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Le Parti de l'indépendance et du travail sénégalais appelle à intensifier la mobilisation pour faire échec au « projet de succession monarchique » et faire « dégager » Wade

Publié le par Mahi Ahmed

Le Parti de l'indépendance et du travail sénégalais appelle à intensifier la mobilisation pour faire échec au « projet de succession monarchique » et faire « dégager » Wade

Le Parti de l'indépendance et du travail sénégalais appelle à intensifier la mobilisation pour faire échec au « projet de succession monarchique » et faire « dégager » Wade

 

 

 

La journée du 23 Juin 2012 vient d’imprimer une marque indélébile dans les pages glorieuses de l’histoire politique plus que centenaire de notre Nation.

 

En effet, à l’appel du « Mouvement des Forces Vives de la Nation », constitué de Partis politiques regroupés au tour de la coalition « Benno Siggil Sénégal », et d’organisations et de personnalités de la Société civile autour de la RADHO, le peuple Sénégalais s’est puissamment mobilisé à Dakar, dans sa Banlieue et dans les autres capitales régionales du pays, pour empêcher l’adoption, par l’Assemblé nationale, du projet scélérate du Chef de l’Etat, de révision de la Constitution, en vue de jeter les bases institutionnelles de sa confiscation du pouvoir et de sa dévolution monarchique à un successeur qu’il aura personnellement désigné.

 

C’est ainsi, qu’en supprimant de fait le second tour à l’élection présidentielle grâce à l’artifice de son « quart bloquant », et en instituant un « ticket » à la candidature et la continuation du mandat par le vice président en cas de vacance du pouvoir, Wade mettait sa dernière touche à son projet de se faire succéder par son fils.

 

A cet effet, il lui a fait déjà prendre le contrôle de la direction de son parti à travers un Comité restreint de 9 membres, qui dirige en fait son Directoire de campagne, qui s’est substitué à la Direction nationale de sa formation politique.

 

Il vient ensuite de lui faire conquérir le mouvement des jeunes, avant d’amorcer la prise en main du mouvement des femmes, qu’il compte rallier à la cause de son fils, en exerçant un chantage financier sur toutes les femmes qui doivent  encore 3,5 milliards, dont 300 millions par des « femmes leader » , sur le crédit de 4 milliards du Fonds Taïwanais, qu’il a accordé à sa clientèle politique de 2005 à 2010.

 

Ainsi, il avait fini de baliser, pour son fils, la conquête totale de son parti, le PDS, qui est la voie royale pour légitimer politiquement les prétentions de son fils à sa succession..

 

Mais tout cet échafaudage s’est écroulé ce 23 Juin devant la puissante manifestation du peuple.

 

Jamais de mémoire de Sénégalais, il n’ y a eu de mouvement du peuple, aussi massif et aussi national, amplifié par la Diaspora.

 

C’est cette mobilisation, qui a obligé sa majorité parlementaire à lui demander de retirer son projet, après l’avoir pourtant adopté en Commission des lois, non pas par un sursaut de prise de conscience républicaine, mais par peur de ne pouvoir rentrer chez soi en toute sécurité, après avoir adopté ce projet de loi qui enterre la République.

 

Ainsi, dans sa stratégie de se faire succéder par son fils, Wade vient d’enregistrer, encore fois ce 23 juin, un deuxième camouflet, après sa défaite humiliante, dans son propre bureau de vote, lors des élections locales de Mars 2009.

 

Ce double désaveu par le peuple et par sa majorité à l’Assemblée nationale, est, incontestablement, synonyme d’un prélude à l’enterrement de première classe de son projet de succession monarchique.

 

C’est toute la portée historique de cette journée du 23 juin, qui a, malheureusement, été ternie par la révélation au grand jour, et au monde entier, de la face hideuse du régime de Wade, longtemps marqué par les auteurs et commanditaires d’assassinats, de violence physique et de tortures sur de simples citoyens, et qui se révèlent en véritables «  tontons macoutes » sans jamais être inquiétés par des poursuites judiciaires.

 

C’est couverts de cette impunité, qu’ils sont encore, en ce 23 juin, rentrés en actions pour tirer à balles réelles, et blesser des manifestants, dont le Président de la RADHO, qui était déjà, la veille, objet de menaces de mort.

 

Devant ces meurtres et violences gratuits exercés par des hommes du pouvoir tapis au sein du PDS, et par des tortionnaires incrustés dans les forces de Police et de Gendarmerie, le PIT exprime toute son indignation, et souhaite un prompt rétablissement à tous nos blessés durant cette mobilisation patriotique pour sauver la République.

 

Le PIT souhaite que la Hiérarchie de la Police et de la Gendarmerie, assume toute ses responsabilités, en débusquant et en extirpant des rangs, pour les traduire en Cours d’Assises, ces brebis galeuses qui ternissent leur image de « Forces Républicaines, respectueuses des Droits Humains », et éviter ainsi d’être perçue comme des « complices ou commanditaires » de ces actes de tortures et d’assassinats, qui sont tous passibles de plaintes devant notre Législation et la Cour Pénale Internationale.

 

Le PIT exhorte le « Mouvement des Forces Vives de la Nation » à appeler tous les « Jeudis » à une puissante mobilisation sur toute l’étendue du territoire, pour réclamer justice, autour d’une seule exigence :

 

Mettre fin au règne de l’impunité par le départ du régime de Wade.

 

Wade Dégage !

 

                                   Fait à Dakar le 24 Juin 2012

 Le Secrétariat du Comité Central du PIT-Sénégal 

 

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22 juin 1941: Début de l'opération Barbarossa et de la Grande Guerre patriotique

Publié le par Mahi Ahmed

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Pourquoi la crise frappe l’Union européenne

Publié le par Mahi Ahmed

Pourquoi la crise frappe l’Union européenne

 

Par Éric Toussaint

Le 28 juin 2011

CADTM

 

Alors que la crise est née aux Etats-Unis en 2007, l’impact sur l’Union européenne (UE) a été beaucoup plus violent que sur les institutions politiques et monétaires états-uniennes. En fait, la crise qui secoue la Zone euro n’est pas une surprise, elle est un avatar des deux principes qui régissent cette zone : marché unique des capitaux et monnaie unique. Plus largement, elle est la conséquence des logiques qui dominent l’intégration européenne : la primauté donnée aux intérêts des grandes entreprises industrielles et financières privées, la large promotion des intérêts privés, la mise en compétition à l’intérieur de l’espace européen d’économies et de producteurs qui ont des forces tout à fait inégales, la volonté de retirer aux services publics un nombre croissant de domaines d’activité, la mise en concurrence des salariés entre eux, le refus d’unifier vers le haut les systèmes de sécurité sociale et les règles du marché du travail. Tout cela poursuit un objectif précis, celui de favoriser l’accumulation maximum de profits privés, notamment en mettant à disposition du Capital une main d’œuvre la plus malléable et précaire possible.  

Face à cette explication, on pourrait rétorquer que ces logiques dominent aussi largement l’économie des Etats-Unis. Il faut donc prendre en compte également d’autres facteurs : alors que les besoins de crédit des gouvernements des autres pays développés, dont celui des Etats-Unis, peuvent être satisfaits par leur banque centrale, notamment par l’intermédiaire de la création monétaire, les pays membres de la Zone euro ont renoncé à cette possibilité. De par ses statuts, la Banque centrale européenne a l’interdiction de financer directement les États. De plus, en vertu du traité de Lisbonne la solidarité financière entre les États membres est formellement interdite. Selon son article 125, les États doivent assumer seuls leurs engagements financiers, ni l'Union ni les autres États ne pouvant les prendre à leur charge : « L'Union ne répond pas des engagements des administrations centrales, des autorités régionales ou locales, des autres autorités publiques ou d'autres organismes ou entreprises publics d'un État membre, ni ne les prend à sa charge, sans préjudice des garanties financières mutuelles pour la réalisation en commun d'un projet spécifique. Un État membre ne répond pas des engagements des administrations centrales, des autorités régionales ou locales, des autres autorités publiques ou d'autres organismes ou entreprises publics d'un autre État membre, ni ne les prend à sa charge, sans préjudice des garanties financières mutuelles pour la réalisation en commun d'un projet spécifique. » L’article 101 du traité de Maastricht, repris intégralement par le traité de Lisbonne dans son article 123, ajoute : « Il est interdit à la BCE et aux banques centrales des États membres […] d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités régionales, aux autres autorités publiques ».  

L’UE se place donc volontairement au service des marchés financiers puisque les gouvernements des pays de la Zone euro dépendent totalement du secteur privé pour leur financement. Les investisseurs institutionnels (banques, fonds de pension, assurances) et des hedge funds se sont attaqués en 2010 sur la Grèce, maillon le plus faible de la chaîne européenne d’endettement, avant de s’attaquer à l’Irlande, au Portugal et à l’Espagne. En agissant de la sorte, ils ont réalisé de juteux profits car ils ont obtenu de ces pays une rémunération importante en termes de taux d’intérêt versés par les pouvoirs publics pour pouvoir refinancer leurs dettes. Parmi ces investisseurs institutionnels (les zinzins), ce sont les banques privées qui ont fait le plus de profit car elles pouvaient directement se financer auprès de la Banque centrale européenne en lui empruntant des capitaux à 1% de taux d’intérêt (1,25% depuis fin avril 2011), alors que dans le même temps elles prêtaient sur une durée de trois mois à la Grèce à des taux d’environ 4 ou 5%. A dix ans, elles n’acceptent d’acheter des titres grecs, irlandais ou portugais que si l’intérêt dépasse 10%. En lançant leurs attaques contre les maillons les plus faibles, les zinzins étaient également convaincus que la Banque centrale européenne et la Commission européenne devraient d’une manière ou d’une autre venir en aide aux Etats victimes de la spéculation en leur prêtant les capitaux qui leur permettraient de poursuivre les remboursements. Ils ne se sont pas trompés. La Commission européenne a plié et a octroyé, en collaboration avec le FMI, des prêts aux Etats membres de l’Eurozone. Elle n’a donc pas respecté à la lettre l’article 125 du Traité de Lisbonne.  

D’autres différences majeures entre UE et Etats-Unis existent. Les Etats membres des Etats-Unis ne sont pas confrontés entre eux au problème du déficit commercial comme la Grèce l’est à l’égard du reste de l’UE et en particulier de l’Allemagne. En outre, une grande partie de la dette publique aux Etats-Unis est fédérale (c’est la dette de l’Union[3]) et est achetée par la Fed (la banque centrale des Etats-Unis). Washington ne rencontre pas (encore) de problème de financement de sa dette publique car, grâce à leur prétendue sécurité, les bons du Trésor des Etats-Unis sont très prisés sur les marchés internationaux alors qu’ils n’offrent qu’une rémunération très faible. Enfin, aux Etats-Unis, une série de dépenses publiques importantes sont à charge du budget fédéral ou sont garanties par celui-ci alors que le budget de l’UE n’est qu’une peau de chagrin.

La crise qui a démarré aux Etats-Unis s’est répandue de manière très marquée à la Zone euro. Au cours des trente dernières années, les maillons faibles de l’endettement international se situaient en Amérique latine, en Asie ou dans les pays dits « en transition » de l’ex-bloc soviétique, mais la situation a changé. L’épicentre de la crise se situe aujourd’hui dans l’Union européenne. Les autorités européennes et nationales réagissent en appliquant des mesures néolibérales qui ont démontré leur caractère injuste du point de vue social et leur inefficacité du point de vue de la relance économique. Le FMI accompagne allègrement cette orientation. Plus que jamais, il faut revoir radicalement les fondations de la construction européenne et les choix économiques qui y sont opérés.

 



[1] Éric Toussaint est docteur en sciences politiques et préside le CADTM Belgique (www.cadtm.org). Dernier ouvrage paru: La Dette ou la Vie, Aden-CADTM, 2011 (livre collectif coordonné par Damien Millet et Eric Toussaint).

2] La dette des Etats membres constituent une part minoritaire de la dette publique totale, même si certains Etats de l’Union, comme la Californie, ont une dette particulièrement lourde.

 

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Le Yémen, talon d’Achille de la péninsule arabique

Publié le par Mahi Ahmed

Le Yémen, talon d’Achille de la péninsule arabique

Hocine Belalloufi

Lundi 27 Juin 2011

 

Trois semaines après l’attentat dont le président Saleh a été victime, les termes de l’équation politique yéménite n’ont pas changé. Pouvoir et opposition n’arrivent toujours pas à régler le problème de la transition. Pendant ce temps, la société se délite et la guerre civile se propage entre forces loyalistes et insurgés, sur fond de bombardements américains. La somalisation guette le pays menace de déstabiliser toute la péninsule arabique.



 

Ali Abdellah Saleh reviendra-t-il au Yémen qu’il a quitté à la suite d’une attaque contre son palais, le 3 juin dernier ? Evacué vers l’Arabie saoudite pour y subir une intervention chirurgicale apparemment couronnée de succès, le président yéménite est-il libre de ses mouvements ? On se souvient en effet que Saleh avait refusé d’apposer sa signature au bas d’un texte de sortie de crise élaboré par les monarchies pétrolières du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et approuvé par son opposition. Le royaume saoudien qui se permet le luxe rare de naviguer aux marges de la «légalité internationale» si expressément invoquée dans d’autres cas (Libye, Côte d’Ivoire, Syrie…) peut-il laisser passer l’occasion de pousser hors-jeu l’obstacle principal à la réalisation de son projet ? Cette absence du président de la scène politique yéménite change-t-elle fondamentalement la donne politique ? Son retour annoncé ne risque-t-il pas d’enflammer le pays ?
A Sanaa et dans toutes les régions du pays, la contestation populaire ne faiblit pas. Animée notamment par les «Jeunes de la révolution», elle exige le jugement du président de la République, l’instauration d’un Conseil présidentiel intérimaire afin d’organiser la transition politique ainsi que l’appui du CCG à sa revendication d’un «Etat civil moderne». Des discussions ont été entamées avec Abed Rabo Mansour Hadi, le vice-président qui assure l’intérim du chef de l’Etat conformément à la Constitution. Cumulant les postes de vice-président et de secrétaire général du Congrès populaire général (CPG), le parti au pouvoir, Mansour Hadi peut-il imposer à son camp une formule de transition basée sur le départ de Saleh ? Et en a-t-il la volonté ?
Mais au-delà du destin de Saleh et de ses proches, la question essentielle qui se pose est celle de l’avenir du Yémen. Que le président revienne ou non, le pays sera-t-il en mesure de surmonter sa profonde crise politique ? Les forces politiques et sociales qui se déchirent depuis maintenant cinq mois sauront-elles trouver le chemin de l’unité pour éviter l’éclatement de l’Etat voire le chaos ? La coalition qui s’est forgée contre Saleh est-elle en mesure d’offrir une démarche de sortie de crise cohérente, crédible et rassembleuse ? Les pays étranger qui s’ingèrent sans vergogne dans ses affaires intérieures le laisseront-ils panser ses blessures tranquillement afin de lui permettre de reforger un consensus interne ? Dans le cas où l’Etat yéménite s’effondrerait, ces ingérences ne risqueraient-elles pas de revenir tel un boomerang pour déstabiliser toute la région et, à travers elle et du fait de son importance stratégique, toute l’économie mondiale ? Telles sont quelques unes des principales questions qui se posent aujourd’hui à propos de ce pays.

 

 

Le clan Saleh peut-il tenir ?
L’attaque du palais présidentiel a fait 11 victimes parmi les proches du président Saleh. On compte, au nombre des blessés, son premier ministre, Ali Moujawar, le conseiller de presse du président, Abdo Burji ainsi que les présidents des deux chambres du Parlement, Yahia El Raï (Chambre des députés) et Abdelaziz Abdelghani (Conseil consultatif). Le vice-Premier ministre aux Affaires de la Défense et de la Sécurité, Rached Mohammed El Alimi, a pour sa part été grièvement blessé alors que le gouverneur de la capitale, Noomane Douik, a été amputé d’une jambe et d’une main.
Il faut ajouter à cela la défection, depuis plusieurs semaines déjà, de militaires dont le général Ali Mohsen El Ahmar qui a rallié avec des dizaines d’officiers une contestation populaire et de l’opposition qui ne faiblit pas. Saleh a par ailleurs été lâché par des dignitaires religieux, des diplomates et des tribus (Hached, Arhab, Bakil)… Ces défections s’ajoutent à la rébellion armée du Nord (les zaydites) et à celle, pacifique pour le moment, des indépendantistes socialistes du Sud. Et comme si cela ne suffisait pas, les autorités doivent faire face à une situation de guerre à Zinjibar (Est d’Aden). Située en bordure de l’océan Indien, la ville est aux mains, depuis le 29 mai, d’insurgés armés accusés de forme la branche locale d’El Qaïda. Alors que la ville est encerclée par les troupes loyalistes et que les combats s’accentuent, les Etats-Unis multiplient les attaques armées à partir d’avions ou de drones.
Cela commence à faire beaucoup et l’on pourrait penser, au vu de cette hécatombe, que le camp du président a été décapité. Il n’en est pourtant rien, pour l’instant du moins. Le vice-président assure l’intérim du chef de l’Etat dans une apparente fidélité. Mais c’est surtout la famille du président qui conserve son emprise sur les principaux leviers du pouvoir. Son fils aîné, Ahmed, présenté comme son successeur, est à la tête de la garde républicaine. Un autre fils, Khaled, dirige une division d’infanterie dans les environs de la capitale. Trois de ses neveux commandent respectivement la garde présidentielle, la sûreté nationale et la sûreté centrale. Les forces aériennes sont quant à elles dirigées par le demi-frère du président, Mohamed Saleh El Ahmar.
Sur un plan plus politique, le président peut également compter sur le soutien de tribus, de militaires et de dignitaires religieux. Au cours des mois passés, il a réussi à mobiliser un nombre impressionnant de manifestants venus lui apporter leur soutien lors de rassemblements dans la capitale.
Mais il doit compter maintenant sur l’opposition de ses puissants voisins du CCG. De même doit-il faire face au lâchage de ses puissants parrains américains et européens qui lui demandent de quitter le pouvoir. Enfin et surtout, il doit réagir à l’arrêt de la production pétrolière qui assèche ses revenus.
Dans ses conditions, le clan Saleh n’a pas le choix. Il doit se démettre ou provoquer une guerre civile, abandonner le pouvoir ou se lancer dans une politique de la terre brûlée. En a-t-il les moyens ? En aura-t-il le temps ? Rien n’est moins sûr. Il semble bien que le départ de Saleh et de son clan ne soient plus qu’une question de temps. Et son hospitalisation en Arabie saoudite pourrait effectivement accélérer ce processus.
De lourdes contraintes économiques
Le retour de Saleh ne pourrait en effet qu’aiguiser les contradictions, pousser au pourrissement et provoquer un éclatement du pays. Son départ constituerait en revanche un signe d’apaisement indéniable. Au lendemain de son opération, la trêve d’une journée entre l’armée et les combattants de la puissante fédération tribale des Hached, trêve négociée sous les auspices de l’Arabie saoudite, a tenu. Mais la démission de Saleh et de ses proches sera-t-elle suffisante pour résoudre la crise ? Cela n’est pas évident car la crise yéménite n’est pas réductible à la volonté d’un homme et de son clan de conserver le pouvoir coûte que coûte. Le pays est confronté à des problèmes autrement plus complexes et à des défis gigantesques.
Le Yémen, qui comptait quelques 23 580 000 habitants en 2009, est le pays le plus pauvre du monde arabe et il compte parmi les plus déshérités de la planète. Il dispose pourtant d’atouts et de potentialités énormes en matière d’énergie (pétrole, gaz), d’agriculture, de pêche, d’industrie, de tourisme… Les 290 000 barils de pétrole brut qu’il exporte chaque jour représentent les ¾ du budget de l’Etat. L’agriculture et l’élevage autrefois très développés déclinent. La culture du maïs, du millet, du sorgho, du blé, de l’orge, du café et du qat ont marqué de leur empreinte le territoire yéménite (culture en terrasses). Mais la production agricole, tournée vers l’autosubsistance, ne suffit plus à nourrir une population en pleine expansion et celle du café autrefois exporté a périclité sous l’effet de la concurrence internationale et de la pénurie de main d’œuvre attirée par les chantiers pétroliers et de travaux publics des pays du Golfe. La culture du qat tend à occuper l’essentiel des terres au détriment des autres cultures, du café en particulier. La pêche n’est pas développée alors que le pays exporte du poisson, des crustacés et des crevettes vers l’Europe, le Japon et la Corée. Quant à l’industrie de transformation des produits de la mer, elle est inexistante. Les côtes de la Somalie auxquelles le Yémen fait face sont pourtant réputées parmi les plus riches du monde en poissons.
Le pays bénéficie en revanche de l’argent que les travailleurs émigrés partis en Arabie Saoudite ou dans les autres monarchies pétrolières du Golfe envoient à leurs familles. La situation économique n’est donc pas reluisante, ce qui se traduit par un chômage massif qui frappait, en 2009, 40% des Yéménites en âge de travailler. Le renvoi d’un million de travailleurs yéménites présent en Arabie saoudite, à la suite du refus de Saleh de s’aligner sur la position américano-européenne d’agression de l’Irak, a aggravé la crise sociale.

 

 

Une situation politique explosive
La crise politique yéménite ne se réduit pas à la question du maintien ou du départ de Saleh. Des forces centrifuges interviennent depuis de longues années et menacent l’unité nationale du pays : au nord, la rébellion armée des Houtis, au Sud la menace de sécession des indépendantistes. Face à ces pôles opposés, le caractère tribal de la société ne constitue pas un facteur d’intégration, mais au contraire d’atomisation. D’autres facteurs extérieurs (ingérences de l’Arabie saoudite, des Etats-Unis et de l’Union européenne…) accompagnés de la montée de ce que, faute de mieux, on appelle El Qaïda suscitent l’inquiétude quant à l’avenir du Yémen en tant qu’entité politique unifiée, voire en tant qu’Etat.
Dans le Nord, les Houtis sont en rébellion armée contre le pouvoir central depuis 2004. Zaydites (une des ramifications du chiisme), comme le président Saleh, ils reprochent au pouvoir central d’abandonner la population yéménite en général et celle du Nord en particulier au sous-développement (manque d’infrastructures…) et à la pauvreté, de favoriser la corruption et de s’être mis au service des Etats-Unis. Ils lui reprochent aussi d’avoir abdiqué dans le différend frontalier qui oppose le Yémen à son puissant voisin du Nord. Le président rétorque, comme à Bahreïn, que les Houtis sont manipulés par l’Iran. Cela lui a permis de bénéficier jusqu’ici du soutien politique, financier voir militaire de l’Arabie saoudite qui a bombardé les bastions de la rébellion houtiste. Ce conflit a fait quelques 150 000 réfugiés. Mais en dépit de l’aide militaire qu’il reçoit des Etats-Unis, Saleh n’a pu mettre un terme à la rébellion houtiste. Et le 21 février dernier, des dizaines de milliers de personnes manifestaient à Saada (ville du Nord) pour rejoindre la contestation initiée à Sanaa.
Au Sud, la question des séquelles d’une unification avortée se font sentir. Les dirigeants de cette région, qui sont en général les héritiers de l’ancien parti socialiste yéménite au pouvoir à Aden, réclament un partage plus équilibré du pouvoir et des richesses voire une séparation et un retour à la situation d’avant 1990, date de la réunification des deux Yémen.
A cela s’ajoute la rébellion dite d’El Qaïda qui combat le régime allié des Etats-Unis et ses amis dans la région (régimes du CCG).
L’avenir du Yémen en tant qu’Etat unifié dépendra donc de la capacité des principales forces politiques et sociales à trouver un terrain d’entente en vue de réguler leurs contradictions. La jeunesse qui a initié la révolte de janvier pourra-t-elle converger durablement et autour d’un projet politique alternatif, avec le Parti socialiste yéménite des habitants du Sud, le mouvement houti au Nord, le Rassemblement yéménite pour la réforme (parti islamiste), la confédération tribale des Hached, les dissidents politiques et militaires du régime de Saleh et bien d’autres ? Quel régime mettre en place : un Etat théocratique, une république libérale soumise aux Etats-Unis, un régime démocratique et nationaliste, une république socialiste à l’instar de l’ancien «Yémen du Sud» ? Ce front peut-il adopter une attitude unifiée face aux puissants voisins du Nord (Arabie saoudite) et de l’Est (monarchies pétrolières du Golfe), aux Etats-Unis et à l’UE ? S’opposera-t-il à l’intégration du CPG à la dynamique post-Saleh ? Dispose-t-il d’un projet économique et social rassembleur et mobilisateur à même d’atténuer substantiellement le taux de chômage et d’absorber la main d’œuvre partie à l’étranger pour faire subsister les familles restées au pays ?
Comme ont peut s’en apercevoir à la lecture de ces quelques questions, les conditions d’une dynamique vertueuse à même de susciter l’adhésion la plus large du peuple yéménite et de le mobiliser au service du développement économique et social ne seront pas faciles à réunir. Il s’agit pourtant de conditions indispensables à l’édification d’un régime intégrateur et démocratique.

 

 

La somalisation en embuscade
A défaut de réussir à forger un consensus permettant aux différents segments de la population yéménite de vivre ensemble et d’édifier un Etat commun, le risque de somalisation du pays est loin de relever du fantasme. L’éclatement de l’Etat en deux ou trois entités locales reposant sur des bases culturalistes (confessions…) ou régionalistes (Sud…) créerait, comme en Somalie, une sorte de «trou noir» où les populations seraient livrées à la loi du plus fort, la loi de «Seigneurs de la guerre» ou de sectes politico-religieuses incapables de satisfaire aux exigences de la création et du renforcement d’un Etat.
Ce danger s’avère d’autant plus grave que le pays fait justement face à la Somalie, le long du Golfe d’Aden que le Yémen prend en tenaille avec l’île de Socotra dans l’océan Indien. Les menaces qui pèsent déjà sur la navigation commerciale au large de la Somalie, s’étendraient alors à tout le Golfe d’Aden et au détroit de Bab El Mandeb où se situent, à Djibouti, la plus grande base militaire de la France en Afrique et la seule base militaire des USA sur le continent (en attendant certainement l’établissement de l’Africom en Libye, une fois le Conseil national de transition installé au pouvoir à Tripoli). Même le Japon a déployé 150 hommes et 3 avions à Djibouti où il a construit depuis quelques mois une base militaire pour permettre à ses troupes de lutter contre la «piraterie». Ainsi, Djibouti ressemble davantage à une base militaire étrangère qu’à un Etat.
Mais à force de tirer sur la corde, les grandes puissances et leurs relais locaux (Arabie saoudite et ses alliés CCG) risquent de provoquer une déstabilisation de toute la région. On observe déjà l’incapacité des Etats de la Corne de l’Afrique et de la Péninsule arabique ainsi que des grandes puissances militaires (Otan, Russie, Chine, Japon, France, Grande-Bretagne…) à venir à bout des actes de piraterie orchestrés par des organisations somaliennes. On imagine tout à fait les conséquences sur toute la région d’une transformation du Yémen en zone grise incontrôlée où les trafics en tout genres (drogue, esclaves, armes…) viendraient menacer cette artère vitale que constitue une Mer rouge où passent chaque jour trois millions de barils de pétrole… C’est toute l’économie mondiale qui serait affectée par une éventuelle rupture d’alimentation des industries du Nord en hydrocarbures.
Une somalisation du Yémen menacerait ainsi directement la stabilité politique et sociale des riches monarchies pétrolières du Golfe persique et d’Arabie saoudite qui est le premier exportateur de pétrole au monde. Les troubles sociaux et politiques inéluctables qui éclateraient dans ces pays pousseraient certainement les grandes puissances à y déployer leurs troupes. Mais après l’Afghanistan, l’Irak et, maintenant, la Libye et la Côte d’Ivoire, les pays de l’OTAN (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Espagne…) disposent-ils de moyens illimités leur permettant d’intervenir sur autant de théâtres d’opérations ? Pays pauvre et difficile à gouverner, le Yémen constitue indéniablement le talon d'Achille d’une Péninsule arabique à la richesse insolente.

 Source: La Nation

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Entretien avec Abdelhamid Mehri : ce n’est pas la réforme, c’est la continuation.

Publié le par Mahi Ahmed

Entretien avec Abdelhamid Mehri : ce n’est pas la réforme, c’est la continuation.

Ahmed Selmane

Lundi 27 Juin 2011




 

Le dernier entretien de La Nation avec vous remonte à 15 ans…. Une occasion de vous demander ce qui a changé depuis ce temps là…
 
 
Le changement essentiel a consisté durant ces années en l’arrêt des réformes entamées en 1989 avec l’annonce de la constitution et de certaines mesures économiques totalement liées aux réformes politiques. L’action du régime a été, quelque soient ses apparences, entièrement tendue vers l’arrêt de ces réformes. Pour des raisons extérieures sans doute, il était difficile de se contenter seulement d’annuler ce qui a été fait. L’effort a consisté aussi à tendre vers la mise en place d’une démocratie formelle avec le maintien d’un multipartisme formel, une constitution acceptable, des élections et une séparation théorique des pouvoirs.  Donc du point de vue théorique  et des textes, on se donne l’allure d’un régime acceptable. Dans la réalité, les choses sont tout autre et cela ne tient pas  seulement à une non-application, épisodique, comme il a été dit.
C’est, en fait, un système parallèle entier qui est mis en place et qui ruine ce qui est énoncé dans les textes. En matière de multipartisme, on encourage la création des micro-partis qui s’opposent à l’opposition, on exerce des pressions sur les partis d’opposition existant, on interdit, par une décision occulte, la création de nouveaux partis. Et on mène des actions destinées à imposer par tous les moyens, les changements que l’on veut au sein des partis… Quand on agence toutes ces choses, c’est la notion même de multipartisme qui est vidée de son sens. On procède ensuite au regroupement de certains partis dans une alliance gouvernementale qui les vide de leurs programmes propres et les transforme en laudateurs du programme du pouvoir. Toutes ces mesures vident le multipartisme de son contenu. La démocratie formelle, les élections et les assemblées élues sont minées par d’autres moyens : la fraude électorale,  les pressions pour que seuls les personnes agréées par le régime soient candidates,  la mise de ces assemblées élues sous une direction occulte qui dicte ses volontés aux élus. Depuis le début de la crise de 92 à ce jour, nous sommes devant un régime (système de pouvoir) ayant un aspect visible acceptable à travers les textes. Mais il a également une réalité autre, celle d’être un système occulte global qui dirige le pays. Quand on revendique le changement et que l’on nous donne les textes à discuter et à changer, à améliorer ou à amender, cela signifie qu’on limite les changements à la forme et que l’on ne touche pas au fondement du régime.      
 
 
C’est ce que vous avez dit au membre de la Commission Bensalah ?
 
J’ai expliqué aux membres de la Commission que leur mission porte sur les apparences alors que le régime que l’on veut changer n’est pas soumis aux textes. J’ai cité des exemples. La fraude électorale n’est autorisée par aucun texte et ne peut être banni, réellement, par un simple texte. J’ai évoqué les manœuvres contre les partis. J’ai cité l’exemple que j’ai vécu personnellement. Il y a eu un hold-up violent de la part de  services de sécurité de l’Etat contre le FLN pour changer sa direction et sa ligne. Une décision a été prise depuis dix ans de ne plus autoriser d’autres  partis politiques. On ne sait pas qui a pris la décision : est-ce une institution, un parti ou une personne ?  
Donc la question de la vie politique, du multipartisme ne relève pas des textes. Dans le domaine des libertés publiques, j’ai personnellement subit l’interdit. On m’a interdit d’organiser une rencontre historique sur la Conférence de Tanger. J’ai dit à la Commission que l’éventuel changement des textes ou leur amélioration peut-être l’aboutissement d’une démarche, il ne peut être son commencement. Ce qu’il faut préalablement corriger, c’est de sortir de la démocratie de pure forme. Cela ne peut venir d’un changement dans les textes mais par un accord politique fruit d’un dialogue national entre l’ensemble des forces politiques. Je leur ai dit que la mission de leur commission commence d’emblée par une exclusion. Des forces politiques ont décliné l’invitation mais il n’y a pas d’efforts pour essayer d’en comprendre les raisons. D’autres forces politiques ont été exclues, injustement à mon avis. On me dit qu’il s’agit des gens qui ont appelé à la violence et des islamistes, je réponds simplement : combien sont-ils ? Un nombre réduit d’individus, une catégorie entière du peuple algérien ? Qu’on ne me dise pas que le peuple a décidé. Le peuple peut-il décider d’approuver, par référendum, d’infliger une punition collective à une partie de lui-même ? S’il s’agit d’exprimer une divergence politique avec une démarche, oui ! Je suis contre l’utilisation de la violence et je suis contre une théocratie… Mais dire qu’un tel citoyen n’a plus de droits parce qu’il a pensé ou pense de telle manière, qu’il ne peut être candidat ou qu’il peut être interné au Sahara, cela n’est pas acceptable. On recrée tout simplement l’indigénat.
 
Comment voyez-vous le fonctionnement de cette commission ?
 
 Dans la lettre que la Commission a envoyée, il est dit que les résultats seront conformes aux avis de majorité. Je leur ai fait remarquer que cette majorité est ainsi créée par la confection de la liste des invités. Donc le contenu de la mission de la Commission commence par l’exclusion et se termine par une présumée majorité. La notion de majorité est-elle de mise sur ces questions ? Non, à mon avis, car il ne s’agit pas d’une gestion ordinaire de l’Etat. Il s’agit d’une réforme qui touche le fondement de l’Etat, de la construction de la maison commune. Et on ne peut en exclure aucune catégorie d’algériens…
 
 
Pourquoi un pouvoir occulte accepterait-il de se mettre en débat et d’accepter une situation normale de correspondance entre l’Etat légal et le pouvoir effectif ? 
 
 
Poser la question ainsi veut dire qu’il n’existe aucune contrainte pour aller à la réforme. Or, la demande de changement existe dans la société. Elle va crescendo. Le choix est entre une réforme consentie avec l’accord de tout le monde ou une réforme imposée par le développement de la société et des forces qui demandent le changement.  J’ai aussi expliqué qu’en 1989,  et bien que la Constitution constitue une ouverture, j’avais des réserves sur la manière de procéder. J’ai dit au président Chadli Bendjedid : ne faites pas  la réforme seul, il faut organiser un débat large, il faut passer par une assemblée élue. Peu de gens étaient au courant de cette position que j’ai exprimée clairement au président Chadli. Ce que j’ai dit à Chadli en 1989, je le dis à Bouteflika : ne faites pas seul une réforme qui touche les fondements de l’Etat ! Faites là avec les autres. Une véritable réforme digne de ce nom, une réforme pour un changement de régime, requiert une conférence nationale sans exclusion politique, une plateforme consensuelle qui détermine les objectifs à atteindre, les étapes et les moyens d’exécution. A ce moment-là, on pourra commencer à travailler ensemble à asseoir cette réforme. De toute façon, le débat approfondi qui permet à chacun de donner son avis et l’approche consensuelle sont à mon avis des étapes nécessaires pour une approche sérieuse du changement. S’il y a velléité d’imposer le fait accompli, ce n’est pas la réforme, c’est la continuation.
 
Ce qui se passe dans le monde arabe n’incite-t-il à un accord entre le pouvoir et la société pour aller de l’avant.
 
Je le souhaite ardemment. Malheureusement certaines déclarations tentent, du moins en apparence, de marteler que ce que l’on veut faire  n’a rien à avoir avec ce qui se passe autour de nous et ce qui se dit chez les forces qui nous sont opposée. C’est une erreur. Une démarche sérieuse, pour qu’elle ait une chance de réussir, doit prendre en compte ce qui se passe dans notre région et ce que disent les autres et surtout les opposants. Répéter constamment que les réformes que l’on veut faire n’ont rien à avoir avec le contexte et que c’est une volonté spécifique du régime, n’est pas tenable.
 
La Libye a-t-elle montré que l’auto-frein de la société contre les  alliances avec l’extérieur est entrain de sauter…
 
 
Oui, dans certaines mesures. Etes les régimes arabes en sont les premiers responsables. Leur obstination, leur docilité à l’égard de puissances occidentales dans le passé et leur outrance dans la répression ont fourni à l’occident et aux puissances intéressées tous les alibis pour se blanchir et se présenter à une partie de l’opinion comme des libérateurs. L’intervention occidentale était bien présente avant le printemps arabe. Elle était tellement présente que les arabes étaient pratiquement absents de la scène internationale où leur sort se décidait… Quand Kadhafi réprime son peuple de façon atroce et le proclame, il fournit tous les alibis aux puissances occidentales pour intervenir avec l’appui de leurs opinions qui étaient réticentes. Des régimes arabes continuent à appeler l’occident à intervenir. Ce n’est pas pour aider le changement mais pour le freiner. Je ne crois pas que l’intervention en Libye, malgré les apparences, avait pour objectif d’aider au changement. En réalité, elle a poussé les masses libyennes à entrer dans une lutte armée mal préparée et ils (les occidentaux) sont parvenus à s’emparer du nœud de la situation et à le moduler à leur guise.
 
Ces évolutions sont inquiétantes en termes de sécurité nationale…
 
 
L’aspect sécurité est évidement présent dans tout changement important qui touche les structures d’un état. Mais ce qu’on appelle le printemps arabe nous révèle, aussi, l’ampleur de méfaits des régimes arabes autoritaires que nous soupçonnions mais qu’on ne voyait pas concrètement. Le fait de faire le lit à l’intervention des occidentaux, qui se présentent maintenant, sous le visage de libérateurs, en est un. Il révèle, également, l’abime qui existe entre les régimes et les masses révoltées qui défendent le changement malgré l’ handicap  de leur passage par un désert politique qui  les a mal préparé… Même les pays arabes les mieux lotis sur le plan social en termes d’élites n’arrivent pas à dégager des forces alternatives…. Cela démontre que la désertification du champ politique a été pleinement réussie par les régimes, en Algérie et ailleurs… Ces forces jeunes qui protestent auraient pu être  investies autrement pour le développement du pays… Dans un régime démocratique, cela aurait été le cas… Ce sursaut des masses arabes nous livre beaucoup d’enseignements.
 
Ce sursaut intervient, c’est un symbole, 50 ans après l’indépendance algérienne… est-ce la fin d’un cycle ?
 
C’est ceque j’ai dit, en d’autres termes, également à la Commission. Le changement est inéluctable. Quels que soient les méfaits du régime, il est arrivé à une situation d’incapacité totale. L’Algérie vit sur les hydrocarbures depuis l’indépendance et durant 50 ans rien n’a été fait pour en sortir. Le régime est incapable de lancer une politique économique qui prenne le relais. Dans le domaine économique, l’instabilité a été manifeste au cours de ces dernières années où on a changé plusieurs fois de cap. Le régime est incapable d’avoir une politique économique à long terme. On a vu le président de la république déclarer que la politique économique a échoué, qu’elle elle nous a mené à l’enfer au lieu du paradis promis. Après cette déclaration,  il n’y a pas eu de débat sur les raisons de l’échec de cette politique, sur ce qu’il faut faire à la place…
 
Pourquoi ?
 
Le régime ne se sentait pas redevable d’un quelconque compte-rendu ou d’un débat sur le problème. Si actuellement on paye pour calmer la demande sociale qu’en sera-t-il dans 20-30 ans, quand les générations actuelles assisteront à la fin du pétrole… ?
 
Le régime semble plus craindre des manœuvres en son sein
 
C’est possible. C’est dans la nature même du régime. Mais, en plus,  la vision des responsables actuels de l’avenir est étriquée. Il n’y a aucune vision capable de mettre le pays sur les rails. Pourquoi ? Parce que le régime n’est tout simplement pas viable. On trouve parfois des intentions louables et des velléités de réformes mais dans une démarche autoritaire.  Les réformes qui ont été initiées dans le secteur bancaire, l’administration, ou l’éducation, ont toutes connu des échecs ou des résultats limités car elles ont été menées avec la même mentalité. On a empêché le débat, on a négligé d’associer les intéressés et on a travaillé sans une perspective générale. En fait, il n’y a jamais eu de politique économique, mais des velléités très changeantes depuis 20 ans. Cela ne permet pas de construire l’avenir… Le changement s’impose car le régime est incapable d’aller plus loin. Quelles que soient les bonnes intentions de certains responsables.  Avec l’instrument (ce système de pouvoir) qu’on a entre les mains on est incapables d’aller plus loin.   
 
Pourquoi n’arrivent-ils pas à faire ce diagnostic qui semble évident?
Certains responsables ne sont pas conscients de la cause de leur propre incapacité, ils ne comprennent pas pourquoi cela ne marche pas. On doit leur dire que ce n’est pas une question de personnes mais de système de gouvernement. Et que quelle que soit leur bonne volonté ils seront toujours incapables si le système ne change pas. Et le système a ses règles de fonctionnement qui sont connues : injonctions d’en haut, absence de débat, la non-responsabilité de ceux qui prennent des décisions capitales parfois, l’anonymat… Il y a un certain nombre de choses auxquelles il faut s’attaquer. Si on ne le fait pas, on risque d’avoir demain un changement de façade avec le maintien de la même culture et des mêmes pratiques, c’est pour cela que le débat est impératif.
 
 
Mais M. Ouyahia dit que l’on n’est pas en crise  
 
S’il croit réellement à ce qu’il a dit, le champ de sa vision du monde est tellement limité qu’il ne voit pas de crise. Il a également essayé de montrer l’inutilité d’une conférence nationale, parce on en a connu cela en 1991… Dans la même logique, on a connu aussi des « dialogues nationaux », qui n’ont rien donné, des « élections » qui ont mal tourné… on ne doit pas refaire tout ce qui a été fait… ? La conférence nationale des années 90 a été organisée par le régime pour des objectifs différents dans un autre contexte… Il n’est pas impératif  que tout ce qui s’appelle conférence découle de la même logique.
 
Les opposants ont-ils une idée du changement à faire ?  
 
Certains dans l’opposition pensent que changer le régime, c’est changer des responsables… Un ou deux responsables et c’est réglé dans leur esprit… Le débat est nécessaire parce qu’on ne peut pas se contenter d’appeler à la chute du régime ni au changement de régime. Il faut s’entendre sur ce qu’il faut changer et comment. Le débat national doit vaincre  certaines pratiques et même une certaine culture qui déteignent sur certains opposants et rejoignent la démarche générale du régime : l’exclusion de l’autre !
Le débat national est nécessaire pour analyser le fonctionnement du régime et ses pratiques courantes à tous les niveaux : l’injonction verbale et l’injonction d’en haut qui priment sur les règles et les lois. La pratique de l’injonction est une question très importante du fonctionnement du système. Il faut en débattre pour y mettre fin. Le fait que les décisions qui touchent l’intérêt général doivent être absolument authentifiées signées par une institution ou un homme, est une chose très importante. On a besoin de cela pour changer le régime.
 
 
 
Est-ce qu’il y a une mesure par excellence à prendre ?
 
Le changement doit se faire à partir d’un ensemble de mesures, il n’y a pas une mesure qui peut couvrir le besoin de changement. Pour revenir aux fausses pistes de changement, en 1989, il y avait une campagne aussi bien chez les politiques que les militaires qui estimaient que le changement réel était de changer de président. Beaucoup de responsables militaires et des responsables au sein du FLN plaidaient pour ça. Le président de la république a été changé, la suite on la connaît. Donc il faut se méfier des changements d’apparences qui ne traitent pas les vrais problèmes vécus par l’expérience de 50 ans.
 
Comment comprendre la démarche du système qui parait si irrationnelle ?
 
Vue de l’extérieur, la démarche générale du pouvoir est d’empêcher toute possibilité d’alternance. C’est cela l’axe. A partir de là, on œuvre à tuer dans l’œuf ou à neutraliser toutes les velléités, forces et noyaux qui peuvent concrétiser ou cristalliser cette alternance. C’est pour cela qu’on aime avoir des partis bidon avec, des alliances bidon que l’on peut manipuler comme on veut… Le résultat est qu’ils ont nourri le mécontentement, ils ont nourri le rejet et la méfiance sans que les masses arrivent à faire   l’apprentissage de l’action politique. On n’a pas empêché le mécontentement de surgir. On a un mécontentement diminué de l’expérience politique, ce qui est plus dangereux pour le pays…
 
N’est-on pas entrain de recréer les conditions de la colonisabilité évoquée par de Malek Benabi
 
C’est peut-être une situation qui offre un exemple  de concrétisation de cette théorie.  Il y a, actuellement, des libyens qui attendent la libération de l’étranger. Beaucoup de nationalistes arabes qui ont passé leur vie à militer contre l’intervention étrangère se sont retrouvés dans une situation perplexe : accepter cette intervention pour éviter un massacre à Benghazi ou non ? Moi, j’impute la responsabilité au régime libyen. La position  contre l’intervention étrangère est juste, mais l’intervention étrangère est déjà concrétisée par la soumission des régimes arabes. La position de l’Algérie aurait gagné en sens si elle avait mis la pression sur Kadhafi en lui demandant d’arrêter les frais….
 
L’Algérie a peut-être oublié que la Libye  n’est pas une affaire étrangère
 
La position de l’Algérie sur le problème libyen est assez confuse. Il y a d’abord une solidarité naturelle entre les régimes : on n’ose pas remettre en cause un régime arabe car on est ses semblables. En outre, Kadhafi a dit dans un de ses discours que l’Algérie à utilisé son armée pour mater ses intégristes, donc on se sentait complexé sur ce terrain là. Et troisièmement, et c’est un faux calcul, on minimise la vague qui déferle sur le monde arabe. On se dit que peut-être le gagnant n’est pas celui qu’on croit. Quand l’intervention étrangère a été décidée par la ligue arabe, on a mis l’accent sur cela. Or, je l’ai dit, j’aurais aimé voir le président algérien ou au moins son représentant aller chez Kadhafi pour lui dire d’arrêter les massacres… Cet  effort n’est pas fait jusqu’à maintenant. On demande à l’occident de s’arrêter mais on ne dit pas à Kadhafi de s’arrêter… Ce qui se passe n’est plus une affaire intérieure… Se réfugier derrière le principe de non-ingérence n’est pas convaincant… Les voisins, Algérie, Tunisie, Egypte, auraient pu demander à Kadhafi d’arrêter les frais…
 
Comment voyez-vous la gestion du printemps arabe par les Etats-Unis ?
 
Il est difficile d’émettre un jugement définitif ou fini. Je pense que l’occident a perçu l’importance du changement qui s’opère. Il a vite saisi la nécessité pour lui de s’adapter au contexte sans changer fondamentalement de politique dans la région. Il a compris que les régimes qu’il a soutenu jusqu’à présent et qui ont fait le lit des menées antioccidentales ne sont plus valables. Il les change utilement en soutenant en théorie la vague de changement et en maintenant sa présence dans la région. Il change utilement de masque en se présentant avec un visage avenant. Mais c’est un changement de façade pas de politique. 

 Source:La Nation

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Albert Camus, ou l’inconscient colonial

Publié le par Mahi Ahmed

« Un homme moral dans un monde immoral »

Albert Camus, ou l’inconscient colonial

Après L’Age des extrêmes, d’Eric Hobsbawm, Le Monde diplomatique publie - cette fois avec Fayard, Culture et impérialisme, d’Edward W. Said. Dans ce livre, également inédit en français, le grand intellectuel américano-palestinien démontre comment l’œuvre majeure de grands écrivains occidentaux n’échappe pas à la mentalité coloniale de leur temps. Exemple : Albert Camus.

Albert Camus est le seul auteur de l’Algérie française qui peut, avec quelque justification, être considéré comme d’envergure mondiale. Comme Jane Austen[1] un siècle plus tôt, c’est un romancier dont les œuvres ont laissé échapper les réalités impériales qui s’offraient si clairement à son attention. (...)

Camus joue un rôle particulièrement important dans les sinistres sursauts colonialistes qui accompagnent l’enfantement douloureux de la décolonisation française du 20e siècle. C’est une figure impérialiste très tardive : non seulement il a survécu à l’apogée de l’empire, mais il survit comme auteur « universaliste », qui plonge ses racines dans un colonialisme à présent oublié. (...)

Le parallèle frappant entre Camus et George Orwell[2], c’est qu’ils sont tous deux devenus dans leur culture respective des figures exemplaires dont l’importance découle de la puissance de leur contexte indigène immédiat qu’ils paraissent transcender. C’est dit à la perfection dans un jugement sur Camus qui survient presque à la fin de l’habile démystification du personnage à laquelle se livre Conor Cruise O’Brien, dans un livre qui ressemble beaucoup à l’étude de Raymond Williams sur Orwell (et paru dans la même collection, les « Modern Masters »[3].

O’Brien écrit : « Il est probable qu’aucun auteur européen de son temps n’a si profondément marqué l’imaginaire et aussi la conscience morale et politique de sa propre génération et de la suivante. Il était intensément européen parce qu’il appartenait à la frontière de l’Europe et était conscient d’une menace. La menace lui faisait aussi les yeux doux. Il a refusé, mais non sans lutte. Aucun autre écrivain, pas même Conrad, n’est plus représentatif de l’attention et de la conscience occidentale à l’égard du monde non occidental. Le drame interne de son œuvre est le développement de cette relation, sous la montée de la pression et de l’angoisse. »

(...) De plus, Joseph Conrad et Camus ne sont pas les représentants d’une réalité aussi impondérable que la « conscience occidentale », mais bien de la domination occidentale sur le monde non européen. Conrad exprime cette abstraction avec une force qui ne trompe pas, dans son essai Geography and Some Explorers[4]. Il y célèbre l’exploration de l’Arctique par les Britanniques puis conclut sur un exemple de sa propre « géographie militante » : « J’ai posé le doigt au beau milieu de la tache, alors toute blanche, qu’était l’Afrique, et j’ai déclaré : “Un jour j’irai là-bas.” » Il y est allé, bien sûr, et il reprend le geste dans Au cœur des ténèbres.

Le colonialisme occidental, qu’O’Brien et Conrad se donnent tant de mal pour décrire, est, premièrement, une pénétration hors des frontières européennes et dans une autre entité géographique. Deuxièmement, il ne renvoie nullement à une « conscience occidentale » anhistorique « à l’égard du monde non occidental » : l’écrasante majorité des indigènes africains et indiens ne rapportaient pas leurs malheurs à la « conscience occidentale », mais à des pratiques coloniales très précises comme l’esclavage, l’expropriation, la violence des armes. C’est une relation laborieusement construite où la France et la Grande-Bretagne s’autoproclamaient l’« Occident » face aux peuples inférieurs et soumis du « non-Occident », pour l’essentiel inerte et sous-développé. (...)

O’Brien use aussi d’un autre moyen pour tirer Camus de l’embarras où il l’a mis : il souligne que son expérience personnelle est privilégiée. Tactique propre à nous inspirer pour lui quelque sympathie, car, si regrettable qu’ait été le comportement collectif des colons français en Algérie, il n’y a aucune raison d’en accabler Camus. L’éducation entièrement française qu’il a reçue là-bas – bien décrite dans la biographie de Herbert Lottman[5] – ne l’a pas empêché de rédiger, avant-guerre, un célèbre rapport sur les malheurs locaux, dus pour la plupart au colonialisme français. Voici donc un homme moral dans un contexte immoral. Et le centre d’intérêt de Camus, c’est l’individu dans un cadre social : c’est aussi vrai de L’Etranger que de La Peste et de La Chute. Ses valeurs, ce sont la conscience de soi, la maturité sans illusion, la fermeté morale quand tout va mal. Mais, sur le plan méthodologique, trois opérations s’imposent.

La première, c’est d’interroger et de déconstruire le cadre géographique que retient Camus pour L’Etranger (1942), La Peste (1947) et son recueil de nouvelles (du plus haut intérêt) L’Exil et le Royaume (1957). Pourquoi l’Algérie, alors qu’on a toujours considéré que les deux premières œuvres citées renvoyaient surtout à la France, et plus particulièrement à son occupation par les nazis ?

Allant plus loin que la plupart des critiques, O’Brien observe que le choix n’est pas innocent : bien des éléments de ces récits (par exemple le procès de Meursault [dans L’Etranger]) constituent une justification furtive ou inconsciente de la domination française, ou une tentative idéologique de l’enjoliver. Mais chercher à établir une continuité entre l’auteur Camus, pris individuellement, et le colonialisme français en Algérie, c’est d’abord nous demander si ses textes sont liés à des récits français antérieurs ouvertement impérialistes. (...)

La seconde opération méthodologique porte sur le type de données nécessaires à cet élargissement de perspective, et sur une question voisine : qui interprète ?

Un critique européen intéressé par l’histoire dira probablement que Camus représente l’impuissance tragique de la conscience française face à la crise de l’Europe, à l’approche d’une de ses grandes fractures. Si Camus semble avoir considéré qu’on pouvait maintenir et développer les populations de colons au-delà de 1960 (l’année de sa mort), il avait tout simplement tort historiquement puisque les Français ont abandonné l’Algérie et toute revendication sur elle deux ans plus tard seulement.

Lorsque son œuvre évoque en clair l’Algérie contemporaine, Camus s’intéresse en général aux relations franco-algériennes telles qu’elles sont, et non aux vicissitudes historiques spectaculaires qui constituent leur destin dans la durée. Sauf exception, il ignore ou néglige l’histoire, ce qu’un Algérien, ressentant la présence française comme un abus de pouvoir quotidien, n’aurait pas fait. Pour un Algérien, 1962 représentera probablement la fin d’une longue et malheureuse époque inaugurée par l’arrivée des Français en 1830, et l’ouverture triomphale d’une ère nouvelle. Interpréter du même point de vue les romans de Camus, ce serait voir en eux, non des textes qui nous informent sur les états d’âme de l’auteur, mais des éléments de l’histoire de l’effort français pour rendre et garder l’Algérie française.

Il faut donc comparer les assertions et présupposés de Camus sur l’histoire algérienne avec les histoires écrites par des Algériens après l’indépendance, afin d’appréhender pleinement la controverse entre le nationalisme algérien et le colonialisme français. Et il serait juste de rattacher son œuvre à deux phénomènes historiques : l’aventure coloniale française (puisqu’il la postule immuable) et la lutte acharnée contre l’indépendance de l’Algérie. Cette perspective algérienne pourrait bien « débloquer » ce que l’œuvre de Camus dissimule, nie ou tient implicitement pour évident.

Enfin, étant donné l’extrême densité des textes de Camus, l’attention au détail, la patience, l’insistance sont méthodologiquement cruciales. Les lecteurs associent d’emblée ses romans aux romans français sur la France, non seulement en raison de leur langue et des formes qu’ils semblent hériter d’aussi illustres prédécesseurs qu’Adolphe et Trois contes[6], mais aussi parce que leur cadre algérien paraît fortuit, sans rapport avec les graves problèmes moraux qu’ils posent. Près d’un demi-siècle après leur publication, ils sont lus comme des paraboles de la condition humaine.

C’est vrai, Meursault tue un Arabe, mais cet Arabe n’est pas nommé et paraît sans histoire, et bien sûr sans père ni mère. Certes, ce sont aussi des Arabes qui meurent de la peste à Oran, mais ils ne sont pas nommés non plus, tandis que Rieux et Tarrou sont mis en avant. Et l’on doit lire les textes pour la richesse de ce qui s’y trouve, non pour ce qui en a été éventuellement exclu. Mais justement. Je voudrais souligner qu’on trouve dans les romans de Camus ce qu’on en croyait autrefois évacué : des allusions à cette conquête impériale spécifiquement française, commencée en 1830, poursuivie de son vivant, et qui se projette dans la composition de ses textes.

Cette entreprise n’est pas inspirée par la vengeance. Je n’entends pas reprocher rétrospectivement à Camus d’avoir caché dans ses romans certaines choses sur l’Algérie qu’il s’efforce longuement d’expliquer, par exemple, dans les divers textes des Chroniques algériennes. Mon objectif est d’examiner son œuvre littéraire en tant qu’élément de la géographie politique de l’Algérie méthodiquement construite par la France sur plusieurs générations. Cela pour mieux y voir un reflet saisissant du conflit politique et théorique dont l’enjeu est de représenter, d’habiter et de posséder ce territoire – au moment précis où les Britanniques quittaient l’Inde. L’écriture de Camus est animée par une sensibilité coloniale extraordinairement tardive et en fait sans force, qui refait le geste impérial en usant d’un genre, le roman réaliste, dont la grande période en Europe est depuis longtemps passée. (...)

Souvenons-nous. La révolution algérienne a été officiellement annoncée et déclenchée le 1er novembre 1954. Le massacre de Sétif, grande tuerie de civils algériens par des soldats français, est de mai 1945. Et les années précédentes, celles où Camus écrivait L’Etranger, ont été riches en événements ponctuant la longue et sanglante histoire de la résistance algérienne. Même si, selon tous ses biographes, Camus a grandi en Algérie en jeune Français, il a toujours été environné des signes de la lutte franco-algérienne. Il semble en général les avoir esquivés, ou, dans les dernières années, traduits ouvertement dans la langue, l’imagerie et la vision géographique d’une volonté française singulière de disputer l’Algérie à ses habitants indigènes musulmans. En 1957, François Mitterrand déclarait sans ambages, dans son livre Présence française et abandon[7] « Sans Afrique, il n’y aura pas d’histoire de France au XXe siècle. »

Pour situer Camus en contrepoint sur l’essentiel (et non sur une petite partie) de son histoire réelle, il faut connaître ses vrais prédécesseurs français, ainsi que l’œuvre des romanciers, historiens, sociologues et politologues algériens d’après l’indépendance. Aujourd’hui, une tradition eurocentrique parfaitement déchiffrable et persistante refoule toujours dans l’interprétation ce qui, sur l’Algérie, était refoulé par Camus (et Mitterrand), et refoulé par les personnages de ses romans. Quand, dans les dernières années de sa vie, Camus s’oppose publiquement, et même violemment, à la revendication nationaliste d’indépendance algérienne, il le fait dans le droit-fil de la représentation qu’il a donnée de l’Algérie depuis le début de sa carrière littéraire, même si ses propos font alors tristement écho à la rhétorique officielle anglo-française de Suez.

Ses commentaires sur le « colonel Nasser », sur l’impérialisme arabe et musulman, nous sont familiers, mais le seul énoncé politique, d’une intransigeance totale, qu’il consacre à l’Algérie dans ce texte apparaît comme un résumé sans nuance de tout ce qu’il a écrit antérieurement : « En ce qui concerne l’Algérie, l’indépendance nationale est une formule purement passionnelle. Il n’y a jamais eu encore de nation algérienne. Les juifs, les Turcs, les Grecs, les Italiens, les Berbères auraient autant de droit à réclamer la direction de cette nation virtuelle. Actuellement, les Arabes ne forment pas à eux seuls toute l’Algérie. L’importance et l’ancienneté du peuplement français en particulier suffisent à créer un problème qui ne peut se comparer à rien dans l’histoire. Les Français d’Algérie sont eux aussi et au sens fort du terme des indigènes. Il faut ajouter qu’une Algérie purement arabe ne pourrait accéder à l’indépendance économique sans laquelle l’indépendance politique n’est qu’un leurre. (...)  »

Le paradoxe est que partout où, dans ses romans et descriptions, Camus en parle, la présence française en Algérie est rendue soit comme un thème narratif extérieur, une essence échappant au temps et à l’interprétation, soit comme la seule histoire qui mérite d’être racontée en tant qu’histoire. Quelle différence d’attitude et de ton dans le livre de Pierre Bourdieu, Sociologie de l’Algérie[8], publié, comme L’Exil et Le Royaume, en 1958 : ses analyses réfutent les formules à l’emporte-pièce de Camus et présentent franchement la guerre coloniale comme l’effet d’un conflit entre deux sociétés. C’est cet entêtement de Camus qui explique l’absence totale de densité et de famille de l’Arabe tué par Meursault ; et voilà pourquoi la dévastation d’Oran est implicitement destinée à exprimer non les morts arabes (qui, après tout, sont celles qui comptent démographiquement), mais la conscience française. (...)

On dispose d’une excellente recension des nombreux postulats sur les colonies françaises que partagent les lecteurs et critiques de Camus. Une étude remarquable de Manuela Semidei sur les livres scolaires français, de la première guerre mondiale au lendemain de la seconde[9], note que ces manuels comparent favorablement l’administration coloniale de la France à celle de la Grande-Bretagne : ils laissent entendre que les possessions françaises sont gouvernées sans les préjugés et le racisme des Britanniques. Dans les années 30, ce thème est inlassablement répété.

Quand il est fait allusion à l’usage de la violence en Algérie, par exemple, la formulation donne à croire que les forces françaises ont été obligées de prendre des mesures déplaisantes pour répondre à des agressions de la part des indigènes « poussés par leur ardeur religieuse et par l’attrait du pillage ». L’Algérie est toutefois devenue « une nouvelle France », prospère, dotée d’excellentes écoles, d’hôpitaux, de routes. Même après l’indépendance, l’image de l’histoire coloniale de la France reste essentiellement constructive : on pense qu’elle a posé les bases de liens « fraternels » avec les anciennes colonies.

Mais ce n’est pas parce qu’un seul point de vue paraît pertinent à un public français, ou parce que la dynamique complète de l’implantation coloniale et de la résistance indigène flétrit regrettablement le séduisant humanisme d’une grande tradition européenne, qu’il faut suivre ce courant d’interprétation et accepter les constructions et images idéologiques.

J’irai jusqu’à dire que, si les plus célèbres romans de Camus intègrent, récapitulent sans compromis et, à bien des égards, supposent un discours français massif sur l’Algérie qui appartient au langage des attitudes et références géographiques impériales de la France, cela rend son œuvre plus intéressante, et non le contraire. La sobriété de son style, les angoissants dilemmes moraux qu’il met à nu, les destins personnels poignants de ses personnages, qu’il traite avec tant de finesse et d’ironie contrôlée – tout cela se nourrit de l’histoire de la domination française en Algérie et la ressuscite, avec une précision soigneuse et une absence remarquable de remords ou de compassion.

Une fois de plus, la relation entre géographie et lutte politique doit être réanimée à l’endroit précis où, dans les romans, Camus la recouvre d’une superstructure qui, écrit élogieusement Sartre, nous plonge dans le « climat de l’absurde ». Tant L’Etranger que La Peste portent sur des morts d’Arabes, des morts qui mettent en lumière et alimentent silencieusement les problèmes de conscience et les réflexions des personnages français.

Municipalités, système judiciaire, hôpitaux, restaurants, clubs, lieux de loisirs, écoles – toute la structure de la société civile, présentée avec tant de vie, est française, bien qu’elle administre surtout une population non française. L’homologie de ce qu’écrivent à ce sujet Camus et les livres scolaires est frappante. Ses romans et nouvelles racontent les effets d’une victoire remportée sur une population musulmane, pacifiée et décimée, dont les droits à la terre ont été durement restreints. Camus confirme donc et raffermit la priorité française, il ne condamne pas la guerre pour la souveraineté livrée aux musulmans algériens depuis plus d’un siècle, il ne s’en désolidarise pas.

Au centre de l’affrontement, il y a la lutte armée, dont les premiers grands protagonistes sont le maréchal Théodore Bugeaud et l’émir Abd El-Kader. Le premier est un militaire intraitable qui, dans sa sévérité patriarcale envers les indigènes, commence en 1836 par un effort pour les discipliner et finit une dizaine d’années plus tard par une politique de génocide et d’expropriation massive. Le second est un mystique soufi et guérillero infatigable, qui ne cesse de regrouper, reformer, remobiliser ses troupes contre un envahisseur plus fort et plus moderne.

Quand on lit les documents de l’époque – les lettres, proclamations et dépêches de Bugeaud (réunies et publiées à peu près au même moment que L’Etranger), ou une édition des poèmes soufis d’Abd El Kader (...), ou encore la remarquable reconstruction de la psychologie de la conquête par Mostafa Lacheraf, dirigeant du Front de libération nationale (FLN) et professeur à l’université d’Alger après l’indépendance, à partir des journaux et lettres français des années 1830 et 1840[10] –, on perçoit la dynamique qui rend inévitable l’amoindrissement de la présence arabe chez Camus.

Le cœur de la politique militaire française telle que l’avaient mise au point Bugeaud et ses officiers, c’était la razzia, le raid punitif sur les villages, maisons, récoltes, femmes et enfants des Algériens. « Il faut empêcher les Arabes de semer, de récolter, de pâturer », avait ordonné Bugeaud. Lacheraf donne un échantillon de l’état d’ivresse poétique que ne cessent d’exprimer les officiers français à l’œuvre : enfin ils avaient l’occasion de faire la « guerre à outrance », sans morale, sans nécessité. Le général Changarnier décrit l’agréable distraction qu’il octroie à ses soldats en les laissant razzier de paisibles villages ; ce type d’activité est enseigné par les Ecritures, dit-il, Josué et d’autres grands chefs dirigeaient « de bien terribles razzias » et étaient bénis par Dieu. La ruine, la destruction totale, l’implacable brutalité sont admises non seulement parce qu’elles sont légitimées par Dieu, mais aussi parce que - formule inlassablement répétée de Bugeaud à Salan - « les Arabes ne comprennent que la force brutale ».

Certains, comme Tocqueville, qui par ailleurs critiquait sévèrement la politique américaine à l’égard des Noirs et des Indiens, estimaient que le progrès de la civilisation européenne nécessitait de faire subir des cruautés aux musulmans. Dans la pensée de Tocqueville, « conquête totale » devient synonyme de « grandeur française ». L’islam, c’est « la polygamie, la séquestration des femmes, l’absence de toute vie publique, un gouvernement tyrannique et ombrageux qui force de cacher sa vie et rejette toutes les affections du cœur du côté de l’intérieur de la famille ». Et, croyant que les indigènes sont des nomades, il estime que « tous les moyens de désoler les tribus doivent être employés. Je n’excepte que ceux que l’humanité et le droit des nations réprouvent[11] ». (...)

Les romans et nouvelles de Camus distillent très précisément les traditions, langages et stratégies discursives de l’appropriation française de l’Algérie. Ils donnent son expression ultime et la plus raffinée à cette « structure de sentiments » massive. Mais, pour discerner celle-ci, il nous faut considérer l’œuvre de Camus comme une transfiguration métropolitaine du dilemme colonial : c’est le colon écrivant pour un public français, dont l’histoire personnelle est irrévocablement liée à ce département français du Sud ; dans tout autre cadre, ce qui se passe est inintelligible.

Mais les cérémonies de noces avec le territoire – célébrées par Meursault à Alger, par Tarrou et Rieux enfermés dans les murs d’Oran, par Janine une nuit de veille au Sahara – incitent paradoxalement le lecteur à s’interroger sur la nécessité de ces réaffirmations. Quand la violence du passé français est ainsi rappelée par inadvertance, ces cérémonies deviennent, en raccourci extrêmement condensé, des commémorations de la survie d’une communauté sans perspective qui n’a nulle part où aller.

L’impasse de Meursault est plus radicale que celle des autres. Car, même si nous supposons que ce tribunal qui sonne faux continue d’exister (curieux endroit pour juger un Français meurtrier d’un Arabe, note à juste titre Conor Cruise O’Brien), Meursault lui-même comprend que tout est fini ; c’est enfin le soulagement – dans la bravade : « J’avais eu raison, j’avais encore raison, j’avais toujours raison. J’avais vécu de telle façon et j’aurais pu vivre de telle autre. J’avais fait ceci et je n’avais pas fait cela. Je n’avais pas fait telle chose alors que j’avais fait cette autre. Et après ? C’était comme si j’avais attendu pendant tout le temps cette minute et cette petite aube où je serais justifié. »

Plus de choix ici, plus d’alternative. La voie de la compassion est barrée. Le colon incarne à la fois l’effort humain très réel auquel sa communauté a contribué et le refus paralysant de renoncer à un système structurellement injuste. La conscience de soi suicidaire de Meursault, sa force, sa conflictualité ne pouvaient venir que de cette histoire et de cette communauté-là. A la fin, il s’accepte tel qu’il est – et il comprend aussi pourquoi sa mère, enfermée dans un asile de vieillards, a décidé de se remarier. « Elle avait joué à recommencer (...) si près de la mort, maman devait s’y sentir libérée et prête à tout revivre. » Nous avons fait ici ce que nous avons fait, donc refaisons-le. Cette obstination froide et tragique se mue en faculté humaine de se reproduire sans faiblir. Pour les lecteurs de Camus, L’Etranger exprime l’universalité d’une humanité existentiellement libre, qui oppose un insolent stoïcisme à l’indifférence du cosmos et à la cruauté des hommes.

Resituer L’Etranger dans le nœud géographique où prend naissance sa trajectoire narrative, c’est voir en ce roman une forme épurée de l’expérience historique. Tout comme l’œuvre et le statut d’Orwell en Angleterre, le style dépouillé de Camus et sa sobre description des situations sociales dissimulent des contradictions d’une complexité redoutable, et qui deviennent insolubles si, comme tant de ses critiques, on fait de sa fidélité à l’Algérie française une parabole de la condition humaine. Tel est encore le fondement de sa renommée sociale et littéraire.

Pourtant, il n’a cessé d’exister une autre voie, plus difficile et stimulante : juger, puis refuser la mainmise territoriale et la souveraineté politique de la France, qui interdisaient de porter sur le nationalisme algérien un regard compréhensif. Dans ces conditions, il est clair que les limites de Camus étaient paralysantes, inacceptables. Comparés à la littérature de décolonisation de l’époque, française ou arabe – Germaine Tillion, Kateb Yacine, Frantz Fanon, Jean Genet –, ses récits ont une vitalité négative, où la tragique densité humaine de l’entreprise coloniale accomplit sa dernière grande clarification avant de sombrer. En émane un sentiment de gâchis et de tristesse que nous n’avons pas encore entièrement compris. Et dont nous ne sommes pas tout à fait remis. ●

Edward W. SAÏD

Décédé en septembre 2003, Edward W. Said était professeur de littérature comparée à l’université Columbia (Etats-Unis), auteur notamment de Culture et impérialisme, Fayard-Le Monde diplomatique, Paris, 2000. Il a publié son autobiographie, À contre-voie, au Serpent à plumes (Paris) en 2002.

 

 



[1]. Ecrivain britannique (1775-1817). Ses œuvres complètes viennent de paraître dans la « Bibliothèque de la Pléiade », Gallimard, Paris, 1 112 pages, 325 F.

[2]. Lire François Brune, « Rebelle à Big Brother », LeMonde diplomatique, octobre 2000.

[3]. Conor Cruise O’Brien,Albert Camus, Viking, New York, 1971.

[4]. Joseph Conrad, Last Essays, Geography and some Explorers, J. M. Dent, Londres, 1926.

[5]. Herbert Lottman, Camus, Seuil, Paris, 1985.

[6]. Benjamin Constant, Adolphe, Gallimard, Paris, 1973 ; Gustave Flaubert, Trois contes, Seuil, Paris, 1993.

[7]. François Mitterrand, Présence française et abandon, Plon, Paris, 1957.

[8]. Pierre Bourdieu, Sociologie de l’Algérie, PUF, Paris, 1985, rééd.

[9]. Manuela Semidei, « De l’Empire à la décolonisation à travers les manuels scolaires », Revue française de sciences politiques, vol. 16, n° 1, février 1966.

[10]. Mostepha Lacheraf, L’Algérie : nation et société, Maspero, Paris, 1965.

[11]. Alexis de Tocqueville, Œuvres complètes, t. V, Voyages en Angleterre, Irlande, Suisse et Algérie, Gallimard, Paris, 1958.

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Réponse du ministre brésilien de l'Education interrogé par des étudiants aux Etats-Unis

Publié le par Mahi Ahmed

Réponse du ministre brésilien de l'Education interrogé par des étudiants aux Etats-Unis ...
(la presse nord-américaine a refusé de publier ce texte).

Sujet : Internationalisation de la foret Amazonienne !?
Discours du ministre brésilien de l'Éducation aux Etats-Unis.
Pendant un débat dans une université aux Etats-Unis, le ministre de l'Éducation Cristovao Buarque, fut interrogé sur ce qu'il pensait au sujet de l'internationalisation de l'Amazonie. (Le jeune étudiant américain commença sa question en affirmant qu'il espérait une réponse d'un humaniste et non d'un Brésilien).

Voici la réponse de M. Cristovao Buarque.

En effet, en tant que Brésilien, je m'élèverais tout simplement contre l'internationalisation de l'Amazonie.
Quelle que soit l'insuffisance de l'attention de nos gouvernements pour ce patrimoine, il est nôtre.

En tant qu'humaniste, conscient du risque de dégradation du milieu ambiant dont souffre l'Amazonie, je peux imaginer que l'Amazonie soit internationalisée, comme du reste tout ce qui a de l'importance pour toute l'humanité.
Si, au nom d'une éthique humaniste, nous devions internationaliser l'Amazonie, alors nous devrions internationaliser les réserves de pétrole du monde entier. Le pétrole est aussi important pour le bien-être de l'humanité que l'Amazonie l'est pour notre avenir. Et malgré cela, les maîtres des réserves de pétrole se sentent le droit d'augmenter ou de diminuer l'extraction de pétrole, comme d'augmenter ou non son prix.

De la même manière, on devrait internationaliser le capital financier des pays riches. Si l'Amazonie est une réserve pour tous les hommes, elle ne peut être brûlée par la volonté de son propriétaire, ou d'un pays. Brûler l'Amazonie, c'est aussi grave que le chômage provoqué par les décisions arbitraires des spéculateurs de l'économie globale.
Nous ne pouvons pas laisser les réserves financières brûler des pays entiers pour le bon plaisir de la spéculation.

Avant l'Amazonie, j'aimerai assister à l'internationalisation de tous les grands musées du monde. Le Louvre ne doit pas appartenir à la seule France. Chaque musée du monde est le gardien des plus belles œuvres produites par le génie humain. On ne peut pas laisser ce patrimoine culturel, au même titre que le patrimoine naturel de l'Amazonie, être manipulé et détruit selon la fantaisie d'un seul propriétaire ou d'un seul pays.
Il y a quelque temps, un millionnaire japonais a décidé d'enterrer avec lui le tableau d'un grand maître. Avant que cela n'arrive, il faudrait internationaliser ce tableau.

Pendant que cette rencontre se déroule, les Nations unies organisent le Forum du Millénaire, mais certains Présidents de pays ont eu des difficultés pour y assister, à cause de difficultés aux frontières des Etats-Unis. Je crois donc qu'il faudrait que New York, lieu du siège des Nations unies, soit internationalisé. Au moins Manhattan devrait appartenir à toute l'humanité. Comme du reste Paris, Venise, Rome, Londres, Rio de Janeiro, Brasília, Recife, chaque ville avec sa beauté particulière, et son histoire du monde devraient appartenir au monde entier.

Si les Etats-Unis veulent internationaliser l'Amazonie, à cause du risque que fait courir le fait de la laisser entre les mains des Brésiliens, alors internationalisons aussi tout l'arsenal nucléaire des Etats-Unis. Ne serait-ce que par ce qu'ils sont capables d'utiliser de telles armes, ce qui provoquerait une destruction mille fois plus vaste que les déplorables incendies des forêts Brésiliennes.

Au cours de leurs débats, les actuels candidats à la Présidence des Etats-Unis ont soutenu l'idée d'une internationalisation des réserves florestales du monde en échange d'un effacement de la dette.
Commençons donc par utiliser cette dette pour s'assurer que tous les enfants du monde aient la possibilité de manger et d'aller à l'école. Internationalisons les enfants, en les traitant, où qu'ils naissent, comme un patrimoine qui mérite l'attention du monde entier. Davantage encore que l'Amazonie.
Quand les dirigeants du monde traiteront les enfants pauvres du monde comme un Patrimoine de l'Humanité, ils ne les laisseront pas travailler alors qu'ils devraient aller à l'école; ils ne les laisseront pas mourir alors qu'ils devraient vivre.

En tant qu'humaniste, j'accepte de défendre l'idée d'une internationalisation du monde. Mais tant que le monde me traitera comme un Brésilien, je lutterai pour que l'Amazonie soit à nous. Et seulement à nous !

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علاء عوض في حوار مفتوح مع القارئات والقراء حول: اصلاح اجتماعى أم ثورة - قراءة فى واقع وآفاق الثورة المصرية, دور

Publié le par Mahi Ahmed

علاء عوض في حوار مفتوح مع القارئات والقراء حول: اصلاح اجتماعى أم ثورة - قراءة فى واقع وآفاق الثورة المصرية, دور اليسار والطبقة العاملة ونقاباتها

 


علاء عوض
 - 2011 / 6 / 26
المحور: مقابلات و حوارات
    

أجرى الحوار: حميد كشكولي

من اجل تنشيط الحوارات الفكرية والثقافية والسياسية بين الكتاب والكاتبات والشخصيات السياسية والاجتماعية والثقافية الأخرى من جهة, وبين قراء وقارئات موقع الحوار المتمدن على الانترنت من جهة أخرى, ومن أجل تعزيز التفاعل الايجابي والحوار اليساري والعلماني والديمقراطي الموضوعي والحضاري البناء, تقوم مؤسسة الحوار المتمدن بأجراء حوارات مفتوحة حول المواضيع الحساسة والمهمة المتعلقة بتطوير مجتمعاتنا وتحديثها وترسيخ ثقافة حقوق الإنسان وحقوق المرأة والعدالة الاجتماعية والتقدم والسلام.
حوارنا - 58 - سيكون مع الاستاذ
د.علاء عوض حول:  اصلاح اجتماعى أم ثورة - قراءة فى واقع وآفاق الثورة المصرية, دور اليسار والطبقة العاملة ونقاباتها.


1- 1الانتصارات العظيمة التي حققتها الثورة المصرية بإطاحتها بالديكتاتور وأركان نظامه فتحت أمام المجتمع المصري آفاق غير محدودة للتخلص من الاستبداد والاستغلال والتبعية، كيف انعكس ذلك برأيكم على الأوضاع السياسية و الاقتصادية والاجتماعية للعمال والفلاحين والفقراء والمهمشين في مصر؟

بالرغم من تصدر شعارات العدالة الاجتماعية قائمة مطالب الثوار فى ميدان التحرير وسائر شوارع وميادين الوطن منذ الخامس والعشرين من يناير من العام الحالى، وبالرغم من اصطفاف الأعداد الغفيرة من الفقراء فى الأحياء الشعبية فى المدن المصرية فى صفوف الثوار ووقوفهم فى صدارة المشهد فى المعركة الدامية الشرسة مع أجهزة الأمن القمعية، وانتصار هذه الجماهير المطحونة على جهاز الشرطة الذى يمثل الذراع الأمنى القمعى للبرجوازية المصرية بعد أن تصدوا للرصاص الحى بصدور عارية وبشجاعة وبسالة نادرة، وبالرغم من دخول الطبقة العمالية داخل حركة الثورة باحتجاجاتهم واضراباتهم والتلويح بالعصيان المدنى مما كان له عظيم الأثر فى حسم مهمة الاطاحة بالدكتاتور مبارك وقسم من معاونيه وأركان نظامه، بالرغم من هذا كله فان العمال والفلاحين والطبقات الشعبية الفقيرة وجيش العاطلين مازالوا يعانون هموم الفقر المدقع ومازالت حقوقهم الأساسية فى الحياة الكريمة والخدمات الأساسية فى الصحة والتعليم والسكن الملائم مسلوبة. لقد استطاعت البرجوازية المصرية الحاكمة أن تحافظ على سيطرتها الاقتصادية والسياسية على مقدرات البلاد من خلال تمرير عملية تسليم السلطة الى المجلس الأعلى للقوات المسلحة عقب اضطرارها الى التضحية بمبارك الذى فقد صلاحيته السياسية أمام ثورة الجماهير الغاضبة فى الشوارع، وقد سهل من هذه العملية غياب البديل السياسى المتبلور والمعبر عن المصالح الطبقية لهذه الجماهير المطحونة. ورغم الدعايات المضللة التى يحاول المجلس العسكرى تمريرها للجماهير والتى يقدم فيها نفسه كحامى للثورة وشريك فيها، فقد عجز هو والحكومة الجديدة عن تقديم أية مؤشرات نحو تبنيهما سياسات اصلاحية أو برامج اقتصادية لصالح جماهير الفقراء فى الوقت الذى أعلنا فيه وبوضوح منذ الأيام الأولى انحيازهم الكامل لصفوف البرجوازيين وتبنيهم لسياسات الاقتصاد الحر. لقد عجزت الحكومة التى تدعى أنها حكومة الثورة أن تستجيب لمطلب جماهيرى أصيل وملح بتحديد حد أدنى للأجور يسمح للأجراء والفقراء بالعيش الآدمى، ذلك المطلب الذى تبنته الحركة العمالية واحتجاجات صغار الموظفين والعاملين المؤقتين بالجهاز الادارى للدولة عبر السنوات الأخيرة، وقد تمكنت هذه الحركة من انتزاع حكم قضائى بمشروعية هذا المطلب قبل الثورة، والآن تقدم لنا الحكومة قدرا هزيلا (700 جنيه مصرى) كحد أدنى للأجور فى الوقت الذى تتراجع فيه – وبعد ساعات قليلة – عن مقترح لفرض ضرائب على الأرباح الرأسمالية أمام غضب واحتجاج رجال الأعمال والمستثمرين والمضاربين. وأمام المطالبات المتكررة بنظام ضريبى تصاعدى فى اطار النضال من أجل التوزيع العادل للثروة، تتقدم الحكومة بمشروع لزيادة الضريبة بمقدار 5% فقط على الأرباح التى تتجاوز 10 ملايين جنيها مصريا!!، الحكومة والمجلس العسكرى يعلنان اذن تضامنهما الكامل مع رجال الأعمال البرجوازيين فى مواجهة مصالح الغالبية العظمى من الكادحين فى مصر. لم تقدم هذه الحكومة أى حلول حقيقية لمشكلة البطالة لاسيما بين أوساط الشباب ولا لمشكلات العمالة المؤقتة بالدولة والتى تعد شكلا من أشكال السخرة، ولم يقدم مشروع الموازنة الجديدة للدولة الذى أعدته الحكومة حلولا لانهيار الخدمات الرئيسية كالصحة والتعليم والسكن فى الوقت الذى يصر فيه على تقديم الدعم الكامل لرجال الأعمال (مثل دعم الطاقة وغيرها من أشكال الدعم) مؤكدا على أن يتحمل الفقراء والمهمشين دون غيرهم عبء الأزمات الاقتصادية ومتوافقا مع سياسة الافقار المنظم الذى تمارسه البرجوازية المصرية منذ عهد السادات ومبارك وحتى الآن.
وعلى صعيد الحقوق السياسية والنقابية فالأمر لا يختلف كثيرا، فمازال المجلس العسكرى والحكومة يهاجمان حقوق الاضراب والاعتصام والتظاهر ويصدران التشريعات التى تجرم هذه الحقوق وتعاقبها بالحبس والغرامات المالية الباهظة، وأخيرا أعلنت الحكومة أنها ستطبق موادا فى قانون العقوبات تتعلق بمكافحة الارهاب على المحرضين والمشاركين فى الاضرابات العمالية، وأمام اتساع الاحتجاجات والاضرابات العمالية بشكل غير مسبوق فى التاريخ المصرى المعاصر تواجه الشرطة العسكرية هذه الاعتصامات والتظاهرات وتفضها بالقوة وتعتقل الناشطين العماليين وتصدر أحكاما عسكرية على الفلاحين المحتجين، وفى الوقت نفسه مازال اتحاد العمال الأصفر الذى تسيطر عليه البرجوازية والذى نجح الدكتاتور المخلوع فى تحويله الى جهاز عميل للأمن السياسى ومعادى للعمال ونضالاتهم من أجل حقوقهم المشروعة، مازال هذا الاتحاد باقيا بتشكيله الأسود بالرغم من اتهام رئيسه بالمشاركة فى جريمة قتل المتظاهرين المصريين فى ميدان التحرير فى الثانى من فبراير. هذا الاتحاد العميل الذى تطالب جماهير العمال بحله ومحاسبة أعضائه عما اقترفوه من جرائم فى مواجهة جماهير العمال مازال يحظى بالرضا والحماية من جانب المجلس العسكرى والحكومة، وهو موقف يتسق مع سياسات البرجوازية المصرية الحاكمة فى تأميم الحركة النقابية العمالية وتوظيفها لصالحها. وعلى جانب آخر يصدر المجلس العسكرى قانون الأحزاب الذى يحظر انشاء الأحزاب على أساس طبقى بما يعنى ضمنيا مصادرة حق العمال فى تشكيل أحزابهم السياسية. ان عداء هذا المجلس وهذه الحكومة للعمال والفلاحين والفقراء فى مصر والوقوف فى مواجهة نضالاتهم وعجزهم عن تقديم حلول جذرية لأوضاعهم الاقتصادية والاجتماعية المتردية هو دليل على أن هذا المجلس وهذه الحكومة هما التعبير السياسى للطبقة البرجوازية المهزومة أمام طوفان الغضب الشعبى، وان هذه الطبقة التى عجزت تاريخيا عن تقديم أى حلول لمعضلات التنمية والتحول الديمقراطى لا تملك سوى أدوات القمع والمراوغة لاستمرار حكمها، وأن هذه الأدوات قد كشفتها ثورة الجماهير وهزمتها ومازالت المعركة مستمرة.


2- أراد الجزء الاكبر من البرجوازية المصرية أن لا تتجاوز الثورة رحيل مبارك ، وهذه البرجوازية تحظى بدعم البرجوازية العالمية التي تعمل جاهدة على استمرار النظام الرأسمالي التابع في الحكم .. أين تقف الطبقة العاملة المصرية ونقاباتها والاحزاب اليسارية من هذه المعادلة، وهل يمكنها أخذ المبادرة و التحول إلى قوة تغييرية مؤثرة؟

منذ الحادى عشر من فبراير وبعد خلع الدكتاتور مبارك بدأت الثورة المضادة تتخذ محاورا مختلفة لعل أهمها على الاطلاق هو محاولة تفريغ الثورة من محتواها الاجتماعى وجوهرها الطبقى وتصويرها على أنها حركة احتجاجية شبابية تستهدف بعض الاصلاحات السياسية والتعديلات الدستورية والتشريعية مع عدم التطرق الى علاقات القوى الاجتماعية وصراعها على الأرض، وكان الخطاب السياسى والاعلامى الرسمى وغير الرسمى من خلال فضائيات وصحف رجال الأعمال يشن هجوما شرسا على الاحتجاجات الاجتماعية التى يقف فى القلب منها العمال والفلاحين وصغار الموظفين والعمالة المؤقتة فى جهاز الدولة، وظهر مصطلح "الاحتجاجات الفئوية" لتوصيف تلك النضالات والمطالب الاجتماعية فى محاولة لتفتيتها واتهامها بعدم المشروعية واخراجها من اطارها العام، ان هذه الاحتجاجات الموجهة بالأساس ضد هيكل أجور مختل وسياسات عمالة جائرة وتضخم لمعدلات البطالة وانهيار للخدمات وغيرها من الملفات الملتهبة على ساحة النضال الاجتماعى، يسعى المجلس العسكرى والحكومة الى التعامل معها كمطالبات متناثرة لمجموعات صغيرة فى المجتمع تستثمر مناخ الثورة لتحقيق مكاسب غير مشروعة، هذه هى رؤية البرجوازية وحكومتها ومجلسها العسكرى لنضالات العمال، ولم يقف الأمر عند هذا الحد بل تجاوزه الى درجة اصدار تشريعات تجرم هذه الاحتجاجات كما أشرت سابقا. وعلى جانب آخر وفى نفس السياق هناك درجة عالية من مقاومة المطالبات الشعبية بتطهير مؤسسات الدولة من الفاسدين واللصوص الذين ارتبطوا بنظام الدكتاتور المخلوع وكانوا عناصر فاعلة فى منظومة فساده، ويحاول المجلس العسكرى والحكومة الالتفاف على هذه المطالبات أو تعطيل اجراءاتها أو تجاهلها فى العديد من المواقف، وهناك أيضا مقاومة واضحة للمطالبات الجماهيرية باحداث تغييرات تشريعية جذرية فيما يتعلق بتنظيم وتسيير مؤسسات وهيئات الدولة الانتاجية والخدمية وبتكريس أسس ديمقراطية حقيقية قى ادارتها واختيار قياداتها. وفى تقديرى فان الوضع السياسى الراهن يتسم بحالة واضحة من ازدواجية السلطة، فهناك المجلس العسكرى والحكومة فى مواجهة العمال والفلاحين والجماهير الشعبية الفقيرة، وكل من هذين الطرفين يحاول ممارسة كل أشكال الضغط المتاحة لديه لتمرير سياساته.
لم تأت الاضرابات والاحتجاجات العمالية من فراغ ولكنها جاءت تعبيرا عن درجة تطور الصراع الطبقى وعجز البرجوازية عن تقديم أى منجزات اجتماعية على طريق التنمية والعدالة الاجتماعية والتحول الديمقراطى، وقد بدأت هذه الموجة من الاحتجاجات العمالية منذ عام 2006 لتشهد بعد انطلاق عملية الثورة المصرية حالة شديدة من الاتساع الأفقى لتشمل العديد من المواقع العمالية فى مختلف أنحاء البلاد، ويكفى أن نرصد حجم هذه الاحتجاجات خلال شهر واحد فقط (مايو2011) لنكتشف حدوث 26 اعتصام و 26 إضراب و22 تظاهره و 21 وقفة احتجاجيه و4 تجمهرات و3 مسيرات احتجاجية. وبالرغم من اصدار التشريعات القمعية لتجريم الاحتجاجات، فان الطبقة العمالية مازالت قادرة على الصمود والتحدى وليس أدل على ذلك من رد العمال على تهديدات الحكومة بتطبيق مواد مكافحة الارهاب على العمال المضربين باضرابين واسعين فى شركات قناة السويس وهيئة السكك الحديدية. ان وجود الحركة العمالية فى القلب من الاحتجاجات الاجتماعية بالاضافة الى الاحتجاجات الفلاحية (مثل احتجاجات الفلاحين فى البحيرة واعتصام فلاحى الأوقاف) واحتجاجات الشباب العاطلين والعاملين المؤقتين يؤكد أن الموجة الثانية من الثورة المصرية قد بدأت بالفعل وأن جوهرها يكمن فى الصراع الطبقى بين البرجوازية الحاكمة وبين العمال والفلاحين والمهمشين، وأن هذه الاحتجاجات قد أفرزت أشكالا عديدة من النقابات العمالية المستقلة، ولم تتوقف هذه النضالات عند حدود تطوير وعى نقابى عمالى بل بدأت فى تجاوز ذلك الى آفاق المطالبات العمالية باستعادة شركاتهم التى تم نهبها فى عمليات الخصخصة وادارتها ذاتيا والمطالبة باعادة تشغيل شركات القطاع العام التى سعى نظام مبارك الى تجريفها واشهار افلاسها لصالح حفنة من السماسرة والمستوردين. ومن الجدير بالذكر أن هذه النضالات وهذه الموجة من الاحتجاجات ستستمر وسيزداد اتساعها الأفقى وتصاعدها الرأسى طالما استمر حكم هذه الطبقة البرجوازية الرثة. ان تطوير هذه النضالات وتأطيرها داخل حركة ثورية جذرية تستهدف الاطاحة بالبرجوازية الطفيلية الحاكمة لصالح جماهير العمال والمنتجين، وتكريس مفاهيم وآليات الادارة الديمقراطية لأدوات الانتاج وانتزاع العمال لحقوقهم فى المشاركة الكاملة والفعالة فى هذه العملية، هى الآفاق الحقيقية للثورة المصرية، وان قدرة العمال والفلاحين وجماهير الفقراء فى المدن والقرى على بناء تنظيماتهم القاعدية فى المواقع الانتاجية والأحياء والمدن وتفعيل دورها فى المشاركة فى الادارة هو أهم الأدوات فى تطوير هذا الصراع، كما أن مهمة بناء الحزب الثورى الجماهيرى القادر على تبنى طرحا ثوريا جذريا فى مواجهة التيارات المحافظة وخوض مسيرة نضالية يقف فى طليعتها جماهير العمال والفقراء هى من المهام المركزية فى هذا السياق.

3- تتعدد التصورات بشأن سيناريو الحكم القادم فى مصر بعد مرحلة الانتقال، فهناك طرح يدعو للدولة الدينية الاسلامية وهناك من يطالب بالشكل الليبرالى فى الحكم، كيف ترون شكل الحكم فى المستقبل القريب فى مصر وما أثر ذلك على حركة الثورة ؟

منذ الاطاحة بالدكتاتورمبارك والمجلس العسكرى الأعلى يسعى لتمرير عملية انتقال السلطة وفق الآليات التى تكرس حكم البرجوازية وسيطرتها الاقتصادية، ولتحقيق هذا الهدف أصر المجلس على استئثاره بقيادة مرحلة الانتقال برغم وجود مطالبات عديدة بحكم انتقالى مدنى. وكانت معركة الدستور واحدة من أهم المعارك السياسية لأن الدستور سوف يضع الملامح الرئيسية للبنى السياسية الحاكمة فى المرحلة المقبلة، وقد استطاع هذا المجلس بالتحالف مع جماعة الاخوان المسلمين وتيارات الاسلام السياسى الأخرى أن يمرر تعديلات دستورية لا تخرج عن التعديلات التى اقترحها مبارك نفسه واقرارها فى الاستفتاء الشعبى الشهير. كان الهدف هو تأكيد استمرارية حكم البرجوازية من خلال هياكلها السياسية السابقة وان كان ذلك من خلال رموز ووجوه أخرى لم تفقد بعد صلاحيتها لدى الجماهير، وكان الاخوان يبحثون عن دور لهم فى الحكم وفى صياغة هياكله بعد فترة طويلة من التهميش السياسى عبر عقود ووجدوا فى هذا التحالف غايتهم، فتشكلت لجنة التعديلات الدستورية من رموزهم وحاملى أفكارهم، وتمكنوا عبر دعايات دينية وطائفية بالتعاون مع التيارات السلفية فى الحصول على أغلبية ملحوظة فى استفتاء التعديلات الدستورية. ولابد من التنويه فى هذا السياق أن الفترة المتاحة للدعاية السياسية ضد أو مع هذه التعديلات كانت شديدة القصر وكانت الحركة الجماهيرية وقتها منهكة فى مطالبات متواصلة لاقالة حكومة شفيق وحل جهاز أمن الدولة، أى أن المجلس اختار الوقت والحليف المناسبين لتمرير شكل الدستور الذى يريده. لم يكن السيناريو السياسى الذى يدفع اليه المجلس العسكرى متناقضا مع طرح الاخوان المسلمين أو غيرهم من تيارات الاسلام السياسى، فكلا منهما يعبر عن مصالح الطبقة البرجوازية حيث يسيطر المجلس العسكرى على مالا يقل عن 25% من جملة الاستثمارات الاقتصادية فى مصر، وتسيطر قيادات الاخوان على قدر ضخم من هذه الاستثمارات لاسيما فى القطاع التجارى والمصرفى والعقارى. وأيا كان السيناريو القادم للحكم والذى يستند بالأساس الى هذا الحلف، وأيا كانت تركيبة البرلمان المقبل وحجم تمثيل تيارات الاسلام السياسى فيه، فاننى لاأتصور أن هذا سيكون أمرا حاسما فى تطور الصراع الاجتماعى أو فى مسيرة الثورة، وسواء وضع الدستور الاسلاميون أو الليبراليون أو كلاهما بالتعاون مع المجلس العسكرى، فلن يكون هذا الدستور أكثر من وثيقة ضمن العديد من الوثائق التى لاتعنى الكثير لدى الجماهير. القضية بشكل حاسم هى عجز كل هذه الكيانات السياسية عن تحقيق المطالبات الاجتماعية المتزايدة، وعن التصدى لموجة الاحتجاجات المتصاعدة بحلول سياسية واجتماعية على أسس العدالة والديمقراطية. ان الديمقراطية لدى الاسلاميين والليبراليين تقوم على تهميش حركة الجماهير وتحويلها الى مجرد بطاقات فى صناديق الاقتراع، انها الديمقراطية التى تقوم على الانابة والتفويض الكامل من الجماهير لهم، وهى تنتهى لديهم بحصولهم على المقاعد البرلمانية والحكومية، أما الديمقراطية لدى جماهير العمال والفلاحين والفقراء فانها تعنى المشاركة الكاملة فى الادارة والرقابة والمتابعة وفق آليات تنظيمية تسمح بالقدر الأوسع من هذه المشاركة فى المواقع الانتاجية والخدمية والأحياء السكنية والمدن والمحافظات وعموم الوطن، انها الديمقراطية التى لاتفرط فى حقوقها الاجتماعية والسياسية والمدنية والتى تربط بين الحقوق الاقتصادية فى أجر عادل وظروف عمل انسانية وخدمات عامة لائقة وبين حقوق الادارة والملكية.
ان حالة الاستقطاب القائمة بين الليبراليين والاسلاميين حول شعارات مثل الدستور أولا أو الدولة المدنية فى مواجهة الدولة الدينية هى حالة تفتقد الى التحديد الاجتماعى لجوهر الديمقراطية ويعتريها قدر كبير من الحيرة ازاء الجمهور المستهدف بالحشد حول هذه المطالب، كما أنها تشهد قدرا شديدا من الارتباك، فخصوم الأمس يدخلون اليوم فى تحالفات من أجل قوائم انتخابية موحدة، وبرغم أن بعضا من هذه الشعارات يحمل محتوى ديمقراطيا (مثل رفض الدولة الدينية وحقوق المواطنة) الا أن تفريغ هذه الشعارات من محتواها الاجتماعى وطرحها كشعارات مجردة قد جعل هذا الصراع نخبويا يدور بالأساس فى ساحات الاعلام وحوله الى صراع سياسى بين تعبيرات مختلفة من البرجوازية المصرية حول حجم المكاسب السياسية التى يسعى كل طرف لتحقيقها وحول توسيع المساحة المتاحة له فى دوائر الحكم القادم. وهنا يجب الانتباه الى دور اليسار الثورى ازاء هذا الصراع، الذى يجب أن يكون متميزا من زاوية الطرح السياسى الذى ينطلق من تحليل دقيق لطبيعة الصراع الطبقى وجذريا فى فهمه للديمقراطية وألا يتخذ موقفا ذيليا من القوى الليبرالية. وفى مواجهة هذا الصراع هناك حالة أخرى من الاستقطاب أكثر وضوحا وأكثر حدة، وهو التناقض بين الحركة الجماهيرية (العمالية والفلاحية منها على وجه الخصوص) وبين البرجوازية المصرية بكل شرائحها وتعبيراتها المختلفة. الليبراليون والاسلاميون يختلفون فيما بينهم حول من يضع الدستور ومن يحقق أعلى نسبة مقاعد برلمانية ومن يشكل الحكومة، ولكنهم يتفقون فى عدائهم للاضرابات العمالية واتهام هذه النضالات باثارة الفوضى وتعميق الأزمات الاقتصادية، وهم يدعون تبنيهم للعدالة الاجتماعية فى الوقت الذى يؤكدون فيه على تمسكهم بسياسة الاقتصاد الحرالتى لم تجلب لجماهير الشعب الكادحة سوى المزيد من الافقار والقهر الاجتماعى. وبالرغم من وجود تيار ليبرالى يعبر عن الطبقة الوسطى وتوجهات قطاع من المهنيين والأكاديميين ويطرح شعارات اصلاحية ويقف ضد تجريم حق العمال فى الاضراب الا أنه يظل متمسكا بتبنى سياسات الليبرالية الاقتصادية التى لم تستطع عبر عقود طويلة أن تحقق التحول الديمقراطى أو العدل الاجتماعى، ان هذا التيار الذى يحاول تجميل وجه النظام الرأسمالى بمساحيق تدخل الدولة ببعض الآليات الضابطة للسوق يقع فى مأزق التناقض بين حقيقة البنية الرجعية للبرجوازية القائمة على التبعية والفساد وبين مهمات التنمية الاقتصادية التى تصب عوائدها فى القطاع الأكثر فقرا فى المجتمع. ان تطورهذا الصراع الاحتماعى الدائر فى أرض الواقع والذى يشهد اتساعا يوما بعد يوم لن يجعل أى من هذه الكيانات السياسية البرجوازية تنعم باستقرار لحكمها مهما كانت صورته، هذا الاستقرار الذى لايمكنه أن يتحقق الا على أنقاض حكم هذه الطبقة العميلة والرجعية. ولكن كلنا يعلم أن التاريخ لا يعرف مسارا واحدا أو حتميا، فبالرغم من نضج الشرط الموضوعى لتطور الصراع الطبقى فى مصر نحو مسارات جذرية تسمح للقوى المنتجة بالسيطرة السياسية والاقتصادية، فان هناك عنصر العامل الذاتى القادر على تنظيم نضالات المضطهدين وتأطيرها فى وعى ثورى متكامل ومتماسك، هذا الوعى الذى ينمو ويتجذر بالضرورة فى غمرة النضال يحتاج الى أطر وآليات تنظيمية على المستوى الحزبى والنقابى والجماهيرى لاستكمال المهام الثورية، وهذا هو التحدى الأكبر أمام الثورة المصرية، لقد باتت ضرورات بناء الحزب الثورى والتنظيمات العمالية والجماهيرية ملحة فى تلك المرحلة. ان الواقع السياسى والاجتماعى المصرى الراهن يعكس بوضوح حالة من ازدواجية السلطة بين المجلس العسكرى والحركة الجماهيرية والعمالية، وفى ظل عجز البرجوازية البنيوى عن تحقيق استقرار سياسى نابع من برنامج اصلاحى حقيقى، وفى حال ضعف الأدوات التنظيمية للعمال والفلاحين والمضطهدين، سيصبح ثمن الاستقرار السياسى فادحا، فالتاريخ يعلمنا أن مثل هذا الظرف هو المناخ المناسب لصعود حكم بونابرتى عسكرى فى أغلب الأحوال، يقدم بعض الاصلاحات ويطرح العديد من الشعارات الديماجوجية محاولا استقطاب قطاع واسع من المهمشين والفقراء تحت رايته ويسعى فى الوقت نفسه للقضاء على معارضيه والتنكيل بهم. ان هذا السيناريو لا يمكن تجاهله فى المستقبل السياسى المصرى القريب ولابد من التنبه له ومقاومته.


4- هناك انقسام واضح الان على الساحة السياسية في مصر بين القوى العلمانية من جانب، والقوى الإسلامية من جانب آخر، وكذلك الاحتقان الطائفي والديني والعنف المصاحب له، في ضوء ذلك كيف تقيم دور ومكانة الاسلام السياسي وآفاقه في مصر؟

تحتل جماعة الاخوان المسلمين الموقع الأهم فى جماعات الاسلام السياسى فى مصر وكانت التيار الوحيد الذى طرح لنفسه دورا سياسيا منذ بداية تشكيلها فى عشرينيات القرن الماضى، ورغم ادعاء قيادات الجماعة بأن دورها ينحصر فى اطار الدعوة الدينية فانها كانت دائما تمارس دورا سياسيا من خلال خطابها الدينى، وكان الاعلان الأول عن هذا الدور قد اتضح فى المؤتمر الثانى للجماعة عام 1935 الذى أعلن فيه حسن البنا بوضوح أن الاسلام دين ودولة، وكان هذا الدور فى أغلب مراحل التنظيم يتخذ موقفا معاديا للديمقراطية بدءا من تحالفهم مع الملك فاروق وحكومة صدقى فى مواجهة الوفد حيث كتب حسن البنا فى مجلة النذير عام 1938 مقالا يصف فيه أعضاء الجماعة بأنهم "أخلص جنود الملك"، ثم كان تحالفهم الشهير مع نظام السادات الذى قرر تبنى سياسات اقتصادية تتفق مع شروط البنك الدولى وانسحاب الدولة من أداء أى دور فى عملية التنمية والانتاج والخدمات، وكان عليه أن يواجه المعارضة اليسارية فى الأوساط الطلابية والعمالية ولم يجد أفضل من الاخوان المسلمين حليفا له فى هذه المهمة مستخدما فى ذلك خطابهم الدينى، وكان هذا التحالف بداية لمرحلة صعود سياسى لهذه الجماعة بعد فترة طويلة من الاعتقالات والعزل والتهميش السياسى عانتها الجماعة فى الفترة الناصرية، وقد دعم هذا الصعود موجة هجرة المصريين الى دول الخليج وتحديدا الى السعودية والذين عادوا محملين بالفتات من أموال النفط والكثير من الثقافات الأصولية الوهابية التى انتشرت بشكل واسع لاسيما بعد انحسار الأفكار القومية اثر هزيمة 1967. وفى عهد مبارك، وبعد اغتيال سلفه السادات على أيدى التنظيمات الاسلامية الجهادية والتى خرجت من عباءة الاخوان المسلمين كانت العلاقة بين نظام حكمه وبين الجماعة تشهد حالة شديدة التناقض، فقد سمح لهم نظام مبارك بالتواجد السياسى كممثل رئيسى للمعارضة، كما سمح لهم بالسيطرة على النقابات المهنية واختارأن يحتلوا مقاعد كتلة المعارضة فى انتخابات برلمان 2005، وفى الوقت نفسه لم يمنع هذا من تعرضهم لاجراءات قمعية والاعتقال المتكرر وتعرض قياداتهم للمحاكمات العسكرية. وعلى أى حال، فان الاخوان لم يقفوا موقفا عدائيا جذريا ضد مبارك قبل 28 يناير 2011، كما أنهم لم يتصدوا لسياسات الاقتصاد الحر والليبرالية الجديدة بل على العكس وقفوا فى صفها، وهم الذين وقفوا موقفا معاديا للفلاحين فى قانون الايجارات الزراعية لصالح ملاك الأراضى (وكان ذلك امتدادا لمعارضتهم الشديدة لقوانين الاصلاح الزراعى بعد حركة يوليو 1952)، ولم يتصدوا لأى قضايا ذات طابع اجتماعى فى النقابات المهنية مثل قضايا الأجور والبطالة. وقبل 25 يناير، اتخذت الجماعة موقفا رافضا للمشاركة فى الاحتجاجات، ولم تعلن مشاركتها الا فى جمعة الغضب (28 يناير)، وأثناء اعتصام التحرير قبلت الجماعة التفاوض مع نظام مبارك ممثلا فى نائبه عمر سليمان، أى أن موقف الجماعة من الثورة كان المشاركة بعد تصاعد درجة الاحتجاجات الشعبية وفى الوقت نفسه الحفاظ على درجة من العلاقة مع نظام مبارك على موائد الحوار. ان العلاقة المركبة بين الاخوان، أصحاب الدور الرئيسى فى المعارضة السياسية، وبين نظام حكم مبارك كانت متسقة مع دفاع هذه الجماعة عن الركائز الاقتصادية للبرجوازية المصرية، وفى تقديرى أن الاخوان هم أحد التعبيرات السياسية للبرجوازية المصرية وان قياداتهم يمتلكون قدرا ضخما من الاستثمارات الاقتصادية فى مصر، وأن تصوير هذه الجماعة على أنها تنظيم شعبوى يعبر عن مصالح البرجوازية الصغيرة هو تحليل قاصر يعتمد على التركيب الطبقى لعضوية الجماعة وعلى خطابها الأخلاقى بينما يتجاهل دورها السياسى فى تبنى المصالح الطبقية البرجوازية والدفاع عنها.
لم يكن اختيار المجلس العسكرى للاخوان كحليف سياسى، بمباركة الامبريالية الأمريكية، فى مرحلة الانتقال والتمهيد لاقامة حكم عسكرى متأسلم متناقضا مع هذه الرؤية، فالاخوان سيلعبون دورا داعما لسياسات الليبرالية الاقتصادية لصالح البرجوازية المصرية والامبريالية، ولكن التاريخ لا تصنعه ارادة طرف واحد من أطراف الصراع، فهناك العديد من التحديات أمام الاخوان المسلمين وتيارات الاسلام السياسى فى مصر، فعلى المستوى التنظيمى هناك تحدى الانشقاقات المتعددة والتى بدأت بالفعل، ان انحسار ضغوط السرية سوف يفتح الباب أمام مطالبات بآليات ديمقراطية فى التنظيم لاسيما من القطاعات الشبابية وهو ما يتناقض مع شيوخ القيادات التى تضمن سيطرتها على الجماعة من خلال آليات فاشية مثل البيعة والولاء الكامل. وهناك أيضا مشكلة العلاقة بين الحزب السياسى والجماعة، فقيادات الاخوان تنظر الى الحزب بوصفه الذراع السياسى للجماعة التى تملك المرجعية الأعلى، وقد قامت الجماعة باختيار الأعضاء المؤسسين للحزب وجميع قياداته بشكل فوقى، وفى تقديرى أن هذه العلاقة لا يمكنها أن تستمر بهذه التبعية المطلقة، وأن التناقضات بين الحزب والجماعة هى أمر حتمى. وعلى الصعيد السياسى، فان المطالبات الشعبية بالديمقراطية تشكل تهديدا دائما لطرح الاسلام السياسى الذى يفهم الديمقراطية فى حدود ضيقة لا تتجاوز مصالحه السياسية، ان مشكلات ملحة مثل التمييز ضد الأقباط وضد المرأة ستقف دائما فى مواجهة الاسلاميين على مستوى الوطن وعلى مستوى المجتمع الدولى أيضا. وفى هذا السياق ينبغى أن نؤكد على أن الواقع السياسى فى مصر قد بدأ يشهد تغيرات قوية أهمها ظهور تيارات سياسية أخرى على المسرح، لم يعد طرفا المباراة الاخوان ونظام مبارك، فهناك الليبراليون بطيفهم الواسع وهناك القوى اليسارية، هذه القوى التى بدأت تظهر على الساحة السياسية وتقدم طرحا سياسيا مغايرا مما يشكل أحد التحديات الهامة أمام الاسلاميين. الأمر الأكثر أهمية هو ابتعاد الاخوان تاريخيا عن الحركة العمالية، فلم يكن لهم دورا ملحوظا فى النضالات والاضرابات العمالية عبر تاريخهم، وبعد انطلاق العملية الثورية فى مصر اتخذوا موقفا معاديا للاضرابات والاحتجاجات العمالية وفشلوا فى التواجد داخل النقابات المستقلة، وبرغم محاولاتهم للسيطرة على اتحاد العمال الرسمى ودعوتهم لانشاء اتحاد عمال "اخوانى" فمازال خطابهم معاديا للعمال. ان تطور النضالات العمالية فى اطار عملية الثورة وفى مواجهة سياسات البرجوازية الاقتصادية سيشكل التحدى الأكبر أمام تيارات الاسلام السياسى ويضعها بوضوح شديد فى صفوف الثورة المضادة.
ربما ينجح الاخوان فى الحصول على أغلبية فى الانتخابات البرلمانية القادمة، وربما ينجحون فى تنصيب رئيسا للجمهورية يتوافقون عليه مع المجلس العسكرى، ولكن يبقى السؤال الأهم، هل يستطيع هذا البرلمان وهذا الرئيس أن يوقف عملية الثورة؟ وهل تستطيع الآلة القمعية المهزومة من الجماهير أن تسيطر على غضب الفقراء؟ ان الظروف الموضوعية لتطور الصراع الطبقى فى مصر تجيب بالنفى على هذه التساؤلات.


5- بعد الثورة تشكلت أحزاب يسارية جديدة في مصر ومنها حزب العمال الديمقراطي، كيف تقيم نشاط ودور الحزب في المرحلة الراهنة بشكل خاص ودور القوى الماركسية واليسارية المصرية بشكل عام؟، و ما هي آفاق التنسيق والعمل المشترك بين القوى الماركسية واليسارية وخاصة بعد تشكيل "ائتلاف- جبهة القوى الاشتراكية"؟

شهد اليسار المصرى قبل الخامس والعشرين من يناير الجارى ولمدة تجاوزت العقدين حالة من الانحسار على المستويين السياسى والتنظيمى، فمنذ النصف الأخير من ثمانينيات القرن الماضى تعرضت أغلب المنظمات اليسارية المصرية (التى كانت تعمل فى اطار السرية أمام مواجهات وقمع الدولة البوليسية) الى حالة من الانكماش والتفكك التنظيمى واتجهت أغلب الكوادر السياسية اليسارية الى العمل من خلال منظمات المجتمع المدنى أو النقابات العمالية والمهنية أو الكتابة السياسية والصحفية كأفراد وغيرها من الأنشطة، ومنذ بداية التسعينيات كان التعبير التنظيمى المتاح عن اليسار المصرى هو حزب التجمع الوطنى التقدمى الوحدوى وهو حزب علنى اتخذ منذ بداياته مواقفا محافظة وقدم العديد من التنازلات أمام النظام الحاكم لاسيما فى عهد مبارك ومارس أشكالا مساومة فى تحالفاته الى الدرجة التى جعلت قياداته تتخذ موقفا معاديا من الثورة فى أيامها الأولى، وبالاضافة الى هذا الحزب كانت هناك بعض المنظمات السرية الصغيرة ربما كان أهمها تنظيم الاشتراكيين الثوريين الذى لعب دورا ملحوظا رغم محدوديته فى التعبير عن التوجهات السياسية لليسار رغم التحفظات الشديدة على تبنيه لمنهح التحالف مع جماعة الاخوان المسلمين فى فترات طويلة من تاريخه، وبعد انطلاق الثورة بدأ اليسار عملية استعادة تواجده التنظيمى بعد عقود من التفكك والانفراط، وبالقطع لم تكن هذه العملية يسيرة ولم تكن مساراتها بالوضوح الكافى. بدأت الدعوة لتشكيل حزب للاشتراكيين المصريين منذ الأيام الأولى فى فبراير 2011 وقبل الاطاحة بمبارك وطرح البيان الأول لهذه الدعوة خيارين: تأسيس حزب جديد فى مواجهة الانضمام لحزب التجمع وتثويره من الداخل بعد الاطاحة بقياداته الرجعية، ولم يستغرق الأمر أكثر من أيام قليلة لحسم الخيار لصالح تأسيس حزب جديد هو حزب التحالف الشعبى الذى ضم فى صفوفه العديد من الكوادر اليسارية القديمة والذى سرعان ما انضم اليه تيار التغيير المنشق على حزب التجمع الوطنى التقدمى ليتحول اسم الحزب الى حزب التحالف الشعبى الاشتراكى. كانت هذه هى بداية عملية تنظيم اليسار المصرى بعد الثورة وتلاه الاعلان عن تأسيس حزب العمال الديمقراطى والحزب الاشتراكى المصرى ثم اعلان الحزب الشيوعى المصرى خروجه من دائرة العمل السرى الى العمل العلنى.
وواقع الأمر فانه لا يمكن قراءة تمايز سياسى واضح فى فهم واقع العملية الثورية فى مصر وفى قراءة آفاقها الاجتماعية والمهمات المطروحة على القوى اليسارية فى هذه اللحظة بين كل هذه التشكيلات التنظيمية الناشئة، بل على العكس تماما، فان كل من هذه التشكيلات تضم فى صفوفها أكثر من رؤية تحليلية بهذا الخصوص تتفاوت بين الاتجاهات المحافظة التى تتبنى سياسات الاصلاح الاجتماعى من داخل المجتمع الرأسمالى وفى ظل سيطرة علاقات انتاجه مرورا بالرؤية الستالينىة الكلاسيكية لضرورات انجاز الثورة الديمقراطية البرجوازية أولا وخنق العملية الثورية فى هذه الدائرة ووصولا الى الرؤية الثورية التى تتبنى ديمومة العملية الثورية والارتباط العضوى التاريخى بين مهام التحول الديمقراطى والانتقال نحو توجه اشتراكى. ان معضلة بلورة رؤية سياسية واضحة وتحليل دقيق لطبيعة اللحظة الثورية تاريخيا وترجمة ذلك برنامجيا وصياغة تصور للمهمات السياسية هى من أهم التحديات التى تواجه اليسار المصرى فى حالته الراهنة. ان هذا التحدى لا يكتسب قيمته التاريخية من مجرد ضرورات التحليل على المستوى النظرى ولكنه بالأساس يحدد القضايا المركزية فى عملية الثورة ويحدد أيضا التوجهات السياسية أمام العديد من القضايا الملحة فى الواقع السياسى مثل الانتخابات البرلمانية والتحالفات المطروحة مع الليبراليين أو الاسلاميين والموقف من النضالات العمالية ودور هذه النضالات فى المسيرة الثورية، فى أى موقع يجب علينا الاصطفاف وأى استقطاب نثق فى قدرته على احداث التغيير الثورى الجذرى. كل هذه التساؤلات مازالت بحاجة الى الحسم من اليسار المصرى.
وهناك تحد آخر يواجه عملية تنظيم اليسار المصرى وهو التحدى التنظيمى، فبعد انقطاع التراث التنظيمى لليسار لعقود وبعد الخروج من دائرة السرية الى العلنية يجد اليسار نفسه مرتبكا أمام صياغة رؤية تنظيمية تتبنى اطارا ديمقراطيا وتمتلك أدوات الاتصال الجماهيرى مع تحقيق درجة عالية من الوحدة فى التوجه السياسى والشعارات المطروحة فى الواقع. ان أغلب الكوادر اليسارية العاملة فى مصر ليس لديها سوى خبرات التنظيمات السرية التى قامت على أسس الفهم المتحجر للمركزية الديمقراطية والتى افتقدت تحت ضغوط السرية الآليات الديمقراطية الحقيقية والقادرة على تطوير بناء هذه التنظيمات سياسيا وجماهيريا وتنظيميا، كما أن فترة الانقطاع التنظيمى الطويلة قد ساهمت فى تعظيم الممارسة السياسية بشكل فردى أو فى اطار منظمات مدنية ونقابية، مما يطرح ضرورة خلق آليات الانصهار فى العمل الحزبى الثورى كأحد أهم التحديات أمام عملية تنظيم اليسار فى مصر.
ان حزب العمال الديمقراطى يتبنى سياسة دعم النضالات العمالية والاتصال الجماهيرى بالعمال والفلاحين والطبقات الشعبية وتتكون عضويته فى قوامها الأعظم من هذه الطبقات بالاضافة الى بعض المثقفين اليساريين، وهو يرفض التحالفات السياسية مع الاسلاميين ويرفض الاندماج السياسى فى تحالفات مع الليبراليين والقوى السياسية البرجوازية ويرى أن التحالف مع هذه القوى يجب أن يكون فى اطار الاتفاق على مهمات بعينها مع الاحتفاظ بالتمايز السياسى الكامل. والحزب يرى ان الديمقراطية فى جوهرها لا يمكن أن تتحقق فى ظل الحكم الرأسمالى وأن النضال من أجل الخبز والحرية لا ينفصلا، كما يرى أن العمال والفلاحين والفقراء هم أصحاب المصلحة الحقيقية فى الثورة وهم القوى الاجتماعية التى تستطيع مواصلة النضال لاستكمال مهماتها. وقد وقف الحزب مواقفا داعمة للنضالات العمالية فى العديد من المواقع وتبنى الدعم السياسى والقانونى والاعلامى لتشكيل العديد من النقابات المستقلة، كما تصدى لقانون تجريم الاضرابات والاعتصامات. والواقع أنه برغم تلك المواقف فمازالت أمام الحزب تحديات بناء الرؤية السياسية والتنظيمية الواضحة والاسهام فى تطوير الوعى الثورى لدى الطبقة العمالية ودفعه نحو الانطلاق خارج دائرة الوعى النقابى.
لقد جاء انطلاق عملية الثورة فى مصر فى ظل غياب الحزب الثورى الجماهيرى ليؤكد أن الثورة لا تصنعها الأحزاب ولكن يصنعها الظرف الموضوعى للصراع الطبقى على المستوى المحلى والاقليمى والدولى، كما أكد أيضا على ضرورات وجود هذا الحزب لحماية الثورة من قوى الثورة المضادة التى تسعى لالتهامها وسرقتها. ان عملية تنظيم اليسار المصرى قد بدأت ولا يمكن قراءة مستقبلها بشكل كامل ودقيق ولكن الشئ المؤكد أن هذه العملية ستمر بمراحل متعددة فى تطورها، وبرغم حالة الارتباك التى تشهدها مقدماتها، أستطيع أن أتصور أن هذه التشكيلات الأولى لن تستمر على حالها بالضرورة، ومن الممكن حدوث اندماجات بينها فى سياق تطورها السياسى. ان مهمة وحدة اليسار المصرى هى ضرورة تاريخية وتحتل موقعا متقدما على أجندته، وربما كان اعلان حبهة القوى الاشتراكية خطوة على هذا الطريق رغم محدوديتها، وفى تقديرى أن المشكلة الرئيسية فى هذه الجبهة أنها افترضت وجود كيانات سياسية حزبية واضحة ومكتملة وهو الأمر الذى لا يتفق مع الواقع، حيث أن كل هذه الأحزاب مازالت فى طور التشكيل ولم تتضح معالمها السياسية والتنظيمية بالشكل الكافى، ومن ثم فالأمر الأكثر أهمية هو خلق آلية تسمح بهذا التطور السياسى والتنظيمى بشكل مشترك والانخراط النضالى الجماهيرى بشكل مشترك أيضا مما يدفع الأمور الى الوحدة على أرضية صلبة وأصيلة وليس مجرد صياغة بعض البيانات والأوراق التى تعلن عن هذه الوحدة بشكل فوقى.

 

 

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MONDE ARABE : LA TROUILLE DES DICTATEURS

Publié le par Mahi Ahmed

Réseau des Démocrates

Mardi 21 juin 2011 2 21 /06 /Juin /2011 06:02

MONDE ARABE : LA TROUILLE DES DICTATEURS

 

ÉDITORIAL
Michel Rogalalski
Recherches internationales, n° 89, janvier-mars 2011, pp. 3-8

Il ne faut pas être avare de sa joie devant les révolutions démocratiques qui travaillent le monde arabe. Le côté imprévisible, voire inopiné, des bouleversements en cours doit faire trembler plus d’un dictateur et donner espoir aux peuples les plus dominés. Le renversement de ces dictatures doit moins à l’accumulation de luttes qu’à l’impéritie de ces régimes, à leurs lézardes et à l’épuisement de leur capacité répressive. Le fait qu’aucun parti ou force constituée ne puisse revendiquer la paternité de ces mouvements rend la situation fluide et encore largement ouverte. On appréciera combien, à l’heure où nous écrivons, cette séquence politique n’ait pas été aspirée dans les travers de conflits civilisationnels, communautaires ou religieux si prégnants dans la région. Et combien la situation reste ouverte au point que ces insurrections populaires ne peuvent être considérées comme terminées ou « sous contrôle ». Aucune force, interne ou externe, n’a encore pu les canaliser ou siffler la fin de la partie.


Mais le réalisme conduit à dire que ces « révolutions » ne sont pas des révolutions au sens d’un bouleversement en profondeur qui balaierait les bases anciennes. Elles s’inscrivent plutôt dans la parfaite continuité de ce que l’on désigne depuis une trentaine d’années sous le vocable de transition démocratique. L’Europe d’abord vit ainsi vaciller trois sinistres dictatures. L’enlisement colonial sera à l’origine de la «Révolution des oeillets » de Lisbonne, la junte grecque chutera sur son bellicisme aventureux à l’égard de la Turquie, la fin du franquisme en Espagne sera négociée tout au long de l’agonie prolongée du dictateur. La vague latino-américaine suivra. Toutes les dictatures des années 1970 durent passer la main (Brésil, Argentine, Chili, Paraguay, Philippines). Compromis souvent boiteux donnant naissance à des régimes hybrides – des « démocratures », mélanges de dictature et de démocratie – où militaires tortionnaires et victimes durent apprendre à vivre ensemble à coup d’amnisties rétroactives symbolisant la fragilité des rapports de force établis. Les oligarchies financières et militaires surent protéger et conserver l’essentiel de leurs privilèges. L’Afrique du Sud raciste, reconvertie en nation « arc-en-ciel » sut réconcilier, pardonner et amnistier, tribut donné à la paix civile. Pour les dizaines de millions d’hommes qui subirent longtemps le joug d’une vie sans espoirs, ce fut une délivrance que beaucoup n’auraient pas cru pouvoir connaître. Elle fut vécue dans la joie et la fierté. Mais l’on se doit de reconnaître que beaucoup de ces évolutions positives n’eurent pas la capacité de résister à la vague néolibérale qui parcourut le monde.


Ces transitions constituèrent l’aboutissement de l’accumulation de longues luttes, souvent incarnées par des partis et des leaders charismatiques. Elles s’inscrivirent dans un schéma d’évolution assez traditionnel qui marquait alors les formes de la vie politique.
La façon dont les dictatures arabes s’effondrent aujourd’hui interpelle fortement ce cadre ancien mais aussi la façon dont les experts occidentaux tenaient les peuples arabes, soi-disant incapables de se gouverner, soumis à des préjugés moyenâgeux et religieux rétrogrades, inaccessibles aux valeurs universelles de la modernité. De telles nations ne pouvaient êtres dotées que de régimes forts afin de tenir les populations victimes de telles calamités. L’Occident s’est toujours parfaitement accommodé de tels régimes et a su nouer avec ses dignitaires, y compris les pires, les meilleures relations.


Pas de leader charismatique, pas de parti ou d’organisation, pas de programme. Juste la fin de l’humiliation et le départ des despotes. On est loin de la vision traditionnelle des luttes du xxe siècle. Quand Khomeiny renverse le shah d’Iran ou quand les talibans s’emparent de Kaboul, on est dans un tout autre schéma, beaucoup plus classique. C’est pourquoi l’incertitude est forte sur l’issue. Si impasse il y a, alors le religieux et les forces de coercition reprendront le dessus.
Tout est donc parti de ce qu’il est convenu d’appeler la société civile. Mais précisons que la société civile ne peut être regardée comme dans les démocraties occidentales, où elle s’est souvent construite en opposition au politique qui a déçu. Elle y est souvent le lieu d’un réinvestissement militant et fait figure de légitimité concurrente. Rien de tel dans les régimes politiques arabes autoritaires, répressifs et dictatoriaux. Il n’y a pas d’antagonisme. L’organisation politique est interdite de fait, ainsi que l’accès aux élections. La société civile devient le seul lieu de résistance possible où se replient les militants politiques. Elle ne se construit donc pas contre le politique, elle le protège. Les islamistes l’ont compris très tôt en quadrillant ces pays d’organisations caritatives et d’entraide sociale, se nourrissant ainsi des défaillances de l’état protecteur.


La jeunesse, souvent formée et éduquée, mais massivement chômeuse, a joué un rôle décisif dans le déclenchement et l’accompagnement du processus. Elle a été servie par des réseaux sociaux appuyés sur la technologie internet (Facebook et Twitter), ce qui accroît le coût de la répression. Avant on pouvait cacher, du moins pendant un certain temps. Aujourd’hui, c’est inimaginable. Tout est relayé instantanément en boucle autour de la planète. Le poids des images est dévastateur. Le monopole et le contrôle de l’information s’avèrent désormais impossibles. Toute contestation sociale et syndicale est répercutée et ne peut plus être passée sous silence. De même, l’accès aux médias internationaux est devenue la règle. La communication a rétréci la planète et interdit tout recoin caché ou toute zone d’ombre. Big Brother n’est plus seulement au service des puissants.
Les appareils policiers de ces régimes, habiles à surveiller, quadriller, organiser la délation, arrêter, torturer, furent dépassés par l’ampleur du phénomène. Et il suffit que les armées hésitent, incertaines de l’évolution, pour que tout bascule.
Certains purent s’autoriser à croire, un peu rapidement, que la chute du mur de Berlin ou l’effondrement du monde soviétique signifiaient la fin de l’Histoire, ou que celle-ci ne saurait plus se poursuivre qu’au travers de convulsions ethnico-religieuses, communautaires ou civilisationnelles. Cette prédiction, et non prescription, comme trop souvent interprétée, peut s’alimenter çà et là de quelques actualités. Mais le fait demeure que la trame explicative du mouvement du monde à l’aube du siècle naissant tient bien plus à la soif montante qui parcourt la planète à la recherche de plus de démocratie et de liberté, de justice, d’égalité, de transparence, de promotion humaine et de dignité, bref d’une volonté de développement maîtrisé, bien éloigné de modèles de sociétés figées, rétrogrades ou sous tutelle religieuse. Les « experts orientalistes » occidentaux ont été démentis.
Le principe de responsabilité de protéger, contrepartie du principe de souveraineté, dont l’idée constituait un progrès de l’ordre international, a bien mal démarré sa carrière. Initialement conçu pour se démarquer du « principe d’ingérence humanitaire » et adopté en 2005 par les Nations unies, il sera invoqué pour donner un habillage légal à l’intervention en Libye et lancer l’opération d’assistance à une composante de ce qui est apparu bien vite comme une guerre civile. Permettre à la communauté internationale de se porter au secours d’un peuple menacé par les exactions de masse de son gouvernement, ou que celui-ci est incapable d’empêcher, ne doit pas être discuté. En détourner l’usage, pour aller armer et entraîner un camp, en confier la tâche à l’Otan, proclamer, comme le réclament ensemble Sarkozy, Obama et Cameron qu’il s’agit au final de renverser un régime, constitue une faute qui tuera le principe même au nom duquel on prétend agir.
Arme entre les mains des puissants, ne pouvant concerner que les pays faibles puisqu’il suppose la mise en oeuvre de moyens militaires, ses modalités d’usage révèlent une mécanique diabolique. Choisissez un pays, plutôt petit et exotique, commencez une manoeuvre de déstabilisation, fomentez quelques troubles, bref engagez un conflit de basse intensité qui inévitablement dégénérera en troubles et répression. Les conditions seront ainsi réunies pour mobiliser le principe et en appeler à la communauté internationale à l’abri de laquelle il sera possible d’envisager l’action militaire qui renversera le régime. Il est vraisemblable que l’expédition libyenne sonnera le tocsin du principe de la responsabilité de protéger. Il n’y a pas lieu de s’en réjouir.
L’espoir qui s’est levé sur l’Arabie ne méritait pas cela.

 

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Quand Naji rêvait du « réveil arabe »

Publié le par Mahi Ahmed

Quand Naji rêvait du « réveil arabe »

jeudi 16 juin 2011, par Alain Gresh

Handala, le petit personnage créé par le caricaturiste Naji al-Ali, est l’une des figures les plus connues du monde arabe. Plus que tout autre, depuis des décennies, il symbolise le citoyen mis à l’écart par des pouvoirs dictatoriaux et dont les aspirations ont suscité la révolte actuelle. C’est donc une heureuse initiative que, pour la première fois en français, soit publié un recueil de ses dessins, sous le titre Le Livre de Handala. J’en ai écrit la postface, que vous trouverez ci-dessous

Quelque part là-haut, assis sur un nuage, Naji al-Ali doit regarder ce qui se passe en bas avec une pointe d’amusement, un sourire en coin et, surtout, une infinie satisfaction : tous les maux qu’il avait dénoncés avec férocité, toutes les oppressions du monde arabe sont désormais dénoncés par des centaines de milliers de manifestants, du Maroc à l’Irak, de la Tunisie à Bahreïn. Bien sûr, il n’est pas dupe. Il sait que la lutte n’est pas terminée, que les tyrans ont plus d’un char dans leur sac, que la Palestine ne sera pas libérée demain. Mais, pour quelques instants, comme nous, il savoure l’instant présent, les succès incontestables déjà obtenus.

Un dessin de juillet 1980 montre une affiche sur un mur, surmontée de cette injonction, « Wanted ! » : celui qui est recherché n’est pas un simple criminel ou un vulgaire assassin, mais l’ennemi public n° 1 de tous les régimes, le peuple. C’est lui le vrai coupable, c’est lui qu’il faut enfermer, c’est lui qu’il faut punir. C’est cette humiliation permanente, ce mépris profond des dirigeants pour leurs peuples comme pour les individus qui le composent, qui a été à l’origine de la révolte de 2011.

On ne sait jamais pourquoi les révolutions éclatent à tel moment plutôt qu’à tel autre. L’étincelle qui, pour paraphraser la formule de Mao Zedong, a mis le feu à la plaine en Tunisie est pourtant emblématique de cette insupportable humiliation. Un jeune, titulaire d’un baccalauréat, ne trouvant pas de travail, devient marchand des quatre saisons. Harcelé sans arrêt par la police, il voit, un jour de décembre 2010, sa marchandise confisquée ; désespéré, il se suicide. Il mourra le 4 janvier 2011. Mohamed Bouazizi n’est pas un militant politique, un opposant, mais un homme ordinaire qui cherche comme des centaines de milliers d’autres à gagner sa vie. Il subit l’arbitraire, comme tous les Tunisiens. Tel commerçant veut-il étendre son magasin, il doit payer un pot-de-vin au fonctionnaire du parti unique, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) ; tel homme d’affaires veut-il une licence d’exportation, il doit aussi payer une dîme ; tel citoyen veut-il le renouvellement d’une carte d’identité, nouvelle taxe. Et malheur à celui qui refuse… Et ne parlons pas de ceux qui s’opposent au régime : dans les années 2000 croupissent dans les prisons des milliers de prisonniers politiques, pour la plupart islamistes, battus, torturés, assassinés. Et la presse unanime chante les louanges du président et de sa femme…

En Egypte, c’est une autre « affaire policière » qui déclenche le mouvement. Le 6 juin 2010, un jeune blogueur d’Alexandrie, qui avait dénoncé deux policiers se partageant de la drogue, est arrêté ; il décédera au commissariat. Une page Facebook est créée à son nom pour dénoncer les brutalités policières, une pratique pourtant « banale ». Cet arbitraire total qui rend chaque citoyen vulnérable est une caractéristique commune de tous les pays arabes. Les moukhabarat, la police secrète honnie, déployaient leur toute-puissance : il n’était pas rare que des personnes arrêtées soient maltraitées, torturées ou tuées, parfois pour des raisons politiques, souvent sans aucune raison. La publication en janvier 2011 par WikiLeaks des télégrammes en provenance de l’ambassade américaine au Caire ont confirmé la réalité de ces pratiques, qui n’empêchaient pas les Etats-Unis ou l’Union européenne de saluer ce fidèle allié de l’Occident.

Présent jusque dans la vie quotidienne, cet arbitraire sans limite, qui mettait les citoyens à la merci des forces de l’ordre ou de fonctionnaires corrompus, a servi de détonateur à la révolte de 2011. En finir avec ces humiliations, retrouver une dignité bafouée, telle est l’aspiration des manifestants, du Caire à Tunis. C’est ce cri de « karama », de « dignité », qui a servi de ciment aux revendications de toutes les couches de la société. La peur a désormais disparu et, quels que soient les aléas du mouvement – et il est évident qu’il y aura des avancées et des reculs –, ce qui s’est passé est désormais irréversible. « Quand une fois la liberté a explosé dans une âme d’homme, les dieux ne peuvent plus rien contre cet homme-là » (Jean-Paul Sartre, Les Mouches).

Dans une autre série de dessins, Naji met en scène quelques dirigeants arabes se partageant les richesses et privant leur population du minimum nécessaire à la survie. Quand il publie ces dessins, dans les années 1970 et 1980, il dénonce notamment l’accaparement des richesses pétrolières. Naji n’a pas connu le pire, les années 1990 et 2000. C’est le démantèlement de l’Etat, né des indépendances, qui avait assuré à ses citoyens un minimum de protection, une certaine couverture sociale, un accès à l’enseignement. Il se délite sous les coups de boutoir des politiques néolibérales, de la corruption et de la mondialisation.

La libéralisation entamée dans les années 1990 s’est accompagnée du bradage des entreprises d’Etat, d’enrichissements personnels fabuleux, d’une incroyable prédation des richesses nationales – la fortune des familles de Ben Ali et de Moubarak est évaluée à plusieurs dizaines de milliards de dollars (le produit national brut de la Tunisie dépasse à peine 70 milliards de dollars). Célébrés par les rapports élogieux des organisations financières internationales, les chiffres de croissance affichés par les champions du libéralisme économique – Le Caire, Tunis ou Amman – masquaient mal une pauvreté grandissante et des inégalités abyssales. Dénoncer ce fabuleux écart entre « ceux d’en haut » et « ceux d’en bas » aurait certainement fait les délices de Naji. Depuis plusieurs années, des mouvements sociaux avaient éclaté en Egypte – grèves ouvrières et luttes paysannes, notamment – comme en Tunisie (Gafsa), en Jordanie ou au Yémen. Mais jamais encore ne s’était exprimée ouvertement et massivement cette volonté de transformation politique. L’exemple tunisien a fait sauter un verrou en rendant possible l’impensable : la chute, en quelques semaines, d’un dictateur sous les coups de boutoir d’une révolte populaire.

Pour une fois, Handala aurait pu se réjouir. Naji al-Ali a vécu à une époque charnière dans le monde arabe, celle de la vague révolutionnaire qui a suivi la défaite de la Palestine en 1948 et la renaissance arabe, puis de sa défaite en juin 1967. Cette vague a été marquée par la prise du pouvoir au Caire, le 23 juillet 1952, par des « officiers libres » dirigés par Gamal Abdel Nasser – il a alors 16 ans. Plusieurs événements ponctuent cette période : la révolution algérienne, déclenchée le 1er novembre 1954 ; l’accession du Maroc et de la Tunisie à l’indépendance ; de puissantes manifestations contre le régime du roi Hussein en Jordanie ; des mouvements sociaux et des tentatives de coups d’Etat en Arabie Saoudite. A partir du Caire, la radio La Voix des Arabes galvanise ces mouvements, qui débouchent en 1958 sur la création de la République arabe unie (RAU), regroupant l’Egypte et la Syrie. Puis, le 14 juillet, des officiers renversent la monarchie irakienne. En 1962, le même scénario qu’en Irak se déroule au Yémen, tandis que s’intensifie la lutte contre les Britanniques autour d’Aden et de ce qui deviendra le Yémen du Sud. En 1964 naît à Jérusalem l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), tandis que le Fatah lance sa première opération armée contre Israël le 1er janvier 1965.

Cette vague s’accompagne d’une volonté de récupérer les richesses nationales, contrôlées par l’étranger. Nasser nationalise la Compagnie du canal de Suez en juillet 1956 ; si la tentative de prise du contrôle du pétrole par le pouvoir de Mossadegh en Iran a échoué à la suite de son renversement en 1953 par un coup d’Etat orchestré par Washington et Londres, la revendication du contrôle de l’or noir s’étend et se renforce. Cette vague, profondément nationaliste, va se heurter à un rejet non seulement des puissances coloniales traditionnelles, mais des Etats-Unis, qui, certes, ne sont pas mécontents des difficultés françaises ou britanniques, mais n’acceptent pas la volonté d’indépendance des nouveaux régimes et, surtout, leur refus de s’engager dans des pactes antisoviétiques. Malgré certaines fluctuations, Washington va combattre ces aspirations et devenir la cible des nationalistes, qui se rapprochent de Moscou. Des études historiques ont montré à la fois cette crainte permanente de l’Union soviétique de la part des Occidentaux, qui voient partout au Proche-Orient la « main de Moscou », et le peu de réalité d’une telle peur, dont les conséquences seront pourtant désastreuses, car elle amènera les Occidentaux à tout faire pour affaiblir les mouvements nationalistes, y compris en aidant les mouvements islamistes les plus réactionnaires. Cette vague, nous l’avons dit, se brisera sur la guerre de juin 1967 et la défaite des armées arabes face à Israël. Les raisons de cet échec sont multiples : interventions occidentales ; incapacité des nouveaux régimes à engager leur pays sur la voie du développement économique ; autoritarisme grandissant au nom de la dénonciation de la « démocratie parlementaire », qui s’accompagne d’une mise au pas des syndicats, d’un système de parti unique, de limitations grandissantes de la liberté d’expression. Naji al-Ali a alors 31 ans et, comme tous ceux de sa génération, il en est profondément affecté. Ses dessins montrent son ralliement à la résistance palestinienne, à la lutte armée, non seulement pour libérer la Palestine, mais aussi pour libérer le monde arabe.

Ce n’est pas seulement parce qu’il en est originaire que Naji accorde une importance centrale à la Palestine. Pour toute la génération arabe de l’après-1967, elle n’est pas seulement une cause juste à défendre, mais aussi une cause qui peut servir à la libération de toute la région, à sa transformation. Naji déchantera assez vite, en voyant à la fois la manière dont les régimes arabes, qui craignent plus leurs propres peuples que leurs ennemis déclarés, utilisent cette cause pour brider les libertés et les droits individuels tout en collaborant avec les Etats-Unis, ennemi numéro un des peuples arabes. Lors de la guerre du Liban de 1982, il restera à Beyrouth sous les bombes, ne doutant jamais de la victoire que symbolise son personnage Handala, qui, pour une fois, est présenté de face, agitant deux drapeaux, l’un palestinien, l’autre libanais.

Très critique de la direction palestinienne, et notamment de Yasser Arafat, Naji aura eu au moins la joie d’assister aux premiers mois de l’Intifada, qui éclate à Gaza en décembre 1986 avant de s’étendre à toute la Cisjordanie et à Jérusalem-Est, préfigurant avec vingt-cinq ans d’avance, les formes du soulèvement des peuples arabes en 2011. Naji aurait sûrement vu dans la chute de Hosni Moubarak un immense espoir, non seulement pour le peuple égyptien, mais pour faire avancer la cause palestinienne. Aucun dirigeant arabe n’avait mieux servi les intérêts israéliens et américains, aucun n’avait porté un tel tort à la cause palestinienne.

S’il est encore un peu tôt pour dessiner les contours de la future politique extérieure égyptienne, tous les observateurs admettent que la Maison-Blanche a perdu un allié fidèle, un ami loyal sur lequel, avec Israël, reposait sa stratégie régionale depuis trente ans − l’Egypte participa notamment à la guerre contre l’Irak (1990-1991). Ces dernières années, M. Hosni Moubarak avait pris la tête de la croisade contre la « menace iranienne » ; il avait réussi à entretenir l’illusion d’un « processus de paix », faisant pression sur l’Autorité palestinienne pour qu’elle poursuive les négociations, accueillant régulièrement à Charm el-Cheikh des dirigeants israéliens dont tout confirmait qu’ils ne souhaitaient aucun accord de paix ; il avait participé au blocus de Gaza et contribué à faire échouer toutes les tentatives de réconciliation entre le Hamas et le Fatah, même celle qui avait été négociée par un autre pays « modéré », l’Arabie Saoudite (accords de La Mecque, février 2007).

Durant le soulèvement de cet hiver, quelques manifestants brandissaient des pancartes en hébreu affirmant qu’il s’agissait de la seule langue comprise par M. Moubarak : celle des dirigeants israéliens. Le Conseil suprême des forces armées, qui exerce pour l’instant le pouvoir au Caire, a tenu à rassurer Washington et Tel-Aviv en confirmant que le pays respecterait ses engagements internationaux − une référence aux accords de Camp David (1978) et à la paix israélo-égyptienne signée en 1979. Mais on a pu déjà mesurer le changement sur le dossier palestinien : non seulement le Premier ministre égyptien a confirmé que son pays lèverait rapidement le blocus de Gaza, mais Le Caire a joué un rôle majeur dans la réconciliation entre le Fatah et le Hamas. Que cette décision ait été prise au moment où s’esquisse un rapprochement entre Téhéran et Le Caire est significatif.

Naji al-Ali a été assassiné le 22 juillet 1987 à Londres. Les commanditaires du meurtre ne seront jamais retrouvés. Il se serait sans aucun doute réjoui de l’extension des Intifada à tout le monde arabe, même si le chemin est encore long pour une libération réelle. Les tâches à accomplir sont gigantesques, les contradictions entre les forces qui ont conduit le mouvement (notamment sur la question sociale) restent profondes. Nul ne peut sous-estimer les résistances des pouvoirs établis ni les retours en arrière possibles. Mais une page est désormais tournée, les peuples arabes sont devenus à nouveau des acteurs de leur destin. Et les dessins de Naji al-Ali les accompagneront sur le chemin qui reste à parcourir.

Paris, mai 2011.

Le Livre de Handala, préfacé par Plantu, est disponible sur Internet. Mais, surtout, n’hésitez pas à le commander : Scribest Publications, BP 10077, Hoenheim, F-67802 Bischheim Cedex. 15 euros.

Une pièce de théâtre inspirée de ses dessins est en tournée en France ; première ce soir à Juvisy.

http://blog.mondediplo.net/2011-06-16-Quand-Naji-revait-du-reveil-arabe

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