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Les USA, la France et l’Arabie saoudite attaquent l’Irak

Publié le par Mahi Ahmed

~~Les USA, la France et l’Arabie saoudite attaquent l’Irak Réseau Voltaire | 11 juin 2014 L’Émirat islamique en Irak et au Levant (ÉIIL, en arabe الدولة الاسلامية في العراق والشام dont l’acronyme se prononce « Daesh »), groupe dissident d’Al-Qaïda, a lancé une formidable attaque en Irak, le 6 juin 2014. Alors qu’il occupait déjà Fallouja, il a réussi à prendre le district de Ninive (y compris le chef-lieu Mossoul). Il poursuit son offensive dans les provinces de Kirkouk et Salaheddine. Plus de 150 000 civils ont fui devant son avancée. Le 10 juin, le Premier ministre, Nouri al-Maliki a demandé au parlement de proclamer l’état d’urgence. L’Émirat islamique en Irak et au Levant est commandé par Abou Bakr al-Baghdadi pour le compte du prince Abdul Rahman al-Faiçal (frère du ministre saoudien des Affaires étrangères et de l’ambassadeur saoudien à Washington). Il est co-financé et encadré par des officiers états-uniens, français et saoudiens. Depuis un mois, il dispose d’armement nouveau en provenance d’Ukraine, où l’Arabie saoudite a acquis une usine d’armement, et via la Turquie, qui a installé une ligne spéciale de chemin de fer à proximité d’un aéroport militaire pour approvisionner l’ÉIIL. Abou Bakr al-Baghdadi est un Irakien qui rejoignit Al-Qaïda pour lutter contre le président Hussein. Durant l’invasion états-unienne, il se distingua par plusieurs actions contre les chiites et les chrétiens (notamment la prise de la cathédrale de Bagdad) et par l’instauration d’une terreur islamique (il présidait un Tribunal islamique qui condamna de nombreux Irakiens à être égorgés en public). Après le départ de Paul Bremer III, il fut arrêté et incarcéré à Bucca de 2005 à 2009. Durant cette période, Al-Qaïda en Irak est dissous et ses combattants sont intégrés à un groupe de résistance tribal, l’Émirat islamique en Irak. Le 16 mai 2010, Abou Bakr al-Baghdadi est nommé émir de l’ÉII, alors en pleine décomposition. Après le départ des troupes états-uniennes, il organise des opérations contre le gouvernement al-Maliki accusé d’être au service de l’Iran. En 2013, après avoir fait allégeance à Al-Qaïda, il part avec son groupe poursuivre le jihad en Syrie et le renomme Émirat islamique en Irak et au Levant, ce faisant, il contrevient à la franchise accordée en Syrie, par Ayman el-Zawahiri au nom d’Al-Qaïda, au Front al-Nosra qui n’était à l’origine qu’une extension de l’ÉII. L’ÉIIL est implanté en Syrie où il occupe la ville de Raqqa, la seule ville dont la population n’a pas pu participer à l’élection présidentielle du 3 juin (avec les Syriens résidant en France et en Allemagne).

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Le centre ne peut tenir

Publié le par Mahi Ahmed

~~ Commentaire N° 377, 15 mai 2014 Le centre ne peut tenir Par Immanuel Wallerstein | 9 juin 2014 → Imprimer Immanuel Wallerstein Sociologue, chercheur à l’université de Yale La liste des pays qui s’enlisent dans des conflits politiques de plus en plus durs ne cesse de s’allonger. Tandis que tout récemment, les médias du monde entier avaient encore les yeux rivés sur la Syrie, c’est désormais l’Ukraine qui défraie la chronique. Qu’en sera-t-il demain ? Les regards convergeront-ils vers la Thaïlande ? Une seule chose est sûre : la diversité des thèses avancées pour expliquer les affrontements en cours et l’ardeur avec laquelle ces analyses sont défendues sont particulièrement saisissantes. Notre système-monde moderne est censé permettre aux élites de l’establishment, qui tiennent les rênes du pouvoir, de s’entendre entre elles afin d’aboutir à un « compromis » dont elles puissent garantir la pérennité. Ces élites se divisent schématiquement en deux camps – celui du centre-droit et celui du centre-gauche. Il existe de fait des différences entre elles, mais le résultat de leurs « compromis » est que le nombre de changements intervenus dans les sociétés au fil des années a été minimal. Ceci a été rendu possible par l’existence d’une structure politique verticale (fonctionnant du sommet à la base) qui a organisé ce processus au sein de chaque pays et, sur le plan géopolitique, entre chacun d’entre eux. Le résultat a été la mise en place d’un équilibre des forces se déplaçant progressivement vers le haut de la structure. De ce fait, la plupart des analystes tendent à supposer que c’est encore l’establishment qui tire les ficelles. Dans ce contexte, chaque camp affirme que la base de soutien populaire du camp adverse est manipulée par ses élites, et semble penser qu’en exerçant une pression suffisante sur ces dernières, il parviendra à un « compromis » plus conforme à ses intérêts. Il s’agit selon moi d’une lecture totalement erronée de la situation actuelle, qui est d’abord le produit d’un chaos absolu résultant de la crise structurelle de notre système-monde moderne. Je ne crois pas que les élites soient encore capables de manipuler leurs bases de soutien populaire. Je pense au contraire que ces dernières poursuivent leurs propres stratégies, qu’elles défient leurs élites et qu’elles tentent de les manipuler. On assiste ainsi à un phénomène inédit : le remplacement d’une dynamique politique du haut vers le bas par une dynamique du bas vers le haut. L’existence de cette dernière est parfois sous-entendue par les médias lorsqu’ils évoquent la montée en puissance des « extrémistes ». Mais cette expression - « extrémistes » - est également hors sujet. Car une dynamique politique du bas vers le haut charrie toutes sortes de mouvances, de l’extrême-droite à l’extrême-gauche – en passant par le centre. On peut certes le déplorer, comme l’a fait Yeats dans l’un des vers les plus souvent cités de La Seconde venue : « Les meilleurs ne croient plus à rien, les pires Se gonflent de l’ardeur des passions mauvaises ». Mais il faut noter que Yeats classe les vieilles élites du côté des « meilleurs ». Sont-elles vraiment les meilleurs ? Ce qui est vrai, pour citer un vers moins connu du poème, c’est que « Le faucon ne peut plus entendre le fauconnier ». Comment naviguer politiquement au sein d’un environnement aussi déroutant sur le plan analytique ? Je pense qu’il faut commencer par cesser d’attribuer les événements aux machinations perverses des élites. Ce ne sont plus elles qui contrôlent la situation. Bien sûr, elles peuvent encore provoquer des flambées de violence par des actions imprudentes – elles ne sont pas des modèles de vertu, loin s’en faut. Mais ceux d’entre nous qui souhaitent voir émerger un monde meilleur de ce chaos ne doivent compter que sur eux-mêmes, sur la multiplicité de leurs méthodes pour organiser la lutte. En somme, il nous faut passer de la dénonciation à l’action locale constructive. Les vers les plus sages du poème de Yeats sont les deux derniers : « Et quelle bête brute, revenue l’heure, traîne la patte vers Bethléem, pour naître enfin ? » Alors que notre système historique actuel vit ses dernières heures, la bataille fait rage pour savoir quel autre système historique lui succédera. Car si l’on peut s’attendre à bientôt ne plus vivre dans un système capitaliste, celui-ci pourrait toutefois être remplacé par un modèle encore pire, une « bête brute » cherchant à naître enfin. Bien sûr, il ne s’agit là que d’une éventualité parmi les choix collectifs possibles. Il existe une alternative : celle d’un système relativement démocratique et relativement égalitaire, qui cherche lui aussi à voir le jour. Lequel nous verrons s’imposer au bout de la lutte dépend de nous – par le bas. Traduction : Frédérique Rey Édition : Mémoire des luttes © Immanuel Wallerstein, distribué par Agence Global. Pour tous droits et autorisations, y compris de traduction et de mise en ligne sur des sites non commerciaux, contacter : rights@agenceglobal.com, 1.336.686.9002 begin_of_the_skype_highlighting 1.336.686.9002 GRATUIT end_of_the_skype_highlighting ou 1.336.286.6606 begin_of_the_skype_highlighting 1.336.286.6606 GRATUIT end_of_the_skype_highlighting. Le téléchargement ou l’envoi électronique ou par courriel à des tiers sont autorisés pourvu que le texte reste intact et que la note relative au copyright soit conservée. Pour contacter l’auteur, écrire à : immanuel.wallerstein@yale.edu. Ces commentaires, bimensuels, sont des réflexions consacrées à l’analyse de la scène mondiale contemporaine vue dans une perspective de long terme et non de court terme.

Le centre ne peut tenir

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Ceux qui ont saboté le gazoduc South Stream Manlio Dinucci Tommaso Di Francesco

Publié le par Mahi Ahmed

~~Ceux qui ont saboté le gazoduc South Stream <br>Manlio Dinucci Tommaso Di Francesco ‎Hier ‎10 ‎juin ‎2014, ‏‎10:27:51 | Comité Valmy Ceux qui ont saboté le gazoduc South Stream Manlio Dinucci Tommaso Di Francesco Le gouvernement bulgare a annoncé dimanche avoir interrompu les travaux de construction du South Stream, le gazoduc qui devrait transporter du gaz russe dans l'Union européenne sans passer par l'Ukraine. « J'ai ordonné d'arrêter les travaux –fait savoir le premier ministre Plamen Oresharski. Nous déciderons des développements de la situation après les consultations que nous aurons avec Bruxelles ». Ces derniers jours le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, avait annoncé l'ouverture d'une procédure Ue contre la Bulgarie pour irrégularité présumée dans les appels d'offre du South Stream. Trois jours avant à peine, le 5 juin, la direction du Parti socialiste bulgare, qui soutient le gouvernement Oresharski, donnait pour sûr que le tronçon bulgare du gazoduc aurait été construit malgré le requête de Bruxelles d'arrêter le projet. « Pour nous il est d'une importance vitale », soulignait le vice-président de la commission parlementaire pour l'énergie, Kuiumgiev. Et le président de la Chambre des constructeurs, déclarait que « le South Stream est une bouffée d'oxygène pour les entreprises bulgares ». Qu'est-il arrivé ? Le projet naît quand, en novembre 2006 (pendant le gouvernement Prodi II), le russe Gazprom et l'italienne Eni signent un accord de partenariat stratégique. En juin 2007 le ministre pour le développement économique, Pierluigi Bersani, signe avec le ministre russe de l'industrie et de l'énergie le mémorandum d'entente pour la réalisation du South Stream. Selon le projet, le gazoduc sera composé d'un tronçon sous-marin de 930 Kms à travers la Mer Noire (en eaux territoriales russes, bulgares et turques) et par un tronçon sur terre à travers Bulgarie, Serbie, Hongrie, Slovénie et Italie jusqu'à Tarvisio (Province d'Udine). De 2008 à 2011 sont conclus tous les accords intergouvernementaux avec les pays traversés par le South Stream. En 2012 entrent aussi dans la société par actions qui finance la réalisation du tronçon sous-marin l'allemand Wintershall et la française Edf à hauteur de 15% chacun, alors qu'Eni (qui a cédé 30%) détient 20% et Gazprom 50% des actions. La construction du gazoduc commence en décembre 2012, avec l'objectif de lancer la fourniture de gaz pour 2015. En mars 2014, Saipem (Eni) s'adjudique un contrat de 2 milliards d'euros pour la construction de la première ligne du gazoduc sous-marin. Entre temps, cependant, éclate la crise ukrainienne et les Etats-Unis font pression sur les alliés européens pour qu'ils réduisent les importations de gaz et de pétrole russes, qui constituent environ un tiers des importations énergétiques de l'Ue. Premier objectif étasunien (écrivions-nous le 26 mars ) : empêcher la réalisation du South Stream. A cet effet Washington exerce une pression croissante sur le gouvernement bulgare. D'abord il le critique pour avoir confié la construction du tronçon bulgare du gazoduc à un consortium dont fait partie la société russe Stroytransgaz, sujette à des sanctions étasuniennes. Sur un ton de chantage, l'ambassadrice étasunienne à Sofia, Marcie Ries, déclare : « Nous avertissons les hommes d'affaires bulgares : qu'ils évitent de travailler avec des sociétés sujettes à des sanctions de la part des USA ». Le moment décisif arrive dimanche dernier à Sofia, quand le sénateur étasunien John McCain, accompagné par Chris Murphy et Ron Johnson, rencontre le premier ministre bulgare en lui transmettant les ordres de Washington. Tout de suite après Plamen Oresharski annonce le blocus des travaux du South Stream. Affaire emblématique : un projet de grande importance économique pour l'Ue se trouve saboté non seulement par Washington, mais aussi par Bruxelles de la main même du président de la Commission européenne. Nous aimerions savoir ce qu'en pense le gouvernement Renzi, étant donné que l'Italie –comme a prévenu Paolo Scaroni, numéro un de l'Eni- perdrait des contrats de milliards d'euros si le projet South Stream était fossoyé. Edition de mardi 10 juin 2014 de il manifesto http://ilmanifesto.info/chi-ha-sabotato-il-gasdotto-south-stream/ Traduit de l'italien par Marie-Ange Patrizio

Ceux qui ont saboté le gazoduc South Stream Manlio Dinucci Tommaso Di Francesco

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Sur quel modèle économique s’appuie le plan d’action du gouvernement

Publié le par Mahi Ahmed

~~Sur quel modèle économique s’appuie le plan d’action du gouvernement ? Par : Mustapha MEKIDECHE La volonté affichée dans le plan d’action du gouvernement d’atteindre le statut d’économie émergente à l’issue de la période quinquennale 2015-2019, avec un taux de croissance annuelle de 7%, est légitime. En vérité cette volonté est plus facile à proclamer qu’à réaliser. Car, pour ce faire, le recours à la seule dépense publique comme carburant des moteurs de la croissance ne sera pas suffisant ni d’ailleurs totalement faisable compte tenu de la diminution programmée des ressources de la fiscalité hydrocarbures. Il est grand temps d’infléchir les logiques structurelles lourdes qui avaient dessiné l’architecture et le contenu des trois plans quinquennaux précédents pour passer à un plan assis sur “un nouveau régime de croissance”. Pour une raison supplémentaire bien simple c’est que nous avons basculé, de fait et de façon visible depuis l‘année 2013, d’une économie rentière sans contrainte apparente de ressources (on pouvait tout acheter) à une économie désormais fortement contrainte par les ressources naturelles et financières du pays. Ne pas tenir compte de cela dans le plan d’action du gouvernement serait un déni de réalité qui s’avérerait dangereux à moyen terme. Cette vision n’est d’ailleurs ni personnelle ni inédite. Elle a été déjà développée et formalisée dans des cadres institutionnels (Forum économique du cinquantenaire organisée par le CNES, travaux sur les politiques industrielles du ministère en charge de l’industrie) mais aussi dans des think tanks indépendants (CARE, Club informel de l’énergie etc.). Mais il me semble qu’à ce jour leur message n’a pas été suffisamment audible. C’est pour cela qu’il convient de rappeler, pour compléter les non-dits du plan d’action du gouvernement et fixer “le cap stratégique” du prochain plan quinquennal 2015-2019, les trois éléments structurants ce nouveau modèle économique. Il s’agit de la rénovation des systèmes de gouvernance, la promotion de l’entrepreneuriat et la revalorisation du capital humain. Ces trois éléments structurants sont eux-mêmes contraints par plusieurs facteurs endogènes et exogènes (mondialisation, faiblesse et obsolescence de l’appareil productif national public et privé, poids considérable de l’informel, gaspillage de ressources induites par des politiques de subvention et de transferts devenues inappropriées, baisse des ressources budgétaires). D’où, me semble-t-il, quatre actions de réformes prioritaires qu’il faudra engager en urgence si l’on veut devenir une économie émergente comme indiqué dans le programme du gouvernement. Ces quatre axes de réformes auraient gagné à être explicitement et longuement détaillés dans le plan d’action en tant que signaux forts de changement. Nous savons tous en effet que les mesures économiques prises à ce jour par les pouvoirs publics, de caractère “pro cycliques”, ont d’une part atteint leurs limites de financement et d’autre part n’ont produit au fil des ans qu’une “croissance molle et volatile”. D’abord le premier axe de réforme est celui de l’organisation des marchés et son corollaire la réduction de la sphère informelle devenue trop massive. On ne pourra devenir un pays émergent sans l’existence de marchés physiques et financiers concurrentiels transparents, fonctionnant aux standards internationaux. On ne peut espérer se réindustrialiser massivement en tolérant en même temps un marché informel monétaire et physique de la taille actuelle. D’ailleurs, l’accession à l'OMC ne pourrait se faire dans ces conditions ou si elle se fait, elle nous coûtera très cher. Deuxième axe de réforme la réforme financière dans ses déclinaisons budgétaire et bancaire. Pour le volet budget, il s’agira d’aller vers sa rationalisation en attendant d’arriver à la mise en œuvre de la “règle d’or”. Cela implique notamment une profonde révision des politiques de transferts sociaux et de subventions par la voie tarifaire, source de gaspillage et de fuite aux frontières de produits lourdement subventionnés (carburants, produits alimentaires). Cela implique enfin un ajustement en profondeur des conditions de sélection et de réalisation des investissements publics, y compris dans leur segment marchand. Pour le volet monétaire et bancaire, la lutte contre l’informel permettra de bancariser des ressources “grises” importantes circulant hors circuit bancaire. Mais il convient aussi de moderniser des banques qui ne fonctionnent pas encore aux standards internationaux. Cette situation, qui nuit fortement au climat des affaires, a trop duré. Troisième type de réforme : il concerne le développement local et territorial. L’immensité de notre pays, premier en Afrique en termes de superficie, et les externalités qui en résultent (négatives en termes de menaces aux frontières, positives en termes de profondeur stratégique), nous oblige à revisiter notre paradigme de développement et celui de l’organisation administrative de l’État. Il s’agira d’aller vite vers l’équité territoriale en termes d’aménagement mais aussi de promotion des élites économiques et politiques locales de sorte à leur transférer des pouvoirs pour prendre en main leur développement local. Ces territoires ont trop souffert de “la verticalité et la centralité des pouvoirs des décisions” pour reprendre les termes de la déclaration finale du Forum économique du cinquantenaire organisé par le CNES, institution qu’il conviendra de constitutionnaliser pour lui assurer pérennité et indépendance. Quatrième type de réformes urgentes, la promotion de l’entreprise algérienne et l’amélioration du climat des affaires y compris celui de l’investissement. Là il faudra sortir des fausses solutions superficielles et des voeux pieux pour aller vers un soutien franc et massif des entreprises publiques et privées de sorte à leur assurer des parts de marché interne et les accompagner à l’international. Il n’y a qu’à dialoguer avec les organisations patronales publiques et privées pour identifier les actions clés de soutien. En conclusion c’est la réalisation rapide de ces quatre réformes qui va faciliter l’atteinte des objectifs sectoriels de croissance fixés dans le plan d’action du gouvernement. Mieux cela va créer un effet de synergie durable sur l’ensemble de la sphère réelle et monétaire. Dans ces conditions la croissance de 7% du PIB sera possible bien avant l’année 2019, fin du programme quinquennal. C’est là où se niche la vraie performance de l’économie algérienne pour qu’elle puisse devenir émergente. Enfin peut-être. M. M.

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Quand le Brésil de Pelé est venu à Alger en juin 1965

Publié le par Mahi Ahmed

~~Quand le Brésil de Pelé est venu à Alger en juin 1965 Par : Lardjane Omar Au mois de juin 1965, la grande équipe nationale du Brésil, double championne du monde (Suède 1958, Mexique 1962), entame une tournée en Europe et en Afrique du Nord, préparatoire à la Coupe du monde devant se dérouler l’année suivante, en Angleterre. Menée par son célèbre entraîneur, Vicente Féola, l’équipe brésilienne se déplace avec un effectif quasi complet, parmi lequel les déjà légendaires Pelé, Garrincha, Djalma Santos, Bellini, etc…Le jeudi 17 juin, elle rencontre l’équipe nationale algérienne à Oran, dans un stade comble et en présence du président Benbella. Malgré la bonne prestation des Algériens Mekhloufi, Soukhane, Melaksou, Defnoun, etc., les Brésiliens l’emportent par trois buts à zéro. Le vendredi 18 juin, elle est à Alger, en prévision d’un deuxième match devant se dérouler le dimanche 20 juin, au stade municipal du Ruisseau (aujourd’hui Stade du 20-Août 1955 à El Anassers). Le public algérois est impatient d’assister, après celui d’Oran, au spectacle des meilleurs joueurs du monde. Une réception en l’honneur des deux équipes est organisée à l’ambassade du Brésil, à El Biar. Le matin de ce vendredi, je suis chargé par le rédacteur en chef de la rubrique sportive, Mohamed Rebah, de couvrir l’événement. Il insiste pour que je revienne avec le maximum d’informations et me donne carte blanche pour remplir la page sportive d’Alger républicain du lendemain : “Cela fait deux mois que ta signature a disparu du journal…il faut faire un grand retour !”. En effet, mobilisé par la préparation au baccalauréat, j’avais suspendu ma collaboration au journal, où j’étais responsable de la rubrique football, ainsi que ma participation aux rencontres de mon équipe, l’OM Ruisseau. Les épreuves du bac étant passées, j’étais de nouveau disponible. En début d’après-midi, je me rends, avec un photographe du journal, à la résidence de l’ambassade du Brésil. La réception se tient autour de la grande piscine de la résidence. Salutations et échanges brefs avec les joueurs de l’équipe nationale que je connaissais déjà. Puis, je fais mon travail. Interview en règle de Vicente Feola, avec l’aide du traducteur de l’ambassade. Ensuite, discussion avec Pelé et d’autres joueurs brésiliens. Des photos sont prises. Quelques heures après, il est temps pour moi de retourner au siège du journal pour m’atteler à la rédaction des articles. Je redescends en ville avec Rachid Mekhloufi, dans sa voiture. Nous nous dirigeons vers Bab El-Oued par la route de Frais-Vallon. Durant le trajet, j’en profite pour l’interviewer. Arrivé au journal, j’informe mon chef, Rebah, de la riche moisson d’informations et de photos réalisée. Il me confirme sa promesse : noircir toute la page sportive ! Lourde responsabilité…Alger républicain était alors le journal le plus lu et la page sportive, avec ses rubriques hebdomadaires sur les sports corporatifs et les sports scolaires, contribuait à ce succès d’audience. Je me mets au travail dans la grande salle silencieuse de la rédaction sportive. Au fur et à mesure qu’ils sont rédigés, les papiers sont envoyés, par un coursier, à l’imprimerie située en haut de la Grande Poste, à quelques deux cents mètres seulement du siège d’Alger-républicain. Le travail de rédaction se termine vers 23h 00. Il me reste à rejoindre l’imprimerie pour vérifier, sur les morasses, qu’il n’y a pas eu d’erreurs dans la saisie des textes par les typographes. L’impression du journal sur la grande rotative n’attend que la page sportive pour démarrer. Vers 01h00 du matin, la rotative est lancée. Fourbu, je n’ai pas la force d’attendre la tombée des premiers exemplaires (je le regretterai plus tard et longtemps, comme on le comprendra dans la suite de ce récit). Je redescends vers le siège du journal. La ville est silencieuse, la température est douce. Je crois me souvenir avoir remarqué, sans y prêter grande attention, quelques véhicules militaires près de la Grande Poste. De fait, depuis plusieurs jours, le tournage du film La Bataille d’Alger perturbait la circulation des grandes artères du centre-ville. Je récupère ma petite Vespa 400 sur le boulevard Amirouche. Il me reste à parcourir une dizaine de kilomètres pour me rendre chez moi. Sitôt arrivé à la maison, sitôt au lit ! Avec le sentiment d’avoir fait mon travail correctement et d’avoir vécu une journée particulière. Je suis réveillé brutalement à neuf heures du matin ! On m’appelle au téléphone. On m’apprend qu’un “coup d’état” vient d’avoir lieu pendant la nuit... Le président Benbella a été destitué ! En fin de matinée, je me rends au siège d’Alger-républicain. Etrange atmosphère…Je n’y trouve aucun rédacteur, ni responsable. Le journal du jour n’a pas paru. Dans la rue Didouche, près de l’université, quelques petits groupes de manifestants apparaissent puis se dispersent. La rencontre Brésil-Algérie qui devait se dérouler le 20 juin a été annulée. Le 21 juin au matin, je retrouve quelques amis au lycée Emir-Abdelkader. J’ai été reçu au Bac. Satisfaction. Mais l’avenir ? Plus de nouvelles des collègues d’Alger républicain, dont les locaux sont fermés et qui n’a plus paru. Quelques semaines plus tard, je croise dans la rue le photographe qui m’avait accompagné à l’ambassade du Brésil. Par lui, je récupère des photos prises lors de la réception. Ce sont celles qui accompagnent ce texte. Elles sont restées, à ce jour, inédites. Quant au numéro du 19 juin d’Alger-républicain, il a bien été imprimé mais, malgré les rumeurs selon lesquelles quelques exemplaires auraient été récupérés à l’imprimerie, je ne l’ai jamais vu. Voilà pourquoi je ne peux témoigner que par ces photos et ce texte, que l’équipe nationale brésilienne est bien venue à Alger en juin 1965, même si elle n’y a pas joué de match. Mais, que s’est-il dit lors de mes échanges avec Pelé, Garrincha, avec Mekhloufi, Bentifour, Soukhane, et surtout au cours de l’interview de l’entraîneur Vicente Féola ? Je suis incapable de le rapporter aujourd’hui, n’ayant plus aucune trace écrite. Les articles que j’avais rédigés au soir du 18 juin, et donc jamais parus, ont été mes derniers articles en tant que journaliste sportif. Ils seront aussi les derniers tout court, puisqu’ils mettaient un terme, après trois ans de pratique, au métier dans lequel je m’étais engagé, et auquel je rêvais dès mon adolescence. Quelques mois après, je rejoindrais l’université. Quant à Alger républicain, il ne reparaîtra que 24 ans plus tard, en 1989. Ainsi, l’histoire politique de l’Algérie avait interféré dans l’histoire sportive du pays, la grande histoire avait perturbé la petite histoire. Presque 50 ans après, et à la veille du départ de l’équipe nationale algérienne pour le Brésil, il m’a semblé utile de rappeler ces faits et de publier ces photos-témoignage d’un événement sportif qui a failli avoir lieu…

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Les inégaltés font débat

Publié le par Mahi Ahmed

~~ Les inégalités font débat Par Ammar Belhimer «Le capitalisme au XXIe siècle» de Thomas Piketty – nous en avons rendu compte dans une de nos précédentes chroniques (*) – ne laisse aucune école de pensée indifférente. Succès de librairie en France et aux Etats-Unis (400.000 exemplaires y ont été déjà vendus), il commence à sonner le rappel des troupes néolibérales pour contenir son audience. Du côté des médias, Financial Times. Le quotidien financier publie le 23 mai dernier une mise en cause, qui se veut argumentée, de certaines données statistiques utilisées par l’économiste français, évoquant même des chiffres construits «à partir de rien». Dans une autre lecture critique du livre, Kenneth Rogoff, professeur d’économie et des politiques publiques à Harvard University, précédemment «chief economist» au Fonds monétaire international de 2001 à 2003, trouve étranger le constat du jeune économiste français estimant que le monde n'a jamais été aussi inégal depuis le temps «des barons voleurs et des rois» (**). Opposant la thèse de Thomas Piketty à celle d’Angus Deaton, économiste à l’université de Princeton, auteur d’un livre traitant du même sujet - «The Great Escape : Health, Wealth and the Origins of Inequality» (en français : La grande évasion en référence au film éponyme) - soutenant le contraire, il fait mine de s’interroger : quelle thèse est la bonne ? L’ouvrage de Deaton traite des progrès accomplis par les sociétés contemporaines en termes de réduction de la pauvreté et d’allongement de la durée de vie, avec une attention particulière pour l’aide aux pays en développement pour la dénoncer et en recommander carrément la suppression. Il estime que la réponse à la question varie selon qu’on considère les pays individuellement ou ensemble. A l’inverse de Thomas Piketty, Angus Deaton défend l’idée qu'au cours des dernières décennies, plusieurs milliards de personnes dans le monde en développement, notamment en Asie, ont échappé à des niveaux vraiment désespérés de la pauvreté. « La même machine qui a accru les inégalités dans les pays riches a nivelé le terrain de jeu à l'échelle mondiale pour des milliards d’individus. En regardant de loin, et en donnant, par exemple, le même poids qu’à un Indien, un Américain ou un Français, les trente dernières années ont été parmi les plus favorables dans l'histoire humaine pour améliorer le sort des pauvres», commente Rogoff. Ce dernier rappelle qu’il existe «différents débats techniques ésotériques entourant les faits que Piketty a établis au cours des 15 dernières années avec son co-auteur Emmanuel Saez». Il trouve cependant leurs résultats d’autant plus «convaincants» qu’ils sont confirmés par des conclusions similaires d’autres auteurs, comme Brent Neiman et Loukas Karabarbounis de l'Université de Chicago, par exemple, qui soutiennent que la part du travail dans le PIB a diminué à l'échelle mondiale depuis les années 1970. Les deux auteurs confortent cependant les thèses de Piketty en passant en revue la part des revenus dévolue au travail pour arriver à cette conclusion : «Nous soutenons, écrivent-ils, que la part globale du travail a décru significativement depuis le début des années 1980, ce déclin est apparu dans la grande majorité des pays et des industries (…) La baisse du coût relatif des biens d’investissement, souvent attribuée aux avancées des technologies de l’information et à l’âge informatique, a poussé les entreprises à sortir du travail pour aller vers le capital.» Cette baisse n’a pas eu lieu de façon progressive mais s’est concentrée à des moments charnières : pendant les périodes de récession économique. Lorsqu’une entreprise subit les effets de la récession, elle est indirectement incitée à remplacer ses employés les moins productifs par de la technologie. Les tâches les plus routinières sont ainsi déplacées de l’homme vers la machine au moment précis où les récessions frappent, c’est-à-dire lorsque la pression sur les coûts est la plus forte. Rogoff dénie par ailleurs à Piketty et Saez de proposer un véritable modèle – notamment le projet progressif taxe mondiale de la richesse si l'on vise à corriger les fortes disparités entre les pays les plus riches et les plus pauvres, qu’il trouve «peu plausible». Il reproche à Piketty de mettre l’accent sur l’augmentation du rendement du capital, tout en restant «trop dédaigneux du large débat parmi les économistes sur les causes» de ce phénomène. Rappelant les thèses classiques, Rogoff soutient que si le facteur économique principal de la mondialisation est l’afflux massif de main-d'œuvre asiatique sur les marchés des échanges, le modèle de croissance mis en avant par le prix Nobel d'économie Robert Solow suggère qu’au bout du compte le stock de capital sera ajusté et le taux de salaire augmentera. Pour Rogoff, la part de travail dans le revenu est en baisse en raison de la montée inexorable de l'automatisation, et les pressions à la baisse sur cette part se poursuivront dans le contexte de l'intelligence artificielle. «Heureusement qu’il existe de bien meilleures façons pour lutter contre l'inégalité dans les pays riches tout en favorisant la croissance à long terme de la demande pour les produits en provenance des pays en développement. Par exemple, le passage à une taxe sur la consommation relativement basse serait un moyen beaucoup plus simple et plus efficace pour taxer l'accumulation de richesses», estime Rogoff. Une telle «taxe progressive sur la consommation» aurait l’avantage de ne pas fausser les décisions d'épargne comme le font de nos jours les impôts sur les bénéfices. Critiquant une proposition clef de Thomas Piketty (en plus d'une taxe mondiale sur les richesses, il recommande un taux marginal d'imposition de 80 % sur le revenu aux États-Unis), Rogoff s’interroge : «Pourquoi essayer de passer à un impôt sur la fortune mondiale improbable lorsque d’autres alternatives sont disponibles, qui sont favorables à la croissance ?» Une voix rare et précise s’oppose à la levée de boucliers néolibérale contre Piketty, celle de l’économiste américain, prix Nobel, Paul Krugman, qui, lui, exprime son admiration dans une de ses chroniques du lundi dans le New-York Times. «Quel livre !», s’exclame-t-il, allant jusqu’à lui avouer «(sa) jalousie professionnelle». A. B. (*)http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2013/11/26/article.php?sid=157033&cid=8 (**) Kenneth Rogoff, Where Is the Inequality Problem ? Disponible sur le lien https://www.project-syndicate.org/columnist/kenneth-rogoff

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Alexeï Pouchkov « L'APCE risque de s'isoler elle-même de la Russie »

Publié le par Mahi Ahmed

~~Alexeï Pouchkov « L'APCE risque de s'isoler elle-même de la Russie » ‎Hier ‎9 ‎juin ‎2014, ‏‎18:13:53 | Comité Valmy La Russie a suspendu sa participation aux sessions de travail de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) et a été exclue du G8, devenu de fait G7, réuni à Bruxelles le 4 juin dernier. Les Russes se voient ainsi progressivement écartés des instances de décision internationales. Le représentant du Comité des affaires étrangères de la Douma, la chambre basse du Parlement, Alexeï Pouchkov, donne son avis sur les conséquences de ces sanctions dans une interview au correspondant du journal Izvestia, Konstantin Volkov. - Quel est l'état des relations entre la Russie et l'APCE, après que la délégation russe a quitté la session de travail du printemps ? - La délégation russe ne participera pas aux travaux de la session de juin de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. Nous avons suspendu notre coopération avec l'Assemblée pour la durée des sanctions qui frappent notre délégation. Le 26 mai, nous en avons informé Tiny Kox, le président du comité de l'APCE et leader du groupe de la Gauche européenne à l'assemblée, au cours sa visite à Moscou, où il s'est entretenu avec le président de la Douma Sergueï Narychkine. Notre décision était clairement expliquée dans une lettre que Sergueï Narychkine avait envoyée quelques jours plus tôt à la présidente de l'APCE, Anne Brasseur. Ce message revient de façon détaillée sur la position russe concernant la Crimée et la crise en Ukraine, et condamne le choix de l'APCE de priver la délégation russe de certaines de ses compétences. Dans cette lettre, nous soulignons que nous ne refusons pas le dialogue mais rejetons le langage des sanctions, qui rend la coopération impossible. Le président de la Douma s'est déclaré prêt à se rendre à Strasbourg pour participer aux sessions de travail, mais seulement après que la délégation russe aura récupéré ses droits. - Quelle a été la réaction de l'APCE face à cette décision de Moscou ? - Le président de l'Assemblée étudie en ce moment la lettre du président de la Douma. Mais nous supposons d'ores et déjà que la privation des responsabilités de notre représentation sera maintenue jusqu'en janvier 2015, date à laquelle les pouvoirs de toutes les délégations nationales doivent être réexaminés. Et on ne peut pas exclure qu'une partie de l'Assemblée se positionne en faveur d'un prolongement des sanctions. Mais nous ne changerons pas notre position. Nous considérons que l'APCE a pris, sur la question ukrainienne, une position inacceptable et complètement unilatérale. La position de l'Assemblée revient en effet à dire que la Russie est à blâmer pour tous les maux de l'Ukraine alors que les autorités de Kiev ont tous les droits. On tolère toutes les actions de Kiev et des ultranationalistes – du terrible massacre d'Odessa au recours à l'armée contre leur propre peuple en passant par les tirs sur la population à Marioupol. Le comité présidentiel de l'APCE a bien demandé à Kiev de mener une enquête sur l'assassinat de masse à Odessa, seulement après que nous leur avons envoyé des photographies de gens brûlés, étranglés et tués par balle dans la Maison des syndicats de la ville. Mais on peut aisément prévoir que l'enquête menée par Kiev, si même elle est menée, sera unilatérale et partiale. Et si l'APCE s'en satisfait, cela montrera une fois de plus combien elle s'est éloignée de ses propres principes. - Que perd la Russie en ne participant pas aux sessions de travail de l'APCE ? - La Russie est en train de perdre l'occasion d'assister à la grande parade de la russophobie. Elle ne pourra pas entendre répéter à quel point le régime de Kiev est démocratique, entendre les États-membres, délirants, affirmer qu'en Ukraine, personne ne veut la fédéralisation, qu'il n'y a aucune organisation fasciste et que le pays est « plus uni que jamais ». Nous n'aurons plus l'occasion d'écouter les discours xénophobes du type « les Russes sont très gentils – d'abord, ils t'offrent du thé, puis ils te poignardent dans le dos. » - Et au-delà du sarcasme ? Nous avons encore toutes les cartes en main : présence à l'APCE, possibilité d'influer sur le cours des choses, de s'opposer aux accusations aveugles… - Oui, nous avons cette possibilité et notre délégation l'utilise pleinement. Lors de la dernière session de travail de l'APCE, nous étions dans une position difficile et nous nous sommes battus, sans surprise, à propos de l'Ukraine. Il est toutefois clair qu'il s'est formé, au sein de l'Assemblée, un « front uni » de gens qui ne veulent pas connaître la vérité et qui nient les évidences. Ils se sont manifestement fixés pour tâche d'organiser un processus d'inquisition politique contre la Russie et de justifier le soutien de l'Occident au régime de Kiev. Dans le même temps, en deux ans, nous avons réalisé beaucoup de choses à l'APCE. Notre délégation a été très active. Nous avons réussi à empêcher l'adoption d'un certain nombre de résolutions antirusses, à contrecarrer les tentatives de mettre la Russie sous une double tutelle de l'APCE et du comité des ministres du Conseil de l'Europe. La visite de Sergueï Narychkine à Strasbourg en octobre 2013 a été un réel succès : cette première représentation du président de la Douma à la session de l'APCE en a impressionné plus d'un. Lors de la session de janvier 2014, le chef de la délégation russe a été élu président du groupe des démocrates européens, troisième plus grand groupe parlementaire de l'Assemblée avec ses plus de 80 délégués. La Russie était représentée à la Commission présidentielle, plus haute instance dirigeante de l'APCE, ce qui lui a donné la possibilité de rencontrer et échanger avec les dirigeants des gouvernements européens venus à la session de l'Assemblée. Mais les sanctions infligées à la Russie nous privent de la possibilité de voter et de participer dans tous les organes dirigeants de l'Assemblée. Dans ces conditions, notre présence officielle lors de la session de l'APCE ne changera rien. Pourquoi devrions-nous y assister ? Si nous n'avions pas quitté l'Assemblée, nous serions restés avec des pouvoirs réduits et nous ne pourrions de toute façon influencer ni le vote, ni l'avancée des travaux, ni même prendre la moindre décision. Participer sans avoir le droit de faire quoi que ce soit ne nous apporterait rien. Cette présence officielle ne correspondrait pas au statut de la Russie comme l'un des principaux membres du Conseil de l'Europe : nous avons une des délégations les plus nombreuses et nous sommes un des plus gros contributeurs au budget de l'organisation. La Russie alloue chaque année 23 millions d'euros – soit autant que les quatre principaux pays-membres : l'Allemagne, la France, l'Italie et la Grande-Bretagne. En voulant « isoler la Russie », c'est elle-même que l'APCE risque d'isoler ! - Y aura-t-il, selon vos informations, de nouvelles sanctions de la part de l'Union européenne à l'encontre de la Russie ? - Les membres de l'Union européenne préparent actuellement ce qu'il est convenu d'appeler le « troisième paquet » des sanctions, que Bruxelles compte appliquer si la Russie envoyait des troupes sur le territoire de l'Ukraine ou en cas de « nouvelles escalades de la tension du côté de la Russie ». En fait, c'est l'administration du président Barack Obama qui insiste sur ce troisième volet, et qui a donc clairement choisi la voie de la guerre froide. Les États-Unis veulent que l'Europe participe car, sans son soutien, leur ligne de conduite ne vaut rien. Cependant, les Européens tiennent bon pour le moment et ne prennent aucune sanction économique, car ils risquent d'y perdre leur marché russe – et de se punir eux-mêmes. Par exemple, les États-Unis et la Grande-Bretagne insistent pour que la France ne vende pas à la Russie les deux navires de guerre de classe Mistral qui seront terminés à l'automne prochain. Mais l'argent a déjà été versé, et il s'agit d'un montant important – 1,2 milliard d'euros. En cas d'annulation du contrat, Paris devra payer des dédommagements élevés. La plus grande partie de l'Europe ne veut pas de guerre froide avec Moscou, sauf quelques pays, comme la Grande-Bretagne, la Pologne, la Suède, la Lituanie et l'Estonie. - Et pourquoi ceux-là voudraient-ils d'une guerre froide ? - À mon avis, avec les États-Unis, ces pays se focalisent sur un jeu d'affaiblissement géopolitique de la Russie à travers le changement de régime à Kiev et la réorientation de l'Ukraine vers l'OTAN et l'UE. En face, l'Allemagne, l'Autriche, la France, l'Espagne et l'Italie ont une position plus réservée. Ils préconisent un rapprochement entre l'Ukraine et l'UE mais cherchent des moyens non d'aggraver les choses mais de sortir de la crise. En premier lieu, ils comprennent que la question du gaz ne se résoudra pas sans la Russie. Et puis comment voulez-vous reconstruire l'économie ukrainienne sans la Russie ? L'Europe a-t-elle vraiment besoin d'une Ukraine détruite et affaiblie ? Ils veulent construire un marché dans un pays de 45 millions d'habitants, pas dans « un trou noir » où sévit la guerre civile. - Quand les sanctions déjà en place contre la Russie seront-elles levées ? - Pour l'heure, on peut déjà dire que, dans un avenir proche, l'Union européenne n'allongera pas la liste des sanctions à l'encontre de la Russie et ne passera pas à leur phase économique, même si les États-Unis font énormément pression sur Bruxelles en l'exhortant à le faire. La question des sanctions personnelles déjà infligées sera examinée par Bruxelles en septembre prochain. Si elles sont annulées, il est possible que se tienne, fin 2014, le sommet annuel russo-européen, qui avait été reporté suite au conflit politique entre Bruxelles et Moscou. - Donc, l'Europe a décidé de reconsidérer son attitude envers la Russie ? - Pour le moment, nous n'en sommes pas là. Cependant, Moscou n'a pas envoyé de troupes en Ukraine et a même reconnu les résultats de l'élection présidentielle, malgré d'importants doutes sur leur légitimité. Une partie de la population ukrainienne n'a pas participé à cette élection, qui a été également marquée par de nombreuses violations. Mais nous avons estimé qu'il était préférable d'avoir une élection imparfaite que pas d'élection du tout, en partant de l'idée qu'il vaut mieux une autorité même relativement légitime qu'un gouvernement clairement illégitime, voire que l'anarchie. C'est pourquoi nous avons fait savoir que des contacts entre notre président et le président ukrainien pouvaient avoir lieu. Nous avons également montré une certaine bonne volonté à résoudre le problème du gaz. Je pense que l'Europe l'a apprécié, et à juste titre. Après tout, nous avons aussi une opinion publique. Et si nous menions aujourd'hui une enquête en Russie, la majorité serait favorable à la cessation immédiate de toutes les livraisons d'hydrocarbures à l'Ukraine – jusqu'au règlement de la dette ! Personne dans le monde ne fournit des produits à des pays endettés sans garantie de paiement. Et le fait que Moscou continue de chercher un terrain d'entente sur une base tripartite, ensemble avec l'UE, a joué un rôle. Nous ne voulons pas nuire à nos relations avec l'Europe, qui est le plus grand consommateur de notre gaz. Notre budget dépend énormément de ces livraisons. Pour sa part, l'Europe a déjà reconnu que l'Ukraine devait immédiatement payer 2,2 milliards d'euros à la Russie. Bruxelles protège, naturellement, ses intérêts. En Europe, ils veulent que le gaz russe soit déjà stocké en Ukraine, avant l'arrivée du froid, sinon ils commenceront de se geler dès l'automne ! Cela nous convient, mais si Kiev se met ensuite à voler les réserves européennes, alors ce sera le problème de l'Ukraine et de l'UE – pas le nôtre. - Quel sera l'attitude du nouveau président Petro Porochenko ? - Il semble que Porochenko se tourne entièrement vers les États-Unis, l'UE n'est que sa deuxième priorité. Porochenko pense avoir plus d'opportunités politiques à Washington. Si l'Europe est véritablement disposée à stabiliser l'Ukraine, les États-Unis souhaitent plutôt la transformer en un État ouvertement antirusse, avec la perspective que l'Ukraine rejoigne l'OTAN. Porochenko est encouragé par la classe politique ukrainienne à s'orienter vers l'Amérique. Aujourd'hui, parmi ceux qui détiennent le pouvoir en Ukraine, certains voient le conflit avec la Russie comme un but en soi. Ce conflit sert à Kiev à renforcer l'identité nationale – celle-ci se forge non à l'intérieur de l'Ukraine mais dans la confrontation avec Moscou. Ces groupes estiment que grâce à cette « identité externe », ils seront reconnus sur la scène mondiale. Par ailleurs, pour l'heure, les déclarations de Porochenko sont tout à fait irréalistes. Il a annoncé, par exemple, que Kiev n'achèterait pas de gaz à la Russie à des prix aussi élevés, mais se servirait du gaz européen. Sauf que le gaz européen ne suffit pas, et que tous les pays ne sont pas prêts à un tel arrangement. Ces calculs n'ont simplement aucun sens. Il faudra bien que Porochenko traite avec la Russie. - Vous avez évoqué la possibilité d'un « retour à la guerre froide » ? Pensez-vous qu'un tel scénario soit réellement envisageable ? - L'administration Obama est en train de voir si sa politique d'isolation de la Russie pourrait réussir. Mais isoler la Russie n'est pas possible. C'est devenu évident après la visite de Poutine à Shanghai, qui a confirmé la formation d'un tandem stratégique sino-russe, ainsi qu'avec la signature de l'accord sur la création de l'Union économique eurasiatique. La politique d'isolation n'intéresse pas la majorité des pays européens, mais je pense que l'administration Obama n'abandonnera pas sa politique. Il ne faut donc pas exclure le fait que nous pourrions entrer dans une guerre froide avec la États-Unis et ses alliés les plus fidèles. Mais, de mon point de vue, une nouvelle politique de guerre froide serait vouée à l'échec. C'était une chose d'essayer d'isoler la Russie dans les années 1950, une époque où les États-Unis représentaient presque la moitié du PIB mondial, mais ç'en est une autre d'essayer de nous isoler aujourd'hui, quand ils détiennent moins de 20 % du PIB, traversent une crise budgétaire et ont la Chine sur les talons. Le poids des États-Unis sur la scène mondiale n'est plus ce qu'il était au 20è siècle. Il semble simplement qu'eux-mêmes ne l'aient pas encore tout à fait compris. Traduit par : Manon MASSET publié Lundi 9 juin 2014 Source :

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L’INNOVATION EN RECHERCHE MÉDICALE

Publié le par Mahi Ahmed

~~L’INNOVATION EN RECHERCHE MÉDICALE Des médicaments «sur mesure» dans un avenir proche Kamel Sanhadji, professeur des universités, directeur de recherches, CHU de Lyon, France «Tout commencement est une chance.» (Patrick de Carolis) L’avenir du médicament va reposer en grande partie sur les biotechnologies. Déjà un grand nombre de médicaments comme des vaccins ou des traitements anticancéreux, notamment, en sont issus. Pou cela, le mérite revient, en grande partie, à Bill Clinton en tant que président des Etats-Unis à l’époque et qui a eu le courage de mettre le décryptage (décodage) de la carte génétique humaine (génome humain) dans le domaine public le soustrayant ainsi à la mainmise des firmes pharmaceutiques par le jeu protectionniste des brevets. Son argument, juste, était basé sur le fait que le génome humain est la propriété de tout un chacun. En effet, l’ADN* ou génome humain est bien une propriété individuelle et ne pourrait donc être sujet à une quelconque commercialisation. Les chercheurs ont alors devant eux d’énormes perspectives de mettre au point des possibilités thérapeutiques pour de nombreuses maladies graves (cancer, maladies cardiovasculaires et neurodégénératives, infectiologie, diabète…). Disposer, aujourd’hui, d’un vaccin contre la maladie de Parkinson ou d’Alzheimer, le sida, le cancer du poumon, le paludisme, les allergies alimentaires… n’est pas une réalité, mais ce n’est déjà plus une utopie pour demain. A l’origine, le gène* Dans un avenir pas très lointain et sans caricature, on prescrira encore un peu d’aspirine mais toutes les grandes maladies seront traitées à la «source» et de façon spécifique. A ce propos et dans beaucoup de contrées, le secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, en particulier en médecine, doit d’ores et déjà repenser complètement les programmes de formation des praticiens d’un futur très proche si on ne veut pas que ces derniers soient complètement dépassés par leurs confrères sous d’autres cieux. Tout est parti de l’ADN ou acide désoxyribonucléique. La découverte de ce dernier a valu un prix Nobel en médecine en 1962. En effet, James Watson et Francis Crick ont révélé la structure moléculaire de cette fameuse «double chaîne» de forme hélicoïdale qui recèle tous les «secrets» de la vie. Cette découverte, cinquantenaire, aura d’énormes conséquences. En perspective, des médicaments «sur mesure». Il s’agira d’introduire, dans l’organisme malade, un gène qui pourra fabriquer un composé manquant comme une protéine* (exemple de l’insuline pour le diabète…) à l’origine d’une maladie, d’un blocage d’un processus causant une maladie (cancer, maladies neurodégénératives, sida) ou apporter certaines substances comme des antibiotiques directement dans des produits de consommation comme le lait. L’intervention peut être comparée, comme chez le mécanicien automobile, à un remplacement d’une «pièce de rechange» défectueuse par une pièce neuve. Le médicament est entré dans une nouvelle ère, celle des biotechnologies. Un terme scientifique qui englobe une variété de techniques ayant pour point commun la manipulation des organismes vivants. En découvrant l’ADN, en élucidant sa structure, les chercheurs ont ouvert de nouvelles voies thérapeutiques. Ils arrivent à comprendre mieux le fonctionnement du corps humain ainsi que les mécanismes moléculaires des maladies. Ils savent quels sont les gènes*, les protéines*, les enzymes* qui interviennent dans un processus pathologique et comment ces éléments interagissent. Cette connaissance leur fournit des armes pour développer des traitements qui imitent l’arsenal défensif employé par l’organisme, en manipulant les gènes, en fabriquant des protéines, des enzymes, des anticorps et autres substances produites par notre corps pour combattre les maladies. C’est ainsi que le premier médicament issu des biotechnologies est apparu en 1984. Après avoir identifié le gène impliqué dans la production d’insuline*, les chercheurs sont parvenus à reconstituer artificiellement ce processus pour produire de l’insuline «humaine». Depuis, le produit administré aux personnes diabétiques est la réplique exacte de l’insuline fabriquée par notre organisme, et non plus de l’insuline extraite du pancréas de porc, comme c’était le cas auparavant. Ainsi, plus d’une centaine de traitements nés de ce concept, appelé «protéines recombinantes», sont aujourd’hui disponibles sur le marché. Ils traitent notamment l’anémie, les déficiences de croissance chez l’enfant (hormone de croissance), l’hémophilie… Quatre cents autres sont en phase d’étude clinique. Les cancers Les chercheurs agissent sur l’infiniment petit. Ils interviennent sur les gènes et les produits des gènes qui sont les protéines en les activant ou en les bloquant pour stopper le processus qui mène à une maladie. C’est le cas, par exemple, des anticorps dits «monoclonaux». Ce sont des protéines spécifiques produites par le système immunitaire (défenses immunitaires) pour détruire les agents infectieux, que les scientifiques immunologistes ont transformés en molécules capables de cibler une cellule* (cancéreuse ou infectée) et d’agir uniquement sur elle. Leur production et leur sélection obéissent à un processus (criblage) très spécialisé. L’intérêt est évident. Car dans les traitements actuels du cancer, les produits chimiques (chimiothérapie) utilisés détruisent les cellules sans toujours faire de distinction entre celles qui sont saines et celles qui sont atteintes. L’anticorps monoclonal est destiné à n’intervenir que sur la cellule cancéreuse. Plus de cent soixante traitements, actuellement en phase d’essais cliniques, sont des anticorps monoclonaux. En 2006, le prix Nobel de médecine a été attribué à Andrew Fire et Craig Mello pour, de nouveau, le domaine du transfert des gènes ou thérapie génique en particulier concernant l’ARN* ou acide ribonucléique «interférent». L’ARN est en fait le messager de l’ADN donc du gène. Il est un composé intermédiaire nécessaire dans la transmission des informations pour la fabrication des protéines qui sont les éléments de base de tous les processus biologiques. En se liant avec l’ARN messager, un autre type d’ARN provoque la destruction de ce dernier et donc inhibe la synthèse de la protéine correspondante. Dans le cas où cette protéine est responsable d’un état pathologique, le blocage de sa fabrication peut présenter un grand intérêt thérapeutique. Les premiers médicaments issus de cette nouvelle approche génique pourraient être disponibles d’ici cinq à dix ans pour le traitement de cancers et d’infections virales. Maladies neurodégénératives (maladies de Parkinson, d’Alzheimer et de Huntington) Une des perspectives thérapeutiques les plus enthousiasmantes, aujourd’hui à l’étude, est la manipulation pharmacologique in situ (dans l’organe cible) ou pharmacogénétique des propres cellules souches d’un individu. Certains facteurs arrivent à stimuler la multiplication des cellules souches du cerveau en vue de guérir les maladies neurodégénératives. C’est une possibilité à long terme. On pourrait presque parler de la pilule de jouvence puisque le but est de déclencher, avec de tels composés, la production de tissus venant remplacer ceux malades ou altérés. Ainsi, une équipe de chercheurs a découvert qu’une partie du mécanisme d’action des antidépresseurs passait par la stimulation et la multiplication de cellules souches au niveau du cerveau des individus traités. Cette nouvelle approche thérapeutique n’est donc pas un rêve inaccessible, c’est une réalité potentielle. Actuellement, en ce qui concerne la maladie de Parkinson, les armes contre la maladie sont représentées par des médicaments et des électrodes (stimulation profonde). Puisque la maladie résulte d’un déficit d’un neurotransmetteur appelé la dopamine, il suffit d’en fournir au malade. La dopamine en tant que telle, sous forme de médicament, n’arrive pas jusqu’au cerveau. Par contre, l’administration d’un précurseur intermédiaire de la dopamine se traduit par un acheminement jusqu’aux cellules nerveuses qui le transforment en dopamine. Les résultats quoique réels ne sont pas toujours à la hauteur souhaitée par le patient. C’est pourquoi, le Pr Alim-Louis Benabid du CHU de Grenoble (France) a mis au point, au début des années 1990, la méthode dite «stimulation intra-cérébrale profonde». Elle est réalisée par une implantation, dans une zone du cerveau profond (noyau), des électrodes alimentées par un courant électrique. Une telle stimulation contrôlée se traduit par une inhibition des tremblements chez le patient. Cette intervention, très minutieuse, est réalisée avec l’aide d’un robot qui indiquera au chirurgien, précisément, l’endroit exact de l’implantation de l’électrode. Ainsi, le patient sous simple anesthésie locale va participer lui aussi par sa collaboration à une mise en place adaptée du matériel implanté et l’observation in situ de l’effet de cette stimulation profonde. En attendant demain... casser un tabou avec les médicaments génériques Le médicament générique*, à côté du médicament original (médicament princeps*), a pleinement sa place dans l’arsenal thérapeutique, dès l’instant où les brevets ont expiré. Sur le plan scientifique, il a exactement la même composition chimique que le médicament d’origine (même quantité de principe actif et même forme pharmaceutique) et subit, au cours de sa fabrication, les mêmes contrôles (bioéquivalence) que le médicament d’origine. Tout le monde en convient. De plus, il s’agit d’un outil de régulation et d’économie des coûts même si la santé n’a pas de prix. Il serait intéressant que le lecteur connaisse globalement le processus de l’élaboration d’un médicament générique à partir du médicament original. 1- On fait un criblage en identifiant une molécule en fonction de la recherche fondamentale pour lutter contre une maladie, en réponse à une stratégie d’entreprise, puis on constitue des équipes et des procédures de recherche. 2- On évalue les effets de la nouvelle molécule en procédant à des essais in vivo chez l’animal de laboratoire pour vérifier la toxicité du nouveau produit. 3- On procède aux essais cliniques en 3 phases : -phase I : la molécule est administrée à un échantillon limité de patients volontaires pour vérifier l’innocuité du produit ; -phase II : le médicament, ayant passé la phase I, est administré à des malades pour définir à quelles doses il est efficace et bien toléré ; -phase III : le médicament est administré à un grand échantillon de patients pour apprécier sa bonne tolérance. 4- Un dossier d’autorisation de mise sur le marché (AMM) est constitué et présenté à l’Agence de sécurité sanitaire des produits de santé. Le dossier est ensuite contrôlé par une commission de transparence qui donne son avis sur le service médical rendu et fixe ensuite le prix du médicament élu et son taux de remboursement. 5- Le médicament passe en phase de production et les visiteurs médicaux se chargent d’informer les médecins sur son utilisation. Une fois sur le marché, le médicament reste sous contrôle de tous les acteurs impliqués dans la production, la prescription, la vente et la consommation du médicament (observations des effets, notifications…). 6- Après 10 ans ou plus post-AMM, le brevet expire et le médicament continue alors sa vie sous sa marque d’origine ou sous le nom d’un générique qu’il faudrait faire enregistrer auprès des autorités publiques chargées de la santé. Le lancement d’un médicament générique fait l’objet d’un dossier d’AMM comparable à celui du médicament d’origine (étude administrative, rapports d’experts, dossier pharmaceutique, dossier bibliographique, étude de la bioéquivalence). Le succès d’une telle procédure permettra l’interchangeabilité entre le médicament d’origine et le médicament générique. Ici, les pouvoirs publics sont tenus à l’information et à la formation du prescripteur et du pharmacien qui à leur tour doivent jouer un rôle crucial auprès des consommateurs pour que la «culture» du médicament générique puisse devenir un geste normal. Néanmoins, le consommateur est libre de faire son choix mais aussi, pour les pouvoirs publics, il est tout à fait justifié que tout médicament, remboursable par la caisse de sécurité sociale et ayant une forme générique, soit remboursé sur la base du prix du médicament générique. En conclusion Sans le mettre sur un piédestal, il est indéniable que le médicament a participé à l’allongement de l’espérance de vie moyenne de quinze ans constaté en un demi-siècle. Rendons-lui cet hommage. Les populations du monde entier lui font plutôt confiance. Il est vrai que les ménages en consomment excessivement à cause d’une situation qui semble découler des habitudes de prescription et de consommation facilitées par une couverture sociale relativement confortable. Cet usage sans doute excessif a justifié la politique d’économie et de déremboursement menée par plusieurs gouvernements de par le monde. Du coup, l’industrie pharmaceutique craint de ne plus disposer de moyens suffisants pour financer ses recherches. C’est pourquoi, «inventer la molécule miracle», peut l’être grâce aux «prochains médicaments» (thérapie cellulaire, thérapie génique…) qui sauraient réaliser la synthèse entre équilibre des comptes sociaux et progrès de la santé publique et surtout que les patients ne fassent pas les frais de cette bataille. K. S. LEXIQUE* ADN ou acide désoxyribonucléique : molécule présente dans le noyau des cellules de tous les êtres vivants. Elle contient les gènes, support de l’hérédité. ARN ou acide ribonucléique : molécule présente, elle aussi, dans les cellules de tous les êtres vivants. Elle joue un rôle essentiel dans la synthèse des protéines. Il y a différents types d’ARN, dont l’ARN messager, qui transporte l’information portée par l’ADN, et l’ARN de transfert, qui utilise cette information pour fabriquer les protéines. Cellule : unité de base microscopique de tous les êtres vivants. Un ensemble homogène de cellules forme un tissu lequel à son tour peut former un organe. Gène : morceau de l’ADN contenu dans le noyau de nos cellules qui porte le plan de fabrication d’une protéine. Les gènes sont porteurs des informations relatives aux caractéristiques d’un individu. Protéine : molécule aux fonctions très variées, présente chez tous les êtres vivants et indispensable à la vie de la cellule et de l’organisme tout entier. Fabriquée par nos cellules à partir de l’ADN et grâce au code génétique, elle est à la base de tous les processus physiologiques. Enzyme : protéine, fabriquée par la cellule de l’organisme, qui permet l’activation et l’accélération (catalyse) des réactions biochimiques (transformation des sucres, des graisses, des protéines…). Insuline : hormone, fabriquée et sécrétée par le pancréas, qui fait diminuer le taux de sucre (glucose) dans le sang. Médicament princeps ou molécule d’origine : molécule ayant démontré, pour la première fois, un effet principal sur une pathologie donnée. La firme pharmaceutique à l’origine de la découverte protège la molécule par un brevet (environ 10 ans) lui permettant la production exclusive d’un tel médicament. Médicament générique : il s’agit d’une copie conforme du médicament princeps tombé dans le domaine public (expiration du délai du brevet), renfermant la même quantité de principe actif, la même présentation pharmaceutique et la même équivalence thérapeutique que le médicament princeps.

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Le Grand Échiquier » de Zbigniew Brzezinsk

Publié le par Mahi Ahmed

~~« Le Grand Échiquier » de Zbigniew Brzezinski <br>Philippe Raggi ‎Aujourd’hui ‎10 ‎juin ‎2014, ‏‎il y a 2 heures | Comité Valmy « Le Grand Échiquier » Très proche de l'exécutif américain actuel, ancien conseiller à la sécurité de la présidence des Etats-Unis, expert fort écouté du Center for Strategic and International Studies, membre du très influent Council on Foreign Relations, Zbigniew Brzezinski est loin d'être un personnage de second rang. Quelques années après le médiatique « Clash of civilisations » de Samuel P. Huntington, où développant le concept d'Occident cet auteur désignait les adversaires des Etats-Unis et l'importance du bloc islamo-confuséen, et où le paradigme de l'après Guerre Froide devenait le choc des civilisations, Brzezinski faisait paraître The grand chessboard. Cet ouvrage est un examen sérieux de géopolitique mondiale, et trace les objectifs stratégiques des Etats-Unis pour les prochaines décennies. Dès l'introduction, nous sommes renseignés sur la portée de l'ouvrage ; il ne s'agit pas d'un énième travail de géostratégie présentant les forces, les interactions, les évolutions, les constantes du monde contemporain, mais bien d'une vision de géostratégie s'inscrivant dans une eschatologie terrifiante. Le but est clair : asseoir et renforcer le rôle dominant des Etats-Unis comme première puissance mondiale ; pour cela, nous dit Brzezinski, il faut à tout prix empêcher l'émergence d'une puissance sur le continent eurasien capable de rivaliser avec les Etats-Unis. En effet, nous dit-il, celui qui tiendrait ce continent serait le maître du monde ; Hitler et Staline, qui l'avaient compris, s'y sont d'ailleurs essayés dans le passé mais sans succès. Les Etats-Unis doivent veiller au respect légitime de la primauté américaine sur cette Eurasie, car ses objectifs sont « généreux ». Ainsi, dans cette logique implacable, défier l'Amérique serait agir contre « les intérêts fondamentaux de l'humanité ». Tout est dit. Dans le premier chapitre, nous est brossé le tableau de l'évolution de la puissance américaine depuis 1898 (guerre contre l'Espagne) jusqu'à son état actuel de première puissance mondiale. Nous y voyons cette attitude anti-européenne constitutive de la création des Etats-Unis : cette Europe aux « privilèges archaïques et aux hiérarchies sociales rigides ». La première irruption des Etats-Unis dans la géopolitique européenne n'est pas abordée du point de vue de ses portées réelles, meurtrières (les quatorze points de Wilson portant en germe les conflits européens à venir), mais sous l'angle du formidable idéalisme américain allié à une puissance militaire, économique sans précédent qui font que ses principes sont pris en compte dans la recherche de solutions aux problèmes européens ; le nouvel acteur de l'arène internationale fait valoir sa vision du monde. La fin de la Seconde Guerre Mondiale fait émerger un monde bipolaire, et le temps de la Guerre Froide voit se mettre en place des enjeux géopolitiques clairement définis : les Etats-Unis contre l'Eurasie (URSS), avec le monde comme enjeu. Avec l'effondrement et l'éclatement de l'Union Soviétique, les Etats-Unis deviennent, nous dit Brzezinski, « la première puissance globale de l'histoire ». Le parallèle avec Rome est vite amené, et nous apprenons que Rome (empire simplement régional) est même dépassée. L'auteur établit ensuite la liste des empires ayant eu une aspiration à la domination mondiale ; il y en a eu trois : l'empire romain, la Chine impériale et l'empire mongol. Parmi ces trois, seul l'empire mongol approche la définition moderne de puissance mondiale, nous dit Brzezinski ; seul cet empire peut être comparé aux Etats-Unis d'aujourd'hui. Mais, après deux siècles d'existence (du XIIIème au XVème siècle), cet empire disparaissait sans laisser de traces ; ce qui devrait faire réfléchir d'avantage l'auteur. L'Europe devient ensuite le foyer de la puissance globale et le lieu où se déroule les luttes pour l'acquérir, sans toutefois être dominé par un Etat en particulier. Brzezinski note que la France en premier lieu (jusqu'en 1815), puis la Grande-Bretagne (jusqu'en 1914) ont eu leur période de prééminence. Mais, aucun de ces empires n'a vraiment été global. Le fait que les Etats-Unis se soient élevés au rang de puissance globale est, lit-on, unique dans l'histoire. Ce pays a un appareil militaire qui est le seul à avoir un rayon d'action global. Cette prééminence fait de l'ombre à la Russie et à la Chine ; néanmoins, le retard technologique de ces deux pays fait qu'ils n'ont pas de politique significative sur le plan mondial. Dans les quatre domaines clés (militaire, économique, technologique et culturel) les Etats-Unis sont dominants, et ceci lui confère la position de seule superpuissance globale. Brzezinski développe ensuite ce « système global » propre aux Etats-Unis. La puissance globale des Etats-Unis viendrait d'une part du pluralisme de sa société et d'autre part de son système politique. Incidemment, nous apprenons que par le passé les Européens, dans leurs visées impériales, n'ont été que des « aventuriers ». Autre élément de ce système : les idéaux démocratiques sont aujourd'hui identifiés dans le monde comme issus de la tradition politique américaine ; les Etats-Unis sont devenus Le modèle incontournable. La doctrine américaine, « mélange actif » d'idéalisme et d'égoïsme, est le seul qui prévaut ; bien entendu ceci pour le plus grand profit de tous. Mais cette suprématie américaine repose également, apprend t-on, sur un système élaboré d'alliances couvrant la planète. L'OTAN, l'APEC, le FMI, l'OMC, etc. (dans lesquels les Etats-Unis ont un rôle prépondérant, sinon directif) constituent un réseau mondial actif et incontournable dans la constitution et la conservation de la puissance globale américaine. Et les Etats-Unis se doivent de conserver cette position d'hégémonie globale sans précédent ; il y aurait comme une « mission » confiée à ce pays. Il lui faut impérativement prévenir toute émergence de rivaux, maintenir le statu quo ; ceci au nom du bien être de l'humanité, bien entendu. De nouveau, dans le second chapitre, et avec la même logique utilisé par l'auteur dans l'introduction, on apprend que le maintien de la prééminence des Etats-Unis dans le monde va de pair avec la paix dans le monde. L'enjeu est l'Eurasie, nous dit Brzezinski ; C'est l'Eurasie qui est « l'échiquier », c'est là que se déroule le jeu pour la domination mondiale. Apparaît alors la phobie des Etats-Unis : une éventuelle unité politique de l'Eurasie. Et l'auteur d'établir l'univers des possibles, la recension des différents cas de figures qui feraient que les Etats-Unis seraient en position d'affaiblissement ; nous apprenons que l'hégémonie américaine est superficielle, et qu'elle ne passe pas par un contrôle direct sur le monde. C'est ce qui distinguerait l'Amérique des empires du passé. De plus, toujours dans les faiblesses du « géant », il y a le fait que le système de la démocratie « exclu toute mobilisation impériale » ; mais on peut en douter justement par ces moyens d'alliances et de coalitions très « incitatifs » mis en place. Nous sommes également surpris dans la vision que Brzezinski prête aux Américains face à leur statut de superpuissance mondiale sans rivale : ils ne considèreraient pas que ce statut leur confère des avantages particuliers. Les faits prouveraient plutôt autre chose. Nous abordons plus loin les thèmes de la géostratégie et de la géopolitique. Sans surprise, nous apprenons que la géographie prédestine les priorités immédiates des pays ; nous le savions depuis au moins Napoléon. Halford J. Mackinder au début du siècle avait tracé déjà ce que nous avions vu plus haut développé par Brzezinski, à savoir que « qui gouverne l'Europe de l'Est domine le heartland, qui gouverne le heartland domine l'île-monde, et qui gouverne l'île-monde domine le monde » (le heartland étant le coeur continental). L'Amérique suit donc cette voie pour parvenir au maintien de son rang. Suit une analyse des principaux acteurs et une reconnaissance appropriée du terrain. Les Etats eurasiens possédant une réelle dynamique géostratégique gênent les Etats-Unis, il s'agit donc pour ces derniers de formuler des politiques spécifiques pour contrebalancer cet état de fait. Ceci peut se faire par trois grands impératifs : « éviter les collusions entre vassaux et les maintenir dans l'état de dépendance que justifie leur sécurité ; cultiver la docilité des sujets protégés ; empêcher les barbares de former des alliances offensives ». Tout le programme des Etats-Unis est là. Pour la poursuite de son analyse, Brzezinski distingue les « acteurs géostratégiques » (France, Allemagne, Russie, Chine et Inde) des « pivots géopolitiques » (Ukraine, Azerbaïdjan, Corée, Turquie et Iran). Les premiers sont en mesure de modifier les relations internationales, « au risque d'affecter les intérêts de l'Amérique » ; les seconds ont une position géographique leur donnant « un rôle clé pour accéder à certaines régions ou leur permet de couper un acteur de premier plan des ressources qui lui sont nécessaires ». La France et l'Allemagne sont deux acteurs géostratégiques clés qui, par « leur vision de l'Europe unie », (…) « projet ambitieux », (…) « s'efforcent de modifier le statu quo ». Ces acteurs sont l'objet « d'une attention toute particulière des Etats-Unis ». Cependant, on peut se poser la question de la « réelle volonté d'indépendance européenne » instiguée par ces deux pays. La Russie, joueur de premier plan malgré l'affaiblissement de son Etat, n'a pas tranché quant à son attitude vis à vis des Etats-Unis : partenaire ou adversaire ? La Chine, puissance régionale importante, a des ambitions élevées : la Grande Chine. Le Japon, puissance internationale de premier ordre mais qui ne souhaite pas s'impliquer dans la politique continentale en Asie. Maintenir les relations avec le Japon est un impératif pour les Etats-Unis, ne serait-ce que pour maintenir la stabilité régionale. L'Inde, qui se définit comme un rival de la Chine, est le seul pôle de pouvoir régional en Asie du Sud ; cependant ce pays n'est pas gênant pour l'Amérique car il ne contrarie pas les intérêts américains en Eurasie. L'Ukraine, l'Azerbaïdjan : le sort de ces deux pays dicteront ce que sera ou ne sera pas la Russie à l'avenir. La Turquie, facteur de stabilité dans la Mer Noire, sert de contrepoids à la Russie dans le Caucase, d'antidote au fondamentalisme islamique, et de point d'ancrage au Sud pour l'OTAN. Brzezinski nous fait là un chantage à l'islamisme pour que la Turquie intègre l'Union Européenne : « l'Amérique va profiter de son influence en Europe pour soutenir l'admission éventuelle de la Turquie dans l'UE, et mettre un point d'honneur à la traiter comme un état européen » afin qu'Ankara ne glisse vers les intégristes islamiques. Mais les motifs américains sont aussi plus prosaïques : les Etats-Unis soutiendront « avec force l'ambition qu'ont les Turcs de mettre en place un pipeline reliant Bakou à Ceyhan qui servirait de débouché à la majeure partie des ressources en énergie du bassin de la mer Caspienne ». L'Iran est, curieusement, un élément stabilisateur dans la redistribution du pouvoir en Asie Centrale ; il empêche la Russie de menacer les intérêts américains dans la région du golfe persique. « Il n'est pas dans l'intérêt des Etats-Unis de continuer à avoir des relations hostiles avec l'Iran », et ceci « malgré son sentiment religieux, à condition que celui-ci ne se traduise pas par un sentiment anti-occidental ». Mais les véritables raisons pointent quelques lignes plus bas, avec « la participation des Etats-Unis au financement de projets de pipelines entre l'Iran, l'Azerbaïdjan et le Turkménistan ». Vis à vis de l'Europe, les USA sont, dans les principes tout au moins, pour la construction européenne ; cependant, leur souhait est une Europe vassale. L'OTAN est non seulement le support essentiel de l'influence américaine mais aussi le cadre de sa présence militaire en Europe de l'Ouest. Pour autant, c'est un réel partenariat que souhaite l'Amérique ; on peut se demander toutefois, à l'aune de ces points de vues contradictoires (une Europe à la fois vassale et partenaire), quelle est la marge de manouvre laissée à l'Europe par les Etats-Unis, et dans quels domaines elle pourrait s'exercer. La problématique géostratégique européenne sera, lit-on, directement influencée par l'attitude de la Russie et de sa propre problématique. Et pour faire face à toute éventualité, les Etats-Unis doivent empêcher la Russie de « recouvrer un jour le statut de deuxième puissance mondiale » ; à terme, ce pays posera un problème lors de son rétablissement comme « empire ». L'Asie centrale, zone inflammable, pourrait devenir le champs de violents affrontements entre Etats-nations. Le Golfe persique est une chasse gardée des Etats-Unis ; « la sécurité dans cette zone est du ressort de l'Amérique ». On comprend mieux les enjeux de la guerre menée contre l'Irak. Le défi du fondamentalisme islamique quant à lui « n'est guère stratégique » ; ce qui expliquerait l'attitude ambiguë des USA à l'égard de celui-ci. L'Islam n'a pas d' « Etat-phare » dirait Huntington. La Chine pour sa part évolue, mais l'incertitude demeure quant à sa démocratisation. Brzezinski note que dans le cas de l'émergence d'une « Grande Chine », le Japon resterait passif ; cette neutralité cause quelques craintes aux Etats-Unis. De plus, les Etats-Unis doivent se prémunir contre l'éventualité d'un développement de l'axe sino-japonais. L'Amérique doit faire des concessions à la Chine si elle veut traiter avec elle ; « il faut en payer le prix » nous dit l'auteur. Toujours dans cette zone, la mesure impérative de la stratégie US est « le maintien de la présence américaine en Corée du Sud » ; elle est d'« une importance capitale ». Une autre crainte américaine serait la naissance d'une grande coalition entre la Chine, la Russie et peut-être l'Iran ; une coalition anti-hégémonique, « unie par des rancunes complémentaires ». Enfin, pour maintenir la primauté américaine, la solution adoptée et recommandée est « l'intégration de tous ces Etats dans des ensembles multilatéraux, reliés entre eux, et sous l'égide des Etats-Unis ». Le chapitre suivant aborde l'Europe, « tête de pont de la démocratie », où il faut entendre en fait, bien sûr, « tête de pont des Etats-Unis ». L'Union Européenne, union supranationale, dans le cas où elle réussirait deviendrait une puissance globale, apprend t-on ; ce qui veut dire qu'elle ne l'est pas aujourd'hui. La réussite de ce projet, permettrait à ces pays européens « de bénéficier d'un niveau de vie comparable à celui des Etats-Unis » ; mais est-ce vraiment la panacée, et a-t-on besoin de cette Europe-là pour y parvenir ? Par ailleurs, ce niveau de vie n'est-il pas déjà atteint ? Dans l'appréciation de cette idée de projet européen, on note toujours un « oui, mais » ; en effet, cette Europe est placée incidemment « sous l'égide américaine ». Nous pouvons à juste titre nous demander où est le réel « partenariat », « la réelle équité » tant vantée par l'auteur ? Brzezinski nous fait un tableau sans concession de l'Union Européenne : les Etats européens dépendent des Etats-Unis pour leur sécurité ; une « Europe vraiment européenne n'existe pas » ; et poursuit-il, « sans détour, l'Europe de l'Ouest reste un protectorat américain ». Tous ceci est un soufflet à ceux qui pensent que l'Europe, grâce à l'Union, est la structure permettant une indépendance vis à vis des Etats-Unis. Comme la situation de l'Union européenne est floue, indécise, « les Etats-Unis ne doivent pas hésiter à prendre des initiatives décisives ». « Le problème central pour l'Amérique est de bâtir une Europe fondée sur les relations franco-allemandes, viable, liée aux Etats-Unis et qui élargisse le système international de coopération démocratique dont dépend l'exercice de l'hégémonie globale de l'Amérique ». Ainsi, comme partout ailleurs, les USA se moquent de leurs « alliés » du moment ; seuls comptent les intérêts finaux américains. Observant la politique européenne et son évolution récente, Brzezinski nous dit que la lutte contre la montée « de l'extrémisme politique et du nationalisme étriqué » doit se faire par la constitution « d'une Europe plus vaste que la somme de ses parties – c'est à dire capable de s'assigner un rôle mondial dans la promotion de la démocratie et dans la défense des droits de l'homme ». Le procédé est toujours le même ; pour asseoir ses fins, il faut « diluer » les entités dans des ensembles plus vastes. De plus, dans le processus de construction « européenne », l'UEO apparaît de fait comme l'antichambre de l'OTAN. Il est trop tôt, nous dit Brzezinski, pour fixer catégoriquement les limites orientales de l'Europe. Cependant, pour ce qui est du connu, « l'objectif géostratégique central de l'Amérique en Europe est de consolider sa tête de pont sur le continent eurasien » ; ceci pour constituer un tremplin dans le but « d'instaurer en Eurasie un ordre international fondé sur la démocratie et la coopération », en fait sur la domination américaine. Le rôle de l'Allemagne est celui du bon vassal, « bon citoyen de l'Europe, partisan déterminé des Etats-Unis » ; elle n'a jamais remis en cause « le rôle central des Etats-Unis dans la sécurité du continent ». C'est l'effondrement du bloc soviétique qui a fait que « pour l'Allemagne, la subordination à la France n'offrait aucun bénéfice particulier ». Elle a aujourd'hui un rôle entraînant ; « en entretenant des relations étroites avec la puissante Allemagne, ses voisins bénéficient de la protection rapprochée des Etats-Unis ». Avec le rapprochement germano-polonais, « l'Allemagne peut exercer son influence jusque dans les pays baltes, l'Ukraine, la Biélorussie ». La sphère d'influence allemande s'est déplacée vers l'Est, et « la réussite de ces initiatives confirme la position dominante de l'Allemagne en Europe centrale ». Sans l'élargissement de l'OTAN aux pays de l'Est, « l'Amérique essuierait une défaite d'une ampleur mondiale », note Brzezinski. Ainsi, la collaboration américano-germanique est-elle « nécessaire pour élargir l'Europe vers l'Est ». Par ailleurs, nous apprenons que « l'Europe ne se réalisera pas sous l'égide de Berlin » ; parions toutefois que, pour l'auteur, cela ne s'envisage bien plutôt « sous l'égide de Washington ». Quant à la France, « puissance moyenne post-impériale », elle n'a pas les moyens de ses prétentions. Son rêve de grandeur pour une Europe sous conduite française correspondrait pour elle, nous dit l'auteur, à la « grandeur de la France ». Cependant, elle pourrait avoir des velléités pour traiter directement avec la Russie, et ainsi s'affranchir relativement des Etats-Unis ; nous voyons poindre là une légère inquiétude vis à vis de la France. Pour autant, la France est tout de même « un partenaire indispensable pour arrimer définitivement l'Allemagne à l'Europe ». N'étant pas assez forte pour faire obstacle aux objectifs géostratégiques américains en Europe, « la France avec ses particularismes et ses emportements peut être tolérée ». Quant au couple franco-allemand est primordial pour les intérêts américains ; une remise en cause de cette unité « marquerait un retour en arrière de l'Europe », et serait « une catastrophe pour la position américaine sur le continent ». Il est clair également que les Etats-Unis se servent de l'Allemagne (dominant économiquement en Europe) pour canaliser et « tenir » la France. La chapitre suivant, intitulé « Le trou noir », traite de la Russie à l'aune des changements survenus depuis la fin de l'Union Soviétique et la naissance de la Communauté des Etats Indépendants. « Il est indispensable que l'Amérique contre toute tentative de restauration impériale au centre de l'Eurasie » qui ferait obstacle à ses objectifs géostratégiques premiers : « l'instauration d'un système euro-atlantique ». Après l'effondrement de l'Empire, qui a vu un vide politique (le « trou noir ») s'instaurer au cour même de l'Eurasie, et qui a ramené la Russie « au niveau d'une puissance régionale du tiers monde », Brzezinski constate que cet état a très peu d'espaces « géopolitiquement sûrs ». Les frontières actuelles de la Russie ont reculé de plus de mille kilomètres vers le Nord après 1991, et les États qui l'entourent actuellement constituent une ceinture, un obstacle à son épanouissement, à son développement ; ceci tant vers l'Est que vers la Mer Noire et le Sud-Est de l'ancien Empire. L'auteur fournit une réponse américaine aux questions russes ; l'Amérique se préoccupe de savoir « ce qu'est la Russie, et ce que doivent être ses missions ainsi que son territoire légitime ». Mais la raison essentielle qui fait le regard critique, systématique américain vis à vis de la Russie est qu'elle a « une identité eurasienne », une « personnalité eurasienne », ce que les Etats-Unis n'ont pas par nature. Et si les Etats-Unis soutiennent l'Ukraine c'est que sans ce dernier, aucune restauration impériale n'est possible pour la Russie. C'est l'application de la technique du « roll back », celle du refoulement de la Russie vers l'Asie. Plus loin, Brzezinski note que les Etats de l'ex-URSS, pour échapper aux nouvelles visées « impériales » russes, « ont cherché à tisser leurs propres réseaux de relations internationales, avec l'Ouest pour l'essentiel, mais aussi avec la Chine ou les pays musulmans au Sud ». La seule solution honorable pour la Russie, nous dit l'auteur, est « une direction partagée avec l'Amérique » ; ce pays « devrait se résoudre à jouer un rôle de tampon entre l'expansionnisme chinois et l'Ouest », à choisir l'Europe, alliée des Etats-Unis, pour faire face à d'éventuelles visées expansionnistes chinoises. Reste donc pour Moscou le « choix européen, seule perspective géostratégique réaliste » ; et, par choix « européen » ont peut entendre, en fait, choix « occidentalo-américain ». Pour les Etats-Unis, « la Russie paraît vouée à devenir un problème », et d'autant plus si d'aventure une alliance avec la Chine et l'Iran se concrétisait. C'est la raison pour laquelle les Etats-Unis doivent « éviter de détourner la Russie de son meilleur choix géopolitique » à savoir, l'Europe atlantiste. La Russie doit s'intégrer à l'Europe, en suivant un processus graduel, commençant par sa « participation au Conseil de l'Europe », à l'instar de la Turquie kémaliste qui « s'est engagée sur la voie de la modernisation, de l'européanisation et de la démocratisation » ; la deuxième étape de cet arrimage européen de la Russie serait la proposition d'une charte avec l'OTAN par l'Europe et l'Amérique. Enfin, ultime étape dans ce processus, l'intégration de la Russie dans l'Union Européenne. Cependant, précise l'auteur, le choix de l'Europe pour la Russie se fera plus facilement une fois l'Ukraine intégrée elle-même à l'OTAN et à l'Union Européenne. Les « Balkans eurasiens » sont l'objet du chapitre suivant. Ces nouveaux « Balkans » sont constitués de neufs pays : le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l'Ouzbékistan, le Turkménistan, l'Azerbaïdjan, l'Arménie, la Géorgie et l'Afghanistan. Les facteurs d'instabilité des ces « Balkans eurasiens » sont nombreux : de graves difficultés nationales, des frontières contestées des voisins ou des minorités ethniques, peu d'homogénéité nationale, des luttes territoriales, ethniques ou religieuses. Toutes les options peuvent donc être envisagées quant à l'avenir de cette région, nous dit Brzezinski. Les voisins intéressés, nourrissant des visées politiques sur la région sont la Russie, la Turquie, l'Iran et la Chine. La Russie qui veut retrouver sa zone d'influence, renouer avec ses républiques d'hier, et dont les visées géopolitiques vont vers le Sud, en direction de l'Azerbaïdjan et du Kazakhstan. ; la Turquie qui se considère comme le leader potentiel d'une communauté turcophone aux frontières très floues ; l'Iran, dont le principal souci est le renouveau de l'islam en Asie centrale ; la Chine enfin, que les ressources énergétiques de la région attirent, et qui veut y avoir un accès direct hors contrôle de Moscou. Les motifs d'intérêts sont essentiellement économiques : « la région renferme une énorme concentration de réserve de gaz naturel, d'importantes ressources pétrolières, auxquelles viennent s'ajouter des gisements de minerais, notamment des mines d'or ». Mais il y a aussi des raisons plus profondes (et qu'il est curieux de voir soulever par un américain) des facteurs « relevant de l'histoire ». D'autres pays ont leurs regards tournés vers cette région : le Pakistan qui veut exercer une influence politique en Afghanistan et profiter à terme de la construction de pipelines reliant l'Asie centrale à la Mer d'Oman. L'Inde qui, pour faire face aux projets du Pakistan et à la montée de l'influence chinoise, est favorable au développement de l'influence iranienne en Afghanistan, ainsi qu'à une présence russe plus importante dans ses anciennes républiques. Les Etats-Unis enfin, qui « agissent en coulisse », cherchent à ménager le pluralisme géopolitique, et tentent « d'empêcher la Russie d'avoir la suprématie ». La dynamique russe et les « ambitions anachroniques » de Moscou dans cette région sont « nuisibles à la stabilité de celle-ci ». Et nous apprenons que « les objectifs géostratégiques américains recouvrent en fait les intérêts économiques de l'Europe et de l'Extrême-Orient » ; nous sommes toujours dans cette logique « philanthropique » américaine. L'engagement des Etats-Unis dans cette région, nous dit Brzezinski, est considérée par les pays concernés comme « nécessaire à leur survie ». Les motifs généraux américains sont les pipelines et leurs tracés actuels ; le but des Etats-Unis étant de ne plus passer par des pipelines courant sur le territoire russe, non plus au Nord donc mais par le Sud et la médiane de cette région des Balkans eurasiens. « Si un pipeline traversait la Mer Caspienne pour atteindre l'Azerbaïdjan et, de là, rejoignait la Méditerranée en passant par la Turquie, tandis qu'un autre débouchait sur la Mer d'Oman en passant par l'Iran, aucune puissance unique ne détiendrait le monopole de l'accès à la région ». On comprend aisément à cette lumière les actions et les soutiens américains à tel ou tel pays ; on peut saisir ainsi la bienveillance des Etats-Unis pour les « étudiants en théologie », les Pachtouns de Kaboul, au détriment des Tadjiks d'Ahmed Shah Massoud concentrés dans les régions du Nord de l'Afghanistan. Dans l'avenir, Brzezinski voit dans ses Balkans eurasiens une montée de l'islamisme, des conflits ethniques, un morcellement politique, et une guerre ouverte le long de la frontière méridionale de la Russie. Une zone donc qui fera sans doute parler d'elle bientôt. Quelle doit être la politique américaine en extrême orient ? C'est l'objet du chapitre suivant. Pour être efficace, elle doit avoir un point d'ancrage dans cette région, nous dit l'auteur. Il est essentiel, poursuit-il, que les Etats-Unis aient d'étroites relations avec le Japon, et qu'ils établissent une coopération avec la Chine. Si l'extrême orient connaît aujourd'hui un dynamisme économique extraordinaire, il va néanmoins de pair avec une incertitude politique croissante. C'est « un volcan politique en sommeil » ; il ne possède pas de « structures de coopération multilatérale » comme l'Union européenne et l'OTAN, et ce malgré l'ASEAN. Cette région est devenue, selon l'Institut International d'Etudes Stratégiques, « le plus gros importateur d'armes, dépassant l'Europe et le Moyen-Orient ». Il existe dans cette partie du monde de nombreux points de frictions : les relations entre la Chine et Taiwan ; les îles Paracels et Spratly, objets de multiples convoitises ; l'archipel Senkaku qui sont disputées par la Chine et le Japon ; la division de la Corée et l'instabilité inhérente à la Corée du Nord ; les îles Kouriles, sujets à controverses entre la Russie et le Japon ; enfin, des conflits territoriaux et / ou ethniques divers, le long de la frontière chinoise, également entre le japon et la Corée, enfin entre la Chine et l'Indonésie à propos des limites océaniques. La Chine est « la puissance militaire dominante de la région » ; et, dans l'absence d'équilibre entre les puissances, l'on a vu l'Australie et l'Indonésie se lancer dans une plus grande coopération militaire ; Singapour a également, avec ces deux pays, développé une coopérationen matière de sécurité. La probabilité de voir se réaliser ces conflits dépendront « de la présence et du comportement américains ». Brzezinski vante la Chine du passé, « pays qui [ au XVIIème siècle ] dominait le monde en termes de productivité agricole, d'innovation industrielle et par son niveau de vie ». Puis, il compatit avec les « cent cinquante années d'humiliation qu'elle a subies » ; la Chine doit être « lavée de l'outrage causé à chaque chinois », et « les auteurs doivent être châtiés ». Parmi les auteurs, la Grande-Bretagne a été dépossédée de son Empire, la Russie a perdu son prestige et une partie de son territoire ; restent les Etats-Unis et le Japon qui sont le principal souci de la Chine aujourd'hui. Selon l'auteur, la Chine refuserait « une véritable alliance sino-russe à long terme, car elle aurait pour conséquence de renforcer l'alliance nippo-américaine » et car « cette alliance empêcherait la Chine d'accéder à des technologies modernes et à des capitaux, indispensables à son développement ». Nous est brossé ensuite les différents cas de figure possibles. L'auteur fait état des prévisions prometteuses relatives à la Chine ; cependant, il doute de ses capacités à « maintenir pendant vingt ans ses taux de croissance spectaculaire ». Actuellement, nous dit-il, la croissance rapide de la Chine accentue la fracture sociale liée à la répartition des richesses ; ces inégalités ont un impact sur la stabilité du pays. Mais le rayonnement de la Chine « pourraient bien amener les riches chinois d'outre-mer à se reconnaître dans les aspirations de la Chine ». Autre cas de figure évoqué, l'éventualité d'un repli sur soi de la Chine. Dans son espace régional, la Chine joue le Pakistan et la Birmanie contre l'Inde son « rival géopolitique ». L'objectif de Pékin serait « une plus grande influence stratégique sur l'Asie du Sud-Est », contrôler le détroit de Malacca et le goulet de Singapour. La Chine élabore « une sphère d'influence régionale » ceci en particulier vers ses voisins de l'Ouest qui cherchent un contre poids à l'influence russe. Brzezinski traite des relations américano-chinoise mais sans comprendre l'attitude de Pékin, et en jouant les naïfs : « (…) en raison de ce qu'ils sont et de leur simple présence, les Etats-Unis deviennent involontairement l'adversaire de la Chine au lieu d'être leur allié naturel ». Par ailleurs, les Chinois savent que « leur influence dans la région se trouverait automatiquement renforcée par la moindre attaque qui viendrait miner le prestige américain ». L'objectif central de la politique chinoise serait d'affaiblir l'Amérique pour que cette dernière ait besoin d'une Chine « dominant la région » et « mondialement puissante pour partenaire ». Autre point d'extrême orient analysé par l'auteur : le Japon, dont les relations avec l'Amérique, nous dit-il, feraient dépendre l'avenir géopolitique de la Chine. Le paradoxe du Japon est qu'il « a beau être riche, dynamique et économiquement puissant, il n'en est pas moins un Etat isolé dans sa région et politiquement limité dans la mesure où il est tributaire d'un allié puissant qui s'avère être non seulement le garant de l'ordre mondial mais aussi son principal rival économique » : les Etats-Unis. Mais, « la seule véritable question politique pour le Japon consiste à savoir comment utiliser la protection des Etats-Unis afin de servir ses propres intérêts ». Le Japon est, apprend -t-on, un pays « qui ne se satisfait pas du statu quo mondial ». Depuis le milieu des années quatre-vingt-dix, note Brzezinski, on observe une redéfinition de la politique étrangère de ce pays. Cette redéfinition porte le Japon à « ménager la Chine plutôt que de laisser le soin aux Etats-Unis de la contenir directement ». Cependant « très peu [de japonais] se prononcent en faveur d'une grande entente entre le Japon et la Chine » car cela déstabiliserait la région, et provoquerait le désengagement des USA, subordonnant la Corée et Taiwan à la Chine, mettant « le Japon à la merci de cette dernière ». Les Etats-Unis veilleront à ce que le Japon mette « en place une coopération véritablement internationale, mieux institutionnalisée » à l'instar du Canada, « Etat respecté pour l'utilisation constructive de ses richesses et de son pouvoir, et qui ne suscite ni craintes ni ressentiments ». Les objectifs globaux des USA étant de faire du Japon « le partenaire essentiel et privilégié de la construction d'un système » de coopération mondiale. La partie n'est pas gagnée d'avance en extrême orient pour les Etats-Unis, concède Brzezinski, car « la création d'une tête de pont démocratique est loin d'être imminente (…) contrairement à ce qui s'est passé en Europe ». On note la prudence des Etats-Unis vis à vis de la Chine : « il est préférable de la traiter comme un acteur crucial sur l'échiquier mondial », et la faire participer au G7, lui donnant accordant ainsi du crédit et satisfaisant son orgueil. Les USA doivent également « se montrer conciliant sur certaines questions, tout en restant ferme sur d'autres », poursuit Brzezinski. Et revenant sur le problème de Taiwan, nous apprenons que « les Etats-Unis interviendraient pour défendre non pas l'indépendance de Taiwan, mais leurs propres intérêts géopolitiques dans la région Asie-Pacifique » ; voilà qui est clair. Pour ce qui concerne la Corée et le Japon, l'Amérique peut « jouer un rôle décisif en soutenant la réconciliation » ; la stabilité apportée faciliterait « le maintien de la présence des Etats-Unis en Extrême-Orient », et cette réconciliation « pourrait servir de base à une éventuelle réunification » de la Corée. Dans sa conclusion, où rien de nouveau apparaît par rapport aux chapitres précédents, nous lisons quand même « qu'aucun problème d'importance ne saurait trouver d'issue contraire aux intérêts des Etats-Unis » puisque ces derniers jouent désormais le rôle d'arbitre en Eurasie, et qu'ils sont devenus « la nation indispensable de la planète ». Priorité est donc donnée à la gestion de l'émergence de nouvelles puissances mondiales « de façon à ce qu'elles ne mettent pas en péril la suprématie américaine ». Ainsi, quand Brzezinski prône la création d'un « accord de sécurité transeurasien prévoyant l'élargissement du Traité de l'Atlantique Nord », il ne fait que poursuivre la méthode qui consiste à lier les nations par des traités, des accords mondiaux, à les noyer dans des organismes multinationaux pour mieux les assujettir aux intérêts américains. Le rôle à venir des Etats-Unis sera un « rôle décisif », celui « de stabilisateur et d'arbitre en Eurasie ». Toutefois, nous dit Brzezinski, les Etats-Unis ne sont pas seulement la première superpuissance globale, mais seront très probablement la dernière, ceci à cause de la diffusion de plus en plus généralisée du savoir et de la dispersion du pouvoir économique. Si les Etats-Unis ont pu exercer une prépondérance économique mondiale, ils le doivent à « la nature cosmopolite de [leur] société (…) qui [leur] a permis (…) d'asseoir plus facilement leur hégémonie (…) sans pour autant laisser transparaître [leur] caractère strictement national ». Il est peu probable qu'un autre pays puisse faire de même ; « pour simplifier, n'importe qui peut devenir Américain, mais seul un Chinois peut être Chinois ». Il transparaît dans ces propos une négation radicale de l'altérité. Les Etats-Unis ne veulent pas « l'autre », ils ne le conçoivent même pas ; ils ne connaissent que l'autre en tant que « même », un clone en quelque sorte ; piètre intelligence du monde, de la richesse, de la diversité de l'homme que ce rapport à l'autre, spécifiquement américain. Comme la puissance Américaine ne saurait durer sans fin (nous ne sommes pas arrivé avec le triomphe de l'Amérique et de ses « idéaux » à la fin de l'Histoire, pour reprendre les mots d'un illuminé nommé Francis Fukuyama), Brzezinski nous trace « l'après domination états-unienne ». Le legs de l'Amérique au monde, à l'histoire, doit être une démocratie planétairement triomphante, nous dit-il, et surtout, la création d'une « structure de coopération mondiale (les Nations Unies sont « archaïques ») (…) qui assumerait le pouvoir de « régent » mondial ». Voilà donc un testament établi pour la poursuite mondiale, et jusqu'à la fin des temps, du « rêve américain ». Mais chacun sait que les temps comme les rêves ont toujours une fin. Si la recension des objectifs géostratégiques américains est établie, la formulation et la structure interne de l'ouvrage sont assez confuses puisque l'on retrouve souvent des éléments concernant un sujet deux ou trois chapitres plus loin. L'auteur manque un peu de rigueur dans son exposition. Plus généralement, si l'on comprend la logique de ce discours de la part d'un américain, on ne peut décemment acquiescer aux propos de Zbigniew Brzezinski . Dès lors que l'on n'est pas américain, on ne peut pas souscrire aux thèses énoncées dans ce livre ; ce serait sinon, pour prendre l'exemple d'un animal, comprendre les motivations de son prédateur, et accepter de se laisser dévorer par lui. Si certains constats de l'auteur sont justes et relèvent du bon sens, il n'en demeure pas moins qu'il faut combattre ces objectifs impériaux / impérialistes américains même si, comme le constatait Paul Valéry dans son Regard sur le monde actuel, « le rêve des Européens est d'être dirigé par une commission américaine », et malgré cette apathie qui caractérise malheureusement les Européens en général et les Français en particulier. Philippe Raggi 9 juin 2014 Source :

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LE PERIMETRE DES CHAMAILLERIES

Publié le par Mahi Ahmed

~~LE PERIMETRE DES CHAMAILLERIES par M. Abdou Benabbou Le gargarisme des hommes dits politiques nous parvient inaudible, déplacé, futile et d'une inconvenance qui ne sied pas aux grandes épreuves de notre temps. MSP, RCD, FLN, RND, FFS et tous les fouillis des prétendues petites ou grandes vérités paraissent comme des étiquettes en total décalage avec la réalité. Ce qu'on appelle le pouvoir et ceux qu'on dit inscrits dans l'opposition s'échinent dans un périmètre de chamailleries à coups de vindictes parfois justifiées, souvent malintentionnées pour se confiner dans des rôles que la majorité des Algériens n'apprécie plus depuis qu'elle n'est plus maîtresse de sa destinée. La coordination nationale pour les libertés et la transition démocratique se réunit aujourd'hui à Alger. C'est bien et c'est une bonne initiative. Pour peu qu'elle permette un échange d'idées pour que l'Algérie avance vers le progrès. Mais cependant à l'autre bout de la capitale, le représentant personnel du président Bouteflika continue la récolte des propositions de personnalités choisies pour un lifting de la Constitution. Nous serions curieux de savoir avec justesse bien avérée au nom de qui l'un comme les autres se sont réunis et qui leur a accordé cette si floue procuration nationale pour tenter de gérer notre destinée. Avec toute la bonne foi qui pourrait les accompagner, l'un comme les autres s'inscrivent farouchement dans une mise en scène désuète qui incommode au plus haut point le citoyen lambda honnête. S'il est vrai que rien n'est évident et que les hommes par manque d'humilité et de génie restent englués dans des appréciations égoïstes et de courte vue, il est tout aussi vrai que l'Algérie a besoin de tous ses enfants unis. Pour ce rassemblement salvateur, des âmes bien nées ont suggéré une large constituante. L'idée a du bon. Elle a aussi du moins bon si tous ceux qui s'imposent à parler en notre nom, pouvoir comme opposition autoproclamés, ne font pas l'effort de se départir de cette vanité si délurée mais combien suicidaire pour un peuple qui a déjà assez souffert. Source : Le Quotidien d’Oran du 10.6.14

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