Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

58 articles avec pour une gauche algerienne democratique et pour la

HOMMAGE A ABDELKADER OULD KADI

Publié le par Mahi Ahmed

Mouvement Démocratique et Social Oran

Emails : mdsoran@hotmail.com & mdsoran31@gmail.com

HOMMAGE A ABDELKADER OULD KADI

Voilà quinze (15) ans que nous sommes privés, à l’instar de tous ses proches et amis, de la chaleur de la camaraderie de notre ami Abdelkader OULD KADI, parti le jour de son 66ème anniversaire, le 6 avril 2002, suite à une longue maladie. Voilà 15 ans que nous manquent la finesse de son humour, sa curiosité intellectuelle insatiable et contagieuse, sa modestie légendaire, sa disponibilité militante et sa lucidité politique forgée tout au long de sa longue expérience de lutte au service, jusqu'à sa mort, dune Algérie démocratique et sociale moderne ainsi que des causes justes de tous les peuples.

Son expérience, Kader n’a cessé de l’accumuler depuis la fin de son adolescence qui la vu sengager dans les luttes sociopolitiques pour lindépendance nationale. Même si sa grande discrétion a fait qu’il n’en faisait jamais étalage (il naimait pas tant parlé de lui), l’on peut dire que les circonstances quil a eu à vivre ont fait quil ait pu la forger tant en France auprès de la CGT, du PCF et des réseaux de la Fédération de France du FLN qu’en Algérie dans les rangs du PCA puis de la Direction du MDS, en passant au fil des évolutions de notre famille politique – par l’ORP, le PAGS et Ettahaddi. Tant dans les universités populaires et les luttes syndicales et citoyennes que dans la clandestinité, tant dans le travail de journaliste qu’il a longuement pratiqué (notamment à Alger Républicain puis, dans la clandestinité la plus profonde, à Saoût Ech-Chaâb organe central du PAGS) qu’au sein des entreprises publiques où il a pu travailler.

Ô combien il manque dans les luttes d’aujourd’hui ! Nous sommes sûrs que l’initiative qu’il a prise, dès le lendemain de l’autodissolution du PAGS en 1992 et la création dEttahaddi, de jouer le rôle de trait d'unionentre l'ensemble des courants qui ont émergé de cette dernière aurait porté quelques fruits aujourd’hui. Quelle aurait au moins aidé nombre d’amis à sortir de l’enfermement dogmatique dans lequel ils se confinent depuis et à renouer avec la société et ses luttes tout en s’adaptant à l’évolution objective du monde sans renier l’idéal dune Algérie moderne, progressiste, prospère, juste et capable d’une contribution active à la dynamique humaniste et de progrès de l’humanité dans les conditions de ce nouveau siècle. Quelle aurait été dune contribution précieuse dans le processus de reconstruction et toujours en cours dun nouvel instrument politique conforme aux exigences des évolutions des choses dans le monde et dans notre société ainsi quà notre idéal commun. Un processus engagé et poursuivi vaille que vaille, malgré les multiples tentatives de son sabordage, dont la dernière est orchestrée par le pouvoir qui, dans sa volonté de “gommertotalement notre famille politique du paysage national, œuvre sournoisement depuis 2006 à étouffer de lintérieur l’expression légale de ce qui en reste encore organisé : le MDS. Via notamment la subornation, malgré leur exclusion du parti, de renégats (tels ceux qui se déclarent indûment aujourd’hui dirigeants du MDS) à qui il a promis lintégration dans nombre de fonctions électives contre la livraison de ce dernier (son sigle et sa ligne) comme dot.

Toutefois et en dépit des évolutions indésirables dans notre mouvance politique et, en général, dans le mouvement démocratique dans notre pays, il n’en demeure pas moins que Kader aurait été d’un apport certain dans cette conjoncture nationale inédite. Où la question de la sauvegarde de l’intégrité nationale ne s’est jamais autant conjuguée avec celle de la refondation indispensable de la classe politique (dont celle de notre mouvance), en lien avec les luttes citoyennes qui vont en s'élargissant malgré le verrouillage de la vie politique qui ne cesse de décrédibiliser le pouvoir et son alliance avec l’islamisme et les milieux de “l’argent sale”. Où il n’aurait pas manqué de nous rappeler, dans les moments difficiles et en citant Gramsci, la nécessité de toujours

“... ALLIER LE PESSIMISME DE LA RAISON A L'OPTIMISME DE LA VOLONTE !”

Oran, le 04 avril 2017

Le MDS-Oran 

Partager cet article

Repost 0

Débats à propos du PAGS:Pour une relance réelle et durable du Mouvement Communiste et Ouvrier en Algérie

Publié le par Mahi Ahmed

Pour une relance réelle et durable du Mouvement Communiste et Ouvrier en Algérie

Saïd Bouamama et Kamel Badaoui

lundi, 4 avril 2016 / raina

Des militants de l’ex-PAGS ont réagi à l’article de Sadek Hadjerès (membre du Secrétariat du CC du PCA avant 1966, puis 1er secrétaire du PAGS de 1966 à 1990), publié (via le site socialgerie.net) à l’occasion du 50ième anniversaire de la création du PAGS (fondé le 26 janvier 1966), et intitulé « Le PAGS et le PAYS : CINQUANTE ANNÉES PLUS TARD ».

Deux questions ont été amenées par cet article et les réactions qui l’ont suivi : le bilan et la destruction du PAGS.

Ce sont, évidemment, des questions d’une importance première pour les communistes algériens.

Comme l’est celle de la contre-révolution dans l’ex-URSS et l’ex-camp socialiste qui a tant pesé et pèse encore sur l’ensemble du mouvement communiste et ouvrier international (MCOI).

Nous vous soumettons ce premier avis, avec l’objectif, sans prétention, mais avec une conviction de communistes, de contribuer à lancer et instaurer un débat approfondi sur les succès et les échecs du mouvement communiste et ouvrier en Algérie (MCOA).

Un tel débat, mené de façon démocratique, acceptant les différences et divergences, voire autorisant la polémique politique argumentée (notamment à cette étape d’échanges), ne sera fécond que s’il aide à impulser et à orienter les luttes syndicales sur des bases de masse et de classe, les luttes sociales, culturelles et politiques sur des bases idéologiques offensives, indépendantes de l’idéologie bourgeoise dominante (y compris dans sa variante religieuse), et aide à progresser dans la formulation toujours plus claire des étapes de reconstruction d’un parti communiste : un parti armé de la théorie marxiste-léniniste, au service des exploités et internationaliste.

Car, pensons-nous, comme d’autres militants communistes, un tel parti ne peut-être le résultat de conclaves ou d’une auto-proclamation. Il ne peut être que le résultat d’un processus de fusion entre la théorie marxiste-léniniste et le mouvement ouvrier. La première sans ancrage dans le mouvement ouvrier ne dispose pas de la base d’enquête permettant « une analyse concrète de la situation concrète ». Le second sans la première peut mener des combats courageux mais sans perspective victorieuse de long terme.

Un tel parti ne peut être réduit à la seule fonction syndicale de défense des intérêts immédiats des couches populaires, comme il ne peut se passer d’un front syndical de masse et de classe.

Comme nous pensons que le futur parti communiste ne peut être basé sur un regroupement affectif et nostalgique de militants de l’ex-PAGS, ou encore de militants non remis de leur démoralisation après les cycles prolongés et encore actuels des défaites du camp du travail, donc prisonniers d’une vision mortifère de l’avenir des luttes qui vaut souvent abandon des luttes.

Nous nous adressons donc aux militants convaincus de la nécessité de la reconstruction d’un tel parti, qui organise l’effort collectif de liaison (théorique et pratique) entre les luttes quotidiennes et les luttes pour le socialisme, pour être en capacité stratégique d’anticiper le mouvement historique de la société algérienne vers le socialisme.

La question de l’organisation du débat (formes, cadres, consignations et publicité des échanges, …) fait partie du débat.

Toutefois, il nous semble important de rappeler qu’elle ne doit pas l’emporter sur les objectifs du débat.

En particulier, les expériences politiques et organiques des uns et des autres (après la destruction du PAGS) ne doivent freiner ni le débat, ni le déploiement d’actions unies construites collectivement par des militants communistes non organisés et des militants communistes organisés dans divers collectifs, y compris ceux organisés au sein du PADS quand ils reconnaissent (dans le discours et la pratique) que le PADS n’est peut-être qu’un noyau de ce parti à reconstruire (cf. « Le PADS dans la continuité et la fidélité aux idéaux communistes, Double anniversaire PCA-PAGS 1936-1966 », republié en janvier 2016).

Nous souhaitons rappeler que nous militons au sein de l’immigration en France.

Notre activité politique principale actuelle est de contribuer à la construction d’une organisation de masse des jeunes immigrés (le Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires, FUIQP) comme instrument politique auto-organisé et autonome (vis-à-vis des forces sociale-démocrates) au service des habitants des quartiers populaires en lutte contre le racisme d’Etat, l’islamophobie, les crimes racistes et sécuritaires, les violences policières systémiques, les discriminations à l’école et au travail, contre leur paupérisation et leur précarisation, pour le droit de vote des étrangers, les droits et la dignité des Chibanis et Chibaniyas, contre les guerres impérialistes (notamment en Palestine occupée).

Né début janvier 2012, le FUIQP a acquis une audience nationale (dans l’immigration en France) grâce à l’engagement et l’activité d’une centaine de sympathisants et de militants agissant dans cinq comités dans de grandes villes de France (Marseille, Grenoble, Lille, Saint Etienne et Paris).

Nos idées de communistes (exprimées dans le respect du caractère de masse de l’organisation) ont un très large écho et autorisent un grand espoir pour former et recruter de futurs militants communistes dans l’immigration algérienne.

Enfin, précisons, qu’en exposant ces idées critiques, nous ne nous en abstrayons nullement.

Le bilan des acquis incontestables du MCOA (PCA et PAGS) ne sera pas abordé dans cet avis et reste à réaliser collectivement.

Aussi, nous réaffirmons notre respect pour tous les camarades aînés qui se sont engagés sans limites pour l’avenir socialiste de l’Algérie, notamment celles et ceux tombés en martyrs de la lutte armée de libération nationale et celles et ceux assassinés par les hordes fascistes du FIS-GIA-FIDA.

Une analyse matérialiste

Une analyse matérialiste des succès et des échecs du MCOA est nécessaire. Une analyse dans laquelle causes et conséquences ne risquent pas d’être inversées.

C’est en dépassant le seul partage du constat, en partageant l’analyse des causes de la défaite que l’effort collectif de la reconstruction sera durable et fructueux.

Cela implique déjà de ne pas s’emprisonner dans des explications évènementielles ou centrées sur les personnes.

C’est parce que certaines conditions, précisément qu’il nous faut mettre en évidence et caractériser par cette analyse matérialiste, ont existé que, au-delà des personnes responsables, aux « commandes » de l’appareil, des orientations politiques ont pu naître et s’imposer, puis se déployer et se concrétiser en succès ou échecs du MCOA.

Cela est aussi vrai pour la destruction du PAGS.

D’emblée donc, et comme nombre de militants communistes l’ont déjà affirmé, nous ne souscrivons pas à la thèse de l’infiltration policière comme facteur explicatif principal, et encore moins comme facteur exclusif, de la fin du PAGS.

On pourrait même invoquer comme contre-argument à l’inconsistance de cette thèse, la longue expérience du PCA, puis du PAGS, dans le travail clandestin et la protection physique et des militants communistes : près de 40 années en clandestinité sur un peu plus d’une cinquante années d’existence (depuis la création du PCA les 17, 18 octobre 1936).

Cette infiltration du PAGS au plus haut niveau de direction, aujourd’hui avérée, suite à de nombreux témoignages convergents, est à analyser comme le résultat d’un processus qui l’a rendue possible et a anesthésié la résistance des communistes puis leur défaite au sein du PAGS.

Infiltration politique policière et sociale-démocratisation du parti se sont nourries mutuellement.

Nous éviterons aussi le terme de trahison qui focalise sur la responsabilité des personnes (laquelle est réelle, notamment au niveau dirigeant) et farde les facteurs objectifs qui ont autorisé et même accéléré la destruction.

De même, la qualification d’implosion, en évoquant l’idée de soudaineté, empêche de déconstruire puis reconstruire le processus qui a mené à la défaite.

On ne peut donc partir de la fin du film et regarder les photos une à une, sans saisir les liens entre elles : il nous faut mettre en évidence les germes qui, dès le début, en remontant y compris à la naissance du PCA, ont contribué à rendre possible ce cheminement.

A ce propos, le document du PADS cité plus haut (déjà publié en octobre 1996) comporte des éléments d’appréciation sur le PCA et le PAGS fort utiles à ce débat.

En souscrivant à nombre d’appréciations contenues dans ce document, il nous importe d’affirmer notre conviction qu’on ne peut être partie prenante de la reconstruction du parti communiste et s’auto proclamer LE parti des communistes algériens.

Le MCOA et la question nationale

Il n’est pas inutile de se rappeler que le PCA est né dans une Algérie colonie française et pays d’Islam, sous la coupe idéologique et organique du PCF. A l’origine, Le PCA était la région algérienne du PCF. Le PCF, tout en adoptant les recommandations bolchéviques de la 3ième Internationale, n’a pas moins véhiculé, à plusieurs périodes clés de l’histoire de la France et de l’Algérie, des idées réformistes vis-à-vis de l’avenir de l’Algérie colonisée et de l’Algérie indépendante.

Ainsi en est-il de la période 1936 du Front Populaire et la thèse de l’union du peuple de France (y compris des colonies) : la victoire du prolétariat de la métropole entraînerait celle des peuples colonisés. En conséquence de quoi, le mot d’ordre d’indépendance, avancé déjà par les communistes algériens dès les années 20 (dans l’immigration, au sein de l’Etoile Nord Africaine), est tu.

Les ambiguïtés du PCF sur la question algérienne ont ainsi été à plusieurs reprises critiquées par l’internationale communiste. Cette dernière revient également à plusieurs reprises de manière critique sur les lenteurs du PCF à « algérianiser » sa région algérienne pour qu’elle se transforme réellement en parti national.

De même, pour la période de la 2ième guerre mondiale, la lutte anti coloniale était considérée comme secondaire par rapport à la lutte antifasciste, voire un frein comme l’illustre l’erreur d’appréciation du PCF et du PCA sur le soulèvement populaire du 8 mai 1945.

L’interprétation des thèses du 7ième congrès de l’internationale communiste sur la lutte antifasciste comme une stratégie alors qu’il s’agissait d’une tactique prenant en compte la nouvelle situation du monde avec le développement du fascisme.

Cette interprétation droitière hiérarchise la lutte antifasciste et la lutte anticoloniale alors qu’il s’agissait de les articuler comme l’a fait le parti communiste vietnamien.

Ces erreurs « originelles » ont été identifiées et rectifiées par la direction du PCA après 1945.

Pleinement engagé dans la lutte armée pour la libération nationale (au sein des CDL et au sein de l’ALN), le PCA est apparu, depuis, plus un parti national que de classe.

Il est probable que ces erreurs « originelles », ont développé un sentiment profond au sein des directions successives du MCOA (PCA et PAGS) : celui de la peur d’apparaître comme anti national ou insuffisamment national.

Cela a pu entraver à l’indépendance l’affirmation des différences de classe entre les communistes et les autres fractions du mouvement national.

Ce sentiment a vraisemblablement perduré avec la création et le développement du PAGS.

On peut observer en effet que le PAGS, dès sa naissance (sur la base de la plateforme de janvier 1966), et jusqu’à sa sortie de la clandestinité (en 1989), a surtout joué le rôle de front : subjectif, comme cadre organique commun à des communistes et à des non communistes, et objectif, sur le terrain des actions unies avec d’autres forces politiques.

Ont été ainsi mises au second plan les questions stratégiques pour un parti communiste : la lutte pour une influence communiste toujours plus grande sur les tâches de la RND, et la question du pouvoir.

Même si la résolution du CC du PAGS du 9 mai 1969 a rappelé l’objectif du socialisme, sa traduction politique sur le terrain a peiné à être conséquente : la lutte pour l’activité indépendante et légale du parti était éludée, y compris pour l’élévation du niveau de formation communiste de cadres en interne.

La politique de « soutien critique » du PAGS

Cette politique a certes donné des résultats probants quant à l’impulsion de la mobilisation de masse (pour les tâches d’édification nationale). Mais elle a aussi confiné le parti dans un rôle de pompier et d’alarme sur les dangers guettant la RND, pour orienter fréquemment l’expression publique du parti vers les progressistes au sein du pouvoir et des institutions.

A la base de cette démarche, n’y avait-il pas la conviction de la direction politique du PAGS que le FLN était capable de se rénover et de se transformer en parti d’avant-garde ?

L’activité du parti tendait ainsi à se contenter de soutenir les fractions les plus progressistes de la petite bourgeoisie radicale et à reléguer au second plan l’affirmation d’une position de classe indépendante.

Sur la période 1980-1990, le pouvoir devenant de plus en plus anti populaire, ce soutien critique équivalait, aux yeux des masses, à un soutien tout court.

Trois idées ont nourri (à chaque fois dans un contexte national et international précis) ce glissement idéologique et favorisé une social-démocratisation rampante du PAGS (même si ces idées n’étaient pas coagulées ni formulées expressément et publiquement comme ci-dessous) :

La thèse mécaniste que le développement des forces productives, indépendamment des formes de propriété, était en soi une garantie d’un achèvement victorieux de la RND.

Le choix économique des « industries industrialisantes » - tout en démultipliant les forces productives, tout en répondant aux besoins de vie et de travail des couches populaires, tout en élargissant la base sociale de la RND par l’accroissement des effectifs de la classe ouvrière - n’a pas était accompagné de luttes conséquentes et victorieuses pour traduire politiquement le rôle économique de plus en plus grand des producteurs de richesses, et, ce faisant, consolider l’option socialiste.

Or, comme le disait Lénine, « le socialisme, c’est les soviets plus l’électricité », c’est-à-dire à la fois un état des forces productives et un changement des rapports sociaux. Le développement des forces productives ne peut jamais nous faire faire l’économie de la prise du pouvoir d’Etat sans lequel aucun changement des rapports sociaux n’est possible.

La thèse de la voie non capitaliste de développement et ses conséquences (possibilité de construire le socialisme sans parti communiste, parti d’avant-garde comme fusion de communistes et de non communistes, surestimation du poids des démocrates révolutionnaires, eurocommunisme et spécificité du socialisme de chaque pays, …).

Cette thèse promue par une Union Soviétique déjà touchée par le révisionnisme, depuis les réformes de Khroutchev, conduit une nouvelle fois à la négation de l’objectif de la prise nécessaire du pouvoir et, en conséquence, à la négation de la nécessité de construire un parti communiste susceptible de mener à bien cette tâche historique.

La thèse de la suprématie des intérêts sociétaux sur les intérêts de classe (gorbatchévisme).

Si Khroutchev enclenche avec ses réformes le processus révisionniste, Gorbatchev le clôt avec cette thèse. La contradiction de classe cesse d’être perçue comme la contradiction fondamentale du système capitaliste mondial. D’autres contradictions peuvent alors prendre cette place selon les pays et ces dernières ne sont pas analysées sur la base de la contradiction de classe.

En écho à cette thèse, les rédacteurs de la résolution politico-idéologique (RPI) abandonnent l’analyse en termes de luttes des classes pour la réduire en luttes entre fractions de la classe bourgeoise : des capitalistes « modernes » qu’il faut soutenir, et des capitalistes « archaïques » qu’il faut combattre.

Ce raisonnement n’est pas sans rappeler la thèse raciste, exprimée par la section de Sidi Bel Abbès du PCA (en 1921, exclue par la suite), sur l’incapacité des indigènes à mener le développement de l’Algérie.

Le soutien critique a également conduit à plusieurs angles morts pour préserver des « alliances » au sommet, ou, pour le moins, ne pas entraver la convergence avec certaines fractions du pouvoir. Ces luttes ont été délaissées et cela a mis la classe ouvrière et les masses populaires à la remorque de l’idéologie bourgeoise.

Libertés collectives et individuelles : s’il est juste d’un point de vue matérialiste de mettre en avant les droits économiques collectifs comme l’a fait le PAGS, il est cependant erroné de les opposer aux droits démocratique individuels. La classe ouvrière a besoin du maximum de libertés démocratiques pour construire son parti et son combat. Les communistes doivent être à l’avant-garde du combat pour les libertés démocratiques. L’étape de la révolution est bien la RND, c’est-à-dire la prise en main des tâches nationales et démocratiques.

Faute d’une prise en charge de ces tâches par les communistes, d’autres forces s’en emparent à des fins réactionnaires.

Les langues et les cultures : s’il est juste de mettre en avant l’unité nationale contre l’impérialisme, il est erroné de la mettre en opposition avec les revendications culturelles et linguistiques des différentes composantes de la nation.

L’unité nationale n’est pas synonyme d’unicité culturelle pour les communistes, comme en témoigne la politique des nationalités de l’URSS.

Une nouvelle fois faute de prise en charge de ces luttes, ce sont des réactionnaires qui s’en emparent.

La religion et les mouvements politiques sous couverture identitaire religieuse : s’il est juste de travailler à rassembler les travailleurs (en majorité croyants dans un pays d’Islam) dans les luttes nationales et de classe, il n’est pas moins important de veiller en permanence à élever le niveau de formation idéologique des communistes (à tous les niveaux de responsabilité, et notamment ceux versés dans le mouvement de masse) pour parer à toute illusion d’une convergence entre matérialisme historique et idéologie religieuse.

D’autant plus que le FIS (principal parti à couverture religieuse) menait très tôt d’intenses campagnes sociales dans les quartiers populaires (pour grossir ses troupes) et apparaître comme un défenseur de l’islam des mousstedâfine (équivalent de la théologie de la libération).

Le combat, qui s’imposait aux communistes, ét ait de combattre le FIS comme force politique de droite (de par ses objectifs de libéralisation et de « bazardisation » de l’économie, et ses méthodes putschistes), mais aussi de lutter pour prendre la tête du mouvement populaire de protestation et de contestation du pouvoir allié objectif du FIS de par sa soumission et son adhésion aux injonctions politiques et économiques du FMI et de la Banque Mondiale.

Les actions fascistes du FIS-GIA-FIDA, dans un contexte de mouvement identitaire religieux populaire et de masse, ont probablement poussé le parti à ne pas marquer ses différences idéologiques pour ne pas être traité d’anti religieux.

Dans le même temps, au cours des révoltes 1988 et après, la direction du PAGS, dans son hésitation à soutenir le mouvement de colère populaire ascendant, a soutenu les réformes d’infitah d’un pouvoir devenu largement anti populaire … considéré comme garant de stabilité sociale et de sauveur de la « République » et de la nation.

La tête de la contestation populaire, place naturelle des communistes, est devenue vacante, et le FIS, identifié comme ennemi principal, l’a occupée et bien exploitée en criant haut et fort « ennemi du FIS égal ennemi du peuple ».

Le fonctionnement du PAGS dans la clandestinité et à la sortie de la clandestinité

Une donnée majeure doit être prise en compte : le PCA a vécu longtemps en clandestinité ; tandis que le PAGS est né dans la clandestinité et a vécu presque entièrement dans la clandestinité (de 1966 à 1989).

Cette situation, imposée aux communistes, a profondément façonné leur fonctionnement.

La clandestinité a certainement contribué à protéger physiquement des militants du parti des services de répression policière, avant et après l’indépendance, comme elle a permis au parti de maintenir et de mener des activités politiques d’envergure nationale et même internationale.

Cela étant, des conséquences négatives s’en sont suivies et ont perduré parce que le parti ne les a pas corrigées. A la sortie à la légalité, elles sont devenues plus évidentes ; elles se sont même amplifiées dans certaines situations en raison d’une conception erronée de la clandestinité.

Deux idées, favorisées par la clandestinité, ont présidé à cette conception :

Un militantisme d’apparence élitiste, dirigé par des cadres (comme des « minorités agissantes ») qui transmettent, fréquemment par contacts individuels, des orientations et des instructions toutes ficelées (par un BP ou CC inconnus et inaccessibles) pour être appliquées par des militants « porteurs d’eau », supposés convaincus démocratiquement et formés pour être capacité d’agir en communistes. La vie politique des cellules (et des nombreux isolés) s’en trouve très réduite (à la réception de Saout Echaâb, aux finances) par l’absence de débats contradictoires et de formation.

Le cloisonnement (entre organes du parti, voire entre militants) et la vigilance (vis-à-vis des services de répression) ont souvent été opposés au travail de masse. Ce dernier s’en est trouvé largement sous-estimé, au profit d’un travail des militants tourné vers l’interne, avec prédominance des tâches organiques et surabondance des rapports écrits.

Le parti fonctionnait plus comme un ensemble de réseaux.

Le parti est devenu plus clandestin vis-à-vis des masses que des services de police, comme l’ont montré les nombreuses arrestations de militants communistes lors des évènements d’octobre 1988.

A contrario, les nombreux recrutements lors des luttes de masse (UNEA et Volontariat pour la R.A.) ont montré combien l’activité de masse était bénéfique.

Trois conséquences majeures à cela :

La faiblesse (qualitative et quantitative) du travail de masse n’a pas favorisé la formation et l’émergence de cadres communistes issus de la classe ouvrière et des couches populaires, pour mettre en adéquation la composition sociale du parti (notamment des organes de direction) avec ses objectifs.

Le centralisme démocratique s’est trouvé réduit au centralisme sans démocratie.

La cooptation systématique des responsables a aggravé le fossé entre base et direction du parti ; fossé dont l’ampleur a été illustrée par le congrès de 1990 : le nouveau 1er secrétaire est l’élu (proposé par la direction sortante) qui a obtenu le moins de voix !

L’information et sa circulation (dans les deux sens de la direction vers la base et inversement), était prisonnière du contrôle politique du circuit en réseau, un contrôle non collectif et donc non démocratique.

Le cloisonnement, dans ces conditions, a contribué à anesthésier la résistance collective des communistes face à la sociale-démocratisation du parti.

Basculement contre-révolutionnaire et social-démocratisation du PAGS

C’est avec ces héritages que le parti aborde la dernière phase du processus de dégénérescence qui opère un basculement qualitatif définitif vers la social-démocratisation du PAGS.

Influence de l’eurocommunisme et de la défaite du MCOI : URSS et camp socialiste

L’eurocommunisme est au cours de la décennie 70 une nouvelle offensive idéologique impérialiste pour miner de l’intérieur le MCOI.

Au prétexte de s’opposer aux limites du « socialisme réel », les dirigeants des partis communistes européens prônent la dissociation du « soviétisme » et du « socialisme ». Ces limites ne sont pas attribuées aux conditions matérielles concrètes de la construction du socialisme et du rapport de forces mondial mais à un défaut de la théorie marxiste-léniniste qu’il faudrait réviser. Elles ne sont pas analysées comme conséquence d’un processus révisionniste largement entamé dans le camp socialiste mais comme défaut congénital du marxisme-léninisme. L’antisoviétisme porté par l’eurocommunisme n’était qu’un anticommunisme.

Le PCF (dont la proximité idéologique avec le MCOA est encore réelle) décide, dès 1976 l’abandon de la dictature du prolétariat, arguant « qu’elle ne recouvre pas la réalité, de notre politique, la réalité de ce que nous proposons au pays » (Rapport du comité central au 22ème congrès).

Le PCI (un des plus grands partis d’Europe), dirigé alors par Berlinguer, tire en 1981 la conclusion logique de ce révisionnisme en disant : « La force progressiste issue de la Révolution d’Octobre est définitivement épuisée ».

L’approbation ou l’absence de démarcation du PAGS d’avec l’eurocommunisme révèle l’état idéologique du parti à ce tournant de son existence. L’eurocommunisme est perçu comme justifiant des erreurs et déviations déjà anciennes du parti (voie non capitaliste de développement et sous-estimation de la nécessité et des conditions de la prise du pouvoir, confusion entre parti et front, abandon de la perspective socialiste, etc.).

La victoire de la contre-révolution en URSS sera perçue de la même façon. Alors que le Gorbatchévisme est la clôture du processus révisionniste enclenché avec les réformes de Kroutchev, il est salué par plusieurs dirigeants du parti qui y voient une « rénovation ».

Aucune analyse matérialiste des causes de la défaite n’est mise en route laissant les militants isolés idéologiquement face à ce séisme.

Influence de l’agressivité idéologique de la bourgeoisie à l’échelle internationale : crise du capitalisme et ses répercussions sur le mouvement ouvrier et syndical en Algérie

La contre-offensive impérialiste mondiale de la seconde partie de la décennie 70 prend également la forme de la théorie monétariste diabolisant toute intervention de l’Etat.

L’heure est à la « libéralisation de l’économie », à l’ouverture à la concurrence internationale et à la « bonne gouvernance », au prétexte de combattre les « lourdeurs de l’Etat » et la bureaucratie.

Les décennies 1980 et 1990 voient le pouvoir algérien reprendre cette logique monétariste avec en conséquence un arrêt du processus d’industrialisation, l’abandon de la construction des bases industrielles d’une économie indépendante, et le déploiement en grand de la politique du « commerce international » industrialisant.

Si le PAGS critique certains aspects du processus, il ne s’en démarque pas entièrement. La poursuite de sa politique de « soutien critique » dans un tel contexte a signification d’approbation des réformes. Les communistes algériens qui auraient dû être à la tête d’une contre-offensive ouvrière et syndicale de rupture avec Hamrouche se retrouvent une nouvelle fois désarmés par ce « soutien critique ».

La montée du mouvement politique de droite sous couvert de religion : FIS, GIA, FIDA, …

La contre-offensive impérialiste mondiale est une telle ampleur qu’elle anticipe les réactions des masses populaires devant la dégradation de leurs conditions matérielles d’existence.

Tout en sapant l’outil stratégique qu’est le parti par l’eurocommunisme puis le gorbatchévisme, elle développe les outils de la répression des luttes ouvrières que ce soit sous la forme de coup d’Etat comme au Chili, ou sous la forme de groupes politiques se couvrant de la religion pour détourner la révolte populaire et si nécessaire la réprimer. Ces forces et partis sont à la fois critique du pouvoir en place et défendent un programme de libéralisation total de l’économie algérienne.

S’il y a certes opposition avec une fraction du pouvoir sur le rythme et les bénéficiaires de la libéralisation, il y a également convergence sur sa nécessité. La violence fasciste de certains de ces groupes n’a pas été reliée à sa base économique. La contre-révolution économique en cours a pu se développer à la fois par les « réformes » du pouvoir et par l’anesthésie populaire du fait des violences fascistes de masse.

Le besoin d’une analyse de classe de « l’Islam politique » n’a pas été rempli par une direction développant une critique unilatéralement idéologique de l’islam politique dans ses différentes variantes algériennes. Bien avant la RPI la contradiction de classes était déjà remplacée par une soi-disant contradiction modernité/barbarie.

La RPI

La résolution politico-idéologique est l’aboutissement de ce long processus.

Elle n’est que la formalisation d’une ligne droitière déjà en œuvre depuis plusieurs décennies.

Elle signifie un seuil qualitatif préparé antérieurement par une accumulation quantitative de décisions d’abandon du marxisme-léninisme.

Sans être exhaustif au moins quatre dimensions de la RPI sont significatives de son caractère de seuil nouveau transformant définitivement le parti en parti social-démocrate.

Abandon de l’analyse en termes de luttes des classes

La contradiction principale n’est plus dans la RPI celle entre la classe ouvrière et la bourgeoisie mais celle entre la modernité et la barbarie.

Cette « mutation » se réalise alors même que les classes sociales se sont coagulées depuis l’indépendance et que l’Algérie se caractérise désormais par l’existence des deux classes fondamentales du capitalisme dans un contexte national où les tâches nationales, paysannes et démocratiques ne sont pas encore entièrement achevées.

On retrouve ici la vieille théorie révisionniste des forces productives prônant que le socialisme est le résultat mécanique des forces productives.

Ce développement est ainsi absolutisé comme « modernité » à défendre.

La lutte et les alliances nécessaires contre les forces ultraréactionnaires et fascisantes n’est pas avancée comme une tactique liée au rapport des forces mais comme une stratégie couvrant toute une époque.

Il ne s’agit rien de moins que de l’abandon de la lutte des classes et de l’organisation autonome de la classe ouvrière.

La destruction du parti n’en est qu’une conséquence logique et inévitable.

La colonisation aurait pu être plus utile si pas de sang et de feu !

Cette théorie révisionniste des forces productives ne pouvait que déboucher sur du révisionnisme historique à propos de la colonisation.

Ce qui est reproché à la colonisation c’est désormais sa forme (violente et oppressive) et non son principe.

Ce qui est occulté ici c’est ce que le 6ième congrès de l’Internationale Communiste a mis en avant : le colonialisme ne signifie pas le développement des forces productives dans les colonies mais un développement restreint aux intérêts de la métropole coloniale.

La théorie des forces productives conduit en outre à des explications culturalistes arguant que l’état de développement d’une société n’est pas le résultat de la lutte des classes qui la caractérise mais de la pénétration ou non de la « modernité » dans son fonctionnement. Le peuple et sa « culture » sont ainsi présentés comme responsables de la situation alors qu’ils sont les victimes d’une contre-révolution économique et idéologique.

Il ne reste comme solution que l’alliance avec les partisans de la « modernité » comme jadis certains défendait l’alliance avec le colonialisme censé apporté la « modernité » et les « forces productives ».

La RPI n’est ainsi qu’une nouvelle justification de la mise en dépendance de la nation algérienne à l’impérialisme dans un vocabulaire rénové mais qui débouche sur les mêmes conclusions que la « mission civilisatrice » coloniale.

Question du pouvoir non posée, ce qui limite le parti à des actions de défense syndicale.

Une telle analyse signifie l’abandon explicite de la question de la prise du pouvoir par la classe ouvrière.

Cette tâche est considérée comme n’étant pas à l’ordre du jour, tant à court terme qu’à long terme. Toute une période historique de développement de la « modernité » est présentée comme nécessaire et incontournable avant d’aborder cette tâche et de préparer le parti à sa réalisation.

Il ne reste pour les communistes qu’une mission de promotion de cette « modernité » d’une part et une mobilisation de type syndicale pour que cette dernière soit plus « sociale ».

Le parti est ainsi réduit à des actions de défense syndicale dans un front avec tous les partisans, même bourgeois, de la « modernité ».

Accompagner l’exploitation capitaliste des travailleurs par la promotion d’un « accompagnement social » cela a un nom : la social-démocratie.

La lutte anti-impérialiste déconnectée de la lutte anti capitaliste au plan interne.

Le maintien d’un certain discours anti-impérialiste (d’ailleurs partiel et inconséquent) sur le plan international ne doit pas faire illusion.

Cette dénonciation se réalise sans articulation avec les classes sociales nationales.

Or l’impérialisme n’est pas qu’une réalité extérieure. Il s’appuie sur des classes nationales pour maintenir et développer sa mainmise.

Il est de ce fait illusoire de vouloir le combattre en faisant front avec les classes nationales qui en sont l’expression au prétexte de développer la « modernité ».

Ces quatre dimensions de la RPI suffisent à la caractériser comme le passage qualitatif à la social-démocratie, c’est-à-dire comme la clôture d’un long processus d’abandon du marxisme-léninisme, lui-même rendu possible par une série de facteurs : les mutations du rapport de force mondial ; la coagulation de la bourgeoisie en tant que classe depuis l’indépendance ; les conditions non démocratiques de fonctionnement du parti ; la composition de classe du parti ; etc.

Que faire en priorité pour que la rupture avec la social-démocratisation à la base de la destruction du PAGS soit réelle et définitive, pour que la relance du Mouvement Communiste et Ouvrier en Algérie soit réelle et durable ?

Ce qui est possible et nécessaire pour aller dans cette direction c’est, d’abord, d’être utile à celles et ceux qui se battent contre l’exploitation, l’oppression et contribuer à rompre le cycle prolongé des défaites du camp du travail.

Car les questions des conditions de vie et de travail, de privation d’emploi (chômage), sont des préoccupations majeures par lesquelles les travailleurs prennent conscience de la nécessité de l’organisation de la lutte politique, jusqu’à la nécessité du parti communiste.

Dans des combats de classe et de masse, des forces militantes (anciennes et nouvelles) seront ainsi accumulées pour nourrir et composer u futur parti de classe.

Dans le même temps, développons des échanges et des débats sur le MCOI et le MCA, pour comprendre la contre-révolution en URSS et dans le monde, pour apprendre des succès et des échecs de nos aînés communistes, pour mieux connaître la formation économique et sociale algérienne, pour mieux combattre la social-démocratie en Algérie.

Pour être communiste dans l’Algérie d’aujourd’hui !

Partager cet article

Repost 0

Hommage à DJABALLAH LOUNES

Publié le par Mahi Ahmed

 Hommage à DJABALLAH LOUNES

 

Cher(e)s Ami(e)s, et camarades…….
Quant je pense à ce que fut l’unique parti ou j’ai milité dans ma vie
Le P.A.G.S(Parti de l’avant-garde Socialiste) je suis heureux ! Même si parfois ,je fus et suis très critique sur certaines de ses positions, mais jamais de regrets…. Jamais !…..
Même après l’avoir quitté, juste après le congrès de 1990, en désaccord avec la résolution politico- idéologique qui en a résulté car :
Je lui dois beaucoup dans mon éducation
Dans ma perception de la lutte
Dans mon amour pour la patrie bien compris celui de la libération sociale
Pour mon internationalisme
Je n’essaye jamais aussi  de cacher mon abandon des luttes durant des 
Périodes, mon découragement qui peut se justifier, la faillite de certains de mes camarades …..Les ravages causés par l’effondrement du camp socialiste.......Pour tirer à boulets rouges sur la maison, je laisserai à l’histoire de restituer objectivement l’apport que ce dernier a apporté à la libération de l’homme et de la femme dans mon pays !
Et  ce quoi doit l'humanité au socialisme scientifique dans l’émancipation et le progrès  !
Mais comment rester vivant pour cet idéal, réalisant que « sans mon parti je suis un homme mort » pour paraphraser le camarade feu DJABALLAH LOUNES paroles qu’il  m'a dites trois jours avant son assassinat à BACHDJARRAH ALGER par un groupe terroriste armé de plusieurs balles, dans le dos (repose en paix camarade!!!)
Alors en souvenir de LOUNES(en ce jour anniversaire de son assassinat) qui juste avant de tomber en martyr de l’Algérie du Progrès et de la justice sociale (était avec d’autres camarades en train de s’atteler à reconstituer le parti « dial el kheddama »celui des laborieux, comme il aimait à le dire)


Je suis heureux aussi d'avoir cotoyé ces humbles !
Car quant je pense à la camaraderie faite homme avec ses forces et ses faiblesses je pense à toi LOUNES

Et pour ne pas mourir ….. Et idéal refleurir 

Et continuer d’espérer et d'agir pour se reconstruire,et à ta mémoire LOUNES
Le solidaire sourire,je vous offre camarades et ami(e)s ce poème de Pablo Neruda
                                   Bonne lecture !

Fateh Agrane



A mon parti

Tu m'as donné la fraternité envers celui que je ne connais pas. 
Tu as ajouté à mon corps la force de tous ceux qui vivent. 
Tu m'as redonné la patrie comme par une autre naissance
Tu m'as donné la liberté que ne possède pas le solitaire. 
Tu m'as appris à allumer, comme un feu, la bonté. 
Tu m'as donné la rectitude qu'il faut à l'arbre. 
Tu m'as appris à voir l'unité et la variété de l'homme. 
Tu m'as montré comment la douleur de l'individu meurt avec la victoire de tous. 
Tu m'as appris à dormir dans les durs lits de mes frères. 
Tu m'as fait bâtir sur la réalité comme on construit sur une roche. 
Tu m'as fait l'adversaire du méchant, tu m'as fait mur contre le frénétique. 
Tu m'as fait voir la clarté du monde et la possibilité de la joie. 
Tu m'as rendu indestructible car grâce à toi je ne finis plus avec moi. 

Pablo Néruda

 

Partager cet article

Repost 0

Adonis, aux intellectuels arabes : “vous êtes des lâches”

Publié le par Mahi Ahmed

Dimanche 21 juillet 2013 7 21 /07 /Juil /2013 12:59

 

 

 

Dimanche 21 juillet 2013 7 21 /07 /Juil /2013 12:59

 

 

 

 

 

 


Il s’appelle en fait Ali Ahmed Saïd Esber, et ce pseudo qu’il a choisi, se réfère au dieu d’origine phénicienne, symbole du renouveau cyclique. Il n’aurait pas pu trouver mieux, quand on sait que tous ses livres (éd. Mercure de France) ont pour thèmes l’injustice, la dictature, la guerre et la misère.
A 78 ans, lors de sa dernière intervention à la bibliothèque nationale d’Alger, Adonis le syrien, considéré comme le plus grand poète arabe vivant, a foutu un tel merdier.
Tout d’abord, rappelons que c’est bien l’intervention d’Adonis, ainsi que la publication du livre de Mohamed Benchicou qui sont à l’origine du remerciement d’Amine Zaoui de la bibliothèque nationale d’Alger, dont il était le directeur, par la ministre de la culture, Khalida Toumi-Messaoudi.
« Les intellectuels arabes sont des sbires du pouvoir » (Adonis)
Extraits de l’intervention d’Adonis à la Bibliothèque Nationale d’Alger.
Et accrochez-vous, car ça va vous changer beaucoup de la langue de bois de Yasmina Khadra et de quelques autres :
« Je suis contre tout Etat bâti sur la religion. »
« Je m’oppose à l’islam régime, à l’islam institution » dit-il.
Adonis était très attendu par les intellectuels algériens. La bibliothèque nationale était bandée de monde.
Face à un public ravi, il hurle :
« Nos intellectuels sont des instruments du pouvoir, ce sont des lâches! »
Et il dit cela en Algérie, aujourd’hui. Qui l’aurait cru ?
Ce vieux poète est allé en Algérie cracher ses vérités, vomir le fond de sa pensée et maudire les gouvernements arabes qui sont restés aujourd’hui à la traîne des nations. Des hommes politiques qui ont pourtant été parmi les libérateurs de leurs Etats du joug de la colonisation.
« Vers une résistance radicale et globale » conseille-t-il au public qui l’applaudit.
Une magnifique conférence sur l’impasse de la pensée arabe et la crise de modernité qui secoue les sociétés arabes. Sa venue a drainé un public fou, tant son discours est en rupture totale avec le politiquement correct, la langue de bois, et le discours officiel dominant.
D’emblée, il s’est attaqué à la question de la « nécessaire » sécularisation des pays musulmans.
« Je suis respectueux de l’islam. Je suis au-delà de toutes les religions, je vais au bout de toutes les spiritualités et des expériences humaines. Mais je suis totalement opposé à l’islam institution, à l’islam régime », dit-il.
De la provocation. De l’audace. Du courage, en veux-tu en voilà. Et ce n’est qu’un début, car le conférencier ne va pas mâcher ses mots. Il s’attaque aux régimes arabes, particulièrement ceux qui ont pris le pouvoir depuis la seconde moitié du 20e siècle et qui vivent un échec cuisant, car « ils n’ont pas pu libérer l’Homme et asseoir des Etats modernes basés sur le droit et le respect de l’individu. »
Il argumente sa réflexion en se basant sur la dure réalité à laquelle font face les populations arabes et musulmanes.
« Ces politiques ont des réflexes tribaux, ils nient l’individu et la liberté individuelle. Les élites politiques qui se disent progressistes et laïques, qui ont libéré leurs pays du joug de la colonisation, n’ont fait que perpétuer le clanisme et le népotisme et sont soutenus par des intellectuels, ce sont leurs complices !»
Adonis tire à boulets rouges sur ces « intellectuels » qui n’ont aucune valeur morale.
« Dans nos sociétés arabes et musulmanes, l’élite intellectuelle ne remplit aucun critère de probité morale qui lui permet d’être à l’avant-garde des changements nécessaires. C’est-à-dire la sécularisation de la société qui est au cœur de la crise de la modernité dans ces sociétés. »
Il va encore plus loin, écœuré et blasé par la situation actuelle, politique, culturelle, sociale et économique qui prévaut dans les pays arabes, ce poète hors normes vomit le fond de sa pensée et il le dit tel quel : « advienne que pourra ! »
Non mais vous le croirez ? Encore un bout :
« Les intellectuels dans le monde arabe manquent de courage, ils sont frileux lorsqu’il s’agit d’évoquer la question de la laïcité : le texte (le Coran) est constant, mais son interprétation change, or il n’y a aucun effort de questionnement théorique en la matière », déplore-t-il.
Ainsi, l’absence de pensée critique a coupé l’intellectuel arabe de la société, faisant de lui non pas un être autonome pensant par lui-même, mais un «instrument» au service des gouvernants. Comme tout ça est vrai. Il explique que le monde arabe est privé aujourd’hui d’une élite intellectuelle qui remettra en cause la pensée traditionaliste et les modèles tribaux.
« Nos sociétés sont sclérosées. Nous sommes absents de la carte du monde actuel et en marge du cours de l’Histoire », se désole-t-il encore.
Il s’en est pris violemment aux intellectuels arabes qui, selon lui, ont joué le jeu des régimes en place en remettant en cause le lien solide entre Etat et religion.
A la fin de la conférence, la Bibliothèque nationale a remis à Adonis une distinction. Son amie de longue date, Djamila Bouhired, s’est fait un plaisir de la lui offrir au milieu des applaudissements et des youyous.
http://algerienetwork.com/blog/adonis-aux-intellectuels-arabes-vous-etes-des-laches/
DZ Wall

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

Bachir Hadj Ali, Le poète engagé

Publié le par Mahi Ahmed

»

Bachir Hadj Ali, Le poète engagé 

le 22 mars 2013

Algérie Littérature Action N° 2 – Écrit par Nadjet Khadda 

http://marsa-algerielitterature.info/lactualite-litteraire/110-bachir-hadj-ali-le-poete-engage.html 

 

Bachir Hadj Ali, poétique et politique, sous la direction de Naget Khadda, édition L’Harmattan (Collection Etudes Littéraires maghrébines , 1995, 91p.

Dirigeant politique, poète, mélomane, Bachir Hadj-Ali est une figure marquante de cette génération d’intellectuels qui a forgé l’indépendance de l’Algérie. Il est aussi, avec Jean Sénac et Mohammed Dib, l’un des trois poètes algériens qui ont le plus marqué la génération de poètes qui s’est levée dans ce pays tragique, autour des années 70.

Au moment de sa mort, survenue le 9 mai 1991, sa biographie s’est étalée à longueur de colonnes dans la presse, rappelant sa formation, en grande partie d’autodidacte, son adhésion au parti communiste algérien et sa participation, aux postes de commande de ce parti, à la guerre de libération nationale, son arrestation au lendemain du coup d’Etat du 19 juin 1965, son

incarcération, les tortures subies, l’assignation à résidence, puis le retour à Alger, la reprise de ses activités et la lente et irréversible perte de la mémoire (séquelles des tortures?) jusqu’à la mort, à l’âge de 70 ans, dans un isolement autistique.

Sous la direction de Naget Khadda, un livre est paru aux éditions L’Harmattan (1995), issu d’un hommage organisé par l’Université d’Alger, hommage qui dépasse la nécessaire dimension affective, pour lancer les jalons de la lecture à venir d’une oeuvre essentielle.

C’est pour nous aussi l’occasion de nous faire l’écho de cet hommage.

Serment

Je jure sur la raison de ma fille attachée

Hurlant au passage des avions

Je jure sur la patience de ma mère

Dans l’attente de son enfant perdu dans l’exode

Je jure sur l’intelligence et la bonté d’Ali Boumendjel

Et le front large de Maurice Audin

Mes frères mes espoirs brisés en plein élan

Je jure sur les rêves généreux de Ben M’hidi et d’Inal

Je jure sur le silence de mes villages surpris

Ensevelis à l’aube sans larmes sans prières

Je jure sur les horizons élargis de mes rivages

A mesure que la plaie s’approfondit hérissée de lames

Je jure sur la sagesse des Moudjahidine maîtres de la nuit

Je jure sur la certitude du jour happée par la nuit transfigurée

Je jure sur les vagues déchaînées de mes tourments

Je jure sur la colère qui embellit nos femmes

Je jure sur l’amitié vécue les amours différées

Je jure sur la haine et la foi qui entretiennent la flamme

Que nous n’avons pas de haine contre le peuple français.

Alger, le 15 décembre 1960

(Chants pour le onze décembre, p. 23)

Nuits algériennes

La nuit, longue est la nuit

Les gens en tremblent

Le lion est détrôné

C’est le règne du chacal

(Paroles d’un prélude algérois)

Pincer sur une guitare

Khaït laoutar et chasser l’ennui

C’est facile mes frères

Utiliser sur le métier

Khaït men smaâ et rêver de pluie

C’est facile mes frères

Ceindre sur le front de la ville

Khaït errouh et l’espoir luit

C’est facile mes frères

Trancher au boussaadi

Khaït el ghord et tuer la nuit

C’est facile mes frères

Mais dire

La plainte du cèdre déraciné

Mais taire

Les mille souffrances de la chair

Quand les tenailles arrachent l’ongle

Ce n’est pas facile mes frères

O donnez-moi le souffle de Belkhaïr

Pour dire les nuits dénaturées

Pour dire les nuits algériennes

(Ecrit à Alger en 1961, Publié par Denise Barrat, Espoir et Parole, Seghers.)

 

Partager cet article

Repost 0

En ce 19 mars jour de la victoire de notre peuple sur le désordre exploiteur colonialiste

Publié le par Mahi Ahmed

En ce 19 mars jour de la victoire de notre peuple sur le désordre exploiteur colonialiste

CES MOTS EN HOMMAGE A MON PÈRE MESSAOUD TOMBE AU CHAMP D’HONNEUR POUR QUE VIVE L'ALGERIE LIBRE ET INDÉPENDANTE

LE 6 MAI 1958 A EL AOUANNA JIJEL GLOIRE A NOS MARTYRS.

 

Baba!

par Fateh Agrane

Baba*

J’attends ton retour

Ou es tu retranché

Une balle au front

La gorge tranchée

Tu as trop tardé

As-tu pris des détours

Poitrine criblée

Soupir arraché

J’ai t'ai vu flotter en rêve

Vert de blanc fluorescent

Ou ton étoile fait l’amour

A son rouge croissant

Je t’ai vu en famille

Sans effet d’annonce

Lové les yeux de ma fille

Le jour de ses noces

J’ai beaucoup pleuré

ce demi-siècle d’absence

D’être de toi sevré

D’être ma béance

Mais je te dis une chose

Et que ça soit entre nous

Je suis épris d’elle

Ton amour prunelle

Ne te voyant venir

Elle m’a fait les yeux doux

Pour me remplir d’elle

Et me léguer tes ailes

Vais-je aimer comme Icare

Que lumière à brulé

Dans son lit d’amour

Dans ton ciel étoilé

Baba, reviens pour me dire

Reviens pour voir

Compter mes plaisirs

Et rire de mes déboires

Reviens-moi un peu

J’ai peur de trahir

Et ne point atteindre

Ton rêve avenir

Baba !

Reviens

 

Partager cet article

Repost 0

GOUVERNER PAR LE COMPLOT : OCTOBRE 88 A ORAN

Publié le par Mahi Ahmed

GOUVERNER PAR LE COMPLOT : OCTOBRE 88 A ORAN

Hier ‎29 ‎janvier ‎2013, ‏‎19:20:24 | (messaoud benyoucef)

 

 

 

OCTOBRE 88 À ORAN 

 

Des émeutes d'octobre 1988 à Alger, tout a été dit -ou presque. Que se passa-t-il à Oran, durant ces quelques jours qui marqueront ce moment idoine où la vérité des choses se dévoile brusquement ? Le régime livrera à tous son vrai visage en ces journées de complot et contre-complot car les groupes d'intérêt au pouvoir ne s'affrontent jamais à visage découvert ; ils se réfugient derrière la manipulation d'une masse, de préférence jeune car impulsive, téméraire et sans expérience. À ce titre, il est légitime de dire que les manifestations de 1982 à Oran, de 1986 à Constantine et de 1988 à Alger (et Oran) ont été les vrais premiers épisodes de la guerre des lâches qui endeuillera le pays dans la décennie 90. 

 

LE CONTEXTE GÉNÉRAL 

 

Les années 80 furent marquées par une lutte intense entre les différents cercles du pouvoir. Le débat tel qu'il était formulé en public concernait la question de la gestion économique et financière du pays après la chute des prix des hydrocarbures en 1986. Mais cette façon de poser le problème avait pour objectif de cacher la réalité d'un autre, plus profond et premier car il structurait de plus en plus clairement les luttes de tendances au sein du pouvoir : celui de la destination du secteur public, agricole et industriel, qui avait été édifié depuis l'indépendance. Privatiser les terres agricoles récupérées sur le fonds colonial, démanteler le secteur industriel et défaire toute la législation sur le commerce extérieur afin d'ouvrir la porte au capital international, tel était le programme d'une tendance du pouvoir, pressée d'emboîter le pas à l'Égypte d'Anouar Sadate, celle de l'Infitah - « l'ouverture »- qui avait livré ce pays à la la bourgeoisie compradore, celle du « Tasdir wa'stirad », l'import-export. 

 

L'inénarrable Benbella apportera son eau frelatée au moulin des Infitahistes en déclarant que le secteur industriel n'était qu'« un tas de ferraille ». L'heure, il est vrai, était au règne de l'ignorance et de l'inculture. Avec un acteur de série B à la tête des USA (R. Reagan) et une épicière inculte et dénuée de tout sentiment humain en Grande-Bretagne (M. Thatcher), pourquoi l'Algérie ne se paierait-elle pas deux présidents, l'un en exercice et incapable d'énoncer une seule phrase syntaxiquement correcte dans n'importe quelle langue, l'autre dans l'opposition et blindé contre le ridicule ? 

 

Cette tendance infitahiste, honteuse parce qu'incapable encore de s'assumer ouvertement tellement elle aurait heurté une opinion publique formatée à l'égalitarisme de la religion et du socialisme officiel, était encouragée et soutenue par le cercle présidentiel. Sa mise en oeuvre fut confiée à un gouvernement dirigé par Abdelhamid Brahimi, un premier ministre rigide, brutal même, et à la science douteuse qui entreprendra le travail préparatoire de liquidation des grandes entreprises publiques, celui de leur redimensionnement. Morceler les « majors » des hydrocarbures, de la sidérurgie et du BTP pour les liquider plus facilement, telle était la mission d'un Premier ministre qui ne convainquait personne en s'abritant derrière les nécessités d'une gestion plus saine (et qui n'avait, de toute façon, aucun argument à faire valoir sinon la vocifération et le passage en force). 

 

Aux Infitahistes qui avaient le vent en poupe, leurs adversaires n'avaient à opposer que l'arsenal des ruses et chausse-trapes d'appareils. Le système politique qui s'est mis en place en Algérie dès les premiers mois de l'indépendance ressemble à s'y méprendre à celui qui prévalait en URSS : une pouvoir nominal dévolu au parti unique (PCUS / FLN) et sa réalité exercée dans le secret absolu par l'appareil de la sécurité d'État (KGB / SM). La tendance anti-infitahiste était « logée » dans une aile de la SM -disons pour aller vite et pour la commodité, l'aile gauche-, et son bras séculier était l'appareil du FLN et ses organisations satellites. C'est dire en d'autres termes que l'appareil de la SM était lui-même divisé. (D'ailleurs, le Premier ministre était lui-même un membre de la SM). Mais, contre la Présidence et le gouvernement, l'aile gauche de la SM disposait d'un atout autrement décisif : son influence sans rivale sur l'appareil d'État et les managers du secteur public, soumis à une surveillance implacable et terrorisés à la seule idée d'avoir affaire, un jour, à la SM. À partir de 1975, en effet -et mettant à profit l'affaire du Sahara occidental et l'état, consécutif, de paix armée avec le Maroc- la SM mit en place les Bureaux de sécurité préventive (BSP), organes de surveillance présents dans la moindre administration, la moindre entreprise, la plus petite école même. Les managers et les cadres étaient à la merci du moindre ragot colporté par des agents d'autant plus zélés qu'ils étaient, en général, plus motivés par la prébende que par le patriotisme. Un réseau de surveillance et de contrôle tentaculaire, qui rappelle par bien des aspects le Dispositif de Protection Urbaine, le DPU du colonel Trinquier, de sinistre mémoire (lui-même démarqué des méthodes de mouchardage de la Gestapo) et finalement inefficace puisqu'il n'empêchera nullement la corruption de prospérer. Bien au contraire. Et elle ne touchera pas seulement les BSP, d'ailleurs, mais des cadres mêmes de la SM. Qui surveillera les surveillants ? 

 

Au long des années 80, cette confrontation allait devenir de plus en plus prégnante, de plus en plus publique. Les Infitahistes, confrontés, d'une part, à la pression croissante du Fonds monétaire international (FMI) -le bras armé de la marche du Capital vers l'unification du marché mondial-, d'autre part au sabotage systématique des mesures gouvernementales par leurs adversaires, se lanceront finalement dans une fuite en avant qui mènera aux événements d'octobre 88. Mais auparavant, il y aura eu cette emblématique affaire des ligues des droits de l'homme. 

 

L'AFFAIRE DES LIGUES DE DROITS DE L'HOMME 

 



 

La deuxième moitié des années 80 allait être marquée, en effet, par cette bataille autour de la constitution d'une association de défense des droits de l'homme. L'idée d'une ligue des droits de l'homme faisait, depuis quelque temps, son chemin dans un cercle de démocrates bourgeois de la capitale. Pour l'essentiel, il s'agissait de personnalités liées au barreau dont certaines -l'avocat Miloud Brahimi et l'écrivain Rachid Boudjedra- entretenaient des liens d'amitié avec le chef de la DGSN, Hadi Khediri. La figure de proue de ce cénacle était Miloud Brahimi. On cite aussi les avocats Ali Benflis, membre influent du FLN, Youcef Fethallah, le professeur de Droit Mohand Issaad, Mes M'hamed Ferhat et Mahi Gouadni d'Oran... L'existence de ce cercle (informel) était bien l'indice qu'une autre tendance politique tentait de se faire jour à l'ombre de la Présidence, celle de démocrates libéraux, encouragée et même couvée par le chef de la DGSN, lequel se croyait promis à un avenir radieux. 

 

Mes Ferhat et Gouadni étaient précisément ceux qui avaient assuré notre défense lors des événements d'avril 82. Khediri et Gouadni se sont connus à l'université d'Aix-en-Provence où le premier menait des études de mathématiques, le second de Droit. En 1961, Khediri rejoignit le GPRA à Tunis où se trouvait également Rachid Boudjedra -ce qui explique la présence de l'écrivain, qui se revendiquait du communisme, dans le cénacle, et plus tard dans le bureau de la ligue. C'est auprès de Me Ferhat que je me tenais informé de l'état d'avancement du projet qui m'intéressait particulièrement. L'expérience de 82 -et celle de 86 qui a concerné les camarades de Constantine- m'avait convaincu que l'axe principal de la lutte politique devait se déplacer vers la défense de la société civile qu'un pouvoir de plus en plus nettement policier et prédateur menaçait gravement. J'y reviendrai. 

 

J'appris ainsi que le consensus s'était enfin réalisé autour de la date et du lieu de proclamation de la ligue et, surtout, sur le nom de son futur président, une personnalité incontestable et unanimement respectée, le professeur de droit Mohand Issaad. Mais au jour dit, un incident remettra tout en cause : brisant le consensus longuement négocié, quelqu'un se présentera, à la dernière minute, contre Issaad. C'était Abdennour Ali-Yahia. Personnalité très controversée, passée du boumédiénisme au berbérisme, Ali-Yahia a-t-il consciemment saboté la réunion pour faire place nette à la ligue berbériste dont il sera l'inamovible président ? Quoi qu'il en soit, l'incident créa la confusion et la réunion tourna court. Dans les jours qui suivirent, le professeur Issaad fut convoqué par les services de sécurité, interrogé, intimidé. À quel service appartenaient ces policiers ? Voulaient-ils étouffer dans l'oeuf le projet pour mettre Khediri en difficulté ? Le fait est que le professeur Issaad se retira de la scène. Il fallut lui trouver un remplaçant. Ce fut Me Miloud Brahimi qui, finalement, deviendra le président de la LADH. À son corps défendant, diront certains. 

 

Quant à Abdennour Ali-Yahia, il fut proclamé président d'une « Ligue de défense des droits de l'homme » (LADDH) par une réunion de militants tous connus -à l'exception de Me Hocine Zahouane, qui en fut la véritable cheville ouvrière- comme des militants de la cause berbériste, tels Ferhat Mehenni, Saïd Saadi, Fettouma Ouzeggane, Moqrane Aït Larbi... Immédiatement après cette proclamation, ils furent tous arrêtés (à l'exception notable de Ali-Yahia) et déférés devant une juridiction d'exception, la Cour de sûreté de l'État, siégeant à Médéa. Ils seront condamnés à de lourdes peines de prison et certains d'entre eux seront internés à Bordj Omar Driss, où ils retrouveront les militants du Pags constantinois. Plus tard, on découvrira qu'une autre initiative de constitution d'une ligue, contemporaine des deux premières nommées, avait été mise en oeuvre par un groupe de trotzkistes proches du Parti des Travailleurs (PT). Un bureau fut même constitué mais cette ligue ne sortira jamais des limbes de la clandestinité bien que certains secteurs du pouvoir fussent intéressés à son existence. 

 

ORAN ET LA LADH 

 

Le Pags était organisé jusque là en réseaux plus ou moins étanches, ce qui n'assurait pas plus de sécurité à l'ensemble de l'organisation ni ne facilitait le travail militant -deux réseaux pouvant se télescoper ou développer des stratégies différentes dans un même milieu local ou professionnel. Or le parti était parvenu à un stade de développement qui ne pouvait plus se satisfaire de ce type d'organisation. Tout le monde en était peu ou prou conscient, même si on n'avait pas les mêmes mots pour le dire. C'est dans ce contexte que se mit en place, en plusieurs étapes certes, la cellule dans laquelle nous nous sommes trouvés réunis M'hamed Djellid, Abdelkader Alloula et moi. 

 

M'hamed enseignait la sociologie à l'université mais « travaillait » dans le monde ouvrier : recrutement de militants et organisation de cellules. Il activait dans trois secteurs : la commune, les docks et le BTP. En ce qui concerne les deux premiers secteurs, leur réceptivité à notre travail venait de loin. Il y a, bien sûr, l'histoire prestigieuse des dockers oranais à l'époque de la CGT (qui étaient encore dirigés dans les années 60 et 70 par feu Mohamed Boualem, militant du PCA et survivant du maquis « rouge » de Beni Boudouane, Ouarsenis, où périrent Henri Maillot et Maurice Laban aux côtés de leurs camarades arabes). Mais il y avait une raison plus récente à cela, une histoire d'art, et précisément une histoire de théâtre. 

 

 

ÉBOUEURS ET DOCKERS AU THÉÂTRE 

 

Pour le 1er Mai 1969, l'UW-UGTA (qui n'était pas encore tombée entre les mains de la mafia syndicalo-policière) avait décidé, à l'instigation de sa commission culturelle, d'organiser des manifestations artistiques pour les ouvriers et leurs familles. J'étais membre de cette commission, aux côtés de Benamar Belazrag (futur inspecteur du travail très engagé dans la cause ouvrière), commission que présidait Abderrezak Daoui, futur secrétaire national de l'UGTA dans l'équipe Demène-Debbih. Nous avons fait une « commande » à A. Alloula de la pièce de théâtre « El Alag – Les sangsues », qu'il venait d'écrire et qui n'avait pas encore été montée, et au cinéaste Zakaria d'un film inédit. 

 

La pièce de Alloula fut présentée à un public d'ouvriers -où dominaient les dockers et les communaux-, venus avec leurs femmes voilées prendre place dans les travées du théâtre, pour la première fois de leur vie pour l'écrasante majorité d'entre eux. Ce fut à cette occasion que nous nouâmes avec eux -Abdelkader surtout- des rapports très étroits, véritablement fraternels. 

 

Pour la petite histoire, le film de Zakaria passa à la télévision. C'était un mélodrame misérabiliste sur la condition ouvrière où l'opposition entre nantis et pauvres était illustrée par les images de deux quartiers d'Oran on ne peut plus dissemblables : Saint-Hubert, le quartier rupin, avec ses splendides villas et ses palmiers majestueux, et la Scaléra, le Barrio Bajo espagnol, en ruine. Sauf que la caméra de Zakaria avait pris dans son champ, à Saint-Hubert, la villa de Médeghri, le ministre de l'Intérieur ! 24 heures après, celui-ci déboulait dans la station régionale de la radio-télévision, fulminant. Il injuria et menaça tout le monde, y compris celui qu'il appela « le chevelu -Bouch'our », dont il allait s'occuper -dit-il. (Mais si l'on doit en croire les gens de la station, il aurait dit textuellement « Et quant à votre chevelu, je vais lui b... sa mère !») Le « chevelu » était, bien entendu, le ministre de la Communication, Ahmed Taleb. (C'est dire en quelle considération la camarilla d'Oujda tenait ses propres ministres !) 

 

DES PETITS CHEFS ET DE LEURS PRATIQUES 

 

Sans le savoir, nous avions, à nous trois, fait une expérience originale : en combinant l'activité spécifique de chacun d'entre nous -le théâtre pour Abdelkader, le politique pour M'hamed et le syndicalisme pour moi-, nous avions ouvert un champ très prometteur pour élargir l'implantation du parti dans le milieu ouvrier. Bien des années après, nous insistâmes auprès de Abdelhamid Benzine pour être organiquement réunis. Ce qui fut finalement accepté, non sans tergiversations de la part d'un responsable local suspicieux avec lequel les points de friction furent très nombreux. Il faut dire qu'il agissait souvent à l'emporte-pièce ; sous le coup de l'humeur, il prenait, seul, des décisions irréfléchies. À titre d'illustration, il décida, un jour, après des accrochages sérieux entre eux, de couper M'hamed de tout lien avec le parti. C'est moi qui l'ai « récupéré », de mon propre chef. Des années auparavant, il avait décidé subitement et sans s'en expliquer avec moi, que je devais cesser toute activité dans les syndicats et à l'intersyndicale. Comment aurais-je pu justifier pareille chose auprès de mes camarades de lutte dans les syndicats ? Cela faisait si longtemps que j'y militais. 

 

Pour la petite histoire, j'avais participé à la mise en place de la première section du SAE (Syndicat algérien des enseignants) en janvier 1962, à l'école Pasteur, dans le quartier de M'dina Jdida. L'OAS tira, ce jour-là, au mortier sur le quartier et deux obus s'abattirent justement dans la cour de l'école où nous étions encore réunis. Par ailleurs, la première action que nous avions menée fut une grève des cours pour exiger que nous soyons payés, nos traitements ne nous étant pas parvenus depuis des mois. L'OAS avait désorganisé le réseau de distribution postale en empêchant que les quartiers arabes fussent desservis. Et ce fut un inspecteur (arabe) de l'enseignement qui fut chargé par l'académie de nous payer en espèces ! 

 

Et surtout comment justifier ce qui serait apparu comme un lâchage aux yeux de mes camarades de l'intersyndicale -dont j'étais l'un des fondateurs et le partisan le plus enthousiaste ? Avec le recul du temps, j'en suis arrivé à penser que c'était bien l'intersyndicale qui gênait certains responsables du parti, les dogmatiques, ceux qui étaient incapables de saisir les nuances et modulations tactiques que doit nécessairement suivre la mise en œuvre d'une ligne politique générale. C'était là une décision trop grave pour être laissée à la prérogative de quelqu'un d'impulsif. J'en avisai, alors, le responsable du suivi des syndicats au secrétariat du CC du parti, Saoudi Abdelaziz, que je rencontrais assez régulièrement dans le cadre des luttes syndicales et que j'avais en hautes estime et amitié. Sa réponse fut claire et nette : « Il n'en est pas question ! » Je demeurai donc à mon poste de lutte syndical, au grand dam du chef local. 

 


DE LA DÉLATION 

Il arriva, de plus, à ce régional d'agir de manière proprement irresponsable : par exemple, en laissant entendre à de jeunes camarades qui activaient dans un réseau parallèle au mien dans le secteur de l'enseignement, que nous (mon réseau et moi) n'étions pas spécialement détenteurs de la vérité de la ligne du parti ; résultat ? L'un de ces jeunes camarades s'en alla benoîtement répéter la chose au CNP du FLN ! Heureusement que le CNP de l'époque était Saïd Bouhedja, un homme qui avait du respect pour nous et qui nous recevait souvent dans le cadre de l'affaire 82 -affaire dans laquelle ce réseau de camarades, soit dit en passant, demeura parfaitement inerte. Il s'agit là rien moins que de délation. 

 

J'aurai, d'ailleurs, de la délation d'ex-camarades, une autre illustration des années après, alors que j'écrivais sous pseudonyme dans un journal d'opposition, au cours de la décennie de la terreur des années 90. Je fus invité à un dîner par une connaissance qui m'informa qu'il recevait ce soir-là Me Ferhat M'hamed et que ce dernier avait émis le souhait de me voir. Nous étions séparés depuis de longs mois et je sautai sur l'occasion de revoir mon très cher maître. Or, il y avait là l'avocat 'Ali Haroun, ancien membre du Haut Comité d'État et un membre de Tahadi, transfuge du Pags. Si j'avais su leur présence, je me serais aussitôt décommandé car je n'avais rien à voir dans ce qui apparaissait bien comme une rencontre politique entre des membres de l'ANR (Alliance nationale républicaine, le parti de Rédha Malek dont Mes Ferhat et Haroun étaient des dirigeants) et un militant du soi-disant Tahadi. Au cours de la discussion sur la situation politique -c'était l'époque où Zéroual voulait organiser des élections présidentielles-, le « tahadiste » me dénonça inopinément à Ali Haroun : « C'est lui qui écrit dans tel journal sous tel pseudo ...». Je n'avais pourtant rien dit, participant à peine à une discussion que je trouvais inutile : les élections en Algérie ont-elles jamais servi à quelque chose ? Un silence de plomb s'abattit sur les convives. Tout le monde, y compris la propre épouse du délateur, baissa les yeux de honte.  

Je me dis que quand on place la discipline, l'obéissance et le fanatisme de la « ligne » au-dessus de tout, il ne faut pas s'étonner de voir le simple sens moral commun -pour qui tout délateur est un chien- s'estomper. Justement, l'impétrant (celui du dîner) était connu pour son sens éthique défaillant : le chef local du Pags m'avait informé de certaine indélicatesse à propos d'un appartement qui nous servait de planque et qui était mis à la disposition du parti par un camarade discret. 

 

CELLULE JEAN-MARIE LARRIBERE 

 

Nous avions baptisé notre cellule « Jean-Marie Larribère » (JML) -du nom du médecin communiste qui mit en pratique l'accouchement sans douleur à Oran. Sa clinique sera détruite par l'OAS. Jean-Marie était le frère de Camille Larribère, délégué au congrès de Tours (1920), délégué du Komintern en Algérie, enterré à Sig. La cellule s'étoffa très vite, devint même protéiforme, avec des extensions touchant les secteurs des femmes, de la jeunesse, des étudiants, des arts, des droits de l'homme... Ce n'était plus une cellule mais une section ! Qu'importait pour nous l'appellation ! La vie, l'activité réelle débordait de tous côtés les schémas organisationnels théoriques. Aujourd'hui, il m'apparaît clairement que la forme parti classique de l'activité politique est invalidée et disqualifiée partout dans le monde. Ceux qui continuent à s'y cramponner perdent un temps précieux alors qu'ils feraient mieux de scruter ce qui advient dans les pays les plus avancés qui sont notre horizon quoi que nous fassions pour y échapper. 

 

À l'agenda de la cellule, je proposai d'inscrire la lutte pour ce qu'il est convenu de nommer « les droits de l'homme ». J'avais tiré des événements de 1982 un enseignement décisif : la condescendance -sinon le mépris- dans lequel les partis communistes tenaient la lutte pour les droits de l'homme en lesquels ils ne voyaient qu'un concept bourgeois, devait être définitivement bannie. Les batailles démocratiques que nous menions partout -syndicats, comités de quartiers, associations de parents d'élèves, journalistes...- nous mettaient en position -plus que n'importe qui- de porter haut le drapeau des droits civils. Il n'était plus question d'ignorer le simple droit des gens à ne pas se faire passer à tabac dans un commissariat de police, à ne pas se faire kidnapper par des policiers non identifiés, à ne pas se faire torturer dans des lieux clandestins. L'aspiration à la sécurité personnelle, garantie par une Justice indépendante, allait devenir un axe de bataille capital : c'était mon opinion et elle était nourrie et confortée par la position défensive dans laquelle les pays socialistes, URSS en tête, avaient été mis par les stratèges de la CIA sur ces questions, justement. 

 

Lorsque le bureau national de la LADH fut installé, Me Gouadni commença ses prospections pour Oran dont il était chargé d'installer le conseil et le bureau. Il prit contact avec Alloula et moi afin que nous lui fassions des suggestions. Nous avons évoqué un certain nombre de personnalités consensuelles de la ville. À notre surprise, l'avocat les récusa en nous disant qu'il avait besoin de battants, pas de notables. Il précisa sa pensée en nous disant qu'il nous voulait carrément nous, tous les deux. J'ai déjà dit ailleurs (cf Oran 82, 2ème partie) que nous avions alors décliné notre appartenance au PAGS et dit que cela ne lui faciliterait pas les choses. Gouadni insista jusqu'à obtenir notre accord. Au préalable cependant, il nous fallait informer la direction du parti : il aurait été clair pour tout un chacun, en effet, que si deux militants connus du Pags entraient dans une structure civile de lutte, ils engageaient de ce fait leur parti. Nous en discutâmes avec Benzine qui nous informa que la direction était soucieuse jusque là de ne pas gêner le travail de Hocine Zahouane qui essayait de concilier les positions des berbéristes et des trotzkistes pour les amener à l'unité d'action. Nous fîmes valoir que la situation à Oran n'avait rien à voir avec celle de la capitale. Benzine en convint volontiers et nous dit qu'à titre personnel, il était admiratif du travail que notre cellule accomplissait et qui était -selon lui- "un modèle d'antisectarisme". Il nous donna le feu vert. Et c'est ainsi que débuta l'histoire de la LADH à Oran, sous la houlette active du quatuor Gouadni-Ferhat-Alloula et moi, Gouadni demeurant la véritable cheville ouvrière, le plus investi de tous. Il obtint un local en centre-ville, recruta un secrétaire administratif pour assurer les permanences et recevoir les citoyens. L'activité du bureau décollait. Pour la petite histoire, trotzkistes et berbéristes restèrent sur leurs positions respectives, sourds aux appels à l'unité de Hocine Zahouane. On sait ce qu'il advint de leurs deux ligues. 

 

LES CASSEURS DE LA DGSN 

 

Ce fut à cette période qu'éclatèrent les événements. Le 3 octobre, je reçus un coup de fil d'un camarade d'Alger qui m'informait que des syndicalistes étaient interpellés par la police à l'instant même. Cette infraction à nos règles de vigilance draconiennes de la part d'un camarade expérimenté, je la traduisis par : Aux abris ! C'est que le contexte était préoccupant, surtout depuis le discours invraisemblable du Président de la république, le mois précédent. M'hamed et moi étions en réunion avec Abdelhamid Benzine chez un membre du parti. Nous avons écouté ce discours et nous nous attendions à ce que des faits graves aient lieu : un Président qui appelle carrément le peuple à se soulever, cela ne pouvait rien augurer de bon. Le lendemain, un camarade qui était revenu d'Alger la veille au soir, par le train de nuit, demanda qu'on se voie en urgence, lui et moi. Il me rapporta le spectacle suivant : dans le train, des groupes de jeunes -blue-jean, blousons et baskets- se déplaçaient dans les voitures en hurlant qu'ils « descendaient » à Oran pour apprendre aux « houariates » à se battre comme des hommes. Le camarade apprit auprès d'un passager algérois d'un certain âge qu'il s'agissait « des casseurs de Khediri, Allah yestour ! Que Dieu nous protège ! ». Des agents provocateurs de la DGSN étaient donc arrivés en nombre à Oran, le 4 au soir. 

 

Au milieu de l'après-midi, un magistrat m'informa que la SM avait demandé au Parquet de faire procéder à l'arrestation d'une quinzaine de personnes « de votre bord », mais le Parquet avait refusé. Refus du Parquet ? Je n'en croyais pas mes oreilles ! L'affaire de 82 avait donc laissé quelque trace. Les magistrats du Parquet n'avaient fait, au demeurant, qu'appliquer la procédure normale : le Parquet civil n'a de rapports qu'avec le Parquet militaire. La SM, qui voulait faire faire le sale boulot à la police, en fut pour ses frais. Elle sera obligée de procéder elle-même aux arrestations-kidnappings (à bord d'un fourgon J9) et d'enfermer les victimes dans son centre d'équarrissage de Magenta. 

 

Je passai alors plusieurs coups de fil à des camarades en ne m'embarrassant pas de précautions : « Planque-toi dare-dare et ne passe pas la nuit chez toi !». Pour la petite histoire : j'ai prévenu ainsi mon très cher ami Abdelkader Ould-Kadi ; au moment où il descendait l'escalier pour sortir, il croisa les agents de la SM qui le cueillirent là ! 

 

Quant à moi, ma planque était prête ; elle se situait pas loin de chez moi, chez un ami insoupçonnable. Elle me permettait d'observer les mouvements des véhicules et des personnes à l'intérieur de la cité. Au moment où je m'apprêtais à me rendre à ma planque, je reçus la visite d'un camarade traînant avec lui un énorme sac de jute rempli de littérature du parti. « Le chef te demande de planquer ça ou de le détruire ». Le camarade était Bachir Merad-Boudia, 'Ammi comme nous l'appelions affectueusement, ancien du PCA et l'un des responsables de l'UD-CGT d'Oran dans les années 50. Les bras m'en sont tombés. J'étais l'un des moins indiqués pour ce genre de tâche ; je n'avais aucune possibilité logistique dans mon petit appartement d'une cité populaire de banlieue ; et était-ce le moment de me charger de cela moi qui étais connu comme loup blanc pour mon appartenance au parti et qui venais, justement, de donner l'alerte pour que tout le monde se mette aux abris ? 'Ammi repartit à bord de sa 4L (rouge, comme il se doit). Je suis resté bras ballants un moment, fulminant intérieurement. Tout cela était -pour le moins- un manquement grave aux règles de vigilance et même de simple bon sens. Je m'en remis à mon ami et voisin. « T'en fais pas ». Il chargea le sac dans sa voiture et alla le cacher dans un garage. J'avoue que j'ai eu chaud. Être arrêté en possession d'un stock aussi énorme de tracts aurait valu un équarrissage en bonne et due forme à Magenta ou ailleurs. 

 

Le lendemain, 5 octobre, les agents provocateurs entraîneront des jeunes Oranais dans les rues. Leur tactique était simple : ils s'attaquèrent en priorité aux magasins de la SONIPEC. Que n'aurait pas fait un jeune, à l'époque, pour s'offrir une paire de baskets Stan Smith ou Zebra ? Le pillage commença. Les jeunes s'attaquèrent ensuite au Printania et à d'autres magasins d'État. Tout le monde pouvait observer ce spectacle surréaliste : des bandes de jeunes pillant et cassant et une police présente sur les lieux mais n'intervenant pas. Au total, les dégâts restèrent tout de même modestes et Oran n'avait rien d'une ville à feu et à sang. Pourtant, l'armée fut déployée dans les rues et elle tira à balles réelles sur des jeunes désarmés. 

 

Au bout du deuxième jour de planque, je me signalai à Gouadni ; il me demanda de le rejoindre à son cabinet. Là, nous fîmes le point de la situation et échangeâmes nos informations ; nous fûmes bientôt rejoints par Me Ferhat. Je leur appris que nos deux collègues du bureau -Alloula et Fardeheb- étaient recherchés par la SM dont des agents s'étaient présentés à leur domicile, causant un choc à la pauvre mère de Alloula. J'ai donné la liste -très parcellaire- des pagsistes arrêtés. Gouadni téléphona immédiatement au correspondant du journal Le Monde à Alger ; c'était Frédéric Fritscher qui le rappela pour s'assurer que c'était bien Gouadni qui l'appelait. C'est ainsi que Le Monde fut le premier journal à parler de nos deux camarades Alloula et Fardeheb et à donner quelques détails sur le déroulement des événements à Oran. Gouadni rédigea immédiatement, sur son Macintosh, un rapport pour le bureau national de la LADH ainsi qu'un autre à destination de la 2e RM dans lequel il signalait que l'armée employait des moyens hors de proportions avec la réalité de la situation. 

 

Les jours suivants, le bureau de la ligue tenait permanence sans désemparer et recevait les premières victimes. Nous n'avons pas pu établir avec précision le nombre de tués et de blessés. Par contre, la première victime que le bureau de la ligue enregistra était un jeune homme d'une vingtaine d'années, tué par un ancien officier de l'ALN, qui prétexta que le jeune homme rôdait de façon suspecte autour de sa villa. Nous reçûmes le père, effondré, du jeune homme : c'était un agent de police. Cruelle ironie de l'histoire. D'autres faits du même genre nous furent rapportés par des correspondants du bureau dans la région ouest. Il nous apparut alors que d'anciens moudjahidines s'étaient préparés et armés en prévision de troubles sur lesquels ils semblaient apparemment bien renseignés. 

 

Les arrestations concernèrent les jeunes émeutiers (dont certains sont venus se plaindre à nous au sujet des tortures qu'ils avaient subies à Magenta) et les politiques, parmi lesquels une majorité de pagsistes et un FLN de gauche. Le responsable local du Pags (celui que j'appelle le chef) fut également arrêté. L'intéressant à noter ici, c'est que mis à part Alloula et le chef local du parti, tous les pagsistes et le militant FLN de gauche arrêtés avaient pris une part active dans la lutte contre le programme économique des Infitahistes ; c'étaient tous des économistes et/ou des cadres d'entreprises. À ce titre, Fardeheb, professeur d'université en économie était très sollicité, donnant causeries et conférences au cours desquelles il démontait méthodiquement le discours infitahiste. Par bonheur pour lui, il se trouvait à ce moment-là en France où il participait à un colloque d'économistes. (À son retour, tout le bureau de la ligue alla l'accueillir à l'aérogare, ce qui dissuada la police de l'interpeller.) Par contre, les militants syndicalistes et ouvriers du parti ne furent pas inquiétés. Cela dit, les prisonniers furent élargis dans la semaine. Certains pagsistes furent battus, d'autres non. 

 

 

LE CAS ALLOULA 

 

Pourquoi a-t-il été recherché par la SM ? Il n'avait pourtant aucune part dans les activités évoquées ci-dessus et le bureau local de la LADH venait à peine de commencer à activer. Un indice, toutefois : quelques mois auparavant, Alloula avait créé une association culturelle (type loi de 1901) dédiée à la poésie, à la littérature et au théâtre. Ses membres étaient pour l'essentiel des professeurs et des journalistes de toute obédience, peu connus au demeurant. Tous, y compris Alloula, furent immédiatement convoqués par les RG, interrogés, fichés, intimidés, sommés de remettre leur passeport. Or les RG ont agi manifestement à l'instigation de la SM. La preuve ? En ces jours précisément, je fus accosté dans la rue par deux officiers de la SM que je connaissais : et pour cause, c'étaient les mêmes deux qui m'avaient interrogé à propos de notre demande d'audience auprès du chef de la RM, Kamel Abderrahim (cf Oran 82). Ils déversèrent, sans autre forme de procès, un flot paroxystique d'injures sur Alloula qu'ils qualifièrent de tous les noms, répétant qu'il avait intérêt à se calmer ou ils s'occuperaient de lui. J'étais totalement désarçonné. Il m'a fallu un moment avant de recouvrer mes esprits, de répondre : « Mais qu'a-t-il fait ? C'est un crime de créer une association culturelle ? » Ils ne répondirent pas, se contentèrent de renouveler leurs menaces, « Dis-le à ton ami ! ». Ce jour-là, j'ai eu réellement peur pour Alloula, tellement était forte la haine envers lui que je sentais chez les deux hommes. Jusqu'à l'heure où j'écris ces lignes, je n'ai pas encore compris ce qui pouvait motiver cette haine proprement hystérique contre lui. 

 

EN GUISE DE CONCLUSION 

 

La logique de la provocation montée par les Infitahistes (Présidence + DGSN + aile droite de la SM) paraît indiscutable. Le CNP du FLN, Saïd Bouhedja, dira qu'il s'agissait de « frapper » le FLN car il s'opposait à la politique de libéralisation que « certains milieux » voudraient nous imposer. Ces mêmes milieux, ajoutera-t-il, ont recruté des «voyous pour frapper le FLN (sic) ». Sauf que ceux que le CNP prenait pour des voyous étaient plus sûrement des agents provocateurs de la police. Le chef de la SM, Lakehal Ayat, parlera plus tard de « complot algéro-algérien ». L'armée, quant à elle, a révélé, par sa répression sanglante des manifestants, sa nature profonde, celle que le mythe tressé autour d'elle -« la digne héritière de la glorieuse ALN »- empêchait jusque là de voir : garde prétorienne d'un régime qui ne doit fonctionner que pour son intérêt exclusif. 

 

Dixi et salvavi animam meam  

MESSAOUD BENYOUCEF OUADAH

 

Partager cet article

Repost 0

ntretien avec un jeune communiste et un pacifiste belges de retour de Syrie: « Une situation bien plus nuancée que celle présentée en Occident »

Publié le par Mahi Ahmed

Entretien avec un jeune communiste et un pacifiste belges de retour de Syrie: « Une situation bien plus nuancée que celle présentée en Occident »

Entretien avec un jeune communiste et un pacifiste belges de retour de Syrie 

« Une situation bien plus nuancée que celle présentée en Occident » 

 

Par Bert De Belder pour le Parti du travail de Belgique repris par http://jeunescommunistes-paris15.over-blog.com/ et par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Nabil Boukili, membre de Comac, le mouvement de jeunes du PTB, et Mario Franssen, de l’ONG intal, ont participé, du 21 au 25 avril, à une mission internationale d’enquête et de solidarité en Syrie. Ils y ont essentiellement rencontré des gens qui ne voulaient rien d’autre que la paix et le progrès social.

 

La mission était organisée par la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique (WFDY), dont Comac est membre, et le Conseil mondial de la Paix (WPC), auquel participe intal. Ces deux organes réunissent des organisations anti-impérialistes du monde entier.

Q: Pourquoi êtes-vous partis en Syrie ? 

 

Nabil Boukili. Les membres de Comac, et les étudiants en général, se posent beaucoup de questions concernant la Syrie. D’un côté, on connaît la politique de l’Occident dans la région, mais, de l’autre côté, les médias donnent une image d’un pays dans un état d’urgence, en conflit. Nous voulions savoir à quel point cette image reflète la situation réelle sur le terrain et à quel point il s’agit de manipulations médiatiques, comme on les a connues dans le cas de la Libye.

Mario Franssen.
À intal, cela fait des années que nous œuvrons contre les guerres et les interventions. Nous ne voulions pas seulement mieux connaître la situation en Syrie, mais aussi mieux la situer dans son contexte : s’agit-il d’une dynamique comme celle du Printemps arabe, comme en Tunisie ou en Égypte, ou encore de ce qu’on a vu en Libye ? Ou cette image est-elle fausse ? En tant que mouvement anti-impérialiste, nous savons en effet qu’il s’agit d’une région d’une grande importance géostratégique, et qu’il faut dans ces cas-là regarder un peu plus loin que l’image d’une population en révolte.

Q: Et la réalité était-elle donc si différente de ce que les médias en font ? 

 

Nabil Boukili. Dès le premier jour, nous avons découvert une situation beaucoup plus nuancée que celle présentée dans la presse occidentale. J’étais parti de l’idée qu’on allait dans un pays instable, avec des conflits partout, une guerre civile. Mais, en arrivant à Damas, je me suis dit : « On nous a peut-être amenés ailleurs ? » (Rires) La capitale de la Syrie s’est avérée être une ville magnifique, dans laquelle la vie suit son cours de la manière la plus normale qu’il soit.

Mario Franssen. Nous avons fait la route de Beyrouth à Damas en voiture — un trajet de trois heures — sans le moindre problème. Il a fallu à peine dix minutes pour passer la frontière. Pendant tout le trajet, nous n’avons pas vu un seul militaire.

Nabil Boukili. Ce décalage m’a beaucoup perturbé, et l’envie d’entendre l’avis des Syriens me pressait de plus en plus. Et, dès les premières réactions, le ton était donné : « C’est un complot », « c’est un projet de colonisation de plus pour l’Occident dans la région », « c’est pour protéger Israël »… En poussant un peu plus loin les discussions, et malgré les tendances politiques diversifiées, le message commun qui ressort de ce voyage, c’est celui d’un peuple fier qui s’oppose à toute intervention étrangère en Syrie. Un peuple qui veut la stabilité et le progrès, pas le chaos et la misère.

Mario Franssen. Et c’est ce qui pend au nez de la Syrie en cas d’intervention étrangère. Quand j’ai été à Tripoli, en Libye, en juin 2011, la vie y suivait tout simplement son cours aussi. Aujourd’hui, il y règne un grand chaos, il n’y a plus de lois et les milices armées rendent la vie impossible.

Q: Mais on ne peut quand même pas prétendre qu’on ne se bat pas en Syrie ? 

 

Mario Franssen. Durant nos cinq jours dans le pays, nous avons entendu parler de deux attentats à Damas. Il s’agit d’attentats des rebelles armés contre les troupes gouvernementales, au cours desquels il y a régulièrement des victimes civiles. La population syrienne veut que l’armée les protège contre ces attentats. À propos des interventions de l’armée gouvernementale, on raconte d’ailleurs beaucoup d’inepties. Lors de notre dernier jour à Damas, le 25 avril, la BBC a par exemple dit que l’armée syrienne attaquait Damas. À ce moment même, nous étions dans un restaurant sur une colline, avec vue sur toute la ville, et nous n’avons vu qu’un mince nuage de fumée dans un quartier périphérique éloigné.

Nabil Boukili. Nous avons visité l’université à Tichrine, près de Lattaquié, sur la côte. Une université qui, selon certains médias, aurait été détruite ! Ce genre d’expériences nous a aidés à nuancer les choses.

Q: Qu’avez-vous pu visiter ? Avec qui avez-vous pu parler ? 

Nabil Boukili. On n’a pas pu avoir une vue complète sur le pays en cinq jours, évidemment. On n’a pas visité Homs ou Hamaa, seulement Damas et Lattaquié. Mais, comme notre hôtel à Damas se trouvait au centre-ville, on a pu traverser toute la ville. J’ai pu parler avec plein de gens dans la rue (Nabil parle l’arabe, NdlR). On a rencontré des responsables de l’Union nationale des étudiants syriens, de la fédération syndicale, des mouvements politiques de jeunes, ainsi que le patriarche orthodoxe et le mufti musulman de Damas.
Mais on s’est bien rendu bien compte que notre mission était fortement encadrée, avec un programme bien défini et restreint. C’est la raison pour laquelle on a aussi tenté d’établir des contacts sur le côté.

Q: Et vous avez entendu beaucoup de voix critiques ? 

Mario Franssen. Quand même, oui. Même dans le cadre de notre mission officielle, il y avait beaucoup de discussions, y compris avec les accompagnateurs. Certains trouvaient le gouvernement du parti Baath et les récentes réformes plutôt positifs, mais d’autres étaient plus critiques à ce propos, et estimaient que les réformes n’allaient pas assez loin. Régulièrement, lors de nos pérégrinations à Damas et Lattaquié, des gens nous abordaient spontanément. Ils étaient manifestement heureux que nous voulions en savoir plus sur la situation dans leur pays. Sans exception, tous s’exprimaient contre toute forme d’ingérence étrangère. Mais ils avaient également des critiques contre le pouvoir. Au début de la révolte syrienne, le régime est certainement intervenu de façon trop musclée, disaient-ils. Et ils ajoutaient qu’il doit y avoir plus d’espace démocratique. Pour la population, ces deux choses vont ensemble : attendre plus et mieux de la part du gouvernement et, en même temps, soutenir ce même gouvernement dans sa résistance à toute ingérence étrangère.

Nabil Boukili. Tard le soir, j’ai eu pas mal de discussions avec des jeunes. Ils m’ont parlé d’une élite corrompue, de la répression, de la nécessité d’avoir la liberté d’expression et d’autres droits démocratiques. Malgré une certaine politique sociale, qui se manifeste à travers un enseignement gratuit, un système de santé gratuit et un subside de l’État pour les produits de première nécessité, le combat pour une plus grande démocratie et plus de droits politiques est bel et bien là. Ces problèmes seront difficiles à résoudre et prendront peut-être du temps, mais, avec la volonté du peuple, ça avancera. Cette lutte deviendra cependant tout à fait impossible dans une Syrie occupée, comme c’est le cas aujourd’hui en Libye, en Irak, en Afghanistan...

Mario Franssen. Les Syriens ne sont pas des imbéciles, ils savent ce qui se passe chez leurs voisins irakiens — il y a d’ailleurs plus d’un million de réfugiés irakiens en Syrie —, ils savent très bien ce qu’ils ont à perdre.

Q: Les aspirations démocratiques et économiques de la population ne se traduisent donc pas nécessairement par un soutien à la rébellion ? 

Nabil Boukili. Les Syriens ont la conviction qu’ils sont tout à fait capables d’améliorer leur situation interne de manière indépendante et souveraine. Cela a été le point de rupture entre la population et l’opposition armée, qui perd de plus en plus de crédibilité suite à son financement par des pays comme le Qatar ou l’Arabie saoudite, où la démocratie représente la dernière des préoccupations. Mais le caractère même de l’opposition, qui s’affiche sous des couleurs religieuses radicales renforcées par des mercenaires venant de pays comme la Libye, l’Afghanistan, le Liban ou encore l’Irak, diminue également sa crédibilité. Ce radicalisme religieux représente un réel danger aux yeux des Syriens, qui ont toujours vécu dans un pays laïc, dans lequel différentes religions et ethnies ont toujours cohabité.

Mario Franssen. C’est également ce que nous ont dit les hauts dignitaires du clergé, le mufti et le patriarche. Les minorités religieuses représentent un quart de la population. Elles sont toutes acceptées et même respectées, il n’est nullement question de discrimination. Et ils veulent que cela reste ainsi.

Q: Et comment évaluez-vous le soutien au gouvernement ? Avez-vous vu des manifestations en faveur d’Assad ? 

Mario Franssen. Non, ça pas. Ce qui veut dire qu’ils n’en ont pas organisé spécialement pour nous. (Rires)

Nabil Boukili. Le soutien direct pour le régime, je ne pense pas qu’il soit si important. Les gens ne le voient pas comme ça. Il y a beaucoup de mécontentement. Même le secrétaire général de l’Union des étudiants m’a parlé de la corruption, du besoin de plus de droits démocratiques, de la situation économique difficile. Le pouvoir d’achat a baissé, les prix ont doublé, les gens ont du mal à finir le mois. Ce sont des conséquences des politiques économiques néolibérales, telles qu’on les connaît aussi dans d’autres pays arabes et européens. Un jeune m’a dit qu’on va d’abord s’occuper de l’intervention impérialiste et, une fois que ça sera réglé, on va s’attaquer aux problèmes internes.

Q: Qu’avez-vous appris en Syrie sur les perspectives de solution au conflit ? 

Mario Franssen. Nous avons été reçus par le vice-ministre des Affaires étrangères, Faisal al-Mikdad. Il nous a dit que son gouvernement avait accepté le plan du médiateur de l’ONU, Kofi Annan, et qu’il l’appliquait, mais qu’il ne permettra jamais qu’un retrait des troupes gouvernementales libère la voie pour les rebelles armés. En fait, personne ne croit beaucoup dans le plan de Kofi Annan, précisément parce que personne ne croit que l’Occident a l’intention de mettre un terme à son ingérence.
Aujourd’hui, les gens envisagent deux dynamiques : celle d’un dialogue national — auquel l’opposition armée refuse pour l’instant de prendre part — et celle des élections, le 7 mai1.

Nabil Boukili. La question des élections vit vraiment au sein de la population. Ça peut nous étonner, mais elles ne tournent pas autour de la figure du président Bachar el-Assad — pourtant omniprésent —, mais plutôt autour des questions quotidiennes des gens : leur salaire, le logement, le niveau de vie. À côté des partis qui sont dans le front politique autour du parti Baath au gouvernement, il y a 8 ou 9 nouveaux partis politiques qui participent, ainsi que des candidats indépendants, avec des attitudes assez divergentes vis-à-vis du gouvernement et de ses réformes.

1. L’interview a été réalisée avant les élections du lundi
7 mai.

Un regard depuis le Sud 

Lors de la mission de WPC et WFDY, il y avait également des participants venus d’Afrique du Sud, d’Inde, du Venezuela, de Cuba, du Brésil…

Q: Ont-ils un autre regard sur le conflit en Syrie ? 

Mario Franssen. Ce qui a surpris, c’est que les représentants de Cuba et du Venezuela sont vraiment venus à Damas avec un message de solidarité de leur peuple, de leur pays et de leur gouvernement. Une attitude assez différente de celle de notre ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, qui plaide pour des « corridors humanitaires » avec une « protection militaire » — pour une intervention militaire, donc. C’était également passionnant de discuter sur la place du rôle des pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Le veto de la Russie et de la Chine au Conseil de sécurité de l’ONU, contre toute intervention militaire, est certainement un signe que les rapports de force ont changé. Le participant indien a raconté que son gouvernement, lui aussi, est passé de la position consistant à suivre entièrement l’Occident à une attitude bien plus critique. En Occident, on fait toujours comme si les pays de l’Otan constituaient à eux seuls la communauté internationale, mais celle-ci est nettement plus large. Et c’est ce que nous voulons mettre en évidence le 20 mai, durant le sommet de l’Otan de Chicago, par une action spectaculaire d’intal (voir ci-dessous).

Nabil Boukili. Les amis du Sud nous ont aussi fait remarquer que les pays qui s’opposent à l’intervention étrangère en Syrie n’ont jamais été des pays colonisateurs, et que ceux qui sont pour une intervention l’ont souvent été. Autre différence : les pays qui sont contre une intervention ont le soutien de leurs peuples, tandis que les pays qui prônent l’ingérence ne l’ont pas — ou ne l’obtiennent que par un matraquage médiatique.

 

Partager cet article

Repost 0

QUI SE SOUVIENT DE LA MARCHE NATIONALE DU 10 MAI1990

Publié le par Mahi Ahmed

Declaratio-10mai-1990-001.jpg

Partager cet article

Repost 0

Dominique Losurdo :Intervention au 6° congrès National du PdCI (Partito dei Comunisti italiani)

Publié le par Mahi Ahmed

Dominique Losurdo :Intervention au 6° congrès National du PdCI (Partito dei Comunisti italiani)

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

Je suis heureux de participer à ce qui pourrait être une relance voire un nouveau début de la présence communiste dans notre pays. Quand, il y a vingt ans fut créé Rifondazione Comunista, le climat idéologique était bien différent de celui d’aujourd’hui. Il y a vingt ans à Washington les idéologues les plus emphatiques proclamaient que l’histoire était finie : en tous cas le capitalisme avait triomphé et les communistes avaient eu le tort de se tenir du mauvais côté, et même du côté criminel de l’histoire. Nous savons aujourd’hui que ces certitudes et ses mythologies avaient fait brèche même dans le groupe dirigeant de Rifondazione Comunista. On a ainsi assisté au spectacle grotesque dans lequel un leader de tout premier plan[i] a déployé tout son talent oratoire pour démontrer que les communistes avaient toujours eu tort et avaient toujours provoqué des catastrophes en Russie comme en Italie ; et continuaient à avoir tort en Chine comme au Vietnam et, en dernière analyse même à Cuba ; on comprend bien l’enthousiasme de la presse bourgeoise pour ce prophète, pour ce don venu du Ciel. Mais nous connaissons tous le résultat final.

 

  Ça a été un désastre : pour la première fois dans l’histoire de notre république les communistes sont sans représentation au parlement. Pire. Priver les classes laborieuses de leur histoire signifiait les priver aussi de leur capacité à s’orienter dans le présent. Les classes laborieuses peinent aujourd’hui à organiser une résistance efficace à un moment où la République fondée sur le travail[ii] se transforme en république fondée sur le licenciement arbitraire, sur le privilège de la richesse, sur la corruption, sur la vénalité des charges publiques. Et, malheureusement, quasiment inexistante a été jusqu’ici la résistance opposée au processus par lequel la République qui répudie la guerre[iii] se transforme en république qui participe aux plus infâmes guerres coloniales. C’est avec ce désastre derrière nous que nous nous engageons aujourd’hui dans la relance du projet communiste.

 

   De cela il y a un besoin urgent Et ce n’est pas un besoin éprouvé seulement par les communistes. Nous voyons ce qu’il arrive aujourd’hui dans le pays qui, il y a à peine plus de vingt ans, avait vu la proclamation de la fin de l’histoire. Les rues sont pleines de manifestants qui crient leur indignation contre Wall Street. Les pancartes ne se bornent pas à dénoncer les conséquences de la crise, c’est-à-dire le chômage, la précarité, la faim, la polarisation croissante de richesse et pauvreté. Ces pancartes vont au-delà : elles dénoncent le poids décisif de la richesse dans la vie politique étasunienne, et démasquent de fait le mythe de la démocratie américaine. Ce qui dicte la loi dans la république nord-américaine est en réalité la grande finance, c’est Wall Street ; voilà ce que crient les manifestants. Et certaines pancartes vont au-delà, et hurlent la rage non seulement contre Wall Street mais aussi contre War Street. C’est-à-dire que le quartier de la haute finance est identifié comme étant en même temps le quartier de la guerre et du déchaînement de la guerre. Emerge ainsi ou commence à émerger la conscience du rapport entre capitalisme et impérialisme.

 

  Oui, le capitalisme porte en même temps des crises économiques dévastatrices et des guerres infâmes. Une fois de plus les masses populaires et les communistes se trouvent en devoir d’affronter la crise du capitalisme et sa politique de guerre. Pour des raisons de temps je ne m’arrêterai que sur ce deuxième point. La fin de l’engagement de l’OTAN en Libye n’est pas la fin de la guerre au Moyen-Orient. Les guerres contre la Syrie et l’Iran sont déjà en préparation. Ces guerres, même, ont de fait déjà commencé. La puissance de feu multimédiatique avec laquelle l’Occident essaie d’isoler, de criminaliser, d’étrangler et de déstabiliser ces deux pays est prête à se transformer en une puissance de feu véritable, à base de missiles et de bombes. Et nous communistes devons dès à présent faire entendre notre voix. Si nous attendions le déclenchement des hostilités nous ne serions à la hauteur ni du mouvement communiste ni du mouvement antimilitariste, et nous ne serions pas les héritiers de Lénine et de Liebknecht. Nous devons dès à présent organiser des manifestations contre la guerre et contre les préparatifs de guerre ; dès à présent nous devons clarifier le fait que la position à l’égard de la guerre est un critère essentiel pour définir la discrimination entre alliés potentiels et adversaires irréductibles.

 

  Pour ce qui concerne la Chine, Washington, oui, transfère en Asie le gros de son dispositif militaire, mais n’agite pour le moment de façon explicite que la menace de la guerre commerciale. Mais, comme il est notoire, on sait comment commencent les guerres commerciales mais on ne sait pas comment elles finissent. Ils feraient bien de réfléchir sur ce point ceux qui, même à gauche, se mettent en rang pour la campagne anti-chinoise : ils tournent ainsi le dos à la lutte pour la paix.

 

   C’est une attitude d’autant plus déconcertante que la Chine a été protagoniste d’une des plus grandes révolutions de l’histoire universelle. Evidemment, il convient de garder à l’esprit les problèmes, les défis, les contradictions même graves qui caractérisent le grand pays asiatique. Mais clarifions d’abord le cadre historique. Au début du 20ème siècle la Chine était une partie intégrante de ce monde colonial qui a pu briser ses chaînes grâce à la gigantesque vague de la révolution anticolonialiste déclenchée en octobre 1917. Voyons comment l’histoire s’est ensuite développée. En Italie, en Allemagne, au Japon, le fascisme et le nazisme ont été la tentative de revitaliser le colonialisme. En particulier,  la guerre déchaînée par l’impérialisme hitlérien et par l’impérialisme japonais respectivement contre l’Union soviétique et contre la Chine ont été les plus grandes guerres coloniales de l’histoire. Et donc Stalingrad en Union Soviétique et la Longue Marche et la guerre de résistance anti-japonaise en Chine ont été deux grandioses luttes de classe, celles qui ont empêché l’impérialisme le plus barbare de réaliser une division du travail fondée sur le réduction de grands peuples à une masse d’esclaves ou semi-esclaves au service de la présumée race des seigneurs.

 

  Mais qu’arrive-t-il aujourd’hui ? Comme je l’ai déjà dit, les USA sont en train de transférer le gros de leur dispositif militaire en Asie. Je lis sur des dépêches d’hier (vendredi 28 octobre 2011) de l’agence Reuters qu’une des accusations adressées aux dirigeants de Pékin est celle de promouvoir ou de vouloir imposer le transfert de technologie de l’Occident en Chine. Les USA auraient voulu garder le monopole de la technologie pour continuer à exercer aussi une domination néo-coloniale ; la lutte pour l’indépendance se manifeste aussi sur le plan économique. Et donc : révolutionnaire n’est pas seulement la longue lutte par laquelle le peuple chinois a mis fin au siècle des humiliations et a fondé la république populaire ; ni seulement l’édification économique et sociale par laquelle le Parti communiste chinois a libéré de la faim des centaines de millions d’hommes et de femmes ; même la lutte pour casser le monopole impérialiste de la technologie est une lutte révolutionnaire. Marx nous l’a enseigné. Oui, la lutte pour modifier la division internationale du travail imposée par le capitalisme et par l’impérialisme est elle-même une lutte de classe. Du point de vue de Marx, la lutte pour dépasser dans le cadre de la famille la division patriarcale du travail est déjà une lutte d’émancipation ; il serait bien étrange que ne fut pas une lutte d’émancipation la lutte pour mettre fin au niveau international à la division du travail imposée par le capitalisme et par l’impérialisme, la lutte pour liquider définitivement ce monopole occidental de la technologie qui n’est pas une donnée naturelle mais le résultat de siècles de domination et d’oppression !

 

   Je conclus. Nous voyons de nos jours le pays-guide du capitalisme plongé dans une profonde crise économique et de plus en plus discrédité au niveau international ; en même temps, il continue à s’accrocher à la prétention d’être le peuple élu par Dieu et à accroître fébrilement son appareil de guerre déjà monstrueux, et à étendre son réseau de bases militaires dans tous les coins du monde. Tout cela ne promet rien de bon. C’est la concomitance de perspectives prometteuses et de menaces terribles qui rend urgents la construction et le renforcement des partis communistes. J’espère vivement que le parti que nous construisons aujourd’hui sera à la hauteur de ses devoirs.

 


[i] Fausto Bertinotti, longtemps secrétaire général du Partito della Rifondazione Comunista (NdT)

[ii] Article 1 de la Constitution italienne : «L’Italie est une république fondée sur le travail »

[iii] Article 11 de la Constitution italienne : « L’Italie répudie la guerre comme instrument d’offense à la liberté des autres peuples et comme moyen de résolution des controverses internationales »

 

Partager cet article

Repost 0

1 2 3 4 5 6 > >>