Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Au Caire : transition pilotée

Publié le par Mahi Ahmed

« L’art de la guerre »

 

Au Caire : transition pilotée

par Manlio Dinucci

La Maison-Blanche promeut en Égypte la bobo-révolution : elle honore un jeune entrepreneur mort en dénonçant la corruption de policiers de base, pour mieux soutenir une dictature militaire. L’important n’est pas de changer les structures sociales, mais de garantir la libre entreprise et l’usage de l’Internet.

Rome (Italie) | 29 juillet 2011

1-3072-4ec71.jpg 

 

Le 22 juin 2011, le président Obama remet le Prix de la Démocratie au jeune blogger tunisien Jamel Bettaieb, un activiste de Sidi Bouzid, ville dont est partie la « révolution du jasmin ». A gauche sur la photo, Zahraa Said, frère de Khalid Said, un jeune chef d’entreprise égyptien honoré à titre posthume. Il avait posté sur Internet une vidéo attestant la corruption de policiers, avant d’être assassiné. De dos, Carl Gershman, président de la National Endowment for Democracy. La cérémonie a été suivie d’une table ronde autour de Aly Abuzaakuk et Radwan Ziadeh, deux des principaux organisateurs des troubles en Libye et en Syrie.

Dans une touchante cérémonie à la Maison-Blanche, le président Obama a commémoré un jeune businessman égyptien tué par la police de Moubarak (armée et entraînée par les USA), décoré par le « Prix Démocratie 2011 » de la National Endowment for Democracy (Ned) [1].

Les États-Unis, a rappelé le président, soutiennent fortement la transition vers la démocratie en Égypte, en valorisant le leadership des voix émergentes, surtout jeunes, dans la société civile. La Ned et d’autres organisations « non-gouvernementales » —en réalité des émanations du Département d’État et de la CIA, qui financent en Égypte des dizaines de projets— s’occupent de leur formation. D’autres programmes sont gérés directement par le gouvernement états-unien. Le Global Entrepreneurship Program, institué par l’administration Obama pour « promouvoir la culture entrepreneuriale dans les pays en voie de développement », organise des cours, tenus par des entrepreneurs états-uniens, auxquels participent de jeunes égyptiens des classes moyenne et moyenne-haute. Les meilleurs sont envoyés aux USA pour des cours de perfectionnement. On soigne surtout la formation de jeunes gestionnaires de sites Internet, en anglais et en arabe, lesquels reçoivent des financements et apprennent le savoir-faire de sociétés privées états-uniennes. On élève ainsi une nouvelle classe dirigeante égyptienne, que le New York Times définit comme « les entrepreneurs de la révolution ».

Une « révolution » pilotée par Washington, dont l’objectif est de donner un visage « démocratique » à un pays où le pouvoir continue à s’appuyer sur les sommets des forces armées. Cette classe militaire financée, armée et entraînée par les États-Unis, qui durant le régime de Moubarak a été la véritable détentrice du pouvoir. Cette même caste qui s’est présentée comme garante de « la transition pacifique et ordonnée », requise par le président Obama quand le dictateur Moubarak, après trente années d’honorable service rendu aux États-Unis, a été renversé par le soulèvement populaire.

Avec les milliards de dollars reçus de Washington et un bilan tenu secret au parlement, cette caste a créé sa propre base économique, comprenant des chaînes d’hôtels, magasins de produits électroniques, industries automobiles et nombreuses autres activités. C’est sur cette caste militaro-économique que mise Washington pour « la transition pacifique et ordonnée » qui laisse intacts les piliers de la domination états-unienne sur le pays. Washington continue donc à la financer et à l’armer, même si, au Congrès, on a des doutes sur sa fiabilité.

Tout, de fait, ne va pas comme on le voudrait à la Maison-Blanche. Les manifestants sont revenus à Place Tahir, voyant déçues leurs attentes de réels changements démocratiques, dans un pays où 40 % de la population vit dans la pauvreté. Les sommets militaires, tout en réprimant les manifestations, ont dû faire des concessions, comme le remaniement du gouvernement et la mise en préretraite de 600 policiers, auteurs de la répression sanglante de la Place Tahir. Ils n’ont cependant pas révélé les noms des policiers et personne n’a été puni. Et les sommets militaires sont toujours les garants de la nouvelle constitution, dont la rédaction est confiée à une commission nommée par ces mêmes militaires. Comme suprême garantie on trouve l’engagement des États-Unis, réaffirmé par le président, de soutenir les droits universels non seulement en Égypte mais dans tous les pays de la région.

Manlio Dinucci

Traduction
Marie-Ange Patrizio

 

Partager cet article

Repost 0

UNION POUR LE MAGHREB OU UNION POUR LA MÉDITERRANÉE

Publié le par Mahi Ahmed

UNION POUR LE MAGHREB OU UNION POUR LA MÉDITERRANÉE

Le choix des peuples

Par Pr Chems Eddine CHITOUR - Samedi 30 Juillet 2011 -

Le maghreb que tout unit, reste en marge de la marche du monde

«Il n'est point de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va» Sénèque

Ce mois de juillet est l'occasion pour nous de revenir sur l'Arlésienne de Bizet constituée par l'Union pour la Méditerranée inaugurée avec faste il y a de cela trois ans. La configuration actuelle a remis aux calendes grecques cette utopie, notamment du fait des convulsions des pays arabes et du changement de stratégie qui donnerait à croire qu'au lieu de négogier avec les pays, dans la plus pure tradition de la diplomatie de la canonnière, on met en oeuvre une nouvelle invasion pour s'assurer l'énergie.

Où en est l'Europe?
Avec sa lucidité coutumière, Hubert Védrine nous donne sa vision de l'Europe. Pierre Haski rapporte ses propos. «L'occasion était donnée par un débat à l'Académie diplomatique internationale -dirigée par Jean-Claude Cousseran autour d'un recueil de textes d'Hubert Védrine entre 2003 et 2009, «Le Temps des chimères» (Fayard). Hubert Védrine parle de chimères. Les «chimères»? De belles idées véhiculées par l'Occident au temps de sa splendeur, comme son «assurance universaliste», le «monopole du leadership occidental», une «vision simpliste du prosélytisme démocratique», le «droit-de-l'hommisme» ou le «manichéisme». Sans oublier le «devoir d'ingérence» cher à Bernard Kouchner, qu'il rapproche du «logiciel caché profond» de l'Occident:
«L'évangélisation». Autant de vaches sacrées occidentales que pourfend l'ancien chef de la diplomatie».(1) (2)
Plus grave encore, il y a une fracture entre les pays du Sud de l'Europe et ceux du Nord. Les premiers reprochant aux seconds de ne pas tenir compte de l'histoire de la civilisation méditerranéenne dans laquelle la Grèce et l'Italie ont eu un rôle majeur. Nous lisions: «Ignorée au début de la construction européenne, la Méditerranée a, depuis, fait l'objet de plusieurs tentatives d'intégration, toutes vouées à l'échec. La crise qui frappe actuellement la rive Sud montre qu'une nouvelle approche est nécessaire. La Méditerranée a vécu dans le passé de nombreuses périodes de guerre et de paix. (....) A son tour, l'histoire contemporaine a vécu une succession de fractures qui ont déclenché des tensions, voire de véritables guerres: dans le Maghreb, dans le Machrek, en Espagne, en Grèce, à Chypre, dans les Balkans, dans l'ex-Yougoslavie, en Palestine, et ainsi de suite. Au Nord comme au Sud, l'ensemble du Bassin méditerranéen se lie difficilement avec les régions continentales. L´Union européenne s'est créée sans prendre en considération les spécificités de la Méditerranée, telle une Europe séparée du «berceau de l'Europe». Comme si une personne privée de son enfance ou de son adolescence pouvait se développer normalement... Depuis un certain temps déjà, notre chère mer ressemble à une frontière maritime, s'étendant du Levant au Ponant et séparant l'Europe, d'un côté, de l'Afrique et de l'Asie mineure, de l'autre. A de nombreuses reprises, les décisions concernant le sort de la Méditerranée ont été prises hors de son territoire ou sans tenir compte de son opinion. (...) La tentative du président Nicolas Sarkozy de créer une nouvelle «Union pour la Méditerranée» a été accueillie avec mépris par l'Europe continentale (par l'Allemagne en particulier). Du reste, la proposition française a été hâtivement mise en oeuvre. La peur de l'immigration provenant de la côte méridionale ne suffit pas à elle seule à déterminer les grandes lignes d'une politique réfléchie. La côte méridionale reste sur ses réserves, gardant toujours en mémoire l'expérience du colonialisme. Aujourd'hui, il se passe peu ou prou la même chose, avec cette guerre qui vient d'éclater en Libye».(2)
Dans le même ordre, Richard Werly reproche aux grands pays de l'Europe de ne pas s'occuper assez des pays du sud de l'Europe. Justement, l'Europe actuelle paraît plus engluée que jamais dans ses crises à répétition. Tous les pays du sud de l'Europe sont, à des degrés divers, dans la tourmente financière. «Les pays du sud de l'Europe écrit-il, rencontrent d'immenses difficultés. Mais ce n'est pas une raison pour les négliger, ou les pousser vers la sortie: le sort de l'UE est lié à sa partie méridionale, rappelle un journaliste du Temps. Il y a les chiffres, et ils sont impitoyables. Ceux de la Grèce, avec sa dette d'environ 350 milliards d'euros équivalente à 160% de son Produit intérieur brut (PIB), servent désormais de slogan à tous ceux, Allemagne en tête, qui clouent au pilori la mauvaise gestion et les tricheries (avérées) passées d'Athènes. Le Portugal, avec une dette publique de 126 milliards, soit 88% du PIB, ou l'Italie avec une dette d'environ 1800 milliards d'euros, soit près de 120% de son PIB viennent tout de suite derrière. La dette publique espagnole, à 680 milliards d'euros, représente environ 64% du PIB du pays... contre 1650 milliards pour la France, soit 84% du PIB de l'Hexagone, que les agences de notation ont dans leur collimateur».
Continuant son plaidoyer, il met en exergue le rôle de charnière des pays du Sud qu'il oppose aux politiques des droites extrêmes «Une telle antienne, reprise à l'envi par des formations populistes de droite dure tel que le Parti de la Liberté néerlandais de Geert Wilders, nie pourtant une évidence: le sort de l'Europe-puissance, dans l'histoire, a toujours été lié à la Méditerranée, et amputer l'UE de sa frange méridionale serait un contresens politique tant les enjeux stratégiques et économiques qui se jouent sur ce flanc sud sont déterminants. Ne parlons pas ici de l'apport colossal de la Grèce à la pensée européenne, ou de la manière dont l'identité commerciale et capitaliste européenne s'est forgée en Méditerranée comme l'a démontré Fernand Braudel. Les Printemps arabes, pourraient être des sources de vitalité pour l'Europe. Parlons juste marchés, main-d'oeuvre et actualité: Qui peut contester que les «Printemps arabes» sont potentiellement source d'une incroyable vitalité pour le continent? Les relais passent par Athènes, Naples, Gibraltar, Barcelone ou Nicosie. Berlin, qui investit tant dans le projet solaire Desertec au sud de la Méditerranée, ne doit pas l'oublier. L'Union pour la Méditerranée, justifiée mais mal pensée par Nicolas Sarkozy, ne doit pas être naufragée».(3)
Beau plaidoyer! On peut y ajouter le dernier attentat du fondamentaliste norvégien et attribué en priorité à l'Islam, alors qu'une enquête d'Europol a montré que sur les 200 «attentats» seuls trois sont du fait de réseaux terroristes islamiques.

Que reste-t-il de l'Union pour la Méditerranée?
Curieusement, même dans la tourmente, les leaders européens - pris de court par les révoltes arabes se rattrapent sur Kadhafi en démolissant la Libye, le seul pays à ne pas vouloir de l'Union pour la Méditerranée.... Justement, à propos du bilan de l'UPM, Predrag Matvejeviæ est sceptique quant aux résultats: «Trois ans d'existence, et un bilan nul. Mais La Vanguardia veut croire qu'avec un nouveau secrétaire général, l'UPM peut encore oeuvrer utilement. Les grandes civilisations qui ont placé la Méditerranée au centre de la planète se nourrissaient de mythes et de légendes dans lesquels dieux et surhommes régnaient sur la nature et ses éléments, commandant aux mortels et s'immisçant dans leur destin. (...) Mais, dans nos civilisations actuelles, les réalités comptent davantage. L'une de ces réalités, c'est l'Union pour la Méditerranée. Les balbutiements de l'UPM sont loin d'être couronnés de succès. Cette institution a été lancée il y a trois ans par Nicolas Sarkozy. Elle a d'abord été accueillie avec scepticisme aussi bien par les pays du Nord, qui redoutaient une division de l'Union européenne, que par les pays du Sud, dont la cohésion n'est pas la principale qualité. Les premiers pas de l'UPM ont été lents, tant dans l'approbation des statuts que dans la nomination des dirigeants et la distribution des responsabilités. Le conflit au Proche-Orient a eu tôt fait d'assombrir ses débuts, en mettant à bas la stratégie de gestion de l'eau et en faisant avorter les deux derniers sommets (...) (...)Ce projet a besoin d'une volonté politique affirmée et d'une dotation financière suffisante. Il est indispensable que nous, citoyens et entreprises de la Méditerranée, soyons convaincus de son importance. L'UPM ne peut pas laisser s'évaporer l'enthousiasme que suscite cette renaissance ni se satisfaire d'un même passé commun: elle doit oeuvrer à l'avenir commun de ses peuples et se lancer sans tarder dans des actions ambitieuses.(4)
Pour sa part, le député socialiste Arnaud Montebourg n'a pas été tendre avec la politique de la France et partant de l'UPM. Dans une conférence à l'Idri, il a qualifié le 27 avril à Alger, l'Union pour la Méditerranée (UPM) de «coquille vide». Pour lui «l'échec de l'UPM est dû également à l'accroissement du nombre de ses membres alors qu'au départ il ne concernait que les pays du pourtour méditerranéen».(5)

Qu'en est-il de la Turquie, chaînon majeur ?
Il est intéressant de noter que l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne connaît toujours, avec les gouvernements actuels (France Allemagne, Grèce...), un refus. Les architectes de l'UPM pensaient «régler le problème» en diluant les espérances de la Turquie dans la coquille vide de l'UPM. En fait, le problème est plus profond et au risque de nous répéter, le moteur du refus concerne la peur de l'Islam. Même les plus hautes autorités n'hésitent plus à pointer du doigt l'Islam. Le refus de la Turquie dans l'Europe tient de l'obstination irrationnelle. On connaît les positions de Giscard d'Estaing qui ramène l'adhésion de la Turquie à un problème ethnique et d'essence chrétienne. Cependant, un homme politique a toujours été constant dans ses positions: Michel Rocard n'est pas un inconnu. Pour lui, l'adhésion de la Turquie est un facteur contribuant à la «paix régionale». «Nous partageons avec la Turquie un héritage historique.» «La Turquie est aux frontières de l'Europe, mais elle lui est historiquement intégrée depuis la Grèce antique jusqu'à nos jours.»(6)
A l'autre bout de la réflexion, pour ce qui est de la Croatie, la Moldavie, voire la Serbie, c'est l'Europe qui propose un traitement accéléré de leur intégration. C'est dire si d'un côté c'est le TGV, de l'autre l'escargot perclus de rhumatismes. Par ailleurs, l'Europe - sans publicité - a déclaré en décembre 2008, dans les faits, Israël 28e Etat de l'Europe avec tous les avantages du fait des relations upgrading. Curieusement, l'Europe et l'Occident commencent à «redécouvrir» les vertus de la Turquie vue de plus en plus comme un modérateur, notamment après les convulsions actuelles du Monde arabe. Passerelle entre l'Orient et l'Occident, la Turquie pourrait s'imposer dans les prochaines années comme un acteur géopolitique majeur. La Turquie aurait dû se méfier des promesses qui lui ont été faites -l'adhésion à l'Europe suivrait son cours...normal - lors de la mise en place du canular traquenard de l'Union pour la Méditerranée».

UP Méditerranée ou UP Maghreb? Quelle priorité?
Quelle est l'alternative pour les pays du Maghreb, maintenant que l'Union pour la Méditerranée est en panne, faute de combattants! On sait le forcing qui a amené à sa mise en place. Mettre autour de la même table Bachar el Assad et Israël, il faut le faire!. Que deviennent les acteurs du premier show? Exit Moubarak, Ben Ali. Kadhafi et El Assad luttent justement pour garder leur trône contre une coalition européenne. Il est pratiquement admis que l'UPM, dans sa configuration ancienne, a vécu. Les replâtrages, les calculs d'épicier quant à la distribution des sucettes (les postes: il n'est que de voir comment le secrétariat général a été confié à un Jordanien puis après sa «démission» à un Marocain), on constatera que l'Algérie avec sa politique de un pas en avant, deux pas en arrière, s'est faite marginaliser et elle est absente dans les rares projets toujours en projets. Pour Georges Stanechy, un des fondements de la politique étrangère européenne et tout particulièrement française et espagnole, est d'empêcher à tout prix une «Union» du Maghreb. En fait, il convient de réactiver le formidable projet de l'UMA (Union du Maghreb arabe) qui réunissait Maroc-Algérie-Tunisie-Libye-Mauritanie. Soit un ensemble d'une centaine de millions de personnes, aux compétences de niveau international par la qualité de ses cadres multilingues, aux ressources complémentaires (mines- énergie-agriculture-industrie) et au potentiel de développement en termes de marchés (infrastructures et consommations) extraordinaire. Cet ensemble représenterait un poids dans les négociations internationales, face à l'Europe ou autres, autrement plus efficace que les différents accords bilatéraux qui ne sont qu'un habillage du: «Diviser pour régner». Dans le partage de la prospérité, la renaissance de ses traditions et de son patrimoine historique, trop longtemps arasés par un colonialisme et un néocolonialisme impitoyables.(8)
Imaginons que les dirigeants du Maghreb soient fascinés par l'avenir. Imaginons que nous ayons un Jean Monnet, un De Gaulle ou un Adenauer, le Maghreb que tout unit: l'histoire la culture et même un Islam tolérant non politique dans son essence, serait une véritable force avec une jeunesse exubérante, un immense territoire supérieur à celui de l'Europe, des ressources énergétiques, un savoir-faire et surtout une vision rationnelle de la réalité que nous avons appris, il faut bien le reconnaître, de la présence coloniale, nul doute que ce Maghreb qui aurait 125 millions d'habitants en 2030 serait un acteur important du Bassin méditerranéen. Les leaders naissent aussi d'un élan de la société. C'est là où l'encadrement, les leaders d'opinion, doivent se rassembler.... Sans cette volonté, l'attente du «miracle», de «l'homme providentiel», ne donnera rien. Combien y a-t-il de colloques organisés sur l'Union pour le Maghreb entre représentants non-gouvernementaux des différents pays concernés, sur des projets communs, par la «société civile», par le «pays profond», les universités, les centres de recherche, les organisations professionnelles, patronales, syndicales ou autres?...
Le Maghreb doit travailler, d'abord, en priorité, en urgence, sur ce qui «rassemble» et non pas sur ce qui «divise». L'avenir du Sahara est l'exemple même du problème qui trouvera sa solution, dans le cadre de l'Union pour le Maghreb, sous une forme à déterminer dans la solidarité face aux pressions et enjeux imposés par l'Occident. Rien n'interdit, d'ailleurs, d'y inclure l'Egypte. L'ensemble de plus de 6 millions de km2 et un marché de 200 millions d'âmes est une opportunité pour les peuples de la région. Nul doute que cet ensemble négociera en position de force avec l'Europe qui, on s'en doute, mettra tout son poids pour le faire échouer sauf si les peuples du Maghreb décident autrement.

1.Pierre Haski: «Quelques burqas et la République serait en danger?» Rue89 26/04/2010
2.http://www.presseurop.eu/fr/content/article/564321-des-nuages-sombres-sur-mare-nostrum 22 03 2011
3.http://www.presseurop.eu/fr/content/article/799381-sans-le-sud-l-europe-perdrait-le-nord
4.http://www.courrierinternational.com/article/2011/07/26/l-union-pour-la-mediterranee-vous-vous-rappelez 26 07 2011
5.Chems Chitourhttp://www.legrandsoir. info/Declin-du-sens-Ou-va-la-vieille-Europe.html
6.Michel Rocard, Oui à la Turquie. Ed. Seuil 2008
7C.E. Chitour: Le niet de l'Europe à la Turquie: L'Expression mars 2009
8.
Georges Stanechy - Commentaire article Chitour http://stanechy.overblog.com

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/136442-le-choix-des-peuples.html

Partager cet article

Repost 0

USAGE DE LA FORCE CONTRE LA LIBYE

Publié le par Mahi Ahmed

USAGE DE LA FORCE CONTRE LA LIBYE

«Responsabilité de protéger» ou «droit d'ingérence?»

Par Hocine MEGHLAOUI - Samedi 30 Juillet 2011 -

Le cas libyen démontre comment une idée noble, défendue par la communauté internationale, peut être dévoyée

La multiplication des conflits entraîna celle des implications de l'ONU qui fut sollicitée au-delà de ses possibilités et enregistra de graves défaillances.

Lorsque le Sommet mondial de 2005 a finalement entériné le principe de la «responsabilité de protéger», après plusieurs années de discussions mettant aux prises les pays du Nord et du Sud, certains ont nourri l'espoir de voir la communauté internationale redresser une situation mondiale devenue chaotique après la Guerre froide qui a libéré des forces contenues durant de longues décennies. C'était ignorer la volonté de domination de certains pays du Nord qui s'estiment investis du «droit d'ingérence», -peu importe le qualificatif dont on l'affuble-, qui a toujours été l'apanage du fort pour soumettre et dominer le faible à des fins d'intérêts propres. Le colonialisme en fut la forme la plus brutale. La question de l'ingérence, telle que le monde la connaît depuis quelques décennies, a commencé à se poser à la fin de cette période historique. L'émergence des pays du Sud à la vie internationale a contraint les pays du Nord à chercher des justifications à la poursuite de leurs immixtions dans les affaires intérieures de leurs anciennes colonies.
Le monde bipolaire dont a accouché la Seconde Guerre mondiale, connut des conflits régionaux et fut marqué par la Guerre froide. Ce fut aussi la période de reflux généralisé du colonialisme. Devenu unipolaire dans les années 90, avec à sa tête les Etats-Unis qualifiés d'hyperpuissance, suggérant l'idée d'Etat impérial, il fut secoué par des conflits internes (guerres civiles, génocides, épurations ethniques...), y compris en Europe. Ils firent plus de cinq millions de morts et mirent en péril la paix et la sécurité internationales. Le «droit d'ingérence humanitaire», une question controversée défendue par les pays du Nord, connut une nouvelle vigueur.

Le rapport Brahimi
La multiplication des conflits entraîna celle des implications de l'ONU qui fut sollicitée au-delà de ses possibilités et enregistra de graves défaillances. Les actions étaient chaotiques comme en Somalie (1993), au Rwanda (1994) ou lors du massacre de Srebrenica (1995) ou illégales car non autorisées par l'ONU comme au Kosovo (1999). Un «Groupe d'étude sur les opérations de maintien de la paix» fut créé en mars 2000 par le Secrétaire général, Kofi Annan, et sa direction confiée au diplomate algérien Lakhdar Brahimi. Il lui fut assigné pour mission de faire des recommandations afin d'améliorer la pratique de l'ONU dans ce domaine. Le Rapport Brahimi, remis en août 2000, met l'accent sur les limites politiques, financières et administratives de l'ONU pour gérer les crises de plus en plus nombreuses et complexes et fait un certain nombre de recommandations pour redresser la situation en appelant, notamment les Etats à prendre leurs responsabilités dans l'intérêt de tous.

La défense collective de la dignité humaine
Toujours en 2000, mettant à profit cette date symbole, l'Assemblée générale de l'ONU se réunit en Sommet du Millénaire, du 6 au 8 septembre, et adopta la «Déclaration du Millénaire». Les Etats membres se déclarèrent «collectivement tenus de défendre, au niveau mondial, les principes de la dignité humaine» et décidèrent «d'élargir et de renforcer la protection des civils dans les situations d'urgence complexes, conformément au droit international» tout en réitérant les «principes d'égalité souveraine de tous les Etats, de respect de leur intégrité territoriale, de règlement des différends par des voies pacifiques et de non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats». Le texte est un compromis fragile entre les pays du Nord partisans de l'interventionnisme et ceux du Sud attachés au respect des principes onusiens.
Dans le rapport présenté à cette occasion par le Secrétaire général de l'ONU, intitulé: «Nous, les peuples; le rôle des Nations unies au XXIe siècle», M Kofi Annan exhortait la communauté internationale à «dégager un consensus sur les modalités d'intervention pour protéger les populations victimes de violations massives et répétées des droits humanitaires».

Le Canada comme facilitateur
Pour aider le Secrétaire général de l'ONU à forger le consensus recherché, le Canada annonça devant le Sommet du Millénaire la mise en place de la «Commission internationale de l'intervention et de la souveraineté» des Etats (CIIS). Coprésidée par Gareth Evans, ancien ministre des Affaires étrangères de l'Australie et président de l'International Crisis Group, et Mohamed Sahnoun, ancien ambassadeur algérien, elle reçut pour mandat de promouvoir un débat exhaustif sur «le rapport entre intervention et souveraineté des États». Il s'agissait d'essayer de concilier deux questions qui paraissaient inconciliables ou au moins contradictoires afin de rendre impossible la répétition de massacres de populations. En décembre 2001, la CIIS remit un rapport au Secrétaire général de l'ONU intitulé
«La responsabilité de protéger». L'idée de base était que les Etats, ont la responsabilité de protéger leurs propres citoyens, mais lorsqu'ils ne sont pas en mesure de le faire, cette responsabilité doit être assumée par la communauté internationale.

Les pays du Sud contre le «droit d'ingérence»
Le débat qui s'ensuivit donna lieu au traditionnel clivage entre le Nord et le Sud. Le concept proposé rappelait trop le «droit d'ingérence humanitaire». Il avait été rejeté à l'avance par le Sommet du Sud du Groupe des 77 (G.77), réuni à La Havane, du 10 au 14 avril 2000, qui l'estima incompatible avec les principes de la Charte des Nations unies, soulignant que la vraie menace venait de la situation socioéconomique déplorable de milliards d'êtres humains et que les principes du respect de la souveraineté nationale et de l'intégrité territoriale des Etats constituaient le fondement des relations internationales. La même position fut reconduite par le Sommet des pays non-alignés qui eut lieu à Kuala Lumpur, du 20 au 25 février 2003, quelques jours avant l'invasion de l'Irak par les Etats-Unis. Il réaffirma en outre l'importance du multilatéralisme avec pour centre les Nations unies et rejeta les actions unilatérales(1).

L'ONU adopte une nouvelle notion juridique
Quelques semaines après le Sommet des pays non-alignés, M. Kofi Annan désigna un «Groupe de personnalités de haut niveau sur les menaces, les défis et le changement» pour «recommander des mesures propres à donner à l'ONU les moyens de pourvoir à la sécurité collective au XXIe siècle». Dans un rapport intitulé «Un monde plus sûr, notre affaire à tous», remis en décembre 2004, le Groupe estima que la sécurité collective était «au premier chef l'affaire d'Etats compétents et responsables», s'entendit sur une «nouvelle norme prescrivant une obligation collective internationale de protection» et recommanda des «critères servant à déterminer quand l'emploi de la force se justifie».
En mars 2005, le Secrétaire général présenta devant l'Assemblée générale un rapport sur la mise en oeuvre des Objectifs du Millénaire intitulé «Dans une liberté plus grande: vers le développement, la sécurité et le respect des droits de l'homme pour tous» dans lequel il proposait des «priorités absolues» à l'adoption par le Sommet mondial de 2005 qui eut lieu du 14 au 16 septembre. Suivant les recommandations faites par le CIIS, le Groupe de personnalités et le Secrétaire général, ledit Sommet adopta un «Document final» avalisant une nouvelle notion, la «Responsabilité de protéger les populations contre le génocide, les crimes de guerre, le nettoyage ethnique et les crimes contre l'humanité». Cette stratégie repose sur trois piliers: les responsabilités de l'État; l'assistance internationale et le renforcement des capacités de prévention des Etats et de l'ONU; et une réaction résolue en temps voulu. Ce système accorde la priorité aux moyens préventifs, mais prévoit le recours aux moyens coercitifs, ordonnés par le Conseil de sécurité, y compris l'utilisation de la force armée. Le «droit d'intervention humanitaire» devint par la magie de la rhétorique la «responsabilité de protéger»(2).
Les chefs d'Etat et de gouvernement ont pris plusieurs précautions pour tempérer l'ardeur des interventionnistes tous azimuts: assistance à apporter aux Etats pour les aider à faire face à leurs obligations, mise en place d'un dispositif d'alerte rapide par l'ONU, priorité donnée aux moyens pacifiques pour résoudre les différends, gradation dans les actions coercitives et recours à l'usage de la force en phase ultime uniquement avec l'autorisation du Conseil de sécurité et lorsqu'il est justifié par l'intérêt collectif (chapitres VI, VII et VIII de la Charte). Enfin, comme pour souligner que le débat restait ouvert, l'Assemblée générale fut chargée de «poursuivre l'examen de la responsabilité de protéger». La nouvelle notion juridique devait être précisée dans plusieurs de ses aspects, principalement le plus délicat d'entre eux: les modalités de recours à l'utilisation de la force armée.

Face à l'unilatéralisme américain, la «vieille Europe» se rebiffe
Les attentats du 11/09/2001 contre les tours du World Trade Center, à New York, et le Pentagone, à Washington, furent considérés comme un «acte de guerre» par le président Bush et bouleversèrent les politiques américaines de sécurité intérieure et internationale. En septembre 2002, ce dernier publia sa première Stratégie de sécurité nationale (SSN) qui se distingue des précédentes par le droit d'attaque préventive contre les groupes terroristes et les Etats «voyous», surtout ceux cherchant à se doter d'armes de destruction massive. L'invasion illégale de l'Irak le 20 mars 2003 fut la première mise en oeuvre de cette doctrine. La seconde version de la SSN, publiée en mars 2006, reconduisit la doctrine d'attaque préventive et proclama l'ambition des Etats-Unis de faire de la lutte contre le terrorisme et de la diffusion de la démocratie dans le monde l'axe principal de la politique étrangère et de sécurité américaine.
La SSN est l'aboutissement d'une réflexion initiée par les néoconservateurs (3) au lendemain de la fin de la Guerre froide en vue d'assurer la suprématie militaire des Etats-Unis et rendre incontestable leur leadership mondial en recourant à l'usage massif de la force, -qui fait le droit-, pour susciter la crainte et la soumission des autres nations. C'était un document d'orientation politique qui affichait une volonté interventionniste claire et ouvrait une nouvelle page dans les relations internationales.
La politique unilatérale des Etats-Unis, concrétisée par l'invasion illégale de l'Irak le 20 mars 2003, sonna le glas de la sympathie que suscita ce pays dans le monde après les attentats du 11septembre. Elle divisa gravement la communauté internationale sur l'opportunité de faire usage de la force pour contrer les menaces. Même les principaux alliés de Washington dans la «vieille Europe», comme l'Allemagne et la France, se déclarèrent attachés au respect du droit international et à une vision multipolaire du monde. Ils contestèrent publiquement l'unilatéralisme guerrier américain en Irak, y compris devant le Conseil de sécurité dont ils empêchèrent l'instrumentalisation par Washington.

L'OTAN, bras armé de l'Occident
Les frictions entre l'Europe et les Etats-Unis se traduisirent au niveau de l'Otan qui avait perdu sa raison fondamentale d'exister après la Guerre froide et se cherchait une nouvelle mission. Certaines voix s'étaient même élevées pour demander sa dissolution, mais elle survécut aux bouleversements géopolitiques induits par la disparition du bloc soviétique sur fond d'opposition entre les Etats-Unis, où les néoconservateurs voulaient en faire le «gendarme du monde», et l'Europe qui restait attachée à la centralité de l'ONU dans les relations internationales. La «Guerre de l'ex-Yougoslavie» (4), entre 1991 et 2001, mit en lumière l'impuissance de l'Europe à stabiliser seule sa région et démontra la nécessité de recourir aux services de l'Otan. En outre, cette dernière entreprit de prendre sous son aile les anciens alliés de l'Urss en s'élargissant à l'Est. Elle profita aussi des faiblesses de l'ONU. Son intervention en Afghanistan marqua de façon décisive l'élargissement de ses missions et de ses champs d'intervention dans un environnement sécuritaire bouleversé et changeant.
Au sommet de Prague, le 21 novembre 2002, le premier à se tenir derrière l'ancien rideau de fer, l'Alliance prit acte des nouvelles menaces et des nouveaux défis du XXIe siècle, en particulier le terrorisme, et décida de se doter de nouvelles capacités pour y répondre collectivement. Cependant, de grands pays européens rejetaient toujours l'unilatéralisme américain ainsi que l'extension du champ de compétence de l'Otan à des domaines civils qu'induit la lutte contre le terrorisme. L'invasion de l'Irak en mars 2003 fut l'apogée de la crise entre les deux rives de l'Atlantique. Le Sommet de l'Alliance, qui s'est tenu à Lisbonne les 19 et 20 novembre 2010, adopta finalement un nouveau Concept de l'Otan, définissant ainsi sa nouvelle mission pour la première fois depuis 1999. La centralité de la défense collective à l'origine de la création de l'Alliance, fut réaffirmée et le rôle de l'Otan actualisé à la lumière des nouvelles menaces, notamment celles asymétriques provenant d'acteurs non étatiques, la prolifération nucléaire et balistique, les attaques cybernétiques, la piraterie, la sécurité énergétique. Le nouveau Concept conforta l'Otan dans un rôle planétaire (5) pour en faire la seule puissance globale dans le monde au service des seuls intérêts occidentaux. A cette fin, il a été décidé de la doter de capacités expéditionnaires ayant pour vocation d'intervenir dans n'importe quel point du globe. Elle est progressivement introduite comme un bras universel armé au service du Conseil de Sécurité. D'instrument de défense collective, elle tente de devenir un instrument de sécurité collective, avec le risque de supplanter l'ONU.

France-Otan et France-Grande-Bretagne
Le général de Gaulle a décidé de retirer la France de l'Otan en 1966 pour mettre fin à l'influence de Washington sur le commandement militaire français. Il a aussi doté la France d'une force nucléaire de dissuasion qui est la seule dont dispose le «Vieux continent» si on exclut celle de la Grande-Bretagne étroitement liée aux Etats-Unis. Paris a aussi essayé de mettre en place des structures européennes de sécurité et de défense susceptibles d'être activées de façon autonome. Mais l'Europe n'a pas pu émerger comme réalité militaire.
La France commença à se rapprocher de l'Otan dès la fin de la Guerre froide en soutenant l'élargissement de ses compétences aux missions de gestion des crises (Balkans dès 1992) et en participant activement aux opérations militaires (Kosovo, Afghanistan), devenant le quatrième contributeur en hommes et au budget (6). Elle réintégra le Conseil des ministres de la Défense et le Comité militaire le 5 décembre 1995. En mars 2009, Sarkozy franchit le dernier pas: 43 ans après la décision du général de Gaulle, il annonça le retour de la France dans les structures militaires intégrées (comité des plans de défense, comité militaire et état-major international), à l'exception du groupe de planification nucléaire pour garder l'indépendance de la force de dissuasion française.
L'étape suivante fut le lancement d'une coopération militaire de grande ampleur avec la Grande-Bretagne (7). Le Sommet franco-britannique de Londres, le 2 novembre 2010, à la veille de celui de l'Alliance atlantique à Lisbonne, accoucha de deux accords et d'une déclaration commune. On peut y voir un grand pas dans la construction de la politique européenne de défense et de sécurité, -comme décidé lors du Sommet franco-britannique de Saint-Malo en 1998-, ou la volonté de deux pays contraints financièrement de mutualiser leurs moyens militaires pour se donner des possibilités d'intervenir sur la scène internationale. La seconde hypothèse n'est pas à écarter lorsqu'on sait que Londres et Paris ont décidé de créer une «force expéditionnaire conjointe», combattante de plusieurs milliers d'hommes devant être opérationnelle dès 2011 et de développer leurs capacités de projection, se situant ainsi dans une logique interventionniste. Le rôle de pointe que ces deux capitales jouent dans la crise qui secoue la Libye depuis le début 2011, est la concrétisation de cette coopération militaire franco-britannique. Paris et Londres ne semblent pas avoir les moyens de leurs ambitions puisque les opérations en cours depuis cinq mois sont menées par l'Otan.
Sarkozy a tourné le dos à l'héritage gaulliste concernant les rapports entre la France et les Etats-Unis et l'Otan. Après le retour dans les structures intégrées de l'Organisation atlantique, la signature des accords de coopération militaire avec la Grande-Bretagne, qui incluent un volet nucléaire, mettent la touche finale au réalignement de la France sur la politique atlantiste.

La «responsabilité de protéger» appliquée à la Libye
Depuis la fin de la Guerre froide, l'Occident s'est patiemment doté des moyens d'intervention nécessaires pour perpétuer sa domination. La «responsabilité de protéger» était sensée lui fournir une couverture juridique. Ce principe, au demeurant généreux, s'est voulu un mariage entre deux conceptions du système international. -La première, ancienne, considère que l'Etat en est l'unité de base et la seconde, prenant prétexte des crises humanitaires, insiste sur le rôle que doivent jouer les institutions internationales et le droit international public pour peser sur le comportement des entités étatiques-. Il a été foulé aux pieds par les pays du Nord à la première occasion.
Les résolutions 1970 et 1973 du Conseil de sécurité sur la Libye, les premières à être prises en vertu de la «responsabilité de protéger» (8), sont interprétées de façon fantaisiste, notamment par la France qui essaye de justifier l'injustifiable. Comme l'a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, ces résolutions ne permettent pas «à n'importe qui de faire n'importe quoi, n'importe quand». Certes, chaque pays a «l'obligation morale» de s'opposer aux crimes contre l'humanité, mais tout recours à la force doit être autorisé par le Conseil de sécurité qui fixe avec précision les limites et le contrôle des actions à mener. Or, la France ne semble respecter aucune limite. Elle a été jusqu'à livrer des armes aux rebelles libyens, violant allègrement l'embargo décrété par le Conseil de sécurité. En agissant ainsi, Paris ne contribue pas à l'apaisement mais alimente la guerre civile dont elle devient partie prenante, ainsi que le terrorisme au Maghreb et dans la région sahélo-saharienne. Elle pratique aujourd'hui une politique unilatérale (qu'elle dénonçait hier,-Irak) sous couvert de légalité internationale qu'elle viole de façon grossière, relançant ainsi le débat sur la «responsabilité de protéger» qu'elle confond avec «droit d'ingérence».

Le travail normatif sera-t-il complété?
Ce n'est pas le principe en lui-même qui est en cause puisque les pays du Sud ont avalisé la «responsabilité de protéger» au Sommet mondial de 2005, mais sa mise en oeuvre à toutes les étapes allant de l'instrumentalisation du Conseil de sécurité et de la Cour pénale internationale en passant par la propagande et la désinformation à travers la mobilisation des médias, jusqu'à l'absence de bonne foi dans la mise en oeuvre des résolutions. A ce propos, le cas libyen fera sûrement école. Il démontre comment une idée noble, qui a mobilisé la communauté internationale pendant des années, peut être dévoyée. Les pays du Nord qui ont soutenu avec beaucoup de vigueur le principe de la «responsabilité de protéger» et l'ont imposé à ceux qui craignaient ses dérives -à juste titre, peut-on dire aujourd'hui-, auront été ses fossoyeurs en raison d'une politique de force dictée par leurs seuls intérêts nationaux. Cette crainte est d'autant plus justifiée que le débat n'est pas encore terminé. Celui qui a eu lieu à l'Assemblée générale de l'ONU en juillet 2009, a révélé la persistance de profondes divergences entre les Occidentaux et les pays non-alignés sur la question des mesures militaires. Le 14 septembre 2009, l'Assemblée générale a adopté par consensus une résolution pour décider «de continuer d'examiner la question de la responsabilité de protéger». Quant au Secrétaire général, il a estimé que l'approfondissement de la réflexion était le meilleur moyen de mettre en oeuvre ce principe et a invité ses conseillers à poursuivre le dialogue avec les Etats membres et toutes les autres parties intéressées.
Les pays du Nord présentent abusivement la «responsabilité de protéger» comme une nouvelle norme juridique alors qu'elle n'est qu'une notion encore sujette à discussion au moins dans son mode opératoire. En effet, on peut soutenir que le consensus normatif n'est pas encore complet ne serait-ce que parce que les moyens de traduire ce principe en action (recours à la force armée), sont loin d'être clairs. Les dépassements enregistrés en Libye le décrédibilisent et risquent de donner un coup fatal aux acquis enregistrés depuis la fin des années 90. La Chine et la Russie, pour ne citer que deux membres permanents du Conseil de Sécurité, ont tiré la leçon de l'expérience libyenne et refusent de soutenir un projet de résolution occidental sur la Syrie.
L'adoption de la «responsabilité de protéger» par le Sommet mondial de 2005 aura-t-elle été une supercherie de plus dont les victimes sont les pays du Sud? En effet, le monde est mu par des rapports de forces politiques et militaires. Le droit international est invoqué ou ignoré selon les intérêts bien compris des grandes puissances qui ne tiennent pas les engagements non conformes aux dits intérêts (9). Le Conseil de sécurité apparaît de plus en plus comme un espace où les membres permanents essayent dd'harmoniser leurs intérêts. Rappelons, à titre d'exemple, qu'en 2010 l'Occident a proclamé l'indépendance du Kosovo en se substituant à la légalité internationale incarnée par l'ONU. Au Sud-Soudan, il a plié la légalité onusienne à sa volonté et divisé le pays. En Libye, il reconnaît, sans base légale, un pouvoir de fait comme «autorité gouvernementale légitime». Ce faisant, l'Occident s'est érigé en source du droit international et légifère pour la planète, se substituant aux peuples.
Bien que la Charte proclame «l'égalité des nations, grandes et petites» (10), ce sont les Etats les plus puissants qui se sont arrogé la responsabilité de veiller sur la paix et la sécurité internationales en instrumentalisant les structures de l'ONU, particulièrement le Conseil de sécurité dont la réforme de la composition et des modalités de fonctionnement est indispensable à sa légitimité. En attendant une telle réforme, il serait avisé de respecter la Charte dans toutes ses dispositions, comme par exemple la mise en oeuvre du chapitre VIII (articles 52 et 53) qui donne aux accords ou organismes régionaux la priorité en matière de règlement des crises locales. A ce propos, la marginalisation de l'Union africaine dans le traitement du conflit libyen constitue une autre entorse à la légalité internationale et un clou supplémentaire dans le cercueil de la «responsabilité de protéger».

(1) A propos des Etats-Unis, le Premier ministre de Malaisie, Mohamad Mahatir, déclara «Ce n'est plus seulement une guerre contre le terrorisme, c'est une guerre pour dominer le monde». Il ajouta: «Après les attentats du 11 septembre, les Etats-Unis ont trouvé un argument pour une fois encore conquérir le monde.»
(2) Dans sa déclaration devant le Sommet mondial de 2005, le Président Abdelaziz Bouteflika préféra l'expression «obligation morale» à «responsabilité de protéger».
(3) Francis Fukuyama: article intitulé «La fin de l'Histoire» (1989) transformé en livre paru sous le titre «La fin de l'histoire et le dernier homme» (1992); Paul Wolfowitz: «Mémorandum sur le maintien de la suprématie militaire des Etats-Unis» (1992); Samuel Huntington: «Le choc des civilisations», un livre basé sur un article sur le même thème publié en 1993; Robert Kagan: «Power and Weakness» (Policy Rewiew, juin-juillet 2002), un article qui a inspiré un livre intitulé «Of Paradise and Power: America Vs. Europe in the New World Order» (2003) et d'autres encore.
(4) La guerre de l'ex-Yougoslavie fut une série de conflits locaux qui opposèrent différents groupes ethniques ou nationaux de l'ancienne République fédérale. Le massacre de Srebrenica en juillet 1995 symbolise le caractère génocidaire de ces conflits et constitue une première en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.
(5) Cf. «Le Sommet de Lisbonne conforte l'Otan dans son rôle planétaire», in L'Expression du 21 novembre 2010.
(6) Avec un total de 84 avions engagés au Kosovo, la France a été le principal partenaire des Etats-Unis lors des sorties aériennes, devant l'Italie, le Royaume-Uni et l'Allemagne.
(7) Cf. «Défense: rapprochement spectaculaire entre la France et la Grande Bretagne», in L'Expression du dimanche 07 novembre 2010.
(8) Cf. «Intervention militaire en Libye, entre légalité et légitimité», in L'Expression du 28 mars 2011.
(9) Que sont devenus les engagements pris par les pays du Nord dans les textes suivants: Déclaration du Millénaire adoptée par le Sommet du Millénaire de 2000 (OMD); Consensus de Monterrey issu de la Conférence internationale sur le financement du développement de 2003; «Déclaration finale» du Sommet mondial de 2005; Conférence internationale de suivi sur le financement du développement chargée d'examiner la mise en oeuvre du Consensus de Monterrey (Doha, 29 novembre-2 décembre 2008) et Déclaration de Doha sur le financement du développement; Plan de mise en oeuvre du Sommet mondial pour le développement durable de Johannesburg?
(10) En 1946, la Cour internationale de justice (CIJ) fut saisie de «l'incident du détroit de Corfou opposant la Grande-Bretagne et l'Albanie. Dans l'arrêt rendu en 1949, elle se déclare contre toute ingérence dans ces termes: «Le prétendu droit d'intervention ne peut être envisagé que comme la manifestation d'une politique de force qui ne saurait trouver aucune place dans le droit international». Elle poursuit:
«Entre Etats indépendants, le respect de la souveraineté nationale est l'une des bases essentielles des rapports internationaux».

http://www.lexpressiondz.com/

Partager cet article

Repost 0

La maladie d’Abdelwahab Meddeb et la révolution tunisienne

Publié le par Mahi Ahmed

La maladie d’Abdelwahab Meddeb et la révolution tunisienne

mercredi 27 juillet 2011, par Alain Gresh

« Un livre écrit au cœur de la révolution, avec la justesse et la hauteur de vue d’une méditation intemporelle. » C’est ainsi que la quatrième de couverture du livre d’Abdelwahab Meddeb Printemps de Tunis présente le travail de l’auteur, un des premiers ouvrages sur la révolution qui a ébranlé le monde arabe.

Nous laisserons le lecteur juger de la « hauteur de vue » de l’auteur et de ses réflexions, somme toute banales, sur ce qui s’est passé en Tunisie.

Ce qui est frappant dans l’ouvrage, c’est sa « pudeur » concernant ses positions sur le régime de Ben Ali. Evoquant la manifestation de Paris, le 15 janvier, après la chute du dictateur, il écrit : « Cela fait longtemps que je n’ai pas participé à une manifestation. » Et la question qui se pose est simple : pourquoi n’a-t-il jamais participé à des manifestations contre la dictature à Paris durant ces dernières décennies ? Pourquoi n’a-t-il jamais élevé la voie contre la torture de milliers de prisonniers politiques ? Le fait que nombre d’entre eux étaient islamistes justifiait-il ce silence ?

Il serait faux de dire qu’il ne mentionne pas le sujet. Il le fait avec une pudeur d’autant plus admirable qu’elle « ne » lui est pas habituelle, mais toujours avec une « hauteur de vue ».

« Je m’interroge aujourd’hui sur ce réveil tardif ? Est-ce dû à la distance de l’expatriation ? Est-ce que le fait que pour moi l’horizon de l’être est le monde en son étendue ? L’immensité que je scrute aspire-t-elle le génie des lieux ? Immerge-t-elle le culte de la terre natale ? », etc. A une telle hauteur de vue, on perd le fil, mais on comprend qu’un intellectuel tunisien, vivant à Paris, a mieux à faire que de s’occuper de ce qui se passe dans son pays d’origine.

L’écrivain n’est cependant pas resté à l’écart de la révolution. Avec courage, il a participé à une émission de France 3, « Ce soir ou jamais », le 12 janvier (la première de ses interventions publiques), qui, selon ses dires, « a produit l’effet escompté. (...) Le mouvement a reçu un signe solidaire émanant de la scène internationale ». Tout ce qui s’est passé dans les premiers jours de janvier en France, en solidarité avec la Tunisie, n’a pas compté jusqu’à l’arrivée du grand homme.

Certes, ces manifestations étaient limitées. Et elles l’étaient parce que Meddeb et de nombreux intellectuels s’étaient, comme il le dit lui-même, « accommodés » de Ben Ali : « Nous n’avions pas protesté quand Ben Ali avait procédé à l’éradication des islamistes par la terreur en 1990-1991. Nous en étions même soulagés. » Ils préféraient et préfèrent toujours les dictatures soi-disant laïques aux islamistes.

Récemment encore, l’écrivain expliquait benoîtement que la dictature du chah en Iran était « minimaliste ». Les torturés de la Savak apprécieront.

Il n’est toutefois pas resté totalement silencieux. Dans son ouvrage Contre-prêches (2006), il consacre une chronique à la Tunisie : « Lorsqu’on se promène à Tunis dans cette atmosphère d’amitié entre les sexes, on se dit que la solution est simple, que le remède à la maladie [de l’islam] est à portée de main, qu’il ne représente pas un secret et une énigme exigeant de recourir au devin ou au sorcier. On se dit aussi que cette maladie n’est pas incurable. Mais on se demande aussi pourquoi l’exemple tunisien n’est pas davantage connu, pourquoi il ne constitue pas une référence (sic), pourquoi il ne s’érige pas lui-même en modèle (re-sic). Il est sûr que le déficit démocratique n’aide pas à l’émergence d’un tel modèle. Mais nous avons cependant à réfléchir sur le passage, à doses homéopathiques, par l’Etat autoritaire comme recours éclairé pour les sociétés héritant de consciences “obscures”. »

Ce sont ces consciences « obscures » que le colonisateur voulait aussi « éclairer », et l’on ne s’étonnera pas que Meddeb fasse l’apologie de cette période, comme le souligne Vincent Geisser dans un texte du 4 février 2005 (« Islam light : un produit qui se vend bien »), publié par Oumma.com :

« Dans son best-seller, La Maladie de l’islam, Abdelwahab Meddeb se livre ainsi à un véritable hymne à la Tunisie sous le Protectorat français, qui, rappelons-le quand même, était fondé sur un régime de domination coloniale qui n’avait rien à envier à l’Algérie » :

« Il faut le reconnaître, le modèle européen dans lequel j’ai grandi, celui qui émane des Lumières françaises et qui m’a formé, à travers un enseignement franco-arabe, n’est plus attractif. […] J’ai assisté dans mon enfance (dans les années 1950), dans cette citadelle de l’islam qu’est la médina de Tunis, au dévoilement des femmes au nom de l’occidentalisation et de la modernité ; cela a concerné les femmes, les filles et les sœurs des docteurs de la Loi qui tenaient chaire dans la millénaire université théologique de la Zitouna (une des trois plus importantes de l’islam sunnite…) » (A. Meddeb, La Maladie de l’islam, p. 43).

« Cette célébration de “l’islam des Lumières” (en réalité, un islam imaginaire), poursuit Geisser, évoque parfois les accents fortement assimilationnistes de certaines élites indigènes profrançaises pendant la période coloniale. Abdelwahab Meddeb n’hésite pas à se réclamer ouvertement du penseur nationaliste Ernest Renan, lui pardonnant au passage son racisme antisémite » :

« [….] Je lui pardonne son racisme, sa vision essentialiste des langues et des systèmes symboliques, sa hiérarchie entre les expressions et les imaginaires… car il m’a aussi aidé à comprendre la chimère que représentent le panarabisme comme le panislamisme. Son opuscule Qu’est-ce qu’une nation ? m’a rappelé que la nation n’est fondée ni sur l’unité linguistique, ni sur la communauté de la foi, ni sur la continuité géographique, ni sur le langage de l’histoire. Elle l’est sur le seul désir d’être ensemble. C’est ce désir qui m’a fait choisir la communauté française, où mon nom étranger se décline dans l’amputation sonore, où je continue d’entretenir ma généalogie islamique et de la croiser avec mon autre généalogie européenne. Ainsi l’hérité et le choisi se combinent à l’intérieur d’un seul et même être… » (La Maladie de l’islam, p. 220-221).

On ne peut donc s’étonner que le discours de Meddeb non seulement n’ait pas dérangé Ben Ali, mais que celui-ci l’ait célébré, comme nous l’apprend le site Oumma.com.

Le 24 janvier 2011, ce site publiait « en exclusivité ce document de l’Ambassade de Tunisie à Paris, rendant compte d’une réception officielle organisée en l’honneur de l’écrivain franco-tunisien Abdelwahab Meddeb, en mars 2004. A l’époque, le discours d’hommage avait été prononcé par Mezri Haddad, ancien ambassadeur de Tunisie à l’UNESCO, bien connu de la presse française pour avoir justifié la répression sanglante des récentes protestations qui ont fait plus de 70 morts et des milliers de blessés. Ce document prouve qu’A. Meddeb ne s’est pas contenté de rester silencieux mais a clairement soutenu la dictature du général Ben Ali, alors que les opposants politiques en exil à Paris, tels que Moncef Marzouki (opposant historique), faisaient l’objet du harcèlement permanent de la police secrète tunisienne en France ».

« Bien évidemment, A. Meddeb n’a jamais invité dans ses émissions de France Culture le moindre écrivain tunisien opposant ou indépendant, cherchant à préserver ses entrées auprès du régime de Ben Ali. Il a pratiqué au sein de France Culture (radio française financée par le contribuable !) les critères de censure proches de ceux de la radio d’Etat en Tunisie sous l’ère Ben Ali. Le document publié ci-dessous est la copie originale du lien du site Internet de l’Ambassade de Tunisie à Paris, qui depuis a été détruit. »

« Les négationnistes de l’histoire tunisienne ont déjà commencé à agir : les documents gênants pour un certain nombre de personnalités compromises avec le régime de Ben Ali sont en train d’être détruits. Heureusement, Oumma.com a retrouvé dans ses archives ce lien Internet qu’il vous livre en exclusivité. »

« Hommage à Abdelwahab Meddeb »
Ambassade de Tunisie, 16 mars 2004

« Dans le cadre des efforts de l’Ambassade visant à encourager les intellectuels et hommes de lettres tunisiens résidant en France, l’Ambassadeur Moncer Rouissi a offert une réception en l’honneur de l’écrivain et poète Abdelawahab Meddeb, récompensé par le Prix François Mauriac pour son livre La Maladie de l’Islam et le Prix Max Jacob pour son recueil de poèmes La matière des oiseaux. Y ont été conviés des représentants des milieux littéraires, des médias et du corps diplomatique ainsi que de nombreux amis de la Tunisie. Dans son allocution de bienvenue, M. Moncer Rouissi a exprimé tout son plaisir d’honorer Abdelawahab Meddeb l’écrivain, le poète, le penseur et l’homme de lettres. Il a salué en lui la richesse de la production littéraire et la profondeur de la réflexion sur l’Islam et ses rapports avec son environnement social et politique. »

« M. Samir Marzouki, ancien Directeur de l’Ecole Normale Supérieure, a pour sa part salué la pensée originale de Abdelawahab Meddeb, “un des meilleurs écrivains tunisiens”, qui a consacré sa vie à “une œuvre de réflexion et de rapprochement entre les peuples”. Enfin, l’universitaire Mezri Haddad a rendu hommage à l’œuvre de Abdelwahab Meddeb qui y parait un “redoutable opposant aux thèses intégristes”. »

http://blog.mondediplo.net/2011-07-27-La-maladie-d-Abdelwahab-Meddeb-et-la-revolution

Publié dans Choix d'articles

Partager cet article

Repost 0

Comme pour Ghaza l’OTAN espère une révolte de la faim contre l’Etat libyen

Publié le par Mahi Ahmed

L’OTAN détruit les entrepôts de nourriture en Libye

Comme pour Ghaza l’OTAN espère une révolte de la faim contre l’Etat libyen

28-07-2011

 

Par Mohamed Bouhamidi 

Vous ne trouverez pas ce genre de dépêche dans les médias dominants et encore moins dans notre presse engagée dans la lutte contre les «dictatures» en général et «celles» de Bouteflika et de Kadhafi en particulier. Ah, comme on voudrait installer les maîtres de cette presse si démocratique face à de véritables dictatures, singulièrement les dictatures amies des USA et de l’Europe ! Celles de Somoza et celle de colonels en Grèce, celle de Pinochet et des Chicago Boys au Chili qu’on nous ressert à sa vieille sauce d’économie de marché; celle de Suharto en Indonésie et celles des dynasties moyenâgeuses du Golfe qui se piquent de parler démocratie pour la Libye et dont nous aurions à nous méfier bien plus, rien qu’à voir leur acharnement à casser l’Etat national libyen et rien qu’à voir leur ingérence ouverte via leurs phalanges islamistes dressées à la purification religieuse du monde musulman et à la légitimation du commerce, de tout commerce, qui résonne comme l’écho théologique de la licéité du libre échange et des zones qui lui sont dédiées.
En nœud papillon ou en kamis, en ploucs endimanchés ou en strict habit religieux le credo est le même : toute barrière au commerce doit être bannie et d’abord celles qui se réfèrent à l’idée d’un intérêt national. Comme il serait utile de rappeler à tous que le complexe militaro-industriel euro-américain a suscité, conçu et soutenu au nom de la liberté et de l’économie de marché ces dictatures  imposées par des dizaines de millions de cadavres et de stades emplis comme des œufs d’opposants «communistes» promis aux tortures et au couteau; promis aux lentes et méthodiques mutilations des mains de Victor Jara, dont le chant contre la douleur plane encore sur nos mémoires et dans nos cœurs et jusque sur les corps suppliciés des libyens noirs parce que noircis par des «insurgés» nourris par les mêmes stéréotypes que nos propres terroristes et par les mêmes préceptes qui leur font aimer la cruauté gratuite et la mutilation des cadavres comme voie de rapprochement de Dieu. Savent-ils même ce que les mots peuvent encore dire après leur viol concomitant au viol des foules auquel se livrent ces médias ? Et de quelle démocratie peuvent se targuer les héritiers déclarés du «patrimoine positif du colonialisme» qui, au nom de sa civilisation et de sa démocratie, a brûlé, par le napalm, nos villages jusqu’à la roche.Mais lisez plutôt attentivement cette dépêche :«Mardi 26 juillet» Dernière mise à jour : 19h40LIBYE – Dénonciation du Vicaire apostolique de Tripoli : «De quel droit sont frappés les dépôts alimentaires ?» Agenzia Fides, le 26 juillet 2011  «Des objectifs civils tels que les dépôts alimentaires sont frappés» dénonce, à l’Agence Fides, S. Exc. Mgr Giovanni Innocenzo Martinelli, Vicaire apostolique de Tripoli. «Voici quelques jours, des avions de l’OTAN ont frappé un dépôt alimentaire aux environs immédiats de Tripoli, dépôt qui contenait de l’huile, des pâtes, de la sauce tomate. Un fleuve d’huile se répandait hors du dépôt détruit. Je sais qu’ils ont également frappé un centre social. Mais à quel titre peut-on bombarder un centre alimentaire?», se demande l’Evêque. «En outre, j’ai appris de manière indirecte une information que je n’ai par ailleurs pas moi-même vérifié, à savoir qu’il y aurait des manifestations en faveur de Kadhafi sur les montagnes des environs de Tripoli. Dans ce cas également, il y aurait eu des bombardements. Je n’ai pas connaissance de victimes et que je ne crois pas qu’il y en ait, mais il est évident que l’on cherche à apeurer les gens en bombardant à proximité de leurs manifestations» affirme Mgr Martinelli qui fait également état de la pression psychologique à laquelle est soumise la population du fait «des survols continus des avions de l’OTAN, spécialement la nuit». «Les libyens démontrent cependant leur reconnaissance vis-à-vis de l’Eglise. Voici deux jours, un groupe de femmes est venu nous remercier pour les prières que nous avons faites en faveur de la paix. Hier, j’ai reçu un autre signe, simple mais touchant, de la gratitude des libyens envers l’Eglise : un homme nous a donné un panier de figues en disant : «ces figues sont pour vous parce que vous êtes un signe d’amitié» conclut Mgr Martinelli. (LM) (Agence Fides 26/07/2011)». Des libyens musulmans se rendent chez l’Evêque avec des gestes d’amitié et des dons symboliques qui ont l’incommensurable importance de ce qui est justement symbolique : un partage dans l’identité, l’affirmation d’une commune identité dans notre humanité. Des libyens musulmans font ces gestes– autre symbole de haute portée – quelques mois après le Synode de Chypre qui tirait une sonnette – peut-être bien tardive – qui nous alarmait sur les violences et les malheurs qui frappaient les églises d’Orient  Dans tous les pays arabes que le complexe impérialiste euro-américain a agressé et occupé totalement ou partiellement ou télé-dirigés par marionnettes interposées, la haine ethnique et religieuse est venue remplacer la vieille coexistence des communautés religieuses que connaissent l’Orient et les territoires des anciens Etats multiconfessionnels et multiethniques. C’est l’intervention étrangère massive avec ses attendus et ses sous entendus qui a rompu les anciennes coexistences si patiemment construites au cours des siècles et que toujours le colonialisme a essayé de casser pour atteindre ses buts. Les théoriciens sionistes ont ouvertement soutenu que l’instabilité de l’Orient vient du rassemblement de plusieurs ethnies dans un même Etat nation et que la seule solution à l’instabilité de cet Orient, dont nous faisons partie dans la représentation israélienne et américaine, est la création d’Etats ethniquement et religieusement homogènes. Vous ne croyez pas que l’AIPAC manque de ressources pour coordonner les programmes de stratégie au plus haut niveau des structures politico-sécuritaires et de mener en sous terrain des actions parfaitement combinées ?L’attentat d’Oslo vient opportunément nous rappeler que l’intégrisme atteint toutes les religions. Il vient surtout nous rappeler qu’il ne s’agit pas d’une maladie «musulmane». La vitesse avec laquelle les médias dominants sont en train de nous faire glisser du long engagement intégriste du terroriste norvégien de souche vers la thèse de la folie nous indique assez la menace qu’ils ressentent sur l’équation qu’ils ont martelée à leurs opinions publiques : intégrisme = Islam, et forcément Islam seulement. Ce n’est pas tant l’idée que le christianisme – spécialement le catholicisme – ait enfanté des branches intégristes. Cela nous le savons depuis longtemps. La peur panique est de dévoiler l’intégrisme juif et l’intégrisme protestant. L’intégrisme de Bush et de Clinton et celui de Netanyahu. De mettre sous les yeux de l’opinion publique européenne, pourtant passablement anesthésiée, cette possibilité que les sociétés européennes démocratiques et chrétiennes enfantent tout autant que les sociétés musulmanes des courants littéralistes dans la compréhension des textes religieux. Existerait-il alors pire intégrisme que le sionisme d’inspiration juive ou d’inspiration évangélique, pire intégriste que Bush ou que Clinton et pire intégriste que les juifs de l’Alia montés en Israël pour récupérer la terre promise par Dieu ? Rien que cela ! Par Dieu lui-même ! Etonnez-vous après que Bush affirme avoir parlé à Dieu et étonnez-vous qu’un quidam de Moldavie arrive en terre de Palestine avec la certitude qu’il débarque sur ses terres et étonnez après que des centaines d’églises évangéliques et associations d’Eglises américaines tiennent à rassembler les douze tribus d’Israël sur la Terre Promise pour s’assurer du retour du Messie et établir enfin la seule vraie religion, la leur, dans cette future bataille d’Armageddon ! Imaginez un instant qu’à cause de cet attentat d’Oslo, les opinions publiques s’éveillent à l’existence d’un intégrisme sioniste et chrétien et que depuis 1948 ils soutiennent l’établissement d’un Etat intégriste juif sur les terres de Palestine pour réaliser les buts d’intégristes évangéliques protestants ?    Le témoignage du Nonce de Tripoli prend toute sa valeur au rappel de ce contexte de laminage de la diversité culturelle et religieuse de notre monde.
Tout comme le capitalisme, pour s’assurer ses profits, tue chaque jour un peu plus la biodiversité, ses prolongements, le colonialisme et l’impérialisme, tuent chaque jour davantage de diversité humaine et désespère chaque jour un peu plus les possibilités de fraternité
entre des hommes différents et tellement uniques, d’être les frères d’hommes différents. Nous parlerons un jour à nos enfants du Père Davezie, comme nous leur parlerons un jour de l’Abbé Bérenger, comme nous leur parlerons un jour de Monseigneur Mohamed Duval, des sœurs des Clarisses de Notre Dame d’Afrique ou des soeurs de la Haute Casbah, cachant ou convoyant ou soutenant les
militants en armes pour l’indépendance de l’Algérie et qui ont porté, au cœur même de l’enfer terroriste de Massu en guerre pour la gloire de l’Occident, ce message et ces gestes que nous avions, contre eux, une humanité à construire.Notons quand même que les avions de l’OTAN bombardent des entrepôts de nourriture.Systématiquement. Comment ne pas faire le rapprochement avec le rêve de Sarkozy de provoquer une révolte à Tripoli ? Comment ne pas se souvenir de la théorie sioniste qu’il fallait affamer les ghazaouis pour les soulever contre Hamas ? Comment ne pas se souvenir de la théorie et de la pratique qui veut punir un peuple de croire en son système ? C’est la faute des libyens de croire à la Libye et ils doivent payer pour cela. Le reste, tout le monde le connait. En proie à la crise du capitalisme, les dirigeants euro-américains ne peuvent rien faire parce qu’ils ne peuvent rien faire contre les banquiers qui les ont fabriqués politiquement et médiatiquement. Alors ils cassent, ils braquent, ils pillent et ils reviennent aux méthodes, si semblables, de la maffia qui protège les flambeurs dans ses tripots et en font un Etat dans l’Etat, et les méthodes de la haute finance qui, pour flamber, transforme l’Etat en bande maffieuse. Nous reviendrons sur la jactance des médias qui nous présentent comme dictateur un dirigeant qui distribue deux millions  (2 000 000) d’armes à son peuple ! Aux crimes innombrables de l’OTAN, il faut aussi ajouter aussi ce crime contre l’humanité d’affamer les populations libyennes. Au titre de nos espérances, et au-delà des certitudes de la résistance nécessaire, nous ajouterons les paroles du Nonce de Tripoli. C’est contre les visées sionistes et de l’OTAN que la diversité religieuse et humaine -acceptée et assumée comme vocation humaine- trouve refuge en Syrie, au Liban, en Libye et meurt de mille morts sous les bottes américaines. Ce n’est pas le moindre des crimes du capitalisme et de ses instruments militaros-politiques que de tuer pour le profit toute diversité, de la biodiversité à la diversité culturelle et religieuse. 

M. B

 

Partager cet article

Repost 0

2030 est à nos portes, comment s'y préparer?

Publié le par Mahi Ahmed

DÉVELOPPEMENT DURABLE

2030 est à nos portes, comment s'y préparer?

Par Pr Chems Eddine CHITOUR - Jeudi 28 Juillet 2011 -

La part des énergies renouvelables ne dépassera pas les 10%

«Le temps est révolu où l'on pouvait se permettre de ne penser qu'à soi, qu'à sa communauté restreinte. Désormais, il nous est impossible d'ignorer tout ce qui nous lie et les responsabilités que cela suppose. Nous sommes plus de six milliards sur Terre, et il n'y aura pas de développement durable si nous ne parvenons pas à vivre ensemble». Yann Arthus Bertrand (6 Millions d'autres)

Cette phrase de bon sens de l'explorateur des extrêmes, Yann Arthus Bertrand, est en fait un voeu pieux. Toutes les hypothèses montrent que nous allons vers un monde de plus en plus incertain.Un monde de Hobbes: «Homo lupus homo», «l'homme est un loup pour l'homme». Nous allons montrer que l'homme est un prédateur qui ne sait pas s'arrêter.

Etat des lieux de la planète
Si on pouvait réduire la population de la terre à un «village planétaire» d'exactement 100 personnes, en conservant tous les ratios humains, cela ressemblerait à ça: 60 Asiatiques (dont 20 Chinois et 17 Indiens), 14 Américains (Nord et Sud), 13 Africains, 12 Européens et un demi Océanien. 52 femmes, 48 hommes, 70 non-blancs et 30 blancs, 48 vivent dans le village, 52 sont éparpillés dans la campagne.(1)
En 2000, les USA/Canada consommaient 2,555 milliards de tep/an pour 302 millions d'habitants soit 8 tep/hab/an. L'Europe de l'Ouest, 1, 6 milliard de tep pour 385 millions d'habitants soit 4,31 tep/hab/an. La Chine 1,23 milliard de tep/an pour 1,26 milliard d'habitants soit 0,98 tep/hab/an! Enfin, l'Afrique consomme 480 millions de tep/an pour 760 millions d'habitants soit 0,6 tep/hab/an.
6 personnes possèdent 59% de la richesse mondiale, tous les 6 sont des États-Unis. 50 habitants du village vivent avec 2 dollars par jour. 25 vivent avec 1 dollar par jour. 15 produisent plus de la moitié des rejets de CO2 du village. 25 consomment trois quarts de l'énergie totale, les 75 autres consomment eux, le dernier quart de l'énergie. 17 n'ont ni services médicaux, ni abri adéquat, ni eau potable. 50 souffrent de malnutrition, 70 sont analphabètes, 80 personnes vivent dans un logement de mauvaise qualité, 20 contrôlent 86% du PNB et 74% des lignes téléphoniques. 11 habitants utilisent une voiture et sans doute 20 d'ici 20 ans. 20 disposent de 87% des véhicules et de 84% du papier utilisé. 9 ont accès à l'Internet. 1 (oui, seulement 1) à un niveau d'études universitaire. 1 meurt et 2,3 enfants naissent chaque année.

Et en 2030?
Justement, le «village planétaire» comptera 135 habitants en 2030. Même si nous ne pouvons prédire des événements futurs précis, il est tout à fait possible d'identifier les tendances et les développements à venir susceptibles d'avoir un impact important sur notre futur. Le passé et le présent ne peuvent être modifiés. Seul le futur est malléable. En 2030, malgré toutes les études concernant les changements climatiques, les scénarii de l'Agence internationale de l'énergie du Conseil mondial de l'énergie prévoient que les énergies fossiles continueront à dominer le bilan énergétique. La part des énergies renouvelables ne dépassera pas les 10%. On prévoit un retour du charbon et du nucléaire! Malgré ses inconvénients, il continuera à faire partie des bilans énergétiques de beaucoup de pays industrialisés, malgré, en définitive, «la fausse émotion après Fukushima». Mieux encore, le parc de voitures qui est actuellement de 800 millions de voitures dont le 1/3 est aux Etats-Unis, doublera à cette échéance. L'Américain qui est responsable de l'envoi dans l'atmosphère de 20 tonnes de CO2 contre 900 kg en Inde et beaucoup moins en Afrique. Pour rappel, en moyenne les 6,5 milliards de Terriens envoient dans l'espace 25 milliards de tonnes de CO2. En Algérie nous sommes responsables de près de 100 millions de tonnes annuellement. C'est beaucoup pour ce que nous en faisons.
En 2030, le groupe des cinq plus grosses économies de la planète sera, quoi qu'il en soit, constitué par les États-Unis, la Chine, le Japon, l'Inde et l'Allemagne. La pression sur les sources d'énergie sera encore plus forte qu'aujourd'hui. Le pétrole restera l'énergie la plus demandée et représentera comme aujourd'hui 35% de la consommation totale d'énergie. Celle du charbon croîtra dans des pays émergents comme l'Inde ou la Chine, qui utilisent ce minerai. L'énergie nucléaire déclinera en Europe mais pas en Asie; la Chine compte installer plus de 50.000 MWe La hausse des températures et la baisse de la pluviométrie concerneront surtout les régions arides et semi-arides comme le Moyen-Orient, la Corne de l'Afrique, l'Afrique du Nord, le sud de l'Afrique, le nord-ouest de la Chine et l'Asie centrale. Si tout le monde consommait comme un Américain, il nous faudrait 5 planètes! Chaque année nous dépassons le «overshoot day», le jour du dépassement, plus tôt dans l'année en 2010 c'était le 20 août, en 2011 c'est dans 15 jours... C'est-à-dire que nous avons consommé en sept mois et 10 jours ce que Dame Nature dans son infinie bonté a mis à notre disposition pour une année! Nous vivons donc en «sur-régime» par rapport aux ressources de la planète.C'est comme si on avait actuellement 1,3 planète! Ce crédit nous allons le payer en perturbations climatiques. De ce fait, nous mettons gravement en péril les générations futures. Leur avenir se décide ici et maintenant, car nous n'avons pas de planètes de rechange.
Pour Ray Hammond Six facteurs majeurs de changement façonneront le monde en 2030: il y a d'abord l'explosion de la démographie mondiale et les modifications de démographies sociétales. Les changements climatiques et environnementaux, la crise énergétique à venir, la globalisation croissante, l'accélération du développement exponentiel de la technologie. Bien d'autres facteurs influeront sur la vie humaine et la société dans les pays développés et les pays en voie de développement d'ici un quart de siècle, mais ces six facteurs sont de loin ceux qui auront l'impact le plus déterminant.(2)
On le voit, l'auteur pense que la mondialisation sera toujours là, nous n'en sommes pas convaincus. Tout est structuré par l'énergie, certes, il y aura du pétrole, il sera cher, tout le monde ne pourra pas se le permettre, il pourra même être arraché par la force. Justement, les guerres vont structurer durablement le paysage planétaire. S'y ajouteront les conflits de civilisation savamment entretenus par une mondialisation -laminoir qui continuera à broyer les identités et les spiritualités; ce sera la guerre de tous contre tous. Une nouvelle humanité d'esclaves permettra aux empires (occidental, et asiatique) de se faire la guerre par peuples faibles interposés. Trois types de guerres vont structurer le futur, les guerres pour les matières premières, les guerres pour l'eau et les guerres pour la nourriture dans un environnement climatique de plus en plus hostile. En 2030, le monde sera plus interdépendant et plus interconnecté. Les bienfaits ne profiteront qu'aux pays avancés. De plus, le monde sera encore plus inégal donc, potentiellement plus instable et plus conflictuel. L'inégalité dans la distribution de la richesse continuera de se creuser. La religion restera un facteur important dans les comportements et les attitudes sociales mais son impact sur la vie publique ne devrait pas beaucoup changer. L'Afrique et le Moyen-Orient vont demeurer des régions d'instabilité chronique à l'horizon 2025-2030, avec de nombreux risques d'exacerbation du fait des évolutions démographiques, climatologiques et économiques. Le Produit intérieur brut de la Chine devrait tripler d'ici à 2025-2030. L'Inde deviendra la quatrième puissance économique mondiale. La fin du pétrole bon marché est avérée. Le baril à trois cents dollars n'est plus un mythe. Le Nord pompe à tour de bras depuis près de cent cinquante ans, et le Sud aspire logiquement à le rejoindre. Le problème pour les pays industrialisés est de convaincre les Indiens et les Chinois que leur niveau de vie va s'arrêter à 1500 dollars par habitant, pendant que eux, les riches, sont à 30.000 dollars. Qui se soucie en fait, des populations les plus vulnérables, de celles qui, par centaines de millions, seront les premières victimes d'un pétrole toujours plus cher, qu'elles ne pourront plus s'offrir? Qui se soucie des futurs réfugiés écologiques; après avoir connu les réfugiés politiques, puis les réfugiés économiques; voici venir le temps des réfugiés écologiques.

Comment se préparent les pays à ce rendez-vous avec l'inconnu?
La dépendance de l'Occident envers les importations d'énergie augmente. Les importations, dont certaines sont en provenance de régions menacées d'insécurité, pourraient passer de 50% aujourd'hui à 70% dans 20 ans. La demande mondiale d'énergie augmente, surtout la demande des pays d'Asie en très forte croissance (Chine, Inde...). Les prix du pétrole et du gaz sont en hausse, et devraient se maintenir à des niveaux élevés. Le pic pétrolier est dépassé. Les réserves en uranium ne sont pas infinies. Elles se situent autour d'une soixantaine d'années, compte tenu des consommations et des réserves connues actuelles. Il existe un risque de changement climatique, si l'on ne développe pas des énergies alternatives aux énergies fossiles. Le livre vert indique que des investissements en capacités de production d'énergie pour les vingt prochaines années sont de l'ordre de 1000 milliards d'euros, en Europe, pour faire face au vieillissement des infrastructures.
Préparer la France à vivre avec quelques degrés de plus, voilà l'objectif de ce plan sur 5 ans, premier du genre en Europe. Pour anticiper les effets inéluctables du réchauffement climatique prévu d'ici la fin du siècle, la France va se doter d'un plan national d'adaptation décliné en plus de 230 mesures et présenté par la ministre de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet. «Le changement climatique ne faisant aucun doute, l'incertitude qui plane encore sur son ampleur ne doit pas empêcher l'action». Hausse des températures, sécheresses plus intenses et plus fréquentes, baisse des précipitations estivales ou encore fonte des glaciers sont attendues dans les prochaines décennies. Pour le seul exemple de l'eau, le plan reprend l'idée d'une réduction de la consommation de 20% d'ici 2020, par des aides pour récupérer l'eau de pluie, réutiliser les eaux usées traitées, ou encore mieux détecter les fuites sur les réseaux d'approvisionnement en eau potable. Ces dernières sont actuellement responsables de 25% des pertes de ce précieux élément naturel.(3)
L'eau est un élément majeur dans la vie, son utilisation est variable. Les estimations, quant à la quantité d'eau nécessaire pour l'agriculture US, sont données par le professeur Pimentel, de l'Université de Cornell pour 1 kilo de pommes de terre: 500 litres d'eau, pour 1 kilo de blé: 900 litres d'eau, pour 1 kilo de fourrage: 1000 litres d'eau, pour 1 kilo de maïs: 1500 litres d'eau, pour 1 kilo de riz: 1 900 litres d'eau, pour 1 kilo de soja: 2000 litres d'eau, pour 1 kilo de viande de boeuf: 100-300 litres d'eau.(4)
De même, s'agissant de l'énergie, la quantité de pétrole en litres est la suivante: prendre un bain par jour pendant un an nécessite 1180 litres. Chauffer un appartement de 80 m² pendant un an: 1600 l, parcourir 15.000 km en voiture (moyenne): 1260 l, la production sous serre d'un kg de poivron, 0,6 l, la production d'un kg de poulet: 0,2 l, la production d'un kg d'agneau: 7,9 l, une paire de chaussures de sport de jogging: 6l, 1 litre de détergent en bouteille plastique: 0,5 l, 1 ramette de papier (500 feuilles, 80 g/m²): 2,8 l, un pneu: 27 l, un ordinateur: 612 l, un voyage Alger-Paris: 1300 l, un kilomètre d'autoroute: 60 000 l. Les camions, les bateaux ou les avions ne polluent pas dans les mêmes proportions. Pour une tonne d'aliments transportée sur un kilomètre, un bateau émet entre 15 et 30 grammes de CO2, un camion entre 200 et 450 grammes et un avion entre 500 et 1 600 grammes. La pénurie inéluctable d'énergie imposera de consommer local. L'aviation sera un luxe.

Conclusion
Un réchauffement de 2°C d'ici la fin du siècle équivaudrait à un déplacement de près de 360 km vers le Nord: la plupart des ensembles forestiers sont incapables de migrer spontanément à cette vitesse virtuelle de 10 cm/jour. De plus, nous exploitons un «stock fini» de matières premières qui s'épuisera bientôt, croissance aidant. La pénurie nous guette, et plus vite qu'on ne le croit: dans trente ans, il ne restera plus de pétrole; dans 60 ans, plus de gaz naturel; avant la fin du siècle plus d'uranium. La seule solution c'est d'aller vers la sobriété énergétique en évitant tout ce qui est superflu et en revoyant fondamentalement le paradigme consommation d'énergie - niveau de vie.
La nature est la première victime de la gabegie des hommes. Beaucoup d'écosystèmes sont à l'agonie. L'homme s'autorise à prendre la place de tous les autres êtres vivants, qu'il considère comme n'ayant aucun intérêt si elles ne lui sont pas directement utiles. Alors il tue, il pollue, il saccage. «Si l'humanité continue sur sa lancée, la Terre de 2030 ne ressemblera plus à grand-chose. Beaucoup d'espèces auront disparu. Les derniers animaux sauvages sont traqués et se cachent au plus profond des quelques vraies forêts qui restent. Nous serons plus de 9 milliards à exercer une pression toujours plus constante sur l'environnement. Peu importe que le CO2 produit par les véhicules soit un puissant gaz à effet de serre. Certes, il restera quelques zones sauvages au Canada, en Sibérie, en Antarctique. Le climat se dérègle, c'est désormais une évidence. La situation géopolitique est tendue. Certains pays en développement vont vouloir se hisser au rang des puissances occidentales. L'affrontement risque de devenir inévitable. Le fossé séparant les cultures pourrait être trop large pour que la paix et la sécurité soient préservées. Si les ressources manquaient, qui sera le premier servi? (...) La montée en puissance de l'individualisme et du libéralisme sauvage est évidente. Que va devenir la solidarité au milieu de cette jungle qu'on nous construit. Les images des enfants mourant de faim à la télé ne nous choquent plus. Nous ne nous soucions pas de l'humanité en général».(5)
Au lieu de l'appel de Yann Arthus Bertrand, la sentence de Lamarck en véritable visionnaire qui prévoyait, il y a deux siècles, le chaos à venir est d'une brûlante actualité: «L'homme, par son égoïsme trop peu clairvoyant pour ses propres intérêts, par son penchant à jouir de tout ce qui est à sa disposition, en un mot, par son insouciance pour l'avenir et pour ses semblables, semble travailler à l'anéantissement des moyens de conservation et à la destruction même de sa propre espèce...» Triste sort pour l'humanité dans moins d'une génération!

1.Phillip M Harter de Stanford, actualisée par les Humains Associés - 2003 http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article7788
2.Ray Hammond: Le Monde en 2030, par Kathryn Walton Ward, Editions Yago 2008
3.Cyrille Souche - La France présente et l'adaptation au changement climatique 20.07.2011
4.Pr Pimentel, Ecological Integrity: Integrating Environment, Conservation and Health (Island Press, Washington DC, 2001).
5.Le monde de 2030: http://sanspretention.over-blog.com/article-518428.html

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/136379-2030-est-a-nos-portes-comment-s-y-preparer.html

Partager cet article

Repost 0

Les massacres cachés des avions de l'Otan: TÉMOIGNAGES POIGNANTS DE DEUX JEUNES LIBYENS À L'EXPRESSION

Publié le par Mahi Ahmed

TÉMOIGNAGES POIGNANTS DE DEUX JEUNES LIBYENS À L'EXPRESSION

Les massacres cachés des avions de l'Otan

Par Ikram GHIOUA - Jeudi 28 Juillet 2011 - Lu 1423 fois

Taille du texte :

Les dommages collatéraux font des ravages parmi les civils

C'est sous un déluge de bombes que le citoyen libyen accueille chaque nuit, la peur au ventre, dans l'attente d'une fatale explosion.

Ils ont respectivement 28 et 30 ans. Ils s'appellent Abdelmalek Al Aqari et Ismaïl Al Gharyane. L'un est médecin et l'autre ingénieur en télécommunications. Ces deux jeunes Libyens, qui ont échappé à l'enfer des bombardements de l'Otan, nous ont fait part de leurs témoignages poignants sur les atrocités et le déluge de feu que crachent les avions des coalisés quotidiennement, jour et nuit sur leurs têtes. Abdelmalek et Ismaïl suffoquent. Choqués à jamais par les spectacles atroces, ils ne trouvent pas les mots pour exprimer leur douleur en voyant cet acharnement meurtrier contre la population civile. «On est fatigués, lessivés et surtout inquiets. On n'oubliera jamais ces images d'enfants carbonisés, ces femmes massacrées et ces vieillards brandissant des rameaux d'oliviers, partis en direction de Benghazi dans le but de mener une mission de réconciliation et de paix. Ils furent bombardés par l'Otan», témoignent-ils avec un courage admirable et réprimant leurs larmes. Des images pleines d'horreur que l'Occident cherche à dissimuler ou à brouiller par une terrible campagne d'intox assumée avec un zèle extrême par Al Jazeera en ce qui concerne le Monde arabe. Face à une telle situation, Abdelamalek s'est tout de suite rendu compte de l'urgence d'une réaction populaire libyenne afin de rétablir les vérités occultées par la manipulation.
«L'Otan ne cible pas uniquement des positions militaires, mais civiles aussi, vous appelez ça une protection de la population?», racontent les deux jeunes Libyens. «C'est horrible ce qui se passe et on cherche à nous faire accepter les boniments racontés par la propagande et cette histoire créée de toutes pièces qui veut faire croire au monde que le CNT et son aile armée luttent pour une Libye plus démocratique», ajoutent-ils avant de s'interroger sur cette «démocratie qui se construit sur un génocide, qui détruit des écoles, des aéroports, des hôpitaux et les réserves alimentaires? Franchement on n'en veut pas». L'intervention étrangère fut, à leurs yeux, un prétexte pour bloquer l'aboutissement à une solution. Ce qui n'était qu'un incident au départ survenu pour quelques revendications, s'est transformé subitement en un cauchemar en trois dimensions pour les Libyens. «Désormais, c'est sous un déluge de bombes que le citoyen libyen accueille chaque nuit, la peur au ventre, dans l'attente d'une fatale explosion».

On cherche les victimes après le déluge
Ils racontent non sans douleur comment «le matin, on cherche à savoir combien d'innocents ont disparu et combien il y a de blessés. Parmi les corps sans vie, une mère, une épouse une soeur cherchent les siens. Parfois, elles sont soulagées, mais souvent, c'est un enfant, un époux ou un frère qui disparaissent à jamais».
Les visages marqués par une rude épreuve à laquelle ils ne s'attendaient pas, les traits tirés qui expriment une grande tristesse caractérisent nos témoins. Nos deux interlocuteurs reviennent longuement sur les débuts des événements pour rappeler qu'en 1996, de graves violences sont survenues à l'intérieur d'une prison à Benghazi entre la police et les détenus. Ce qui a occasionné la mort de 1500 prisonniers. Ces deux jeunes comme des milliers d'autres en Libye espéraient un avenir radieux après des études brillantes dans des universités londoniennes. Ils rêvaient d'une belle carrière dans n'importe quel pays arabe, particulièrement en Libye où les cadres universitaires étaient considérés il y a peu de temps, comme une catégorie privilégiée. C'était le rêve de ces deux jeunes, comme tant d'autres Libyens écrasés par les bombardements de l'Otan. En effet, Abdelmalek Al Aqari et Ismaïl Al Gharyane voient filer leur espoir depuis que leur pays a été plongé dans l'enfer de la guerre. Il y a six mois seulement, ces deux Libyens, rencontrés récemment à Constantine, menaient une vie paisible et sans problèmes majeurs. Ils se permettaient le luxe de rêver. Et pourquoi pas lorsqu'on sait qu'avant le chaos annoncé par l'Otan et ses satellites, la Jamahiriya était l'un des rares pays arabes qui pouvaient s'enorgueillir d'avoir répondu intelligemment à la question de la répartition des richesses. Un jeune Libyen sur deux avait la chance d'étudier dans les plus prestigieuses universités européennes. Pour cette année et rien qu'en Grande-Bretagne, ils sont plus de 5000 Libyens à poursuivre des études supérieures au Royaume-Uni.

Ce que cachent France 24 et Al Jazeera
La Jamahiriya était devenue une nation en pleine formation et nos deux amis, Abdelmalek et Ismaïl, étaient loin d'imaginer le un dixième de ce qui se passe aujourd'hui sur la terre de Omar El Mokhtar.
Si la planète était réellement gérée dans le respect intégral des droits humains, à l'écart des énormes intérêts économiques, ce témoignage parmi des milliers aurait provoqué l'effroi dans les consciences.
Sachant que les Occidentaux visent le renversement du régime libyen aidés en cela par une rébellion qui, à leur sens «est composée de bandes criminelles retournées par les services américains et britanniques»,
C'est en toute logique que ces deux jeunes entament une mission chez les voisins. Des voisins qui ne se sont pas laissés embarquer dans l'immense cyclone menaçant l'ensemble de la région. Au-delà de la tête d'El Gueddafi que certains dirigeants occidentaux et arabes veulent faire tomber, les desseins de la coalition concernent la géographie politique et économique de l'ensemble des pays qui possèdent des frontières avec le Sahel.
La reconnaissance instantanée du groupe de Benghazi par la France et l'alignement logistique du Qatar et des Emirats arabes unis sur le même objectif militaire sont réellement disproportionnés au regard du réquisitoire fait contre El Gueddafi. Vue de l'intérieur, la situation ne ressemble pas à celle que l'on montre à Al Jazeera. Elle reflète l'hégémonie occidentale et la félonie de certaines élites disposées mentalement à verser dans le mercenariat et la haute trahison. Nos deux amis libyens ne doutent plus des intentions des agresseurs. Ils les condamnent. Porteurs d'une parole que l'on voudrait confisquer, ils crient à l'unisson «Allah ou Mouamar ou Libya ou bass», Dieu, Mouamar El Gueddafi, la Libye et rien d'autre. Alors, et si El Gueddafi n'était pas uniquement une personne, un chef ou un leader, mais une pensée qui a fait son chemin? La question reste posée.

http://www.lexpressiondz.com/index.php?news=136401

Publié dans Information

Partager cet article

Repost 0

L’affaire Murdoch ou le déclin de la démocratie

Publié le par Mahi Ahmed

L’affaire Murdoch ou le déclin de la démocratie.

Hocine Belalloufi

Mardi 26 Juillet 2011

 

L’affaire Murdoch n’a pas révélé toutes les pratiques illégales et criminelles d’une certaine presse des pays qui se targuent d’être «démocratiques». Mais elle met en évidence le danger que représente la concentration des médias entre les mains d’un petit nombre de financiers qui formatent les opinions publiques et font et défont les gouvernements.



 

L’affaire Murdoch aurait dû éclater il y a cinq années déjà, en août 2006 plus exactement, lorsque la police britannique arrêta le journaliste Clive Goodman. Ce dernier était le spécialiste de la famille royale à News of the World (NotW), un tabloïd à scandale appartenant à News International (NI), la filiale chargée des quotidiens britanniques au sein du groupe News Corporation (News Corp), l’un des plus importants groupes médiatiques de la planète dont le magnat australo-américain Rupert Murdoch est l’actionnaire majoritaire. Il était reproché au journaliste d’avoir piraté les messageries téléphoniques de membres de la famille royale. Plus généralement, le tabloïd était soupçonné de se procurer des informations en recourant à des écoutes téléphoniques ainsi qu’à la corruption. Le journaliste fut mis aux arrêts ainsi qu’un détective privé du nom de Glenn Mulcaire employé par le journal.
Présentés à la justice quelques mois plus tard, les deux hommes seront condamnés à des peines de 4 et 6 mois de prison. A la suite de ce verdict prononcé en janvier 2007, le rédacteur en chef de NotW, un certain Andy Coulson, démissionnera tout en affirmant ne rien savoir de ce genre de pratiques…
Ce rédacteur en chef ne restera cependant pas longtemps au chômage. Dès le mois de mai suivant, il était recruté au poste prestigieux et convoité de conseiller à la communication d’un certain David Cameron, chef de l’opposition conservatrice au gouvernement travailliste de Gordon Brown et futur Premier ministre de sa très gracieuse Majesté.
Durant trois années, l’affaire ne connaîtra pas de nouveaux développements. En juillet 2009, le journal anglais The Guardian révèle que le scandale de la mise sur écoute des messageries téléphoniques ne concernait pas seulement des membres de la famille royale, mais quelques 3 000 personnes, 4 000 selon Scotland Yard ! Magnanime, la police décidera de ne pas rouvrir l’enquête…
 

 

 

L’affaire rebondit en 2011

Mais en janvier dernier, Andy Coulson est contraint de démissionner de son poste de directeur de la communication du Premier ministre David Cameron. On lui reproche son rôle dans le scandale des écoutes du NotW. Scotland Yard ne peut plus fermer les yeux. L’enquête est relancée. Pourquoi ? Le changement d’attitude de la police britannique a-t-il un lien avec l’offre de rachat des 60,1% des actions de BSkyB, principal opérateur de télévision satellitaire du Royaume-Uni,  effectuée en juin 2010 par News Corporation (News Corp) de Rupert Murdoch qui détenait déjà 39,9% de BskyB ? Toujours est-il que le 3 mars 2011, le gouvernement Cameron agrée le principe du rachat complet de BskyB par News Corp.
Mais il est déjà trop tard et les événements vont se précipiter. Le 4 juillet The Guardian révèle que NotW a également piraté le téléphone d’une adolescente retrouvée assassinée après avoir été enlevée. Glenn Mulcaire, le détective privé déjà incriminé en 2006, est accusé d’avoir effacé des messages du portable de la jeune Milly Dowler, laissant croire à sa famille qu’elle était toujours vivante ! Quelques jours plus tard, le 7 juillet, The Telegraph annonce que des proches de soldats tués en Irak font partie des personnes mises sur écoute. C’en est trop. Le même jour, James Murdoch, le fils du magnat propriétaire de NotW annonce la fermeture de ce journal créé en 1843. Le lendemain, Andy Coulson et Clive Goodman sont placés en liberté conditionnelle. Le 13 juillet, News Corp renonce à l’achat de BskyB. David Cameron salue la décision et annonce qu’une commission d’enquête publique a été créée pour faire toute la lumière sur l’affaire.
Cela n’empêche pas le scandale de traverser l’Atlantique avec l’ouverture aux Etats-Unis d’une enquête préliminaire. Des familles de victimes des attentats du 11 septembre 2001 auraient vu leurs conversations téléphoniques espionnées.
Le 15 juillet, Rebekah Brooks qui dirigeait NI depuis 2009 démissionne. Elle est remplacée par Tom Mockridge, directeur général de Sky Italia. Quelques heures plus tard, Les Hinton, directeur général de Dow Jones, filiale américaine de News Corp démissionne. Le lendemain, Rupert Murdoch présente pour la première fois ses excuses dans la presse britannique. Le 17, Rebekah Brooks est interpellée pour son implication dans l’affaire d’écoute et de corruption.
Le même jour, le chef de Scotland Yard, Paul Stephenson, démissionne du fait de sa gestion de l’affaire. Le 18, c’est au tour de John Yates de démissionner de Scotland Yard. Il avait décidé de ne pas rouvrir l’enquête en 2009.

 

 

L’omerta règne à la tête de la «presse démocratique»

Le 19 juillet dernier, une commission parlementaire britannique a auditionné les principaux acteurs de l’affaire. D’abord Rupert Murdoch et son fils James, ancien dirigeant de NI jusqu’en 2009. Puis Rebekah Brooks, surnommée la «reine des tabloïds» qui lui a succédé à ce poste et qui est une proche de David Cameron. Enfin, Paul Stephenson, l’ancien chef de Scotland Yard. C’est lui qui a révélé que «dix membres du département de la communication du gouvernement ont travaillé pour NI».
Confrontés plus de deux heures durant aux questions des parlementaires, les deux hommes refuseront d’endosser la moindre responsabilité. Ils ne savaient rien, ne voyaient rien, n’étaient informés de rien et étaient trompés par les responsables dont ils se disent incapables de citer les noms ! Le père et le fils soutiennent qu’ils ignoraient que Brooks avait payé des journalistes en 2003 pour obtenir des informations. Rupert et James Murdoch affirment par ailleurs n’avoir jamais su que leur compagnie avait déboursé 700 000 livres sterling en dédommagement d’une première histoire d’écoutes.
Faisant partie de la dizaine de personnes arrêtées dans le cadre de l’affaire, Rebekah Brooks sera interrogée par la commission parlementaire le même jour que les Murdoch. Déclarant regretter l’écoute de la jeune adolescente enlevée et assassinée, l’ancienne responsable de NI affirme néanmoins ne se rappeler de rien et n’avoir aucune responsabilité dans l’affaire.
La loi du silence règne manifestement en maître parmi les dirigeants de New Corp.
 
Aucune mesure contre les Murdoch

L’audition parlementaire n’a rien donné, ce qui a permis aux deux Murdoch de s’en sortir indemnes.
Le patriarche de 80 ans quittera le Royaume-Uni le lendemain-même de son audition sans être inquiété ni mis en cause dans le scandale des écoutes téléphoniques. Certes, il a dû renoncer à racheter la totalité de BskyB et s’est vu contraint de se séparer de Rebekah Brooks au Royaume-Uni et de Les Hinton aux USA. Mais il est reparti sans être le moins du monde inquiété par les membres de la commission de la chambre des Communes ni même avoir apporté des éclaircissements sur la chaîne de responsabilités. Celui que l’on présente comme le «Citizen Kane» moderne, a rencontré la famille Milly Dowler et s’est excusé dans les médias britanniques. Mais il a conservé l’essentiel : sa liberté, même si la procédure judiciaire s’étend, et son empire, même si l’agence d’évaluation financière Standard & Poor’s (S&P) envisage d’abaisser la note de News Corp actuellement à BBB+. Cette décision, si elle était suivie d’effet, découlerait de l’augmentation des «risques liés à la réputation, à la gestion,  ainsi qu’aux procédures judiciaires auxquelles News Corp et ses filiales sont actuellement confrontés».
Le groupe doit désormais rendre compte du scandale des écoutes de victimes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis où certains parlementaires insistent sur une nécessaire enquête du FBI.
 
L’avenir de l’empire

Comment l’Empire Murdoch va-t-il s’en sortir ? Mis en cause dans le scandale des écoutes, James Murdoch, actuel Directeur général adjoint de News Corp et PDG de BskyB (bouquet satellite payant) pourrait être amené à démissionner à la demande des actionnaires de ces deux entités. Son père pourrait le remplacer par sa sœur Elisabeth – mariée au tsar de la communication Matthew Freud – qui dirige actuellement le groupe de production de télévision Shine, la plus grande société de production de télévision indépendante au monde, rachetée en février 2011 par News Corp. Elle devrait rejoindre prochainement le conseil d’administration de News Corp. C’est elle qui a «sacrifié» Rebekah Brooks en la poussant à démissionner contre l’avis de James.
Elisabeth et son époux font partie d''un réseau social bien maillé qui rassemble l''élite de la politique, de la finance, des médias et du spectacle. Ce sont des amis très proches du Premier ministre David Cameron.
Mais Rupert pourra-t-il transmettre le flambeau à sa fille ? Ne sera-t-il pas obligé, au moins temporairement, de dissocier sa famille du groupe ? En trois semaines, l’action News Corp a perdu près de 20% de sa valeur en bourse.
Les Murdoch pourront toutefois compter sur le soutien indéfectible et totalement désintéressé de plusieurs puissants de la planète. Citons ici celui du très pieux El Walid Ben Talal Ben Abdelazizi El Saoud. La société Kingdom Holding de ce prince saoudien détient 7% de News Corp qui détient elle-même 14% de Rotana, l’entreprise médiatique moyen-orientale d’El Walid…
 
L’empire se défend

En dépit de la gravité des faits retenus contre les filiales de leur groupe et de la faiblesse de leur ligne de défense – «ils ne savaient pas» –, aucun des Murdoch n’a jusqu’ici été inquiété par la justice. Le marché va-t-il les sanctionner autrement que symboliquement ? Il est trop tôt pour le dire. Le géant médiatique dispose toutefois d’une grande capacité de défense.
En 2010, News Corp était classé troisième plus grand médias du monde, juste derrière Walt Disney et Time Warner. Son activité se concentre sur les Etats-Unis, l’Europe, l’Australie, l’Asie et l’Amérique latine. Il cherche à s’étendre en Allemagne, en Italie où il affronte le groupe Berlusconi, en Grande-Bretagne où il visait la BBC, dans la péninsule arabique avec son alliance avec le prince El Walid…
Au niveau d’internet, le groupe a déclaré la guerre à Google.
On ne peut en effet assimiler les Murdoch à de petits délinquants. Il s’agit de «personnes respectables» qui sont à la tête d’un véritable empire médiatique international. News Corp est un conglomérat de plus de 175 médias au nombre desquels se trouvent Fox news, The Wall Street journal, The Sun, The Times, The New York Post, The Daily Telegraph… Rupert Murdoch détient également la 20th Century Fox, Sony Universal, Paramount Pictures…
En 2010, la revue Forbes classait Rupert Murdoch à une «modeste» 117e place en termes de fortune mondiale, juste devant un autre magnat de la presse, Silvio Berlusconi. Mais la même revue le classait à la 13e place des personnalités les plus puissantes de la planète.
Homme politique de premier plan aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, il participe à la formation des gouvernements en jouant un rôle de tout premier plan dans la victoire électorale des principaux partis.
Aux Etats-Unis, Rupert Murdoch finance généreusement le parti Républicain et, plus particulièrement, son extrême-droite du très réactionnaire Tea Party. En Angleterre, il a soutenu les trois campagnes électorales de Tony Blair, ce qui contribue à expliquer la conversion du vieux Labour Party aux thèses du social-libéralisme. On comprend mieux pourquoi il a été ménagé par les députés de la commission de la chambre des Communes. Rupert Murdoch a par la suite changé son fusil d’épaule pour soutenir les Conservateurs de son ami personnel David Cameron aux côtés duquel il a fêté le réveillon de Noël 2010.
Son empire est le bras armé médiatique des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. Participant à la mise en condition de l’opinion publique internationale, il a soutenu sans condition l’invasion de l’Irak par ces deux pays ainsi que toutes leurs aventures militaires récentes. Il a, plus généralement, accompagné la contre-révolution mondiale qu’a représenté l’avènement du néolibéralisme de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher.
 
La démocratie en déclin

L’affaire Murdoch illustre le fait que la démocratie, dont les dirigeants occidentaux ne cessent de se gargariser et qu’ils utilisent pour justifier leurs aventures néocoloniales voire purement coloniales, est en danger dans les pays où elle est le mieux ancrée. Et ce, pour plusieurs raisons.
La première réside dans la concentration des médias entre les mains d’un nombre réduits d’actionnaires, de groupes et d’individus. Aux Etats-Unis, six groupes (Disney, Viacom, Times Warner, News Corp, Bertelsmann et Genaral Electric se partagent 9O% du marché des média. En France, les groupes Dassault, Lagardère, Bouygues, Amaury et quelques autres dominent le marché des médias. En Italie, avec son holding Fininvest, Silvio Berlusconi construit son empire médiatique. De 1976 à la fin des années 1980, il crée, rachète ou contrôle Telemilano, Canale 5, Italia 1, Rete 4, des maisons d’édition (Mondadori…). Se lançant à l’échelle européenne, il crée la Cinq en France, Telefünf en Allemagne, Telecinco en Espagne… Il prend possession du capital du quotidien il Giornale et acquiert deux sociétés qui lui permettent de devenir le premier producteur et distributeur de cinéma italien.
Au Japon, la concentration des médias est intervenue très tôt avec la création de groupes puissants autour de quotidiens. Ils se sont par la suite lancés, avec l’aide de l’Etat, à l’assaut des médias audiovisuels (radios, télévisions). Tous ces groupes sont généralement liés à des banques. La loi anti-concentration qui empêche un groupe de disposer de plus de 10% du capital est contournée par la détention de ce montant par plusieurs entités appartenant au même groupe.
En Allemagne, le monde des médias est dominé par le groupe Axel Springer qui édite le plus gros quotidien du pays, le Bild. Il dispose également du quotidien conservateur Die Welt. Ce groupe s’est approprié deux chaînes de télévision grand public.
Même au Venezuela, généralement présenté comme une «dictature populiste» dominée par Hugo Chavez, c’est un privé, Gustavo Cisneros qui domine dans les médias. Propriétaire, depuis 1961, de Venevision, la principale chaîne de télévision privée, il a étendu son emprise sur le Chili (Chilivision) et la Colombie (Caracol TV). Il domine DirectTV Latin America, une télé de sports, de jeux, de telenovelas et de journaux télévisés qui touchent une vingtaine de pays du sous-continent.
Cette tendance à la concentration est ancienne et est inhérente au capitalisme. On observe le même processus dans différents secteurs : téléphonie mobile, acier, cinéma, assurances, banques… En dépit du discours dominant, les médias représentent une marchandise comme une autre qui se monnaie, se vend et s’achète en bourse. La concurrence y est rude et les plus gros s’attaquent au plus faibles.
Le deuxième danger vient du fait que les médias concentrés sont directement ou indirectement liés à des partis politiques : Républicains et Tea Party aux Etats-Unis, Parti travailliste «blairisé» et Parti conservateur en Grande-Bretagne, CDU en Allemagne, UMP en France, différents mouvements dirigés par Berlusconi en Italie…
Ces empires médiatiques formatent l’opinion publique et participent à l’organisation et à la reproduction du pouvoir politique, au profit de leurs intérêts économiques et financiers, convient-il de rajouter. Contrairement à ce qu’en disent les médias eux-mêmes ainsi que les politiques, il ne s’agit pas là d’une déviance par rapport à une «norme saine» mais au contraire d’une nécessité absolue, à l’heure où s’appliquent, contre la volonté des peuples, des politiques particulièrement douloureuses et antisociales. De la Grèce, à l’Irlande en passant par tous les autres pays d’Europe, d’Afrique et d''Asie, les grands groupes qui dominent l’économie mondiale (médias y compris) ont besoin de pouvoirs forts. Les affaires économiques et politiques sont trop importantes pour les laisser entre les mains des citoyens. Les médias sont partie intégrante de ce dispositif de domination. Les grands groupes représentent donc un très grand danger pour la souveraineté populaire et la souveraineté des Etats.
L’affaire Murdoch devrait faire réfléchir ceux qui assimilent liberté de la presse à privatisation des médias. Le libre marché dans le domaine de la presse pousse inexorablement à la concentration des médias entre les mains d''un petit groupe de magnats et à la convergence voire à la fusion avec le monde politique et le monde de la finance quand ce n''est pas celui de l''armement. Cette tendance inexorable ne peut que vider la démocratie de son contenu réel.

http://www.lanation.info/L-affaire-Murdoch-ou-le-declin-de-la-democratie_a137.html

Partager cet article

Repost 0

Nouvelle offensive sans précédents contre le monde du travail en Grèce orchestrée par l'UE et le FMI : récapitulatif des mesures d'austérité votées en juin dernier et des mesures adoptées en

Publié le par Mahi Ahmed

Nouvelle offensive sans précédents contre le monde du travail en Grèce orchestrée par l'UE et le FMI : récapitulatif des mesures d'austérité votées en juin dernier et des mesures adoptées en 2010

 

 

 

Tableau réalisé à l'origine par le Parti du travail de Belgique (PTB) à l'aide des informations fournies par le KKE, repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Deux trains de mesures d'austérité ont été imposés à la population grecque. Un premier mémorandum a été imposé le 5 mai 2010. Un mémorandum « actualisé » vient d’être décrété par le gouvernement social-démocrate PASOK, le FMI, l’Union Européenne et la grande bourgeoisie grecque le 30 juin 2011. Ce plan prévoit 28 milliards d’euros d'économies et des privatisations pour 50 milliards. Le deuxième train de mesures antisociales visent à réduire davantage le coût du travail. En voici un aperçu détaillé, suivi d'un rappel du premier train.

 

Relations de travail:

 

  • Une loi instaure que les accords au niveau de l’entreprise priment sur les accords sectoriels.

 

  • Une loi permet à toute entreprise, non membre de l’Union des entreprises, de ne pas appliquer la convention collective que cette dernière a signée. Jusqu’à ce jour, elle était obligée de l’appliquer après sa validation par le Ministère du Travail.

 

  • Une réglementation adapte le système d’arbitrage dans la signature des conventions collectives de travail aux exigences des patrons; elle spécifie en effet que l’arbitrage « doit promouvoir la compétitivité sur base du coût du travail et de la création d’emploi ».

 

  • Toutes les restrictions sur la durée du travail à temps partiel et des contrats temporaires sont abolies par la loi n° 3846/2010, entérinée par le gouvernement en mai dernier.

 

  • Une période d'essai d'un an est prévue pour les nouveaux emplois (contre deux mois jusqu’à présent). Pendant cette période, les employeurs peuvent licencier sans préavis et sans indemnité de licenciement.

 

  • La mise en œuvre de la Directive Bolkenstein prévoit d'abolir le salaire minimum afin d’encourager les investissements.

 

Sécurité sociale:

 

  • Les allocations de chômage seront réduites drastiquement dans le but d’économiser 500 millions d’euros.

 

  • La loi 3836/2010 réforme les principaux paramètres du système des pensions. Cette loi antisociale n’est qu'un début. L'objectif de cette nouvelle offensive est défini dans le mémorandum « actualisé » : l’augmentation des dépenses publiques pour les retraites ne pourra dépasser les 2,5% du PIB entre 2009 et 2060. Le financement des fonds de pension par l'État sera contrôlé selon les études de l'Institut national de statistique. Tout dépassement de la limite de 2,5% entraînera une modification de la loi et des nouvelles mesures antisociales.

 

  • Abolition de toute garantie de l'État aux pensions complémentaires. Selon le mémorandum « actualisé », le gouvernement effectue une révision en profondeur du fonctionnement des fonds publics de pensions complémentaires. Le but du gouvernement est de ne pas débourser un seul euro du budget de l'État pour les fonds de pensions complémentaires. Actuellement, les fonds auxiliaires octroient 1 million de pensions et leur déficit est énorme à cause de la politique du PASOK et de la Nouvelle Démocratie. Selon les nouvelles directives, ils ne pourront plus octroyer des pensions ou alors des pensions extrêmement réduites. Le mémorandum « actualisé » prévoit par ailleurs que les dépenses liées aux pensions resteront stables, même en cas d’augmentation du nombre des bénéficiaires (actuellement 2,8 millions de travailleurs paient des cotisations aux fonds de pensions complémentaires). En même temps, la liste des professions lourdes et pénibles est revue, afin qu'elle ne concerne tout au plus que 10% des travailleurs. L’âge de la retraite dans les secteurs et professions qui seront exclus de la liste augmentera de 5 à 7 ans. La nouvelle liste s’appliquera à partir du 1er juillet 2011 à tous les travailleurs en fonction et à venir.

 

  • Des nouvelles exigences sont introduites pour bénéficier des pensions d'invalidité. Des milliers de pensions d’invalidité seront réexaminées avec, pour conséquence, la réduction et même la suppression de nombreuses pensions.

 

  • Une contribution de 3 euros sera imposée pour toutes les prestations externes des hôpitaux publics, des cliniques de jour et des centres de santé.

 

  • Augmentation de 20 à 30% des soins et examens hospitaliers.

 

  • Révision de tous les programmes sociaux subsistants en vue de leur suppression.

 

 

Pillage des salaires par les augmentations d’impôts:

 

 

  • Une nouvelle augmentation de la TVA, de 11% à 23%, est imposée pour un grand nombre de biens et de services (plus de 30%).

 

  • Élargissement de la base de l’impôt immobilier par l’actualisation des actifs, ce qui signifie que les travailleurs devront payer 400 millions d’euros en plus.

 

  • Taxes spéciales pour l’utilisation des espaces qualifiés de semi-extérieurs.

 

  • « Taxe verte » sur l’émission de CO2.

 

  • Gel de l’indexation des pensions, ce qui signifie que les pensionnés perdront 100 millions d’euros.

 

  • Imposition forfaitaire des indépendants, qui rapportera au moins 400 millions d’euros.

 

  • Les primes versées pour les heures supplémentaires dans les entreprises publiques seront réduites. C'est l'objectif de la loi sur l'« harmonisation des paiements dans le secteur public » qui impose des réductions des indemnités.

 

Poursuite de la privatisation des secteurs stratégiques:

 

 

  • Chemins de fer : nouveaux licenciements par la réduction de 35% des effectifs. Augmentation des tarifs pour augmenter de 55% les revenus de la compagnie. Réduction de 20% du salaire minimum. Vente des actifs du chemin de fer et cession des lignes rentables à des compagnies privées qui augmenteront les tarifs. Fermeture des lignes dites « déficitaires »: cette mesure aura pour conséquence que de nombreuses régions du pays ne seront plus desservies par le chemin de fer.

 

  • Transports publics : licenciements massifs, réduction des salaires, abolition des droits des travailleurs, augmentation de 30 à 50% des prix des billets. Diminution et/ou fermeture de lignes.

 

  • Énergie : libéralisation du marché de l’énergie et attribution de l’infrastructure de la Compagnie Publique d'Électricité (DEH) et des ressources énergétiques (hydrauliques, lignite) à des groupes industriels privés. Augmentation drastique de 40 à 100% des tarifs appliqués aux ménages et aux agriculteurs.

 

  • Les professions réglementées (par exemple celle des taximan) vont être libéralisées : le seuil d'accès à ces professions sera réduit, ce qui générera de nouveaux profits pour les capitalistes. Les indépendants de ces secteurs seront éjectés du marché sous la pression des entreprises privées.

 

 

Un programme dit de moyen terme vient d’être imposé et la loi d’application a été votée en juin dernier. Ce programme instaure la réduction des salaires et des pensions, l’augmentation de l’âge de la pension, la réduction des aides sociales complémentaires et des indemnités pour les professions malsaines et à risque, la suppression des primes pour les heures supplémentaires puisque la durée du temps de travail est devenue flexible, des salaires de 500 euros par mois pour les jeunes (premier emploi). La suppression des conventions collectives signifie que chaque capitaliste peut désormais intimider le syndicat de l’entreprise ou créer un syndicat maison et concocter une convention collective pour l’entreprise, bien plus avantageuse pour lui qu’une convention générale ou sectorielle. Les capitalistes peuvent désormais librement établir des contrats temporaires c’est à dire licencier sans verser d’indemnités, réduire les avantages sociaux, etc.

 

Le gouvernement prétend que la privatisation des entreprises publiques comme la Compagnie Publique d’Electricité (DEH), des routes, des voies maritimes, des ports, des aéroports, des banques (par exemple TT), etc., a pour but de remplir les coffres de l’Etat et de rembourser les dettes. En réalité, le but poursuivi est d’offrir à bas prix des secteurs de l’économie afin que les capitalistes puissent investir l’excédent de capital qu’ils ont accumulé.

 

2010 : le premier hold-up contre les travailleurs:

 

Un premier train de mesures d'austérité avait été décrété les 3 mars et 3 mai 2010. C'est la plus importante vague de régression sociale depuis les années cinquante.

 

Les mesures principales, entrées en vigueur depuis, sont les suivantes:

 

  • Abolition des primes de Noël, de Pâques et d'été des fonctionnaires et de tous les pensionnés des secteurs public et privé.

 

  • Réduction de 20% des traitements des fonctionnaires.

 

  • Gel des salaires et des pensions des secteurs public et privé pour les trois années à venir.

 

  • Réduction de 10% des salaires des travailleurs des entreprises d'utilité publique qui ne bénéficient plus d’aucun subside.

 

  • Réduction de 3 à 10% des pensions de plus de 1.400 euros.

 

  • Annulation du paiement de la deuxième tranche de l’« indemnité de solidarité » en faveur des couches les plus pauvres de la population.

 

  • Augmentation à deux reprises du taux de la TVA en 2010.

 

  • Augmentation à trois reprises en 2010 des accises sur le carburant, avec pour résultat, une augmentation de 63% du prix de l’essence sans plomb.

 

  • Augmentation à trois reprises en 2010 des accises sur les boissons alcoolisées et le tabac. Le prix des cigarettes a ainsi augmenté de 40% en un an. Le prix des boissons a lui augmenté de 3 euros par bouteille.

 

  • Imposition d'une taxation supplémentaire des indépendants sur la base de leurs revenus de 2009.

 

  • Il faut désormais avoir cotisé durant 40 ans au lieu de 37 ans pour bénéficier d'une pension complète.

 

  • Réduction drastique du montant des pensions (plus de 35%). Le montant de la pension est désormais calculé sur base du salaire des dix dernières années de travail au lieu des cinq années les mieux rémunérées de la vie active.

 

  • Suppression de la retraite avant l’âge de 60 ans par le biais de la suppression de la prépension, ce qui affecte surtout les mères et ceux qui ont plus de trois enfants.

 

  • Réduction de 6% par an des pensions de retraite de ceux qui ont cotisé pendant 40 ans et qui « osent » prendre leur pension avant l'âge de 65 ans.

 

  • Démolition du système des pensions des fonctionnaires qui est désormais calqué sur le système de la sécurité sociale du privé.

 

  • Les femmes doivent désormais travailler 5 à 17 ans de plus, au nom de l'égalité avec les hommes.

 

  • Le principe de « l’alignement des pensions sur l’espérance de vie » est désormais introduit, ce qui ouvre la voie au travail jusqu’à 70 ans.

 

  • Le concept de « pension liée aux revenus » a été introduit. Il équivaut à une allocation sociale et n’est pas accordé avant l’âge de 65 ans.

 

  • Les dépenses de l'État en matière de pensions ont été fortement réduites : elles ne couvriront désormais que la pension liée aux revenus. Ainsi est aboli le financement en trois volets (travailleurs, patrons, Etat) du système de sécurité sociale.

 

  • Les conventions collectives de travail et le salaire minimum ont été abolis. Une nouvelle législation prévoit des salaires initiaux réduits pour les jeunes et les chômeurs de longue durée. Sous prétexte de la mise au travail des jeunes et des chômeurs de longue durée, le salaire minimum de 740 euros ne sera plus que de 500 euros.

 

  • Ils ont aboli la journée de 8 heures et réduit les primes pour les heures supplémentaires. Les limites à la durée du temps de travail ont été totalement abolies.

 

  • Le seuil des licenciements autorisés a été augmenté pour les entreprises de 21 à 200 salariés.

 

  • Le montant des indemnités de préavis a été drastiquement réduit de 50%.

http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/article-nouvelle-offensive-sans-precedent-contre-le-monde-du-travail-en-grece-orchestree-par-l-ue-et-le-fmi-80236731.html

Partager cet article

Repost 0

Que nous dit l’attentat de Norvège ?

Publié le par Mahi Ahmed

Mercredi 27 juillet 2011 3 27 /07 /Juil /2011 13:46

Que nous dit l’attentat de Norvège ?

 

Le sentiment général de l’opinion, dans les pays arabo-musulmans, est au soulagement. Il ne s’agit pas d’une opération islamiste ; c’est un Norvégien pur jus, blond, chrétien, qui en est l’auteur.

Intéressons-nous tout de même à ses motivations.

Qu’est-ce qui a bien pu pousser un jeune homme à massacrer des dizaines de ses concitoyens dans l’un des pays les plus paisibles du monde ?

Ecoutons-le.

Il dit avoir accompli cet acte pour en finir avec le marxisme et… l’Islam !

Il y a très peu de Musulmans et de marxistes sous les frimas nordiques. Alors, quand l’objet de toutes ses haines est absent, que peut bien faire un apprenti sorcier que démange l’envie de donner libre cours à ses instincts meurtriers ?

Eh bien, il les exerce contre ses voisins immédiats dans une sorte de meurtre par substitution.

Voici le résultat de la banalisation du discours islamophobe et de la proclamation du retour aux valeurs traditionnelles supposées mises en péril par une sorte d’ennemi intérieur.

Les droites européennes mais aussi, c’est nouveau, une grande partie des gauches, font des musulmans le bouc émissaire idéal et le désignent, sinon à la vindicte, du moins à l’hostilité populaire. Les leaders européens, en mal de projet, incapables de redonner du sens à l’action politique dans des pays vieillissants, criblés de dettes, choisissent délibérément la vieille technique du détournement des frustrations et des colères vers un ennemi commode.

En France, pays que les Algériens connaissent le mieux, on se souvient des croisades auxquelles a appelé récemment le ministre de l’Intérieur Guéant. On se souvient aussi du socialiste Manuel Valls se plaignant du trop grand nombre de Blacks dans les rues de sa commune. L’affaire des quotas dans le football français, celle de la double nationalité, les invitations pressantes à la francisation générale des noms et prénoms des citoyens issus de, sont autant d’éléments indiquant la dérive de la société française vers l’extrémisme de droite. Marine Le Pen a même besoin de se distinguer de la droite dite républicaine en poliçant son discours, laissant le soin à Copé et consorts de lui baliser le chemin en disant tout haut ce qu’elle pense tout bas !

Cette évolution n’est pas l’apanage de la France. L’Italie, l’Espagne, le Danemark, les Pays-Bas et bien d’autres connaissent la même évolution (peut-être le mot involution serait-il plus indiqué). L’Europe toute entière est travaillée par la tentation de la crispation et du repli, par l’idéal d’un retour à un passé fantasmé dans lequel elle faisait régner sa loi d’airain sur le monde musulman.

L’Europe en crise a peur de l’avenir. Elle a probablement raison ; sa place dans le concert des nations sera de moins en moins importante. Ainsi va l’Histoire. Si ses dirigeants ont une once de bon sens, ils s’attelleraient à accompagner le mouvement plutôt que de s’épuiser à tenter vainement de le contrecarrer. Apparemment, c’est le bon sens qui fait défaut. Les leaders européens ont choisi d’enfourcher le cheval du populisme et de gouverner en instillant la haine au cœur de leurs administrés. C’est peut-être un calcul payant à court terme. Les électeurs peuvent être séduits par un discours qui prend en compte cette mauvaise part d’eux-mêmes qui s’appelle le racisme et qui les exonère de toute culpabilité.

A long terme, c’est une catastrophe annoncée.

Il y a des villages alsaciens qui n’ont jamais vu un immigré. Ils ont pourtant voté en masse pour Le Pen. Imaginons qu’un de ces villageois soit tenté d’imiter le terroriste norvégien. Pas de Musulman ni de Noir à se mettre sous la dent. Qu’à cela ne tienne. A la prochaine fête foraine, il fera la peau de ses voisins, tout en expliquant qu’il le fait pour exprimer sa haine des immigrés.

C’est que la violence, du fait de la répétition et de la banalisation des discours qui la portent, finit par structurer la société. Comme elle ne peut rester éternellement à l’état latent, elle finit par exploser et emporter d’abord la société qui l’a produite.

L’attentat de Norvège devrait inciter les apprentis sorciers de France, d’Italie et d’ailleurs à réfléchir sérieusement sur leurs pratiques politiques et sur les conséquences possibles de leur immense irresponsabilité.

 

 

Brahim SENOUCI

http://brahim-senouci.over-blog.com/article-que-nous-dit-l-attentat-de-norvege-80311528.html

Publié dans Choix d'articles

Partager cet article

Repost 0

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>