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L'avertissement prémonitoire de T. E. Lawrence à propos de la Syrie

Publié le par Mahi Ahmed

L'avertissement prémonitoire de T. E. Lawrence à propos de la Syrie

Franz-Stefan Gady

Mardi 24 Juillet 2012

 

 

 

"Ils ont toujours été mécontents des gouvernements qu’ils avaient; en cela ils mettent leur fierté intellectuelle; mais honnêtement, peu d'entre eux ont réfléchi sérieusement à une alternative fonctionnelle et encore moins sont arrivés à s’entendre sur une décision." Ainsi notait T. E. Lawrence dans son livre les Sept Piliers de la Sagesse, qui raconte ses exploits lors du soulèvement arabe contre les Turcs pendant la Première guerre mondiale. "Ils" sont les Syriens et Lawrence fournit une description vive de la terre et de ses gens, que lui et une armée arabe menée par les Hachémites étaient sur le point d’arracher au contrôle ottoman.
Aujourd'hui, le mécontentement décrit par Lawrence reste, cette fois parmi les groupes rebelles opposés à la gestion du régime Assad. A titre d’ exemple, l'Armée syrienne Libre a récemment condamné une réunion tenue au C aire entre le Conseil national syrien et les représentants de la France, la Tunisie et la Turquie; ils ont prétendu que les délégués "rejetaient l'idée d'une intervention militaire étrangère pour sauver le peuple ... et ignoraient la question des zones tampons protégées par la communauté internationale, les couloirs humanitaires, un embargo aérien et l'armement des combattants rebelles. "Avec une pression internationale croissante pour une intervention militaire en Syrie, L'analyse d'une nation fracturée de T. E. Lawrence - bien qu'écrite par un étranger et vieille de presque cent ans nous avertit qu’il faut réfléchir soigneusement en donnant les raisons en faveur de l’engagement Occidental dans la région.

Avant l'établissement de l'état moderne Syrien sous un protectorat français après la Première guerre mondiale, le terme Syrie englobait le Levant entier, y compris la Jordanie, la Palestine et le Liban. Cependant, Lawrence dans son travail a particulièrement choisi les villes syriennes de Damas, Homs, Hama et Alep en décrivant les questions politiques de la Syrie. Il s'est aussi concentré sur la Vallée Yarmuk, qui s’étend le long de la frontière Jordano- syrienne d'aujourd'hui; Hauran, un plateau volcanique du Sud-ouest et ses gens et Daraa, également située en Syrie du Sud-ouest, qu'il a vu comme "le centre critique de la Syrie à travers les âges."

Lawrence pensait que pour réussir en Syrie, il devait avoir la majorité Sunnite de son côté. Il a donc averti que "le seul facteur indépendant avec une base acceptable et des adhérents se battant était un prince Sunnite, comme Fayçal, prétendant ranimer la splendeur Omeyade ou Ayyubide." Pourtant il savait aussi que n'importe quelle nouvelle forme de gouvernement pourrait être vue par quelques parties de la société comme imposée par une puissance étrangère : "Un gouvernement arabe en Syrie, quoique étayé par des préjugés arabes, serait autant 'imposé' que le Gouvernement turc, ou un protectorat étranger, ou le Califat historique. La Syrie est restée une mosaïque raciale et religieuse vivement colorée." Il était profondément pessimiste à propos du résultat de n'importe quel soulèvement dans le pays : "Le Temps semble avoir proclamé l'impossibilité d'une union autonome pour une telle terre.... C'était aussi par habitude un pays d'agitation inlassable et de révolte incessante."

Lawrence a reconnu le potentiel pour une insurrection générale contre le gouvernement turc à Damas, mais a de nouveau averti que cela ne pourrait pas être mené par l’étranger : La Syrie, mûre pour la révolte locale spasmodique, pourrait être portée à l’effervescence de l'insurrection, si un nouveau facteur, offrant de réaliser ce que le nationalisme centripète du Beyrouth Cyclopaedists, a surgi pour restreindre, les sectes discordantes et les classes. Nouveau, le facteur doit l’être, pour éviter de faire naître une jalousie de lui-même : non étranger, puisque la fierté de la Syrie l’interdit.

A la lumière du soulèvement actuel, les mots de T. E. Lawrence semblent presque prescients, bien qu'ils aient été écrits il y a plus de quatre-vingt-dix ans. Dans un sens, le gouvernement en poste dominé par les Alaouites -et les Chiites- sous Bashar Al-Assad a reproduit l'administration ottomane étrangère antique, avec les niveaux supérieurs de gouvernement dominé par une minorité Chiite qui constitue moins de 20 pour cent de la population totale de la Syrie. Lawrence a décrit l'Alaouite comme "fermé dans le sentiment et la politique." Ainsi, la révolte actuelle ne serait pas une surprise pour lui.

Mais en raison de la nature suppressive du régime Assad- dominé par les Alaouites, la lutte interne si crainte par Lawrence a été étouffée depuis la Révolution Corrective de 1970 (à l'exception du soulèvement des Frères Musulmans de février 1982). Pourtant l'insertion d'éléments étrangers supplémentaires dans ce kaléidoscope complexe et volatil de factions tribales et religieuses peut se révéler désastreuse pour tous ceux impliqués. La leçon majeure que Lawrence a tirée de l'histoire des interventions étrangères en Syrie, à commencer par les Ottomans puis les Anglais et les Français, est qu'ils ont été marqués par la déception. Les défaites ne sont pas venues dans des luttes militaires – tant les Anglais que les Français ont prévalu dans cette sphère - mais dans l'échec de règlements politiques et la transition à la paix une fois que le combat a cessé. Ou comme T. E. Lawrence allitérait, "N'importe quelle large tentative après l'unité en ferait une chose rapiécée et parcellée."

Franz-Stefan Gady est un analyste de politique étrangère à l'Institut d'Est-Ouest.

Article paru dans The National Interest , traduit pour La Nation par Hadj Ben

 

Publié dans Choix d'articles

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Grèce : le chœur assourdissant des bourreaux.

Publié le par Mahi Ahmed

Grèce : le chœur assourdissant des bourreaux.

Abdelatif Rebah

Lundi 23 Juillet 2012

 

 

 

Depuis 2010, la Grèce, fait la une des médias aux ordres du Nord comme du Sud, de l’Est comme de l’Ouest. Le chœur des bourreaux est assourdissant, relayé, amplifié, démultiplié aux quatre coins de la planète. Que martèle-t-il sur la « crise grecque » ?

« La Grèce a vécu trop longtemps au dessus de ses moyens: « laxisme budgétaire, économie souterraine, fraude fiscale, corruption, triche sur les comptes publics les ont conduit là où ils sont avec une responsabilité collective. Les Grecs doivent s’en prendre à eux-mêmes ». La manipulation de l’opinion publique mondiale est telle que, quand vous avez vu une chaîne de télé, vous en avez vu cinquante, cent, mille. Le même couplet revient en boucle sur tous les écrans, sur toutes les colonnes des journaux, sur toutes les ondes des radios. Partout, his master’s voice repète ad-nauseam :

« La dette de l’Etat trop élevée » ? C’est dû à « la paresse grecque, à son incompétence, à son irresponsabilité ! ». Et la dette privée élevée ? Egalement ! Le secteur public « surdimensionné » a été imputé à « la corruption et aux pratiques clientélistes des politiciens grecs ». Et voici l’estocade fatale : les Grecs ont « une morale de travail « orientale » ! Elle ne réveille rien en vous cette langue du mépris si prisée des colons et dont nous étions si familiers au bon vieux temps des colonies ? On le savait bien, en terrain conquis, le verbe des puissants se lâche, il ne s’embarrasse pas de précautions de langage. Ici, il éructe, brutes, ses effluves aryens .Et pour vous faire une idée du courroux exaspéré qui l’inspire, il y a ces images qui vous montrent une Angela Merkel la main sur le front, accablée de soucis, au bord de la crise de nerfs.

Aux âmes sensibles, qui seraient tentées de prêter l’oreille aux plaintes de la victime, la patronne du FMI, Christine Lagarde déclare haut et fort réserver sa compassion aux enfants Africains plutôt qu’aux Grecs, auxquels elle n’hésite pas à enjoindre publiquement de payer leurs impôts. Elle-même est dispensée d’imposition sur les 500 000 dollars de revenu annuel que lui paye l’institution de Washington. La désinformation est à son paroxysme quand on sait qu’entre 1990 et 2007, le PIB grec a été augmenté de plus de 5 fois et que les profits des entrepreneurs ont grossi de plus de 28 fois pendant que les salaires ouvriers devaient se contenter, en 17 ans, d’un misérable doublement et encore pas tout à fait atteint. Non contents d’avoir siphonné la richesse du pays, les grands patrons capitalistes et leurs mandants socialistes et de droite l’ont plongé dans la misère et le chaos. Mais c’est le peuple qui doit payer. Et chèrement !

 

Un plan de sauvetage des banques et de coulage du peuple

Depuis 2010, la Grèce a subi neuf plans d’austérité. Depuis plus de deux ans, la troïka (UE, FMI, BCE) procède à une véritable saignée sociale en Grèce. Des coupes de 40% dans les salaires. Selon les données officielles de mars 2012 du ministère du Travail et des inspecteurs du travail (SEPE), 400.000 employés dans le secteur privé travaillent mais restent sans salaire en moyenne de un à cinq mois. Hausse des impôts, hausse des prix, 32% de réduction du SMIG et des pensions de retraite, destruction des services publics de 1ère nécessité tels que l’éducation et la santé, suppression des aides sociales et privatisation des secteurs stratégiques (ports, aéroports, chemins de fer, gaz, pétrole) Un million de chômeurs. 50% de chômage chez les jeunes.30% de la population a basculé en dessous du seuil de pauvreté. Les enfants qui tombent d’inanition à l’école. La situation sanitaire est absolument catastrophique. Etre malade est devenu un véritable calvaire. Dans les pharmacies, les patients doivent aujourd’hui payer la totalité du prix des médicaments. Les multinationales du médicament rechignent à fournir les pharmacies de peur de ne pas être payées ; 160 médicaments manquent.

Des centaines de pères de famille s’immolent devant les banques car celles-ci n’acceptent pas une prolongation des délais de remboursement, d’autres se retrouvent avec leur famille dans la rue car ils n’ont plus de quoi payer leur loyer. En Grèce, le taux de suicide augmente de manière dramatique. Selon les données des services de secours, on a enregistré en juin rien que dans la banlieue d’Athènes, 350 tentatives de suicide, dont 5O ont été fatales.

Des commandos de racistes et de fascistes s’adonnent, sous l’œil complice de la police, au lynchage des immigrés

Voila ce que la Troïka (UE, FMI, BCE) appelle « le plan de sauvetage de la Grèce ».

 

Un pays sous tutelle

Cobaye du capitalisme occidental, la Grèce est placée sous tutelle par l’UE, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international qui ont un véritable droit de véto budgétaire sur toutes les mesures et réformes adoptées par le gouvernement grec.

Des membres de la Troïka (UE, FMI, BCE) se sont installés à demeure à Athènes pour prendre en mains des domaines clés tels que la gestion des différentes administrations, des finances, de l'administration fiscale et la commission chargée des privatisations. Le ministre allemand de l’économie est allé plus loin encore, il voudrait voir un des 27 commissaires européens se charger spécialement de la remise sur pied de l’économie grecque et la diriger. Il va même jusqu’à dire « ne pas comprendre que les Grecs s’opposent à cette proposition ». La dette est aujourd’hui supérieure à ce qu’elle était avant l’intervention des institutions financières internationales en 2010. On prête à la Grèce à des taux allant de 6% à 18%. On spécule sur la Grèce. Le PIB de la Grèce a perdu 15% depuis 2 ans ; en décembre il a chuté de plus de 7% ; la destruction des entreprises grecques laisse le pays exsangue sans possibilité de rebondir. Il faut que s’ancre, coûte que coûte l’image d’un pays mort où on ne peut rien cultiver ni produire, justiciable, donc, d’une thérapie de choc.

Déjà le FMI a laissé entendre qu’un troisième « plan de sauvetage » (sic !) serait sans doute nécessaire dès 2015.

 

La supercherie européenne

Le peuple grec paye le coût des choix des partis socialiste et de la droite : coûts cumulés de l’intégration à l’Union Européenne, de l’adhésion à l’Euroland, la zone Euro, des engagements militaires au sein de l’OTAN. La Grèce va profiter des avantages d’une économie européenne puissante, proclamaient-ils, alors, à l’unisson. L’Europe ouvre aux firmes grecques un marché énorme. Quelle chance disaient-ils, la plupart des pays de l’Europe ne produisent pas la gamme avec laquelle la Grèce peut approvisionner l’Europe. La Grèce pays à prépondérance agricole s’était, alors, engagée à baisser de cinq fois sa production agricole pour s’ajuster à la fameuse PAC (politique agricole commune).Les petites entreprises grecques se sont d’un coup retrouvé exposées à la concurrence d’entreprises multinationales, sur leur propre marché national désormais non protégé. Du fait de leur taille, elles n’avaient aucune chance de se maintenir. Des branches importantes de l’industrie ont été mises sur la voie du déclin après avoir fait les frais d’une forte pression concurrentielle et subi des restructurations (ex : textile, habillement, métallurgie, construction navale et fabrication d’autres moyens de transport). Conséquence : augmentation rapide des importations depuis l’UE et accroissement du déficit de la balance commerciale. La Politique agricole commune (PAC) a mené la balance des paiements agricole de la Grèce d’un surplus de 9 milliards de drachmes en 1980 à un déficit de 3 milliards d’euros en 2010, faisant de ce pays un importateur de denrées alimentaires. Son tissu productif national ayant été affaibli et fragilisé, la Grèce importe plus qu’elle n’exporte : le déficit commercial de la Grèce a contribué au gonflement de sa dette extérieure publique et privée. En intégrant la zone Euro, l’Etat grec s’est dessaisi au profit des autorités de Bruxelles des instruments de politique économique : les instruments les plus puissants de la politique économique au soutien de l'activité, en particulier la politique monétaire, la politique budgétaire, la politique des revenus, le contrôle des prix et le contrôle des changes. Il n’est pas en mesure d’opérer les ajustements que la conjoncture intérieure requiert. Ainsi, pour résorber ses déséquilibres, la Grèce ne peut plus dévaluer sa monnaie, elle est prisonnière de l’euro.

Au boulet européen, il faut ajouter celui de l’alliance atlantique. Les dépenses militaires de la Grèce en 2009 s’élevaient à 4% du PIB, comparées au 2,4% de la France et au 1,4% de l’Allemagne. C’est la résultante des dépenses massives dans les programmes d’armement et les missions (ex : Bosnie, Afghanistan) dans le cadre des plans de l’Otan. Gros consommateur d’armements, la Grèce achète 15% des ventes d’armes allemandes

 

Le peuple grec se bat

Le peuple grec doit faire face à une machinerie de guerre sociale sans précédent déployée sur tous les fronts par la ploutocratie grecque, les multinationales, leurs gouvernements, leurs institutions, leurs médias,...Précarisation, fragilisation, désinformation, manipulation, chantage, l’arsenal complet de l’intimidation mobilisé pour que le peuple grec se rende. Les donneurs de leçons es démocratie européens ne font pas dans la dentelle. La Commission Européenne s’est ingérée directement dans la campagne électorale de manière provocante, à travers des personnalités de premier plan de l’Allemagne, de France, d’Italie, du FMI, des USA, des médias. Leur propagande orchestrée dans le pays et à l’étranger martelait qu’une dénonciation du Mémorandum et des mesures d’austérité qui l’accompagnent, conduira au bannissement de la Grèce hors de l’Europe. Comment s’étonner du résultat des élections dans ce climat de terreur »démocratique » capitaliste.

Malgré la vie infernale qui lui est imposée, le peuple Grec résiste et se bat, il a déjà répondu par 14 grèves générales, des manifestations et des rassemblements de masse. Les ouvriers métallos des « aciéries grecques » sont en grève depuis plus de 250 jours. Il n'y a pas d'autre voie, proclame le parti communiste grec, à l’avant-garde de ces combats : « le peuple doit réussir à imposer un modèle de développement différent, alternatif à celui en place, pour changer complètement de cap, avec un projet dans lequel ce sont les intérêts du peuple et non ceux de la bourgeoisie qui prévaudraient ».

Alger le 16 juillet 2012
Abdelatif Rebah

 

 

 

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Crise globale : Le cru syrien et le cuit algérien

Publié le par Mahi Ahmed

Crise globale : Le cru syrien et le cuit algérien

Salima Ghezali

Mardi 24 Juillet 2012

 

« Penser, c’est être obligé de prendre parti dans la guerre civile logique au cours de laquelle la vérité part en campagne contre l’opinion. » Platon

 

 

Le parallèle établi par H. Belalloufi entre la crise syrienne et la crise algérienne est des plus troublants. Il indique clairement que les impasses politiques et intellectuelles, dans lesquelles a été enfermé depuis des décennies le discours sur la violence politique et les dissensions sociales, restent d’actualité. En supposant qu’une troisième force armée est susceptible de sauver la situation en assurant tout à la fois, la continuité de l’Etat syrien, la démocratie et le caractère progressiste du futur régime à mettre en place, Belalloufi fait un pari risqué. Pour ce faire, il donne l’exemple algérien des années 90 où « la victoire sur l’islamisme » aurait été le fait d’un retournement de l’opinion et de son investissement massif dans la lutte anti-terroriste. Or, aucun consensus national n’existe encore autour des termes dans lesquels la question sécuritaire s’est posée : putsch militaire, sursaut républicain, résistance démocratique à l’intégrisme, résistance populaire à la dictature, djihad islamiste, terrorisme islamiste, terrorisme anti-islamiste, groupes d’auto-défense, milices supplétives, escadrons de la mort, guerre de subversion, guerre de prédation néo- coloniale, guerre de recomposition sociale etc. Tous ces termes, pour avoir cohabité, sont à la fois, ponctuellement justes et essentiellement faux. L’Etat, la démocratie et l’Islam algériens ont été, chacun de son côté et tous ensemble, traversés par la guerre. Une guerre « sale » loin d’avoir livré toutes ses retombées sur l’Algérie et qui n’a pas fini de projeter son ombre sur l’avenir de cet état, de ce peuple et de cette société.

L’épouvantable climat de terreur à travers lequel la censure, doublement établie par les discours islamistes et anti-islamistes, a fonctionné durant les années 90, puis le recours à l’interdit de parole imposé par le pouvoir à travers l’article 6 de la charte portant réconciliation nationale, ont enlevé aux algériens le droit de fonder leur opinion sur la vérité. Tout comme ils ont empêché, et empêchent encore, le débat sur les faits et sur les termes dans lesquels la crise globale peut-être dépassée. Il n’existe à l’heure actuelle aucune liberté d’énonciation ou d’accès aux faits, qui se sont déroulés lors de cette guerre, qui puisse servir de base matérielle sur laquelle pourrait enfin s’établir un propos fondateur. En plus clair, les mots à travers lesquels cette guerre est déclinée ne renvoient pas aux « choses » qui se sont produites mais à l’usage que l’on peut en faire et aux bénéfices, matériels ou politiques, que l’on peut en tirer. Sur les massacres de civils ou de militaires, sur les assassinats ciblés ou sur les attentats à l’explosif, sur les exécutions extrajudiciaires ou sur les égorgements en place publique, chacun a son idée formée essentiellement sur la base de ses choix, de ses intérêts ou calculs immédiats et de ses traumatismes. Au mépris de ceux de l’autre. Sans lesquels pourtant aucune issue collective n’est possible.

Sur la guerre civile des années 90 il n’existe à l’heure actuelle que des discours de propagande. Sans l’établissement objectif et vérifié des faits et sans leur discussion, ou la décision collective, assumée et respectée par tous, de leur enfouissement momentané, il n’est point de conscience vraie. Ni de cohérence politique ou intellectuelle possibles. Certes, une parole peut toujours se tenir, mais pour qu’elle fasse œuvre politiquement utile et intellectuellement féconde il est impératif qu’elle se présente dans le dénuement qui est actuellement le sien. C'est-à-dire une parole sous-alimentée en références factuelles dûment recensées, vérifiées et autorisées.

A contrario et sans avoir à revenir dans le détail sur toutes ces années douloureuses, un simple récapitulatif des discours en présence lors la guerre des années 9O peut s’avérer pédagogique. Il y eut au minimum trois discours. Deux pour la guerre et un contre. Les deux premiers ont prôné le recours aux armes et ont mis face à face islamistes et anti-islamistes. Le troisième a condamné le recours à la violence, la violation des lois, du droit et des libertés. Il en a appelé à la mobilisation populaire et pacifique, au respect de la légalité républicaine, ainsi qu’à la sagesse des esprits. Préférant au langage des armes celui du dialogue et de la négociation. Contrairement à une idée répandue, le discours contre la guerre – surtout civile- n’est pas réductible à un pacifisme béat. Il est le fruit d’une analyse politique, qui voit précisément dans le recours à la violence, un déni du droit à l’organisation et à la gestion pacifiques des dissensions politiques. Une analyse qui voit dans l’implication des moyens militaires de l’Etat pour trancher un contentieux politique UNE MISE EN DANGER DIRECTE de la continuité de cet état, qui reste encore susceptible de se mettre, un jour, au terme d’une lutte politique acharnée, au service du plus grand nombre.

La guerre des années 90 a servi à priver les algériens du droit à un Etat qui préserve la vie et les intérêts du plus grand nombre. Ce qui, en Algérie plus qu’ailleurs, était la mission dévolue par la guerre d’indépendance à l’Etat algérien. L’établissement de « zones protégées » pour une minorité de serviteurs du régime, la politique de « retrait de l’état » qui a mis des pans entiers de la population à la merci des milices et des groupes armés et les a très souvent privé des commodités les plus élémentaires (sécurité, électricité, eau, gaz, santé et école) contient le programme ultime auquel aspirent encore les prédateurs qui se sont enrichis avant, pendant et depuis la « sale guerre ».

Que des groupes islamistes aient commencé les hostilités, comme se plaisent à le répéter certains, ou que la spoliation politique des algériens ait commencé avec la prise du pouvoir par l’armée des frontières, comme se plaisent à le souligner d’autres, peut alimenter indéfiniment la polémique. Il ne suffit plus d’avoir un alibi pour faire le choix de la guerre. Il faut s’assurer au préalable qu’on mène bien sa guerre et non celle de parties tierces.

 

Source :

http://www.lanation.info

 

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Qui l’emportera en Syrie ?

Publié le par Mahi Ahmed

Qui l’emportera en Syrie ?

Hocine Belalloufi

Mardi 24 Juillet 2012

 

Cela fait plusieurs mois déjà que l’affrontement politique pour le pouvoir a pris en Syrie la forme quasi-exclusive d’un conflit armé. Les luttes de masse (rassemblements, manifestations, meetings…) ont été de plus en plus marginalisées alors que les grèves de salariés sont quasiment absentes ou n’ont aucune visibilité politique. L’analyse de la situation doit donc prioritairement prendre en considération l’action des forces armées en présence et la nature de leurs stratégies et de leurs tactiques.

 

 

 

Syrie, le 10 mai. Damas après un attentat dans le quartier Sud de la capitale. | REUTERS/SANA

D’un côté se trouve l’armée nationale syrienne qui a connu des défections de soldats, sous-officiers et officiers, mais qui possède une puissance de feu redoutable et qui reste globalement fidèle au régime. Particulièrement dictatorial, ce dernier n’a pas réussi à s’appuyer sur une partie de la population en armes pour contrer ses ennemis. Il en est donc réduit à porter seul le poids principal de l’affrontement et à utiliser une armée classique pour faire face à une guérilla dont les membres se fondent dans le tissu urbain et la population civile.

 

La population, enjeu principal de la guerre

On se rappellera que la raison principale de l’échec de l’insurrection menée par l’islamisme armé algérien, dans les années 1990, a résidé dans l’armement d’une partie de la population civile (Groupes de Patriotes, Garde communale, groupes d’autodéfense…). Cette stratégie a permis de répondre à une guérilla disposant d’armes légères par des moyens équivalents et d’éviter ainsi de recourir aux armes lourdes qui occasionnent fatalement des dégâts collatéraux considérables dans le tissu urbain et dans la population. Au-delà de cet aspect strictement militaire, l’armement de la population a constitué la clef de la victoire sur l’islamisme qui n’a pas compris que l’objectif premier de la lutte armée réside dans la conquête politique de la population et non dans le fait de tuer un maximum d’ennemis et de détruire le plus d’ouvrages possibles (usines, institutions…).

Il n’est pas inutile, en ce cinquantième anniversaire de l’indépendance de notre pays, de se souvenir que les manifestations de décembre 1960 démontrèrent que le FLN avait politiquement gagné la partie face au colonialisme français en dépit du fait que l’armée d’occupation disposait d’un écrasant rapport de forces sur le terrain militaire à la suite de l’application du plan Challe, de l’installation des barrages électrifiés (Lignes Morice et Challe) pour étouffer les maquis de l’intérieur en les coupant des bases-arrières situées en Tunisie et au Maroc et de l’internement d’une grande partie de la population dans des camps de regroupement afin de l’isoler des combattants de l’ALN.

En prenant le risque, calculé pour lui, d’armer la population au milieu des années 1990, le pouvoir en Algérie répondait au besoin profond de nombreux citoyens de se protéger, eux et leurs familles. Il favorisait en même temps le basculement, dans le camp anti-islamiste, d’une grande partie de la population qui n’était pas forcément hostile, au départ, au projet porté par ce courant. Une telle stratégie devait forcément s’avérer gagnante dans la mesure où la guerre civile n’opposait plus seulement l’islamisme armé au pouvoir mais aussi l’islamisme armé à une partie croissante de la population.

Une telle stratégie ne pouvait toutefois être conçue que par des politiques qui avaient, directement ou indirectement, fait l’expérience de la guerre populaire de libération nationale. Elle ne pouvait être élaborée par les dirigeants d’une armée classique. Ce n’est pas un hasard si les anciens moudjahidine constitueront le fer de lance des divers groupes armés chargés de faire échec à l’insurrection islamiste. Aguerris militairement, disposant d’une parfaite maitrise du terrain, dotés d’une longue et réelle expérience politique et profondément insérés dans leurs quartiers ou villages, ces anciens moudjahidines joueront, en dépit de leur âge avancé, un rôle très important dans la mise en œuvre de la stratégie de contre-insurrection contre l’islamisme armé.

Une telle stratégie peut difficilement être conçue et, surtout, mise en œuvre par un régime de dictature militaire classique. Les régimes libyen et syrien qui terrorisaient leurs populations respectives pouvaient-ils prendre le risque d’armer ces dernières pour contrer l’insurrection ? Cela était peu probable et c’est pourquoi ils tablèrent sur les forces armées ou de police pour tenter d’écraser, en milieu urbain, leurs ennemis.

Mais une telle stratégie peut-elle venir à bout d’une insurrection qui se répand dans les villes et qui dispose d’un soutien militaire, matériel et financier fourni par les grandes puissances impérialistes (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne…), les régimes réactionnaires locaux (Arabie Saoudite, Qatar, Turquie) et le courant islamiste sunnite des Frères musulmans ou des Salafistes ? Une insurrection qui s’appuie sur une forte légion étrangère venue de Libye, d’Irak et du Liban ? La stratégie du régime syrien peut-elle être couronnée de succès alors même qu’il doit faire face à une démarche d’étranglement des puissances du G7 ? Le soutien de la Russie, de la Chine et de l’Iran s’avèrera-t-il suffisant pour contrer les sanctions ?

De la capacité du régime à résoudre cette équation dépendra l’issue du conflit. Des forces de l’opposition nationale réfractaires aux ingérences impérialistes peuvent-elles s’intégrer à une stratégie de résistance et de défense de l’Etat syrien ? Le pouvoir baasiste est-il prêt à faire des concessions suffisantes en matières politique et sociale pour favoriser l’implication concrète d’une grande partie de la population syrienne dont l’entrée dans le combat ferait définitivement basculer le rapport de forces politiques ? La réponse à ces questions déterminera le sort des armes.

 

La tactique de l’opposition armée ou la politique de la terre brûlée

Dans la lutte contre le régime de Damas, l’opposition basée à l’étranger – le Conseil national syrien (CNS) – a très vite privilégié l’option armée au point de refuser toute discussion avec le régime en vue de négocier les termes d’une transition politique. De même a-t-elle écarté de sa tactique la mobilisation politique de la population syrienne, l’organisation de grèves de travailleurs et de commerçants…

Ne disposant manifestement pas du soutien, pourtant revendiqué, de la population, les opposants à l’étranger qui représentent en réalité une opposition de l’étranger n’avaient qu’un seul objectif : créer une situation de chaos à l’intérieur afin de préparer la voie à une intervention militaire directe des forces de l’OTAN. Leur objectif n’a jamais été de construire un rapport de forces en organisant la population afin qu’elle puisse se défendre face aux forces de répression du régime. Le CNS n’est que le cheval de Troie au service des puissances impérialistes qui espéraient rééditer le scénario libyen en Syrie. La Russie et la Chine les en ont empêchés jusqu’ici.

Cette opposition qui dispose de moyens extraordinaires fournis par « les amis de la Syrie » n’accorde pas davantage d’intérêt à la population que le régime baasiste. Elle n’a aucune stratégie de conquête politique de la population dont elle ne favorise en aucun cas l’auto-organisation. Son but n’est pas de permettre au peuple syrien de s’organiser et de s’armer afin de lutter sur tous les terrains (militaire, mais aussi politique et social) et d’imposer enfin sa souveraineté politique. Elle refuse toute perspective de guerre populaire, forcément prolongée, car visant à gagner le peuple à son projet politique et à transformer le rapport de forces. Le seul objectif de cette opposition de l’étranger est d’accroître le chaos en vue de préparer le terrain à une offensive militaire étrangère. Elle provoque l’armée syrienne en espérant pousser celle-ci à réagir aveuglément, à utiliser la grosse artillerie, les blindés et les forces aériennes (hélicoptères…) pour réduire des quartiers entiers dont les insurgés se sont préalablement retirés. La population civile désarmée et abandonnée constitue alors la victime principale du conflit. Et le fossé ne peut que se creuser entre elle et l’armée qui ne peut éviter les bavures. Plus l’armée détruit les quartiers – elle seule dispose de la force de feu suffisante pour le faire – et plus elle prend le risque de perdre le soutien d’une population terrorisée qui ne songe qu’à fuir ou à se terrer.

Cette tactique cynique est systématiquement mise en œuvre par les insurgés syriens et, surtout, étrangers qui n’ont aucune attache avec le pays et sa population et qui se soucient peu des sacrifices et des pertes subies par cette dernière. Même si elle était couronnée de succès en finissant par provoquer la chute du régime d’El Assad, cette tactique ne mettrait pas fin au calvaire que vit le pays car les parties de la population qui refusent la soumission à l’étranger et les règlements de compte confessionnels poursuivraient la résistance. Le pays éclaterait. C’est peut-être cela que cherchent les impérialistes…

 

L’urgence de l’émergence d’une troisième force

Afin de sortir de cette dialectique infernale qui embrase et détruit lentement mais sûrement le pays tout entier ainsi que sa population, il faudrait qu’émerge une troisième force politique. Une force populaire, opposée au régime mais défendant sans concession aucune l’Etat syrien face à l’agression de l’impérialisme et de la réaction régionale (gouvernements du Golfe et de Turquie, partis islamistes et laïcs pro-américains et européens). Une force capable à ce titre de proposer un accord au régime en vue de défendre la souveraineté de l’Etat menacée par l’étranger en échange d’une ouverture politique démocratique et d’une amélioration de la situation sociale des couches défavorisées du pays pour faire échec aux plans du G7 et de l’OTAN.

Cette force existe potentiellement, de façon embryonnaire et, surtout, disséminée dans les différents courants d’opposition. De nombreuses coordinations locales proches du Comité de coordination national pour le changement démocratique (CCNCD), du Forum démocratique syrien (FDS) ou de la coalition Watan (créée en février dernier) sont opposées à toute ingérence étrangère et se prononcent pour la récupération du Golan occupé par Israël, soutiennent la lutte du peuple palestinien... Une partie de ces coordinations locales sont même membres du CNS alors même que celui-ci s’affiche de plus en plus ouvertement en faveur d’Israël et des puissances de l’OTAN !

Mais aucune force politique ne s’est révélée en mesure, jusqu’ici, de rassembler ces différentes forces locales dans un projet national anti-impérialiste, démocratique et social en vue de faire face au complot étranger et d’instaurer un régime basé sur l’expression libre de la souveraineté populaire. Certaines de ces coordinations pensent pouvoir refuser la « militarisation de la révolution » alors même que la guerre civile actuelle confirme que le pouvoir est au bout du fusil. Au lieu de tracer une perspective militaire subordonnée à un projet politique, elles refusent l’idée même de lutte armée et prônent de manière totalement naïve une issue pacifique ! D’autres assument le caractère armé du conflit, mais se placent à la remorque de l’opposition de l’étranger, celle de Washington, Paris, Londres, Ankara, Doha et Riad. Elles ne cherchent pas ou n’arrivent pas, là aussi, à tracer une perspective indépendante où l’incontournable lutte armée s’intègre à une stratégie plus vaste aux côtés des luttes politiques, syndicales…

Contrairement à la Libye où le régime de Kadhafi avait empêché l’émergence de forces politiques d’opposition, il existe en Syrie des partis et mouvements politiques de gauche à même de penser et de mettre en œuvre une telle stratégie. L’équilibre relatif des forces en présence – incapacité de l’opposition à renverser le pouvoir et incapacité du pouvoir à écraser l’insurrection alimentée par l’ingérence étrangère – risque de faire durer le conflit en dépit des prédictions de la propagande impérialiste qui ne cesse de clamer la fin prochaine du régime. Ce caractère prolongé du conflit peut être propice aux forces syriennes vraiment nationales et progressistes qui doivent le mettre à profit pour clarifier la perspective, définir une stratégie et une tactique et rassembler des forces pour les mettre en œuvre. Ce travail colossal se mènera dans les pires conditions qui soient, celles d’une guerre civile et d’une intervention étrangère qui ne dit pas son nom. Mais ces difficultés peuvent à l’inverse accélérer les prises de conscience et les reclassements à même de forger cette troisième voie. Il n’y a pas que des inconvénients à être sous le feu de l’ennemi. Les stratégies justes s’élaborent souvent dans l’action et sous l’effet de la nécessité.

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Les sanctions économiques contre Cuba sous l’administration Obama

Publié le par Mahi Ahmed

Les sanctions économiques contre Cuba sous l’administration Obama

 

Par Salim Lamrani

Le 25 juillet 2012

Opera Mundi

 

L’arrivée au pouvoir du Président Obama aux Etats-Unis en 2008 a marqué une rupture de style par rapport à la précédente administration Bush vis-à-vis de Cuba. Néanmoins, hormis la levée de certaines restrictions concernant les voyages, les sanctions économiques ont continué à s’appliquer, y compris de manière extraterritoriale. Voici quelques exemples récents.

Lors de sa campagne électorale en 2007, le candidat Barack Obama avait effectué un constat lucide sur le caractère obsolète de la politique cubaine des Etats-Unis. Une fois élu, il a fait part de sa volonté de chercher « une nouvelle approche avec Cuba ». « Je crois que nous pouvons mener les relations entre les États-Unis et Cuba vers une nouvelle direction et ouvrir un nouveau chapitre de rapprochement qui se poursuivra durant mon mandat », avait-il souligné[1].

Obama avait dénoncé la politique de son prédécesseur à l’égard de Cuba, lequel avait fortement restreint les voyages de la communauté cubaine des Etats-Unis. « Il s’agit à la fois d’une question stratégique et humanitaire. Cette décision a […] un impact profondément négatif sur le bien-être du peuple cubain. J’accorderai aux Cubains-américains des droits illimités pour rendre visite à leurs familles et envoyer de l’argent dans l’Île[2] », s’était-il engagé.

Obama a tenu parole. En avril 2009, il a annoncé la levée des restrictions imposées en 2004 par l’administration Bush affectant les Cubains vivant aux États-Unis et ayant de la famille sur l’île, laquelle est devenue effective le 3 septembre 2009. Désormais, les Cubains peuvent se rendre dans leur pays d’origine autant de fois qu’ils le souhaitent pour une durée illimitée (contre quatorze jours tous les trois ans auparavant), et effectuer des transferts de fonds non plafonnés à leurs familles (contre cent dollars par mois auparavant[3]).

 

Application extraterritoriale des sanctions économiques contre Cuba

Néanmoins, Washington n’a pas hésité à appliquer les sanctions économiques, y compris de manière extraterritoriale, contrevenant ainsi gravement au droit international. En effet, celui-ci stipule que les législations nationales ne peuvent pas être extraterritoriales, c’est-à-dire s’appliquer au-delà du territoire national. Ainsi, la loi brésilienne ne peut pas s’appliquer en Argentine. De la même manière, la législation vénézuélienne ne peut pas s’appliquer en Colombie. Or, la loi étasunienne sur les sanctions économiques contre Cuba s’applique à tous les pays du monde.

En effet, en juin 2012, la Banque néerlandaise ING s’est vue infliger la plus importante sanction jamais dictée depuis le début de l’état de siège économique contre Cuba en 1960. Le Bureau de contrôle des biens étrangers (OFAC) du Département du Trésor a sanctionné l’institution financière d’une amende de 619 millions de dollars pour avoir effectué, entre autres, des transactions en dollars avec Cuba, à travers le système financier étasunien, entre 2002 et 2007[4].

Le Département du Trésor a également obligé la banque néerlandaise à rompre ses relations commerciales avec Cuba, annonçant qu’ « ING a assuré au Bureau de contrôle des biens étrangers avoir mis fin aux pratiques qui ont conduit à l'accord d'aujourd'hui ». Ainsi, une banque européenne s’est vue interdire, par Washington, toute transaction commerciale avec Cuba[5].

Le gouvernement cubain a dénoncé cette nouvelle application extraterritoriale des sanctions économiques, lesquelles, en plus d’empêcher tout commerce avec les Etats-Unis (à l’exception des matières premières alimentaires), constituent le principal obstacle au développement des relations commerciales de Cuba avec le reste du monde. « Les Etats-Unis ont unilatéralement sanctionné la banque ING pour avoir effectué, avec ses filiales en France, en Belgique, en Hollande et à Curazao, des transactions financières et commerciales avec des entités cubaines, interdites par la politique criminelle de blocus contre Cuba[6] », souligne le communiqué.

Adam Szubin, Directeur de l’OFAC, en a profité pour mettre en garde les entreprises étrangères ayant des relations commerciales avec Cuba. Cette amende « est un avertissement clair à quiconque en profiterait pour violer les sanctions des Etats-Unis », a-t-il déclaré, réaffirmant ainsi que Washington continuerait à appliquer ses mesures extraterritoriales[7].

D’autres entreprises étrangères ont également été sanctionnées en raison de leurs rapports commerciaux avec Cuba. Ainsi, la multinationale suédoise Ericsson, spécialisée dans le domaine des télécommunications, a dû s’acquitter d’une amende de 1,75 millions de dollars pour avoir fait réparer, par le biais de sa filiale basée au Panama, des équipements cubains d’une valeur de 320 000 dollars, aux Etats-Unis. Trois employés, impliqués dans cette affaire, ont également été licenciés[8].

Le 10 juillet 2012, le Département du Trésor a infligé une amende de 1,35 millions de dollars à l’entreprise étasunienne Great Western Malting Co. pour avoir vendu de l’orge à Cuba, par le biais de l’une de ses filiales étrangères entre août 2006 et mars 2009. Pourtant, le droit international humanitaire interdit tout type d’embargo sur les matières premières alimentaires et les médicaments, y compris en temps de guerre. Or, officiellement, Cuba et les Etats-Unis n’ont jamais été en conflit[9].

En France, Mano Giardini et Valérie Adilly, deux directeurs de l’agence de voyages étasunienne Carlson Wagonlit Travel (CWT), ont été limogés pour avoir vendu des packs touristiques à destination de Cuba. L’entreprise risque une amende de 38 000 dollars par séjour vendu, suscitant l’ire de certains salariés qui comprennent difficilement la situation. « Pourquoi Carlson n'a-t-il pas retiré du système de réservation les produits Cuba puisqu’on n'avait pas le droit de les vendre ? », s’est interrogé un employé[10].

De la même manière, CWT risque de ne plus être autorisée à répondre aux appels d’offre pour les voyages de l’administration étasunienne, lesquels représentent une part substantielle de leur chiffre d’affaire. La direction de CWT s’est exprimée à ce sujet : « Nous sommes tenus, dans ces conditions, d'appliquer la règle américaine qui interdit d'envoyer des voyageurs à Cuba, [y compris] pour les filiales ». Ainsi, une filiale étasunienne basée en France se voit contrainte d’appliquer la loi américaine sur les sanctions économiques contre Cuba, bafouant la législation nationale en vigueur[11].

 

Google censuré et un budget de 20 millions de dollars pour la « démocratie digitale

Plus insolite, les sanctions économiques interdisent aux Cubains d’utiliser certaines fonctions du moteur de recherche Google, telles que Google Analytics (qui permet de calculer le nombre de visites sur un site web ainsi que leur origine), Google Earth, Google Destktop Search, Google Toolbar, Google Code Search, Google AdSense ou Google AdWords, privant ainsi Cuba d’accès à ces nouvelles technologies et à de nombreux produits téléchargeables. L’entreprise étasunienne s’en est expliquée par le biais de sa représentante Christine Chen : « Cela était stipulé dans nos termes et conditions d’utilisation. On ne peut pas utiliser Google Analytics dans les pays soumis à des embargos[12] ».

Dans le même temps, alors que Washington impose à Google de restreindre l’utilisation de ses services digitaux à Cuba et interdit à La Havane de se connecter à son câble à fibre optique pour Internet, le Département d’Etat a annoncé qu’il allait allouer, par le biais de l’Agence des Etats-Unis pour le Développement international (USAID), la somme de 20 millions de dollars « aux militants des droits de l’homme, journalistes indépendants et aux bibliothèques indépendantes dans l’île », afin de répandre, entre autres, la « démocratie digitale[13] ».

L’administration Obama, loin d’avoir adopté « une nouvelle approche avec Cuba », continue d’imposer des sanctions économiques qui affectent toutes les catégories de la population cubaine à commencer par les plus vulnérables à savoir les femmes, les enfants et les personnes âgées. Elle n’hésite pas à sanctionner des entreprises étrangères au mépris du droit international en appliquant des mesures extraterritoriales. Elle refuse également d’entendre l’appel unanime de la communauté internationale qui a condamné en 2011, pour la vingtième année consécutive, l’imposition d’un état de siège anachronique, cruel et inefficace, qui constitue le principal obstacle au développement de la nation.

 

Texte original en portugais : http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/23237/as+sancoes+economicas+a+cuba+sob+o+governo+obama.shtml

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est enseignant chargé de cours à l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, et l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

 

Contact : Salim.Lamrani@univ-mlv.fr ; lamranisalim@yahoo.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

Plus d’informations dans Etat de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba


Notes

[1] The Associated Press, « Obama Seeks ‘New Beginning’ With Cuba », 17 avril 2009.

[2] Barack Obama, « Our Main Goal : Freedom in Cuba », The Miami Herald, 21 août 2007.

[3] Office of Foreign Assets Control, « Hoja informativa : Tesoro modifica reglamento para el control de bienes cubanos a fin de implementar el programa del Presidente sobre visitas familiares, remesas y telecomunicaciones », Treasury Department, 3 septembre 2009.

[4] Office of Foreign Assets Control, « Settlement Agreement ING », Department of the Treasury, Juin 2012. http://www.treasury.gov/resource-center/sanctions/CivPen/Documents/06122012_ing_agreement.pdf (site consulté le 10 juillet 2012).

[5] Ibid.

[6] Ministry of Foreign Affairs of Cuba, « Statement by the Ministry of foreign Affairs », 20 juin 2012. http://www.cubaminrex.cu/english/Statements/Articulos/StatementsMINREX/2012/Statement200612.html (site consulté le 10 juillet 2012).

[7] Ibid.

[8] Steve Stecklow & Bail Katz, « U.S. to Fine Ericsson in Panama $1,75 Million Over Cuba Shipments », Reuters, 24 mai 2012.

[9] Office of Foreign Assets Control, « Enforcement Information for July 10, 2012 », Department of the Treasury, 10 juillet 2012. http://www.treasury.gov/resource-center/sanctions/CivPen/Documents/07102012_great_western.pdf (site consulté le 12 juillet 2012).

[10] Jean da Luz, « Carlson Wagonlit Travel : l’embargo cubain fait tomber des têtes en France », Tourmag, 2 juillet 2012 ; Geneviève Bieganowsky. « Licienciements, Carlson redoute la perte des budgets voyages de l’administration US », Tourmag, 3 juillet 2012.

[11] Ibid.

[12] Michael McGuire, « Google responde a denuncias de Cuba », The Miami Herald, 20 juin 2012.

[13] Juan O. Tamayo, « Estados Unidos busca romper censura tecnológica en Cuba », El Nuevo Herald, 23 juin 2012.


 

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Un vrai conte, celui d’Averroès

Publié le par Mahi Ahmed

 

Une nouvelle de Youssef SEDDIK

 

Un vrai conte, celui d’Averroès



Marrakech, 1198 

L’étonnant cortège traversait lentement la grande rue de Marrakesh, au milieu d’une foule composée de badauds anonymes et de nombreux notables reconnaissables à leurs habits fastueux.

La cité-oasis aux palais de sable rouge, aux mosquées somptueuses étincelait sous un soleil accablant. La chaleur torride de ce début de printemps saharien n’accordait que de rares et courts instants de répit. Parfois, l’air frémissait, alourdi par l’odeur pestilentielle qui se dégageait de ce singulier cortège. La foule amassée des deux côtés de la voie était presque silencieuse. Sans la rumeur qu’on percevait venant de petits groupes chuchotant çà et là, on aurait pensé à un cortège funéraire qui hésitait encore à démarrer.

Deux gardes, cimeterre sans fourreau à la taille, escortaient une mule. Le pauvre muletier évitait les regards innombrables qui se posaient sur lui, plus accusateurs et plus hostiles que des huées ou des injures. La mule était chargée de deux énormes corbeilles de chanvre tressé : L’une contenait des dizaines de volumineux manuscrits, l’autre exposait à la cruauté du soleil un cercueil de bois brut.

-Ci est le Maître, là est son œuvre.

Ainsi s’exprima d’une voix à peine audible le jeune soufi Muhyddine en touchant délicatement l’avant-bras de son compagnon, l’invitant à quitter les lieux pour fuir le terrifiant spectacle. En se dégageant de la foule immobilisée dans une morbide fascination, le cid Ahmad se tourna vers Muhyddine pour entamer une conversation mais il se ravisa aussitôt. Son ami avait les yeux pleins de larmes et le cid Ahmad se résigna à attendre le retour à la maison avec son jeune compagnon.

Les deux Andalous faisaient halte à Marrakesh sur la longue route qui devait les conduire au pèlerinage de la Mecque et partageait une splendide demeure. Le cid était impatient d’avoir l’avis de son ami sur ce qu’ils venaient de voir.

Au milieu du vaste et beau patio dallé de marbre blanc, à moitié ombragé par le feuilletage de deux treilles de vigne, Muhyddine, enfin chez lui, alla s’asseoir en tailleur sur l’épais Kilim aux mille couleurs. Le cid Ahmad s’installa à côté de lui sans dire mot, devinant que son ami était décidé à garder encore le silence. Muhyddine fit entendre un profond soupir, prit l’aiguière argentée posée sur une large cuvette, recueillit un filet d’eau dans sa main libre et s’en aspergea par trois fois le visage avant de l’essuyer avec la large manche de sa tunique. Quand il se décida à parler, il parut s’entretenir avec lui-même. Sa voix était monotone, donnant à sa parole l’allure à la fois décidée et mesurée de l’aveu.

« Un savant exceptionnel ! Cette foule stupide vient de le tuer une seconde fois en approuvant la décision de renvoyer la mort à sa terre natale de Cordoue et en se réjouissant du spectacle de son corps ainsi exhumé, exhibé dans les rues de la ville. Averroès n’a jamais voulu provoquer ni affronter ces masses ignorantes qui, à la fin de sa vie, se sont acharnées contre lui. Au contraire, il a toujours tenu à les servir. Juge, fils et petit-fils de juge, il a surpassé son père et son grand-père dans ce métier difficile qui l’exposait constamment à la colère du pouvoir quand il défendait les petites gens. Il a aussi servi la population en étant le plus grand médecin de son temps, digne héritier de Galien et d’Avicenne, il a même sur plusieurs points dépassé ses maîtres grecs et musulmans d’Orient. Mais, à l’apogée de sa carrière de vie et l’a donné en pâture à la bêtise des multitudes… »

Muhyddine se tut un long moment, se servit un verre d’eau, soupira un peu et poursuivit :

« Son ami Abu Bakr ibn Tufayl venait de renoncer à sa charge de médecin particulier du gouverneur de Séville, Aby Ya’qub. Il avait avancé le nom d’Averroès pour le remplacer. Lors de la première entrevue avec le prince, Averroès ne s’attendait qu’à un simple entretien de présentation… »

Muhyddine s’interrompit encore une fois et le cid Ahmad en profita pour se redresser et se hisser un peu jusqu’à atteindre une opulente grappe de raisin aux grains dorés qu’il cueillit et lava avant de la déposer devant son ami sur un nid de feuilles de vigne.

« Personne ne pouvait deviner que cette dynastie des Almohades, adversaire intraitable des libres-penseurs et de toute innovation en matière de religion, put compter dans ses rangs un prince éclairé, ouvert aux pensées de ceux que l’on nommait avec mépris les mécréants. Averroès faillit perdre toute contenance devant le prince Abu Ya’qub quand celui-ci, à brûle-pourpoint, l’interrogea sur un point particulièrement difficile de la philosophie d’Aristote. Il eut d’abord peur, flairant un piège et feignit l’ignorance.

Tufayl prit sur lui de répondre au prince et leur échange rassura Averroès. Le prince connaissait bien la philosophie et il voulait sincèrement savoir ce que pensait son hôte. Averroès se sentit soulagé et se mit alors à déployer son immense érudition et à exprimer sa vénération pour Aristote. Admiratif, le prince le chargea alors d’une mission précise :

- Cet illustre penseur est si mal compris, si difficile à aborder par l’honnête homme qu’il faudrait, cher Averroès, dompter sa pensée et, sans la trahir, la rendre plus abordable. Si tu te sens capable de mener à bien un tel travail, je t’invite à le faire !

« C’est là qu’ont débuté pour Averroès le temps de la gloire et celui des malheurs.

« Nos gouvernants se sont depuis longtemps renfermés dans la peur et croient que tout effort de penser ou d’innover est un danger non seulement pour eux mais pour tout l’Islam. Cette panique a saisi aussi le peuple des Andalous musulmans qui se méfient de plus en plus des penseurs indépendants. Or téméraire jusqu’à l’imprudence, Averroès a osé élever la pensée du grand philosophe grec au rang d’une véritable inspiration divine. Souvent il commençait un paragraphe ou un long passage de son livre sur le philosophe par cet éloge que nul musulman orthodoxe ne peut admettre : Allah, qui a élu Aristote parmi toutes ses créatures… !

« C’est alors que ces imams sourcilleux qui ont crié l’hérésie et du blasphème. Abu Ya’qub, devenu sultan de Cordoue, continuait pourtant à protéger le savant malgré des protestations de plus en plus vives. Mais subissant la menace, le harcèlement, et souvent des défaites définitives face aux chrétiens de Castille et d’Aragon, les Andalous ont fait d’Averroès un bouc émissaire.

« C’est son ouvrage le Traité décisif sur l’accord entre religion et sagesse qui allait le perdre. Il y déclare, avec cette belle liberté du penseur convaincu qu’il n’a rien à craindre quand il ne fait qu’exposer sa pensée, que la révélation et la raison humaine sont sur le même rang et que toutes deux sont les deux faces d’une vérité qui ne peut être qu’unique. Il laissait même clairement que, au cas où prophétie et raison humaine en arrivaient à se contredire, il fallait alors choisir la voix de la raison humaine. Aucun prince, aucun puissant sur terre ne pouvait plus, après ces affirmations, le défendre contre la colère des masses attisée par les imams orthodoxes. Abu Ya’qub s’est résigné à envoyer Averroès à Marrakesh où le prince qui l’a accueilli lui a ordonné de n’être plus que son médecin particulier. A sa mort dans cette bonne ville, les pressions ont continué à s’exercer sur le prince et pour calmer les esprits il a dû recourir à ce geste horrible de rendre la dépouille du philosophe à sa Cordoue natale dans cet étrange cortège funèbre. »

 

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XIII ème Congrès du Parti communiste sud-africain : un parti de masse et de classe confronté à la question du pouvoir et de l'unité

Publié le par Mahi Ahmed

XIII ème Congrès du Parti communiste sud-africain : un parti de masse et de classe confronté à la question du pouvoir et de l'unité

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Du 11 au 15 juillet, se déroulait à l'Université de Zoulouland, dans la province de Moses Mabhida, le XIII ème Congrès du Parti communiste sud-africain (SACP) sous le thème « Développer et approfondir le pouvoir et l'hégémonie de la classe ouvrière sur tous les terrains de lutte ».

Un congrès qui fut l'occasion de constater la spectaculaire progression du Parti en termes de nombre d'adhérents. De 50 000 au dernier congrès de 2007, le Parti compte désormais 160 000 adhérents. Le petit parti d'avant-garde de la lutte contre l'apartheid est désormais devenu un parti de masse.

Un parti de masse confronté à des questions délicates pour son avenir et celui d'un pays où dominent encore, dix-huit ans après la fin du régime d'apartheid, la pauvreté, le chômage et les inégalités.

Un parti de masse de 160 000 adhérents qui se pose la question du pouvoir

Le congrès a réaffirmé l'engagement du Parti dans l'Alliance tri-partite avec son partenaire syndical privilégié, la COSATU, ainsi qu'avec le parti au pouvoir, l'ANC, dans le processus d'approfondissement de la révolution national-démocratique que le Parti analyse comme la phase précédant la construction du socialisme.

Cet engagement a néanmoins fait l'objet d'un débat virulent sur le soutien mais aussi la participation du Parti communiste au gouvernement dirigé par l'ANC.

En effet, si les liens entre le SACP, l'ANC et le COSATU furent historiquement tissés dans la lutte contre le régime d'apartheid, le tournant libéral de l'ANC après 1994, amplifié sous la présidence de Thabo Mbeki a conduit à une critique de plus en plus nette dans les rangs communistes et syndicalistes du gouvernement mené par l'ANC.

Si l'arrivée au pouvoir de Jacob Zuma en 2007 a soulevé l'espoir d'un virage à gauche, depuis les organisations représentatives de la classe ouvrière ne cachent pas leur déception. Les transformations structurelles attendues n'ont pas eu lieu, le pouvoir du capital reste intact en Afrique du sud, les travailleurs subissant précarité, chômage et bas salaires.

Or, le soutien du Parti communiste en 2007 au courant de Zuma a conduit aussi à l'entrée d'un communiste au gouvernement, Blade Nzimande, secrétaire du Parti, devenu ministre de l’Éducation supérieure. Les communistes comptent par ailleurs 62 députés au Parlement national.

Les débats les plus vigoureux, bien que fraternels, ont porté sur la question du maintien ou non des communistes au gouvernement.

Des liens forts avec les syndicats de classe, des débats fraternels sur la question de l'unité

La critique est venue des rangs syndicaux alors que le lien entre SACP et COSATU reste plus fort que jamais.

Selon le secrétaire du Syndicat national des métallurgistes (NUMSA) Irvin Jim, la participation au gouvernement de communistes prive ces derniers de l'expression d'une voix plus critique vis-à-vis du gouvernement dans les luttes que mènent les travailleurs sud-africains, notamment dans les mines et la métallurgie.

L'intervention du secrétaire-général de la COSATU Zwelinzima Vavi reflète ces préoccupations mais aussi l'engagement sincère et profond de la direction du syndicat aux côtés du Parti communiste :

Vavi a d'abord salué la croissance irrésistible du Parti : « C'est bien la preuve que le communisme, le communisme révolutionnaire dans les meilleures traditions marxistes-léninistes sont bien debout et vivantes ».

Il a ensuite, dans le contexte d'une Afrique du sud toujours plus inégalitaire, posé la question nécessaire de la politique d'unité avec l'ANC : « Nous voulons conserver l'unité de l'Alliance. Mais l'unité dont nous parlons, c'est une unité véritablement révolutionnaire, c'est-à-dire l'unité autour d'un programme révolutionnaire d'action en faveur de la classe ouvrière et des pauvres ! »

Ce qui mène le dirigeant syndical à questionner la stratégie de participation du SACP au pouvoir : « Nous craignons que cette stratégie conduise à un affaiblissement du parti, et à atténuer ses caractéristiques de parti luttant pour le socialisme ».

« Il doit y avoir un équilibre entre la nécessité de construire un SACP fort et indépendant, capable d'offrir une direction à la classe ouvrière, et la nécessité pour les communistes de prendre le pouvoir et de l'influence dans chaque sphère de transformation. »

Zwelinzima Vavi conclut en réaffirmant la nécessité de renforcer le parti dans les luttes :

« Le Parti communiste est confronté à la tâche difficile de s'immerger dans les luttes populaires et dresser ces luttes comme une arme potentielle pour faire tomber cette bête qu'est le capitalisme ».

« Le socialisme est l'avenir, construisons-le maintenant ! »

 

En dépit de ces débats animés sur la question du pouvoir, le lien entre le Parti et les syndicats de classe sort renforcé de ce congrès avec l'élection notamment du secrétaire du Syndicat national des mineurs (NUM) comme président du Parti.

Les principes généraux de l'action du Parti firent l'objet d'un certain consensus : la réaffirmation de l'engagement du Parti à construire le Socialisme, la nécessité d'approfondir la phase transitoire constituée par la Révolution démocratique et national, enfin le besoin de renforcer le Parti communiste, parti d'avant-garde de la révolution, pour mener à bien ce processus.

Le mot d'ordre « Le socialisme est l'avenir, construisons-le maintenant ! » conclut ainsi la réalisation finale du plus grand Congrès qu'ait connu le Parti communiste sud-africain en 91 années d'existence.

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Une centaine d'intellectuels turcs s'adressent au gouvernement Turc pour arrêter la machine de guerre contre la Syrie

Publié le par Mahi Ahmed

Une centaine d'intellectuels turcs s'adressent au gouvernement Turc pour arrêter la machine de guerre contre la Syrie

 

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Une centaine d'intellectuels, d'artistes, d'universitaires et d'hommes politiques ont publié un communiqué appelant les institutions étatiques Turques, principalement le Premier ministre, le chef d'Etat-major et le ministre des Affaires étrangères à s'excuser auprès de la Turquie et de la Syrie, une déclaration signée également par plusieurs dirigeants du Parti communiste de Turquie (TKP).

Le communiqué a été publié par plusieurs quotidiens en Turquie et a eu un impact important à un moment où le gouvernement mené par l'AKP est de plus en plus critiqué pour sa politique vis-à-vis de la Syrie, et s'inquiètent sérieusement des sondages qui révèlent que la majorité des Turcs n'approuvent pas ces politiques et s'opposent à toute agression contre la Syrie.

 

De la part des intellectuels au pouvoir politique: Excusez-vous auprès des peuples de Turquie et de Syrie

 

Les derniers événements à la frontière Syrienne nous inquiètent, comme ils inquiètent notre peuple qui choisit résolument le camp de la paix.

Citoyens et intellectuels de ce pays, nous nous adressons aux institutions qui sont directement responsables des dernières évolutions de la relation avec ce pays voisin, et des tout derniers événements.

Nous, au moins autant que le peuple Syrien lui-même, désirons qu'il puisse vivre en liberté, dans la justice et la prospérité. Or, nous plaçons notre confiance dans les forces progressistes et les intellectuels de ce pays, et réaffirmons un sentiment de fraternité, qui s'est noué tout d'abord dans la lutte contre le colonialisme, entre personnes de croyances et de communautés différentes.

Nous n'estimons pas que l'OTAN ou tout autre organisation impérialiste fera une œuvre de « bienfaisance » en Syrie.

Nous, tout d'abord, nous adressons au Premier Ministre, au Ministre des Affaires étrangères et au chef d’État-major et à l'ensemble des hauts fonctionnaires :

Arrêtez les provocations ouvrant la voie à opération de l'OTAN en Syrie. Arrêtez d'armer des forces hostiles dans ce pays voisin.

Nous nous opposons fermement à ce que l'on mente à notre peuple, à ce qu'on l'abreuve de propagande belliciste, et à ce que l'on suive la voie de l'occupation d'un pays ou de sa mise sous tutelle par une force internationale occupante. Stop!

Nous nous adressons à toutes les institutions en question et exigeons que vous vous excusiez auprès des peuples de Turquie et de Syrie, de vos méthodes reposant sur « la duperie et le mensonge » à laquelle vous eurent recours lors de l'affaire de l'avion de chasse Turc, dont nous croyons fermement qu'il a été abattu dans l'espace aérien Syrien.

Premiers signataires (ordre alphabétique):

Abdullah Aydın, éditeur d'un journal révolutionnaire
Abdullah Nefes, poète, éditeur
Abdurrahman Bayramoğlu, avocat
Abidin Yağmur, journaliste
Adnan Serdaroğlu, secrétaire général du syndicat DISK (Confédération des syndicats révolutionnaires), président du syndicat des travailleurs de la métallurgie

Ahmet Abakay, président de l'Association des journalistes
Ahmet Alpay Dikmen, professeur
Ahmet Atalık, président de la branche agronomique du syndicat des ingénieurs et architectes (TMMOB)

Ahmet Borazan, délégué syndical à Manisa du syndicat de la santé SES
Ahmet Kale, éditeur
Ahmet Meriç Şenyüz, journaliste
Akif Akalın, médecin, écrivain
Ali Abbas Akkaya, journaliste
Ali Çerkezoğlu, Secrétaire général du Syndicat des médecins d'Istanbul

Ali Çetin, vice-président de la Fédération des associations de consommateurs (TUDEF)

Ali Kemal Akgül, membre de la direction du syndicat SES à Izmir

Ali Kenanoğlu, président de l'association culturelle Hubyar Sultan Alevi
Ali Ozan Emre, poète, auteur
Ali Rıza Aydın, ancien rapporteur de la Cour constitutionnelle
Ali Yiğit, ancien président du syndicat des ingénieurs électriciens (EMO)
Alinur Uğurpakkan, artiste graphique
Alper Birdal, membre du Comité central du Parti communiste turc (TKP)
Alper Taş, co-président du Parti de la liberté et de la solidarité (ÖDP)
Arda Kavaklıoğlu, acteur de théâtre
Arif Berberoğlu, poète, traducteur
Arif Okay, chercheur, écrivain
Arslan Dağlı, président du centre culturel PSAKD de Samsun
Arzu Çerkezoğlu, présidente du Syndicat révolutionnaire des travailleurs de la santé (DISK)
Aslı Kayabal, écrivaine
Atilla Özsever, journaliste
Attila Aşut, journaliste, écrivain
Aydemir Güler, membre du comité central du Parti communiste turc (TKP)
Ayhan Erdoğan, avocat
Aylin Topal, enseignant
Aysan Sümercan, actrice de théâtre
Ayşe Kaygusuz, poète et écrivaine
Ayşegül Alpak, actrice de théâtre
Ayten Akbayram, peintre (...)

cf la liste intégrale des signataires: http://haber.sol.org.tr/soldakiler/aydinlardan-iktidara-turkiye-ve-suriye-halklarindan-ozur-dileyin-haberi-57186

 

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Les stratégies à risque des opposants à Hugo Chavez

Publié le par Mahi Ahmed

Les stratégies à risque des opposants à Hugo Chavez

Vers un octobre rouge au Venezuela ? /

mardi, 24 juillet 2012 / Romain Migus /

Journaliste (Caracas)

La campagne électorale bat son plein au Venezuela. Sept candidats sont en lice pour se disputer, le 7 octobre prochain, la présidence de la République. Parmi eux, Yoel Acosta Chirinos, ancien compagnon d’armes de Chávez lors de la tentative de coup d’Etat du 4 février 1992 ; Orlando Chirinos, syndicaliste trotskyste farouchement opposé aux politiques gouvernementales ; Henrique Capriles Radonski, candidat de la Mesa de Unidad Democratica (MUD), plateforme qui regroupe les partis néolibéraux ; et, bien sûr, Hugo Chavez, qui brigue un nouveau mandat.

Notons d´emblée que les deux derniers candidats mentionnés ci-dessus devraient réunir 99 % des suffrages exprimés. Dans un pays où la politique est aussi bipolarisée, il ne subsiste guère d’espace électoral pour des positions intermédiaires. Des partis politiques comme Patria Para Todos (PPT) ou Podemos qui avaient fait ce pari, ont été laminés lors de scrutins antérieurs où ils se présentèrent comme une « troisième voie ». Leurs dirigeants ont d’ailleurs fini par rejoindre les rangs antichavistes.

Comme lors de la précédente campagne présidentielle, en 2006, l’opposition est prise dans une contradiction. Le candidat Capriles, dans la droite ligne de ses origines sociales et de ses positions constantes à la droite de l’échiquier politique vénézuélien, propose un programme néolibéral classique, même si les médias le maquillent en projet social-démocrate. Mais comme ce programme, s’il est explicité, a peu de chances de séduire la majorité de l’électorat, Capriles a opté pour une stratégie de campagne avant tout émotionnelle, axée sur son opposition aux mesures gouvernementales. Cette posture stratégique diverge radicalement de la clarté idéologique de son projet.

Pour gagner l´adhésion des électeurs, Capriles recourt systématiquement à des stratagèmes. En premier lieu, il décontextualise de manière permanente les problèmes du Venezuela en faisant l’impasse sur les conséquences de plusieurs décennies de politiques néolibérales du pays avant l’arrivée au pouvoir de Hugo Chavez. De plus, il présente les mesures du gouvernement comme une anomalie dans le monde démocratique. Cette stratégie a néanmoins ses limites. Alors que l’opposition accusait le gouvernement d’isoler le Venezuela sur la scène internationale, l’entrée du pays dans le Mercosur, l´appui des partis de gauche de tout le continent lors du Foro de Sao Paulo récemment organisé à Caracas, et surtout le soutien de l’ancien président brésilien Lula da Silva à Chavez, ont pulvérisé cette manœuvre.

Conséquence de cette décontextualisation, l´opposition s´emploie à nier systématiquement toutes les avancées sociales et économiques du gouvernement. Enfin, prodige de la sémantique, l’unité des partis politiques qui appuient la candidature de Capriles devient l´unité de tous les Vénézuéliens. Disparus les antagonismes entre les ouvriers et le patron, entre les propriétaires fonciers et les mal-logés, entre les paysans exploités et les terratenientes, entre le propriétaire d´une clinique privée et le patient sans le sou…

Face à cette rhétorique, le candidat Chavez a présenté un programme de gouvernement dans la continuité des acquis de la Révolution bolivarienne [1]. A en croire les instituts de sondage, les Vénézuéliens semblent majoritairement adhérer à ce programme. En particulier, une enquête effectuée par l’agence Reuters montre une constante domination du candidat bolivarien [2]. Mais Hugo Chavez demande constamment à ses partisans de ne pas tenir la victoire pour acquise et de convaincre les indécis afin de l’emporter avec le plus large écart possible. Une victoire serrée de l´actuel président ne manquerait pas, en effet, de réveiller les vieux démons anti-démocratiques d’une opposition prête à tout pour s’emparer de l´exécutif. Comme le note Jennifer Lynn McCoy, du Centre Carter, “un résultat étriqué qui ne serait pas accepté déboucherait sur une vague de violence” [3].

L´enjeu des élections du 7 octobre 2012 dépasse donc la simple joute électorale. Si Hugo Chavez et les forces armées vénézuéliennes [4] se sont engagés à respecter les résultats proclamés par le Centre national électoral (CNE), aucun dirigeant de l´opposition n’a fait de même. Plus grave : une campagne médiatique s’est mise en branle pour semer le doute sur l´impartialité du CNE. L’hebdomadaire Zeta a récemment consacré une de ses livraisons à une prétendue fraude électorale qui serait organisée par ce même CNE [5]. En 2006, lors de la précédente élection présidentielle, son rédacteur en chef, Rafael Poleo, avait ouvertement appelé au coup d´Etat coloré, dans le pur style des révolutions « oranges » [6]. Cet appel, lancé en direct sur la chaîne de télévision Globovision, n´avait pas été cautionné par le candidat de l’opposition de l’époque, Manuel Rosales. Qu´en sera-t-il éventuellement de Capriles ?

Cette accusation de fraude est reprise par le quotidien El Nacional [7]. Depuis sa cellule, le général Baduel, ancien ministre de la défense condamné pour corruption, appelle les Vénézuéliens à « étudier les préceptes du professeur Gene Sharp, dont se sont inspirées toutes les révolutions colorées, de la Serbie à l´Ukraine en passant par la Géorgie ou l´Azerbadjian » [8].

Les récents voyages de dirigeants de l’opposition en Espagne, en Israël et en Colombie, ainsi que l´appel du pied de Capriles aux militaires vénézuéliens [9], ont nourri les spéculations du camp chaviste. Le journaliste José Vicente Rangel, toujours très bien renseigné, a révélé l´intention d´une partie de la droite de ne pas accepter les résultats afin de jeter la suspicion sur la transparence démocratique du processus vénézuélien [10]. Le procureur général de la République, Luisa Ortega Díaz, a même alerté sur la possibilité d´un coup d´Etat post-électoral [11].

Pour mettre en échec le dessein d´une partie de la droite vénézuélienne, Hugo Chavez devra conquérir les suffrages d’une large majorité d´électeurs. Il lui reste un peu plus de deux mois pour y parvenir.

[1] Propuesta del candidato de la Patria, Comandante Hugo Chávez, para la gestión bolivarianasocialista 2013-2019 : http://www.chavez.org.ve/Programa-Patria-2013-2019.pdf

[2] Reuters : Hugo Chávez lidera encuestas camino a las elecciones presidenciales : http://www.6topoder.com/.../elecciones-presidenciales-tabla-resultados/

[3] “Centro Carter teme violencia en Venezuela ante posible resultado reñido en las elecciones del 7-O”, Noticias24, 6 mars 2012 : http://www.noticias24.com/venezuela/noticia/95260/observadora-de-ee-uu-teme-violencia-en-venezuela-si-eleccion-es-renida/

[4] “Rangel Silva : La Fanb reconocerá a quien gane las elecciones del 7-0, no a quien diga que ganó”, Noticias24, 6 avril 2012 : http://www.noticias24.com/.../dada-a-su-comandante-en-jefe/

[5] Carlos Julio Peñaloza, “La mecánica del fraude electoral”, Zeta, nº 1860, 6 juillet 2012.

[6] Rafael Poleo explosivo 3, Youtube : http://www.youtube.com/watch?v=Z3q2RRQ_k_s&feature=relmfu

[7] Nailibeth Parra Carvajal, “Miguel Henrique Otero : Hay que tener y cobrar los votos”, La Verdad, 16 juillet 2012 : http://www.laverdad.com/politica/.../votos-hay-que-cobrarlos.html

[8] “En exclusiva : video de Raúl Isaías Baduel desde el penal militar de Ramo Verde”, Noticias24, 9 avril 2012 : http://www.noticias24.com/.../baduel-desde-el-penal-militar-de-ramo-verde/

[9] “Capriles ofrece a la Fanb seguridad social, fin del “culto a la personalidad” y rechazo a la injerencia extranjera”, Noticias24, 12 juillet 2012. http://www.noticias24.com/.../militares-y-sus-familias/

[10] “JVR : La oposición apela a todo tipo de recurso para denunciar fraude el 7 de octubre”, Noticias24, 8 juillet 2012 : http://www.noticias24.com/.../denunciar-fraude-el-7-de-octubre/

[11] Fiscal general advierte sobre posible golpe de estado, Youtube, 10 mai 2012 : http://www.youtube.com/watch?v=9BaJfelgt1M

 

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Déclaration de Caracas

Publié le par Mahi Ahmed

 

Déclaration de Caracas
Les peuples du monde unis contre le néolibéralisme et pour la paix

XVIIIe rencontre du Forum de Sao Paulo (FSP) /

mardi, 24 juillet 2012

1. La XVIIIe rencontre du Forum de Sao Paulo (FSP), qui s’est tenue à Caracas les 4, 5 et 6 juillet 2012, s’est déroulée dans un contexte de crise structurelle profonde du capitalisme, conjuguée à une lutte pour le contrôle d’espaces géopolitiques et géostratégiques, à l’émergence de nouveaux pôles de pouvoir, à des menaces pesant sur la paix mondiale et à l’agressivité militaire et interventionniste d’un impérialisme tentant d’enrayer son déclin. A la crise économique s’ajoute une crise environnementale, énergétique et alimentaire, ainsi qu’une crise des systèmes de représentation politique. Cette situation appelle une réponse déterminée de la part des peuples latino-américains et caribéens, et une action efficace des forces progressistes, populaires et de gauche.

2. La crise économique mondiale est loin d’être maîtrisée. Les responsables à la tête des institutions financières internationales restent embourbés dans le dogme néolibéral. L’effet de la récession aux Etats-Unis et de la paralysie du moteur européen est déjà perceptible dans de vastes régions, y compris en Chine, malgré le dynamisme de l’économie. La zone latino-américaine et caribéenne n’échappe pas aux répercussions négatives du marasme mondial, même si les politiques économiques et sociales d’une grande partie des gouvernements de la région ont permis d’éviter un impact majeur.

3. Tandis qu’en Europe et aux Etats-Unis, par exemple, le néolibéralisme demeure le fondement idéologique de la politique économique, qui se traduit par des mesures d’austérité permanente et par la primauté du capital, en Amérique latine, les forces progressistes et de gauche au pouvoir dans de nombreux pays prennent des initiatives qui ont permis – dans une certaine mesure – de sortir de la « longue nuit néolibérale ». Cela en lançant des plans sociaux de grande envergure, en obtenant des succès indiscutables dans la lutte contre la pauvreté et en insufflant une dynamique sans précédent au processus d’intégration. Tout l’enjeu consiste à poursuivre ces politiques et à approfondir ces changements dans le contexte actuel d’aggravation de la crise.

4. La droite et le camp impérialiste répondent de diverses manières au développement des forces démocratiques, populaires, progressistes et de gauche en Amérique latine et dans les Caraïbes, notamment à travers l’agression systématique du gouvernement des États-Unis, la manipulation et la criminalisation des revendications sociales dans le but de provoquer des affrontements violents et une contre-offensive putschiste.

5. En Bolivie, on retiendra les deux tentatives de coup d’Etat et celle de « magnicide », ainsi que la mutinerie policière récemment mise en échec par l’intervention des mouvements sociaux. Mais d’autres pays ont également connu des épisodes putschistes : en 2002, le Président Chavez a été destitué pendant 48 heures ; en juin 2009, son homologue hondurien a été chassé du pouvoir ; en septembre 2010, c’est l’Equateur qui échappe à un coup d’Etat grâce à la mobilisation immédiate du peuple équatorien et à l’intervention rapide de la communauté internationale. Il y a seulement quelques semaines, Fernando Lugo, président du Paraguay, a été renversé. Cet événement, à l’instar du putsch hondurien, démontre que la droite est prête à user de méthodes violentes et/ou à recourir à la manipulation des voies institutionnelles pour se débarrasser des gouvernements qui ne servent pas ses intérêts.

6. De même, la droite a lancé une vaste campagne médiatique pilotée à l’échelle internationale par de puissants consortiums de communication. L’attitude de ces derniers constitue un thème récurrent de l’agenda politique régional. Les grandes corporations déploient des plans de déstabilisation et agissent comme des organes de pouvoir plus influents que les gouvernements émanant du suffrage universel. Jour après jour, les grandes entreprises médiatiques défient la démocratie et ses institutions. En conséquence, la démocratisation de la communication représentera sans doute à l’avenir l’un des principaux enjeux pour les pouvoirs de gauche.

7. Parallèlement, des victoires électorales significatives ont récemment été remportées, comme celles de Dilma Rousseff au Brésil, de Daniel Ortega au Nicaragua, de Cristina Fernandez de Kirchner en Argentine ou de Danilo Medina en République dominicaine : des succès indiscutables qui reflètent l’avancée des forces progressistes et de gauche.

8. Il y a quelques jours, les présidentes Dilma Rousseff et Cristina Fernandez de Kirchner et le président uruguayen José Mujica ont décidé d’expulser du Mercosur le gouvernement putschiste du Paraguay jusqu’à ce que la démocratie soit restaurée. Ils ont approuvé, dans le même temps, l’admission du Venezuela comme membre de plein droit du principal groupement politique et économique de cette partie du monde.

9. Il est probable que l’Equateur intègre le Marché commun du Sud à plus ou moins court terme, ce qui établirait une réalité nouvelle en offrant à l’organisation un débouché sur le Pacifique après avoir assuré l’ouverture vers les Caraïbes grâce à l’admission du Venezuela.

10. Dans le même temps, les chefs d’Etat des pays formant la Communauté andine des nations (CAN) s’efforcent de s’engager plus avant sur la voie de l’intégration, même s’ils devront pour cela surmonter des difficultés de taille.

11. Par ailleurs, l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) met en place des politiques économiques communes telles que le SUCRE, le Fonds de réserve et Petrocaribe. Les présidents ou premiers ministres des Etats membres ont récemment décidé de créer une zone économique ALBA, ce qui marque une nouvelle étape dans la volonté d’intégration d’Antigua-et-Barbuda, de la Bolivie, de Cuba, de l’Equateur, de La Dominique, du Nicaragua, de Saint-Vincent-et-les-Grenadines et du Venezuela.

12. Les efforts déployés par l’Union des nations sud-américaines (UNASUR) sont à la fois surprenants et encourageants. Un ensemble d’initiatives d’intégration a été mis en oeuvre, comme la définition d’une politique de défense commune caractérisée, notamment, par le développement et le maintien de l’Amérique latine comme zone de paix dépourvue d’armes nucléaires. Parallèlement, des progrès sont réalisés dans la construction d’une nouvelle architecture économique fondée sur la complémentarité, la coopération, le respect de la souveraineté et la solidarité.

13. La réunion constitutive de la Communauté des Etats d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), qui s’est tenue à Caracas en décembre 2011, constitue un point d’inflexion dans le processus d’intégration. L’accord conclu marque le début d’un programme de travail destiné à trouver des éléments de convergence et à souligner la nécessité de s’unir, tous les Etats reconnaissant que les grands problèmes communs ne peuvent être résolus que par l’intégration.

14. Par ailleurs, face à l’échec de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA ou ALCA en espagnol et en portugais) et au succès limitée des traités de libre-échange bilatéraux, les puissances impérialistes cherchent à affaiblir les mécanismes latinos et sud-américains d’intégration en développant l’Alliance du Pacifique.

15. L’intégration, qui repose sur une base politique, répond à une réalité changeante et se fonde notamment sur les éléments matériels que sont les forces productives et les ressources naturelles abondantes et diverses (forêts, pétrole, minéraux de tous types, terres rares, gaz, vastes surfaces consacrées à l’agriculture et à l’élevage), mais surtout sur la diversité culturelle et humaine de plus de 500 millions d’individus. Le processus d’intégration doit rechercher des politiques communes de gestion et d’exploitation souveraines des ressources naturelles, y compris en matière d’accès à l’eau, lequel doit être reconnu comme un droit humain.

16. La nécessité de s’appuyer sur une politique commune de développement durable, sur les sciences et technologies et sur le développement humain inclusif – en accordant la priorité aux femmes, aux enfants et aux jeunes – fera partie des thèmes centraux de l’agenda du Forum de Sao Paulo.

17. Compte tenu de la grande richesse de notre région en termes de ressources naturelles renouvelables et non renouvelables, nous devons renforcer la défense de l’environnement, entreprendre un développement industriel, technologique et scientifique de grande envergure, et faire respecter les droits des peuples autochtones, notamment celui d’être consultés.

18. La droite tente de faire sien, sur le plan symbolique, le discours en faveur de la défense de l’environnement en occultant les politiques néolibérales prédatrices dans ce domaine et la dette écologique du capitalisme envers la planète. Il existe une lutte acharnée pour le contrôle de ces richesses.

19. Les partis de gauche, populaires, progressistes et démocratiques du FSP réaffirment leur soutien aux relations d’amitié, de fraternité, de coopération solidaire, d’intégration et de respect absolu de la souveraineté de chaque pays, telles qu’elles promues par le gouvernement de la République bolivarienne du Venezuela. A cet égard, ils récusent fermement les accusations infondées d’interventionnisme formulées par le gouvernement illégitime du Paraguay à l’encontre du ministre des affaires étrangères Nicolas Maduro.

20. Pour être à la hauteur des enjeux tactiques et stratégiques considérables du FSP, nous comptons sur les forces présentes dans le cadre de cette XVIIIe rencontre, à laquelle participent 800 délégués issus de 100 partis et organisations de 50 pays répartis sur les 5 continents.

21. Au cours des journées des 4, 5 et 6 juillet, cette importante assemblée a réalisé de nombreuses activités, parmi lesquelles on signalera : les réunions des secrétariats régionaux du Cône Sud, andino-amazonien, d’Amérique centrale et Caraïbes ; les ateliers thématiques des Afrodescendants ; les rencontres des autorités locales et infra-nationales ; celles consacrées à la défense, à la démocratisation de l’information et de la communication, aux fondations, écoles ou centres de formation ; celles portant sur l’environnement et le changement climatique, sur les migrations, les mouvements syndicaux, les mouvements sociaux et le pouvoir populaire, les peuples autochtones, la sécurité agroalimentaire, la sécurité et narcotrafic ; celles également des travailleurs des arts et de la culture. A quoi il faut ajouter les travaux sur l’ union et l’intégration latino américaine et caribéenne, la première Rencontre des femmes, le IVème rassemblement des jeunes, le deuxième séminaire sur les gouvernements progressistes et de gauche et le séminaire sur la paix, la souveraineté nationale et la décolonisation.

22. Le compte rendu de chacune de ces réunions et activités, les résolutions respectives, le document de base ainsi que les motions et la déclaration finale seront publiés dans les Annales de cette XVIIIè Rencontre. Parmi ces résolutions il y a quelques thèmes que nous voudrions souligner.

23. Les partis membres du FSP, de gauche, progressistes et anti-impérialistes reconnaissent que la présence et participation des femmes dans les différents secteurs de la société, y compris dans les partis, est indispensable pour leur renforcement, leur développement et leur croissance. Il n’est pas possible de construire le socialisme (ou une société socialiste, juste et équitable) si on ne modifie pas les rôles et schémas traditionnels qui ont été assignés et assumés historiquement, de manières différentes, par les hommes et les femmes, si on ne crée pas les conditions nécessaires pour déraciner les bases de la discrimination contre les femmes, et pour que hommes et femmes participent sur un pied d’égalité, tant à la sphère publique que privée. Un défi reste encore à relever : l’incorporation d’un véritable axe sur le genre et sur l’agenda des femmes de gauche et révolutionnaires en politique, sur les programmes et actions qui se dessinent dans la lutte contre la droite et le capitalisme déprédateur et patriarcal, et sur la construction du socialisme.

24. Depuis la naissance même du Forum, la reconnaissance de la souveraineté de la République argentine sur les Malouines est évidente et indiscutable. La XVIIIè Rencontre soutient la demande d’ouverture de négociations diplomatiques entre l’Argentine et le Royaume-Uni et réitère la protestation latino américaine contre les actions entreprises par le gouvernement britannique dans une zone déclarée libre d’armes nucléaires. De même, le FSP condamne la situation coloniale dans laquelle se trouvent plusieurs nations latino-américaines et caribéennes. Nous refusons également les tentatives de recolonisation.

25. Le FSP soutient la revendication du peuple et du gouvernement de Bolivie pour un accès souverain à l’Océan Pacifique.

26. Les partis et mouvements regroupés au sein du Forum, ainsi que les autres mouvements sociaux, avons la tâche de déployer toutes les initiatives possibles pour que le thème de l’indépendance de Porto-Rico devienne un point essentiel de l’agenda des Nations unies. Il est inconcevable que subsistent, au XXIème siècle, des enclaves coloniales dans notre espace régional et dans le monde. Nous nous unissons à la demande de libération du prisonnier politique portoricain Oscar López Rivera, emprisonné dans les geôles des États-Unis depuis plus de 31 ans, pour le seul « délit » de lutter pour l’indépendance de sa patrie.

27. Cette Rencontre doit entreprendre de nouvelles tâches et mettre en place un plan d’action commun contre l’embargo nord-américain de Cuba et pour la libération des cinq héros, emblème commun de toutes et tous.

28. Le FSP exprime son soutien au peuple du Nicaragua et à son gouvernement face à la menace d’embargo financier que représenterait le refus, par le gouvernement des Etats-Unis, de la dispense qu’il accorde ou non chaque année, et qui constitue un instrument de chantage arbitraire, par l’utilisation de son droit de veto dans les organismes multilatéraux.Il s’agit là d’une prétention nord-américaine visant à imposer des décisions politiques qui sont de la compétence exclusive des Nicaraguayens dans l’exercice de leur souveraineté.

29. Le Forum exprime son soutien au peuple bolivien et à son président et camarade Evo Morales Ayma, dans la défense de la démocratie et le profond processus de changement qu’il mène aux côtés des mouvements sociaux et des secteurs populaires.

30. Le FSP exprime son soutien et sa solidarité active au peuple paraguayen, au Front Guasú et au Front pour la défense de la démocratie, ainsi qu’au mouvement paysan mobilisé, en refusant de reconnaître le gouvernement de fait dirigé par le putschiste Federico Franco. Il et annonce des actions au niveau du continent en faveur de la démocratie, du respect de la volonté populaire exprimée en avril 2008 et pour l’unité et l’intégration des peuples et gouvernements d’Amérique latine et des Caraïbes.

31. Le FSP exprime sa solidarité avec le peuple haïtien, dans sa lutte pour la reconquête de sa dignité et de sa souveraineté nationale. Seule la consolidation de ses structures étatiques permettra à Haïti de surmonter la crise qu’elle est en train de vivre. Le succès de ce processus exige l’appui des gouvernements de gauche et des peuples latino américains et des Caraïbes, comme le retrait programmé des forces étrangères du territoire haïtien. Le dépassement de cette situation de crise que vit Haïti exige notre appui technologique, humanitaire et matériel.

32. Le Forum exprime son soutien au processus de paix en Colombie, où reste d’actualité la lutte pour une solution politique au conflit armé, la paix avec la justice sociale et pour un nouveau modèle économique et social qui garantisse le respect des droits de l’Homme et la protection de la nature. Il décide de former une commission représentative des mouvements et partis politiques du Forum de Sao Paulo, et qui, en accord avec les partis et mouvements colombiens, visitera le pays et proposera un agenda d’étude, de contacts et d’appui pour des propositions unitaires.

33. Le FSP manifeste sa solidarité avec le Frente Amplio du Guatemala en tant que référence de la gauche guatémaltèque, et salue la vomonté des partis membres - WINAQ, ANN y URNG- de continuer à travailler pour l’unité de la gauche guatémaltèque et pour la recherche d’alliance avec les forces démocratiques et progressistes. Par ailleurs, le Forum condamne l’usage de la force répressive de la part du gouvernement guatémaltèque contre les secteurs populaires.

34. Le FSP exprime sa solidarité avec la lutte du peuple hondurien, pour le respect des droits de l’homme, et il apporte son soutien total à la camarade Xiomara Castro de Zelaya, candidate du consensus des forces de résistance à la présidence de la République de Honduras.

35. Le FSP exprime son total soutien et sa solidarité avec la lutte du peuple sahraoui dans la défense de son autodétermination, sa souveraineté et son indépendance nationale.

36. Le FSP exprime son soutien à la lutte de la Palestine pour la souveraineté et autodétermination et pour son entrée aux Nations unies comme membre de plein droit.

37. Nous nous opposons vigoureusement à toute intervention armée etrangère en Syrie et en Iran, et invitons les forces progressistes et de gauche à défendre la paix dans cette région.

38. Au cours des prochains mois se dérouleront plusieurs processus électoraux, comme celui de novembre 2012 au Nicaragua, pour des élections municipales. En février 2013 auront lieu des élections générales en Équateur où le président Rafael Correa est proposé à la réélection. Le Forum de Sao Paulo lui exprime son engagement, sa solidarité et son soutien total.

39. Le Forum de Sao Paulo appelle aussi à la défense de la démocratie au Mexique. Une fois de plus, la droite mexicaine a eu recours à la manipulation médiatique avec l’aide d’enquêtes truquées, à l’achat massif de votes et d’autres types de fraudes qui ont dénaturé l’élection présidentielle du 1er juillet. Tout cela pour tenter d’imposer un candidat opposé aux intérêts bien compris du peuple mexicain. Le FSP demande que les dénonciations présentées par les partis progressistes fassent l’objet d’une enquête approfondie.

40. L’enjeu central des prochains mois est la bataille électorale qui se déroulera au Venezuela le 7 octobre. La campagne a commencé par de puissantes mobilisations populaires en soutien à la candidature de Hugo Chávez et au programme qu’il a présenté. Tous les sondages d’opinion indiquent clairement que l’avance du candidat Hugo Chavez sur le candidat de la droite dépasse les 20 points. A quelques mois des élections, la droite considère déjà comme acquise la victoire de Hugo Chavez. C’est pourquoi elle participe au processus électoral, mais tout en préparant les conditions qui lui permettraient de remettre en cause le résultat, ainsi que le Conseil national électoral. Face à cette situation, le Foro de Sao Paulo demande instamment à toutes les forces progressistes et de gauche à appuyer la démocratie vénézuélienne et à repousser toutes les tentatives de déstabilisation de la droite.

41. La XVIIIème Rencontre du Forum de Sao Paulo conclut en appelant les peuples à lutter contre le néolibéralisme et les guerres, à construire un monde de paix, de démocratie et de justice sociale. Un autre monde est possible, et nous sommes en train de le construire : un monde socialiste.

(Traduit de l’espagnol par Frédérique Rey et Philippe Ogonowski (pôle traduction du Parti de gauche)


 

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