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Comment contribuer, en Algérie, à une nouvelle vague de transformation réussie de l’ordre international

Publié le par Mahi Ahmed

 

 

Comment contribuer, en Algérie, à une nouvelle vague

de transformation réussie de l’ordre international

Intervention à la rencontre Le Sud, quelles alternatives

Alger, le samedi 28 septembre 2013

 

Par Hocine Belalloufi

 

Le caractère éminemment politique du sujet nous dicte, tant par honnêteté intellectuelle que par souci de cohérence politique, d’indiquer très précisément d’où l’on parle car les forces qui aspirent et agissent pour la transformation de l’ordre international sont nombreuses et variées et leurs intérêts souvent différents voir parfois contradictoires, même si elles peuvent converger dans certains circonstances historiques et jusqu’à un certain point.

Le contenu de mon intervention s’inscrit ainsi dans la dynamique des mouvements populaires, des mouvements sociaux et politiques d’en bas – c’est-à-dire qui ne sont pas, en Algérie aujourd’hui, au pouvoir – sans prétention aucune à les représenter ici et encore moins à parler en leurs noms.

 

1. La guerre de libération nationale du peuple algérien :

- a mis un terme à une domination coloniale française de 132 années,

- Elle a largement contribué au démantèlement de l’Empire colonial français – qui continue néanmoins d’exister à ce jour – et, plus généralement, à celui de l’ordre colonial mondial.

 

2. La guerre a mis un terme à la domination coloniale, mais elle n’a pas mis fin à la domination impérialiste. L’Algérie indépendante restait, au sein du système capitaliste international duquel elle ne pouvait s’extraire, un pays dominé par les grandes puissances du centre en général et française en particulier. Ainsi, à l’ancienne domination directe du colonialisme français se substituait une domination indirecte exercée conjointement par le système économique capitaliste mondial et par son corollaire politico-militaire, le système impérialiste, les deux relayés par des forces sociales internes relativement faibles au départ.

 

3. Le combat anti-impérialiste qui avait jusque-là pris la forme d’un combat anticolonialiste se poursuivait donc dans de nouvelles conditions marquées en premier lieu par un rapport de forces bien plus favorable au peuple algérien, rapport de forces favorable matérialisé par l’existence d’un Etat indépendant.

 

4. L’enjeu politique principal du combat de la nouvelle étape résidait dans la question de savoir si le nouvel Etat serait en mesure de résister à l’offensive impérialiste, française en premier lieu, qui visait à l’instauration d’un régime néocolonial.

 

5. A l’indépendance, et en dépit de leurs différences importantes que nous n’avons pas le temps de souligner ici, les régimes de Ben Bella et de Boumediene qui se succèderont sur un peu plus d’une quinzaine d’années n’étaient pas démocratiques. Je ne fais pas tant référence ici aux élections, même si cette question devra faire l’objet d’une clarification au vu de la confusion qui règne à son endroit, qu’à la volonté permanente des pouvoirs en place de restreindre les libertés démocratiques : interdiction des droits de grève, de réunion et d’organisation politique, absence de liberté d’expression et, surtout, tentatives permanentes de caporaliser l’UGTA et l’UNEA, principales organisations de masse du mouvement populaire.

De telles restrictions ne pouvaient qu’entraver la participation directe des masses à la résistance anti-impérialiste et, partant de-là, affaiblir considérablement cette dernière.

 

6. Mais ce caractère non démocratique des régimes de Ben Bella et de Boumediene ne les empêchaient nullement d’être légitimes et ce, pour deux raisons :

- la première est qu’en dépit de crises nombreuses et importantes qui avaient provoqué un éclatement de la direction du FLN en 1962, ceux qui se retrouvaient à la tête de l’Etat avaient mené la guerre de libération nationale. Ils possédaient, à ce titre, une légitimité historique.

- la seconde source de leur légitimité provenait de leur orientation politique qui, en dépit de leurs différences, leur faisait poursuivre le combat visant à faire barrage au projet néocolonial. Cette ligne se déclinera, sur le plan extérieur, en un soutien aux luttes de libération nationale et aux mouvements révolutionnaires dans le monde, en une contestation de l’ordre économique et politique mondial par une participation active au Mouvement des non-alignés, à l’OPEP, etc. Sur le plan interne, elle passera par l’élaboration et la mise en œuvre d’un projet de développement économique et social visant à doter l’indépendance politique de l’Etat d’une assise matérielle solide.

 

7. Ainsi et durant les deux premières décennies de l’indépendance (1962-1978), le pouvoir politique et les masses populaires combattront conjointement, en dépit de contradictions réelles, la domination impérialiste. Existait alors un camp anti-impérialiste d’en bas et d’en haut. Un des exemples les plus emblématiques de cette résistance conjointe étant celui de l’autogestion qui verra les ouvriers agricoles, soutenus par l’UGTA, l’UNEA et toutes les forces progressistes, prendre possession des grands domaines coloniaux pour les faire fonctionner et empêcher ainsi leur confiscation au profit de nouveaux Seigneurs de la terre algériens alors que le pouvoir de Ben Bella adoptait les décrets sur l’autogestion en vue de les protéger des attaques de forces bourgeoises, en dehors et au sein du régime. Autre exemple de résistance conjointe : la nationalisation des hydrocarbures par le régime de Boumediene en 1971 qui verra les ouvriers, techniciens, ingénieurs et cadres algériens relever le défi en prenant au pied levé la relève de leurs homologues étrangers partis sur ordre des sociétés françaises.

 

8. Les contradictions de ce projet de développement souverain, les limites historiques de sa direction sociale et politique, le renforcement d’une bourgeoisie privée de plus en plus offensive et soutenue par des courants politiques dominants à l’intérieur même du régime, les pressions impérialistes et l’incapacité des forces de gauche à imposer leur indépendance politique à leur partenaire du pouvoir au sein du Front-Uni anti-impérialiste amèneront :

- à une contestation puis à une remise en cause de l’hégémonie de la fraction étatique de la bourgeoisie au profit de la fraction privée de cette même classe,

- à l’arrêt par le pouvoir du projet de développement souverain,

- à la mise en œuvre progressive, entrecoupée de pauses, d’une politique d’infitah, c’est-à-dire de libéralisation interne de l’économie et d’insertion soumise assumée à la logique de l’économie capitaliste mondiale,

- à la substitution d’une dynamique de coopération et de collaboration et, finalement, d’acceptation de l’ordre impérialiste mondial à l’ancienne politique de contestation de la domination impérialiste pouvant mener à des affrontements politiques même partiels avec les grandes puissances.

 

9. Une telle orientation impliquait :

- une remise en cause de nombreux acquis sociaux arrachés ou octroyés au cours des premières décennies de l’indépendance,

- une attaque, au sein même du régime, des forces qui refusaient de renoncer au projet souverain,

- une attaque visant à infliger une défaite historique au mouvement populaire anti-impérialiste. Cela prendra la forme :

- d’un désarmement politique et idéologique de ce mouvement par le      recours de plus en plus systématique à la religion pour décrédibiliser aux yeux des masses le discours socialiste et progressiste, faire régresser les droits des femmes et renforcer le patriarcat, et par l’utilisation du courant islamiste pour briser les mouvements démocratiques, sociaux et les forces politiques de gauche,

- d’une répression des luttes populaires (grèves, révoltes…), des luttes démocratiques (défenseurs des droits de l’Homme, enfants de chouhada…) et des partis progressistes,

- d’une expulsion de toutes les positions institutionnelles conquises au cours de la phase précédente par des militants de gauche et anti-impérialistes : article 120 pour mettre l’UGTA et l’UNJA au pas,

 

10. Ces attaques contre les forces progressistes, la victoire des libéraux au sein du régime à la faveur de l’explosion populaire d’octobre 1988, la montée inexorable de l’islamisme puis la guerre civile où les masses résisteront passivement ou activement placeront sur la défensive un mouvement populaire anti-impérialiste en situation de détresse alors même que les difficultés économique découlant de la libéralisation alliées aux pressions croissantes du FMI, de la Banque mondiale, des Clubs de Paris et de Londres… amèneront les autorités à la reddition par la signature du Plan d’ajustement structurel (PAS), la dissolution de nombreuses entreprises publiques avec son cortège de licenciements et l’acceptation de la privatisation d’autres sociétés nationales, la substitution d’un monopole privé sur le commerce extérieur en lieu et place de l’ancien monopole d’Etat, etc.

 

11. Les années 2000 verront une accélération des politiques néolibérales qui se traduiront par :

- le bradage ou la mise à l’arrêt, au profit des multinationales, d’entreprises publiques stratégiques à l’instar du complexe sidérurgique d’El Hadjar et de ses mines, de Simas, Asmidal, Sidal…

- le remboursement rubis sur ongle d’une dette déjà remboursée plusieurs fois,

- la poursuite de la politique de désindustrialisation qui a fait passer en trente années la part de l’industrie dans la PIB de 26% à 4% en 2012 !

- la réduction de l’économie algérienne au commerce et à l’importation comme l’illustrent les derniers chiffres officiels du commerce extérieur qui se caractérisent par une explosion du montant des importations,

- la remise en cause des barrières de défense de l’économie nationale par la signature de l’accord d’association avec l’UE, l’adhésion à la zone arabe de libre-échange, les négociations d’adhésion à l’OMC…

- le bradage des hydrocarbures par la loi Khelil qui sera finalement gelée avant d’être amendée…

Les quelques mesures dites de « patriotisme économique » adoptées à compter de 2009 s’avèreront trop insuffisantes et inconséquentes pour arriver à inverser la tendance générale à l’œuvre depuis 1980.

 

12. Aujourd’hui, trente années après le lancement de l’infitah, le régime algérien ne peut être qualifié de simple relais de l’impérialisme comme le sont d’autres régimes de la région : Arabie Saoudite, Qatar, Maroc… Mais il a renoncé à remettre en cause le système de domination économique et n’est plus porteur d’un projet de développement souverain. Il collabore au contraire à un système économique en crise qu’il aide en prêtant d’importantes sommes au FMI (5 mrds de dollars), en plaçant les réserves financières du pays à l’étranger, en important massivement des marchandises produites ailleurs…

Sur le plan politique extérieur, il a renoncé à contester l’ordre impérialiste en collaborant avec l’OTAN, en servant d’auxiliaire de police à la forteresse Europe qu’il protège des vagues d’immigrants venus d’Afrique, en adhérant à l’Union pour la Méditerranée aux côtés d’Israël, en adoptant des postures modérées sur des questions politiques où l’Algérie était traditionnellement en pointe (Sahara Occidental, Palestine…), en adoptant un profil bas face à l’agression de la Libye par l’OTAN et de la Syrie par l’impérialisme et la réaction régionale arabe et turque…

Sur le plan politique interne, il entrave l’éclosion d’un mouvement populaire sur lequel il pourrait s’appuyer, s’il en avait la volonté, afin de faire face aux puissances impérialistes. Il est clair que le régime n’a plus la volonté de contribuer à une nouvelle vague de transformation réussie de l’ordre international.

 

13. Nous pouvons affirmer que le mouvement anti-impérialiste en Algérie, tant au sein du régime qu’à celui du mouvement populaire, a subi une défaite historique. Plus vite nous l’admettrons, plus vite nous pourrons le reconstruire. Car il n’y a pas d’alternative. Il ne faut pas être pessimiste car il subsiste un mouvement populaire dynamique et combatif alors que des hommes et des femmes présents dans les institutions politiques, économiques et sociales, y compris au sein du régime, ne sont pas prêts à abdiquer face à l’impérialisme.

 

14. Dans ces conditions que faire ? Sans avoir la prétention d’apporter une réponse exhaustive à cette question, il apparaît qu’il faut reconstruire le camp anti-impérialiste par le bas. Il ne s’agit pas de créer ex-nihilo un nouveau mouvement anti-impérialiste, mais de partir des mouvements sociaux réellement existants (syndicats, associations, mouvements divers) et d’agir afin qu’ils prennent conscience qu’au-delà de leurs revendications propres, ils forment les détachements d’un nouveau mouvement anti-impérialiste. Cette tâche incombe aux forces politiques progressistes.

Plus le mouvement populaire sera fort, plus des forces seront susceptibles de se radicaliser au sein du régime pour épauler sa résistance anti-impérialiste.

 

15. On observe ainsi que l’une des questions essentielles auxquelles ce mouvement populaire anti-impérialiste est confronté est celle de son rapport aux fractions de classes dominantes qui ne sont pas compradores. Comment gérer la relation d’unité et de lutte entre les anti-impérialistes d’en bas et ceux d’en haut?

Nous pouvons avancer quelques pistes. La première consiste à soutenir toute mesure du gouvernement ou d’autres institutions de l’Etat qui s’inscrivent dans le sens d’un projet souverain. Citons les mesures récentes de prise de participation majoritaire de l’Etat au sein du complexe sidérurgique d’Annaba, la décision de préempter des entreprises comme OTA ou Michelin, la volonté de relancer la production des mines de fer et de charbon dans le sud-ouest, de poursuivre la réouverture des cantines scolaires, de refuser l’ouverture de bases militaires étrangères et de s’associer à l’agression de la Libye par l’OTAN, d’envoyer des troupes guerroyer au Mali ou de cautionner l’agression impérialiste contre la Syrie…

La seconde piste consiste à encourager le régime à s’engager un peu plus loin, si ce n’est dans la perspective d’un projet souverain, du moins dans celle de sauvegarder ce qui peut l’être. Cet encouragement passe par la critique des effets désastreux des politiques suivies et par l’avancée de propositions alternatives. Mais il passe aussi et surtout par le soutien aux luttes populaires afin de contraindre les classes dominantes et leur pouvoir à renoncer à certains aspects de leur politique. Les grèves des travailleurs de la fonction publique ont contraint le gouvernement à mener une politique salariale contraire à sa doctrine néolibérale. Les révoltes sociales le dissuadent à ce jour de remettre en cause d’importants acquis sociaux comme la non-indexation des prix de l’énergie sur ceux du marché mondial, le soutien reconduit aux prix de certains produits de première nécessité, une aide multiforme au logement, le maintien même partiel de la gratuité de l’éducation et de la santé… Citons également le cas d’un ministre ultralibéral qui proclame que « le secteur privé doit devenir la règle et le secteur public l’exception » mais qui inaugure sa prise de fonction par une mesure de déprivatisation même partielle du complexe d’El Hadjar.

La troisième piste consiste à aider le mouvement populaire anti-impérialiste à se constituer en alternative politique et à se porter candidat au pouvoir. Son rôle ne se réduit pas en effet à soutenir quelques mesures gouvernementales limitées et inconséquentes et à soumettre des propositions qui peuvent rester dans les tiroirs. Il ne se limite pas davantage à contraindre conjoncturellement le gouvernement à renoncer à tel ou tel aspect de sa politique.

Face à l’incapacité des classes dominantes et de leur pouvoir à porter de façon conséquente et déterminée un projet souverain, les classes populaires doivent se doter de leur propre projet qui s’articule autour de trois principes organiquement liés : la défense de l’indépendance nationale menacée, la conquête de la justice sociale dans le sens d’une répartition équitable du revenu national et l’instauration de la démocratie. Le tout s’inscrivant dans une stratégie historique longue de dépassement du système capitaliste et de sa civilisation par la construction du socialisme.

Je voudrais conclure ici sur la question de la démocratie. On accuse à juste titre les néolibéraux de promouvoir la pensée unique en matière économique. Il semble que la démocratie provoque le même effet. Pour certains, elle est le nec plus ultra de la civilisation humaine, son horizon indépassable. Pour d’autres en revanche, elle constitue l’arme fatale au moyen de laquelle l’impérialisme tente de nous désarmer idéologiquement. Ces deux visions sont aussi fausses l’une que l’autre.

Nous ne devons en aucun cas idéaliser la démocratie, la démocratie parlementaire bourgeoise en particulier, ni le combat démocratique. C’est ainsi que dans la Russie des soviets confrontée, de 1917 à 1921, à une guerre civile et à de multiples interventions militaires impérialistes, la question de la démocratie formelle pouvait être un cheval de Troie de l’impérialisme et de la contre-révolution. De même que la tâche première des anti-impérialistes syriens consiste à mettre en échec l’agression armée de l’impérialisme et de ses alliés régionaux et locaux. Or, aucun régime n’est démocratique dans les situations de guerre. C’est pourquoi la centralisation et la discipline la plus grandes sont requises dans de telles circonstances.

Mais en temps de paix, comment ne pas voir l’avantage que constitue un régime démocratique pour le mouvement anti-impérialiste d’un pays ? La démocratie n’est pas nécessaire aux capitalistes pour pénétrer les pouvoirs politiques, acheter les élus et s’emparer du pouvoir. Mais la démocratie constitue un avantage pour les larges masses qui peuvent, lorsqu’elles disposent des libertés, penser, se réunir, lutter, s’organiser et porter leur propre projet. Il existe une tradition gauchiste qui découple et oppose les libertés démocratiques à la démocratie. Ils veulent bien des premières, mais pas de la seconde et fustigent et tournent en dérision les élections.

Pourtant, comment ne pas voir là aussi que les élections, si on ne les réduit pas au moment où le citoyen glisse son bulletin dans l’urne, constituent un moment particulièrement propice à la politisation des masses. Observons comment, au Venezuela par exemple, les campagnes électorales voient les camps opposés prendre forme et apparaître clairement aux yeux même des éléments les moins avancés politiquement, grâce à la confrontation des points de vue, aux meetings d’explication, aux débats contradictoires… C’est dans ces moments de lutte politique intense et ouverte que les yeux de nombre d’exploités et de dominés se dessillent, qu’ils accèdent à la conscience et qu’ils participent la lutte politique voire se rassemblent avec leurs semblables.

Comparons la vitalité du mouvement anti-impérialiste vénézuélien, sans vouloir le moins du monde le mythifier, qui permet au pouvoir de ce pays de s’appuyer sur des masses conscientes, organisées et déterminées pour résister à la domination impérialiste et les difficultés rencontrées par des régimes qui, à l’instar de ceux de Kadhafi et d’El Assad, s’opposent à juste titre à l’impérialisme tout en entravant la libre organisation et la politisation de leurs propres peuples. Ce refus de permettre aux masses de s’exprimer, de s’organiser et de lutter a pourtant des effets aussi dramatiques sur la résistance à l’impérialisme que les politiques néolibérales que ces mêmes régimes ont mené contre leurs propres peuples.

Dénoncer la démocratie, au nom de la résistance anti-impérialiste, sous prétexte que l’impérialisme agresse les peuples au nom de ce principe revient en réalité à soutenir les représentants politiques de fractions de classes anti-impérialistes certes, mais de fractions de classes dominantes autoritaires qui refusent toute autonomie au mouvement populaire. Ces couches ne peuvent mener le camp anti-impérialiste qu’à la défaite.

Le mouvement populaire anti-impérialiste doit combattre pour la démocratie, une démocratie nouvelle, c’est-à-dire anti-impérialiste et sociale, qui dépasse le cadre étroit et formel de la démocratie parlementaire. C’est le seul moyen de ne pas rester otage de régimes dictatoriaux qui ne deviennent objectivement anti-impérialistes que lorsque leur survie est en jeu, mais qui n’ont pas hésité un seul instant, par le passé, à collaborer avec les grandes puissances qui agressaient les peuples de la région et à imposer des politiques antisociales à leurs propres peuples.

 

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Vidéo.Chaliand sur la Syrie: "Le but ultime est l’affaiblissement de l'Iran

Publié le par Mahi Ahmed

Vidéo.Chaliand sur la Syrie: "Le but ultime est l’affaiblissement de l'Iran

http://oummatv.tv/129144/gchaliand-syrie-but-ultime-laffaiblissement-de-l-iran

 

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Vidéo :Syrie : 3 minutes pour comprendre les enjeux énergétiques de cette guerre

Publié le par Mahi Ahmed

 Vidéo :Syrie : 3 minutes pour comprendre les enjeux énergétiques de cette guerre

http://tunisitri.wordpress.com/2013/09/18/syrie-3-minutes-pour-comprendre-les-enjeux-energetiques-de-cette-guerre/

 

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Urgence humanitaire en Syrie

Publié le par Mahi Ahmed

Urgence humanitaire en Syrie

 

mardi 17 septembre 2013, par Alain Gresh

L’accord auquel sont parvenus les Etats-Unis et la Russie sur les armes chimiques en Syrie est incontestablement un pas en avant. Il permet d’éviter des bombardements sur ce pays, dont les premières victimes seraient des civils. Il est un pas vers l’élimination de la région des armements chimiques et de destruction massive. Encore faudrait-il que l’autre pays qui dispose de ces armements au Proche-Orient, à savoir Israël, signe la convention sur les armes chimiques et accepte la discussion sur son arsenal nucléaire.

Mais, au moment où les grandes puissances discutent d’un projet de résolution à l’ONU, il est plus que nécessaire de mettre au centre des préoccupations la formidable crise humanitaire que connaît ce pays. Plus de deux millions de réfugiés, des millions de personnes déplacées, la destruction de nombreuses infrastructures… Les mesures allant dans le sens de l’allègement des souffrances doivent également être défendues par la communauté internationale.

C’est le sens de l’appel de 55 médecins du monde entier (PDF), originaires de 25 pays, « Laissez-nous soigner en Syrie ». Dans une lettre ouverte publiée par The Lancet et reprise aujourd’hui par la presse internationale, ils mettent en garde : l’infrastructure sanitaire du pays « a atteint le point de rupture ». Ils demandent au gouvernement syrien et à l’opposition armée de lever les restrictions totales qui pèsent de manière injustifiée sur l’accès humanitaire dans le pays.

En voici le texte :

« Le conflit en Syrie a débouché sur l’une des pires crises humanitaires depuis la fin de la Guerre froide. Plus de 100 000 personnes ont été tuées, pour la plupart des civils, beaucoup d’autres ont été blessées, torturées. Des millions ont fui, des familles ont été divisées et des communautés entières déchirées. Ne laissons pas les discussions sur une intervention militaire occulter notre devoir de les aider.

En tant que médecins du monde entier, nous sommes horrifiés par l’ampleur de cette urgence. Le manque d’accès aux soins pour les civils et le ciblage délibéré des hôpitaux et du personnel médical nous consternent. Il ne s’agit pas de conséquences inévitables ou tolérables de la guerre. Ce sont des trahisons inadmissibles du principe de neutralité médicale. Il est de notre devoir professionnel, éthique et moral de dispenser des soins à quiconque en a besoin. C’est pourquoi, quand nous ne pouvons le faire nous-mêmes, nous nous devons d’exprimer notre soutien envers ceux qui risquent leur vie à notre place.

L’accès indispensable des civils aux services de santé est presque impossible : 37 % des hôpitaux ont été détruits, 20 % sont sérieusement endommagés. Les dispensaires de fortune deviennent des centres de traumatologie à part entière, peinant à faire face à l’afflux de blessés. Quelque 469 professionnels de santé sont emprisonnés. Avant la guerre, Alep comptait 5 000 médecins, il n’en resterait que 36.

L’augmentation exponentielle du nombre de malades est une conséquence directe du conflit, mais elle résulte aussi de la détérioration du système de santé public syrien, autrefois sophistiqué, et de l’absence de soins curatifs et préventifs appropriés. D’horribles blessures restent sans soins, des femmes accouchent sans aide médicale, adultes et enfants sont opérés sans anesthésie. Les victimes de violences sexuelles n’ont personne vers qui se tourner. La population syrienne est exposée aux épidémies d’hépatite, de rougeole, de typhoïde et de diarrhée aiguë. Dans certaines zones, les enfants nés depuis le début du conflit n’ont pas été vaccinés. Les patients atteints de maladies chroniques comme le cancer et le diabète ne peuvent recevoir leurs traitements vitaux de longue durée.

Confronté à d’énormes besoins et à des conditions dangereuses, le personnel médical syrien est pourtant celui qui dispense l’essentiel des soins aux civils. Les restrictions gouvernementales, conjuguées à la rigidité du système international d’aide humanitaire, aggravent la situation. En conséquence, de vastes régions de la Syrie sont complètement coupées de toute forme d’assistance médicale.

Les professionnels de santé sont tenus de soigner du mieux qu’ils le peuvent quiconque en a besoin. Toute personne blessée ou malade doit pouvoir accéder à un traitement médical. C’est pourquoi, en tant que médecins, nous demandons d’urgence que nos confrères en Syrie soient autorisés et aidés à sauver des vies et à soulager les souffrances sans crainte d’attaques ou de représailles.

Nous appelons le gouvernement syrien et toutes les parties au conflit à respecter la neutralité médicale et à ne pas attaquer les hôpitaux, les ambulances, les médicaments, le personnel médical et les patients ; le gouvernement syrien doit traduire en justice les auteurs de ces violations conformément aux normes internationales.

Les gouvernements alliés des parties au conflit doivent exiger que celles-ci cessent leurs attaques contre l’aide médicale et qu’elles permettent son acheminement jusqu’aux Syriens, par-delà les lignes de front et à travers les frontières syriennes.

L’ONU doit intensifier son soutien aux réseaux médicaux syriens, tant dans les zones gouvernementales que dans celles contrôlées par l’opposition, où, depuis le début du conflit, le personnel médical risque sa vie pour apporter des soins indispensables. »

Source : Blog du Diplo

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La guerre en Syrie : une guerre pour l’énergie

Publié le par Mahi Ahmed

La guerre en Syrie : une guerre pour l’énergie ?

par Alexandre Latsa

Même si les très importantes ressources gazières syriennes n’ont plus la même importance aujourd’hui qu’il y a douze ans, lorsque la guerre a été planifiée, elles restent un enjeu invisible du conflit. La Commission économique de la Coalition nationale a consacré ses principaux travaux à la répartition du gaz entre les alliés le « jour d’après » la chute programmée de l’État syrien. Cependant, celle-ci ne venant pas, les grandes puissances doivent revoir leur copie.

Réseau Voltaire | Moscou (Russie) | 18 septembre 2013

 

 

Alors que la guerre en Syrie continue, le mainstream médiatique, qui s’acharne contre l’État syrien, oublie de façon récurrente de rappeler l’un des aspects les plus essentiels de ce conflit : l’aspect énergétique et notamment gazier [1]. Cet aspect explique principalement le soutien actif de la Russie à non pas la personnalité de Bachar El-Assad mais avant tout contre l’effondrement du régime syrien car celui-ci, voulu de l’extérieur, serait un élément géopolitique d’un dispositif bien plus large et assez directement dirigé contre elle.

Lorsque la Russie commence à relever la tète à compter des années 2000, elle devient en effet le principal obstacle au plan de prise de contrôle des voies énergétiques liant l’Europe et l’Eurasie via les Balkans que les stratèges états-uniens ont programmé et entamé via notamment la guerre en Serbie en 1999.

Les États-Unis et l’Union européenne vont alors chercher par tous les moyens à diversifier l’approvisionnement des pays européens pour réduire leur potentielle dépendance envers Moscou. C’est le début du projet de gazoduc Nabucco, aujourd’hui quasiment abandonné, qui consistait à permettre l’alimentation de l’Europe en gaz produit en Azerbaïdjan et au Turkménistan, via un itinéraire qui aurait traversé la Turquie et évité la Russie tout en contournant la Grèce. Autour de ce projet, il y avait un plan géopolitique états-unien très ambitieux : transformer l’allié turc en pivot central d’un « Moyen-Orient élargi » à remodeler et aussi en un centre régional de transit énergétique entre les Balkans et le Moyen-Orient.

On comprend dès lors mieux les velléités US pour que la Turquie intègre l’Union Européenne et aussi pour garder cet État dans leur giron, ce qui leur permettrait de contrôler indirectement mais fermement l’approvisionnement énergétique de l’Europe et surtout d’empêcher une alliance continentale énergétique euro-russe jugée contraire aux intérêts états-uniens en Eurasie.

Ce projet Nabucco a cependant échoué puisque le Turkménistan s’est tourné vers la Chine [2] et que l’Azerbaïdjan s’est lui rapproché du projet russe South Stream [3]. Développé en 2007, South Stream, a pour objectif de permettre à la Russie de garder le contrôle sur l’approvisionnement de l’Europe via notamment la Caspienne et le Kazakhstan (membre de l’Union douanière), tout en y incorporant la Serbie dont l’importance énergétique pour l’Union européenne sera, dans l’avenir, aussi grande que celle de l’Ukraine aujourd’hui. Une Ukraine définitivement contournée pour que ne se reproduise plus les incidents de 2006 et les coupures d’approvisionnement en Europe.

Après la faillite de la Grèce suite à la crise financière, la Russie s’était engagée sur la voie du rachat du consortium gazier grec par Gazprom. Ces négociations se sont arrêtées lorsque le département d’État US a tout simplement mis en garde Athènes contre une coopération énergétique avec Moscou et déconseillé une cession à Gazprom qui « permettrait à Moscou de renforcer sa domination sur le marché énergétique de la région ». South Stream prévoit malgré tout un embranchement vers la Grèce, achevant de transformer le projet en une sorte de pont énergétique orthodoxe en direction de l’Europe.

La position d’Ankara est à ce jour assez ambiguë. Fortement liée à la Russie sur le domaine énergétique par Blue Stream, Ankara a également accepté qu’un raccord soit opéré entre Blue Stream et South Stream. En outre le pays, seconde puissance de l’Otan, s’est également déclaré candidat à rejoindre l’Organisation de coopération de Shanghai (l’alliance politique sous direction sino-russe), avec laquelle le pays a signé en début d’année 2013 un partenariat de dialogue préalable à l’adhésion. Est-ce le signe d’un profond et crucial retournement d’alliance ?

La Syrie, aux prises avec une guerre civile et interconfessionnelle qui oppose chiites et sunnites, est directement concernée par deux projets de gazoducs liés aux projets Nabucco et South Stream mentionnés plus haut.

En 2009, un projet appelé Friendship Pipeline a été lancé par l’Iran, l’Irak et la Syrie, trois pays à gouvernance musulmane chiite ou laïque [4]. Le tube amènerait du gaz iranien à la Méditerranée, en vue d’alimenter l’Europe, mais en évitant le territoire turc. Ce projet, destiné à permettre à l’Iran d’écouler son stock en Europe, comprend également une extension vers le Liban et selon Roland Lombardi devrait être à terme raccordé au projet russe South Stream. Il faut rappeler que l’Iran était initialement pressenti comme fournisseur essentiel de Nabucco mais sera rapidement exclu du projet pour des raisons politiques et aussi sans doute après que le renversement du régime soit apparu comme de plus en plus improbable, tant par la force que par des procédés moins violents comme l’embryon de révolution de couleur qui a frappé le pays en 2009

En 2009 aussi, un autre projet a été lancé, un projet de pays sunnites et qui aurait reçu l’aval du Pentagone. Du gaz qatari serait livré en Europe, par un gazoduc qui partirait du Qatar, traverserait l’Arabie Saoudite puis la Syrie et enfin la Turquie. Au passage ce projet ressusciterait Nabucco, soutenu par les Turcs et les États-uniens, mais abandonné pour l’instant faute de fournisseurs de gaz fiables. Bien entendu, ce projet du Qatar est irréalisable si l’administration de Bachar el-Assad n’est pas anéantie et remplacée par un gouvernement docile. On comprend mieux ce qui peut pousser un certain nombre de pays à s’engager activement dans le soutien à l’opposition syrienne [5].

On voit que le point focal de cette concurrence entre les producteurs de gaz est l’Union européenne, cet énorme marché solvable dont la consommation de gaz ne devrait qu’augmenter malgré la crise.

Plus que jamais, les choses se passeront en Méditerranée car de nouveaux acteurs vont bientôt apparaitre sur le marché [6]. Israël et Chypre ont découvert de très grandes réserves de gaz off shore dans leurs zones économiques exclusives, ces deux pays deviendront à moyen terme des pays exportateurs importants. Dans ce bassin de la Méditerranée orientale, il est probable que les découvertes de gaz off shore ne font que commencer. Le Liban et la Syrie pourraient aussi disposer de réserves exploitables de gaz.

Pour l’exportation de ces nouvelles ressources deux solutions qui mélangent commerce et géopolitique s’affrontent déjà. Les USA sont partisans d’un réseau de gazoducs qui alimenteraient l’Europe en traversant la Turquie et les pressions sur Israël ont déjà commencé. Les Russes, pour leur part, préfèreraient que ce gaz soit liquéfié et exporté par méthaniers vers l’Asie industrielle.

Le grand jeu énergétique semble s’accélérer, opposant plusieurs projets énergético-civilisationnels qui traduisent clairement les ambitions politiques et stratégiques de blocs politiques entre lesquels la guerre énergétique est visiblement en train de s’intensifier.

Alexandre Latsa

Source
RIA Novosti (Fédération de Russie)

 

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Gilles Kepel: Veillée de guerre au Moyen-Orient

Publié le par Mahi Ahmed

Gilles Kepel: Veillée de guerre au Moyen-Orient 

2013-09-14

Par Gilles Kepel (Professeur à Sciences Po)

 

 

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La chronique d'une frappe annoncée sur la Syrie de Bachar Al-Assad coïncide peu ou prou avec le douzième anniversaire du 11 Septembre. La volonté américano-française affichée de bombarder un Moyen-Orient où se multiplient les failles depuis les révolutions du début 2011 n'est que l'ultime réplique de ce big bang qui a ouvert le XXIe siècle. Mais les explosions récurrentes du volcan arabe libèrent, par-delà les fractures entre sunnites et chiites, entre Israël et les Arabes, entre pétro et gazo-monarchies, des forces irrépressibles, protagonistes inattendus du monde de demain. Ce magma en fusion, cette éruption en devenir, nous terrifient : pourtant l'histoire et la sismologie nous enseignent que les coulées de lave ont des trajectoires prévisibles, sauf si la magnitude de l'éruption bouleverse tous les calculs. Tâchons de décrypter la scénographie du drame qui se joue, d'en identifier les protagonistes. Dans l'espoir que nos stratèges ont fait de même, avant d'hypothéquer notre futur.

 

Les révolutions arabes de 2011 sont d'abord le produit de la décomposition d'un système politique conçu pour résister à la hantise de la prolifération terroriste après la "double razzia bénie sur New-York et Washington" perpétrée par Ben Laden et ses acolytes une décennie auparavant. Face à Al-Qaida, cette hydre dont aucun Héraclès n'a su venir à bout, faute d'en avoir compris les ressorts dans la débandade des études sur le monde arabe, on avait dressé en rempart des régimes autoritaires et corrompus, mais dotés de services de sécurité efficients. Pour parer au plus pressé, l'exigence démocratique fut sacrifiée sur l'autel de la dictature, soignant le mal par le mal. Mais les Ben Ali, Moubarak, Kadhafi et autres Ali Saleh [président du Yémen, jusqu'en 2012], autorisés à jouer les prolongations, n'ont été que des despotes séniles et pitoyables, cristallisant contre leur personne et leur parentèle les mécontentements populaires. Dans un moment d'enthousiasme, les oppositions parvinrent à se fédérer, aboutissant aux révolutions qui déferleraient de Tunis au Caire et de Benghazi à Sanaa au printemps 2011.

LE TRAUMATISME IRAKIEN

 

Entre temps, Al-Qaida, atteinte de démesure, avait investi toute son énergie pour créer un improbable "Emirat islamique de Mésopotamie" dans l'Irak occupé par les Etats-Unis après mars 2003. Elle se brisa dans sa course folle aux attentats-suicides – rêvant en vain d'infliger à l'Amérique un Vietnam djihadiste. Face à elle, les néo-conservateurs américains, croyant laver leur honneur militaire en déployant une invincible panoplie contre un "Etat-voyou", mensongèrement accusé de détenir des armes de destruction massive, prenaient une revanche symbolique contre les avions civils précipités dans les tours jumelles et le Pentagone. Ils espéraient faire coup double. En renversant Saddam Hussein, ils punissaient un dictateur sunnite, la confession des Saoudiens, soupçonnés d'avoir enfanté Ben Laden. Et ils portaient au pouvoir la majorité chiite en Irak, qu'ils croyaient philo-américaine, amie d'Israël, et même capable, par effet de contagion, de faire chanceler le régime des mollahs de Téhéran.

 

Ces idéologues biberonnés à la Guerre froide et tombeurs de l'URSS s'avérèrent des apprentis sorciers au Moyen-Orient qu'ils avaient négligé d'étudier. Loin de chanceler, Téhéran se fit prestement l'armurier et le financier du chiisme d'Irak. Et ce sont ces chiites, cibles privilégiées des salafistes djihadistes d'Al Qaida qui voyaient en eux des "hérétiques" à exterminer à coup de voitures piégées, qui brisèrent les reins à l'organisation terroriste sunnite, financée par les pétro-dollars venant de la rive arabe du golfe Persique. Finalement Bagdad, sous les auspices de M. Maleki, devint le meilleur allié de Téhéran, dès lors que le président Obama ramena les boys à la maison durant son premier mandat.

AXE CHIITE ET FRACTURES SUNNITES

La guerre d'Irak avait ainsi eu deux conséquences paradoxales. Elle renforça "l'axe chiite", dirigé par Téhéran, qui comptait désormais un fort relais à Bagdad – outre Damas, le Hezbollah libanais et (jusqu'à 2012) le Hamas palestinien, seul partenaire sunnite de cette coalition. Et elle désintégra Al Qaida, qui devait se scinder en branches régionales doctrinalement unies mais médiocrement coordonnées opérationnellement : dans la péninsule arabique (AQPA), au "Maghreb islamique" (AQMI) et au Levant. Cela eut à son tour deux effets : Téhéran se sentit conforté à poursuivre son ambition nucléaire. Côté sunnite, avec le déclin d'Al Qaida comme force organisée et centralisée, les dictatures apparurent inutiles, voire nuisibles, tant pour les bourgeoisies locales que les chancelleries occidentales.

 

 Sur le premier plan, Téhéran en procurant, via Damas, un armement à ses obligés du Hezbollah et de Hamas pour qu'ils puissent atteindre Israël (comme la guerre des 33 jours de l'été 2006, où celui-ci fut mis en difficulté, le démontra), projetait sa frontière militaire sur les confins de l'Etat-hébreu, par alliés interposés. Cela constituait sa meilleure assurance pour se défendre contre toute velléité de bombardement de ses centrifugeuses à Natanz par les Occidentaux – maintenant que Tel-Aviv se trouvait à portée des missiles du Hezbollah et de Hamas. Et une attaque contre Israël ne manquerait pas de galvaniser la rue arabe, même sunnite, qui s'en prendrait à la couardise de ses propres dirigeants, déstabilisant leur pouvoir, comme on le vit quand le chiite libanais Hassan Nasrallah faisait craquer l'audimat d'Al Jazeera à l'été 2006, après la "victoire divine sur les sionistes".

 

Face à cet axe chiite renforcé, dont la maîtrise de l'arme nucléaire bouleverserait la géopolitique mondiale de l'énergie, parce qu'elle transformerait le Golfe persique en lac iranien, le monde sunnite subit une première secousse avec les révolutions arabes. Les aspirations des classes moyennes à une démocratisation dont elles restaient les seules populations de la planète à être privées, après la chute des dictatures en Amérique Latine, en Europe du Sud et dans l'ancien bloc soviétique, pouvaient désormais se réaliser. Avec l'affaiblissement d'Al Qa'ida, les Ben Ali et autres Moubarak devenaient contre-productifs – et les manifestations du printemps 2011 dirigées dans un premier temps par la jeunesse éduquée ne comprenaient que très rarement des slogans anti-israéliens. Les "printemps arabes" furent accueillis avec bienveillance en Occident qui les agrégea symboliquement dans son propre panthéon et les inscrivit dans l'histoire universelle – leur surnom indiquant assez qu'ils étaient perçus comme les continuateurs des révolutions démocratiques européennes, du "printemps de Prague" anti-communiste au "printemps des peuples" de 1848 qui avait fait pareillement tâche d'huile à l'échelle régionale. Mais ils envoyèrent une onde de panique dans l'échine des pétromonarchies du Golfe, où se concentre l'essentiel de la richesse arabe, et qui est la clef de l'articulation du système arabe à l'ordre du monde contemporain, par le détroit d'Ormuz où transitent au quotidien un quart des hydrocarbures exportés à la planète.

PÉTROLE ET DROITS DE L'HOMME

La perspective d'une "contagion démocratique" terrifia des dynasties dont les membres monopolisent la rente pétrolière et gazière, et qui assurent en contrepartie la régularité des flux d'exportation. Le danger touchait désormais la péninsule Arabique elle-même. Dans le royaume wahhabite où une partie de la population se paupérise au gré de l'explosion démographique, le monarque vira en mars 2011 120 milliards de dollars de sa cassette vers le budget de l'Etat pour prévenir les tensions sociales. Au Yémen voisin, en majorité sunnite, le soulèvement contre le dictateur Ali Saleh combinait les forces démocratiques urbaines à direction estudiantine et les tribus irrédentistes du nord, dirigées par un mouvement chiite (houthiste) en guerre ouverte contre le wahhabisme saoudien. Au Bahreïn, le soulèvement du 14 février 2011, dans un pays à large majorité chiite, contre la dynastie sunnite, fut perçu par les autres monarques du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) comme une menace directe d'ingérence iranienne.

 

La révolution yéménite fut étouffée, celle du Bahreïn avortée –tandis que la " communauté internationale " détournait la tête, les hydrocarbures en danger prévalant sur les droits de l'homme en péril. Pourtant, le CCG, pour la première fois de sa jeune histoire – il avait été créé en 1979 pour unir les monarchies arabes du Golfe face à l'expansionnisme de la révolution islamique iranienne – se divisa en profondeur face aux révolutions arabes. Le Qatar, seconde puissance gazière du monde, mais émirat très peu peuplé, s'engagea dans un soutien matériel et médiatique massif – par sa chaîne Al Jazeera – aux Frères musulmans. Il voyait dans cet islamisme socialement conservateur la masse humaine critique lui permettant de devenir la puissance hégémonique du monde arabe sunnite. Face à lui, l'Arabie saoudite et les autres émirats firent bloc contre les Frères, qui concurrençaient leur propre volonté de contrôle sur l'islam mondial. L'Arabie soutint partout les salafistes, rivaux des Frères, notamment en Egypte. Cette branche de l'islamisme est, dans sa majorité, soumise aux grands oulémas saoudiens, dont elle respecte les innombrables fatwas – consultées sur internet. Mais une partie de ces éléments se sont ensauvagés sur internet et ont basculé dans l'action djihadiste violente.

REVOLUTION SYRIENNE

C'est dans ce contexte que se développa la révolution syrienne. Elle avait au départ, en mars 2011, le même profil qu'en Tunisie ou Egypte – une jeunesse éduquée prenant la tête de revendications démocratiques face à un pouvoir autoritaire. Mais l'intensité de la répression, et sa transformation graduelle en guerre civile à caractère confessionnel – la plupart des Alaouites, l'ethnie/confession des Assad ainsi que des autres minoritaires restant fidèles au pouvoir, une grande partie des sunnites entrant dans la rébellion – empêcha le basculement des forces armées contre le président, ce qui avait scellé ailleurs la chute des Moubarak et autres Ben Ali. Le caractère confessionnel que prit la perception du conflit à l'extérieur inhiba rapidement le soutien occidental à la rébellion – à l'encontre de la sympathie dont avaient bénéficié les autres "printemps arabes" du littoral nord-africain. A contrario, les financements en pétrodollars et les livraisons d'armes venant des pays du Golfe – unis pour soutenir les sunnites qui rompraient le maillon-clé de l'axe chiite si Damas tombait – changea la donne sur le terrain, favorisant la percée militaire des groupes islamistes – et rendant le soutien aux forces démocratiques de la résistance plus difficile encore.

 

De plus, au fur et à mesure que les Frères musulmans conquirent le pouvoir dans les urnes dans la seconde phase de la révolution, à partir de l'automne 2011, distance et méfiance commencèrent à prévaloir en Occident face au devenir de celle-ci dans l'ensemble des pays où elle advenait.

L'ÉPICENTRE SYRIEN

La Syrie devient alors l'épicentre de l'affrontement entre l'axe chiite et ses adversaires sunnites, otage d'une guerre par procuration menée d'abord pour contrôler les hydrocarbures du Golfe. La défaite d'Assad porterait un coup mortel au régime des mollahs, et à leurs ambitions nucléaires. Sa victoire conforterait Téhéran et, derrière l'Iran, la Russie. Ecarté du Moyen-Orient dès les années 1970 à l'exception de la Syrie, Moscou n'est plus en 2013 une puissance déchue, taraudée par ses problèmes intérieurs – qui l'avaient rendue muette lors de l'invasion de l'Irak en 2003. Et le sentiment d'avoir été trompé par la coalition occidentale en Libye en 2011 est un facteur irritant pour un pays en pleine réaffirmation de puissance sous le troisième mandat présidentiel de Vladimir Poutine, première puissance gazière du monde, et à la tête de quelque 600 milliards de dollars de réserves. Le soutien indéfectible au pouvoir syrien est un enjeu central pour le Kremlin – à la fois en politique extérieure et intérieure. La Russie compte quelque 20 millions de musulmans, sunnites pour la plupart, et le Caucase comporte plusieurs foyers djihadistes. Pour venir à bout de la rébellion tchétchène des années 1990-2000, les services secrets russes avaient inoculé à celle-ci le virus du djihad – la faisant exploser et venant ainsi à bout d'adversaires qui se massacraient mutuellement.

 

Une stratégie qui s'illustra aussi durant la guerre civile algérienne des années 1990, et que le régime syrien, en lien avec ses conseillers russes, a suivi – si l'on en juge par les divisions profondes de la résistance. C'est sur cette carte contrastée qu'est advenu, en 2013, le "troisième moment" de la dialectique des révolutions arabes – la réaction contre les Frères musulmans accusés par leurs adversaires, après un an au pouvoir en Egypte et en Tunisie, de ruiner le pays et de préparer une dictature religieuse. Après les manifestations de masse du 30 juin où la majorité de la population égyptienne exigea le départ du président Morsi, qu'elle avait élu un an auparavant, puis sa déposition par l'armée le 3 juillet, advint la liquidation de près d'un millier de Frères musulmans et partisans du président déchu à la mi-août. Bachar Al-Assad et Vladimir Poutine applaudirent à la répression contre les Frères, exprimant leur soutien au général Sissi – qu'ils annexèrent à leur propre combat contre les Frères musulmans, si influents aujourd'hui dans la résistance syrienne.

 

A cet instant, se produisit un réalignement majeur dans la région, dont les dirigeants syriens, iraniens et russes tirèrent immédiatement profit : l'explosion du bloc sunnite en deux factions autour du soutien ou de l'hostilité aux Frères. Cette faille profonde sépare la Turquie et le Qatar, d'un côté, et les autres pays du Golfe – Arabie Saoudite en tête –, qui ont fourni au général Sissi 12 milliards de dollars d'aide au lendemain du 3 juillet, près de dix fois l'aide militaire américaine à l'Egypte. Ces sommes donnent la mesure du soulagement de Riyadh après la chute des Frères musulmans, et de sa volonté de fournir au gouvernement transitoire égyptien des moyens. Quant aux alliés des Frères sonnés par la répression en Egypte – ils ne vont guère mieux. Le premier ministre turc, M. Erdogan, dont le parti est une variante locale de l'idéologie des Frères, a dû faire face en juin, place Taksim à Istanbul, à un mouvement de révolte des classes moyennes laïques dénonçant ses velléités d'établir une dictature religieuse, annonciateur de ce qui adviendrait avec plus de force au Caire quelques semaines après. Et la dépréciation de la livre turque, confronté à l'asthénie des marchés d'exportation de cette économie manufacturière à bas coût, augure des difficultés pour le "modèle turc".

 

Quant au Qatar, pris dans les insurmontables contradictions d'une micro-monarchie qui possède à la fois le PSG et Al Jazeera, finance les djihadistes syriens et diverses associations islamiques en banlieue française, il a découvert qu'opulence et prodigalité ne pouvaient éternellement damer le pion à la realpolitik, et qu'à trop courir de lièvres à la fois, on se mettait en danger par multiplication des ennemis. La succession dynastique qui eut lieu en juin, et vaut surtout pour le limogeage de l'ancien premier ministre Hamed bin Jassem, idéologue et moteur de l'activisme tous azimuts, se traduit déjà par un profil plus bas du nouvel émir Tamim. L'Internet arabe résonne aujourd'hui des mélopées de la chanteuse égyptienne Sama al Masry, dont le clip trivial qui parodie la cheikha Mouza et la chaîne Al Jazeera en les traitant de "truies" (Khanzira en arabe, paronyme de la prononciation égyptienne d'Al Jazeera) est devenu viral – première attaque d'une telle virulence contre la chaîne qatarie qui depuis trois lustres faisait la pluie et le beau temps audiovisuels des Arabes.

 

Tel est le contexte dans lequel des armes chimiques ont été utilisées dans la banlieue de Damas, la semaine qui a suivi le bain de sang du Caire. Dans les deux cas, le bilan est estimé à un millier de morts, un peu moins sans doute en Egypte, certainement plus en Syrie. Et dans la foulée, la mosquée Al taqwa (de la piété) à Tripoli du Liban dont l'imam salafiste djihadiste exhortait en chaire à tuer Assad et les dirigeants iraniens "hérétiques", a été dévastée par une bombe à la sortie de la grande prière du vendredi – un immense tabou en islam. S'il s'avérait que le régime de Damas est l'auteur de ce bombardement au gaz sarin de sa propre population – et de ces scènes insoutenables d'enfants morts – il aurait provoqué ainsi la communauté internationale pour qui cela constitue une "ligne rouge" à ne jamais franchir, selon les mots d'Obama. C'est le franchissement de cette norme morale qui est invoqué par les présidents américain et français pour agir – au nom de l'humanité contre la barbarie.

LA PASSION DES ARABES ET L'ORGUEIL DES RUSSES

Pourtant, l'invocation de ces principes ne fait que très peu recette – aussi bien parmi l'opinion publique des pays concernés, qui refuse l'engagement dans un conflit-guêpier dont les logiques embrouillées lui échappent – que parmi les alliés, des autres Européens à la Ligue arabe. En refusant son soutien, le parlement britannique a rappelé le ressentiment populaire contre des élites qui lui avaient menti en 2003 pour l'entraîner dans la guerre en Irak. Le précédent libyen de 2011 – un pays aujourd'hui livré à l'anarchie et aux exactions des djihadistes – n'enthousiasme personne. Et l'intervention française au Mali – seul succès militaire et politique à ce jour dans cette litanie d'opérations occidentales aussi coûteuses que ratées – avait elle-même pour cause de sauver ce pays francophone des suites de la désagrégation de la Libye et de la prolifération terroriste régionale qu'elle avait engendrée, en s'emparant du Nord.

 

Mais surtout, la réaffirmation russe – au moment où se prépare le sommet du G 20 à Saint-Pétersbourg – change en profondeur la donne d'une opération militaire. L'armée russe, sa marine, est en Syrie – aux côtés des milices du Hezbollah libanais et des Pasdarans iraniens ou des chiites irakiens. Moscou est déterminée à ne pas y subir un nouvel Afghanistan – c'est l'enjeu d'un orgueil existentiel pour le maître du Kremlin, ancien officier du KGB au moment de la débâcle de l'URSS. L'attelage paradoxal américano-français a-t-il les moyens de prolonger l'unilatéralisme qui prévalait depuis la chute du mur de Berlin en novembre 1989 – qui suivait de quelques mois le retrait de l'Armée Rouge de Kaboul en février? Ou l'Occident, divisé, est-il contraint à agir dans le cadre d'une multipolarité nouvelle, dont la passion du monde arabe est l'expression sanglante et paradoxale ?

 

Gilles Kepel

in Le Monde

 

Gilles Kepel, est membre de l'Institut universitaire de France, il dirige la collection « Proche-Orient» aux PUF. Il est l'auteur de Passion arabe / Journal 2011-2013, (Gallimard, 496 p., 22,33€), Prix Pétrarque Le Monde-France Culture de l'essai 2013.

 

 

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15e tripartite et 1re conférence sociale: Six questions urgentes

Publié le par Mahi Ahmed

15e tripartite et 1re conférence sociale

Six questions urgentes

le 17.09.13 | 10h00

 

 

Depuis près de six mois, l’Algérie toute entière a les yeux rivés et les oreilles toute ouïe sur les bruissements du microcosme politique algérois, la prochaine échéance électorale et les jeux d’ombres qui l’accompagnent. Je ne dis pas que cela n’est pas important, mais cela ne doit pas nous faire oublier qu’il y a aussi, en Algérie, une vie économique qui a besoin d’être dynamisée et que c’est probablement là qu’il faudra chercher l’élan dont on a besoin pour faire face à la difficile période qui s’ouvre.

Au cours de la seconde moitié de septembre se tiendront la 15e tripartite et la 1re conférence sociale. Il faut dire que jusqu’à maintenant, la tripartite a certes été un forum utile d’échanges entre partenaires sociaux, mais les thèmes abordés ont été trop généraux et les quelques rares décisions arrêtées ont été peu suivies d’effet. Et c’est bien dommage, car il ne faut surtout pas que le dialogue social perde de sa crédibilité et devienne une coquille vide, au moment même où le pays a besoin plus que jamais de délibérations, de reconstruire un consensus social indispensable pour la remobilisation autour de la relance de la croissance, de l’investissement et de l’emploi.
Quelles sont aujourd’hui les urgences économiques à prendre en charge par le gouvernement et les partenaires sociaux ?
Au préalable, il nous faut aborder une question que les Algériens ont tendance à considérer comme réglée, ou pour le moins comme pouvant attendre de l’être et qui, pourtant, se pose toujours et en des termes graves ; il s’agit de la question du statut des hydrocarbures dans la démarche économique des gouvernants.

Je me permets d’attirer l’attention du lecteur, mais il aura certainement relevé qu’ici, nous ne sommes pas encore dans l’après-pétrole mais toujours dans l’ère du pétrole et que cette étape a ses exigences : il faut savoir gérer nos hydrocarbures avec une grande rigueur car pour une longue période encore, le dossier «number one» en Algérie sera encore le pétrole. Les experts de l’économie pétrolière affirment tous que le moment où la production mondiale de pétrole commencera à baisser inéluctablement n’est pas bien loin : 2020 ? 2025 ? Date à laquelle la production mondiale plafonnera à quelque 100 millions barils/jour puis commencera à décliner. Les nouvelles découvertes qui seront réalisées seront insuffisantes pour compenser la production consommée des réserves.

Pour l’Algérie, il y aura là une bonne et une mauvaise nouvelle : la bonne nouvelle est que nous allons profiter encore un temps de la baisse progressive de l’offre mondiale de pétrole, qui aura un impact positif sur le prix pour les pays exportateurs : nos recettes d’exportations seront encore, sur le moyen terme, significatives. La mauvaise nouvelle est que le déclin de la production mondiale nous touchera aussi, bien évidemment, au moment même où nos propres besoins en hydrocarbures connaîtront une augmentation sensible. Nous serions alors importateurs de pétrole sur un marché de demandeurs, donc à des prix très élevés !
On voit bien ici que la tentation de «maximiser nos recettes d’exportation d’hydrocarbures» n’est pas sans risque et qu’il devient très important de savoir jusqu’où aller ou, plus exactement, il ne faut pas aller dans l’exploitation pour l’exportation de notre pétrole et de notre gaz, question cruciale s’il en est.

Dès lors, il est impératif de savoir qui décide de cette question : Sonatrach ? Le ministre de l’Energie ? Et ils le feraient au nom de quelle légitimité ? Où est passé le Conseil supérieur de l’énergie, cette structure délibérante de souveraineté ? Les «élus du peuple» n’ont-ils pas la voix au chapitre ? Plus largement encore, qui décide de notre politique énergétique, de nos choix de diversification énergétique ?
Toutes ces questions sur le pétrole nous plongent directement, en fait, dans la problématique de l’Algérie des années 2020 et les réponses à apporter éclaireront assurément les choix à retenir pour l’élaboration du nouveau régime de croissance.


Les questions urgentes


Six questions urgentes sur lesquelles on ne doit plus tergiverser et perdre encore du temps doivent être sérieusement mises à plat, débattues et déboucher sur des décisions fermes et exécutoires.



I/ Production industrielle insuffisante

L’industrie nationale ne produit pas assez de biens pour satisfaire un marché intérieur en expansion permanente. Le taux de couverture des besoins nationaux par la production industrielle nationale est faible, au moment même où les exportations de produits manufacturés sont insignifiantes (entre 50 et 60 millions de dollars par an pour des importations en inputs de l’ordre de 2 milliards de dollars pour faire fonctionner l’outil de production). Apparaît déjà ici une première question à débattre : faut-il axer les efforts de relance industrielle sur une démarche de substitution aux importations et de satisfaction par la production nationale, de la demande nationale, ou plutôt aller dès maintenant à la construction d’un modèle industriel exportateur de produits manufacturés ? bien évidemment l’un n’exclut pas l’autre, mais il faut tout de même savoir ou placer le curseur.

Deux préconisations doivent être débattues.

-a/ Prendre des mesures pour gagner la bataille de la production. L’industrie nationale affiche depuis plus de dix ans des taux de croissance insignifiants et les taux d’utilisation des capacités de production installées sont bien faibles : rappelons tout simplement que la production manufacturière a baissé de 50% en dix ans et que 40% des capacités de production installées sont oisives ! On voit bien que la production industrielle nationale doit monter en cadence et des mesures doivent être prises à cette fin. Ces mesures pourraient être précisées par une «Conférence nationale de la production Industrielle», que le ministère concerné a d’ailleurs inscrite dans son agenda et commencé à préparer.

-b/ Les entreprises algériennes doivent réaliser des progrès en organisation et engager des investissements de productivité : ce sont là des priorités pour les trois années à venir. Les performances actuelles de nos entreprises, notamment publiques, sont bien médiocres et on doit absolument casser cette «fatalité».

Une profonde réforme de la gouvernance des entreprises publiques doit être engagée, qui s’articulera autour de trois principes :

-1/ Responsabiliser les dirigeants des EPE pour en faire des managers et non plus des fonctionnaires.

-2/ Autonomiser le mode de gestion sur la base de l’obligation de résultats.

-3/ Instaurer des relations non plus de tutelle administrative faites d’injonctions et d’obligations de faire et de ne pas faire, mais fondées sur une démarche contractuelle.

Dans le même temps, le gouvernement doit encourager les SGP à développer le partenariat externe avec des champions mondiaux, à privatiser chaque fois que nécessaire, le management et à impulser des actions de promotion de l’innovation au sein de l’entreprise.

 

II/ Niveau d’investissements productifs faible

Ces vingt dernières années ont été marquées par un très faible niveau d’investissements productifs tant de la part des entreprises que de l’Etat, qui s’est surtout consacré à rattraper le retard en investissements d’infrastructures. Il faut rappeler, aussi, que la part des investissements des entreprises dans l’investissement total a été en moyenne, sur les dix dernières années, de 8% seulement (cf. R. Bouklia), alors même que l’épargne des ménages et des entreprises n’a jamais été aussi importante et que le taux global d’épargne avoisine, ces cinq dernières années, 52%.

Il est vrai que cette tendance est en train d’être inversée et que les investissements productifs marquent un trend haussier, mais les lourdeurs bureaucratiques et les carcans procéduriers attendent toujours d’être nettoyés. Les litanies actuelles sur le climat des investissements handicapants doivent laisser place maintenant à des actions nettes, claires et à mener en urgence.
Pour ne citer que l’obstacle du financement bancaire de l’investissement, une étude de la Banque mondiale révèle que 74% du total des financements de l’entreprise proviennent des bénéfices propres de l’entreprise et les crédits bancaires financement seulement 16% des investissements.

Par ailleurs, 1% seulement des crédits à l’économie va au financement à long terme de l’investissement.
Enfin, il est intéressant de souligner qu’une banque marocaine ou tunisienne prête deux fois plus qu’une banque algérienne et que les accords de Bâle permettent de prêter trois fois plus ! On estime à plus de 800 milliards de dinars les ressources financières dont sont privés chaque année les acteurs économiques nationaux ! Le ratio de solvabilité de nos banques publiques est de 24%. Il est de 12% pour les banques marocaines et tunisiennes et les accords de Bâle imposent un ratio minimum de 8% !



III/ Absence d’innovation

Nous savons que la recherche innovation dans notre pays n’existe que dans les budgets dédiés à cette fin. Dans les faits, il n’y a pas d’innovation dans l’économie algérienne ni de la part des structures étatiques ni encore moins de la part des entreprises privées. Les entreprises qui disposent de cercles de qualité, de clusters, de centres de recherche développement, de contrats de partenariat avec la recherche universitaire se comptent sur les doigts d’une seule main. L’activité d’innovation ne peut se développer et être efficace qu’au sein de l’entreprise. L’Etat peut accompagner, encourager cette activité par un ensemble d’incitateurs, mais il appartient à l’entreprise d’engager la bataille de l’innovation. Et en l’absence de contraintes d’efficacité et notamment en l’absence de concurrence, les entreprises sont peu enclines à innover. L’obstacle peut être momentanément contourné par le recours au partenariat avec des champions étrangers et l’aide de l’Etat sous forme de crédits à faible taux d’intérêt.



IV/ Absence de politique de formation qualifiante

Le manque de ressources qualifiées dans les différents domaines pénalise fortement l’économie nationale et singulièrement le secteur industriel. Ici en effet, les collectifs de producteurs et de managers difficilement constitués dans les années 1970 ont été dispersés pour des raisons et d’autres (retraites, restructuration organique des entreprises des années 1980, concurrence étrangère…) On estime aujourd’hui le taux d’encadrement de l’industrie nationale à 5%. Ce secteur souffre de pénurie de compétences et de main-d’œuvre qualifiée, mais en même temps 30% des diplômés universitaires sont refusés par le marché du travail et 46% des salariés de niveau 5 et plus occupent des postes de travail qui ne correspondent pas à leur formation.

C’est dire que le système de formation professionnelle étatique dispense de plus en plus une formation «parking» : les sortants de ces centres ne trouvent pas à s’employer car leur formation ne correspond pas aux besoins des entreprises. D’un autre côté, les entreprises algériennes n’ont pas de structure de formation qualifiante et spécialisée. Il n’y a eu en Algérie aucune Corporate University du type HEC Paris, Sup de Co, Ecole de management…
Les plans de développement des différentes filières industrielles envisagés ne connaîtront aucune efficacité si, dans le même temps, n’est pas engagé un programme ambitieux de formation des travailleurs aux différents niveaux de qualification et si les métiers et les savoir-faire ne sont pas reconstruits.



V/ Ouverture commerciale débridée

Le début des années 1990, marqué par les accords avec le FMI et le rééchelonnement de la dette extérieure, s’est caractérisé par une ouverture de l’économie nationale et un démantèlement tarifaire qui ont fait des dégâts sur notre outil de production peu compétitif tant au plan interne qu’ externe. La reconquête du marché intérieur et la réduction des importations sont aujourd’hui des objectifs prioritaires dans la démarche du gouvernement. Il est clair que la réussite de la politique de substitution aux importations exige un minimum de protection de l’économie nationale afin de permettre à nos entreprises de se repositionner au moins sur le marché intérieur. Dès lors, les différents accords de libre-échange, d’association et d’accession à l’OMC, signés ou en voie de l’être, doivent être remis à plat. En tout cas, le gouvernement a intérêt à «traîner la patte» et à reporter quelque peu tous ces projets d’ouverture commerciale.
La tripartite devra aborder franchement cette question et réfléchir à la meilleure manière de concilier le soutien aux entreprises algériennes sans se fermer de tout échange commercial avec le monde.



VI/ Concurrence déloyale du secteur informel

On ne peut pas mener une politique efficace de redressement économique dans un contexte d’expansion sans précédent du secteur informel de l’économie souterraine, disent les spécialistes. Le gouvernement doit réagir de manière plus sérieuse qu’en organisant la chasse urbaine aux trabendistes. Pour lutter efficacement contre le secteur informel, il faut s’attaquer à son amont, qui est constitué par son approvisionnement, lequel pose aussi le problème de l’ouverture commerciale débridée de l’économie. Il faut donc une plus grande protection. Il faut ériger des barrières à l’entrée sauvage de marchandises. On peut en effet constater que dans les années 1970, le secteur informel était peu développé et, en certains territoires, totalement inexistant. Cette nouvelle démarche protectrice, largement à la portée de l’Etat algérien, est d’autant plus réalisable que les programmes de lutte contre le chômage, notamment des jeunes, sont aujourd’hui une réalité qui coûte d’ailleurs très cher au Trésor public.

On ne peut plus continuer à tenter des réponses à un problème, celui du chômage des jeunes (en permettant le développement sans précédent de l’économie souterraine) et en créer, du même coup, plusieurs autres, dont le plus grave est celui de la concurrence déloyale faite aux entreprises nationales qui étouffent sous la pression exercée par cette expansion de l’informel. La relance de l’industrie nationale, c’est aussi gagner la  bataille contre le secteur informel.

Abdelmadjid Bouzidi

 

Source:El Watan du 17.09.13

Publié dans Economie et société

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L'Agréssion israélienne barbare contre le Liban :Mobiles géostratégiques et enseignements pour nous

Publié le par Mahi Ahmed

L'Agréssion israélienne barbare contre le Liban :

Mobiles géostratégiques et enseignements pour nous

Par Mahi Ahmed

26-08-2006

L'arrogance « fascisante » de la force militaire est devenue une constante de la politique d'Israël.

Il est pénible de devoir utiliser l'adjectif de fasciste s'agissant d'un Etat qui prétend représenter une communauté qui a subi, en tant que telle, les pires affres du fascisme hitlérien. Mais la réalité de la cruauté des faits de cette nouvelle guerre du Liban secoue et aiguise nos consciences éprouvées.

De quelques causes

Le caractère et les dimensions qu'elle a pris, surtout au Liban mais aussi en Israël, interpellent nos responsabilités de citoyens sortis à peine des ténèbres épaisses du colonialisme. Elle aiguise en nous l'impératif de l'effort pour une intelligibilité profonde et objective des dangereux processus historiques dont nous sommes des témoins jusque-là inactifs et impuissants, alors que nous en sommes directement ou indirectement les enjeux. Certes notre cœur saigne de voir en direct la mort de dizaines d'enfants innocents, des massacres et des destructions à grande échelle comme à Kanaâ, à Beyrouth, à Tyr ou à Ghaza, des centaines de milliers de personnes déplacées ou contraintes de trouver refuge à l'étranger, des ambulances et des convois humanitaires ciblés aveuglement par des F16 ou des Drones enragés, des infrastructures comme les ponts, les autoroutes, les centrales électriques, les immeubles d'habitations... détruites, un pays transformé en ruines. Nous devons cependant manifester, avec la vigueur qui s'impose, notre colère contre l'agresseur et ses puissants soutiens et notre solidarité productive avec les victimes, avec le peuple et l'Etat libanais, avec le peuple et l'Autorité palestiniens, en développant toutes les solidarités. Nous devons chercher à comprendre les causes réelles et profondes, les mobiles de cette crise majeure dans cette partie du Moyen-Orient. Nous devons essayer d'évaluer objectivement son contenu géopolitique, sa portée stratégique, ses multiples effets et surtout tirer les enseignements qu'elle dégage aussi bien sur le plan mondial qu'au niveau de notre pays. L'adoption par le conseil de sécurité de la résolution 1701 demandant le cessez-le-feu et traçant les contours, le plus souvent, partiaux et unilatéraux, de stabilisation du Liban et de sécurisation des frontières israélo-libanaises, souligne encore plus cette nécessité. Une crise majeure comme celle-ci ne peut procéder de la génération spontanée. Elle ne peut être que le fruit d'une conjugaison de causes immédiates qui la déclenchent et de causes profondes qui l'expliquent et la rendent intelligible. On ne peut l'isoler du contexte qui marque les évolutions nationales, régionales et internationales. On ne peut donc pas aussi la dissocier des pondérations géostratégiques qui reviennent à chacune des parties, directement impliquées dans le conflit qui l'a initiée et qui l'alimente. Israël ne peut avoir décidé unilatéralement, le 12 juillet dernier, après l'action du Hezbollah, de s'engager dans une guerre de cette nature contre le Liban sans consultation avec son puissant allié, les USA et sans information appropriée de certains pays dont les intérêts sont évidents dans cette région. Israël, les USA et certaines puissances mondiales comme la Grande-Bretagne ou l'Allemagne répètent sans vergogne, et comme pour tromper le monde sur leurs véritables mobiles, que l'intervention de Tsahal au Liban est une action justifiée par l'agression initiée par le Hezbollah. Il demeure que l'acte du Hezbollah, acte de résistance, est une réalité, plusieurs fois reproduite, qui s'inscrit dans la nature de la situation tendue entretenue par Israël depuis 1967 et plus particulièrement depuis 1982 au Liban. Mais dépoussiérons la chronologie des faits pour examiner cette assertion soulignée d'Israël et des puissances occidentales et repérons certaines des causes qui ont pu déterminer les dirigeants israéliens à se lancer dans cette aventure barbare. Nous pouvons examiner d'abord les causes suivantes :

1) la capture de deux soldats de Tsahal au Liban-Sud par les milices du Hezbollah

Tanya Reinhart, professeur émérite de l'université de Tel-Aviv et ancienne journaliste de Yediot Ahranot, écrit dans un article publié le 28 juillet 2006 portant le titre révélateur Le nouveau Moyen-Orient d'Israël ce qui suit : « Le 12 juillet 2006, un groupe armé du Hezbollah a attaqué deux jeeps de l'armée israélienne qui patrouillaient le long de la frontière avec le Liban. Trois soldats israéliens ont été tués et deux autres ont été faits prisonniers. Lors d'une conférence de presse tenue quelques heures après l'attaque à Beyrouth, le chef du Hezbollah, le cheikh Hassan Nasrallah a déclaré que le but de l'action était de réaliser un échange de prisonniers : la libération des deux soldats capturés contre celle de trois prisonniers libanais qu'Israël avait refusée lors d'un précédent échange de prisonniers (réalisé avec le concours de l'Allemagne). Nasrallah déclara qu'il n'avait pas l'intention de pousser la région dans la guerre. » Il ajouta : « Si Israël choisit de nous affronter, il doit s'attendre à des surprises. » La professeur Tanya Reinhart commente : « Israël n'a consacré aucun instant à l'action diplomatique, ni à des négociations ou à un examen à tête froide de la situation ainsi créée. » Elle ajoute : « Lors d'une réunion tenue le même jour, le gouvernement israélien donna l'ordre à ses forces armées d'engager une offensive massive contre le Liban. Le gouvernement libanais a été tenu responsable des actes du Hezbollah. » Le Premier ministre israélien Olmert a fait ce jour-là la déclaration suivante : « L'évènement de ce matin n'est pas une action terroriste mais un acte d'un Etat souverain qui a attaqué Israël sans raison et sans provocation... Le gouvernement libanais, dont fait partie le Hezbollah, s'emploie à déstabiliser la région. Le Liban est responsable et le Liban subira les conséquences de ses actes. » A 21h50 du même jour, le journal Haaretz on line annonce qu'Israël a bombardé des ponts au centre du Liban et attaqué des positions du Hezbollah au Liban-Sud. Ce n'est qu'à la suite de ces attaques, qui ont fait de nombreuses victimes, que le Hezbollah a lancé ses katiouchas sur le nord d'Israël. L'engrenage d'une guerre impitoyable était ainsi déclenché . Ces faits sont donnés par une intellectuelle israélienne, spécialiste en linguistique et en analyse des médias, qui connaît la situation de son pays de l'intérieur même, qui a analysé l'histoire de ces presque six décennies d'existence de l'Etat d'Israël et du conflit israélo-palestinien et arabe et qui, en 2002, a publié un livre, réédité en 2005, portant le titre. Comment terminer la guerre de 1948 ? La capture de deux soldats israéliens ne peut justifier, à elle seule, cette guerre, comme nous venons de le montrer. Auparavant et depuis le retrait forcé (à cause de l'héroïque résistance libanaise et notamment du Hezbollah) d'Israël du Liban en 2000, il y a eu de nombreux incidents de frontière provoqués par l'une ou l'autre des deux parties, il y a eu au moins trois processus d'échange de prisonniers et le recours à un affrontement plus large a été évité. La crise ouverte cette fois-ci par Israël, avec une extrême rapidité et une puissance de feu exigeant une logistique lourde, ne pouvait qu'obéir à des plans stratégiques soigneusement élaborés et concertés. Un officiel israélien a affirmé au journal Le Washington Post, dans son édition du 16 juillet 2006 que « l'action du Hezbollah a offert une occasion unique qui a conjugué des intérêts communs (lesquels ?) ». Cependant, un examen objectif du contexte historique, qui prévalait dans la région et dans le monde au moment de l'intervention israélienne au Liban, nous indique d'autres causes immédiates qui se sont conjuguées à la précédente et ont concouru à hâter la décision israélo-américaine de faire éclater, avec cette intensité, cette nouvelle crise dans la région.

2) la capture d'un soldat israélien par un groupe armé du Hamas dans la bande de Ghaza

Le 2 juillet dernier, le soldat israélien Shavit est enlevé à Ghaza par un groupe armé du Hamas. Cet enlèvement est intervenu à un moment particulier de l'évolution de la situation dans les territoires occupés palestiniens. Des élections présidentielles, communales et parlementaires, reconnues par tous les observateurs mobilisés et par la communauté internationale comme démocratiques, venaient d'avoir lieu. Elles ont dégagé des représentations pluralistes et contribué à développer la culture démocratique entre les différents courants politiques et sociaux du peuple palestinien en lutte encore pour sa libération du joug colonial. Ces élections intervenaient après la mort du président Arafat et dans le cours des efforts déployés pour la mise en œuvre de la prétendue feuille de route, dont la finalité devait être l'émergence d'un Etat palestinien à côté d'Israël et que les Palestiniens avaient acceptée malgré ses insuffisances et les manœuvres qu'elle laissait prévoir. Ces élections devaient légitimer la représentativité des dirigeants palestiniens et les accréditer comme « interlocuteurs valables » pour reprendre une terminologie que nous ne connaissons que trop. Ces élections ont souligné la représentativité du Hamas qui a enlevé de nombreuses municipalités à Ghaza et en Cisjordanie et qui s'est assuré la majorité absolue au Parlement palestinien. Ces résultats électoraux autorisaient le Hamas à désigner un Premier ministre de ses rangs et à former le gouvernement. C'est ce qui fut fait dans le cadre du respect de la Constitution qui régit l'Autorité palestinienne et dans le cadre de processus de concertations présidentiels et parlementaires normaux, c'est-à-dire légaux. Ce processus démocratique n'était du goût ni des dirigeants israéliens ni de celui des USA ou de certaines puissances occidentales comme la Grande-Bretagne ou l'Allemagne. Car pour eux, le Hamas était une organisation cataloguée de terroriste, figée pour toujours dans cette position. Le Hamas et son gouvernement devaient être jugés sur leurs actes par le peuple palestinien mais aussi par la communauté internationale. Mais avant même que le nouveau gouvernement ne se mette au travail et ne définisse ses positions de pratique politique, il a été soumis à une intenable pression coercitive, politique, financière de la part d'Israël, des USA et de la communauté européenne. D'abord Israël, les USA et l'Union européenne ont exprimé un refus catégorique de reconnaître le gouvernement palestinien issu d'élections démocratiques supervisées par des observateurs internationaux. Puis, l'aide financière qui était allouée par l'Union européenne ou d'autres institutions internationales a été suspendue, mettant la présidence et le gouvernement palestiniens dans l'impossibilité de payer les fonctionnaires de l'Autorité palestinienne, notamment des secteurs en charge de l'administration, de la police et de la sécurité, de la santé publique ou de l'enseignement... et ce, depuis des mois. En outre, l'armée israélienne a renforcé ses attaques indistinctes et ravageuses, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, contre les structures du Hamas et d'autres organisations palestiniennes créant un climat oppressif extrême, torpillant par les assassinats ciblés ou l'arrestation de dirigeants des organisations palestiniennes par des tentatives criantes de division des rangs palestiniens, tout effort de recherche de consensus palestinien pour trouver des voies de sorties des impasses imposées par le tandem israélo-américain et de retrouver unis le chemin des négociations et peut-être d'une paix définitive. Ce sont les impasses dressées par Israël et ses alliés stratégiques qui ont provoqué l'action de résistance qui a débouché sur la capture du soldat Shavit. Car, jusqu'à nouvel ordre et avant que le problème palestinien ne trouve sa juste solution, peut-on penser un seul instant que les organisations palestiniennes, dans la diversité de leurs positions politiques, puissent cesser d'être des organisations de résistance et de libération nationale ? Le Hamas et la nouvelle situation créée sur le plan des rapports de forces politiques en Palestine occupée ont constitué de nouveaux facteurs de tensions non maîtrisées par Israël et susceptibles de mettre en échec les plans échafaudés par Sharon des prétendus « retraits unilatéraux de certains territoires » pour imposer la paix aux Palestiniens. Cela peut expliquer la troisième cause immédiate :

3) La crise intérieure israélienne

Ariel Sharon a été le concepteur et l'exécuteur de la terrible agression contre les peuples palestinien et libanais de 1982. Celle-ci, faut-il le rappeler, avait produit l'horreur des massacres de masse de Sabra et Chatila. Elle avait poussé le peuple libanais dans une guerre civile atroce qui a duré quinze ans. Ariel Sharon, en pur faucon sioniste, ne s'était pas lassé de torpiller les différentes initiatives et les différents processus palestino-israéliens qui ont été engagés à la suite de la conférence de Madrid et des résultats du processus dit d'Oslo pour déboucher sur un probable règlement du problème palestinien. Par sa provocation de l'esplanade de la mosquée d'El Aqsa, il a déclenché la deuxième Intifadha et favorisé le développement, en dehors de l'OLP, de certaines organisations de résistance à caractère religieux comme le Hamas. Ariel Sharon, qui s'est considéré en osmose idéologique et stratégique avec les néo-conservateurs américains arrivés au pouvoir avec l'élection de G.W. Bush, n'a eu de cesse que :

a) de laminer le mouvement israélien pour la paix déjà affaibli après l'assassinat d'Itzhak Rabin et la base sociale du parti travailliste notamment ;

b) de restructurer le paysage politique israélien et le rapport de forces y prévalant pour imposer étape par étape sa solution aux Palestiniens et au monde ;

c) de détruire le président Arafat ainsi que les capacités d'action de l'Autorité palestinienne au moyen de l'humiliation, d'une féroce répression et de l'isolement international avec l'aide de ses alliés US. Le coma profond d'Ariel Sharon a provoqué la disparition de ce dernier de la scène politique israélienne et créé une situation nouvelle en Israël. La scission du Likoud initiée par Sharon et la création du parti Kadima a engagé un processus d'une modification sensible du paysage politique israélien. Les dernières élections parlementaires anticipées laissent percevoir un affaiblissement simultané du Likoud et du parti travailliste au profit de Kadima, le parti de Sharon. Celui-ci, désormais dirigé par Ehud Olmert, se voit chargé de la mise en œuvre des plans de Sharon et s'emploie à créer le mouvement politique et social susceptible de les porter.

Cependant les plans de Sharon ne sont pas parvenus à bout de la résistance palestinienne ni à la diviser. La construction du mur de Jérusalem, le retrait unilatéral et musclé de la bande de Ghaza, le torpillage continu de la feuille de route et l'isolement territorial et l'humiliation de l'Autorité palestinienne, loin de faire poindre les signes de leur efficacité et renforcer la reconnaissance et la sécurité d'Israël, ont, au contraire, développé la tension dans la région et l'isolement international des dirigeants israéliens.

 

Ehud Olmert, Amir Peretz (le nouveau ministre de la Défense et chef du parti travailliste qui a vendu son âme de syndicaliste représentant des travailleurs ), Tzipi Livni (ministre des Affaires étrangères ) sont de nouveaux venus dans l'élite dirigeante israélienne. Ils bousculent la tradition cultivée, depuis la création de l'Etat hébreu, d'attribuer les premières responsabilités au niveau de la Présidence de l'Etat et du gouvernement à des personnalités activant ou issues de Tsahal . Ce qui crée une situation nouvelle modifiant, en principe, la position de l'armée dans les rapports de force nationaux lui assignant un nouveau rôle devant encore être défini et mis en œuvre. Ainsi, la politique de Sharon et son héritage prématuré ont déclenché un mouvement de repositionnement politique et stratégique et de restructuration des rapports de force qui est en cours, qui est loin de montrer toute sa cohérence et qui développe des tensions multiples au niveau du Likoud de Netanyahou, du courant social démocrate et de la société civile en général. Refonder l'unité nationale israélienne sur la base de la pensée et des plans stratégiques dessinés par Sharon et Shimon Pérez (qui a été rappelé par ses convictions sionistes et à qui on devrait retirer le prix Nobel de la paix ) nécessitait pour ces nouveaux venus au pouvoir l'ouverture d'une crise comme celle initiée par l'agression contre le Liban pour consolider encore plus leur légitimation. La crise intérieure israélienne prend encore plus de relief si on la rattache aux échecs cuisants de la mise en œuvre de la doctrine de W. Bush et aux évolutions régionales en cours.

4) Un contexte régional détérioré et de plus en plus instable

Dans une contribution portant le titre « La doctrine de W. BUSH : une stratégie de domination et de coercition globalisée » publiée dans le Quotidien d'Oran du 25 avril 2002 nous avions écrit : « Cette doctrine, si on l'examine à partir des analyses existantes ou de la pratique politique américaine au jour le jour, semble reposer sur trois piliers principaux interactifs : l'idéologie néo-libérale moralisante, la maîtrise de la globalisation économique et politique, la suprématie militaire comme base d'une stratégie de coercition globalisée. » Les années qui ont suivi n'ont pas démenti notre affirmation. Elles la renforcent. Il est patent que la mise en œuvre de cette doctrine par W. Bush et son administration, au niveau de ces trois piliers, s'embourbe et va d'échec en échec et de blocage en blocage. Il n'y a pas un champ ouvert par W. Bush qui ne fasse pas face à des résistances multiformes l'empêchant d 'aboutir et développant les processus politiques, économiques, sociaux et culturels pour le mettre en échec et le dépasser dans le sens de la paix, de la démocratie, de la légalité et de la stabilité internationales réelles et du progrès social. Les guerres dites de sécurisation et de stabilisation régionales ou internationales comme celles de hautes technologies menées par des armadas d'enfer en Afghanistan ou en Irak ou celles poursuivies dans les Balkans ou en Afrique et ailleurs, ont rendu la situation dans les régions et les pays concernés encore plus instable Elles ont détruit les Etats-nations qui y existaient, brisé les bases économiques déjà si fragiles, intensifié les confrontations ethniques et religieuses et favorisé le développement de l'extrémisme islamiste recourant à la violence terroriste. La deuxième guerre du Golfe a été déclenchée dans le cadre de la lutte globalisée contre l'axe du mal, contre le terrorisme international et dans le cadre de l'exportation planifiée des valeurs et de la démocratie occidentales. L'Irak qui s'était débarrassé du régime monarchique imposé par la puissance coloniale anglaise et qui était dirigé par le Baâth depuis le début des années 1960 représentait, sur le plan historique, avec la Syrie, aussi baâthiste, et malgré les divergences existantes entre eux, une nouvelle expérience du nationalisme arabe. Cette expérience a certes pris des formes autoritaires historiquement rétrogrades comme ce fut le cas pour les courants dirigés par Nasser, Bourguiba, Ben Bella etc., mais elle s'intégrait dans les processus sociaux complexes de libération et d'émancipation nationales. Les USA et leurs alliés, en « mauvais élèves » de l'histoire, n'ont pas compris que ce sont les peuples, avant tout, qui sont les artisans heureux ou malheureux de leur développement historique et qu'il ne peut exister de technologies de fabrication de peuples ou de systèmes sociaux. La dernière campagne US d'Irak devait donner le signal et les impulsions nécessaires pour la réalisation de ce qui a été appelé « le Grand Moyen-Orient » solidement ancré dans les visions géostratégiques découlant de la doctrine de W. Bush. Nous savons ce qu'il advient de l'Irak. Ce pays a certes été débarrassé d'un dictateur sanguinaire par la plus sophistiquée et la plus coûteuse des interventions militaires de la première puissance mondiale. Mais c'est un pays ramené à des décennies en arrière. C'est un pays occupé militairement et administré dans les faits par des forces étrangères. C'est un pays qui a perdu la cohésion de la nation qui le portait et qui est profondément divisé selon les ethnies, les rites religieux ou les religions. C'est un pays engouffré dans une atroce guerre civile et qui baigne quotidiennement dans le sang et la désolation. C'est un pays qui a perdu ses ressorts et ses capacités économiques et l'une des plus fortes et des plus productives intelligentsias du monde arabe. En préparant et déclenchant la dernière guerre d'Irak, W. Bush et ses stratèges politiques et militaires avaient fixé, dans cette région du monde, les cercles de leurs alliés comme l'Egypte, l'Arabie Saoudite, la Jordanie ou les pays du Golfe qui devaient se réformer sans changer et ceux de leurs ennemis déclarés comme la Syrie et l'Iran qui devaient se considérer comme faisant partie de l'axe du mal ennemi. Dans le même temps les USA ont développé une alliance d'une qualité nouvelle, parce que idéologique et politique, avec le courant d'Ariel Sharon au Likoud qui fait d' Israël un puissant partenaire dans la mise en œuvre de la doctrine de W. Bush au Moyen-Orient et au-delà. Les Palestiniens l'ont durement ressentie et continuent de vivre l'horreur de ses conséquences. Les Libanais l'ont subie à répétitions et aujourd'hui ils en vivent toute la barbarie. Les Egyptiens, les Saoudiens ou les Jordaniens assistent, la rage au cœur, aux sournoises humiliations et à la corruption à grande échelle de ceux qui les dirigent. La guerre d'Irak et les pratiques politiques et militaires des USA qui l'ont accompagnée, ont renforcé et élargie la haine des masses arabes à leur égard et à l'égard d' Israël. Elles ont gravé dans les sociétés du monde arabo-islamique de lourdes traces difficiles à effacer de la mémoire collective comme de la mémoire historique. Cela d'autant plus que l'autoritarisme des systèmes en place, qui, en emprisonnant la liberté et la démocratie réelles, développent dans les sociétés qu'ils dirigent et qui connaissent une forte explosion démographique et où la jeunesse constitue le plus grand nombre, la pauvreté, l'exclusion, l'inculture et les clivages sociaux favorisant l'émergence et le développement de l'islamisme politique dans toutes ses variantes mais où la variante rétrograde et radicale, organisée et paramilitaire et recourant à la violence armée prend le dessus. C'est donc une situation bien détériorée, explosive même qui se développe dans cette région où les forces relevant du nationalisme arabe, qui dès le début des années 1950 ont en grande partie édifié les Etats- nations, n'ont pas su repérer et comprendre (surtout les élites), les impératifs démocratiques qu'exigeaient les évolutions économiques, sociales et culturelles. Elles n'ont pas su ouvrir les voies pour construire, au niveau de chaque pays, ce large front patriotique et démocratique pour relevé les défis des dernières décennies du siècle dernier et de celui qui commence au niveau des terribles enjeux économiques, sociaux et culturels. C'est une région à la croisée des chemins où la place de la religion et de son instrumentalisation sont en débat. Certains Etats et forces sociales se réclamant de l'islamisme politique instrumentalisent les problèmes réels d'importants secteurs sociaux au nom d'une compréhension idéologique et politique étroite et régressive de l'Islam et n'hésitent pas, par le recours à la violence armée, à plonger leurs pays dans de dangereuses crises ou à chercher à déstabiliser des régions entières. D'autres développent des formes de mouvements islamiques de résistance et de la libération nationales face à l'occupation et aux menées du néo-impérialisme, agissant comme forces politiques et sociales pour la cohésion et l'unité d'action de l'ensemble des forces nationales et patriotiques. C'est une telle situation qui devient une cause pour pousser les dirigeants américains et israéliens pour qui cette région est d'abord le plus grand réservoir d'hydrocarbure du monde et une région de passage maritime et terrestre essentielle, à agir pour montrer de quel côté se trouve la puissance militaire. C'est donc un ensemble de causes immédiates, liées certes, qui peuvent expliquer cette agression barbare contre le Liban. Mais les véritables mobiles sont d'ordre stratégique. Nous tenterons de les développer dans notre prochaine contribution.

Dès qu'Israël, depuis sa création en 1948, s'engage dans une quelconque action militaire d'envergure dans les territoires palestiniens toujours occupés, au Liban, en Jordanie ou ailleurs au Moyen-Orient, une formidable machine occidentale de soutien politique, militaire, de propagande etc. est mise en branle sous la direction des USA et des multiples centres du sionisme international.

 

Israël est toujours présenté comme une victime menacée d'éradication par ses ennemis historiques livrés au fondamentalisme et aux forces du terrorisme. Israël agit à la fois comme : a) La mauvaise conscience de l'Occident colonialiste et impérialiste qui a dépecé, selon sa volonté et ses intérêts colonialistes, l'Empire ottoman après la Première Guerre mondiale ; qui a favorisé l'émergence du nationalisme sioniste, divisé et réduit le nationalisme arabe ; qui a produit Hitler et la barbarie fasciste, déclenché la Seconde Guerre mondiale et généré la Shoah et l'holocauste. Les dirigeants allemands parlent même de raison d'Etat. b) Une plate-forme géostratégique d'intervention politique et surtout militaire fortement intégrée dans les différents mécanismes de défense et de sécurisation des intérêts des puissances occidentales néo-impérialistes dans cette importante région du monde aux multiples atouts vitaux, notamment énergétiques. Cela n'a pas été diffèrent cette fois-ci aussi. La raison reposant sans cesse sur l'élargissement et l'approfondissement du savoir est, en principe, la force motrice essentielle de la culture universelle et de l'humanisme. Elle semble perdre, dans ces temps complexes qu'on nous impose, ses repères et ses critères fondateurs, par un parti pris injustement fondé pour Israël, au niveau de certaines prétendues personnalités étrangement médiatisées tels des philosophes et écrivains formatés du type Bernard Henri Lévy (1) , des politiciens soixante-huitards récupérés et grisés par les lumières des rampes du pouvoir mondialisé et s'autoproclamant experts en géostratégie et en management des conflits globaux, comme par exemple Joschka Fischer (2) ancien ministre des Affaires étrangères d'Allemagne ou de nombre de journalistes occidentaux trahissant leur devoir d'information objective (qu'exige en principe l'éthique de la profession qu'ils sont censés exercer) et se mettant aux ordres des magnats des médias dominant le capital financier international tels que Rothschild Murdoch, Warner, Springer etc. Cette dernière agression perpétrée par Israël dans la région, si elle s'est circonscrite, dans un premier temps, au Liban, elle a, par sa forme de haute technologie (reposant sur les outils les plus sophistiqués du renseignement, de l'intervention aérienne armée, du management moderne de réseaux, etc.) par ses cibles au niveau des secteurs des populations et des infrastructures et par la démarche ostentatoire et complice des Etats-Unis et d'autres puissances occidentales, montré qu'elle relevait de mobiles géostratégiques plus élaborés, concertés, coordonnés et inscrits dans la durée. Depuis les années 1990, le séisme historique total, provoqué par la dislocation et la disparition du système socialiste mondial, continue d'être suivi de répliques dont les magnitudes sont fonction de la pondération géostratégique qu'affecte l'unique superpuissance restante aux différentes régions du monde en fonction de ses intérêts impériaux immédiats ou lointains et qui sont définis dans le jargon des néo-stratèges d'actions de « sécurisation et de stabilisation » . Il n'est pas un événement de portée historique qui touche un pays ou une région donnés dont l'intelligibilité des causes profondes ne soit pas liée à la mise en œuvre de la nouvelle doctrine de domination et de coercition impériales des USA et de ses dirigeants néo-conservateurs actuels. Il n'est pas aussi de relations internationales, aujourd'hui, où les dynamiques qui travaillent ce qu'on appelle la mondialisation, ne dessinent et n'imposent, au profit des puissances occidentales pour qui joue les rapports de force mondiaux actuels, des formes de soumissions politiques, économiques et autres. Zbigniew Brzezinski, l'un des plus illustres experts américains en géostratégie a dit dans l'un de ses fameux livres de prospective géostratégique portant le titre Le grand échiquier, la domination américaine et ses impératifs géostratégiques et publié en 1997, ce qui suit (5) : « Dans quelle mesure les USA sauront faire prévaloir leur prépondérance globale en tant que superpuissance dépendra du fait comment une Amérique engagée partout dans le monde s'en sortira avec les rapports de force complexes prévalant dans le continent eurasien et comment elle pourra y agir contre l'émergence d'une puissance dominante ennemie. »( traduit de l'allemand par mes soins). Il ajoute : « L'Eurasie est de ce fait l'échiquier sur lequel se jouera, aussi à l'avenir, la lutte pour la suprématie globale. » Eurasie signifie l'ensemble formé par l'Europe et l'Asie. Ce sont, en effet, ces deux continents, dont la puissance des évolutions économiques, scientifiques et militaires se situent encore à des niveaux différents, qui émergent, mus par un certain nombre de facteurs idéologiques, politiques, économiques culturels et géostratégiques, qui au fil des dernières décennies du siècle passé avec les dynamiques de la mondialisation prennent des formes géopolitiques de concurrence intense d'intérêts avec la superpuissance américaine et déclenchent chez cette dernière des élans inquiétants de coercition et de domination .Le renforcement de leurs rapports multiples aiguise encore plus de tels élans. Condoleezza Rice, quand elle était encore l'assistante de W. Bush pour les questions de sécurité et l'une de ses éminences grises ,affirmait : « Nous voulons fonder notre stratégie de dissuasion sur la prévention. La dissuasion a fait ses preuves pendant la guerre froide. Elle ne produira pas forcément les mêmes résultats à notre époque. » La prévention militaire musclée est devenue une constante de tous les actes de mise en œuvre de la doctrine dite de W. Bush. La prévention peut être directe comme en Afghanistan ou en Irak. Elle peut aussi, en tenant compte des contingences, des évolutions des rapports de force mondiaux de même que des risques, être sous-traitée par des alliés puissants et loyaux. L'agression israélienne contre le Liban est une guerre préventive US sous-traitée à Israël et dirigée en même temps contre l'islamisme international, l'Iran chiite et islamiste aux visées de puissance régionale et les alliés de ce dernier pays comme le Hezbollah ou la Syrie. Faut-il rappeler cette insistance de W. Bush à répéter lors du sommet du G8 à Saint-Pétersbourg, suivi en cela par ses vassaux (comme le dit Zbigniew Brzeziski) britanniques et allemands en particulier, que c'est le Hezbollah et ceux qui le soutiennent qui sont la cause de l'intervention israélienne au Liban ! Nous pouvons répertorier au moins trois mobiles majeurs géostratégiques qui ont poussé les USA à sous-traiter à Israël la production de cette crise majeure dans la région du Moyen-Orient en attendant d'achever le reste : le spectre de l'islamisme politique et la problématique de l'Islam, la restructuration , la « sécurisation et la stabilisation » du « Grand Moyen-Orient »(3)

La maîtrise durable des plus grandes réserves énergétiques du monde

Avant d'examiner chacun de ces mobiles, il serait peut-être utile de remettre en mémoire les deux faits suivants : comme avant le déclenchement de la troisième guerre du Golfe, nous avons observé une intense concertation et coordination entre W. Bush et Tony Blair qui sont de nouveau apparus comme un tandem d'alliés stratégiques. Ils ont dessiné ensemble dans le déluge qui frappait le Liban l'envergure qu'il donnait à la crise créée et la feuille de route qui devait être suivie par le conseil de sécurité et surtout par eux-mêmes et les alliés mobilisés. Lorsque la police britanniques a éventré les plans d'un important groupe de jeunes terroristes islamistes de nationalités britanniques de faire exploser des avions américains dans le ciel sur leur route vers les Etats-Unis, W. Bush a dit dans une déclaration à la presse à peu près ceci : « Nous faisons face au fascisme islamique et nous devons le détruire comme nous avons détruit le communisme. » Le spectre de l'islamisme politique et la problématique de l'Islam L'islamisme politique est devenu, dans la phase historique que nous vivons, un phénomène international et « internationaliste » actif depuis les années 1970, lorsque qu'il a été impulsé et encouragé en tant que mouvement structuré idéologiquement et politiquement par la trilatérale comme facteur de déstabilisation des maillons faibles du système socialiste mondial. Il travaille les sociétés du monde arabo-islamique. Il agit aussi dans les secteurs à forte concentration musulmane aux Etats-Unis, en Europe et ailleurs. C'est un mouvement traversé par différents courants nés et se nourrissant de la détresse d'importantes forces populaires face aux impasses auxquels ont mené le sous-développement et des systèmes de pouvoir hégémoniques et souvent corrompus, incapables de résoudre les problèmes vitaux de leur société et de reconnaître, dans leur étendu et leur profondeur, les défis majeurs de notre temps et de les relever. C'est un phénomène complexe qui souvent a été analysé à partir de ses manifestations idéologiques, politiques, sociales ou violentes sans faire l'effort multidimensionnel nécessaire de connaître en profondeur les dynamiques qui lui ont donné naissance et les formes par lesquelles il s'exprime afin de mieux l'apprécier et le différencier. C'est un mouvement dont le caractère de masse et populaire et sa fonction idéologique ont été instrumentalisés par des pouvoirs nationaux et des puissances internationales. L'Islam, en tant que religion, se trouve confronté à ce phénomène (l'islamisme) et soumis par des experts autoproclamés et de tous acabits et des idéologues et politiciens, champions de la diversion, à de dangereux amalgames. Nous assistons certes depuis le succès de la révolution populaire iranienne conduite par l'Ayatollah Khomeyni de février 1979 à l'émergence d'un modèle d'Etat-nation à caractère islamique exerçant un rayonnement réel sur l'aire régionale et ailleurs et ce en dépit des orientations religieuses obscurantistes de certains de ses dirigeants. Frédéric Tellier, professeur à l'IEP de Paris comme à Harvard et à Chicago, écrit dans un livre intitulé L'heure de l'Islam paru aux éditions Ellipses ce qui suit à propos de l'Iran : « Ce qui a donné vie et vigueur à l'islamisme comme idéologie et mouvement social n'est pas le dynamisme intérieur de la religion ou d'une volonté inébranlable du clergé de prendre le pouvoir, mais le bouillonnement de la modernité. L'Iran a-t-il connu une révolution religieuse ? Il est permis d'en douter. En dépit des apparences, l'islamisme est un phénomène authentiquement moderne, même s'il se justifie par référence à un passé qu'il promet de faire revivre. Malgré son anti-occidentalisme proclamé, sa dénonciation de la modernité, la révolution islamique appartient bel et bien à son siècle et en reflète les idéologies. Elle est de notre temps, pur produit de la modernité, phénomène moderne par excellence. Cette modernité contestée voire haïe est en fait sa matrice. »(6) Ainsi, l'islamisme, bouillonnant en tant que phénomène social, politique et idéologique, recourant par certaines de ses franges au terrorisme national et à grande échelle, est présenté sans discernement par les centres de recherche néo-conservateurs américains et autres ainsi que les courants politiques dirigeants qu'ils influencent fortement aujourd'hui, aux USA et ailleurs en Occident , comme un spectre meurtrier qui hante dangereusement la stabilité, la paix et les équilibres mondiaux. Il a été élevé, depuis les sanglants événements de septembre 2001 à New York et à Washington, au niveau d'ennemi principal des USA et du monde occidental. Nous observons, au niveau de l'Occident, dominé aujourd'hui par la pensée néo-libérale et néo-conservatrice, une espèce d'enracinement et de globalisation d'un mode de raisonnement binaire et indigent, basé sur l'opposition radicale et non dialectique entre le bien et le mal. Le bien, c'est tout ce qui a été façonné par la civilisation judéo-chrétienne et par les valeurs considérées comme occidentales produites et renforcées depuis la fin du XVIIIe siècle au niveau de la liberté, de la démocratie, des droits de l'homme, de la solidarité, etc. Le mal est tout ce qui n'est pas le bien dans l'acception que lui donne l'Occident judéo-chrétien. Nous assistons à la diffusion d'une sorte d'idéologie fondamentaliste et guerrière et de pratiques politiques internationales sectaires chargées d'alimenter et d'animer les croisades contre ceux qui représentent le mal. Par exemple, M. Bolkestein, ancien commissaire européen au marché intérieur (devenu célèbre par ses directives sur la libéralisation des services, en évoquant le projet d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne et la pression migratoire, il mettait en garde dans les termes suivants : « Si cela devait arriver, la libération de Vienne en 1683, n'aurait servi à rien. Nous les avions arrêtés à Poitiers, nous les avions arrêtés devant Vienne ; nous les arrêterons encore. » (Turques, Arabes, Berbères, ce ne sont tous que des musulmans, c'est l'Islam. Quel amalgame volontairement exprimé et à ce niveau de responsabilité de la communauté européenne !) Et pour renforcer ses dires, Bolkestein cite un historien britannique de renom, spécialiste reconnu de la Turquie et du Moyen-Orient, Bernard Lewis qui a affirmé : « L'Europe sera musulmane d'ici à la fin du siècle. » Bernard Lewis n'est pas n'importe qui. C'est lui qui a découvert « le gêne de l'Islam » et a appelé à « lever l'étendard de la résistance face aux nouvelles invasions barbares ». Bernard Lewis est installé aux USA depuis 1974 et s'est distingué par un soutien militant à la politique oppressive israélienne. Il est surtout un conseiller très écouté de W. Bush et très proche de Paul Wolfowitz, ancien adjoint du secrétaire d'Etat à la défense et véritable concepteur avec Richard Pearl, entre autres , de l'invasion contre l'Irak. Au cours d'une cérémonie organisée en mars 2002 à Tel- Aviv en l'honneur de Paul Lewis, Wolfowitz lui a rendu hommage en ces termes : « Bernard Lewis, nous a appris à comprendre l'histoire complexe et importante du Moyen-Orient et à l'utiliser pour nous guider vers la prochaine étape afin de construire un monde meilleur pour les prochaines générations. » Bernard Lewis est devenu, en effet, l'idéologue en chef du « choc des civilisations », concept qu'il a découvert des 1957, au lendemain de la guerre de Suez qui ne traduisait pas pour lui une volonté de libération nationale des peuples arabes, mais « une hostilité à la culture occidentale ». (A suivre)


(*)Cette partie fait suite aux deux parties publiées déjà dans les éditions des 26 et 27 août 2006.

Bibliographie 1.Bernard Henry Levy : La guerre vue d'Israël in le Monde du 27 juillet 2006 2. Joschka Fischer : Iran könnte der grobe Gewinner in Die Zeit 20 juillet 2006 3. Tanya Reihart : in www.redress.btinternet.co.uk/treinhart 4. Robin Wright : Strikes are called part of broad startegy in Washington Post 16 juillet 2006 août-30 5. Zbigniew Brzezinski : Die einzige Weltmacht, Amerikas Strategie der Vorherrschaft Fischer Taschenbusch Verlag 6. Christophe Reveillard : L'Iran géopolitique in Géostratégie n° 12 -Avril 2006

 

Il est utile de donner encore la citation suivante tirée de son livre Islam Quarto, publié chez Gallimard en 2005 : « Les ressentiments actuels des peuples du Moyen-Orient se comprennent mieux, lorsqu'on s'aperçoit qu'ils résultent, non pas d'un conflit entre les Etats ou des nations, mais du choc entre deux civilisations.

 

Commencé avec le déferlement des Arabes musulmans vers l'Ouest et leur conquête de la Syrie, de l'Afrique du Nord et de l'Espagne chrétiennes, le ''grand débat'' entre l'Islam et la chrétienté s'est poursuivi avec la contre-offensive chrétienne des Croisades et son échec puis avec la poussée des Turcs en Europe, leur farouche combat pour y rester et leur repli. Depuis un siècle et demi, le Moyen-Orient musulman subit la domination de l'Occident - domination politique, économique et culturelle, même dans les pays qui n'ont pas connu un régime colonial. Je me suis efforcé de hisser les conflits du Moyen-Orient, souvent tenus pour des querelles entre Etats, au niveau d'un choc des civilisations. » Pour Lewis, la nationalisation du canal de Suez, la chute du Chah et la révolution iranienne de 1979, la résistance tenace du peuple palestinien face à l'occupation israélienne et pour leur Etat indépendant les résistances au Liban, en Irak et même les conflits du Kosovo et de la Bosnie ont tous pour cause la haine de l'Occident et de ses valeurs. Il ajoute pour mieux préciser le spectre qui hante l'Occident : « L'Islam, qui est faible depuis deux siècles, a toujours cherché des appuis pour combattre son ennemi : la démocratie occidentale. Il a d'abord soutenu les puissances de l'axe contre les alliés puis les communistes contre les USA, ce qui a abouti à deux désastres. » L'islamisme chiite, qui dirige l'Iran, qui active et développe, selon des voies différentes, des organisations paramilitaires modernes et fortement armées au Liban, comme le Hezbollah en Irak ou l'armée du Mahdi de Moktada Sadr ou la milice de Abdelaziz Hakim ; qui anime une sorte d'international chiite à travers le monde, confère, du point de vue de l'Administration américaine actuelle à l'Iran, placé dans son environnement moyen-oriental et asiatique et sous l'angle de ses richesses naturelles, une très forte pondération géostratégique. De ce fait, l'agression israélienne contre le Liban est une guerre préparant ses prochains prolongements iraniens, syriens et asiatiques.

Les objectifs des états-unis

En visant la destruction totale de l'organisation de la puissance de feu et de nuisance matérielle et logistique du Hezbollah de même que l'isolement politique de ce dernier sur le plan de la classe politique libanaise et arabe proche ou dépendante de l'Occident, cette agression poursuivait les objectifs suivants : désarmer l'islamisme chiite au Liban et sécuriser, surtout par la présence d'un important contingent de troupes étrangères avec un mandat musclé, les frontières de ce pays avec Israël et avec la Syrie. Cela vise à mettre hors service toutes les possibilités logistiques terrestres, maritimes et aériennes susceptibles d'être utilisées pour le réarmement du Hezbollah, la restauration de ses structures paramilitaires et de sa puissance de feu et vise aussi à rendre inopérant toute tentative d'utilisation du Hezbollah et de ses forces armées comme maillon éprouvé dans une probable confrontation avec la Syrie ou l'Iran. Affaiblir sensiblement et isoler l'islamisme chiite libanais pro-iranien et au-delà l'islamisme politique recourant à la violence armée dans la scène arabe et mondiale tout en renforçant les courants de confession musulmane qui acceptent de coopérer où dans les intérêts de pouvoir et financiers sont fortement liés aux puissances occidentales. Cela vise aussi à maîtriser l'Islam, à le contenir en jugulant les bouillonnements sociaux et politiques qui le traversent et le bousculent. Cela veut dire à l'instar de ce qui se fait en Afghanistan, en Irak ou ailleurs, faire face au spectre de l'islamisme, en mettant aux « ordres » l'aire arabo-musulmane et surtout ses forces politiques dirigeantes. La restructuration, la « sécurisation et la stabilisation » du Grand Moyen-Orient Condoleezza Rice, la secrétaire d'Etat américaine aux Affaires étrangères, a lors de sa première tournée tardive en Israël et au Liban après l'intervention massive de Tsahal sur le territoire libanais, déclaré avec une grande impudence : « Le temps est venu pour un nouveau Moyen-Orient », alors que l'urgence résidait à arrêter la nouvelle guerre en imposant un cessez-le-feu immédiat. Sa démarche relevait, de fait, de considérations stratégiques dont la guerre était justement l'un des maillons et tant que cette guerre n'avait pas atteint les buts fixés, elle devait continuer et tous les efforts devaient être entrepris pour contenir les pressions internationales, faire traîner les délibérations du conseil de sécurité, pour lui donner le temps nécessaire d'aboutir. C'est que cette guerre représente une étape opérationnelle du plan revu et corrigé du Grand Moyen-Orient (GMO). Ce dernier est définit comme le Moyen-Orient élargie à l'Iran et la Turquie. C'est cela le noyau de l'échiquier eurasien dont parle Zbigniew Brzezinski. Le Moyen-Orient, secoué et modelé au gré des puissances coloniales, principalement la Grande-Bretagne et la France a, tout au long du XXe siècle suscité un intérêt grandissant pour les Etats-Unis en liaison, entre autres, avec les trois facteurs suivants : la mise à jour des énormes réserves énergétiques de cette région et principalement l'Arabie Saoudite et les Etats du Golfe persique, l'importance géostratégique de cette aire géographique dans le cadres des luttes et des intérêts multiformes qui découlaient des rapports de forces complexes imposés par la guerre froide et du rôle qu'y occupait Israël, les dimensions prises par le développement et la combativité du nationalisme arabe, catalyseur des luttes de libération nationale des pays arabes encore sous le joug colonial et maillon actif dans le mouvement anti-impérialiste mondial et dans le mouvement des non-alignés. Les USA se sont attelés, en s'appuyant sur leurs gigantesques compagnies pétrolières, à s'assurer durablement le contrôle des ressources énergétiques de la région au niveau de l'exploration, de la production, du transport et de la commercialisation. Leur compagnie pétrolière, l'Aramco, est devenue par exemple en Arabie Saoudite un véritable Etat dans la royauté et le véritable centre des décisions. Les USA s'étaient aussi assurés le contrôle du pétrole iranien et celui de l'Iran en faisant échouer les nationalisations des industries pétrolières initiées par Mossadegh et en faisant du Schah un allié et un serviteur loyal. La gestion stratégique du Moyen-Orient par les USA visait en gros deux objectifs majeurs : assurer le contrôle et la sécurité des sources et installations énergétiques pour le plus long terme, veiller en intervenant directement ou indirectement dans les modulations des rapports de forces nationaux, ou dans la région même à contribuer à créer une sorte de stabilité ou d'équilibre même instable en fonction des évolutions du rapport de force mondial déterminé par le mouvement des intensités de la guerre froide. Les USA se sont trouvés confrontés, à partir du début des années 1950 avec l'onde de choc déclenchée par la révolution des officiers libres en Egypte à quatre dynamiques qui ont travaillé en profondeur les sociétés arabes et la région du Moyen-Orient dans son ensemble et bien au-delà : le Nassérisme comme expression moderne du nationalisme arabe orienté vers la libération nationale et sociale et dont le rayonnement et la force de l'exemple étaient immenses et bien au-delà du monde arabe et islamique. Le courant Baâth, comme autre expression du nationalisme et du mouvement de libération arabe, organisé idéologiquement et politiquement sur le fondement de l'unicité de la nation arabe, plus porté sur certaines formes de modernité et de laïcité, mais mû par un centralisme autoritaire dont les conséquences ont été très coûteuses pour les pays qu'il a dirigés comme l'Irak ou la Syrie.

La problématique énergétique

Le mouvement de libération national palestinien dont la cause était, à des degrés divers, devenue celle de tout le monde arabe et musulmans au niveau des Etats, mais surtout au niveau des peuples. Cette cause était au centre de nombreuses guerres et crises importantes entre Israël, les combattants palestiniens et les Etats de la région. Le traitement injuste du problème palestinien par les USA et les puissances occidentales a été à la source de la détérioration des rapports de nombre de pays arabes des plus importants avec l'Occident. Cette situation a eu pour conséquence le renforcement des relations multiformes, notamment politiques et économiques avec l'URSS et les pays socialistes. L'armement lourd des principaux pays arabes était assuré par l'URSS et certains pays de l'Est. Ce qui attisait encore plus les tensions dans cette région. La place de plus en plus forte prise par l'influence soviétique au Moyen-Orient, modifiant sensiblement les rapports de forces internationaux y prévalant. De telles dynamiques ont conféré à cette aire géostratégique un caractère d'instabilité prononcé attisé par les enjeux que se disputaient les deux grandes superpuissances et les puissances occidentales entre elles, de même que par les luttes ouvertes ou sourdes autour des orientations et des tâches nationales et démocratiques du mouvement de libération national, dans chaque pays et à l'échelle de la région. La disparition de l'URSS et la dislocation du système socialiste mondial au début des années 1990 semblent avoir investi les USA de la responsabilité de l'unique superpuissance restante. La supériorité américaine était, alors, indiscutable dans les quatre domaines suivants de la puissance globale comme l'affirme Zbigniew Brzezinski. « D'une force et d'une présence militaires mondiales inégalables, d'une force économique agissant comme locomotive de la croissance mondiale, de l'avance technologique dans les plus importants secteurs d'avenir, de l'attrait que rencontre, à l'échelle mondiale et surtout chez la jeunesse, son modèle culturel. Dans le cadre de l'instabilité du monde nouveau qui vient d'émerger avec la disparition de l'URSS, la nécessité de réaliser des équilibres géostratégiques nouveaux plaçait le GMO au centre des préoccupations prioritaires (pour les raisons avancées ci-dessus) des USA. Déjà en 1992, Paul Wolfowitz avait présenté un plan pour le nouveau Moyen-Orient au département de la défense. Les éléments de ce plan ont été affinés en 1996 par Richard Perle dans un document à l'intention du gouvernement israélien. L'ensemble des deux documents forment en fait la doctrine néo-conservateurs pour le GMO qui préconisaient l'élimination par la force des menaces que constituaient la Syrie et l'Iran et en commençant par mettre hors d'état de nuire leur front libanais. Ces plans ont été laissés pour un temps dans les tiroirs. L'instabilité du Moyen-Orient devenait, pour les USA, de plus en plus aiguë. Elle a été encore plus aggravée par les facteurs suivants : l'agression et l'occupation de l'Irak, par la politique colonialiste de Sharon à l'égard de l'autorité et du peuple palestinien, par la montée en puissance de l'Iran s'affirmant comme puissance régionale et de l'islamisme chiite, par le développement et le recours à la violence armée de l'islamisme politique, par l'autoritarisme des régimes arabes en place et leur incapacité chronique à faire face à l'aggravation des problèmes économiques, sociaux culturels et identitaires et aux multiples défis des dynamiques de la mondialisation. C'est en novembre 2003, dans le feu de la guerre et de l'occupation de l'Irak, du développement des tensions en Asie centrale, sur les fronts de l'énergie et des matières premières fondamentales que W. Bush fait connaître son projet du Grand Moyen-Orient. Ce projet étai articulé sur deux axes principaux : le règlement du problème palestinien sur la base de l'existence des deux Etats israélien et palestinien, l'encouragement de la mise en œuvre des réformes démocratiques orientées sur le marché dans les pays arabes et musulmans, réformes visant à provoquer des changements positifs dans toute la région. Le problème palestinien n'a pas été réglé, bien au contraire, à cause du parti pris manifeste et actif des USA pour Israël. Le processus de démocratisation a été considéré par les régimes en place, l'exemple de l'Irak n'y a pas aidé comme une entreprise d'exportation de la démocratie occidentale et comme une ingérence dans les affaires intérieures. Le projet de W. Bush a connu un enlisement volontaire. Mais voilà que le terrorisme islamiste prend une dimension planétaire, que l'Irak, les USA et leurs alliés s'embourbent dans une complexité conjuguant le terrorisme islamiste, la résistance nationaliste, les confrontations ethniques, que l'Afghanistan n'est pas stabilisé et les talibans relèvent la tête et que l'Iran bombe le torse, s'affirme comme puissance régionale et active, directement ou indirectement les milices islamiques chiites au Liban, en Irak et veut s'engager avec fermeté dans l'enrichissement de l'uranium et dans le nucléaire. De tels développements, ajoutés à d'autres aussi importants sur le plan national américain et sur le plan international, ne sont pas pour faire remonter la perte vertigineuse de popularité de W. Bush et de son administration alors des élections parlementaires importantes se tiennent à courte échéance. C'est une telle situation qui explique la volonté des néo-conservateurs et de W. Bush de tenter de reprendre l'initiative en retirant des tiroirs, pour ce qui du Moyen-Orient, le plan Paul Wolfowitz complété par Richard Pearl, c'est-à-dire en fait un plan américano-israélien de sécurisation et de stabilisation musclé pour le GMO. La mise en œuvre a commencé avec le Liban, la suite viendra, car le troisième mobile géostratégique qui explique l'agression barbare contre le Liban est le suivant : la maîtrise durable des plus grandes réserves énergétiques du monde. Le Moyen-Orient et l'Iran recèlent d'énormes réserves en hydrocarbures. Ils disposent de grandes capacités de production, de raffinage ou de traitement et d'infrastructures diverses pour le transport des produits énergétiques destinés à la consommation nationale ou à l'exportation. Ils constituent, de ce fait, pour leurs importants partenaires, un facteur d'approvisionnement et de sécurité stratégique. Le président W. Bush avait, dès le début de son premier mandat, souligné la gravité de la problématique énergétique pour son pays. Les USA sont en effet les plus grands producteurs consommateurs et importateurs du monde. Avec une population qui représente, a peu près 5% de la population mondiale, l'Amérique participe à hauteur de 17% dans la production mondiale d'énergie. Si elle génère 30% du PIB de la planète, elle consomme environ 25% de l'énergie mondiale. (A suivre)

Par ailleurs, il est prévu que la croissance globale de la demande énergétique, dans les prochaines 25 années, sera de 50%, avec l'émergence massive de gros demandeurs d'énergie, comme la Chine et l'Inde sur les marchés énergétiques.

 

On observe par ailleurs les facteurs suivants : une cadence quelque peu rapide dans l'épuisement des ressources pétrolières mondiales, une accélération et des dimensions vertigineuses de la demande énergétique, surtout en Asie (Chine, Inde, Japon, Corée du Sud etc.), une faiblesse et un coût élevé, malgré des progrès sensibles, du développement et de l'exploitation des énergies nouvelles et renouvelables, des retards encore persistants dans la mise au point des technologies et dans la mise en œuvre de véritables politiques d'économie de l'énergie, les problèmes non encore efficacement résolus de pollution liée à certains produits énergétiques, la liste de ces facteurs n'est pas exhaustive. Mais tous ces facteurs aiguisent la concurrence sur le marché énergétique, incitent à une diversification des produits énergétiques en fonction de leur disponibilité sur le long terme en fonction de leurs qualités et de leurs coûts. Cela signifie le développement des tensions et des programmations géostratégiques. Le gaz naturel prend par exemple de plus en plus d'importance. Il est considéré comme le combustible de ce siècle. Les réserves de gaz naturel sont importantes et les découvertes de nouveaux gisements gaziers progressent en liaison avec le développement de nouvelles techniques d'exploration et d'extraction. Le gaz naturel représente actuellement près de 25% de la consommation énergétique mondiale. Le taux de croissance annuel moyen de la consommation de gaz naturel est d'environ 2,5 à 3%. De toutes les sources d'énergie primaires, la progression la plus forte prévue pour les vingt prochaines années sera celle du gaz naturel. On évalue actuellement les réserves mondiales prouvées de gaz naturel à 179 trillions de mètres cubes (tm3) (estimation de 2004). En 2004, le rapport réserves prouvées (R) sur production (P) de gaz naturel dans le monde (R/P) était de plus de 65 ans. Le même rapport est par contre de 200 ans pour le Moyen-Orient. Ainsi, grâce à ses réserves colossales de gaz naturel, la région du Moyen-Orient est destinée à occuper une place centrale de plus en plus disputée sur le marché de ce produit énergétique et dans les rapports géostratégiques mondiaux. Deux pays de cette région, l'Iran et le Qatar représentent à eux seuls 70% des réserves de la région. Mais l'Iran, le Qatar, l'Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis représentent ensemble 90% des réserves de gaz naturel de la région. Ces considérations chiffrées font apparaître la place singulière et de forte intensité géostratégique de l'Iran, les autres pays gaziers du Moyen-Orient sont déjà sous contrôle américain et occidental. Un chiffre aiguise encore plus cette singularité de l'Iran, placée dans l'échiquier eurasien : le Moyen-Orient, la Russie et certains pays d'Europe et d'Eurasie font ensemble 76% des réserves mondiales prouvées de gaz naturel. Or, les USA et l'Europe des 25 consomment près de 40% du gaz naturel mondial et leur demande va en croissant. L'Iran est une aire géographique d'une très grande sensibilité géopolitique. Elle a des frontières par terre et par mer avec 15 pays, dont l'Azerbaïdjan, le Turkménistan et le Kazakhstan qui sont riches en hydrocarbures et actuellement autant tournés vers la Russie que vers l'Europe. Toutes ces considérations, et sans qu'il soit nécessaire dans le cadre de cette contribution d'exposer d'autres facteurs et d'autres éléments d'analyse, montrent l'importance de l'enjeu iranien et des jeux stratégiques dans lesquels ce pays est engagé depuis la révolution islamique de Khomeyni de février 1979 sur les plans : de la construction d'un Etat, action hybride à la fois théocratique, autoritaire et puissant de certains apports de la modernité, du contrôle de ses richesses naturelles, notamment les hydrocarbures et la construction d'une économie puissante inspirée du modèle chinois, du développement de l'industrie nucléaire en rentrant dans une confrontation complexe et dangereuse avec les USA et l'Europe, sans compter les voisins immédiats du Golfe persique, de la propagation et de l'organisation politique et souvent paramilitaire de l'islamisme chiite, de sa propension à s'affirmer comme puissance régionale. La normalisation de l'Iran, y compris par la force militaire et son insertion dans les plans américains de sécurisation et de stabilisation du Grand Moyen-Orient et de l'ensemble eurasien, est, aussi, avec la maîtrise sur le long terme des ressources énergétiques, l'un des mobiles géostratégiques de l'agression israélienne contre le Liban. Nous examinerons dans d'autres contributions d'autres mobiles géostratégiques aussi importants et peut-être décisifs pour la suprématie de la superpuissance américaine : la restructuration et le redéploiement globalisé du complexe militaro-industriel, les réajustements des rapports de forces multidimensionnels USA-Europe, etc. Les causes immédiates et les mobiles géostratégiques que nous avons tenté d'examiner se conditionnent. Elles soulignent la gravité de cette crise majeure initiée par Israël impulsé par les USA et soutenu délibérément par certaines puissances occidentales, notamment la Grande-Bretagne de quelques enseignements pour nous. Le caractère et le déroulement de l'intervention israélienne au Liban, les réactions militaires et politiques qu'ils ont provoquées et leurs prolongements actuels dégagent un certain nombre d'enseignements qui méritent d'être traités avec le maximum d'objectivité, de rigueur et de réalisme. Il s'agit entre autres de l'affaiblissement chronique et de l'instabilité dangereuse du monde arabe dans un monde en pleine restructuration géostratégique. Les Etats arabes et leurs organisations multilatérales, notamment la prétendue « Ligue arabe », ont manifesté, en juillet dernier, une incapacité déroutante à développer les réactions et les solidarités qui s'imposent face à l'insolence et à la barbarie impérialo-sionistes et face aux injustices faites à un pays « frère » le Liban, à peine sorti des décombres d'une guerre civile, attisée par l'agression israélienne de 1982 et nourrie par les jeux d'intérêts sordides des grandes puissances occidentales et de régimes et oligarchies arabes enfoncés dans leur meurtrière stagnation et poussant à leurs limites historiques. Bien au contraire, certains régimes comme l'Egypte, l'Arabie Saoudite ou la Jordanie et d'autres, craignant d'être balayés par les vents forts qui soufflent de toute part, ont cru bénéfique pour eux de se ranger, par un silence et une inactivité volontaires, du côté du plus puissant, de rentrer dans ses jeux en condamnant sans discernement le Hezbollah et en essayant de faire céder les Palestiniens encore plus face aux intransigeances israéliennes. Ils ont muselé la colère de leurs peuples. La région du monde arabe est tellement malade que les puissances occidentales en particulier la Grande-Bretagne et la France essaient dans le sillage des USA de la restructurer à leur guise, comme elles avaient dépecé, jadis, après la Première Guerre mondiale, l'empire ottoman. La similitude des démarches d'hier et d'aujourd'hui est des plus frappantes. Ce sont en fait des accords USA-Grande-Bretagne d'abord, puis USA-France qui ont tracé la voie qui a mené au cessez-le-feu et mettre en route les solutions pour l'avenir proche et lointain. Quelles sont donc les causes profondes de nos reculs, de nos défaites, de nos incapacités chroniques à peser avec efficience, c'est-à-dire dans le sens des intérêts de long terme de nos peuples, dans la détermination des rapports des forces internationaux et dans les évolutions politiques, économiques, sociales et culturelles qui y sont liées dans la consolidation et un développement fructueux de la paix et de la stabilité régionales et internationales ? Devons-nous nous contenter aujourd'hui où l'accélération de l'histoire connaît des rythmes affolants, de discours à caractère populiste dont la couverture nationaliste avait pourtant, dans les années 1950 et 1960 du siècle dernier, su et pu nous mobiliser largement et avec succès contre le colonialisme et pour nos indépendances nationales ? Les Etats nations arabes ont connu , tout au long du XXe siècle, des évolutions diverses. Celles-ci ont été marquées principalement par l'émergence et le développement de deux grands mouvements historiques, le nationalisme arabe et le réformisme musulman. La naissance et le développement de ces deux mouvements étaient une réaction massive aux affres et à l'humiliation du joug colonial, une réaction organisée, fondée sur les facteurs unificateurs de nos nations et impulsant les évolutions de nos identités, facteurs plongeant leurs racines dans notre histoire déjà plusieurs fois millénaire avant l'avènement de l'ère chrétienne. Le nationalisme arabe visait à inscrire les sociétés arabes à majorité musulmanes dans des processus de libération nationale, d'édification d'Etats nations modernes se nourrissant sans cesse du progrès universel et de la modernité au développement, desquels ils apportent leurs contributions, tout en préservant et adaptant les fondements de leurs identités culturelles et nationales. Aujourd'hui, le nationalisme arabe est fortement interpellé. Il doit opérer les mutations indispensables pour s'élever, dans chaque pays, au niveau d'un puissant mouvement patriotique démocratique et pluraliste et de progrès reconnaissant les impératifs et les défis du temps sur les plans politique, économique, social et culturel. Sinon le monde arabe sera livré totalement aux appétits des féroces forces du néo-libéralisme et du capital financier international foncièrement spéculatif et destructeur des bases économiques réellement productives et de fonction fondamentalement sociale. Ceux-ci n'ont d'yeux que pour les richesses naturelles. La problématique de la nécessité du renouveau patriotique arabe est fortement posée. C'est là l'un des enseignements majeurs que nous retenons : la problématique de l'islamisme politique et de l'Islam. Nous avons tenté de montrer que l'un des mobiles stratégiques de l'agression impérialo-sioniste contre le Liban était ce que nous avons appelé « le spectre de l'islamisme et la problématique de l'Islam ». Depuis le début des années 1970, nous assistons, dans les pays arabes et islamiques, sous l'action de plusieurs facteurs, à une émergence devenant de plus en plus virulente et destructrice du phénomène de l'islamisme politique. Nous en avons subi la terrible terreur particulièrement au cours de la décennie 1990. Notre société en a durement payé le prix, mais il reste qu'une analyse profonde et intégrée, idéologique, économique, sociale, culturelle sociologique, etc. de l'islamisme politique et de son action doit être faite. Nous devons reconnaître les motivations objectives réellement politiques et sociales qui nourrissent l'instrumentalisation idéologique et politique de l'Islam. Les différenciations et les convergences patriotiques et de progrès doivent se faire à ce niveau. Nous ne devons pas laisser la compréhension sur l'exégèse de la religion à des ignorants s'autoproclamant imams ou émirs. Nous devons favoriser, par tous les canaux possibles et avec les moyens nécessaires, l'éclosion d'une véritable nahda, à l'exemple du mouvement réformiste avec Djamal El Afghani, Abdou, Rachid Rida, ou Ben Badis fortifiant l'ijtihad et l'utilisation de tous les acquis de la science et réfléchissant sur la problématique de l'Islam dans nos sociétés aspirant au progrès et à la modernité. Poser la problématique de l'Islam ne peut signifier réduire la croyance religieuse, qui elle est individuelle et intime. Cela signifie, bien au contraire, la recherche du renforcement de la rigueur, et de la profondeur de la compréhension des préceptes de la religion musulmane et de la culture arabo-islamique en liaison avec les conditions objectives dans lesquelles nous vivons. Poser une telle problématique et en faire un sujet de recherche multidisciplinaire, de débats larges, féconds et constructifs débouchant sur des pratiques qui ouvrent notre société sur elle-même au lieu de la laisser s'enfermer sur elle-même, qui multiplient ses énergies, ses connaissances et son savoir, ses capacités créatives capables de transmissions positives de génération en génération, acquiert une valeur stratégique dans ses temps où un amalgame dangereux et pitoyable est fait par les puissants de ce monde entre islamisme politique, terrorisme et Islam. Ne les laissons pas lancer une nouvelle croisade contre l'Islam au nom des valeurs judéo-chrétiennes, comme disent certains de leurs idéologues de première ligne. Alors que ces valeurs que sont la liberté, la démocratie, les droits de l'homme, le droit international sont des valeurs universelles pourvu que les acceptions des concepts qui les expriment soient clairement définies et adoptées par chacun et par tous, ce qui est chose relevant de la complexité, puisque s'agissant avant tout de processus sociaux, poltiques et culturels. La refondation démocratique de l'Etat et du système de pouvoir, les mobiles géostratégiques qui motivent l'agressivité des USA, d'Israël et des puissances occidentales dans le Moyen-Orient soulignent sérieusement notre vulnérabilité. Nous vivons dans des temps qui ne pardonnent pas, du point de vue historique. Ou bien nous montrons que nous sommes capables d'intelligence de production de savoir, de technologies et de techniques, de culture en adaptant sans cesse et sur la base de la liberté, d'un fonctionnement effectivement démocratique de nos institutions, notre génie national aux exigences politiques, économiques, sociales, culturelles que mettent en relief les évolutions complexes tant nationales que mondiales. Ou bien, nous continuerons à gérer notre crise et nous nous dirigerons vers une situation où les puissances étrangères essaieront, comme elles tentent de le faire ailleurs, certes sans succès, de nous « démocratiser » au service de leurs intérêts géostratégiques. Nous avons déjà accumulé des retards énormes, pour surtout des raisons liées à la force de l'inertie qui donne l'impression du mouvement et de l'action. Cette force est celle d'un système de pouvoir et d'Etat qui ont atteint, en rapport avec des dynamiques nationales et internationales, leurs limites historiques. Dire cela, ce n'est pas rejeter tout ce qui a été édifié de positif et de durable par cet Etat et par ce système de pouvoir. En le disant, nous voulons faire observer que notre société a évolué. Elle s'est démographiquement développée. lle est fortement jeune. Sa structure sociale s'affirme de plus en plus en prenant les caractéristiques d'une société poussant vers la modernité mais en rencontrant la résistance des forces d'inertie. Elle dispose d'un système scolaire, universitaire et de formation professionnelle étendu qui a besoin d'un sursaut qualitatif que seul un fonctionnement démocratique de l'Etat et de ses institutions peut lui apporter. Refonder l'Etat républicain, c'est le reconstruire sur la base des valeurs nouvelles de la liberté, de la démocratie, du progrès, de la justice sociale, de la solidarité et de la modernité qui assurent à notre jeunesse (qui fait notre peuple) et aux générations futures de porter notre nation, par le travail et le savoir vers un avenir toujours plus radieux. Refonder l'Etat républicain, c'est légitimer démocratiquement, à tous les niveaux, la représentation populaire, c'est exprimer une volonté organisée de combattre l'archaïsme et l'utilisation de la religion de notre peuple à des fins politiques, c'est donc prendre la mesure des enjeux de notre époque, et surtout de ceux qui attendent les générations futures. Refonder démocratiquement l'Etat et le système de pouvoir, c'est la plus décisive des ripostes à l'agression israélienne et des puissances occidentales contre le Liban et le peuple palestinien, c'est le plus fondamental des exemples pour construire le mouvement patriotique dont nous avons besoin à l'échelle nationale et à l'échelle du monde arabe

 

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LA DOCTRINE W.BUSH :rpublication

Publié le par Mahi Ahmed

25.04.02

 

LA DOCTRINE W.BUSH :

une stratégie de domination et de coercition globalisée.

 

Par Mahi  Ahmed

 

Robert Lieber ,professeur à l’université de Georgetown et membre du groupe de « conseillers en stratégie» de l’équipe de W. Bush a déclaré : « Les USA se trouvent dans une situation unique en tant que pays le plus puissant et le plus influent du monde. Ce statut exceptionnel , cette suprématie, est le résultat de l’effondrement de l’URSS et du fait qu’aucun autre pays ou groupe de pays n’a les moyens de les concurrencer efficacement. Les USA ont un degré unique de puissance militaire et de technologies de pointe, un rôle dominant comme puissance économique, dans les domaines de la compétitivité , des technologies de l’information et même dans le spectacle et la culture de masse….L’influence des USA et leur engagement actif est indispensable notamment dans le domaine de la sécurité. »(*1) Un tel constat peut apparaître ,à première vue, comme correspondant à une réalité mondiale reconnue par tous. Ce constat renferme cependant, au travers des formulations choisies, les éléments essentiels fondateurs de la ligne stratégique de la nouvelle administration américaine. Une telle ligne apparaît, de plus en plus clairement, à l’épreuve des champs multiples où les USA se sont délibérément engagés pour imposer ,sur le plan international, leurs nouvelles orientations. On est frappé par la qualité de la cohérence globale qu’acquièrent progressivement ces orientations qui prennent, peu à peu, la forme d’une véritable doctrine. Il importe de s’y intéresser de plus prés . Comment peut-on ,en effet, comprendre que W. Bush en recevant Colin Powell au terme de sa mission au Moyen-Orient, dans le vacarme et le sang des massacres perpétrés contre le peuple palestinien, puisse qualifier Ariel Sharon d’homme de paix et continuer à apporter son appui inconditionnel et actif à Israël si on ne saisit pas dans toutes ses dimensions la doctrine qu’il entend appliquer ?

 

(*1) : in Les objectifs de politique étrangère des USA. Vol 6 , N° 1. Revue du département d’Etat des USA

 

 

LE PROCESSUS DE FORMATION ET LES FONDEMENTS DE CETTE DOCTRINE :

 

Les frappes terroristes qui ont endeuillé et inquiété les USA et le monde entier le 11 septembre 2001 à cause de l’ampleur des victimes et de la forme inédite de l’action terroriste s’appuyant sur les technologies de pointe et procédant de stratégies de guerres globales asymétriques, ont eu lieu dans un contexte américain et international marqué par :

1)                  Une aggravation des signes de récession économique touchant l’ensemble des pays dits développés et singulièrement le Japon, les USA et dans une certaine mesure l’Europe.

2)                  Un piétinement sérieux de la nouvelle économie fondée sur les nouvelles technologies et techniques de l’information et notamment sur l’Internet et le e-commerce .Le pari sur la nouvelle économie a été à la base d’investissements colossaux et d’actions gigantesques de restructurations et de fusions de multinationales et de réseaux de PME mondialisées. Ce pari était celui de l’orientation imprimée au cours de la mondialisation de l’économie et des finances spéculatives.

3)                  Un aiguisement qualitatif des contradictions d’intérêts politiques, économiques , sociaux et culturels et même militaires entre les trois pôles de la triade que sont les USA, l’Europe et le Japon. Les avancées structurelles et institutionnelles dans la formation de l’entité européenne posaient en termes nouveaux les objectifs stratégiques et géostratégiques de chacun des pôles.

4)                  Une montée en cadence et en qualité du mouvement international contre la mondialisation néo-libérale. Un tel mouvement est renforcé par une extension mondialisée du sous-développement, de la pauvreté et de l’exclusion.

W. Bush, en accédant au pouvoir de la manière que l’on sait, semblait plus orienté vers les problèmes de politique intérieure. Il semblait n’accorder aux problèmes internationaux qu’un intérêt tout relatif rattaché à une compréhension étroite de l’intérêt de l’Amérique  . L’orientation fondamentale de son action apparaissait comme portée par la tradition républicaine d’un nationalisme puritain et par un reaganisme réadapté. L’impression qui se dégageait et retenait l’attention de l’observateur au début de son mandat , c’était plutôt celle d’une démarche d’un enfermement étroit des USA.

Les événements du 11 septembre 2001 marquent un point d’inflexion majeur dans l’orientation fondamentale et opérationnelle de l’administration américaine. Ces événements ont été avec les facteurs caractérisant le contexte général de l’époque, comme signalés plus haut, les déclencheurs de la mise au point et d’une élaboration  feignant d’être pragmatique de la nouvelle doctrine W. Bush .Cette dernière, fortement explicitée dans le discours sur l’état de la nation du 29 janvier 2002, se fonde sur les analyses et les stratégies élaborées les premiers cercles producteurs de la pensée « bushiénne » animés par ses plus proches collaborateurs .

Condoleezza Rice, l’assistante de W. Bush pour les questions de sécurité et l’une de ses éminences grises affirmait : « Nous voulons fonder notre stratégie de dissuasion sur la prévention. La dissuasion a fait ses preuves pendant la guerre froide. Elle ne produira pas forcément les mêmes résultats à notre époque. » Le mot clé est lâché, c’est la prévention, c’est à dire l’attaque préalable devant éliminer à la racine toute velléité anti-américaine , c’est l’offensive, la coercition. Cette doctrine, si on l’examine à partir des analyses existantes ou de la pratique politique américaine au jour le jour, semble reposer sur trois piliers  principaux interactifs : l’idéologie néo-libérale moralisante, la maîtrise de la globalisation économique et politique , la suprématie militaire comme base d’une stratégie de coercition globalisée.

 Le néo-libéralisme porté par l’administration Bush et qui  s’impose aux processus de la mondialisation, n’a plus rien à avoir avec le libéralisme économique qui a fondé et construit l’économie de marché au cours des siècles d’existence du capitalisme. Son caractère débridé et chaotique mu par la spéculation financière et la compétition dans l’accélération éhontée des volumes de profits, lui enlève toute valeur  culturelle élémentaire. Il procède d’un dogmatisme idéologique dominateur. Le pilier de l’idéologie de cette doctrine est fondé sur la thèse moralisante suivante : « Le modèle américain est le meilleur. Il est le plus humain. Il doit prévaloir partout dans le monde. » Cette thèse est détachée de la complexité des processus d’évolution des formations sociétales. Ce pilier entend élever au niveau de l’universel, les valeurs occidentales développées par le système capitaliste et notamment par la culture américaine individualiste et fondée sur les vertus de la consommation , du marchandisage de tout et du mercantilisme. Ce sont ces valeurs qui doivent prévaloir à l’échelle du monde. C’est à partir d’elles que seront jugés les peuples, les sociétés et les Etats. Les peuples et les Etats qui adoptent de telles valeurs et s’y inscrivent, représentent l’axe du Bien, tous les autres l’axe du Mal. Ces valeurs que sont la liberté , la démocratie, la libre entreprise, les droits de l’homme etc. sont traduites au niveau de leur expression concrètes par des acceptions transcendant les réalités historiques qui doivent, elles, se rattacher à chaque situation concrète et à laquelle ils doivent en principe correspondre . Jesse Helms, Sénateur et président de la commission des relations extérieures du Sénat déclarait dans un discours devant l’American Entreprise Institute le 11 janvier dernier : « Nous devons aider le Président à concrétiser sa conception du conservatisme à visage humain…La tendance mondiale à l’instauration de l’Etat de droit, à la démocratie , à la société civile et à la libre entreprise rencontre encore des poches de résistance dans bien de régions. Notre défi en ce début de millénaire doit consister à renforcer les progrès démocratiques de ces dix dernières années tout en exerçant des pressions accrues sur ceux qui refusent encore d’accepter l’idée que la légitimité souveraine repose sur le consentement des citoyens. ». Mais les acceptions de ces concepts d’Etat de droit. de démocratie, de liberté , de société civile , de libre entreprise, tels qu’ils sont utilisés par ces stratèges, se rattachent de fait à des réalités que l’on veut imposer et non à une prise de conscience individuelle et sociale des nécessités , non figées, certes complexes et évolutives, mais fondatrices de la citoyenneté, du civisme, de la justice sociale,  de la solidarité et de la cohésion sociale, donc de la nation et de son devenir. Une telle idéologie relève d’un mode de pensée binaire, une pensée unique,  qui appauvrit la pensée créative et créatrice et sa capacité de pénétrer et de rendre intelligible, au service de l’homme et de l’humanité, la complexité et particulièrement la complexité sociale. Nous assistons à un retour ,à cadence forcée, d’un dogmatisme idéologique primaire et asséché, qui a fait tant de mal à l’humanité particulièrement au cours du siècle dernier avec ses guerres mondiales dévastatrices , ses déportations et camps d’internement, ses goulags, son holocauste etc. Ce dogmatisme ignore, à dessein,  la richesse de la pensée de progrès, de justice sociale et de l’expérience historique des peuples et de l’humanité qu’il  entend même  éradiquer ou effacer de l’histoire et de la mémoire collective.

Colin Powell  ,un éminent architecte du reaganisme, présenté comme la colombe de l’équipe W.Bush mais qui est guidé par une certaine volonté de réalisme servant les USA, déclarait devant la chambre de représentants le 7 mars dernier comme pour expliciter cette idéologie ce qui suit : « Ce qui motive mon espoir et mon exaltation, c’est la certitude absolue que nous possédons la bonne formule : notre liberté, notre démocratie , notre modèle économique ancré dans la liberté d’entreprise, notre régime qui repose sur les droits de chaque homme et de chaque femme….Je pense donc que nous vivons une époque remplie de possibilités pour notre pays. Il n’existe aucune autre idéologie qui puisse véritablement rivaliser avec celle que nous offrons au monde. Elle est venue à bout de l’URSS. Elle change la Chine, malgré certaines difficultés qui continuent à nous préoccuper….. Ce que nous devons faire, c’est renforcer nos succès sans redouter les difficultés et les risques et utiliser la puissance qui est la nôtre - notre puissance politique, diplomatique et militaire mais surtout le pouvoir de nos idées-afin de rester engagés dans le monde ». De fait,  toute la puissance des USA est actuellement mise en branle pour diffuser et imposer une telle idéologie, y compris par la force des armes les plus sophistiquées sans exclure les armes nucléaires, comme cela est envisagé à l’encontre de l’Irak, de l’Iran et de la Corée du Nord, pays décrétés par W. Bush, dans son discours sur l’état de la nation, comme constituant présentement l’axe du mal. W . Bush va plus loin encore et affirme : « Qui n’est pas avec nous est avec les terroristes ». La puissance multidimensionnelle des USA devient, en effet, de plus en plus écrasante et les leviers par lesquels elle s’exerce et se diffuse, interpénètrent l’ensemble de notre univers planétaire et constituent un système de réseaux coordonnés et asservis de plus en plus sophistiqués et couvrant l’idéologie, l’information et la culture , l’économie et l’armement.

 

LES VECTEURS DE CETTE DOCTRINE

 

 Le vecteur de l’information mondialisée, porté aujourd’hui par l’impétueuse fougue des nouvelles techniques et technologies de l’information et de la communication (NTIC) de même que par les théories et les techniques  du management moderne, est celui qui porte au plus loin et au plus profond, en temps réel, les contenus et les formes adaptées de cette idéologie en fonctions des stratégies opérationnelles arrêtées. Il est remarquable de constater, au niveau des empires actuels de l’information audio-visuelle et écrite et des différents canaux qu’ils investissent, l’unicité ou l’homogénéisation des contenus et des orientations essentiels des messages diffusés. Il s’agit de messages orientés et filtrés ciblant des populations ou des segments du vaste marché mondial de l’information ou de l’influence  politique et idéologique. Le produit information, quelle que soit la forme qu’il prend, devient un objet de la spéculation aussi bien financière , politique et autre en fonction de sa valeur boursière du moment, peut-on dire. On est en présence, dans les pays dits développés et dans les centres des faiseurs d’opinion et des magnats de l’information écrite et audio-visuelle, d’une nouvelle race de manipulateurs de l’information se drapant du masque de la profession de journalistes et  formés dans les diverses théories et techniques du management moderne de l’information de l’école américaine. De tels manipulateurs agissent comme de véritables managers guidés par une raison d’être stratégique ,ici l’intérêt du monde dit libre et de la globalisation néo-libérale, et des objectifs stratégiques et opérationnels déclinés à partir des évolutions complexes des environnements extérieurs mais aussi intérieurs. Pour eux , le produit information doit prendre le sens découlant des stratégies retenues et l’objectivité de l’information doit épouser les formes qui crédibilisent les messages diffusés. .La forme de ce produit ou si l’on veut son emballage, déforme à l’envie son contenu réel. Une illustration de cela nous a été déjà fournie par exemple, lors de la couverture de la guerre du Golfe en 1990 et le rôle de collusion qu’y a joué CNN.On peut le montrer aussi  par tout ce qui a entouré et entoure encore les événements du 11 septembre 2001 et les prolongements militaires ,politiques et idéologiques auxquels ils ont donné lieu. L’illustration peut aussi s’appuyer sur les pénibles événements que nous vivons dans notre chair en liaison avec la Palestine et Israël .Tout est fait au niveau de l’information et de l’analyse pour ménager Sharon et Israël et pour condamner Arafat et les Palestiniens. Le cœur du problème qui est l’occupation n’est jamais mis en avant pour expliquer les véritables racines du drame. De même que toute critique adressée à Israël est taxée d’anti-sémite et déclenche le spectre de l’holocauste  .

C’est ainsi, d’autre part, que l’axe de la lutte implacable contre le terrorisme engagée par W. Bush a pris, faute d’une définition appropriée et admise communément du concept de terrorisme et de l’analyse de ses causes,  des dimensions dont l’orientation idéologique et la portée stratégique apparaissent comme relevant d’une doctrine de coercition planétaire et d’une volonté de soumettre par la force et une contrainte aux formes multiples, ceux qui n’accepteraient pas ou mettraient en cause le leadership intégral de la superpuissance occidentale. Une telle doctrine se veut relever d’une vision missionnaire  que W. Bush exprime dans son discours sur l’état de la nation comme suit : « Nous avons compris, en un seul instant, que cela sera une décennie décisive dans l’histoire de la liberté, que nous sommes appelé à jouer un rôle extraordinaire dans l’histoire de l’humanité. Le monde ne s’est jamais vu placé devant un choix aussi clair et conséquent »(traduit par nous)

De tels fondements idéologiques ont trouvé une couverture et une prise en charge philosophiques et morales de la part d’une certaine crème du corps académique et intellectuel conservateur et néo-libéral américain dont certaines de ses figures éminentes comme Francis Fukuyama ou Samuel Huntington se sont particulièrement illustrées, depuis l’écroulement de l’URSS et du système socialiste, par leurs théories réductrices,  hégémoniques et sectaires. Cette couverture a été exprimée sous la forme d’une lettre ouverte portant le titre significatif : «  Ce que sont les valeurs américaines, ce pourquoi nous luttons » rappelant à la mémoire collective américaine, pour faire diversion et par  populisme , les temps où Roosevelt engageait les USA dans la deuxième guerre mondiale contre Hitler.

 

Cette doctrine vise aussi la maîtrise par les USA de la globalisation économique et politique. Cette maîtrise est entendue au sens de contrôle des processus fondamentaux de la globalisation pour les harmoniser et les soumettre aux stratégies du néo-libéralisme et non à celles d’un marché mondial équitablement régulé. Elle est conçue comme la pierre angulaire des processus opérationnels découlant de la doctrine . Elle entend s’exercer au niveau des orientations globales devant régir le monde de même que sur les axes névralgiques qui irriguent ou qui supervisent l’ensemble des réseaux complexes de la création, de la production, de la distribution et de la consommation que sont l’énergie, la finance, la technologie, les ressources humaines High-Tech et hautement spécialisées, la recherche-développement et l’innovation. Elle procède d’une démarche fondée sur la stratégie de l’ « unilatéralisme » s’appuyant sur les diverses formes de la contrainte et le recours à la puissance armée, même si elle s’en défend , face aux différentes pressions qui voient le jour au niveau de ses alliés les plus loyaux.

 

C’est ainsi ,par exemple, que l’on assiste à une  mutation fondamentale et subtile de la fonction du G7. Ce dernier, réunissant au départ les 7 Etats occidentaux les plus puissants, était conçu  par ses initiateurs le Président français Giscard d’Estaing et le Chancelier allemand Helmut Schmidt comme un forum d’échanges sur les grands problèmes économiques et politiques mondiaux. Il a pris, au fil de ses trois dizaines de réunions, la forme d’une véritable institution mondiale orientant et manageant les affaires internationales, soutenue en permanence par des cadres formalisés comme les conférences ministérielles, les comités ad-hoc etc. . L’administration américaine y joue un rôle de chef d’orchestre qui est en même temps le compositeur de toutes les partitions fondamentales. Les lignes de forces des orientations essentielles devant être examinées et adoptées par le G7 sont initiées par les centres du pouvoir américains. Elles deviennent déjà opérationnelles pour le compte des USA bien avant leur adoption par le G7.

 

C’est ainsi aussi qu’un accent tout particulier est mis sur la stratégie énergétique et sur le contrôle à très long terme des différentes sources d’énergies renouvelables et non renouvelables. Les USA et les autres membres du G7 considèrent que le niveau élevé et la volatilité du prix du pétrole sont l’une des causes majeures des processus de récession actuels. Le G7 de Gênes n’avait-il pas préconisé des mesures pour :

a)     augmenter et diversifier l’offre énergétique,

b)    améliorer le rendement énergétique,

c)     développer les infrastructures énergétiques et stabiliser les marché pétroliers.

Cela ne procède-t-il pas de la prévention telle que préconisée par la conseillère à la sécurité, une prévention musclée qui impose et ne partage pas, qui cherche la soumission au lieu de la coopération. Une telle prévention, au plan de l’énergie, axe névralgique par excellence, explique les redéploiements en cours autour de l’Asie centrale, les nouvelles fonctions commerciales attribuées à la Russie pour affaiblir et contrecarrer l’OPEP, la guerre que l’on prépare contre l’Irak ou l’Iran de même que la tentative de déstabilisation du Président vénézuélien Chavez .

 

La Stratégie de maîtrise par les USA de la globalisation économique et politique explique aussi le rôle moteur assigné à l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce ) et les réadaptations en cours des institutions comme la Banque Mondiale (BIRD) ou le Fond Monétaire International (FMI). Ces institutions deviennent de véritables facteurs au service de l’exécution radicale des orientations du G7, c’est à dire au service d’un marché dominé par les processus spéculatifs et non au service d’un développement global équitable et justement réparti.

 

L’ONU, subissant le choc de la fin de la division du monde en deux blocs antagoniques et la perte de l’initiative des pays dits du mouvement de libération nationale, est ravalée à une chambre d’enregistrement des initiatives US comme nous le montrent ses engagements dans les Balkans, en Afghanistan ou maintenant en ce qui touche le conflit du Moyen–Orient .

 

La suprématie militaire des USA est le vecteur essentiel de la doctrine W.Bush. Cette suprématie est fondée sur une avance technologique considérable par rapport aux partenaires ou à tout ennemi potentiel ; sur une mobilité basée sur une maîtrise des mers, des airs et même de l’espace ; sur une grande capacité d’intervention rapide et sur l’efficacité de ses forces de frappes avec une capacité opérationnelle et logistique de minimisation des pertes .Alors que la fin de la guerre froide et la disparition de l’autre bloc de l’équilibre de la terreur devait signifier un développement de la détente internationale et d’un désarmement y correspondant, le congrès US, répondant aux vœux du Pentagone, augmentait sans cesse les budgets militaires au cours de la décennie 90 arrivant à une moyenne annuelle de 260 milliards de dollars. Un tel budgets a été porté cette année par l’administration Bush à 329 milliards de dollars et le secrétaire d’Etat à la défense, Donald Rumsfeld demande encore une augmentation de 48 milliards . Les USA  sont passés de 37% en l’an 2000 des dépenses militaires mondiales (756 milliards de dollars US),  à 40% cette année. En 2000 les dépenses militaires de la Russie s’élevaient à 6% du total mondial ,celles de la France à 5%, celles de la Chine à 3%. Ainsi les USA dépensent pour leur armée autant que les neuf pays du monde les plus importants .Il s’agit là d’un déséquilibre effrayant fortifié d’une manière accéléré depuis l’effondrement de l’autre superpuissance. Que peut-il signifier sinon une volonté d’occupation du terrain « libéré » et une stratégie de domination. L’accentuation de cette tendance depuis les événements du 11 septembre 2001 montre, à l’évidence, que l’objectif central poursuivi n’est pas seulement l’éradication du terrorisme, si tenté qu’on  puisse en venir à bout sans s’attaquer à un traitement de fond et adapté de ses causes profondes. Ce qui est visé, c’est la pax américana mondiale telle que W.Bush l’a formulée dans sons discours sur l’état de la nation : « Nous avons une grande occasion durant cette phase de guerre de conduire le monde vers des valeurs (américaines !) qui apporteront une paix durable »(traduit par nous).

Nous sommes témoins, face aux dangereuses évolutions auxquelles nous assistons, d’un aiguisement sans précédent de l’arrogance de la puissance des USA. Celle-ci est alimentée par un engagement et une influence décisifs du complexe militaro-industriel revenu aux commandes réelles. Ce dernier entend faire des multinationales qu’il contrôle de même que des capacités de recherche, d’innovation et de création des Etats Unis, les  leviers sans cesse renforcés d’une domination militaire  au long cours et les placer au niveau de fonctions motrices et dirigeantes des processus d’une globalisation aux couleurs américaines  .

Nous vivons donc, avec cette doctrine de W. Bush,  des temps historiques similaires à ceux où le dogmatisme idéologique primaire  appuyé sur le populisme et la puissance militaire et économique déclenchait des processus de domination et de guerre incontrôlables et que l’humanité a payé et continue de payer chèrement.

L’humanité a plus que jamais besoin de stabilité et de paix tant  les menaces naturelles qui pèsent sur elles sont grandes comme la destruction accélérée de la stabilité des systèmes écologiques, la désertification et la rareté de l’eau, l’explosion démographique caractérisant de nombreuses régions, l’extension considérable du sou-développement, de la pauvreté, de l’analphabétisme et de l’exclusion sociale, les dislocations des nations et les résurgences ethniques et tribales, les différenciations et les divisions continentales et régionales de plus en plus aiguës etc. Les besoins pacifiques de l’humanité sont multiples et surtout immenses. Mais ses richesses , pour peu qu’on les exploite avec intelligence, justice et équité sont incommensurables.

Les stratégies de domination et de coercition des Etats et des nations n’ont jamais résolu de façon durable les problèmes des peuples. Les valeurs relevant de la culture et de la modernité ne peuvent être imposées. Elles ne peuvent être que le produit complexe de la percée de la rationalité ,de l’intelligence et du savoir dans la tradition et dans l’évolution des identités.

 

 

 

 

 

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FAIRE FACE AUX DÉFIS MAJEURS AUXQUELS NOUS SOMMES CONFRONTÉS :republication

Publié le par Mahi Ahmed

FAIRE FACE AUX DÉFIS MAJEURS AUXQUELS NOUS SOMMES CONFRONTÉS : 

L’IMPÉRATIF DU CHANGEMENT

Par Mahi Ahmed

Dr.Ing.

06.07.09

 

« La conscience ne peut jamais être autre chose que l’Être conscient et l’Être des hommes est leur processus de vie réel. »

Karl Marx- Friedrich Engels (L’idéologie allemande)

 

 

La réalité de notre pays nous interpelle fortement. Ce n’est pas la réalité des apparences, de l’autosatisfaction ou des illusions, mais celle du vécu et des  profondeurs de notre société, celle surtout du quotidien et des perspectives de ses travailleurs, de ses élites, de sa jeunesse, de ses femmes, de ses personnes âgées,  celle essentiellement de nos capacités effectives de production matérielles et culturelles, celle du niveau de notre savoir et de notre savoir-faire individuel et collectif, celle de nos campagnes et de nos villes etc. C’est la réalité du système de pouvoir qui régit le pays depuis plus de quatre décennies, un système de type autoritaire, fondé sur la rente pétrolière, sur sa répartition clientéliste, régionaliste voire népotique et coercitive.  C’est la réalité que notre pays présente face à un monde en mutations profondes depuis quelques décennies, mutations qui sont les produits de dynamiques complexes mais fortes et durables et qu’il est impérieux de repérer, d’en saisir la portée historique à tous les niveaux et les exigences qu’elles mettent à l’ordre du jour pour toute société et  tout Etat.

Cette réalité exige de nous de saisir concrètement les processus internes et externes qui la travaillent et lui donnent les formes explosives que nous observons, impuissants, depuis plus de quarante années. Elle nous impose aussi d’y percevoir les facteurs à l’œuvre qui préservent encore certaines formes de stabilité et de cohésion de notre nation.

C’est la nature du système de pouvoir, c’est la forme de l’Etat qu’un tel système a édifié pour le servir qui bloquent aujourd’hui, à l’extrême, la mise en action et en mouvement de toutes les énergies vives, productives et créatrices ainsi que de toutes les richesses particulièrement humaines que recèle le pays.

Quels sont ces processus internes et externes ?

Les facteurs internationaux

Le train de l’histoire roule à une vitesse vertigineuse. Il risque de passer sans que nous puissions contribuer à  agir sur la force motrice qui le pousse, sur les formes qu’il reçoit, sur la ou les directions qu’il emprunte et à  y prendre une place active ,productive, efficiente, porteuse sur le long terme.

Les évolutions historiques mondiales actuelles sont d’une très forte intensité et marquées de complexité de même que de dangers majeurs pour l’humanité :

 

  1. 1.       Le système capitaliste dominant, dans sa variante néolibérale, n’arrive plus , de part sa nature ,à faire face aux processus déstabilisateurs déclenchés par les qualités qu’il a tenu à imprimer plus particulièrement, depuis trois décennies, aux multiples dynamiques lourdes de ce qui est communément appelée la mondialisation (sans que l’acception de ce concept soit nettement définie). Le capitalisme financier international spéculatif et férocement prédateur constitue l’une de ces dynamiques lourdes. Ses méfaits, que les puissances  occidentales agissantes ont encouragés sans relâche depuis l’ère de Thatcher  et de Reagan, plongent aujourd’hui le monde dans une crise multidimensionnelle d’une gravité sans précédent. Cette crise est non seulement celle du système financier et bancaire international mais aussi de l’économie mondiale réelle, de la culture occidentale ambiante. Elle est celle de l’architecture, économique et financière mondialisée, complexe, flexibilisée et diabolique que le néolibéralisme conquérant a tenu, à rythmes forcés, à donner au monde pour maximiser et accélérer ses profits et rien que ses profits et les formes de sa domination. Elle est celle des nouvelles forces productives cybernétisées, émiettées et mises en réseaux souples, modulables, orientées  vers le développement de la productivité, la réduction des coûts de production et principalement la réalisation à tous prix de l’avantage concurrentiel le plus fort. Elle est celle de la surproduction comme de la surconsommation, rendant socialement et culturellement infernale l’équation offre-demande. Elle est celle de la problématique de la division internationale du travail, des organisations internationales et multilatérales qui s’y rattachent, à l’ère de la globalisation.

Cette crise, par ses caractéristiques et sa vigueur déstabilisatrices, frappe de plein fouet, certes à des niveaux différents, les pays dominants du capitalisme mais aussi tous les autres  pays, le nôtre étant déjà fortement fragilisé par une crise nationale profonde qui perdure et par sa dépendance rentière.

 L’élection d’Obama à la tête de la première puissance mondiale représente, sans conteste, une césure non seulement pour  la nation multiethnique et multiculturelle américaine mais aussi pour le monde entier. Quelle orientations,  quels contenus va entraîner une telle césure aux USA même comme dans les processus de restructuration internationale en cours ? Il est encore prématuré  de repérer, à partir de l’action sur le terrain d’Obama après son élection, et de formuler les fondements et les axes opérationnels de ce qui pourrait être la doctrine Obama.

Cependant on peut remarquer, qu’au plan économique et financier, Obama est bien loin de vouloir remettre en cause la nature néolibérale du capitalisme dominant. Son traitement de la crise globale de ce système relève de la méthodologie du colmatage .Un tel traitement ne peut traiter le mal à ses racines.

Cela indique déjà que cette crise fera encore apparaître de nouveaux processus déstabilisateurs, aiguisant  les conflits d’intérêts entre les puissances économiques,  financières et politiques mondiales, régionales et même nationales, aggravant la situation des pays dits émergeants et de ceux sous-développés.

Nous n’avons pas l’intention, dans cette contribution d’essayer d’analyser en profondeur cette crise. L’essentiel est de reconnaître sa nature réelle et celle du système et du modèle de société qui l’a enfanté.

Mais la question la plus importante est celle-ci : Quo Vadis Algérie ?

 

Considérations sur les facteurs nationaux et leurs causes

Que faire Algérie pour être dans ce monde et de cette humanité et y gagner une place satisfaisante, voire rayonnante ? C’est cela l’impératif auquel nous sommes confrontés. L’impératif est un concept qui exprime en même temps la nécessité et l’urgence. La nécessité, s’agissant d’un Etat nation,  émerge des dynamiques complexes du réel et se rattache, d’une manière ou d’une autre, à tout ce  qui détermine et anime les facteurs constructeurs de  la stabilité politique et sociale d’une nation et d’un Etat. L’urgence est dictée  par l’intensité des éléments, de différentes natures, séparés ou conjugués, qui menacent sérieusement non seulement la stabilité de l’Etat et la cohésion de la nation mais mettent en péril, faute d’un sursaut collectif, l’existence de l’un et de l’autre ainsi que d’une vision cohérente portant l’avenir.

 Cependant, chacun de nous,  reconnaît, au fil du  vécu au quotidien et des années qui passent, l’existence d’une réelle crise nationale et en ressent diversement la gravité.

Mais ceux qui dirigent notre Etat et ceux qui détiennent le pouvoir réel donnent l’impression, indépendamment de la forme de patriotisme qui peut animer leur action,  de vivre et d’agir loin de la société, de ce qui se meut en son sein et des processus d’instabilités radicalisés multiples qui y prennent forme et menacent sa cohésion et son existence même. Ils semblent confortés dans un système qui les a produits et portés, qu’ils ont modelé ou modulé à leur convenance, se souciant d’abord d’assurer la pérennité du pouvoir et fort peu d’en faire un reflet de la projection, dans le temps et dans l’espace, de l’évolution de la société ainsi que de ses aspirations profondes au progrès et à la justice sociale.

L’évolution de la vie nationale montre à l’évidence que la nature du système de pouvoir autoritaire et populiste installé au lendemain de l’indépendance nationale n’a pas changé depuis , dans sa matrice essentielle, ceci indépendamment de la nécessaire analyse approfondie et objective des multiples facteurs historiques qui ont été à la base de son avènement et de son développement.

Dans une contribution publiée par le Quotidien d’Oran le 5 décembre 2003 et portant le titre « Cette crise qui nous ronge », nous avions écrit ce qui suit : « Nous semblons faire comme si nous étions une société à part, détachée de son environnement international et des lignes de forces lourdes qui déterminent l’évolution de ce dernier et qui ont une  incidence décisive sur notre devenir.

Pourtant nous vivons,  à l’échelle du monde, et chaque jour qui passe nous le montre avec force, des temps d’une très grande signification historique. Des événements et des évolutions d’une portée historique de long terme ont marqué fortement la dernière décennie du vingtième siècle. Ils continuent d’imprimer de leurs marques, avec une accélération renforcée, le millénaire qui commence. Nous assistons , défaits , impuissants et passifs à une recomposition globale des rapports de forces mondiaux, impulsés et modulés, aujourd’hui,  au gré des évolutions, par la superpuissance militaire , économique , politique et culturelle des USA dominée présentement par l’idéologie du néo-conservatisme . Nous subissons la fougueuse action des dynamiques de la mondialisation qui , détournées par l’action éhontée du capital financier spéculatif international et par les théories économiques néolibérales , mettent l’économie mondiale en réseaux sévèrement contrôlés par un nombre toujours plus réduit de multinationales géantes  dont la structure et la répartition spatiale sont fonctions de leurs stratégies de long termes et de l’évolution de leurs avantages concurrentiels respectifs. Nous observons les coups féroces qui sont assénés à l’Etat nation  et à ses capacités de régulation ,sous couvert de l’ouverture et de valeurs universelles devant être partagées , notamment par des organisations multilatérales sous contrôle comme la BIRD , Le FMI, L’OMC etc. , .

Réfléchir sur la crise que connaît actuellement l’Algérie, nécessite , de ce fait , la prise en compte des tendances d’évolution historiques signifiantes , nationales et internationales , pour mieux saisir la densité et la complexité des dynamiques agissantes du passé et pouvoir doter d’une pondération réaliste les voies susceptibles d’ouvrir des perspectives capables d’intégrer avec efficience l’Algérie dans les challenges du 21é siècle »

Ce qui précède, nous l’écrivions fin 2003.

Les évolutions de ces dernières années confirment et soulignent même les éléments d’appréciation et d’analyse avancés.

Il est, d’autre part, utile d’observer et de prendre en considération que notre pays n’est pas le seul à connaître une crise d’une telle dimension. D’autres pays, du monde arabe ou de ce qu’on appelait le tiers-monde, plus particulièrement ceux issus d’un véritable mouvement de libération nationale, vivent des crises présentant des caractéristiques similaires. Quelles en sont les raisons ?  Nous en  soumettons brièvement quelques unes à l’examen et à la réflexion :

  1. 1.       Des systèmes de pouvoir autoritaires, parfois despotiques s’y sont installés, souvent en utilisant de différentes manières, dans des conditions historiques diverses, la force militaire, émoussant la conscience libératrice des combattants et de larges secteurs de leurs peuples et dont l’intelligence et la fougue avaient nourri la révolution de libération nationale.  Ils y perdurent par la coercition et la « pensée » unique depuis de longues et usantes décennies.
  2. 2.       Des voies de développement économique et social y ont été empruntées qui ont en fait des pays rentiers, plutôt consommateurs que producteurs pour ne pas dire productifs, où  la rente et l’économie virtuelle déterminent les rapports réels de même que les styles de direction ou de gestion.
  3. 3.       Ce sont des pays dépendants et réellement endettés ; des pays développant plus de facteurs d’instabilités que de facteurs forgeant une cohésion nationale féconde de progrès et de productivité économique, sociale et culturelle et de justice sociale ;
  4. 4.        des pays où la jeunesse qui constitue leur composante majeure et pouvant être leur principale richesse, est livrée à elle-même, désorientée, désarmée, penchant parfois vers le suicide collectif, cherchant le sens qui lui est nécessaire pour la motiver et lui donner les impulsions utiles au déploiement de toutes ses énergies , de sa créativité et de son efficience ;
  5. 5.       des pays où le chaos ambiant et aux postes de commandes étouffe toute velléité d’organisation, de rationalité ou de cohérence, où l’exercice de la liberté individuelle, condition de toute pratique démocratique étouffe dans une atmosphère imposant la soumission et favorisant toutes les violences et les intolérances.

 

  1. 6.       des pays soumis à des rentes minières que la nature a mis des millions d’années à constituer, épuisables à termes et que les maîtres du marché international et de la spéculation financière mondialisée régulent au gré de leurs intérêts immédiats et stratégiques. De telles rentes y produisent le luxe de mauvais goût d’une infime minorité de parvenus ainsi qu’une pauvreté aggravée et multidimensionnelle de la grande majorité de notre société principalement de sa jeunesse.

 

De telles caractéristiques, qui sont loin d’être exhaustives, exigent d’être fondées par une analyse plus approfondie des facteurs nationaux et particulièrement internationaux qui ont pesé sur les processus de leur formation au cours des différentes phases qui ont marqué le vingtième siècle. Ce dernier a été qualifié par le grand historien britannique Eric Hobsbawm de « siècle des extrêmes ». Des évolutions diverses mais surtout à fortes orientations idéologiques et politiques antagoniques ont pesé, directement ou indirectement, sur les choix fondamentaux de ces pays. De telles évolutions se sont inscrites, dans les formes qu’elles prenaient, dans le long terme. Elles correspondaient, certes dans certaines mesures, aux conditions objectives telles qu’elles mûrissaient et étaient perçues à chacune des phases historiques par lesquelles les nations, les Etats et l’humanité ainsi que les rapports sociaux et les rapports de forces qui prévalaient en leurs seins  et entre eux.

Eric  Hobsbawn écrivait (1) : « L’histoire a été dissociée de la téléologie » La téléologie, c’est une doctrine reposant sur l’idée de la finalité.

Il ajoute : « Pour tous les historiens, l’historiographie est restée, et reste, ancrée dans une réalité objective, à savoir la réalité de ce qui s’est produit dans le passé. Toutefois, elle ne part pas de faits mais de problèmes et elle exige qu’on enquête afin de comprendre pourquoi et comment ces problèmes – paradigmes et concepts –sont formulés comme ils le sont dans des traditions historiques et des environnements socioculturels différents…

L’objet de l’histoire devait être de poser les grandes questions du « pourquoi » selon la formule de Lawrence Stone (auteur de The Causes of the English Revolution)

L’histoire mouvementée et riche du vingtième  siècle a pesé et pèse toujours lourdement sur les évolutions historiques en cours. Examiner les lignes de forces de ce poids du vingtième siècle peut nous aider, au moins à avancer quelque peu dans le nécessaire effort pour rendre intelligible notre réel , pour  pondérer au mieux les éléments d’analyses ou affirmations qui émergent. 

LE LOURD POIDS DU VINGTIÉME SIÉCLE

Le vingtième  siècle a été, en effet, en essayant de synthétiser :

  • ·         le siècle  de la révolution russe d’octobre 1917 qui a été mûrie par une histoire religieuse , impériale et capitaliste lourdement chargée de sang et d’injustice sociale , une révolution qui a « ébranlé le monde », avec ce qu’elle a induit comme possibilité d’un système économique et social et même culturel alternatif au système capitaliste dominant ;
  • ·         le siècle  de la première et de la deuxième guerre mondiale, initiées par  l’impérialisme mondial, particulièrement germanique, arrivé à un certain stade de son développement et voulant imposer, par le recours à la force et à l’extermination de peuples entiers, ses velléités d’expansion et de domination planétaire ;
  • ·         le siècle de la défaite mondiale des forces militaires et des pouvoirs fascistes, notamment celui d’Hitler par une alliance internationale des Etats et des peuples ayant su surmonter, pour une période, les clivages idéologiques pour défendre et assurer la survie de l’humanité et donner à la paix mondiale sa valeur et sa stabilité stratégiques ; mais c’était aussi le siècle de l’utilisation par les USA de l’arme nucléaire et du développement et du déploiement planétaire de ses arsenaux diversifiés en nature et en puissance de feu et de destruction ;
  • ·         Le siècle de la mise en place d’un réseau de dictatures militaires fascisantes en Europe comme en Grèce, en Espagne ou au Portugal, en Amérique latine comme au Brésil, en Argentine, au Chili et ailleurs, en Asie comme en Indonésie, aux Philippines etc. Un tel réseau devait contrecarrer le mouvement du spectre communiste en marche et assurer la sécurité de l’occident.
  • ·         le siècle où le capitalisme développé, au sommet de sa puissance et de ses crises, a su élaboré et mettre en œuvre de réelles capacités d’adaptations en aiguisant la férocité de sa nature exploiteuse de la force de travail dans ses différentes formes et ses capacités  de développement et d’exploitation du progrès technique, technologique et scientifique.
  • ·         Le siècle de l’émergence de forces sociales et politiques puissantes et organisées, dans les pays alors développés mais aussi dans les territoires des empires coloniaux. De telles forces étaient essentiellement nationales, républicaines, démocratiques, de progrès et issues ou rattachées à la classe ouvrière et à la paysannerie laborieuse. Elles ont constitué les plus forts bataillons dans les luttes anti-impérialistes, dans les farouches résistances antifascistes, pour la paix, pour les conquêtes démocratiques et sociales les plus larges. Elles ont été à la base de conquêtes sociales et culturelles historiques qui ont humanisé et démocratisé, un tant soi peu, les rapports de production, qui ont renforcé les positions et l’efficience de l’action des organisations syndicales, qui ont aussi favorisé la mise en œuvre de réformes économiques et sociales telles celles élaborées par Keynes au lendemain de la deuxième guerre mondiale.
  • ·         Le siècle de la formation, dans les empires coloniaux, de mouvements nationaux modernes, initiant, sous des formes diverses, de réels et longs processus de décolonisation, recourant le plus souvent à de véritables et longues guerres de libération nationale, comme c’était le cas, de façon exemplaire, en Algérie ou au Vietnam. Les années soixante et soixante-dix de ce siècle ont consacré, dans une large mesure le processus de décolonisation, la dislocation des empires coloniaux, la formation de nouveaux Etats-nation influencés par les recompositions géostratégiques en cours avec la mise en place, en gros de deux grands blocs, idéologiquement, économiquement, socialement, culturellement et militairement antagoniques.
  • ·         Le siècle de l’extension et de l’intensification des luttes idéologiques dans un monde marqué d’une part par la constitution de l’URSS comme puissance politique, économique, culturelle et surtout militaire ; par l’émergence du système socialiste mondial couvrant d’importants territoires de l’Europe centrale, de l’Asie et même des Caraïbes ,d’autre part par un aiguisement accéléré du caractère impérialiste du système capitaliste créant de puissants instruments et moyens économiques, politiques, militaires pour assurer son hégémonie planétaire comme, entre autres, le plan Marshall qui a, entre autre rendu à l’Allemagne occidentale sa puissance économique, son rôle stratégique et militaire dans l’alliance atlantique, la BIRD et le FMI, l’OCDE, l’ONU, l’OTAN, le système mondial de bases militaires intégrées et de plateformes d’écoute et du renseignement.
  • ·         Le siècle d’une implacable guerre froide, souvent échauffée dans certaines régions du monde particulièrement sensibles, entre les deux systèmes sociaux dominants, soumettant l’humanité à un dangereux équilibre de la terreur puisque fondé sur la puissance de la première frappe et sur les armes nucléaires toujours plus sophistiquées et plus massivement meurtrières.
  • ·         Le siècle, aussi, d’un développement prodigieux des sciences, des techniques, des technologies, des connaissances et du savoir en général. L’organisation et le management du travail et des entreprises y ont fait des pas de géants, renforçant le développement de l’accélération de la productivité, de la valeur ajoutée individuelle et des collectifs donnant naissance à de nouvelles stratégies de restructurations spatiales ,technologiques, de filières, financières, de regroupements multinationaux et transnationaux engageant subrepticement les processus et les dynamiques lourdes de ce qu’on appelle désormais la mondialisation ;
  • ·         Le siècle, surtout, de la dislocation et de la disparition de l’URSS et du système socialiste mondial que d’aucuns prétendus historiens, comme Francis Fukuyama, ou d’intellectuels autoproclamés au service d’officines diverses, ont qualifiée légèrement et hâtivement de « fin de l’histoire ». Ce faisant, ils font fi, pour leurs intérêts, de l’histoire des faiseurs réels de l’histoire que sont les sociétés et les nations sur la base de l’évolution et des transformations des rapports sociaux de production et d’échanges qu’entretiennent entre elles les différentes classes et couchent sociales qui les composent. Ce sont ces artisans directs de l’histoire qui, directement ou indirectement, consciemment ou non, mais en tous les cas en partant de « leur processus de vie réel » et dans leur résultante générale, ont favorisé en définitif une telle dislocation et une telle disparition sans pour autant donner une nature plus humaine ou plus libératrice au système capitaliste dominant et encore à la première puissance qui le représente. L’analyse approfondie et circonstanciée des évolutions historiques du début et de la fin du vingtième siècle qui ont rapport avec le socialisme comme Etats, nations et système social, doit être entreprise par les spécialistes mais aussi par les différends acteurs avec un sens aigu de la critique et de l’autocritique scientifiques voire objectives. Cependant le constat de la nouvelle configuration du monde et des dynamiques qu’elle provoque doit être considéré comme un facteur historique majeur modulant fortement les enjeux stratégiques en modifiant les rapports de forces réels et en donnant lieu à des recompositions des espaces géostratégiques.
  • ·         Le siècle, enfin, où, au cours de ses deux ou trois dernières décennies, sont apparues, à l’échelle de notre planète,  certaines limites liées à la nature réelle et inchangée du système capitaliste et aux acceptions utilitaristes, données au fil des phases par lesquelles il a dû passer, aux valeurs de la civilisation qu’il est sensé représenter et réaliser. Il s’agit avant tout des limites manifestées par un marché et une concurrence, débridés à l’extrême, modulant à l’envie la nature et la forme de l’Etat servant d’abord leurs intérêts immédiats et lointains, massifiant la pauvreté et l’exclusion sociales, déshumanisant l’humain, compressant à l’infini toute action à un processus digitalisé, voire robotisé. Il s’agit aussi des limites liées à l’épuisement accéléré des ressources minières et à la rareté de nouvelles découvertes majeures et accessibles comme pour ce concerne les hydrocarbures et les ressources énergétiques en général. Il s’agit également des limites se rapportant au dérèglement des écosystèmes et à la problématique des causes humaines et industrielles de l’alarmant réchauffement climatique. Il s’agit en outre des limites liées aux nouvelles pandémies qui menacent dangereusement d’importants segments de populations et qui se rapportent au modèle « macdonaldisé » de consommation et de civilisation prétendument mondialisée. Il s’agit enfin des limites se rapportant à l’humanisme et à la démocratie de l’occident issu de la révolution américaine et des lumières ou de l’Aufklärung. De telles limites marquent le quotidien des pays développés, les rapports de ses derniers au cours des processus de reconfiguration géostratégiques qu’ils ont engagés pour forger leur facteur de pondération dans les rapports de forces entre les pôles dominants qui se construisent au fil des évolutions de la mondialisation.

De telles caractéristiques et évolutions du siècle dernier ont laissé leurs empreintes sur les choix des voies de développement et la construction de l’Etat et de la nation dans des pays comme l’Algérie. Le déclenchement de la révolution de novembre 1954 a été un impératif incontournable, produit d’un long processus de luttes politiques et sociales sévères contre la domination et l’exploitation coloniales. Une telle révolution s’inscrivait, de fait, dans l’irrésistible mouvement mondial d’émancipation, de libération nationale et de progrès. Par sa consistance nationaliste et révolutionnaire et la forme radicalisée, que la férocité du colonialisme et les solidarités occidentales de classe qui  étaient acquises à ce dernier, l’ont contrainte à prendre, elle est devenue un puissant facteur inducteur du mouvement international de libération nationale et des institutions organisées auxquelles il a donné naissance comme le mouvement des non-alignés, la tricontinentale etc.

L’indépendance nationale, arrachée à l’occupant et d’une certaine manière à ses alliés stratégiques impérialistes, a modifié sensiblement la structure des rapports de forces mondiaux. Elle a accéléré le processus des indépendances nationales et de l’avènement de nouveaux Etats Nations.

Aussi, l’évaluation objective du réel mondial de l’époque et des processus de long terme qui le travaillaient et lui donnaient forme, ne pouvait être faite indépendamment du paradigme de la libération nationale et sociale et du socialisme. Ce dernier déterminait, en quelque sorte, la nature des pouvoirs, les orientations générales des choix économiques et sociaux ainsi que des rapports internationaux.

C’est ainsi que les instances dirigeantes algériennes, issues de la guerre de libération nationale,  ont mis au point, non sans luttes internes acerbes, les orientations et les choix fondamentaux inscrits par exemple dans le programme de Tripoli, dans la charte nationale de 1964 et qui découlaient, avec une marque nationale sinon nationaliste, de ce paradigme de la libération nationale et sociale et du socialisme. L’Algérie entendait ainsi se placer dans une orientation socialiste. Nous ne voulons pas, dans cette contribution, nous lancer dans un examen circonstancié, voire approfondi, des choix fondamentaux de notre pays à la lumière des processus réels qui ont été à la base des évolutions, principalement au cours de la deuxième moitié du vingtième siècle. Un tel examen doit être fait. Mais il doit l’être à la lumière d’une intelligibilité rigoureuse des contradictions fondamentales, principales et secondaires qui déterminaient, dans une large mesure les développements de l’époque. C’est ainsi, par exemple, que nous ne pourrons pas comprendre objectivement la crise profonde qui frappe notre société si nous ne procédons pas à une analyse critique et autocritique du modèle de construction du socialisme tel qu’il a été mis en œuvre en URSS et dans les autres pays socialistes et des voies théoriques qui ont été développées pour des pays comme l’Algérie comme la révolution nationale démocratique (RND), la voie non capitaliste de développement (VNC), la démocratie révolutionnaire (DR), l’orientation socialiste etc.

C’est ainsi que nous devons aussi procéder à une analyse plus rigoureuse et surtout plus objective du réel du capitalisme à l’échelle internationale, dans notre région et dans notre pays ainsi que des dynamiques majeurs qui le portaient.

Mais si les efforts multidisciplinaires à fournir pour comprendre les racines et la portée de notre crise sont nécessaires, utiles et urgents, il reste que nous devons faire face au réel tel qu’il se présente actuellement à nous et surtout , en prenant la mesure de ce réel, de tout entreprendre pour construire les bases nous permettant de refonder notre Etat , notre système de pouvoir pour édifier solidement la République en faisant face hardiment aux défis majeurs de notre temps dûment repérés.

 

LES DEFIS MAJEURS AUXQUELS NOUS SOMMES CONFRONTÉS

 

Il est des moments, dans les évolutions historiques des nations et des Etats, où des actions d’exception peuvent s’imposer pour faire face à des défis majeurs pour consolider l’existence de la nation et construire une situation la mettant en mesure d’avancer vers le progrès et un bien-être en développement continu. De telles actions mûrissent dans les méandres du tissu social, au fil des années et des contingences, y compris dans les forces dirigeantes, y compris celles qui sont aux commandes du pouvoir.. Elles peuvent prendre des formes et des sens imprévisibles. Elles peuvent surtout se muer, comme notre jeune histoire le montre, en radicalités, aux conséquences multiples et durables que les rationalités les plus percutantes peuvent difficilement maîtriser, si les jonctions et les cohérences sociales et politiques patriotiques et de progrès ne sont pas démocratiquement recherchées et construites avec la force d’une vision partagée et la conscience de la nécessité des compromis de progrès et de justice sociale historiquement porteurs .

Nous considérons que notre pays se trouve confronté à l’urgence d’un tel impératif. Nous devons faire montre de notre capacité individuelle et collective d’une autocritique concrète, non teintée de subjectivité ou tactiquement calculée, mais découlant d’une intelligibilité partagée des lignes de forces lourdes qui travaillent notre réel, de leurs orientations fondamentales, des conséquences pour le long et le moyen terme qu’elles dessinent.

Depuis les années soixante-dix du siècle dernier, les évolutions mondiales, régionales et nationales nous confrontent à un certain nombre de défis majeurs liés :

  • ·         aux dynamiques, aux contenus et aux formes inquiétantes prises par une mondialisation  radicalement néolibérale ;
  • ·         aux  bouleversantes évolutions démographiques annoncées ;
  • ·         aux capacités des ressources hydriques, leur épuisement progressif, à leur répartition planétaire, à l’iniquité de leur distribution
  • ·         aux impacts durables des changements climatiques et écologiques ;
  • ·         aux accélérations du développement du savoir et du progrès technique et technologique.
  • ·         A l’épuisement des matières premières classique à la base jusqu’ici du développement industriel et technique de même qu’au retard accusé pour le développement de nouvelles matières premières correspondant aux possibilités qu’offre l’ère des NTIC ,de la nanotechnologie etc.
  • ·         Aux dynamiques nouvelles, émergeant des transformations géostratégiques en cours et des rythmes nouveaux de transformations économiques, sociales et culturelles, liées aux problématiques de la sécurité et de la paix mondiale.

De tels défis s’amplifient et s’aiguisent à la fois. Ils doivent être déclinés en autant d’impératifs à se fixer et à exécuter au risque pour toute nation et pour tout Etat de se voir mettre hors de l’histoire. Cela concerne, au premier chef,  les Etats nations qui ont émergé des héroïques luttes anti coloniales et de libération nationale. Cela vaut plus particulièrement pour l’Algérie rongée par une crise profonde depuis plus de quinze années.

De tels défis touchent, d’une manière générale, l’humanité entière qui semble avoir subi des transformations accélérées depuis le début du vingtième siècle aux plans politiques, géographiques, économiques, sociaux et culturelles qu’elle n’était pas en mesure de supporter et de prendre en charge tout en fortifiant les ressorts assurant sa stabilité relative.

De tels défis posent l’impératif de la refondation de l’Etat nation reposant sur la  démocratie, le progrès et la justice sociale. Ils posent l’impératif d’un changement reposant sur des paradigmes qui donnent du sens et mobilisent la jeunesse, les femmes et toutes les catégories sociales, principalement celles rattachées au travail. Ils posent l’impératif de construire le développement économique et industriel, social, culturel  avec des objectifs stratégiques qui, parce que découlant du réel et produits d’un effort véritablement national, fortifieront  les processus de la refondation démocratique de l’Etat.

Le changement, dont nous avons besoin impérativement, ne peut être administré. Il doit être, pour être valable et correspondre aux besoins réels du pays, l’œuvre continue, relevant de plus en plus de la conscience de la nécessité,  de l’action organisée, des forces sociales et politiques les plus larges et les plus diverses qui y sont les plus concernées et qui y ont le plus intérêt. Il s’agit de l’ensemble des détachements des travailleurs,  des jeunes , des femmes , des bataillons de cadres formés mais subissant un chômage démoralisant ou une démobilisation systémique poussant aux  radicalismes, voire au suicide. 

Ce changement a besoin de forces politiques et sociales démocratiques réelles, c'est-à-dire ancrées dans la société et ses besoins.

Ce changement, pour  engager les processus complexes de la refondation de l’Etat, de la reconstruction économique, sociale et culturelle, doit relever d’un vrai mouvement social et politique déterminé à l’accompagner , à lui insuffler à partir de l’intelligibilité du réel sens, contenu et forme. Karl Marx, encore lui, il est bien vivant, a écrit : »Toute avancée allant dans le sens d’un mouvement réel est plus importante qu’une douzaine de programmes »

L’impératif du changement interpelle toutes les forces politiques et sociales réelles, particulièrement celles attachées à l’exercice démocratique, aux idées de progrès et de justice sociale. Que le débat se développe entre nous autour de ces défis majeurs, de  l’impératif du changement et de la refondation démocratique de l’Etat.

 

 

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