Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

273 articles avec tunisie special

La Tunisie prisonnière d’une bipolarisation mortifère

Publié le par Mahi Ahmed

La Tunisie prisonnière d’une bipolarisation mortifère

OFFENSIVE CONCERTÉE CONTRE LE PREMIER MINISTRE YOUSSEF CHAHED

 

ORIENT XXI > MAGAZINE > AZIZ KRICHEN > 11 SEPTEMBRE 2017

Le 13 août 2017, à l’occasion de la Journée de la femme, le président Béji Caïd Essebsi prononçait un discours par lequel il se déclarait en faveur de l’égalité homme-femme en matière d’héritage et demandait la révision de la circulaire du 5 novembre 1973 relative à l’interdiction faite aux musulmanes d’épouser des non-musulmans. Derrière cette annonce spectaculaire, il s’agit en fait pour le chef de l’État de jouer sur les tensions identitaires entre modernistes et traditionalistes, pour rétablir son leadership mis à mal par un adversaire a priori insoupçonnable : le premier ministre Youssef Chahed.

En 2012, lorsqu’il a créé Nidaa Tounès, Béji Caïd Essebssi était très intransigeant en apparence : il prétendait vouloir barrer la route aux islamistes d’Ennahda et débarrasser le pays des menaces que ce parti faisait peser sur lui. Même tonalité dans les déclamations de campagne lors des élections législatives et présidentielle de l’automne 2014 : il s’agissait toujours de chasser Ennahda du pouvoir.

 

En fait, loin de rejeter les islamistes dans l’opposition, il les a intégrés dans sa majorité parlementaire et dans les coalitions gouvernementales qui se sont succédé depuis. Cette duplicité a été vécue comme une trahison par un grand nombre de ses partisans. Ajoutée à sa volonté d’imposer son propre fils à la tête de Nidaa Tounès, elle a beaucoup contribué à nourrir les divisions qui ont déchiré ce parti après les élections et fini par le faire éclater en plusieurs factions rivales1.

 

Malgré pareil précédent, les annonces faites par le chef de l’État dans son discours du 13 août 2017 sur la révision de la circulaire interdisant le mariage des musulmanes avec des non-musulmans et la réforme des lois successorales pour assurer l’égalité homme-femme dans l’héritage ont eu un impact politique considérable. Elles ont contraint l’ensemble des partis et de nombreux milieux intellectuels et sociaux à se repositionner par rapport à elles.

 

Quelles sont les vraies raisons qui ont poussé Béji Caïd Essebssi à soulever ce genre de questions ? Pourquoi maintenant ? Qui cible-t-il réellement dans cette affaire ? Quels bénéfices en escompte-t-il ? Pour répondre à ces interrogations, il faut d’abord situer le cadre à l’intérieur duquel s’organisent les luttes de pouvoir en Tunisie.

 

UN PAYS FRACTURÉ

 

La Tunisie est un pays retardataire et dépendant et c’est un pays fracturé. Son économie est formée par la juxtaposition de deux secteurs très éloignés l’un de l’autre : un secteur minoritaire, modernisé et « structuré », intégré de façon subalterne au marché mondial ; et un secteur majoritaire « informel » ou « parallèle », issu de la décomposition de l’économie rurale traditionnelle et vivant en marge des circuits de production et d’échange légaux.

 

À cette fracture dans l’économie correspond une fracture équivalente dans les structures sociales. Ici aussi, le pays apparaît coupé en deux, la séparation sociologique s’accompagnant d’une ségrégation territoriale prononcée. Les groupes sociaux formés autour de l’économie modernisée (les chefs d’entreprises, les salariés, les fonctionnaires, les professions libérales…) sont concentrés dans les villes de la Tunisie côtière. Les masses déclassées de l’univers informel (les paysans, les micro-entrepreneurs clandestins, les travailleurs du secteur non structuré…) sont cantonnées dans les régions déshéritées de la Tunisie intérieure et, de plus en plus, dans les quartiers périphériques des grands centres urbains.

 

Se confortant réciproquement, les divisions économique et sociologique produisent spontanément, à leur tour, une sorte de polarisation sur le plan des représentations et des conduites culturelles. Une partie du corps social est en quelque sorte aimantée par le système de valeurs des pays occidentaux avec lequel elle est en relation plus ou moins directe : c’est la population moderniste et sécularisée. À l’inverse, une autre partie de la société, extérieure à la mondialisation et refoulée par elle, se réfugie dans une forme de repli sur soi, en survalorisant son attachement à l’islam, fondement de son identité primaire : c’est la population traditionaliste.

 

La fracture idéologique du pays est sans doute le produit de sa fracture économique et sociologique, mais elles ne sont pas exactement superposables. On rencontre nombre de Tunisiens modernistes dans le secteur informel, et de Tunisiens traditionalistes dans le secteur structuré. En matière de représentations et d’attitudes culturelles, la réalité est toujours plus complexe que les plus beaux schémas explicatifs.

 

Seconde nuance importante à apporter : la division identitaire traverse la population tout entière, mais c’est naturellement parmi les élites, au sens large, que le clivage est le plus profond. C’est là qu’il génère les antagonismes les plus exacerbés, qui peuvent aller jusqu’au refus de l’autre et à sa négation.

 

INCAPACITÉ À S’ADRESSER À L’ENSEMBLE DE LA NATION

 

Lorsque l’on fait l’effort d’intégrer les déterminations qu’il met en œuvre, on comprend pourquoi l’espace politique organisé par un tel cadre ne laisse de place qu’à ces deux courants principaux que sont le modernisme et l’islamisme. Ils sont représentés par Nidaa Tounès (dernier avatar du Néo-Destour de Habib Bourguiba et du Rassemblement constitutionnel démocratique – RCD — de Zine El-Abidine Ben Ali) et Ennahda (anciennement Mouvement de la tendance islamique –MTI —, parti islamiste d’obédience Frères musulmans). Parler de courants principaux ne signifie pas l’absence de courants secondaires. Le spectre partisan compte plus de deux cents formations. Cependant tous les autres groupes ou partis évoluent dans leur orbite, à partir de leurs matrices respectives : la matrice moderniste pour les divers partis démocratiques ou de gauche ; la matrice islamiste pour les divers groupes salafistes (piétistes ou djihadistes). D’un côté comme de l’autre, aucun de ces groupes ou partis n’est parvenu à s’émanciper de la bipolarisation et à se doter d’une assise populaire suffisamment consistante pour lui permettre de se poser en alternative.

 

Les deux mouvements ont des référentiels idéologiques non seulement différents, mais opposés, c’est-à-dire irréductibles les uns aux autres. Chacun dispose d’une base sociale relativement consistante, s’identifiant à lui et prête à le suivre. En d’autres termes, les deux peuvent s’appuyer sur une sorte de clientèle captive, dont la fidélité et la loyauté leur sont acquises a priori. Même s’ils peuvent connaître des moments de détente ou de collaboration, les rapports qui les lient sont fondamentalement conflictuels et antagoniques, le but ultime de chacun étant d’annihiler le vis-à-vis. Du fait de leur unilatéralisme idéologique, enfin, l’un et l’autre sont dans l’incapacité de porter un discours susceptible d’être entendu par le peuple tout entier. De manière pour ainsi dire organique, ils ne peuvent envisager l’action politique sous un angle national englobant l’ensemble des composantes du corps social et prenant en compte leurs différentes aspirations. Quand ils s’adressent au pays, ils ne s’adressent en réalité qu’à leur propre camp.

 

Sous Bourguiba puis sous Ben Ali, les islamistes d’Ennahda sont désignés comme l’ennemi numéro 1 du régime, qui fait tout pour les abattre en les soumettant à une répression constante. Après 2011, sous la Troïka, les islamistes sont au pouvoir et les modernistes dans l’opposition. Ennahda met tout en œuvre pour briser Nidaa Tounès, notamment par le biais de la loi dite « d’immunisation de la révolution »2.

 

RÉALIGNEMENT DERRIÈRE LES DEUX PARTIS PRINCIPAUX

 

Chaque mouvement a tout à tour essayé de se débarrasser de son rival, mais les deux ont échoué. Le Parti socialiste destourien (PSD) puis le RCD n’ont pas réussi à venir à bout d’Ennahda, qui n’est ensuite pas parvenu à mettre Nidaa Tounès hors d’état de nuire. Comment expliquer ce double échec ? On peut avancer trois séries de raisons convergentes :

 

- dans la confrontation entre modernistes et islamistes, le mouvement d’opposition que le pouvoir en place désigne comme son ennemi principal bénéficie d’une espèce de prime, de rente de situation. Cette désignation lui confère une forme de légitimité officielle qui en fait la seule alternative plausible dans la perspective d’un changement de régime. Et qui disqualifie toutes les autres forces politiques, en les reléguant à un statut d’acteurs de seconde zone ;

 

- les périodes de tension profitent simultanément aux deux organisations dominantes, chacune disposant d’une base acquise de manière inconditionnelle et formant une sorte de clientèle captive. Dans les moments de crise, lorsque l’hostilité entre les deux partis augmente, les liens qui unissent chaque protagoniste avec le noyau dur de sa clientèle particulière se resserrent et se raffermissent. Par conséquent, les situations de conflit ne les desservent pas, mais les renforcent, en ce sens où elles leur permettent de consolider leur emprise idéologique sur une partie significative du corps social, tout en confirmant leur tête-à-tête exclusif dans la lutte pour le pouvoir. Les moyens répressifs (policiers ou légaux) employés par l’un ou l’autre camp pour rester seul en course ne sont jamais arrivés à briser pareille dialectique ;

 

- les moments de crise font également du clivage identitaire une ligne de démarcation fondamentale qui s’impose à tous et finit par saturer la totalité du débat public national. Il se produit quelque chose comme un réalignement général des acteurs politiques secondaires derrière les deux partis centraux, selon un processus que l’on pourrait qualifier de reddition symétrique. Ces acteurs, qui essayaient jusque-là d’exister en se démarquant un tant soit peu, sont poussés à entrer à leur tour dans la bataille — en faisant souvent de la surenchère — et à rejoindre leur camp idéologique originel, se transformant ainsi en forces d’appoint, voire en supplétifs. C’est la montée aux extrêmes. Le pays entier se trouve alors divisé en deux blocs ennemis, rendant pratiquement inaudible toute expression politique en dehors de la bipolarisation.

 

Longtemps, l’affrontement est demeuré la règle dominante dans les rapports entre les pôles islamiste et moderniste. Le seul moment où le pays a paru s’affranchir de la bipolarisation a été lors du soulèvement populaire qui a renversé la dictature. Ce bref répit — du 17 décembre 2010 au 14 janvier 2011 – n’a été possible que parce que le soulèvement était très largement spontané, sans idéologie motrice ni encadrement partisan. Le peuple s’était directement engagé dans le combat, ignorant superbement la classe politique et ses querelles internes.

 

Mais dès que les partis sont revenus dans le jeu, au lendemain même du 14 janvier, ils ont ramené avec eux leurs sourdes rivalités qui, progressivement, ont fini par reprendre le dessus et par tout recouvrir. Dès lors, les motifs économiques et sociaux pour lesquels la population s’était soulevée et avait chassé Ben Ali de Carthage étaient condamnés à passer à l’arrière-plan, avant d’être entièrement évacués de la confrontation politique.

 

COMPROMIS POUR DES INTÉRÊTS CONVERGENTS

 

Quand Ennahda est parvenu au pouvoir, après les élections du 23 octobre 2011, les tensions sont allées crescendo, installant un véritable mur de haine entre les deux camps. Intervenus dans ce contexte, le meurtre de Mohamed Brahmi, député d’opposition, le 25 juillet 2013, et l’assassinat de huit soldats dans une embuscade djihadiste, deux jours plus tard ont littéralement mis le feu aux poudres. La Tunisie a alors failli plonger dans le tourbillon de violences où avaient été entraînés tous les autres pays du « Printemps arabe ». Mais après plusieurs semaines vécues sur le fil du rasoir, un déclic s’est produit, qui a arrêté comme par miracle la marche collective vers le désastre. Les cercles dirigeants de Nidaa Tounès et d’Ennahda avaient finalement compris qu’ils approchaient d’une zone limite au-delà de laquelle ils ne pouvaient s’aventurer sans risque.

 

Cette prise de conscience obtenue in extremis allait constituer un tournant dans les relations entre les deux partis, puisqu’elle a obligé leurs leaders à rechercher un arrangement pacifique durable, apte à garantir leur survie.

 

Depuis février 2015, Nidaa Tounès et Ennahda sont ensemble au Parlement et au gouvernement. Dans la coalition qu’ils dirigent dorénavant, Nidaa Tounès et Béji Caïd Essebssi jouent un rôle dominant, Ennahda et Rached Ghannouchi un rôle subordonné, non seulement en raison des résultats des élections générales du dernier trimestre 2014, mais aussi d’un environnement arabe et international de plus en plus défavorable aux Frères musulmans. Leur alliance a mis en sourdine la guerre idéologique à laquelle ils se livraient naguère en permanence.

 

Le compromis trouvé entre les deux formations et les deux dirigeants répondait à des objectifs strictement limités. Il s’agissait d’abord de préserver leurs intérêts respectifs (en enterrant les dossiers de corruption où étaient impliqués plusieurs de leurs membres et, pour les islamistes, en bloquant l’instruction sur leur responsabilité dans l’envoi de Tunisiens en Libye, et au Proche-Orient grossir les rangs des combattants djihadistes) ; ensuite, d’empêcher l’émergence d’éventuels concurrents politiques venant perturber leur condominium.

 

UN TABLEAU QUI S’ASSOMBRIT CHAQUE JOUR

 

Depuis qu’ils sont ensemble aux commandes, la situation globale du paysne s’est donc pas améliorée. Dette extérieure déficit commercial, niveau de chômage, taux d’inflation, valeur du dinar, volumes de production ou d’investissement : les principaux indicateurs sont désormais dans le rouge. À quoi il faut ajouter le délabrement ininterrompu des services publics et la prolifération de la contrebande et des activités mafieuses dans les secteurs sensibles : police, justice, douanes, administration, médias… Le tableau s’assombrit chaque jour un peu plus, sans perspective sérieuse de changement.

 

Le passage de la guerre identitaire à la paix identitaire a entraîné Ennahda et Nidaa Tounès dans une authentique crise d’identité. Auparavant, la guerre élargissait leur audience en exaltant leurs identités concurrentes ; désormais, la paix réduit et rapetisse cette audience, en privant les identités ennemies de leur raison d’être. La désaffection qui en découle frappe les deux partis en tant que tels, mais plus particulièrement leurs dirigeants et plus spécialement encore Béji Caïd Essebssi et Rached Ghannouchi, considérés à juste titre comme les principaux responsables du désordre actuel. Depuis bientôt trois ans, les deux hommes sont de moins en moins soutenus et de plus en plus contestés, non seulement à l’intérieur de leurs mouvements, mais aussi par la population dans sa totalité.

 

Paradoxalement, ce recul n’a pas profité aux autres partis, que ce soit ceux participant à la coalition gouvernementale ou ceux de l’opposition. Les sondages d’opinion les donnent tous en retrait par rapport à leurs résultats antérieurs, peu reluisants par ailleurs. Inscrits à l’intérieur de la bipolarisation, incapables d’un positionnement indépendant, sans projet crédible pour le pays, ils paient une facture encore plus lourde que celle des deux formations centrales.

 

La crise d’attractivité et de représentativité concerne ainsi l’ensemble des formations partisanes constituées. Elle indique l’ampleur grandissante du décalage qui sépare la classe politique de la société réelle.

 

Le jeu politique se joue avec deux personnalités principales, Béji Caïd Essebssi et Rached Ghannouchi, deux hommes d’un âge vénérable3, sans compétences réelles pour diriger la Tunisie, mais pleins de ruse et d’expérience, et dont la complicité tardive n’a jamais été aussi visible que ces derniers temps. Comme si les difficultés que chacun rencontre dans son propre parti le poussaient à se rapprocher de l’autre, pour faire face ensemble à l’adversité.

 

UN PREMIER MINISTRE TRÈS GÊNANT

 

Le premier ministre Youssef Chahed, lui, est un homme jeune. Issu de l’entourage du chef de l’État, formé dans le giron des services américains de l’agriculture, il ne semblait pas posséder l’envergure nécessaire pour occuper le poste. Mais on a dû l’estimer malléable, puisqu’il avait aidé le père à introniser son fils à la tête de Nidaa Tounès lors du congrès préfabriqué tenu à Sousse huit mois plus tôt.

 

Comme son prédécesseur Habib Essid, il fait ce qu’il peut, tout en étant complètement dépassé. Lui aussi commence par avaler des couleuvres, puis finit par se rebiffer, parce que les interférences partisanes et claniques l’empêchent de mettre un minimum d’ordre dans les affaires du pays.

 

En coulisse, on lui cherche un successeur quand, au printemps 2017, les événements se précipitent. Youssef Chahed se sait maintenant sur un siège éjectable. À la même période, dans les régions du sud, les choses dégénèrent et deviennent vite incontrôlables. Frontalier de la Libye et de l’Algérie, le gouvernorat de Tataouine est en ébullition. Des manifestants occupent en permanence la station de pompage d’El-Kamour, bloquant les vannes et empêchant l’écoulement de l’essentiel du pétrole tunisien du Sahara.

 

Le premier ministre, dont le sort ne tient plus qu’à un fil, joue alors son va-tout et change totalement la donne. Le 23 mai, dans une déclaration solennelle, il annonce que le gouvernement a décidé d’assurer ses responsabilités jusqu’au bout et d’engager un combat sans merci contre la corruption.

 

Dans la foulée, il fait arrêter un certain nombre d’hommes d’affaires véreux, dont Chafik Jarraya, un personnage interlope, sans doute pas le plus important parmi la nébuleuse mafieuse qui saccage le pays, mais celui qui l’incarne le mieux et est le plus connu en raison de son omniprésence dans les médias et de son arrogance. Il finance en même temps Nidaa Tounès et Ennahda et se prévaut de liens étroits avec les entourages immédiats de Rached Ghannouchi et Béji Caïd Essebssi.

 

Les décisions de Youssef Chahed, que personne n’espérait plus, provoquent d’abord la stupeur, puis rencontrent un profond écho au sein de la population, dans les classes moyennes comme dans les milieux populaires. Les soutiens arrivent de toutes parts : démonstrations devant la Casbah, prises de position d’intellectuels et d’artistes, mobilisation d’organisations influentes de la société civile, groupes d’appui sur les réseaux sociaux… Ils le propulsent en très peu de temps au centre du jeu politique et modifient en sa faveur les rapports de force existants.

 

Cette évolution alarme les deux partis majoritaires, qui savent combien les révélations que fait Chafik Jarraya durant son instruction peuvent leur nuire. Mais elle inquiète plus sérieusement encore leurs deux chefs, qui voient soudainement se dresser un postulant plus jeune, devenu du jour au lendemain plus populaire qu’eux. Il peut manifestement mettre en cause leur leadership, notamment dans l’optique de l’élection présidentielle à venir à laquelle ils ont décidé de se présenter ensemble, estimant qu’en procédant ainsi, ils ne laisseront aucun espace aux autres candidats et qu’ils se qualifieront sans peine pour le second tour. Ce qui leur permettrait ensuite, forts de leur légitimité renouvelée, de reprendre leur cohabitation au pouvoir. Les frais vestimentaires engagés par le président d’Ennahda les derniers mois (complets sombres, taillés sur mesure ; cravates en soie ; etc.) s’inscrivent d’ailleurs dans cette optique et visent à lui donner un « look » de présidentiable.

 

Bref, ils se trouvent dorénavant en présence d’un rival qui peut s’avérer redoutable. Il fallait sans tarder trouver le moyen de le renvoyer au néant d’où ils avaient eu la mauvaise idée de le sortir ! La prudence imposait néanmoins de ne pas se dévoiler tout de suite, sous peine d’apparaître comme voulant protéger les malfrats que Youssef Chahed venait d’envoyer en prison. Pour brouiller les pistes, ils ont d’abord apporté eux aussi leur soutien au premier ministre4, dans l’attente que la dynamique qui le soulevait se tasse d’elle-même et leur offre des circonstances plus propices.

 

RÉVEILLER L’ANTAGONISME IDENTITAIRE

 

Pendant plusieurs semaines, les deux vieux chefs ont eu de nombreuses discussions en tête-à-tête. Début juillet, c’est Rached Ghannouchi qui s’est chargé de planter les premières banderilles. Dans une intervention à Nessma TV, il a exigé de Chahed qu’il fasse une déclaration officielle par laquelle il s’engage à ne pas se présenter à l’élection présidentielle de 2019. Il a justifié la demande en disant que les Tunisiens ont besoin d’être sûrs que le premier ministre se consacre entièrement à son activité gouvernementale et qu’il ne se laisse pas distraire par d’autres préoccupations. Mal préparée, mal conduite, cette première bordée a fait long feu et s’est même retournée contre son auteur, dont l’intérêt personnel en la matière n’est plus un secret depuis qu’il s’est mis une cravate autour du cou.

 

Il convenait par conséquent de frapper plus durement. De ce point de vue, Caïd Essebsi et Ghannouchi n’avaient qu’une seule arme véritable à leur disposition. Une arme dont ils maîtrisent l’emploi, et qui leur a si souvent permis de l’emporter quand ils voulaient se défendre d’un ennemi ou réaffirmer une domination exclusive sur leurs troupes : réveiller l’antagonisme identitaire.

 

En intervenant sur ce terrain, le chef de l’État savait pouvoir arriver à remobiliser le camp moderniste autour de sa personne, rétablissant ainsi sa prééminence, neutralisant Chahed et reprenant à son tour l’initiative dans la lutte pour le pouvoir. En exploitant le même ressort, le président d’Ennahda savait lui aussi pouvoir parvenir à restaurer une autorité malmenée parmi ses propres partisans.

 

Revendication moderniste s’il en est, le discours d’Essebsi du 13 août sur les droits des femmes s’inscrit entièrement dans ce calcul. Exactement comme les annonces de Ghannouchi quelques jours plus tard à la presse, réclamant le rétablissement de l’aumône religieuse obligatoire (zakat) et de l’institution musulmane des biens de mainmorte (habous). Tous les deux, avec des rhétoriques opposées, mais de manière concertée, ont agi en réalité dans un seul et même but : relever un leadership en perte de vitesse, menacé par un outsider qu’ils n’attendaient pas et qui est venu contester leur commune suprématie. Les objectifs étaient évidents :

 

- mettre un terme à la lutte contre la corruption, qui pouvait fortement déstabiliser leurs partis et, s’agissant du chef de l’État, qui risquait de l’éclabousser lui-même à travers son clan familial ;

 

- reprendre l’initiative dans la conduite du jeu politique et rejeter Youssef Chahed vers son statut initial d’acteur de second ordre.

 

Quand on fait l’effort de replacer les événements dans leur environnement politique objectif, on réalise parfaitement que les sorties du chef de l’État et du président d’Ennahdha n’ambitionnaient nullement d’accorder des libertés supplémentaires aux femmes ni de rétablir des institutions archaïques tombées en désuétude en Tunisie depuis soixante ans. Ces sorties tendaient avant tout à redonner vigueur à leur hégémonie exclusive, chacun sur les siens.

 

Depuis trois semaines que les polémiques identitaires sont revenues au cœur du débat, on ne parle plus de lutte contre la corruption et de moins en moins de Youssef Chahed. Que peut-il advenir désormais ? Le premier ministre aura toujours la possibilité de reprendre le dessus en constituant un gouvernement homogène — il doit procéder à un important remaniement très bientôt —, et en poussant encore plus loin le combat contre la corruption. S’il le faisait, il regagnerait le terrain perdu mais mettrait de nouveau les deux « cheikhs » sur la défensive.

 

AZIZ KRICHEN

1Les mêmes causes produisant les mêmes effets, Ennahda a connu une évolution similaire : ses dirigeants disaient pis que pendre de Nidaa Tounès avant les élections et se sont alliés à lui immédiatement après. Mais les divisions sont restées plus feutrées parmi les islamistes, alors qu’elles se sont étalées au grand jour chez leurs vis-à-vis.

2Le projet de loi visait à suspendre de ses droits politiques le personnel dirigeant ayant servi sous Ben Ali, ce qui aurait privé Nidaa Tounès d’une grande partie de ses cadres et de ses réseaux.

3Rached Ghannouchi a 76 ans et Béji Caïd Essebssi 91.

4Le chef de l’État est allé jusqu’à dire que Youssef Chahed agissait selon ses instructions directes. Beaucoup ont avalé la couleuvre, ignorant peut-être qu’il avait envoyé deux jours auparavant au bureau de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) une énième version de son projet de loi sur la réconciliation économique. Un projet aux objectifs diamétralement opposés, puisqu’il tend à arrêter les poursuites judiciaires pour cause de corruption.

Publié dans TUNISIE Spécial

Partager cet article

Repost 0

Crise de l’université tunisienne: exode des enseignants, austérité et maladresse politique

Publié le par Mahi Ahmed

Crise de l’université tunisienne: exode des enseignants, austérité et maladresse politique

 06 Sep 2017  

La Tunisie est encore une fois absente du classement de Shanghai de 2017. Il s’agit d’un répertoire des 500 meilleures universités dans le monde qui parait chaque année mi-août. En cette période de rentrée, cet indicateur nous invite à penser les symptômes et les causes de la crise de l’université tunisienne.

 Mhamed Mestiri       Mhamed Mestiri

 

 

 

Depuis l’année 2003 et l’apparition du Shanghai Ranking, aucune université tunisienne n’a réussi à se classer parmi les 500 meilleures universités au monde, contrairement à leurs homologues sud-africaines ou égyptiennes. Ce classement prend en compte des critères qui s’articulent principalement autour de la recherche scientifique (nombre de publications, nombre de citations dans les publications, nombre de prix scientifiques…), et c’est là que le bât blesse. La Tunisie accuse un retard flagrant dans ce domaine, car aucun des gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays n’en a fait une priorité.

Exode des universitaires et austérité

Aujourd’hui, les universités tunisiennes sont en manque d’effectifs. Le nombre d’enseignants-chercheurs qui quittent le pays prend des proportions inquiétantes. Selon le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Slim Khalbous, près de 1800 universitaires ont quitté la Tunisie au cours des trois dernières années pour s’installer dans les pays du golfe. Structures de recherche vétustes et sous-équipées, manque de financement des programmes de recherche, salaires peu compétitifs dans un marché de travail mondialisé, absence de valorisation des travaux de recherche… Les autorités tunisiennes ont de plus en plus de mal à retenir les compétences face à la dégradation des conditions de travail. Leur exode affecte indéniablement le nombre de publications scientifiques.

Si en Tunisie les dépenses en recherche et développement peinent à atteindre 0,64% du PIB, la moyenne des pays de l’OCDE se situe à 2,38%. A titre de comparaison, le budget alloué à l’ensemble des structures de recherche scientifiques du pays (314 laboratoires, 324 unités de recherche, 40 centres, et 37 écoles doctorales) n’a pas dépassé les 90 millions de dinars en 2017, un montant comparable aux investissements effectués pour un seul grand centre de recherche en occident ou dans les pays du Golfe.

La détérioration de la qualité de l’enseignement

Pour acheter la paix sociale, le régime Ben Ali avait transformé les universités tunisiennes en fabrique à diplômés, au détriment des besoins du tissu économique du pays. Conséquence : le nombre de chômeurs-diplômés de l’enseignement supérieur a presque quadruplé en l’espace de de 12 ans, passant de 71.200 à 259.600 entre 2006 et 2017. Quant à la qualité de l’enseignement, hormis les programmes qui peinent à se développer en conformité aux récentes avancées technologiques et scientifiques, il y a une détérioration évidente des capacités de communication et de rédaction des candidats à l’emploi.  Une récente enquête sur la situation des entreprises allemandes en Tunisie révèle que le manque de personnel qualifié constitue l’un des cinq principaux handicaps de la Tunisie. Symptôme de cette politique du diplôme au rabais, le grade d’ingénieur n’est plus réservé à une élite qui s’acharne au travail pour obtenir les meilleurs scores dans les écoles d’ingénieurs, il est désormais simplement tributaire d’un cursus dans une école privée. Peu importe si ces écoles échappent au contrôle du ministère de l’Enseignement.

Le dernier ministre qui a tenté de sanctionner celles qui n’ont pas respecté le cahier des charges établi par le ministère, s’est retrouvé au cœur d’une cabale médiatique avant de subir une motion de censure de la part d’une trentaine de députés Nidaa Tounes, sous la pression de l’UTICA. Le corporatisme et la collusion entre le monde des affaires et la politique ont finalement obtenu gain de cause au détriment de l’excellence académique. Jusqu’à ce jour, les infractions subsistent au sein des établissements privés, le directeur général de l’enseignement supérieur, Mahmoud Zouari, l’a récemment rappelé : « parmi les problèmes relevés dans le secteur figurent notamment la difficulté d’évaluer la qualité de la formation et sa conformité avec les programmes approuvés en plus de la nécessité de réexaminer l’encadrement des étudiants en raison du manque de cadre enseignant ».

Cette absence dans le classement de Shanghai n’est que le reflet des politiques qui ont été menées en termes d’enseignement universitaire et de recherche scientifique. Si, depuis son indépendance, la Tunisie a été forcée de miser sur son capital humain, les efforts nationaux ont davantage été axés sur l’enseignement de base et l’enseignement secondaire. Pour les étudiants tunisiens comme pour leurs parents, partir étudier à l’étranger a toujours constitué l’option de choix, que ce soit pour ceux qui peuvent se le permettre ou pour ceux qui tentent de décrocher une bourse.

Publié dans TUNISIE Spécial

Partager cet article

Repost 0

Bloc-notes : Les infiltrés islamistes à l’assaut de l’Etat tunisien

Publié le par Mahi Ahmed

This page was exported from Kapitalis [ http://kapitalis.com/tunisie ]

Bloc-notes : Les infiltrés islamistes à l’assaut de l’Etat tunisien

 

Avec les récents troubles dans le pays, tout porte à croire que les islamistes engagent un processus de total contrôle du pouvoir.

Par Farhat Othman *

Dans cette stratégie de prise du pouvoir, ils comptent sur leurs infiltrés dans les rouages de l'État plus que sur les activistes s'affichant, et qui ne sont qu'un leurre trompeur.

Pour les observateurs de la Tunisie, il n'est plus de doute : les islamistes, et leur figure de proue Ennahdha, ont mis à contribution leur présence au pouvoir durant les années «troïka», la coalition gouvernementale conduite par leur parti Ennahdha, en vue de noyauter les principales structures du pays et s'assurer l'inféodation — ou l'inertie pour le moins — de la plupart des compétences patriotes.

Aussi, au prétexte d'être exclus par une partie des élites, les islamistes excluent tout le peuple par un dogme intégriste violant son identité et sa foi tolérante.

Stratégie de contrôle total du pays

Ce fut la première étape d'un objectif invariable consistant à asservir le pays à ses vues dogmatiques. Ce plan ayant globalement réussi, et dans la crainte d'en perdre les acquis avec une situation des plus remuante, manifestée par une défiance en expansion à l'égard des thèses islamistes, il semble que l'on assiste au passage à une étape décisive.

Il s'agira de mettre en difficulté le pouvoir, sinon le faire tomber, pour se présenter en recours miraculeux, bien moins pour sauver le pays que d'y pérenniser les intérêts menacés de l'Occident, soutien nécessaire et inconditionnel jusqu'ici des islamistes.

La multiplication des désordres, orchestrée de main de maître, ferait partie de cette stratégie qui ne se cache même plus, au point qu'un éminent conseiller du président américain, Walid Phares, a éprouvé le besoin de la dénoncer publiquement.

Les islamistes alimentent l'atmosphère d'insurrection à Tataouine et dans le reste de la Tunisie.

Or, elle est le nec plus ultra d'infiltration des rouages vitaux de l'État. De cette stratégie relève, par exemple, la politique du gouvernement consistant à vider les ministères — déjà à plus de 80% contrôlés par les infiltrés islamistes — des rares compétences qui s'y trouvent encore à la faveur de l'atteinte de l'âge de la retraite. En effet, aucune exception de maintien en service n'est plus tolérée, même pour répondre aux besoins évidents d'une administration sinistrée.

Or, durant les années «troïka», on a rempli les départements ministériels d'incompétences qui, une fois l'Administration vidée des compétences actuelles, resteront en place bien au-delà de 60 ans puisqu'on aura voté, entre-temps, la loi, actuellement gelée, relevant l'âge de la retraire à 65 ans. Voilà comment les infiltrés salafistes et leurs complices profanes soignent leur avenir. Car, en Tunisie, celui qui contrôle l'Administration contrôle l'État.

Un pouvoir démuni

Face à cette Administration bien ficelée, que peuvent faire les autorités légitimistes? Pas grand-chose, sinon continuer à cultiver un désintérêt aux menées occultes des islamistes et de leurs clones en appliquant, directement ou indirectement, leurs vues ainsi que cela se fait dans les administrations ou en cédant à leurs provocations, comme on l'a récemment vu, sacrifiant les valeurs de l'ordre et de la légalité pour obtempérer à une interdiction moralisante de la liberté fondamentale du commerce libre, de l'alcool en l'occurrence.

Ne fallait-il pas plutôt réagir encore plus éthiquement que de nos tartuffes, leur tenant le langage de la vérité, rappelant les impératifs du respect de la légalité et de la religion vraie qu'ils caricaturent?

Aujourd'hui, face aux revendications au travail et à la dignité des manifestants, revendications somme toute légitimes, il est vain de répondre que l'État y travaille; car tout le monde sait qu'il n'a ni les moyens ni la possibilité de remédier à la situation avec les contraintes nationales et internationales qui s'imposent à lui, notamment du fait de la mondialisation.

C'est plutôt en tenant compte de cet état de fait incontournable que le gouvernement aura une chance de s'en sortir. On le sait, on ne peut agir de nos jours au local, dans les limites d'un pays, notamment du Sud, sans concevoir nécessairement l'action envisagée en relation avec ses implications au global : la situation géostratégique du pays et les intérêts du capital international sur ses terres. Car c'est lui le seigneur du monde quitte à en être un saigneur.

Aucun salut n'est possible en Tunisie aujourd'hui avec les recettes classiques, totalement obsolètes, dont on continue d'user vainement. Elles ne font, de plus, qu'aller dans le sens de la stratégie islamiste, pavant même le terrain aux infiltrés en vue de finir par contrôler le pays.

Conseil de la Choura d'Ennahdha: Le travail de sape des bases de l'Etat est bien engagé.

Quelle issue pour la Tunisie ?

La seule issue utile est d'articuler le pays à un système de droit qui marche. Or, le système de nature à soutenir la transition démocratique tunisienne est celui de l'Union européenne (UE), ne serait-ce que parce que la Tunisie en relève déjà de manière structurelle mais informelle, et que c'est dans l'intérêt même de l'Europe.

Il faut donc impérativement demander l'intégration de la Tunisie à l'UE et pouvoir ainsi prétendre aux avantages de membre et ne plus se suffire des inconvénients actuels, les seuls bénéfices octroyés par l'UE relevant d'une politique de la charité en totale contradiction avec la gravité de la situation dans le pays et en Méditerranée.

Bien évidemment, cela nécessite le courage d'y agir, surtout de mériter l'adhésion. Ce qui implique de commencer déjà la refonte de la législation, non seulement sur les pans économique et financier, mais aussi social et éthique. Au demeurant, c'est ce qu'a exigé le parlement européen dans une récente résolution consacrée à la Tunisie.

Sans une telle intégration au système européen, l'État tunisien n'arrivera pas à s'en sortir, la contrebande et le terrorisme ayant des soutiens étrangers qui dépassent ses seules maigres capacités nationales. D'ailleurs, on le voit incapable d'interdire Hizb Ettahrir, cette officine de l'intégrisme politique qu'est un parti niant expressément les fondements de l'État.

L'adhésion à l'UE est l'alternative unique contrant les diktats divers subis par le pouvoir. Ce sera la meilleure parade aux appétits des puissances d'argent, qui ont lancé leurs machiavéliques manoeuvres pour transformer la Tunisie en pur souk où tout se vend et s'achète, y compris la dignité humaine.

Ce sera également une diversion efficace pour les jeunes instrumentalisés dans les troubles, en leur offrant de nouvelles perspectives de vie, notamment par l'exigence, en première étape de l'adhésion, de l'instauration rapide d'une libre circulation sous visa biométrique, un outil respectueux des réquisits sécuritaires et des impératifs humanistes dont le libre mouvement humain est une absolue nécessité.

Par ailleurs, dans le but de vérifier si les islamistes sont en mesure de cesser leur double jeu en apportant la preuve de leur volonté de lutter contre le terrorisme, il est primordial de se décider enfin à déclarer clos en islam le jihad mineur, l'usage des armes par les particuliers. Car il n'existe plus en islam que le jihad majeur, l'effort sur soi. Dans un État ayant l'islam pour religion, c'est bien le pouvoir légitime qui a l'exclusivité de l'usage des armes; le nier n'est qu'une flagrante contestation de sa légitimité.

Dans la même intention de faire tomber aux infiltrés islamistes le masque qu'ils affectionnent tant, les amenant à se situer dans ou hors la démocratie, il importe d'initier au plus tôt la réforme de la législation nationale dans ses dispositions scélérates en matière de droits et de libertés, consacrés par la Constitution. Certaines d'elles ont été déjà pointées par le parlement européen en condition légitime de l'aide européenne, telles que l'égalité successorale et l'abolition de l'homophobie. C'est sur de tels sujets sensibles encore tus qu'il est impératif d'agir afin de dépolluer les esprits et toiletter les mentalités des sentiments de haine et d'exclusion du différent, du refus de reconnaissance de la pleine valeur de la femme en tant que citoyenne.

C'est en finissant avec l'actuel jeu vicieux de clair-obscur dans le domaine des valeurs, sortant enfin de la terrible confusion axiologique entretenue, qu'on en finira avec ce jihadisme aux manifestations occultes qui est un terrorisme mental agissant en douce. Cela aidera à démasquer aussi certains médias financés par l'étranger, les amenant à cesser d'agir ainsi, qu'ils le font, contre les intérêts bien compris de la patrie.

* Ancien diplomate.

 

 

 

Powered by [ Universal Post Manager ] plugin. MS Word saving format developed by gVectors Team www.gVectors.com

 

Publié dans TUNISIE Spécial

Partager cet article

Repost 0

Les relations indécises de la Tunisie avec les pays du Golfe

Publié le par Mahi Ahmed

Les relations indécises de la Tunisie avec les pays du Golfe

ENTRE LE QATAR ET LES ÉMIRATS ARABES UNIS

 

ORIENT XXI > MAGAZINE > YOUSSEF CHÉRIF > 17 AVRIL 2017

Les tensions persistent entre la Tunisie et son ex-allié les Émirats arabes unis, mais la Tunisie espère renouer les liens pour rééquilibrer sa dépendance actuelle envers le Qatar.

 

Tunisia 2020, cérémonie d’ouverture. Sur l’écran géant, avec le président tunisien, l’émir du Qatar Cheikh Tamim Ben Hamad Al-Thani.

Tunisia 2020, 29 novembre 2016.

La faiblesse de la présence émiratie à Tunisia 2020, la conférence des investisseurs de la Tunisie, entre les 29 et 30 novembre 2016 a mis en lumière le déséquilibre des relations de la Tunisie avec les États du Golfe. Les seuls représentants des Émirats arabes unis (EAU) étaient deux cadres de la Dubaï Holding, une compagnie appartenant à l’émir de Dubaï Cheikh Mohammed Ben Rachid Al-Maktoum. Ils ont été reçus par le premier ministre Youssef Chahed avec la déférence réservée aux chefs d’État. Pourtant, alors que plus de 14 millions de dollars en prêts, subventions et investissement ont été promis pendant la conférence, et que plusieurs projets d’envergure ont été annoncés, la seule annonce des EAU a concerné un retrait : Emirates International Telecommunications (EIT), qui fait partie de Dubai Holding vend les 35 % qu’elle possède dans l’opérateur téléphonique tunisien Tunisie Télécom.

 

En revanche, l’émir du Qatar Cheikh Tamim Ben Hamad Al-Thani, le seul chef d’État étranger présent a annoncé un package financier de 1,25 milliard de dollars. L’ambassadeur du Qatar en Tunisie a signé en outre un chèque de 2,4 millions de dollars pour couvrir les coûts de la conférence. Tout compte fait, Tunisia 2020 est apparue comme la réponse du Qatar à la Conférence sur le développement économique en Égypte (CDEE) organisée par les EAU en mars 2015, et qui leur a permis d’étendre leur influence dans ce pays.

 

LUNE DE MIEL AVEC DOHA

 

La Tunisie et le Qatar se sont rapprochés après la révolution de 2011, en partie grâce à l’attitude critique d’Al-Jazira vis-à-vis de la politique de Zine El-Abidine Ben Ali les années précédentes. Sous la coalition conduite par Ennahda entre 2011 et 2013, la coopération entre les deux pays a augmenté dans plusieurs secteurs : économie, développement social et politique, militaire, sécurité. Par exemple, en 2012 l’émir précédent Hamad Ben Khalifa Al-Thani a signé dix accords avec le gouvernement tunisien, y compris des accords d’investissement et de construction, ainsi que dans le domaine des services humanitaires et de la formation professionnelle. Plus tard dans l’année, le ministère de la défense tunisien a annoncé la participation des forces armées tunisiennes à des manœuvres au Qatar, accompagnée d’une fourniture de véhicules. Les opposants à Ennahda ont affirmé que le Qatar faisait pleuvoir l’argent sur des organisations islamistes comme Ennahda et, dans une moindre mesure, sur des partis politiques comme le Congrès pour la République (CPR)1. À l’époque la Tunisie était considérée par le Qatar comme un allié de premier rang, tout comme la Turquie, l’Égypte, la Libye et des acteurs non étatiques y compris le Hamas et certains segments des oppositions syrienne et yéménite.

 

Après la démission du gouvernement en janvier 2014 sortant le pays d’une longue impasse politique dans une atmosphère de plus en plus tendue, la position du Qatar en Tunisie est devenue moins assurée. Toutefois il pouvait toujours présenter La Tunisie comme un succès de sa politique étrangère, ayant soutenu un pays dont la transition démocratique semblait fonctionner. Le Qatar continue à aider la Tunisie par des prêts et des donations, et ses médias, comme Al-Jazira et Al-Arabi Al-Jadid lui réservent toujours une couverture favorable.

 

LES AMBITIONS DÉÇUES DES ÉMIRATS

 

En contraste, les liens bilatéraux avec les EAU se sont détériorés. Avant 2011, les Émirats étaient le deuxième partenaire de la Tunisie dans le monde arabe (après la Libye), mais après la révolution la tension a augmenté. Sous prétexte que l’avenir de la politique et de la sécurité tunisienne était trop incertain, les Émirats ont gelé leurs investissements dans le pays et ont graduellement pris leurs distances sur le plan diplomatique, jusqu’au retrait de l’ambassadeur émirati à Tunis en septembre 2013. Les EAU considéraient que leurs intérêts stratégiques étaient en contradiction avec l’inclusion d’islamistes dans le champ politique tunisien, ainsi qu’avec la neutralité tunisienne en Libye et les alliances nouées par le pays.

 

Toutefois, au moment où les favoris du Qatar en Tunisie — Ennahda et le CPR — s’affaiblissaient, les EAU ont ouvert des canaux de communication avec l’opposition, en particulier avec Nidaa Tounès2. Quand [ce parti est arrivé au pouvoir début 20156>919], les EAU ont envoyé leur ministre des affaires étrangères Abdullah Ben Zayed Al-Nahyane à Tunis, sa première visite depuis mai 2011. Il a rencontré le président Béji Caïd Essebssi, fondateur de Nidaa Tounès, l’invitant à visiter Abou Dhabi, comme l’ont fait plusieurs officiels tunisiens plus tard cette année-là. Essebsi a aussi rendu visite à Abdel Fattah Al-Sissi, un client des EAU, et l’a invité à faire une visite en Tunisie. Les dirigeants émiratis cherchaient à attirer la Tunisie dans leur camp et à l’éloigner du Qatar. En soutenant Nidaa Tounès, ils espéraient exclure les islamistes de la scène politique et conduire la Tunisie à reconnaître leur allié en Libye, le gouvernement de l’Est et son homme fort sur le plan militaire, [Khalifa Haftar6>1478]. Aucune de ces deux ambitions ne s’est réalisée. Et le gouvernement formé par Nidaa Tounès a gardé d’excellentes relations avec le Qatar.

 

Résultat, les relations entre les EAU et la Tunisie sont restées tendues. À la mi-2015, de nombreux hommes d’affaires tunisiens se sont plaints du refus de leurs demandes de visas pour les EAU, sans explication claire, et les expatriés tunisiens avaient des difficultés à renouveler leur permis de travail. L’ambassadeur émirati à Tunis a expliqué ces inconvénients par les nouvelles mesures contre les extrémistes islamistes violents, dues au grand nombre de jeunes Tunisiens qui partaient se battre en Syrie. Mais nombre de ceux qui voyaient leur demande refusée n’avaient aucun lien connu avec les mouvements radicaux, ni avec l’islamisme politique. La réponse émiratie est apparue en fait comme un moyen de pression sur le gouvernement tunisien.

 

BLOCAGE DE LA COOPÉRATION ÉCONOMIQUE

 

Le président Essebsi a tenté d’améliorer la situation en septembre en s’envolant vers Dubaï pour les funérailles de Cheikh Rachid Ben Mohammed Ben Rachid Al-Maktoum, le fils de l’émir de Dubaï, mais il n’a pu obtenir de rencontrer Mohammed Ben Zayed Al-Nahyane, prince héritier d’Abou Dhabi et dirigeant de facto du pays. Essebsi devait ensuite effectuer une visite à Abou Dhabi en octobre 2015, mais les Émiratis auraient reporté ce meeting.

 

En septembre 2015, tentant peut-être une réplique, le premier ministre Habib Essid a brusquement convoqué une réunion ministérielle pour examiner plusieurs mégaprojets émiratis, annoncés avant 2011, mais jamais réalisés à cause des enquêtes pour corruption impliquant la famille de Ben Ali. Malgré ces enquêtes, les Émiratis ne voulaient pas de ces projets, espérant s’en servir comme de leviers de marchandage pour influencer la politique partisane tunisienne. Ils promettaient qu’une fois la crise politique résolue — c’est-à-dire une fois leurs alliés tunisiens fermement installés au pouvoir — ils investiraient à nouveau dans ces projets, faisant ainsi courir leurs partenaires tunisiens derrière un mirage. Le président tunisien a menacé d’annuler tout simplement les accords, et de trouver d’autres investisseurs si les Émiratis ne souhaitaient pas avancer.

 

Les tensions persistent et les médias et centres de recherche émiratis restent critiques de la transition en Tunisie, encourageant également un certain nombre de journalistes, de figures en vue et d’intellectuels tunisiens à partager ces critiques. Par exemple, les articles et les opinions d’abord exprimées sur les canaux émiratis sont fréquemment repris par certains médias tunisiens. Pendant ce temps, le blocage de la coopération économique coûte à la Tunisie des milliards de dollars en investissements gelés, et les visas restent un problème. Comme le montre la maigre participation des EAU à Tunisia 2020, il n’y a pas de signes d’amélioration. Pourtant la Tunisie espère se dégager de sa dépendance unique envers le Qatar, et elle courtise les EAU pour rééquilibrer cette relation.

 

Consciente de l’incertitude du soutien américain et européen, la Tunisie cherche à fortifier ses liens dans le Golfe, espérant qu’en réduisant le niveau de ses liens avec le Qatar, elle calmera aussi ses tensions politiques internes. Le gouvernement calcule peut-être qu’un soutien émirati plus important aux principaux partis politiques séculiers contrebalancerait le soutien qatari à Ennahda.

 

UNE NOUVELLE DONNE AVEC L’ARABIE SAOUDITE ?

 

Jusqu’ici les Émiratis ont choisi un jeu à somme nulle : ou le gouvernement tunisien accepte leurs conditions — laisser les islamistes en dehors du gouvernement et nouer des relations plus fortes avec le gouvernement pro-Haftar à l’est de la Libye — ou il ne reçoit rien. Mais l’Arabie saoudite, le principal allié des EAU pourrait peser sur la politique tunisienne des Émirats. Riyad a déjà promis 850 millions de dollars pendant Tunisia 2020, après des années de froid entre les deux pays. Toutefois la tension est en train de monter entre l’Arabie saoudite et les EAU, à cause d’un ensemble de facteurs : le réchauffement entre Riyad, le Qatar et la Turquie ; le fossé qui s’élargit avec l’Égypte, régime client des EAU ; et d’autres désaccords en politique étrangère sur la Libye, la Syrie et le Yémen. Mais si les Saoudiens ont perdu de leur influence sur les EAU, ils pourraient tout de même se recentrer sur leur rôle de partenaire commercial majeur de la Tunisie, du moins tant que les problèmes financiers de l’Arabie lui permettront d’investir des montants significatifs à l’étranger.

 

YOUSSEF CHÉRIF

1Kristina Kauch, ‟Foreign Funding” in Post-Revolution Tunisia, AFA/Fride/Hivos, 2013.

2Youssef Chérif, « Tunisia’s Elections Amid a Middle East Cold War », Atlantico, 22 octobre 2014.

Publié dans TUNISIE Spécial

Partager cet article

Repost 0

Comment lutter contre le secteur informel en Tunisie ?

Publié le par Mahi Ahmed

Comment lutter contre le secteur informel en Tunisie ?

 

 

 

Le secteur informel, la contrebande et les autres informalités constituent un manque à gagner fiscal pour l'Etat. Quelques solutions et stratégies pour y remédier.

Par Abderahmane Ben Zakour *

Le secteur informel et la contrebande sont et demeureront encore longtemps des casse-têtes pour les autorités des pays en développement, surtout ceux dont les gouvernements sont faibles ou fragilisés par des révolutions et des mécontentements sociaux à cause du chômage et de la pauvreté.

Après la révolution de 2011, la Tunisie a vu la part du secteur informel passer de 30% à 53% du PIB.

Cependant, depuis 2011, et d'une manière générale, les observateurs économiques ont tendance à n'assimiler à l'informalité que le commerce transfrontalier (contrebande) avec ses effets sur la fraude fiscale et son lien avec le terrorisme.

L'objet de cet article est de présenter tous les aspects de l'informalité et d'exposer les différentes stratégies que l'Etat peut entreprendre pour les intégrer dans les circuits économiques officiels et en tirer profit par une fiscalisation rationnelle afin d'améliorer les recettes.

Durant nos longues années d'études sur l'informalité, nous avons relevé sept activités informelles qui soit échappent au contrôle de l'Etat, soit l'Etat par laxisme «laisse faire».

Ces sept activités sont : 1- Le commerce transfrontalier et de contrebandes; 2- l'informel des micro-entreprises repérables; 3- le commerce ambulant; 4- la production domestique des femmes au foyer; 5- les activités de services utilisant les nouvelles techniques de communication et d'information (NTCI); 6- le travail des cadres et les NTCI; 7- les logements informels.

Avant de d'examiner ces activités une à une, donnons une définition du secteur informel qui s'adapte le mieux au contexte tunisien, ensuite examinons la nature de la fiscalité en Tunisie.

I – Informalité et fraude fiscale:

Plusieurs définitions ont été données au secteur informel depuis son repérage en 1972 par les experts du Bureau international du travail (BIT). Des définitions, objet de controverses, ont évolué selon le contexte socio-économique, mais celle qui s'adapte le mieux aux conditions socio-économiques actuelles de la Tunisie c'est celle qui le définit comme «l'ensemble des activités exercées à petite échelle, activités qui ont un faible capital matériel et humain et qui s'exercent en marge de la législation en vigueur, elles échappent aussi bien au fisc, à la sécurité sociale qu'à l'enregistrement statistique».

Faible capital matériel, parce qu'en général, les personnes qui y exercent sont pauvres et luttent donc pour un avoir revenu qui leur permet de survivre. Faible capital humain, parce que ces personnes sont exclues du système scolaire et ont donc une faible qualification.

En général, ces activités informelles sont exercées par les pauvres et les exclus du développement qu'ils soient dans des régions déshéritées ou dans les banlieues des grandes villes des pays du tiers monde.

Cependant, il y a une importante activité informelle, qui retient actuellement l'attention du pouvoir public à cause de son implication avec le terrorisme. C'est le «commerce transfrontalier de contrebande», qui est géré depuis quelques années par de gros capitalistes-financiers brassant des milliards de dinars.

Par ailleurs, il est erroné de considérer le secteur l'informel comme étant uniquement les activités qui s'exercent sans payer l'impôt ni la sécurité sociale. Les informels se caractérisent surtout par la petite échelle de la production; ils peuvent ne pas payer, payer ou encore sous-payer l'impôt et la sécurité sociale.

Un panorama complet de l'informalité en Tunisie ne peut être fait sans référence à la fiscalité. Car l'informel ronge les recettes fiscales et l'informalité et la fuite fiscale sont les deux facettes d'un même phénomène.

Pour un meilleur rendement fiscal et dans un objectif d'équité, l'Etat doit décréter une loi dont le fondement social, juridique et éthique ne doit pas être mis en cause par aucun opérateur économique à savoir que «toute fraude fiscale est, par essence, un crime contre la nation et doit donc être pénalement sanctionnée par une lourde peine de prison incompressible».

Cette loi devra concerner aussi bien les opérateurs économiques que les contrôleurs financiers du ministère.

Même si la loi actuelle, et depuis toujours, considère que la fraude fiscale est pénalement sanctionnée. Il s'agit donc d'élever au plus haut le degré de la sanction.

Cependant, des interrogations s'imposent : peut-on imaginer que l'Assemblée des représentants du peuple (ARP), dont plus de 40 % des membres sont des hommes d'affaires, est à même d'élever le niveau de la sanction?

De même, quand on sait que ces hommes d'affaires ont largement financé la campagne électorale de tel ou tel parti politique et ont, parfois même, financé des partis politiques opposés les uns aux autres pour se protéger contre d'éventuelles sanctions fiscales… quel sens aura cette loi? Faut-il interdire aux grands hommes d'affaires de s'immiscer dans la politique? Quel sens a la démocratie quand l'argent est un facteur déterminant dans toute forme d'élection?

C'est avec le temps et par la prise de conscience générale du corps électoral que les choses pourraient changer dans un futur plus ou moins long.

En parallèle et de façon concomitante, le taux d'imposition doit être ramené à son strict minimum (par exemple entre 12 et 20 % des bénéfices). L'idée est que toute entreprise ou tout producteur ne doit pas percevoir l'impôt comme étant une confiscation d'une grande partie de son travail et de son imagination; celui-ci il devra plutôt être perçu comme une contribution volontaire de l'agent économique aux charges de régulation faites par l'Etat.

L'objectif de ce papier est de lister les différents aspects de l'informalité en Tunisie, faire un état des lieux et surtout proposer des solutions et des stratégies pour contenir et réglementer cette «autre économie» qui ronge les secteurs économiques structurés et affecte lourdement les recettes de l'Etat par le manque à gagner fiscal qui en découle. Officiellement, ce manque serait, en septembre 2016, situé dans la fourchette de 50 à 70 milliards de dinars.

Durant nos années de recherche sur l'informalité, nous avons pu établir sept activités différentes les unes des autres; pour chacune nous proposons la description de l'Etat des lieux, les problèmes sous-jacents et les solutions réalisables dans l'objectif de leur intégration dans le circuit officiel de l'économie structurée et conventionnelle. Ces sept activités informelles sont :

1- Le commerce transfrontalier de contrebande : les opérateurs essayent légalement ou illégalement de mettre à profit le différentiel de prix qui existe entre deux pays.

2- Les activités qui s'exercent dans des locaux repérables par l'INS et les agents du fisc et pour lesquelles des estimations de la production, de l'emploi et de la valeur ajoutée ont pu être établies par les comptables nationaux.

3- Les commerçants ambulants ou vendeurs de services : commerçants qui d'un marché hebdomadaire à un autre vendent tout genre de biens.

4- Les activités qui s'exercent à domicile par des femmes au foyer et dont la production peut être écoulée sur les marchés hebdomadaires ou conventionnels.

5- Une autre catégorie d'informel «fugitif» et absolument insaisissable, c'est l'informel qui s'exerce dans des activités de services et de réparation. En effet, avec un téléphone portable, un carnet d'adresses-clients et au mieux une fourgonnette ou une moto pour le transport du matériel et de l'outillage, le réparateur exerce comme un poisson dans l'eau. Ni l'Institut national de la statistique (INS), ni le fisc, ni la sécurité sociale n'ont les moyens pour contrôler, identifier ni même estimer le nombre de ces fugitifs qui échappent totalement à tout type de repérage.

6- Le télétravail des cadres et qualifiés.

7- Les logements informels. Ce septième cas d'informalité n'est pas une activité économique au sens strict du terme, mais un état de non-droit dont le déblocage pourrait générer d'importantes activités économiques.

Dans le second article de cette série, nous examinerons chacune des activités informelles.

A suivre...

* Professeur universitaire d'économie et statistique, spécialiste du secteur informel en Tunisie.

Demain : II– Le Commerce transfrontalier de contrebande

 

 

 

 

Publié dans TUNISIE Spécial

Partager cet article

Repost 0

Tunisie : Un Etat en quasi-faillite

Publié le par Mahi Ahmed

Tunisie : Un Etat en quasi-faillite

 

 

 

Les Tunisiens, sans trop se faire illusion sur la démocratie, sont fatigués de vivre dans un pays chancelant, livré à des bonimenteurs forains et où tout est devenu précaire.

Par Yassine Essid

Par quoi reconnait-on un Etat failli ou en voie de l'être? Par un ensemble d'attributs ou de signes qui n'ont rien d'arbitraire. Ce sont des critères objectifs, intelligibles et irrécusables. Certains Etats répondent déjà largement aux critères sociaux, économiques et politiques que traduit cette notion.

Effondrement de l'appareil d'État

L'appareil d'État, fragile, est peu capable de maîtriser des évolutions susceptibles de déboucher sur des crises violentes. La société, toute aussi fragile, est productrice de tensions dépassant ses propres capacités à les contenir. Dans ce domaine, la Somalie occupe le premier rang suivie par la République Centrafricaine et Haïti. La Tunisie, bien que n'occupant que la 89e place, son vernis ne cesse de s'affaiblir sensiblement et, faute de soins pour bâtir, de précautions pour restaurer, tout ce que nos parents auront laissé périra bientôt.

Dans un monde arabe et africain déchiré en permanence par des luttes confessionnelles, la Tunisie a toujours renvoyé l'image d'une certaine modernité liquéfiant toutes les complications. L'autorité de son Etat et la solidité de ses institutions, en plus de sa forte homogénéité ethnique, linguistique et religieuse, la mettaient à l'abri des crises, voire de guerres civiles. Des conditions qui ont modelé son parcours depuis l'indépendance jusqu'à la chute du régime de Ben Ali.

Depuis l'arrivée au pouvoir de la «troïka», l'ancienne coalition gouvernementale dominée par le parti islamiste Ennahdha, à laquelle s'est succédé le régime tout aussi répréhensible des Caïd Essebsi, on n'arrête pas d'assister de manière progressive à l'effondrement, souvent silencieux, de l'appareil d'État.

Les rêves et les espérances de liberté, qui avaient succédé au pouvoir autoritaire, ont fait place à des sentiments d'abattement de plus en plus fréquents et prolongés avec, en toile de fond, un dégoût pour la politique et un rejet de ses représentants qui discourent à perte de vue sur des sujets qui confinent à la niaiserie.

Chaque jour, des événements viennent établir d'une manière flagrante et par des faits réels à quel point l'État tunisien se retrouve de plus en plus dans l'incapacité d'exercer pleinement les missions qui sont les siennes, tant dans les domaines régaliens que dans ceux de l'offre de services économiques et sociaux à la population.

En bout de piste, l'inévitable faillite

Tenez, prenons la dernière affaire qui a agité la compagnie Tunisair, dont les avions arborent le pavillon national. Longtemps protégée par des privilèges de monopole, sa finalité suprême est de servir l'intérêt général. Aussi, toute question touchant à son activité, à son organisation et à sa gestion prend une dimension politique ou comporte une charge émotionnelle. Etouffée depuis toujours par des sureffectifs, sa recapitalisation à fonds perdu par l'État, qui demeure quasiment l'actionnaire principal de la compagnie, est nécessaire à sa survie et pourrait devenir encore plus problématique avec l'accroissement de parts de marché dans un environnement désormais pleinement ouvert à la concurrence. Autant de raisons qui devraient mobiliser tout le personnel de la compagnie pour assurer le mieux possible la continuité des services et les meilleures prestations en toutes circonstances et lieux.

Or, en plus de l'interminable affaire de vols des bagages, voilà qu'une querelle larvée entre un copilote et des techniciens de la compagnie, censés pourtant veiller à ce que les pilotes et les appareils donnent toute garantie de sécurité, dégénère en une altercation verbale, puis physique.

Le nouveau Pdg, Elyes Mnakbi, qui est issu de l'armée et succombant probablement à un réflexe militaire, a décidé la suspension pure et simple de tous les vols de la compagnie pendant plusieurs heures. À vos ordres mon colonel!!

En général, seul un coup Etat, un attentat, ou le mauvais temps justifieraient l'arrêt des activités aériennes. Un aéroport est un organisme complexe, à la manière d'une gare centrale, avec cette particularité supplémentaire qu'en raison du caractère d'instrument de transport rapide de l'avion tout doit être mis en œuvre pour réduire au strict minimum les pertes de temps et d'argent.

Tout cette affaire est donc le résultat d'une inconcevable et impardonnable erreur de gestion des affaires d'une compagnie qui bat de l'aile avec, en bout de piste, l'inévitable faillite.

Au lieu d'agir, on tergiverse

Cet événement n'est pas anodin. Il symbolise à merveille le mal qui ronge le pays tout entier. Car qu'en serait-il demain si un tel conflit survenait entre deux cadres de la Steg, par exemple? Cela ferait-il disjoncter le gestionnaire en chef du transport et de la distribution qui suspendra pendant quelques heures l'approvisionnement du pays en courant électrique?

A quel mode de gouvernance correspond le régime actuel? Si on regarde la question du côté des performances de l'exécutif, on est tenté de répondre : à rien. Oublions un moment la médiocre envergure de ceux qui gouvernent: un chef d'Etat vieilli, à la mentalité de patriarche et aux pensées surannées, tellement séduit par la fonction au point de perdre toute mesure, et un Premier ministre, encore envoûté par ce qui lui arrive et qui a gardé l'âme d'un officier d'ordonnance.

Interrogeons-nous plutôt sur ce qu'est en réalité ce gouvernement et ses effets sur la vie quotidienne des Tunisiens. Il ne s'agit pas de l'ensemble des plus hautes autorités de l'Etat, mais surtout des processus par lesquels une autorité politique s'engage pour résoudre des problèmes en s'assignant des objectifs : prélever des impôts, allouer des ressources, imposer des normes, employer la contrainte et la coercition par le recours à la loi tout en contrôlant de près les institutions chargées de veiller à l'accomplissant de ces activités.

Pourtant, il n'y a rien qui puisse correspondre à ces critères d'efficacité. Non seulement le gouvernement ne formule rien quant l'avenir de la société, mais la totale indifférence qu'il affiche envers l'état du pays et l'avenir de ses habitants sont devenus sa marque de fabrique. Au lieu d'agir, on tergiverse, on évite les sujets qui fâchent, on se résout à satisfaire les revendications insensées d'un syndicat transformé en quatrième pouvoir, on manque d'affronter avec vigueur, détermination et célérité les agissements qui visent à l'anéantissement de toutes les possibilités de progrès socio-économique et culturels du pays.

Des pseudo-politiciens bavards

Fatigués de vivre dans un pays chancelant, livré à des bonimenteurs forains, où tout est devenu précaire, nous vaquons malgré tout à nos occupations sans trop se faire illusion sur la démocratie qui n'appartient pas à notre monde, mais à celui des mots vite dits et vite oubliés prononcés par des pseudo-politiciens bavards, constamment en verve, mais démunis face à la complexité des décisions à prendre chaque jour pour gouverner la nation.

Face à cette déliquescence, nous n'avons, hélas, aucune bannière à déployer pour enrôler des fidèles, aucun mot d'ordre à leur lancer, pas le moindre geste à leur enjoindre. Rien dans les mains et encore moins dans les poches.

Il y a pourtant plein d'autres choses à faire et nous les faisons rituellement sans avoir besoin d'instructions de qui ce soit. Des tâches réalisées ordinairement, comme aller au travail malgré l'état affligeant des transports publics, se déplacer en voiture tout en craignant les agents qui réclament toujours plus de subsides et inventent des exactions, faire son marché nonobstant la dégradation continue du pouvoir d'achat, prendre ses enfants à l'école qui forme des cohortes d'illettrés d'un nouveau type, se faire soigner par un système de santé coûteux ou défaillant. En somme, se débrouiller au quotidien en dépit de conditions de survie rendues de plus en plus difficiles par l'incurie politique et administrative.

Pendant cinq années d'administration politique, abusivement qualifiées de postrévolutionnaires, les réformes rendues inévitables sont toujours à l'arrêt, le chômage ne cesse de s'aggraver, la désobéissance civile s'accentue, les secteurs vitaux de l'activité économique sont complètement sinistrés, la promotion de la culture ne fait qu'accentuer l'inculture sans oublier le nivellement par le bas de l'éducation scolaire et universitaire.

Quant à la propagation de la corruption, désormais étalée au grand jour, elle est installée au sein même des institutions de l'Etat. Elle a été dénoncée par trois ministres successifs de la gouvernance qui, découragés par l'indifférence coupable de leurs supérieurs, avaient préféré quitter leur fonction.

Le commerce informel prend force et ampleur, l'insécurité persiste, la corruption ronge les institutions publiques autant que privées, le tissu urbain se dégrade par les constructions anarchiques, les villes sont transformées en dépotoirs, les places publiques en brocantes géantes, la population est désabusée et démobilisée.

Déchéance du gouvernement et des partis politiques

Pour finir, citons la dégénérescence des partis politiques et de leurs dirigeants qui s'égarent, donnant dans les machinations et le marchandage, déploient des slogans populistes en croyant gagner ainsi les faveurs des masses.

Ils sont d'ailleurs tellement imbus de leur personne, tellement séduits par leur ambition, tellement versés dans leur démagogie, qu'il est devenu inutile d'entreprendre de les éclairer en les instruisant. Dépourvus de principes, ils sont incapables de guider les masses qui n'ont pas les moyens d'agir de manière logique ni la capacité intellectuelle de réfléchir sur les problèmes de société, encore moins les sacrifices nécessaires que réclame la survie du pays.

Aussi, la déchéance de l'ensemble du gouvernement et des partis politiques qu'il représente prélude à l'exercice périlleux d'élections futures qui ne seraient plus le rendez-vous de l'apprentissage de la citoyenneté, mais qui opposeront le peuple contre l'élite, les régions, les tribus, les clans, voire les quartiers les uns contre les autres.

 

 

 

Post date: 2017-03-26 14:30:33
Post date GMT: 2017-03-26 13:30:33
Post modified date: 2017-03-26 14:10:04
Post modified date GMT: 2017-03-26 13:10:04

Powered by [ Universal Post Manager ] plugin. MS Word saving format developed by gVectors Team www.gVectors.com

 

Publié dans TUNISIE Spécial

Partager cet article

Repost 0

Tunisie :Les orientations de la réforme de l’enseignement supérieur

Publié le par Mahi Ahmed

Tunisie :Les orientations de la réforme de l’enseignement supérieur

Les principaux axes de la réforme de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique doivent faire l'objet d'un débat national ouvert et inclusif.

Par Abderrazek Krimi

Le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Slim Khalbous, a invité, jeudi 23 mars 2017, dans un cadre qu'il a voulu informel et convivial, au siège de son département, des représentants de la presse écrite, pour un débat autour des questions relatives au programme de réforme de l'enseignement supérieur qu'il envisage de mettre en œuvre.

Dans un court aperçu sur les actions qu'il a menées au sein du ministère depuis sa prise de fonction il y a six mois, il a évoqué notamment les obstacles auxquels il a fait face et qui sont dus, selon lui, à un esprit de «conservatisme hostile à toute tentative de réforme», avant d'exposer sa vision de la réforme du secteur.

Une nouvelle approche méthodique

Slim Khalbous a indiqué que la nouveauté du projet de réforme qu'il a proposé consiste dans la vision de la méthode de sa mise en œuvre. Les commissions de réflexion ont impliqué tous les recteurs, dont certains ont boudé pour une longue période les locaux du ministère.

Ces commissions revêtent un caractère inclusif puisque leur composition a été élargie pour impliquer toutes les parties du système de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique, notamment les étudiants, les chefs d'entreprise et les députés. Leur travail sera couronné par la tenue des «assises nationales de la réforme», les 30 juin et 1er juillet 2017, sous la présidence du chef du gouvernement.

Quant aux points cardinaux sur lesquels travaillent ces commissions, ils ont été répartis en 5 axes principaux, qui se divisent chacun en deux sections, pour avoir en fin de compte 10 commissions dont chacune examinera un aspect particulier de la réforme. Les axes concernent la formation et l'employabilité, l'enseignement supérieur, la gouvernance, la carte universitaire et la recherche et l'innovation.

Slim Khalbous.

Développer la recherche scientifique

Le ministre a insisté, à ce propos, sur la question de la recherche scientifique qui, malgré les budgets importants qui lui sont alloués et les différentes ressources de financement dont elle bénéficie, est encore en-deçà des attentes et des besoins. Il a noté, à ce propos, que le problème fondamental dans ce secteur reste la gouvernance.

En effet, les grandes possibilités de financement dont peut profiter la recherche scientifique, qui proviennent aussi bien de l'Etat que des entreprises privées ou dans le cadre de la coopération internationale, sont mal exploitées. Conséquence: de grosses sommes destinées à la recherche se trouvent gelées et des dons pour l'aide à la recherche de la part d'organismes internationaux retournent aux donateurs puisqu'ils ne sont pas utilisés.

C'est pourquoi, il devient impératif, aujourd'hui, de former les responsables des universités et des centres de recherche sur l'application des principes de la gouvernance pour l'optimisation de l'exploitation des moyens mis à leur disposition.

Articuler l'enseignement supérieur sur le secondaire et le primaire

Un débat direct et franc a suivi cet exposé. La question de l'articulation de la réforme de l'enseignement supérieur avec celle qui s'effectue actuellement aux niveaux du secondaire et du primaire a ainsi été évoquée. Le ministre a souligné la nécessité que les réformes soient liées et complémentaires, soulignant la nécessaire coordination autour des questions communes, notamment celle de l'orientation universitaire.

M. Khalbous a mis l'accent, dans ce cadre, sur la proposition qu'il a faite à son homologue de l'Education, Neji Jalloul, et qui consiste dans la réduction des sections enseignées au niveau du secondaire à quatre, à savoir les mathématiques, les sciences expérimentales, les lettres et les sciences technologiques. Il a estimé qu'une telle répartition permettra une meilleure consolidation des acquis des élèves du secondaire afin qu'ils puissent s'adapter aux exigences scientifiques de l'enseignement supérieur.

Dans ce contexte, le ministre a insisté sur l'écart entre l'orientation universitaire et les aspirations réelles des orientés, soulignant la nécessité de diversifier les matières optionnelles et de les intégrer dans les critères d'orientation.

D'autres questions ont aussi été évoquées, portant sur l'acquisition des langues, l'ouverture de toutes les spécialités enseignées au supérieur sur les sciences humaines, afin de développer l'esprit critique des étudiants, et l'apport du secteur de l'enseignement supérieur privé à l'évolution générale de l'enseignement en Tunisie.

Réagissant positivement aux remarques et suggestions qui lui ont été faites par les journalistes présents, M. Khalbous a insisté, à la fin de la rencontre, sur l'importance du rôle des médias pour faire connaître les grands axes de cette réforme afin d'engager un véritable débat national autour de ses principales idées et orientations, car il y va de l'avenir de la Tunisie.

 

 

 

Post date: 2017-03-24 10:12:43
Post date GMT: 2017-03-24 09:12:43
Post modified date: 2017-03-24 10:59:40
Post modified date GMT: 2017-03-24 09:59:40

Powered by [ Universal Post Manager ] plugin. MS Word saving format developed by gVectors Team www.gVectors.com

 

Publié dans TUNISIE Spécial

Partager cet article

Repost 0

Bochra Belhadj Hmida : Nidaa est un danger pour la démocratie

Publié le par Mahi Ahmed

Bochra Belhadj Hmida : Nidaa est un danger pour la démocratie

 

Nidaa Tounes est à l'image de la Tunisie dont il est sensé conduire les affaires : c'est un bateau ivre qui tangue dangereusement et menace naufrage.

Nidaa Tounes de Hafedh Caïd Essebsi a cru bon de renforcer ses rangs par des cadres issus de l'ancien régime de Ben Ali ou par des dissidents de l'Union patriotique libre (UPL), le parti de l'homme d'affaires Slim Riahi. Cependant, le résultat semble semble être contraires aux espérances.

Le défilé des corrompus et des bras cassés

Voulant faire taire ses détracteurs de l'intérieur ou de l'extérieur du parti, Hafedh Caïd Essebsi, directeur exécutif autoproclamé de Nidaa, a réuni, dimanche 12 mars 2017, un «conseil des cadres».

La réunion de cette instance créée pour la circonstance a été fortement médiatisée non par l'importance des décisions qu'elle a prises ou par les propositions qu'elle a soumises au gouvernement pour l'aider à trouver une issue à la crise que traverse le pays, mais plutôt par le défilé des nouvelles «recrues» d'un parti à la dérive, en majorité des rescapés de l'ancien régime de Ben Ali et des «bras cassés» mis au rebut et recyclés pour faire le nombre, surtout après la cascade des démissions enregistrées par le parti depuis mars 2015.

Hafedh Caïd Essebsi s'entoure des médiocres qu'il peut commander.

L'effet de ce show a été contraire aux attentes de ses organisateurs, puisque, selon des sources au sein de Nidaa Tounes, un nombre important de militants et d'adhérents aux échelles nationale et régionale, n'ont pas apprécié – c'est un euphémisme – ces ralliements ô combien intéressés d'une cohorte d'arrivistes et d'ambitieux dont la médiocrité le dispute à la fatuité.

Pour beaucoup, ce fût la goutte qui fit déborder le vase et certains ont déjà décidé de quitter un parti dont les errements sont devenus, à leurs avis, indéfendables auprès des électeurs ayant voté pour Nidaa en 2014.

Une machine pour blanchir les corrompus

«Le parti est devenu une machine à laver qui ne sert qu'à blanchir les corrompus de tous horizons», déplorent certains Nidaïstes qui s'étaient gardés jusque-là de critiquer Hafedh Caïd Essebsi et sa smala et qui ne supportent plus de voir les scandales éclatés au sein du parti étalés sur les médias et les réseaux sociaux.

Beaucoup de militants, qui ont cru au projet de Nidaa Tounes et ont sacrifié leur temps, leur énergie et, parfois, leur argent pour lui apporter le soutien nécessaire, sont très déçus par l'état honteux dans lequel il a sombré. Et certains le disent désormais à haute voix.

Les deux dernières affaires opposant, d'un côté, la députée Leila Chettaoui à Hafedh Caïd Essebsi dans l'affaire de l'enregistrement filtré, et de d'autre, le fondateur de Nidaa et ancien député Lazhar Akremi à Sofiane Toubel, l'actuel porte-parole, le premier accusant ouvertement le second de corruption, ont, semble-t-il, conforté beaucoup de Nidaistes dans leur décision de quitter une barque qui prend de l'eau de partout et menace naufrage.

D'où sont-ils sortis tous ces «militants» de la dernière heure ?

Invitée par la chaîne de télévision privée Ettasiaa, dans la soirée du jeudi 16 mars 2017, Bochra Belhadj Hmida, ancienne dirigeante de Nidaa Tounes et députée indépendante de l'Assemblée des représentants du peuple (ARP), a considéré que la version actuelle de Nidaa Tounes n'a rien à voir avec celle de son fondateur Beji Caïd Essebsi, actuel président de la république.

Elle a ajouté que le parti a réussi, à un moment difficile, à rassembler les Tunisiens et à établir un consensus qui a abouti à la promulgation de la constitution et aux élections de 2014, tout en exprimant son regret de voir cette nouvelle version de Nidaa Tounes qui «fait peur et constitue un danger pour la démocratie», selon ses dires.

Abderrazek Krimi

 

 

 

Post date: 2017-03-17 08:59:09
Post date GMT: 2017-03-17 07:59:09
Post modified date: 2017-03-17 09:10:06
Post modified date GMT: 2017-03-17 08:10:06

Powered by [ Universal Post Manager ] plugin. MS Word saving format developed by gVectors Team www.gVectors.com

 

Publié dans TUNISIE Spécial

Partager cet article

Repost 0

Les dérives de l’université en Tunisie

Publié le par Mahi Ahmed

Les dérives de l’université en Tunisie

L'enseignement supérieur en Tunisie vit des moments difficiles et se trouve dans un état de délabrement sans précédent. Récit d'une supercherie avalisé par un doyen peu scrupuleux.

Par Béchir Ben Aissa *

L'université tunisienne assumait, depuis toujours, la responsabilité de l'enseignement et de la recherche, mais aussi celle de la promotion des valeurs normatives éthiques et morales. Parmi les angles sous lesquels l'activité universitaire est souvent considérée et qui fournissent les critères selon lesquels elle peut être évaluée, nous citons habituellement la communauté universitaire et les principes éthiques impliqués dans son développement.

La responsabilité de l'université est perçue à la lumière d'une épistémologie des vertus dont celles de la «pensée critique» et de l'«honnêteté intellectuelle» qui se concentrent sur la poursuite universelle de la compréhension et de la vérité.

Sans moralisme aucun, je dirais que l'enseignement supérieur en Tunisie vit des moments difficiles et se trouve dans un état de délabrement sans précédent.

Une profonde crise éthique sous-tend les épiphénomènes (fuite de cerveaux, dégradation du statut de l'enseignant, nivellement par le bas, absence de vision et de visibilité, compétences livrées à elles-mêmes, complaisance, mandarinat, clientélisme, etc.) qui s'aggravent au fil des ans.

Je ne compte nullement m'ériger en donneur de leçons ou en contempteur des travers de mes collègues. Pour éviter de duper les autres, il faut d'abord apprendre à ne pas se duper soi-même. Pour ne pas abuser les autres, ne pas s'abuser soi-même, étant entendu qu'on est soi-même la personne qu'il est le plus facile d'abuser.

Mais pour ne pas en être complice, on aura, au moins, témoigné contre ce que nous considérons comme une tromperie, une fraude flagrante.

Je commence par les faits qui m'ont inspiré cette réflexion.

J'ai été invité à faire partie d'un jury pour évaluer un dossier d'habilitation à diriger des recherches (HDR). On découvre, après la soutenance, que la thèse qui fait partie du dossier et supposée être éditée, comme le mentionne l'exemplaire distribué aux membres du jury, chez telle maison d'édition, n'a jamais été éditée nulle part. L'éditeur a écrit, le 18 janvier, puis, le 24 janvier 2017, dans deux courriels différents, qu'il n'a jamais publié ladite thèse et qu'il n'a jamais autorisé l'auteur de celle-ci à utiliser son logo.

La thèse jointe au dossier soumis le 2 février 2016 (dernier délai du dépôt) à l'attention de la commission afin que les travaux du dossier bénéficient de la recevabilité, n'a jamais été publiée ni avant ce jour-là, ni ce jour-là, ni presqu'une année après.

Et comme le candidat a fait croire que celle-ci était publiée en janvier 2016 (dépôt légal, logo d'un éditeur connu et numéro d'ISBN), il serait très difficile pour le jury et pour la commission de ne pas considérer cela comme une tromperie volontaire ou un usage de faux ou même une fraude dont le concerné est pleinement responsable.

La thèse n'a jamais été évaluée par un comité éditorial de lecture qui aurait témoigné de sa valeur scientifique justifiant son édition et sa diffusion.

Là aussi, on pourrait accuser le candidat de supercherie, car, par son geste, il a fait croire à la commission et au jury que sa thèse a déjà mérité une évaluation positive de nature à appuyer son dossier.

Jusqu'à la soutenance, le 7 janvier dernier, il n'a jamais révélé aux instances évaluatives que c'était une impression en 10 exemplaires comme il l'avouera après coup.

Le candidat a écrit dans un courriel, daté du Lundi 23 janvier 2017, au président de la commission de doctorat et d'habilitation que le 2 février 2016, le jour-même du dépôt du dossier, il était allé chez un imprimeur, à El-Menzah, pour «travailler la couverture» avec lui.

Le dépôt légal indiqué sur la thèse imprimée date de «Janvier 2016», alors qu'il a écrit, lui-même, dans le courriel précité, que les 10 exemplaires ont été imprimés, en sa présence et avec son accord, le 2 février 2016. A quoi servait donc cette date du «dépôt légal» sans valeur sinon à abuser la commission?

La candidate avoue, aujourd'hui, presqu'une année après le dépôt de son dossier et l'obtention de la recevabilité (sans laquelle il n'y aurait eu ni évaluation ni soutenance), qu'il n'a été tiré de sa thèse que 10 exemplaires, imprimés et jamais vraiment édités.

Le jury demanda au doyen, par le biais de la commission, de suspendre la remise du diplôme pour fraude caractérisée, faux et usage de faux. La Commission a consacré deux réunions à cette affaire (le 20 janvier et le 30 janvier 2017) et après de longues discussions, elle a décidé d'envoyer, le 14 février dernier, via le doyen et le recteur une lettre au ministre de l'Enseignement supérieur lui demandant un report de la délivrance du diplôme et la prise des mesures nécessaires. Cette lettre ne lui serait vraisemblablement jamais parvenue.

Puis, le même jour, il a écrit une lettre en arabe au doyen, envoyée par mail et dans laquelle le président lui a demandé de venir débattre de «l'affaire» avec les membres de la commission de doctorat. Mais 13 jours se sont écoulés sans que le doyen ne réponde et ne dise s'il a fait suivre la lettre au ministre ou non.

La commission vient d'apprendre que le doyen a délivré au candidat son diplôme de HDR et qu'il a aussi fait publier aux éditions de Dar Allittihad, à Tunis (20, avenue de Paris), le «travail de longue haleine» de la concernée.

Les membres de la commission ont décidé d'adresser au doyen, via le bureau d'ordre, une courte lettre dans laquelle ils lui ont demandé de leur dire ce qu'il a fait de leur requête adressée au ministre.

Enfin, et après nous avoir gravement abusés par la fausse publication de sa thèse, voilà que le candidat décide de nous signifier la «grande importance» de son ouvrage dit de longue haleine, durement critiqué par le jury, en publiant, ces derniers jours (sûrement après la soutenance et après la découverte de sa supercherie), à l'ouverture de cet ouvrage une préface de la chercheuse française de très bonne notoriété dont on taira le nom.

Seulement, là aussi, nous sommes dans la tromperie totale et cette préface n'est qu'un leurre qui ne témoigne que d'un ouvrage à la qualité incertaine qui, déjà présenté en France dans le cadre d'un projet d'habilitation, n'a point permis à la candidate d'être jugée digne d'habilitation (par vanité ou par calcul, elle nous a caché cet échec !). C'est madame (…) qui vient de le confirmer dans deux emails (3 et 8 mars 2017) envoyés au président de la commission. La lecture de sa lettre du 8 mars est édifiante.

Je m'abstiens de tout jugement et m'en tiens aux faits. Nous vivons un monde en proie à de profondes transformations dont l'analyse est difficile, les maux très graves et les remèdes complexes.

Ces transformations établissent un ordre nouveau qui affecte l'État et nos systèmes de gouvernance, qui pèse aussi bien évidemment sur l'université. Un changement de paradigme se dégage de ces changements massifs. Un nouveau rapport au savoir, à la formation, à l'éthique est en train de miner dangereusement les structures profondes de l'esprit et de l'institution.

* Universitaire.

 

Publié dans TUNISIE Spécial

Partager cet article

Repost 0

Le message de Lotfi Bouchnak

Publié le par Mahi Ahmed

Publié dans TUNISIE Spécial, Vidéos

Partager cet article

Repost 0

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 > >>