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Changements politiques. En Algérie, l'impatience et l'esprit de courte vue mènent à l'impasse.

Publié le par Mahi Ahmed

Changements politiques. En Algérie, l'impatience et l'esprit de courte vue mènent à l'impasse.

Une demi-douzaine d'intellectuels réclament des élections présidentielles anticipées mais "sont loin d'y croire" comme solution de l'impasse. Le mensuel de l'armée El Djeich affirme que l'ANP n'a pas à s'en mêler, "point à la ligne". De son côté un ancien ministre chroniqueur évoque "l'usurpation patente de la fonction présidentielle, constituant un coup d'Etat sournois". Par ailleurs, le blogueur note, à côté des coups de dés de courte vue, une sorte d'élévation générale de la hauteur de vue citoyenne qui cherche les moyens de déployer sur une vaste échelle l'action politique unitaire, hors de l'emprise du système et de ses dépendances masquées.  Nous y reviendrons.

 

Ils n'y croient pas trop

 

Conclusion de l'appel d'une demi-douzaines d'universitaires et journalistes pour "l'organisation d'une élection présidentielle anticipée":

 

"Il va sans dire, que les initiateurs de cet Appel sont loin de croire qu’une élection présidentielle anticipée constituera la solution à l’impasse politique dans laquelle se trouve le pays. Il y a urgence de sortir de ce statu quo mortifère. La raison voudrait que le pays aille vers une Constituante, avec une période de transition consensuelle. Sans avoir à évoquer l’article 102, l’organisation d’une élection présidentielle anticipée reste possible si les promesses, maintes fois réitérées par le président Bouteflika en personne – particulièrement le discours de Sétif de mai 2012 –, sont assumées au niveau des cercles de pouvoir à l’égard des jeunes générations et de l’avenir du pays". (El Watan)

 

Point à la ligne, conclut El Djeich

 

"Mais le citoyen algérien n’est pas dupe de leurs gesticulations comme il n’a aucun besoin de tuteurs obnubilés par la course aux postes de responsabilité et qui, lorsqu’ils se voient isolés, vendent leur âme au diable et mettent leur plume au service d’intérêts revanchards. A tous ceux qui, en secret, ouvertement ou implicitement, réclament l’intervention de l’armée nous rappelons les propos du Vice-ministre de la Défense nationale, chef d’état-major de l’ANP, lors de sa dernière visite en 2ème et 5ème régions militaires: «Notre armée demeurera une armée républicaine, engagée à défendre la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale et à préserver l’indépendance du pays. Une armée qui ne se départira pas de ses missions constitutionnelles quelles qu’en soient les conditions et circonstances». Point à la ligne. Source : Editorial d'El Djeich.

 

Une dangereuse crise constitutionnelle titre Mourad Benachenhou.

 

Cette profonde crise constitutionnelle, -qui a la forme d'une usurpation patente de la fonction présidentielle, constituant un coup d'Etat sournois- éclatera, sans aucun doute, au grand jour avec la détérioration continue de la situation économique, sociale, financière et monétaire qu'aucun changement du personnel gouvernemental ne pourra freiner.

 

La volonté affichée de maintenir le statu quo dans les domaines économiques, monétaire et financier, le délestage massif annoncé des biens publics au profit de la nouvelle classe des «prédateurs,» ne changera rien à cette dialectique de l'autodestruction dans laquelle le système politique actuel a ancré l'Algérie, bateau qui continuera à sombrer, sauf sursaut de lucidité dans la cabine de pilotage, quel que soit le capitaine à la barre, sursaut dont on ne voit , hélas! aucun indice ou lueur à l'horizon.

 

Le temps du «faire semblant,» et du «faire croire» est dépassé. Que les vrais maîtres du pays, quels qu'ils soient, cessent de se cacher derrière un faux «légalisme constitutionnel,» alors qu'ils savent fort bien que la Constitution n'est qu'un rideau de papier imprimé, que l'usurpation du pouvoir suprême a rendu encore plus évident!

 

Les mises en scène télévisuelles, les manipulations des agendas politiques, les bruits de chaises, les démentis orchestrés, si véhéments fussent-ils, ne peuvent plus cacher la désespérante réalité de l'escamotage sournois de la Constitution. Certains veulent-ils répéter encore une fois le scénario de Juillet à Décembre 1978, près de quarante années plus tard? Source : Le Quotidien d'Oran

 

POST-SCRIPTUM

 

Vacances en Algérie. Le désenchantement des émigrés, selon Akram Belkaïd

 

"Pour nombre d'Algériens qui ont passé une partie de leurs vacances au pays (...) cette année, il se passe quelque chose d'étrange", écrit ce matin Akram Belkaïd dans sa chronique du Quotidien d'Oran.

 

"De mémoire de zmigri, je n'ai jamais assisté à un tel désenchantement, à une telle fatigue morale. D'habitude, dans le large cercle d'amis et de relations algériens, début septembre est l'occasion de parler du bled, de faire l'inventaire de ce qui va et de ce qui ne va pas, de partager quelques bons et rares produits venus de là-bas.

 

Cette fois-ci, l'accablement est presque général. Certes, quelques-uns s'en sont retournés le cœur gros et la larme facile, abandonnant les leurs, la plage de Tichy ou d'Azzefoune, ou les veillées familiales dans quelques villages surplombant la vallée de la Soummam. Mais à dire vrai, la majorité est revenue morose d'Alger, Oran, Batna ou Annaba, certains jurant que l'année prochaine, ils ne se feront plus avoir, qu'ils iront ailleurs, en Turquie, en Tunisie ou en Croatie, histoire de se détendre vraiment et de ne pas reprendre le chemin du travail avec le cafard.

 

Un ami, ancien camarade de lycée, me parle d'un été comparable à celui de 1988. Deux mois d'ennui, de canicule, de feux de forêt, de rumeurs à propos d'une rentrée sociale et politique de tous les dangers. Un été d'augmentation de prix, de plages bondées et gourbisées. Bref, un été rugueux. Un autre n'a pas aimé les dernières semaines, les moutons partout, dans les rares espaces verts de la capitale, dans les balcons. Une capitale où le manque d'hygiène et de civisme semble être devenu la norme. Et ne parlons pas de ces derniers jours marqués par un abattement général qui ne peut s'expliquer uniquement par l'élimination de l'équipe nationale de football ou par le spleen post-bombance de l'Aïd.

 

Bref, retour avec un «digoûtage» total. Il faut bien sûr se garder de faire la moindre analyse générale mais ce désenchantement, parfois cette colère, est un signal faible à prendre en compte. Il dit, d'une certaine manière, même s'il n'y a rien de nouveau à ce sujet, que la situation au pays n'est pas bonne, qu'elle empire même. Dans les familles, l'argent commence à se faire rare, les jeunes veulent partir, et le sentiment d'impuissance et de gâchis fait partie des récits de vacances. «A partir de janvier, je commence à compter les jours en attendant l'été. Une fois sur place, je compte les jours, effrayée à l'idée que mon vol retour soit annulé ou décalé», me confie avec un brin d'amertume une professeure des écoles, pourtant wanetoutriste jusqu'au bout des ongles (...).

 

Texte intégral : Le Quotidien d'Oran

url : http://www.algerieinfos-saoudi.com/2017/09/changements-politiques.en-algerie-l-impatience-et-l-esprit-de-courte-vue-menent-a-l-impasse.html

 

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Partage de la rente pétrolière et Etat de droit : quels processus ? (pari II)

Publié le par Mahi Ahmed

Dans le fonctionnement d’un état de droit, la mesure de la présidence, devrait respecter certaines procédures et une éthique, c’est-à-dire respecter une culture de la République : une communication objective, clarificatrice, qui assure le consensus républicain, des rapports d’expertise ou des réunions d’évaluation. Les instituions habilitées n’ont pas donné leurs avis et arguments. Le premier ministre Tebboune n’a pas eu ni le temps, ni la possibilité de s’exprimer, pour réunir son gouvernement ou s’expliquer. On est loin d’une communication institutionnelle qui respecte le citoyen. Après le limogeage imprévisible de Tebboune et le retour d'Ouyahia, l’enfant du système, Tebboune a été censuré autant par la télévision officielle que par la controversée télévision Ennahar (de statut privé, mais assurant, de fait, un appui médiatique, au pouvoir ou à certains de ses appareils). Par quels processus institutionnels s’est prise cette importante décision ? Sachant pertinemment que le programme de Tebboune a été adopté par l’Assemblée Populaire Nationale, avant qu’il n’engage sa réalisation. Quand Ouyahya procèdera de la même manière, une simple procédure de forme dirons-nous, le pouvoir nous montrera que ce sont des institutions formelles, avec des prérogatives, une mission, mais sans pouvoir réel de décision. Est-ce qu’on peut tirer la conclusion que le principal centre de décision de l’état n’a pas de vision stratégique et qu’il risque, en l’absence d’un président qui ne possède pas toutes ses fonctionnalités, de perdre la centralité de l’Etat, si ce n’est les luttes stériles de clans, avec toutes leurs conséquences pour la viabilité des projets économiques, et surtout la marginalisation de capitaines d’industrie ou le limogeage de cadres compétents qui ont fait leurs preuves sur le terrain, à l’exemple de l’ex PDG du groupe pharmaceutique Saidal ? 

 

 

 

"Choisir entre le pouvoir ou l’argent" : quelle signification ?

Le mot d’ordre lancé par Tebboune qui affirmait qu’il fallait « Choisir entre le pouvoir ou l’argent » a pris corps dans les espaces médiatiques, la jeunesse, les cadres de l’état etc. Les réseaux sociaux ont cristallisé ce mot d’ordre, juste et patriotique, dans un large mouvement d’opinion, comme un contre-pouvoir.  Par le passé, certains cadres de l’état, des enquêtes de la presse ou conclusions de la cour des comptes et même des ministres ont déjà dénoncé des pratiques contraires aux intérêts de l’économie nationale. On se rappelle des propos de l’ex ministre du commerce, Bakhti Belaib dénonçant les lobbies, dans l’importation des voitures. La mesure de changement brutal de Tebboune est très significative et explique, outre l’instabilité dans les hauts centres décisionnels du pouvoir, la nature du pouvoir, dominée par les couches parasitaires et le poids des importateurs. Malgré le peu de visibilité, la leçon à tirer est qu'il existe aussi d'autres forces et personnalités, qui expriment un potentiel patriotique, toujours prêtes à agir, ou à s’allier, dans des processus de changement, et donc d'autres options sur la solution de la crise politique avec ses différents scénarios.

Tebboune, il faut le souligner, est devenu, au-delà de sa personne, presque populaire et a créé de l'Espoir parce que, tout simplement, il s'est attaqué à ce que Boudiaf appelait la mafia politico-financière. Ce que retient la société, c’est que Tebboune a osé prendre le risque de s’attaquer, frontalement, aux symboles représentatifs du système. Ce sont donc, en dernière analyse, les orientations politiques qui déclarent restaurer la moralité de l’Etat républicain, comme inscrit dans la constitution algérienne, qui ont déclenché ce déclic et adhésion populaire. Il faut, à mon sens, retenir de ce cours passage de Tebboune (moins de 03 mois), comme chef du gouvernement, que dans la société (comme représentation), le principal danger pour l'Etat algérien (et la cause de tous ses malheurs), ce sont les couches parasitaires, les affairistes et ces milliers d'importateurs improductifs, proches des centres des décisions et représentants de l’aile néolibérale. La mesure, donc, de remplacement de Tebboune, ne peut-être perçue, que comme impopulaire, puisqu'elle s'est attaquée à l'Espoir généré par Tebboune. Ces évènements et leur impact dans la société, rappellent, deux faits antérieurs, contradictoires, concernant la dynamique de changement dans la société : la tentative de contre-révolution du FIS, populiste et aventurière (« c’est la seule force, qui a osé s’attaquer au pouvoir », disaient les gens dépourvus de conscience critique) et Boudiaf, le révolutionnaire assassiné, qui a su, en quelques mois, raviver la flamme de l’espoir et crée la mobilisation, dans la société et la jeunesse. Si on aborde la courte expérience de Tebboune, il y a un point commun avec Boudiaf (au-delà de la différence de parcours) et certaines interrogations : est-ce un problème de sous-estimation des forces adverses dans l’état ? Peut-être qu’il n’a pas su utiliser une tactique appropriée ? Ou que ce sont des incohérences dans la « direction politique » de l’état actuel. Puisqu’on peut même émettre l’hypothèse de l’existence d’une équipe informelle, de fait, qui gère l’institution présidentielle, étant donné l’impossibilité d’assumer un suivi permanent de l’importante charge présidentielle par Bouteflika, du fait de son AVC, et qui fonctionne aussi avec des contradictions.

2019 en perspective 

L'axe de toutes ces évolutions et luttes entre les différents centres de décisions, il faut le souligner, s'articule sur une toile de fond, la principale des urgences : les prochaines présidentielles. Entre ceux qui espèrent un changement et des mesures de rupture (même intermédiaires), dans la perspective d'un Etat de droit et les autres forces du front néolibéral qui résistent, préparent des coups, attaquent par étape, préparent l’opinion publique, par médias interposés, à des mesures libérales et anti-sociales, pour préserver leurs intérêts et privilèges (j'allais dire de classe) et positions dans les différentes structures du pouvoir (l'Etat républicain reste à construire) et projettent, même, du fait de la perception du poids (économique et politique) qu’ils représentent, de reconfigurer le système d'état (une nouvelle classe politique et des institutions) par rapport à leurs intérêts. Enfin, si Ouyahya a été placé dans la position de premier ministre, c'est, certainement, pour le mettre au service du prochain mandat stratégique pour le clan présidentiel, pour le "ligoter" aussi et qu'il ne soit pas un éventuel candidat potentiel. Sa désignation s’inscrit donc dans les luttes de clans et compromis pour la préparation des prochaines et stressantes élections présidentielles. Dans le même ordre d’idées, on ne peut omettre de souligner, la liquidation de l’ex ministre des affaires étrangères, Ramtane Lamamra, une grande personnalité patriotique, parce que potentiellement présidentiable. Dans la première partie de ce scénario machiavélique, dans un drôle de remaniement ministériel où le gouvernement, pour la première fois de son histoire, s’est retrouvé avec deux ministères des affaires étrangères, on l’a opposé à un autre patriote, Abdelkader Messahel, l’actuel ministre des affaires étrangères. 

Sans entrer dans le détail des chiffres qui sont vérifiables, on peut considérer que la sociologie de la société algérienne a beaucoup changé, dans une tendance générale, relativement positive, et c’est ce qui explique, à mon avis, cette exigence à une forte démocratisation de la société et à une transformation moderne (dans le sens universel) des principales institutions de l’état. Ainsi, les principaux paramètres de la société ont évolué positivement : avec une population de 41,3 millions d’habitants, l’espérance vie à la naissance est de 77 ans auprès des hommes et de 78 ans pour les femmes, le nombre d’étudiants universitaires dépasse 1,5 million (même si c’est quantitatif), le développement des infrastructures, le recul de l’analphabétisme (qui reste relativement important et tourne autour de 15 %), l’introduction relativement importante des nouvelles technologies etc. Malgré cette évolution relativement, positive, et au-delà des conséquences négatives de la crise économique, le fonctionnement bureaucratique des institutions de l’état (des partis-Etat, FLN-RND), des élections pas crédibles du tout, les espaces démocratiques limités, les milliers d’infrastructures culturelles, construites par l’argent public, faiblement mise à la disposition des citoyens, pour l’animation, la sensibilisation ou la formation, etc., représentent le principal blocage. Toutes les exigences d’une amélioration significative du secteur public industriel ou de service (santé, justice ou éducation), les indicateurs sont là pour le démontrer, restent vaines, malgré certaines mesures ou dispositions (en général, bureaucratiques).

L’affaiblissement de la classe ouvrière a été la conséquence, tout d’abord, des contre-coups, du recul du secteur industriel (de 25% des années 1970 à 6,3% en 2014 (hors hydrocarbures), de la bureaucratisation de l’UGTA, des entreprises sans soutien de l’état ou des programmes de relance non exécutés (SNVI, Sider El Hadjar etc.), des unités sans matières premières etc. En général, ce ne sont pas des contraintes économiques mais les retombées d’une stratégie réfléchie, visant la privatisation du secteur public industriel, dans une perspective, néolibérale. Le débat sur la prise de conscience de la classe ouvrière et de la construction de son parti historique, méritent une réflexion à part. L’expérience du PAGS, son apport reconnu et le rôle joué dans la mobilisation de la société et dans l’édification du pays ainsi que sa démarche d’« unité dans l’action », restent un repère pour tous les patriotes et militants de gauche. Si sa reproduction mécanique, dans le contexte d’aujourd’hui, parait difficile, il reste qu’il y a une place nécessaire, irremplaçable, dans le monde du travail et la société, d’un grand parti des travailleurs qui regrouperait tous les militants et intellectuels de gauche, en définissant une stratégie politique, impliquant les militants et militantes dans les luttes sociales et politiques.

Les « institutions » en place, leur fonctionnement, le style de management et de prise de décision, le rapport avec les compétences et le mode d’évaluation réel instauré, restent dominés par les valeurs de « l’état despotique » qui a atteint toutes ses limites, en fonctionnant, en dehors des règles et valeurs de l’Etat de droit. C’est un fonctionnement despotique, à l’oriental avec, souvent, des valeurs de la féodalité. La preuve, on le constate, chez les cadres, à différents niveaux de l’Etat, du fait qu’ils ne sont ni encouragés ni aidés dans leur activité professionnelle…Il y a plus de 100.000 cadres diplômés au Canada et encore en France, en Europe, aux USA, dans les pays pétroliers arabes etc. C’est précisément, ce « système d’état » qui dévalorise ces cadres, ces managers qui ne permet pas de valoriser tout le travail qui est réalisé par ces milliers de cadres anonymes qui travaillent, quotidiennement, dans l’enseignent, la recherche, les entreprises, les urgences hospitalières, dans le sud du pays, dans l’armée et les services de sécurité etc. Alors que cette armée de cadres et ces réseaux de compétences, constituent le principal atout de l’Algérie. C’est donc tout le problème du facteur politique dans la solution de la crise et la refondation de l’Etat dans un caractère républicain, pas en théorie ou dans les discours, mais en pratique.

Sous l’angle de cette approche, la signification des résultats des dernières élections législatives du 04 mai 2017, est un signal d’alerte : une configuration artificielle et un net rétrécissement de la base sociale du pouvoir, alors que le pays, son économie, en crise, et ses institutions ont besoin d’une grande bouffée d’oxygène de vie démocratique et d’élargissement de la base sociale de l’état ainsi qu’une mobilisation effective de la société, avec ses compétences, ses énergies et tout son potentiel scientifique et citoyen, au profit d’une économie productive et d’une réhabilitation des institutions de l’état.

C’est ce qui explique et justifie que la démocratisation de la société passe, inévitablement, par une reconversion de l’organisation du DRS (dans la cadre d’un Etat civil et de droit), une redéfinition de ses missions et la dissolution de la police politique. Les récents réaménagements opérés, dans un grand retentissement médiatique, n’ont guère servi qu’à mettre le DRS au service du clan présidentiel. Dans la même logique, si l’Algérie veut s’inscrire dans un régime démocratique, elle devrait revoir la loi sur les associations et opter pour le système déclaratif. Ces nouvelles dispositions ne peuvent que redéployer et renforcer la mobilisation de la société, des cadres, de la jeunesse et édifier, démocratiquement, le Front interne, dont on parle tant (si on se réfère aussi à l’appel de l’ANP sur la mise en place d’un front intérieur), qui soutient et renforce la lutte anti-terroriste et contre le crime organisé, et participe, dans l’enthousiasme, à la réalisation des différents chantiers du pays. Dans un récent sondage, assez significatif, réalisé par l’association RAJ (juin 2017), il ressort que « La dépolitisation de la société s’accentue. Les jeunes, plus importante frange de la population, restent en marge de la vie politique du pays ». Et que «Seulement 1% des jeunes disent être adhérents d’un parti politique et 3% affirment avoir participé à une activité d’un parti». 

Dans cette perspective, le statut de la femme mérite une attention particulière, en général, vivant socialement, dans une position inconciliable, entre un statut constitutionnel citoyen (au travail, dans ses relations avec l’administration), et une marginalisation dans l’espace public. Le code de la famille, maintient une conception inégalitaire et des valeurs sociales et idéologiques (reproduites négativement dans la société) qui relèvent de la société féodale. Dans ce cadre, le principe universel de promotion de la femme repose sur la participation citoyenne et une prise de conscience, forgée à l’école (initiation), dans le milieu associatif, la pratique sportive et culturelle et le travail militant. Dans l’Algérie du despotisme, la promotion de la femme, par exemple, dans les assembles élues, se réalise par la voie bureaucratique, à coup de décret !

L’enjeu central : c’est le caractère social, historique et constitutionnel de l’Etat algérien !

Devant les chantiers prioritaires et urgents que la nouvelle équipe gouvernementale devrait affronter, les fausses-vraies rumeurs et les intrigues dans la vie de la présidence et de ses personnages s’effacent rapidement. Le premier chantier, à notre avis, concerne le modèle économique alternatif élaboré par l’économiste Raouf Boucekkine et son équipe, qui soulignait dans une interview d’El Watan au mois de juillet dernier que « l’Algérie ne doit pas rougir d’être un Etat social. Les grandes démocraties scandinaves, la Belgique et la France (le pays avec les transferts sociaux les plus imposants du monde, plus de 30 % du PIB) le sont bien plus que nous ». L’enjeu central, il faut le souligner, c’est le caractère social, historique et constitutionnel de l’Etat algérien ! C’est le fondement du projet moderne de la société algérienne. C’est le type de partage des richesses que produit la société. Que faire des libertés, quand les inégalités et les injustices sont les caractéristiques dominantes d’une société ? C’est le combat commun de tous les peuples, la raison d’être des millions de femmes et d’hommes libres, affranchit, économiquement et idéologiquement, des chaines de l’esclavagisme, quel que soit ses formes et ses masques !  

Le deuxième chantier, toujours prioritaire, est la préparation de la Tripartite (Représentant de l’Etat, organisations patronales et représentant des travailleurs (lire UGTA, l’organisation la moins représentative !). Quelle raison d’être d’une Tripartite et d’un dialogue social, pouvant participer à la cohésion et à la stabilité politique du pays, quand l’essentiel des organisations syndicales, légales et des plus représentatives, est marginalisé, voire interdit de participation ? On peut même considérer, que la classe ouvrière n’est pas du tout représentée dans cette fausse Tripartite où participent les organisations patronales, l’Etat et l’UGTA, agissant comme un appareil bureaucratique, subordonnant les intérêts des travailleurs aux intérêts du système (et de son maintien). A ce titre, il faut préciser, que de nombreux projets dont celui du code du travail et d’autres (énergie, justice etc.) visent, dans une projection étudiée, à reconfigurer l’état national né de la Révolution de Novembre, dans une perspective néolibérale.   

A l’ordre du jour, également, les projets de montage de l’industrie automobile, critiqués par les experts de Tebboune, la situation catastrophique du complexe sidérurgique Sider El Hadjar dont le plan de redressement n’est pas mis en exécution, faute, à notre avis, d’une volonté politique (après avoir libéré l’ex propriétaire ArcelorMittal, à hauteur de 70 %, dans des conditions confuses et sans transparence), le dossier des milliers d’hectares agricoles (ou agro-pastorales) distribués dans des conditions qui restent à clarifier (remis en cause par l’équipe de Tebboune). Que devient l’important avant-projet de loi sanitaire proposé depuis 2003 (voilà bientôt 15 années), mais jamais adopté (encore le poids des importateurs) ? En précisant que tout le secteur de la santé, public et privé, fonctionne sur une loi dépassée, de l’époque du parti unique, celle de février 1985. Le fil directeur de toute cette démarche stratégique, repose sur l’absence de volonté politique de libérer le champ économique (entreprise, marché) des ingérences du pouvoir politique. Il reste à souligner que la décision politique, positive et patriotique, de ne pas accepter l’endettement de l’Algérie, auprès des institutions financières internationales, comme le FMI, n’est pas une simple décision de l’état. Car l’état algérien ne peut maintenir, durablement, ni la part importante des transferts sociaux (plus de 25 % du PIB), aussi utiles qu’ils soient à la population et à la stabilité politique du pays, ni le refus d’un endettement extérieur. Cette décision qui défend la souveraineté de l’Algérie à ses conditions, ses risques et ses défis. Fondamentalement, elle exige un plan stratégique audacieux, de reconversion totale (même si c’est graduel) du secteur économique vers le productif. Dans la réalité, ce sont, en général, des solutions de facilité (prélèvement d’impôts divers auprès de la population, limitation des importations etc.). On a l’impression qu’on est face à une attitude défensive du gouvernement, voire la recherche d’un compromis tactique (et illusoire) entre les deux options (maintien des transferts sociaux et application progressive des mesures libérales), c’est-à-dire, au fond, si on fait une lecture politique, c’est préparer ou imposer, en douceur, la voie libérale, comme une fatalité historique.

Si on approfondi l’analyse des processus de changement en cours, on peut, à la limite, parier que la configuration actuelle des institutions de l’état, en charge du contrôle de la société, imprégnées d’un despotisme moyenâgeux (élections, activité citoyenne et militante), le type de gouvernance pratiquée, le rapport entre l’état et le marché et le peu d’encouragement aux institutions du contrôle légal des finances publiques, ne permettent pas de réussir un tel défi, de relance effective et stratégique, d’une économie productive, et dialectiquement, une participation de l’économie algérienne dans l’économie mondiale (suivant l’expérience réussie de certains pays émergents). Dans la réalité, les différentes alternatives existent potentiellement. Le projet ou l’alternative de soumission aux directives du FMI, existe déjà, disponible, en cas de basculement du rapport des forces, d’échec du plan de relance économique, ou l’aboutissement à de sérieuses contraintes financières. La loi des finances de 2016 a déjà préparé et légalisé la privatisation des entreprises publiques (y compris, Sonatrach, Sonelgaz etc.) par l’ouverture de leur capital social au privé national (Art.62 LDF 2016), dans une première étape. La deuxième étape, dans la logique des choses, consiste à faire appel au capital étranger. Par le passé, différentes tentatives ont été faites pour restructurer certaines entreprises visées par la privatisation (Air Algérie, le CPA etc.) ou en affaiblissant leur management par de fréquents changements des PDG (Ministère des Postes et des Télécommunications). Sur cet enjeu essentiel (la privatisation), il faut rappeler que l’ex Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, avait annoncé qu’« officiellement, il n’a jamais été question et il ne sera jamais question de privatiser le secteur public », lors d’un point de presse animé à l’issue de l’adoption, du plan d'action du gouvernement par l’Assemblée populaire nationale (APN), ajoutant que les groupes publics « resteront et seront renforcés », en dépit de leur « faible » contribution à l'activité économique du pays » (MaghrebEmergent).

Par contre, la première sortie publique du nouveau premier ministre Ouyahya, exprime sa posture autoritaire, à l’issue de la rencontre avec l’UGTA et le patronat. Ouyahya tranche dans le débat en cours : « L’Algérie avait clos depuis 30 ans déjà le débat idéologique, une économie de marche, a dimension sociale ». Il faut vraiment, lire entre les lignes, son discours. C’est-à-dire qu’il n’exige à la société qu’une seule attitude : accepter le néolibéralisme et le système despotique. C’est un pouvoir de fait. Ses premières mesures étaient prévisibles, supprimer les deux décrets qui visaient à restaurer le rôle de l’Etat régulateur. Celui relatif à l’inspection générale au niveau du premier ministère et le deuxième ayant trait aux modalités d’application des régimes de licence d’importation ou d’exportation des produits et marchandises et qui exigeait, pour plus de contrôle, de soumettre la décision finale d’attribution d’une licence d’importation à l’accord du premier ministre. Dans cette perspective, on est loin de l’exigence d’un ministère du plan. Le journal MaghrebEmergent (23.08.2017), s’interroge si « Ahmed Ouyahia qui a affiché son penchant pour la privatisation va-t-il la relancer dans la loi de finances 2018 ? Ou carrément la remettre à sa «place » dans le code des investissements ? En expliquant que « L’ouverture du capital des entreprises publiques est de nouveau à l’ordre du jour. Elle a été relancée par Ahmed Ouyahia, plusieurs semaines avant sa désignation comme Premier Ministre. Ouyahia qui s’exprimait en tant que patron du RND y a appelé sans nuances ». Sur cette question fondamentale qui va configurer l’architecture de la nouvelle économie et du nouvel Etat, Ouyahya s’exprime pour les intérêts de la bourgeoisie bureaucratique, et il y a une cohérence politique dans le clan présidentiel et c’est ce qui les lie aux mêmes alliés internationaux. Les contradictions ne sont pas de fond, elles restent secondaires et entrent en contradiction avec les intérêts nationaux et de l’écrasante majorité de la société. Cette question est aussi un débat de fond et mérite réflexion. 

Pourquoi avons-nous fait une guerre de libération nationale contre le système colonial ? 

Désabusés, les algériens affirment, blessés dans leur dignité, mais regardant l’espoir en face, que : « Nous avons tous les moyens pour être un pays moderne, un grand pays». En avançant l’argument suivant : « Pourquoi avons-nous fait une guerre de libération nationale contre le système colonial ? ». Et, enfin, de s’interroger : « Quelle est la meilleure solution moderniste et républicaine à la sortie de crise ? ». Car dans tout ce cheminement de la crise, il doit bien y avoir une issue. Ce duel continuera tant que la crise qui est à mon avis, dans sa dernière phase, durera. Dans tous les cas de figure, la mobilisation de la société, de ses cadres et de sa jeunesse est une condition sine qua non pour la réussite des mesures visant la relance du secteur productif et la souveraineté nationale ainsi que la participation active, du Front républicain, à préparer son Alternative, avec une plate-forme d’union patriotique et un leader patriote rassembleur, aux prochaines et décisives élections présidentielles. 

Revenons au débat d’actualité, sur la moralisation des institutions de l’état. En matière de protection de la crédibilité des fonctionnaires de l’état des risques éventuels, de corruption et des autres fléaux connexes, des risques qui naissent du fait même de la proximité des hauts fonctionnaires avec les multiples centres de décision, il y a nécessité d’une loi cadre qui règlemente le statut des hauts fonctionnaires de l’état, civils et militaires, travaillant à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. La référence au scandale de l’affaire Khalifa est une parfaite illustration. De nombreuses affaires de ce genre, traitées par la justice, ont montré à l’opinion publique, la fragilité des institutions de la république, l’absence de culture d’état dans les décisions et un gaspillage énorme des finances publiques.

Je pense qu'on devrait suivre, de manière active, ces événements qui vont structurer l'avenir de l'Algérie et l'architecture du futur Etat algérien et agir, sous quelle forme que ce soit et selon nos possibilités, dans la continuité de l'Idéal de Novembre. C’est la seule et unique solution aux espoirs de la société algérienne et la meilleure réponse à ses sacrifices et à son long parcours de résistance. Quand on fait la synthèse de toutes ces évolutions, ces incohérences dans le développement économique et social, le retard pris dans l’édification d’un véritable Etat de droit ainsi que les dangers qui guettent l’Algérie (les permanentes tensions et pressions aux frontières), l’état des forces en présence, on est traversé, presque, instinctivement, par le projet du Rassemblement de toutes les forces patriotiques et modernistes dans un Front qui ne met pas en opposition « Etat » et « Société », mais plutôt intègre tous les patriotes, qu’ils se trouvent dans l’Etat, l’économie ou dans la société. Ce sont, peut-être, les ressorts profonds de l’anthropologie du corps social algérien et de la structure de ses classes sociales. Un rassemblement, comme à l‘époque de la guerre de libération nationale, pour vaincre, dans une seconde étape de développement, le nouveau « colonisateur » qui veut privatiser le résultat de la guerre de libération nationale : le projet, en formation, d’un Etat démocratique et social.

Mustapha GHOBRINI, Universitaire     émail   ghob.mosta@live.fr

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Partage de la rente pétrolière et Etat de droit : quels processus ? (partie I)

Publié le par Mahi Ahmed

          Partage de la rente pétrolière et Etat de droit : quels processus ?

Notre société est marquée, dans son imaginaire, par la grandeur de la guerre de libération nationale (qui a enfanté l’actuel Etat) et vit, à la limite, dans une crise existentielle et une perte de ses points de repère. La société scrute à l’horizon, un probable changement radical, consciente que ce « système », qui porte tous les signes d’un corps véritablement malade, ne peut encore perdurer, arrivé à ses limites. Paradoxe du Rêve d’une société et principe de réalité d’un système despotique. Un blocage qui continue d’alimenter toutes sortes de projections, de spéculations et d’initiatives. L’importante diminution de la rente pétrolière, les problèmes de son partage ainsi que les mesures d’austérité (mal ciblées) vont accélérer les évènements, redéfinir les termes de la paix sociale et peut-être, aboutir, espérons-le, à un nouveau contrat social. Retour sur un évènement, sa signification dans le paysage politique et les leçons à tirer de cette dynamique qui reporte, encore une fois, des mesures de rupture, arrivées à maturité. Cette contribution ne répond pas, de manière académique, à cette interrogation centrale, soulevée dans le titre, mais propose des matériaux, une réflexion politique, des pistes de solutions, aptes à nous amener, en définissant les étapes intermédiaires, vers la démarche collective de réalisation du projet historique, inscrit dans les gènes de la révolution de Novembre : la République Démocratique et Sociale.

L’option gouvernementale de l’équipe de Tebboune qui visait, symboliquement, à séparer le politique, c’est à dire les institutions de l'Etat, de la pression des cercles de l’argent, comme une probable issue à la crise politique (ou l’amorce d’une transition) a échouée, bloquée brutalement par d’autres forces, liées aux lobbies des affaires mais aussi aux enjeux des présidentielles ainsi que par la peur d’un « basculement » immaitrisable ou d’une fracture politique. Cette initiative, a surgie des principaux cercles du système, et même si elle s’est inscrite dans une perspective tactique, elle a généré une forte opinion exigeante, visant la réhabilitation des institutions de l’Etat, considéré comme le principal artisan des réformes institutionnelles, économiques et politiques. Ce brouillement d’une société vivante, à la recherche de cadres intègres dans des institutions transparentes, d’une meilleure utilisation des moyens de l’état et surtout d’une lutte résolue contre le bien mal acquis, le blanchiment de l’argent sale, la fuite des capitaux qui ont fait la « une » de tous les journaux, s’est pleinement retrouvé dans ces orientations. C’est la principale leçon tirée de ces évènements, au-delà des objectifs tactiques ou conjoncturels de ces cercles qui s’inscrivent toujours, dans le consensus présidentiel, mais avec des réserves et des contradictions.

Ces évènements racontent et font dérouler toute l’histoire de la société algérienne. Toutes ses accumulations, ses contradictions et la formation de ses classes sociales. C’est le résultat de tout un processus historique et principalement, de l’accumulation des « richesses », nées de la prédation, du détournement des crédits des banques, de la fuite des capitaux, du blanchiment d’argent, et des réseaux financiers dans l’informel que les services de l’état évaluent à 40 milliards de dollars. C’est l’émergence de couches parasitaires et de la bourgeoisie compradore et, il faut le préciser, la constitution et la prise de conscience de son « poids » politique, à la différence des étapes précédentes. Les chiffres disponibles affirment l’existence de plus de 80.000 importateurs et d’une oligarchie de 500 personnes, au maximum (M. Belhoucine, El Watan). Selon l’expert et économiste pétrolier, Rabah Reghis, l’Algérie pourrait compter près de 4500 milliardaires qui disposent d’une fortune de plus d’un million de dollars (près de 11 milliards de centimes). Parmi eux, il y a 170 multimillionnaires avec des biens financiers excédant les 10 millions de dollars. Leur fortune cumulée est estimée à 119 milliards de dollars (Matin.dz). La structure du système d’état bureaucratique, verrouillant les libertés des citoyens et limitant (ou manipulant) les organisations professionnelles et politiques, a permis et facilité la constitution de réseaux de captation de la rente pétrolière, en utilisant différents procédés et artifices et principalement, des complicités dans les centres nerveux de l’Etat ainsi que leurs connexions avec les réseaux de la finance internationale. Faute d’une présence effective de forces politiques (patriotiques, de gauche etc.) en mesure d’affronter le système despotique, en tant que tel, et d’assurer une transition ou une révolution. La pression de la société, sous toutes ses formes (militantisme, citoyenneté, médias et opinion publique etc.) assurant, une sorte de dialectique alimentant et participant à la maturation de toutes ces initiatives des cercles de l’état. L’inverse est aussi vrai.

Ces secousses internes, si on veut tirer une deuxième leçon, sont symptomatiques de fissures (ou de décantations politiques) qui vont donc se renouveler, sans aucun doute, dans les prochaines périodes, autour des présidentielles et d’autres réformes, institutionnelles, économiques et sociales. Il faut mettre les choses dans leurs proportionnalités et leurs perspectives historiques. Ce sont, fondamentalement, comme on les appelle, des luttes de palais. Mais avec cette différence, que les groupes de ce « palais » fermé, sont connectés à la dynamique de la société. A ce titre, l’expérience de transition démocratique des ex pays de l’est mérite d’être mise à profit. La principale contradiction, de notre point de vue, qui bloque le développement, la modernisation et la démocratisation de la société algérienne, est « le système d’Etat », obsolète, avec sa culture, ses valeurs et la nécessité d’un développement, en grand, d’un système national productif (les forces productives), avec aussi sa culture et ses valeurs du mérite, du partage, de solidarité et de justice sociale, dans le cadre d’un Etat civil et de droit. Le défi du changement, dans les prochaines élections présidentielles, est inscrit dans cette perspective stratégique.

C’est l’histoire mouvementée de la société algérienne  

C’est toute l’histoire mouvementée de la société algérienne, de la construction de son appareil d’état, sur la base des détachements de l’ALN et de ses cadres, dans les centres du pouvoir, qui ne formaient plus une homogénéité politique à l’indépendance, qui est résumée, racontée et dont on fait, nécessairement référence, indirectement, à travers cette analyse. En sachant que le noyau de ces personnalités de nationalistes (de différents horizons), de syndicalistes et de militants de gauche dont les conceptions ont évolués, par la suite, (et d’autres courants et dirigeants), a été, pour différents facteurs, tout au long de ce cheminement historique, affaiblit : le coup d’état de 1965 et l’arrêt brutal, d’une voie démocratique (Ben Bella a, dès l’indépendance, interdit le multipartisme et imposé le FLN, comme parti unique). On note aussi l’assassinat du colonel Abid, une personnalité progressiste, après le coup d’état raté de 1967, la dissolution de l’organisation des étudiants, l’UNEA et la caporalisation de l’UGTA par l’aile droitière du FLN, dans les années 1970, etc. Le pré-plan ou le premier plan triennal n’est mis sur rail qu’en 1967-1969. C’est avec le plan quadriennal (1970-1973) que la politique économique de l’Algérie indépendante est lancée…Les luttes pour un développement économique indépendant et pour le pouvoir, ont continués, en se croisant, fortement, à chaque étape de l’histoire post-indépendance de l’Algérie. Après la mort de Houari Boumedienne, pour résumer, c’est le tournant, à droite, vers l’infitah et une pseudo économie de marché, sans règles établies et, enfin, la grande désillusion, à partir d’octobre 1988, pour les libertés, la démocratie et surtout, pour un multipartisme, finalement, de façade. Et un affaiblissement et des divisions du camp républicain…Dans les 02 tomes de témoignages sur le parcours de Abdesselam Belaid, « Le hasard et l’histoire (1990) », interviewé par deux grands chercheurs, Mahfoud Bennoune et Ali El Kenz, il relate et décrit cette période d’édification d’une économie nationale et les difficultés de pilotage dues aux incohérences, conflits et contradictions de la «direction politique » de l’époque.

Enfin, avec la récente disparition de Redha Malek, ce grand intellectuel et patriote, il faut rappeler dans cette sommaire contribution, l’échec du projet d’union qui devait se réaliser, dans le feu de l’action et la lutte contre le terrorisme, entre les forces démocratiques et républicaines qui constituèrent l’ANR (en 1995) et les forces de gauche et modernistes qui se sont constituées dans ETTAHADI-TAFAT (1994), qui s’est redéployé, en 1998, dans le MDS. On évalue, maintenant, la dynamique que pouvait déclencher une telle union de ces forces dans un seul parti (même pluriel), mais aussi les préjugés, l’exagération des contradictions secondaires, les erreurs d’évaluation politique des patriotes algériens et le rôle négatif (évident) de certaines forces du pouvoir pour décourager un tel projet.   

Avec le recul, on peut l’affirmer, la décennie noire du terrorisme islamiste, avec ses assassinats et destruction des infrastructures, entreprises publiques et privées, de toutes sortes (estimées à 24 milliards de dollars), n’a servi qu’à marginaliser l’élite républicaine et préparer, la voie maudite du néolibéralisme. La période de chasse aux cadres des entreprises du secteur public, pour « faute de gestion », il faut le souligner, est aussi un autre maillon, dans la destruction de notre économie nationale et de son potentiel managérial et s’inscrit, à mon avis, dans le même projet, la même perspective. Il faut, un jour, pour le devoir de mémoire, car les archives existent, s’organiser légalement pour publier, pour les générations à venir et les autres sociétés, le livre noir sur les assassinats et la destruction du bien public et le bilan de la chasse aux gestionnaires et compétences nationales.     

Ce qui rend difficile l'analyse politique, l’abstraction ou l’accès au réel, comme on l’affirme dans l’approche académique, c’est l’absence d’une visibilité, encore moins de la transparence, dans le fonctionnement institutionnel et ses contradictions. C’est un fonctionnement obscur, opaque, presque informel d'une institution fondamentale, comme la Présidence de la République. Mais, il faut reconnaitre aussi, qu’en plus de ces difficultés, les universitaires et intellectuels progressistes ne fournissent pas, comme il se doit, l’éclairage intellectuel et politique suffisant qui permet de visualiser les acteurs politiques en scène, leurs idées essentielles et leurs positions respectives. La société apprend à analyser, à partir des faits, des résultats, des décisions concrètes prises et avec ses propres réseaux, au-delà des forces organisées.

L’utilisation des outils des sciences sociales et des résultats de la recherche, ainsi que l’esprit critique chez la jeunesse, sont de moins en moins des « compétences » utilisées, dans les argumentaires, en particulier, dans la confrontation avec les courants hostiles à la démocratie, la tolérance, à l’égalité entre la femme et l’homme et aux valeurs humanistes, cela malgré la forte implantation de l’université (au moins, du point de vue quantitatif), avec déjà un faible rayonnement sur les villes où elles sont implantées, il faut le noter, et des progrès dans le système éducatif (qu’on ne peut nier). Ce qui favorise même le développement de la nébuleuse Daesch et de ses idées meurtrières. Ajoutez à cela, que l’utilisation abusive par les divers services de l’état du religieux, la manipulation des nouvelles technologies (ou la faiblesse de leur contrôle), la mise en place de médias de déstabilisation, comme la chaine Ennahar qui participe directement dans les luttes de clans au pouvoir, le peu de librairies qui survivent etc. ne participent pas à l’éveil de la société ou à sa mobilisation. Tout au contraire. Comme paramètre, il faut, tout simplement rappeler, que les premières mesures d’austérité ont concernés les théâtres nationaux, les festivals culturels, le cinéma etc. Alors que c’est sur ce terrain où le citoyen s’éduque, échange avec ses amis, s’ouvre aux autres cultures, apprend la solidarité et prend conscience des réalités nationales et internationales.    

L’handicap du président Bouteflika est vécu comme un handicap dans le fonctionnement de toutes les institutions et particulièrement de la présidence. On se rappelle de la délégation des 19 personnalités qui voulaient vérifier, de visu, si les décisions prises étaient de la volonté de Bouteflika. C’est une évidence de fait, surtout dans un contexte international menaçant et des plus contradictoire, que le sommet de l’état manque d’un leader affirmé qui cristallise la symbolique de la puissance de l’Etat et de toutes les obligations et devoirs constitutionnels qui fondent le droit et la République.   

 

 

 

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L’INDISPENSABLE RECONSTRUCTION DE L’INTERNATIONALE DES TRAVAILLEURS ET DES PEUPLES

Publié le par Mahi Ahmed

 

L’INDISPENSABLE RECONSTRUCTION DE L’INTERNATIONALE DES TRAVAILLEURS ET DES PEUPLES

 

SAMIR AMIN

 

 

1

Le système en place depuis une trentaine d’années est caractérisé par l’extrême centralisation du pouvoir dans toutes ses dimensions, locales et internationales, économiques, politiques et militaires, sociales et culturelles.

Quelques milliers d’entreprises géantes et quelques centaines d’institutions financières, associées dans des alliances cartellisées, ont réduit les systèmes productifs nationaux et mondialisés au statut de sous-traitance. De cette manière les oligarchies financières accaparent une part croissante du produit du travail et de l’entreprise transformée en rente pour leur bénéfice exclusif.

Ayant domestiqué les partis politiques traditionnels majeurs  de « droite »  et de « gauche », les syndicats et les organisations de la société dite civile, ces oligarchies exercent désormais également un pouvoir politique absolu, et le clergé médiatique qui leur est soumis fabrique la désinformation nécessaire pour la dépolitisation des opinions générales. Les oligarchies ont annihilé la portée ancienne du pluripartisme et lui ont substitué un régime de quasi parti unique du capital des monopoles. Privée de sens, la démocratie représentative perd sa légitimité.

Ce système du capitalisme tardif contemporain, parfaitement clos, répond aux critères du « totalitarisme », qu’on se garde néanmoins d’invoquer à son endroit. Un totalitarisme pour le moment encore « doux » mais toujours prêt à recourir à la violence extrême dès lors que, par leur révolte possible, les victimes – la majorité des travailleurs et des peuples – viendraient à se révolter.

Les transformations multiples associées à ce processus dit de « modernisation » doivent être appréciées à la lumière de l’évolution majeure identifiée dans les lignes précédentes. Il en est ainsi des défis écologiques majeurs (la question du changement climatique en particulier) auxquels le capitalisme ne peut apporter aucune réponse (et l’accord de Paris sur le sujet n’est rien d’autre que de la poudre jetée aux yeux des opinions naïves), comme des avancées scientifiques et des innovations technologiques (informatique entre autre) rigoureusement soumises aux exigences de la rentabilité financière qu’elles doivent procurer aux monopoles. L’éloge de la compétitivité et de la liberté des marchés, que les médias asservis présentent comme garants de l’expansion des libertés et de l’efficacité des interventions de la société civile, constitue un discours aux antipodes de la réalité, animée par les conflits violents entre fractions des oligarchies en place et réduite aux effets destructeurs de leur gouvernance.

 

2

Dans  sa dimension planétaire le capitalisme contemporain procède toujours de la même logique impérialiste qui a caractérisé toutes les étapes de son déploiement mondialisé (la colonisation du XIX è siècle constituait une forme évidente de mondialisation). La « mondialisation » contemporaine n’échappe pas à la règle : il s’agit d’une forme nouvelle de mondialisation impérialiste, et rien d’autre. Ce terme passe partout, sans qualification, cache la réalité majeure : le déploiement de stratégies systématiques développées par les puissances impérialistes historiques (Etats Unis, pays de l’Europe occidentale et centrale, Japon) qui poursuivent l’objectif de pillage des ressources naturelles du Grand Sud et la sur exploitation de ses forces de travail que la délocalisation et la sous-traitance commandent. Ces puissances entendent conserver leur « privilège historique » et interdire à toutes les autres nations de sortir de leur statut de périphéries dominées.

L’histoire du siècle dernier avait précisément été celle de la révolte des peuples des périphéries du système mondial, engagés dans la déconnexion socialiste ou dans les formes atténuées de la libération nationale, dont la page est provisoirement tournée. La recolonisation en cours, privée de légitimité, demeure de ce fait fragile.

Pour cette raison les puissances impérialistes historiques de la triade ont mis en place un système de contrôle militaire collectif de la planète, dirigé par les Etats Unis. L’appartenance à l’Otan, indissociable de la construction européenne, comme la militarisation du Japon, traduisent cette exigence du nouvel impérialisme collectif qui a pris la relève des impérialismes nationaux (des Etats Unis, de la Grande Bretagne, du Japon, de l’Allemagne, de la France et de quelques autres) naguère en conflit permanent et violent.

Dans ces conditions la construction d’un front internationaliste des travailleurs et des peuples de toute la planète devrait constituer l’axe majeur du combat face au défi que représente le déploiement capitaliste impérialiste contemporain.

 

3

Face au défi défini dans les paragraphes précédents l’ampleur des insuffisances des luttes conduites par les victimes du système paraît béante.  Les faiblesses de ces réponses populaires sont de nature diverse que je rangerai sous les rubriques suivantes :

(i) L’émiettement extrême des luttes, du local au mondial, toujours spécifiques, concernant des lieux et des domaines particuliers (écologie, droits des femmes, services sociaux, revendications communautaires etc.). Les rares campagnes de portée nationale ou même mondiale n’ont guère enregistré de succès significatifs entraînant des changements dans les politiques mises en œuvre par les pouvoirs ; et nombre de ces luttes ont été absorbées par le système et nourrissent l’illusion de la possibilité de sa réforme.

La période est pourtant celle de l’accélération prodigieuse de processus de prolétarisation généralisée : la presque totalité des populations des centres sont désormais soumis au statut de travailleurs salariés vendeurs de leur force de travail, l’industrialisation de régions du Sud a entraîné la constitution de prolétariats ouvriers et de classes moyennes salariées, leurs paysanneries sont désormais pleinement intégrées au système marchand. Mais les stratégies politiques mises en œuvre par les pouvoirs sont parvenues à émietter ce gigantesque prolétariat en fractions distinctes, souvent en conflit. Cette contradiction doit être surmontée.

(ii) Les peuples de la triade ont renoncé à la solidarité internationaliste anti impérialiste à laquelle ont été substituées au mieux des campagnes « humanitaires » et des programmes « d’aide » contrôlés par le capital des monopoles. Les forces politiques européennes héritières de traditions de gauche adhèrent largement de ce fait à la vision impérialiste de la mondialisation en place.

(iii) Une idéologie nouvelle de droite a gagné l’adhésion des peuples.

Au Nord le thème central de la lutte de classe anti capitaliste est abandonné – ou réduit à son expression la plus parcellaire – au bénéfice d’une prétendue définition nouvelle de la « culture sociétaire de gauche », communautariste, séparant la défense de droits particuliers du combat général contre le capitalisme.

Dans certains pays du Sud la tradition des luttes associant le combat anti-impérialiste au progrès social a cédé la place à des illusions passéistes réactionnaires d’expression para religieuses ou pseudo ethniques.

Dans d’autres pays du Sud les succès de l’accélération de la croissance économique au cours des dernières décennies nourrissent l’illusion de la possibilité de la construction d’un capitalisme national « développé » capable d’imposer sa participation active au façonnement de la mondialisation.

 

4

Le pouvoir des oligarchies de l’impérialisme contemporain paraît indestructible, dans les pays de la triade et même à l’échelle mondiale (la « fin de l’histoire » !). L’opinion générale souscrit à son déguisement en « démocratie de marché » et le préfère à son adversaire du passé – le socialisme – affublé des qualificatifs les plus odieux (autocraties criminelles, nationalistes, totalitaires etc.).

Et pourtant ce système n’est pas viable pour beaucoup de raisons :

(i) Le système capitaliste contemporain est présenté comme « ouvert » à la critique et à la réforme, inventif et flexible. Des voix commencent à s’exprimer qui prétendent mettre un terme aux abus de sa finance incontrôlée et aux politiques d’austérité permanente qui l’accompagne, et ainsi de « sauver le capitalisme ». Mais ces appels resteront sans écho : les pratiques en cours servent les intérêts des oligarchies de la triade – les seuls qui comptent – dont elles garantissent la croissance continue de la richesse, en dépit de la stagnation économique qui frappe la triade.

(ii) Le sous-système européen fait partie intégrante de la mondialisation impérialiste. Il a été conçu dans un esprit réactionnaire, antisocialiste, pro-impérialiste, soumis à la direction militaire des Etats Unis. L’Allemagne y exerce son hégémonie, en particulier dans le cadre de la zone euro et en Europe orientale annexée comme l’Amérique latine l’est par les Etats Unis. L’«Europe allemande» sert les intérêts nationalistes de l’oligarchie germanique, exprimés avec arrogance comme on l’a vu dans la crise grecque. Cette Europe n’est pas viable et son implosion est déjà amorcée.

(iii) La stagnation de la croissance dans les pays de la triade fait contraste avec son accélération dans des régions du Sud qui ont été capables de tirer profit de la mondialisation. On en a conclu trop vite que le capitalisme est bien vivant, mais que son centre de gravité se déplacerait des vieux pays de l’Occident atlantique au Grand Sud en particulier asiatique. En fait les obstacles à la poursuite de ce mouvement correctif de l’histoire sont appelés à prendre toujours plus d’ampleur dans la violence de leur mobilisation – par le moyen entre autre des agressions militaires. Les puissances impérialistes n’entendent pas permettre à un pays quelconque de la périphérie – grand ou petit – de se libérer de leur domination.

(iv) Les dévastations écologiques associées nécessairement à l’expansion capitaliste viennent renforcer les raisons pour lesquelles ce système n’est pas viable.

Le moment actuel est celui de « l’automne du capitalisme » sans que celui-ci ne soit renforcé par l’émergence du « printemps des peuples » et de la perspective socialiste. La possibilité de réformes progressistes d’ampleur du capitalisme parvenu à son stade actuel ne doit pas faire illusion. Il n’y a pas d’alternative autre que celle que rendrait possible un renouveau de la gauche radicale internationaliste, capable de mettre en œuvre – et non pas seulement d’imaginer – des avancées socialistes. Il faut sortir du capitalisme en crise systémique et non pas tenter l’impossible sortie de cette crise du capitalisme.

Dans une première hypothèse rien de décisif ne viendrait affecter  l’attachement des peuples de la triade à leur option impérialiste, en particulier en Europe. Les victimes du système demeureraient dans l’incapacité de concevoir la sortie des sentiers battus du « projet européen », la déconstruction nécessaire de ce projet, préalable incontournable à sa reconstruction, plus tard, dans une autre vision. Les expériences de Siriza, de Podemos, de la France insoumise, les hésitations de Die Linke et d’autres témoignent de l’ampleur et de la complexité du défi. L’accusation facile de « nationalisme » à l’endroit des critiques de l’Europe ne tient pas la route. Le projet européen se réduit de plus en plus visiblement dans celui du nationalisme bourgeois de l’Allemagne. Il n’y a pas d’alternative, en Europe comme ailleurs, à la mise en place d’étapes de projets nationaux populaires et démocratiques (non bourgeois, mais antibourgeois), amorçant la déconnexion de la mondialisation impérialiste. Il faut déconstruire la centralisation outrancière de la richesse et du pouvoir associée au système en place.

Dans cette hypothèse le plus probable serait un « remake » du 20 è siècle : des avancées amorcées exclusivement dans quelques périphéries du système. Mail il faut savoir alors que ces avancées demeureront fragiles comme l’ont été celles du passé, et pour la même raison, à savoir la guerre permanente que les centres impérialistes ont poursuivi contre elles, largement à l’origine de leurs limites et dérives. Par contre, l’hypothèse d’une progression de la perspective de l’internationalisme des travailleurs et des peuples ouvrirait la voie à d’autres évolutions, nécessaires et possibles.

La première de ces voies est celle de la « décadence de la civilisation ». Elle implique que les évolutions ne sont maîtrisées par personne, se creusent leur chemin par la seule « force des choses ». A notre époque, compte tenu de la puissance de destruction à la disposition des pouvoirs (destructions écologiques et militaires) le risque, dénoncé par Marx en son temps, que les combats détruisent tous les camps qui s’y affrontent, est réel. La seconde voie par contre exige l’intervention lucide et organisée du front internationaliste des travailleurs et des peuples.

 

5

La mise en route de la construction d’une nouvelle Internationale des travailleurs et des peuples devrait constituer l’objectif majeur du travail des meilleurs militants convaincus du caractère odieux et sans avenir du système capitaliste impérialiste mondial en place. La responsabilité est lourde et la tâche exigera des années encore avant de donner des résultats visibles. Pour ma part je soumets les propositions suivantes :

(i) L’objectif est de créer une Organisation (l’Internationale nouvelle) et non simplement un « mouvement ». Cela implique qu’on aille au-delà de la  conception d’un Forum de discussions. Cela implique également qu’on prenne la mesure des insuffisances associées à l’idée, encore dominante, de « mouvements » prétendus horizontaux, hostiles aux organisations dites verticales, sous prétexte que ces dernières sont par nature antidémocratiques. L’organisation naît de l’action qui secrète par elle-même des cercles « dirigeants ». Ces derniers peuvent aspirer à dominer, voire manipuler les mouvements ; mais on peut également se protéger contre ce danger par des statuts appropriés. Matière à discussion.

(ii) L’expérience de l’histoire des Internationales ouvrières doit être étudiée sérieusement, même si l’on pense qu’elles appartiennent au passé. Non pour « choisir » un modèle parmi elles, mais pour inventer la forme la mieux appropriée aux conditions contemporaines.

(iii) L’invitation doit être adressée à un bon nombre de partis et d’organisations en lutte. Un premier comité responsable de la mise en route du projet devrait être constitué rapidement.

(iv) Je n’ai pas souhaité alourdir ce texte. Je renvoie néanmoins à des textes complémentaires (en français et en anglais) :

a) un texte fondamental concernant l’unité et la diversité dans l’histoire moderne des mouvements au socialisme

b) un texte concernant l’implosion du projet européen

c) quelques textes concernant : l’audacité exigée dans la perspective du renouveau de gauches radicales, la lecture de Marx, la nouvelle question agraire, la leçon d’Octobre 1917 et celle du maoisme, le renouveau nécessaire de projets nationaux populaires.

 

 

 

 

 

 

 

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Le docteur Jean-Marie Larribère, un combattant à part entière pour l'indépendance

Publié le par Mahi Ahmed

Le docteur Jean-Marie Larribère, un combattant à part entière pour l'indépendance

Par Farouk Mohammed-Brahim*, 18 juillet 2017

 

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La société civile oranaise a appris avec beaucoup de satisfaction et de soulagement l'annulation de la débaptisation de la clinique Jean-Marie Larribère, rendant ainsi justice à la mémoire d'un combattant à part entière pour l'indépendance, et non un simple ami de la révolution, comme l'a qualifié un quotidien national, le 12 juillet 2017.

 

Ce qualificatif d' «ami» est de plus en plus usité pour désigner les combattants et les martyrs algériens d'origine européenne. Le martyr Henri Maillot, n'a-t-il pas été qualifié «d'ami de l'Algérie» par l'APS lors du soixantième anniversaire de sa mort ? Ce déserteur de l'armée française, avec un camion chargé d'armes et de munitions, a écrit, après son acte de bravoure, à la presse française : «Je ne suis pas musulman, je considère l'Algérie comme ma patrie et avoir à son égard les mêmes devoirs que tous ses fils». 60 ans après son martyre, aucune rue ne porte son nom dans son propre pays. La tentative de débaptisation de la clinique J.M. Larribère suit de peu celle avortée, grâce à la mobilisation de la société civile, de la rue Fernand Yveton.

 

La question que l'on peut se poser devant ces actes est : y a-t-il d'un côté les combattants et martyrs algériens d'origine musulmane et de l'autre celles et ceux d'origine européenne ? Pourtant la répression des forces coloniales ne faisait pas une telle différence. Ces combattants, comme leurs frères et sœurs «musulmans» ont connu la guillotine (Fernand Yveton), les disparitions forcées (Maurice Audin), la condamnation à la peine capitale (Jacqueline Guerroudj).

 

Comme leurs sœurs et frères «musulmans» ils s'engageaient dans la lutte avec les mêmes risques, allant jusqu'au sacrifice suprême. Ils tomberont au champ d'honneur comme Henri Maillot, Maurice Laban, ou encore Raymonde Pechard. Ils rempliront, comme leurs sœurs et frères «musulmans», des actes héroïques à grands risques, comme Danielle Minne, en commettant l'attentat du 06 janvier 1957 à l'OTOMATIC d'Alger, alors qu'elle n'avait que 17 ans, ou encore Daniel Timsit, l'une des chevilles ouvrières du réseau des bombes lors de la bataille d'Alger.

 

Alors pourquoi l'on tente de les effacer de l'histoire de la révolution algérienne ? La cause remonte à bien avant le début de la guerre de libération, selon l'historien Mohammed Harbi, quand on a «légitimé le nationalisme par l'Islam». «L'identité algérienne a pris forme autour de la religion et de la langue arabe. Les critères d'appartenance nationale ne sont pas politiques, mais ethniques et religieux» (L'Algérie en perspective).

 

Ainsi, on inculque au peuple, dès le début de la révolution, la notion de «Djihad fi sabil Allah» (le combat pour Dieu). La scène relatée par madame Zohra Drif dans son livre «Une combattante de l'ALN dans la zone autonome d'Alger» illustre à elle seule cet état d'esprit. «Danielle Minne rejoint Djamila Bouhired, Hassiba Benbouali et Zohra Drif dans leur cache à la Casbah. C'est alors que la grand-mère de Djamila aura cette réflexion à haute voix : la pauvre Danielle est une moudjahida comme vous, mais n'ira pas au Paradis !».

 

Et pourtant, cela va à l'encontre des textes fondateurs de la révolution : «Cette guerre est une guerre d'indépendance et non une guerre de religions», ou encore «Constituante algérienne souveraine, sans distinction de race ou de religion». Le combattant de la bataille d'Alger, Daniel Timsit, écrira bien après l'indépendance : «Comme notre révolution est grande, nous y avons communié ensemble pour les mêmes aspirations. Malheureusement, l'on a tourné le dos aux valeurs que proclamait le congrès de la Soummam».

 

L'historien René Gallissot écrit «Comme le colonialisme l'a voulu, le communautarisme est demeur黫Les limites de la colonisation se situent au Maghreb dans la définition de la nationalité -citoyenneté sur le statut musulman. C'est là que la colonisation a fait son œuvre non défaite». (La colonisation au Maghreb).

 

Les combattants et les martyrs d'origine européenne de la guerre d'indépendance, comme beaucoup de sœurs et frères «musulmans», ont rêvé d'une Algérie algérienne plurielle.

Pour honorer leur mémoire, il faudrait qu'à chaque date anniversaire, qu'à chaque événement, on se remémore leur parcours combattant et le relater aux jeunes générations. C'est pourquoi, dans cette contribution, je retrace le parcours du docteur Jean-Marie Larribère.

 

La première fois que j'entendais son nom, c'est lorsque j'ai rejoint dans les années soixante le CHUO comme étudiant en médecine. La maternité d'Oran gardait encore les traces de sa présence, matérialisées par l'hygiène et la discipline et ce, trois ans après son départ définitif. Madame Bouziane (sage-femme), madame Boudinar (surveillante) et madame Messissi (anesthésiste) évoquaient son passage et le relataient avec beaucoup de déférence. A chacun de nos gestes de stagiaires, son exemple était cité. Dans un hôpital sans moyens humains et matériels, le docteur J.M. Larribère se dépensait sans compter par une présence quasi-permanente. Il s'ingéniait à trouver des solutions pour parer dans l'urgence à ce manque. On louait sa rigueur dans le travail et son souci de la perfection. Chaque consultation, chaque accouchement, étaient pour lui autant d'occasions de faire des recommandations aux patientes quant à la surveillance de la grossesse ou l'espacement des naissances, actions qu'il menait depuis trente ans selon les témoins sus-citées.

 

Madame Mehtar-Boudraa, qui a rejoint le CHUO en 1959 comme infirmière puis anesthésiste, avait fait de nombreuses gardes avec lui. Elle évoque à ce jour un homme affable, toujours volontaire, prenant très peu de repos pendant les gardes, passionné par son travail et l'avenir de l'Algérie. C'est par son frère, le professeur Boudraa, responsable de l'antenne médico-chirurgicale du FLN ALN, Tombouctou (Ville Nouvelle) qu'elle apprendra la participation aux soins du docteur Larribère pendant cette période.

 

C'est ainsi que j'ai commencé à tenter de reconstituer son parcours de militant

 

Le docteur Jean-Marie Larribère est né en 1892, de parents tous les deux instituteurs, dans un milieu très marqué à gauche et par les luttes sociales. C'est tout naturellement que, tout jeune, il s'engagea dans ces luttes. En 1949, il passa une année comme instituteur. Cette année, il prendra encore plus conscience des discriminations dont est victime la population algérienne. Il abandonne la carrière d'instituteur pour s'inscrire à la faculté de médecine d'Alger où il soutient sa thèse de doctorat pour la spécialité de gynéco-obstétrique en 1927.

 

Pendant la guerre d'indépendance du Rif dirigée par Abdelkrim (1924-1925) il est mobilisé comme médecin-lieutenant. Il refusera de faire cette guerre et c'est certainement de cette époque que dure son engagement pour «le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes».

 

Son adhésion est d'abord sociale. Il fera de son appartement, dans un quartier populaire d'Oran, un cabinet d'accouchement où sa clientèle sera essentiellement une clientèle des couches sociales les plus défavorisées, tant pieds-noires qu'algériennes. C'est au début des années 40 qu'il édifie la clinique portant aujourd'hui son nom, au boulevard Front de Mer.

 

Cette clinique, avant le déclenchement de la révolution, jouera un rôle social important. Son activité sociale, le milieu dans lequel il évolue, le porteront tout naturellement à adhérer au communisme. En 1945, il est élu pour une brève période au conseil municipal d'Oran. Son activité militante débordante fera de lui, en 1953, le seul médecin à participer aux manifestations des dockers d'Oran qui avaient refusé de charger les bateaux à destination de l'Indochine.

 

Dès le déclenchement de la révolution, il y adhérera corps et âme. En 1956, il organise les secours aux prisonniers politiques et leurs familles, les abris clandestins, la collecte de médicaments. Quelques blessés sont soignés clandestinement dans sa clinique, mais surtout lors de ses prétendues visites à domicile pour le contrôle des grossesses, dans les quartiers populaires.

 

En 1957 il part à Alger pour se mettre à la disposition des maquis de l'ALN, en pleine bataille d'Alger. La cache qu'il devait rejoindre est investie par les parachutistes du général Massu. Il se replie à Oran pour continuer inlassablement son travail de militant.

 

Dès le début 1961, il est dans le collimateur de l'OAS. Les Ultras d'Oran l'appellent alors «le médecin du FLN». Le 24 avril 1962, il échappe miraculeusement à la mort, lors de la destruction de sa clinique par une charge de plastique. Peu de temps avant, il échappera aussi miraculeusement à un attentat de l'OAS, le pistolet du tireur s'étant enrayé. Après cet attentat au plastic, il se rendra pour un court séjour à Paris, avant de rejoindre Oran, mise à cette période à feu et à sang par l'OAS. Les blessés par l'OAS et les malades algériens ne peuvent plus se soigner au CHU, contrôlé par l'OAS, sans risque de se faire assassiner, comme cela a été le cas, en mars 1962, pour des infirmiers et des malades algériens. La zone autonome ALN/ FLN d'Oran, pour pallier cette situation sanitaire, ouvre dans les quartiers algériens des antennes médico-chirurgicales. Dans l'organigramme de ces services de santé ALN/FLN de la zone autonome d'Oran, donné par M. Mohammed Fréha dans le tome 2 de son livre «Du mouvement national à la guerre de libération à Oran», l'on note que le docteur Jean-Marie Larribère est responsable du secteur Victor Hugo Petit Lac.

 

Monsieur Boudjorf, ancien anesthésiste au pavillon 10 du CHU d'Oran, a été infirmier au côté du docteur Larribère à cette époque. Il le décrit comme un homme avec un sens aigu de l'organisation, volontaire et qui avait beaucoup d'autorité pour se faire respecter pendant cette période trouble, par des hommes souvent armés.

Au début du mois de juin 1962, le responsable du service sanitaire de la zone autonome d'Oran, le docteur Nait Belkacem, réunit les médecins responsables de secteurs pour faire un point de la situation. Le professeur B. Boudraa, présent à cette réunion, m'a décrit la fougue avec laquelle le docteur Larribère voulait que l'on discute aussi de la future reprise en main du fonctionnement du CHUO dès le 1er juillet 1962, se projetant déjà dans l'avenir d'une Algérie indépendante.

 

Effectivement, ce 1er juillet 1962, une poignée de médecins algériens venant de l'ALN, relance l'activité du CHU. Il s'agit d'abord des docteur Boudraa, Taleb, Lazreg, Kandil, Mansouri, Benaï. Evidemment, le docteur Larribère les accompagne. Il sera désigné chef de service de gynéco-obstétrique à la Maternité. Toutes et tous ceux qui l'on connu à cette période témoignent de son activité débordante, faite d'une modernisation des soins, en introduisant la notion d'accouchement sans douleur, la lutte pour l'application d'un planning familial sans attendre, et la formation. Une sage-femme en formation en ces premières années de l'indépendance se souvient encore de ses accès de colère devant leurs fautes en leur assénant : «Nous, vos aînés, avons libéré le pays, à vous de vous battre pour son développement et ce, en étant performants dans vos secteurs d'activité».

 

Au début de l'année 1965, il est mis fin brutalement et arbitrairement à sa fonction de chef de service par le ministre de la Santé de l'époque. Pour certains, ce serait suite à un rapport sur la Maternité qu'il avait adressé, remettant en cause la compétence de gynécologues des pays de l'Est. Mais plus probablement, selon un anesthésiste qui a vécu cette époque, ce fut sur injonction de l'épouse d'un ministre qui voulait régner sur la Maternité et le planning familial sans partage.

 

A la suite de cette ingratitude, celui qui a tant donné à l'Algérie, son pays (il a fait don de sa clinique à la santé publique bien avant la nationalisation des cliniques privées), partira en France. En cette année 1965, il trouvera la mort en chutant d'une fenêtre. Deux pistes sont avancées : la chute accidentelle ou le suicide. Cependant, certains de ceux qui l'avaient connu pendant les années de feu, connaissant sa force de caractère, ne pouvaient accréditer la thèse du suicide. Ils évoquent l'hypothèse, peut-être, d'un assassinat par les réseaux de l'OAS en France, maquillé en accident.

 

En 2012, lors de journées scientifiques au CHUO, je donnais une conférence à la séance inaugurale sur l'histoire du CHUO depuis 1883 et, lors de la période post-indépendance. J'avais évoqué le docteur Jean-Marie Larribère. A la fin de la séance, je suis abordé par un groupe d'étudiants en médecine stagiaires au service d'endocrinologie, à la clinique qui porte son nom. C'était la première fois qu'ils apprenaient qui était le docteur Larribère ! A qui la faute ?

 

Source : Le Quotidien d'Oran

 

*Professeur de chirurgie et cancérologie CHU Oran

Le docteur Jean-Marie Larribère, un combattant à part entière pour l'indépendance

Par Farouk Mohammed-Brahim*, 18 juillet 2017

 

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La société civile oranaise a appris avec beaucoup de satisfaction et de soulagement l'annulation de la débaptisation de la clinique Jean-Marie Larribère, rendant ainsi justice à la mémoire d'un combattant à part entière pour l'indépendance, et non un simple ami de la révolution, comme l'a qualifié un quotidien national, le 12 juillet 2017.

 

Ce qualificatif d' «ami» est de plus en plus usité pour désigner les combattants et les martyrs algériens d'origine européenne. Le martyr Henri Maillot, n'a-t-il pas été qualifié «d'ami de l'Algérie» par l'APS lors du soixantième anniversaire de sa mort ? Ce déserteur de l'armée française, avec un camion chargé d'armes et de munitions, a écrit, après son acte de bravoure, à la presse française : «Je ne suis pas musulman, je considère l'Algérie comme ma patrie et avoir à son égard les mêmes devoirs que tous ses fils». 60 ans après son martyre, aucune rue ne porte son nom dans son propre pays. La tentative de débaptisation de la clinique J.M. Larribère suit de peu celle avortée, grâce à la mobilisation de la société civile, de la rue Fernand Yveton.

 

La question que l'on peut se poser devant ces actes est : y a-t-il d'un côté les combattants et martyrs algériens d'origine musulmane et de l'autre celles et ceux d'origine européenne ? Pourtant la répression des forces coloniales ne faisait pas une telle différence. Ces combattants, comme leurs frères et sœurs «musulmans» ont connu la guillotine (Fernand Yveton), les disparitions forcées (Maurice Audin), la condamnation à la peine capitale (Jacqueline Guerroudj).

 

Comme leurs sœurs et frères «musulmans» ils s'engageaient dans la lutte avec les mêmes risques, allant jusqu'au sacrifice suprême. Ils tomberont au champ d'honneur comme Henri Maillot, Maurice Laban, ou encore Raymonde Pechard. Ils rempliront, comme leurs sœurs et frères «musulmans», des actes héroïques à grands risques, comme Danielle Minne, en commettant l'attentat du 06 janvier 1957 à l'OTOMATIC d'Alger, alors qu'elle n'avait que 17 ans, ou encore Daniel Timsit, l'une des chevilles ouvrières du réseau des bombes lors de la bataille d'Alger.

 

Alors pourquoi l'on tente de les effacer de l'histoire de la révolution algérienne ? La cause remonte à bien avant le début de la guerre de libération, selon l'historien Mohammed Harbi, quand on a «légitimé le nationalisme par l'Islam». «L'identité algérienne a pris forme autour de la religion et de la langue arabe. Les critères d'appartenance nationale ne sont pas politiques, mais ethniques et religieux» (L'Algérie en perspective).

 

Ainsi, on inculque au peuple, dès le début de la révolution, la notion de «Djihad fi sabil Allah» (le combat pour Dieu). La scène relatée par madame Zohra Drif dans son livre «Une combattante de l'ALN dans la zone autonome d'Alger» illustre à elle seule cet état d'esprit. «Danielle Minne rejoint Djamila Bouhired, Hassiba Benbouali et Zohra Drif dans leur cache à la Casbah. C'est alors que la grand-mère de Djamila aura cette réflexion à haute voix : la pauvre Danielle est une moudjahida comme vous, mais n'ira pas au Paradis !».

 

Et pourtant, cela va à l'encontre des textes fondateurs de la révolution : «Cette guerre est une guerre d'indépendance et non une guerre de religions», ou encore «Constituante algérienne souveraine, sans distinction de race ou de religion». Le combattant de la bataille d'Alger, Daniel Timsit, écrira bien après l'indépendance : «Comme notre révolution est grande, nous y avons communié ensemble pour les mêmes aspirations. Malheureusement, l'on a tourné le dos aux valeurs que proclamait le congrès de la Soummam».

 

L'historien René Gallissot écrit «Comme le colonialisme l'a voulu, le communautarisme est demeur黫Les limites de la colonisation se situent au Maghreb dans la définition de la nationalité -citoyenneté sur le statut musulman. C'est là que la colonisation a fait son œuvre non défaite». (La colonisation au Maghreb).

 

Les combattants et les martyrs d'origine européenne de la guerre d'indépendance, comme beaucoup de sœurs et frères «musulmans», ont rêvé d'une Algérie algérienne plurielle.

Pour honorer leur mémoire, il faudrait qu'à chaque date anniversaire, qu'à chaque événement, on se remémore leur parcours combattant et le relater aux jeunes générations. C'est pourquoi, dans cette contribution, je retrace le parcours du docteur Jean-Marie Larribère.

 

La première fois que j'entendais son nom, c'est lorsque j'ai rejoint dans les années soixante le CHUO comme étudiant en médecine. La maternité d'Oran gardait encore les traces de sa présence, matérialisées par l'hygiène et la discipline et ce, trois ans après son départ définitif. Madame Bouziane (sage-femme), madame Boudinar (surveillante) et madame Messissi (anesthésiste) évoquaient son passage et le relataient avec beaucoup de déférence. A chacun de nos gestes de stagiaires, son exemple était cité. Dans un hôpital sans moyens humains et matériels, le docteur J.M. Larribère se dépensait sans compter par une présence quasi-permanente. Il s'ingéniait à trouver des solutions pour parer dans l'urgence à ce manque. On louait sa rigueur dans le travail et son souci de la perfection. Chaque consultation, chaque accouchement, étaient pour lui autant d'occasions de faire des recommandations aux patientes quant à la surveillance de la grossesse ou l'espacement des naissances, actions qu'il menait depuis trente ans selon les témoins sus-citées.

 

Madame Mehtar-Boudraa, qui a rejoint le CHUO en 1959 comme infirmière puis anesthésiste, avait fait de nombreuses gardes avec lui. Elle évoque à ce jour un homme affable, toujours volontaire, prenant très peu de repos pendant les gardes, passionné par son travail et l'avenir de l'Algérie. C'est par son frère, le professeur Boudraa, responsable de l'antenne médico-chirurgicale du FLN ALN, Tombouctou (Ville Nouvelle) qu'elle apprendra la participation aux soins du docteur Larribère pendant cette période.

 

C'est ainsi que j'ai commencé à tenter de reconstituer son parcours de militant

 

Le docteur Jean-Marie Larribère est né en 1892, de parents tous les deux instituteurs, dans un milieu très marqué à gauche et par les luttes sociales. C'est tout naturellement que, tout jeune, il s'engagea dans ces luttes. En 1949, il passa une année comme instituteur. Cette année, il prendra encore plus conscience des discriminations dont est victime la population algérienne. Il abandonne la carrière d'instituteur pour s'inscrire à la faculté de médecine d'Alger où il soutient sa thèse de doctorat pour la spécialité de gynéco-obstétrique en 1927.

 

Pendant la guerre d'indépendance du Rif dirigée par Abdelkrim (1924-1925) il est mobilisé comme médecin-lieutenant. Il refusera de faire cette guerre et c'est certainement de cette époque que dure son engagement pour «le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes».

 

Son adhésion est d'abord sociale. Il fera de son appartement, dans un quartier populaire d'Oran, un cabinet d'accouchement où sa clientèle sera essentiellement une clientèle des couches sociales les plus défavorisées, tant pieds-noires qu'algériennes. C'est au début des années 40 qu'il édifie la clinique portant aujourd'hui son nom, au boulevard Front de Mer.

 

Cette clinique, avant le déclenchement de la révolution, jouera un rôle social important. Son activité sociale, le milieu dans lequel il évolue, le porteront tout naturellement à adhérer au communisme. En 1945, il est élu pour une brève période au conseil municipal d'Oran. Son activité militante débordante fera de lui, en 1953, le seul médecin à participer aux manifestations des dockers d'Oran qui avaient refusé de charger les bateaux à destination de l'Indochine.

 

Dès le déclenchement de la révolution, il y adhérera corps et âme. En 1956, il organise les secours aux prisonniers politiques et leurs familles, les abris clandestins, la collecte de médicaments. Quelques blessés sont soignés clandestinement dans sa clinique, mais surtout lors de ses prétendues visites à domicile pour le contrôle des grossesses, dans les quartiers populaires.

 

En 1957 il part à Alger pour se mettre à la disposition des maquis de l'ALN, en pleine bataille d'Alger. La cache qu'il devait rejoindre est investie par les parachutistes du général Massu. Il se replie à Oran pour continuer inlassablement son travail de militant.

 

Dès le début 1961, il est dans le collimateur de l'OAS. Les Ultras d'Oran l'appellent alors «le médecin du FLN». Le 24 avril 1962, il échappe miraculeusement à la mort, lors de la destruction de sa clinique par une charge de plastique. Peu de temps avant, il échappera aussi miraculeusement à un attentat de l'OAS, le pistolet du tireur s'étant enrayé. Après cet attentat au plastic, il se rendra pour un court séjour à Paris, avant de rejoindre Oran, mise à cette période à feu et à sang par l'OAS. Les blessés par l'OAS et les malades algériens ne peuvent plus se soigner au CHU, contrôlé par l'OAS, sans risque de se faire assassiner, comme cela a été le cas, en mars 1962, pour des infirmiers et des malades algériens. La zone autonome ALN/ FLN d'Oran, pour pallier cette situation sanitaire, ouvre dans les quartiers algériens des antennes médico-chirurgicales. Dans l'organigramme de ces services de santé ALN/FLN de la zone autonome d'Oran, donné par M. Mohammed Fréha dans le tome 2 de son livre «Du mouvement national à la guerre de libération à Oran», l'on note que le docteur Jean-Marie Larribère est responsable du secteur Victor Hugo Petit Lac.

 

Monsieur Boudjorf, ancien anesthésiste au pavillon 10 du CHU d'Oran, a été infirmier au côté du docteur Larribère à cette époque. Il le décrit comme un homme avec un sens aigu de l'organisation, volontaire et qui avait beaucoup d'autorité pour se faire respecter pendant cette période trouble, par des hommes souvent armés.

Au début du mois de juin 1962, le responsable du service sanitaire de la zone autonome d'Oran, le docteur Nait Belkacem, réunit les médecins responsables de secteurs pour faire un point de la situation. Le professeur B. Boudraa, présent à cette réunion, m'a décrit la fougue avec laquelle le docteur Larribère voulait que l'on discute aussi de la future reprise en main du fonctionnement du CHUO dès le 1er juillet 1962, se projetant déjà dans l'avenir d'une Algérie indépendante.

 

Effectivement, ce 1er juillet 1962, une poignée de médecins algériens venant de l'ALN, relance l'activité du CHU. Il s'agit d'abord des docteur Boudraa, Taleb, Lazreg, Kandil, Mansouri, Benaï. Evidemment, le docteur Larribère les accompagne. Il sera désigné chef de service de gynéco-obstétrique à la Maternité. Toutes et tous ceux qui l'on connu à cette période témoignent de son activité débordante, faite d'une modernisation des soins, en introduisant la notion d'accouchement sans douleur, la lutte pour l'application d'un planning familial sans attendre, et la formation. Une sage-femme en formation en ces premières années de l'indépendance se souvient encore de ses accès de colère devant leurs fautes en leur assénant : «Nous, vos aînés, avons libéré le pays, à vous de vous battre pour son développement et ce, en étant performants dans vos secteurs d'activité».

 

Au début de l'année 1965, il est mis fin brutalement et arbitrairement à sa fonction de chef de service par le ministre de la Santé de l'époque. Pour certains, ce serait suite à un rapport sur la Maternité qu'il avait adressé, remettant en cause la compétence de gynécologues des pays de l'Est. Mais plus probablement, selon un anesthésiste qui a vécu cette époque, ce fut sur injonction de l'épouse d'un ministre qui voulait régner sur la Maternité et le planning familial sans partage.

 

A la suite de cette ingratitude, celui qui a tant donné à l'Algérie, son pays (il a fait don de sa clinique à la santé publique bien avant la nationalisation des cliniques privées), partira en France. En cette année 1965, il trouvera la mort en chutant d'une fenêtre. Deux pistes sont avancées : la chute accidentelle ou le suicide. Cependant, certains de ceux qui l'avaient connu pendant les années de feu, connaissant sa force de caractère, ne pouvaient accréditer la thèse du suicide. Ils évoquent l'hypothèse, peut-être, d'un assassinat par les réseaux de l'OAS en France, maquillé en accident.

 

En 2012, lors de journées scientifiques au CHUO, je donnais une conférence à la séance inaugurale sur l'histoire du CHUO depuis 1883 et, lors de la période post-indépendance. J'avais évoqué le docteur Jean-Marie Larribère. A la fin de la séance, je suis abordé par un groupe d'étudiants en médecine stagiaires au service d'endocrinologie, à la clinique qui porte son nom. C'était la première fois qu'ils apprenaient qui était le docteur Larribère ! A qui la faute ?

 

Source : Le Quotidien d'Oran

 

*Professeur de chirurgie et cancérologie CHU Oran

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Lecture géopolitique du chaos libyen

Publié le par Mahi Ahmed

Lecture géopolitique du chaos libyen

publié le 26/05/2017

* Par Mehdi Taje

 

Avec les événements secouant le sud de la Tunisie, les affrontements armés en cours dans le sud libyen risquant de s’étendre à la Tripolitaine prennent une dimension et une résonnance centrales quant à la sécurité nationale du pays.

 

A la charnière du Maghreb et du Machrek, porte d’entrée vers l’Afrique, riche en ressources énergétiques (pétrolières et gazières), la Libye occupe une position de carrefour stratégique hautement convoité. En violation flagrante de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité de l’ONU en date du 17 mars 2011, la France, la Grande-Bretagne puis l’OTAN menèrent une action militaire d’envergure ayant pour objectif final recherché un changement de régime en Libye et l’élimination du Colonel Kadhafi. Le Président tchadien Idriss Déby abonde en ce sens en soulignant le 16 décembre 2014 : « l’objectif de l’OTAN était d’assassiner Kadhafi. Cet objectif a été atteint ». Les objectifs prioritaires de cette vaste manœuvre consistaient principalement à : éliminer le Colonel Kadhafi susceptible d’entraver les objectifs stratégiques s’étendant au Maghreb et au Sahel africain, s’assurer le contrôle des ressources pétrolières et gazières, évincer les puissances rivales, notamment la Russie et la Chine, etc.

 

Depuis lors, la Libye s’érige en foyer terroriste doublé d’un sanctuaire pour les commandos qui menacent ouvertement la sécurité du Maghreb et du Sahel, notamment la Tunisie voisine. Suite à l’intervention militaire française Serval au Mali, la problématique terroriste n’a été que déplacée, ouvrant la voie à une restructuration de la région pour une longue période d’instabilité.

 

Le drame libyen n’est pas terminé. Aujourd’hui, à l’image de l’Irak, la Libye, scindée en trois entités elles-mêmes fracturées et divisées, mène une lutte acharnée pour maintenir son unité. Le pays traverse une situation de guerres régionales, tribales, claniques, religieuses et mafieuses nourrissant l’instabilité régionale et l’exposant à un risque de somalisation. Ces clivages, régionaux, tribaux, religieux, politiques, économiques, etc. sont perméables et propices à l’émergence en Libye, comme le souligne Florence Gaub, « d’une situation dite de déséquilibre de l’impuissance : personne n’est assez fort pour s’imposer mais tous sont assez forts pour se nuire ».

 

La problématique libyenne pourrait être résumée en ces interrogations majeures : comment organiser une cohabitation entre le centre et les périphéries, c’est-à-dire comment articuler la répartition du pouvoir politique et des revenus des richesses pétrolières et gazières à un niveau local tout en conservant un pouvoir central doté d’un minimum de prérogatives régaliennes ? Quel sera l’équilibre des forces émergeant de la lutte entre les puissances pesant traditionnellement sur la scène libyenne et les nouvelles puissances (Russie, Chine, Inde, Corée du Sud, Turquie, etc.) ? Cet équilibre préservera-t-il l’unité de la Libye via un « understanding » de partage des ressources pétrolières et gazières ? Quel système de gouvernance édifier en mesure de surmonter l’inadéquation du modèle occidental du « one man, one vote »[1], la démocratie individuelle étant incompatible avec la réalité tribale libyenne ?

 

Schématiquement, deux principales forces se font face avec un risque d’affrontement non négligeable risquant de plonger la Libye dans une situation de guerre civile généralisée : le GUN (Gouvernement d’Union Nationale) dirigé par El Sarraj dominé par les puissantes milices de Misrata appuyées par le Qatar, la Turquie et certaines puissances occidentales, dont principalement la Grande-Bretagne, l’Italie, etc. et les forces du Maréchal Haftar dominant la Cyrénaïque, soutenues par l’Egypte, les EAU, le Tchad, la France, la Russie et dans une moindre mesure la Chine, etc.

 

Le 11 septembre 2016, alors que les forces du GUN sont empêtrées dans une guérilla urbaine afin d’éliminer Daesh de Syrte, les forces du Maréchal Hafter conquièrent en trois jours le croissant pétrolier rebattant les cartes d’une scène libyenne tourmentée. Les islamistes regroupés sous la dénomination de « colonnes de Benghazi » commandés par Mustepha Charkassi et chassés de Cyrénaïque par les forces du Maréchal Haftar tentent en mars 2017, via une attaque surprise, de reprendre le contrôle du croissant pétrolier. L’opération échoue et ces milices se replient vers Tamanhint dans le sud libyen. En représailles, depuis avril 2017, le Maréchal Haftar lance une vaste offensive militaire de prise en tenaille de Tripoli et de Misrata par le sud. Cette opération aspire à prendre le contrôle de Tamanhint, aéroport stratégique, et à affaiblir les forces du Gouvernement d’Union Nationale de Fayez Al-Sarraj et à le couper du sud. Dans le cadre de cette bataille, la 3ème brigade de Misrata, proche du Mufti de Tripoli et du GUN et composée principalement de milices islamistes, est en première ligne.

 

[2]

 

 

 

 

Le 2 mai, attendue depuis 16 mois, la rencontre des deux hommes à Abou Dhabi permet, en dépit de la persistance de profondes divergences sur le fond, la signature d’un cessez-le-feu quant aux opérations militaires se déroulant dans le sud. En violation de cette disposition, le 18 mai 2017, la 3ème force de Misrata attaque la base de Brak Al-Shati contrôlée par Haftar en commettant un véritable massacre, le plus important depuis l’année 2012, les pertes oscillant entre 141 et 75 militaires et civils massacrés. Le Maréchal Haftar riposte le 20 mai 2017 par le bombardement de positions adverses dans la région de Jufra au nord de Sebha. En dépit des multiples initiatives visant un règlement politique de la crise libyenne, dont l’initiative tripartite portée par la Tunisie et le Président Béji Caïd Essebsi, le temps semble être à la parole des armes avec un risque d’embrasement généralisé du théâtre libyen, notamment du sud et de la Tripolitaine, voisine de la Tunisie.

 

A ce stade, partition de la Libye suivant des lignes historiques, guerre civile généralisée à l’image de la Syrie, émergence d’un régime militaire autoritaire à l’égyptienne, réaffirmation d’un compromis tribal brisé par l’intervention militaire de l’OTAN, naissance d’une fédération libyenne sauvegardant son unité, etc. sont autant de scénarios concevables quant à l’avenir de la Libye.

 

Le 7 mars 2016, l’attaque de Ben Guerdène en Tunisie a démontré, quant à la sécurité nationale tunisienne, l’acuité et la gravité des menaces en provenance d’une Libye non stabilisée. La jonction entre des groupes terroristes présents en Libye et des cellules dormantes en Tunisie pourrait déboucher sur des attaques multiples harcelant et dispersant les forces de sécurité et l’armée nationale. L’exacerbation des tensions et des conflits entre milices visant à s’assurer le contrôle des richesses du pays, des trafics et du pouvoir politique sur fond de sécessionnisme et de montée en puissance des islamistes radicaux et du terrorisme menace durablement l’unité de la Libye et la stabilité de la Tunisie, notamment des régions frontalières aux équilibres ethniques et sécuritaires fragiles.

 

Par ailleurs, si les forces hostiles aux islamistes en Tripolitaine cèdent, toute la région frontalière s’érigera en sanctuaire pour les jihadistes tunisiens d’Ançar Al Charia et les jihadistes tunisiens de retour d’Irak et de Syrie. Leur force de frappe et leur capacité de nuisance en seront décuplées. La Tunisie devra s’assurer le contrôle de verrous stratégiques tout le long de la frontière.

 

Dans ce cadre, les menaces projetées par le théâtre libyen sont multiples : soutiens divers de groupes terroristes libyens ou réfugiés en territoire libyen à des mouvements radicaux tunisiens, base de repli, d’entraînement et d’organisation pour des groupes terroristes tunisiens, infiltration d’éléments terroristes, d’armes et de trafics divers, enlèvement et assassinat de ressortissants tunisiens, basculement de la Libye dans une guerre civile généralisée engendrant un vaste mouvement de réfugiés vers le territoire tunisien, partition de l’entité libyenne suivant des lignes de fracture historiques, connexions avec les différents foyers de crise embrasant le flanc sud sahélien, exportation des combats entre différentes factions libyennes en Tunisie à la faveur des Libyens résidant en Tunisie constituent autant de danger auxquels sont confrontés les autorités tunisiennes. Parallèlement, la détérioration de la situation en Tripolitaine se traduisant par une fermeture durable des frontières affecterait directement les régions frontalières tunisiennes aux équilibres précaires vivant principalement des trafics illicites et de la contrebande. Cet état de fait pourrait engendrer une flambée de violence et des révoltes sociales difficilement maîtrisables.

 

Enfin, du fait des ingérences étrangères, la Libye est projetée au cœur d’un grand jeu à l’échelle régionale et mondiale dépassant les considérations intérieures : évincement de puissances rivales, luttes d’influence entre soutiens et adversaires des révolutions arabes récupérées par les Frères musulmans, affrontements par milices interposées entre les monarchies du Golfe, contrôle des richesses libyennes et sahéliennes, reconfiguration des rapports de force à l’échelle du Maghreb, etc. L’instabilité libyenne représente ainsi une menace majeure quant à la consolidation du processus démocratique tunisien. La multiplicité des acteurs impliqués dans les négociations politiques et la non convergence de leurs intérêts stratégiques laissent peu d’espoir quant à leur réussite.

 

Cette situation pèse directement sur la sécurité de la Tunisie, mais également de l’Algérie, du Niger, du Tchad et plus globalement des théâtres maghrébins, méditerranéens et européens. L’avenir de la Libye, proche des foyers de tension et de vulnérabilité que sont le Darfour, l’espace toubou, le fondamentalisme islamiste de Boko Haram et l’Egypte, est au cœur de l’équation sahélo-maghrébine. L’intervention de l’OTAN en Libye sans tenir compte de l’après conflit et du changement de régime s’est traduite par la crise malienne engendrant elle-même un effet de souffle déstabilisant toute la scène sahélienne, situation propice à la justification d’une pénétration des puissances occidentales au détriment des puissances rivales (Russie, Chine, Inde, Turquie, Pays du Golfe, etc.) sur fond de lutte contre le terrorisme et le crime organisé.

 

L’effondrement de l’Etat libyen, second partenaire économique de la Tunisie après l’Union Européenne, constitue une catastrophe économique, sécuritaire, humaine, etc. pour la Tunisie. La solution privilégiée devra être avant tout entre libyens et maghrébine tout en impliquant des Etats clefs à l’instar du Tchad, du Soudan et du Niger. Sans réappropriation des clefs de notre destinée, la voie est ouverte à un règlement imposé depuis l’extérieur par des puissances étrangères poursuivant des intérêts stratégiques nous dépassant.

 

Dans ce contexte, plus globalement, la sécurité de la Tunisie et son essor économique sont intimement liés à l’évolution de la scène maghrébine et à l’édification du Grand Maghreb. Les initiatives passées ayant toutes buté sur la complexité du théâtre, la Tunisie doit faire preuve d’audace et porter cette ambition. « Il s’agit de l’ériger en priorité nationale. Afin de surmonter les rivalités, Tunis pourrait lancer une initiative visant à promouvoir, sans parti pris, une collégialité stratégique jetant les bases d’un Maghreb équilibré. Le dénominateur commun doit être d’abaisser le niveau des tensions régionales. Dans un contexte marqué par la vulnérabilité croissante de l’ensemble des pays maghrébins, il s’agit, pour la Tunisie, d’amener les autres pays, via une diplomatie plus active, à jeter les bases d’une entente régionale pragmatique, visible et manifeste aux yeux de l’Occident, de l’Afrique et des pays asiatiques. Ce Maghreb devra assumer sa sécurité et se prendre en charge afin de répondre collégialement aux défis et aux menaces et entraver les ingérences étrangères risquant de le déposséder des clefs de son avenir. Trois dossiers prioritaires devront sceller cette collégialité maghrébine : le règlement de la question libyenne ; une convergence de vue et d’action sur les problématiques caractérisant la scène sahélienne et l’élaboration d’une stratégie commune de gestion du retour des « foreign fighters » et de prévention de la radicalisation des jeunes »[3].

 

1 Pour de plus amples détails, consulter : Afrique Réelle, Bernard Lugan, N°88, avril 2017.

2 Afrique Réelle, Bernard Lugan, N°88, avril 2017, p.3.

3 Pour de plus amples détails, consulter l’Etude « La Tunisie en 2025 », ITES, janvier 2017 consultable au lien suivant : http://www.ites.tn/la-tunisie-en-2025/

 

 

*Mehdi Taje, Géopoliticien et prospectiviste, spécialiste du Maghreb et du Sahel africain

 

 

Mehdi Taje

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Quel monde ? Ce monde, notre monde.

Publié le par Mahi Ahmed

Quel monde ? Ce monde, notre monde.

Amin Khan

 

Un deuxième "Nous autres" coordonné par Amin Khan vient de sortir aux Editions Chihab sous le titre "Notre rapport au monde". L'ouvrage comprend des contributions de Ahmed Bedjaoui, Mouanis Bekari, Akram Belkaïd, Ahmed Cheniki, Saïd Djaafer, Tin Hinan El Kadi, Suzanne El Farra, Jihad Hudaib, Amin Khan et Nedjib Sidi Moussa. Voici l'introduction de ce second "Nous autres"...

 

 

"Porteurs d'eau
épaules enchaînées à l'ordre du monde
amertume et limon

Porteurs de feu
échardes au cœur du silence
la chute de Grenade fut
une explosion de saveurs

Porteurs du destin
dites aux papillons poudreux de la mémoire
comment finit l'Orient
et comment il commence"

 

Ce nouveau monde, de la dite "mondialisation", quel est-il ? Il est, à bien regarder, le même vieux monde, ce vieux monde perpétuellement soumis à la même vieille logique de la domination, mais revêtu, depuis la décennie qui a précédé la chute du mur de Berlin, des atours aveuglants de l'idéologie, pourtant invraisemblable, de la fin de l'histoire, de la défaite des idéologies, du choc des civilisations, du triomphe universel, inéluctable et irréversible, du marché et de la démocratie, pêle-mêle.

La mondialisation, présentée par ses promoteurs comme une ère de grande liberté et de puissante croissance des moyens économiques et matériels de l'accès de l'humanité aux bienfaits de cette nouvelle ère de liberté, s'avère bien différente en réalité. Car la dernière trentaine d'années a vu une accélération démente de la dilapidation des ressources naturelles de la planète, l'aggravation des inégalités entre les pays, ainsi qu'à l'intérieur des pays, l'augmentation de la violence, du terrorisme et de la criminalité sur tous les continents, la prolifération des conflits armés et des "guerres civiles" de haute ou de basse intensité, le démantèlement de pays comme la Yougoslavie, l'Irak, le Soudan et la Libye, ainsi que la décomposition plus ou mois spectaculaire de nombreux autres pays comme l'Afghanistan, le Congo, le Mali, l'Ukraine, le Yémen ou la Syrie.

La mondialisation, c'est aussi les déplacements de millions, et bientôt de dizaines de millions d'hommes, de femmes et d'enfants brutalement déracinés, arrachés de leur terre, de leurs familles, de leurs communautés, de leur humanité. La faim, la soif, la guerre, la maladie, le chômage, la corruption, la peur, le désespoir, sont les principaux instruments d'exercice de l'ordre mondial actuel, associés à la production ininterrompue du langage et des normes de l'aliénation profonde, de la confusion paralysante de populations entières domestiquées par l'ingestion forcée des drogues idéologiques des fausses alternatives, des fausses évidences, par la fabrication massive de l'ignorance, par la menace et l'usage de la terreur, par la généralisation du consumérisme et la production et la consommation frénétiques des miettes toxiques et sucrées de l'inépuisable fatras du marché global de l'illusion.

 

 

Sous couvert de l'écume hypermoderne de brillantes découvertes scientifiques, de leur marchandisation et de leur érection en vecteurs/normes culturels superpuissants, la mondialisation, c'est aussi, et surtout, le retour des archaïsmes que la "modernité", au cours du 20e siècle notamment, avait, pour une part, combattus, et prétendument vaincus. Ce sont les archaïsmes du clanisme, du tribalisme, du nationalisme réactionnaire, de l'impérialisme contemporain, vaisseau amiral de la nouvelle barbarie. Ce sont les archaïsmes de l'ignorance prolifique et ceux du racisme, sous ses formes nues, brutales, ou bien les plus sophistiquées, qui s'efforce de dépasser l'impuissance historique de ses tenants par une agressivité renouvelée de leurs politiques économiques et sociales et de leurs entreprises guerrières néocoloniales. Ce sont les archaïsmes de l'exploitation des faibles, de la misogynie, de la chosification des êtres, de la déshumanisation des humains.

Mais nous autres, quel est notre rapport à ce monde? Quel est notre rapport à cette humanité, dégradée, fragmentée en hordes, en milices, en bandes de pseudo-individus ?

Ce ne peut être un rapport extérieur. En aucune manière, il n'est possible, ou intellectuellement, ou même fantasmatiquement souhaitable, de se situer dans un autre lieu, dans un autre temps, que ceux de l'histoire dans laquelle nous sommes plongés, le plus souvent suffocants, sidérés, plus ou moins conscients, que l'on espère encore, ou que l'on glisse dans l'une ou l'autre des multiples modalités du désespoir que nous offre l'ordre actuel du monde.

Ce rapport, qui n'est pas d'extériorité, en est d'autant plus pétri de complexité. Nous sommes dans le monde, nous en faisons partie, dans un rapport des forces qui, sans être statique et immuable, nous est aujourd'hui très défavorable. Mais nous n'acceptons pas la fatalité de cet ordre. Nous refusons d'être assignés à des places que nous n'avons pas choisies, nous refusons de jouer des rôles que l'on veut nous imposer, et nous refusons des règles et des normes intellectuelles et morales dont nous savons que le respect nous aliène, nous contraint, nous soumet.

Nous autres, individus, sociétés, fractions de groupes, fragments de communautés, bribes de destin, nous nous reconnaissons d'abord en cela : le refus des "évidences" qui n'en sont pas, le refus des « alternatives » qui n'en sont pas, le refus de rejoindre l'un ou l'autre des camps constitués et articulés pour la bonne marche des mécanismes de l'ordre du monde. Nous refusons la chaîne infinie des couples infernaux de la pensée dominante : Orient/Occident, Occident/Islam, Dictature/Démocratie, Justice/Liberté, Identité/Altérité, Local/Global, etc.

 

 

Ces couples de notions qui servent de fondements aux discours intellectuels, politiques et médiatiques de l'époque, occupent la totalité du champ référentiel de tous débats, discussions, analyses, opinions autorisés par la coalition des pouvoirs politiques, économiques, académiques ou médiatiques. Ils occupent la totalité du champ de la pensée et de la représentation et, de plus, l'enferment dans une dialectique déterminée par, entre autres paramètres, la dichotomie entre de prétendues antinomies, et cela, au mépris des réalités les plus criantes de l'expérience historique.

Dans ces conditions, il est extrêmement difficile de faire valoir la formulation même de certaines questions : La civilisation musulmane, qui a apporté, et développé, la pensée grecque aux populations européennes, est-elle une civilisation orientale, ou occidentale, ou autre chose ? Le christianisme, né en Palestine, est-il une religion occidentale, ou orientale, ou autre chose ? Le Japon, est-il une puissance occidentale, ou orientale, ou autre chose ? L'Algérie, est-ce un pays oriental, ou occidental, ou autre chose ? Les Algériens, sont-ils berbères, maghrébins, arabes, africains, européens, musulmans, ou autre chose ? Doit-on être islamiste « ou » anti-islamiste ? Laïc « ou » musulman ? Qu'est-ce qu'Israël, un Etat juif, ou un Etat démocratique, ou un Etat colonial ? etc.

La réalité est qu'il n'y a jamais d'identité fixe, ni d'altérité autre que relative et datée. Il n'y a jamais de sang pur ou de sang impur, pas plus qu'il n'y a de nation éternelle, de nature humaine, ou de vérité absolue. Les humains, ou les peuples, ne sont ni bons ni mauvais. Leur histoire est le résultat, toujours provisoire, de mille déterminations et de mille circonstances.

L'affirmation précédente n'est pas un permis accordé pour la relativisation de tout et de chacun, de tout événement et de chaque situation. C'est, au contraire, la mise en exergue de la nécessité de prendre conscience de la complexité des choses, des gens et des situations, et de l'obligation intellectuelle et morale qui en découle, de s'efforcer de reconnaître, et de connaître, la complexité des choses et des situations, et de s'efforcer d'appréhender de façon informée, logique et cohérente les causes, les effets, les contextes des situations et des évènements.

Cette prise de conscience de la réalité du monde, y compris celle de la réalité de notre rapport à lui, passe par la mise en question des mots, des notions, des concepts, des langages auxquels nous participons. Car l'aliénation et la domination reposent sur la soumission à des sens que nous ne maîtrisons pas. On peut, par exemple, répéter à longueur de temps « Civilisation occidentale », « Islam », « Démocratie », croyant savoir de quoi on parle, mais ne le sachant pas. Il en va ainsi de quelques dizaines de notions fondamentales qui structurent le champ de nos réflexions et de nos représentations et nous enferment toujours plus dans la confusion et l'impuissance intellectuelles, celle des dominés, que l'on se trouve au « nord » ou au « sud » du monde, en « Orient » ou en « Occident », en haut ou en bas de la société.

 

 

Se libérer de l'aliénation commence donc par l'affirmation d'une volonté, celle de mener sans cesse cette lutte constante pour d'abord sortir de la cacophonie sémantique mondiale de l'orchestre assourdissant des puissants de l'heure, être alors vraiment soi, et donc, ouvrir l'horizon.

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Un bouc émissaire tout désigné pour les macronistes

Publié le par Mahi Ahmed

Un bouc émissaire tout désigné pour les macronistes

par Kharroubi Habib

 

 

En France, dans le camp Macron l'explica tion est toute trouvée quant à une possible victoire au second tour de l'élection présidentielle de Marine Le Pen, la candidate du parti d'extrême droite le Front national. Le bouc émissaire pour leur défaite est en effet déjà clairement montré du doigt par Emmanuel Macron et ses soutiens. C'est Jean-Luc Mélenchon le candidat malheureux de la « France insoumise » qui a refusé de les rallier et d'appeler les sept millions d'électeurs ayant voté pour lui à faire barrage à la candidate de l'extrême droite en votant pour leur candidat au second tour.

 

Ceux qui chargent déjà Mélenchon du péché de faire le lit à une possible élection de Marine Le Pen sont en majorité des acteurs politiques et des gens des médias dont la responsabilité est autrement plus avérée dans la montée en puissance du Front national dans le paysage politique français et de l'attrait qu'exerce sa présidente et candidate. Faisant partie d'un système politique dont ont émané des pouvoirs de droite et de gauche ayant pratiqué des politiques anti-populaires, les détracteurs du leader de la France insoumise ont sans vergogne emprunté au Front national certains des fondamentaux de son programme électoral qui le classent incontestablement en tant que parti d'extrême droite.

 

Leur lepénisation dont ils refusent d'en reconnaître la réalité a entraîné qu'ils sont devenus moins franchement pourfendeurs du Front national et de ce qu'il représente. Certains allant même à trouver qu'avec à sa tête Marine au lieu de son père, ce parti en est devenu fréquentable pour avoir pris ses distances avec le corpus doctrinal qui a été le sien avec Jean-Marie Le Pen. Sorti par eux de l'ostracisme dont il était l'objet, le Front national est devenu moins rebutant pour une partie sans cesse grandissante des Français devenue perméable aux idées qui sont les siennes d'autant qu'elles ont été reprises par des partis qui ont été ses repères politiques mais dont elle s'est détournée s'étant sentie trahie par eux.

 

Les médias français ne sont pas sans reproche dans la montée en puissance et en popularité du FLN auquel en prétextant de leur refus de sa diabolisation ils se sont mis à octroyer sans mesure l'accès à leurs plateaux et à choyer en courtisans sa présidente et autres portes-paroles. En ce deuxième tour de la présidentielle, le camp Macron est devenu une nébuleuse où ceux qui ont mis le pied à l'étrier au Front national et ont été tentés de faire du Le Pen sans Jean-Marie ou sa fille ambitionnent de se refaire une virginité. C'est dans ce but qu'ils pourfendent Jean-Luc Mélenchon et le désignent déjà comme étant le probable artisan d'une éventuelle victoire de la candidate de l'extrême droite. Ce ne sont plus que des Ponce Pilate.

 

En chargeant Jean-Luc Mélenchon ils pensent se ménager un avenir avec Macron ou même avec Marine Le Pen. L'honneur de Mélenchon a été de refuser de faire semblant d'oublier que ses pourfendeurs sont ceux-là mêmes qui ont dédiabolisé le Front national et pour d'aucuns envisagent même de faire alliance avec lui ou espèrent séduire son socle militant en lui empruntant ses délires xénophobes, racistes et anti-immigrants. Ce ne sont ni Sarkozy, ni Fillon, ni Valls pour ne citer qu'eux qui sont indiqués pour proférer l'opprobre contre le leader de la France insoumise.

 

URL : http://www.lequotidien-oran.com/?news=5243818

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LES ÉLITES DES MUTATIONS LIBÉRALES ALGERIENNES

Publié le par Mahi Ahmed

LES ÉLITES DES MUTATIONS LIBÉRALES ALGERIENNES

vendredi, 28 avril 2017 / raina

1. Le cahier des charges des « institutions internationales »

Les réformes ont constitué la colonne vertébrale d’un reprofilage graduel mais intensif du rôle des élites de l’économie

A partir de la fin des années 80, en Algérie comme ailleurs, ainsi que le relève pertinemment le professeur Rolande Borrelly, il n’était plus possible d’énoncer une autre vérité que celle des « bienfaits » des réformes pour la libéralisation : bienfait de la concurrence des produits importés (stimulant des entreprises locales), bienfait des investissements étrangers (support du transfert de technologie, modèle d’organisation à imiter, occasion d’engager des partenariats dynamiques), bienfait des privatisations (libérant les initiatives et rationalisant la gestion des entreprises publiques, mastodontes paresseux et rentiers), etc. C’est le Consensus de Washington qui constitue le bréviaire des politiques économiques

L’ancien ticket du développement n’a plus cours. Le développement devient « le fruit promis d’une croissance spontanée transmise par le marché mondial et une spécialisation fondée sur les avantages comparatifs ». La question de l’attractivité du cadre institutionnel en constitue la variable-clé. Elle se nourrit à un axiome unique : seuls l’IDE, « incontournable », et la privatisation, « facteur de croissance », vont permettre de dynamiser l’ensemble du tissu économique algérien. La mondialisation devient une chance à saisir, une« fenêtre d’opportunité » à ne pas rater. Il ne s’agit plus de construire une structure industrielle autonome mais plutôt de s’insérer au mieux dans la restructuration mondiale des activités industrielles. Ceci, par ailleurs, ne devant pas être compris comme une invitation indirecte à débattre de l’intérêt de cette insertion et encore moins de son bien fondé. Seul le modus operandi devrait mobiliser notre attention.

Quant à l’Etat, il doit ajuster ses mécanismes avec « les contraintes et opportunités qui naissent de son insertion internationale

L’Etat reçoit des rapports des fameuses« institutions internationales », Banque mondiale, FMI, OMC, Union Européenne, etc. qui lui enjoignent de mettre en ordre la politique nationale, à cette fin. Ces rapports sont, quant au fond, autant de commandes pour s’ajuster aux intérêts et aux pressions économiques et politiques, travestis en questions et en impératifs techniques et de rationalité, des Etats occidentaux.

 

LES ELITES DES MUTATIONS LIBERALES ALGERIENNES

2. Les thèmes de bataille du discours des élites libérales

Dotées du statut social et de l’autorité politique de conseillers du prince de rang à la fois local et mondial, des élites nationales mondialisées ou aspirant à le devenir, sont chargées de produire l’idéologie de circonstance, en l’occurrence le « There is no alternative », qui accompagne le redimensionnement de la souveraineté de l’Etat national à la mondialisation« incontournable. Les élites converties puisent volontiers dans le lexique forgé par la mondialisation au nom de l’universalité des règles de « la science économique » Le pouvoir terminologique, qui affirme et met en exergue la sphère de nos intérêts nationaux, s’estompe devant la puissance du verbe globalisé qui nous dessine jusqu’aux contours du camp de nos amis et de nos alliés en nous désignant les lignes de nos ennemis. Communauté internationale, climat des affaires, gouvernance, économie de marché, réformes structurelles, Etat providence, souverainisme, société civile, droits de l’homme, devoir d’ingérence, gagnant- gagnant, paix sociale, employabilité, etc, etc, sans oublier la sempiternelle tarte à la crème de l’économie rentière et de l’Etat rentier, ces mots de l’errance indigène dans la mondialisation « impérative » ont déclassé indépendance nationale, souveraineté nationale, développement national, système productif national, justice sociale qui balisent la terre ferme de notre individualité historique nationale, mais qui sont, à présent, dénigrés pour cause, dit-on, de péremption

— La symptomatologie

— Une symptomatologie exacerbée qui s’attache à dresser l’inventaire systématique et disqualifiant des "maux" de la politique, de l’économie, de la société, symptomatologie qui s’assimile à une interminable recension d’échecs, de blocages, de ratés, d’impasses et de crises dont les racines socioéconomiques et politiques sont occultées et qui renvoie finalement à une sorte de malédiction dont on attend impatiemment la délivrance. Par qui ? Pour aller où ?

Cette symptomatologie a pour but de participer à la formation d’une perception de la réalité socio-économique et politique sur le mode de la catastrophe imminente et ses dilemmes cornéliens : « Statuquo ou changement réel », « Réformes ou suicide collectif » et ses qualificatifs de prédilection : « inéluctable, incontournable, impératif, lancinant, urgent », etc. Il s’agit de produire un sentiment de l’urgence et de la fatalité des « réformes structurelles » mais pour imposer, comme conclusion logique, des grilles de lecture de la réalité, de ses pathologies et des thérapies à soumettre, conformes à la doxa des « institutions internationales ». Exemple il devient « impératif » de : « créer des Fonds souverains, « intégrer l’OMC, « instaurer la convertibilité du dinar », « adopter des règles conformes à celles en vigueur à l’échelle internationale », « supprimer les subventions » etc., etc.

— Le benchmark

L’idée normative est opposée à la réalité contingente de l’Algérie. Les élites s’appliquent à mettre en évidence l’écart qui sépare la réalité politique et socio-économique du pays de ce modèle abstrait d’ordre sociopolitique conforme aux « concepts et aux notions les mieux établis en sciences économiques et en économie politique » idéaltype posé comme la norme à atteindre

Les contingences sociales et historiques sont évacuées. Tout est en failles et en attentes, c’est-à-dire dans l’attente de ce qui devrait être. Les classements des « institutions internationales » notamment du « doing business » sont érigés en références absolues. Il s’agit d’importer les success stories et les logiciels qui ont réussi dans d’autres contextes, exemple, la Corée du Sud. Un rapport du FEMISE n’hésitait pas à conclure en septembre 2001 qu’ « ’il restait à l’Algérie, sur la voie de la libéralisation économique, 30% du chemin nécessaire pour approcher la situation de l’Union Européenne ». (Rapport du Forum Euro-Méditerranéen des Instituts de Sciences Economiques, séminaire des experts gouvernementaux sur la transition économique, 27-27 septembre 2001.)

Ainsi, forgée en référence aux représentations normatives, juridiques et morales des démocraties libérales occidentales, la grille de lecture de la réalité ne peut, par la suite, que produire le constat d’un pays en constant décalage, pointant les écarts négatifs comme autant de preuves cumulées de l’échec. En un mot, l’image du gâchis. Toute la perspective historique de l’Algérie se résume alors à réunir les conditions de sortie de cette « impasse » et celles du passage à ce « modèle universel », panacée de tous les maux présumés ou réels de l’Etat national algérien.

L’occultation de la réalité contemporaine du capitalisme mondial et de sa crise actuelle

Une vision idyllique de l’économie mondiale : le mythe du gagnant-gagnant

Impulsé par ces élites, le « débat » économique national est dédié pratiquement sans réserve à la cause de l’insertion internationale de l’économie algérienne et son corollaire fatal, l’obligation « impérieuse » d’adaptation des institutions, des structures, des mécanismes, des ressources humaines et bien entendu, des choix nationaux. Dans cette vision idyllique de l’économie mondiale guidée par des « règles universelles », les échanges seraient, pour l’essentiel, affaire d’avantages comparatifs, de croissance et de développement, le dollar est un « signe impartial et international des échanges » ; ONU, FMI, Banque mondiale, GATT, OMC, etc. sont des institutions internationales de régulation créées « pour éviter que les conflits ne dérapent », etc. Bref, tout l’enjeu se situe dans la capacité à améliorer sa productivité, à développer de nouvelles richesses.

Un monde au bord de l’apocalypse, une crise de nature systémique et de proportion globale aux retombées domestiques sous estimées

L’ampleur déstabilisatrice des recompositions sociales et politiques et de la reconfiguration du rôle de l’Etat qui accompagnent cette insertion est occultée

Depuis bientôt 8 années, le monde assiste, apparemment impuissant, aux métamorphoses brusques, violentes et imprévisibles de la crise qui a frappé, en 2007-2008, le système financier des Etats-Unis, clé de voute de l’ordre capitaliste mondial, le fracturant de l’intérieur même de son intime mécanisme. Cette crise qui a d’abord évolué en crise de dimension économique et sociale, puis en crise politique, dégénère, à présent, le verbe n’est pas fort, en crise géopolitique. Une crise de nature systémique et de proportion globale sans issue visible qui fait rappeler aux analystes qu’il a fallu au système capitaliste, 15 ans et une guerre mondiale pour sortir de celle de 1929. L’horizon de profit s’est raccourci de manière drastique, n’offrant plus que la spéculation financière et boursière et les guerres comme débouché rentable au capital. Les profits se trouvent moins dans l’investissement que dans la spéculation. La vieille question de l’incitation à investir, elle, se heurte au mur de la tendance mondiale à la stagnation.C’est l’immédiat qui tient lieu et place d’avenir.

Dans la très grande reconfiguration géopolitique guerrière et chaotique en cours-qui résulte de la stratégie US de désintégration programmée de tout le système de relations internationales, politiques, économiques et juridiques- il est une construction qui est tout particulièrement menacée, c’est l’État-national et singulièrement l’Etat périphérique. En reprenant la métaphore d’un ancien ministre au fait des réalités de l’ordre du monde, on peut dire que le bateau Algérie vogue sur un océan mondial en furie, situation d’autant lourde de périls que la richesse économique du pays le fait précisément dépendre du marché international le plus ultra-conflictuel, celui de l’énergie.

Le lexique des « institutions internationales

L’argumentaire des élites libérales s’est construit autour des principaux thèmes de bataille des institutions financières internationales (Banque mondiale, FMI), mais aussi des institutions de l’Union Européenne.

- La thématique rentière

En Algérie, la problématique du « système rentier » constitue la clé de voute de, pratiquement, toutes les élaborations traitant des réformes du régime socio-économique et politique algérienne. Les facteurs explicatifs de tous les dysfonctionnements qui affectent le « système », renvoient systématiquement et invariablement à cette catégorie. Depuis la fin des années 1980 et dans le sillage des programmes de libéralisation de la Banque mondiale et du FMI, elle est devenue le pivot central des entreprises de déconstruction et de disqualification de la politique de développement national suivie, dans le passé. Ainsi, rapports économiques, rapports politiques, rapports sociaux, tout gravite autour de la « rente pétrolière ».

- Le thème des dépenses publiques « excessives » au service d’une cause, sous-entendue politicienne et donc douteuse : l’achat de la « paix sociale ».

- Le thème du secteur public « inefficace » par définition, « gouffre financier » et ses très nombreuses déclinaisons

— Le thème de la « crise du système »

Abdeltif Rebah

 

 

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«Les places boursières sont l’antre des spéculateurs

Publié le par Mahi Ahmed

» Entretien avec Ammar Belhimer, auteur de Les Dix Commandements de Wall Street :

«Les places boursières sont l’antre des spéculateurs

 

Propos recueillis par Mokhtar Benzaki

L’Anep vient de publier un second ouvrage du professeur en droit Ammar Belhimer, sous le titre «Les Dix nouveaux commandements de Wall Street». C’est un ensemble de chroniques, reportages et analyses, parus dans Le Soir d’Algérie, réécrits, mis à jour, enrichis et agencés pour trouver une cohérence d’ensemble qui rend fidèlement compte de la réalité de l’ordre néolibéral des années 1990 jusqu’à l’élection de Donald Trump. Il nous en parle.

Le Soir d’Algérie : Les chroniques de presse se prêtent-elles à un exercice aussi ambitieux que celui de configurer le mode de fonctionnement et de reproduction d’un système aussi complexe que le néolibéralisme ?

Ammar Belhimer : La matière de l’essai est tirée des chroniques hebdomadaires parues dans Le Soir d’Algérie depuis plus de douze ans. Ces chroniques sont généralement le prétexte ou l’occasion de lectures jugées pertinentes se rapportant aux interrogations du moment. Que ces lectures soient liées à l’actualité ne diminue en rien de leur valeur scientifique, bien au contraire.

Ainsi, se régalera-t-on de la lecture de Marc Roche, journaliste financier français du quotidien Le Monde, en poste successivement à New York, Bruxelles, Washington et Londres, qui (dans un bel ouvrage La banque : comment Goldman Sachs dirige le monde) nous dresse un portrait croustillant de Lloyd Blankfein, le P-DG de Goldman Sachs, qui règne sur la finance mondiale dans le plus grand secret et qui s’autorise à dire modestement : «Je ne suis qu’un banquier qui fait le travail de Dieu.»

De la même manière, et dans un tout autre registre, celui de l’anthropologie et de l’économie, David Graeber, professeur à London University, nous livre un ouvrage, récemment traduit de l’anglais chez Babel (Dette 5000 ans d’histoire) dans lequel il souligne que, depuis l’aube du temps, les outils de communication de l’homme sont indissociables du marché : «Adam Smith aussi voyait le langage — donc la pensée humaine — naître de notre penchant à faire ‘‘des échanges d’une chose pour une autre’’, qui lui paraissait également être à l’origine du marché. Le besoin pressant de commercer, de comparer les valeurs, est très précisément ce qui fait de nous des êtres intelligents et nous distingue des autres animaux.

La société vient ensuite — autrement dit, au départ nos idées sur nos responsabilités à l’égard des autres prennent forme en termes strictement commerciaux.»

Si la langue du marché a très tôt prévalu, les marques d’hostilité, de lutte et de résistance n’ont également pas été étrangères à notre langage. Parce qu’elles touchent à toutes les disciplines, ces lectures appréhendent l’objet de la recherche avec un œil à facettes multiples. Leur réécriture (afin de les extraire de l’actualité du quotidien) et leur agencement dans un ensemble thématique cohérent donne du sens à une construction d’ensemble qui ambitionne de dresser un tableau aussi exhaustif que plaisant (en termes d’écriture) de l’ordre néolibéral. L’effort de réécriture entrepris est en effet destiné à faciliter pour le plus grand nombre la lecture de concepts et autres formules habituellement réservées aux initiés, sans pour autant altérer leur complexité.

A quoi se résume cette configuration générale de l’ordre néolibéral que vous évoquez ?

Les deux mamelles du néolibéralisme que sont la spéculation et l’endettement sont soigneusement analysées. «Au cœur du monde il y a le dieu Argent. C’est là qu’est le premier terrorisme», relève, à juste titre, Sa Sainteté le pape François. S’il fallait paraphraser les Dix Commandements de Dieu donnés à Moïse sur le Sinaï pour définir les règles qui organisent le Consensus de Washington, fondateur de l’ordre néolibéral, cela donnerait un Décalogue explosif. Même s’il n’épargne pas les autres sphères, c’est dans l’économie que l’intégrisme néolibéral fait le plus de ravages. Le modèle se résume à une mixture de thatchérisme, de «reaganomique» et de «Consensus de Washington», tous favorables aux privatisations, à la libéralisation économique et à des banques centrales préoccupées uniquement par l'inflation, et accessoirement par la stabilité des prix, hors de toute considération de croissance. Déformation du réel, culte de l’évaluation et mépris de la justice, domination d’une caste et idéal sécuritaire, tels sont les signes les plus manifestes du nouvel ordre néolibéral. L’ouvrage installe méthodiquement les pièces du puzzle néolibéral pour dévoiler d’abord son arrière-boutique, son «fil conducteur» : une nouvelle forme de valeur, la haute main du banquier sur l’économie réelle, l’antre des spéculateurs que sont devenues les places boursières, dans ce qu’il est advenu d’appeler une «économie de casino».

Vous associez l’avènement du néolibéralisme à la chute de l’Union soviétique et au couple Reagan-Thatcher ?

Le néolibéralisme est un ordre hégémonique qui achève un long processus de développement du capital financier amorcé autour de la première guerre mondiale.

Le nouvel ordre néolibéral règne sans partage, hors de toute régulation et de tout contre-pouvoir, depuis les années 1990.

Il trouve une parfaite expresse dans ce qu’il est convenu d’appeler le «Consensus de Washington», une expression utilisée pour la première fois en 1989 pour asseoir dix mythes fondateurs : la discipline budgétaire, la réorientation des dépenses publiques, la réforme fiscale, la libéralisation financière du commerce et la déréglementation, les taux de change, la privatisation et l’extension des droits de propriété.

Quelles implications cela induit-il pour les pays en développement, dont le nôtre ?

Pour les pays du Sud, la nouvelle économie politique repose sur deux fondements étroitement associés à l’extraction de la valeur :

• le développement de nouvelles forces productives (dans l’électronique, les communications, les transports, la logistique et la gestion) ;

• la suppression des barrières nationales à la circulation des capitaux et des marchandises (pas des personnes), la privatisation des sphères publiques et communes, l’avènement de nouvelles institutions commerciales (OMC), financières (FMI) et miliaires (Otan) dans la prise de décision.

Dans notre essai, la chaîne de domination et de dépendances qu’un tel ordre génère est longuement illustrée par l’humiliation subie par la Grèce à la faveur du rééchelonnement de sa dette, de nouvelles vagues d’acquisitions coloniales avec la constitution des fonds pétroliers et la contagion de nouvelles ressources comme l’eau et la terre par l’appât du gain, la privatisation de la guerre, etc.

Il s’ensuit l’avènement de nouveaux vecteurs de la puissance que dessinent l’entreprise du futur, le management financier, le poids du lobbying, le diktat des agences de notation ou encore la gouvernance algorithmique.

Quelles conséquences politiques et sociales génère une telle évolution ?

Une telle évolution ne peut laisser aucun droit de cité à la liberté et la démocratie, ou à toute autre valeur héritée du libéralisme ancien. Le nouveau système politique est une «démocratie totalitaire» qui déconsidère le suffrage universel et les institutions représentatives, menace les libertés syndicales, érode le pouvoir de négociation des salariés. Il prévaut la règle «un dollar = une voix», avec une certaine fatalité de la terreur, sur fond de raz-de-marée d’extrême droite, de perdition de la gauche et de la social-démocratie, de velléité social-libérale.

Au plan social, cette évolution se traduit par une accentuation des inégalités et injustices meurtrières, une pauvreté croissante, le déclin des classes moyennes, l’éloge de la médiocrité, «le syndrome du larbin».

Politiquement parlant, le système installe un Etat qualifié de carcéral et sans souveraineté, qui a pour mission de supplanter les classes.

Quel avenir immédiat se profile devant tant de menaces ?

Le modèle néolibéral, «survendu», peine à produire de la croissance, le non-marchand progresse, sur fond de désertion et de désobéissance, comme en témoigne la «gifle islandaise» — à notre sens insuffisamment analysée.

C’est du grand froid polaire qu’est venue la première réaction honorable à la crise financière de 2008-2009. L’Islande a dit «non» à un traitement inéquitable de ses dettes.

Ce petit Etat insulaire de 103 000 km2 de glace pour 320 000 habitants a inscrit la journée du samedi 6 mars 2010 au fer rouge dans l’histoire du néolibéralisme. Ce jour-là, les Islandais — un petit peuple de pêcheurs réputés peu râleurs — se sont prononcés sur la loi Icesave (du nom d’une banque en ligne locale), votée par le Parlement islandais dans la nuit du 30 au 31 décembre 2009 et qui visait à entériner la nationalisation des dettes privées et à mettre en œuvre un train de mesures d’austérité (gel des salaires, diminution des dépenses publiques…) pour permettre au pays de s’acquitter des dettes contractées auprès des Etats britannique et hollandais. Face à la vive protestation engendrée en Islande par l’adoption du texte de loi, avec notamment une pétition déposée par 60 000 personnes, le président Olafur Ragnar Grimsson a choisi de ne pas le signer et de la soumettre à référendum. Au cours de la campagne, les partisans du «oui» ont mis l’accent sur la légitimité du remboursement des épargnants britanniques et néerlandais qui ont perdu cette somme avec la faillite des banques locales en 2008, ainsi que sur le respect des engagements antérieurement pris par l’Etat. Le gouvernement islandais de coalition entre sociaux-démocrates et Verts était, lui aussi, favorable au remboursement de ces épargnants lésés (évalués à quelque 300 000). Mais les Islandais, dans leur écrasante majorité, ne l’entendaient pas ainsi. Ils ont rejeté à 93,2% l'accord financier Icesave.

Le «oui» n'a réuni que 2 699 suffrages, soit 1,8% des voix, tandis que le «non» a obtenu 134 397 votes, pour une participation finale de 62,7% avec 144 231 votants.

Ce «non» massif est une réaction à une double injustice ou à ce qui est perçu comme tel : la nationalisation d’une dette privée et le besoin de se sacrifier pour financer le sauvetage d’une banque privée.

M. B. 

 

Ammar Belhimer présentera et dédicacera son livre à la librairie Chaïb Dzaïr — baptisée du nom de la première chahida tombée au champ d'honneur aux côtés de Badji Mokhtar – 1, rue Pasteur, Grande-Poste, Alger, samedi 11 mars à 15h.

 

 

Source de cet article :

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2017/03/11/article.php?sid=210491&cid=50

 

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