Sur quel modèle économique s’appuie le plan d’action du gouvernement

Publié le par Mahi Ahmed

~~Sur quel modèle économique s’appuie le plan d’action du gouvernement ? Par : Mustapha MEKIDECHE La volonté affichée dans le plan d’action du gouvernement d’atteindre le statut d’économie émergente à l’issue de la période quinquennale 2015-2019, avec un taux de croissance annuelle de 7%, est légitime. En vérité cette volonté est plus facile à proclamer qu’à réaliser. Car, pour ce faire, le recours à la seule dépense publique comme carburant des moteurs de la croissance ne sera pas suffisant ni d’ailleurs totalement faisable compte tenu de la diminution programmée des ressources de la fiscalité hydrocarbures. Il est grand temps d’infléchir les logiques structurelles lourdes qui avaient dessiné l’architecture et le contenu des trois plans quinquennaux précédents pour passer à un plan assis sur “un nouveau régime de croissance”. Pour une raison supplémentaire bien simple c’est que nous avons basculé, de fait et de façon visible depuis l‘année 2013, d’une économie rentière sans contrainte apparente de ressources (on pouvait tout acheter) à une économie désormais fortement contrainte par les ressources naturelles et financières du pays. Ne pas tenir compte de cela dans le plan d’action du gouvernement serait un déni de réalité qui s’avérerait dangereux à moyen terme. Cette vision n’est d’ailleurs ni personnelle ni inédite. Elle a été déjà développée et formalisée dans des cadres institutionnels (Forum économique du cinquantenaire organisée par le CNES, travaux sur les politiques industrielles du ministère en charge de l’industrie) mais aussi dans des think tanks indépendants (CARE, Club informel de l’énergie etc.). Mais il me semble qu’à ce jour leur message n’a pas été suffisamment audible. C’est pour cela qu’il convient de rappeler, pour compléter les non-dits du plan d’action du gouvernement et fixer “le cap stratégique” du prochain plan quinquennal 2015-2019, les trois éléments structurants ce nouveau modèle économique. Il s’agit de la rénovation des systèmes de gouvernance, la promotion de l’entrepreneuriat et la revalorisation du capital humain. Ces trois éléments structurants sont eux-mêmes contraints par plusieurs facteurs endogènes et exogènes (mondialisation, faiblesse et obsolescence de l’appareil productif national public et privé, poids considérable de l’informel, gaspillage de ressources induites par des politiques de subvention et de transferts devenues inappropriées, baisse des ressources budgétaires). D’où, me semble-t-il, quatre actions de réformes prioritaires qu’il faudra engager en urgence si l’on veut devenir une économie émergente comme indiqué dans le programme du gouvernement. Ces quatre axes de réformes auraient gagné à être explicitement et longuement détaillés dans le plan d’action en tant que signaux forts de changement. Nous savons tous en effet que les mesures économiques prises à ce jour par les pouvoirs publics, de caractère “pro cycliques”, ont d’une part atteint leurs limites de financement et d’autre part n’ont produit au fil des ans qu’une “croissance molle et volatile”. D’abord le premier axe de réforme est celui de l’organisation des marchés et son corollaire la réduction de la sphère informelle devenue trop massive. On ne pourra devenir un pays émergent sans l’existence de marchés physiques et financiers concurrentiels transparents, fonctionnant aux standards internationaux. On ne peut espérer se réindustrialiser massivement en tolérant en même temps un marché informel monétaire et physique de la taille actuelle. D’ailleurs, l’accession à l'OMC ne pourrait se faire dans ces conditions ou si elle se fait, elle nous coûtera très cher. Deuxième axe de réforme la réforme financière dans ses déclinaisons budgétaire et bancaire. Pour le volet budget, il s’agira d’aller vers sa rationalisation en attendant d’arriver à la mise en œuvre de la “règle d’or”. Cela implique notamment une profonde révision des politiques de transferts sociaux et de subventions par la voie tarifaire, source de gaspillage et de fuite aux frontières de produits lourdement subventionnés (carburants, produits alimentaires). Cela implique enfin un ajustement en profondeur des conditions de sélection et de réalisation des investissements publics, y compris dans leur segment marchand. Pour le volet monétaire et bancaire, la lutte contre l’informel permettra de bancariser des ressources “grises” importantes circulant hors circuit bancaire. Mais il convient aussi de moderniser des banques qui ne fonctionnent pas encore aux standards internationaux. Cette situation, qui nuit fortement au climat des affaires, a trop duré. Troisième type de réforme : il concerne le développement local et territorial. L’immensité de notre pays, premier en Afrique en termes de superficie, et les externalités qui en résultent (négatives en termes de menaces aux frontières, positives en termes de profondeur stratégique), nous oblige à revisiter notre paradigme de développement et celui de l’organisation administrative de l’État. Il s’agira d’aller vite vers l’équité territoriale en termes d’aménagement mais aussi de promotion des élites économiques et politiques locales de sorte à leur transférer des pouvoirs pour prendre en main leur développement local. Ces territoires ont trop souffert de “la verticalité et la centralité des pouvoirs des décisions” pour reprendre les termes de la déclaration finale du Forum économique du cinquantenaire organisé par le CNES, institution qu’il conviendra de constitutionnaliser pour lui assurer pérennité et indépendance. Quatrième type de réformes urgentes, la promotion de l’entreprise algérienne et l’amélioration du climat des affaires y compris celui de l’investissement. Là il faudra sortir des fausses solutions superficielles et des voeux pieux pour aller vers un soutien franc et massif des entreprises publiques et privées de sorte à leur assurer des parts de marché interne et les accompagner à l’international. Il n’y a qu’à dialoguer avec les organisations patronales publiques et privées pour identifier les actions clés de soutien. En conclusion c’est la réalisation rapide de ces quatre réformes qui va faciliter l’atteinte des objectifs sectoriels de croissance fixés dans le plan d’action du gouvernement. Mieux cela va créer un effet de synergie durable sur l’ensemble de la sphère réelle et monétaire. Dans ces conditions la croissance de 7% du PIB sera possible bien avant l’année 2019, fin du programme quinquennal. C’est là où se niche la vraie performance de l’économie algérienne pour qu’elle puisse devenir émergente. Enfin peut-être. M. M.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article