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Ahmed Foued Negem menacé d’emprisonnement

Publié le par Mahi Ahmed


Ahmed Foued Negem menacé d’emprisonnement

Mots de braise

 

 

«Nous nous sommes reconnus et rassemblés 

Ouvriers, paysans, étudiants

Notre heure a sonné

Nous nous sommes engagés

Sur un chemin sans retour

La victoire est à portée de mains

La victoire pointe à l’horizon »

 

 

 

Etoile, dans la longue nuit d’un monde arabe englué dans la dictature, Ahmed Foued Nagem, tu éclaires un horizon assombri par l’arbitraire, l’oppression et l’autoritarisme. Quand tes mots grondent, les fondements du pouvoir tremblent. Quand tes mots tonnent, le pouvoir vacille. Compagnon de nos routes sinueuses, jonchées d’épines, de drames et de tragédies, depuis 1967, tu n’as cessé de tisser des mots-volcans pour éveiller les consciences, pour réveiller les peuples, plongés dans un sommeil lourd et pesant. Quand l’aurore se leva sur les rives du Nil, le bonheur nous submergea. Mais voila que les ombres du passé brandissent le spectre d’une geôle. Comme ils n’ont aucune raison valable, ils invoquent un prétexte déraisonnable : atteinte à l’Islam et critique du régime militaire.

Durant plusieurs décennies, les penseurs, écrivains, artistes, intellectuels ont été poursuivis, emprisonnés pour leurs idées, leur opposition à des régimes totalitaires qui ont condamné la pensée et tué la liberté d’expression, rares l’ont été pour des raisons religieuses. Mais, voila que les révolutions arabes nous réservent un nouveau mal : le fanatisme qui s’attaque à tous ceux qui pensent différemment en leur jetant l’anathème : profanation de la religion, accusations de plus en plus virulentes au nom d’un islam rigoriste et intolérant.

«Quand le soleil se noie dans une mer de brume

«Quand une vague de nuit déferle sur le monde

«Tu n’as plus d’autre guide que les mots»

Negem, tes mots ont illuminé nos journées maussades, nos nuits sombres, ont ensoleillé nos hivers interminables, ont calmé nos tempêtes intérieures, nos colères rentrées, ont cicatrisé nos blessures, nos déchirures, ont allégé le fardeau des combats âpres pour survivre et se relever. Tes mots ont séché nos larmes, ont rallumé l’espérance dans les yeux éteints, ont insufflé force et détermination. Tes mots sont le lien qui unit tous les damnés de la terre. Répétés, repris, appris, criés, chuchotés, murmurés, les jours de terreur et de détresse, quand le découragement ankylose et pétrifie, les jours douloureux pour des peuples écrasés, pour des militants désemparés. Des jours pénibles et harassants pour des travailleurs et des ouvriers exploités : conditions de vie difficiles, salaires dérisoires, précarité, pauvreté, misère. Negem, tu parles au nom des déshérités, des laissés pour compte, des marginalisés par un système injuste qui favorise les nantis et asservit les plus faibles.

Quand les libertés s’évanouissent, l’indignation monte et la colère tonne, la réponse est implacable : « le bâillon pour la bouche et pour la main, le clou ». La terreur de l’état policier et du parti unique s’abat comme un glaive. Société asphyxiée, citoyens écrasés, plongés dans la nuit et le brouillard, militants poursuivis, arrêtés, les libertés sacrifiées. Arrestations arbitraires, tortures, angoisses et interrogations.

Negem, tes mots protestent, contestent et condamnent des dirigeants qui ont spolié leurs peuples et dilapidé les richesses des pays. Negem, tu t’adresses à Moubarek, le dictateur déchu :

«Monsieur, le déchu, revenez parmi nous

«Puisque vous dîtes que vous êtes l’un d’entre nous

«Vous avez sucé notre pays et notre sang

«Nous, peuple spolié et crucifié

«Revenez écouter notre sentence :

«Œil pour œil, dent pour dent »

Des mots qui, tel un raz-de-marée, ont emporté des dictatures et des ténèbres. Tes mots, ce parler populaire vrai et percutant qui jaillit, hurlement, geyser, orage, racontent les souffrances, les drames, les tragédies des peuples muselés, les rêves avortés et les aubes à venir. Bouffées salutaires d’espoir, ils nous permettent de résister et de rester debout.

Negem, te voila, à quatre-vingt-deux ans, après dix-huit ans passés dans les geôles, menacé d’emprisonnement pour un prétexte fallacieux par ceux qui ont confisqué la révolution du peuple, toi qui aimes ton pays comme on adore une bien-aimée, toi qui vénères ce pays au point de « le porter dans les yeux », toi qui le chantes, l’exaltes et attends sa délivrance, son lever du soleil.

Tounès THABET

http://www.pressetunisie.net/letemps3.php

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L’appel de la Nation» de Béji Caïd Essebsi

Publié le par Mahi Ahmed


«L’appel de la Nation» de Béji Caïd Essebsi

 

Les recettes bourguibistes au goût du jour

Le dernier meeting organisé, samedi dernier, à Monastir par l’association nationale de la pensée bourguibienne, a eu lieu dans une conjoncture politique émaillée de morosité, de doute, ajouté à cela des craintes et une torpeur justifiée par la poussée des saadistes qui peut menacer l’édifice de l’Etat civil. L’hésitation trop duré, avant la déclaration de Ghannouchi hier, du parti au pouvoir Ennahdha concernant le maintien de l’article premier de la Constitution de 1959, stipulant que la Tunisie est un Etat dont la religion est l’islam, la langue l’arabe et le régime la République.

 

Les différents appels à l’application de la Chariâa comme unique source de la législation, instrumentalisés par des figures autoproclamées « défenseurs de la Religion », n’ont fait qu’attiser les craintes de voir les acquis modernistes de la société tunisienne ballottés avec le risque d’être remis en cause. Les différentes manifestations des salafistes marquées de violences verbales poussant parfois aux actes sans que le pouvoir en place ne réagisse de manière rigoureuse n’ont fait que donner une image négative d’Ennahdha et du pouvoir en place dans l’opinion publique. La profanation du drapeau national à la Faculté des Lettres et des Humanités à La Manouba a été la goutte qui a fait déborder le vase. D’ailleurs, les étudiants candidats de l’UGTE d’obédience nahdhaouie aux différents Conseils Scientifiques des Facultés et institutions universitaires en ont payé la tribu traduit par une déroute électorale. Les candidats de l’UGET avaient pris le dessus.

La réussite du meeting de Béji Caïd Essebsi, à Monastir, s’explique entre autres, par ces peurs. L’ancien premier ministre a réussi son passage lors de la première période transitoire qui a mené aux élections du 23 octobre dernier. Il a tiré les leçons des résultats des élections qu’il résume en deux chiffres 1.500.000 Tunisiens ont voté pour Ennahdha et 1.500.000 Tunisiens ont vu leurs voix perdues puisqu’elles n’ont bénéficié à aucun candidat. Le besoin de regroupements est devenu plus que nécessaire. Certains pensent qu’il est même devenu urgent pour éviter l’effritement des voix, lors des prochaines élections. La Tunisie a réussi la première étape de la transition démocratique avec l’organisation d’élections dont les résultats n’ont pas été fondamentalement remis en cause par les différents candidats en lice. Pour achever la transition démocratique, il faut réussir la deuxième étape. C’est la responsabilité du gouvernement actuel. Un nouveau code électoral doit être promulgué. L’Instance Supérieure Indépendante des Elections (ISIE) doit reprendre du service.

Pour que la Tunisie devienne réellement un pays démocratique à l’instar des démocraties avancées, il faudra que le paysage politique soit équilibré, afin que l’alternance soit possible.

D’ailleurs on ne peut parler de démocratie si les conditions de l’alternance n’existent pas.

Les partis centristes n’ont pas d’autre choix que celui de s’unir. Les égos doivent être dépassés. C’est ce qu’ont compris les forces progressistes et modernistes autour d’Ettajdwid qui vient d’achever les travaux de son dernier congrès et d’élire une nouvelle direction chargée d’achever le processus d’unification des forces progressistes, avec une perspective de rejoindre l’initiative de Béji Caïd Essebsi dans une deuxième étape. Le Parti du Travail Tunisien (PTT) dirigé par Abdejelil Bédoui a intégré cette initiative avec les indépendants du Pôle Démocrate Moderniste (PDM) et d’autres personnalités. Le 2 avril prochain aura lieu une conférence nationale où une direction commune sera proclamée. Boujemâa Rémili, secrétaire national d’Ettajdid chargé de la coordination avait déclaré samedi, au nom de ce groupe que « la pensée bourguibienne n’est pas l’héritage des seuls Destouriens, mais de tous les Tunisiens ».

Qui aurait cru, quelques années en arrière, que des militants d’Ettajdid seraient aussi élogieux en évoquant Bourguiba ? Il avait affirmé en substance le lendemain du congrès d’Ettajdid que rejoindre l’initiative de Béji Caïd Essebsi se fait par sens du devoir national. « L’identité d’Ettajdid consiste à se mouvoir dans les intérêts nationaux, même si cela déteint sur nos intérêts partisans. Le fil conducteur de toutes nos luttes est l’intérêt national, en dépit des erreurs et des difficultés ».

L’autre groupe de partis composé du Parti Démocrate Progressiste (PDP), d’Afek Tounes, du Parti Républicain va s’unir lors d’un congrès qui aura lieu à Sousse les 7 et 8 avril prochains. Le 9 avril, le regroupement de six partis sera annoncé. D’ailleurs, Ahmed Néjib Chebbi, fondateur du PDP, n’a pas manqué à son tour de faire l’éloge du leader Habib Bourguiba et d’exprimer sa reconnaissance à Si El Béji pour la réussite de la première étape dans la transition démocratique. « En collaborant avec Si El Béji, le pays sera remis sur les rails ».

L’avantage de l’initiative Appel de la Nation, est qu’elle fédère de nombreux partis se proclamant centristes et modérés. Il en est ainsi des partis destouriens, convertis à la démocratie. Ils sont les enfants d’un parti qui avait mené la lutte de libération nationale, bâti l’Etat moderne. Ils se projettent comme les premiers héritiers de la pensée bourguibienne. A leur tour, ils ont finalisé des opérations d’unions et de regroupement. La participation de Kamel Morjène et de Faouzi Elloumi et leurs interventions dans le meeting consacrent leur adhésion à l’initiative de Béji Caïd Essebsi. Il le considère comme l’homme de la situation.

Une chose est sûre, l’opposition a un besoin urgent d’un leader qui fédère dans un front large et ouvert les forces centristes et modérées. Béji Caïd Essebsi, dans la conjoncture actuelle est en train de réussir un rôle fédérateur que d’autres ne peuvent jouer étant marqués par leur appartenance partisane. L’arrogance des vainqueurs des élections du 23 octobre n’a fait que renforcer les chances de succès de l’initiative de Béji Caïd Essebsi. Il ne suffit pas de fédérer, il faut que les méthodes de travail et de communication changent.

D’ailleurs, le succès du meeting de Monastir, a encouragé les organisateurs à en programmer d’autres. Le prochain devra avoir lieu à Jendouba ou Gafsa. Enfin, pour nombreux observateurs, les noms de certaines figures du Rcd ne doivent pas occuper le devant de la scène.

Hassine BOUAZRA

http://www.pressetunisie.net/letemps3.php

Publié dans TUNISIE Spécial

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Onu, Libye et droits de l'homme

Publié le par Mahi Ahmed

Onu, Libye et droits de l'homme

 

Chaque jour qui passe nous confirme la conception des droits de l'homme que nous devrions adopter. Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, l'ultime référence en la matière, vient de produire une résolution qui "encourage le gouvernement de transition libyen à enquêter sur les violations des droits de l'homme ". On remarque tout de suite qu'il n'y a aucune dénonciation ou condamnation et aucune injonction à mettre un terme aux exactions en cours contre les Libyens noirs, les Africains et contre l'opposition au CNT et aux bandes armées. Il y a juste un " encouragement " à enquêter sur des " violations des droits de l'homme ", de façon indéterminée. Le même conseil a rejeté une proposition russe, pourtant très soft sur le ton, qui voulait pousser le " gouvernement de transition à aborder les cas de détentions arbitraires, notamment de ressortissants étrangers, et à libérer immédiatement ces personnes ou leur permettent d'être jugées en bonne et due forme ". Quoi de répréhensible dans cette proposition ? Surtout quand on sait la teneur des résolutions appliquées à d'autres pays. Et les Russes ne sont pas les seuls à avoir été éconduits. L'Ouganda, convaincu de son devoir envers les Africains livrés au racisme, à la torture et au meurtre, a cru bon de mettre sur la table un amendement pour faire " part de sa profonde inquiétude face aux mauvais traitements infligés aux personnes issues du sud du Sahara " et pour introduire une précision dans " l'encouragement ", celle de " faire des enquêtes sur toutes les violations y compris à l'égard de membres de minorités ethniques et de migrants ". L'Ouganda a été prié de ranger sa copie, elle ne passera pas. Les raisons du rejet sont d'une simplicité désarmante. Selon l'AFP, " la majorité des pays s'étant opposés aux amendements ont expliqué ne pas avoir eu le temps de les étudier ". Parce que, à leur décharge, la complexité des termes exige un effort d'étude insurmontable. Il ne suffisait pas des quelques secondes que, ordinairement, le quidam y consacre, il faut convoquer le ban et l'arrière ban des " spécialistes ", capables de dire en quoi les mots proposés peuvent ne pas être conformes au langage des relations avec un pouvoir " démocratiquement " installé au nom des droits de l'homme et par leur bras armé, l'OTAN. Ainsi la Libye est entrée dans la liste des pays qu'on ne peut pas interpeller, au même titre que le Bahreïn, par exemple. La preuve, la répression qui s'est abattue sur des milliers de démocrates à Manama, n'a ému aucun des droitdelhommiste qui nous ont habitués à réagir au quart de tour, dans certains cas bien choisis et même à devancer l'appel. Les Libyens et les Africains persécutés devront se faire une raison. En Libye, les droits de l'homme n'ont pas le même contenu que leur donnent les beaux textes de l'ONU. Les Palestiniens le savent déjà, depuis plusieurs décennies. Le reste du monde et, probablement, y compris certaines populations du " Monde-libre ", vont découvrir progressivement le sens qu'il faudra donner au droit, en fonction de la nature de ceux qui le transgressent.

Par Ahmed Halfaoui

Sour ce : Les débats du 27.3.12

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folio. Waciny Laredj : Il y a péril

Publié le par Mahi Ahmed

folio. Waciny Laredj : Il y a péril…

le 27.03.12

 

L’œuvre littéraire et sociale de Waciny Laredj reflète non seulement ses propres impulsions, ses recherches et ses convictions, mais encore les inquiétudes, les problèmes, les péripéties et les luttes de notre époque orageuse. Ses romans, notamment, frappent par leur caractère complexe. Profondément imbus d’humanisme, animés d’efforts continuels en vue d’une recherche honnête et sincère de la vérité, visant à défendre la cause de la justice, pénétrés de l’amour de l’homme et du peuple, ils incarnent une époque algérienne. Malgré les forces du mal qui assombrissent toujours le ciel de cette Algérie tant convoitée, les héros de Waciny Laredj cherchent constamment une voie lumineuse vers l’avenir.

C’est le cas de Mourad Basta, héros du roman La maison andalouse. La résolution avec laquelle il s’est dressé contre «la démolition» de cette vieille maison de style andalou par les autorités et «l’office immobilier» a exercé une grande influence sur nombre de ses voisins et, plus tard, sur les citoyens de son pays. Détruire cette «maison» pour construire à sa place un building, n’est-il pas un acte criminel ? Mourad Basta était l’héritier légal de cette «maison» symbole de toutes les résistances. En effet, elle a été construite par Sidi Ahmed Ben Khelil dit «Galélo», un Maure qui avait fui les tribunaux d’inquisition de l’Espagne du XVIe siècle. Il l’avait léguée à sa bien-aimée, Soltana Palacios.

Quand les Turcs envahirent le pays, un peu plus tard, le corsaire, Dali Mami, a violé la propriétaire de «la maison andalouse» et a squatté ce vestige ancestral. Durant la colonisation française, «la maison» est devenue le siège de la première mairie d’Algérie. Ensuite, elle a été transformée en conservatoire. Justement, Mourad Basta voulait que «les autorités» restaurassent «la maison» pour en faire un conservatoire. De la musique dans une «maison» aussi vieille et délabrée ? Personne ne veut prendre au sérieux les propositions de Mourad Basta. Wacing Laredj appelle ceux qui veulent détruire «la maison» par un sobriquet plein de nuance : «Les nouveaux héritiers».

Ces derniers détiennent tous les pouvoirs. «Ils ne laissent personne respirer librement».
Cependant, ils «rejettent tout sur le peuple». Ainsi, quand un incendie ravage «la maison andalouse» (un acte criminel, prémédité ?) on fait circuler une rumeur selon laquelle «la maison andalouse» est devenue «un danger pour les riverains !».
Allilou Bombatomique, «le barbu», dira à Mourad : «Cette maison est porteuse de malheur, quitte-la, ô oncle Mourad !».
Chez Waciny Laredj, l’indignation et la lutte contre les injustices et la société corrompue sont indissolublement liées à la volonté populaire. Même si Mourad Basta ne réussira pas à sauver «la maison andalouse», son combat restera un exemple de courage et d’héroïsme pour ses concitoyens. Dans La maison andalouse, Waciny Laredj a fait une analyse pénétrante de la situation de l’état d’esprit et surtout de la corruption des «nouveaux héritiers».

Un roman à lire absolument.
La maison andalouse (en arabe), éditions Espace libre, Alger 2011.

Djilali Khellas

Source : El Watan du 27.3.12

Publié dans Choix d'articles

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Des transitions sous haute surveillance

Publié le par Mahi Ahmed


Des transitions sous haute surveillance

 

Par Ammar Belhimer

Pourquoi des partis dits «islamistes », exclus de la sphère politique pendant la dernière décennie, se retrouvent à l'avant-garde de la vie politique arabe ? C’est la question que se pose Barah Mikaïl pour Fride, un think tank européen pour les questions stratégiques(*).
Les victoires électorales d’Ennahda en Tunisie, des Frères musulmans en Égypte (avec les salafistes, ils représentent ensemble les deux tiers de l'Assemblée législative) et de leurs camarades en Libye anticipent une hégémonie des formations confessionnelles sur les agendas politiques arabes — les derniers résultats électoraux de 2011 confirmant que des élections relativement libres dans le monde arabe donnent systématiquement un soutien appréciable du public pour l'islam politique (en moyenne un peu plus du tiers des voix auxquelles correspondent des parts nettement supérieures de sièges en fonction du mode de représentation), comme en Algérie en 1990, l'Égypte en 2005 et les territoires palestiniens en 2006. Aussi, l’auteur ne se fait aucun doute là-dessus : «De récents résultats électoraux semblent indiquer que la stricte laïcité ne sera pas une option pour les nouveaux États arabes dans un proche avenir. Il reste encore à voir quelle formule d’islam politique adopteront les démocraties émergentes, en évoluant sur un spectre allant du modèle théocratique iranien jusqu’à l’inflexible laïcité turque.» Selon le cas, «la ligne de démarcation entre la religion et l'ethnicité, la culture et la tradition n'est pas toujours claire». L’étude se propose alors de «tirer quelques enseignements d'autres pays et régions sur les diverses fonctions que peut jouer la religion dans la transition d'une société vers la démocratie». Outre la Tunisie, l’Égypte et la Libye, le poids des forces islamistes au Yémen demeure incertain, mais leur influence gagne en importance en Jordanie et au Maroc, où le Parti de la justice et du développement (PJD) a gagné les élections de 2011. Cela ne signifie pas pour autant «que le monde arabe doit automatiquement embrasser la Charia ou rejeter la laïcité». En général, l’Ijtihad est socialement sollicité sur le statut de la femme comme c’est le cas de nos jours au Maroc où, il y a quelques jours, Amina Filali, jeune fille de 16 ans violée, battue et obligée d'épouser son violeur, s'est donné la mort — le seul moyen à ses yeux d'échapper au piège que lui ont tendu son violeur et la loi. L'article 475 du code pénal marocain permet aux violeurs d'échapper à des poursuites et d'éviter une longue peine de prison en épousant leur victime si elle est mineure. Depuis 2006, le gouvernement promet d'annuler cet article de loi et d'adopter une législation interdisant les violences faites aux femmes, mais cela n'a pas encore eu lieu. Au-delà de leurs programmes, les islamistes récoltent le fruit de leur opposition radicale et systématique aux anciennes dictatures néo-libérales et corrompues, bons élèves du FMI et de la Banque mondiale, longtemps érigés en modèles à suivre pour avoir adopté l’économie de marché sans régulation et un Etat musclé de droit au service des seuls intérêts dominants. La longue persécution des islamistes leur procure aujourd’hui la crédibilité, la popularité et la légitimité nécessaires pour ramasser les soutiens populaires, alors que les partis libéraux et laïques perdent du terrain pour avoir été quelque peu complaisants, du moins pas assez intransigeants, vis-àvis des anciens dirigeants. Il faut dire que, pendant longtemps, les dictateurs arabes ont étroitement contrôlé la sphère religieuse, comme cela a été le cas pour Al-Azhar en Égypte, et des oulémas en Arabie saoudite et en Syrie, mais les efforts pour éradiquer les partis religieux et pour instrumentaliser la religion n’ont toutefois pas altéré l’attrait populaire pour les partis dits «islamistes ». L’action caritative a souvent suppléé la répression pour maintenir intactes leur visibilité et leur présence sociale. Il ne leur restait plus qu’à attendre le moment favorable pour s’imposer comme la seule alternative crédible aux pouvoirs autoritaires déchus. La manne financière du Qatar et de l'Arabie saoudite aidant, les élections ne furent, partout, qu’une simple formalité de confirmation. L'élan islamiste actuel n’a pas pour autant converti le monde arabe aux préceptes religieux rigoristes portés par les salafistes, ni entamé de nouvelles «foutouhate». Par retour de balancier, les partis islamistes s’efforcent partout de rassurer leurs alliés du moment, anciens opposants libéraux et laïcs, ainsi que la communauté internationale, fraîchement convertie à la thèse du containment de l’islamisme. Ce faisant, ils opèrent eux aussi une conversion, qui leur sera douloureuse, à la nouvelle religion (démocratique) et au nouveau cadre de gouvernance qui leur a été fixé. Ce nouveau cadre repose, pour l’essentiel, sur le mot d’ordre de «free market for free muslims» (un marché libre pour des musulmans libres) qui rend l’islamisme politique parfaitement soluble dans des choix économiques et sociaux néo-libéraux qui n’entravent pas les intérêts énergétiques et commerciaux occidentaux. Toute la nouvelle équation se résume au respect démocratique des valeurs islamiques et à l’expérimentation des règles d’alternance, y compris entre différents courants islamistes. En Égypte, les Frères musulmans, plus rodés aux alliances internationales, visent le contrôle des secteurs de souveraineté que sont les affaires extérieures, la sécurité intérieure et la défense, alors que leurs alliés salafistes, aile roturière, prétendument novice en politique et dont le radicalisme ne prédisposait pas à une insertion aussi prompte dans le jeu institutionnel, hériteront de l’encadrement moral de la société par le contrôle des mosquées, de l’éducation et des actions de solidarité. Ailleurs, les cohabitations peuvent être encore plus soft pour cette première raison : «Les partenaires occidentaux considèrent généralement une séparation stricte entre l'Etat et la religion comme une condition préalable nécessaire à l’existence d’un système politique démocratique. Mais cette vision n'est pas viable dans le contexte Mena, où la religion ne peut pas pour le moment être exclue de la sphère publique. La fracture entre la foi et les acteurs politiques laïques au Moyen- Orient est une illusion. Les partis progressistes et laïques ne s'isolent pas des croyances religieuses.» Par ailleurs, «toute tentative visant à exclure définitivement la religion de la vie publique et politique se heurterait à la critique publique la plus dure». Aussi, «la laïcité n’est pas nécessairement souhaitable pour la région, puisque la religion peut servir comme une puissante force pour la cohésion nationale, en fournissant par exemple un terrain d'entente entre conservateurs et libéraux». Même si les processus ne sont jamais similaires, quels peuvent être les points communs entre des expériences internationales similaires passées d’un équilibre réussi entre la règle de droit démocratique, d’une part, et les normes et traditions religieuses, d’autre part ? La première mise au point est relative au rapport démocratisation, modernisation et sécularisation : «La transition vers la démocratie conduit souvent à la modernisation, mais la modernisation n’implique pas forcément sécularisation. L'Indonésie, la Malaisie et Singapour sont tous passés par des processus de transition, sans exclure complètement la religion de la sphère politique. En Turquie, malgré l'orientation laïque d'Atatürk, l'Islam reste un point de référence solide à la fois pour la population et pour le parti au pouvoir AKP.» La seconde mise au point se rapporte à la relation entre l’ordre démocratique et l’impact de la religion : «Qu’un rôle important soit dévolu à la religion ne signifie pas nécessairement obstacle à la consolidation d'un ordre démocratique. En Indonésie, la période post- Suharto, après 1998, a permis une plus grande tolérance des croyances religieuses, y compris en politique. Le pluralisme, même imparfait, permet aux partis politiques indonésiens de se référer à des croyances religieuses. En Afrique du Sud, les partis politiques se réfèrent au christianisme (Parti africain chrétien démocrate) et à l’Islam (al- Jama'a) pour la définition de leurs programmes. En Pologne, le catholicisme joue un rôle important dans la société et l'Église catholique y conserve popularité et prestige.» Dans l’ensemble, les transitions réussies reposent sur un effort préalable destiné à construire la confiance mutuelle et à prendre des mesures politiques résolues pour asseoir la coexistence pacifique, le dialogue, le vivre-ensemble et la culture de la paix. Dans ce processus, la religion a un rôle à jouer : «Dans les années 1980 en Amérique latine, l'Église catholique a joué un rôle-clé dans la transition de régimes autoritaires à la démocratie. L'Église a d'abord soutenu le processus de réorganisation nationale en Argentine (1976-1983). Elle a gardé ses distances avec Pinochet au Chili, et restée proche de mouvements populaires pour le changement au Salvador.» Pour l’essentiel, «le déterminisme culturel et religieux est un mythe. La prospérité et la religiosité forte ne sont pas incompatibles, et aucune religion ou conviction n’est plus favorable à la transition pacifique vers la démocratie que l'autre. Une véritable démocratisation ne signifie pas inévitablement le triomphe de la laïcité. De même, les théories qui considèrent l'islam comme incompatible par nature avec le progrès, le pluralisme et la démocratie, se trompent». «Les partis politiques qui basent leurs programmes sur des considérations religieuses ne sont pas opposés à la richesse, la prospérité, le marché libre ou le libéralisme.»
A. B.

(*) Barah Mikaïl, Religion and Politics in Arab Transitions, FRIDE, Policy Brief, n°116, february 2012, www.fride.org.

http://www.pressealgerie.biz/

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Parution aux éditions INAS

Publié le par Mahi Ahmed

J’informe les lecteurs du blog de la parution, aux éditions INAS,  du livre de A. Rebah :

 Economie algérienne: le développement national contrarié,

préfacé par Rolande Borrelly

Publié dans Information

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Elections présidentielles au Vénézuela

Publié le par Mahi Ahmed

Elections présidentielles au Vénézuela 

Hugo Chavez grandissime favori, les réalisations de douze ans de révolution bolivarienne plébiscitées 

Article de Pedro Campos, pour Avante, organe du Parti communiste portugais (PCP)

 

Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Hugo Chavez, malgré son état de santé, paraît se diriger vers une nouvelle victoire électorale. Cela paraît désormais assez clair. Tout comme les raisons qui l'expliquent.

 

Le 7 octobre prochain, le peuple Vénézuelien va voter pour les élections présidentielles. On connaît déjà les candidats, Hugo Chavez, pour le camp progressiste du processus bolivarien. Capriles Radonski pour la contre-révolution liée à la bourgeoisie nationale et à l'impérialisme. Ce sera une nouvelle journée où se jouera le destin des vénézueliens. Ou les grandes majorités historiquement oubliées continueront à avancer dans la conquête d'une vie meileure, où retomberont dans le néo-libéralisme le plus cruel avec ses indicdes de pauvreté en progression constante. Parmi ce qui est en jeu, le destin de l'industrie pétrolière. En ce moment, elle est au service du peuple. Dans le cas – bien peu probable – d'une victoire de la réaction – elle repasserait entre les mains des grandes trans-nationales. C'est ce que déclare Ramos Allup, du parti Action démocratique, que soutient Radonski, qui a admis que les forces de la Coalition pour l'unité démocratique (coalition anti-chaviste) souhaitaient introduire la privatisation de PDVSA dans le programme du gouvernement.

 

Le pourcentage de pauvres au Vénézuela passe de 48 à 27% en dix ans

 

Selon l'enquête de la CEPAL (Commision économique pour l'Amérique latine et les Caraibes), en 2010« le nombre de vénézueliens en situation de pauvreté se situe à 27,8% »,ce qui indique que le Vénézuela est le troisième pays de la région à compter le moins de pauvres (Argentine et Uruguay, 8,6%, Panama 25,8%). La Colombie, qui est habituellement présentée dans les médias comme un pays exemplaire, est parmi ceux qui comptent le plus de pauvres (44,3%).

 

La CEPAL souligne également ce qui est sans le moindre doute le résultat des politiques populaires de l'administration bolivarienne : entre 2001 et 2010, le pourcentage de pauvres est passé de 48,6% à 27,8%. Dans le même temps, la pauvreté extrême a reculé de 22,2% à 10,7%. Seul autre pays d'Amérique latine à présenter des résultats encore meilleurs : l’Équateur.

 

A quoi est dû un tel progrès ? A ce que critiquent tant l'opposition et le monde capitalistes : les aides sociales, qui sont « passées de 36 à 62% des dépenses ». Dans les onze dernières années, le gouvernement d'Hugo Chavez a investi près de 400 milliards de dollars en dépenses sociales destinée à améliorer les conditions de vie des secteurs les plus modestes. L'opposition capitaliste ne pardonne pas ce « péché », car auparavant tout cet argent allait dans ses poches !

 

Le Vénézuela, pays le moins inégalitaire d'Amérique latine

 

Mais ce n'est pas seulement la CEPAL qui nous confirme les progrès du processus bolivarien depuis plus d'une décennie.

 

L'indice Gini, qui mesure le niveau des inégalités, montre que le Vénézuela est aujourd’hui le pays le moins inégalitaire d'Amérique latine. L'idéal dans cet indice (qui va de 0 à 1) est de tendre si possible vers 0.

 

Le Vénézuela est passé de 0,49 à 0,39. Le pays du sous-continent qui s'en rapproche le plus est l'Uruguay avec 0,44. Le Chili, autre pays-exemple du néo-libéralisme, il se situe en dessous, à 0,52. Une fois de plus, c'est le CEPAL qui nous l'apprend, c'est « l'augmentation des revenus des travailleurs qui a eu un rôle prépondérant dans la réduction des inégalités ».

 

Un des arguments préférés de a réaction est de jacasser sur l'inflation enregistrée au Vénézuela. Seulement on oublie deux « petites choses » : 1) avant Hugo Chavez, celle-ci était beaucoup plus élevée ; 2) tous les ans (ce n'était pas le cas avant), il y a des augmentations de salaires qui compensent cette inflation.

 

Sondage pour les présidentielles, Chavez à 58%

 

Avec ce que l'on vient de dire, ce qui est seulement une vision partielle des avancées de ces dernières années, il est facile de comprendre que, selon le sondage le plus récent, près de 58% des personnes interrogées déclarent vouloir voter pour Hugo Chavez. Près de 35% voteraient contre et 13% restent « indécis ». La lecture de cette projection prend encore plus d'importance quand on sait qu'en juin 2011, Chavez n'atteignait pas les 49%, et qu'en octobre il approchait les 53%. D'autre part, les « indécis » tendent à être de moins en moins nombreux. Les chiffres, obtenues par l'entreprise IVAD, ont été présentés par le journaliste José Vicente Rangel dans son programme dominical de télévision. Une autre question a révélé que 60,1% seraient pour la ré-élection de Hugo Chavez, contre 36% qui disent le contraire, et 3,9% qui ne savent pas ou ne répondent pas.

 

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Crise" mondiale: La crise et nous

Publié le par Mahi Ahmed

La crise et nous (1)

 

Rédigé par Philippe Petit le Vendredi 6 Janvier 2012 à 14:27 | 0 commentaire(s)

 

Le monde du travail est en proie à d'importantes mutations qui ne sont pas sans effet sur les salariés. Troubles musculosquelettiques, risques psychosociaux... Le stress se manifeste sous diverses formes, martelant aussi bien les cadres que leurs employés, qui sont amenés à remplir de plus en plus de tâches. Les conséquences sont sans conteste sur la productivité des salariés et donc sur la performance globale des entreprises. Retour sur ce phénomène avec Christophe Dejours, psychiatre du travail, reçu le 23 décembre 2011 par Antoine Mercier sur France Culture.

 

 

(Giuseppe Savo - Flickr - cc)

Antoine Mercier : Christophe Dejours vous êtes psychiatre, professeur de psychologie du travail au CNAM à Paris, directeur du laboratoire de psychodynamique du travail et de l'action, vous avez été l'un des premiers à vous intéresser à ce que l'on appelle « la souffrance au travail », terme générique, on a beaucoup parlé de ce phénomène à l'occasion des suicides à France Telecom et dans d'autres entreprises, il y a eu des entreprises qui s'en sont inquiétées depuis, les ressources humaines ont mis en place des programmes pour prévenir les risques dits « psycho-sociaux », où en est-on sur cette question aujourd'hui dans les entreprises publiques/privées, comment se portent les travailleurs que nous sommes en cette fin d'année, alors que la crise, elle, continue ?

Christophe Dejours : La situation est assez contrastée. D'un côté il n'y a pas de modification importante dans les contraintes qui sont exercées sur les travailleurs dans les entreprises, qu'elles soient publiques ou privées, et globalement la situation subjective ou psychologique des salariés continue de s'aggraver. Les suicides n'ont pas du tout diminué et l'ensemble des pathologies mentales s'accroît. Le tableau reste donc assez noir.

AM : Comment vous le mesurez ? Par le nombre d'arrêts de travail ?

CD : Oui, et surtout par les plaintes incessantes des patients qui se multiplient. Il y a une espèce de massivité de la demande. On est débordé. On a monté des consultations spécialisées dans toute la France, qui sont toutes saturées. Il y a une très forte demande qui vient témoigner de ce que la situation continue de s'aggraver.

AM : Juste un mot sur cette pathologie, est-ce que vous pouvez nous en donner un profil ?

CD : Oui, ce sont principalement des pathologies de surcharge. On nous avait annoncé la fin du travail, mais en réalité avec les nouvelles contraintes, les gens travaillent de plus en plus. L'explication de cette augmentation de la charge de travail serait trop longue à définir, mais il y a des raisons bien précises pour lesquelles paradoxalement les gens travaillent de plus en plus, de plus en plus intensément, et de plus en plus longuement dans la journée. Ceux qui sont au travail, de fait leur charge s'accroît et amène des pathologies de surcharge, il y a le fameux burn-out dont on parle beaucoup, les troubles musculo-squelettiques qui sont une véritable épidémie, et le dopage, qui est une pathologie nouvelle : beaucoup de gens se droguent pour pouvoir tenir les cadences de travail, pour pouvoir résister au stress, rester réveillés alors qu'ils ont des troubles du sommeil parce qu'ils voyagent, qu'il y a les décalages horaires, etc.

AM : Là vous parlez de quelle population ? C'est général ou cela touche des populations en particulier ?

CD : Non c'est assez général, cela ne touche pas seulement les ouvriers, les techniciens, ou les employés de bureau, mais cela touche aussi les cadres.

AM : C'est un peu l'inverse, parce qu'on a l'impression que ce stress peut s'appliquer notamment aux dirigeants ou aux cadres, et moins aux ouvriers.

CD : Oui cela ne s'applique pas seulement aux cadres, parce que tous les chaînons intermédiaires, tout l'encadrement intermédiaire, toutes ces populations sont prises dans des contradictions du travail qui s'accroissent : il y a sans arrêt des ordres qui s'accumulent, des informations dont il faut prendre connaissance, etc. Je dirais que le travail est de plus en plus désorganisé par la masse de choses qui viennent s'entrecroiser sur chaque poste de travail.

AM : Ce que vous dites c'est que c'est peut-être moins la quantité de travail au sens de ce qu'il faut produire que cet état dans lequel se trouvent ces gens qui travaillent en étant bombardés de choses différentes : devoir zapper d'une chose à l'autre...

CD : Vous avez raison, c'est un des paradoxes de la situation : les gens travaillent de plus en plus mais de façon de plus en plus éparpillée, et comme il y a une masse d'informations qui circulent, finalement ceux qui sont en position de responsabilité n'arrivent pas à avoir de renseignements clairs sur la situation, et ils demandent sans cesse ce qu'on appelle des reporting. Donc non seulement vous devez travailler mais vous devez sans arrêt rendre compte de votre travail à de multiples cadres qui sont vos supérieurs et qui ont besoin de données. Donc on n’arrête pas de fournir des données, des évaluations, etc. et c'est épuisant. C'est un travail qui s'éloigne à certains égards du travail productif proprement dit et cela va avec un accroissement absolument gigantesque des tâches administratives qui vident le travail de son sens, parce qu'on ne fait que du papier finalement...

AM : À quoi ça sert finalement ? Je vous pose la question naïvement...

CD : Ça sert à satisfaire des modes d'organisation du travail qui ont changé et qui ont accordé un privilège massif à la gestion. Les gestionnaires ont besoin de données puisqu'ils ne font que ça. Ils contrôlent et il faut qu'ils gèrent. Donc ils ont besoin de données quantitatives qui ne correspondent pas véritablement au travail concret, qui lui est plus qualitatif, notamment dans les activités de service dont on parle beaucoup, où il faut ajuster un service à un client ou un usager particulier. Maintenant on veut des données quantitatives pour nourrir toute la machinerie gestionnaire et administrative, et ça n'a pas d'autre fonction que ça : c'est une soi-disant fonction de contrôle et de rationalisation. En réalité dans l'ombre c'est beaucoup plus compliqué que ça.

AM : Alors peut-être que ça n'augmente pas la production, au contraire, c'est pour ça qu'on se pose la question de la fonction de cette mise en ordre alors que par ailleurs il n'y a pas forcément besoin de cette stimulation particulière puisque les gens travaillent, sont contents de travailler, et de trouver un sens à leur travail.

CD : Oui, en réalité la plupart des gens sont intéressés par la qualité du travail, y compris par la productivité et par la rentabilité. Il n'y a pas que les patrons qui soient intéressés par la rentabilité ! Nous sommes tous attachés à l'utilité de notre travail et au fait qu'il soit reconnu. Et on est gêné dans la qualité de la production du travail et même dans la productivité par ces ingérences permanentes de la gestion. Et c'est une des raisons pour lesquelles les gens souffrent tellement : ils sont souvent amenés à saboter un peu leur travail pour faire du quantitatif et remplir les tâches administratives qui leur incombent.

AM : Depuis ces affaires de souffrance au travail il y a eu quand même des médications, j'allais dire managériales, qui ont été apportées, des risques psycho-sociaux ont été débusqués... Mais on a l'impression que ça s'est fait un peu tard et sur le même mode, c'est-à-dire le mode du quantitatif.

CD : Sur le mode surtout de la prescription : on prescrit par le biais de la loi un certain nombre d'obligations, et ensuite on va mesurer si ces obligations sont effectivement ou non exécutées, et il va falloir de nouveau produire de la paperasserie pour montrer qu'on a bien fait ce qui a été demandé, ou pour masquer ce qui n'a pas été fait, essayer de donner encore une fois des chiffres sur l'ensemble des mesures qui ont été prises, l'ensemble des mesures de contrôle qui ont été assurées, etc. Il y a beaucoup d'inconvénients, parce que la façon dont cette loi a été conçue donne plutôt un résultat ou un objectif à atteindre plutôt qu'elle ne donne des clés pour le chemin à parcourir pour arriver à ces résultats, donc on est un peu dans le faux-semblant dans de nombreux cas, mais ça a aussi des avantages, c'est que ça ouvre quand même la porte sur l'ensemble des vrais problèmes de fond, qui sont les rapports entre chaque individu et la qualité de son travail, dans la mesure où il y engage aussi l'etos professionnel, c'est-à-dire qu'au-delà de la qualité du travail il y a aussi une sorte d'éthique professionnel qui est propre à chaque métier. Et c'est de là que s'origine la souffrance principalement. Mais pas uniquement, parce qu'il y a aussi des évolutions, du fait de cette évaluation il y aussi une individualisation des gens, une mise en concurrence généralisée, qui pousse les gens les uns contre les autres. Et cela dégrade aussi les relations d’entraide ou de coopération, ce qui accroît la surcharge de travail, mais aussi la méfiance, la solitude, la peur, etc.

AM : On a l'impression que les stratégies individuelles de survie se sont développées aussi parce que finalement, devant tant de difficultés, on essaie de s'en sortir individuellement.

CD : Oui, on n'a plus guère que cette voie là pour faire face aux difficultés et aux contraintes dans la mesure où, par rapport à ce qui se passait naguère, il n'y a plus beaucoup de soutien apporté par le collectif de travail, l'entraide ou la solidarité. Donc c'est effectivement chacun pour soi y compris pour se défendre individuellement. Maintenant nous avons des gens qui connaissent la gestion et très peu de gens qui connaissent le travail. Or si l'on veut reprendre les choses et les transformer il faut reprendre à partir du travail et de la connaissance du travail. Et il y aura de vraies difficultés parce qu'il y a un manque de personnel spécialisé, compétent, formé, et un manque de chercheurs. Mais d'un autre côté, il y a une sensibilisation de l'ensemble de la population y compris dans l'espace public, grâce notamment aux journalistes, mais aussi au cinéma, aux gens qui font des documentaires, ou du théâtre, qui s'engagent sur cette question du travail et la portent dans l'espace public. Ce qui contribue à sensibiliser l'ensemble de la population, avec des franges qui sont plus engagées là-dedans. Il y a aussi des magistrats et des avocats qui réussissent à faire avancer les jurisprudences, et tout cela change quand même la situation, qui n'est pas complètement fermée.


Consulter la loi relative à l’intervention de la médecine du travail et à la médiation en cas de souffrance au travail

 

La crise et nous (2)

 

Rédigé par Philippe Petit le Samedi 7 Janvier 2012 à 12:01 | 3 commentaire(s)

 

Reçu par Antoine Mercier le 22 décembre 2011, Maurizio Lazzarato s'exprime sur les possibles répercussions de la crise sur les individus. Auteur de « La Fabrique de l’homme endetté. Essai sur la condition néolibérale », paru aux éditions Amsterdam en 2011, ce sociologue-philosophe base son raisonnement sur une pensée commune avec Walter Benjamin : « le fait que tout continue comme avant, c'est précisément la définition d'une catastrophe. »

 

 

(Toban Black - Flickr - cc)

Antoine Mercier : Vous dites, dans votre récent ouvrage, que l'économie de la dette va modeler la subjectivité humaine, l'homme endetté serait selon vous amputé d'une partie de son avenir et donc d'une partie de lui-même. Comment est-ce que vous pouvez décrire ce processus ?

Maurizio Lazzarato : On pourrait commencer en disant que la dette est une relation de pouvoir spécifique entre un créditeur et un débiteur, et en tant que telle elle a une morale spécifique. On connait la morale du travail, et on peut la résumer avec le couple effort/récompense, il y a aussi une morale de la dette, qu'on pourrait résumer avec le couple responsabilité/faute.

AM : C'est-à-dire qu'on serait fautif d'être endetté ? Ce n'est pas seulement un état ?

ML : Non ce n'est pas seulement un état économique c'est un état subjectif. Je vous renvoie à l'auteur qui m'a inspiré, Frederick Nietzsche, qui explique que les mots « dette » et « faute » sont les mêmes en allemand : « schuld ». Il dit aussi que tous les concepts de conscience, de mauvaise conscience, refoulement, devoir, etc. tous ces concepts viennent de la relation débiteur/créditeur. Donc ce n'est pas seulement un rapport économique, mai c'est aussi un rapport subjectif, qui touche la subjectivité, parce que la dette implique de créer un individu, dit Nietzsche, qui est capable de promettre, et donc de se porter garant pour l'avenir du fait qu'il est capable de rembourser la dette. Donc il faut construire une subjectivité qui est adéquate à ces mécanismes économiques.

AM : La dette asphyxie nos possibilités d'action pour l'avenir. D’ailleurs on le voit pour la construction de l'Europe, on est en train de brider le politique du fait de l'endettement.

ML : La dette nous fait rentrer dans une phase régressive. On a eu dans les années 1980/90 une phase positive, disons progressive liée au crédit, là par contre on arrive dans une phase régressive où la seule caractérisation de l'individu en tant que sujet endetté c'est qu'il doit rembourser, il n'a pas d'avenir devant lui. Le crédit est une ouverture des possibles, là le possible s'est renfermé, et il faut rembourser. Donc on est dans une situation où l'avenir est bouché. Je pense que la dette est un projet politique du néolibéralisme, ce n'est pas comme quand vous vous endettez pour acheter un appartement ; c'est une stratégie qui a été mise en place depuis les années 1980, et elle est poursuivie aujourd'hui en tant que telle. On peut prendre un exemple très simple : l'Unedic. C'est une institution qui récolte les cotisations, et qui les redistribue aux chômeurs. Donc l'Unedic pour emprunter sur les marchés elle a demandé d'être évaluée par les agences de notation. Donc Moody's, Standards&Poor etc. ne notent pas seulement les états et les grandes entreprises, mais également les institutions qui distribuent de l'argent aux chômeurs. Donc vous voyez, la seule évaluation qui est retenue quand vous appelez ces agences, c'est la rentabilité. Et donc tout le système va être réorganisé en fonction de cette rentabilité. Parce que maintenant les agences de notation on un droit de regard sur les politiques sociales, dans ce cas le chômage. Donc ça va avoir des répercutions sur la façon dont on gère le rapport entre l'institution et le chômeur en tant qu'individu. On va la culpabiliser. On est en train de vivre, depuis des années mais avec une accélération très forte ces derniers temps, la transformation des droits sociaux en dette, et des usagers en débiteurs. C'est une façon de contrôler l'individu. L'usager est transformé en débiteur et doit rembourser : ce n'est pas un remboursement en argent contant mais un remboursement en comportement, c'est une attitude, manière d'agir, projet, engagement subjectif, temps dédié à la recherche d'emploi, temps utilisé pour se former, selon les critères dictés par les marchés. Donc vous voyez que cette machine, dont on a l'impression qu'elle est méga galactique, eh bien elle touche la vie des individus.

AM : On revient sur la crise elle-même. Pour vous la question fondamentale qui a été mise en évidence par la crise c'est le démarrage de la crise des subprimes qui reste central pour comprendre aujourd'hui où on en est. Comment vous expliquez ce rôle central des subprimes pour comprendre ce qui se passe aujourd'hui ?

ML : La chose étonnante c'est que cette origine de la crise a complètement disparu du débat médiatique, politique et économique, et on fait comme si elle n'avait pas eu lieu. En réalité c'est de là que tout part. L'explosion des dettes souveraines est due au fait que les états ont investi beaucoup d'argent public pour sauver le système. Et la crise des subprimes est la crise du modèle néolibéral. Le fait de pouvoir transformer tout le monde en propriétaire, c'était le programme de Bush, mais ça marche seulement si ce système de l'emprunt pour acheter une maison est reproduit continuellement. Et l'autre côté du crédit c'est la dette qui émerge. C'est donc la faillite de ce projet. Aujourd'hui c'est un transfert, et c'est la suite logique : toute cette problématique, l'origine de la dette, c'est la dette privée transférée à la dette publique. Il y a autre chose d'intéressant, c'est une autre bulle qui est en train d'émerger au États-Unis, et c'est très significatif de la dette, c'est la bulle des bourses d'étude et des crédits pour les étudiants. Elle vaut au moins la moitié de la crise des subprimes. Donc c'est un truc énorme qui est en train d'exploser. Parce qu’effectivement aux États-Unis vous n'avez pas le droit à la formation gratuite, donc pour arriver au master et plus, il faut payer. La moyenne est à environ 80 000 euros. Donc avant d'arriver sur le marché du travail vous avez déjà une dette sur les épaules, donc vous avez déjà une forme qui vous oblige à vous auto discipliner. C'est une relation de pouvoir très spécifique que celle de la dette puisque qu'elle ne vous met pas en prison, vous êtes libre, mais vous devez conformer votre style de vie au fait que vous devez rembourser la dette. Aux Etats-Unis on en est arrivé à un tel point que ce cumul des dettes des étudiants commence à poser un véritable problème.

AM : Il y a une espèce de prise de possession de l'avenir pour alimenter, ou faire survivre un système au présent.

ML : Oui effectivement c'est très important parce que qu'est-ce qu'un actif financier ? C'est la promesse d'une richesse future. C'est quelque chose qui joue toujours sur le temps. C'est un investissement qui engage l'avenir. Je cite des phrases d'un livre de Duby (Georges Duby) sur des considérations qui viennent du moyen âge, où l'on disait effectivement « l'usure s’approprie le temps ». Le temps qui s'écoule entre l'emprunt et le remboursement de l'emprunt. Ils avaient la sagesse à l'époque de dire que le temps appartient à Dieu, pas à l'usurier. Le problème c'est que maintenant le temps appartient au capital. C'est pour ça qu'on est dans une situation où on a l'impression qu'il n'y a plus de temps. Parce que cette énorme quantité d'argent qui circule représente des possibilités de choix, parce que plus vous avez d'argent plus vous pouvez faire des choses. Le temps est couvert, bloqué par la dette. Donc je pense que le problème du temps est très important. Ce n'est plus du temps de travail comme à l'époque de Marx, c'est le temps social, qui constitue la conscience, la société, qui est un temps long. C'est ça le jeu aujourd'hui avec la finance.

AM : Alors vous écrivez en conclusion de votre livre : « Peut-on encore parler de crise financière ? De crise nucléaire ? Alimentaire ? Climatique ? La crise a encore une connotation positive. Elle peut désigner une situation capable de se prêter au dépassement ». On peut donc encore s'en sortir si je vous comprends bien. Vous dites : « Marx avait une vision progressiste finalement du capitalisme. Aujourd'hui néanmoins, ce n'est plus le cas, nous sommes parvenu à un tournant car les situations que nous vivons ressemblent moins à des crises qu'à des catastrophes ». Je citerais encore Walter Benjamin que vous citez vous-même, selon qui « le fait que tout continue comme avant, c'est précisément la définition d'une catastrophe ».

ML : C'est-à-dire que l'on vit quasiment dans une crise continue depuis quarante ans. On est entré dans une législation où on ne voit pas cette possibilité positive de sortir. Et donc je pense qu'on est dans une autre phase de l'histoire du capitalisme

La crise et nous (3)

 

Rédigé par Philippe Petit le Dimanche 8 Janvier 2012 à 12:01 | 4 commentaire(s)

 

L'Europe, l'Occident : des illusions perdues ? Bernard Stiegler, président d'Ars industrialis et directeur de l'IRI, pense que tout n'est pas perdu : face à la crise, au-delà de l'argent, c'est le psychique qui doit vaincre les désillusions.

 

 

(Tristam Sparks - Flickr - cc)

Antoine Mercier : Bernard Stiegler vous présidez Ars industrialis et dirigez l'IRI, « la crise et nous », où en sommes-nous depuis le déclenchement de cette crise dites des subprimes en 2008 ? Nous n'avons pas de perspective pour en sortir, d’ailleurs cette crise est tellement présente aujourd'hui qu'on finit parfois par ne plus se sentir concerné, on a l'impression que l'actualité continue au-delà de ça, et pour décrire la situation et pour rendre hommage à Vaclav Havel, on pourrait le citer : « l'élément tragique de l'homme moderne ce n'est pas qu'il ignore le sens de la vie, c'est que cela le dérange de moins en moins ». On pourrait le paraphraser en disant que l'élément tragique de cette crise ce n'est pas que tellement qu'on en ignore sa gravité mais c'est qu'elle semble nous mobiliser insuffisamment.

Bernard Stiegler : Oui, ce que décrit Havel est un état de fait qui s'est installé depuis plusieurs décennies déjà, dont la crise est un résultat. Ce que je veux dire par là c'est que cette crise est pour moi une crise du désir, du crédit, de l'investissement - au sens de Freud, ce qu'on appelle l'investissement d'objet dont l'investissement financier est un cas particulier. Ce processus d'investissement a été remplacé par la spéculation. Tout à l'heure une journaliste faisait la confusion, il faut bien distinguer les investisseurs des spéculateurs. Le désinvestissement est un processus qui a commencé depuis des décennies déjà, parce que nous vivons dans une société consumériste, depuis une cinquantaine d'années en Europe occidentale et près d'un siècle au États-Unis, et cette société consumériste repose sur le court-circuit de tout ce qui autrefois consistait à produire ce qu'on pourrait appeler des « raisons d'agir », qui étaient variées évidemment : un fils de la grande bourgeoisie n'avait pas les mêmes raisons d'agir qu'un paysan du Berry, etc. Il y avait aussi de très grandes raisons d'agir : héroïques, militantes, religieuses, intellectuelles, artistiques, etc. Un processus qu'on a appelé, à tort ou à raison, la « postmodernité », a nivelé tout ça. Ce nivellement a eu des effets psychiques absolument partout.

AM : Pouvez-vous préciser les effets psychiques, les comportements que cela implique ?

BS : Tout d'abord des processus de désidentification. Par exemple entre les enfants et leurs parents, la fameuse crise intergénérationnelle dont on parle aujourd'hui, repose beaucoup sur le fait qu’aujourd’hui les enfants, ou les ados, n'ont plus les moyens de s'identifier à leurs parents. Freud dit que c'est quelque chose d’absolument ravageur sur le système psychique, mais c'est vrai dans tous les domaines. Et les financiers ne s’identifient plus à des projets, car il n'y a plus de projet. Pourquoi n'y a-t-il plus de projet ? Parce que nous avons considéré qu'il fallait absolument répondre au marché qui est intrinsèquement court-termiste, et qu'on a voulu absolument tout dissoudre dans le marché, au prétexte d'une soi-disant rationalité économique, du comportement des individus : le fameux choix rationnel, la rationalité limitée, etc. Et tout cela a conduit finalement à une déraison généralisée. Aujourd'hui les gens sont en état de choc. Je prends le mot « état de choc » au sens où Naomi Klein a parlé de « stratégie du choc » - mais à la différence de Naomi Klein je ne crois pas que ce soient simplement les états de choc comme Katrina, quand elle avait très bien décrit comment le pouvoir de bush a utilisé Katrina pour détruire l'enseignement public aux États-Unis, ou comment le néolibéralisme au Japon est en train d'exploiter le tremblement de terre - mais je crois plus profondément que nous vivons une société qui est en état de choc permanent puisque les chocs technologiques, qui sont une stratégie qu'avait décrite Schumpeter comme destruction créatrice, comme étant la base du capitalisme moderne consumériste, sont devenus quelque chose qui tétanise les gens, et comme on l'a fait à Guantanamo, pour complètement détruire les psychismes des détenus et les mettre en état de sidération et de totale dépendance vis-à-vis de leurs bourreaux, et bien aujourd'hui ce sont les populations qui sont dans cet état là, mais aussi les investisseurs.

AM : Cet état de choc est produit par quoi concrètement ? Les plans d'austérité ? Les discours autour de la crise ?

BS : Il y a une réalité multifactorielle des états de choc. Il y a l'état de choc extraordinaire pour les européens qu'est l’effondrement de l'Europe. Qu'on ait été pour ou contre la construction européenne c'est un état de choc terrible, dont tout le monde sait qu'il va être extraordinairement coûteux.

AM : Vous parlez d'un effondrement économique européen pour les mois à venir ?

BS : Je crois que la facture va être colossale, pas seulement sur le plan budgétaire et économique, mais sur le plan psychique. Le psychisme est la chose fondamentale des êtres humains, ce que tous les économistes du XXe siècle ont compris. Il y a un deuil : on pourrait dire que nous vivons l'époque des illusions perdues – et il faudrait trouver le Balzac du XXIe siècle pour écrire ça d'ailleurs. Les illusions perdues de tous ceux qui se sont battus pour l'Europe, contre l'Europe, pour ou contre Jacques Delors, etc. Ils sont en train de s'apercevoir que tous se sont aveuglés. Nous sommes en train de vivre dans la période actuelle un processus d'auto aveuglement généralisé, qui est également dû au fait que nous avons besoin de nous protéger. Y compris par le fait qu'on ait clivé les gens. Depuis 2008 cette crise a fait exploser dans la conscience planétaire le sentiment que consommer est quelque chose qui peut être mauvais pour soi et pour les autres, et surtout pour les enfants. Et en même temps nous sommes tous consommateurs parce que nous vivons dans une société de consommation, et donc nous avons des clivages : nous sentons coupables, nous faisons de la dénégation par rapport à cela. Il y a donc un déséquilibre psychique global, qui augmente l'anxiété, et qui fait que la dénégation est encore plus grande.

AM : Jusqu'à quand il y a dénégation ? Quand il n'y aura plus dénégation, que ce passera-t-il sur le plan psychique ?

BS : Les situations sont très complexes évidemment, on ne peut pas massifier totalement les propos. D'abord ce que je dis pour l'Europe n'est pas totalement vrai pour l'Amérique du Nord ou le Japon, même s'il y a des phénomènes planétaires qu'on peut identifier, il y a des constantes. Il y a aussi des processus de prise de conscience - je dis parfois des processus de prise d'inconscient, parce qu'on est en train de découvrir que l'inconscient, c'est-à-dire le désir, joue un rôle très important dans tout cela. Il y a un travail qui est en train de s’opérer. Hier par exemple au centre Pompidou il y avait un colloque sur la confiance avec une intervention de Patrick Viveret qui montrait très bien, en citant Gramsci d'ailleurs, que quelque chose est en train de disparaître et quelque chose d'autre est en train d'apparaître. Et dans ces moments là évidemment les états de désarçonnement sont très forts, mais en même temps émergent des processus nouveaux de prise de conscience.

AM : Je parlais de cette prise de conscience. Si un événement se produit, qui va faire qu'apparaîtra ce que l'on veut cacher aujourd'hui, peut-être que psychiquement cela relancera un désir qui peut rester canalisé... ou qui risque d'exploser ?

BS : La situation de dénégation ne peut pas durer éternellement, parce qu'elle est forcément destructrice de l'individu, et à un moment donné l'individu a besoin d'agir. Bergson l'a très bien expliqué : il y a un moment où il faut agir. Après l'action peut se traduire en fureur, en toutes sortes de choses, ça c'est la responsabilité colossale des candidats à la présidentielle : savoir donner des raisons d'agir et d'agir avec une certaine d'efficacité, voire radicalité, mais pas destructivement.

AM : Vous dites que les politiques sont en train en ce moment de donner des raisons d'agir ? Ce n’est pas ce qu'on entend dire d'habitude...

BS : Ce n'est pas du tout mon sentiment ! Mais je pense que maintenant ils ont une responsabilité historique extraordinaire, et je me demande s'ils en ont conscience. Quand j'ai entendu l'autre jour M. Fillon parler sur les marchés, en nous faisant croire que nous sommes endettés, alors que nous ne sommes pas endettés, on ne nous fait pas crédit, ce n'est pas du tout le même chose, nous sommes une des contrées les moins endettées du monde.

AM : Il a dit que les agences de notation faisaient leur travail et que quand on est endetté on rembourse ses dettes.

BS : Elles ne font pas du tout leur travail. Le problème c'est que les politiques ne font pas leur travail non plus. Les politiques doivent produire du crédit. Avoir une dette ce n'est pas un problème quand on est solvable. Être solvable qu'est-ce que ça veut dire ? L'Europe est extraordinairement solvable : c'est le continent le plus infrastructuré du monde, qui a une situation géopolitique sans comparaison, qui reste encore le continent le mieux doté en termes d'éducation et de santé publique.

AM : Pourquoi le manque de crédit et la défiance dans ces conditions ?

BS : Parce qu'il y a eu un renoncement complet à avoir une politique européenne. Et quand je parle de politique européenne ce n'est pas pour dire d'imposer une règle budgétaire commune, je crois que c'est une erreur absolue. La vraie question c'est de donner un projet aux européens, et il y a de quoi.

AM : Qu'est-ce qu'il pourrait y avoir dans ce projet par exemple ?

BS : Ce projet c'est de changer de modèle industriel. Nous sommes en transition : l'économie consumériste est devenue totalement insolvable parce que intrinsèquement insolvable, et en 1979 René Passet l'a dit dans L'économique et le vivant, et en 1970 le rapport Meadows l'a annoncé, donc ce n'est pas du tout une chose nouvelle. Et l’irresponsabilité des politiques, mais pas seulement des politiques, des philosophes également, moi y compris d'ailleurs parce que je n'ai pas pris la mesure de la situation à cette époque là, c'est de ne pas avoir réfléchi à un autre modèle. Cet autre modèle est en train d'émerger, et nous y travaillons beaucoup à Ars industrialis, sur ce que nous appelons l'économie de la contribution. C'est quelque chose qui sort de partout. Je travaille par exemple avec l'architecte Patrick Bouchin, qui réfléchit à des modèles de construction d'habitat social contributif, qui pourrait mettre en valeur le travail des gens à réaliser leur propre logement. Il réfléchit à des modèles de société coopérative, et il y a énormément de propositions de ce type, mais il faut évidemment que les politiques le mettent en perspective et reconstituent du crédit. A partir de là les agences de notation se calmeront, même s'il faut évidemment sortir également de la perte de souveraineté qui a été engagée par les tenants du oui à l'Europe.



 

La crise et nous (4)

 

Rédigé par Philippe Petit le Mardi 10 Janvier 2012 à 16:40 | 7 commentaire(s)

 

La mondialisation constitue-t-elle une réunification de l'humanité ? L'une des questions que soulève l'essai « Nouveau portrait de la France : La société des modes de vie », à paraitre le 12 janvier. Son auteur, Jean Viard, est sociologue est directeur de recherche au CNRS. Interrogé par Antoine Mercier le 6 janvier, il nous livre sa vision de l'homme moderne, dans la sphère privée comme professionnelle, pour l'étendre ensuite à son idée de l'humanité.

 

Antoine Mercier : Nouveau portrait de la France, essai indispensable, que devrait lire tout candidat à la présidentielle. Portrait de la société et des modes de vie, à partir de chiffres, de statistiques, et surtout à partir d'enquêtes de terrain, dans lequel Jean Viard vous nous parlez d'une France du bonheur privé et du malheur public. Vous nous expliquez que jusque dans les années 1970 la France a été modelée par le travail, l'agriculture, l'industrie puis les services, et en 2012, écrivez-vous, elle est autant impactée par les activités de « non travail ».

Jean Viard : Oui, l'idée ce n'est pas que le travail ne soit plus important, ce ne serait pas possible de penser les choses comme ça surtout quand on pense à tous ceux qui en cherchent, donc le travail reste important, mais jusqu'aux années 1960 il organisait toute la société : le patron, le cadre, l'ouvrier, l'élu, l'électeur, le militant, le mari et la femme, etc. C'était un modèle économique qui avait été construit depuis la révolution industrielle et qui structurait l'ensemble de nos liens sociaux. Et souvent on habitait à côté de son travail.

AM : Cela structurait le territoire, et même les paysages.

JV : Bien sûr, on est massivement monté vers le Nord et l'Est au XIXe, on a abandonné la Provence, on allait vers les grandes préfectures parce qu'il y avait des emplois administratifs, et tout cela structurait la société. Ce qui se passe depuis vingt ou trente ans, c'est qu'il y a deux moteurs à la société : il y a toujours ce travail, mais il n'est plus au cœur, il est l'un des deux piliers, pour une raison simple – donnons un chiffre pour les gens qui nous écoutent : on vit en moyenne en France 700 000 heures, et la durée légale du travail, en gros pour avoir la retraite, est de 67 000 heures. Donc en gros il faut avoir travaillé 10% de sa vie pour avoir droit à la retraite. Il y a cinquante ans, il fallait travailler 40% de sa vie pour avoir droit à la retraite. Ça veut dire qu'on a plus de temps pour se déplacer, qu'on peut habiter plus loin de son boulot, etc.

AM : Et vous expliquez que nos attentes individuelles, nos rêves privés sont à leur tour des grands transformateurs sociaux et territoriaux : la France change à nouveau de physionomie, par exemple la différence entre ville et campagne n'est plus aussi nette, n'est plus nette du tout même...

JV : Il y a deux grands mouvements. Il y a le fait que les gens vont de plus en plus habiter vers les grandes régions touristiques, d'où le processus Aix-en-Provence, Nice, Toulouse, Grenoble, Nantes, etc. On voit bien qu'il y a une zone fertile, comme d'ailleurs Paris et Strasbourg, qui sont les grandes régions du tourisme culturel. Et le deuxième mouvement c'est qu'on va s'étaler autour des villes. L'exode rural est terminé, y compris parce que les retraités vont s'installer dans le Massif central et dans les Vosges.

AM : Vous parlez des « villes nuages ».

JV : Voilà, parce qu'en gros on fait tous 45 km par jour en moyenne en France. Ça veut dire qu'une ville a aujourd'hui trente km de rayon. Il y a ceux qui choisissent : ils vont dans les petites villes anciennes, les petits villages ; et ceux qui sont rejetés : les pauvres qui sont exclus des villes. Mais le fond du mouvement, c'est que les gens ont envie d'une maison avec jardin, d'un chien, d'une bonne école, et de liens sociaux privés. Un français sur deux a un jardin. Si les gens se battent pour les jardins c'est parce que dans le jardin on discute avec les autres, c'est un lieu de sociabilité.

AM : Je reviens sur ce que vous disiez à propos du travail et de son déclin du. Est-ce qu'on ne peut pas parler d'une diffusion du travail, quand on voit la manière dont les gens sont impliqués dans leur travail, avec les moyens de communication et Internet ? Est-ce que le temps de vie privée n'est pas aussi atteint par l'invasion du travail ?

JV : Bien sûr. La première diffusion du travail, c'est qu'on travaille tous. Il faut se rappeler qu'au début du siècle il y avait des rentiers, et puis la majorité des femmes ne sortait pas de la sphère domestique : elles y travaillaient mais n'étaient pas salariées ; aujourd'hui on a 80% des femmes salariées – à temps partiel et souvent mal payées – et les rentiers ont disparus. On a d'abord diffusé le travail dans la société : c'est le premier mouvement. Le deuxième c'est que la limite entre travail et non travail est très complexe à définir, et cela vaut dans les deux sens. Où est-ce que vous avez appris à vous servir d'Internet ? De votre téléphone portable ? Ou : qu'est-ce que vaudrait un salarié qui depuis 5 ans ne serait jamais parti en vacances, n'aurait jamais regardé la télé ou jamais lu un journal ? Il serait complètement improductif. C'est-à-dire qu'on est dans une société tellement rapide, en matière d'innovation, de changements culturels, de mode de vie, d’innovations technologiques ou de progrès de la médecine, qu'au fond c'est souvent dans notre temps libre qu'on régénère notre capacité à produire. Et donc les deux font couple.

AM : Vous parlez de ce qui faisait lien social, dans le travail, à une époque où tout était relié au travail, alors que maintenant le lien social se fait dans son jardin, son petit potager, sa petite maison de campagne, est-ce vraiment la même chose ? N'y a-t-il pas un décrochage par rapport à un collectif plus politique ?

JV : Il y a un affaiblissement du collectif, dans lequel il y a deux parties : pour 75% d’entre nous on est heureux, parce qu'en gros on est content de notre vie privée, de nos relations, etc. Et ce dans la sphère privée : on a jamais autant parlé, jamais autant fait l'amour, c'est la première fois qu'on a une société de quatre générations, et tout ceci est incontestable.

AM : Vous avez des statistiques là-dessus ?

JV : Oui par exemple prenez le fait qu'on fait 6000 fois l'amour, on le faisait 1000 fois avant 1914, tout ça pour faire deux enfants. Donc ça fait 3000 relations par enfant, c'est quand même une productivité catastrophique alors qu'on arrivait à 300 relations pour un enfant avant 1914.

AM : Vous appelez ça le bonheur privé ?

JV : Oui, je prends cet exemple pour faire rire. Mais il ne faut pas oublier qu'il y a 25% des gens qui sont en immense difficulté, parce qu'ils n'ont pas accédé à cette société de l'individu et du privé. Donc ne les oublions pas, car c'est sur eux qu'il faut se concentrer. Il y a un 1,5 million de femmes seules et deux millions d'enfants pour lesquels on n'a aucune politique publique. Il y a effectivement des territoires entiers, qui étaient structurés par une usine. L'usine a disparu, et aujourd'hui cela ne vaut plus rien. Il y a des niches d'exclusion et de pauvreté considérables et on le voit bien avec les restos du cœur.

AM : Et l'impuissance du politique, c'est ce que vous appelez le malheur public, comment le régénérer ? Vous écrivez qu'on agit la société avec des vues d'hier et qu'il y a une urgence de la pensée. 2012 c'est bientôt, c'est le moment d'agir ?

JV : Pour agir dans le monde d'aujourd'hui il faut bien voir qu'il y a les deux dynamiques à faire. Il faut s'occuper du travail et de la production. En ce moment on parle beaucoup de l'industrie, c'est très bien, mais ce n'est jamais que 17% de l'emploi. Et en même temps il faut tenir compte des modes de vie des plus démunis. Dans les quartiers les plus défavorisés, il faut aider les gens à partir en voyage, à s'ouvrir.

AM : Vous voulez démocratiser la mobilité.

JV : Je veux la démocratiser pour ceux qui n'y ont pas accès, mais ce que je veux surtout c'est qu'on fasse des politiques ciblées en fonction des problèmes des gens. Les problèmes des femmes seules ne sont pas les mêmes que ceux des familles nombreuses. On a besoin de politique par niche. Le sud de la France se peuple tout seul, il n'a pas les mêmes problèmes que ceux qui se dépeuplent. Et de l'autre côté on a un gros problème, qui est celui d'avoir un horizon commun. On est tous convaincus que nos enfants vivront moins bien que nous. Ce qui est une absurdité en termes d'espérance de vie, mais c'est quand même l'idée commune, parce que le politique ne définit plus d'horizon. On ne nous parle plus que de chiffres : le triple A, la RGPP (Régime général des politiques publiques), le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux, etc. Et tout ça ne crée pas de sens.

AM : Mais justement Jean Viard vous parlez de cet horizon commun, de redonner un sens au collectif, est-ce que d'après vous il n'y a pas le danger d'un conflit de génération avec un sud plus vieux, un nord plus jeune, avec des retraités qui n'ont jamais autant eu d'envies privées – et c'est bien normal qu'ils aient envie de vivre et de consommer – mais qui sont à la charge d'actifs qui sont de moins en moins nombreux et qui vont travailler plus longtemps.

JV : La moitié des gens en France ont des revenus qui sont soit liés à la retraite, soit ils sont fonctionnaires, soit ils sont chômeurs. Donc en gros ce n'est pas lié directement à l'économie privée au jour le jour ou à la négociation dans l'entreprise. Il y a donc deux gros paquets, et il faut voir ces deux gros paquets. Mais si vous regardez les électeurs du Front national, c'est souvent des électeurs de petites entreprises, sans protection sociale, ils ne sont pas aux 35 heures, ils sont en CDD. Cette société est brisée par certains côtés, elle est diverse, et elle n'a pas d'horizon. Et c'est ça qui pose problème. On n'a pas de vision positive de la mondialisation, alors que c'est la réunification de l'humanité. Demandez-vous toujours : « qu'est-ce qu'on dira de nous dans 500 ans ? » On dira que c'est le moment où les hommes ce sont mis à vivre ensemble, au quotidien. Ça nous pose d'énormes problèmes identitaires, politiques, etc. Mais c'est une aventure passionnante. Et puis c'est le moment où l'humanité se trouve confrontée à la nature comme jamais elle ne l'a été. Donc il y a des enjeux générationnels sur lesquels on peut faire rêver les gens. Vous vous rendez compte que le tourisme international a augmenté de 40% en 5 ans ? On est passé de 700 millions de touristes à 1 milliard. Il y a des phénomènes de lien et des phénomènes de destruction. Et si on ne met en avant que les phénomènes de destruction, on est déprimé.



http://www.marianne2.fr/philippepetit/La-crise-et-nous-4_a226.html

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Pourquoi Marx redevient capital ?

Publié le par Mahi Ahmed

Pourquoi Marx redevient capital ?

 

Rédigé par Philippe Petit le Jeudi 22 Mars 2012 à 07:00 | 0 commentaire(s)

Philippe Petit prolonge dans Marianne2 l'enquête «Pourquoi Marx redevient capital ?» publiée dans le numéro actuellement en kiosque. Premier volet, un entretien avec Jacques Bidet, directeur honoraire de la revue « Actuel Marx » et auteur de l’Etat-monde.

 

 

(Jean-Pierre Lesc/SUPERSTOCK/SIPA)

Marianne : La crise financière de 2008 et ses suites, signent-elles selon vous le retour d'une certaine actualité des thèses de Marx concernant les rapports de l'Etat avec ceux qu’ils nommaient « les fondés de pouvoir du capital » ?

– Jacques Bidet : Cette crise, pour tout observateur, est révélatrice de problèmes structurels. Diversement interprétables, il est vrai. Beaucoup, y compris à droite, sont prêts à admettre qu’elle relève d’un pouvoir exorbitant du capital financier, qui échappe à tout contrôle. Les divergences commencent quand on se pose la question de savoir quelle sorte de contrôle devrait s’exercer sur la propriété capitaliste, sur les capacités d’initiative et d’emprise économique et politique qu’elle procure.

C’est là la partie conflictuelle qui se joue dans les Etats-nations. Le pouvoir d’État, officiellement du moins, appartient aux citoyens, capables d’imposer des lois qui limitent les droits de propriété (on ne peut produire n’importe quoi, utiliser n’importe comment la terre et les forces de travail, il y a notamment un droit social), et qui permettent qu’une partie de la production soit, via l’impôt, organisée dans des formes non marchandes (voir éducation, santé, etc.). L’Etat-nation définit un contexte où le marché n’est pas tout puissant : le contexte dans lequel sont apparues des tentatives dans le sens du « socialisme ». Avec des résultats fort variables, comme on le sait.

Mais, à partir des années 80, le cadre national de production s’est trouvé dépassé, notamment en raison des capacités d’organisation à l’échelle planétaire que procurait l’informatique. Les grands intérêts capitalistes se sont ainsi trouvés en mesure d’ébranler les pouvoirs nationaux (ceux, du moins, des nations dominées) et d’imposer un système de dérèglementation universelle. Le capital financier a, dès lors, pu se lancer dans une conquête générale de toutes les sources possibles de profit — richesses naturelles, entreprises publiques, avoir des particuliers — et en est arrivé à des aventures spéculatives conduisant les banques à la faillite et les populations à la ruine. Selon un jeu de dominos dont on attend la suite.

Il n’est cependant pas très évident que cette situation fonde un « retour de Marx ». Comme on le proclame un peu vite. Prise à la lettre, la théorisation de Marx conduisait au projet d’une « abolition de la propriété privée et du marché ». Ce sont là ses formulations. La révolution bolchevique s’inscrivait dans ce droit fil. On reste cependant dans l’esprit de Marx quand on se représente que la vraie « révolution » consiste plutôt à vaincre le pouvoir du marché. Mais seul l’État-nation fournissait le cadre d’une certaine emprise possible d’une organisation commune sur le marché capitaliste. Or le problème se trouve désormais, pour une part du moins, transféré à l’échelle du monde. Ce que l’on appelle aujourd’hui « le marxisme » développe sa critique mondiale contre la domination systémique des Centres vers les Périphéries. Á juste titre. Mais cela ne devrait pas empêcher de voir que ce « système-monde » s’entrelace désormais étroitement à un « État-monde ». C’est en ce sens, me semble-t-il, qu’une réflexion héritière de Marx devrait pousser son analyse.

 

La lutte « moderne » des classes

M. : La lutte des classes demeure-t-elle un concept opérant ?

J.B. : Tout dépend de ce que l’on entend par « classe » et par « lutte ».
Il faut, selon moi, reconsidérer le schéma marxiste traditionnel de structure de classe. Je me réfère à la thèse selon laquelle la domination de classe, à l'époque moderne, découle d'une « instrumentalisation de la raison », c'est-à-dire des deux « formes de coordination rationnelle à l'échelle sociale », comme disent les économistes, soit d'une part le marché et d'autre part d'organisation. Marx a développé le premier volet : il a montré que le traitement de la force de travail comme une marchandise fait du marché un marché capitaliste.

Mais le rapport d'organisation, qui divise en dirigeants est dirigés dans toutes les configurations sociales constitue l'autre facteur de classe. La classe dominante comporte donc deux forces sociales, à la fois conniventes et antagonistes, dont l'une monopolise la propriété sur le marché, et l'autre la « compétence » dans les rapports d'organisation de la production et de la culture. Ce second volet est celui qu’étudient Bourdieu en termes de « capital culturel », et Foucault en termes de « savoir-pouvoir ». Quant à l'autre classe, elle n'est pas seulement une classe dominée : c'est la « classe fondamentale », le peuple au sens fort du terme. Ce n'est pas seulement une « classe ouvrière ». Elle rassemble la grande masse de la population : salariés du privé ou du public, « indépendant », ou chômeurs.

La lutte moderne de classe advient d'en haut en termes d'exploitation et de domination. D'en bas, son objectif est d’abaisser et si possible de briser cette force supérieure ; elle vise à réaliser l’unité entre les différentes fractions de la classe fondamentale ; elle implique une alliance stratégique avec le pôle des « compétents » en vue de briser leurs liens de connivence avec les « capitalistes ». C’est du moins ainsi qu’un Machiavel du peuple définirait la stratégie.

La « lutte des classes » diffère de la guerre entre les nations en ce qu’elle se développe toujours, d’en haut comme d’en bas, à l’époque moderne du moins, sous l’invocation du même principe universel d’égalité et de liberté. Les uns s’engagent à le faire advenir, les autres pour dire qu’il est réalisé, autant que la chose est possible. C’est pourquoi la lutte de classe n’est pas visible d’en haut, sauf quand le choc est violent.

 

Le « matérialisme historique » selon Marx

M. : Que retenez vous essentiellement de Marx ?

J.B. : Son programme scientifique consiste à considérer dans chaque société l’interaction entre le politique, l’économique, le social, le juridique et le culturel. C’est ce qu’on peut appeler le « matérialisme historique ». Marx n’a pas inventé cela, mais il a fourni la bonne piste : considérer comment la production de la vie matérielle se trouve configurée dans des rapports de propriété et de pouvoir, qui ne sont pas seulement des rapports entre des individus mais aussi entre des classes, c’est-à-dire selon des clivages qui se reproduisent. Il faut donc penser en termes de classes.

La question posée ouvre à l’infini… L’important est, me semble-t-il de souligner que Marx n’est pas seulement un philosophe. Il se place sur le terrain de la science (sociale). Sa théorie est donc à interroger en termes de vrai et de faux. Elle comporte, à mes yeux, une erreur, une déficience essentielle. Il avance l’idée fausse d’un remplacement du marché par une organisation supposée « concertée » entre tous. Il ne voit pas que dans cette organisation se profile un autre pouvoir de classe. Il le pressent. Il le souligne dans ses remarques critiques sur le Programme de Gotha : l’emprise du « travail intellectuel » sur le « travail manuel », en d’autres termes l’emprise du « savoir pouvoir » sur le peuple travailleur. Mais il en fait un problème à régler plus tard. On connaît la suite à l’Est. Mais la question se pose aussi au sein des sociétés de l’Ouest. Car on ne peut réduire la classe dominante aux seuls capitalistes : elle comporte deux pôles, disons (aujourd’hui) la « finance » et « l’élite », selon les privilèges reproductibles de la propriété et de la compétence.

Il y une seconde déficience de son approche. Il montre bien comment une classe dominante s’empare des moyens de production, selon un processus structuralement reproductible. Mais il ne se pose jamais la question de savoir comment une communauté humaine (une nation par exemple) peut se déclarer maître d’un territoire, dire « ceci est à moi », et reproduit ce privilège. Ses concepts permettent l’analyse des rapports de classe, non l’analyse des rapports entre nations et autres territoires. D’où la difficulté historique du marxisme à comprendre les problèmes de l’Etat-nation, du colonialisme (même si les marxistes furent les pionniers de sa critique), et aujourd’hui la complexité de l’Etat-monde.

 

Marx et le Marxisme

M. : Faites vous une différence entre Marx et le marxisme?

J.B. : Le marxisme est, trivialement, l’ensemble des approches qui héritent des vues de Marx : un ensemble divers et contradictoire. On peut aussi appeler « marxisme » la grande utopie émancipatrice du XXe siècle, qui a profondément contribué à une certaine humanisation du monde où nous vivons. Le mot utopie est à prendre en positif, et il lui correspond une part de vérité, comme telle encore inaccomplie.

Il y eut le marxisme des Internationales, puis le marxisme de l’Est. A partir des années 60 du siècle dernier, le marxisme à donné lieu à une grande diversité de courants plus ou moins en guerre entre eux. Aujourd’hui, ces diverses recherches tendent à se fondre dans un marxisme plus ou moins œcuménique, qui rassemble les héritages du léninisme, de Gramsci, de l’Ecole de Francfort, des théories du système-monde, d’Althusser, des Cultural Studies, du féminisme radical, de l’écologie politique…, qui se nourrit de Bourdieu et Foucault, etc… Le marxisme n’existe plus comme système fermé. Cela ne veut pas dire qu’il ne reproduise pas certaines déficiences qui viennent de loin, c’est du moins ce que j’ai suggéré.

M. : Les nouvelles générations s'emparent-elles de Marx aujourd'hui ?

J.B. : Il y a assurément un intérêt nouveau pour Marx, notamment dans la jeunesse des universités, et plus largement dans les nouveaux courants de la critique sociale et du militantisme de terrain. Du côté de l’écologie, de « l’indignation sociale », du post-colonialisme, des luttes pour l’école, l’emploi, etc. Cela va avec une lecture nouvelle. On pose aux écrits du passé des questions nouvelles. On aborde Marx sans complexe (on peut le voir dans des travaux d’étudiants et de jeunes chercheurs : Marx n’est plus tabou, il est projeté dans un temps plus long, ce qui ne l’empêche pas de le traiter comme un contemporain).

D’un autre côté, le marché du livre tend à proposer des versions assez frustes du « marxisme ». Le succès est assuré aux auteurs charismatiques qui sauront parler dans les meilleurs termes du grand « vampire » capitaliste. De quoi inspirer quelque mouvement de révolte. Mais cela fait aussi partie de ce que les puissances médiatiques accordent volontiers au peuple. 


Christian Laval un des auteurs du monumental ouvrage sur Marx qui vient de paraître chez Gallimard – « Marx : prénom Karl » - et qui explique pourquoi il est nécessaire et utile de lire ou relire Marx aujourd’hui.
Crise, Grèce, État, Europe, austérité…

 

Marianne 2 : La crise financière de 2008 ne peut pas être vraiment comprise selon vous sans une lecture approfondie de Marx ? Pourquoi ?
Christian Laval : Je dirais que la crise ne peut être comprise dans sa profondeur et dans sa dynamique sans avoir en mémoire l’analyse que fait Marx de l’autonomie du capital sous sa forme argent par rapport à la production elle-même. Le vertige de la financiarisation, dès le milieu du XIXe siècle, était perceptible à qui savait prêter attention aux symptômes les plus graves du capitalisme et en tirer des conclusions quant à son fonctionnement. C’était le cas de Marx. Ce fut sa grandeur. Mais ce vertige de la spéculation, s’il donnait lieu régulièrement à des effondrements boursiers ou des faillites bancaires, restait tout de même sporadique. La production était le cœur de la machine à profits.

M2 : Le capitalisme financier d’aujourd’hui, c’est la spéculation devenue la loi suprême et permanente du système ?
C. L. : En effet, tout se passe comme si « l’argent pour l’argent » pouvait s’affranchir complètement de la production, comme si le « toujours plus » conduisait à se délester des usines, des travailleurs, et au fond de la société elle-même…Même les « permis de polluer » sont l’objet de la finance ! Aujourd’hui, plus personne ne sait comment sortir de cette logique infernale et destructrice. Les « solutions » avancées par les uns ou par les autres ( recapitalisation des banques privées, mini-taxe Tobin, protectionnisme, banque publique de développement de l’industrie, etc) semblent des gadgets pour enfants à côté de la grosse machinerie financière qui domine toute l’économie et met en pièces les derniers restes de la démocratie représentative.

M2 : Marx était un incorrigible optimiste. Il aurait dansé de joie en 2008 comme il l’a fait avec son ami Engels en 1857 ?
C. L. : C’est vrai ! Marx était un incorrigible optimiste ! Car il était persuadé que la révolution devait suivre de près la crise, puisque pour lui la loi de l’histoire faisait que le communisme était l’enfant, un peu bâtard certes, du capitalisme lui-même. Comment soutenir, sauf à réhabiliter la thèse de « l’effondrement final», que le communisme est inéluctable ? Bien d’autres choses peuvent sortir de la crise que la révolution. En ce sens le « marxisme » comme progressisme optimiste ne nous semble plus tenable.

M2 : La bulle du crédit, on s’en rend compte aujourd’hui, n’a pas seulement eu des effets sur les particuliers, elle a touché les États eux-mêmes, dont les finances ont été très délibérément prises en tenaille entre les baisses d’impôts et le recours aux marchés financiers ?
C. L. : C’est vrai ! Aujourd’hui, les États interviennent très activement pour sauver le système bancaire en reportant les coûts de la crise sur les chômeurs, les retraités, les salariés. Ces États apparaissent ainsi comme ces « instruments » du capitalisme dont parlait Marx. Mais s’arrêter à cela, ce serait oublier que l’État est bien plus qu’un « appareil » au service des entreprises privées et des banques. Les institutions, les dispositifs de gestion de la société, les systèmes réglementaires qui le composent produisent très activement des rapports de pouvoir, des formes d’assujettissement, des formes de pensée qui jusqu’à aujourd’hui ne coïncidaient pas intégralement avec la logique privée d’accumulation du capital. La nouveauté du néolibéralisme, c’est la co-production entre l’État et les grandes entreprises des règles de fonctionnement du capitalisme financier et des modalités d’adaptation de la société aux « contraintes » imposées par la mondialisation. L’État co-produit la mondialisation et il prétend en protéger la société. Nous assistons à une gigantesque hybridation « public-privé », qui n’est ni le dépérissement de l’État par sa dissolution dans la société ni le totalitarisme par absorption de la société dans l’État. La co-production néolibérale se traduit par un processus de fusion par le haut des oligarchies capitalistes et bureaucratiques, ce qui suppose l’homogénéisation des normes et des institutions privées et publiques à tous les étages.

M2 : Les émeutes en Grèce s’inscrivent-elles dans la déjà longue histoire des luttes contre l’emprise du capitalisme néolibéral et les plans d’ajustement structurel imposés en Europe ?
C. L. : C’est la manifestation désormais ouverte de la guerre sociale. La lecture par Marx de la lutte reste d’une évidente actualité. Mais remarquons que les événements de ces dernières années ne correspondent pas à la mythologie d’une classe partant « à l’assaut du ciel » selon l’expression de Marx. Les salariés, les retraités et les étudiants n’aspirent à aucun ciel. Ils veulent défendre les moyens qui leur restent pour vivre et pour survivre et qui sont menacés par les politiques régressives qui veulent les en priver. Ce sont des émeutes, non des révolutions. Du moins pas encore. La guerre sociale n’est pas d’abord venue du bas, elle n’a pas été déclenchée par un peuple révolté et assoiffé de liberté et de justice. Elle vient du haut, elle a été déclarée et elle est menée par les classes dominantes afin de réduire par tous les moyens possibles les droits sociaux et politiques conquis au XXe siècle, et ceci au nom de la compétitivité, de l’emploi, et surtout des profits. La mondialisation d’abord, et la crise qu’elle a engendrée ensuite, servent de levier pour l’emporter sur les résistances sociales et politiques. Les classes dominantes ne sont pas complètement aveugles et sourdes sur les réactions et sur les conséquences dépressives de l’austérité. Mais elles croient avoir une chance qu’elles ne doivent pas laisser passer d’en finir avec les compromis sociaux d’après guerre, lesquels correspondaient à un rapport de force à l’époque relativement favorable aux salariés. C’est tout l’enjeu de la période que nous vivons.

M2 : Que pensez-vous du couple franco-allemand ?
C.L. : Est-ce un couple ? La situation européenne n’a plus grand-chose à voir avec ce qu’elle était du temps de Marx. Ce dernier pensait les choses à peu près ainsi : l’Angleterre, c’était l’économie, la France, c’était la politique et l’Allemagne, c’était la philosophie et la science. La tâche du mouvement ouvrier était la synthèse des trois. On ne peut plus du tout raisonner stratégiquement comme Marx le faisait. L’Europe n’est plus le centre du monde et le coeur de l’histoire. De nos jours, l’Angleterre c’est plutôt la finance, l’Allemagne c’est l’industrie, et la France est d’autant plus fascinée par l’Allemagne industrielle qu’elle a largué son industrie comme l’Angleterre. Pour Marx, il y avait des puissances dominantes réactionnaires qui influençaient tout le cours de la politique européenne. La Russie tsariste et la Prusse étaient les deux piliers de la réaction. Aujourd’hui, les gouvernements d’Angleterre, d’Allemagne et de France, en dépit de leurs divergences, forment un nouveau bloc qui impose une politique brutalement déflationniste aux populations d’Europe afin de pouvoir « ajuster » les salaires et le droit du travail, c’est-à-dire réduire le « modèle social ».

M2 : Mais par là, l’Europe tend à redevenir le foyer politique central, la ligne de front principale. De l’affrontement sortira-t-il une nouvelle force sociale capable de renverser le cours des choses ?
C.L. : Contrairement à Marx, nous ne le voyons nulle part écrit comme une nécessité historique. Mais c’est une possibilité qui commence à prendre corps. Reste à savoir si le salariat et la population passeront de l’indignation à la révolution…Seule la lutte le dira.

 

 

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Bilan et perspectives du système national de santé

Publié le par Mahi Ahmed

Bilan et perspectives du système national de santé

par Mohammed Brahim Farouk*

1ère partie

Cinquante années d'indépendance constituent une durée infinitésimale dans l'histoire d'une nation.

Le cinquantième anniversaire de l'indépendance, c'est aussi une date symbole, une occasion pour un bilan objectif des réalisations, non pour critiquer ou glorifier un régime, mais pour mieux construire, tous ensemble, l'avenir.

La santé, en raison de sa nature humaine et sociale, est un facteur essentiel de cohésion sociale. Le système national de santé doit être érigé en lieur privilégié d'expression de la solidarité nationale. C'est pourquoi le bilan du système national de santé qui cernera ses faiblesses et ses points forts ne doit être fait ni sur une base partisane, ni avec des arrières pensées politiciennes.

Mon expérience de prés de 40 années comme acteur de santé publique, m'a permis d'être un observateur privilégié de l'évolution de notre système de santé. Aussi je souhaite avec beaucoup d'humilité, apporter ma modeste contribution à l'amorce d'un profond débat sur le système de santé. Ce débat se limite actuellement, que le système de santé est en crise, à des slogans aux relents populistes des uns et des autres.

Pour amorcer ce débat, en cette année du cinquantenaire de l'indépendance, il me semble important de faire un historique de l'évolution de notre système santé, afin de situer le moment de sa dérive, il faut mettre en exergue tant les aspects positifs que négatifs, en, en analysant les causes avec objectivité afin d'avancer des perspectives réalistes et réalisables, s'inscrivant dans le cadre du développement socio-économique à venir, en tenant compte de nos possibilités.

HISTORIQUE

Période pré-indépendance :

A la fin de la colonisation française L'Algérie comptait deux hôpitaux universitaires, l'hôpital MUSTAPHA PACHA, dont la mission de formation lui fût assignée dés sa création, et l'hôpital d'ORAN, devenant CHU par ordonnance 58-1373 du 30 décembre 1958. Deux hôpitaux régionaux (Alger et Constantine), 112 hôpitaux polyvalents, 14 hôpitaux spécialisés. Ainsi le secteur public comptant 38000 lits, soit un lit pour 300 habitants, aux quels s'ajoutaient environ 10000 lits privés.

Cependant il faut souligner que la majorité de la population algérienne du fait de son statut de colonisée, auquel s'ajoutaient les sept années de guerre, était exclue de ce système de santé, ce qui explique le drame au plan sanitaire, de l'Algérie au lendemain de l'indépendance.

Période de 1962 à 1973 :

Au lendemain de l'indépendance tous indices de santé étaient au «rouge»: une espérance de vie de moins de 50 ans, une mortalité infantile supérieure à 180 pour milles, les maladies transmissibles sévissaient à l'état endémique.

Pour couvrir les besoins en santé de la population le pays disposait de 500 médecins dont 280 Algériens. Pour faire face à cette situation dramatique l'état prend des mesures urgentes :

- Renforcer le corps médical par l'appel à la coopération étrangère et l'instauration d'une mi-temps obligatoire dans le secteur public pour les praticiens du secteur privé.

- La lutte contre les maladies transmissibles par la mise en œuvre de programme de santé. Parmi ces mesures, la vaccination obligatoire de tous les enfants en est la mesure phase.

Les résultats de cette politique vont très vite apparaitre par la facilitation de l'accès aux soins des populations vulnérables, notamment grâce aux brigades mobiles, et le succès de la campagne d'éradication du paludisme.

- Période de 1974-1989:

Cette période peut être considérée comme «l'âge d'or» de la santé, grâce à une décision politique, avec laquelle l'on peut être ou pas d'accord au plan idéologique. Il s'agit de la loi N°73-65 du 26 décembre 1973 portant institution de la médecine gratuite dans les secteurs de santé. L'Etat en complétant cette loi par l'ordonnance 76-79 du 23 octobre 1976 portant code de la santé publique et la loi N°85-05 du 16 février 1985 relative à la protection et la promotion de la santé, inscrit la santé au rang de ses priorités. Les actions entreprises dans le domaine de la santé, se sont déroulées dans un contexte de recouvrement de droit sur le pétrole, une croissance économique élevée et de distribution équilibrée des richesses en termes de revenus aux différentes couches de la population. Parallèlement, des progrès important ont été enregistrés au niveau de l'emploi et des revenus, de l'éducation et la formation, des logements et des commodités (eau, électricité, gaz, égouts…).

Simultanément à la décision de la gratuité des soins, celle de la «démocratisation de l'enseignement» est prise. Il s'agit de la réforme touchant l'enseignement supérieur, en particulier les études médicales, visant à la fois une amélioration qualitative et quantitative, et le renforcement de l'encadrement. Cette décision va permettre de disposer d'un grand nombre de praticiens.

Les résultats positifs de cette double décision, gratuité des soins et démocratisation de l'enseignement, vont très vite être palpables.

- La dépense nationale de santé (DNS) par rapport au PIB est multipliée par trois en 15 ans (1,6 % en 1973 à 5,5 % en 1988).

- La construction de nombreuses structures de santé et l'érection de 13 CHU. Le nombre de lits passants de 42500 en 1973 à 62 000 en 1987.

- La formation des praticiens dont le nombre passe de 6715 en 1979 à 19 528 en 1988.

- Grâce à la mise en œuvre des programmes nationaux de santé, l'on note une éradication ou baisse notable des maladies transmissibles, un recul de la mortalité infantile et un allongement de l'espérance de vie.

Enfin en cette fin des années 80 on constate une amorce de la transition démographique.

C'est pendant cette période que la recherche en sciences médicales connaitra un essor considérable. Les médecins hospitalo-universitaires Algériens brilleront dans les congrès internationaux par des communications de haut niveau.

- Période à partir de 1990 :

Depuis la fin des années 80, le système national de santé est en crise et est soumis par les Algériens à de sévères critiques.

- Incapacité à les prendre en charge quand ils ont malades.

- La qualité des prestations faiblit à tous les niveaux.

- Exclut de plus en plus les citoyens à faible revenu et même ceux à revenu moyen.

Pourtant ceux ne sont pas les états d'alerte qui ont manqués, provenant de la société civile mais aussi du ministère de la Santé.

Dés janvier 1990, «un rapport général sur l'organisation de la santé» fait par une commission inter-sectorielle, sous l'égide du ministère de la santé, énonçait: «les insuffisances de la politique du système de santé basée sur des objectifs précis à atteindre… cet état de fait a abouti à la désarticulation de ses principales composantes». Dix années après, soit en MAI 2001, dans un rapport émanant du ministère de la santé intitulé «développement du système national de santé: stratégie et perspectives» énonçait «la situation actuelle est caractérisée par une accumulation de problèmes, évoluant depuis la fin des années80, et conduisant à une destruction progressive du système de santé». Et ceci bien que un processus d'adaptation à l'évolution socio économique ait été entamé et des réformes dans le cadre de la santé aient été initiées, dont on citera:

- L'ébauche de la régionalisation sanitaire

- La mise en place de structures de soutien à l'action du MSP

- Révision des statuts des établissements de santé

- Redynamisation de la politique du médicament.

- Valorisation des ressources humaines.

Dans le cadre de l'économie de marché une ordonnance ouvre le secteur de santé au privé et une autre libérera le marché des médicaments. Enfin on ne passera pas sous silence la décision du «temps complémentaire» pour les praticiens de la santé publique et les hôspitalo- universitaires en particulier. Comme nous le verrons plus loin, ces décisions n'auront pas l'effet escompté sur l'amélioration du système santé.

Durant cette même période, il est important de souligner la confirmation de la transition démographique et épidémiologique, avec la persistance de certaines maladies transmissibles, caractéristique des pays en voie de développement, et l'émergence des maladies caractéristiques des pays développés, (cancer, diabète, maladies cardio-vasculaires) nécessitant une prise en charge lourde et onéreuse qui va greffer le budget de la santé..

Au plan économique pendant cette même période, la DNS passe de 5,5 % du PIB en 1987 à 3.6% en 2001 à titre comparatif pour la même année le DNS est respectivement de 4 % au Maroc et 5,9 % en Tunisie. La dépense de santé par habitant estimée à 165 USD en 1990 est réduite 58 USD en 2001. Toujours à titre comparatif elle est passée pour la même période de 24 à 49 USD au Maroc et de 76 à 105 USD en Tunisie. Quant au budget de la santé, il est en 2002 d'un peu plus de 49 M de dinars, soit seulement 3,38 % du budget global (cependant en nette augmentation par rapport à celui de 1992).

La DNS en cette année 2000 est financée à hauteur de 39,4 % par les ménages, 35,1 % par le SS et 25,5 % par le budget de l'état. On remarque que le financement par les ménages est passé de 25,8 %en 1979 à 39,4 %. Il ne va cesser d'augmenter dans les années à venir, ce qui va exclure de larges pans de la société de l'accès aux soins.

Comment le système national de santé, qui se plaçait dans le peloton de tête des pays en voie de développement avec ses atouts, et ses potentialités, au lieu d'aller en s'améliorant est entré en crise ?

Est-ce une crise de croissance ?

Les tentatives d'explications de cette dégradation du système de santé par «la médecine gratuite», par «l'économie de marché», par «les injonctions des organismes financiers et banquiers internationaux» ou par «le manque de ressources financières», ont conduit à un certain fatalisme induisant une inertie, empêchant ainsi un débat sur le système national de santé «basé sur les réalités d'aujourd'hui et structurant sa transformation dans une perspective débattue, claire et transparente».

REFORME DU SYSTEME DE SANTE OU REFORME HOSPITALIERE ?

En ce début des années 2000, les citoyens, l'ensemble des acteurs de la santé et les pouvoir publics sont conscients de l'impérieuse nécessite d'agir pour améliorer le système de santé. Ainsi le gouvernement inscrit dans son programme comme priorité «la reforme hospitalière» renonçant à une reforme profonde du système de santé.

Il énonce dans son programme, «…Apporter les correctifs indispensables pour une réelle adaptation des structures de santé aux changements socio-économique ainsi qu'à l'évolution épidémiologique… C'est dans la réforme des structures publiques de santé que réside le nœud gordien de l'amélioration du système national de santé ». Décision louable pour la réalisation de laquelle est installée une « commission nationale de la réforme hospitalière». Le travail de cette commission est à saluer pour d'abord son écoute de l'ensemble des acteurs de la santé. La nouveauté est que ce débat s'est déroulé pendant une année via internet avec plus de 4000 interventions. D'une manière méthodique la commission organise la réflexion autour de six dossiers, besoins de santé et demande de soins, structures hospitalières, ressources humaines, ressources matérielles, financement et intersectorialité. Cette commission fera preuve d'une grande honnêteté dans l'analyse des lacunes de notre système de santé, en notant en observation «en l'absence d'un système d'information validé, les chiffres cités dans ce rapport doivent être considérés avec réserve».

Avec une grande lucidité, la commission mettra en exergue l'ensemble des dysfonctionnements et fera pour chaque dossier sus-cité des propositions pertinentes et urgentes en énonçant à chaque fois les avantages et les inconvénients.

Mais le point le plus important de cette reforme est le concept de «contractualisation» : contrat ministère-hôpitaux, hôpital-service, hôpital - CNAS, Cahiers de charge-praticiens, praticiens-patients.

C'est dans les conclusions du rapport final de la commission que l'on retrouve en filigrane, la réponse à la question posée en tête de chapitre. Il est dit que «la reforme hospitalière doit s'inscrire dans le cadre d'une politique globale de la santé», et d'ajouter «les capacités du secteur de santé de la population s'améliorent à condition que les contraintes externes soient levées». Et tout est dit dans la phrase qui termine le rapport « à la condition que la volonté politique soit au rendez-vous».

Si je me suis appesanti sur ce rapport, c'est pour démontrer sa pertinence et la justesse des recommandations. Malheureusement à ce jour ces recommandations, pour la plus part, sont restées lettres mortes, et la mesure phare qui était la contractualisation piétine. L'on ne peut que regretter de n'avoir pas vu, les professionnels de la santé, la société civile et les partis politiques, se mobiliser pour la concrétisation de cette réforme hospitalière, premier pas vers une réforme profonde de notre système de santé. D'autant plus que l'Algérie laissait derrière elle la décennie noire, et commençait à connaître une embellie financière.

SITUATION ACTUELLE

En ce début 2012 et à la fin 2011, les conditions de prises en charge des malades se sont détériorées, notamment pour les cancéreux (manque de produits anti-cancéreux, accès difficiles à la radiothérapie). Devant la détresse de ces patients, l'ensemble de la société ne peut que compatir. Cependant contrairement aux crises récurrentes des médicaments, et l'accès toujours difficile à la Radiothérapie. (ainsi en 2008, sur 20000 demandes de RT seules 5000 ont été satisfaites), cette fois-ci l'on assistera à un emballement médiatique, des prescripteurs faisant le tour des médias, des syndicats incluant dans leurs revendications, ponctuées par une grève, une commission d'enquête sur les médicaments, des «sit-in» d'autres corps de la santé, des associations de malades exigeant le transfert pour RT vers la Turquie et la Jordanie (l'on précise les pays !) . Cette effervescence est ponctuée par des accusations fusant de toute part et créant une polémique oiseuse : «les lobbies des médicaments» sont pointés du doigt et leur connivence supposée avec les politiques, ou encore l'utilisation de la détresse des cancéreux comme «fond de commerce». Malheureusement, nous n'avons pas entendu une seule fois l'exigence de l'ouverture d'un débat sérieux, sur une reforme profonde de notre système de santé. Comme dans notre pays la suspicion est de règle, certains ne manqueront pas de lier cet emballement à celui politique, à la veille d'échéances électorales. Si c'est le cas, j'insisterai sur la gravité d'utiliser la santé, facteur important de cohésion sociale, pour des calculs politiciens. De leur coté, les pouvoirs publics, ont pris des décisions sous la pression et dans la précipitation sans s'attaquer au fond du problème. Une commission des médicaments est installée, dans laquelle on retrouve un peu tout le monde sans parfois les compétences requises, avec des prérogatives floues. On promet de sévir contre les importateurs (pourquoi aujourd'hui et pas hier ?) on éponge l'importante dette de la PCH, qui continuera à gérer dans le même environnement. Enfin on assouplit le CREDOC, ce qui incitera certains à penser que cette dernière mesure était la finalité de la pénurie.

Cette situation amènera certains à travers les médias, d'annoncer l'effondrement de notre système de santé, n'hésitant pas à qualifier nos hôpitaux de mouroirs.

Pour rester dans l'objectivité voulue dans cette contribution, analysons sérieusement, sans complaisance aucune (quitte à irriter ou déplaire) la situation actuelle.

D'abord on note une nette amélioration des indices économiques de santé. La DNS par rapport au PIB est passé de 3,5 en 2005 à 5,79 en 2009. (6,23 pour la Tunisie et 5,5 pour le Maroc). La dépense par habitant est passée de 111,13 USD en 2005 à 267, 96 USD en 2009 (239, 96 pour la Tunisie et 155,67 pour le Maroc) quant au budget de la santé il est à prés de 405 M de DA soit 11,71 % du budget global. L'effort d'érection de structures de santé, est soutenu. A titre d'exemple la réception par la Wilaya d'Oran un EHU de 600 lits. L'ouverture de centre de Radiothérapie à ORAN et OUARGALE et bientôt ceux de ANNABA et ADRAR.

Au plan social, les salaires de l'ensemble des personnels de la santé ont été augmentés d'une manière conséquente avec la mise en place des statuts particuliers pour chaque catégorie.

En tant que praticien dans un CHU, je réfute la qualification de «Mouroirs» pour les hôpitaux. L'essentiel des pathologies lourdes, ainsi que le plus grand nombre de patients sont pris en charge par le secteur public. Et, est-il dommage que les CHU ne rendent pas public leurs activités dans les médias, comme cela se fait dans d'autres pays. De nombreuses techniques médico-chirurgicales de pointe sont réalisées dans des structures publiques, même si elles sont dues à des équipes volontaristes, ayant eu la chance d'avoir à un moment l'écoute des décideurs, n'entrant malheureusement pas dans le cadre d'un programme national de développement harmonieux de la santé. Les gestionnaires particulièrement des CHU, qui sont souvent accusés de tous les maux, pour les avoir côtoyer quotidiennement, je ne peux que témoigner de leur compétence et de leur courage, car travaillant dans le cadre de textes de loi obsolètes, avec au-dessus de leur tête une épée de Damoclès, qui peut tomber sur leur tête arbitrairement à tout moment.

Enfin, je citerai encore les programmes nationaux de santé qui continuent à être réalisés avec beaucoup de succès.

Cependant ces aspects positifs que l'on vient d'énumérer, s'ils démontrent bien que l'on est loin d'un effondrement de notre système de santé, ne doivent pas cacher que celui-ci reste dans une situation de désorganisation et de dysfonctionnement. Pourquoi les mesures prises au début des années 90, revues et corrigées dans les années 2000, n'ont eu que peu ou pas d'effets positifs sur la prise en charge des malades ? C'est ce à quoi, nous allons essayer de répondre.

- La prise en charge du cancer. C'est par ce point que nous allons commencer, car ce problème a défrayé la chronique ces derniers temps.

Dés 2001, l'on a prévu 30 000 nouveaux cas de cancer à l'horizon 2010. Prévision largement dépassée car atteignant 45 000.

Dix années n'auraient-elles pas été suffisantes pour éviter d'arriver à cette détresse des patients ? En dix ans, l'on s'est contenté de plans d'action purement techniques, souvent sans concertation avec l'ensemble des praticiens de cette spécialité. Or la prise en charge des cancers doit s'inclure dans un véritable programme, intersectoriel de politique de santé, évalué financièrement, tenant compte des éventuelles contraintes de celles-ci, avec des échéances et une évaluation à chaque étape. C'est en 2009 que la prise en charge des cancers est inscrite dans le programme du président de la république. Malgré l'importance que lui accorde ce dernier, on continuera de dresser des plans d'actions purement techniques, avec des constats que tout le monde connaît et des prévisions à l'horizon 2014, difficiles à réaliser.

Les protocoles de chimiothérapie, utilisant de nouvelles molécules, sont le plus souvent au dessus de nos moyens financiers, greffant le budget des hôpitaux. A titre d'exemple le CHU ORAN, a dépensé plus de 50 % de son budget médicaments, pour la chimiothérapie (le taux aurait été plus important sans les pénuries) ou encore lors d'une réunion du comité national cancer, élargie, ce cri de détresse de la pharmacienne d'un CHU, qui a utilisé 70 % du budget «médicaments» pour les produits anti-cancéreux «ne laissant que des miettes pour le reste des médicaments lesquelles traitent un malade et lui permettant de réintégrer la vie active». En fait les protocoles de chimiothérapie sont décidés en cercle restreint dans l'opacité, sans aucune véritable conférence nationale de consensus. Il faut rappeler que celle-ci pour être crédible, doit être neutre et par conséquent ne doit être financer par aucun laboratoire pharmaceutique.

Aaucun moment, l'aspect économique de la chimiothérapie n'a été abordé. Ainsi le rapport coût/bénéfice, qui est un critère fondamental d'évaluation d'une thérapie, n'est présenté. Car pour tout financement rationnel d'un programme de santé il ne s'agit pas seulement de savoir si une technique ou une molécule est efficace, mais aussi leur niveau de bénéfice. J'avais, il y a une année présidé un jury de thèse d'oncologie portant sur une étude phase II d'un protocole de chimiothérapie. A ma question sur le rapport coût/efficacité de ce protocole, j'ai eu cette réponse étonnante «que cela n'est pas du ressort du médecin !»

Ce n'est un secret pour personne que dans le monde, l'industrie pharmaceutique pèse de tout son poids financier pour l'adoption d'un protocole, entrant dans un rapport de force avec les organismes payeurs. Ainsi à titre d'exemple en 2007, NICE (Institut national Britannique de santé) recommande à la NHS (assurance maladie) de ne pas rembourser un protocole comprenant 3 produits anti-cancereux pour inefficacité en terme de survie et de confort.

De pareilles décisions posent un problème d'éthique qui dépasse le seul cadre médical et la seule responsabilité du médecin. C'est pourquoi l'adoption d'un protocole doit être décidée par une commission multidisciplinaire.

Maintenant, abordons le deuxième volet de prise en charge des cancers, celui de la Radiothérapie. Même si l'état avait anticipé par la programmation d'une dizaine de centres de Radiothérapie, seul 03 ont pu être réceptionnés, les autres restent encore à l'état de projet, ou au maximum au stade des gros œuvres. Cependant la décision prise d'abandonner le Cobalt pour les accélérateurs, mérite à mon sens un débat approfondi entre l'ensemble des experts, des économistes, et étudiant les expériences dans ce domaine des pays d'un niveau économique similaire au notre. Effectivement pour un problème d'environnement d'abord, puis secondairement pour une plus grande efficacité dans l'irradiation au niveau de certaines localisations, les pays développés ont optés à l'avenir pour les accélérateurs.

Cependant il faut savoir que certains experts recommandent aux pays, que l'OMS classe dans la catégorie des pays à ressources intermédiaires de continuer à utiliser la, cobaltothérapie, au vu du coût élevé de maintenance des accélérateurs, risquant de grever les budgets de santé de ces pays.

Les médicaments :

Après un monopole de l'état sur le marché du médicament, ce dernier est libéré en 1992. Vingt après, la situation du marché des médicaments pose un véritable problème de santé publique, retentissant négativement sur la bonne marche des structures de santé, et sur les séquences thérapeutiques pour les malades.

Les textes de loi régissant cette activité ont évolué avec des avancées et des reculs, notamment sur l'obligation faite aux importateurs de lancer à terme, la production.

Aujourd'hui on atteint plus de 500 importateurs et distributeurs (avec seulement 40 au Maroc), une liste de plus de 6000 produits qui ne cesse de s'allonger, et une facture de un milliard et demi de USD. Le plus grand nombre de produits commercialisés correspond aux médicaments à forte consommation, gamme de produits de spécialité et de confort au détriment des produits essentiels. La production (hormis SAIDAL et quelques rares producteurs) se limite en fait au conditionnement primaire et secondaire. D'autres pratiques polluent le marché du médicament, notamment le dictat de la vente concomitante imposée par certains distributeurs et dénoncé par les officines privées. L'Intox dont est victime le citoyen sur l'inefficacité des génériques et enfin, les lourdes ordonnances prescrites par les médecins, sans aucune rationalité.

L'on voit donc que la libération du marché n'a permis ni une plus grande disponibilité des médicaments essentiels ou des formes génériques, ni une réduction du coût unitaire.

Structures privées:

La loi 88-15 du 03 mai 88 et du décret 88-204 du 18 octobre 88 vont ouvrir le secteur de santé aux privés, dans le cadre des activités d'exploration et de chirurgie. En vingt ans l'essor du secteur privé a été considérable. Cependant d'emblée il va entrer dans une logique commerciale, privilégiant comme dans d'autres secteurs commerciaux le gain rapide et facile, au lieu de se considérer comme des structures privées d'utilité publique. Ainsi son installation va se faire d'une manière anarchique privilégiant les régions du nord, à forte concentration de population, et dans des spécialités lucratives. Même quand une clinique ouvre dans une spécialité précise, élargit très vite son activité à d'autres spécialités. Ainsi dans les faits le secteur privé n'évolue pas dans le cadre d'une complémentarité avec le secteur public, mais évolue pour lui-même comme dans un système de santé à part. Il faut enfin souligner que le secteur privé a tiré sa force, en dehors de sa puissance financière, des carences et faiblesses du secteur public, et les compétences de celui-ci qui exercent dans le cadre «du temps complémentaire». Ce dernier a été une fausse solution à un vrai problème, celui des salaires des praticiens hospitalo-universitaires qui étaient les plus bas du Maghreb. En permettant aux praticiens du public d'exercer dans le privé, dans certaines conditions, l'on a contribué à désorganiser un peu plus les hôpitaux. Car le «temps complémentaire» n'a en fait profité qu'a certains spécialistes, et est devenu quotidien pour certain. L'appât du gain a généré certaines pratiques portant préjudices à la moralité de la corporation. Pour une infime partie, ces pratiques devenaient malheureusement, de la concussion. Ainsi le secteur privé n'est saisi, ni en terme d'objectifs, ni en terme de programmation, ni en terme d'évaluation et de contrôle.

La désorganisation du système de santé:

Plusieurs facteurs y concourent, l'absence de la hiérarchisation, de réseaux, et d'une carte sanitaire rationnelle. Ainsi le malade s'adresse lui-même au médecin qu'il lui semble le plus à même de traiter sa maladie ou ce qui lui semble l'être, et particulièrement directement aux spécialistes et parfois même à plusieurs. Par manque de réseaux, le malade se fraye d'une certaine manière son propre itinéraire dans le système de soins. Le cloisonnement entre les différentes structures et les différentes spécialités, porte préjudice à la continuité des soins et du suivi. Ainsi chaque porte d'entrée aux soins ne donne accès qu'à une partie du système.

De par cette désorganisation, le malade est soumis à une véritable course d'obstacles pour accéder à des soins continus.

Cette désorganisation ajoutée aux déséquilibres régionaux, sont dues à l'absence d'un cadre d'organisation du système de santé: La carte sanitaire. Celle-ci doit être définie clairement sur la base de données démographiques et épidémiologiques, des potentiels humains et matériels existant réellement, le tout coordonné par la région sanitaire. A défaut comme l'on constate actuellement, c'est des lobbies partisans, claniques ou tribaux, qui décident des sites des nouvelles structures, ou du devenir de leurs missions, dans une région déterminée. Les exemples ne manquent pas, des wilayas qui exigent l'ouverture d'un CHU, ou encore cette wilaya du sud, où la paternité du projet de CHU, existant depuis 10 ans, est revendiquée, par des candidats potentiels aux futures élections législatives. L'on peut se poser la question du pourquoi de l'ouverture dans un hôpital de Wilaya, un service de chirurgie cardiaque, relevant un principe de la mission des CHU. Même l'ouverture de structures privées doit rentrer dans le cadre sanitaire. L'exemple de la Wilaya d'Oran qui compte 667 lits privés (en plus de 4529 lits publics) arrive en première position nationale, doit - on continuer à y autorisé l'ouverture de lits privés ?

Le financement:

L'embellie financière a permis d'augmenter d'une manière conséquente le budget de la santé. Cela suffira-t-il à relancer le système de santé ? Le doute est permis, car rien de nouveau n'apparait dans l'utilisation rationnelle de ce budget.

Les modalités de financement sont basées essentiellement sur une contribution forfaitaire de l'état, de la CNAS, et d'une contribution de plus en plus importante des ménages. Aucune mobilisation de ressources additionnelles n'est venue améliorer le financement. Même si depuis 1993 il est recommandé, que la contribution des organismes de sécurité sociale, aux budgets des établissements publics doit se faire sur la base de relations contractuelles. Il semble que le budget s'est installé dans un rituel de «reconduction» par «lissage» qui le soustrait à tout débat programmatique. Ainsi l'augmentation du budget ne sera d'aucun effet positif sur la santé de la population, s'il n'est pas mis fin aux gaspillages et s'il ne s'inscrit pas dans une reforme globale du système de santé.

A suivre

Bilan et perspectives du système national de santé

par

Mohammed Brahim Farouk*



3ème parie

PERSPECTIVES

Les sociétés modernes d'aujourd'hui rangent la santé parmi les quatre valeurs majeures qui les fondent avec l'emploi, la sécurité et le développement durable. C'est pourquoi elles proclament que la protection de la santé de la population constitue une mission régalienne de l'état.

Ainsi la question de la définition d'un système de santé est trop importante pour être seulement technique. C'est pourquoi une politique de santé s'inscrit dans le cadre d'un projet de société. Tout Algérien est conscient que les retouches et les replâtrages ponctuels depuis la fin des années 80, n'ont pas évité la déstructuration de notre système de santé. En l'absence d'objectifs clairement affichés, l'on s'est contenté de mots d'ordre populistes entretenant l'illusion : «la santé n'a pas de prix», «la santé de tous les citoyens est une priorité absolue des pouvoirs publics» ou encore «le secteur public est le fer de lance et le socle du système national de santé». Ce discours a entretenu l'illusion, que dans le domaine de la médecine, rien ne s'oppose à disposer de prestations de soins identiques à celles des pays Nantis. Ce ‘est une question qui ne peut être éludée, car les pays aux quels on se réfère consacrent 30 à 100 fois plus de ressources financières à leur dépense de santé par habitant. Au vu de ces remarques, pour quel système de santé doit-on opter ? Vu les traditions de solidarité de notre société, vu l'engagement politique de la proclamation du 01er Novembre 1954, à édifier «un Etat démocratique et social», l'on doit absolument édifier un système de santé garantissant l'équité d'accès pour tous et le même niveau de prestations pour l'ensemble des citoyens. L'OMS recommande un système de santé en rapport avec les ressources financières de chaque pays. Pour l'Algérie l'on se doit d'opter pour «une approche sociétale large dans laquelle les patients et l'utilité pour le système de santé figurent au premier plan» .

Pour édifier un système de santé selon cette approche, il est nécessaire et essentiel après évaluation des résultats du système de santé sur la base des 05 indicateurs de l'OMS, entamer un débat national démocratique, dirigé par des experts nationaux et internationaux, qui devra répondre aux questions essentielles :

- Quelles missions pour le système?

- Quels objectifs pour le système?

- Que doit - il offrir en termes de prestations ?

- Qui doit les offrir (public / privé)?

- Dans quelles conditions doivent-ils les offrir ?

- Qui doit en bénéficier et dans quelles conditions ?

- Quels ressources et moyens pour les réaliser ?

- Comment en garantir l'accès notamment au plus démunis ? - Comment s'assurer de la prise en charge en conformité avec les objectifs retenus ?

Les réponses à ces questions vont permettre de dégager les axes de travail essentiels pour l'élaboration d'une politique de santé.

Sur le terrain cela va se traduire par une réorganisation et restructuration de notre système de santé, par la hiérarchisation des soins, la définition des programmes de santé, tenant compte des données démographiques et épidémiologiques, mais aussi des possibilités matérielles, humaines et surtout financières pour leur réalisation. Définir la place et le rôle du secteur privé dans la restructuration du système de santé. Enfin si la santé «n'a pas de prix» elle a «coût». Ce qui nous donne l'obligation morale de tenir compte des possibilités financières non seulement actuelles mais surtout en se projetant dans l'avenir. En dernier l'application rationnelle du programme de santé, ne peut se réaliser sans la mise en place d'une carte sanitaire régionalisée.

Sur la base de l'analyse qui précède, l'on va faire des propositions pratiques dans la perspective d'un système de santé organisé et structure.

LA HIERARCHISATION

Les structures publiques de proximités ‘polycliniques, centres de soins, PMI, cabinets généralistes privés) sont en première ligne du dépistage, du diagnostic et des soins primaires. C'est pourquoi elles doivent faire l'objet d'une attention particulière des pouvoirs publics, en les dotant de toutes les commodités pour un accueil humanisé des patients, de tous les équipements médicaux de bases, et des personnels médicaux et paramédicaux en nombre suffisant, en résolvant tous leurs problèmes sociaux-professionnels.

Le médecin généraliste est à la base d'un système de santé cohérent. Pour se consacrer à cette tâche, il doit être à l'abri de tous problèmes sociaux professionnels (logements, salaire, statuts), tandis que pour le médecin privé, il serait utile de revoir le prix de la consultation et préconiser des mesures incitatives pour ceux installés dans les zones enclavées.

Le médecin généraliste doit pouvoir bénéficier d'une formation continue pour son perfectionnement, l'actualisation de ses connaissances, et l'amélioration de ses prescriptions médicamenteuses qui doivent être rationnelles. La prise en charge de cette formation continue doit être assurée par l'état pour éviter qu'elle ne serve de forum pour la promotion de produits pharmaceutiques.

Dans le cadre de cette hiérarchisation, il semble important et vital pour le système de santé, d'introduire la notion du «Médecin généraliste référent» ainsi il sera le seul habilité à orienter le malade vers un spécialiste défini, suivre le traitement et l'évolution par la suite. Cette exigence peut sembler à première vue une atteinte à la liberté du malade, pourtant elle est appliquée dans les pays avancés.

A titre d'exemple en France la loi «Douste-Blazy», impose un taux de remboursement différent, selon que le malade s'adresse de sa propre initiative au spécialité ou qu'il ait été adressé par son médecin «référent ou de la famille».

L'application sur le terrain de cette mesure nécessite non seulement une loi cadre, mais aussi une moralisation de la profession, et une éducation soutenue de la population.

Les missions pour chaque structure publique ou privée doivent être définies avec précision par des textes de lois, et contrôler leur application. la hiérarchisation des structures va permettre une rationalisation et une maitrise des budgets. L'hôpital de Daïra doit être à même d'assurer les soins primaires mais aussi et surtout les urgences médicochirurgicales de bases. L'hôpital de chef-lieu de Wilaya doit pouvoir assurer les soins à froid ou en urgence, des spécialités de bases. Ainsi il ne peut mobiliser une grande partie de son budget pour les soins de haut niveau, qui relèvent essentiellement des CHU. Ceux-ci libérés de contraintes de prise en charge des pathologies traitées ailleurs, grâce à l'organisation du système, pourront se consacrer à leurs missions essentielles de soins de haut niveau, de formation et de recherche.

Cette hiérarchisation de soins et des structures nécessite un cahier de charge pour chacune d'elle, mais aussi par service hospitalier. Ce cahier de charge permettra une répartition rationnelle des budgets, et leurs révisions à la baisse ou à la hausse en fonction des résultats. Ce serait alors la base même de la contractualisation.

Le secteur privé doit être soumis aux mêmes règles de hiérarchisation, de définition des missions, et de cahier de charge dans un cadre concerté avec les pouvoirs publics.

LES MEDICAMENTS

Un professeur de médecine d'Alger dans une interview au site «La nation», a exprimé sa crainte de voir les lobbies pharmaceutiques imposer au pays sa politique des médicaments. Crainte justifiée si l'on continue à prendre des décisions conjoncturelles dans ce secteur. Il faut savoir que, de par le monde, les industries et laboratoires pharmaceutiques gèrent les plus grosses fortunes de tous les secteurs. D'après le rapport français DEBRE-EVEN, en 40 ans, ce sont prés de 2000 molécules sous 4500 marques différentes (hors génériques) qui se sont accumulées, alors même que l'OMS

Considère que seules 500 molécules sont vraiment nécessaires. Les conclusions du rapport sur l'affaire du Médiator en France, a démontré les connivences des laboratoires avec des hommes politiques, des experts et des prescripteurs. C'est pourquoi les pouvoirs publics français, ont institué ou compléter des lois pour une meilleure transparence, suivant en cela, la reforme du système de santé américain, par Obama, laquelle exige des laboratoires de rendre public le nom des experts et leurs émoluments. Ainsi en Algérie où le citoyen croit dur comme fer, que derrière chaque importateur il y a un homme politique, l'on doit faire preuve, dans l'intérêt du secteur, d'une transparence totale. Pourquoi les citoyens ne connaitraient-ils pas la liste des importateurs et distributeurs, leurs produits importés et l'origine de ceux-ci ? Il est aussi important que les citoyens sachent, la part de la facture d'importation des produits dits essentiels et ceux dits de conforts. Il est important d'inscrire comme priorité dans ce domaine la production réelle et non le conditionnement qu'on appelle pompeusement production. Pour lancer un secteur de production de médicaments au sens réel du terme, cela nécessite une puissance financière et une technicité. C'est pourquoi il faut penser à regrouper les petits producteurs en grand groupe, par actionnariat avec la participation de l'état, et en coopération avec les pays émergents qui ont acquis une grande maitrise dans la production du générique. Car celui-ci, reste le seul moyen pour diminuer la facture faramineuse d'importation du médicament, qu'on pourra demain ne plus pouvoir honorer.

La promotion du générique passe par l'application par la sécurité sociale du «prix référent», augmentant le taux de remboursement de celui-ci, par rapport aux autres. Enfin une campagne d'information active doit être menée pour contrer l'Intox menée auprès des patients dévalorisant le générique.

Les différentes commissions de control doivent éviter tout cloisonnement entre elles, leurs rôles doivent être complémentaires, elles se doivent de travailler dans la transparence la plus totale. L'on se doit d'être vigilant pour qu'aucun lien d'intérêt ne lie l'un de ses membres ou secteurs pharmaceutiques.

On se doit de rappeler que le médicament est un produit stratégique, assurant la bonne santé des citoyens, c'est pourquoi, l'état doit être vigilant par son implication dans la régulation et le contrôle du marché.

LE FINANCEMENT

L'Argent, dit-on, est le nerf de la guerre. Aussi l'on ne peut gagner que les batailles pour lesquelles l'on dispose de moyens. Nous avons précédemment relevé les faiblesses du financement de notre système de santé, et particulièrement le manque d'une visibilité. Un exemple que l'on doit méditer : Lors de l'embellie financière des années 70, nos hôpitaux ont été dotés d'équipements sophistiqués de dernière génération, au détriment de ceux de base. Lors de la crise financière du milieu des années 80, tout le parc des structures hospitalières était en panne, sans avoir les moyens financiers pour le remettre en marche.

Il faut d'abord savoir que les évolutions technologiques, dans le diagnostic, et les nouvelles molécules dans le traitement, rendent le coût de la santé de plus en plus cher. Aucun pays, même parmi les plus nantis, ne pourront assurer une «couverture médicale universelle» à 100% de leur population. C'est pourquoi est-il nécessaire de trouver de nouvelles sources de financements pour la santé, afin de respecter les recommandations d'institutions internationales. La déclaration il y a 30 ans d'ALMA-ATA, qui recommande à l'ensemble des nations que «promouvoir et protéger la santé est essentielle au bien être humain et au développement économiques et sociale». Puis la déclaration 58-30 de l'Assemblée Mondiale de la santé de 2005 déclarant que «tout individu doit pouvoir accéder aux services de santé sans être confronter à difficultés financières». Pour pouvoir atteindre au moins une partie de ces objectifs, dans la déclaration d'ABUJA en 2001, les chefs d'états africains, recommandent que 15 % du budget global de l'état soit consenti à la santé (Je rappelle que pour 2012, notre pays consomme 11,8%).

Notre système de santé est financé à ce jour par des dotations budgétaires de l'état, un forfait «hôpitaux» de la sécurité sociale et une participation de ménages. Or notre économie basée sur la rente pétrolière, peut entrainer une révision à la baisse du budget de l'état. Vu le coût de la prise en charge d'un patient, généré par les technologies de pointes et le prix des nouvelles molécules, la sécurité sociale pourrait se trouver en difficultés, par l'obligation de conventionnement du secteur privé, et le remboursement en rapport avec la réalité des prix, et une baisse de cotisation due au chômage. Enfin la participation toujours plus grande des ménages, va éliminer de l'accès aux soins de larges pans de la société. Selon l'OMS quand la participation des ménages atteint 50 % c'est tout le système de santé qui risque de s'effondrer. Ainsi chaque pays se doit de trouver les moyens financiers pour éviter cela.

En élaborant un système où chaque citoyen peut accéder au service de santé sans subir les contraintes financières, tous les gouvernements font face à 03 questions:

-Comment un tel système de santé est-il financé ?

-Comment peuvent-ils protéger les conséquences financières liées à la maladie et aux paiements des services de santé.

-Comment peuvent-ils encourager une utilisation optimale des ressources Ce qui présente un obstacle pour le financement d'un système de santé pour son optimalisation, c'est l'utilisation inefficiente et inéquitable de ressources. Selon l'OMS 20 à 40 % des ressources de santé sont gaspillées et ce en fonction du degré d'organisation du système.

A suivre

*Professeur de Chirurgie cancerologique.(CHU Oran)


Source: Le Quotidien d'Oran



*Professeur de Chirurgie cancerologique. (CHU Oran)

Publié dans Economie et société

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