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Une Députée française révèle le plan européen de ruiner la Tunisie

Publié le par Mahi Ahmed

~~Une Députée française révèle le plan européen de ruiner la Tunisie by amilho le 28 avril 2014 21 Avril 2014 http://www.tunisie-secret.com/Une-Deputee-francaise-revele-le-plan-europeen-de-ruiner-la-Tunisie_a874.html Marie-Christine Vergiat, députée européenne appartenant au Front de gauche, a dénoncé les mesures d’étranglement de l’économie tunisienne, imposées par l’Union européenne. Dans un texte titré « Prêt toxique à la Tunisie : le bal des Tartuffes », publié sur son blog le 17 avril 2014, elle a plaidé pour la transformation en don du dernier prêt que la Tunisie sollicite pour faire face à sa situation économique très critique. Voici son texte. La Tunisie connaît actuellement des difficultés économiques, sociales et budgétaires. Elle a sollicité de l’aide. Hier, le Parlement européen lui a répondu : l’Union lui versera 300 millions d’euros, sous la forme d’un prêt, et à des conditions qui font de cette "aide" un véritable prêt toxique. Qu’on en juge : si la Tunisie veut toucher l’intégralité de la somme, elle devra entre autres, mettre fin aux subventions aux produits de base pour les plus démunis, privatiser ses banques publiques, flexibiliser son Code du travail… Bref, les habituelles recettes austéritaires qui font des ravages y compris sur le sol de l’Union Européenne et notamment en Grèce. La nature de cette "aide" (prêt) creusera un peu plus la dette tunisienne qui s’est déjà envolée de 20% en trois ans. Or, l’UE et ses Etats-membres portent une lourde responsabilité en la matière : la BEI est son second créancier et la France se classe en troisième position. Le remboursement de cette dette représente chaque année six fois le budget de la santé et trois fois celui de l’éducation ; la Tunisie a déjà remboursé à ses créanciers 2,5 milliards d’euros de plus que le capital prêté; et 85% des emprunts contractés par la Tunisie depuis la Révolution ont servi au remboursement de la dette. Avec le soutien de mon groupe de la GUE-NGL et en particulier de mon collègue et ami Paul Murphy, député irlandais, j’avais donc déposé plusieurs amendements pour transformer le prêt en don et le monter à 500 millions d’euros. Ces amendements, n’ont reçu qu’un faible soutien. Le détail des votes, qui est public, est révélateur : - l’amendement appelant à l’annulation de la dette tunisienne n’a recueilli que 43 votes positifs ; - l’amendement condamnant les conditionnalités austéritaires du prêt n’a recueilli que 95 votes favorables, et pas un socialiste n’a cru bon de nous soutenir. - le texte final a obtenu un soutien massif, avec 488 voix pour (dont l’intégralité des Verts et des socialistes), 51 contre et 17 abstentions. La Tunisie et les Tunisiens sauront désormais ce que valent les belles paroles et les grandes déclarations. Je continuerai à appeler à la suspension du paiement de la dette tunisienne et à l’audit de celle-ci, seul moyen de donner une chance d’accompagner la Tunisie vers la transition démocratique. Marie-Christine Vergiat, dans son blog eurocitoyenne, le 17 avril 2014.

Publié dans Tunisie actuelle

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Surtout pas revenir au vide et à la misère de 1962 !

Publié le par Mahi Ahmed

~~par algerep Surtout pas revenir au vide et à la misère de 1962 ! Est-ce par confort intellectuel, par ignorance ou pour mieux noyer le poisson que certains activistes et hommes politiques, sûrement bien intentionnés, mettent les 50 dernières années de notre histoire dans le même sac d’une dictature honnie, produit d’un système à base de pensée « unique » qu’ils veulent indivisible et invariable ! Le raccourci est tentant. Pourtant, on ne se débarrasse pas d’une époque comme on le ferait d’une chemise sale. D’un trait de plume meurtrier ou par des mots galvaudés, on croit s’octroyer le pouvoir de juger ; mais, au bout, ce n’est qu’un lamentable exercice de style où la généralisation excessive le dispute à la légèreté du propos. L’Histoire ne s’écrit pas en abrégé. Elle n’est pas une petite histoire que l’on raconte à ses petits-enfants autour du feu. Elle est trop fière pour enlacer le zigzag des phrases sibyllines ; trop juste pour se laisser corrompre par l’oisiveté des plumes légères. L’Histoire est certes un tout, mais mettre sur un pied d’égalité l’époque lumineuse du renouveau algérien, la grande ère du rêve qui a nourri nos espoirs et nos œuvres, et le grand déclin, l’inénarrable déroute politique, sociale et culturelle des années 2000, est un exercice pour le moins mortel. Chaque mot porté à l’honneur des braves est une insulte à la mémoire d’un peuple et de son élite qui ont créé le miracle des années 1970 ! Nous n’avions rien, la voiture était le rêve inaccessible et, souvent, les pénuries étaient notre lot quotidien. Les flics nous tabassaient pour un oui, pour un non et nos jeunes copines en minijupe se faisaient badigeonner les jambes par les agents ! Pourchassés par les hommes en bleu, nous avions galopé dans les rues de 1969, arrachant notre part du rêve de 1968… Papillons d’un printemps nouveau, nous virevoltions, remplis du bonheur de porter, en notre être profond, les idées de progrès et de justice qui traversaient l’époque comme un grand courant d’air salvateur ! Nous étions heureux ! Comment expliquer à ces jeunes qui nous insultent aujourd’hui, et qui sont devenus des machines matérialistes (la villa – la bagnole - les voyages), que nous étions heureux sans tout cela ! Comment dire aux harraga que, sans avoir les moyens dont ils disposent aujourd’hui, nous n’avions pas besoin d’aller ailleurs pour vivre notre rêve ! Il n’y avait pas encore de visas et le billet d’avion vers Paris coûtait moins de 1 000 DA. Quant à l’autorisation de sortie, il ne faut pas exagérer, non plus. N’importe quel jeune qui pouvait se débrouiller un hébergement envoyé par un émigré, obtenait son autorisation. Nedjma envoyait à l’étranger des milliers de jeunes... Et pourtant, les voyages à l’étranger ne nous disaient rien ! Souvent, de jeunes lecteurs m’écrivent pour me dire qu’ils ne comprennent pas comment des journalistes se permettent de dire que la période de Boumediene était la plus sombre* ! Pourquoi cette réaction ? Parce que, simplement, me disent-ils, leurs parents pensent le contraire. « Mon père et ma mère me racontent qu’ils vivaient bien, mangeaient bien, achetaient revues et livres, disques et albums, sortaient souvent au restaurant, allaient au cinéma, se rendaient au dancing, voyageaient partout en Algérie. Les journalistes écrivent autre chose. Mes parents me disent que l’Algérie était belle et qu’ils étaient les plus heureux ici ! » Est-ce faire mal à la vérité et à l’Histoire que de dire cela, de reconnaître qu’une génération, la mienne, celle qui a été nourrie à la révolution des moudjahidine et aux idées de progrès de notre monde, a cru le rêve possible ici ? Non seulement cru, mais agi, écrit, lutté, pour que, plus jamais, l’Algérie des colons et de l’injustice ne revienne : plus jamais, l’inégalité, l’exploitation, les khammès, l’esclavage ne se reproduisent sous le règne des Algériens indépendants ? En mettant entre parenthèses les inestimables réalisations de ma génération, en les mélangeant aux déchets douteux qui dorment au fond du sac d’embrouille réservé par les élégantes plumes d’aujourd’hui à la « dictature », n’essaye-t-on pas de nous reprogrammer, après un formatage en bonne et due forme qui nous fera oublier ce qui a livré un sens à notre vie, cette part de rêve et d’espoir qui nous a donné envie de rester ici, de bâtir l’avenir de nos enfants et de croire que le paradis terrestre allait avoir pour nom Algérie ? Souvent, lorsque je rencontre des Algériens de ma génération, je ne manque pas de les écouter et c’est le bonheur qui s’installe dans ma tête, sevrée de plaisirs par le règne actuel de la médiocrité ! Ils me racontent, à leur manière, ce qu’ils ont fait pour le pays ! Tout, pratiquement tout ! Les jeunes plumes qui, d’un trait souvent maladroit, regrettent presque la colonisation, ne savent pas ce qu’est la colonisation ! Ils ne peuvent imaginer la dure réalité vécue par nos parents et nous-mêmes ! Ils ne peuvent pas imaginer la faim, la soif, la souffrance, la maladie, la privation, le dénuement, les pieds nus, les poux, l’arriération, le désespoir, le racisme ! Ils ne peuvent imaginer qu’au lendemain de l’indépendance, les ingénieurs n’existaient pratiquement pas, que l’ensemble des secteurs d’activité était dépourvu de cadres, que tous les services publics étaient abandonnés par les Français et que l’Etat n’avait que quelques milliards en caisse ! Partir de zéro, remettre la machine en branle, assurer la continuité du service public, faire marcher les trains, les stations électriques et tout ce qui est essentiel à la vie ; toutes ces missions impossibles furent menées avec succès par les nouveaux Algériens, ces femmes et ces hommes qui vont étonner le monde par leur capacité à maîtriser le destin de leur pays. Ils bâtiront quelques années plus tard, le « Japon » de l’Afrique, au rythme d’une industrialisation massive et intrépide dont le choix était la meilleure réponse aux sirènes de l’économie de marché. « Faites du tourisme et de l’agriculture » conseillaient les mauvais conseillers. Comme si l’Angleterre, l’Amérique, le Japon ou la Russie avaient bâti leurs économies sur l’agriculture et le tourisme ! Et encore, aux gens qui veulent nier certaines vérités, rappelons que l’Algérie des années 1970, une décade après le départ des colons, exportait, par navires entiers – ceux de l’OFLA – oranges et dattes vers les ports de Hambourg et ceux du nord de l’Europe. C’était l’agriculture socialiste, non ? Et vous, qu’avez-vous fait avec l’agriculture trabendiste et les milliards de dinars bouffés dans des plans qui vont dans les Mazda et le béton, et rarement à la vraie production de cultures essentielles ? La facture alimentaire a été multipliée par dix depuis cette époque, alors que la population n’a fait que doubler ! Mangeons-nous mieux ? A voir l’état piteux de mes semblables, à causer avec eux, à leur rendre visite dans les hôpitaux mouroirs, il ne me semble guère qu’ils soient mieux lotis ! Quant au tourisme, on ne vous dit pas que, malgré les choix stratégiques de Boumediene, l’Algérie avait commencé à se doter d’une infrastructure qui n’avait rien à envier à celle existant, à l’époque, en Tunisie et au Maroc. Faisant appel à des architectes de renom, le secteur public du tourisme a créé des stations de réputation mondiale qui recevaient, grosso modo, le même nombre de touristes que ceux visitant les pays limitrophes ! Hélas, les nouveaux héros de la révolution silencieuse ne veulent pas comprendre cela et parlent de déboulonner un système qui, depuis 1962, n’a pas fait que du mal à ce pays. Alors parlons d’une somme de systèmes et pas d’un seul sinon c’est toute l’indépendance que nous rejetterions ! Par Par Maâmar Farah in Le Soir d’Algérie du 24 avril 2014 ________________________________________ Défendre la mémoire de la nation et l’espérance des "damnés de la terre" Maamar Farah a raison de raconter à la nouvelle génération en mots si bien ramassés ce que fut vraiment la période des années 1970. Tous ceux qui partagent l’essentiel de cette opinion ont le devoir de se dresser avec lui contre les falsificateurs de l’histoire. Cette courte période de l’histoire fut en effet marquée par une mémorable mobilisation pour construire le pays, poser les bases d’un développement solide pour l’amélioration des conditions de vie de tout un peuple et en premier lieu des créateurs de ses richesses. Une période où le peuple avait conscience que pour y arriver il lui fallait tenir tête aux puissances dominatrices, infliger une leçon aux revanchards néocolonialistes constamment à l’affût pour contrarier ses espoirs, barrer la route aux prétendants autochtones à leur succession, ceux pour qui l’indépendance ne devait avoir qu’une signification : remplacer le Borgeaud français par un Borgeaud algérien. Cette décennie est devenue la cible obsessionnelle d’une faune de plumitifs. Leur acharnement à falsifier l’histoire n’a d’égal que leur mesquin intérêt à servir de porte-plume d’une caste déterminée à s’approprier les richesses du pays. Ce règne présuppose le formatage de la jeunesse afin que celle-ci accepte en "ignorance de cause", pour ainsi dire, de se laisser réduire en esclavage. L’astuce consiste à lui faire croire qu’avec un capitalisme sans entrave elle mettra les pieds dans le nouveau monde du libre épanouissement. L’argent gratuit de l’ANSEJ, de la CNAC, des banques publiques, devrait permettre la concrétisation des rêves matériels les plus fous, "villa, bagnole et voyages" comme le résume Farah. . Les critiques de Boumediene se taisent sur la décennie noire de Chadli On remarquera que le slogan de "50 ans barakat" ne vise surtout, chez nombre de ses inspirateurs, que la décennie de l’industrialisation, de la réforme agraire, de la démocratisation de l’enseignement. En réalité la période attaquée englobe l’histoire du pays de 1962 à 1978. Les réalisations de cette période dans les domaines de l’économie, de l’éducation, de la santé, des relations internationales forment un tout. Sans elles on ne voit pas comment des enfants de facteurs ou de "fatma" seraient devenus psychiatres ou professeurs d’université et des filles de militaires des gynécologues. Les pourfendeurs des années 1970 épargnent bizarrement la décennie noire de Chadli, ne disent rien de ceux qui l’ont installé aux commandes, de leurs desseins. Ils évitent de rattacher la situation actuelle aux conséquences de leur entreprise politique de démolition. Et pourtant, la décennie Chadli fut celle du début de la descente aux enfers, des répressions de masse, celles de 1980, 1986, 1988, des interdits professionnels, de l’emprisonnement arbitraire de centaines de gestionnaires du secteur public, d’un coup d’arrêt brutal du développement dont la génération nouvelle n’a pas fini de payer les conséquences. On l’appela la "décennie noire" avant d’accoler cet adjectif aux années 1990, années du terrorisme obscurantiste enfanté précisément par les manoeuvres de ceux qui étaient à la barre depuis 1980. Qui ne sait que la chasse aux cadres engagée par le régime de Chadli, sans parler de la persécution des syndicalistes et militants progressistes, avait pour seule fin de briser l’élan "développementiste", de baliser le terrain de la grande curée à laquelle on a assisté depuis lors et notamment depuis les libéralisations de 1987 ? On ne peut oublier que cette chasse avait pour but de faire rentrer dans le rang les milliers de cadres de l’industrie, surgis dans le feu de la bataille de l’édification, de refroidir leur enthousiasme, de leur ôter toute envie de réfléchir aux moyens de faire fructifier les résultats de leur travail héroïque, de laisser les revenus pétroliers passer dans les mains d’une classe de jouisseurs sans état d’âme, de casser la symbiose qui s’était établie de façon féconde entre les patriotes et progressistes de différents bords, entre ouvriers et paysans, cadres et travailleurs, peuple et armée. Derrière les attaques furieuses contre cette décennie, il y a une volonté de discréditer la tentative de construire une société sans exploitation, de frapper de mépris l’oeuvre d’édification industrielle accomplie par des milliers de cadres conscients que le secteur privé était incapable de relever les grands défis de l’indépendance. . L’œuvre de tout un peuple A ceux qui avaient édifié à partir de rien le complexe de fonte et d’acier d’El Hadjar, l’usine de pompes et vannes de Berroughia, l’électronique de Sidi Bel Abbes, la pétrochimie d’Arzew et de Skikda, les usines de tracteurs, de machines-outils, de pelles et grues, de camions et de bus, à ceux qui avaient su continuer à faire tourner les plate-forme de gaz et de pétrole après leur nationalisation, etc., à tous ces anonymes, victimes de l’amnésie organisée par la valetaille des force de l’argent, on devrait sans hésitation décerner le grade non de "capitaines d’industrie" mais celui de "maréchaux d’industrie", de héros du combat terriblement difficile pour le parachèvement de la libération nationale. Quand on a assisté à cette formidable levée en masse pour maîtriser les processus industriels les plus compliqués et commencer à en recueillir les premiers fruits, combien nous paraît dérisoire ce secteur privé qui n’excelle que dans les activités faciles, très lucratives, à vitesse vertigineuse de rotation du capital, où le marché captif des biens de consommation de masse ne lui fait courir absolument aucun risque. On n’ose même pas tenter la comparaison entre ces grands bâtisseurs du secteur industriel public aujourd’hui condamnés à l’oubli ou aux railleries et tous ces patrons privés objet de louanges dithyrambiques. La vérité est que les premiers ont créé une base industrielle qui, malgré sa démolition partielle, peut encore constituer le socle d’un nouveau départ. Les seconds ne sont rien d’autre que des embouteilleurs d’huile et d’eau dite "minérale", des ensacheurs et des empaqueteurs de jus, de farine ou de sucre, côtés ou non en bourse, dévoreurs d’argent public non remboursé, négateurs des droits sociaux les plus basiques des travailleurs et grands maîtres de la fraude fiscale, de la surfacturation et de la fuite des capitaux, à l’aide desquelles ils peuvent se permettre de racheter des fabriques de frigos en Espagne, tous soudainement enrichis, héros de faux intellectuels et de faux hommes de presse, dont l’art se résume dans le bricolage de fausses réputations et de renommée usurpée. Des faux "capitaines d’industrie" aux mérites surfaits par des régiments d’écrivaillons à " la plume élégante" et par des journalistes dont la tête est bourrée des fausses connaissances que leur ont "implémentées" les agences de l’ultra-libéralisme encore pour un temps triomphant. Il ne s’agit absolument pas de mépriser le travail honnête de ceux qui se livrent à ces activités indispensables à la vie de tous les jours. Mais comment ne pas faire éclater son indignation quand on chante des louanges à la gloire d’affairistes de tout crin et que l’on n’a que haussement d’épaules pour ceux qui se lancèrent les mains nues dans la grande aventure de l’industrialisation du pays, sans en attendre aucune gratification matérielle exorbitante, avec la conviction que grâce à leur abnégation les martyrs de la guerre de libération ne se seront pas sacrifiés pour rien ? C’est à une entreprise de renversement de la morale que l’on assiste. Les hommes dignes de respect et d’admiration ne seraient pas ceux qui ont construit les usines dans un pays auquel le pacte colonial interdisait d’accéder à la révolution industrielle, mais ceux qui amassent de l’argent facile. Ce ne sont pas ceux dont la motivation fut d’apprendre à produire le fer, les machines et les engrais pour réduire nos importations, préparer concrètement l’après-pétrole, donner au pays les moyens d’accumuler le savoir-faire industriel pour un jour construire ses avions, ses locomotives, ses appareils de forage, ses missiles. Non, le modèle de "manager" porté aux nues par cette cohorte d’ignares et de saltimbanques de l’idéologie libérale est celui qui se fait rapidement du fric à partir de rien, ou plus exactement grâce à une débrouillardise bien épaulée en haut lieu. Quitte à tout importer en dilapidant l’argent du pétrole. pour faire par exemple du jus, un jus à forte teneur en sucre - importé cela va sans dire- que les Algériens ont été habitués depuis leur plus tendre enfance à consommer en grosses quantités, les fruits étant inaccessibles. Et qu’importe la santé publique ! C’est cela le nouveau critère de "l’efficience économique", obtenir un "taux interne de rentabilité" maximum et payer un minimum d’impôts et de salaires ! . Un dénigrement obsessionnel pour tuer l’espoir en un monde meilleur L’indignation, contenue, de Maamar Farah contre cette opération de réécriture de l’histoire est mille fois justifiée. Elle mérite d’etre relayée par tous ceux qui ont bâti l’Algérie et grâce auxquels il subsiste dans le pays une base économique qui lui a permis de rester debout dans les années 1990. Car il ne s’agit pas seulement de défendre tout ce qu’il y a d’héroïque dans la mémoire du pays, de dire "barakat" à ce flot de mensonges, de contre-vérités, d’appréciations à l’emporte-pièce. Il s’agit surtout d’ouvrir les yeux aux jeunes, de leur montrer que derrière cette entreprise de dénigrement se profile grossièrement une opération dont ils sont le véritable enjeu. Les rejetons frustrés de ceux qui n’avaient pu remplacer les colons en 1962 sont en passe de prendre ou ont déjà pris leur revanche. La cohorte des assoiffés de richesses a l’initiative. Ils trahissent le pays. Ils n’hésiteront pas une seconde à en remettre les clés aux puissances colonialistes d’antan. La grande presse qui va à la mangeoire des multinationales pourvoyeuses de juteuses pages de publicité leur ouvre large ses colonnes. Leur unique rêve est de réduire en esclavage une jeunesse qu’ils auront préalablement reformatée pour lui faire accepter les pires régimes d’exploitation sous l’enseigne de "l’insertion dans les nouvelles réalités mondiales", hors des "utopies" humanistes stigmatisées comme "totalitaires". Dénigrer cette décennie, c’est insulter tout un peuple qui s’émerveillait en découvrant qu’il était capable de miracles, qu’il pouvait lui aussi produire des machines ou des biens qui n’avaient rien à envier aux produits d’importation. C’est pour cela que son engagement fut sans limite dans ce combat pour la modernisation de la société, qu’il accepta des sacrifices pour le bien de ses enfants. C’est pour cela aussi qu’il n’hésita pas dans les débats du printemps 1976 à nommer les responsables qui pratiquaient le double jeu. Si la décennie 1970 déclenche tant de rage, c’est parce que la minorité des privilégiés d’aujourd’hui revient de loin. Si à sa seule évocation ils plongent dans l’hystérie, c’est parce qu’ils étaient à deux doigts de se voir fermer les voies de l’enrichissement, de leur constitution en classe dominante. L’écriture de l’histoire ne doit pas être laissée entre les mains des revanchards, des agents de l’oligarchisation de l’Algérie, des propagandistes d’un ordre mondialisé dont la férocité est dissimulée sous le brillant emballage de concepts abstraits échafaudés ailleurs par des prestidigitateurs de la communication au service du capital. Les leçons doivent être tirées dans de grands débats avec tous ceux qui ont intérêt à bâtir une société sans nouveaux maîtres. L’histoire n’est pas finie. Sa connaissance avec rigueur nous préparera à affronter un avenir qui réserve beaucoup de surprises. La crise profonde du système capitaliste, l’accumulation de foyers de guerre sont les signes annonciateurs de grands bouleversements mais pas dans le sens espéré par les impérialistes "mondialiseurs", celui de l’extension démesurée de leur domination. Et s’il est indispensable de ne pas se taire devant la propagande des "chiens de garde" de la nouvelle bourgeoisie, qui plus est mafieuse, de ne pas admettre sans réagir que l’image de Boumediene soit noircie avec autant de désinvolture pour ne pas dire de hargne, parce que ce n’est pas tant l’image d’un dirigeant controversé qui est en cause que les idéaux qu’il a défendus à la fin de sa courte vie ; si la grande masse du peuple qui a vécu cette période le considère avec beaucoup d’arguments comme le plus grand dirigeant qui ait présidé aux destinées de l’Algérie, il n’en est pas moins nécessaire d’analyser la nature et les racines des erreurs qu’il avait commises, précisément pour éviter de les reproduire et pour aborder avec succès les tâches de l’avenir. Car le mouvement ouvrier et populaire enfante et va nécessairement enfanter les dirigeants qui se battent déjà au milieu de la nouvelle génération et vont se battre avec sacrifices et dévouement pour le bien-être du peuple, pour l’émancipation sociale et politique des travailleurs, manuels ou intellectuels, pour l’abolition des rapports d’exploitation. . Les erreurs de Boumediene et les contradictions d’un régime Ces erreurs ne sont pas là où les courants réactionnaires veulent nous le faire croire. Ce ne fut ni l’industrialisation accélérée, ni la révolution agraire, sabotée, toutes tâches absolument indispensables au décollage économique, à son indépendance, à une juste répartition du revenu national, ni la démocratisation de l’enseignement. Ce furent les conceptions qui ne faisaient confiance ni dans la mobilisation démocratique des masses populaires, ni dans l’alliance sur un pied d’égalité avec les forces révolutionnaires situées hors du régime. Ce furent les conceptions fondées sur la répression de tout ce qui dérogeait au règne du parti unique. Ce furent les hésitations à s’appuyer directement sur le peuple, à se débarrasser des compagnons de la lutte de libération devenus des obstacles au progrès, quand le grand débat populaire du printemps 1976 autour de la Charte Nationale eut révélé l’immense potentiel populaire en cours de maturation dans le feu des combats pour l’édification, quand s’imposa le constat général de l’impérieuse nécessité d’épurer l’Etat de ceux qui entravaient sciemment la marche vers une société sans exploitation ou oppression. Boumediene lui-même n’était plus celui de juin 1965 qui privilégiait la force sur la persuasion. La complexité des luttes pour une société nouvelle, les clivages qu’elles avaient créés dans la société et les centres de décision étatiques lui avait fait découvrir la possibilité de nouveaux cheminements en appui sur la mobilisation populaire et ses attentes. Il aurait pu prendre appui sur l’exigence populaire de faire le ménage. Ses hésitations à répondre résolument à cet appel, à lever les blocages, avaient sans doute leur origine dans la crainte de casser des consensus réalisés au sein de sphères de l’armée mais devenus un carcan paralysant, à un moment de grandes tensions où le roi du Maroc était incité par les USA et l’ancienne puissance coloniale à comploter contre l’Algérie, où son ministre des Affaires étrangères cultivait les confusions politiques dans ses relations personnelles avec Kissinger. Boumediene ne sut pas prendre les décisions dont il sentait la nécessité. Il louvoya sans résultats entre les multiples coteries. Ses hésitations furent fatales pour le pays. Il dut faire face durant ces débats de mai 1976 à une levée de boucliers au sein même d’un conseil de la révolution effrayé autant par le contenu de la charte soumise à l’approbation populaire que par la dénonciation unanime au sein du peuple de ceux qui en sabotaient l’application et se remplissaient les poches. Il se heurta à ceux qui déjà désiraient avant tout que le pétrole serve non à financer le développement du pays mais à satisfaire leurs appétits voraces. Leur triomphe sera résumé de façon grotesque par le slogan démagogique "Pour une vie meilleure" qu’ils inscrivirent sur les frontons du régime de Chadli . Meilleure non pour le peuple qui avait commencé grâce à l’indépendance et à sa stratégie de développement à manger à sa faim, à s’instruire, à se vêtir correctement, mais pour les nouvelles couches sociales minoritaires qui se tenaient en embuscade pour lui ravir les fruits de la récupération des richesses nationales. Les opposants de Boumediene au sein du régime avaient orienté les débats de la Charte nationale sur la fausse voie d’une prétendue incompatibilité du socialisme avec l’Islam. Pendant qu’il était à la recherche d’illusoires compromis en attendant une évolution pacifique dans les arcanes du pouvoir, les autres, les adversaires des options de progrès qu’il incarnait de plus en plus, ne perdaient par de temps. Il en payera personnellement le prix en disparaissant brusquement, victime d’un mystérieux agent infectieux. Le "hasard" venait de les débarrasser de l’emprise d’un leader au sommet de sa popularité. Il leur fallait entreprendre immédiatement la mise au pas de tout un peuple pour changer de cap. Ils le firent en revigorant comme jamais le parti unique. Boumediene s’était employé à le neutraliser en s’ouvrant aux nouvelles structures en cours de gestation dans le puissant mouvement démocratique de masse de cette décennie, des travailleurs, étudiants, femmes, paysans, des cadres de la nation. Bref, il s’était rapproché de tous ceux qui ne se reconnaissaient pas dans le FLN, qui refusaient son "égide". Les dirigeants des années 1980 firent pratiquement fusionner les appareils du FLN avec le réseau serré des fameux BSP que la sécurité militaire avait mis en place sous le nouveau régime. Ils achevèrent ainsi de réaliser le processus de tétanisation des masses. La voie était devenue libre en 1980 pour leurs manœuvres. Le mouvement populaire ascendant qui les avait tant inquiétés était dompté. Les méthodes autoritaires anti-populaires du parti unique avaient permis à la droite du régime de prendre l’initiative. Boumediene disparu, les forces de progrès hors régime, empêchées depuis l’indépendance de s’organiser librement, ne firent pas le poids face à la coalition voyoucratique. Ces méthodes avaient bridé le mouvement populaire de progrès et préparé de la sorte le terrain à l’hégémonie des franges les plus archaïques et les plus prédatrices du mouvement national représentées depuis l’indépendance dans toutes les sphères de l’Etat. Toutes les dérives qui s’ensuivirent et les injustices intolérables qui caractérisent la situation actuelle, tout ce qui révolte aujourd’hui la jeunesse n’en sont que la suite pourrie. . Défendre l’héritage positif pour un nouveau départ Ce n’est pas une démarche correcte que de mélanger des phases historiques - 1962 à 1978 et 1979 à nos jours - qui se distinguèrent profondément l’une de l’autre sur le plan des choix économique et sociaux, bien que sur le plan formel du régime du parti unique et des méthodes hégémoniques elles paraissent présenter des similitudes. L’amalgame n’a pas seulement pour but d’éloigner de la réflexion l’analyse des grandes conquêtes réalisées à une époque précise du pays, en qualifiant péremptoirement cette œuvre d’ "échec à ne pas recommencer". Sa finalité est de propager le mot d’ordre cher à tous les réactionnaires, à toutes les forces conservatrices de la planète "il n’y a pas d’autre alternative". Il vise à frapper d’impuissance le travail intellectuel indispensable à un nouveau départ du combat pour un monde sans exploitation ni oppression, pour de nouvelles espérances. La profondeur de la crise internationale du système capitaliste, qui continue à s’accentuer à travers ses hauts et ses bas, l’impasse à laquelle ce système a mené l’Algérie, rendent vaines les tentatives d’empêcher les opprimés de réfléchir à l’alternative pour en sortir. L’histoire n’avance pas de façon rectiligne mais elle avance. Suivant les rapports de forces, elle passe par des périodes alternant l’offensive et la défensive, les défaites momentanées et les victoires, en dépit de la résistance acharnée qu’opposent les classes exploiteuses pour sauvegarder leurs privilèges. Toute l’évolution historique des 150 dernières années, depuis la publication du "Manifeste" de Marx et Engels, est un processus qui pousse inexorablement l’humanité à explorer les chemins inédits d’un nouveau grand bond en avant à travers des luttes ininterrompues, violentes ou pacifiques, des succès et des échecs, des avancées épiques et des régressions effroyables, des moments radieux et d’autres qui le sont moins. C’est le bond vers le socialisme, que "la société porte dans ses flancs" selon la belle métaphore de Marx. . Zoheir Bessa Alger républicain 29.04.2013

Publié dans Débats

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Le pluralisme syndical est une nécessité

Publié le par Mahi Ahmed

~~Mohamed Saïb Musette. Spécialiste du monde du travail et chercheur au Créad «Le pluralisme syndical est une nécessité» le 30.04.14 | 10h00 -L’Algérie célèbrera demain la Journée internationale du travail. Quelle est aujourd’hui la place du travailleur dans le monde du travail dans notre pays ? Selon les données de l’ONS, le marché du travail continue à progresser avec près de 12 millions d’actifs en 2013 contre seulement 2 millions en 1970…, soit le nombre de travailleurs a été multiplié par six en 43 ans. Tout compte fait, sur le plan quantitatif, l’Algérie aurait une situation acceptable. Le problème se situerait ainsi dans la «qualité de l’emploi». Le volume de l’emploi informel, bien qu’en baisse, reste assez inquiétant dans la mesure où près de 4 millions de travailleurs affirment qu’ils exercent sans aucune couverture sociale. -Vous évoquez ici le problème de la «qualité de l’emploi». Qu’en est-il de la valeur du travail et de sa conception dans notre pays ? D’abord, je tiens à préciser que sur le plan de la «valeur du travail», il faut avouer que l’Algérie occupe une position singulière dans le monde. Selon le sondage Gallup 2012, l’engagement dans le travail est un bon indicateur de la valeur du travail. L’Algérie a obtenu un bon score concernant l’engagement dans le travail, soit environ 17% des travailleurs sont très engagés et prennent même du travail à domicile sans contrainte ni aucun intéressement. La deuxième catégorie est celle des travailleurs qui «vont au boulot juste pour travailler» selon les heures réglementaires sans aucun engagement supplémentaire. La troisième catégorie est la plus énigmatique : l’Algérie enregistre un des scores les plus élevés, se classant au bas de l’échelle, à l’avant-dernière place dans le monde, en ce qui concerne cette catégorie ; il s’agit des travailleurs qui vont au travail totalement désengagés. Autrement dit, ces travailleurs vont au boulot pour ne pas travailler. Pis, ils font tout pour empêcher les autres d’accomplir leurs tâches quotidiennes. -Dans sa gestion politique de la question de l’emploi, le pouvoir a eu recours à la mise en place de dispositifs qui ont montré leurs limites… Vous savez très bien que l’intervention de l’Etat existe partout dans le monde. Si ces dispositifs n’existaient pas, il aurait fallu les inventer. L’Algérie a trouvé, dans la boîte à outils des ministres de l’emploi, des mesures dites politiques actives et passives du marché du travail. Dans un papier récent, j’avais tenté de faire un peu l’historique de ces dispositifs. Le problème n’est pas tant dans les dispositifs qui sont régulièrement révisés, il réside dans leur évaluation. On se contente actuellement d’une auto-évaluation. Les agences font beaucoup d’efforts mais n’offrent pas suffisamment de visibilité quant aux résultats obtenus. Il est vrai que ces dispositifs, partout dans le monde, contribuent à soulager la souffrance des chômeurs, des sans-emploi, des familles sans revenus réguliers. Une évaluation externe est indispensable pour faire un bon diagnostic quant à l’impact de ces dispositifs. Nous avons mené quelques études microlocales, qui restent de simples exercices universitaires. -Non seulement il n y a pas eu d’évaluation de ces dispositifs, mais le pire est que l’Etat procède aussi à l’importation de main-d’œuvre… Non, l’importation de la main-d’œuvre n’est pas le véritable problème… C’est l’importation du travail qui est problématique. C’est notre facture d’importation, de manière générale, qu’il s’agit de réduire. L’Algérie contribue à la création d’emplois dans d’autres économies. Il est vrai qu’il est plus facile d’importer que de produire… -L’informel demeure un casse-tête. Ceux qui exercent dans ce créneau vivent en marge des dispositifs de régulation... Le travail informel est un fait universel qui n’épargne aucune économie, soit-elle développée. Au Créad, nous avons réalisé plusieurs études sur l’informel. Actuellement, on mesure le travail informel par l’absence d’affiliation à la Sécurité sociale. Dans d’autres pays, l’affiliation n’est pas une obligation. Le travail informel n’est pas aussi grave en soi. Nombreux sont les analystes qui affirment qu’on a pu réduire le taux de chômage avec l’autorisation du travail informel. Ce qui n’est pas totalement faux. L’économie informelle est beaucoup plus importante qu’on l’imagine en Algérie et elle s’internationalise à nos frontières. Le plus dangereux, à mon avis, c’est le commerce transfrontalier, qui n’est que la partie visible de l’iceberg. Une observation permanente doit être mise en place pour lutter notamment contre l’économie informelle transnationale. -Nous assistons ces dernières années à l’émergence des syndicats autonomes. Quel est, à votre avis, l’apport de ces organisations dans le monde du travail ? Le pluralisme syndical est une nécessité pour la protection des droits de tous les travailleurs. On ne peut que saluer la naissance de nouvelles organisations syndicales. Actuellement, la présence syndicale est plus prégnante dans le secteur public où, théoriquement, les droits des travailleurs sont plus ou moins respectés. Il s’agit d’étendre la représentation syndicale au secteur privé, national ou international. -Au niveau des multinationales et même dans certaines entreprises privées, il est constaté des disparités dans les salaires et des difficultés à créer un syndicat d’entreprise… L’absence de code de travail ne peut que contribuer à maintenir l’opacité et le flou dans les relations de travail pour l’ensemble des secteurs d’activité et des secteurs juridiques. Comme je l’ai déjà dit, il existe très peu de représentations syndicales dans le secteur privé du fait de la taille des entreprises : plus de 90% sont de très petites sociétés. Les disparités des salaires sont admises partout dans le monde, mais la discrimination doit être combattue. Il faut aussi savoir qu’une profonde mutation s’est opérée dans le salariat algérien. Le recrutement dans les postes de CDD est devenu dominant, alors que le CDI devient exceptionnel dans le secteur privé. Nabila Amir

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Le 1er mai : la flamme

Publié le par Mahi Ahmed

~~Le 1er mai : la flamme Pour ce qui reste de classe ouvrière, au sens du marxisme, il y a loin de la définition à la réalité. Il y a ce qu’on appelle la classe en soi et il y a la classe pour soi. Deux états qui procèdent de la différence qualitative. Dans le premier c’est l’existence physique, constatée et même mesurée. Une classe qui se distingue des autres par le statut et le rôle qui lui sont assignés par la société. C'est-à-dire une catégorie de citoyens qui vivent de la vente de leur force de travail à un patron, qu’il soit public ou privé. Et qui n’a pas d’autre moyen de vie que le salaire perçu en contre partie d’un travail fourni. Dans le deuxième cas, la classe s’enrichit de la conscience de sa situation et de la place qu’elle occupe, en tant que créatrice des richesses des patrons. Dans cet état, elle porte des revendications beaucoup plus élaborées, qui font irruption sur la scène politique, caractérisées par des prétentions supérieures qui peuvent aller jusqu’à la remise en cause de l’ordre établi et à la lutte pour la conquête du pouvoir. Pour l’instauration d’un Etat ouvrier où les classes sociales seraient abolies, par l’élimination de la propriété privée des moyens de production et leur mise à disposition de la société tout entière. Le 1er mai, par exemple, constitue cette date mémorable qui a marqué l’histoire d’une longue période de confrontations, entre le travail et le capital, où les travailleurs ont réussi à conquérir un droit aujourd’hui mis à mal. Il s’agit de la journée de 8 heures, qui semblait à une époque lointaine une utopie, tant il était admis que le travail devait se soumettre aux exigences de l’usine. Depuis, dans le monde entier, l’amplitude de la journée de travail est théoriquement réduite à ce principe. En théorie, puisque l’on assiste de plus en plus à des réajustements des rapports de forces, jusque et y compris dans les pays où le syndicalisme, la combativité de la force de travail et le respect des « acquis », ont toujours une certaine vivacité, pratiquement balayé dans les pays périphériques. Des pays où se « délocalisent » les capitaux, fuyant les marchés de l’emploi trop cher, pour les lieux plus cléments où les salaires et les conditions de travail sont laissés à la libre appréciation de l’employeur. Ainsi, le premier mai qui a un goût de sang, un goût de fête, celui de la victoire et un goût de liberté, celui de l’irruption de l’humain dans la cité, est en passe de sombrer dans l’oubli. Il représentait la haute symbolique, en termes de droit, Huit heures de travail, huit heures de loisirs, huit heures de sommeil. Longtemps, cela était présent à l’esprit, ensuite a été oublié, on a considéré que cela faisait partie de l’ordre naturel des choses. Tant il a été prouvé que l’on pouvait « travailler moins et gagner plus ». Et c’était tellement avéré qu’on a réellement travaillé moins et que jamais l’humanité n’a autant gagné, jamais, les siècles passés, l’homme n’a autant accumulé de progrès et produit autant de richesses. La raison en étant simple, les hommes ont été plus nombreux à aller à l’école, à se former, à se cultiver. Ils ont été en meilleure santé et produit plus d’intelligence. Ils ont pu travailler mieux, plutôt que travailler plus. Faut-il alors que la Barbarie revienne, comme elle le fait ? Ahmed Halfaoui.

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Déclaration de la "Moubadara du 24 février" à l’occasion du 1 Mai

Publié le par Mahi Ahmed

~~Déclaration de la "Moubadara du 24 février" à l’occasion du 1 Mai mardi 29 avril 2014 Travailleuses, travailleurs Nous célébrons encore cette année le 1er mai journée internationale de luttes et de solidarité des travailleurs, dans une atmosphère d’inquiétudes et d’espoirs dans notre pays et dans le monde, inquiétudes de ne voir comme lors des élections présidentielles précédentes et au lendemain de celle-ci, que des alternatives néolibérales brandies par le pouvoir et son opposition Tout le monde ou presque appelle à l’avènement d’une deuxième république et à la fin du système qui a régné depuis l’indépendance dans notre pays ! Mais quel est le système qu’on nous propose à la place ? Pour plus de liberté et de démocratie dit-on ! Oui ! Si c’est la liberté et la démocratie pour l’ensemble des citoyens, l’égalité en droits entre les hommes et les femmes, pour le droit au travail et la protection sociale par une politique de développement et d’industrialisation de pays à la place de la politique actuelle de l’import import ruineuse, et aux mains de la bourgeoisie compradore Oui ! Si c’est pour la souveraineté du peuple sur ses richesses et pour une répartition juste de ses dernières en fonction du mérite par le seul travail et non pas par la corruption et la rapine Oui ! si c’est pour plus de liberté et de démocratie pour les travailleurs et citoyens pour pouvoir s’organiser dans des syndicats démocratiques et autres associations , pour défendre leurs droits et leur environnement. Oui ! Si c’est pour un secteur économique public et performant et non celui livré à ses fossoyeurs corrompus Oui ! Si c’est pour une politique de souveraineté patriotique au service du peuple, anti -impérialiste et de progrès social, pas celle qui appelle en filigrane à une intervention étrangère contre notre pays, ou à prendre les dirigeants des pays impérialistes comme témoins des différends entre courants politiques dans notre pays, car l’impérialisme ne cautionne une situation que s’il en tire profit ! Nos inquiétudes sont là et aussi nos espoirs, et nous travailleurs sommes plus que jamais interpellés afin de forger nos instruments propres de lutte, partis et syndicats populaires et de classe Grâce à notre labeur et notamment aux richesses que nous produisons dans le secteur des hydrocarbures (194 milliards de dollars de réserve de change à fin 2013), avons toutes les raisons de croire qu’il est possible de faire reculer le chômage, d’accéder plus facilement à des soins de santé de qualité, de développer les transports publics, de donner à nos enfants une formation de qualité, de relancer le développement du pays et de consolider sa souveraineté nationale et populaire sur la base d’un secteur public ,efficace alors que la politique des privatisations a aboutit à un bradage des richesses du pays et une régression sociale. Conscients de nos intérêts immédiats et futurs, conscients de la nécessité de la défense de l’indépendance nationale, nous militerons pour un mouvement syndical qui défend nos acquis (dont le droit d’organisation, de grève, de manifestation, d’expression individuelle et collective) et conquerrions de nouveaux droits, qui organiseront la lutte contre les politiques antipopulaires, et combattrons la collaboration et la corruption. Les travailleurs algériens ne se résigneront pas à accepter la barbarie néolibérale : un autre avenir est possible, un autre avenir est nécessaire ! L’espoir est dans nos luttes et notre union car c’est par de leurs poids et leur qualité que nous pourrons peser sur notre devenir et celui du pays, pour sauvegarder nos acquis de travailleurs, qui sont de plus en plus menacés en cette période que vit le pays, précarisation du contrat de travail, chômage et privatisation du secteur public Inquiétudes de voir cette conjonction d’intérêts compradores se mouvoir pour livrer le pays aux multinationales et au secteur parasitaire en l’absence d’une riposte organisée des travailleurs et de leurs organisations Nous aspirons à donner la pleine dimension à l’héritage de notre peuple à travers son histoire, sa culture et ses aspirations légitimes Nos espoirs sont en un système anti- néolibéral et démocratique, et il sera inéluctable dans notre pays et à l’échelle de la planète les peuples en mouvement l’imposeront A l’occasion du 1er mai, nous travailleurs algériens saluons l’ensemble des travailleurs dans le monde en lutte pour leurs droits, et en premier lieu contre les guerres impérialistes et sionistes. Comme nous nous solidarisons avec les travailleurs émigrés (avec ou sans papiers) en lutte contre le racisme d’Etat. Vive le 1 mai journée de combat et de solidarité des travailleurs à travers la planète La Moubadara du 24 Février Algerie

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Vox populi, vox dei

Publié le par Mahi Ahmed

~~Vox populi, vox dei Par Ammar Belhimer Les récentes joutes électorales ont mis à nu le « grand écart » qui sépare le peuple, soucieux de pain et de paix, et ses élites en quête de davantage de libertés. Un récent sondage effectué par Arab Barometer, une initiative de mesure de la démocratie dans le mode arabe, offre quelques pistes ou grilles de lecture pertinentes(*). Le sondage qui a été réalisé peu avant les élections présidentielles fait suite à deux précédents réalisés en 2006-2008 et au moment du «printemps arabe» en 2010-2011. Il se propose de répondre à la question : «l’Algérie a-telle échappé au printemps arabe ?» Michael Robbins tire cinq grands enseignements d’une lecture comparative des trois sondages. 1. Les Algériens soutiennent une amélioration de la situation de leur pays. Contrairement à ce qu’ils pensaient à la veille du printemps arabe, ils ont tendance à dire que la situation économique est bonne, que leur sécurité individuelle est assurée et que l’état de la démocratie et des droits de l’Homme est satisfaisant. En 2006, seuls 43% d’entre eux étaient satisfaits de leur situation économique, contre 32% au moment du printemps arabe, en 2011. Cette proportion passe à 66% en 2013. L’amélioration de l’indice de satisfaction des Algériens est rapportée à l’élévation de la dépense publique au lendemain du printemps arabe : augmentation de 34% des salaires de la Fonction publique, accroissement des subventions à la consommation et au logement, renforcement du dispositif de crédit en faveur des jeunes, etc. Cet effort de distribution a été entrepris dans un contexte macroéconomique pas trop favorable avec une croissance du PIB d’à peine 3% et un taux de chômage en légère augmentation (11% en 2011, contre 10% en 2010). Les postes de dépenses pour 2010- 2012 témoignent des secteurs qui alimentent l’activité. Ce sont principalement : - les investissements publics : 39,2% du montant total des dépenses (16,6 % du PIB) ; - la masse salariale : 26,8 % des dépenses (11, % du PIB) ; - les transferts courants, dont les transferts sociaux et les subventions : 27 % des dépenses (11,4% du PIB). L’évolution récente de l’économie nationale obéit à un régime de croissance fortement marqué par le poids des transferts sociaux. La lourde masse des transferts sociaux représente l’indicateur le plus marquant de l’échange de la paix sociale contre la distribution de rentes. Sur un terme plus long, pour la période 2006-2011, les dépenses inhérentes aux rémunérations et aux transferts sociaux accaparaient 84% de la dépense budgétaire en faveur du fonctionnement. La dépense de fonctionnement a été multipliée par près de trois fois entre 2006 et 2011 (prévision de dépense de fonctionnement loi de finances complémentaire). Deux facteurs concourent à cette hausse : - l’accroissement des effectifs de la Fonction publique : ces effectifs sont passés de 1.296.981 en 2006 à 1.803.393 en 2011 ; - la revalorisation des salaires et indemnités de la Fonction publique : leur poids dans la dépense de fonctionnement ne cesse de croître, passant de 42% en 2006 à 50% en 2010. Le ratio rémunération/PIB est passé de 7,1% à 11,8%. Cette dépense a la particularité d’être incompressible, au risque de mettre en cause la stabilité et l’ordre public, tout en alimentant les tensions inflationnistes. L'inflation a atteint 8,9 % en 2012 – son plus haut niveau depuis 15 ans – à la suite d'une forte augmentation des dépenses courantes qui a abouti à un excès de liquidité. L'inflation a, néanmoins, ralenti en 2013(**). En janvier-août 2011, les pouvoirs publics ont pris des mesures d’urgence tenant à un certain nombre d’abattements fiscaux : - levée du droit d’importation de 5%, - levée de la TVA de 17% sur les produits alimentaires de base, - suspension de la taxe de 19% sur les bénéfices des sociétés pour les activités de production et de la taxe de 25% pour les sociétés de distribution. C’est le dernier épisode d’une politique sociale jamais démentie. Les transferts sociaux ont été multipliés par cinq entre 2000 et 2011 pour atteindre 1.898 milliards de dinars, 13,9 % du PIB. Soucieux de conserver leurs «acquis», les Algériens mettent au premier rang des défis à relever le maintien de leur cadre de vie économique actuel (pour 77% d’entre eux). La lutte contre la corruption est leur seconde préoccupation (pour 15% d’entre eux), bien avant la consolidation de la démocratie (qui recueille les faveurs de 3% d’entre eux). La sécurité des personnes et des biens semble les préoccuper davantage. Ils sont 69% à considérer qu’ils sont confiants quant à leur sécurité personnelle en 2013, contre 54% en 2011. L’indice de confiance croît proportionnellement à l’éradication des groupes terroristes. Les Algériens ont ainsi une appréciation «ambiguë» de l’état de la démocratie et des droits de l’Homme : une bonne moitié d’entre eux (59% en 2011 et 48% en 2013) qualifie cet état de «ni bon ni mauvais», alors qu’une grosse minorité (32% en 2013) l’estime «bon ou très bon». 2. Les Algériens sont majoritaires dans leur appréciation positive de l’action du gouvernement Sellal. L’action gouvernementale a gagné trente points d’appréciation positive en passant de 10% en 2011 à 40% en 2013. Cette appréciation est encore plus marquée s’agissant de «la conduite de la transition démocratique» par le gouvernement, laquelle rassemble 47% des suffrages positifs. Ils sont également plus nombreux (78% en 2013, contre 54% en 2011) à soutenir une réforme progressive, plutôt qu’une révolution radicale à l’instar de ce qu’ont vécu la Tunisie ou l’Égypte. 3. Les Algériens sont plus nombreux à soutenir vivre dans un Etat de droit et de libertés. Le sondage impute ce sentiment à la levée de l’état d’urgence en 2011 et à une série de mesures relatives aux entreprises, aux médias et aux partis. En 2013, ils sont 80% à soutenir que la liberté d’association politique est moyennement ou pleinement assurée (contre 53% en 2011). Cette proportion est de 78% (contre 53% en 2011) pour la liberté de la presse et 42% pour la liberté de manifester pacifiquement. 4. Les Algériens sont très peu nombreux à adhérer aux activités des partis politiques. C’est le cas d’une infime partie des personnes interrogées (2% en 2011 et encore 3% en 2013). Une telle désertion est associée à une méfiance vis-à-vis de l’action partisane : en 2013, 62% 87% en 2011) des personnes interrogées soutenaient qu’elles ne se reconnaissaient dans aucune formation politique. Même s’ils ne sont pas organiquement affiliés à des partis, ils sont, toutefois, plus nombreux à afficher leur sympathie pour une formation politique en 2013 : 18% d’entre eux estiment être mieux représentés par le FLN, 6% par le RND, 4% par le PT. Le FNA, le FFS, le MSP et le RCD récoltent 2% chacun des sympathies exprimées. 5. De plus en plus d’Algériens trouvent plus sage de séparer les sphères religieuse et politique. En 2006, ils étaient 47% à soutenir l’intervention des leaders religieux dans la sphère politique, contre 23% en 2011 et 28% en 2013. Ils sont également plus nombreux à souhaiter que les leaders religieux n’influent pas sur les élections : 55% en 2006, 69% en 2011, 78% en 2013. Le fondamentalisme religieux comme facteur structurant de l’espace public semble relever du passé. A. B. (*) Michael Robbins Skipping the Arab Spring ? The Arab Barometer surveys a changing Algeria, April 2014, www.arab-reform.net. (**) FMI, Country Report, n°14/32, Algeria 2013 Article IV Consultation, february 2014.

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De l'Ukraine aux PhilippinesManlio Dinucci

Publié le par Mahi Ahmed

~~De l'Ukraine aux Philippines<br>Manlio Dinucci ‎Aujourd’hui ‎29 ‎avril ‎2014, ‏‎il y a 2 heures | Comité Valmy De l'Ukraine aux Philippines Manlio Dinucci Le président Obama et son équipe pour la sécurité nationale, regardant au-delà de la crise ukrainienne, sont engagés à « forger une mise à jour de la stratégie de la guerre froide pour contenir la Russie ». C'est ce que font savoir des fonctionnaires de l'administration, en spécifiant que l'objectif sur lequel le président se concentre est d' « isoler la Russie de Poutine en coupant ses liens économiques et politiques avec le monde extérieur ». Le premier pas est de réduire toujours plus, jusqu'à l'interrompre, la fourniture de gaz russe à l'Europe pour le remplacer par celui fourni surtout par des compagnies étasuniennes exploitant les gisements moyen-orientaux, africains et autres, y compris ceux des Etats-Unis qui se préparent à exporter du gaz liquéfié extrait de schistes bitumineux. Ici Washington découvre ses cartes. La marge de supériorité économique des Etats-Unis à l'échelle mondiale se réduit de plus en plus. La Chine est montée au second poste mondial avec un pil en forte croissance déjà équivalent à la moitié de celui des USA, suivie par le Japon et l'Allemagne, et le pil total des 28 pays de l'Ue a dépassé celui des Etats-Unis. Pour conserver la suprématie économique, ils se basent toujours plus sur le secteur financier, dans lequel ils gardent un net avantage, et sur la capacité de leurs multinationales à conquérir de nouveaux marchés et sources de matières premières. Dans ce but Washington jette sur le plateau de la balance l'épée de sa propre supériorité militaire et de celle de l'OTAN sous commandement USA. Entrent dans ce cadre la démolition systématique, avec des instruments militaires, d'Etats entiers (Yougoslavie, Libye et maintenant Syrie) et l'annexion par l'intermédiaire de l'OTAN de tous ceux de l'ex Pacte de Varsovie, plus deux de l'ex Yougoslavie et trois de l'ex URSS. Quatre même, parce que l'Ukraine était déjà de fait sous contrôle OTAN avant la crise. Il suffisait d'attendre les élections de 2015 pour avoir en Ukraine un président qui aurait accéléré son entrée officielle dans l'Alliance. Pourquoi alors la décision, prise à Washington, d'organiser le putsch qui a renversé le président élu Ianoukovytch (qui était loin d'être hostile à l'Occident), en installant à Kiev les représentants les plus hostiles à la Russie et aux Russes de la Crimée et de l'Ukraine orientale ? A l'évidence pour pousser Moscou à réagir et pour lancer la stratégie d'isolement. Chose non aisée : l'Allemagne, par exemple, est le plus grand importateur de gaz russe et subirait des dommages d'une interruption de l'approvisionnement. Washington a cependant décidé de ne pas attendre les gouvernements européens pour imposer à la Russie des sanctions plus dures. Il a déjà l'ok de Rome (dont la « fidélité » est connue) et il est en train de s'accorder avec Berlin et d'autres capitales. L'objectif stratégique est celui d'un front anti-russe USA-Ue, consolidé par un accord de libre échange qui permettrait aux Etats-Unis d'accroître leur influence en Europe. Même stratégie de la tension dans la région Asie/Pacifique, où les USA visent le « containment » de la Chine. Celle-ci, qui s'est rapprochée de la Russie, exerce un poids croissant à l'échelle non seulement régionale mais aussi globale et peut rendre vaines les sanctions contre Moscou, en lui ouvrant des débouchés commerciaux ultérieurs à l'est, en particulier pour les exportations énergétiques. Du coup le président Obama vient d'effectuer une visite officielle en Asie. Mais le Japon a refusé de signer l'accord de libre échange qui aurait ouvert son marché aux produits agricoles étasuniens. En compensation, les Philippines ont conclu avec Washington un nouvel accord décennal qui permet aux USA d'accroître leur présence militaire dans l'archipel, dans une fonction clairement anti-chinoise. Où le dollar échoue, l'épée réussit. Edition de mardi 29 avril 2014 de il manifesto Traduit de l'italien par Marie-Ange Patrizio Article original inaccessible –au moment de cette diffusion- sur le site Internet du journal il manifesto : http://ilmanifesto.it/

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Viatcheslav Ponomarev : « Nous nous armerons et nous irons libérer l'Ukraine »

Publié le par Mahi Ahmed

~~Viatcheslav Ponomarev : « Nous nous armerons et nous irons libérer l'Ukraine » Qu'est-ce qui fait que vous êtes si bien organisés ? Que faisaient vos hommes, avant que tout ne commence ? - Bah, ils vivaient leur vie, simple et paisible. Ils travaillaient, comme on dit, dans divers secteurs de l'économie nationale. Dans les usines, les ateliers – ici, chez nous, on a encore quelques activités qui fonctionnent. Et puis, ils apprenaient – qui dans quoi. Ils tentaient de survivre. Parce que dans notre ville, quasiment toutes les entreprises ont fermé, il n'y a pas réellement de travail. Dans le bâtiment, etc., ce genre de secteurs. - Comment vous-êtes vous réunis, que s'est-il passé ? - La première fois, nous nous sommes rassemblés le 21 février. Alors, nous étions environ 70 personnes. Nous avons déterminé les tâches respectives. - Ici ? - À Slaviansk, il y a un parc Lénine où se trouve un monument aux soldats libérateurs : c'est là que nous nous sommes tous rassemblés. Et puis, on a commencé de discuter, d'exprimer nos avis – qui pense quoi de ce qui se passe dans notre pays. Nous comprenions que ces bandits de fascistes n'allaient pas s'arrêter à Kiev. Qu'ils marcheraient plus loin, ils l'ont dit d'ailleurs – genre, « on va venir, et vous allez tous voir ». La première de nos missions était de nous organiser. Au bout de deux jours, nous étions déjà 1 100 personnes. - Sérieusement ? - Le 26 février, nous étions déjà 1 100 personnes rassemblées. Une bande hétérogène, évidemment, de tout poil, pas tous avec une expérience militaire. Immédiatement, nous avons décrété la prohibition : interdit l'alcool. Nos hommes ne doivent pas boire. L'alcool, ce sera pour après la victoire. Après, nous avons commencé peu à peu de patrouiller les quartiers de la ville avec la milice. Nous avons commencé de communiquer avec nos miliciens, nous sommes parvenus à une certaine entente. Nous les aidions, eux nous aidaient. Vu qu'une partie de nos miliciens étaient restés à Kiev, la ville était pratiquement désarmée. Il n'y avait personne. Quand nos gars sont revenus de Kiev… Ils sont arrivés tout noirs, sales, vous comprenez, ce n'est pas qu'ils étaient en colère – ils avaient de la détresse dans les yeux. C'étaient des regards de gens trompés. Nous avions l'espoir qu'ils donneraient l'ordre de disperser Maïdan, mais pourtant, le camarade Ianoukovitch ne s'est pas montré sous son meilleur jour. Sauf que la vie, elle continue, et nous, il fallait bien qu'on fasse quelque chose. Peu à peu, des miliciens ont commencé à rejoindre nos rangs. À ce moment-là, il s'est trouvé que c'est moi qu'on a choisi comme responsable des brigades. On a tout de suite créé un conseil de coordination par type de grade. Commandant, vice-commandant, chef d'état-major, vice-commissaire. Ensuite, déjà, des chefs de compagnies, de sections, etc. - Comme dans l'Armée soviétique ? - Évidemment. Eh, ça sert à quoi que nous inventions le vélo, s'il a déjà été inventé depuis longtemps ? Bon, on a un peu corrigé la structure à la lumière des réalités d'aujourd'hui. Et quand nous avons compris que nous étions prêts à nous battre, nous avons commencé de coordonner nos actions avec les autres villes de la région de Donetsk. Aujourd'hui, des gens nous rejoignent depuis toute la région. Ils arrivent par un, deux, trois – ceux qui ne se sont pas trouvé de fonction dans leurs villes viennent chez nous. On dit que vous avez aussi des gens de Crimée, pas seulement de la région… - Vous savez, ici, chez moi, je n'ai pas seulement des hommes de Crimée. J'en ai et de Vinnytsia, et de Jytomyr, et de la Transcarpatie, et de Dniepropetrovsk, et d'Odessa, de Nikolaïev, de Kharkov (Kharkiv, ndlr). - Et comment est-ce qu'ils se sont tous trouvés ? - Premièrement, je suis un ancien soldat, et j'ai de très-très bonnes relations avec mes anciens camarades de rang. Les amis ont des amis – etc., l'information. Et après que nous sommes passés à l'antenne nationale, de vieux amis ont commencé de me reconnaître, ils passent le bonjour, parfois depuis l'étranger – je sais pas, Israël, l'Italie, la France, l'Allemagne, les USA. En Afrique, c'est le Bénin, la Côte d'Ivoire, l'Angola. Dans le Proche Orient, c'est la Syrie, naturellement. Et plus loin – l'Afghanistan, le Pakistan. Je suis heureux, très heureux. - Quels sont vos rapports, aujourd'hui, avec la république de Donetsk ? Des relations remarquables, nous sommes entièrement d'accord avec leurs exigences. - Il y a une coordination ? - Bien sûr, quoi qu'il advienne, nous sommes tous de la région de Donetsk, quand même. Évidemment que nous sommes en contact avec eux. Quand on a eu besoin de notre aide à Kramatorsk, nous les avons aidés (à prendre le bâtiment du ministère régional de l'intérieur de Kramatorsk). - Pendant les fêtes de Pâques, il n'y aura certainement pas d'actions de combat ? - Nous avons annoncé que du 20 avril à minuit au 21 à minuit, nous cesserons toutes nos opérations de combat. C'est une fête sacrée, quand même. Et après, nous continuerons de chasser la force obscur [Une fusillade meurtrière a finalement eu lieu le 20 avril à 2h du matin sur un barrage routier à proximité de la ville de Slaviansk, faisant des victimes du côté pro-russe, ndlr ] - Il y a un plan ? Réfléchissez – nous sommes des militaires : est-ce que nous avons ou non un plan ? - Je comprends, je voulais seulement voir une carte avec des petits drapeaux. Il y a tout ce qu'il faut. - Vous avez vu cette vidéo comique, publiée par la sécurité ukrainienne, où vos hommes discutent avec des supposés « agents russes » ? - Vous savez comment c'est. Quand on n'a rien à dire ou à montrer, on commence d'inventer des schémas fantastiques. Je voudrais voir cet officier du SBU, qui s'est occupé des écoutes, la personne qui en répond. Alors, peut-être, j'y croirai. Et encore. Sachant toutes les provocations et tout ce qui vient de la junte… J'ai peu de foi dans ces gens. Ils ont vendu leur pays, notre bonne et belle Ukraine, pour les intérêts des étrangers, des américains, des banquiers, des usuriers de l'Europe, qui soi-disant promettent de l'argent, mais cet argent n'arrive jamais jusqu'aux gens simples, ils continuent de rabaisser tout le monde. Ça suffit ! Ça suffit de mentir ! La sécurité ukrainienne ? Quelle sécurité ! Vous voulez rencontrer nos renseignements, d'accord, venez ici. Nous avons notre propre service, qu'est-ce que je ferais d'un autre ? Les reporters nous demandent : et qu'est-ce qu'il en est avec la Russie ? Et quoi, quoi ? Bon, ce sont nos frères, oui, nos amis. Mais nous nous sommes levés pour la défense de notre propre terre. Parce que nous n'allons agresser personne. Nous nous défendons, simplement. Mais eux, ils envoient ici des blindés, des chars, des obusiers, des avions, et des hélicoptères. - Mais que pensez-vous du fait que certains de vos gars ont d'abord prêté serment à l'armée ukrainienne, et ensuite à vous ? - Vous savez comment c'est. Il n'en reste rien, de l'armée ukrainienne, pour parler franchement. - Tous les gars de l'armée ne voulaient quand même pas passer de votre côté, beaucoup ne voulaient simplement pas se battre contre le peuple… - Mais personne n'a dit de passer de notre côté. Au nom de quoi voulez-vous qu'ils se battent ? L'armée est désorientée, désorganisée, toutes les communications sont détruites. C'est quoi ça, une unité militaire, la 25ème division des gardes aéroportés, qui se retrouve démobilisée par une espèce de ministre, un coq mal dégrossi sorti d'on ne sait où… Mais t'es qui, bestiole sans cerveau ? Tu fais quoi ? Tu as levé la main sur l'élite de l'armée ! Salopard, merde. Avec les fascistes, notre conversation est brève : prisonnier ou mort. - On comprend ce qui se passera s'ils viennent se battre contre vous. Mais s'ils ne viennent pas ? - Mais personne ne viendra, et que Dieu soit avec eux. Nous irons, nous. Nous nous rassemblerons, nous formerons l'armée du Donbass, nous nous armerons et nous irons libérer l'Ukraine. Et quoi d'autre ? - Et vous savez que du côté de Maïdan, il y avait aussi beaucoup d'anciens de l'Afghanistan ? - Les Afghans sèment la discorde chez les Afghans. Je ne veux offenser personne. Je respecte ces gens. Mais ceux qui ont vendu leur pays et servent les intérêts de puissances étrangères… Les anciens de l'Afghanistan ne sont pas des gens si bêtes, ils comprennent tout de suite qui est derrière qui. Et puis ce n'est pas un secret, qu'en Afghanistan, il y avait des sous-officiers qui vendaient des armes avec lesquelles, ensuite, nos propres gars se faisaient tuer. Ce n'est un secret pour personne qu'il y avait là-bas des arrivistes, qui y servaient simplement pour obtenir de l'ancienneté, une étoile, une médaille et ce genre de choses. Ce sont ces arrivistes qui se retrouvent maintenant dans le camp des mêmes forces de droite. Même s'ils se positionnent fortement comme des types à la mode, libres, mais ce sont des nazis. Ce sont les amis du Secteur droit, ils salissent le nom d'officier. - Sur Maïdan, il y avait aussi beaucoup de gens simples, qui voulaient renverser Ianoukovitch et pas servir des banquiers étrangers, comme vous dites… - Mais il se trouve que Maïdan lui-même, c'est un produit des experts américains. Tout a été planifié selon un scénario élaboré. Ces spécialistes, ils ont filé là-bas un tas d'argent. Mais à un moment donné, ils se sont heurtés à une barrière, qu'ils ne pourront jamais franchir. C'est notre « non » strict. Qu'ils aillent mettre de l'ordre chez eux, là-bas ! Parce que s'il faut, nous irons chez eux, nous, et nous discuterons avec leurs Indiens. À ce moment-là, tenez vous bien, les camarades obamas, bushs et rockfellers, et tous ceux de ce genre. - Mes amis de Kiev ont une image totalement différente, ils disent que c'est la Russie qui tente de grignoter des morceaux de l'Ukraine. - Mais que vient faire la Russie là-dedans ? La Russie, elle est à 250 kilomètres de nous. Et la Russie, elle a assez de ses propres affaires. Des problèmes, ils en ont un million. Oui, nous considérons que les citoyens de Russie sont notre peuple frère, les Biélorusses, les Moldaves, les Ossètes, les Géorgiens, etc. Le Kazakhstan, les Ouzbeks, mais ce sont nos gens, nous avons servi ensemble ! Avec leurs grands-pères, ensemble, les nôtres ont répandu le sang ! Ils ont emporté la victoire pour nous ! Et quoi, maintenant, il faudrait que nous rendions tout ça bêtement ? Ah non, les gars, attendez ! Nous avons les forces pour nous battre, elles sont là. Et nous allons nous battre tant que nous n'aurons pas chassé cette saloperie fasciste de notre terre. - Vous conseilleriez à Poutine d'envoyer des troupes, aujourd'hui ? - Je ne suis pas en droit de donner des conseils à Vladimir Vladimirovitch. Quand nous avons adressé notre demande, je pense qu'il l'a entendue. Dans la mesure des possibilités… S'ils peuvent nous apporter de l'aide – Dieu merci, sinon – nous nous battrons nous-mêmes. - Vous ne pensez pas que si des troupes russes entrent sur votre demande, ça conduira à un vaste bain de sang ? Parce qu'alors, l'armée ukrainienne passera sûrement au combat. Ils ne veulent pas combattre le peuple, mais avec une autre armée régulière étatique, peut-être qu'ils le feront. - Mais ils combattent déjà contre le peuple, comme ils peuvent. Il y avait leur camion sur la route, là, des parachutistes. Un hélico est arrivé, et sur-le-champ, ils se sont mis à tirer. Quelqu'un a été blessé, parfaitement pacifique : une gardienne, qui a pris une balle dans le cou. Mais c'est une direction stupide ! Non mais comment peuvent commander des gens qui ne savent même pas qu'à cet endroit-là, se trouvent leurs propres troupes ! Bêtement, ils se sont mis à tirer sur les leurs. À quoi bon ? Comment c'est possible ? Qui va répondre pour ça ? Tourtchinov ? Tourtchinov, quand est-ce que tu vas répondre, chien ? - Selon vous, est-ce qu'il reste le moindre professionnel dans la direction de l'armée ? Des généraux pillards et des commissaires ivrognes. - Et du côté de Secteur droit, il y a des professionnels ? - Évidemment que oui, ils ont quand même été entraînés dans des camps en Lituanie, en Ukraine, en Pologne. D'ailleurs, pourquoi personne ne demande aux Polonais de fournir des bases pour l'organisation des groupes terroristes ? Faites gaffe, nous les gars de Donetsk, on va venir vous en demander à vous aussi. - On voit des tentatives d'entamer des négociations avec les représentants de la République de Donetsk : Akhmetov est venu, Timochenko aussi. Ça vaut le coup de négocier ? - Et avec qui ? Nous ne menons pas de négociations avec les arrivistes, les oligarques, les nazis, les fascistes et les fiottes. On ne négocie pas ! - Qu'en pensez-vous : vos noms sont-ils déjà connus à Kiev ? - Oui, bien sûr. Depuis l'assaut du SBU, je me promène à découvert, tout le monde me connaît. Pourquoi est-ce que je me cacherais. Je défends une cause juste. De qui je devrais avoir peur ? Celui qui cache son visage, c'est qu'il ne veut pas être reconnu au tribunal. Mais moi, je pense que je n'ai aucune raison d'être jugé. Je ne trahis pas mon peuple. Au contraire, je me lève pour le peuple ! Donc, tout est en ordre. Source :Vitaliï Leïbin, Rousski reporter

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Russie: 56% de la population fustigent les réformes de Gorbatchev (sondage)

Publié le par Mahi Ahmed

~~Russie: 56% de la population fustigent les réformes de Gorbatchev (sondage) Mikhaïl Gorbatchev © RIA Novosti. Alexander Vilf 19:33 28/04/2014 MOSCOU, 28 avril - RIA Novosti 56% des Russes estiment que la "perestroïka" lancée en 1985 par le secrétaire général du Comité central du PCUS Mikhaïl Gorbatchev a fait plus de mal que de bien, et 21% n'ont pas d'opinion sur ce phénomène de la vie politique et sociale du pays, indique un sondage publié lundi par le Centre Levada. Près de 23% se disent au contraire convaincus de l'effet positif des réformes engagées par Mikhaïl Gorbatchev. Le sondage a été effectué du 21 au 24 mars auprès de 1.600 Russes âgés de 18 ans et plus. La marge d'erreur statistique ne dépasse pas 3,4%. En 1985, le dirigeant soviétique d'alors Mikhaïl Gorbatchev a entamé des réformes radicales dans la politique extérieure et la politique intérieure de l'URSS. Nouvelle pensée, transparence, perestroïka, telles sont des notions qui ont vu le jour à cette époque. Mikhaïl Gorbatchev a entrepris des démarches visant à améliorer les relations avec les pays capitalistes en signant notamment des traités de désarmement, en retirant les troupes soviétiques d'Afghanistan et en laissant les deux Allemagnes se réunir. Il a en outre lancé la lutte contre l'alcoolisme et autorisé la libre entreprise dans le pays. La libéralisation de la vie politique a torpillé le rôle dirigeant du Parti communiste de l'Union soviétique. On a vu s'intensifier des mouvements démocratiques et nationalistes. Les républiques fédérées ont commencé à quitter l'URSS qui a fini par se désintégrer en 1991. La libéralisation économique a abouti - au début des années 1990 - à une flambée des prix, à une hausse vertigineuse du chômage, à la rupture des liens de production entre les pays de l'ex-URSS et à la montée des tensions sociales.

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Gaz et Stratégie du Choc en Ukraine

Publié le par Mahi Ahmed

~~Gaz et Stratégie du Choc en Ukraine De Naomi Klein Global Research, avril 26, 2014 Url de l'article: http://www.mondialisation.ca/gaz-et-strategie-du-choc-en-ukraine/5379370 Du changement climatique à l’Ukraine, l’industrie du gaz naturel est sans égale, lorsqu’il s’agit d’exploiter une crise à son profit – elle applique ce que j’appelle la stratégie du choc Pour vaincre Vladimir Poutine, il suffirait d’inonder le marché européen de gaz-naturel-extrait-aux-États-Unis-par-fracturation-hydraulique, du moins l’industrie aimerait-elle nous le faire croire. Deux projets de loi, qui viennent d’être présentés au Congrès des États-Unis – l’un devant la Chambre des Représentants (H.R. 6), l’autre devant le Sénat (H.R. 2083) – apportent leur contribution à l’escalade de l’hystérie antirusse ; ils ont pour objectif d’autoriser les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) à l’issue d’un examen en procédure accélérée, au nom de l’aide qu’il conviendrait d’apporter à l’Europe, pour lui permettre de ne plus dépendre des énergies fossiles de Poutine, tout en renforçant la sécurité nationale des États-Unis. Selon Cory Gardner, le membre républicain du Congrès qui présenta le projet à la Chambre, « s’opposer à cette législation, équivaut à raccrocher au nez de nos amis, de nos alliés, alors qu’ils appellent à l’aide ». Il disait peut-être la vérité – pour ceux dont les amis, les alliés travaillent pour Chevron, ou Shell, et qui appellent à l’aide parce que ceux-ci doivent maintenir un niveau élevé de bénéfices, au moment où les réserves de gaz et pétrole conventionnels diminuent. Pour que ce stratagème réussisse, il importe de ne pas en étudier les détails de trop près. Par exemple, le fait qu’une quantité importante de ce gaz ne parviendra probablement jamais en Europe – en effet, les projets de loi autorisent la mise en vente de gaz sur le marché mondial, à la seule condition que le pays acheteur soit membre de l’Organisation Mondiale du Commerce. Ou encore, le fait que, depuis des années, l’industrie ne cesse de vendre aux Américains le message qui leur enjoint d’accepter les risques que la fracturation hydraulique fait courir à leur terre, leur air, leur eau, au nom de l’aide dont leur pays aurait besoin afin de pouvoir accéder à « l’indépendance énergétique ». Mais aujourd’hui un basculement s’opère, aussi soudain que sournois ; il vise à transformer l’objectif à atteindre en « sécurité énergétique », ce qui revient, semble-t-il, à vendre un surplus temporaire de gaz, extrait par fracturation hydraulique, sur le marché mondial, et à initier, par là même, des dépendances énergétiques à l’étranger. Par-dessus tout, il importe de ne pas remarquer qu’il faudrait des années pour obtenir les permis de construction, auxquelles viennent s’ajouter les années de construction elle-même, avant que les infrastructures nécessaires à l’exportation de gaz sur une telle échelle, n’entrent en service – un seul terminal de GNL peut être mis en vente à 7 milliards de dollars et doit, non seulement être alimenté par un emboîtement gigantesque de gazoducs et de stations de compression, mais aussi posséder sa propre centrale, entièrement dédiée à la production de l’énergie que requiert la liquéfaction du gaz par surfusion. Au moment où ces zones industrielles gigantesques deviendront opérationnelles, l’Allemagne et la Russie s’empresseront peut-être de se lier d’amitié. Peu se souviendront alors que la crise de Crimée servit de prétexte à l’industrie du gaz pour transformer ses vieux rêves d’exportation en réalité, sans se soucier des conséquences, que ce soit pour les communautés dont on fracture les terres, ou pour la planète, mise à la cuisson. J’appelle cette capacité à privatiser des bénéfices réalisés en exploitant les crises la stratégie du choc, et elle ne semble pas sur le point de battre en retraite. Nous connaissons tous son mode opératoire : en période de crise, nos élites savent prendre prétexte de l’urgence, pour faire passer en force des politiques impopulaires, qui nuisent à la majorité. Certes, des objections sont soulevées – par des climatologues, qui mettent en garde contre le méthane, et son fort potentiel de contribution au réchauffement, ou par des communautés, qui refusent l’implantation de ces ports exportateurs à haut risque, sur des côtes chères à leurs cœurs. Mais qui donc a encore le temps de débattre ? C’est une urgence ! Un appel à l’aide ! Commencez par voter les lois, vous aurez tout le temps de réfléchir à leur contenu par la suite. On ne compte plus les industries qui savent utiliser ce stratagème, mais lorsqu’il s’agit d’exploiter la capacité des crises à suspendre la rationalité, l’expertise du secteur gazier mondial est sans égale. Depuis quatre ans, le lobby du gaz se sert de la crise qui sévit en Europe, pour convaincre des pays comme la Grèce qu’ils se désendetteront, retrouveront l’espoir, s’ils ouvrent leurs mers, belles et fragiles, au forage. Il utilise des arguments similaires, pour propager la fracturation hydraulique, aux États-Unis comme au Royaume-Uni, au nom de la raison. C’est le conflit ukrainien qui constitue désormais la crise du jour ; il fait office de bélier, dont les coups finissent par mettre à bas les restrictions raisonnables sur les exportations de gaz naturel, et par ouvrir la voie à un accord de libre-échange avec l’Europe, qui prête à controverse. Et quel accord ! Toujours plus de liberté pour la circulation de capitaux qui polluent les économies, toujours plus d’émissions de gaz à effet de serre, qui polluent l’atmosphère – le tout, en réponse à une crise énergétique fabriquée de toutes pièces, ou peu s’en faut. En gardant cette toile de fond présente à l’esprit, il convient de ne pas oublier – ironie suprême – que l’industrie du gaz n’a exploité aucune crise avec plus d’expertise, que celle du changement climatique lui-même. Ne prêtons donc aucune attention à la solution que cette industrie prétend apporter à la crise climatique, à savoir l’expansion spectaculaire du processus d’extraction par fracturation hydraulique, qui relâche dans notre atmosphère des quantités massives de méthane, au péril de la stabilité climatique. Le méthane est l’un des plus puissants gaz à effet de serre – selon les estimations les plus récentes du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (G.E.I.E.C., ou I.P.C.C., en anglais), sa capacité à emprisonner la chaleur serait 34 fois supérieure à celle du dioxyde de carbone. Et encore s’agit-il là d’estimations obtenues après des études portant sur un siècle, alors qu’avec le temps, l’impact du méthane s’atténue. Robert Howarth, biochimiste à l’université de Cornell, compte parmi les plus éminents experts en émissions de méthane, et il soutient qu’il serait bien plus pertinent d’étudier cet impact sur une période de 15 à 20 ans, soit la durée pendant laquelle le méthane possède un potentiel de contribution au réchauffement climatique, 86 à 100 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone. « C’est au cours d’une période d’une telle durée, que nous risquons de nous rendre captifs d’un réchauffement ultra-rapide », a-t-il averti, ce Mercredi. Souvenons-nous : on ne construit pas d’éléments d’infrastructures, à moins d’avoir l’intention de les utiliser pendant au moins 40 ans. Ainsi donc, la construction d’un réseau de fours atmosphériques surpuissants, est la réponse que nous apportons à la crise de réchauffement de notre planète. Avons-nous perdu l’esprit ? Pour autant, nous ne connaissons pas les quantités exactes de méthane que relâchent le forage, la fracturation, et toutes leurs infrastructures connexes. Même si l’industrie du gaz naturel attire le chaland avec ses émissions de dioxyde de carbone « inférieures à celles du charbon », elle n’a jamais effectué de mesures systématiques de ses émissions fugitives de méthane, celles qui s’échappent à chaque étape de l’extraction du gaz, de sa transformation, et de son processus de distribution – depuis les cuvelages des puits, jusqu’aux canalisations fissurées des sous-sols de Harlem, en passant par les valves des condensateurs. Selon le boniment astucieux, que l’industrie du gaz elle-même servait en 1981, le gaz naturel n’était que le « pont » qui permettrait d’atteindre un avenir propre, sur le plan énergétique. C’était il y a 33 ans. Sacré pont. Et toujours pas de rive opposée à l’horizon. Puis, en 1988 – l’année de la déposition historique, devant le Congrès, du climatologue James Hansen, dans laquelle il évoqua le problème du réchauffement climatique, et l’urgence qu’il y avait à le résoudre – l’American Gas Association commença à vendre son produit sous emballage portant la mention explicite « réponse à l’effet de serre ». En d’autres termes, elle ne perdit pas de temps pour s ‘afficher comme la solution à une crise mondiale qu’elle avait contribué à provoquer. L’histoire montre que l’industrie a toujours fait preuve d’opportunisme en temps de crise, et c’est dans ce contexte qu’il convient d’apprécier sa façon d’utiliser la crise ukrainienne pour augmenter ses parts de marché au niveau mondial. Sauf que, cette fois, nous sommes nombreux à savoir où trouver la sécurité énergétique. Grâce au travail de chercheurs de premier plan, comme Mark Jacobson et son équipe de Stanford, nous savons que le monde sera capable, dès 2030, d’utiliser les énergies renouvelables pour satisfaire à l’intégralité de ses besoins. Nous savons même, grâce aux derniers rapports alarmants du G.E.I.E.C./I.P.C.C., qu’il s’agit là désormais d’un impératif existentiel. Ce sont de telles infrastructures, que nous devons nous empresser de construire – non pas des zones industrielles gigantesques, qui nous rendront encore plus dépendants des énergies fossiles dangereuses, et nous emprisonneront pour des décennies. Certes, ces énergies continueront à avoir leur utilité au cours de la période de transition, mais nous avons en notre possession plus de réserves d’énergies conventionnelles, qu’il nous en faudra pour subvenir à nos besoins pendant ce laps de temps : les méthodes d’extraction les plus polluantes, comme celle des sables bitumineux, ou comme la fracturation hydraulique, ne nous seront d’absolument aucune utilité. Comme Jacobson l’a souligné, dans un entretien paru cette semaine : « Nous pouvons nous passer d’énergies non conventionnelles pour produire les infrastructures nécessaires à la conversion aux énergies éolienne, hydraulique, et solaire, entièrement renouvelables, non polluantes, et destinées à tous les usages. Nous pouvons compter sur les infrastructures existantes, ajoutées aux nouvelles infrastructures [produites en utilisant des sources d’énergie renouvelables] pour fournir la quantité d’énergie que requerra la production du reste de nos besoins en infrastructures non polluantes … Gaz et pétrole conventionnels suffiront, plus que largement ». Étant donné ce qui précède, il incombe donc aux européens de transformer leur soif d’émancipation vis-à-vis du gaz russe, en exigence d’accélération de la transition vers les énergies renouvelables. Saboter une telle transition – à laquelle les nations européennes sont tenues, en vertu de l’accord de Kyoto – peut s’avérer chose aisée, si l’on choisit d’inonder le marché mondial de sources d’énergies bon marché, extraites par fracturation hydraulique du sous-sol étasunien. En fait, les membres d’Americans Against Fracking, qui mènent la charge contre la procédure accélérée visant à autoriser les exportations de GNL, travaillent en collaboration étroite avec leurs homologues européens, précisément pour empêcher que cela ne se produise. En matière d’énergie, trouver la réponse que nous apporterons à la menace de réchauffement catastrophique, est devenu notre impératif le plus urgent. Nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre de nous laisser distraire par la dernière en date des stratégies marketing, alimentée par la crise, de l’industrie du gaz naturel. Naomi Klein Article original : http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/apr/10/us-fracking-compa…, The Guardian, Jeudi 10 Avril 2014 Traduction Hervé Le Gall http://echoes.over-blog.com/2014/04/gaz-et-strategie-du-choc-en-ukraine.html

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