Gilles Kepel: Veillée de guerre au Moyen-Orient

Publié le par Mahi Ahmed

Gilles Kepel: Veillée de guerre au Moyen-Orient 

2013-09-14

Par Gilles Kepel (Professeur à Sciences Po)

 

 

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La chronique d'une frappe annoncée sur la Syrie de Bachar Al-Assad coïncide peu ou prou avec le douzième anniversaire du 11 Septembre. La volonté américano-française affichée de bombarder un Moyen-Orient où se multiplient les failles depuis les révolutions du début 2011 n'est que l'ultime réplique de ce big bang qui a ouvert le XXIe siècle. Mais les explosions récurrentes du volcan arabe libèrent, par-delà les fractures entre sunnites et chiites, entre Israël et les Arabes, entre pétro et gazo-monarchies, des forces irrépressibles, protagonistes inattendus du monde de demain. Ce magma en fusion, cette éruption en devenir, nous terrifient : pourtant l'histoire et la sismologie nous enseignent que les coulées de lave ont des trajectoires prévisibles, sauf si la magnitude de l'éruption bouleverse tous les calculs. Tâchons de décrypter la scénographie du drame qui se joue, d'en identifier les protagonistes. Dans l'espoir que nos stratèges ont fait de même, avant d'hypothéquer notre futur.

 

Les révolutions arabes de 2011 sont d'abord le produit de la décomposition d'un système politique conçu pour résister à la hantise de la prolifération terroriste après la "double razzia bénie sur New-York et Washington" perpétrée par Ben Laden et ses acolytes une décennie auparavant. Face à Al-Qaida, cette hydre dont aucun Héraclès n'a su venir à bout, faute d'en avoir compris les ressorts dans la débandade des études sur le monde arabe, on avait dressé en rempart des régimes autoritaires et corrompus, mais dotés de services de sécurité efficients. Pour parer au plus pressé, l'exigence démocratique fut sacrifiée sur l'autel de la dictature, soignant le mal par le mal. Mais les Ben Ali, Moubarak, Kadhafi et autres Ali Saleh [président du Yémen, jusqu'en 2012], autorisés à jouer les prolongations, n'ont été que des despotes séniles et pitoyables, cristallisant contre leur personne et leur parentèle les mécontentements populaires. Dans un moment d'enthousiasme, les oppositions parvinrent à se fédérer, aboutissant aux révolutions qui déferleraient de Tunis au Caire et de Benghazi à Sanaa au printemps 2011.

LE TRAUMATISME IRAKIEN

 

Entre temps, Al-Qaida, atteinte de démesure, avait investi toute son énergie pour créer un improbable "Emirat islamique de Mésopotamie" dans l'Irak occupé par les Etats-Unis après mars 2003. Elle se brisa dans sa course folle aux attentats-suicides – rêvant en vain d'infliger à l'Amérique un Vietnam djihadiste. Face à elle, les néo-conservateurs américains, croyant laver leur honneur militaire en déployant une invincible panoplie contre un "Etat-voyou", mensongèrement accusé de détenir des armes de destruction massive, prenaient une revanche symbolique contre les avions civils précipités dans les tours jumelles et le Pentagone. Ils espéraient faire coup double. En renversant Saddam Hussein, ils punissaient un dictateur sunnite, la confession des Saoudiens, soupçonnés d'avoir enfanté Ben Laden. Et ils portaient au pouvoir la majorité chiite en Irak, qu'ils croyaient philo-américaine, amie d'Israël, et même capable, par effet de contagion, de faire chanceler le régime des mollahs de Téhéran.

 

Ces idéologues biberonnés à la Guerre froide et tombeurs de l'URSS s'avérèrent des apprentis sorciers au Moyen-Orient qu'ils avaient négligé d'étudier. Loin de chanceler, Téhéran se fit prestement l'armurier et le financier du chiisme d'Irak. Et ce sont ces chiites, cibles privilégiées des salafistes djihadistes d'Al Qaida qui voyaient en eux des "hérétiques" à exterminer à coup de voitures piégées, qui brisèrent les reins à l'organisation terroriste sunnite, financée par les pétro-dollars venant de la rive arabe du golfe Persique. Finalement Bagdad, sous les auspices de M. Maleki, devint le meilleur allié de Téhéran, dès lors que le président Obama ramena les boys à la maison durant son premier mandat.

AXE CHIITE ET FRACTURES SUNNITES

La guerre d'Irak avait ainsi eu deux conséquences paradoxales. Elle renforça "l'axe chiite", dirigé par Téhéran, qui comptait désormais un fort relais à Bagdad – outre Damas, le Hezbollah libanais et (jusqu'à 2012) le Hamas palestinien, seul partenaire sunnite de cette coalition. Et elle désintégra Al Qaida, qui devait se scinder en branches régionales doctrinalement unies mais médiocrement coordonnées opérationnellement : dans la péninsule arabique (AQPA), au "Maghreb islamique" (AQMI) et au Levant. Cela eut à son tour deux effets : Téhéran se sentit conforté à poursuivre son ambition nucléaire. Côté sunnite, avec le déclin d'Al Qaida comme force organisée et centralisée, les dictatures apparurent inutiles, voire nuisibles, tant pour les bourgeoisies locales que les chancelleries occidentales.

 

 Sur le premier plan, Téhéran en procurant, via Damas, un armement à ses obligés du Hezbollah et de Hamas pour qu'ils puissent atteindre Israël (comme la guerre des 33 jours de l'été 2006, où celui-ci fut mis en difficulté, le démontra), projetait sa frontière militaire sur les confins de l'Etat-hébreu, par alliés interposés. Cela constituait sa meilleure assurance pour se défendre contre toute velléité de bombardement de ses centrifugeuses à Natanz par les Occidentaux – maintenant que Tel-Aviv se trouvait à portée des missiles du Hezbollah et de Hamas. Et une attaque contre Israël ne manquerait pas de galvaniser la rue arabe, même sunnite, qui s'en prendrait à la couardise de ses propres dirigeants, déstabilisant leur pouvoir, comme on le vit quand le chiite libanais Hassan Nasrallah faisait craquer l'audimat d'Al Jazeera à l'été 2006, après la "victoire divine sur les sionistes".

 

Face à cet axe chiite renforcé, dont la maîtrise de l'arme nucléaire bouleverserait la géopolitique mondiale de l'énergie, parce qu'elle transformerait le Golfe persique en lac iranien, le monde sunnite subit une première secousse avec les révolutions arabes. Les aspirations des classes moyennes à une démocratisation dont elles restaient les seules populations de la planète à être privées, après la chute des dictatures en Amérique Latine, en Europe du Sud et dans l'ancien bloc soviétique, pouvaient désormais se réaliser. Avec l'affaiblissement d'Al Qa'ida, les Ben Ali et autres Moubarak devenaient contre-productifs – et les manifestations du printemps 2011 dirigées dans un premier temps par la jeunesse éduquée ne comprenaient que très rarement des slogans anti-israéliens. Les "printemps arabes" furent accueillis avec bienveillance en Occident qui les agrégea symboliquement dans son propre panthéon et les inscrivit dans l'histoire universelle – leur surnom indiquant assez qu'ils étaient perçus comme les continuateurs des révolutions démocratiques européennes, du "printemps de Prague" anti-communiste au "printemps des peuples" de 1848 qui avait fait pareillement tâche d'huile à l'échelle régionale. Mais ils envoyèrent une onde de panique dans l'échine des pétromonarchies du Golfe, où se concentre l'essentiel de la richesse arabe, et qui est la clef de l'articulation du système arabe à l'ordre du monde contemporain, par le détroit d'Ormuz où transitent au quotidien un quart des hydrocarbures exportés à la planète.

PÉTROLE ET DROITS DE L'HOMME

La perspective d'une "contagion démocratique" terrifia des dynasties dont les membres monopolisent la rente pétrolière et gazière, et qui assurent en contrepartie la régularité des flux d'exportation. Le danger touchait désormais la péninsule Arabique elle-même. Dans le royaume wahhabite où une partie de la population se paupérise au gré de l'explosion démographique, le monarque vira en mars 2011 120 milliards de dollars de sa cassette vers le budget de l'Etat pour prévenir les tensions sociales. Au Yémen voisin, en majorité sunnite, le soulèvement contre le dictateur Ali Saleh combinait les forces démocratiques urbaines à direction estudiantine et les tribus irrédentistes du nord, dirigées par un mouvement chiite (houthiste) en guerre ouverte contre le wahhabisme saoudien. Au Bahreïn, le soulèvement du 14 février 2011, dans un pays à large majorité chiite, contre la dynastie sunnite, fut perçu par les autres monarques du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) comme une menace directe d'ingérence iranienne.

 

La révolution yéménite fut étouffée, celle du Bahreïn avortée –tandis que la " communauté internationale " détournait la tête, les hydrocarbures en danger prévalant sur les droits de l'homme en péril. Pourtant, le CCG, pour la première fois de sa jeune histoire – il avait été créé en 1979 pour unir les monarchies arabes du Golfe face à l'expansionnisme de la révolution islamique iranienne – se divisa en profondeur face aux révolutions arabes. Le Qatar, seconde puissance gazière du monde, mais émirat très peu peuplé, s'engagea dans un soutien matériel et médiatique massif – par sa chaîne Al Jazeera – aux Frères musulmans. Il voyait dans cet islamisme socialement conservateur la masse humaine critique lui permettant de devenir la puissance hégémonique du monde arabe sunnite. Face à lui, l'Arabie saoudite et les autres émirats firent bloc contre les Frères, qui concurrençaient leur propre volonté de contrôle sur l'islam mondial. L'Arabie soutint partout les salafistes, rivaux des Frères, notamment en Egypte. Cette branche de l'islamisme est, dans sa majorité, soumise aux grands oulémas saoudiens, dont elle respecte les innombrables fatwas – consultées sur internet. Mais une partie de ces éléments se sont ensauvagés sur internet et ont basculé dans l'action djihadiste violente.

REVOLUTION SYRIENNE

C'est dans ce contexte que se développa la révolution syrienne. Elle avait au départ, en mars 2011, le même profil qu'en Tunisie ou Egypte – une jeunesse éduquée prenant la tête de revendications démocratiques face à un pouvoir autoritaire. Mais l'intensité de la répression, et sa transformation graduelle en guerre civile à caractère confessionnel – la plupart des Alaouites, l'ethnie/confession des Assad ainsi que des autres minoritaires restant fidèles au pouvoir, une grande partie des sunnites entrant dans la rébellion – empêcha le basculement des forces armées contre le président, ce qui avait scellé ailleurs la chute des Moubarak et autres Ben Ali. Le caractère confessionnel que prit la perception du conflit à l'extérieur inhiba rapidement le soutien occidental à la rébellion – à l'encontre de la sympathie dont avaient bénéficié les autres "printemps arabes" du littoral nord-africain. A contrario, les financements en pétrodollars et les livraisons d'armes venant des pays du Golfe – unis pour soutenir les sunnites qui rompraient le maillon-clé de l'axe chiite si Damas tombait – changea la donne sur le terrain, favorisant la percée militaire des groupes islamistes – et rendant le soutien aux forces démocratiques de la résistance plus difficile encore.

 

De plus, au fur et à mesure que les Frères musulmans conquirent le pouvoir dans les urnes dans la seconde phase de la révolution, à partir de l'automne 2011, distance et méfiance commencèrent à prévaloir en Occident face au devenir de celle-ci dans l'ensemble des pays où elle advenait.

L'ÉPICENTRE SYRIEN

La Syrie devient alors l'épicentre de l'affrontement entre l'axe chiite et ses adversaires sunnites, otage d'une guerre par procuration menée d'abord pour contrôler les hydrocarbures du Golfe. La défaite d'Assad porterait un coup mortel au régime des mollahs, et à leurs ambitions nucléaires. Sa victoire conforterait Téhéran et, derrière l'Iran, la Russie. Ecarté du Moyen-Orient dès les années 1970 à l'exception de la Syrie, Moscou n'est plus en 2013 une puissance déchue, taraudée par ses problèmes intérieurs – qui l'avaient rendue muette lors de l'invasion de l'Irak en 2003. Et le sentiment d'avoir été trompé par la coalition occidentale en Libye en 2011 est un facteur irritant pour un pays en pleine réaffirmation de puissance sous le troisième mandat présidentiel de Vladimir Poutine, première puissance gazière du monde, et à la tête de quelque 600 milliards de dollars de réserves. Le soutien indéfectible au pouvoir syrien est un enjeu central pour le Kremlin – à la fois en politique extérieure et intérieure. La Russie compte quelque 20 millions de musulmans, sunnites pour la plupart, et le Caucase comporte plusieurs foyers djihadistes. Pour venir à bout de la rébellion tchétchène des années 1990-2000, les services secrets russes avaient inoculé à celle-ci le virus du djihad – la faisant exploser et venant ainsi à bout d'adversaires qui se massacraient mutuellement.

 

Une stratégie qui s'illustra aussi durant la guerre civile algérienne des années 1990, et que le régime syrien, en lien avec ses conseillers russes, a suivi – si l'on en juge par les divisions profondes de la résistance. C'est sur cette carte contrastée qu'est advenu, en 2013, le "troisième moment" de la dialectique des révolutions arabes – la réaction contre les Frères musulmans accusés par leurs adversaires, après un an au pouvoir en Egypte et en Tunisie, de ruiner le pays et de préparer une dictature religieuse. Après les manifestations de masse du 30 juin où la majorité de la population égyptienne exigea le départ du président Morsi, qu'elle avait élu un an auparavant, puis sa déposition par l'armée le 3 juillet, advint la liquidation de près d'un millier de Frères musulmans et partisans du président déchu à la mi-août. Bachar Al-Assad et Vladimir Poutine applaudirent à la répression contre les Frères, exprimant leur soutien au général Sissi – qu'ils annexèrent à leur propre combat contre les Frères musulmans, si influents aujourd'hui dans la résistance syrienne.

 

A cet instant, se produisit un réalignement majeur dans la région, dont les dirigeants syriens, iraniens et russes tirèrent immédiatement profit : l'explosion du bloc sunnite en deux factions autour du soutien ou de l'hostilité aux Frères. Cette faille profonde sépare la Turquie et le Qatar, d'un côté, et les autres pays du Golfe – Arabie Saoudite en tête –, qui ont fourni au général Sissi 12 milliards de dollars d'aide au lendemain du 3 juillet, près de dix fois l'aide militaire américaine à l'Egypte. Ces sommes donnent la mesure du soulagement de Riyadh après la chute des Frères musulmans, et de sa volonté de fournir au gouvernement transitoire égyptien des moyens. Quant aux alliés des Frères sonnés par la répression en Egypte – ils ne vont guère mieux. Le premier ministre turc, M. Erdogan, dont le parti est une variante locale de l'idéologie des Frères, a dû faire face en juin, place Taksim à Istanbul, à un mouvement de révolte des classes moyennes laïques dénonçant ses velléités d'établir une dictature religieuse, annonciateur de ce qui adviendrait avec plus de force au Caire quelques semaines après. Et la dépréciation de la livre turque, confronté à l'asthénie des marchés d'exportation de cette économie manufacturière à bas coût, augure des difficultés pour le "modèle turc".

 

Quant au Qatar, pris dans les insurmontables contradictions d'une micro-monarchie qui possède à la fois le PSG et Al Jazeera, finance les djihadistes syriens et diverses associations islamiques en banlieue française, il a découvert qu'opulence et prodigalité ne pouvaient éternellement damer le pion à la realpolitik, et qu'à trop courir de lièvres à la fois, on se mettait en danger par multiplication des ennemis. La succession dynastique qui eut lieu en juin, et vaut surtout pour le limogeage de l'ancien premier ministre Hamed bin Jassem, idéologue et moteur de l'activisme tous azimuts, se traduit déjà par un profil plus bas du nouvel émir Tamim. L'Internet arabe résonne aujourd'hui des mélopées de la chanteuse égyptienne Sama al Masry, dont le clip trivial qui parodie la cheikha Mouza et la chaîne Al Jazeera en les traitant de "truies" (Khanzira en arabe, paronyme de la prononciation égyptienne d'Al Jazeera) est devenu viral – première attaque d'une telle virulence contre la chaîne qatarie qui depuis trois lustres faisait la pluie et le beau temps audiovisuels des Arabes.

 

Tel est le contexte dans lequel des armes chimiques ont été utilisées dans la banlieue de Damas, la semaine qui a suivi le bain de sang du Caire. Dans les deux cas, le bilan est estimé à un millier de morts, un peu moins sans doute en Egypte, certainement plus en Syrie. Et dans la foulée, la mosquée Al taqwa (de la piété) à Tripoli du Liban dont l'imam salafiste djihadiste exhortait en chaire à tuer Assad et les dirigeants iraniens "hérétiques", a été dévastée par une bombe à la sortie de la grande prière du vendredi – un immense tabou en islam. S'il s'avérait que le régime de Damas est l'auteur de ce bombardement au gaz sarin de sa propre population – et de ces scènes insoutenables d'enfants morts – il aurait provoqué ainsi la communauté internationale pour qui cela constitue une "ligne rouge" à ne jamais franchir, selon les mots d'Obama. C'est le franchissement de cette norme morale qui est invoqué par les présidents américain et français pour agir – au nom de l'humanité contre la barbarie.

LA PASSION DES ARABES ET L'ORGUEIL DES RUSSES

Pourtant, l'invocation de ces principes ne fait que très peu recette – aussi bien parmi l'opinion publique des pays concernés, qui refuse l'engagement dans un conflit-guêpier dont les logiques embrouillées lui échappent – que parmi les alliés, des autres Européens à la Ligue arabe. En refusant son soutien, le parlement britannique a rappelé le ressentiment populaire contre des élites qui lui avaient menti en 2003 pour l'entraîner dans la guerre en Irak. Le précédent libyen de 2011 – un pays aujourd'hui livré à l'anarchie et aux exactions des djihadistes – n'enthousiasme personne. Et l'intervention française au Mali – seul succès militaire et politique à ce jour dans cette litanie d'opérations occidentales aussi coûteuses que ratées – avait elle-même pour cause de sauver ce pays francophone des suites de la désagrégation de la Libye et de la prolifération terroriste régionale qu'elle avait engendrée, en s'emparant du Nord.

 

Mais surtout, la réaffirmation russe – au moment où se prépare le sommet du G 20 à Saint-Pétersbourg – change en profondeur la donne d'une opération militaire. L'armée russe, sa marine, est en Syrie – aux côtés des milices du Hezbollah libanais et des Pasdarans iraniens ou des chiites irakiens. Moscou est déterminée à ne pas y subir un nouvel Afghanistan – c'est l'enjeu d'un orgueil existentiel pour le maître du Kremlin, ancien officier du KGB au moment de la débâcle de l'URSS. L'attelage paradoxal américano-français a-t-il les moyens de prolonger l'unilatéralisme qui prévalait depuis la chute du mur de Berlin en novembre 1989 – qui suivait de quelques mois le retrait de l'Armée Rouge de Kaboul en février? Ou l'Occident, divisé, est-il contraint à agir dans le cadre d'une multipolarité nouvelle, dont la passion du monde arabe est l'expression sanglante et paradoxale ?

 

Gilles Kepel

in Le Monde

 

Gilles Kepel, est membre de l'Institut universitaire de France, il dirige la collection « Proche-Orient» aux PUF. Il est l'auteur de Passion arabe / Journal 2011-2013, (Gallimard, 496 p., 22,33€), Prix Pétrarque Le Monde-France Culture de l'essai 2013.

 

 

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