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L'Algérien est-il un analphabète bilingue?

Publié le par Mahi Ahmed

Une crise de la langue unique dans le monde arabe et au Maghreb

L'Algérien est-il un analphabète bilingue?

le 29.09.11

 

La langue vernaculaire prend une place importante dans le parler local. Les Algériens puisent dans la langue arabe ou française les mots qui leur plaisent, puis les triturent, les maltraitent, les torpillent jusqu’à en faire de nouveaux termes. Ils ne peuvent être compris par quelqu’un ne vivant pas sur la planète Algérie.

Comme à chaque rentrée scolaire, le ministre de l’Education nationale, en poste depuis près de 18 ans – soit une génération d’Algériens – tente de rassurer, à grand renfort de statistiques, sur la bonne santé de l’école algérienne. Après avoir pulvérisé les records de longévité, Boubekeur Benbouzid a promis, dans une intervention médiatique à Blida, de «remporter la bataille de la qualité». Une déclaration qui sonne comme un aveu d’échec.Car comment expliquer que la maîtrise de la langue, arabe ou française, baisse à mesure que le taux de réussite au baccalauréat augmente ? Les premiers à constater les dégâts sont les professeurs d’université, victimes d’affreuses migraines à chaque correction de copies.

A la question : «Quelle méthode puis-je utiliser ?», la réponse prend souvent, selon des professeurs universitaires, la tournure suivante : «La méthode puis-je utiliser est...», ou encore cette doléance écrite d’un étudiant de 2e année : «Veuilli me courige la note du module, que j’ai 10. Mercis.» Dans une tribune publiée par le journal El Watan, quatre professeurs d’université lancent un véritable cri de détresse pour sauver la jeunesse algérienne.

«Comment peut-on comparer un étudiant d’avant la ‘réforme’ qui maîtrisait relativement bien les langues tant l’arabe que le français, avec un étudiant actuel qui a toutes les difficultés à construire une phrase simple et cohérente surtout dans la langue de Molière. En réalité, l’école algérienne s’est tellement détériorée qu’elle produit, aujourd’hui, des étudiants universitaires, dont une part appréciable n’a même pas le niveau du primaire !», est-il précisé dans cet appel signé de MM. Hirche, Ouchène, Tighersine et Chetmi. Selon eux, l’étudiant est au stade de l’enfant incapable de produire une phrase complète : sujet, verbe, complément.

Abderrazak Dourari, linguiste, relate comment l’ancien ambassadeur américain, en visite au vice-rectorat de la coopération de l’université d’Alger, a éprouvé des difficultés de trouver quelqu’un pour lui parler correctement en arabe scolaire ou en anglais, alors que lui parlait un peu l’arabe algérien. Si des universitaires n’arrivent pas à écrire correctement, ce qui est le moins qu’on puisse exiger d’eux, que dire de ceux qui s’arrêtent en milieu de parcours ? Il faut admettre que la langue vernaculaire prend une place importante dans le parler local.

Les Algériens puisent dans la langue arabe ou française les mots qui leur plaisent, puis les triturent, les maltraitent, les torpillent, jusqu’à en faire de nouveaux termes, qui ne peuvent être compris par quelqu’un ne vivant pas sur la planète Algérie. Cette machine à broyer les mots est somme toute sympathique – les barbarismes étant un baromètre testant le dynamisme d’une langue – si ses utilisateurs parvenaient à construire des phrases correctes dans une langue plus soutenue.

Nabila, jeune cadre dans une entreprise privée, dit avoir été ébahie de voir les artisans de la révolution tunisienne, jeunes et vieux, parler avec éloquence à la télévision. «Même leurs adolescents parvenaient à développer une réflexion soutenue, sans renier leur accent et leur dialecte. C’est là qu’on se rend compte du naufrage de l’école algérienne», dit-elle. Interrogé, un groupe de jeunes élèves, au lycée El Idrissi, à Alger, explique ne pas vouloir parler le français, langue des «papiche» ni l’arabe, celle des «chioukha», les professeurs s’entend. «Laisse tomber, on nous sert n’importe quoi à l’école. Ce que nous apprenons à l’école n’a rien à voir avec ce dont on a vraiment besoin (ma âalaqech)», affirme Hamid, dit Mimo.

Le degré zéro de la réflexion

Mais le pire est que les jeunes ont perdu jusqu’au sens de la réflexion. Les causeries sont faites d’un enchaînement de phrases sans queue ni tête. N’ayant jamais tenu un livre entre les mains, il serait totalement absurde d’attendre d’eux de s’imprégner de la philosophie des lumières ou même celle des grands penseurs de la civilisation arabo-musulmane. Les phrases de nos jeunes sont ainsi ponctuées d’interjections du genre «yetsema… rak chayf» (tu vois ce que je veux dire) ou «alabalek kifech» (tu sais comment ça se passe), coupant court au débat et leur évitant d’exprimer une idée précise.

D’après Abderrazak Dourari, «l’enseignement de la langue arabe scolaire dans nos lycées et nos universités a été coupé du patrimoine rationnel de cette langue autrefois médiatrice d’une brillante civilisation qui a éveillé l’Occident grâce à la qualité de sa pensée, apprise chez Averroès et transmise par les traductions de Saint Thomas d’Aquin».
Un professeur d’université cite l’exemple d’un étudiant en troisième année universitaire, soit un licencié potentiel, qui, à une question portant sur l’apport et l’originalité de la civilisation grecque, répond : «Les originalités de la cevelesation grecque (remarquez que la question était écrite !) : les grecques sont horigine berbère sont des juifs sont venu après les phénicienons qui ont des syrien et des gordaniens et surtau des libans…»

Si ce n’était pas le côté dramatique de cette situation, cela prêterait à rire. Selon les auteurs du texte publié par El Watan, une partie importante de nos étudiants sait à (grand) peine lire et écrire correctement et, partant de là, et c’est le plus grave, à développer une réflexion soutenue. Contacté, un conseiller au ministère de l’Education nationale a affirmé qu’un projet de réhabilitation de la lecture est en préparation, en collaboration avec le département de la Culture. «Mais les résultats ne seront perceptibles que d’ici 10 à 15 ans», nous dit-on. D’ici là, il sera peut-être trop tard.

A qui la faute ? A Benbouzid qui a mis en place une réforme trop ambitieuse mettant en avant des matières comme la géographie, l’histoire, la musique au détriment de l’écriture ? Aux caciques du FLN qui, par une doctrine arabo-baâathiste importée, ont mis en place un processus d’arabisation incohérent ? A ces enseignants qui, dans certains cas, ne maîtrisent pas eux-mêmes parfaitement la langue qu’ils sont censés transmettre ? Au ministère de la Culture, qui n’a rien fait pour rendre le livre accessible afin de pallier les insuffisances de l’école ?

A ces pseudo-intellectuels qui ont érigé des barricades entre arabophones et francophones, favorisant un débat passionné et stérile ? A l’ENTV qui apparaît, aux yeux des Algériens, comme une télévision destinée à des extraterrestres, leur parlant un langage qu’ils ne comprennent pas ? Au nom d’un principe faussement nationaliste, soutenu par un amateurisme éclatant dans la gestion de l’école algérienne, l’avenir d’un pays a été mis en danger…

Amel Blidi

http://www.elwatan.com/entretien/abderrazak-dourari-la-politique-linguistique-a-inculque-la-haine-de-soi-29-09-2011-141508_121.php

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«La liberté de conscience est la première des libertés»

Publié le par Mahi Ahmed

Nadia El Fani. Réalisatrice de laïcité, inch’allah !

«La liberté de conscience est la première des libertés»

le 21.09.11

Documentaire de 1heure 12 minutes, Laïcité, Inch’Allah , réalisé par Nadia El Fani et qui a obtenu le Grand prix international de la laïcité 2011, sera diffusé dans les salles en France le 21 septembre.  

«C’est un film sur la tolérance, un appel pacifique à la possibilité pour chacun et chacune de choisir et d’exprimer librement ses opinions, ses croyances et sa manière de vivre», est-il signalé dans le dossier de presse de présentation du film. «Et si pour une fois, par la volonté du peuple, un pays musulman optait pour une Constitution laïque, alors les Tunisiens auraient vraiment fait ‘‘la révolution’’.» C’est le souhait qu’exprime Nadia El Fani dans une note d’intention accompagnant son film et qui s’en est ouverte à El Watan.


-Laïcité, Inch’Allah !, c’est un projet de société ?

C’est ce que je développe dans le film. Quel projet nous avons pour la Tunisie et comment continuer à vouloir que la Tunisie reste dans la modernité et refuser la régression, parce que, pour moi, si les islamistes gagnent du terrain, ce sera le début de la régression.

-Est-ce que la société tunisienne, et pas seulement les cercles citadins, est réceptive à ce projet et est-elle prête à se battre pour le réaliser ?

Ce qui est un peu différent pour la société tunisienne par rapport aux deux autres grands pays maghrébins, le Maroc et l’Algérie, c’est l’existence d’une importante classe moyenne qui est habituée aux pratiques laïques dans son quotidien et dans l’histoire de la Tunisie, puisque Bourguiba avait instauré des pratiques laïques. Je le rappelle un peu dans le film, Bourguiba avait empêché que pendant le Ramadhan soient aménagés des horaires spéciaux, il avait même exhorté le peuple, dans un discours en 1961, dont je n’ai malheureusement pas retrouvé d’images, à ne pas faire le Ramadhan en disant que le plus grand des djihads, c’est le djihad du développement, et qu’économiquement, le Ramadhan coûte cher au pays de par la baisse de la productivité qu’il entraîne.

-Mais qu’aujourd’hui, comme on le voit dans votre film, les «dé-jeûneurs» soient dans l’obligation de se cacher, est-ce que ce n’est pas un recul par rapport à cette position de Bourguiba ?

Bien sûr. Ben Ali est à l’origine de ce recul ; dès qu’il est arrivé au pouvoir, la première décision qu’il a prise, c’est la diffusion de l’appel à la prière à la télévision. C’était le début des concessions aux islamistes. Non seulement il a voulu autoriser Ennahdha, avant de l’interdire par la suite, et de réprimer très durement ses membres, mais il a tenté de s’allier aux islamistes.Il faut rappeler aux Tunisiens que Ben Ali a instrumentalisé la religion pour mieux donner des gages aux islamistes.

Et c’est peut-être ce qui explique en partie que s’ils ont eu une certaine assise lorsqu’ils sont revenus sur la scène publique, après la révolution de janvier 2011, c’est parce qu’on leur avait donné satisfaction sur beaucoup de points, en commençant à cacher les gens qui «dé-jeûnaient» pendant le Ramadhan, alors que sous Bourguiba, les cafés et restaurants continuaient à rester ouverts. A partir des années 1980, l’alcool commençait à être interdit dans les lieux publics pendant le Ramadhan.

-Vous dites que la classe moyenne a une pratique de la laïcité, est-ce aussi le cas en dehors des grandes villes ?  

Les Tunisiens vivent en grande partie en milieu urbain aujourd’hui, même dans la Tunisie de l’intérieur il y a de moins en moins de gens qui vivent isolés, dans des douars. Ceux-là n’ont pas accès à d’autres visions de la société, mais ceux qui vivent en ville, je pense qu’ils sont prêts - c’est ce qu’ils disent - à «tolérer» ; moi, je n’aime pas ce terme, des pratiques différentes en avançant le terme de respect. C’est le rôle des intellectuels, des artistes et des partis politiques progressistes d’expliquer aux gens que le respect va dans tous les sens, on respecte les pratiques religieuses des pratiquants, mais les religieux doivent respecter ceux qui ne le sont pas.

-La laïcité est une priorité aujourd’hui…

Je pense que c’est un vrai enjeu de société, parce que si ça ne l’était pas, je ne vois pas comment expliquer la virulence et la violence des attaques islamistes à l’égard de mon film. Pour les islamistes, c’est une menace, et pour nous, ce serait entrer définitivement dans la modernité et de plain-pied dans le troisième millénaire. On est rentrés dans la modernité en faisant la première révolution du monde arabe du troisième millénaire, mais aujourd’hui, il faut qu’on continue sur cette voie. Si on veut achever le travail qui a été accompli le 14 janvier, il faut voter pour une Assemblée constituante en faveur de la laïcité, soit de la séparation de la religion et de l’Etat.

-N’y a-t-il pas là aussi un travail d’explication et de clarification à faire autour du concept de laïcité ?  

On a été pris de vitesse par les islamistes qui ont réussi, aidés par leurs chaînes satellitaires aussi, à faire croire au peuple tunisien, comme à tous les autres peuples arabes, que la laïcité imposerait l’athéisme à toute la population et les progressistes ont aujourd’hui du mal à contrer cette idée reçue.

-Pourtant, la laïcité protège la pratique religieuse…

C’est ce que dit un intervenant dans un débat dans le film ; à la fin, il dit que la laïcité, c’est un ensemble de règles qui régissent la façon dont on va vivre et que la laïcité protège la religion parce que le politique pervertit la religion comme la religion pervertit la politique.
Que disent les Tunisiens attachés à la laïcité aux islamistes qui disent que «le Coran est notre Constitution» ?
Les islamistes tunisiens vont abandonner ce slogan parce que cela ne marche pas. Pendant la révolution, ils étaient absents de la lutte alors qu’ils ne l’étaient pas en Egypte.

-Ils ont toutefois vite occupé le terrain…

Parce qu’ils ont eu énormément d’argent, ce sont eux qui ont réussi à s’organiser le mieux, d’abord parce qu’ils étaient préparés, ils manient très bien les outils de communication, ils ont des gens qui ne font que cela, travailler sur Internet toute la journée.

-Les Tunisiens sont-ils prêts à la laïcité ?

Ils sont d’accord pour que la religion soit séparée de l’Etat, il y a les  pro-Ennahda qui représentent, paraît-il, 25%, cela laisse 75% qui ne sont pas pour que la religion régisse notre vie, et là-dessus, effectivement, il va falloir se battre au niveau des idées ; est-ce qu’ils étaient prêts à la parité, pourtant, la parité on l’a fait voter. Ce qui est triste, c’est de voir que les plus conformistes, les plus pro-islamistes, ce sont les jeunes et, en même temps, il faut en analyser les raisons, c’est la génération qui n’a connu que Ben Ali, et la seule force politique organisée au régime de Ben Ali, c’est l’opposition islamiste, les progressistes étaient absents pour diverses raisons.

C’est facile d’embrigader les gens par des prêches tendancieux et ambigus, en faisant du social dans les quartiers parce qu’on a de l’argent, la gauche personne ne la finance. Quand on a voté l’interdiction du financement étranger pour les partis qui se présenteraient aux élections, Ennahda a quitté la haute instance de la révolution.

-Etes-vous confiante quant à l’issue du rendez-vous électoral du 23 octobre prochain ?

J’étais comme tout le monde au lendemain de la révolution, très euphorique et très optimiste. Et puis, après, on fait face à la réalité et on se dit que le combat n’est pas terminé, j’ai confiance en la maturité du peuple tunisien, parce que je trouve qu’il a été exemplaire dans cette révolution, il ne s’est pas laissé tromper.

-Instruit de l’expérience algérienne ?

Une expérience dramatique. Après ce qu’on a vécu avec Ben Ali, en Algérie, le pouvoir était beaucoup moins dictatorial que ne l’était le pouvoir en Tunisie. Ben Ali, c’était la répression maximum, tout le monde avait peur de parler, aujourd’hui, on voit que les méthodes des islamistes sont identiques, ils essaient de terroriser la population et d’empêcher les gens de parler, d’empêcher les cinéastes de montrer leurs films, d’empêcher des manifestations culturelles comme des pièces de théâtre.

-Vous-même avez été obligée de changer le titre initial de votre film qui était Ni Allah ni maître ?

Le titre premier, je le reconnais, était provocateur, et je le revendiquais en tant que tel, parce que je considère que le rôle des artistes et des intellectuels est d’attirer l’attention et de poser des débats là où personne ne veut les poser, et ce débat sur la laïcité je voyais bien que plus on avançait et moins les partis politiques voulaient le poser parce qu’ils ont peur de rater des électeurs. Je pense que chaque fois qu’ils ont essayé de faire de la politique politicienne, les partis politiques de gauche se sont trompés, parce que la politique cela se fait avec des idées et des convictions, et peut-être qu’aujourd’hui on ne va pas gagner, mais on gagnera beaucoup en fierté et en honorabilité si on continue à nous battre pour nos valeurs, et les valeurs de la gauche, c’est la laïcité, donc je ne vois pas pourquoi la gauche a peur de dire qu’elle est pour la laïcité et essaie de faire croire qu’on ne va jamais changer l’article 1 de la Constitution.

-Vous êtes en procès pour votre film…

De la part des islamistes. Après l’attaque du cinéma qui projetait mon film, il y a eu une grande campagne de soutien de la presse écrite, et comme ils ne savaient pas quoi faire, les islamistes ont dépêché trois de leurs avocats à la télévision qui ont annoncé qu’ils n’avaient pas vu le film, mais qu’ils portaient plainte contre moi pour atteinte au sacré, pour atteinte aux bonnes mœurs et pour atteinte à un précepte religieux. Trois plaintes que le procureur de la République a reçues.

-Cela ne veut-il pas dire que la justice est réceptive aux adversaires des défenseurs de la laïcité ?    

Pendant toutes ces années de dictature, les islamistes ont creusé le terrain, ils avaient compris que, pour se défendre, il fallait des avocats islamistes qu’ils ont financés, beaucoup sont militants d’Ennahda. Cela étant, parmi les avocats, beaucoup sont progressistes et ont participé massivement à la révolte de janvier 2011. Un comité d’avocats s’est créé pour me défendre, avec, à leur tête, le président d’un parti libéral de droite. Les islamistes prétendent que j’attaque l’Islam et que j’insulte les musulmans, c’est faux. Ils n’ont pas vu le film. Je suis passée à la télévision et j’ai dit ce que je dis dans le film, que je ne crois pas en Dieu et que je n’ai aucune raison de me soumettre à une loi divine que je ne reconnais pas. Et pour eux, c’est faire acte d’apostasie, sauf que ces gens oublient que si on ne reconnaît pas la loi divine, on n’a aucune raison de se soumettre à cette loi-là.

La loi tunisienne n’a jamais obligé qui que ce soit à croire en Dieu et reconnaît la liberté de conscience, et pour moi, la liberté de conscience, c’est la première des libertés pour qu’après, chacun puisse être maître de ses choix politiques. Je ne les empêche pas de défiler en criant «Allah Akbar», je ne vois pas pourquoi ils m’empêcheraient de dire que je ne crois pas en Dieu.

-Vous êtes de ceux qui disent «Je suis libre et je n’ai pas peur»…

Oui, et comme le disait Tahar Djaout aussi : «Si tu parles tu meurs, si tu te tais tu meurs, alors parles et meurs.»
 

Grand prix de la laïcité 2011

Le film dont le titre initial était Ni Allah ni maître a été projeté à Cannes le 18 mai 2011 après avoir fait la clôture de DOC à Tunis le 24 avril 2011.
Le tournage du film a commencé trois mois avant la révolution tunisienne et s’est poursuivi au lendemain du 14 janvier 2011. La laïcité, Inch’Allah  ! est produit par K’ien Productions (Paris/France) et Z’Yeux Noirs Movies (Tunis/Tunisie) et distribué par Jour2Fête.

Nadjia Bouzeghrane

http://www.elwatan.com/entretien/la-liberte-de-conscience-est-la-premiere-des-libertes-21-09-2011-140591_121.php

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Contre la banalisation et la normalisation de l'ingérencePierre Lévy

Publié le par Mahi Ahmed

Contre la banalisation et la normalisation de l'ingérence<br>Pierre Lévy

Donnerstag, 29. September 2011, 19:24:45 | Comité Valmy

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En avril dernier, Ignacio Ramonet proposait dans (les colonnes de Mémoire des Luttes) un texte intitulé « Libye, le juste et l'injuste ». La guerre avait été lancée quelques semaines plus tôt, inaugurée par des appareils français qui, les premiers, eurent l'honneur de déverser leurs bombes sur Tripoli. Ce 19 mars, « une onde de fierté parcourt l'Elysée » rapportait alors Le Monde [1]. A ce moment, les experts et commentateurs n'en doutaient pas : en quelques jours, quelques semaines au plus, le pays serait débarrassé du « tyran » grâce à au soulèvement populaire attendu, facilité par le coup de pouce aérien de la coalition, tout cela illuminé par la sage aura de Bernard-Henri Lévy.

Dans son texte, Ignacio Ramonet prenait certes ses distances avec l'OTAN. Il n'en estimait pas moins, dès sa première phrase : « Les insurgés libyens méritent l'aide de tous les démocrates ». Dieu soit loué, certains démocrates n'ont pas lésiné sur l'aide : en cinq mois, plus de 15 000 sorties aériennes ont permis d'offrir quelques milliers de tonnes de bombes, sans parler des missiles dernière génération, des forces spéciales terrestres sous forme d'instructeurs – un cadeau en principe prohibé, mais quand on aime, on ne compte pas. Seule comptait l'issue : victoire Total.

Le jeu de mots est certes facile ; il est cependant inévitable, notamment depuis que Libération [2] a révélé la lettre aux termes de laquelle le Conseil national de transition (CNT) s'était engagé à accorder 35% des concessions du pays au groupe pétrolier « en échange » (c'est le terme employé) de l'engagement militaire français (un document qui a naturellement fait l'objet d'un démenti précipité du Quai d'Orsay). Noble cause que celle du combat pour la liberté des peuples. Au demeurant, cela n'a pas échappé à l'auteur, qui note, à la fin de son article : « L'odeur de pétrole de toute cette affaire empeste ».

Certes. Mais pour autant, il reprend à son compte l'approche d'ensemble des dirigeants occidentaux et des médias qui leur sont liés. En particulier le schéma qui analyse le soulèvement libyen comme partie prenante du « printemps arabe ». Or une telle approche globalisante fait fi de chaque réalité nationale. En l'espèce, elle induit même un contresens.

En Tunisie puis en Egypte, les mouvements populaires, qui n'étaient certes pas réductibles l'un à l'autre, ont cependant revêtu d'importants points communs. Sur le plan intérieur, la mobilisation a vu converger les classes populaires et ce qu'il est convenu d'appeler les « classes moyennes », dans un mouvement dont les exigences sociales étaient inséparables des objectifs démocratiques ; dans chacun de ces deux pays, les luttes et grèves ouvrières des dernières années – durement réprimées – ont constitué un terreau essentiel au développement du mouvement, le tout sur fond d'une pauvreté massive.

Sur le plan extérieur, Zine el-Abidine Ben Ali comme Hosni Moubarak étaient sans conteste des marionnettes du camp occidental, dont ils ont toujours été partie intégrante, tant géopolitiquement, économiquement, qu'idéologiquement.

Fort différente était la situation libyenne. Sur le plan social, tout d'abord : le pays était, de très loin, le plus avancé d'Afrique selon le critère de l'Indice de développement humain (IDH). Il est à cet égard saisissant de compulser les statistiques fournies par le PNUD [3], que cela concerne l'espérance de vie (74,5 ans – avant la guerre, s'entend), l'éradication de l'analphabétisme, la place des femmes, l'accès à la santé, à l'éducation. Les subventions au niveau de vie et à la protection sociale étaient très substantielles. Point n'est besoin de faire partie du fan-club de Mouammar Kadhafi pour rappeler cela.

Par ailleurs, de par son histoire, ce dernier peut difficilement être assimilé à ses deux anciens voisins. Certes, Ignacio Ramonet note avec raison que, depuis le tournant des années 2000, il impulsa un rapprochement progressif avec les Occidentaux. Dans la dernière période, ceux-ci lui déroulèrent le tapis rouge, business oblige. Ils ne l'ont cependant jamais considéré comme « faisant partie de la famille » : trop imprévisible, et surtout n'ayant pas abandonné un discours de tonalité « tiers-mondiste », en particulier au sein de l'Union africaine au sein de laquelle il jouait un rôle tout particulier.

Pour autant, les privatisations et libéralisations mises en route ces dernières années n'ont pas été sans conséquences en termes de classe : une certaine catégorie de la population s'est enrichie, parfois considérablement, en même temps qu'elle intégrait l'idéologie libérale. Une partie de ceux-là même à qui le « Guide » avait confié la « modernisation » du pays, et les contacts privilégiés avec la haute finance mondiale (et son arrière-plan universitaire, notamment aux Etats-Unis) en sont venus à estimer que, dans ce contexte, le dirigeant historique était plus un obstacle qu'un atout pour l'achèvement du processus. Une partie des classes moyennes et de la jeunesse aisée, particulièrement à Benghazi pour des raisons historiques, a donc constitué une base sociale à la rébellion – une rébellion qui fut, dès le début, armée, et non pas constituée de foules pacifiques.

Les innombrables reportages et entretiens avec la jeunesse « anti-Kadhafi » étaient à cet égard édifiants. Le Monde [4] citait ainsi ces jeunes femmes aisées qui criaient « pas de lait pour nos enfants, mais des armes pour nos frères ». Un slogan qui eût probablement stupéfié les manifestants égyptiens. Et qui illustre en tout cas l'absurdité d'une analyse globalisante.

Bref, une absence de revendications sociales, voire une exigence de « plus de liberté économique » ; des appels – pas systématiques, mais fréquents cependant, et qui se confirment aujourd'hui – à une application plus stricte de la « loi islamique » ; des chefs du CNT étroitement liés au monde des affaires occidental, voire formés par lui ; et un mouvement qui n'a pu l'emporter que par la grâce des bombardements otaniens – tout cela ne s'appelle pas précisément une révolution. Symboliquement, le « nouveau » drapeau libyen est l'ancien oriflamme de l'ex-roi Idris Ier, renversé en 1969. Dès lors, le terme qui vient à l'esprit serait plutôt une contre-révolution.

Si on retient cette hypothèse – ne serait-ce qu'au titre du débat – alors l'optique change quelque peu. Cela ne signifie certes pas que les insurgés décidés à liquider Mouammar Kadhafi soient tous des agents occidentaux : beaucoup sont certainement sincères. Mais nombres de Chouans aussi l'étaient, lors des guerres de Vendée. Nombre d'entre eux furent cependant massacrés – parfois aveuglément, mais à bon droit si l'on voulait sauver la jeune Révolution.

En matière de « massacres », du reste, il ne semble pas que les protégés des puissances alliées aient beaucoup à apprendre, c'est le moins qu'on puisse dire. Cela vaut en particulier pour les véritables pogroms qui se sont déroulés – et se déroulent peut-être toujours – à l'encontre des civils à peau noire. Présentés comme des « bavures » par les médias occidentaux faute d'avoir pu être totalement passés sous silence, il semble bien que leur ampleur dépasse très largement ce qui nous fut montré. Surtout, ils témoignent d'un racisme de classe, puisque, Libyens ou immigrés, les Noirs formaient les gros bataillons de ce qu'on pourrait appeler, au sens large, la classe ouvrière, peu en odeur de sainteté parmi les insurgés, en Cyrénaïque particulièrement.

Pour autant, la « protection des civils » n'est pas seulement un sommet d'hypocrisie de la part des dirigeants occidentaux. Elle constitue surtout le chausse-pied de l'ingérence, en absolue contradiction avec le principe fondateur de la Charte des Nations unies : la souveraineté et l'égalité en droit de chaque Etat.

C'est ce principe éminemment progressiste que défendent à bon droit les dirigeants cubains, vénézuéliens et bien d'autres latino-américains, au grand dam de l'auteur. Ce dernier dénonce ainsi l'« énorme erreur historique » qu'aurait constitué leur refus de prendre parti en faveur des rebelles. En adoptant cette attitude, ils apportent au contraire la plus grande contribution qui se puisse imaginer à l'émancipation sociale et politique des peuples. Il est vrai qu'en matière d'ingérence, l'historique sollicitude des Yankee à l'égard de leurs voisins du sud les a vaccinés.

Caracas, La Havane, et d'autres sont accusés par Ramonet de pratiquer une « Realpolitik » selon laquelle les Etats agissent en fonction de leurs intérêts. Heureusement qu'il en est ainsi ! Car l'intérêt d'Etat du Venezuela, de Cuba, et des pays latino-américains (et tout particulièrement des progressistes) est bien de se défendre contre la « légalisation » de l'ingérence qui n'a d'autre objet que de justifier l'immixtion des puissances impériales dans les affaires des autres.

Ignacio Ramonet loue donc la résolution onusienne 1793 autorisant l'emploi de la force contre Tripoli. Il voit dans l'aval préalable de la Ligue arabe un surcroît de légitimité à ce texte. Singulière approche : cette organisation, dont l'inféodation étroite aux Occidentaux n'est pas un secret, ne s'était pas jusqu'à présent illustrée par son engagement concret en faveur de la liberté des peuples (et du peuple palestinien en particulier). Dominée par des poids lourds aussi progressistes que l'Arabie saoudite, elle est un référent incontestable dès lors qu'il s'agit de promouvoir la démocratie…

L'auteur ajoute que « des puissances musulmanes au départ réticentes, comme la Turquie, ont fini par participer à l'opération ». Faut-il comprendre qu'une puissance musulmane a une légitimité toute particulière pour bénir le vol des Rafale et autres Mirage ? Voilà, en tout cas, qui fera plaisir aux Kurdes.

Enfin, pour achever de fustiger Chavez, Castro ou Correa, Ramonet rappelle que « de nombreux dirigeants latino-américains (avaient) dénoncé, à juste titre, la passivité ou la complicité de grandes démocraties occidentales devant les violations commises contre la population civile, entre 1970 et 1990, par les dictatures militaires au Chili, Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay ».

Rappelons à cet égard ce que l'auteur sait mieux que quiconque : en fait de « passivité » ou de « complicité » des « démocraties occidentales », c'est en réalité à l'instigation directe de celles-ci, et avec leur concours actif, que les coups d'Etat sanglants ont été menés à bien. Pour autant, l'on ne sache pas qu'à l'époque, les démocrates de ces pays aient sollicité des raids aériens sur Santiago, ou l'envoi de commandos à Buenos-Aires. C'est par eux-mêmes – et jamais de l'extérieur – que les peuples se libèrent.

Au-delà du cas libyen, c'est bien ce point, le plus essentiel, qui mérite débat entre tous ceux qui se reconnaissent dans le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes – ce qu'on appelait jadis l'anti-impérialisme. Jadis ? En fait jusqu'à ce que la chute de l'URSS et du pacte de Varsovie ouvre la voie à la reconquête de la totalité de la planète par le capitalisme, ses dominations et ses rivalités impériales. Et ne laisse d'autres choix aux pays que de s'aligner sur les canons (au sens religieux) des droits de l'homme, de l'Etat de droit et de l'économie de marché – trois termes devenus synonymes ; ou de se placer sous le feu des canons (au sens militaire) des gendarmes planétaires autoproclamés toute honte bue « communauté internationale ».

A cet égard, on peut évoquer une scène qui se déroula à Bruxelles, lors du sommet européen des 24 et 25 mars dernier. Il est près d'une heure du matin. Le président français déboule dans la salle de presse. Interrogé sur les bombardements engagés cinq jours plus tôt, il jubile : « C'est un moment historique. (…) ce qui se passe en Libye crée de la jurisprudence (…) c'est un tournant majeur de la politique étrangère de la France, de l'Europe et du monde ».

Nicolas Sarkozy dévoilait là en réalité ce qui est probablement l'objectif le moins visible, mais le plus lourd, de la guerre engagée. Le matin même, le conseiller spécial du secrétaire général de l'ONU qualifiait également d'« historique » la résolution mettant en œuvre la « responsabilité de protéger », pour la première fois depuis l'adoption de ce redoutable principe en 2005. Edward Luck poursuivait : « Peut-être notre attaque contre Kadhafi (sic !) est-elle un avertissement à d'autres régimes » [5].

Certes, en matière d'ingérence armée contre un Etat souverain, ladite « communauté internationale » (à géométrie variable) n'en est pas à son coup d'essai. Mais c'est la première fois que le Conseil de sécurité de l'ONU donne son feu vert explicite, et que le secrétaire général de celle-ci, Ban Ki-moon, joue un rôle actif dans le déclenchement des hostilités. Il faut bien mesurer la portée d'une telle situation : la mise en cause brutale de la souveraineté des Etats légalisée – à défaut d'être légitime. Les oligarchies planétaires dominantes, qui ont pour horizon ultime une « gouvernance mondiale » sans frontière ont ainsi marqué un point considérable : l'interventionnisme (« préventif », précise même M. Luck) peut être désormais la règle.

Cette conception, qui contredit explicitement la Charte des Nations unies, constitue une bombe à retardement : elle sape le fondement même sur lequel celle-ci avait été écrite et pourrait signifier un véritable retour à la barbarie dans l'ordre des relations internationale.

Car la défense sans compromis du principe de non-ingérence ne relève en rien d'un culte intégriste, archaïque et obtus, mais d'abord d'une raison de principe : c'est à chaque peuple, et à lui seul, de déterminer les choix qui conditionnent son avenir, faute de quoi c'est la notion même de politique qui est vidée de son sens – et ce, quels que soient les chemins dramatiques que celle-ci doit parfois affronter.

Il en va de l'ingérence exactement comme de la torture : en principe, les gens civilisés sont contre l'emploi de cette dernière – mais il se trouve toujours quelqu'un pour affirmer qu'« en des cas extrêmes », on doit pouvoir faire une exception (« pour éviter des attentats meurtriers » disait-on lors des « événements » d'Algérie ; pour « éviter le massacre de civils », justifie-t-on aujourd'hui à l'Elysée et ailleurs). Or tout le prouve : dès lors qu'on admet une exception, on en admet dix, puis cent, car on a accepté le débat sordide qui met en balance les souffrances infligées à un supplicié et les gains qu'on en attend, toujours présentés sous un jour humaniste. Il en va de même avec le respect de la souveraineté : une seule exception mène à l'éradication de la règle.

Il n'y a aucune – aucune ! – circonstance qui justifie l'ingérence. Quand bien même Nicolas Sarkozy mènerait une politique totalement contraire aux intérêts de son pays et de son peuple (hypothèse absurde, bien sûr), cela ne justifierait en rien que les avions libyens – ou bengalais, ou ghanéens – ne descendent en piqué sur les Champs-Élysées.

A cet égard, on reste perplexe devant l'affirmation selon laquelle « l'Union européenne a une responsabilité spécifique. Pas seulement militaire. Elle doit penser à la prochaine étape de consolidation des nouvelles démocraties qui surgissent dans cette région si proche ». Force est de constater que Ramonet reprend mot pour mot les ambitions affichées par Bruxelles. Passons sur le « pas seulement militaire » qui signifie, si les mots ont un sens, que l'UE serait fondée à intervenir aussi militairement. Mais cette « responsabilité spécifique » dont ne cessent de se réclamer les dirigeants européens, qui donc leur aurait confiée ? La « bienveillance » qui échoirait naturellement au voisinage et à la puissance ? Voilà précisément la caractérisation même d'un empire – fût-il ici en gestation.

On ne peut s'empêcher de penser au discours que tint à Strasbourg l'actuel président de la République – c'était en janvier 2007, il était en campagne et entendait confirmer son engagement d'« Européen convaincu ». Il exaltait alors « le rêve brisé de Charlemagne et celui du Saint Empire, les Croisades, le grand schisme entre l'Orient et l'Occident, la gloire déchue de Louis XIV et celle de Napoléon (…) » ; dès lors, poursuivait Nicolas Sarkozy, « l'Europe est aujourd'hui la seule force capable (…) de porter un projet de civilisation ». Et de conclure : « je veux être le président d'une France qui engagera la Méditerranée sur la voie de sa réunification (sic !) après douze siècles de division et de déchirements (…). L'Amérique et la Chine ont déjà commencé la conquête de l'Afrique. Jusqu'à quand l'Europe attendra-t-elle pour construire l'Afrique de demain ? Pendant que l'Europe hésite, les autres avancent ».

Ne voulant pas être en reste, Dominique Strauss-Kahn appelait de ses vœux, à peu près à la même époque, une Europe « allant des glaces de l'Arctique au nord jusqu'aux sables du Sahara au sud (…) et cette Europe, si elle continue d'exister, aura, je crois, reconstitué la Méditerranée comme mer intérieure, et aura reconquis l'espace que les Romains, ou Napoléon plus récemment, ont tenté de constituer ». Du reste, la plus haute distinction que décerne l'UE a été baptisée « prix Charlemagne » – indice de ce que fut l'intégration européenne dès son origine, et n'a jamais cessé d'être : un projet nécessairement d'essence impériale et ultralibérale.

Le débat ne porte donc pas sur le point de savoir si le colonel Kadhafi est un enfant de chœur exclusivement préoccupé du bonheur des peuples, mais bien sur ce qui pourrait caractériser le monde de demain : le libre choix de chaque peuple de déterminer son avenir, ou la banalisation et la normalisation de l'ingérence, fût-ce sous les oripeaux des « droits de l'Homme » ?

Car il faut rappeler une évidence : l'ingérence n'a jamais été, et ne sera jamais, que l'ingérence des forts chez les faibles. Le respect de la souveraineté est aux relations internationales ce que l'égalité devant le scrutin – un homme, une voix – est à la citoyenneté : certes pas une garantie absolue, loin s'en faut, mais bien un atout substantiel contre la loi de la jungle. Celle-là même qui pourrait bien s'instaurer demain sur la scène mondiale.

Et si tout cela parait trop abstrait, l'on peut revenir à l'histoire récente de la Libye. Après avoir été pendant des années soumis à l'embargo et traité en paria, le colonel Kadhafi a opéré le rapprochement évoqué ci-dessus avec l'Ouest, ce qui s'est notamment concrétisé, en décembre 2003, par le renoncement officiel à tout programme d'armement nucléaire en échange de garanties de non-agression promises notamment par Washington. Force est de mesurer, huit ans plus tard, ce que valait cet engagement : il a été tenu jusqu'au jour où l'on a estimé qu'on avait des raisons de le piétiner. Du coup, aux quatre coins du globe, chacun est à même de mesurer ce que vaut la parole des puissants, et quel prix ils accordent au respect des engagements souscrits.

Les dirigeants de la RPDC (Corée du Nord) se sont ainsi félicités publiquement de ne pas avoir cédé aux pressions visant à leur faire abandonner leur programme nucléaire. Ils ont eu raison. Il serait logique qu'à Téhéran, à Caracas, à Minsk et dans bien d'autres capitales encore, on tire également les conséquences qui s'imposent. Ce serait même parfaitement légitime.

A peine quelques mois avant la Libye, il y eut la Côte d'Ivoire – autre fierté sarkozienne : déjà le Conseil de sécurité de l'ONU y avait béni la politique de la canonnière, au seul prétexte de l'irrégularité alléguée d'une élection – une première !

Et déjà les Occidentaux briquent leurs armes (militaires et idéologiques) pour de prochaines aventures. Ainsi « Paddy » Ashdown – qui fut notamment Haut Représentant de l'Union européenne en Bosnie-Herzégovine pendant quatre ans… – vient-il de confier au Times [6] qu'il convenait désormais d'adopter et de s'habituer au « modèle libyen » d'intervention, par opposition au « modèle irakien » d'invasion massive, qui a montré ses insuffisances.

Pour sa part, le secrétaire général de l'OTAN, plaidait, le 5 septembre, pour que les Européens intègrent mieux leurs moyens militaires en cette période de restrictions budgétaires. Car, pour Anders Fogh Rasmussen, « comme l'a prouvé la Libye, on ne peut pas savoir où arrivera la prochaine crise, mais elle arrivera ». Voilà qui a au moins le mérite de la clarté.

A cette lumière, est-il bien raisonnable d'analyser la crise syrienne comme le soulèvement d'un peuple contre le « tyranneau » Bachar El-Assad ? Il n'est pas interdit de penser au contraire que ce dernier est en réalité « le suivant » sur la liste des chancelleries occidentales. Dès lors, n'y a-t-il rien de plus urgent, au regard même de la cause de l'émancipation des peuples, que de s'aligner, fut-ce involontairement, sur ces dernières ?

Eu égard aux engagements d'Ignacio Ramonet, on ne lui fera pas l'injure de l'assimiler à la « gauche », qui a depuis longtemps renoncé à la mémoire des luttes. Mais force est de constater qu'il se situe en l'espèce dans la foulée de cette dernière qui a sans hésiter choisi son camp dans l'affaire libyenne. Ce qui illustre une nouvelle fois ce triste paradoxe de notre époque : les forces du capital mondialisé et de l'impérialisme revigoré trouvent désormais l'essentiel de leurs munitions idéologiques à « gauche » – des « droits de l'Homme » à l'immigration, de l'écologie au mondialisme (qui est l'exact contraire de l'internationalisme). Mais cela est un autre débat.

Quoique.

Pierre Lévy

http://www.legrandsoir.info/contre-la-banalisation-et-la-normalisation-de-l-ingerence.html

 

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Abderrazak Dourari : «La politique linguistique a inculqué la haine de soi»

Publié le par Mahi Ahmed

Abderrazak Dourari : «La politique linguistique a inculqué la haine de soi»

le 29.09.11

Abderrazak Dourari est professeur en sciences du langage. Il dirige actuellement le Centre national pédagogique et linguistique pour l’enseignement de tamazight au ministère de l’Education nationale. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Les Malaises de la société algérienne, crise de langue, crise d’identité (paru aux éditions Casbah), Cultures populaires, culture nationale (l’Harmattan, Paris 2002) ainsi qu’un essai à paraître prochainement de présentation critique des «théories linguistiques de F. de Saussure à Chomsky».

-Comment expliquer aujourd’hui que beaucoup de jeunes n’arrivent plus à établir une phrase structurée, en arabe comme en français ?

Les Algériens s’expriment bien dans leurs langues maternelles (tamazight et arabe algérien) même si celles-ci évoluent comme partout dans le monde sous l’influence linguistique des autres langues, comme l’arabe scolaire, le français, l’espagnol ou même parfois l’anglais à un degré moindre.La langue arabe scolaire et le français, tout en ayant un statut particulier pour nous, ne sont pas nos langues maternelles et, à ce titre, elles sont acquises, bien ou mal, grâce ou à cause de l’école et de tout le système éducatif du primaire au doctorat. Cependant, la non-maîtrise aujourd’hui avérée des langues (où on a vu des traducteurs supposés maîtriser trois langues n’en maîtriser absolument aucune) révèle un aspect important de la déliquescence du système éducatif algérien sous-encadré et permissif, qui privilégie l’ordre public au savoir.

Contrairement aux années 1970 où le niveau universitaire était très élevé (il y avait même des enseignants américains, anglais, indiens, pakistanais, français… de très haut niveau) grâce à un niveau d’exigence scientifique correct – car la règle était claire : ce n’était pas à l’université de descendre pour prendre en charge ceux qui traînaient, mais c’était bien à ces derniers de s’élever au niveau d’exigence des universités dans tous les domaines du savoir. Les cycles infra-universitaires recevaient par conséquent un encadrement universitaire de qualité et eux donnaient un enseignement de qualité à leurs élèves…

-Le processus d’arabisation enclenché dans les années 1970 a-t-il brouillé les repères ?

La politique linguistique d’arabisation est l’une des plus absurdes et destructrices menées par un gouvernement dans le monde. On la voulait comme une opération magique. Du jour au lendemain, on voulait que tout le monde, y compris les analphabètes, parle l’arabe scolaire ! On se rappelle les débats sur «l’arabisation progressive et progressiste» pour les uns et «l’arabisation totale et immédiate» des autres.

Ce fut cette dernière qui fut menée tambour battant par les passionnés du parti unique et qui est au principe du désastre linguistique et culturel qu’on commence à reconnaître aujourd’hui. Cette politique s’est attaquée aux langues algériennes (arabe algérien et tamazight) avec autant de férocité qu’à la langue française, tant et si bien qu’elle a complexé tous les locuteurs et brisé tous les ressorts sociétaux de maîtrise de la langue française – outil indispensable pour le lien avec la rationalité et le savoir moderne.

Pour couronner le tout, cette politique n’a pas permis une meilleure maîtrise de la langue arabe scolaire, loin s’en faut, car elle a consisté essentiellement à inculquer et diffuser de manière cellulaire le conservatisme religieux et l’irrationalisme dans toutes ses formes y compris celui du style des zaouïas combattues naguère par l’association des oulémas musulmans algériens. Tant que les lycées étaient bilingues, on continuait à enseigner les idées fondatrices du mouvement du siècle des lumières et de la raison universelle, mais la politique d’arabisation précipita la fermeture de tout accès à ces enseignements dont la mentalité algérienne avait besoin et replongea celle-ci dans la tradition archaïque et le fatalisme.

On le sait maintenant, la politique d’arabisation a réussi à rendre l’esprit de nos enfants sensible à l’islamisme – idéologie la plus rétrograde de nos jours – au point de se constituer chair à canon (kamikazes) pour la défendre. Cette politique linguistique a inculqué, y compris à l’élite au pouvoir, fabriquée par le parti unique, la haine de soi qui les pousse jusqu’à se fabriquer des ancêtres en Arabie ou au Yémen. Comme si les gens pouvaient choisir leurs parents et leur lieu de naissance !

-Est-il possible de déterminer la langue que parlent les Algériens ?

Les Algériens parlent leurs langues maternelles – variétés de tamazight et de l’arabe algérien très mal servies par l’Etat en matière de prise en charge institutionnelle et éducative. Dans le domaine institutionnel, le français garde, à côté de l’arabe scolaire, une bonne place dans les domaines élaborés (législation, comptabilité, finances, études universitaires, littérature…) au moins comme source de documentation. Les doctorants en langue arabe scolaire préfèrent se rendre en France pour mieux connaître la langue arabe car le monde arabe a depuis longtemps quitté la bataille de la rationalité et du savoir, et quasiment rien ne se produit plus dans cette langue : ni le pain ni même la grammaire arabe ou les études islamiques qui sont meilleures en allemand, en anglais et en français…
La posture intellectuelle imprimée aux universités et au système éducatif est celle du combat contre l’esprit critique au profit d’une posture apologétique et du culte des ancêtres mythiques («as saslaf as salih», disent-ils).

-La dépréciation du savoir et de la compétence induite par la transformation des universités fabrique de faux diplômes, voués à soutenir les élites au pouvoir, à déprécier aussi la compétence dans la société et dans le marché de l’emploi dominé par l’allégeance, la rente, l’enrichissement le plus rapide et par tous les moyens. Pourquoi alors faire semblant de persister à vouloir que les Algériens fassent des efforts pour apprendre les langues ?

Cela dit, le français reste la langue seconde du domaine formel la moins atteinte et la plus répandue dans le tissu social algérien ; c’est dans cette langue qu’il est possible de bâtir une reconquête de nos capacités expressives linguistiques et scientifiques.

-Les Algériens utilisent un langage parlé flamboyant d’inventivité, usant de néologismes inattendus. Mais leur capacité à tenir une discussion dans une langue soutenue est très limitée. Quelle est votre analyse ?

En matière de création néologique, les Algériens ne sont pas les seuls, en ce sens que tous les locuteurs du monde entier essaient de se mettre à jour eu égard à des idées et produits diffusés dans l’espace sociétal et auxquels ils font face dialectiquement. Il n’y a pas d’autre alternative aux innovations et aux néologismes. Avec les NTIC, qui sont devenues aujourd’hui invasives dans tous les interstices de la société, toutes les langues inventent…
Les échanges interculturels, la diffusion des idées, la relativisation des mœurs et des systèmes d’organisation politique se mondialisent et les perceptions, les représentations sociales et culturelles changent… C’est ce que refusent de comprendre les régimes autocratiques arabes et leurs alliés objectifs, les mouvements politiques régressifs qui, paradoxalement, usent des moyens produits de la raison humaine pointue pour diffuser et inculquer les idées de régression intellectuelle. Les cloisonnements nationaliste, linguistique, ethnique, moral… sautent et de nouvelles valeurs naissent et s’installent progressivement. L’enjeu n’est pas du tout national mais bien inter-national (le trait d’union est intentionnel).

Pour tenir une discussion soutenue, comme vous dites, il ne suffit pas seulement de maîtriser une langue du savoir ; il faut aussi disposer d’un niveau de savoir suffisant. Ce sont là nos deux échecs les plus patents et les plus pathétiques. On est derniers en matière de savoir théologique et on est derniers aussi en matière de savoir scientifique. On ne maîtrise pas la langue arabe scolaire et classique pour se tirer d’affaire en théologie et on ne maîtrise pas non plus les langues étrangères pour se tirer d’affaire dans le domaine du savoir scientifique rationnel. On refuse d’entendre ce qui se passe ailleurs (surdité) et on refuse de parler nous-mêmes (mutité).

-L’écart entre les quartiers populaires et les zones résidentielles semble s’accentuer. Peut-on parler de «fracture linguistique» ?

Encore une fois, les Algériens parlent d’abord algérien. A ce niveau, il n’y a pas de hiatus. L’écart dont vous parlez provient de l’écart dans les moyens dont disposent les différentes classes sociales algériennes. Les classes supérieures, du fait de leurs moyens importants et de la proximité qu’elles ont avec les élites au pouvoir, voyagent dans le monde et voient ce qui s’y passe. Elles n’accordent aucun sérieux aux déclarations grandiloquentes des gens du pouvoir qui sont les premiers à avoir mis leur progéniture dans les écoles étrangères, tout en déclarant aux gens des classes inférieures que le système éducatif algérien est le meilleur de la planète, les poussant à verser dans une défense fanatique de la politique d’arabisation qui a brisé cette belle langue arabe scolaire avant briser les langues étrangères.Les enfants de ces classes supérieures, habitant les quartiers huppés, ont logiquement continué à apprendre et à parler le français même à un âge très précoce.

Toutes ces incohérences nous mènent à penser que seule une politique linguistique, éducative et culturelle fondée sur la raison (et non pas sur la passion) et sur les enseignements de l’histoire, visant l’ensemble du corps social et non pas une infime partie, peut tirer notre société et notre nation vers des horizons sereins. Seule une politique universitaire où le champ du savoir est autonomisé de la phagocytose politicienne peut, à terme, faire reprendre à notre système universitaire son rôle de pépinière du savoir et de cadres compétents.
 

Amel Blidi

http://www.elwatan.com/entretien/abderrazak-dourari-la-politique-linguistique-a-inculque-la-haine-de-soi-29-09-2011-141508_121.php

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Mohamed Kacimi. Romancier, dramaturge et essayiste

Publié le par Mahi Ahmed

Mohamed Kacimi. Romancier, dramaturge et essayiste

« Il faut qu’on sorte de la mythologie d’Octobre 1988»

le 30.09.11

Mohamed Kacimi prépare actuellement à Paris, avec d’autres auteurs, un recueil de textes sur les révoltes arabes. Le romancier et dramaturge a participé à un débat sur la production romanesque et la critique littéraire au 16e Salon international du livre d’Alger.

-Pourquoi les écrivains, artistes et intellectuels arabes, algériens surtout, ne disent rien sur les crimes abominables des régimes syrien et yéménite, à part quelque rares exceptions ?

Je viens de passer un mois en Tunisie. Et j’ai travaillé pendant des années sur le Yémen. J’ai été étonné par l’absence de réaction et de curiosité en Algérie par rapport à ce qui s’est passé en Tunisie. Il est curieux que des intellectuels algériens n’aient pas fait le déplacement en Tunisie pour témoigner et assister aux changements exceptionnels dans ce pays voisin. On se sent honteux d’avoir été dépassé par quelque chose. Il y a un sentiment de fierté, presque de schizophrénie d’Algériens disant : «Nous étions aux origines de tout cela !» Nous sommes dans une espèce de repli honteux sur nous-mêmes comme si les autres avaient réalisé notre rêve à notre place, surtout par rapport à la Tunisie.

-Idem pour l’Egypte...

Oui ! Comment avec ce sentiment de supériorité, complètement incroyable par rapport à un pays aussi décadent comme l’Algérie et qui se croit toujours au-dessus des autres, peut-on voir ce qui se réalise ? Je crois que pour une large part, ce comportement est lié à cet état d’esprit. Il faut qu’on sorte de la mythologie d’Octobre 1988 ! Nous ne faisons que cela : la mythologie 1954, la mythologie 1962, la mythologie 1965, la mythologie 1982… Comme si notre histoire était derrière nous ! C’est quand même dramatique. Le monde bouge. Le Yémen, qui n’est pas un pays attardé, a connu un certain processus démocratique. Les révolutions qui se réalisent dans d’autres pays doivent amener les Algériens à se poser des questions sur les positions de frilosité et de honte qu’ils ont adoptées.

-Et d’où vient cette fierté ?

Je crois qu’elle est liée au fait que nous n’ayons pas eu d’histoire et que cette sorte de virilité et de redjla nous sert d’identité nationale. Face à un peuple qui n’a pas construit son histoire et qui n’a pas élucidé tout son passé depuis les origines et jusqu’à aujourd’hui, il y a un fantasme collectif qui fait l’Algérien et qui fait l’Algérie. Il s’agit de quoi ? «L’Algérie, plus grand pays d’Afrique, plus de 2 381 741 km2 de superficie, le plus beau, le plus vaste….» Après cela, qu’existe-t-il en réalité ? Un pays en crise où la démocratie n’existe pas, le chômage, pas de projet, pas d’avenir…

-Est-il vrai que les émeutes d’Octobre 1988 étaient «une révolution démocratique», comme cela est souvent évoqué dans les cercles officiels d’Alger ?

Ce n’est pas vrai ! Nous avons tous été témoins. C’était une jacquerie. A l’époque, j’avais écrit des articles violents contre Ali Ammar qui avait qualifié les événements d’Octobre 1988 de «chahuts de gamins». Pour moi, l’émeute de 1988 a été canalisée par les islamistes. Nous n’avons pas suivi de processus démocratique avec la démocratie comme exigence tel que cela existe actuellement en Tunisie. En 1988, la démocratie nous est tombée sur la tête alors que personne ne l’avait demandée. Cette «démocratie» a été jetée en pâture à une foule qui n’en voulait pas. Actuellement, le peuple tunisien dit : «Je veux un processus démocratique», «Je veux une Assemblée constituante»… Donc, on ne peut pas parler de «révolution démocratique» en 1988. Nous avons vu que les choses n’étaient pas préparées, planifiées ou pensées. Octobre 1988 a engendré le FIS et les islamistes…

-Une révolution est-elle possible en Algérie ?

Je ne sais pas si une révolution est possible en Algérie. Des analyses ont fait ressortir l’idée d’une société algérienne frileuse, convalescente, qui sort d’une décennie noire et qui ne veut pas s’engager dans d’autres processus d’instabilité comme c’est le cas de la Syrie ou de l’Egypte. Mais tant qu’on aura cette rentre pétrolière, il y a cet Etat qui est en mesure de corrompre d’une manière collective. D’autres Etats achètent les voix lors des élections, chez nous, l’Etat achète le silence de tout un peuple !

-Où est l’élite algérienne ? Elle n’est pas la locomotive de la société, effacée…

Avons-nous des élites ? La société algérienne a été tellement déstabilisée. Elle a été démantibulée par la présence coloniale. Pendant plus de dix ans, une guerre interne a disloqué la société civile et décimé l’intelligentsia. Il est difficile de parler d’élites aujourd’hui malgré l’existence de voix éparses et isolées qui s’expriment ça et là. On ne peut pas parler d’élite comme celle qui existe en Tunisie ou en Egypte. Dans ces pays, la charpente de la société est plus solide sur les plans culturel, social et économique.

-Faut-il s’inspirer des exemples tunisien et égyptien pour construire une nouvelle élite ?

S’inspirer, non. Les journalistes et les intellectuels doivent suivre de près ce qui se passe dans ces pays. En Tunisie, j’ai suivi des débats, des manifestations revendiquant la laïcité… J’ai bien connu la Tunisie bien avant la révolution, et je suis émerveillé, même si les choses ne sont pas encore tranchées. Je ne suis pas naïf, mais j’avoue mon émerveillement pour la capacité d’imagination et de revendication de la société tunisienne qui a réussi, petit à petit, à créer un véritable espace de débat public et politique. Il y a des avancées. La loi sur la parité est exceptionnelle. Les Algériens sont, eux, toujours en retard.

Le problème de l’Algérie ressemble à celui qui a tous les atouts, qui joue à la belote et qui est toujours dedans. Tant qu’on n’a pas fait un bilan de notre réalité et qu’on ne s’arrête pas de nous voir plus grand que nous sommes, on ne sortira pas de la crise. Il faut mettre les choses à plat et dire que nous sommes un pays inculte, un pays où il n’y a pas d’intelligentsia, où il n’y a plus de libraires, où les gens ne lisent plus, ne pensent plus, ne discutent plus… Il faut rompre avec ce complexe de supériorité pour pouvoir avancer.
 

Bio express :

Né en 1955, Mohamed Kacimi est poète, romancier, dramaturge et essayiste. Le Mouchoir, son premier roman, est publié en 1987. Il écrit ensuite, en collaboration avec Chantal Dagron, deux essais : Arabe, vous avez dit arabe ? paru en 1990, et Naissance du désert, deux ans plus tard. Son deuxième roman, Le Jour dernier, est publié en 1995.

Dramaturge, il publie 1962, évocation de l’Algérie (1998) qui remportera le prix Lugano du théâtre. Suivra un récit-théâtre en 1994, Les Confessions d’Abraham. En 2001, il élabore L’Encyclopédie du monde arabe et reçoit, en 2005, le prix SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) de la francophonie.

En 2008, il coécrit avec la Libanaise Darina Al Joundi, Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter. On lui doit, entre autres, deux livres pour  jeunesse : Aujourd’hui en Algérie et Bouqala. Il est actuellement délégué général d’Ecritures du monde, association organisant des résidences d’écritures internationales.

Fayçal Métaoui

Source : El Watan du 30 .09.2011

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Une pluie de préavis de grève

Publié le par Mahi Ahmed

Une pluie de préavis de grève

par Kharroubi Habib

Les préavis de grève pleuvent sur les autorités, alors que la tripartite débute ses travaux ce jour jeudi. L'étonnant est que les intensions rendues publiques de passer à l'action avec le recours au débrayage n'émanent pas des seules organisations syndicales autonomes, mais aussi d'instances affiliées à la centrale UGTA, laquelle est pourtant officiellement opposée à ce genre de démonstration de force, au principe qu'il est possible d'en faire l'économie car il existerait un dialogue social entre les pouvoirs publics et le monde syndical qui le permet.

 De ce foisonnement de préavis de grève à la veille de la tenue de la tripartite, deux lectures s'imposent. D'abord, celle que les syndicats autonomes, exclus de cette tripartite, ont tenu à faire savoir qu'ils ne se sentent pas concernés par la «paix sociale» censée avoir été instaurée dans le pays par le pacte contracté au sein de la tripartite entre le gouvernement et les partenaires sociaux qu'il s'est donné comme interlocuteurs. Ils expriment de même ainsi qu'ils n'ont aucune illusion sur les résultats qui vont sortir de la rencontre de cette fin de semaine entre le trio d'acteurs de la tripartite. Le regain de contestation sociale que ces syndicats veulent enclencher est destiné, de leur part, à démontrer que la paix sociale derrière laquelle les autorités du pays courent n'est pas possible à réaliser dès lors qu'ils sont exclus du dialogue et des négociations.

 La seconde lecture a trait à l'effervescence de contestation sociale qui fait soudainement s'agiter des fédérations et autres structures syndicales situées pourtant dans l'orbe de la centrale UGTA. Leur montée au créneau affichée par la menace d'aller à l'épreuve de force avec les pouvoirs publics, tout comme les syndicats autonomes, peut signifier : soit qu'elles ont décidé de passer outre les instructions de la centrale UGTA faisant interdiction à ses instances et affiliés d'entrer en conflit ouvert et frontal avec les autorités sur les questions sociales ; soit qu'elles ont été avisées d'avoir à faire monter la pression sociale sur ces autorités à la veille de la tripartite, pour que s'instaure au sein de celle-ci un climat propice aux représentants de la centrale UGTA à faire accepter par ceux du gouvernement et du patronat des propositions «audacieuses» mitonnées par Sidi Saïd et le secrétariat national de l'UGTA, avec l'espoir que leur adoption redonnera un peu de lustre à leur organisation dans le monde du travail.

 Peu importent les calculs des uns et des autres, l'essentiel étant que le pouvoir ne peut et ne doit se méprendre sur la faiblesse du pacte qui le lie aux partenaires sociaux et économiques qu'il s'est donnés. Le seul et véritable pacte qui peut produire la paix sociale est celui à la conclusion duquel il associera l'ensemble des acteurs agissants, même ceux dont les visions contredisent celles du pouvoir, et ne sont pas réfractaires au dialogue avec lui ou contre l'établissement d'un pacte social et économique sur la base d'une convergence, même a minima, sur les réponses à apporter aux questions sociales et économiques qui font débat dans le pays.


http://www.lequotidien-oran.com/?news=5158394

Publié dans Economie et société

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Palestine : Lettre de Hugo Chavez à l'ONU

Publié le par Mahi Ahmed

 

Palestine : Lettre de Hugo Chavez à l'ONU

Version  française de la lettre adressée par le Président Hugo Chavez à Monsieur Ban Ki-Moon, Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, approuvant la création d'un Etat palestinien:

                                         

Miraflores, le 17 septembre 2011

   Son Excellence

Monsieur Ban Ki-Moon

Secrétaire général

Organisation des Nations Unies

 

 Monsieur le Secrétaire général ; Honorables représentants des peuples du monde,  Je m’adresse à l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies, à cette grande tribune où sont représentés tous les peuples de la Terre, pour réaffirmer aujourd’hui et en ce lieu l’appui total du Venezuela à la reconnaissance de l’État de Palestine, au droit de la Palestine de se convertir en un État libre, souverain et indépendant. Il s’agit là d’un acte de justice historique envers un peuple qui porte en soi depuis toujours toute la douleur et toute la souffrance du monde,

 

 Le grand philosophe français Gilles Deleuze a dit, empruntant l’accent de la vérité, dans son ouvrage mémorable La grandeur de Yasser Arafat : La cause palestinienne est avant tout l’ensemble des injustices que ce peuple a subies et continue de subir. Elle est aussi – oserai-je ajouter – une volonté de résistance permanente et irréductible qui est d’ores et déjà inscrite dans la mémoire héroïque de la condition humaine. Une volonté de résistance qui naît de l’amour pour la terre. Mahmoud Darwish, cette voix infinie de la Palestine possible, nous parle depuis le sentiment et la conscience de cet amour :   Qu’avons-nous besoin du souvenir

le Mont Carmel est en nous

et sur nos paupières pousse l’herbe de Galilée

Ne dis pas : Que ne courrions-nous pas comme un fleuve pour le rejoindre

Nous sommes dans la chair de notre pays

Il est en nous

 

Contre ceux qui soutiennent à tort que ce que le peuple palestinien a souffert n’est pas un génocide, Deleuze soutient avec une lucidité implacable : D’un bout à l’autre, il s’agira de faire comme si le peuple palestinien, non seulement ne devait plus être, mais n’avait jamais été. C’est là  - comment dire ? – le degré zéro du génocide : décréter qu’un peuple n’existe pas ; lui nier le droit à l’existence.

 

À ce sujet, saluons la raison le grand écrivain espagnol Juan Goytisolo lorsqu’il affirme catégoriquement : La promesse biblique de la terre de Judée et de Samarie aux tribus d’Israël n’est pas un contrat de propriété entériné par-devant notaire qui autorise à expulser de leur terre ceux qui y sont nés et qui y vivent. Aussi la solution du conflit du Moyen-Orient passe-t-elle forcément par la justice à rendre au peuple palestinien : telle est la seule voie si l’on veut conquérir la paix.

 

Nous souffrons et nous indignons en constatant que ceux qui ont subi l’un des pires génocides de l'Histoire se sont convertis en bourreaux du peuple palestinien ; nous souffrons et nous indignons en constatant que le legs de l’Holocauste est la Nakba. Il est simplement indignant tout court de constater que le sionisme continue de recourir au chantage de l’antisémitisme contre ceux qui s’opposent à ses sévices et à ses crimes. Israël a instrumentalisé et instrumentalise d’une façon éhontée et vile la mémoire des victimes. Et il le fait pour pouvoir agir en toute impunité contre la Palestine.  Il va sans dire, au passage, que l’antisémitisme est une plaie occidentale, européenne, dont les Arabes ne sont pas partie prenante. De plus, n’oublions pas en plus que c’est le peuple sémite palestinien qui souffre de l’épuration ethnique pratiquée par l’État colonialiste israélien.

 

Qu’on me comprenne bien : une chose est de refuser l’antisémitisme, autre chose, et une autre, très différente, est d’accepter passivement que la barbarie sioniste impose au peuple palestinien un régime d’apartheid. D’un point de vue éthique, quiconque refuse la première doit condamner la seconde.

 

  Qu’il me soit permis une digression nécessaire : il est franchement abusif de confondre sionisme et judaïsme ; nombre d’intellectuels juifs, tels Albert Einstein et Erich Fromm, se sont chargés de nous le rappeler au fil du temps. Et, aujourd’hui, de plus en plus de citoyens conscients au sein même d’Israël, s’opposent ouvertement au sionisme et à ses pratiques terroristes et criminelles.  

Il faut le dire clairement : le sionisme, comme vision du monde, est foncièrement raciste. Ces affirmations de Golda Meir, d’un cynisme atterrant, en sont une preuve criante : Comment pourrions-nous rendre les territoires occupés ? Il n’y a personne à qui les rendre ! Ce que l’on appelle les Palestiniens n’existe pas. Ce n’était pas comme s’il y avait eu un peuple en Palestine, qui se considérait comme le peuple palestinien, et que nous étions venus, les avions jetés dehors et leur avions enlevé leur pays. Ils n’existaient pas.

 Rappelons-nous : c’est dès la fin du XIXe siècle que le sionisme a parlé du retour du peuple juif en Palestine et de la création d’un État national qui lui soit propre. Cette prise de position s’imbriquait parfaitement dans le colonialisme français et britannique, comme il ferait ensuite dans l’impérialisme yankee. L’Occident a, depuis toujours, appuyé et encouragé l’occupation sioniste de la Palestine par la voie militaire.  Lisez et relisez donc ce document qui est connu historiquement comme la Déclaration de Balfour de 1917 : le gouvernement britannique s’arrogeait la faculté de promettre aux juifs un foyer national en Palestine, en dénigrant délibérément la présence et la volonté de  ses habitants.  Et rappelons que chrétiens et musulmans ont vécu en paix, des siècles durant, en Terre sainte jusqu’à ce que le sionisme ait entrepris de la revendiquer comme sa propriété entière et exclusive.  

Rappelons encore que, dès la deuxième décennie du XXe siècle, le sionisme, profitant de l’occupation coloniale de la Palestine par la Grande-Bretagne, a commencé à développer son projet expansionniste. Et qu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le peuple palestinien verrait sa tragédie empirer par son expulsion à la fois de son territoire et de l’Histoire. La résolution 181 des Nations Unies – ignominieuse et illégale – recommanda en 1947 la partition de la Palestine en un État juif, en un État arabe et en une zone sous contrôle international (Jérusalem et Bethléem), concédant ainsi – quelle honte ! – 56% du territoire au sionisme pour qu’il y constitue son État. Cette Résolution violait de fait le droit international et bafouait d’une manière flagrante la volonté des grandes majorités arabes : le droit des peuples à l’autodétermination devenait lettre morte.

 

De 1948 à nos jours, l’État sioniste a poursuivi sa stratégie criminelle contre le peuple palestinien. Pour ce faire, il a toujours pu compter sur un allié inconditionnel : les États-Unis d’Amérique. Et cette inconditionnalité se traduit par un fait bien concret : c’est Israël qui oriente et fixe la politique internationale étasunienne au Moyen-Orient. Edward Saïd, cette grande conscience palestinienne et universelle, soutenait avec force raison que tout accord de paix qui se construirait sur l’alliance avec les USA, loin d’amenuiser le pouvoir du sionisme, le confortera.

 

Toutefois, contrairement à ce qu’Israël et les États-Unis prétendent faire croire au monde à travers les multinationales de la communication et de l’information, ce qui est arrivé et ce qu’il continue d’arriver en Palestine n’est pas – disons-le avec Saïd – un conflit religieux : c’est un conflit politique marqué du sceau du colonialisme et de l’impérialisme ; ce n’est pas un conflit millénaire : c’est un conflit contemporain ; ce n’est pas un conflit qui est né au Moyen-Orient : c’est un conflit qui est né en Europe.

 

Quel était et quel est encore le nœud du conflit ? Le fait qu’on privilégie dans les discussions et les analyses la sécurité d’Israël, jamais celle de la Palestine. L’histoire récente le corrobore : il suffit de rappeler la nouvelle équipée génocidaire déclenchée à Gaza par Israël à travers l’opération Plomb fondu.

 

La sécurité de la Palestine ne peut se réduire à la simple reconnaissance d’un auto-gouvernement et d’un auto-contrôle policier limités dans ses « enclaves » de la Rive Ouest du Jourdain et de la bande de Gaza, tout en ignorant non seulement la création de l’État palestinien dans les frontières antérieures à 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale, les droits de ses nationaux et le droit de son peuple à l’autodétermination, mais encore le droit à la compensation et le droit au retour de la moitié de la population palestinienne dispersée dans le monde entier, aux termes de la Résolution 194.

 

Il n’est pas croyable qu’un pays, Israël, qui doit son existence à une résolution de l’Assemblée générale puisse mépriser à ce point les résolutions émanant des Nations Unies ! Voilà ce que dénonçait le père Miguel D’Escoto quand il réclamait la fin du massacre de la population de Gaza fin 2008 et début 2009.

 

Monsieur le Secrétaire général ;

Honorables représentants des peuples du monde,

 

On ne saurait ignorer la crise des Nations Unies. Nous avons soutenu en 2005, devant cette même Assemblée générale, que le modèle des Nations Unies était épuisé. Le fait que le débat sur la question de Palestine ait été ajourné et qu’on soit en train de le saboter ouvertement en est une nouvelle confirmation.

 

Washington ne cesse de répéter depuis plusieurs jours qu’il opposera son veto, au Conseil de sécurité, à ce qui sera une résolution majoritaire de l’Assemblée générale : à la reconnaissance de la Palestine comme membre de plein droit de l’ONU. Nous avons d’ores et déjà déploré, aux côtés des nations sœurs qui constituent l’Alliance bolivarienne des peuples de Notre Amérique (ALBA), dans la Déclaration de reconnaissance de l’État de Palestine, qu’une aspiration si juste soit bloquée par ce biais. L’Empire, nous le savons tous, prétend dans ce cas comme dans d’autres imposer un deux-poids-deux-mesures dans l’arène internationale : c’est là la double morale yankee qui, tout en violant le droit international en Libye, permet à Israël de faire ce qu’il lui chante, devenant ainsi le principal complice du génocide que la barbarie sioniste commet contre les Palestiniens. Je rappelle une phrase de Saïd qui met bien le doigt sur la plaie : compte tenu des intérêts d’Israël aux États-Unis, la politique de ce pays au Moyen-Orient est donc israélocentriste.

 

Je voudrais conclure en faisant entendre la voix de Mahmoud Darwish dans son mémorable poème  Sur cette terre :   Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre

il y a sur cette terre,

le commencement des commencements,

la fin des fins.

On l’appelait Palestine et on l’appelle désormais Palestine.

Madame, je mérite, parce que vous êtes ma dame,

je mérite de vivre.

 

Elle continuera de s’appeler la Palestine. La Palestine vivra et vaincra ! Vive la Palestine libre, souveraine et indépendante !

 

 

Hugo Chávez Frías

Président de la République bolivarienne du Venezuela

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Les communistes Syriens soutiennent le mouvement pour des réformes démocratiques, mais.

Publié le par Mahi Ahmed

 

 

Les communistes Syriens soutiennent le mouvement pour des réformes démocratiques, mais....

Les communistes Syriens soutiennent le mouvement pour des réformes démocratiques mais mettent en garde sur l'ingérence impérialiste croissante et les risques d'un 'scénario Libyen' Communiqué de Husein Nemer, premier sécrétaire du Parti communiste syrien (unifié)

Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Nous tenons à vous présenter une brève analyse des événements successifs qui se sont déroulés dans notre pays, la Syrie, afin de mettre en lumière certains faits, d'une part, et tordre le cou à certains mensonges montés de toute pièce et médiatisés par la propagande impérialiste visant la Syrie. Depuis que les événements ont commencé en mars dernier, des dizaines de chaînes de télévision en Amérique, en Grande-Bretagne et en France, certaines chaînes dans le monde arabe, et des centaines de sites internet ont travaillé d'arrache-pied pour falsifier la réalité sur ces événements, en tout cas pour l'opinion publique mondiale, avec des programmes spécifiques diffusés en ce sens, jour et nuit. Le président Américain fait des déclarations quotidiennes comprenant des menaces directes visant la Syrie, ainsi qu'une ingérence flagrante dans les affaires internes du peuple Syrien. Plusieurs hauts dignitaires de l'Union européenne suivent les pas du président Américain. Ces menaces et ces ingérences ont atteint un sommet lorsque le président Américain a affirmé l'illégitimité du régime Syrien. Des sanctions sévères et injustes ont été imposées au peuple Syrien et à son économie. Plus dangereux encore, des plans sont discutés et impulsés par l'OTAN afin de lancer des vagues de frappes aériennes pendant plusieurs semaines contre 30 sites stratégiques en Syrie, ressemblant exactement à ce qui s'est passé en Yougoslavie. Certains hauts dignitaires Européens ne vont pas hésiter à appeler à traiter la situation en Syrie avec des méthodes qui en ferait une pâle copie de la crise Libyenne. Des dizaines de milliers de civiles ont été massacrés, des dizaines d'usines et de sites économiques ont été détruits par des frappes aériennes, et pendant ce temps, la Libye est divisée. Des Etats-membres de l'alliance impérialiste internationale essaient, par tous les moyens possibles, de faire adopter une résolution du Conseil de sécurité condamnant la Syrie, qui serait suivie par des résolutions successives contre la Syrie et la soumettre au chapitre 7 de la Charte de l'ONU, afin qu'une campagne agressive puisse être légitimée. Grâce à l'opposition de la Russie et de la Chine, accompagnées de l'Afrique du sud, l'Inde, le Brésil et le Liban, les tentatives impérialistes au Conseil de sécurité de l'ONU sont tout simplement, jusqu'à présent, un échec.

 

Toutes ces manœuvres sont justifiées de deux façons :

1. Des manifestants sont tués en Syrie, on a recours à des méthodes sécuritaires dans le traitement des manifestations ;

2. La manipulation des insuffisances du régime en Syrie, tels que le manque de démocratie et le monopole du pouvoir exercé par le parti au pouvoir, afin de faire pression sur le régime pour qu'il adopte des changements internes, bien que tout changement interne doive être considéré comme une partie intégrante de la souveraineté nationale de n'importe quel pays ;

En fait, plusieurs manifestations ont eu lieu dès le mois de mars, appelant à des réformes sociales, économiques et démocratiques. La majorité de ces revendications ont été soutenues par notre parti comme une façon de s'opposer aux effets néfastes de la mise en œuvre de mesures économiques libérales, issues des accords passés avec le FMI, et de la transformation de la Syrie en une économie de marché. Les effets ont été très mauvais sur le niveau de vie des pauvres et des couches moyennes. La direction politique du pays a été constamment mise en garde, par la presse du parti, des rencontres officielles ou des mémorandum officiels, le dernier il y a cinq semaines de cela. Les manifestations étaient pacifiques. Elles ont été bien vite manipulées par des religieux fondamentalistes et des groupes radicaux à l'idéologie obscurantiste. De pacifiques, les manifestations sont devenues armées, visant à atteindre des objectifs qui n'ont rien à voir avec des réformes politiques et sociales. Les forces de sécurité ont commis plusieurs erreurs injustifiables dans le traitement de ces manifestations. Des dizaines de civils et de soldats ont été tués. Des gangs armés se sont constitués, attaquant des propriétés publiques et privées, et mettant en place des barricades dans certaines villes où ils ont pris le dessus.

Dans les tout derniers mois, ces bandes armées se sont chargées de mettre sur pied des sites armés dans les régions frontalières entre la Syrie, d'une part, et la Turquie, la Liban, la Jordanie et l'Irak pour s'assurer une continuité dans le ravitaillement en armes et en équipements divers. Quoi qu'il en soit, les bandes armées n'ont pas réussi à établir une base frontalière stable. Cela a coûté à la vie à des centaines de civils et de soldats, plus de 2 000 victimes.

Dans le même temps, certains événements ont été exagérés. Des faits ont été falsifiés. Les équipements dernier cri électroniques et médiatiques ont été utilisés afin de faire passer l'armée Syrienne comme étant complètement responsable de ces actes, et de déresponsabiliser totalement les bandes armées.

Pressé par les événements, le gouvernement a adopté plusieurs réformes sociales et démocratiques comprenant : l'annulation des lois d'urgence, des tribunaux exceptionnels, et le caractère légal accordé aux manifestations pacifiques.

 

Récemment, une nouvelle loi électorale et une loi permettant la création de partis politiques ont été adoptées. Est en cours de préparation une nouvelle constitution ou une constitution modifiée. De nouvelles lois couvrant les domaines des médias et de l'administration locale ont également été adoptées. Les objectifs de ces lois et mesures sont : casser le monopole du pouvoir exercé par le parti Baath, pour établir une société pluraliste et démocratique, pour garantir les libertés publiques et privées, pour aider au développement de la liberté d'expression et à la reconnaissance du droit de l'opposition à une activité politique pacifique. En dépit de nos réserves quant à certains articles, ces lois sont très importantes. Pendant plus de quarante années, notre parti a lutté pour que de telles lois soient adoptées. Si ces lois étaient mises en œuvre, elle pourraient être un pas important en avant, dans la transition de la Syrie vers une société démocratique et pluraliste. De vastes secteurs de l'opposition nationale pacifique ont accueilli positivement ces mesures, tandis que l'opposition fondamentaliste et armée s'en tient toujours au slogan du renversement du régime, attisant les tentions communautaires. Tenter de dépeindre le problème comme s'il s'agissait d'une lutte communautaire ou religieuse serait une falsification flagrante des faits. Nous pouvons résumer la situation de la façon suivante : • Les tentions armées dans les villes Syriennes ont diminué. Les bandes armées ont subi de lourdes pertes. Cependant, certaines d'entre elles sont capables de reprendre leurs activités ; • Les manifestations pacifiques n'ont pas disparu et ne sont pas confrontées à la violence de l’État, à moins qu'elles se soient accompagnées d'agissements violents. • L’État a invité l'opposition nationale à participer à un dialogue politique général visant à contribuer à la réalisation de la transition à la démocratie et au pluralisme de façon pacifique. Ce dialogue doit affronter de nombreuses difficultés, la plus importante d'entre elles est la pression de groupes armés qui s'opposent au dialogue pacifique et à une solution pacifique, et dépendant du soutien de l'étranger. • Les menaces impérialistes et colonialistes contre la Syrie se sont intensifiées. Bien que ces menaces posent de nombreuses difficultés, nous devons être prêts à les affronter. Pour ce qui est de la situation dans notre pays, il apparaît que : • Les mouvements de protestation existent toujours à différents niveaux. Ils diffèrent d'un gouvernorat à l'autre. On peut remarquer que la plupart des mouvements partent des mosquées, des zones rurales et des taudis, pour se diriger vers les centres-villes ; • Les mouvements parmi les minorités ethniques ou religieux sont rares. Dans les usines, les universités et les syndicats, il n'y a pas de mouvement ; • Dans les cercles de la grande bourgeoisie, qu'elle soit industrielle ou économique, en particulier dans les grandes villes comme Aleppo, Lattakia et Damas, il n'y a pas de mouvement ; • Il n'y a aucun mouvement parmi les clans et les tribus ; • L'opposition se compose d'un large spectre de partis très divers. Certains sont patriotiques, s'opposant à l'ingérence étrangère et aux bandes armées. De plus, il faut compter avec les Frères musulmans qui peuvent être considérés comme le parti le plus actif et le mieux organisé dans le pays et à l'étranger. Il y a également plusieurs groupes traditionalistes avec différentes orientations, dont l'influence devient clairement visible dans des rassemblements et manifestations dans différentes régions. Ces groupes ne cachent pas leurs objectifs qui sont typiquement réactionnaires et sectaires. Sur place, les groupes les plus actifs et importants depuis le début des manifestations sont les coordinations locales qui comprennent des groupes de jeunes n'ayant pas d'orientations ou de plans idéologiques communs clairs si ce n'est le slogan : « A bas le régime ! ». Ils sont vulnérables aux pressions externes et internes. •

L'opposition en exil composée essentiellement d'intellectuels, de traditionalistes, de personnes qui ont abandonné le régime et ont certains contacts à l'intérieur (Khadam et Refaat Al Assad). Durant la dernière période, ces forces ont organisé plusieurs conférences à l'étranger (exceptée une rencontre organisée à l'hôtel Samir Amis à Damas par l'opposition interne), dans l'objectif de mobiliser des forces et de coordonner leurs positions Des différences idéologiques, politiques ainsi que d'intérêts l'ont emporté. Certaines forces d'opposition à l'étranger ont travaillé dur pour obtenir le soutien des forces étrangères colonialistes. • Jusqu'à présent, les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne mènent la campagne internationale de menaces et de provocation contre le régime en Syrie visant à imposer de plus en plus de sanctions contre la Syrie, en particulier des sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU et d'autres organisations internationales, la Russie et la Chine continue de s'opposer à de telles sanctions et mesures. La Turquie a choisi une position opportuniste qui fluctue en fonction de ses intérêts régionaux et politiques. Grosso modo, il y a une unanimité internationale dans l'opposition aux mesures militaires directes contre la Syrie, comme cela s'est produit en Libye, étant donné que la Ligue arabe et le Conseil de sécurité de l'ONU n'adoptent pas de résolutions ouvrant la voie à cette perspective. Le conflit sur cette question est féroce. • Excepté le Qatar qui joue un rôle vital et important dans la conjuration contre la Syrie, il existe différentes opinions et position dans le monde Arabe concernant la situation en Syrie ; • Jour après jour, la situation économique se détériore, la pression sur les conditions de vie des masses s'intensifie ; • Le régime est cohérent et offre de grandes potentialités. Cinq mois après le début des événements, aucune des institutions de base (le parti, l'armée, la sécurité, les institutions d’État, les ambassades, les organisations populaires, les syndicats, le Front national progressiste...) n'a connu de divisions ; Assurément, le tableau n'est pas statique, et doit être perçu dans ses aspects dynamiques, son évolution et son développement jour après jour. Parmi les scénarios possibles : • La crise pourrait continuer encore pendant une longue période, menant à d'autres catastrophes, bains de sang et souffrances ; • Un effondrement menant à l'anarchie générale, une guerre civile ou quelque chose de ce genre, ouvrant la voie à une intervention extérieure ; • Une division claire dans l'opposition peut se produire, faisant en sorte qu'une partie d'entre elle s'ouvre à un dialogue sérieux avec le régime pour parvenir à un nouveau contrat social dans le pays ; • Un terme aux divergences d'approches et à l' « immobilisme » en ce qui concerne les forces du régime ; Il y a deux issues possibles : soit l'avancée vers une solution politique à la crise rendant possible une fin rapide et définitive, soit la poursuite du recours au traitement sécuritaire de la crise quelqu'en soit le prix. Il est difficile de prédire la manière dont une solution décisive sera atteinte. Certains événements inattendus peuvent se produire, poussant tous les partis à trouver un accord, ou à accepter un accord imposé par des puissances étrangères pour aider le pays à trouver une issue au tunnel dans lequel il s'est engouffré. Où en est le parti désormais ? Pour commencer, nous aimerions attirer votre attention sur le fait que notre parti a envoyé un mémorandum au commandement régional à la veille de la 10ème conférence nationale du parti Baath en 2005. Le parti a demandé à ce que l’État soit séparé du parti, que la démocratie et les libertés soient garanties, que les lois d'urgence soit levées, qu'une loi démocratique pour les partis soit adoptée, que les prisonniers d'opinion et politiques soient libérés, que l'on mette un terme à la domination du parti Baath sur les syndicats, que la corruption soit combattue, etc. En outre, nous tenons à ajouter que le parti a affirmé, dans tous les documents adoptés dans la dernière période, qu'il soutenait la position nationale de la Syrie. Pour réaliser cet objectif, les besoins sociaux, économiques et démocratiques des masses populaires doivent être satisfaits. Nous avons discuté en détail de ces revendications dans nos conférences et documents. Dans son analyse de la crise profonde actuelle de notre pays, notre parti avait indiqué clairement que la principale contradiction se trouve entre la formule politique selon laquelle le pays est gouverné depuis des décennies et les revendications de démocratie, de développement social, économique et culturel dont a besoin la société Syrienne. Le fond de notre position, c'est que cette formule politique repose sur le monopole de l'autorité par le parti Baath, la tutelle sur le mouvement populaire et ses organisations. Cette formule a mené à la décadence et à la bureaucratie, et à la corruption de l'appareil d’État. Par conséquent, les plans de réforme économique et sociale doivent être pris en considération, mis au niveau des exigences de progrès. En bref, notre parti estime que le fond de la crise actuelle réside dans le décalage entre la structure du régime et les tâches que doit affronter la Syrie. Dans le même temps, le parti insiste sur le fait que l'ennemi et les forces impérialistes font de leur mieux pour utiliser ce décalage interne pour rendre possible la conjuration contre la Syrie, et l'utiliser comme un cheval de Troie pour servir son objectif bien connu, comme nous l'avons mentionné ci-dessus. En conséquence, le Parti communiste syrien (unifié) n'est pas neutre pour ce qui est de l'alternative nécessaire, d'une part, et des moyens nécessaires pour atteindre cet objectif, d'autre part. Une solution politique passant par la poursuite de réformes véritables et radicales est la seule issue à la crise. Les mesures sécuritaires ne font que développer les facteurs de la crise, et l'approfondir toujours plus tout en vidant de son sens le contenu des réformes. Nous affirmons que la situation actuelle rend nécessaire un dialogue constructif et loyal entre toutes les forces patriotiques et honnêtes, indépendamment des différences d'opinions et d'idées dans l'objectif de parvenir à un accord ou à un plan de réformes radicales répondant aux besoins des masses populaires et des garanties sur la création d'un État civil laïc et démocratique s'opposant aux plans impérialistes et Israéliens dans la région. Si le dialogue nécessite l'existence d'un climat propice, le dialogue même pourrait contribuer à créer un tel climat, car les autres options ne conduiraient qu'à de nouveaux bains de sang, de nouveaux désastres pour le pays et pour le peuple.

 

Chers camarades,

Étant donné la faiblesse des médias Syriens face aux gros médias de l'impérialisme, à la mobilisation des forces du monde entier contre la Syrie, et à l'alliance anti-Syrienne composée des puissances impérialistes ainsi que de leurs marionnettes dans la région, y compris la Turquie, qui a adopté une politique pragmatique pour se partager l'hégémonie dans la région avec les pays européens, pour toutes ces raisons, notre parti espère que tous les partis communistes, ouvriers et démocratiques dans le monde contribueront à diffuser ces précisions dans l'opinion publique de leurs pays respectifs.

Ainsi, nous appelons ces partis à soutenir la Syrie car elle est le plus important des pays Arabes à résister aux plans impérialistes de domination du Moyen-Orient, et à s'opposer fermement au plan Américano-Israélien visant à diviser la région en diverses entités communautaires dont le contrôle serait rendu plus facile. La Syrie soutient également la résistance nationale en Palestine, au Liban et en Irak. De plus, elle soutient le droit du peuple Palestinien à libérer ses territoires et à fonder un État national avec Jérusalem comme capitale.

 

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Les chefs du CNT avaient préparé la conquête de l’OTAN depuis 2007

Publié le par Mahi Ahmed

Les chefs du CNT avaient préparé la conquête de l’OTAN depuis 2007

 

27/09/2011 | 21:43



Une violente révolte éclatait le 15 février dernier (1). Six jours après, le ministre libyen de la justice, Moustafa Abdel-Jalil, démissionnait pour constituer un gouvernement provisoire. Le 27 février, le Conseil National de Transition était mis en place et le 5 mars cette instance se déclarait " l’unique représentant de toute la Libye ", sous la direction de Moustafa Abdel-Jalil. Le 10 mars la France reconnaissait le CNT comme le gouvernement légitime de la Libye et ce même jour la Grande-Bretagne lui offrait un bureau diplomatique en territoire britannique.

Neuf jours plus tard, le Conseil créait une nouvelle Banque Centrale Libyenne et une compagnie nationale pétrolière libyenne (2). En moins d’un mois depuis le début de l’insurrection Abdel-Jalil se positionnait en chef non seulement des rebelles mais aussi du nouveau gouvernement en attente, contrôlant les ressources libyennes et la politique monétaire avec la bénédiction de l’occident. Le 17 mars, l’OTAN entamait son massacre massif des soldats libyens afin d’installer son régime.

Il est clair que des puissances impériales aussi chevronnées que la Grande-Bretagne, la France et les Etats-Unis n’allaient pas s’engager dans les considérables dépenses d’une campagne aérienne de longue durée afin de porter quelqu’un au pouvoir dans un Etat aussi stratégiquement important et aussi riche en pétrole sans posséder un atout sûr et avéré. Alors, qui est exactement Abdel-Jalil ?

Abdel-Jalil occupe son poste dans le gouvernement libyen depuis janvier 2007 lorsqu’il fut nommé secrétaire du Comité général du peuple à la Justice (l’équivalent de ministre de la justice). Depuis, il n’a cessé de paver la voie à la conquête militaire et économique de la Libye par l’OTAN.

Premièrement, en tant que chef du pouvoir judiciaire, il a supervisé la libération de prison des centaines de combattants anti-Kadhafi qui allaient constituer le cœur de l’insurrection. Saif al-Islam (fils de Mouammar) dirigeait le programme de libération des prisonniers – geste qu’il regrettera publiquement pour son extrême naïveté – mais il rencontra une forte opposition de la part de puissants éléments de son gouvernement. Il importait donc d’avoir un ministre de la justice sympathique pour permettre aux libérations de se poursuivre en douceur.

Des centaines de membres du Groupe islamique combattant en Libye (GICL) – y compris son fondateur Abdulhakim Belhadj, à présent chef militaire de Tripoli – furent libérés en 2009 et 2010  (3)et continuèrent à former les seules unités entraînées et expérimentées de la rébellion. En janvier 2010, Abdel-Jalil menaça de démissionner si le programme de libération de prisonniers n’était pas accéléré (4). Le deuxième jour de l’insurrection, la dernier contingent des 110 membres du GICL était libéré. Sa tâche accomplie, Abdel-Jalil quitta peu après son poste de ministre de la justice pour établir le CNT.

Deuxièmement, Abdel-Jalil sut se servir de sa position pour aider à préparer le canevas légal en vue du transfert institutionnel des ressources libyennes, qui fut réalisé tellement vite après la création du CNT. Bien que son rôle officiel fût celui de chef du judiciaire, une large part du dialogue entre Abdel-Jalil et les autorités états-uniennes, archivé dans des dépêches diplomatiques fuitées, était consacrée à la privatisation de l’économie.

Elles témoignent de l’enthousiasme d’Abdel-Jalil pour " l’engagement du secteur privé " et révèlent sa conviction que cela nécessite un changement de régime, ou, selon l’euphémisme des dépêches, une " aide internationale " permettant son parachèvement. Les dépêches rapportent également le commentaire inquiétant de Jalil à propos d’un " environnement commercial légal solide " et d’une amélioration des relations entre Libye et USA, " qu’il fallait moins de paroles et plus d’action " (5).

Troisièmement, Abdel-Jalil réussit à arranger " en toute discrétion " des rencontres secrètes entre les Libyens pro-privatisation du " Programme de développement de la législation commerciale " et les autorités US, tant aux Etats-Unis qu’en Libye. Les dépêches US fuitées louent sa " bonne volonté permettant à son équipe de communiquer avec les emboffs (officiels de l’ambassade) en dehors des canaux officiels " et notent que " son organisation semble suivre une piste parallèle assurant l’approbation des visas tout en contournant le protocole et le MFA (ministère des affaires étrangères) " (6).

Peu après la nomination d’Abdel-Jalil en 2007, l’autre joueur majeur du CNT actuel – le président Mahmoud Jibril – fut également nommé au gouvernement libyen. Il devint le patron du Conseil national de planification et ensuite le chef du Conseil national de développement économique où, selon les dépêches US, lui aussi aida à " paver le chemin " pour la privatisation de l’économie libyenne et " accueillit les compagnies américaines ".

Les autorités US se montraient positivement en extase devant Jibril après leur rencontre de mai 2009, concluant que " Jibril, docteur en sciences politiques de l’Université de Pittsburgh, et y ayant enseigné la planification stratégique, est un interlocuteur sérieux qui ‘saisit’ le point de vue états-unien ". En outre, à la lumière de la série de défections d’ambassadeurs qui suivirent la rébellion de Benghazi, le fait que Jibril avait aidé à faciliter six programmes d’entraînement américains pour les diplomates est très révélateur (7).

2007 fut également une année cruciale pour l’autre gros joueur du CNT actuel, le chef du conseil militaire de Tripoli Abdelhakim Belhadj. C’est lui qui fonda le Groupe islamique combattant, affilié à Al-Qaïda et qui lança une insurrection armée contre l’Etat libyen en 1995, pendant deux ans. Sa libération de prison en mars 2010 parmi des centaines d’autres combattants du GICL, fut le point culminant d’un processus qui commença par une lettre ouverte publiée en novembre 2007 par Norman Benotman – l’un des nombreux combattants du groupe qui avaient reçu asile au Royaume-Uni après l’échec de l’insurrection.

Sa lettre renonçait à la violence et selon le London Times " demandait à Al-Qaïda de renoncer à toutes ses opérations dans le monde islamique et en Occident, ajoutant que l’Occidental moyen n’était pas à blâmer et ne devrait pas être attaqué ". La lettre entraîna un processus de dialogue entre le GICL et le gouvernement libyen, suivi deux ans plus tard par les excuses du GICL pour sa violence anti-gouvernementale et par une déclaration selon laquelle " réduire le jihad à un combat avec le glaive est une erreur et une lacune " (8). Quelqu’un leur avait manifestement signalé que des drones et des bombardiers B-52 seraient bien plus efficaces.

2007 fut donc l’année qui lança les trois hommes sur la voie de leur rôle actuel de dirigeants de proximité pour l’OTAN en Libye. La lettre de Benotman rendit politiquement possible une aide de l’OTAN à un affidé violent d’Al-Qaïda et aida à persuader Saif al-Islam de relâcher ceux-là même qui deviendraient les forces de base qui renverseraient son gouvernement. La nomination d’Abdel-Jalil comme ministre de la justice faciliterait la libération des combattants et préparerait le canevas légal pour la prise de pouvoir par les entreprises occidentales. La nomination de Jibril comme Ministre de la Planification préparait, à un micro-niveau, le détail des modalités de cette prise de pouvoir, et elle entretenait les relations avec les compagnies occidentales qui seraient invitées à y participer.

Alors pourquoi tout cela se produisit-il ? Qui tirait les ficelles ?

Dans le cas de la lettre de Benotman, ce serait tout simplement le MI6 qui l’aurait contacté à Londres, où il vivait, et l’aurait mis en contact avec une bonne firme de RP pour l’aider à forger la lettre qui permettrait politiquement à l’OTAN de s’ériger en force aérienne du GICL.

Quant à ces deux nominations au gouvernement, Saif al-Islam Kadhafi en est le responsable ultime, mais il est clair qu’il ne visait pas le résultat qui s’ensuivit. Il mettait en œuvre des réformes politiques et économiques motivées par une conviction sincère et un désir naïf d’améliorer les relations entre son gouvernement et l’Occident ; il ne se rendait pas compte qu’il posait involontairement les jalons de la destruction politique et économique de son pays. La question est donc : agissait-il sur les conseils de quelqu’un d’autre ?

Si oui, le candidat le plus plausible est Mark Allen.

Mark Allen était l’agent MI6 qui avait facilité le rapprochement avec l’Occident en 2003. Saif-al-Islam menait les négociations pour la Libye, de sorte qu’en 2007 les deux hommes se connaissaient déjà assez bien. Mais par la suite Mark Allen ne fut plus officiellement employé par le MI6.

En 2004 il avait été pratiquement pisté par le bureau du Cabinet britannique, contournant les procédures de sécurité habituelles, en vue de travailler pour BP et le gouvernement libyen (9) ; et en 2007, il réussit à conclure un contrat géant de 15 milliards de £ entre BP et le gouvernement libyen. Les nominations d’Abdel-Jalil et de Mahmoud Jibril pourraient-elles avoir fait partie de cet accord ? Avec le recul et vu leurs rôles ultérieurs, il semble hautement probable que le MI6 ait utilisé tout levier possible pour manœuvrer des complices consentants pour qu’ils occupent des postes au sein du gouvernement libyen.

Selon le Daily Mail (10), Allen s’est aussi activement impliqué dans les pressions exercées sur le gouvernement britannique pour qu’il soutienne le programme de libération de prisonniers. Bien sûr, le ton de cet article, conforme au tapage médiatique autour de la complicité du MI6 dans les tortures infligées à Belhadj, cadre complètement avec le récit d’ensemble selon lequel Kadhafi et l’Occident auraient eu une grande relation, jusqu’à ce que la rébellion démarre et force l’OTAN à mener une intervention humanitaire. Tout cela vise à obnubiler le fait réel que la Libye sous la conduite de Kadhafi était un obstacle à la domination occidentale et à la subordination de l’Afrique, et que le MI6 a comploté son éviction dès son arrivée au pouvoir.

Notes :

(1) Al-Jazeera

(2) Bloomberg.com

Les autres liens sont intégrés dans le texte.

Source : The Rebel Griot, 12 septembre 2011

Traduction : Anne Meert pour Investig’Action

 

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Bouteflika a pourtant bien appelé à reconstruire le dialogue social !

Publié le par Mahi Ahmed

 

Par Abdelmadjid Bouzidi

Déjà dans son dernier discours à la nation, puis lors du Conseil des ministres du 2 mai, Bouteflika a appelé à reconstruire le dialogue social et à impliquer dans les décisions de politique économique les partenaires sociaux dans un esprit de concertation sérieuse. Cet appel s’est prolongé par l’instruction donnée au Premier ministre de réunir une tripartite consacrée à l’entreprise et qui a eu lieu le 28 mai de cette année.
Mais au-delà de cet appel, il faut bien constater que le dialogue social connaît quelques distorsions à corriger. Ainsi la tripartite existe (bien que non institutionnalisée), un pacte national économique et social a été paraphé par les trois partenaires que sont le gouvernement, le syndicat et le patronat mais il n’y a aucune connexion entre les deux. La tripartite qui attend toujours d’être institutionnalisée devrait logiquement n’être rien d’autre que l’instance de suivi de la mise en œuvre des grandes orientations du Pacte économique et social. Mais pour que cela puisse avoir lieu, il faut un vrai pacte économique et social et non pas le document léger et insipide qui en fait office actuellement. Pour bien faire comprendre le sens de cette observation, il nous faut rappeler ce qu’est un pacte économique et social (la terminologie consacrée parle de pacte social). Qu’est-ce que le pacte économique et social ? Dans notre pays, c’est déjà à la fin des années 80 que les réformateurs du FLN, en écho aux revendications de l’UGTA, lancent l’idée de l’adoption d’un pacte social. Mais la Centrale syndicale craignant de voir sa marge de manœuvre être sérieusement rognée par des engagements pris dans un contexte politiquement et socialement instable, a fait la sourde oreille aux propositions du gouvernement. Au début des années 2000, la nouvelle équipe arrivée aux affaires relance l’idée et propose la conclusion d’un pacte économique et social, le rajout du qualificatif économique était là comme pour marquer l’impératif d’une dichotomie voulue par le gouvernement : du social oui mais adossé à une performance et une compétitivité économiques avec tout ce que cela comporte comme objectifs d’amélioration de la productivité, d’abandon de l’assistanat, d’accélération des privatisations, d’ouverture économique, de libéralisatiouconton des prix… Le social n’est pas consubstantiel à l’Etat. Celui-ci ne porte pas en lui-même l’impératif social quelle que soit la situation de l’économie. Alors, certes, les partenaires sociaux ont des exigences sociales mais ils ont aussi des devoirs économiques. Le problème était et reste précisément de définir ces devoirs économiques et de les situer dans un projet consensuel qui propose une allocation des ressources acceptée par tous et la justifie. Nous pouvons observer en tout cas qu’en cette période du début de la décennie 2000, il y avait encore un esprit de réformes économiques et un air de rigueur et en tout cas un discours moins populiste. Tout cela semble avoir fait long feu : la rente pétrolière est passée par là (encore une fois !) Que pourrait être un pacte économique et social comme l’ont dénommé les Algériens ? Il faut tout d’abord observer que cette appellation de pacte économique et social est spécifique à l’Algérie (encore une spécificité algérienne !) Dans les pays à démocratie avancée, on parle de pacte social. C’est dans les pays nordiques que la pratique de pacte social a le plus prospéré. Nous savons que dans ces pays, c’est le système de démocratie de négociation qui est en œuvre. Une démocratie sociale faite de dialogue, de négociation et d’élaboration de consensus et non pas un système de démocratie de conflit, qui caractérise par exemple la démocratie sociale française, faite de revendications, de manifestations et surtout de grèves syndicales. Dans les pays nordiques (Suède, Danemark, Finlande), le pacte social est un accord tripartite qui porte sur la politique sociale de l’Etat. Il définit plus précisément les principes qui président à la politique sociale, celle du pouvoir d’achat et des salaires, celle plus sensible encore du droit du travail et notamment le code du travail. Ce pacte est négocié par les syndicats (notons bien les syndicats), le patronat et le gouvernement. Il est adopté et son application est suivie régulièrement par chacun des partenaires. Il est renégociable à délai défini, en principe un an. Généralement, les syndicats y revendiquent l’indexation des salaires (indexer les salaires au coût de la vie), l’assurance-chômage et un système de protection sociale par répartition fondé sur la solidarité et la redistribution. Le recours à la grève par les syndicats devient exceptionnel et les révisions de la politique sociale par l’Etat ne peuvent avoir lieu qu’en concertation avec les syndicats. Le patronat, pour sa part, obtient un ensemble de «souplesses» qui touchent à la flexibilité du marché du travail, la négociation du niveau de la pression fiscale qui pèse sur les entreprises ainsi que la révision des politiques salariales, tous ces dossiers ayant été discutés lors de l’élaboration du pacte social. Le gouvernement, quant à lui, défend la stabilité macro-économique, les équilibres financiers internes et externes, la mobilisation des acteurs économiques pour une croissance économique robuste, c’est-à-dire sans déficit budgétaire et sans inflation, et durable. Bien évidemment, ce pacte est un consensus, c’est-à-dire «une solution qui ne satisfait personne mais avec laquelle tout le monde peut vivre». Une solution qui fait en tout cas avancer la société dans la résolution de certains de ses problèmes. En Algérie donc, un pacte économique et social a été signé par l’UGTA, les organisations patronales et le gouvernement. Ce pacte n’a pas été malheureusement du niveau de ceux signés dans les pays nordiques. Il est resté vague, peu détaillé et sans obligations clairement établies. On aimerait bien qu’à l’occasion de cette 14e tripartite, les partenaires sociaux et le gouvernement engagent enfin un vrai débat et un dialogue approfondi sur au moins trois dossiers :
1. Comment construire une économie compétitive et efficace
2. Comment consolider l’Etat redistributeur
3. Comment construire la cohésion sociale.
Même si le pacte économique et social doit être de portée plus modeste, il constitue une occasion, tellement attendue par les Algériens, de débattre sérieusement des perspectives économiques nationales, du projet économique que nous voulons pour notre pays et de ce que chacune des forces vives de l’économie peut y apporter. La réussite économique passe obligatoirement par la mobilisation de tous les partenaires et celle-ci exige le dialogue, la délibération, l’échange sur les grands choix de la politique économique et sociale.
A. B.

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2011/09/28/article.php?sid=123574&cid=8

Publié dans Economie et société

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