, mais d’un kidnappé contre rançon. Et il faut le défendre, donc, comme on défend les otages des FARC, des Libyens, des Iraniens – il faut le défendre avec la même énergie que, mettons, Clotilde Reiss ou Ingrid Betancourt. »

Vous avez bien lu, Israël était en paix avec son voisin après son évacuation de ce territoire en 2005. Ce que Lévy oublie c’est qu’Israël contrôlait « seulement » les frontières maritimes (empêchant même les pécheurs d’aller en haute mer), les frontières aériennes et les frontières terrestres (à l’exception de celle avec l’Egypte). Ce qui a amené les Nations unies à déclarer que Gaza restait un territoire occupé. Le blocus auquel ce territoire est soumis en est une preuve supplémentaire.

L’Egypte porte-t-elle une responsabilité dans ce blocus ? Bien sûr répond Christophe Ayad dans « Si BHL était allé à Gaza… », Libération (23 juin), dans une réponse à la tribune de ce dernier publiée par le quotidien le 7 juin (« Pourquoi je défends Israël », accompagnée d’un commentaire complaisant de Laurent Joffrin).

« L’Egypte, note BHL, est “coresponsable” du blocus de Gaza. Il n’ignore pas que les dirigeants égyptiens sont aujourd’hui illégitimes aux yeux de leur propre population. Mais à cette dictature-là, jamais il ne songe à reprocher quoi que ce soit. Seul est fustigé “le gang d’islamistes qui a pris le pouvoir par la force il y a trois ans”. Faut-il rappeler à Bernard-Henri Lévy que le Hamas avait remporté, en 2006, des élections unanimement considérées comme les plus transparentes et pluralistes du monde arabe ? »

Revenons à Lévy et à Shalit, « cet homme au visage d’enfant qui incarne, bien malgré lui, la violence sans fin du Hamas ; l’impensé exterminateur de ceux qui le soutiennent ; le cynisme de ces “humanitaires” qui, comme sur la flottille de Free Gaza, ont refusé de se charger d’une lettre de sa famille ; ou encore ce deux poids et deux mesures qui fait qu’il ne jouit pas du même capital de sympathie que, justement, une Betancourt. Un Franco-Israélien vaut-il moins qu’une Franco-Colombienne ? Est-ce le signifiant Israël qui suffit à le dégrader ? D’où vient, pour être précis, qu’il n’ait pas vu son portrait accroché, à côté de celui de l’héroïque Colombienne, sur la façade de l’Hôtel de Ville de Paris ? Et comment expliquer que, dans le parc du 12e arrondissement où il a fini par être exposé, il soit si régulièrement, et impunément, vandalisé ? Shalit, le symbole. Shalit, comme un miroir ».

Mais alors, le Franco-Palestinien Hamouri, ne devrait-il pas jouir de la sympathie des autorités et de Lévy ? N’est-il pas emprisonné depuis mars 2005, depuis plus longtemps que Shalit ? Mais peu de gens se préoccupent de son sort, et surtout pas Lévy. Depuis que le comédien François Cluzet a évoqué son cas en novembre 2009 devant un Jean-François Copé qui ne savait même pas qui était Hamouri, le silence est retombé.

Et là aussi, on vérifie le deux poids deux mesures, mais pas celui dont parle Lévy. Un Franco-israélien est un Blanc, il mérite notre sympathie ; un Franco-palestinien, dans le fond, ce n’est qu’un Arabe... En avril 2010, un citoyen franco-palestinien est mort d’une crise cardiaque à la frontière entre Gaza et Israël après avoir été retenu plusieurs heures par les autorités israéliennes qui, selon Lévy, ne sont pas en guerre contre Gaza. En avez-vous entendu parler ? Paris a, paraît-il, demandé que toute la lumière soit faite sur ce décès. On attend toujours, comme on attend toujours les mesures françaises contre les nombreuses violations du droit du personnel diplomatique français en Israël ou contre l’utilisation par le Mossad de passeports français pour l’assassinat d’un dirigeant du Hamas dans les Emirats arabes unis.

Une dernière question, qu’il faut poser sans relâche aux autorités françaises : des soldats disposant d’un passeport français ont-il le droit de servir dans une armée d’occupation, dans des territoires que la communauté internationale et la France considèrent comme des territoires occupés ?

L’article de Lévy se termine par un hommage à la position morale d’Israël qui, pour sauver ses soldats, est prêt à les échanger contre des « assassins potentiels », c’est-à-dire des combattants palestiniens ou libanais.

« En 1982 déjà, Israël relâchait 4 700 combattants retenus dans le camp Ansar, en échange de 8 de ses soldats. En 1985, il en remettait dans la nature 1 150 (dont le futur fondateur du Hamas, Ahmed Yassine) pour prix de 3 des siens. Sans parler des corps, juste des corps, d’Eldad Regev et Ehoud Goldwasser, tués au début de la dernière guerre du Liban, qui furent troqués, en 2008, contre plusieurs leaders du Hezbollah dont certains très lourdement condamnés ! »

Rappelons que les combattants arrêtés en 1982 étaient des membres de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et des Libanais qui s’étaient opposés à l’invasion de leur pays par les chars du général Ariel Sharon, invasion qui fit des dizaines de milliers de victimes civiles et déboucha sur les massacres de Sabra et Chatila. Doit-on comprendre des propos de Bernard-Henri Lévy qu’Israël menait, à l’époque aussi, une guerre juste ?

Et quand il évoque des personnes lourdement condamnées par la justice israélienne, que croit-il prouver ? Marwan Barghouti, comme plusieurs autres milliers de Palestiniens ont été aussi condamnés par une justice israélienne aussi « aux ordres » que l’était la justice française du temps de la guerre d’Algérie.

Il y a 70 ans, en 1937, des journalistes et des intellectuels expliquaient que la ville basque de Guernica n’avait pas été détruite par l’aviation nazie mais par les républicains espagnols eux-mêmes. Bernard-Henri Lévy durant la guerre contre Gaza de décembre 2008-janvier 2009 paradait sur un char israélien pour prétendre que les destructions étaient moins graves que ce que l’on prétendait. Il réécrit désormais l’histoire et affirme que, contrairement à ce que clamaient des centaines de milliers d’Israéliens en 1982, la guerre du Liban était une guerre juste et que les combattants qui s’opposaient à cette invasion étaient des terroristes.

Paraphrasant Voltaire sur les mercenaires, on pourrait écrire de lui : « Dieu nous préserve de penser que vous sacrifiez la vérité à un vil intérêt ; que vous êtes du nombre de ces malheureux mercenaires qui combattent par des arguments, pour assurer et pour faire respecter les puissants de ce monde. »

sur : http://blog.mondediplo.net/2010-06-24-Shalit-Hamouri-Bernard-Henri-Levy-et-les

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Des journalistes indépendants démontent l’emprise israélienne sur le discours médiatique.

Publié le par Mahi Ahmed

 

Des journalistes indépendants démontent l’emprise israélienne sur le discours médiatique.

 

Abraham Greenhouse, Nora Barrows-Friedman, The Electronic Intifada

publié le dimanche 20 juin 2010.

 

15 Juin 2010

« La tentative systématique et la priorité n°1 tout à fait délibérée des soldats israéliens quand ils sont montés à bord des bateaux a été de créer un black-out, de confisquer toutes les caméras, de couper les liaisons satellite, de détruire les caméras en circuit fermé à bord du Mavi Marmara, pour s’assurer que rien ne sortait. Ils étaient décidés à contrôler l’histoire », a commenté le journaliste australien Paul McGeough, l’un des centaines de militants et de reporters journalistes qui ont assisté à l’attaque mortelle du 31 mai sur la flottille de la liberté pour Gaza ("Framing the Narrative : Israeli Commandos Seize Videotape and Equipment from Journalists After Deadly Raid," Democracy Now, 9 Juin 2010). McGeough a été un des au moins 60 journalistes de la flottille qui ont été détenus et dont les filmages ont été confisqués.

Dans les heures suivant l’interception et le siège dans les eaux internationales de la flottille d’aide pour Gaza par des commandos israéliens, qui ont tué neuf personnes — certaines à bout portant — à bord du Mavi Marmara, des nouvelles de l’attaque sanglante s’étaient répandues dans le monde entier. La colère, la condamnation et des appels à une enquête internationale ont suivi.

Entre temps, la campagne d’Israël pour son scénario de l’attaque, pour déformer les faits et étouffer une opinion outragée battait son plein. Parallèlement, les militants et les journalistes sceptiques ont commencé à déconstruire l’histoire officielle et à assembler des preuves pour révéler la vérité derrière les morts violentes des militants d’une mission humanitaire pour la bande de Gaza assiégée.

À partir du moment où l’armée israélienne a brouillé apparemment les communications de la flottille, et pendant les deux jours suivants où les survivants furent maintenus au secret, leurs caméras et leurs prises de vues potentiellement accusatrices saisies, la version israélienne du raid a dominé les titres internationaux.

Au centre de la stratégie médiatique d’Israël, il y eu la diffusion rapide de clips audio et vidéo sélectionnés qui, d’après le gouvernement, validaient son affirmation que les passagers avaient violemment essayé de tuer les troupes sans provocation — forçant ainsi les soldats à utiliser des balles réelles en autodéfense. Cependant, les clips distribués très largement au début portaient des signes de fortes altérations, y compris le masquage ou l’élimination de marques chronométriques.

Quoique les clips montrent apparemment des passagers à bord du Mavi Marmara frappant des soldats israéliens avec des bâtons et d’autres objets, le contexte des images n’était absolument pas clair. Il était impossible de déterminer à quel moment les clips avaient été filmés au cours de l’assaut, ce qui soulevait des questions sur quelle partie exactement avait agi en autodéfense.

Jamal Elshayyal d’Al-Jazeera, parmi d’autres, a corroboré les récits d’autres passagers de la flottille, y compris de la membre de la Knesset israélienne Hanin Zoabi, disant que les commandos israéliens auraient commencé à tirer avant de descendre en rappel sur le pont du navire ("MK Zoabi : Israel wanted highest number of fatalities," YNet, 1 Juin 2010 ; "Kidnapped by Israel, forsaken by Britain," Al-Jazeera, 6 Juin 2010).

Ces clips furent rapidement complétés par du filmage mis sur YouTube, elles aussi fortement retravaillées, dont Israël a dit qu’elles avaient été prises par les caméras de sécurité du navire et par des journalistes dont l’équipement avait été saisi ("Flotilla Rioters Prepare Rods, Slingshots, Broken Bottles and Metal Objects to Attack IDF Soldiers," 2 Juin 2010). Le service de presse de l’armée israélienne a aussi distribué de nombreuses images fixes soi-disant documentant le combat sur le pont.

Après que les bateaux affrétés de la flottille furent emmenés au port israélien d’Ashdod et déchargés, le 1er juin, le ministère israélien des affaires étrangères (MAF) commença à distribuer via le site Flickr des photographies d’objets trouvés d’après lui à bord. Le matériel que le MAF classifiait comme « armes » — soutenant soi-disant son affirmation que les militants avaient planifié un « lynchage » des troupes israéliennes — étaient publiquement identifiables comme de l’équipement nautique standard et des ustensiles de cuisine ("Weapons found on Mavi Marmara").

D’autre part, les bateaux furent inspectés de multiples fois avant leur départ pour Gaza, à la fois par les douanes turques et par une compagnie de sécurité indépendante, et à chaque fois avait été trouvés ne contenir aucune arme, d’après un communiqué de presse du mouvement Free Gaza ("Did Israel deliberately murder civilians aboard Freedom Flotilla ?," 3 Juin 2010). Les participants dirent aussi que tous les passagers ont été soumis à un contrôle de sécurité approfondi avant de monter à bord, quel que soit le lieu d’embarquement.

Ces photographies d’ « armes » devinrent le premier point de fixation de l’effort pour analyser et exposer les incohérences des affirmations israéliennes. Peu après la publication des images apparues sur la page officielle du MAF le 1er juin, des commentateurs commencèrent à attirer l’attention sur le fait que plusieurs images comportaient de l’information numérisée indiquant qu’elles avaient été prises plusieurs années auparavant. Le MAF y répondit en modifiant les dates, et par une déclaration disant qu’une de ses caméras avait été mal calibrée.

Si cette déclaration ne peut être ni confirmée ni réfutée, la gaffe exposa le fait que là hâte d’Israël à promouvoir sa version des événements dans les médias produisait des erreurs et des négligences significatives. Alors que les passagers survivants de la flottille commençaient à être relâchés et expulsés après leur détention en Israël, leur récit des événements à bord des bateaux — et sur le Mavi Marmara en particulier — divergeait clairement du discours israélien officiel.

Les journalistes à bord du navire, dont certains avaient été capables de diffuser par satellite pendant un certain temps durant l’assaut, ont dit aux intervieweurs qu’ils avaient été spécifiquement ciblés par les troupes israéliennes dans l’attaque. « Nous avions des caméras autour du cou et nos cartes de presse en main, mais les soldats ne cessaient de diriger les lasers de leurs fusils sur nos yeux pour nous intimider », a dit le journaliste turc Yuecel Velioglu de l’agence de presse AA à Reporters Sans Frontières ("As Turkish photographer is buried, other journalists aboard flotilla speak out," 9 Juin 2010).

De plus, une grande part des filmages (très retravaillés) diffusés par Israël furent volées aux journalistes à bord du bateau après la confiscation de leur équipement. Cette action a été fortement dénoncée par l’Association de la presse étrangère d’Israël (FPA) qui déclarait le 4 juin : « l’utilisation de ce matériel sans permission des agences de médias concernées est une violation claire et inacceptable de l’éthique journalistique ».

Décidés à ne pas permettre au gouvernement israélien de continuer à dominer le discours public sur l’attaque de la flottille avec sa version discutable des événements, des journalistes indépendants autour du monde ont analysé et identifié les incohérences du discours israélien. Ce travail a joué un rôle central pour produire un tableau des événements plus complet et juste, disponible pour un public anglophone : la grande majorité des médias privés anglophones, à l’exception notable d’Al-Jazeera anglais, reproduisaient simplement les déclarations israéliennes et n’entreprirent pas ou très peu le travail de vérification pour s’assurer de leur validité.

Images et l’élimination du contexte

Une autre photo diffusée par les bureaux du porte-parole de l’armée israélienne a suscité encore plus de controverses quand elle a commencé à apparaître dans des articles de nouvelles sur l’incident. L’image, montrant un homme barbu anonyme qui tenait un couteau courbe, fut généralement présentée avec une légende, elle aussi originaire de l’armée israélienne, déclarant que le porteur de couteau était un militant à bord du Mavi Marmara photographié après que les troupes israéliennes aient assailli le navire.

Ali Abunimah, cofondateur de The Electronic Intifada, remarqua immédiatement des incohérences claires dans le contexte de la photo, jetant un doute sur sa véracité. Abunimah fit remarquer sur son blog que derrière l’homme, on pouvait voir la lumière naturelle diffusée au travers d’une fenêtre — malgré le fait que le raid a été mené avant l’aube. De plus, l’homme était entouré par des photographes qui paraissaient d’un calme inattendu pour des voisins au milieu d’un combat ("Israeli propaganda photo in Haaretz of man with knife make no sense #FreedomFlotilla," 31 Mai 2010). Finalement, quelques jours après la première apparition de l’image, elle fut réutilisée dans un montage vidéo publié sur YouTube sous le nouveau nom "gazaflotilliatruth", mais cette fois-ci moins recadrée dans la nouvelle version de l’image, l’homme barbu peut être vu assis, pas debout — encore une fois une position physique inhabituelle au cours d’une mêlée ("Gaza Flotillia - The Love Boat," 2 Juin 2010).

Le journaliste d’enquête Max Blumenthal rapporte que la légende utilisée par l’armée israélienne — utilisée à répétition par des médias tels que le quotidien israélien Haaretz — indique que le barbu tenait le couteau après que les commandos soient montés à bord ("Nailed Again : IDF Description of Suspicious Photo It Distributed Is Retracted," 8 Juin 2010).

Après sa question au bureau du porte-parole de l’armée israélienne, Haaretz « effaça sa légende de la photo suspecte ». Blumenthal ajoute que Haaretz « ne mentionna pas la rétraction, considérant probablement que personne ne remarquerait. La rétraction soulève des questions inquiétantes sur le niveau de coordination entre l’IDF [armée israélienne] et les médias israéliens ». Elle ne mentionna pas non plus que l’homme barbu était le ministre yéménite du Parlement Mohammad al-Hazmi, qui montrait sa dague de cérémonie — une part essentielle du costume yéménite traditionnel — à des « journalistes curieux et étrangers sur le bateau », comme le souligne Blumenthal, évidemment bien avant l’attaque.

Nouvelles accusations instantanément démenties

Les témoignages des passagers survivants commençant à recevoir une meilleure attention de la part de la grande presse occidentale, Israël répondit par une série d’accusations de plus en plus terribles pour les discréditer. La nature grave de ces accusations fait qu’il est difficile de comprendre pourquoi le gouvernement israélien aurait attendu si longtemps pour les porter. Quand les journalistes commencèrent à évaluer les nouvelles déclarations, ils trouvèrent que les faits venant à leur appui étaient insignifiants, voire inexistants.

Une de ces accusations, publiée dans un communique de presse du MAF du 2 juin, fut que 40 passagers du Mavi Marmara avait été identifiés comme des mercenaires employés par Al-Qaeda ("Attackers of the IDF soldiers found to be Al Qaeda mercenaries," 2 Juin 2010). Plus tard le même jour, le porte-parole du département d’État US Philip Crowley déclara que ses services ne pouvaient pas valider l’histoire israélienne, et des journalistes indépendants sur le terrain à Tel-Aviv partirent vite enquêter par eux-mêmes.

Blumenthal et sa collègue Lia Tarachansky se firent dire brutalement par le service de presse de l’armée que les militaires n’avaient « aucune donnée » soutenant l’affirmation du MAF. Le matin du 3 juin, toutes les références à Al-Qaeda avaient été retirées de la version en ligne du communiqué de presse ("Under Scrutiny IDF Retracts Claims About Flotillas Al Qaeda Links").

Plus significatif, le 4 juin, Israël communiquait un clip sur YouTube qui selon lui était un extrait de communication radio entre l’armée israélienne et le Mavi Marmara. Le clip comprenait une voix disant aux Israéliens de « retourner à Auschwitz », et une autre voix déclarant « nous aidons les Arabes à aller contre les USA », en réponse aux annonces israéliennes que le bateau « s’approchait d’une zone sous blocus naval » ("Flotilla Ship to Israeli Navy : "We’re Helping Arabs Go Against the US, Don’t Forget 9/11 Guys," 4 Juin 2010). Cette dernière voix était faite avec un accent ressemblant à celui du sud des USA, malgré le fait que personne de cette région n’était présent à bord des bateaux. De nombreux blogueurs commentèrent que les accents avaient l’air d’avoir été limités, et tournèrent en ridicule la qualité de la falsification apparente.

Une des organisatrices de la flottille, la citoyenne étasunienne Huwaida Arraf, fut stupéfaite de trouver que le clip incluait aussi sa propre voix — alors qu’elle était sur un autre bateau que le Mavi Marmara. La journaliste et bloggeuse de Tel-Aviv Mya Guarnieri remarqua qu’Arraf a dit à l’agence Maan News de Bethléem que le clip de sa voix, disant « nous avons la permission d’entrer de la capitainerie du port de Gaza », semblait avoir été extrait d’une communication au cours d’un voyage de flottille précédent (il y a eu neuf voyages depuis 2008) ("Israel under fire for doctoring flotilla recordings," 5 Juin 2010). « Quand ils nous sont appelés par radio [dans ce voyage], nous étions à plus de 100 miles », fait remarquer Arraf.

Blumenthal attira l’attention sur la mystérieuse présence d’Arraf et sur d’autres incohérences du clip dans un article publié le 4 juin. Le lendemain, le MAF fit une déclaration admettant que le clip avait été substantiellement édité ("Clarification/Correction Regarding Audio Transmission Between Israeli Navy and Flotilla on 31 May 2010," 5 Juin 2010). Toutefois, le clip, incluant les paroles sur « Auschwitz » reste sur le site Web du MAF dans une version nouvelle « non éditée » de la soi-disant transmission.

Un travail de limier high-tech révèle un réseau de tromperie

Peut-être le plus préjudiciable pour la crédibilité des récits israéliens fut une carte publiée par Ali Abunimah sur son bloc, générée en utilisant les données archivées des transmissions du système d’identification automatique (AIS) pour suivre la position du Mavi Marmara alors qu’il naviguait le matin du raid ("Did Israel press on with bloody attack on Mavi Marmara even as ship fled at full-speed ?," 7 Juin 2010). À l’aide de la carte, Abunimah fut capable de déterminer la localisation et la destination du bateau avec les émissions mettant son statut à jour. La carte a aussi positionné le Mavi Marmara aux moments exacts où les images des caméras de surveillance du navire — qu’Israël a publié sans effacer les marques chronométriques — furent apparemment enregistrées.

D’après les données AIS, le Mavi Marmara s’est dirigé vers le sud, parallèlement à la côte israélienne et à plus de 80 milles de la côte — jusqu’à approximativement 4h 35, heure locale. À ce moment-là, le bateau vire brusquement vers l’ouest, s’éloignant de la côte de Gaza.

L’attaque, dont les passagers survivants disent qu’elle a commencé juste avant quatre heures, a été communiquée aux militants grecs en communication directe avec le navire à un certain moment avant 4 h 51. Cependant la marque chronométrique vue dans le filmage communiqué de la caméra de sécurité, décrit en légende comme étant le moment où « les émeutiers commencent leur confrontation avec les soldats israéliens », indique que le clip a été filmé à 5h 03. Ceci est renforcé par le fait que la mer est apparemment éclairée par la lumière naturelle, ce qui n’aurait pas été possible une heure plus tôt.

Cette preuve contredit directement les déclarations israéliennes concernant la séquence et le timing des événements, et jette un doute sur son narratif global. Tandis que la grande majorité des films du raid ont été saisis par Israël, ainsi que les Voyage Data Recorders (VDRs, l’équivalent maritime des « boîtes noires » des avions), les militants ont archivé assidûment toutes les données disponibles pour empêcher Israël de les altérer ou de les détruire. Au fur et à mesure de la disponibilité de données supplémentaires chrono datées, elles seront incorporées par les militants et inclues par des logiciels de cartographie pour aider non seulement à révéler ce qui s’est produit sur le Mavi Marmara, mais pour garantir une meilleure application de la responsabilité d’Israël quand il aura à répondre de flottilles futures.

Une quantité significative de données apparaît déjà. Plusieurs survivants ont réussi à cacher des cartes mémoires de leurs geôliers israéliens, dont ils sont rendus les contenus disponibles aux journalistes à leur retour chez eux. Certaines photos, publié par le journal turc HaberTurk, montrent des passagers administrant une aide médicale aux soldats Israéliens blessés et même les protégeant des prises de photos — ce qui semble contredire les allégations israéliennes disant que les passagers étaient résolus à un lynchage prémédité des commandos israéliens ("İsrail’den kaçırılan fotoğraflar," 4 Juin 2010).

Des clips vidéos de survivants de la flottille récemment publiés montrent les soldats israéliens frappant du pied et du poing et tirant sur des passagers, dont un film qui d’après l’agence turque Cihan News montre le meurtre à bout portant de Furkan Dogan, un citoyen étasunien de 19 ans, par une arme automatique ("Israeli Soldiers Murdering Man Identified as Furkan Dogan," 10 Juin 2010). Une autopsie a montré que Dogan a reçu cinq tirs, dont un dans le dos et deux dans la tête presque à bout portant. D’autres vidéos montrent des hélicoptères tournant au-dessus de la flottille, apparemment avec des flammes de bouche et des sons de tirs, en accord avec les assertions des survivants disant que les commandos tiraient déjà avant de monter à bord des navires, stimulant ainsi la résistance limitée dont les passagers terrifiés ont fait preuve.

Enquête internationale et interne

Le gouvernement israélien continu de rejeter l’idée d’une enquête internationale, en faveur de la sienne propre. Le 5 juin, le secrétaire général des Nations unies a proposé une commission internationale pour examiner la mort des neuf passagers de la flottille, mais l’ambassadeur d’Israël aux USA, Michael Oren, a annoncé à Fox Niouzes le lendemain qu’Israël refuserait « d’être enquêté par aucune commission internationale » ("Transcript : Amb. Michael Oren on ’FNS’," 7 Juin 2010).

Ceux qui demandent une enquête internationale ont de bonnes raisons de douter de la capacité d’Israël d’enquêter lui-même. D’après Human Rights Watch (HRW), citant des statistiques de l’organisation israélienne des droits humains Yesh Din, entre 2000 et 2008, « les soldats israéliens ont tué plus de 2000 civils palestiniens non impliqués dans des combats dans les territoires palestiniens occupés. Sur 1246 enquêtes criminelles débutées dans la même période pour des offenses suspectées de toute nature par des soldats contre des civils palestiniens, seules 6 % (78 cas) ont conduit à des poursuites. Seules 13 de ses poursuites accusaient les soldats d’avoir tué des civils. En septembre 2008, cinq soldats ont été inculpés pour la mort de quatre civils » ("Why No Justice in Gaza ? Israel Is Different, and so ...," 1 Octobre 2009).

HRW à trouvé un schéma similaire sur les cas découlant de l’attaque infâme de trois semaines d’Israël sur Gaza, commençant le 27 décembre 2008. L’invasion, qui causa la mort de plus de 1400 palestiniens, n’a conduit qu’à une seule inculpation criminelle — pour le vol d’une carte de crédit appartenant à une famille palestinienne après que les soldats aient pillé leur logement.

Concernant l’attaque de la flottille, certaines sources du gouvernement israélien ont indiqué qu’elles permettraient à un « observateur » ou plus d’être inclus dans son enquête interne. Les gouvernements autour du monde ont insisté que ceci n’est pas une alternative acceptable à une véritable enquête internationale. Cependant, même un groupe complètement impartial chargé d’enquêter sur le raid analyserait les « preuves » (tels que les filmages saisis et les VDRs) qui ont été sous le contrôle complet de l’armée israélienne depuis l’assaut.

Responsabilités et journalistes indépendants

Avec peu d’espoir d’une enquête formelle ayant une certaine crédibilité, les journalistes indépendants autour du monde ont reconnu le besoin de monter la leur. Le travail de journalistes indépendants parvient à un niveau croissant d’influence sur les grands médias. Et l’histoire des meurtres du Mavi Marmara, malgré le manque de volonté de beaucoup de reporters professionnels de contester publiquement la version israélienne des événements, ne fait pas exception.

« C’est une question où, dans l’incident de la flottille, les circonstances morales et légales des violations israéliennes ont été si flagrantes et visibles que des médias indépendants ont eu une occasion plus importante d’être entendus », dit Richard Falk, expert en loi internationale et Rapporteur spécial de l’ONU sur les Droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés. Si l’ONU ou un autre organisme impartial montait une enquête internationale, elle « bénéficierait grandement des initiatives actives [de médias indépendants] pour renforcer ce qu’entreprendrait l’enquête », a commenté Falk pour cet article.

Des journalistes indépendants ont déjà réussi à briser le mur du discours israélien dans les médias privés. Pendant presque une heure le matin du 5 juin, la plupart des comptes-rendus des grands médias sur la situation du quatrième bateau retardé de la flottille qui avait inclus le Mavi Marmara se sont basés presque exclusivement sur les informations recueillies depuis des messages partagés entre militants et journalistes indépendants via Twitter. Le travail d’Abunimah et de Blumenthal pour discréditer une bonne part du discours israélien a été cité in extenso dans un article du blogueur Robert Mackey du New York Times ("Photographs of Battered Israeli Commandos Show New Side of Raid," 7 Juin 2010).

Le 10 juin, une conférence de presse de l’ONU a été consacrée à la présentation du filmage non censuré de l’assaut recueilli par la réalisatrice Iara Lee, qui promet de faire les grands titres avec d’innombrables images contredisant la version israélienne des événements.

Paul Larudee, un militant de la région de San Francisco qui a participé à la flottille et a souffert d’un tabassage sévère le forçant à être hospitalisé, croit que le succès des journalistes indépendants dans la mise en évidence du discours incohérent d’Israël a eu un effet pour transformer la conscience populaire.

« Il se passe quelque chose ici. Les perceptions commencent à changer », dit Larudee. « Les gens comprennent — ils comprennent qu’un convoi d’aide humanitaire a été attaqué, que les passagers se défendaient, malgré le travail de distorsion qu’Israël a créé dans les médias. Israël ne pourra plus soutenir ça très longtemps. Ça commence à s’effondrer complètement ».

 Abraham Greenhouse est le fondateur du Palestine Freedom Project (palestinefreedom.org), qui se spécialise dans l’étude et la fourniture de soutien pour le travail des militants de base solidaires avec la Palestine dans le monde.

 Nora Barrows-Friedman est une journaliste indépendante primée, qui écrit pour The Electronic Intifada, Inter Press Service, Truthout et d’autres médias. Elle rapporte régulièrement de Palestine, où elle anime aussi des ateliers multimédias pour les jeunes dans le camp de réfugiés de Dheisheh en Cisjordanie occupée.

Traduction : JPB

 

Abraham Greenhouse, Nora Barrows-Friedman, The Electronic Intifada

 

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La mort du prix Nobel Saramago, écrivain portugais engagé

Publié le par Mahi Ahmed

La mort du prix Nobel Saramago, écrivain portugais engagé

 

Hubert Artus (Rue89) + CCIPPP

publié le vendredi 18 juin 2010.

 

 

L’écrivain portugais José Saramago, prix Nobel de littérature en 1998, est mort à l’âge de 87 ans. C’est sur l’île de Lanzarote (Canaries) où il vivait depuis dix-sept ans, que José Saramago est décédé. Ces dernières années, il avait été hospitalisé plusieurs fois pour des problèmes cardiaques.

« Le Cahier », son dernier livre, était issu de son blog

Il avait donné une courte interview à Rue89 en janvier, pour « Le Cahier » (éd. du Cherche-Midi), un livre issu de son blog, qui lui avait valu beaucoup de polémiques en Italie, le livre s’en prenant à Silvio Berlusconi.

Maria Félix-Frazao, qui a amené le livre au Cherche-Midi avec Véronique Lefèvre et avec l’agent de l’auteur, témoignait ce vendredi après-midi que « son état s’était dégradé après ce voyage en Italie pour son livre, très éprouvant ». Un état de fatigue tel que, selon l’éditrice, « Saramago avait prévenu que le roman sur lequel il travaillait serait son dernier ».

Le Cherche-Midi s’apprêtait d’ailleurs, cet été, à travailler sur la suite de ce « Cahier », pour un deuxième tome. Contactée par Rue89, la maison n’a pas immédiatement réagi.

Cela étant, c’est le Seuil qui, en France, est l’éditeur principal de Saramago, et de pratiquement tous ses romans. Une grande œuvre, qui lui valut d’ailleurs le prix Nobel de Littérature en 1998, un prix dont il fut le premier lauréat lusophone.

« Le Dieu manchot », « L’évangile selon Jésus-Christ », « Le Radeau de Pierre », »L’Aveuglement » témoignent tous d’un réalisme historique, d’un engagement politique, et d’une volonté de fantastique.

Grande oeuvre littéraire, faite de colère et de sérénité

Saramago s’avouait « obsédé » par l’Histoire. C’est pourquoi nombre de ses fictions sont une sorte de relecture d’événements passés (épidémies, histoire de la péninsule ibérique, conflits religieux) sous l’angle intimiste, et avec les armes de l’allégorie, de la métaphore et du décalage.

Dans « L’Aveuglement », c’est une épidémie de cécité dont est frappé un pays entier. Un roman qui est une vision « réalisme magique » de « La Peste » d’Albert Camus. Quelque part d’ailleurs, Saramago est le Camus portugais : goût du politique laïque, proximité citoyenne, engagement politique, littérature faite de colère et de sérénité.

Une sérénité dont son style est la preuve : des phrases longues, langoureuses, successions d’appositions. Des dialogues souvent dilués dans la narration même. Le tout libérant une belle puissance romanesque, et témoignant d’une grande confiance en la fiction et la littérature.

Un écrivain politique, anti-libéral et propalestinien

Saramago explorait, avec ire et provocation, ce que les embrigadements collectifs font des individus que nous sommes. Parmi ces embrigadements : la religion et le libéralisme. L’un et l’autre ont toujours été les deux grands chevaux de bataille du Portugais.

« L’Evangile selon Jésus-Christ » est une relecture athée, et à hauteur d’homme, de la jeunesse dudit Jésus Christ. La plupart des notes de son blog, et de son dernier livre en France à ce jour, sont consacrés à la religion ou aux cataclysmes libéraux.

La question palestinienne aura beaucoup occupé Saramago. On se rappelle qu’en 2003, lors d’une visite controversée en Palestine du Parlement international des écrivains (alors dirigé par le Français Christian Salmon, Saramago avait déclaré « avoir trouvé à Ramallah l’esprit d’Auschwitz ». Et avoir fait coulé beaucoup d’encre.

Candidat aux élections portugaises sur la liste du PC

Cette vision avait irrité jusqu’aux éditions du Seuil, et il est à parier que c’est une des raisons pour lesquelles ces derniers n’avaient pas souhaité publier « Cahier », dont des textes sont consacrés à la Palestine.

Saramago était membre du Parti communiste portugais depuis 1969. Et engagé de longue date dans les mouvements alter-signataire notamment du Manifeste de Porto Alegre en 2005. En 2009, il avait été candidat sur la liste du PC portugais.

Enfin, Saramago a toujours été, non pas anti-américain, mais très américano-méfiant. L’élection d’Obama avait été pour lui comme une aubaine.

Photo : José Saramago en à Carthagène en juillet 2007 (Fredy Builes/Reuters)

http://www.rue89.com/cabinet-de-lecture/2010/06/18/la-mort-du-prix-nobel-jose-saramago-ecrivain-portugais-engage-155404

NDLR : Nous rappelons que José Saramago faisait partie de la délégation internationale dont le carnet de route a fait l’objet du film "Écrivains des frontières".

 

Écrivain des frontières

Suite à l’appel du poète palestinien Mahmoud Darwish, membre fondateur du Parlement international des écrivains assiégé à Ramallah, une délégation d’écrivains est allée sur place pour manifester aux côtés des Palestiniens une "belle collaboration linguistique" dans ces "hauts lieux de la spiritualité" (Ramallah en arabe) où le programme d’humiliation israélienne est aussi une "guerre verbicide".

" Nous voulons écouter et faire entendre d’autres voix dans le fracas de la guerre, celle des écrivains, des artistes, des universitaires, de tous ceux qui préparent l’avenir... Opposer à la logique de la guerre, non pas une force d’interposition mais des FORCES D’INTERPRETATION ", dit l’écrivain français Christian Salmon, membre de la délégation internationale composée de l’Américain Russell Banks, le Nigérian Wole Soyinka, le Portugais José Saramago, le Chinois Bei Dao, le Sud-africain Breyten Breytenbach, l’Espagnol Juan Goytisolo, l’Italien Vincenzo Consolo.

" Écrivains des frontières, un voyage en Palestine(s) " est le carnet de voyage de cette délégation, accompagnée par Elias Sanbar et Leïla Shahid, filmé et réalisé par Samir Abdallah et José Reynès.

www.ecrivainsdesfrontieres.org

 

Hubert Artus (Rue89) + CCIPPP

 

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Haaretz: les USA informés de l’assaut d’Israël contre la flottille

Publié le par Mahi Ahmed

Haaretz: les USA informés de l’assaut d’Israël contre la flottille

Par anniebannie

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Selon le quotidien israélien Haaretz, citant des sources diplomatiques américaines, le président américain Barak Obama était tout à fait au courant de l’assaut des forces militaires israéliennes contre la flottille internationale humanitaire de Gaza !

Alors que l’administration d’Obama s’était empressée de déclarer aussitôt après le massacre israélien de la flottille de Gaza qu’elle n’était pas informée de cette décision de Tel-Aviv !

Haaretz précise: » Obama en personne avait procédé à un marchandage sur les détails de cette opération meurtrière et criminelle avec les responsables de Tel-Aviv et les avait mis en garde contre l’utilisation des bombes artisanales à gaz lacrymogène ».
Selon le quotidien, le ministre de la guerre israélien, Ehud Barak, avait accepté les demandes d’Obama.

Cependant, le Mossad a évoqué l’existence d’armes de destruction massive dans le bateau turc Marmara et la présence de soi-disant gens qui avaient passé des entraînements militaires.

Mais encore, selon des informations publiées par la presse Jordanienne, le président des Etats-Unis aurait été informé à l’avance du raid israélien dans les eaux internationales contre la Flottille de la Liberté.

Leon Panetta, chef de la Central Intelligence Agency (CIA), a été averti par le Mossad quelques minutes avant l’assaut des forces israéliennes contre le navire turc Mavi Marmar.

Les opérations ont été suivies en continu par des drones israéliens qui ont envoyé les images « on line » au commandement de la US Navy, qui les ont transmises à Panetta, gardant à tout moment le président Barack Obama informé de l’opération israélienne dans les eaux internationales.

Au terme de l’action et plusieurs heures après l’événement, le chef d’Etat nord-américain a reconnu des préoccupations « légitimes » de la part d’ « Israël », par le risque que représenterait pour sa sécurité le contrôle de Hamas sur la bande de Gaza.

Il a également affirmé que le blocus qu’endure ce territoire empêche la population locale de tirer profit de ses avantages économiques. En outre, il a précisé que l’assaut « n’améliore pas la sécurité d’Israël sur le long terme ».

Tel-Aviv avait averti Washington que dans le cas où les soldats israéliens seraient attaqués, Tel-Aviv ferait fi des mises en garde des Etats-Unis.

Rappelons que lors d’une interview sur la télévision publique PBS, le vice-président US Joe Biden a assuré qu’ « Israël a le droit absolu de protéger ses intérêts de sécurité ».

Les Etats-Unis ont refusé de condamner « Israël » pour avoir utilisé la force pour arrêter le convoi humanitaire, qui a été pris d’assaut par des corps d’élite armes qui ont abordé un des embarquements à partir d’hélicoptères.

Les commandos israéliens sont partis à l’abordage, lundi dernier, d’une flottille composée de six navires qui essayait de briser le blocus maritime maintenu par « Israël » sur la bande de Gaza depuis plus de trois ans pour distribuer des dizaines de milliers de tonnes d’aide humanitaire. Lors de l’agression militaire, dix civils ont été tués et des dizaines blessés

source :

Cette entrée a été publiée le juin,14,10 à 7:00 et est en lien avec Obama, USA, flottille de la liberté. Vous pouvez suivre toutes les réponses à cet article à l'aide du flux RSS 2.0. Les réponses sont actuellement désactivées, mais vous pouvez faire un trackback depuis votre site.

 

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Choc psychologique

Publié le par Mahi Ahmed

Choc psychologique
publié le samedi 12 juin 2010


Denis Sieffert

 

Les neuf morts du Mavi Marmara ont produit un choc psychologique alors que trois mille morts à Gaza et au Liban n’avaient guère entamé les certitudes.

Les chemins de la prise de conscience sont décidément longs et sinueux. L’Europe et les États-Unis n’avaient guère paru s’émouvoir lorsque, au cours de l’hiver 2008-2009, l’offensive israélienne sur Gaza avait provoqué la mort de mille trois cents civils, dont plus de 20 % d’enfants, et anéanti les infrastructures de l’étroit territoire. Et pas davantage lorsqu’en juillet et août 2006 à peu près autant de civils libanais avaient péri sous le feu de l’armée israélienne. Les gouvernements étaient restés insensibles à la mobilisation des opinions publiques. Il semble que les lignes bougent un peu plus cette fois, une semaine après l’arraisonnement sanglant de la flottille humanitaire au large de Gaza. L’indifférence officielle pour cette population asphyxiée par un blocus aussi inhumain que politiquement contre-productif semble enfin se fissurer. Les neuf morts du Mavi Marmara ont produit un choc psychologique alors que trois mille morts à Gaza et au Liban n’avaient guère entamé les certitudes. Sans doute est-ce parce qu’en dépit de la disproportion des forces le Liban 2006 et l’offensive sur Gaza avaient été labellisés « guerre ». Et parce que le regard occidental venait buter sur cette qualification de « terroristes », dont on a étiqueté le mouvement chiite libanais et le Hamas, et qui rejaillissait sur les peuples.

Il ne s’agit pas ici de contester que ces mouvements aient commis des actes terroristes (ils sont d’ailleurs loin d’être les seuls), mais de comprendre que cette catégorisation nous interdit toute approche politique. Elle nous rend aveugles aux évolutions. Dans la région, le double exemple historique du mouvement sioniste et de l’OLP devrait pourtant faire réfléchir. La politisation est une évolution inexorable, pour peu qu’on la favorise. On murmure que le doute s’est insinué jusqu’au cœur de l’administration Obama. Le président américain ne serait pas le dernier à penser qu’il faut opérer un tournant politique. On le croit bien volontiers depuis le discours du Caire, en juin 2009. Mais les points de résistance sont nombreux dans son entourage. Pas facile de changer de cap après que neuf années de politique internationale eurent été entièrement déterminées par l’idée que le terrorisme était une idéologie. Ce qui se passe, depuis l’assaut sanglant donné par les commandos israéliens contre la flottille humanitaire, c’est peut-être un début de renoncement à une grille de lecture de type « choc des civilisations ». Pas étonnant dans ces conditions que les désinformateurs sortent de leur tanière.

BHL en tête. Grâce à lui, on apprend que « le blocus […] ne concerne que les armes et les matériaux pour en fabriquer », et que cent vingt camions « chargés de vivres, de médicaments, et de matériel humanitaire en tout genre » arrivent chaque jour à Gaza, en provenance d’Israël… Ce n’est pas Gaza, c’est Byzance ! On découvre aussi que c’est le Hamas qui « bloque cette aide et la laisse pourrir au check-point de Kerem Shalom [1  ] ». L’homme qui avait vu Gori brûler, en Géorgie, en août 2008, et n’avait rien trouvé d’anormal à Gaza, en décembre de la même année, après un déluge de bombes israéliennes, est de retour. Il suffit pourtant de consulter les nombreux rapports d’ONG pour mesurer l’ampleur du désastre. Il est entré en moyenne chaque semaine 631 camions à Gaza au cours du mois dernier, au lieu des 2 807 hebdomadaires au cours des cinq premiers mois de 2007. Et pratiquement aucun chargement n’en est sorti. Ce qui signifie que la faible économie de Gaza est totalement ruinée. D’autres chiffres sont encore plus éloquents : 70 % des habitants du territoire vivent avec un dollar par jour, et 40 % d’entre eux seraient sans emploi. Enfin, les trois quarts des dommages causés par les bombardements de décembre 2008-janvier 2009 ne seraient toujours pas réparés. L’autre volet de la désinformation porte sur l’opération Free Gaza elle-même. Nous avons tous vu les images de ce qui s’est passé à bord du Mavi Marmara. Sans aucun doute, les militants de l’ONG turque IHH, proche d’une dissidence des Frères musulmans, n’ont-ils pas accueilli les commandos israéliens en se référant au manuel du parfait pacifiste. Des coups ont été échangés, et des soldats ont été blessés. Mais cela ne permet aucunement de renverser le sens de l’agression. Ni d’occulter le fait que l’opération s’est déroulée dans les eaux internationales. Et cela ne fait pas de ces militants, dont neuf ont été tués, des « terroristes ».

Car tel est l’enjeu : réimposer l’estampille infamante sur ces groupes. Il n’est pas sûr cette fois que la désinformation atteigne son but. Il serait certes illusoire d’attendre les sanctions contre Israël. Il ne se passera rien de ce côté-là. Mais c’est la vision dominante du monde qui est en train tout doucement de bouger. Il y a une part de gesticulation à contresens qui nous vient, hélas, d’une partie de l’opinion israélienne, et qui est relayée ici par BHL et quelques autres. La politique israélienne y est critiquée pour sa « maladresse », et les commandos pour leur « naïveté ». Ah, si BHL était chef d’escadrille ! Mais il y a aussi un mouvement qui s’opère dans le bon sens. Jusqu’au sein des communautés juives les plus attachées au destin d’Israël, aux États-Unis et en France. On y prend lentement conscience qu’un conflit aussi profond et complexe ne peut se résoudre par la force. En outre, certains gouvernements ont subi de plein fouet l’impact de l’événement, et la colère de leur opinion publique. C’est évidemment le cas de la Turquie. Et ce n’est pas rien

 

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Les Palestiniens s’attaquent à l’économie des colonies juives

Publié le par Mahi Ahmed

Les Palestiniens s’attaquent à l’économie des colonies juives
publié le vendredi 11 juin 2010


entretien avec Hasan Abou-Libdeh

 

Le ministre palestinien de l’Economie Hasan Abou-Libdeh s’exprime au Soir, à Baudouin Loos. L’Autorité palestinienne s’en prend aux colonies juives dans les territoires occupés et promeut un boycott par la population palestinienne.

Et si l’on parlait un peu d’économie dans le dossier palestinien ? L’Autorité palestinienne (AP), actuellement basée à Ramallah, en Cisjordanie occupée, tente depuis des années de faire décoller l’économie locale en butte à une série importante de difficultés. Le ministre palestinien de l’Economie Hasan Abou-Libdeh était à Bruxelles ce jeudi pour rencontrer plusieurs commissaires européens.

La rencontre avec le Belge Karel De Gucht aura été profitable, puisque ce dernier a annoncé que la Commission européenne devrait proposer dans les prochains mois aux pays de l’UE d’accorder l’accès en franchise de droit et sans contingent aux exportations palestiniennes à destination de l’UE.

Nous avons rencontré le ministre palestinien avant ce rendez-vous.

Entretien.

Pouvez-vous expliquer pourquoi vous avez récemment lancé une campagne pour dissocier les Palestiniens de l’économie des colonies juives ?

Je rappelle pour commencer que ces colonies israéliennes sont illégales au regard du droit international, ce qu’admet sans réticences la communauté internationale. Quand la Feuille de route (plan international de 2003 intégré ensuite dans une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, NDLR) exige une cessation des activités des colonies, cela ne vise pas seulement la construction de logement, mais aussi l’activité économique. L’Autorité palestinienne voit ces colonies comme des entités illégales mais aussi hostiles car elles menacent nos futures relations avec Israël comme Etat indépendant. Nous voulons supprimer les dividendes économiques que produisent ces colonies en coupant nos relations économiques avec elles, nous en espérons que les colons en tireront une raison pour s’en aller.

La campagne s’adresse à qui ?

Aux consommateurs et travailleurs palestiniens. Nous visons à réussir à couper entièrement ces liens pour la fin de l’année. La campagne est bien dirigée contre les colonies, il n’y a aucune intention anti-israélienne même si le protocole économique dit de Paris (signé en 1995 entre Israël et l’AP) ne nous est pas très favorable. Le résultat de ce protocole et de l’attitude israélienne qui nous ferme la plupart de ses marchés fait que nous importons pour 3 milliards de dollars de biens israéliens tandis que nous ne leur exportons que pour 400 millions de dollars.

Vous rendez illégal pour les ouvriers palestiniens le fait d’aller travailler dans les colonies ; or 25.000 d’entre eux y gagnent leur vie et disent que c’est cela ou le chômage non rémunéré. Comment allez-vous gérer ce problème ?

Cela concerne 22.000 personnes, en majorité des ouvriers du bâtiment ou des travailleurs agricoles. Nous avons la ferme intention de les intégrer dans l’économie palestinienne dans les prochains mois. Nous avons par exemple prévu une enveloppe de 50 millions de dollars pour un programme d’absorption. N’oublions pas que, avant la seconde intifada (2000), il y avait 149.000 ouvriers palestiniens qui allaient travailler en Israël chaque jour, ce qui n’est plus le cas. Heureusement, notre économie, du moins en Cisjordanie (Gaza échappe au contrôle de l’AP, NDLR), connaît une bonne croissance – 7 % l’année dernière – et nous avons l’ambition d’augmenter ce chiffre, notamment en lançant une autre campagne, pour convaincre notre population d’acheter palestinien : pour le moment, seuls 18 % des produits que nous consommons sont palestiniens, nous pouvons arriver à 40 % en trois ans car nos produits sont de bonne qualité.

Comment Israël réagit-il à votre campagne contre les colonies ?

Un débat franc s’est ouvert dans les médias, mais les autorités, elles, ont réagi avec fureur parlant notamment d’incitation à la haine, ce qui est injustifié puisque nous ne transgressons aucun accord signé et que la campagne est résolument non violente. On entend aussi des menaces de rétorsions économiques. En revanche, nous n’avons pas reçu la moindre critique émanant de la communauté internationale. Ce n’est pas un complot : il suffit de comprendre que nous estimons qu’il est temps de faire cesser la contribution palestinienne à la prospérité des colonies juives, cela en accord avec le droit international qui considère ces colonies comme illicites.

Quel pourcentage de la production des colonies est acheté par la population palestinienne ?

Quelque 20 %. Mais cela ne tient pas compte de la main-d’œuvre palestinienne bon marché qui y travaille. Notre campagne est clairement destinée à rendre cette économie spécifique moins compétitive. Or nous partons avec désavantages : les colonies contrôlent 40 % des ressources naturelles comme les sources aquifères ou les terres agricoles de la Cisjordanie occupée.

Mais vous parliez d’une croissance de 7 %, cela ne va-t-il pas dans le sens de « la paix économique d’abord » préconisée par le Premier ministre israélien Binyamin Netanyahou ?

Il y a trois jours, j’ai eu l’occasion d’évoquer cette question lors d’un débat public à l’Université de Tel-Aviv. J’ai pu y développer l’idée que cette soi-disant « paix économique » était un gros mensonge. La croissance n’est pas due à Israël. Elle est accomplie par notre dynamisme et avec l’aide internationale malgré toutes les mesures israéliennes qui freinent et handicapent notre économie, même si quelques mesures ont un tantinet assoupli la situation (comme la suppression de quelques check-points). Je discutais récemment à Tokyo avec un homme d’affaires japonais ; il m’a raconté avoir importé dans le même avion deux cargaisons semblables de bières, l’une venant d’Israël, l’autre des territoires palestiniens. Cette dernière lui a coûté 40 % plus cher, m’a-t-il dit, en raison des mesures de restriction (par exemple, le fait de devoir changer de camions en entrant en Israël, les routes fermées ou le manque d’accès externe). Nous disposons d’un grand potentiel de développement : par exemple, notre 1,5 million actuel de touristes peut facilement tripler – et même, à plus long terme, passer à 40 millions avec les Lieux saints à Jérusalem et à Bethléem – mais Israël contrôle et restreint ce développement.

publié par le Soir

http://www.lesoir.be/actualite/mond...

 

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