LA DOCTRINE W.BUSH :rpublication

Publié le par Mahi Ahmed

25.04.02

 

LA DOCTRINE W.BUSH :

une stratégie de domination et de coercition globalisée.

 

Par Mahi  Ahmed

 

Robert Lieber ,professeur à l’université de Georgetown et membre du groupe de « conseillers en stratégie» de l’équipe de W. Bush a déclaré : « Les USA se trouvent dans une situation unique en tant que pays le plus puissant et le plus influent du monde. Ce statut exceptionnel , cette suprématie, est le résultat de l’effondrement de l’URSS et du fait qu’aucun autre pays ou groupe de pays n’a les moyens de les concurrencer efficacement. Les USA ont un degré unique de puissance militaire et de technologies de pointe, un rôle dominant comme puissance économique, dans les domaines de la compétitivité , des technologies de l’information et même dans le spectacle et la culture de masse….L’influence des USA et leur engagement actif est indispensable notamment dans le domaine de la sécurité. »(*1) Un tel constat peut apparaître ,à première vue, comme correspondant à une réalité mondiale reconnue par tous. Ce constat renferme cependant, au travers des formulations choisies, les éléments essentiels fondateurs de la ligne stratégique de la nouvelle administration américaine. Une telle ligne apparaît, de plus en plus clairement, à l’épreuve des champs multiples où les USA se sont délibérément engagés pour imposer ,sur le plan international, leurs nouvelles orientations. On est frappé par la qualité de la cohérence globale qu’acquièrent progressivement ces orientations qui prennent, peu à peu, la forme d’une véritable doctrine. Il importe de s’y intéresser de plus prés . Comment peut-on ,en effet, comprendre que W. Bush en recevant Colin Powell au terme de sa mission au Moyen-Orient, dans le vacarme et le sang des massacres perpétrés contre le peuple palestinien, puisse qualifier Ariel Sharon d’homme de paix et continuer à apporter son appui inconditionnel et actif à Israël si on ne saisit pas dans toutes ses dimensions la doctrine qu’il entend appliquer ?

 

(*1) : in Les objectifs de politique étrangère des USA. Vol 6 , N° 1. Revue du département d’Etat des USA

 

 

LE PROCESSUS DE FORMATION ET LES FONDEMENTS DE CETTE DOCTRINE :

 

Les frappes terroristes qui ont endeuillé et inquiété les USA et le monde entier le 11 septembre 2001 à cause de l’ampleur des victimes et de la forme inédite de l’action terroriste s’appuyant sur les technologies de pointe et procédant de stratégies de guerres globales asymétriques, ont eu lieu dans un contexte américain et international marqué par :

1)                  Une aggravation des signes de récession économique touchant l’ensemble des pays dits développés et singulièrement le Japon, les USA et dans une certaine mesure l’Europe.

2)                  Un piétinement sérieux de la nouvelle économie fondée sur les nouvelles technologies et techniques de l’information et notamment sur l’Internet et le e-commerce .Le pari sur la nouvelle économie a été à la base d’investissements colossaux et d’actions gigantesques de restructurations et de fusions de multinationales et de réseaux de PME mondialisées. Ce pari était celui de l’orientation imprimée au cours de la mondialisation de l’économie et des finances spéculatives.

3)                  Un aiguisement qualitatif des contradictions d’intérêts politiques, économiques , sociaux et culturels et même militaires entre les trois pôles de la triade que sont les USA, l’Europe et le Japon. Les avancées structurelles et institutionnelles dans la formation de l’entité européenne posaient en termes nouveaux les objectifs stratégiques et géostratégiques de chacun des pôles.

4)                  Une montée en cadence et en qualité du mouvement international contre la mondialisation néo-libérale. Un tel mouvement est renforcé par une extension mondialisée du sous-développement, de la pauvreté et de l’exclusion.

W. Bush, en accédant au pouvoir de la manière que l’on sait, semblait plus orienté vers les problèmes de politique intérieure. Il semblait n’accorder aux problèmes internationaux qu’un intérêt tout relatif rattaché à une compréhension étroite de l’intérêt de l’Amérique  . L’orientation fondamentale de son action apparaissait comme portée par la tradition républicaine d’un nationalisme puritain et par un reaganisme réadapté. L’impression qui se dégageait et retenait l’attention de l’observateur au début de son mandat , c’était plutôt celle d’une démarche d’un enfermement étroit des USA.

Les événements du 11 septembre 2001 marquent un point d’inflexion majeur dans l’orientation fondamentale et opérationnelle de l’administration américaine. Ces événements ont été avec les facteurs caractérisant le contexte général de l’époque, comme signalés plus haut, les déclencheurs de la mise au point et d’une élaboration  feignant d’être pragmatique de la nouvelle doctrine W. Bush .Cette dernière, fortement explicitée dans le discours sur l’état de la nation du 29 janvier 2002, se fonde sur les analyses et les stratégies élaborées les premiers cercles producteurs de la pensée « bushiénne » animés par ses plus proches collaborateurs .

Condoleezza Rice, l’assistante de W. Bush pour les questions de sécurité et l’une de ses éminences grises affirmait : « Nous voulons fonder notre stratégie de dissuasion sur la prévention. La dissuasion a fait ses preuves pendant la guerre froide. Elle ne produira pas forcément les mêmes résultats à notre époque. » Le mot clé est lâché, c’est la prévention, c’est à dire l’attaque préalable devant éliminer à la racine toute velléité anti-américaine , c’est l’offensive, la coercition. Cette doctrine, si on l’examine à partir des analyses existantes ou de la pratique politique américaine au jour le jour, semble reposer sur trois piliers  principaux interactifs : l’idéologie néo-libérale moralisante, la maîtrise de la globalisation économique et politique , la suprématie militaire comme base d’une stratégie de coercition globalisée.

 Le néo-libéralisme porté par l’administration Bush et qui  s’impose aux processus de la mondialisation, n’a plus rien à avoir avec le libéralisme économique qui a fondé et construit l’économie de marché au cours des siècles d’existence du capitalisme. Son caractère débridé et chaotique mu par la spéculation financière et la compétition dans l’accélération éhontée des volumes de profits, lui enlève toute valeur  culturelle élémentaire. Il procède d’un dogmatisme idéologique dominateur. Le pilier de l’idéologie de cette doctrine est fondé sur la thèse moralisante suivante : « Le modèle américain est le meilleur. Il est le plus humain. Il doit prévaloir partout dans le monde. » Cette thèse est détachée de la complexité des processus d’évolution des formations sociétales. Ce pilier entend élever au niveau de l’universel, les valeurs occidentales développées par le système capitaliste et notamment par la culture américaine individualiste et fondée sur les vertus de la consommation , du marchandisage de tout et du mercantilisme. Ce sont ces valeurs qui doivent prévaloir à l’échelle du monde. C’est à partir d’elles que seront jugés les peuples, les sociétés et les Etats. Les peuples et les Etats qui adoptent de telles valeurs et s’y inscrivent, représentent l’axe du Bien, tous les autres l’axe du Mal. Ces valeurs que sont la liberté , la démocratie, la libre entreprise, les droits de l’homme etc. sont traduites au niveau de leur expression concrètes par des acceptions transcendant les réalités historiques qui doivent, elles, se rattacher à chaque situation concrète et à laquelle ils doivent en principe correspondre . Jesse Helms, Sénateur et président de la commission des relations extérieures du Sénat déclarait dans un discours devant l’American Entreprise Institute le 11 janvier dernier : « Nous devons aider le Président à concrétiser sa conception du conservatisme à visage humain…La tendance mondiale à l’instauration de l’Etat de droit, à la démocratie , à la société civile et à la libre entreprise rencontre encore des poches de résistance dans bien de régions. Notre défi en ce début de millénaire doit consister à renforcer les progrès démocratiques de ces dix dernières années tout en exerçant des pressions accrues sur ceux qui refusent encore d’accepter l’idée que la légitimité souveraine repose sur le consentement des citoyens. ». Mais les acceptions de ces concepts d’Etat de droit. de démocratie, de liberté , de société civile , de libre entreprise, tels qu’ils sont utilisés par ces stratèges, se rattachent de fait à des réalités que l’on veut imposer et non à une prise de conscience individuelle et sociale des nécessités , non figées, certes complexes et évolutives, mais fondatrices de la citoyenneté, du civisme, de la justice sociale,  de la solidarité et de la cohésion sociale, donc de la nation et de son devenir. Une telle idéologie relève d’un mode de pensée binaire, une pensée unique,  qui appauvrit la pensée créative et créatrice et sa capacité de pénétrer et de rendre intelligible, au service de l’homme et de l’humanité, la complexité et particulièrement la complexité sociale. Nous assistons à un retour ,à cadence forcée, d’un dogmatisme idéologique primaire et asséché, qui a fait tant de mal à l’humanité particulièrement au cours du siècle dernier avec ses guerres mondiales dévastatrices , ses déportations et camps d’internement, ses goulags, son holocauste etc. Ce dogmatisme ignore, à dessein,  la richesse de la pensée de progrès, de justice sociale et de l’expérience historique des peuples et de l’humanité qu’il  entend même  éradiquer ou effacer de l’histoire et de la mémoire collective.

Colin Powell  ,un éminent architecte du reaganisme, présenté comme la colombe de l’équipe W.Bush mais qui est guidé par une certaine volonté de réalisme servant les USA, déclarait devant la chambre de représentants le 7 mars dernier comme pour expliciter cette idéologie ce qui suit : « Ce qui motive mon espoir et mon exaltation, c’est la certitude absolue que nous possédons la bonne formule : notre liberté, notre démocratie , notre modèle économique ancré dans la liberté d’entreprise, notre régime qui repose sur les droits de chaque homme et de chaque femme….Je pense donc que nous vivons une époque remplie de possibilités pour notre pays. Il n’existe aucune autre idéologie qui puisse véritablement rivaliser avec celle que nous offrons au monde. Elle est venue à bout de l’URSS. Elle change la Chine, malgré certaines difficultés qui continuent à nous préoccuper….. Ce que nous devons faire, c’est renforcer nos succès sans redouter les difficultés et les risques et utiliser la puissance qui est la nôtre - notre puissance politique, diplomatique et militaire mais surtout le pouvoir de nos idées-afin de rester engagés dans le monde ». De fait,  toute la puissance des USA est actuellement mise en branle pour diffuser et imposer une telle idéologie, y compris par la force des armes les plus sophistiquées sans exclure les armes nucléaires, comme cela est envisagé à l’encontre de l’Irak, de l’Iran et de la Corée du Nord, pays décrétés par W. Bush, dans son discours sur l’état de la nation, comme constituant présentement l’axe du mal. W . Bush va plus loin encore et affirme : « Qui n’est pas avec nous est avec les terroristes ». La puissance multidimensionnelle des USA devient, en effet, de plus en plus écrasante et les leviers par lesquels elle s’exerce et se diffuse, interpénètrent l’ensemble de notre univers planétaire et constituent un système de réseaux coordonnés et asservis de plus en plus sophistiqués et couvrant l’idéologie, l’information et la culture , l’économie et l’armement.

 

LES VECTEURS DE CETTE DOCTRINE

 

 Le vecteur de l’information mondialisée, porté aujourd’hui par l’impétueuse fougue des nouvelles techniques et technologies de l’information et de la communication (NTIC) de même que par les théories et les techniques  du management moderne, est celui qui porte au plus loin et au plus profond, en temps réel, les contenus et les formes adaptées de cette idéologie en fonctions des stratégies opérationnelles arrêtées. Il est remarquable de constater, au niveau des empires actuels de l’information audio-visuelle et écrite et des différents canaux qu’ils investissent, l’unicité ou l’homogénéisation des contenus et des orientations essentiels des messages diffusés. Il s’agit de messages orientés et filtrés ciblant des populations ou des segments du vaste marché mondial de l’information ou de l’influence  politique et idéologique. Le produit information, quelle que soit la forme qu’il prend, devient un objet de la spéculation aussi bien financière , politique et autre en fonction de sa valeur boursière du moment, peut-on dire. On est en présence, dans les pays dits développés et dans les centres des faiseurs d’opinion et des magnats de l’information écrite et audio-visuelle, d’une nouvelle race de manipulateurs de l’information se drapant du masque de la profession de journalistes et  formés dans les diverses théories et techniques du management moderne de l’information de l’école américaine. De tels manipulateurs agissent comme de véritables managers guidés par une raison d’être stratégique ,ici l’intérêt du monde dit libre et de la globalisation néo-libérale, et des objectifs stratégiques et opérationnels déclinés à partir des évolutions complexes des environnements extérieurs mais aussi intérieurs. Pour eux , le produit information doit prendre le sens découlant des stratégies retenues et l’objectivité de l’information doit épouser les formes qui crédibilisent les messages diffusés. .La forme de ce produit ou si l’on veut son emballage, déforme à l’envie son contenu réel. Une illustration de cela nous a été déjà fournie par exemple, lors de la couverture de la guerre du Golfe en 1990 et le rôle de collusion qu’y a joué CNN.On peut le montrer aussi  par tout ce qui a entouré et entoure encore les événements du 11 septembre 2001 et les prolongements militaires ,politiques et idéologiques auxquels ils ont donné lieu. L’illustration peut aussi s’appuyer sur les pénibles événements que nous vivons dans notre chair en liaison avec la Palestine et Israël .Tout est fait au niveau de l’information et de l’analyse pour ménager Sharon et Israël et pour condamner Arafat et les Palestiniens. Le cœur du problème qui est l’occupation n’est jamais mis en avant pour expliquer les véritables racines du drame. De même que toute critique adressée à Israël est taxée d’anti-sémite et déclenche le spectre de l’holocauste  .

C’est ainsi, d’autre part, que l’axe de la lutte implacable contre le terrorisme engagée par W. Bush a pris, faute d’une définition appropriée et admise communément du concept de terrorisme et de l’analyse de ses causes,  des dimensions dont l’orientation idéologique et la portée stratégique apparaissent comme relevant d’une doctrine de coercition planétaire et d’une volonté de soumettre par la force et une contrainte aux formes multiples, ceux qui n’accepteraient pas ou mettraient en cause le leadership intégral de la superpuissance occidentale. Une telle doctrine se veut relever d’une vision missionnaire  que W. Bush exprime dans son discours sur l’état de la nation comme suit : « Nous avons compris, en un seul instant, que cela sera une décennie décisive dans l’histoire de la liberté, que nous sommes appelé à jouer un rôle extraordinaire dans l’histoire de l’humanité. Le monde ne s’est jamais vu placé devant un choix aussi clair et conséquent »(traduit par nous)

De tels fondements idéologiques ont trouvé une couverture et une prise en charge philosophiques et morales de la part d’une certaine crème du corps académique et intellectuel conservateur et néo-libéral américain dont certaines de ses figures éminentes comme Francis Fukuyama ou Samuel Huntington se sont particulièrement illustrées, depuis l’écroulement de l’URSS et du système socialiste, par leurs théories réductrices,  hégémoniques et sectaires. Cette couverture a été exprimée sous la forme d’une lettre ouverte portant le titre significatif : «  Ce que sont les valeurs américaines, ce pourquoi nous luttons » rappelant à la mémoire collective américaine, pour faire diversion et par  populisme , les temps où Roosevelt engageait les USA dans la deuxième guerre mondiale contre Hitler.

 

Cette doctrine vise aussi la maîtrise par les USA de la globalisation économique et politique. Cette maîtrise est entendue au sens de contrôle des processus fondamentaux de la globalisation pour les harmoniser et les soumettre aux stratégies du néo-libéralisme et non à celles d’un marché mondial équitablement régulé. Elle est conçue comme la pierre angulaire des processus opérationnels découlant de la doctrine . Elle entend s’exercer au niveau des orientations globales devant régir le monde de même que sur les axes névralgiques qui irriguent ou qui supervisent l’ensemble des réseaux complexes de la création, de la production, de la distribution et de la consommation que sont l’énergie, la finance, la technologie, les ressources humaines High-Tech et hautement spécialisées, la recherche-développement et l’innovation. Elle procède d’une démarche fondée sur la stratégie de l’ « unilatéralisme » s’appuyant sur les diverses formes de la contrainte et le recours à la puissance armée, même si elle s’en défend , face aux différentes pressions qui voient le jour au niveau de ses alliés les plus loyaux.

 

C’est ainsi ,par exemple, que l’on assiste à une  mutation fondamentale et subtile de la fonction du G7. Ce dernier, réunissant au départ les 7 Etats occidentaux les plus puissants, était conçu  par ses initiateurs le Président français Giscard d’Estaing et le Chancelier allemand Helmut Schmidt comme un forum d’échanges sur les grands problèmes économiques et politiques mondiaux. Il a pris, au fil de ses trois dizaines de réunions, la forme d’une véritable institution mondiale orientant et manageant les affaires internationales, soutenue en permanence par des cadres formalisés comme les conférences ministérielles, les comités ad-hoc etc. . L’administration américaine y joue un rôle de chef d’orchestre qui est en même temps le compositeur de toutes les partitions fondamentales. Les lignes de forces des orientations essentielles devant être examinées et adoptées par le G7 sont initiées par les centres du pouvoir américains. Elles deviennent déjà opérationnelles pour le compte des USA bien avant leur adoption par le G7.

 

C’est ainsi aussi qu’un accent tout particulier est mis sur la stratégie énergétique et sur le contrôle à très long terme des différentes sources d’énergies renouvelables et non renouvelables. Les USA et les autres membres du G7 considèrent que le niveau élevé et la volatilité du prix du pétrole sont l’une des causes majeures des processus de récession actuels. Le G7 de Gênes n’avait-il pas préconisé des mesures pour :

a)     augmenter et diversifier l’offre énergétique,

b)    améliorer le rendement énergétique,

c)     développer les infrastructures énergétiques et stabiliser les marché pétroliers.

Cela ne procède-t-il pas de la prévention telle que préconisée par la conseillère à la sécurité, une prévention musclée qui impose et ne partage pas, qui cherche la soumission au lieu de la coopération. Une telle prévention, au plan de l’énergie, axe névralgique par excellence, explique les redéploiements en cours autour de l’Asie centrale, les nouvelles fonctions commerciales attribuées à la Russie pour affaiblir et contrecarrer l’OPEP, la guerre que l’on prépare contre l’Irak ou l’Iran de même que la tentative de déstabilisation du Président vénézuélien Chavez .

 

La Stratégie de maîtrise par les USA de la globalisation économique et politique explique aussi le rôle moteur assigné à l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce ) et les réadaptations en cours des institutions comme la Banque Mondiale (BIRD) ou le Fond Monétaire International (FMI). Ces institutions deviennent de véritables facteurs au service de l’exécution radicale des orientations du G7, c’est à dire au service d’un marché dominé par les processus spéculatifs et non au service d’un développement global équitable et justement réparti.

 

L’ONU, subissant le choc de la fin de la division du monde en deux blocs antagoniques et la perte de l’initiative des pays dits du mouvement de libération nationale, est ravalée à une chambre d’enregistrement des initiatives US comme nous le montrent ses engagements dans les Balkans, en Afghanistan ou maintenant en ce qui touche le conflit du Moyen–Orient .

 

La suprématie militaire des USA est le vecteur essentiel de la doctrine W.Bush. Cette suprématie est fondée sur une avance technologique considérable par rapport aux partenaires ou à tout ennemi potentiel ; sur une mobilité basée sur une maîtrise des mers, des airs et même de l’espace ; sur une grande capacité d’intervention rapide et sur l’efficacité de ses forces de frappes avec une capacité opérationnelle et logistique de minimisation des pertes .Alors que la fin de la guerre froide et la disparition de l’autre bloc de l’équilibre de la terreur devait signifier un développement de la détente internationale et d’un désarmement y correspondant, le congrès US, répondant aux vœux du Pentagone, augmentait sans cesse les budgets militaires au cours de la décennie 90 arrivant à une moyenne annuelle de 260 milliards de dollars. Un tel budgets a été porté cette année par l’administration Bush à 329 milliards de dollars et le secrétaire d’Etat à la défense, Donald Rumsfeld demande encore une augmentation de 48 milliards . Les USA  sont passés de 37% en l’an 2000 des dépenses militaires mondiales (756 milliards de dollars US),  à 40% cette année. En 2000 les dépenses militaires de la Russie s’élevaient à 6% du total mondial ,celles de la France à 5%, celles de la Chine à 3%. Ainsi les USA dépensent pour leur armée autant que les neuf pays du monde les plus importants .Il s’agit là d’un déséquilibre effrayant fortifié d’une manière accéléré depuis l’effondrement de l’autre superpuissance. Que peut-il signifier sinon une volonté d’occupation du terrain « libéré » et une stratégie de domination. L’accentuation de cette tendance depuis les événements du 11 septembre 2001 montre, à l’évidence, que l’objectif central poursuivi n’est pas seulement l’éradication du terrorisme, si tenté qu’on  puisse en venir à bout sans s’attaquer à un traitement de fond et adapté de ses causes profondes. Ce qui est visé, c’est la pax américana mondiale telle que W.Bush l’a formulée dans sons discours sur l’état de la nation : « Nous avons une grande occasion durant cette phase de guerre de conduire le monde vers des valeurs (américaines !) qui apporteront une paix durable »(traduit par nous).

Nous sommes témoins, face aux dangereuses évolutions auxquelles nous assistons, d’un aiguisement sans précédent de l’arrogance de la puissance des USA. Celle-ci est alimentée par un engagement et une influence décisifs du complexe militaro-industriel revenu aux commandes réelles. Ce dernier entend faire des multinationales qu’il contrôle de même que des capacités de recherche, d’innovation et de création des Etats Unis, les  leviers sans cesse renforcés d’une domination militaire  au long cours et les placer au niveau de fonctions motrices et dirigeantes des processus d’une globalisation aux couleurs américaines  .

Nous vivons donc, avec cette doctrine de W. Bush,  des temps historiques similaires à ceux où le dogmatisme idéologique primaire  appuyé sur le populisme et la puissance militaire et économique déclenchait des processus de domination et de guerre incontrôlables et que l’humanité a payé et continue de payer chèrement.

L’humanité a plus que jamais besoin de stabilité et de paix tant  les menaces naturelles qui pèsent sur elles sont grandes comme la destruction accélérée de la stabilité des systèmes écologiques, la désertification et la rareté de l’eau, l’explosion démographique caractérisant de nombreuses régions, l’extension considérable du sou-développement, de la pauvreté, de l’analphabétisme et de l’exclusion sociale, les dislocations des nations et les résurgences ethniques et tribales, les différenciations et les divisions continentales et régionales de plus en plus aiguës etc. Les besoins pacifiques de l’humanité sont multiples et surtout immenses. Mais ses richesses , pour peu qu’on les exploite avec intelligence, justice et équité sont incommensurables.

Les stratégies de domination et de coercition des Etats et des nations n’ont jamais résolu de façon durable les problèmes des peuples. Les valeurs relevant de la culture et de la modernité ne peuvent être imposées. Elles ne peuvent être que le produit complexe de la percée de la rationalité ,de l’intelligence et du savoir dans la tradition et dans l’évolution des identités.

 

 

 

 

 

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