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الزراعة المصرية تنهار.. والحكم لا يبالي

Publié le par Mahi Ahmed

الزراعة المصرية تنهار.. والحكم لا يبالي

كتب منصور عبدالغني:

الزراعة المصرية تنهار والحكومة لا تبالي ويشبه الفلاحون حالتهم الآن بسنوات القحط التي ضربت مصر في عصر سيدنا يوسف عليه السلام حيث انخفض سعر طن الأرز حاليا من 2400 جنيه إلي 800 جنيه فقط ولا يجد من يشتريه بسبب احتكار التصدير من قبل تجار بعينهم والذين يتم السماح لهم بالوفاء بالشروط وتبلغ تكلفة إنتاج الفدان من الأرز ما يقرب من 2500 جنيه من سولار وسماد وتقاوي وخدمة أرض ونقاوة ومبيدات وحصاد وغيرها ويبلغ عائد الفدان في ظل الأسعار الحالية 2400 جنيه بخلاف عمل الفلاح طوال العام.

وبخصوص محصول الذرة الذي يحل موسم حصاده هذه الأيام بلغ ثمن الإردب 80 جنيها وكان العام الماضي 240 جنيها وتبلغ تكلفة إنتاج فدان الذرة تقريبا ما يقرب من 2000 جنيه نظرا لكونه محصولا يحتاج عناية خاصة ويبلغ عائد الإنتاج منه 1500 جنيه تقريبا.

وبخصوص محصول القمح فإن سعر الإردب يبلغ حاليا 150 جنيها وكان ثمنه خلال الموسم الماضي 250 جنيها والموسم قبل الماضي 380 جنيها الأمر الذي يتسبب في خسائر فادحة للمزارعين وينذر بعدم الإقبال علي زراعة المحصول خلال شهرين مثلما حدث مع محصول القطن والذي انخفضت مساحته خلال الموسم الحالي إلي 290 ألف فدان بسبب انهيار أسعاره وعدم وجود مشترين له الأمر الذي يهدد الصناعة الوطنية ويعصف بسمعة المحصول في السوق العالمية.

الغريب أن الحكومة لا تنظر إلي الفلاحين والمزارعين ولا تستمع لشكواهم وتطلق مندوبها الذي يمثله بنك التنمية الزراعي لإلهاب ظهورهم بفوائد تصل إلي 17% وهم لا حول لهم ولا قوة طالما أن النجاح يقاس برضاء رجال الأعمال.

تركت حكومة رجال الأعمال الفلاحين يعانون ويلات سنوات القحط التي بدأت تعصف بهم داخل القري والنجوع وانشغلت الحكومة بتخفيف آثار الأزمة الاقتصادية العالمية علي رجال المال والأعمال وإزالة المضايقات التي تؤرقهم والعمل علي استمرار معدلات الأرباح التي يجنونها دون التأثر بالأزمة ولم تعبأ الحكومة بنتائج قراراتها علي الفلاحين والمزارعين وصغار التجار وغيرهم بقدر انشغالها بتحقيق أطماع رجال الأعمال وكبار التجار.

فشلت استغاثات المزارعين والفلاحين في شد انتباه الحكومة إلي الكارثة التي لحقت بهم في شتي نواحي الزراعة وفشلهم في تسويق محاصيلهم وضرب أسعارها بفعل فاعل لصالح فئة بعينها من كبار التجار وزاد الأمر سوءا حلول شهر رمضان وعيد الفطر وبداية الموسم الدراسي والتي دمرت ما تبقي للفلاح من أمل خاصة أنه يعاني حاليا من نتائج القرارات التي تخدم رجال الأعمال ويشعر بأن الحكومة الحالية لا تعنيها سوي شريحة بعينها خاصة أنها تخلو من خبراء الاقتصاد الزراعي لأول مرة في تاريخ الحكومات.

الأرض الزراعية معرضة للبوار بسبب عدم وجود عائد من زراعتها وعدم قدرة أصحابها علي توفير مستلزمات الإنتاج ورفض بنك التنمية منح القروض ومطالبته للفلاحين بضرورة التوقيع علي شيكات بيضاء والمحاصيل لا تجد من يشتريها وأسعارها تدهورت بمعدلات تصل إلي 70% في بعض الأنواع والمستأجرون تركوا الأرض لأصحابها ويحدث ذلك في ظل حالة من اليأس وتراجع الآمال وعدم المبالاة من جانب رجال الأعمال داخل الحكومة بحجة أن ما يحدث نتيجة طبيعية للاقتصاد الحر وتحرير التجارة في ظل الأزمة الاقتصادية، في حين أن هذه الأزمة لم تؤثر علي أسعار السلع والمنتجات من مستلزمات الإنتاج مثل أسعار الأسمدة الذي يبلغ متوسط ثمن الشيكارة 85 جنيها وثمن صفيحة السولار الذي لم يتراجع ويبلغ 24 جنيها، وارتفاع أسعار التقاوي والمبيدات وغيرها ولم تخفض الحكومة ضريبة الأطيان الزراعية ورسوم الجمعية الزراعية وتطهير الترع ورش الطرق رغم تحويلها إلي أسفلت ومقاومة الحشائش والقوارض وغيرها من الرسوم الذي يتحملها الفلاح.

 

 source :El Ahaly 23.09.09

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Les criminels de guerre israéliens au tribunal

Publié le par Mahi Ahmed

Les criminels de guerre israéliens au tribunal !

 

Michel Warschawski - Alternative Information Center

publié le mercredi 23 septembre 2009.

 

La publication du rapport de la Mission d’enquête sur le conflit de Gaza est une avancée importante, à condition qu’elle ait une suite. C’est important d’abord et avant tout pour l’hygiène publique internationale : pendant deux décennies de règne néo-conservateur aux Etats-Unis, nous avons assisté à un travail commun de la Maison-Blanche et d’Israël pour abroger les règles du droit international. Nous pouvons ici rappeler les propos stupides de George W. Bush. Bush, dans le cadre de la guerre globale contre le terrorisme, soutenait qu’il est essentiel de supprimer les limitations imposées aux combattants par les Conventions de Genève. Et Israël, déjà au début des années 70, avait décidé que la Quatrième Convention de Genève n’était pas applicable dans les Territoires palestiniens occupés.

Le rapport, comme avant lui l’avis consultatif du Tribunal pénal international sur les conséquences juridiques de la construction d’un mur dans les Territoires palestiniens occupés, ce rapport rappelle au monde que les leçons tirées de l’ère nazie ne sont pas oubliées, et que le monde n’est pas une jungle où le fort impose sa loi automatiquement, mais une communauté civilisée qui s’efforce d’agir conformément aux lois internationales qui protègent les droits les plus fondamentaux des êtres humains. Et à ceux qui soutiennent, à juste titre, que ces règles internationales sont violées tous les jours par une majorité de pays du monde, nous devons leur répondre qu’il vaut mieux qu’il existe des règles et des lois qui protègent les faibles, même si généralement elles ne sont pas respectées, plutôt que de vivre dans une société sans loi qui permettrait au fort de faire ce qu’il veut.

La réponse des dirigeants israéliens était prévisible : « rapport biaisé », « approche unilatérale », nous avons même entendu que Goldstone était un antisémite... ou un juif rempli de haine contre lui. A la tête de cette campagne, et comment pourrait-il en être autrement, Ehud Barak, lequel a déclaré que « non seulement ce rapport accorde un prix au terrorisme, mais encore il l’encourage. » Et d’ajouter que le ministre de la Défense allait fournir une assistance juridique aux officiers dans les procédures juridiques qui pourraient être lancées contre eux.

En vertu des dispositions du droit international, les recommandations du rapport sont maintenant censées être examinées par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU puis par le Conseil de sécurité qui devrait les transmettre au Tribunal international de la Haye, ou à un tribunal international spécial, de sorte que ceux qui sont soupçonnés d’avoir commis des crimes de guerre soient jugés et, si reconnus coupables, mis derrière les barreaux pour de nombreuses années. Cependant, ce même droit international concède des privilèges aux grandes puissances, notamment le veto. La diplomatie israélienne va se concentrer dans les jours prochains à convaincre certaines de ces puissances d’opposer leur veto et de sortir Israël de ce bourbier. Et d’abord et avant tout, elle fera pression sur la Maison-Blanche.

Ainsi, le véritable test de Barack Obama est venu : pas de déclarations sur « la paix dans deux ans » et sur « le droit des Palestiniens à un Etat », mais s’attaquer vraiment à cette politique qui va à l’encontre des valeurs qu’ils prêche, avec des recommandations claires pour que soient prises des mesures juridiques. Barack décidera si le système de droit international pourra faire ce qu’on en attend. A mon grand chagrin, je parie qu’il se placera du côté d’Israël, c’est-à-dire que les Etats-Unis utiliseront leur droit de veto au Conseil de sécurité des Nations-Unies.

Toutefois, le veto américain n’est pas la fin de l’histoire : de nombreux pays dans le monde ont adopté des lois leur permettant de juger des personnes accusées de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité. C’est à nous, à chacune et chacun d’entre nous, en Israël et à l’étranger, qui craignons pour l’hygiène publique internationale et pour le droit international, d’unir nos forces afin de mettre ces criminels de guerre devant le dilemme : risquer d’être jugés s’ils sont pris dans les pays où la législation le permet, ou rester confinés en Israël, abandonner le tourisme en Espagne ou le congé sabbatique au Royaume-Uni. Comme cela est arrivé à l’ancien commandant des forces aériennes israéliennes, obligé de rester dans l’avion sur l’aéroport de Londres, quand il a appris qu’un ordre de détention l’attendait s’il mettait les pieds sur le sol du Royaume-Uni.

Créer un « organisme de surveillance des criminels de guerre israéliens » pourrait être l’une des contributions de la société civile à la suite du rapport de l’ONU, en plus de récupérer des documents et des témoignages utiles sur les actions militaires israéliennes à Gaza, et de surveiller les déplacements de ces mêmes suspects de crimes de guerre.

Le dernier livre de Michel Warschawski : Destins croisés 16 septembre 2009 - AIC - Traduit de l’hébreu en anglais par AIC - traduit de l’anglais par JPP

source :

http://www.alternativenews.org/michael-warschawski/2160-following-publication-of-report-of-the-un-fact-finding-mission-on-gaza-israeli-war-criminals-to-trialcourt-.html

 

Michel Warschawski - Alternative Information Center

 

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Si le bien-être m’était compté

Publié le par Mahi Ahmed

Pour information

Mahi Ahmed

 

 

Si le bien-être m’était compté

La Sorbonne a accueilli le 14 septembre une réunion prestigieuse. A l’invitation du président Sarkozy, des prix Nobel d’économie et des spécialistes de différents pays ont travaillé une journée entière sur les indicateurs de performance économique et de progrès social, sur la base du rapport Stiglitz-Sen, deux prix Nobel, commandé par l’Elysée en février 2008 et présenté par ses auteurs ce jour-là.

 

Lors de l’ouverture de la réunion, le président français a lancé un message vigoureux : les populations ne nous croient pas. Nous clamons des victoires économiques là où elles n’enregistrent que privations et mal-être. Cet écart entre les statistiques produites et les perceptions des populations doit être corrigé car la myopie statistique a ruiné le consensus social. Le PIB est un moyen, seul le bien-être des populations est la fin ultime de nos activités et de nos politiques. Mais on ne peut changer que ce que l’on comprend bien et on ne peut comprendre que ce que l’on mesure correctement. Le risque est d’imposer des réformes socialement coûteuses sur la base de statistiques artificielles. Les institutions en charge de la mesure doivent innover pour rendre compte du bien-être réel des populations, et la France et l’Europe doivent montrer l’exemple dans cette voie. Les institutions internationales devront aussi tirer profit des recommandations faites dans le rapport. La crise économique actuelle crée l’opportunité mais aussi l’obligation du changement. Les populations paient le prix de dérèglements économiques et financiers mal mesurés et mal corrigés. Le G20, qui se réunit prochainement à Pittsburgh, doit prendre acte des changements nécessaires pour mieux répondre aux attentes des populations. Au cours de la réunion, de nombreuses convergences d’opinions se sont manifestées, des appels à la prudence ont été faits, la complexité de la mesure du bien-être a été bien identifiée et quelques messages importants ont été adressés aux politiques.

Convergences

Le rapport présenté par la commission Stiglitz-Sen a réuni le consensus des participants sur les principaux points suivants : les statistiques sur la croissance, triomphalement exhibées par les dirigeants, ont souvent occulté les processus d’endettement des ménages et des Etats, notamment aux Etats-Unis, et caché un peu partout la dégradation des portefeuilles des banques. La crise qui s’en est suivie a conduit à une perte d’emplois, de revenus et de pensions de retraites. Le bien-être des populations a régressé en conséquence, sans qu’elles en portent la responsabilité. Les statistiques relatives à la croissance ne valent que lorsqu’elles sont qualifiées par celles relatives à la répartition du revenu national : que vaut une croissance de 10% lorsqu’elle profite, pendant trop longtemps, à une petite partie de la population qui la transforme en consommation ostentatoire et en exportation de capitaux. On a calculé par exemple qu’au cours de la période 1998-2006, le revenu médian des ménages américains a régressé bien que le PIB par habitant ait augmenté de 9% durant cette période, ce qui mesure une inégalité croissante des revenus dont les conséquences sur l’endettement des ménages et la crise financière ont été dévastatrices.

L’inégalité de la répartition, y compris au profit de l’Etat à travers la fiscalité, n’a de sens que si elle génère une épargne et un investissement socialement utiles. C’est loin d’être le cas partout, surtout dans les pays rentiers. L’inégalité de la répartition des revenus est une menace pour la démocratie, a prévenu solennellement un célèbre économiste présent à la réunion, car elle donne aux titulaires de hauts revenus une force sociale intolérable. Les statistiques sur l’emploi et le chômage, bien conçues et bien exploitées, aident valablement à mesurer les retombées sociales de la croissance. Elles ne sont acceptables que si les contours de la mesure sont bien fixés et ne donnent pas lieu, par des manipulations multiples, à l’addition de catégories d’emplois très différentes et souvent hétérogènes pour dégonfler indûment le taux de chômage dans un pays. De plus, la baisse du bien-être liée au chômage va au-delà de la perte de revenus. La mesure de la production marchande exclut l’autoproduction au sein des ménages : « Si j’épouse mon jardinier, a clamé un ministre, la production va diminuer alors que mon bien-être demeure intact. » Le travail à domicile produit du bien-être mais celui-ci n’est pas mesuré. On devine la portée de cette remarque dans les pays où le taux d’activité des femmes reste faible. Le niveau de la dépense ne résume pas le bien-être : par exemple, les Américains dépensent 15% de leur PIB pour la santé, ce qui gonfle leur richesse produite, alors que les Français n’en dépensent que 11%. Or, l’exclusion sociale en matière de soins est massive aux Etats-Unis, comme le montre la bataille politique menée actuellement par le président Obama, tandis que la France dispose d’une couverture médicale réputée bonne et équitable.

Par ailleurs, la mesure de la production marchande des richesses fait fi de la destruction de patrimoines qu’elle occasionne, excluant ainsi la soutenabilité de cette production. Creuser des puits de plus en plus profonds pour découvrir de l’eau dans le nord de l’Inde est une activité qui accroît le PIB, mais montre simultanément que l’eau est devenue rare : on mesure un fait mais pas l’autre. De même, la dépréciation du futur, notamment en temps de crise ou en situation de sous-développement chronique, nuit au bien-être du présent et renforce l’instabilité sociale. Les phénomènes de précarité, le développement du sentiment d’insécurité et la fragilisation du tissu social en sont la manifestation. Le bien-être des populations a besoin de se nourrir d’anticipations positives. Pour toutes ces raisons, la technologie de la mesure ne doit pas l’emporter sur le sens de la mesure et sa capacité réelle à préparer valablement les décisions des gouvernants.

Précautions

Les interventions, qui ont suivi la présentation du rapport, ont permis de mettre à jour quelques interrogations dont les principales sont les suivantes : « Ne tirez pas sur les statisticiens », a prévenu le responsable d’une institution réputée chargée de la collecte et du traitement des données. Nous produisons avec nos faibles moyens plus que ce que nous publions. Nous devons rendre plus visible notre production et cela contribuera grandement à mieux cerner la réalité sociale que les agrégats classiques, qu’il ne faut cependant pas négliger. Le responsable des statistiques d’un grand pays a rappelé que les ressources allouées aux institutions publiques chargées de la collecte et du traitement de l’information ont diminué en termes réels au cours des dernières années et a invité les politiques à changer cette situation surtout si on met à la charge de ces institutions de nouvelles tâches. « Ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain », a demandé aussi le brillant représentant du FMI : une étude économétrique utilisant les données relatives à 133 pays a montré la forte corrélation entre croissance du Pib par tête et essor du bonheur. Elle montre aussi la forte corrélation, à l’intérieur d’un pays, entre niveau de revenu et sentiment de bonheur. Un PIB plus élevé produit un indice de bonheur plus élevé. En clair, la production matérielle reste une condition nécessaire, sinon suffisante du bien-être des populations.

La critique du PIB ne doit pas servir d’alibi aux gouvernants pour se dispenser de bonnes politiques de croissance, sinon le débat paraîtrait surréaliste aux nombreux chômeurs des pays développés et aux innombrables armées de réserve des pays en développement, tous en quête d’une meilleure croissance créatrice d’emplois pour un plus grand nombre. Certes, le PIB ne mesure certainement pas correctement l’évolution du revenu des ménages. En Corée du Sud, au cours des années 1996-2006, le PIB s’est accru de 4% par an, tandis que le revenu des ménages ne s’est accru que de 1%, en raison notamment du poids de l’exportation des profits par les investisseurs étrangers. L’Irlande a vécu une situation analogue. Irlandais et Coréens ont vu une partie de leur revenu intérieur partir sous forme de profits exportés. Mais un participant faisait malicieusement remarquer que si les entreprises étrangères n’avaient pas été là avec leurs capitaux, leurs technologies et leurs marchés, la croissance et le revenu intérieur auraient été encore plus faibles. Au total, la critique de la mesure de la croissance ne libère pas les pouvoirs publics du devoir de concevoir et de mener des politiques adéquates de croissance au profit du plus grand nombre. L’ombre du défunt Club de Rome planait aussi sur la réunion.

Halte à la croissance disait le Club au début des années 1970, par peur d’une pénurie de ressources naturelles produite par une croissance rapide et sa généralisation dans le monde. La réaction du tiers-monde avait été vive et avait porté sur le nécessaire rééquilibrage de la géographie économique du monde : nettoyez ce que vous avez sali et croissez moins vite pour nous laisser une place pour lutter contre la pauvreté. Conscient de cet enjeu planétaire toujours d’actualité, un prix Nobel a pris la précaution de rappeler, au cours de la réunion, que le changement climatique et la lutte contre la pauvreté sont d’égale importance sur l’agenda de la communauté internationale. La croissance des plus pauvres ne doit pas être sacrifiée sur l’autel du bien-être des plus riches. Il faut alors travailler sérieusement sur la compatibilité conceptuelle et pratique de la lutte contre la pauvreté et de la préservation de l’environnement. Le débat est ancien : certes, la pauvreté peut conduire à une consommation anarchique des ressources naturelles chaque fois que les populations ont besoin de détruire des forêts, d’abandonner la jachère, de consommer du bois simplement pour survivre. Faut-il alors maintenir la pauvreté extrême pour préserver l’environnement ou donner des moyens aux pauvres de protéger l’environnement, surtout lorsque des solutions alternatives existent. La réponse est évidente.

Cap sur le bien- être

C’est entendu, sous réserve des remarques précédentes, la mesure de la production économique ne suffit pas au bonheur des peuples : il faut s’atteler à mesurer le bien- être des populations. Il inclut une bonne santé, une bonne éducation, le sentiment de vivre en sécurité aujourd’hui et demain. Il inclut aussi la préservation des patrimoines pour les générations futures, mais comment bien mesurer ? La bonne porte d’entrée est évidemment une meilleure analyse de la situation des ménages : c’est là, pour l’essentiel, qu’on est heureux ou malheureux. Revenus monétaires et non monétaires, des ménages doivent être cernés avec précision en se méfiant notamment des moyennes, mères de tous les vices statistiques. Il faut d’abord et évidemment mesurer les revenus monétaires perçus, dans leur diversité, mais considérer aussi les patrimoines des ménages et leur évolution. Pour mieux mesurer le pouvoir d’achat des ménages et son évolution, construisons des indices catégoriels de prix parce que les différents groupes sociaux n’achètent pas les mêmes produits et ne ressentent pas l’évolution de leur pouvoir d’achat de la même manière. L’INSEE a joué un rôle précurseur dans ce domaine mais insuffisamment visible. Le deuxième impératif est une analyse sérieuse des effets de la dépense publique sur le bien- être des ménages à travers notamment les dépenses d’éducation, de santé et de sécurité.

Les commissaires ont rappelé qu’au cours des cinquante dernières années, la dépense publique est passée dans beaucoup de pays de 25 à 50 % du PIB. Elle est notamment consacrée à produire ou à distribuer des services non marchands aux ménages. La valorisation des services rendus par la puissance publique aux ménages est importante. Elle n’est pas pertinente par la simple mesure de la dépense consacrée à tel ou tel service non marchand L’impact de la dépense sur le bien- être doit être mesuré et le rapport de la commission ouvre des pistes de travail pour ce calcul. Le revenu disponible des ménages doit être ajusté par les apports de la puissance publique, ce qui par exemple, a dit un intervenant, pourrait diminuer de manière significative l’écart du revenu par tête entre Américains et Français en raison de la taille importante de la sphère publique en France en comparaison avec les Etats-Unis. Enfin, et évidemment, le bien- être nécessite la mesure de la soutenabilité. Le développement durable nécessite que le bien- être d’aujourd’hui ne soit pas réalisé au détriment de celui de demain. La mémoire de Pigou a été saluée au cours de la réunion, lui qui avait le premier parlé des économies externes de la production et dont s’inspirent aujourd’hui les mesures de fiscalité écologique à la mode.

Questions de mesure

Beaucoup des recommandations de la commission sont relatives à la nécessité de mieux mesurer le bien- être. A cette fin, il faut de meilleurs outils statistiques pour la formulation des politiques publiques car la mesure influe sur la décision. Le succès du PIB, a-t-on rappelé, est beaucoup plus dû à la possibilité de sa mesure, intimement liée à la fonction régalienne fiscale, très imparfaite notamment dans les pays où l’informel est important, là où précisément, la fonction régalienne est fragile.On s’accorde aussi à dire que le produit intérieur net est plus significatif que le produit intérieur brut pour mesurer la vraie richesse produite dès lors qu’il tient compte de la consommation de capital et de ressources engendrées par la production. La mesure est essentielle et autrement plus complexe quand il s’agit de parler du bien- être des populations et de comparer de ce point de vue les performances entre groupes sociaux, entre différents pays ou groupements de pays. L’enjeu politique et social est évidemment de taille : la mesure du bien- être peut changer le classement traditionnel et déclasser massivement les champions actuels de la croissance, les pays émergents, la Chine notamment, créditée cette année de 8% de croissance, en sortie de crise alors que le premier monde est en forte récession.

Que deviendrait ce taux de croissance, s’est interrogé un professeur de Princeton, si on le déflatait des dérèglements sociaux et des dégradations environnementales que connaît ce pays ? La mesure de l’impact social de la dépense publique est essentielle à la connaissance du bien- être des populations. Au cours des cinquante dernières années, dans la plupart des pays, on a assisté à une montée irrésistible de la dépense publique. La mesure par la dépense consacrée à tel ou tel service public ne vaut pas la mesure de la production réelle d’éducation, de santé ou de sécurité. Dans son rapport, la commission ouvre des pistes pour une meilleure appréhension du bien- être résultant de la dépense publique. Comment mesurer la valeur économique du loisir, s’est aussi interrogé un participant ? L’enjeu est d’importance, quand on veut mesurer le bien- être d’une population. Une comparaison Etats-Unis - France sur trente ans permet de mieux comprendre cet enjeu : entre 1970 et 2000, l’écart entre les PIB par tête entre les deux pays est resté quasiment le même : sur base 100 USA, la France était à 70 en 1970 et à 71 en 2000, pas de changement donc. Pourtant, au cours de la période, la productivité du travail horaire en France a rattrapé la productivité américaine : 100 partout. L’explication de l’écart de produit est ailleurs : le nombre d’heures travaillées en France en 2000 est de 30% inférieur à celui des Etats-Unis. En clair, les Français ont préféré donner la priorité au loisir sur le travail, au bien- être sur la production marchande. Deux modèles sociaux se sont affirmés. La croissance américaine a fait fi du temps libre ; elle l’a privilégié en France.

Comment mesurer la valeur de la « responsabilisation » ( empowerment en anglais ) c’est-à-dire la possibilité pour l’individu de participer activement et pleinement aux affaires et à la gestion de la société, s’est interrogé Amartya Sen qui fait de la communication sociale un attribut essentiel du bien- être, rendant au passage un hommage posthume à Mahbub El hak, le père de l’indice du développement humain , qui a déjà questionné le PIB en son temps. Plus largement dans ce contexte, comment mesurer valablement l’impact de la mauvaise gouvernance économique qui perpétue le sous-développement dans beaucoup de pays où la logique du contrôle l’emporte sur la logique du développement et de la croissance, au détriment du bien- être ? Comment mesurer la dégradation de l’environnement dont sont responsables les modèles actuels de production et de consommation ? Rien ne sert d’en faire une évaluation monétaire, répond la commission, car les prix n’indiquent pas nécessairement la vraie rareté des ressources. Mieux vaut aller vers des indicateurs physiques de rareté et de soutenabilité qui renseignent correctement sur les stocks de ressources dont l’humanité dispose notamment pour prévoir et gérer les grandes crises à venir que sont la pénurie d’eau, celle de l’offre alimentaire et la montée du niveau des océans, liée au changement climatique. Comment mesurer l’impact du travail des femmes dans la sphère marchande et leur retrait plus ou moins significatif de la sphère privée : y a-t-il croissance économique et baisse de bien- être ? Quelle position raisonnable prendre sur ce sujet très sensible ? Au total, le rapport de la commission contient deux messages : il faut avoir une batterie d’indicateurs de bien- être et il faut recentrer et enrichir l’analyse sur les ménages et leur diversité.

Messages aux politiques : Ils sont évidemment nombreux.

Ne négligez pas la nécessité de la croissance économique car elle reste le soubassement matériel du bien- être, mais considérez-là comme un moyen et non pas comme une fin. Assurez-vous notamment que la répartition des richesses produites ne laisse pas des populations et des régions de vos pays sur le bord de la route. Améliorez vos appareils statistiques ! Qu’ils soient vraiment en mesure de rendre compte de l’évolution du bien- être des populations. Donnez aux statisticiens les moyens de travailler et surtout laissez les travailler, ont averti certains participants. Protégez aussi les statisticiens de la pression de la politique. Selon la belle formule d’un prix Nobel présent à la réunion, « il nous faut des politiques basées sur de l’information et non pas de l’information voulue par les politiques ». Trop de politiques en appellent aux statisticiens pour illustrer les mérites supposés de leurs œuvres.

Assurez-vous vraiment que vos dépenses d’éducation, de santé, de sécurité ne soient pas simplement des données budgétaires mais accroissent véritablement le bien- être des populations au-delà du triomphalisme des chiffres. Donnez autant d’importance au non -marchand qu’au marchand, au qualitatif qu’au quantitatif, au subjectif vécu qu’à l’objectif mesuré. Assumez vos responsabilités internationales en matière de développement durable et ne sacrifiez pas la lutte contre la pauvreté à la préservation de l’environnement. La rencontre de Paris est une contribution à la préparation du sommet du G20 qui doit se tenir à Pittsburgh à la fin du mois de septembre. Pour conjurer le sort et montrer de façon volontariste que la sortie de crise, qui est en cours, ne peut monopoliser toute l’attention, le président Sarkozy veut s’adresser à ses pairs sur un sujet structurel de l’économie : faire que la croissance et les politiques publiques soient réellement au service du bien- être des peuples. Projet ambitieux car les pays les plus « riches » doivent accepter de déflater leurs taux actuels de croissance économique des taux de souffrance sociale, des taux de dégradation irréparable de l’environnement, des taux d’inégalité insupportable des revenus, sans oublier pour les pays pétroliers des taux de non reproduction des ressources pour les générations futures faute de politiques adéquates de croissance. La mesure de la production marchande ne reflète pas correctement le niveau de bien- être de la population en raison de son incapacité à mesurer l’auto-production, de rendre compte du caractère multidimensionnel de la qualité de la vie et de garantir la soutenabilité des patrimoines, notamment naturels mais aussi culturels.

Elle conduit de ce fait à une mauvaise préparation de la décision, qu’elle guide vers des chemins tortueux. De ce point de vue, le mérite de la commission est d’avoir, par ses douze recommandations très précises issues d’une réflexion collective pertinente, pavé la voie à la préparation de l’avenir au-delà de la gestion de la crise, toujours présente. Elle a ouvert un chantier qui interpelle de nouveau les experts et les politiques. Son mérite aussi est de réhabiliter les vertus de l’économie, trop souvent accusée des incohérences des acteurs politiques. Votre rapport libère l’intelligence a lancé le président Sarkozy aux commissaires.

A. B. : Professeur

 

Par Abdellatif Benachenhou

http://www.elwatan.com/Si-le-bien-etre-m-etait-compte

 

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DE L’HISTOIRE DES IBADITES AU MAGHREB D’AHMED BAKELLI

Publié le par Mahi Ahmed

DE L’HISTOIRE DES IBADITES AU MAGHREB D’AHMED BAKELLI
Pour une remise à l’endroit de l’Histoire
23 Septembre 2009 - Page : 21
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Se taire et laisser à d’autres l’opportunité de nous dire, surtout en histoire, n’est ni signe de modestie louable ni attitude vertueuse.

Nos hommes de culture, nos chercheurs, nos écrivains ont le droit et le devoir de nous révéler le fait historique de notre existence sur cet immense territoire, appelé Algérie, et quel que soit son contenu, ses faiblesses et sa force multiple par rapport à son passé le plus lointain et à son passé le plus proche. Et le domaine de l’histoire reste, hélas, encore clos! Par ignorance, mépris de la vérité, préjugés,...? Quoi d’autre? L’Algérien intelligent ne croit rien à cela; il raisonne de toute façon son identité. Justement, le livre De l’histoire des ibadites au Maghreb (*) (portant la mention ´´Ouvrage publié par le Ministère de la Culture, avec l’aimable autorisation de Casbah Éditions´´) d’Ahmed Bakelli, nous ramène sainement à nos responsabilités. L’auteur, épris de l’histoire de son pays, entend la connaître et la faire connaître bien qu’il ne soit pas historien, déclarant à raison qu’«il est vital de parler d’histoire! Oui, je précise bien: parler d’histoire! Car l’écrire est un autre problème; c’est une entreprise technique qui, avec l’évolution de la méthodologie et des méthodes d’investigation, a balisé son cheminement».
Ahmed ben Mohamed Bakelli est né, en 1944, à El Atteuf, la première cité du Pentapole, fondée en 1011, et dont Ghardaïa, fondée en 1048, est chef-lieu de la Wilaya éponyme (découpage administratif du territoire de 1984 [Journal officiel]).
Après des études primaires en français et en arabe à la médersa de sa ville natale, Ahmed Bakelli poursuit des études secondaires à Guerrara, puis il obtient une licence es-lettres (philosophie) à Alger. Un temps, il est enseignant puis fonctionnaire et enfin il se consacre à la traduction (La Parole du silence, Hadîth açcamt, un roman de Djamel Ayyache) et, de plus en plus, à la recherche. L’auteur revisite les célèbres «Chroniques d’Abou Zakaria» (le nom entier est: Yahya ibn Abî Bakr Aboû Zakariya al-Warjalânî, Yahya ibn Charaf Aboû Zakariya Muhyi al-Dîn al-Nawawî, Aboû Zakariya) - sur l’histoire des propagateurs du rite ibadite, tout particulièrement au Maghreb - et se trouve «exalté non plus par la traditionnelle compréhension du récit, mais par une ´´autre´´ façon de l’approcher». Par contre, il exprime son étonnement en écrivant: «Paradoxalement, le Mzab n’aura eu aucun rôle déterminé dans l’enchaînement des faits qui ont jalonné l’épopée ibadite. D’ailleurs Abû Zakaria ne citera les Béni Mas’ab que pour rapporter un fait divers dans les Chroniques, relatant le déplacement du fondateur de la halqâ.» En témoigne, le présent ouvrage dont le brillant «préambule» mérite attention, car il y a une riche réflexion développée sur l’étourdissante problématique de la conception de l’histoire dans notre pays. L’auteur écrit librement: «En dehors des cercles spécialistes, parler d’histoire est appréhendé de nos jours avec une suspicion et méfiance, souvent avec désintérêt et mépris.» Est-ce que cela n’expliquerait pas assez la main basse des historiens de l’«Ailleurs», sur notre patrimoine historique? Tout le monde sait que notre histoire, nous revient souvent analysée et écrite par des «professionnels» non algériens, c’est ainsi que sur le marché des livres, ayant pour objet l’Algérie, des noms flambant neufs et sonnant fort, bardés de titres universitaires à l’étranger, gagnent, sur notre dos, le titre de spécialistes de l’Algérie; il y a le spécialiste de l’économie algérienne, de la sociologie algérienne, de la littérature algérienne...de la guerre d’Algérie, de la Révolution algérienne! Tandis que les nôtres sont parfois muselés par l’interdit de piocher dans le champ immense de notre Histoire ou bien ils se sont astreints à glaner des promesses, sans effet, pour un prochain et hypothétique débat «national».
Ahmed Bakelli poursuit: «Rares sont les peuples qui éprouvent un embarras aussi absurde que le nôtre face à ce qui devrait représenter, aussi bien pour les individus que les groupes, un simple acte de recouvrement de la mémoire collective. Chacune des ´´évocations´´ de l’histoire, qui se refuserait à être accommodante, s’apparente davantage à une remise en cause d’un modus vivendi, donc à une provocation. De ce fait nous nous trouvons perpétuellement gênés; car toute attitude différente vis-à-vis de l’information historique nous expose à deux types de réactions: - La première émane de la majorité qui affiche non seulement une indifférence, mais surtout une évidente susceptibilité à l’égard de ceux et de celles qui tentent de sonder la surface d’une mémoire collective ´´en paix´´ afin d’en explorer les sédiments [...] Le passé pour elle [la majorité] a longtemps représenté l’interstice par lequel s’est infiltrée la justification de l’infortune au présent.
- Ce sont précisément, les apôtres de cette ´´justification´´ - pour ce qui est du deuxième type de réactions - qui ´´agissent´´ pour adopter l’information historique qui cadrerait avec leurs desseins et rejeter, souvent avec violence, celle qui ne s’adapterait pas à leurs machines à calculer.
»
On l’a bien compris, la liberté de regarder le passé serait soumise à caution, - mais quelle caution? En vérité, Ahmed Bakelli n’a pas tort d’avertir dans son préambule ses lecteurs et certaines «âmes crédibles», écrivant: «Nous essaierons simplement, pour notre édification, de déceler en nous certains vestiges comportementaux qui, resurgissant des temps immémoriaux, continuent de troubler notre mémoire collective ou de l’infléchir dans des sens obligatoires!»
Le sujet est important et imposant; il évoque longuement le mouvement ibadite au Maghreb, quoique les faits historiques marquants ne soient pas spécialement mis en évidence. Par contre, il est clairement montré que l’islamisation du Maghreb est indéniablement le fait de propagandistes résolus d’un courant de l’Islam, l’ibadisme, qui existe toujours dans le M’Zab algérien et qui a été consacré historiquement par la fondation de sa Pentapole (les cinq ksour) et les deux villes satellites Guerrara et Berriane. Peu connu, confondu avec le nom de la vallée du M’Zâb (occupée au xe s. par les ibadites) et ses habitants (les Mozabites), le madh-hab (ibadite) est fondé vers la fin de la seconde moitié du viie siècle (École de nature aussi évidente que les quatre autres dites orthodoxes). Ce madh-hab est perçu comme la branche ibâdhite, le lien fort, du courant Kharédjite (hétérodoxe) en Islâm. Certains analystes, sans doute, mus par un intérêt primaire ou surtout atteints de néocolonialisme, observent que les clivages entre ibadites berbères et Arabes sunnites restent historiques.
Ajoutant que pour les sunnites, «les ibadites forment un véritable protestantisme au sein de l’Islâm». Ainsi Ahmed Bakelli - abordant les «Chroniques», dont le titre original est Siyar El A-ymmati Wa Akhbaarihim («Démarches des Imams et les informations les concernant», selon la traduction de Bakelli), structure son essai en cinq parties: Les préludes de l’auteur (Abu Zakaria); L’imamat d’Abu El Khattab en Tripolitaine; L’État Rostomide; L’Errance ibadite; L’avènement des Halqâ des ‘Azzaba. Mais, peut-être, certains concepts auraient dû être expliqués dans le texte (comme en p. 15) ou repris dans un «lexique» en fin d’ouvrage, de même qu’un «index» aura été extrêmement utile.
Cependant, ce travail d’Ahmed Bakelli est, par ses nombreuses qualités, une indispensable contribution pour une remise à l’endroit de l’histoire nationale de notre pays.

(*) DE L’HISTOIRE DES IBADITES AU MAGHREB d’Ahmed Bakelli
Casbah-Éditions, Alger, 2009,
384 pages

Kaddour M´HAMSADJI

 

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Comment on arnaque l’Algérie

Publié le par Mahi Ahmed

DES MILLIARDS DE DOLLARS TRANSFÉRÉS À L’ÉTRANGER PAR DES SOCIÉTÉS QUI N’INVESTISSENT PAS
Comment on arnaque l’Algérie
23 Septembre 2009 - Page : 3
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Qu’attendent les pouvoirs publics pour prendre des mesures à même de moraliser les IDE en Algérie?

Le ministre des Finances, Karim Djoudi, a finalement frémi en décidant d’installer une commission interministérielle pour la révision du Code des investissements. Il était temps! Il était temps d’établir des mesures efficaces pour protéger l’économie nationale et de moraliser l’investissement dans un pays qui s’est transformé en eldorado des arnaqueurs.
Des concessionnaires automobiles dont certains se comportent en terrain conquis dans l’un des marchés les plus florissants d’Afrique. Le cas de Renault est édifiant à ce titre: ce concessionnaire détient plus de 40% du marché sans la moindre redevance pour l’Algérie. Plus grave encore, quand il s’est agi d’un investissement direct, ce concessionnaire a préféré installer son usine de montage au Maroc au lieu de l’Algérie. Des sociétés intervenant dans les services ont acquis des marchés et des grands projets dans lesquels ils amassent des centaines de millions de dollars annuellement sans la moindre contrepartie pour le pays. Ni réinvestissement ni emploi. Pourtant, tel n’est pas le cas dans d’autres pays.
Chez nos voisins tunisiens par exemple, il est exigé aux sociétés étrangères d’avoir la moitié des effectifs de nationalité tunisienne. De même que ces sociétés sont obligées de réserver une quote-part aux Tunisiens dans le staff dirigeant et voire de réserver le poste de directeur général adjoint à un Tunisien. Que fait l’Etat algérien pour ses cadres dans ce domaine? Rien, sinon de les laisser filer vers d’autres horizons pour faire le bonheur des multinationales. Où est le transfert de technologie et la formation des ressources humaines? Pour avoir une idée précise sur l’ampleur du drame, prenons l’exemple du marché de la publicité.
En Algérie, ce marché représente une cagnotte de 180 millions de dollars et il est presque entièrement dominé par des entreprises à capitaux étrangers. Non seulement ces agences à capitaux étrangers brassent des milliards de dollars mais elles transfèrent aussi annuellement des sommes importantes au titre des bénéfices qu’elles réalisent. Agissant dans un désert juridique, ces sociétés gèrent les gros budgets publicitaires de la plupart des grands groupes étrangers implantés en Algérie et de plusieurs entreprises privées algériennes.
Qu’attendent les pouvoirs publics pour stopper la saignée et réfléchir aux moyens d’endiguer cette influence et mieux gérer le marché de la publicité? Pourquoi les responsables en charge du dossier n’actualisent-ils pas le cadrage juridique de la publicité en Algérie afin d’être en conformité avec les normes universellement admises? Car dans ces milliards qu’elles gagnent, ces sociétés n’investissent que des sommes dérisoires. Il faut reconnaître qu’il existe bel et bien un dysfonctionnement et qu’il y a un réel besoin de moraliser l’investissement. On s’interroge alors sur l’utilité des investissements étrangers directs financés à près de 80% par des banques publiques algériennes et dont la majorité est toujours détenue par le partenaire étranger avec à la clé des exonérations fiscales et parafiscales sur plusieurs années.
Selon un rapport du Conseil national économique et social (Cnes) sur l’état économique du pays depuis ces deux dernières années, l’Algérie n’a attiré qu’un milliard de dollars d’investissements directs étrangers (IDE) alors que, selon des chiffres de la Banque d’Algérie, le montant des transferts des bénéfices de ces sociétés étrangères a été estimé à plus de 6 milliards chaque année. L’épisode de la vente de la filiale algérienne de production de ciment du groupe égyptien Orascom Telecom au français Lafarge, a tiré les autorités de leur sommeil pour décider enfin de suivre de plus près le dossier des investissements étrangers directs. Comment se fait-il que des grandes entreprises arrivent à arracher des grandes parts de marché et ne créent que des Eurl, c’est-à-dire qu’elles coupent le cordon ombilical avec la société mère dans le cas où l’affaire ne marcherait pas? Selon les dernières statistiques, il y a 1 623 importateurs étrangers établis en Algérie.
Ces importateurs étrangers ont fini, par constituer une véritable faune qui s’adonne au pillage de l’Algérie parce que les décideurs brillent par ignorance et laissé le pays en jachère. C’est quoi ce pays avec une pareille porosité où des Libanais viennent nous importer des voitures chinoises?
Cela, quand ils ne s’adonnent pas à l’arnaque dans laquelle certains d’entre eux sont de notoires spécialistes. Mais enfin, c’est quoi ces lois qui autorisent l’importation des carottes râpées, de la mayonnaise, des pastèques et des fleurs? L’affaire de la vente de villas situées dans d’autres pays par des étrangers, dont des Libanais, par la formule du time-share, interdite en Algérie, suscite à nouveau des interrogations quant à la nature des activités des citoyens d’autres nationalités chez nous.
Pourtant, ce ne sont pas les formules légales d’activité qui manquent. Pour preuve, de nombreux ressortissants étrangers n’ont aucun mal à solliciter le Centre national du registre du commerce, lorsqu’ils sont en situation régulière, pour obtenir une autorisation de monter une affaire. Il n’y a pas d’écueil particulier à ces activités, y compris dans des secteurs protégés ailleurs comme celui du commerce extérieur. Alors basta! Arrêtons le massacre!

Brahim TAKHEROUBT

http://www.lexpressiondz.com/article/2/2009-09-23/67795.html

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Moyen-Orient et Asie de l’Ouest : un ouragan de feu est annoncé

Publié le par Mahi Ahmed

Moyen-Orient et Asie de l’Ouest : un ouragan de feu est annoncé

 

Par Immanuel Wallerstein

Le 17 septembre 2009

Middle-East-Online.com


Au Moyen-Orient est prêt à déferler un ouragan de feu auquel ni le gouvernement, ni l’opinion publique des Etats-Unis ne sont préparés. Cet ouragan partira de l’Irak, s’étendra à l’Afghanistan et au Pakistan, avant de venir frapper Israël et/ou la Palestine, écrit Immanuel Wallerstein.

 

Un ouragan de feu est prêt à déferler au Moyen-Orient, auquel ni le gouvernement, ni l’opinion publique des Etats-Unis ne sont préparés. Ils ne semblent pas avoir conscience d’à quel point il est proche, et à quel point il sera terrible. Le gouvernement américain (et, par conséquent, inévitablement, la population américaine) est en train de se bercer de douces illusions quant à sa capacité de contrôler la situation selon ses objectifs affichés. L’ouragan de feu partira d’Irak, atteindra l’Afghanistan et le Pakistan, avant de venir frapper Israël et/ou la Palestine, comme une traînée de poudre.

 

Prenons d’abord l’Irak. Les Etats-Unis ont signé avec l’Irak un accord sur le statut des troupes américaines, le SOFA (Status of Forces Agreement), qui est entré en vigueur le 1er juillet. Il prévoit de remettre la sécurité intérieure au gouvernement irakien et, en théorie, il stipule le retrait des forces américaines à l’intérieur de leurs bases, tout en leur reconnaissant un rôle limité dans l’entraînement de l’armée irakienne. Certains termes de cet accord sont ambigus - délibérément ambigus, car c’était la seule manière d’obtenir que les deux parties le signent.

 

Quelques mois de mise en application ont suffi à montrer à quel point cet accord fonctionne mal. L’armée irakienne l’interprète jusqu’ici de manière très stricte, interdisant de manière formelle les patrouilles mixtes et toute action militaire américaine unilatérale en l’absence de consultation et d’accord du gouvernement irakien. Les choses en sont arrivées au point où l’armée irakienne empêche les militaires américains transportant des munitions et du matériel de franchir ses check-points durant la journée.

 

Les forces américaines sont irritées. Elles tentent d’interpréter les clauses garantissant leur droit à l’autodéfense d’une manière beaucoup plus lâche que ne le désirerait l’armée irakienne. Elles mettent l’accent sur le regain de violence en Irak, faisant implicitement allusion à l’incapacité de l’armée irakienne à garantir l’ordre.

 

Le général Ray Odierno, qui commande les troupes américaines, est de toute évidence extrêmement mécontent, et il recherche de manière patente des prétextes pour restaurer un rôle direct de l’armée américaine. Récemment, il a rencontré le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki et le Président du Gouvernement régional kurde, Massoud Barzani. Odierno a cherché de les persuader d’autoriser des patrouilles tripartites (irako-kurdo-américaines) à Mossoul et dans d’autres régions du Nord de l’Irak, afin de prévenir la violence et, le cas échéant, de la réduire. Ils ont poliment accepté de prendre sa proposition en considération. Malheureusement pour Odierno, son plan requerrait une révision totale de l’accord SOFA.

 

Originellement, il aurait dû y avoir un referendum, au début du mois de juillet, sur une approbation par le peuple de l’accord SOFA. Mais les Etats-Unis redoutaient de se voir retoqués, dans ce vote, ce qui aurait signifié que toutes les troupes américaines auraient dû être retirées d’Irak avant le 31 décembre 2010, c’est-à-dire un an plus tôt par rapport à la date théorique de leur retrait prévue par l’accord en question.

 

Les Etats-Unis ont pensé qu’il était particulièrement intelligent de persuader al-Maliki de repousser ce referendum au mois de janvier 2010. Ce qui fait qu’il sera effectué en même temps que les élections irakiennes. A ces élections nationales irakiennes, tout le monde va chercher à obtenir le maximum de voix. Personne ne va donc s’amuser à préconiser un vote « oui » au référendum. Au cas où quelqu’un aurait pu encore en douter, al-Maliki est en train de soumettre au Parlement irakien un projet de loi qui permettra à une majorité simple de votes « non » d’annuler l’accord. Or il est certain qu’il y aura une majorité de « non ». Il pourrait même y avoir une majorité écrasante, de votes « non ». Odierno devrait faire son paquetage dès maintenant. Je parierais qu’il se fait encore des illusions, et qu’il croit toujours qu’il sera en mesure d’éviter que l’ouragan de feu n’éclate. Or il ne le pourra pas.

 

Que risque-t-il de se passer ? Pour l’instant (mais cela pourrait changer, d’ici au mois de janvier), il semble qu’al-Maliki remportera les élections. Pour cela, il va se camper en champion numéro Un du nationalisme irakien (c’est un bon comédien, ndt). Il va passer des accords électoraux avec tout le monde et n’importe qui, et sans aucune gêne, en plus, à cette fin. Le nationalisme irakien, par les temps qui courent, n’a pas grand-chose à voir avec d’éventuelles tensions avec l’Iran, l’Arabie saoudite, Israël ou la Russie. Non, ce qu’il veut avant tout, c’est libérer l’Irak des derniers vestiges de la loi coloniale américaine, car c’est ainsi que la quasi-totalité des Irakiens définissent le régime sous lequel ils vivent depuis 2003 (date d’invasion de l’Irak, ndt).

 

Assisterons-nous à des violences intestines en Irak ? Probablement, même si elles sont moins graves que celles qu’Odierno et d’autres escompteraient. Mais : et puis après ? La « libération » de l’Irak – qu’un vote « non » au référendum traduirait, aux yeux de l’ensemble du Moyen-Orient – aura immédiatement un impact énorme en Afghanistan. Dans ce pays, les gens diront : « Si les Irakiens peuvent le faire, alors, nous aussi ! » (Yes, we can ! ndt).

 

Bien sûr, la situation afghane est différente, et même très différente, de la situation irakienne. Mais regardez ce qu’il est en train de se passer, aujourd’hui, avec les élections en Afghanistan. Nous avons un gouvernement mis en place afin de contenir et de détruire les Talibans. Les Talibans se sont avérés plus coriaces et militairement plus compétents que personne apparemment ne l’avait prévu. Même le commandant américain là-bas, qui n’est pourtant pas  un tendre, Stanley McChrystal, l’a reconnu. L’armée américaine parle désormais de son « succès » d’ici dix ans, au minimum ; des militaires qui pensent qu’ils disposent d’une décade pour gagner une guerre contre des insurgés n’ont manifestement pas lu l’histoire des conflits armés.

 

Regardez les hommes politiques afghans eux-mêmes. Trois candidats principaux à la présidence, dont le Président actuel Hamid Karzaï, ont débattu à la télévision au sujet de la guerre civile actuelle. Il y avait une chose sur laquelle ils étaient d’accord : il doit y avoir des négociations, sous une forme ou une autre, avec les Talibans. Ils divergeaient, mais (seulement) sur les détails. Les forces américaines (et celles de l’Otan) sont là-bas, ostensiblement, afin d’écraser les Talibans. Et que voit-on : les principaux leaders politiques afghans, qui débattent entre eux de la manière de trouver un arrangement politique avec ces « satanés » Talibans ! Il y a là une sérieuse disjonction dans la manière d’appréhender les réalités, ou tout au moins dans les objectifs politiques…

 

Les sondages d’opinion – pour ce qu’ils valent – montrent que la majorité des Afghans veulent que les forces de l’Otan quittent leur pays et que la majorité des électeurs américains veulent exactement la même chose. Maintenant, projetez-vous en janvier 2010, au moment où les Irakiens voteront la mise des troupes américaines à la porte de l’Irak. Rappelez-vous qu’avant l’arrivée au pouvoir des Talibans, l’Afghanistan était en proie à des combats féroces et impitoyables entre des seigneurs de la guerre concurrents, chacun ayant une base ethnique différente, pour le contrôle du pays.

 

De fait, les Etats-Unis avaient été soulagés, quand les Talibans, bénéficiant du soutien du Pakistan, avaient pris le pouvoir en Afghanistan. Enfin : l’ordre ! Mais un petit problème surgit : les Talibans ne plaisantaient pas, en matière de sharî‘ah (législation islamique, ndt) et ils voyaient d’un bon œil l’émergence d’Al-Qaida. Si bien qu’après les attentats du 11 septembre (2001), les Etats-Unis, avec l’approbation des pays d’Europe de l’Ouest et avec le soutien de sanctions décidées par l’Onu, envahirent ce pays. Les Talibans furent alors écartés du pouvoir – mais (nous le constatons), ô, pas pour très longtemps…

 

Que risque-t-il de se passer désormais ? Les Afghans vont probablement renouer avec leurs sales guerres interethniques incessantes entre seigneurs de la guerre, les Talibans n’étant qu’une faction de plus, parmi d’autres. La tolérance de l’opinion publique américaine vis-à-vis de ce conflit finira alors de s’évaporer. Toutes les factions intestines, et plusieurs pays voisins (Russie, Iran, Inde et Pakistan) n’auront plus qu’à se faire la guerre entre eux pour récupérer les morceaux.

 

L’on passera, ensuite, à la phase III – le Pakistan. Le Pakistan est un autre pays à la situation passablement compliquée. Mais aucun des acteurs, dans ce pays, ne fait confiance aux Etats-Unis. Et les sondages d’opinion montrent que le peuple pakistanais pense que le plus grand danger qui pèse sur son pays est précisément les Etats-Unis et ce, à une majorité écrasante. L’ennemi traditionnel, l’Inde, arrive très loin derrière les Etats-Unis, dans ces sondages sur le pire ennemi du Pakistan. Quand l’Afghanistan se sera désintégré et qu’il sera en proie à une guerre civile totale, l’armée pakistanaise sera fort occupée à soutenir les… Talibans. Or les Pakistanais peuvent difficilement soutenir les Talibans en Afghanistan tout en les combattant chez eux, au Pakistan ? Ils ne pourront pas accepter encore très longtemps ces bombardements au Pakistan par des drones américains.

 

Puis ce sera la phase IV de l’ouragan de flammes : Israël/Palestine. Le monde arabe assistera à l’effondrement des projets américains en Irak, en Afghanistan et au Pakistan. Le projet américain en Israël/Palestine consiste en un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens. Les Israéliens ne bougeront pas d’un pouce. Mais les Palestiniens, ni maintenant, ni, surtout, durant la suite de l’ouragan de feu, ne bougeront pas d’un pouce, eux non plus. Une des conséquences, ce sera une pression énorme que mettront les autres pays arabes sur le Fatah et sur le Hamas pour leur enjoindre de fusionner leurs forces. Cela se fera sur le cadavre d’Abbas – et cela risque fort d’être au sens concret de cette expression.

 

C’est tout le programme d’Obama qui sera parti en flammes. Et les Républicains danseront autour du feu de joie. Ils appelleront « trahison » la défaite des Etats-Unis au Moyen-Orient, et il est évident que beaucoup de gens, aujourd’hui, sont réceptifs à une telle propagande, aux Etats-Unis.

 

L’on peut anticiper un incendie de forêt dévastateur, et faire quelque chose d’utile à ce sujet. Mais on peut aussi y laisser sa peau.

 


Article original en anglais :

http://www.middle-east-online.com/English/?id=34025


Traduction  : Marcel Charbonnier

Immanuel Wallerstein, chercheur émérite à l’Université de Yale, et l’auteur de l’ouvrage (en anglais) The Decline of American Power: The US in a Chaotic World (Déclin de la puissance américaine : Les Etats-Unis dans un monde chaotique), éditions New Press.

 

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Barack Obama, otage du lobby juif ?

Publié le par Mahi Ahmed

Barack Obama, otage du lobby juif ?

Iran-Israël : Les enjeux sous jacents de la confrontation (deuxième partie)

 

Par René Naba

Le 15 septembre 2009

Le blog de René Naba

 

Paris, 14 septembre 2009. Le refus du sénat américain de libérer l’espion américain pro israélien Jonathan Pollard (1), le 19 juin 2009, suivi du démantèlement un mois plus tard, le 23 juillet, d’un vaste réseau de corruption ayant des ramifications jusqu’en Israël, mettant en cause une quarantaine d’élus dont cinq rabbins soupçonnés de blanchiment d’argent et de trafic d’organes, se superposant au scandale Madoff, une faillite frauduleuse de l‘ordre de 65 milliards de dollars, à l’affaire Larry Franklin, un analyste de haut rang du Pentagone suspecté d’espionnage au profit d’Israël, à la naissance enfin d’un nouveau lobby juif américain de gauche J-Street, ont donné à penser que l’AIPAC (American Israël Public Affairs Committee), le principal lobby juif américain, mettrait en sourdine son outrecuidance habituelle dans son opposition à la politique de rééquilibrage du Président Obama

Mais la récente promotion d’un inconditionnel d’Israël au poste de conseiller spécial du président pour la «Région Centrale» (Afghanistan Palestine) pourrait remettre en question ce savant échafaudage diplomatique dans la mesure où le nouveau promu, Dennis Ross, l’un des dirigeants du Washington Institute for Near East Policy (WINEP), un think tank satellite de l’AIPAC, passe pour être un ultra faucon proche du néo conservateur Paul Wolfowitz, l’un des artisans de l’invasion de l’Irak sous l’administration de George Bush.

Dennis Ross est tout à la fois l’auteur du discours de M. Obama devant l’AIPAC au lendemain de sa confirmation comme candidat démocrate à la compétition présidentielle et l‘un des co-auteurs d’un rapport prônant la manière forte à l’égard de l’Iran (2). Sa désignation pourrait être interprétée comme la marque de la gratitude présidentielle à l’égard d’un collaborateur efficace dans la collecte de voix juives durant la campagne électorale.

Sa propulsion, toutefois, à un poste de responsabilité sur un secteur qui sous tend les points chauds de l’arc de crise allant d’Israël Palestine au Pakistan en passant par l’Afghanistan, l’Iran, l’Irak, la Syrie, le Liban, dans le prolongement de la nomination d’un ancien réserviste de l’armée israélienne, Rahm Emmanuel, au poste stratégique de secrétaire général de la Maison Blanche, et la démission, sous la pression de ce même lobby, de Charles W. Freeman, ancien ambassadeur américain en Arabie saoudite (1989-1992) de son poste de président du National Intelligence Council, tendrait à accréditer l’idée d‘un président américain otage du lobby juif. Le lymphatisme américain devant l‘accélération de la colonisation israélienne de Jérusalem et de la Cisjordanie, de même que le mutisme d’Obama face à la destruction de Gaza, en janvier 2009, donnent une consistance complémentaire à cette hypothèse.

Sauf à y voir le souci du nouveau président américain de calmer les appréhensions concernant ses origines ethnico religieuses, un métis de père kenyan de confession musulmane, la concentration sans précédent de personnalités pro israéliennes au sein du noyau dur de la présidence Obama pose dans toute son acuité, en tout état de cause, volens nolens, qu’on le veuille ou non, bon gré mal gré, la question de la marge de manoeuvre dont dispose le président américain dans la définition de sa propre politique en direction du Moyen-orient.

L’approche occidentale pourrait se heurter aussi à la nouvelle configuration régionale résultant de la convergence entre L’Iran, la Syrie et la Turquie sur le problème Kurde, leur détonateur commun, à l’effet de renforcer leur coopération interrégionale pour maintenir une parité diplomatique face à l’axe israélo américain et son prolongement egypto-saoudien. L’Iran, la Syrie et la Turquie, qui disposent de fortes minorités kurdes, sont hostiles à l’idée que le Kurdistan irakien fasse office de plateforme américaine de déstabilisation régionale. La nomination de l’universitaire kurde Mohammad Reza Rahimi Ghorve’ei, professeur de Droit à  l’Université Azad-  Téhéran et ancien gouverneur du Kurdistan iranien, au poste de vice premier ministre du gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad, traduit cette préoccupation.

En prévision de cette échéance, tant Israël que l’Iran ont multiplié les actes d’autorité, dans ce qui apparaît comme une démonstration de force pour le leadership régional alors que le camp arabe paraît marginalisé par sa fragmentation et que les deux pays musulmans non arabes de la zone, La Turquie pour le compte sunnite, et l’Iran pour le compte chiite, tentent de suppléer la défaillance du leadership arabe en tentant de s’imposer comme interlocuteurs incontournables du camp occidental.

L’Iran a procédé au verrouillage de son dispositif, réprimant sévèrement la contestation électorale qui a suivi la reconduction du mandat du président Mahmoud Ahmadinejad, et, en dépit des injonctions de l’ONU, a poursuivi à un rythme soutenu un programme d’enrichissement d’uranium, affirmant son objectif civil alors que les Occidentaux y redoutent sa finalité militaire.

Dans son dernier rapport, l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) a établi que l’Iran avait accumulé 1,339 tonne d’uranium faiblement enrichi, un volume suffisant pour produire l’uranium hautement enrichi nécessaire à la fabrication d’une bombe nucléaire, assurant toutefois n’avoir “aucune preuve que l’Iran soit en train d’essayer de produire une arme nucléaire”.

L’Iran s’est assuré en outre, sur le plan militaire, d’une base de redéploiement dans le port d‘Assab, en Erythrée, à l’embouchure du golfe arabo-persique, et, s’est doté, sur le plan politique, d’un redoutable négociateur du dossier nucléaire, en la personne de M. Ali Akbar Saléhi, son ancien ambassadeur auprès de l’agence atomique de Vienne. Diplômé de physique (promotion 1977) de la prestigieuse université américaine du MIT (Massachusetts Institute of Technology), le nouveau chef de l’organisation iranienne de l’énergie atomique, est un homme d’expérience, bon connaisseur des dossiers, rompu aux méandres des négociations de la haute technologie et aux manoeuvres diplomatiques subséquentes. Sous la présidence Mohammad Khatami, il avait signé avec l’agence un protocole additif renforçant le contrôle des instances internationales sur la production iranienne.

Placé le 19 juillet 2009 à la tête de l’OIEA, Saléhi va superviser le programme nucléaire iranien, qui s’apprête à entrer dans une phase opérationnelle à Bouchehr (Sud). Le premier réacteur nucléaire du pays, construit et alimenté en combustible par la Russie, doit en effet entrer en service à la fin de l’année, tandis qu’à Natanz (Centre), 5 000 centrifugeuses ont déjà permis d’accumuler plus de 1,3 tonne d’uranium faiblement enrichi (UFE), une quantité suffisante pour alimenter en combustible d’éventuelles centrales nucléaires, dans l’hypothèse d’un passage à la production de la première bombe atomique iranienne.

Israël a, de son côté, ordonné la désarabisation des noms de 2.500 (deux mille cinq cents) villes et localités arabes d’Israël (3), prohibé la commémoration de la Nakba, la perte de la Palestine, en 1948, gommant même ce terme des ouvrages scolaires, et, accéléré la colonisation de la Cisjordanie et du secteur arabe de Jérusalem, dans le souci de rendre irréversible la situation sur le plan cadastral, sur fond d’importantes manoeuvres aéronavales.

Deux raids à long rayon d’action sur le Soudan prétextant un convoi d’armes pour le Hamas et un autre au dessus de la crête, ont eu lieu en janvier 2009, au moment de l’entrée en fonction de Barack Obama. Deux croiseurs lance-missiles israéliens de type sagger et un sous marin de type Dolphin, porteurs de charges nucléaires, ont par ailleurs traversé le canal de Suez en juillet 2009, en direction de la Mer Rouge, alors que la flotte des bombardiers israéliens effectuait un entraînement de longue portée fin juillet dans le désert du Nevada (Etats-Unis), parallèlement aux opérations de déstabilisation menées depuis la zone kurdophone d’Irak tant par les Américains que vraisemblablement par les Israéliens. Une subvention de l’ordre de vingt millions de dollars a été allouée à l’USAID (Agence des Etats Unis pour le développe­ment in­ter­na­tio­nal), proche de la CIA, pour «favoriser la démocratie et les Droits Humains en Iran».

Ces manoeuvres se veulent tout autant comme une démonstration de force à l’égard de l’Iran, qu’une volonté de pression sur les pays occidentaux en vue de maintenir le dossier nucléaire iranien en tête de l’ordre du jour de l’agenda diplomatique international, au détriment d’autres dossiers hautement prioritaires, tels le programme nucléaire nord-coréen autrement plus avancé que l’iranien, ou l’enlisement américain en Afghanistan ou encore la récession économique mondiale.

La croisade israélienne contre l’Iran est double: écarter une éventuelle menace iranienne et se soustraire à ses engagements internationaux concernant le règlement de la question palestinienne. Comparable par son intensité à la campagne de mobilisation contre l’Irak, cinq plus tôt, cette offensive militaro médiatique israélienne, en reléguant au second plan le règlement du conflit israélo-palestinien, viserait, d’un manière sous jacente, à acclimater l’opinion internationale au fait accompli de l’annexion de la Palestine, à l’effet de restaurer le prestige israélien terni par ses échecs répétés tant contre le Liban, en 2006, que contre l’enclave palestinienne de Gaza en 2008-2009. Tel est du moins l’une des interprétations ayant cours quant à la focalisation israélienne sur l’Iran.

L’Iran, par effet d’aubaine, a acquis une stature de puissance régionale du fait de la politique erratique des États-Unis tant en Afghanistan qu’en Irak, où ses rivaux idéologiques, les radicaux taliban sunnites et le laïc baasiste irakien Saddam Hussein ont été éliminés par leur ancien protecteur américain.

Il entend se faire reconnaître la place qu’il estime sienne dans le concert régional, qui était en fait sienne il y trente ans lorsque les Américains avaient confié au Chah d’Iran un rôle de « super gendarme » dans le Golfe en proie alors à la rébellion communiste du Dhofar (Sultanat d’Oman) et à la contestation nationaliste du « Front de Libération Nationale de la Péninsule Arabique » tant en Arabie saoudite qu’au Yémen que dans les Émirats pétroliers.

Dans cet esprit, l’Iran a réaffirme son droit inaliénable au nucléaire et proposé le 11 septembre une négociation globale avec le groupe de contact portant sur tous les aspects du contentieux qui l’oppose avec les pays occidentaux depuis trente ans, tant l’embargo qui frappe la République islamique, que les avoirs iraniens bloqués aux Etats-Unis, de l’ordre de plusieurs milliards de dollars, que le rôle régional de l’Iran, la coopération sécuritaire en Irak et en Afghanistan.

Sa démarche heurte de plein fouet l’option saoudo égyptienne, et, en frappant de caducité leur choix, pose le problème de la pertinence des choix stratégiques du groupe des états arabes situés dans la mouvance américaine. L’Égypte a dû ainsi renoncer à l’option nucléaire sous la pression de Washington en contrepartie d’une aide annuelle d’un milliard de dollars, abandonnant de fait la maîtrise de l’espace stratégique moyen-oriental à l’aviation israélienne.

En porte-à-faux devant leur opinion publique dont ils redouteraient un débordement, l’Égypte et la Jordanie ont été autorisés, fin 2006, à s’engager dans la production nucléaire à usage civil sous contrôle américain, accumulant ainsi un retard technologique de cinquante ans sur leur voisin israélien. Pour ne pas être en reste, La Ligue arabe, elle-même, a engagé, en Août, à un mois de la réunion annuelle de l’Assemblée générale des Nations Unies, une offensive diplomatique visant à contraindre l’Etat hébreu à signer le traité de non prolifération nucléaire.

Un éventuel conflit paraît difficilement devoir se limiter aux deux antagonistes, à en juger par la proximité des belligérants, celle des autres protagonistes du conflit, la configuration du terrain, le déploiement militaire occidental et russe dans la zone et les risques d’embrasement généralisé qu’un tel enchevêtrement impliquerait.

Mais, curieusement, une telle hypothèse n’a toutefois jamais donné lieu à aucune proposition de dénucléarisation complète du Moyen-orient, qui constitue pourtant la forme la plus parfaite de la non prolifération réclamée par les pays occidentaux. D’ores et déjà, les Etats-Unis qui disposent de huit importantes bases dans la zone (Irak, Qatar, Bahreïn, Koweït, Oman, Djibouti, Diego Garcia et Djibouti) ont assuré Israël du soutien de «l’armée la plus puissante du monde», selon l’expression de Hillary Clinton, secrétaire d’état qui a menacé l’Iran d’étendre le bouclier anti-missile à l’ensemble des pays du Golfe, alliés de l’Amérique, en vue de neutraliser sa dissuasion balistique.

Un blocus du détroit d’Ormuz, par où transit le tiers du trafic énergétique mondial, pourrait, en perturbant fortement le ravitaillement des pays industrialisés, aggraver la récession économique mondiale et fragiliser d’autant le système politique international.


Lire la première partie Iran-Israël : les enjeux de la confrontation

Références

1. Officier de renseignement de la marine américaine au Naval Anti-Terrorist Alert Center, Jonathan Pollard est arrêté en 1985 pour espionnage au profit d’Israël. Condamné à la prison à vie le 4 mars 1987, il est demeuré derrière les barreaux, malgré plusieurs demandes de libérations formulées par Israël. Le service de communication du Sénat américain a déclaré le 19 juin 2009 dans un communiqué  »ne pas souhaiter écourter le séjour en prison de Pollard ».  »Nous ne souhaitons pas mettre à mal les intérêts stratégiques américains en libérant Pollard », précise le communiqué des instances américaines.

2. Le rapport remis au groupe de travail présidentiel en juin 2008 est intitulé «Strengthening the Partnership: How to Deepen U.S.-Israel Cooperation on the Iranian Nuclear Challenge» (Renforcer le partenariat : comment approfondir la coopération entre les États-Unis et Israël sur le défi nucléaire iranien).

3. «Des colons israéliens incendient des centaines d’oliviers en Cisjordanie et le ministre des communications donne son accord à débaptiser le nom de 2.500 villes et localités arabes de Palestine en leur donnant un nom en hébreu» cf. «Al Qods al Arabi», journal transnational arabe édité à Londres,  21 juillet 2009.

 


René Naba : Ancien responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l’Agence France Presse, ancien conseiller du Directeur Général de RMC/Moyen orient, chargé de l’information, est l’auteur notamment des ouvrages suivants : —« Liban: chroniques d’un pays en sursis » (Éditions du Cygne); « Aux origines de la tragédie arabe"- Editions Bachari 2006.;  "Du bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français"- Harmattan 2002. « Rafic Hariri, un homme d’affaires, premier ministre » (Harmattan 2000); « Guerre des ondes, guerre de religion, la bataille hertzienne dans le ciel méditerranéen » (Harmattan 1998); "De notre envoyé spécial, un correspondant sur le théâtre du monde", Editions l'Harmattan Mai 2009.

 

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La Russie, obstacle majeur sur la route de « l’Amérique-monde »

Publié le par Mahi Ahmed

La Russie, obstacle majeur sur la route de « l’Amérique-monde »

 

Par Aymeric Chauprade

Le 16 septembre 2009

Strategics International


Alors que les Etats-Unis tentent, depuis le 11 septembre 2001, d’accélérer leur projet de transformation du monde à l’image de la société démocratique et libérale rêvée par leurs pères fondateurs, les civilisations non occidentales se dressent sur leur chemin et affirment leur volonté de puissance.
La Russie, en particulier constitue un obstacle géopolitique majeur pour Washington. Elle entend défendre son espace d’influence et montrer au monde qu’elle est incontournable sur le plan énergétique.

L’un des auteurs classiques de la géopolitique, Halford J. Mackinder (1861-1947), un amiral britannique, qui professa la géographie à Oxford, défendait comme thèse centrale que les grandes dynamiques géopolitiques de la planète s’articulaient autour d’un cœur du monde (heartland), l’Eurasie. Pivot de la politique mondiale que la puissance maritime ne parvenait pas à atteindre, l’Eurasie avait pour cœur intime la Russie, un Empire qui « occupait dans l’ensemble du monde la position stratégique centrale qu’occupe l’Allemagne en Europe ».

Autour de cet épicentre des secousses géopolitiques mondiales, protégé par une ceinture faite d’obstacles naturels (vide sibérien, Himalaya, désert de Gobi, Tibet) que Mackinder appelle le croissant intérieur, s’étendent les rivages du continent eurasiatique : Europe de l’Ouest, Moyen-Orient, Asie du Sud et de l’Est.

Au-delà de ces rivages, par-delà les obstacles marins, deux systèmes insulaires viennent compléter l’encadrement du heartland : la Grande-Bretagne et le Japon, têtes de pont d’un croissant plus éloigné auquel les États-Unis appartiennent.

Selon cette vision du monde, les puissances maritimes mondiales, les thalassocraties que défend Mackinder, doivent empêcher l’unité continentale eurasiatique. Elles doivent donc maintenir les divisions est/ouest entre les principales puissances continentales capables de nouer des alliances (France/Allemagne, Allemagne/Russie, Russie/Chine) mais aussi contrôler les rivages du continent eurasiatique.

Cette matrice anglo-saxonne, que l’on peut appliquer au cas de l’Empire britannique au XIXe siècle, comme à celui de la thalassocratie américaine au XXe siècle, reste un outil pertinent pour comprendre la géopolitique d’aujourd’hui.

La théorie de Mackinder nous rappelle deux choses que les thalassocraties anglo-saxonnes n’ont jamais oubliées : il n’y a pas de projet européen de puissance (d’Europe puissance) sans une Allemagne forte et indépendante (or l’Allemagne reste largement sous l’emprise américaine depuis 1945) ; il n’y pas d’équilibre mondial face au mondialisme américain sans une Russie forte.

L’Amérique veut l’Amérique-monde ; le but de sa politique étrangère, bien au-delà de la seule optimisation de ses intérêts stratégiques et économiques du pays, c’est la transformation du monde à l’image de la société américaine. L’Amérique est messianique et là est le moteur intime de sa projection de puissance. En 1941, en signant la Charte de l’Atlantique, Roosevelt et Churchill donnaient une feuille de route au rêve d’un gouvernement mondial visant à organiser une mondialisation libérale et démocratique. Jusqu’en 1947, l’Amérique aspira à la convergence avec l’URSS dans l’idée de former avec celle-ci un gouvernement mondial, et ce, malgré l’irréductibilité évidente des deux mondialismes américain et soviétique. Deux ans après l’effondrement européen de 1945, les Américains comprirent qu’ils ne parviendraient pas à entraîner les Soviétiques dans leur mondialisme libéral et ils se résignèrent à rétrécir géographiquement leur projet : l’atlantisme remplaça provisoirement le mondialisme.

Puis, en 1989, lorsque l’URSS vacilla, le rêve mondialiste redressa la tête et poussa l’Amérique à accélérer son déploiement mondial. Un nouvel ennemi global, sur le cadavre du communisme, fournissait un nouveau prétexte à la projection globale : le terrorisme islamiste. Durant la Guerre froide, les Américains avaient fait croître cet ennemi, pour qu’il barre la route à des révolutions socialistes qui se seraient tournées vers la Russie soviétique. L’islamisme sunnite avait été l’allié des Américains contre la Russie soviétique en Afghanistan. Ce fut le premier creuset de formation de combattants islamistes sunnites, la matrice d’Al Qaida comme celle des islamistes algériens... Puis il y eut la révolution fondamentaliste chiite et l’abandon par les Américains du Shah d’Iran en 1979. Le calcul de Washington fut que l’Iran fondamentaliste chiite ne s’allierait pas à l’URSS, contrairement à une révolution marxiste, et qu’il offrirait un contrepoids aux fondamentalistes sunnites. Dans le monde arabe, ce furent les Frères musulmans qui, d’Egypte à la Syrie, furent encouragés. Washington poussa l’Irak contre l’Iran, et inversement, suivant le principe du « let them kill themselves (laissez-les s’entretuer) » déjà appliqué aux peuples russe et allemand, afin de détruire un nationalisme arabe en contradiction avec les intérêts d’Israël. L’alliance perdura après la chute de l’URSS. Elle fut à l’œuvre dans la démolition de l’édifice yougoslave et la création de deux Etats musulmans en Europe, la Bosnie-Herzégovine puis le Kosovo.

L’islamisme a toujours été utile aux Américains, tant dans sa situation d’allié face au communisme durant la Guerre froide, que dans sa nouvelle fonction d’ennemi officiel depuis la fin de la bipolarité. Certes, les islamistes existent réellement ; ils ne sont pas une création imaginaire de l’Amérique ; ils ont une capacité de nuisance et de déstabilisation indéniable. Mais s’ils peuvent prendre des vies, ils ne changeront pas la donne de la puissance dans le monde.

La guerre contre l’islamisme n’est que le paravent officiel d’une guerre beaucoup plus sérieuse : la guerre de l’Amérique contre les puissances eurasiatiques.

Après la disparition de l’URSS, il est apparu clairement aux Américains qu’une puissance continentale, par la combinaison de sa masse démographique et de son potentiel industriel, pouvait briser le projet d’Amérique-monde : la Chine. La formidable ascension industrielle et commerciale de la Chine face à l’Amérique fait penser à la situation de l’Allemagne qui, à la veille de la Première Guerre mondiale, rattrapait et dépassait les thalassocraties anglo-saxonnes. Ce fut la cause première de la Première Guerre mondiale.

Si la Chine se hisse au tout premier rang des puissances pensent les stratèges américains, par la combinaison de sa croissance économique et de son indépendance géopolitique, et tout en conservant son modèle confucéen à l’abri du démocratisme occidental, alors c’en est fini de l’Amérique-monde. Les Américains peuvent renoncer à leur principe de Destinée manifeste (Principle of Manifest Destiny) de 1845 ainsi qu’au messianisme de leurs pères fondateurs, fondamentalistes biblistes ou franc-maçons.

Alors que l’URSS venait à peine de s’effondrer, les stratèges américains orientèrent donc leurs réflexions sur la manière de contenir l’ascension de la Chine.

Sans doute comprirent-ils alors toute l’actualité du raisonnement de Mackinder. Les Anglo-Saxons avaient détruit le projet eurasiatique des Allemands, puis celui des Russes ; il leur fallait abattre celui des Chinois. Une nouvelle fois la Mer voulait faire pièce à la Terre.

La guerre humanitaire et la guerre contre le terrorisme seraient les nouveaux prétextes servant à masquer les buts réels de la nouvelle grande guerre eurasiatique : la Chine comme cible, la Russie comme condition pour emporter la bataille.

La Chine comme cible parce que seule la Chine est une puissance capable de dépasser l’Amérique dans le rang de la puissance matérielle à un horizon de vingt ans. La Russie comme condition parce que de son orientation stratégique découlera largement l’organisation du monde de demain : unipolaire ou multipolaire.

Face à la Chine, les Américains entreprirent de déployer une nouvelle stratégie globale articulée sur plusieurs volets [1] :

- L’extension d’un bloc transatlantique élargi jusqu’aux frontières de la Russie et à l’ouest de la Chine.
- Le contrôle de la dépendance énergétique de la Chine.
- L’encerclement de la Chine par la recherche ou le renforcement d’alliances avec des adversaires séculaires de l’Empire du Milieu (les Indiens, les Vietnamiens,les Coréens, les Japonais, les Taïwanais...).
- L’affaiblissement de l’équilibre entre les grandes puissances nucléaires par le développement du bouclier anti-missiles.
- L’instrumentalisation des séparatismes (en Serbie, en Russie, en Chine, et jusqu’aux confins de l’Indonésie) et le remaniement de la carte des frontières (au Moyen-Orient arabe).

Washington a cru, dès 1990, pouvoir faire basculer la Russie de son côté, pour former un vaste bloc transatlantique de Washington à Moscou avec au milieu la périphérie européenne atlantisée depuis l’effondrement européen de 1945. Ce fut la phrase de George Bush père, lequel en 1989 appelait à la formation d’une alliance « de Vladivostok à Vancouver » ; en somme le monde blanc organisé sous la tutelle de l’Amérique, une nation paradoxalement appelée, par le contenu même de son idéologie, à ne plus être majoritairement blanche à l’horizon 2050.

L’extension du bloc transatlantique est la première dimension du grand jeu eurasiatique. Les Américains ont non seulement conservé l’OTAN après la disparition du Pacte de Varsovie mais ils lui ont redonné de la vigueur : premièrement l’OTAN est passé du droit international classique (intervention uniquement en cas d’agression d’un Etat membre de l’Alliance) au droit d’ingérence. La guerre contre la Serbie, en 1999, a marqué cette transition et ce découplage entre l’OTAN et le droit international. Deuxièmement, l’OTAN a intégré les pays d’Europe centrale et d’Europe orientale. Les espaces baltique et yougoslave (Croatie, Bosnie, Kosovo) ont été intégrés à la sphère d’influence de l’OTAN. Pour étendre encore l’OTAN et resserrer l’étau autour de la Russie, les Américains ont fomenté les révolutions colorées (Géorgie en 2003, Ukraine en 2004, Kirghizstan en 2005), ces retournements politiques non violents, financés et soutenus par des fondations et des ONG américaines, lesquelles visaient à installer des gouvernements anti-russes. Une fois au pouvoir, le président ukrainien pro-occidental demanda naturellement le départ de la flotte russe des ports de Crimée et l’entrée de son pays dans l’OTAN. Quant au président géorgien il devait, dès 2003, militer pour l’adhésion de son pays dans l’OTAN et l’éviction des forces de paix russes dédiées depuis 1992 à la protection des populations abkhazes et sud-ossètes.

À la veille du 11 septembre 2001, grâce à l’OTAN, l’Amérique avait déjà étendu fortement son emprise sur l’Europe. Elle avait renforcé l’islam bosniaque et albanais et fait reculer la Russie de l’espace yougoslave.

Durant les dix premières années post-Guerre froide, la Russie n’avait donc cessé de subir les avancées américaines. Des oligarques souvent étrangers à l’intérêt national russe s’étaient partagés ses richesses pétrolières et des conseillers libéraux proaméricains entouraient le président Eltsine. La Russie était empêtrée dans le conflit tchétchène, remué largement par les Américains comme d’ailleurs l’ensemble des abcès islamistes. Le monde semblait s’enfoncer lentement mais sûrement dans l’ordre mondial américain, dans l’unipolarité.

En 2000, un événement considérable, peut-être le plus important depuis la fin de la Guerre froide (plus important encore que le 11 septembre 2001) se produisit pourtant : l’accession au pouvoir de Vladimir Poutine. L’un de ces retournements de l’histoire qui ont pour conséquences de ramener celle-ci à ses fondamentaux, à ses constantes.

Poutine avait un programme très clair : redresser la Russie à partir du levier énergétique. Il fallait reprendre le contrôle des richesses du sous-sol des mains d’oligarques peu soucieux de l’intérêt de l’Empire. Il fallait construire de puissants opérateurs pétrolier (Rosneft) et gazier (Gazprom) russes liés à l’Etat et à sa vision stratégique. Mais Poutine ne dévoilait pas encore ses intentions quant au bras de fer américano-chinois. Il laissait planer le doute. Certains, dont je fais d’ailleurs partie puisque j’analysais à l’époque la convergence russo-américaine comme passagère et opportune (le discours américain de la guerre contre le terrorisme interdisait en effet momentanément la critique américaine à propos de l’action russe en Tchétchénie), avaient compris dès le début que Poutine reconstruirait la politique indépendante de la Russie ; d’autres pensaient au contraire qu’il serait occidentaliste. Il lui fallait en finir avec la Tchétchénie et reprendre le pétrole. La tâche était lourde. Un symptôme évident pourtant montrait que Poutine allait reprendre les fondamentaux de la grande politique russe : le changement favorable à l’Iran et la reprise des ventes d’armes à destination de ce pays ainsi que la relance de la coopération en matière de nucléaire civil.

Pourquoi alors l’accession de Poutine était-elle un événement si considérable ? Sans apparaître à l’époque de manière éclatante, cette arrivée signifiait que l’unipolarité américaine, sans la poursuite de l’intégration de la Russie à l’espace transatlantique, était désormais vouée à l’échec, et avec elle, par conséquent, la grande stratégie visant à briser la Chine et à prévenir l’émergence d’un monde multipolaire.

Au-delà encore, nombre d’Européens ne perçurent pas immédiatement que Poutine portait l’espoir d’une réponse aux défis de la compétition économique mondiale fondée sur l’identité et la civilisation. Sans doute les Américains, eux, le comprirent-ils mieux que les Européens de l’Ouest. George Bush n’en fit-il pas l’aveu lorsqu’il avoua un jour qu’il avait vu en Poutine un homme habité profondément par l’intérêt de son pays ?

Le 11 septembre 2001 offrit pourtant l’occasion aux Américains d’accélérer leur programme d’unipolarité. Au nom de la lutte contre un mal qu’ils avaient eux-mêmes fabriqués, ils purent obtenir une solidarité sans failles des Européens (donc plus d’atlantisme et moins « d’Europe puissance »), un rapprochement conjoncturel avec Moscou (pour écraser le séparatisme tchétchéno-islamiste), un recul de la Chine d’Asie centrale face à l’entente russo-américaine dans les républiques musulmanes ex-soviétiques, un pied en Afghanistan, à l’ouest de la Chine donc et au sud de la Russie, et un retour marqué en Asie du Sud-est.

Mais l’euphorie américaine en Asie centrale ne dura que quatre ans. La peur d’une révolution colorée en Ouzbékistan poussa le pouvoir ouzbek, un moment tenté de devenir la grande puissance d’Asie centrale en faisant contrepoids au grand frère russe, à évincer les Américains et à se rapprocher de Moscou. Washington perdit alors, à partir de 2005, de nombreuses positions en Asie centrale, tandis qu’en Afghanistan, malgré les contingents de supplétifs qu’elle ponctionne à des Etats européens incapables de prendre le destin de leur civilisation en main, elle continue de perdre du terrain face à l’alliance talibano-pakistanaise, soutenue discrètement en sous-main par les Chinois qui veulent voir l’Amérique refoulée d’Asie centrale.

Les Chinois, de nouveau, peuvent espérer prendre des parts du pétrole kazakh et du gaz turkmène et construire ainsi des routes d’acheminement vers leur Turkestan (le Xinjiang). Pékin tourne ses espoirs énergétiques vers la Russie qui équilibrera à l’avenir ses fournitures d’énergie vers l’Europe par l’Asie (non seulement la Chine mais aussi le Japon, la Corée du Sud, l’Inde...).

Le jeu de Poutine apparaît désormais au grand jour. Il pouvait s’accorder avec Washington pour combattre le terrorisme qui frappait aussi durement la Russie. Il n’avait pas pour autant l’intention d’abdiquer quant aux prétentions légitimes de la Russie : refuser l’absorption de l’Ukraine (car l’Ukraine pour la Russie c’est une nation sœur, l’ouverture sur l’Europe, l’accès à la Méditerranée par la mer Noire grâce au port de Sébastopol en Crimée) et de la Géorgie dans l’OTAN. Et si l’indépendance du Kosovo a pu être soutenue par les Américains et des pays de l’Union européenne, au nom de quoi les Russes n’auraient-ils pas le droit de soutenir celles de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, d’autant que les peuples concernés eux-mêmes voulaient se séparer de la Géorgie ?

Mackinder avait donc raison. Dans le grand jeu eurasiatique, la Russie reste la pièce clé. C’est la politique de Poutine, bien plus que la Chine (pourtant cible première de Washington car possible première puissance mondiale) qui a barré la route à Washington. C’est cette politique qui lève l’axe énergétique Moscou (et Asie centrale)-Téhéran-Caracas, lequel pèse à lui seul ¼ des réserves prouvées de pétrole et près de la moitié de celles de gaz (la source d’énergie montante). Cet axe est le contrepoids au pétrole et au gaz arabes conquis par l’Amérique. Washington voulait étouffer la Chine en contrôlant l’énergie. Mais si l’Amérique est en Arabie Saoudite et en Irak (1ère et 3e réserves prouvées de pétrole), elle ne contrôle ni la Russie, ni l’Iran, ni le Venezuela, ni le Kazakhstan et ces pays bien au contraire se rapprochent. Ensemble, ils sont décidés à briser la suprématie du pétrodollar, socle de la centralité du dollar dans le système économique mondial (lequel socle permet à l’Amérique de faire supporter aux Européens un déficit budgétaire colossal et de renflouer ses banques d’affaires ruinées).

Nul doute que Washington va tenter de briser cette politique russe en continuant à exercer des pressions sur la périphérie russe. Les Américains vont tenter de développer des routes terrestres de l’énergie (oléoducs et gazoducs) alternatives à la toile russe qui est en train de s’étendre sur tout le continent eurasiatique, irriguant l’Europe de l’Ouest comme l’Asie. Mais que peut faire Washington contre le cœur énergétique et stratégique de l’Eurasie ? La Russie est une puissance nucléaire.

Les Européens raisonnables et qui ne sont pas trop aveuglés par la désinformation des médias américains, savent qu’ils ont plus besoin de la Russie qu’elle n’a besoin d’eux. Toute l’Asie en croissance appelle le pétrole et le gaz russe et iranien.

Dans ces conditions et alors que la multipolarité se met en place, les Européens feraient bien de se réveiller. La crise économique profonde dans laquelle ils semblent devoir s’enfoncer durablement conduira-t-elle à ce réveil ? C’est la conséquence positive qu’il faudrait espérer des difficultés pénibles que les peuples d’Europe vont endurer dans les décennies à venir.

 

1 CHAUPRADE, Aymeric, « Géopolitique, constantes et changements dans l’histoire », Ellipses, 3e édition, 2007.

Aymeric Chauprade : Professeur de géopolitique à l’Ecole de Guerre entre 1999 et 2009 et professeur à l’Université de Neuchâtel.

 

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Où va la Russie ? Moscou, à la recherche d’une identité post-soviétique(suite)

Publié le par Mahi Ahmed

Le retour russe

 

L’arrivée de Vladimir Poutine, comme premier ministre de Boris Eltsine en août 1999 - puis comme président, à partir de mai 2000 - va coïncider avec le retour international de la Russie. Indéniablement, une préoccupation centrale de Poutine a été son attachement ‘’à la renaissance de la Russie’’ (57). En effet, ce dernier va mettre en œuvre une reforme structurelle cohérente et globale - sur le triple plan économique, politique et militaire - permettant non seulement le retour de la croissance (positive depuis 1999) - certes favorisée par la double évolution des cours du rouble et du pétrole - mais surtout, le renforcement de l’Etat russe sur la scène internationale. Dés 2000, la Russie de Poutine affiche sa volonté de devenir un élément moteur – un ‘’centre influent’’ – du futur monde multipolaire, en tant que ‘’grande puissance’’. Ainsi, comme le précise alors son Concept stratégique : ‘’Les intérêts nationaux de la Fédération de Russie dans la sphère internationale consistent en la garantie de la souveraineté, dans la consolidation des positions de la Russie en tant que grande puissance et qu’un des centres influents du monde multipolaire (…)’’ (58). Et, en définitive, la politique de restructuration radicale impulsée par V. Poutine a permis l’insertion de la Russie moderne au nouvel ordre international – en dépit du frein américain à son admission à l’OMC.

 

Dans ses grandes lignes, V. Poutine a recentré la politique étrangère russe d’une part, sur la défense de ses intérêts nationaux, élargis à l’espace post-soviétique - la CEI, considérée comme son espace politique - et d’autre part, sur le renforcement de son influence régionale, pour stabiliser son étranger proche. Et dans ce but, Poutine a axé sa politique sur le développement du complexe militaro-industriel et de la force nucléaire et, parallèlement, sur la modernisation de l’armée russe, trop longtemps négligée par le suivisme occidental de la ligne Eltsine. Cette orientation est confirmée par le président D. Medvedev, soulignant la nécessité d’améliorer la gestion opérationnelle des troupes et de les doter ‘’d’équipements modernes’’. Selon Medvedev, ‘’les forces armées doivent tenir compte des menaces contemporaines, sans oublier celles qui appartiennent au passé mais persistent toujours (…)’’ (59). On remarquera que, dans ce discours, est implicitement visée l’hégémonie politico-militaire américaine, porteuse de menaces latentes (qui ‘’persistent toujours’’) pour la stabilité de l’espace post-soviétique. Le 4/09/2009, le chef de la 12e direction générale du ministère de la Défense, le général Vladimir Verkhovtsev, a officiellement annoncé la modernisation de l’arsenal nucléaire russe : ‘’Compte tenu des perspectives - y compris à long terme - du développement des troupes russes [...] il a été décidé de renouveler l'arsenal nucléaire du pays. Il s'agit de doter les forces armées de munitions nucléaires aux caractéristiques techniques et tactiques améliorées’’ (60). Dans cette optique, le nucléaire redevient - dans le prolongement du soviétisme - une source majeure de la puissance politique de la Russie fédérale. Ainsi, selon l’aveu du président du Conseil russe pour la politique extérieure, Sergueï Karaganov, l’arme nucléaire constitue toujours ’’le fondement de l'influence politique et en partie économique de la Russie’’ (61). On peut donc parler du ‘’retour de l’Atome rouge’’, pour reprendre le titre d’un ancien article (62) - en référence à la fonction politique de l’atome sous le régime communisme et à son utilisation par ce dernier comme vecteur de sa stratégie extérieure. Et le nucléaire a un rôle d’autant plus vital, qu’il permet un rééquilibrage des rapports de force internationaux initialement défavorables pour la Russie.

 

Le général Makhmout Gareev, président de l’Académie des sciences militaires de Moscou, lors de sa présentation des grandes lignes de la future doctrine militaire russe, le 20 janvier 2007, a précisé que ‘’pour la Russie, étant donné un rapport des forces qui lui est extrêmement défavorable sur tous les axes stratégiques, l’arme nucléaire demeurera capitale, le plus sûr moyen de dissuasion stratégique d’une agression extérieure et le plus sûr moyen de garantir sa propre sécurité.’’ (63)  Cette fonction vitale de l’atome explique, en partie, l’opposition russe au projet américain d’implanter un bouclier anti-missiles dans l’Est européen – qui neutraliserait, à un certain degré, la puissance nucléaire russe et sa capacité de riposte à une première frappe. Mais une raison majeure de cette opposition est le sentiment de Moscou d’être visée par le bouclier américain – perçu par celle-ci comme un relent de Guerre froide. Sur ce point, le premier ministre russe, V. Poutine, a récemment affirmé que ‘’Si nos partenaires américains renoncent à installer de nouveaux systèmes de combat en Europe, notamment leur bouclier antimissile en Europe, s'ils réexaminent leur approche concernant l'élargissement des blocs militaires ou, si à plus forte raison ils refusent totalement à de nouvelles adhésions, ce serait un grand pas en avant’’ (64). Globalement, à travers ce recentrage sur l’atome, il s’agit pour Moscou de revenir vers une stratégie de projection de force, en vue d’afficher sa puissance et de dissuader toute velléité de puissances hostiles - percevant la faiblesse de la Russie post-impériale en transition, comme une opportunité stratégique. Et cela, d’autant plus que depuis 1992, l’Occident s’est octroyé un droit d’ingérence en zone post-soviétique, au nom de principes humanitaires et moraux discutables ou, alternativement, d’une aide au développement politiquement orientée.

 

Un autre objectif sous-jacent à l’ingérence occidentale est le contrôle des sources et des voies de transport énergétiques (gaz, pétrole) qui renforce le caractère stratégique de la région, notamment en Asie centrale – et menace la centralité russe sur la question énergétique. Le général Gareev prédit donc, dans un proche avenir, une véritable lutte pour les ressources : ‘’Les facteurs écologiques et énergétiques constitueront, dans les dix ou quinze prochaines années, la principale cause des conflits politiques et militaires.’’ Et M. Gareev ajoute que ‘’la lutte pour les ressources sera portée à son paroxysme, générant une confrontation politique et économique. On ne peut exclure, sur ce terrain, la possibilité d’une confrontation militaire.’’ (65) La nouvelle doctrine de sécurité russe – publiée en mai 2009 – précise d’ailleurs que cette course pour le contrôle des sources énergétiques sera, à long terme, particulièrement intense dans les zones de la Caspienne et de l’Asie centrale – devenant, par ce biais, un facteur majeur d’instabilité géopolitique. De ce pont de vue, il semble logique que la nouvelle conception stratégique de l’Otan (prévue en 2010) envisage d’intégrer la variable énergétique comme un enjeu stratégique majeur (66). Et le plus inquiétant est qu’aujourd’hui, l’Occident – sous la houlette américaine – n’hésite pas à sécuriser ‘’ses’’ espaces stratégiques en zone post-soviétique via l’avancée de l’Otan et l’installation de bases militaires. En outre, auto-légitimée par la supériorité morale de l’idéologie libérale, Washington vise, depuis la fin de la Guerre froide, à étendre son influence idéologique en zone post-soviétique. Cela est réaffirmé, de manière claire, par R. Kagan : ‘’La fin de la guerre froide a été considérée par les américains comme une occasion non pas de restreindre mais d’étendre leur influence, d’étendre l’alliance qu’ils dirigent vers l’Est en direction de la Russie (…), d’investir dans des régions du monde telles que l’Asie centrale’’ (67). Ce faisant, cette offensive occidentale remet en cause le statut historiquement dominant de Moscou dans son pré-carré. Ce que l’orgueilleuse Russie ne sera jamais prête à accepter.

 

Globalement, le retour de l’Etat russe – et la réhabilitation de ses valeurs nationales – s’est traduit par un durcissement de sa politique étrangère. En effet, depuis la fin des années 90, Moscou doit faire face à la militarisation des relations internationales, impulsée par l’Amérique de G.W. Bush et dont l’unilatéralisme hautain a été ouvertement condamné par V. Poutine, en février 2007, dans son harangue anti-impérialiste de Munich – qui souligne un ‘’mépris de plus en plus grand des principes fondamentaux du droit international’’ et rejette ‘’l’emploi hypertrophié, sans aucune entrave , de la force - militaire - dans les affaires internationales, qui plonge le monde dans un abîme de conflits successifs’’. Pour l’ancien président russe, cet expansionnisme exacerbé de la puissance américaine représente alors un ‘’risque potentiel de déstabilisation des relations internationales (…)’’ (68). Depuis la chute du communisme soviétique, le recours à la force a été institutionnalisé par Washington comme levier de sa politique étrangère car, comme l’admet R. Kagan, ‘’une fois supprimé le frein que constituait la puissance soviétique, le pays était libre d’intervenir où il voulait (…)’’(69). Dans son essence, cette orientation a justifié la stratégie de puissance de la Russie fédérale, s’appuyant sur l’armée et son idéologie nationaliste – stratégie illustrée par les interventions en Tchétchénie et en Géorgie. Symboliquement, il fallait montrer que l’armée - et l’Etat - russe était ‘’de retour’’ et au-delà, préserver l’unité de la nation russe autour d’une cause mobilisatrice.

 

Sous la présidence de Poutine – puis, à partir de mars 2009, sous celle de Medvedev - la politique extérieure russe s’est focalisée contre les menaces potentielles pesant sur ses intérêts nationaux et, notamment, dans sa zone de domination traditionnelle. Dans ce but, la Russie s’est efforcée de reconstruire le glacis sécuritaire hérité du soviétisme et permettant d’une part, de créer une profondeur stratégique et d’autre part, d’anticiper les menaces latentes des zones non contrôlées. Cela a justifié la création des alliances politico-militaires de l’OTSC et de l’OCS (70). Un objectif implicite de ces alliances eurasiennes étant de freiner l’expansion de l’Occident - via le levier otanien - au cœur de l’espace post-soviétique et dans ce but, faire contre-poids au pouvoir croissant de l’Otan dans la région, qui dépasse sa zone de responsabilité. Cette volonté expansionniste de l’Otan - aspirant à devenir un gendarme mondial - a été dénoncée le 20/03/2009 par S. Riabkov, vice-ministre russe des Affaires étrangères : ‘’Les activités de l'Alliance attestent qu'elle accorde une attention grandissante dans ses plans militaires à des problèmes surgissant à l'extérieur de sa zone de responsabilité traditionnelle. Il s'agit en fait d'une tentative de jouer un rôle mondial, et nous ne manquerons pas de prendre ce facteur en considération’’ (71). Cette incertitude géopolitique croissante en périphérie russe, définie en 2009 par sa doctrine de sécurité nationale comme une ‘’nouvelle menace’’, rendrait désormais possible l’émergence de conflits (potentiellement nucléaires) dans les régions frontalières. Et, de manière explicite, la stratégie de l’Otan est visée. Sur ce point, nous rejoignons l’analyse d’Isabelle Facon, qui rapporte que pour certains responsables russes, ‘’la possibilité d’une guerre régionale majeure ne peut être exclue à l’heure actuelle. Or ce risque est rattaché notamment à des scénarios de crises potentielles avec l’Otan, en particulier dans l’environnement proche de la Fédération’’ (72).

 

De tels scénarios ont été simulés par les exercices militaires ‘’Zapad-1999’’, centrés sur les capacités d’action de l’armée russe dans un conflit avec l’Otan, similaire à celui en Yougoslavie au printemps 1999. Ces manœuvres ont alors montré que la Russie ne pourrait repousser une attaque éventuelle de l’Otan, dans son étranger proche, qu’en recourant à l’arme nucléaire. Ce résultat a, par la suite, conduit la Russie à abaisser le seuil d’emploi de l’arme nucléaire en renonçant, de facto, à l’ancien engagement soviétique de ne pas y recourir la première. Désormais, dans la nouvelle vision stratégique russe, le nucléaire intègre – en dehors de sa fonction dissuasive – une fonction défensive et tactique, potentiellement utilisable dans des conflits régionaux et conventionnels, en cas d’impuissance des armes classiques. Et au-delà, le nucléaire devient un levier d’action en vue d’influer sur une situation géopolitique critique et in fine, il apparait comme une réponse ultime au renforcement et à l’ingérence croissante de l’Otan en zone post-soviétique. De ce point de vue, il semble logique que les récentes manœuvres conjointes russo-biélorusses ‘’Zapad-2009’’ aient eu pour objectif central ‘’les préparatifs en cas de menace contre la stabilité stratégique dans la région de l'Europe orientale’’. (73)

 

L’Otan, dont l’extension aux ex-alliés de la Russie communiste est perçue comme une provocation par Moscou, est toujours considérée comme le bras armé de l’Occident et manipulée à des fins politiques. Ainsi selon L. Ivachov, président de l’académie russe des problèmes géopolitiques : ‘’l’Otan, sous couvert de ‘coopération avec la Russie’, progresse vers l’Est, crée des bases à proximité des frontières russes, fait adhérer de nouveaux membres’’ (74). Dans son intervention de Munich de février 2007, V. Poutine s’est, avec légitimité, étonné de cet élargissement virtuellement dirigé contre la Russie : ‘’l’OTAN rapproche ses forces avancées de nos frontières (…). Il est évident, je pense, que l’élargissement de l’OTAN n’a rien à voir avec la modernisation de l’alliance, ni avec la sécurité en Europe. Au contraire, c’est un facteur représentant une provocation sérieuse et abaissant le niveau de la confiance mutuelle. Nous sommes légitimement en droit de demander ouvertement contre qui cet élargissement est opéré.’’ (75) Cette progression des infrastructures militaires de l’Otan, à la périphérie russe -  ainsi que son aspiration à un ‘’rôle global’’ - est perçue par Moscou, dans sa doctrine de sécurité, comme une menace et, à terme, comme un vecteur de déséquilibres. Mais le plus inquiétant est que cette offensive occidentale, principalement américaine - mais aussi, depuis peu, européenne, via un ‘’partenariat oriental’’ proposé à 6 anciennes républiques soviétiques (76) - s’appuie sur la manipulation politique des institutions du FMI et de la BM. Car désormais, ces dernières n’hésitent pas à proposer aux nouveaux Etats indépendants des orientations économiques politiquement non neutres - rompant avec la culture russe - et associées à une coopération étroite (dont militaire) ou à une aide financière conséquente (77). En novembre 2008, le FMI a approuvé un programme de deux ans pour un total de 16,43 milliards de dollars ( !), afin de permettre à l'Ukraine de lutter - en théorie - contre les conséquences de la crise financière internationale. Mais il s’agit surtout, selon nous, d’empêcher une Ukraine fragilisée de retomber dans le giron russe.

 

Une voie alternative a été la création d’alliances politico-militaires ouvertement anti-russes, du type GUAM (78), pour favoriser l’émancipation des ex-républiques soviétiques et en ce sens, montrer à la Russie que sa période impériale est définitivement terminée, notamment en Asie centrale.  De retour d’un voyage dans cette région, William Burns, sous-secrétaire d'Etat américain et ancien ambassadeur des Etats-Unis à Moscou, a affiché son soutien à une véritable indépendance de l’Asie centrale – qui, à la base, exige une réduction de l’emprise politique de Moscou. Il a ainsi admis qu’un des  objectifs de sa tournée ‘’était de mettre en relief la nécessité de l'indépendance, de la souveraineté et de la stabilité économique pour ces pays qui font actuellement face à des problèmes très graves’’(79). Autrement dit, par le biais de stratégies économiques et politiques insidieuses, il s’agit - selon la ligne Brzezinski - de détacher les ex-républiques soviétiques de la domination russe et par ce biais, continuer le reflux (‘’roll back’’) de la puissance russe, pour in fine sanctionner de manière éclatante, sa défaite de la Guerre froide. Z. Brzezinski a reconnu la nécessité de bloquer toute velléité russe de reconquête en zone post-soviétique, en poursuivant le rapprochement avec les ex-républiques soviétiques de l’Asie centrale, cœur névralgique de l’ancien empire : ‘’Ce qui est vraiment important est de créer un contexte géopolitique tel que le désir nostalgique (de la Russie : jg) de redevenir une grande puissance impériale aura moins de chances de se réaliser (…)’’. Ce qui implique selon Brzezinski ‘’d’instaurer des liens économiques plus nombreux et plus directs avec les pays d’Asie centrale en tant qu’exportateurs d’énergie (….)’’ (80). D’autant plus que ce dernier est persuadé que ‘’la domination coloniale russe sur l’Asie centrale est une chose du passé’’(81). L’Asie centrale est donc au cœur de la stratégie américaine de compression de la puissance russe, élaborée en phase de Guerre froide. Troublante inertie.

 

Globalement, le respect de l’intégrité territoriale - donc de la souveraineté - de l’Etat russe a été une des priorités de la ligne Poutine dans le but de retrouver sa crédibilité et son leadership en zone post-soviétique et à terme, de se construire un statut post-impérial. Car il s’agit d’abord de réhabiliter la ‘’grandeur russe’’ en redonnant à Moscou son statut de puissance internationale, sur la base de ses valeurs eurasiennes. Et ce faisant, Poutine s’est appuyé sur une forme de nationalisme russe, centré sur la défense des valeurs ancestrales de ‘’l’éternelle Russie’’ et structuré contre l’hostilité plus ou moins virtuelle de l’Occident, accusé de soutenir certaines velléités indépendantistes – notamment en Tchétchénie et dans le Caucase nord. En fait, cette capacité de l’Occident à réactiver les courants nationalistes s’inscrit dans le prolongement de la Guerre froide et aurait, autrefois, précipité l’implosion d’une URSS multi-ethnique. Ainsi, selon A. Zinoviev, ‘’ce sont les démocraties occidentales qui ont fait des efforts de propagande surhumains, à l’époque de la guerre froide, pour réveiller les nationalismes. Parce qu’elles voyaient dans l’éclatement de l’URSS, le meilleur moyen de la détruire’’(82). Ces accusations sont reprises par le nouveau discours stratégique russe, relayé par le général Gareev et qui dénonce les manipulations extérieures conduites par un ennemi puissant : ‘’les menaces internes, les plus dangereuses sont le terrorisme et le séparatisme, qui sont généralement attisés de l’extérieur et visent l’unité et l’intégrité territoriale de la Russie’’(83). Aujourd’hui, le président Medvedev s’inquiète de l’instabilité du Caucase et prône le renforcement de la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme. Le 19/08/2009, il a reconnu qu’il y a ‘’quelques temps, nous avons eu l'impression que la situation en matière de terrorisme dans le Caucase s'était sensiblement améliorée. Or, les récents événements montrent qu'il n'en est rien’’(84). V. Vassiliev, président du comité pour la Douma pour la sécurité, a récemment affirmé - le 17/07/2009 - que les ‘’terroristes’’ dans les républiques nord-caucasiennes étaient ‘’manipulés et financés de l’étranger’’(85).  Le mythe stalinien de l’ennemi intérieur manipulé par l’extérieur est donc de retour. Et désormais, il est l’objet privilégié d’une instrumentalisation politique de la part des dirigeants russes. Car l’existence d’un ‘’ennemi systémique’’, selon l’expression de J. Fontanel, est nécessaire à la régulation et au métabolisme de la société russe (86) - autrement dit, à sa survie comme système social.

 

La nouvelle ambition russe

 

Ainsi, V. Poutine a réussi à redonner une forme de cohésion à l’Etat russe à partir d’une refonte politique et morale de la société. Mais cette renaissance de la Russie, porteuse d’une nouvelle idée nationale, a été permise par le renforcement des tendances autoritaires et centralisatrices intégrées au projet politique de V. Poutine et poursuivi par son successeur, D. Medvedev. Pour reprendre l’affirmation de V. Poutine dés l’année 2000 : ‘’la clef de la renaissance et du relèvement de la Russie se trouve aujourd’hui dans la sphère politique’’ (87). Dés son intronisation à la présidence, ce dernier s’est donné comme tâche prioritaire de réhabiliter l’idée russe - excessivement déformée par le régime eltsinien - pour redonner sa fierté au ‘’grand peuple russe’’. Et selon Poutine, ‘’la nouvelle idée russe va se former comme un alliage, comme une union organique entre les valeurs humaines universelles et les richesses traditionnelles du peuple’’(88). De manière générale, ce projet radical s’inscrit dans la renaissance internationale de l’Etat russe – longtemps redoutée par la puissance américaine, dans la mesure où elle menace son système de domination unipolaire et en cela, ses intérêts géopolitiques. Cela a conduit J. Biden à exiger de la Russie de revenir à plus de réalisme et ‘’de réviser considérablement les sphères de ses intérêts internationaux’’ (89). Désormais, cette nouvelle ambition russe est perçue par Washington comme une forme de néo-impérialisme et surtout, selon Z. Brzezinski, elle attesterait du refus de Moscou d’accepter ‘’la nouvelle réalité de l’espace post-soviétique’’ (90) - autrement dit, l’ingérence américaine dans son ancien espace impérial. Mais la Russie ne tolèrera pas un tel diktat. Car, en dernière instance, il s’agit aussi pour elle de se relever de son trouble identitaire issu de sa période post-soviétique. Et, dans cette optique, son renforcement politique en zone post-soviétique est vital.

 

Dans ses grandes lignes, le trouble identitaire de la Russie a été aggravé d’une part, par les dérives de la transition post-communiste et d’autre part, par la politique structurellement anti-russe de l’administration Bush. Dans le même temps, la fédération de Russie a considérablement souffert des inerties de Guerre froide manifestées par les institutions internationales et de leur tendance expansive, au cœur même de son espace politique et au mépris de ses intérêts. Cette opposition d’intérêts sera, pour la période future, un vecteur structurant de conflictualité et parallèlement, à l’origine de menaces non militaires et à dominante politique, économique ou informationnelle. Le général Gareev revient sur le caractère ‘’non classique’’ (et détourné) de ces nouvelles menaces : ‘’ ‘L’expérience’ de la désagrégation de l’URSS, de la Yougoslavie, des ‘révolutions colorées’ en Géorgie, en Ukraine, en Kirghizie et dans d’autres régions du monde est là pour nous convaincre que les principales menaces sont mises à exécution moins par des moyens militaires que par des moyens détournés.’’(91)

 

Malgré tout, la Russie s’efforce de maintenir - parfois, par le soft power - sa stratégie d’influence en zone post-soviétique, radicalement fragilisée par la politique interventionniste de l’Occident et l’influence croissante de nouvelles puissances, comme la Chine, l’Inde, voire l’Iran et le Pakistan. ‘’Dans ce contexte - précise T. Gomart - l’influence de la Russie se heurte non seulement à des obstacles internes à l’espace post-soviétique, mais aussi aux influences exercées par des puissances cherchant à prendre pied, selon des modalités différentes, dans tout ou partie de la zone.’’(92) Et désormais, Washington vise à isoler certains Etats de la zone post-soviétique de l’influence russe, par le biais de stratégies coopératives ou partenariales renforcées (93)  – comme l’attestent d’une part, le ‘’partenariat stratégique’’ avec l’Ukraine et la ‘’coopération militaire’’ avec la Géorgie et d’autre part, sa politique de rapprochement avec le Kirghizstan et l’Ouzbékistan (afin d’y réinstaller des bases militaires). D’une manière générale, il s’agit pour Washington de contrer toute tentative de retour russe dans son ancienne zone de domination. Et dans ce but, elle n’hésite pas à instrumentaliser l’Otan, dont le champ d’action stratégique selon Brzezinski, ‘’est appelé à s’élargir à l’espace eurasien’’ (94). Et plus inquiétant, ce dernier a revendiqué, en 2009, l’émergence d’une Otan globale - à l’échelle du monde - et dotée d’un contrôle centralisé des structures sécuritaires régionales. Car, au nom de sa destinée manifeste, l’Amérique s’est auto-proclamée gendarme international pour veiller sur l’Eurasie - donc, sur le monde - comme cela a été réitéré par H. Kissinger : ‘’Au cours de la dernière décennie du XX° siècle, la prépondérance des Etats-Unis a assuré un rôle irremplaçable dans la stabilité du monde’’ (95). Inquiétante certitude.

 

 Un avenir radieux

 

Ainsi, la restructuration identitaire de la Russie post-communiste est conditionnée par l’évolution, dans l’espace eurasien, des rapports de force fondant le nouvel ordre international, structurellement dominé par l’idéologie libérale et le poids économique - donc politique - des puissances occidentales. Car ces dernières, en contrôlant les institutions financières majeures, verrouillent la gouvernance mondiale et en cela, la hiérarchie de l’ordre international qui lui est associé – hiérarchie qui définit le statut, donc le pouvoir géopolitique potentiel des différents Etats. Autrement dit, la renaissance russe est médiatisée, sur le plan international, par une structure de pouvoir informelle, fondée sur des considérations idéologiques et stratégiques. En ce sens, la réémergence mondiale finale de la Russie est soumise d’une part, à un enjeu idéologique majeur, centré sur l’opposition de visions du monde spécifiques et d’autre part, à un enjeu stratégique incontournable, centré sur l’opposition des intérêts nationaux des Etats leaders.

 

Aujourd’hui, après avoir retrouvé ses repères politico-psychologiques, la Russie de Medvedev s’efforce - malgré la crise systémique - d’achever sa reconstruction économique pour donner à son peuple, la prospérité tant espérée sous le communisme. Et selon l’expression de V. Poutine elle devra, à terme, ‘’retrouver son chemin propre, sur la voie de la rénovation’’ (96), tout en préservant ses valeurs eurasiennes. Après s’être longtemps égarée sur les chemins idéologiques de l’histoire, elle devra recentrer son projet économique sur l’homme et la dimension sociale du développement pour in fine donner, selon Gorbatchev, ‘’une réelle impulsion au facteur humain’’ (97) – objet constant des réformes de l’ancien modèle économique soviétique. Et, pour reprendre l’expression de Che Guevara, ultime défenseur d’un socialisme à visage humain, cela revient à ‘’placer l’homme au centre’’ (98). En cela, il s’agit de redonner sens au vieux rêve de l’ordre social soviétique, sur la voie de l’avenir radieux.

 

En définitive, il s’agit aussi de concentrer les efforts du peuple russe sur l’exécution d’un projet socio-économique spécifique, inspiré d’une ‘’troisième voie’’ eurasienne, entre le plan socialiste et le libéralisme de marché. Autrement dit, pour la Russie du 21° siècle, le véritable enjeu est la construction d’un modèle alternatif de civilisation.

 



Jean Geronimo : docteur en Sciences économiques Spécialiste de l’URSS et des questions russes

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Où va la Russie ? Moscou, à la recherche d’une identité post-soviétique

Publié le par Mahi Ahmed

 

‘’La Russie aura un niveau d’armement tel que personne n’aura

 l’idée de menacer notre pays ou nos alliés.’’(1)

 

D. Medvedev

Président de la Fédération de Russie

10/09/2009

Getty Images

Le président russe Dmitry Medvedev (à droite) et le Premier ministre Vladimir Putin (à gauche)

La fin de la Guerre froide a précipité la chute du communisme soviétique, tombé en 1991, dans les oubliettes libérales de l’histoire. Dans le même temps, cette chute finale a été le point de départ d’une renaissance de la Russie post-communiste, après une phase de transition ‘’libérale’’, particulièrement délicate - sous l’impulsion de B. Eltsine - qui l’a affaiblie et aggravé, in fine, un trouble identitaire.

 

Aujourd’hui, la Russie de D. Medvedev a quasiment achevé sa reconstruction économique et politico-psychologique. Mais sa réémergence comme puissance internationale majeure n’est pas toujours acceptée, notamment par le leadership américain, qui a pris le contrôle de la destinée du monde depuis la lutte implacable contre la menace communiste - perçue comme ‘’l’axe du mal’’ - et, en cela, imposé son unilatéralisme dans la gouvernance mondiale. La lutte Est/Ouest aurait, en quelque sorte, légitimé l’hégémonie internationale de Washington, comme leader incontesté et messianique du monde libre. Par la suite, sous l’impulsion de l’idéologie néo-conservatrice expansionniste de G.W. Bush, elle a entrepris de réhabiliter le ‘’facteur force’’ comme régulateur géopolitique, en réarmant le bras de la justice internationale et en relançant, par ce biais, la course aux armements(2).

 

Face à cette résurgence de l’impérialisme politico-militaire américain et se sentant menacée, Moscou a été contrainte de recentrer son système de défense sur l’arme nucléaire – pour se protéger d’une Otan de plus en plus agressive à sa proche périphérie comme l’a montré, en 1999, le scénario yougoslave avec l’attaque et la déstabilisation d’un Etat souverain. En violant allègrement la résolution 1224 du conseil de sécurité de l’ONU sur l’intégrité territoriale de la Serbie, l’Otan - sous la bienveillance de Washington - montre alors qu’elle est au dessus des lois internationales et que sa capacité d’intervention s’est élargie à l’ancien espace communiste. Et son élargissement programmé est susceptible d’accroitre les tensions avec la Russie, comme le reconnait D. Medvedev : ‘’L'OTAN devrait éviter d'aggraver les relations avec ses voisins. Avant d'admettre de nouveaux membres, il faut étudier les éventuelles conséquences d'une telle décision (…)’’(3) Mais, le plus troublant est de voir, au cœur de l’espace post-soviétique, le maintien d’une forme de conflictualité latente américano-russe issue de la Guerre froide, dans la mesure où la Russie post-communiste reste l’adversaire stratégique privilégié de l’hyper-puissance américaine – et inversement.

 

Dans son essence, la lutte américano-russe pour le leadership politique en Eurasie post-soviétique n’a pas cessé avec l’arrivée d’Obama à la présidence américaine. Cela est implicitement confirmé par Herman Pirchner, président du Conseil américain de politique étrangère, qui reconnait l’existence de tensions, liées au maintien de barrières idéologiques et de pressions américaines sur la politique russe dans les ex-républiques soviétiques. Le 9/09/2009, il admet notamment que ‘’les disputes sur les destinées de l'espace post-soviétique entravent la coopération sur plusieurs questions d'intérêt commun’’(4). Car désormais, Washington doit assumer ses nouvelles responsabilités issues de son avancée en zone post-soviétique permise, à l’origine, par le recul russe. Et cette configuration explique la radicalisation d’une lutte d’influence centrée sur le contrôle d’un espace stratégique.

 

Ainsi, la Russie moderne cherche à retrouver sa place dans le système des relations internationales contre une certaine forme de méfiance, voire d’hostilité de la part du bloc libéral occidental, qui continue à voir en elle l’héritière de la puissance communiste. Et sa montée en puissance fait d’autant plus peur que de facto, elle remet en question l’influence de la puissance américaine en Eurasie post-soviétique – principalement en zones caucasienne et centre-asiatique, où de gros intérêts politiques, militaires et énergétiques sont en jeu. Autrement dit, son retour remet en cause les fondements même du nouvel ordre international libéral, dirigé par Washington et au-delà, menace de multilatéraliser ce dernier. Un enjeu sous-jacent au retour russe est donc le nouveau statut de Moscou sur la scène internationale qui, dans ses grandes lignes, sera fonction de sa capacité à reprendre en main l’espace post-soviétique – autrement dit, à recouvrer une certaine légitimité dans son ancienne zone de domination impériale, que la stratégie américaine visait, jusque là, à éroder.

 

De ce point de vue, il serait opportun de s’interroger sur la capacité de Moscou à se définir une nouvelle identité post-soviétique, intégrant les principales évolutions géopolitiques issues de la faillite du communisme. Et, en définitive, de se poser une question centrale et redondante : où va la Russie ?

 

A la recherche d’un statut post-impérial

 

La disparition de l’URSS (5), le 25 décembre 1991 - avec la démission du premier (et dernier) président soviétique, Mikhaïl Gorbatchev - a provoqué une profonde rupture psychologique, au cœur du peuple russe et de ses élites dirigeantes. La Russie, brusquement, a perdu son statut de superpuissance de la Guerre froide pour devenir une simple puissance régionale, menacée à sa proche périphérie par des Etats politiquement instables, donc potentiellement hostiles. Et ce déclin géopolitique a été d’autant plus douloureux que la puissance russe a été considérablement fragilisée par une politique constante de déstabilisation menée, depuis les années 60, par l’Amérique – sous la houlette de Z. Brzezinski (6). La chute du communisme a été une opportunité pour la puissance américaine de renforcer son monopole de la régulation mondiale et par ce biais, son unilatéralisme armé. Selon la vision américaine, la Russie reste un facteur d’incertitude, donc de menace latente pour le monde – ce qui implique la vigilance de l’Amérique. Dans cet axe, R. Kagan, un des leaders du courant néo-conservateur américain, a confirmé qu’il était ‘’vital d’avoir une Amérique forte, voire toute puissante, pour le monde et surtout, pour l’Europe’’ (7) – notamment, au regard des récentes velléités russes.  La phase post-communiste coïncide donc avec la refondation identitaire d’un nouvel Etat russe contraint de redéfinir ses intérêts nationaux et, à terme, son positionnement sur la scène internationale. Il s’agit alors pour Moscou de passer à une vision moins idéologique des relations internationales et, de façon plus globale, de définir son statut post-impérial

 

Toutefois, l’héritage soviétique continue d’exercer une certaine influence sur l’orientation de la pensée stratégique russe, qui intègre les menaces militaires et politiques d’Etats structurellement opposés à ses intérêts en périphérie post-soviétique et in fine, dotés d’une autre vision du monde. Aujourd’hui, Moscou aspire à la revanche et perçoit sa marginalisation internationale comme une sanction de sa défaite idéologique de la Guerre froide. Car comme l’a rappelé Alexandre Zinoviev, ancien dissident soviétique, la chute du communisme soviétique ‘’est la plus grande victoire de l’Occident’’(8). Et de manière officielle, elle regrette que les ‘’vestiges’’ et le ‘’fardeau du passé’’ continuent de grever ses relations avec l’Occident, principalement avec l’Amérique (9). Estimant avoir trop reculé depuis la transition post-communiste (10), la Russie s’efforce de défendre ses intérêts de puissance eurasienne et d’achever sa restructuration identitaire sur la scène internationale, contre le leadership américain et les prétentions politiques de l’Occident qui reste, selon l’expression d’I. Facon, ‘’une source de menaces récurrentes’’(11). Car en dépit de l’inflexion politique impulsée par le président Obama, accusé par les néo-conservateurs de ‘’trahison idéologique’’(12) - en violant les principes fondamentaux de la politique extérieure américaine - Moscou perçoit une certaine hostilité à son égard et surtout, à son retour comme grande puissance. Dans son essence, cette hostilité inertielle du bloc occidental tend à s’exprimer par l’instrumentalisation de l’Otan comme levier de compression d’un nouvel ‘’impérialisme russe’’. Cette fonction politique de l’Otan est reconnue, sans ambages, par le stratège ‘’réaliste’’ de la Guerre froide, Henry Kissinger : ‘’L’Otan est par définition une alliance militaire, dont l’un des objectifs est de protéger l’Europe contre une Russie qui serait tentée par une nouvelle aventure impériale’’(13).

 

Désormais, la Russie vise à renforcer ses positions dans le monde par une reprise en main de l’espace post-soviétique - dont les Etats sont ses ‘’alliés naturels’’ - et l’insertion de cet espace dans son projet de puissance. Or face à la volonté de Moscou de retrouver son influence perdue, le vice-président américain, J. Biden, a affirmé le 23/07/2009 - en guise d’avertissement - qu’au 21° siècle, ‘’la théorie du partage du monde n’était plus de mise’’, autrement dit, que la Russie devait abandonner ses vieux reflexes impériaux de l’époque communiste (14). Dans son ouvrage, ‘’L’Amérique face au monde’’, Z. Brzezinski est convaincu du maintien de la volonté impériale russe. Il  rappelle que durant les 4 derniers siècles, la ligne directrice de la Russie se résume par ‘’une expansion impériale à partir d’un centre bien défini pour créer un Etat multinational’’(15). Et surtout, il est persuadé que V. Poutine n’a pas ‘’admis l’impossibilité de recréer le vieux système impérial’’(16), illustrant selon lui, ‘’la résistance de l’ordre soviétique’’(17). Pour cette raison, Brzezinski prône le maintien d’une politique de contrôle de la puissance russe et d’érosion de son pouvoir en zones caucasienne et centre-asiatique, que celle-ci s’efforce de préserver, quel qu’en soit le prix. A terme, selon A. de Tinguy,  il s’agit pour Moscou d’utiliser ‘’les moyens dont elle dispose pour essayer de contrôler les évolutions dans l’espace post-soviétique’’(18). Car, avide de réhabiliter une certaine ‘’idée russe’’, Moscou veut désormais apparaitre comme un Etat leader au sein de son espace historique - en dépit de l’activisme politique américain - et surtout, désireux de s’y faire (à nouveau) respecter.

 

Dans ce cadre, la défense des intérêts russes à l’étranger devient une priorité de la politique extérieure, réitérée par le président Medvedev, le 24/07/2009 : ‘’il faut être capable de riposter en cas de difficultés. Parfois de façon très ferme. Mais uniquement si les intérêts de nos concitoyens sont menacés’’(19). Dans sa mise en garde, Medvedev se réfère, de manière implicite, à la crise géorgienne d’Aout 2008, lorsque l’armée russe a dû intervenir pour protéger ses ressortissants d’un véritable massacre. Mais plus globalement, il redoute la répétition  d’un tel scénario en zone post-soviétique. Cela a amené Moscou à revendiquer un droit de regard et d’intervention dans sa sphère d’influence, lorsque ses intérêts vitaux sont menacés. Or, le 27/07/2009, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton dans une interview au Wall Street Journal, a très clairement rappelé à la Russie qu’elle ne devait plus chercher à ‘’imposer sa volonté’’ aux Etats issus de l’ex-URSS, au nom de son rôle passé dans la sphère soviétique – que Moscou viserait, selon elle, à rétablir (20). Dans le même temps, la Russie prône un rééquilibrage des relations internationales qui implique, par essence, son renforcement comme centre d’influence, un rôle plus grand de l’ONU et in fine, une réforme des institutions financières du FMI (Front monétaire international) et de la BM (Banque mondiale), en vue d’accroître l’influence des puissances émergentes du type BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). Ce faisant, en revendiquant le retour d’une gouvernance mondiale multipolaire, elle remet de facto en cause l’unilatéralisme américain.

 

L’héritage soviétique

 

 

Tendanciellement, la Russie post-communiste continue à se penser comme puissance mondiale (donc ‘’globale’’) et pour cette raison, s’appuie sur le noyau dur de sa conception stratégique structurée sous le régime soviétique – à partir d’une politique d’influence dans son proche étranger. Thomas Gomart revient sur cet aspect inertiel de la pensée stratégique russe : ‘’Néo-impériale pour les uns, post-impériale pour les autres, la fédération de Russie n’a nullement renoncé à exercer une influence pour promouvoir ses intérêts nationaux. Se pensant et se voulant mondiale, elle englobe désormais son ‘étranger proche’ dans une politique ambitieuse destinée à renforcer ses positions sur la scène internationale’’(21). En outre, dans le prolongement du soviétisme, la Russie moderne - en tant que système social - est caractérisée par un instinct de survie surdimensionné, qui l’a conduit à privilégier les contraintes sécuritaires dans sa politique extérieure. En ce sens, la stratégie russe est emprunte d’une forte inertie soviétique.

 

Le poids du soviétisme dans la structuration de l’identité russe reste sensible, car c’est sous le régime communiste que Moscou a existé en tant que puissance majeure, redoutée et respectée dans le monde. Et c’est principalement sous ce régime que la Russie a été considérée comme puissance égale à l’Amérique et, en cela, capable de faire contre-poids à son pouvoir hégémon (22). Avec justesse, G. Bensimon a ainsi affirmé que ‘’la ligne historique du capitalisme n'a traversé ce pays que sur une période relativement brève, et elle n'y a pas été dominante. Les rapports communistes y sont bien ancrés, le pays est massif, et si sa vocation historique est d'être une puissance mondiale, c'est incontestablement grâce au système communiste qu'elle l'a réalisée’’(23). Jusqu’en 1991, ce rôle spécifique de la Russie communiste a rendu possible une forme d’équilibre des puissances, structurellement opposées dans une implacable lutte Est/Ouest, mais neutralisées selon une logique de dissuasion nucléaire ‘’no first use’’ – rendant impossible toute première frappe. Car toute amorce de conflit nucléaire serait suicidaire, donc irrationnelle. Cela a été souligné par M. Gorbatchev : ‘’La guerre nucléaire est insensée ; elle est irrationnelle. Il n’y aurait ni vainqueurs, ni vaincus dans un conflit nucléaire généralisé : la civilisation mondiale périrait inévitablement. Ce serait un suicide (…)’’ (24). Arkadi Brich, directeur scientifique d'honneur de l'Institut russe d'automatique, qui a participé à la création de la bombe nucléaire soviétique, est persuadé que l’existence de cette dernière a permis d’éviter une troisième guerre mondiale, inaugurant en quelque sorte une forme de ‘’paix froide’(25). Et en ce sens, la Guerre froide a eu une fonction régulatrice implicite dans la stabilité mondiale, empêchant l’émergence de micro-conflits potentiellement menaçants pour cette dernière. Une paix idéologique, en quelque sorte.

 

De ce point de vue, la fin de la Guerre froide est une variable explicative majeure de l’instabilité géopolitique actuelle, doublement nourrie par la montée des revendications ethno-religieuses et par le retour des mouvements nationalistes – notamment en Eurasie post-communiste. Car cet équilibre (nucléaire) de la terreur - entre l’Est et l’Ouest - surdéterminé par l’idéologie, aurait de facto agit comme un verrou sur les tensions potentielles. La spécificité de ce contexte géopolitique explique, dans le cas soviétique, la primauté de la politique extérieure sur la politique intérieure (26), dans la mesure où cette dernière est totalement subordonnée à l’impératif de survie idéologique d’un régime structurellement menacé – et encerclé – par le bloc occidental. Gorbatchev, dans son ouvrage-référence, ‘’Perestroïka’’, rappelle cette méfiance naturelle de la Russie face à la puissance militaire de l’Occident : ‘’Nous ne pouvons oublier qu’avant l’ère nucléaire, l’occident a plus d’une fois opéré des incursions sur notre territoire. Et le fait que toutes les manœuvres militaires de l’Otan comportent invariablement des scénarios offensifs envers nous n’est t’il pas en soi éloquent ?’’ (27). Or depuis la transition post-communiste,  la stratégie américaine – sous la direction des Bush, père et fils – a réactivé les vieux ‘’reflexes’’ soviétiques de l’élite dirigeante russe et consolidé, selon J.P. Romer ‘’un sentiment autrement plus profond et permanent chez les russes : celui de l’encerclement par les puissances potentiellement hostiles, qui a constitué une constante dans l’histoire de la Russie.’’(28) La peur de la menace extérieure est donc profondément ancrée dans l’inconscient russe et par ce biais, dans la rationalité décisionnelle de l’élite dirigeante. En ce sens, l’expansion impériale russe - initiée sous le tsarisme - a une visée fondamentalement défensive, destinée à créer une zone-tampon et relayée, plus tard, par l’idéologie soviétique.

 

Un trait systémique du communisme soviétique est sa vocation à étendre son idéologie messianique à l’échelle planétaire, comme l’a rappelé Lilly Marcou : ‘’Le communisme, phénomène planétaire qui se confond avec le XX° siècle par sa présence prédominante sur toutes les scènes politiques, fut avant tout une idéologie à vocation internationaliste, soutenue par un mouvement mondial institutionnellement structuré.’’(29) Dans le cas de l’URSS, cette expansion - qui répond à un véritable besoin organique - visait aussi la création d’une zone d’influence fiable en vue de stabiliser sa domination dans son espace idéologique. Selon Alexandre Zinoviev, cette tendance organique expliquerait pourquoi l’immense Union soviétique - au nom de sa légitimité idéologique - a constitué ‘’après 1945, une grande zone d’influence en Europe de l’Est, modelant à son image cette partie du continent’’.(30) Et une implication de cette prégnance de l’idéologie dans la société soviétique et la constitution de son empire a été de fonder la priorité de son identité internationale sur son identité nationale. En dernière instance, cela explique que la question nationale - et identitaire - en Russie ait été occultée par le rôle historique d’une puissance idéologique globale, revendiquant le leadership mondial. Et cela, au nom de son combat d’avant-garde pour la libération des peuples, car pour reprendre J.F. Soulet, les dirigeants communistes s’étaient auto-proclamés ‘’hérauts d’une idéologie intrinsèquement anti-libérale et libératrice’’(31).

 

Ainsi, l’héritage soviétique est énorme. Non seulement il a influencé et ‘’éduqué’’ la mentalité russe dans l’esprit d’une ‘’citadelle assiégée’’, mais il a orienté la politique étrangère russe (en phase soviétique, puis fédérale à partir de 1992) contre un ennemi latent et politiquement opposé, la surpuissante Amérique – symbole supérieur de l’impérialisme, ‘’stade suprême du capitalisme’’ selon l’expression de Lénine (32). Et au-delà, la prégnance d’une idéologie soviétique universaliste - axée sur une mission mondiale - s’est imposée à toute conscience nationale et à terme, a fini par structurer un ordre social nouveau, lui-même générateur d’un homme nouveau : ‘’l’homo-soviéticus’’(33). Dés 1965, Che Guevara affirmait que ‘’Pour construire le communisme (…), il faut construire ‘l’homme nouveau’ ‘’ (34). Celui-ci, théoriquement soumis aux normes de l’idéologie communiste, a pour principale mission d’étendre cette dernière à la planète entière, au détriment de l’idéologie libérale qui exerce sur elle une menace permanente. Cette pression idéologique – et militaire – est une constante de la Guerre froide, forme de guerre latente entre deux ordres sociaux avides d’afficher leur supériorité. En définitive, la survie de l’ordre social soviétique a transformé la contrainte de sécurité extérieure en une véritable obsession pour les dirigeants russes.

 

Sous le régime soviétique, Moscou a structuré une zone de domination idéologique, jouant un rôle sécuritaire indéniable et s’étendant à l’Est européen. Mais dés 1989, la perte des alliés est-européens - qui préfigure celle des républiques soviétiques en 1991- tend à réduire de manière radicale cette zone d’influence impériale. Cela a justifié la création de la Communauté des Etats indépendants (CEI), à travers laquelle la Russie a essayé de préserver une forme d’influence politique (et économique) à sa périphérie sud, associée à une fonction stratégique (et protectrice) vitale. Désormais, comme le souligne sa doctrine stratégique, la CEI fait partie de ses ‘’intérêts vitaux’’ (dont nationaux) et surtout, de son espace potentiel d’intervention. Autrement dit - dans la continuité soviétique - elle reste la ‘’chasse gardée’’ de la Russie post-communiste et en conséquence, la première priorité de sa politique étrangère. Cette priorité a été explicitement précisée par la nouvelle orientation stratégique de Moscou, amorcée à la fin des années 1990, d’abord sous l’impulsion de E. Primakov - ministre des affaires étrangères de 1996 à 1998, puis premier ministre de 1998 à 1999 - et ensuite, sous celle de V. Poutine : ‘’Les intérêts nationaux de la Russie résident dans la protection de son indépendance, de sa souveraineté, de son intégrité d’Etat et territoriale, dans la prévention d’une agression militaire contre la Russie et de ses alliés (de la CEI : jg)’’ (35).

 

En 2009, la nouvelle doctrine militaire de Moscou a confirmé ce statut central de la CEI dans sa stratégie de puissance et de recomposition identitaire issue de la phase post-communiste. Et de manière globale, l’efficacité de la politique russe en zone post-soviétique (CEI) déterminera son futur statut international, dans la mesure où un contrôle renforcé de la CEI pourrait être utilisé par Moscou comme levier de son pouvoir dans les instituions multilatérales et par ce biais, de son influence dans la gouvernance mondiale. Cela est mentionné par Anne de Tinguy : ‘’L’avenir de la Russie, de ses positions dans le monde et de son projet de puissance se joue en partie dans l’espace post-soviétique.’’ (36) Or l’espace de la CEI est aujourd’hui au cœur d’une lutte d’influence avec l’Amérique, avide d’affaiblir la puissance russe, dans l’optique finale de contrôler le cœur stratégique de l’Eurasie. Autrement dit, la conflictualité bipolaire de la Guerre froide – sous des formes certes réactualisées – tend à perdurer en Eurasie post-communiste.

 

La douloureuse transition

 

Au lendemain de l’implosion de l’URSS, la Russie a connu une transition politique particulièrement difficile, grevée par la désagrégation et le retrait de l’Etat qui a affaibli la cohésion sociale – via le développement de la précarité économique et des inégalités – et favorisé l’extrémisme religieux, qui tend aujourd’hui à fragiliser (principalement) le Caucase nord (37). Début 2000, rapporte V. Fedorovski, 40% de la population vivait au dessous du seuil de pauvreté (38) (contre 12,4 % en 2009, suite à la politique sociale de Poutine (39). En effet, dans un pays naguère socialiste, ‘’où l’Etat se confondait avec le Parti unique, la désétatisation consécutive à la chute de l’ancien régime n’a fait qu’affaiblir le seul rempart qui aurait pu défendre les plus faibles’’.(40) Sous le régime soviétique, l’Etat-parti était le ciment social de la société russe, garant de son unité. Et cette transition vers l’économie de marché fut d’autant plus douloureuse pour Moscou, qu’elle l’a radicalement appauvrie et marginalisée sur la scène mondiale. La politique de réforme ultralibérale alors adoptée par Eltsine en vue de l’intégration de la Russie à l’économie mondiale a été perçue, par les citoyens russes, comme une trahison et comme une soumission totale au diktat américain. Désireuse d’obtenir des crédits et la coopération d’experts américains, la Russie de Eltsine s’est alors ‘’couchée’’ devant l’Occident et en définitive, favorisé la progression de la puissance américaine en Eurasie. L’objectif clé de la réforme était de désétatiser et de déréglementer l’économie russe en vue de faire émerger le marché. Mais un autre objectif (latent) de la réforme était d’étendre l’idéologie libérale à l’Eurasie post-soviétique, pour repousser la Russie et mieux défendre les intérêts vitaux de l’Amérique, dans le cadre d’un ordre international idéologiquement orienté. Ainsi, R. Kagan a reconnu que ‘’dans la mesure où ils croient à la puissance, les américains pensent que celle-ci doit servir à promouvoir les principes d’une civilisation libérale et d’un ordre mondial libéral’’ (41). Au final, cette ‘’thérapie de choc’’, proposée par J. Sachs et appliquée à la lettre par des bureaucrates incompétents et déconnectés de la réalité locale, s’est révélée totalement inadaptée aux conditions socio-économiques de la Russie, structurellement imprégnée de la culture soviétique. D’autant plus que cette reforme a été appliquée selon un mode de décision en ‘’vase clôt’’. Et au regard de son impact sur le tissu socio-économique russe, elle a été déstructurante. Suprême incompétence.

 

Associée à une ‘’décroissance économique ‘’ - croissance négative de 1994 à 1998 (42) - la perte du statut de grande puissance a été douloureusement ressentie. Comme le note A. de Tinguy, la Russie ‘’éprouvait (…) le sentiment d’avoir été humiliée sur la scène internationale. Le pays a développé une très forte nostalgie de la puissance perdue. Il considérait que la reconnaissance internationale qu’il avait eue avait disparu. La société était en quête d’ordre (…)’’ (43). Ce contexte de crise a crée, de facto,  un terreau favorable au retour du mythe stalinien du complot occidental. La politique du Consensus de Washington a été suspectée de vouloir maintenir la Russie dans un état de sous-développement relatif pour in fine, l’empêcher de se renforcer et de revenir sur la scène internationale, en tant que puissance concurrente de l’Etat américain. Au passage, on remarquera que la stratégie d’épuisement de l’économie soviétique - via la course au surarmement et l’IDS (44) - conduite au début des années 80 par R. Reagan, poursuivait le même objectif : affaiblir les bases économiques de la puissance russe pour éroder son pouvoir géopolitique et, à terme, la déstabiliser. Cette volonté d’accélérer la chute de la Russie est une constante de la stratégie occidentale sur long terme qui, dans un premier temps – durant la Guerre froide – a été justifiée par la lutte contre le communisme : ‘’La catastrophe russe a été voulue et programmée ici, en Occident’’, a reconnu A. Zinoviev (45). Dans son essence, cette régression statutaire de Moscou sur le plan international a coïncidé avec une politique occidentale globalement hostile et nuisant aux intérêts russes - comme l’attestent les manœuvres douteuses de l’Otan dans l’étranger proche de la Russie (dans le cadre du ‘’Partenariat pour la paix’’) (46)  et, en avril 1999, le bombardement meurtrier de l’ex-Yougoslavie (sans accord du Conseil de sécurité de l’ONU) dont une suite logique a été l’indépendance illégale du Kossovo, le 17 février 2008. Mais le plus inquiétant est que cette manipulation occidentale a réactivé l’idée d’une ‘’grande Albanie’’.

 

Ce renforcement de l’Otan en Eurasie post-soviétique s’est exprimé par sa globalisation, impliquant d’abord son expansion vers l’Est – ce qui a conduit S. Lavrov, chef de la diplomatie russe, à s’interroger sur sa fonction sécuritaire en Europe : ‘’Je ne crois pas que cette résolution des questions liées à l’expansion de l’Otan vers l’Est puisse contribuer au renforcement de la sécurité européenne (…)’’.(47) Mais ce qui inquiète le plus Moscou est l’extension de l’Otan aux ex-républiques soviétiques - dont les prochaines cibles sont la Géorgie et l’Ukraine, qui appartiennent à son étranger ‘’très’’ proche. Récemment, J. Biden, en visite en Ukraine, a confirmé le soutien américain à la volonté de ces dernières d’intégrer l’Otan, s’opposant en cela ouvertement à la position russe. Et le 21/07/2007, J. Biden a visé implicitement la Russie en s’adressant aux ukrainiens : ‘’Personne n’est en droit de vous dicter quelle alliance rejoindre’’ (48). En d’autres termes, Moscou doit abandonner ses anciennes pratiques impériales en zone post-soviétique et renoncer définitivement à toute idée d’ingérence dans les affaires intérieures d’Etats (désormais) souverains. Un peu plus tard, lors de son séjour en Géorgie, J. Biden a réaffirmé que ‘’Nous (les américains : jg) soutenons entièrement le désir de la Géorgie d'intégrer l'Alliance atlantique et continuerons de l'aider à se mettre au niveau des normes requises’’(49). Dans le même temps, Washington a accueilli favorablement la demande d’aide militaire de la Géorgie, qui continue à voir la Russie comme un ‘’ennemi mortel’’. Dans l’optique d’adapter la Géorgie aux normes de l’Otan, Washington a promis de coopérer avec elle ‘’pour maintenir ses forces armées, l’aider à s’entraîner et à s’organiser’’(50). Aujourd’hui, la Géorgie - qui continue ses provocations à l’égard de Moscou - reçoit l’aide américaine par habitant la plus importante au monde, selon le propre aveu de J. Biden. Et ce dernier a réitéré la position américaine sur la nécessité de respecter l’intégrité territoriale de la Géorgie - alors que celle de l’ex-Yougoslavie a été objectivement violée - tout en demandant in fine à Moscou de revenir sur sa reconnaissance de l’indépendance des deux républiques séparatistes géorgiennes d’Ossétie du sud et d’Abkhazie. En réponse, le 26/08/09, V. Poutine a affirmé que cette reconnaissance était ‘’irrévocable’’ et qu’il ne tolérera ‘’aucune tentative de revanche, ni de nouvelles aventures militaires dans la région’’ (51). En conséquence, Moscou n’a à recevoir de leçons de morale de personne, et encore moins d’une Géorgie vindicative et allègrement soutenue par Washington. Inutile gifle.

 

Cette configuration géopolitique a alors renforcé en Russie (en proie à des crises nationalistes et séparatistes) la peur d’une agression militaire de l’Otan, au nom d’un devoir d’ingérence humanitaire ou du droit des peuples à disposer d’eux même, voire de principes démocratiques à géométrie variable – comme dans le cas de l’ex-Yougoslavie et de l’Irak. Certains dirigeants russes ont même pensé que seule la détention de l’arme nucléaire avait empêché la reproduction d’un tel scénario en zone post-soviétique, s’insérant dans une stratégie plus globale de ‘’guerre préventive’’(52) contre le terrorisme, inaugurée par le Pentagone dans les années 2000 et destinée à neutraliser les menaces potentielles – au mépris du droit international. H. Kissinger a  reconnu, à propos de la guerre en Irak, qu’il s’agissait de faire comprendre ‘’au reste du monde, que notre première guerre préventive nous a été imposée par les faits et que nous cherchons à servir la cause du monde, et pas seulement nos propres intérêts’’(53). De manière globale, le déclin géopolitique de la Russie post-communiste, ajouté à son état de délabrement économique, social et psychologique – provoqué par l’inefficacité structurelle des réformes – a fait le nid d’un nationalisme anti-occidental, surtout anti-américain. A l’époque, l’impression du citoyen russe est de payer, à travers la crise systémique, la défaite symbolique de la Guerre froide. Ultime humiliation.

 

L’impression dominante a été alors que les intérêts nationaux russes - dont les actifs économiques et industriels -  avaient été bradés dans le cadre d’une douteuse procédure de privatisation profitant d’une part, aux entrepreneurs étrangers et d’autre part, aux oligarques russes. Mais le plus scandaleux dans cette ruine morale et économique de la Russie a été d’assister - sous la bienveillance d’Eltsine - à la naissance d’une véritable nomenklatura capitaliste, infiltrant le pouvoir central et qualifiée par L. Marcou de bourgeoisie moderne ‘’compradoro-mafieuse’’ (54). A cela s’est ajouté un recul territorial spectaculaire, enlevant à l’Empire russe des espaces stratégiques ou politiquement importants - porteurs des racines européennes de la Russie - tels que les ex-républiques de Biélorussie, de Géorgie et d’Ukraine. Cette rupture géopolitique, en réactivant le ‘’spectre du séparatisme régional’’ (55) - par ailleurs encouragé par la main insidieuse de Washington - conditionne le caractère instable de la transition russe post-communiste.

 

Dans ses grandes lignes, cette instabilité de la transition a été renforcée par le déclin du surpuissant complexe militaro-industriel, principal levier de la croissance économique russe depuis la période soviétique. Mais surtout, ce déclin a, de facto, précipité celui de l’armée russe. Et en raison d’une compression abyssale du budget militaire (56), souhaitée par Washington, l’armée russe vieillissante a été laissée à elle-même et sa capacité de défense – dont nucléaire – a été considérablement réduite. Cette marginalisation de la composante militaire (aggravée par l’absence d’investissement) a contribué à nuire à l’image internationale de l’Etat russe, ancienne superpuissance de la Guerre froide et partageant avec l’Amérique, le leadership idéologique mondial. D’autant plus que la puissance militaire est un élément clé du statut géopolitique de la Russie et, dans le même temps, le symbole historique d’un Etat fort. Autrement dit, l’armée est un vecteur à la fois structurant de l’identité nationale russe et garant de la stabilité politique du régime. Et en définitive, ce déclin international de la Russie eltsinienne a été favorisé par l’absence d’une réelle politique étrangère, c'est-à-dire indépendante et déconnectée de l’influence de Washington – et, en rupture avec la tradition soviétique, incapable de s’appuyer sur le levier militaire.(à suivre)

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