Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

OUI à la démocratie et au référendum en Grèce – NON au chantage de la Grèce par FMI, Union européenne et gouvernement allemand

Publié le par Mahi Ahmed

OUI à la démocratie et au référendum en Grèce – NON au chantage de la Grèce par FMI, Union européenne et gouvernement allemand

Publié le 29. juin 2015 par faktencheckhellas

.

L’Europe démocratie et sociale, un projet de toute façon inachevé, se trouve devant l’abîme en cette fin juin 2015. Mais en face de l’abîme, les uns – en tant que créanciers – vivent au Grand Hôtel, dans le grand luxe et avec un beau panorama, alors que les autres en tant que débiteurs endettés se trouvent sur un écueil, toujours menacés de la chute dans la faillite.

Une « Troïka » composée d’institutions puissantes fait en sorte que le menace se transforme en chantage. Aucune chance n’est laissée à des débiteurs tels que la Grèce : la menace de la chute dans la faillite est censée rendre docile le gouvernement. Des alternatives sociales et politiques à l’Austérité imposée sont frappées d’un tabou. Même le référendum, proposé par le gouvernement de Syriza, sur le plan de mesures d’économies imposée par la «Troïka» a été interprété par l’Eurogroupe des ministres des Finances (un club à caractère technocratique, non pas une institution politique responsable devant les électeurs et électrices) comme une provocation. Ils punissent l’initiative démocratique émanant de Syriza en excluant le ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, des délibérations du soi-disant Eurogroupe. Ils sont suffisamment sans honte de violer le droit européen pour assouvir leur besoin de vengeance néolibéral. Le spectacle offert par Wolfgang Schäuble, Jeroen Dijsselbloem et les autres entrera dans l’histoire européenne comme celui d’un attentat-suicide grandiose de la classe politique, dirigé contre le projet d’une intégration européenne.

La politique d’austérité qui ruine des budgets d’Etat et détruit des sociétés est menée par le Fonds monétaire international (FMI), la Banque centrale européenne (BCE) et la Commission européenne ensemble avec l’Eurogroupe, en concertation avec les grandes puissances économiques de l’Europe. L’Allemagne, gouvernée par la Grande coalition (droite chrétienne-démocrate et social-démocratie) sous Wolfgang Schäuble, Sigmar Gabriel et Angela Merkel fait figure de moteur. Avec leur politique d’austérité et de casse sociale, de blocage des investissements destinés au renouveau économique, de pression sur les salaires de la masse de la population et d’affaiblissement des syndicats, ils ont fait en sorte qu’en Grèce, le chômage a été triplé entre 2007 et 2014, passant à presque 30 %. Le chômage des jeunes, passant à près de 60 %, a plus que doublé. Il n’est ainsi pas étonnant de constater que le PIB est réduit d’un quart, que l’endettement des particuliers a augmenté de 66 % par rapport à avant la crise et que le taux d’endettement public est monté à presque 180 % du PIB. Partout en Europe, la situation sociale et économique des populations s’est dégradée, mais en Grèce, de façon particulièrement radicale.

Face à cet échec patent de la politique de la «Troïka», il est compréhensible et juste que le gouvernement grec tire le frein d’urgence et qu’il veuille suivre une autre route que le trajet programmé par ceux réunis au Grand Hôtel près de l’abîme ; d’autant plus que les gouvernements d’avant l’arrivée de Syriza ne peuvent présenter aucun succès, bien qu’ils aient sagement obéi aux directives de la «Troïka».

Ce faisant, Syriza n’agit pas seulement dans l’intérêt de la Grèce. De toute évidence, il y a lieu de corriger une erreur de construction de la «maison commune européenne»: ses habitants et habitantes ne sont pas des citoyennes et citoyens avec des droits (et devoirs) égaux, mais d’un côté des fortunés dont la richesse augmente aussi dans la crise et avec la crise, et de l’autre côté des débiteurs dont la charge de la dette grandit sans cesse dans la crise et à cause de la crise. Dans l’Europe de 2015, on peut apprendre ce qu’enseignait le grand philosophe grec Aristote: l’argent divise; pour cette raison, on ne saurait fonder une société libre et démocratique sur une union monétaire, en suivant la logique de l’argent. Une «maison commune» exige plus qu’une caisse commune, gérée par des «institutions», d’autant plus si les représentants de celles-ci sont incompétents et remplis de haine contre toute alternative démocratique.

La politique euro-libérale des 25 dernières années, depuis le document fondateur de la zone euro – le Traité de Maastricht de 1991 –, a contribué à la division de la société européenne. La Grèce en constitue l’exemple le plus dramatique. D’autres suivront. C’est pour cela que le gouvernement conduit par Syriza et son Premier ministre Alexis Tsipras ont raison de demander le respect des intérêts du peuple grec, d’exiger le respect de la dignité humaine et un renforcement de la participation démocratique. Un vote démocratique est une nécessité. Il constitue un progrès, comparé aux diktats «sans alternative» de la Troïka qui réduisent la marge de manœuvre démocratique jusqu’à zéro.

Il ne s’agit pas uniquement d’une affaire grecques. Les événements actuels autour de la Grèce concernent tous les Européens et toutes les Européennes. L’initiative d’organiser le référendum sur la démarche ultérieure dans la crise de la dette fait regagner aux populations une partie des droits démocratiques qui avaient été écrasés par le véhicule de la Troïka. Nous soutenons cette initiative parce qu’elle correspond aussi à nos intérêts. Nous nous opposons aux tentatives des ministres des Finances de la zone euro de vouloir extirper ce petit peuple grec de l’Europe ; ce peuple grec «dont le talent universel et l’activité lui a assuré une place dans l’histoire du développement de l’Humanité telle qu’aucun autre peuple ne peut y prétendre», comme l’a dit Friedrich Engels, dont nous commémorerons les 120 ans de sa mort en 2015.

Que reste-il de l’Europe sans la Grèce ? Un désert déculturé, contaminé par le néolibéralisme, géré de façon autoritaire par les «institutions».

Il devrait aller de soi que le vote démocratique sur la politique de la Troïka, en Grèce et dans d’autres pays européens, soit respecté par les «institutions». Toutes les menaces qu’on peut entendre ces jours-ci, émanant de l’Eurogroupe, de la Banque centrale européenne et du gouvernement fédéral allemand et selon lesquelles on va arrêter immédiatement tout soutien nécessaire à Athènes, sont irresponsables et antidémocratiques.

Ici, on brandit ouvertement la menace d’un chaos financier afin d’étrangler ainsi la démocratie. «Le temps c’est de l’argent», telle est la première règle des responsables des Finances de la zone euro. Ils ne comprennent même pas que des procédures démocratiques nécessitent du temps, qu’il faut se payer le luxe de prendre du temps pour arriver à des résultats largement acceptés. Des solutions pour la grave crise présente ne doivent pas accabler les endettés aves des diktats durs, voire brutaux et impossibles à satisfaire. Les créanciers doivent contribuer aux coûts de la crise. Une insolvabilité, une crise doit être résolue d’un commun accord, non par des accusations unilatérales et en accablant d’Austérité les hommes et les femmes dans le pays endetté. Il ne faut pas que ceux qui sont réunis dans les salons du Grand hôtel près de l’abîme oublient que les spéculateurs financiers et leurs serviteurs politiques portent la responsabilité principale pour les misères de la crise de la dette. Les ministres des Finances de l’Eurogroupe ont oublié cela. Ils sont responsables d’un désastre créé par eux-mêmes, dont on demande maintenant à la population grecque de payer les pots cassés et qui frappera, avec un décalage dans le temps, aussi d’autres peuples en Europe.

Honte à la classe politique dans l’Union européenne ! Solidarité avec la population en Grèce! Notre respect va au gouvernement démocratiquement élu, et pratiquant la démocratie, à Athènes.

Premiers signataires :

(29. Juni, 14.30 h)

Tom Adler / Stuttgart

Prof. Elmar Altvater / Berlin

Malte Albrecht, BA // Universität Marburg/L.

Dr. Dr. Dario Azzellini / Johannes Kepler Universität (JKU) Linz

Prof. Dr. Rudolph Bauer / Bremen

Dr. Dr. Josef BAUM / Universität Wien

Judith Benda / Mitglied im Parteivorstand DIE LINKE

Dr. Günter Berg / Berlin

PD Dr. Josef Berghold / Innsbruck

Prof. Armin Bernhard / Essen

Dieter Bertz / Verleger / Berlin

Prof. Dr. Ariane Brenssell / Berlin und Braunschweig

Dr. Joachim Bischoff / Hamburg

Prof. Dr. Ulrich Brand, Wien

Georg Brzoska / Berlin / Bündnis Griechenlandsolidarität Berlin

Dr. Florian Butollo / Jena

Laurie Cohen, Dr. phil. / A-6020 Innsbruck

Dr. Hans Coppi

Prof. Dr. Wolfgang Däubler / Bremen

Inge Danielzick / Kirchlicher Dienst in der Arbeitswelt // Bremen

Dr. Judith Dellheim, Ökonomin, Berlin

Prof. em. Frank Deppe / Marburg/L.

Richard Detje / Ahrensburg

Dr. iur. Andreas Diers / Bremen

Gerhard Dilger / São Paulo

Prof. Klaus Dörre / Jena

Hartmut Drewes / Pastor i.R. / Bremer Friedensforum / Bremen

Prof. Ulrich Duchrow, Heidelberg

Dr. Marianne Engelhardt-Schagen und Dr. Udo Schagen / Altwustrow-Oderaue

Michael Erhardt / 1. Bevollmächtigter Gewerkschaft IG Metall / Frankfurt/Main

Prof. Dr. Trevor Evans / Berlin School of Economics and Law (HWR)

Dr. Ulrike Faber / Berlin

Marion Fisch / Hamburg

Katrin Fischer / Verlegerin / Berlin

Dr. Alexander Gallas / Universität Kassel

Dr. Thomas Goes / Berlin

Prof. Dr. Eberhard von Goldammer / Witten

Saskia Gränitz / München

Annette Groth, Mitglied des Deutschen Bundestags, Vorsitzende der deutsch-griechischen Parlamentariergruppe

Dr. Bettina Gruber / Annenheim

Gregor Gysi, Abgeordneter des Deutschen Bundestages und Vorsitzender der Fraktion DIE LINKE

Prof. em. Michael Hartmann / Technische Universität Darmstadt

Dr. Marcus Hawel, Berlin

Claudia Haydt / Vorstandsmitglied Europäische Linke / Tübingen

Peter Heintel Freyenthurn

Prof. Dr. Peter Herrmann EURISPES – Istituto di Studi Politici, Economici e Sociali / Roma / ITALIA

Prof. Rudolf Hickel / Bremen

Wieland von Hodenberg / Friedensaktivist und Autor / Bremen

Inge Höger / Mitglied des Deutschen Bundestags / DIE LINKE

Philip Hogh / Carl von Ossietzky Universität Oldenburg

Bernd Hüttner / Bremen

Dr. Stefanie Hürtgen / Frankfurt am Main.

Prof. Dr. Ulf Kadritzke / Hochschule für Wirtschaft und Recht / Berlin

Dr. Stefan Kalmring / Rosa-Luxemburg-Stiftung / Berlin

Sima Kassaie / Mühltal

Katja Kipping / Parteivorsitzende DIE LINKE / Berlin

Dr. Harald Klimenta / Autor / Regensburg

Clemens Knobloch / Hochschullehrer / Siegen

Dr. Juha Koivisto / Tampere (Finnland)

Dr. des. Julia König / Goethe Universität Frankfurt am Main

Prof. Ingrid Kurz-Scherf / Marburg/L.

Reinhart Kößler / Arnold Bergstraesser Institut / Freiburg/Brsg.

Dr. Gregor Kritidis / Hannover

Katharina Köpping / Berlin,

Jenny Künkel / Wissenschaftliche Mitarbeiterin / Goethe Universität Frankfurt

Sonja Kube Berlin

Jenny Künkel, Wissenschaftliche Mitarbeiterin, Goethe Universität Frankfurt

Dr. Mike Laufenberg, Technische Universität Berlin

Regine von Larcher / Weyhe

Detlev von Larcher / ehem. SPD-Mitglied des Deutschen Bundestags / Weyhe

Dr. med. Dieter Lehmkuhl / Berlin

Ekkehard Lentz / Sprecher Bremer Friedensforum

Dr. Bernhard Leubolt / Wien

Christoph Lieber / Hamburg

Volker Lösch, Regisseur, Berlin

Jan Latza / Sozialwissenschaftler / Berlin

Sabine Leidig / Mitglied des Bundestags DIE LINKE / Hanau

Dr. Bernhard Leubolt / Wien

Dr. med. Christine Ligner / Birkenwerder

Peter Ligner / Birkenwerder

Prof. Birgit Mahnkopf / Hochschule für Wirtschaft und Recht Berlin

Peter Mannherz / Moos (Baden-Württemberg)

Ing. Mag. Martin Mair / Obmann “Aktive Arbeitslose Österreich”

Prof. Mohssen Massarrat / Berlin

PD Dr. Lutz Mez / Berlin

Daniel Mullis / Frankfurt am Main

Bernhard Müller / Hamburg

Elfriede Müller / Berlin

Petra Neuhold / Wien

Willi van Ooyen, Wiesbaden, Fraktionsvorsitzender DIE LINKE im Hessischen Landtag

Dr. Silke Ötsch / Innsbruck

Prof. Dr. Norman Paech / ehem. Mitglied des Deutschen Bundestags, DIE LINKE / Hamburg

Alexis J. Passadakis / Frankfurt/M.

Dr. med. Sabine Pfeiffer / Berlin

Tobias Pflüger, stellv. Parteivorsitzender DIE LINKE / Berlin und Tübingen /

Dr. Oliver Pye / Universität Bonn

Björn Radke / Bahrenhof

Dr. Nadja Rakowitz / Frankfurt/M . / Redaktion express

Günter Rath / Stuttgart

Prof. Dr. Günter Rausch / Freiburg/Brsg.

Norbert Remppel / Frankfurt/M.

Prof. Dr. Jörg Reitzig / Ludwigshafen

Prof. Dr. Werner Ruf / Edermuende

Prof. Rainer Rilling / Marburg

Werner Rügemer / Köln

Dr. Thomas Sablowski / Frankfurt am Main und Berlin

Gerd Siebecke / Hamburg

Elke Schenk /Sozialwissenschaftlerin Vaihingen / Enz

Maren Schlierkamp / Hamburg

Klaus Schneider / Hamburg

Conrad Schuhler, München (isw)

Dr. Paul Scheibelhofer / Wien

Prof. Dr. Herbert Schui / Buchholz

Dr. David Salomon / Universität Siegen

Bernhard Sander / Wuppertal

Prof. Dr. Werner Schmidt / 13971 Stavsnäs / Schweden

Carita Schmidt, Berlin

Cornelia Schöler / Dip.Pol. / Berlin

Dr. Susanne Schultz / Universität Frankfurt

Prof. Dr. Jürgen Schutte / Berlin

Marianne Sörensen-Bauer / , Psychotherapeutin / Bremen

Eric Sons / Hamburg.

Sybille Stamm / Vorstand Rosa Luxemburg-Stiftung / Stuttgart

Roland Süß / Mitglied im Attac Koordinierungskreis / Birkenau,

Johannes Tesfai / Hamburg

Dr. Vassilis S. Tsianos / Universität Hamburg, Institut für Soziologie

Athena Tsaoussis / Wiesbaden

Daniela Trochowski / Staatssekretärin des MdF Brandenburg / DIE LINKE Brandenburg / Berlin

Margarita Tsomou / Berlin / Herausgeberin Missy-Magazin

Dorothee Vakalis, πάστορας / Pfrin i.R. / Thessaloniki,

Dr. Markus Vogt / Rottweil

Dr. Stefan Vogt / Frankfurt am Main

Peter Wahl, Vorsitzender von WEED – Weltwirtschaft, Ökologie & Entwicklung e.V.

Harald Weinberg / Mitglied des Deutschen Bundestags DIE LINKE / Nürnberg

Dr. Thomas Weiß / Berlin

Christa Wichterich / Köln

Prof. Dr. Markus Wissen / Berlin

Dr. Winfried Wolf / Michendorf

Prof. Dr. Christian Zeller / University of Salzburg

Martin Zeis / Stuttgart

Prof. Aram Ziai / Kassel

Publié dans Choix d'articles

Partager cet article

Repost 0

Tsipras choisit la démocratie, les oligarques tirent à vue

Publié le par Mahi Ahmed

Tsipras choisit la démocratie, les oligarques tirent à vue

LINA SANKARI

MARDI, 30 JUIN, 2015

L'HUMANITÉ

Depuis l’annonce par Athènes de la tenue d’un référendum sur un accord avec l’ex-troïka, Bruxelles et les places financières tentent de semer la panique afin de peser sur le vote grec.

Il y a péril en la demeure. » De Bruxelles à Hongkong, des créan-ciers aux grandes places financières, les libéraux semblent s'être passé le mot. Après une semaine intense qui s'est soldée par une rupture des négociations et l'annonce d'un référendum par le premier ministre Alexis Tsipras, les partisans de l'austérité jouent leur va-tout. Face à l'arme démocratique, les bureaucrates de Bruxelles et du FMI tentent de semer la panique chez les Grecs et les Européens quant aux conséquences d'une éventuelle sortie d'Athènes de la zone euro. En ne laissant d'autre choix aux banques hellènes que celui de la fermeture, l'ex-troïka exerce un chantage qui ressemble à un étranglement financier de plus. Face à ces pressions, Alexis Tsipras appelle les Grecs au « sang-froid » et à la « détermination » dans « les heures cruciales » qui séparent le pays du référendum de dimanche prochain.

Phobos a désormais son temple à Bruxelles. Le dieu grec de la panique et de la déroute trouve de nombreux adorateurs parmi les créanciers (Commission ­européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) et sur les places financières. Depuis le refus de l’Eurogroupe de prolonger de quelques jours le plan d’aide à la Grèce et de ­l’annonce par le gouvernement Tsipras d’un référendum sur un accord avec les créanciers, le doute n’est plus permis : les libéraux jouent la peur.

Depuis 2010, des salaires amputés de 40 à 50 %

Ainsi, hier, le scénario catastrophe a-t-il démarré par l’orchestration d’une vague de panique sur les marchés destinée à préparer les esprits au choc que pourrait provoquer un refus populaire grec de nouvelles cures d’austérité. Tokyo perdait 2,9 %, ­Sydney ­cédait 2,24 %, Séoul 1,56 %, Taipei 2,40 % et Hong Kong 3,63 %. Plus spectaculaire encore : les Bourses continentales chinoises subissaient une dégringolade de plus de 7 % dès vendredi, après l’envolée de ces derniers mois. Même panique du côté des grandes places européennes, en baisse de 3 % à l’ouverture. Mieux, les taux d’endettement de l’Espagne ou de l’Italie ont brusquement augmenté. Résumée par les analystes de la deuxième banque privée allemande, Commerzbank, la situation donne peu ou prou ceci : « Tel un tortionnaire médiéval (la BCE) étale tous ses ­instruments de torture pour ceux qui voudraient parier contre les obligations des pays périphériques. L’effet dissuasif devrait suffire à avoir la discipline requise. »

Pour sauver les apparences et ne pas être accusée d’être responsable d’une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro, la BCE a annoncé maintenir son programme ­d’assistance d’urgence de liquidité (Emergency Liquidity Assistance – ELA). Or, cette décision relève d’un respect pur et simple des traités européens car en retirant son soutien aux banques grecques, la BCE aurait forcé le remboursement immédiat de tous les titres déposés en garantie et précipité la faillite de tout le système ­bancaire grec. En réalité, le maintien du ­programme d’assistance d’urgence de ­liquidités fait figure de nœud coulant car en décidant de ne pas augmenter le plafond des liquidités, elle pousse le système ­bancaire grec à l’étouffement.

De fait, la Banque de Grèce a été contrainte d’annoncer la fermeture des banques hellènes cette semaine. Sur tous les écrans s’étalent désormais les files d’attente devant les distributeurs de billets et les retraits sont limités à 60 euros par jour jusqu’au 7 juillet, soit deux jours après la tenue du référendum. La peur fera-t-elle flancher les Grecs en faveur du oui ? Le scénario imaginé par Bruxelles pourrait se heurter au fort soutien populaire dont jouit toujours le chef du gouvernement, Alexis Tsipras, et au climat généré par cinq années d’austérité. Depuis 2010 et le premier prétendu plan de sauvetage, les Grecs, soumis au chômage, à une amputation des salaires de 40 à 50 %, à un abaissement des pensions et à des impôts toujours plus élevés ont-ils encore envie de se soumettre au chantage des créanciers concernant une faillite ou une sortie de la zone euro ?

Dimanche soir, le chef du gouvernement grec, Alexis Tsipras, s’employait à rassurer : « Les dépôts des citoyens dans les banques grecques sont absolument garantis. Le versement des retraites et des salaires est de même assuré. Nous devrons faire face à toute éventualité avec sang-froid et détermination. Nous viendrons d’autant plus vite à bout de ces difficultés et en limiterons d’autant mieux les conséquences que nous saurons fait preuve de calme. En ces heures cruciales, où nous sommes tous appelés à nous hisser à la hauteur de notre histoire, nous n’avons peur que de la peur. Et nous ne la laisserons pas nous gagner. » Les grandes manœuvres européennes sont en réalité la démonstration de la fébrilité européenne. Depuis plusieurs mois, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, assure que l’Europe dispose de tous les outils pour se protéger des conséquences d’une sortie de la Grèce de la zone euro.

Les bailleurs continuent de souffler le chaud et le froid en public

Un avis que ne partage pas le secrétaire américain au Trésor, Jacob Lew : « Je ne vais pas prédire quelles seraient les conséquences mais ça ne veut pas dire qu’on (...) peut connaître exactement la réaction des marchés et leur état d’esprit si la Grèce échoue, si la Grèce quitte l’Eurogroupe. » Et le doute de laisser place à la nervosité. Hier, les créanciers continuaient de souffler le chaud et le froid en public afin de maintenir la pression. La chancelière Angela Merkel affirmait être disposée à de « nouvelles négociations » après le référendum, si Athènes le demande… quitte à biaiser un tant soit peu la question posée par Alexis Tsipras en assurant que le référendum concernait le « maintien dans l’euro ».

Même stratégie du côté du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, qui estime qu’un « non voudrait dire, indépendamment de la question posée, que la Grèce dit non à l’Europe ». Autre argument : « En Europe, aucune démocratie ne vaut plus qu’une autre et, dans la zone euro, il y a dix-neuf démocraties, non une contre dix-huit et non dix-huit contre une. » En clair, le peuple grec est seul contre tous. Jean-Claude Juncker aurait pu ajouter qu’un succès de Syriza pourrait entraîner une remise en cause de l’austérité dans d’autres pays. Et donc du ­libéralisme à la sauce européenne.

Partager cet article

Repost 0

Aux chantages de la troïka, la Grèce répond : « Non » THOMAS LEMAHIEU

Publié le par Mahi Ahmed

Aux chantages de la troïka, la Grèce répond : « Non »

THOMAS LEMAHIEU

LUNDI, 29 JUIN, 2015

L'HUMANITÉ

Pour sortir son pays de l’étau austéritaire, Alexis Tsipras propose à son peuple la voie référendaire. Dimanche prochain, les Grecs seront appelés à rejeter les diktats des eurocrates et du FMI. Mais, les créanciers lancent les grandes manœuvres pour mettre en branle une véritable stratégie du choc.

Bruxelles (Belgique) et Athènes (Grèce), envoyé spécial.

Rien ne leur est épargné. Aux chantages, aux ultimatums et, maintenant, peut-être, à l’étranglement financier, les Grecs n’opposent désormais qu’une réponse : la parole au peuple. Dans la nuit de vendredi à samedi, Alexis Tsipras a annoncé l’organisation d’un référendum dimanche 5 juillet. « Je vous appelle à décider si nous devons accepter l’ultimatum des maîtres-chanteurs qui réclament une stricte et humiliante austérité sans fin

et sans aucune chance de nous remettre sur pieds tant du point de vue social que financier, lance le premier ministre grec. Nous devons répondre à l’autoritarisme et à l’austérité corrosive par la démocratie, avec calme et détermination. Berceau de la démocratie, la Grèce doit envoyer un message démocratique retentissant aux citoyens de toute l’Europe et du monde. » Après des mois d’âpres discussions avec la troïka et les eurocrates, au terme d’une semaine sous très haute tension à Bruxelles et à quelques jours de l’échéance pour le remboursement de 1,6 milliard d’euros au FMI, Alexis Tsipras, plébiscité en janvier dernier sur sa promesse de mettre fin aux diktats austéritaires qui ont plongé le pays dans une crise économique et humanitaire sans précédent, tient tête aux chancelleries de l’Union. L’histoire n’est pas finie, l’alternative cherche encore et toujours à s’imposer.

« Dans cette période critique, nous devons tous nous rappeler que l’Europe est la maison commune de tous ses peuples. En Europe, il n’y a pas des propriétaires d’un côté et des locataires de l’autre. La Grèce fait, et le restera demain, partie intégrante de l’Europe, tout comme l’Europe fait partie intégrante de la Grèce. Mais une Europe sans démocratie serait une Europe sans identité ni horizon. » Revenu du Conseil européen de Bruxelles dans la journée de vendredi, le premier ministre grec accuse vertement, dans cette intervention télévisée de quelques minutes, en direct à 1 h 30 du matin, la Commission européenne, le Fonds monétaire international (FMI), la Banque centrale européenne (BCE), les chefs d’État et les ministres des Finances de la zone euro, d’empêcher frénétiquement tout compromis avec le gouvernement Syriza. « Durant les négociations, on nous a demandé en permanence d’appliquer les politiques des mémorandums acceptés par les précédents gouvernements, malgré le fait que ces mémorandums avaient été condamnés sans équivoque par le peuple grec lors des dernières élections. »

L’« offre très généreuse » de Merkel : une totale hypocrisie

Quelques heures plus tôt, à Bruxelles, alors que François Hollande était déjà en route pour présider un conseil de défense à Paris après l’attentat en Isère, c’est la chancelière allemande, Angela Merkel, qui était montée au créneau en parlant d’une « offre très généreuse » faite au gouvernement Tsipras à l’issue du Conseil européen. Totale hypocrisie car, en vérité, l’Allemagne et la France tentaient, dans un énième coup de poker, d’arracher l’acceptation par les Grecs d’un programme biffé et corrigé en rouge par le FMI, comprenant l’interdiction de taxer les profits des entreprises, la limitation de l’impôt sur les sociétés, la hausse de la TVA et des cotisations pour la protection sociale, la fin de l’aide aux retraités les plus pauvres et d’autres mesures qui épargnent les riches pour taper les classes populaires (lire l’Humanité du 26 juin) contre une prolongation de cinq mois du « plan d’aide » et le déblocage des milliards d’euros prévus dans ce cadre-là. Au menu, en somme, pour les Grecs : une double ration de renoncements et de sacrifices qui ne réglerait rien pour la suite, la question de la dette, insoutenable, illégale, illégitime et odieuse, demeurant dans l’angle mort une fois de plus !

Pourtant, depuis le début de la semaine dernière, avec, lundi, la tenue d’un Eurogroupe, suivi par un sommet des chefs d’État de la zone euro, puis un deuxième Eurogroupe, jeudi, en prélude au Conseil européen, le gouvernement grec avait joué la carte des négociations avec les institutions européennes à fond, au point de créer des vagues dans sa propre coalition. Dans la nuit de jeudi à vendredi, Nikos Pappas, ministre d’État et bras droit d’Alexis Tsipras, membre de l’équipe de négociateurs, détaillait la voie étroite empruntée par les Grecs devant quelques journalistes : « On nous demande encore de couper dans les retraites, mais nous avons déjà subi 15 milliards de coupes, et vous ne trouverez pas un Grec prêt à soutenir un tel programme ! Cela dit, oui, nous sommes prêts à réformer le système, nous savons que la démographie ne joue pas en notre faveur, que nos régimes ne sont pas assez capitalisés, etc. Donc, nous travaillons sur les contributions pour éviter que le système ne s’effondre, et c’est la première fois qu’un gouvernement grec prend ce problème à bras-le-corps. Nous attendons que ceci soit considéré par les créanciers et qu’on ne nous empêche pas, par exemple, de rétablir les cotisations des employeurs au niveau où elles étaient l’année dernière ! »

Aucune marge de manœuvre n’a été laissée au gouvernement grec

Devant ces institutions européennes qui, retranchées derrière le FMI, ne se contentent pas d’exiger une « trajectoire budgétaire » parfaitement ordo-libérale mais entendent également définir elles-mêmes les mesures politiques pour y arriver, sans laisser aucune marge de manœuvre au gouvernement grec, Alexis Tsipras n’avait plus d’autre choix que de renverser la table. Avant de remonter dans l’avion, le premier ministre grec prend le monde à témoin par une solennelle déclaration : « Personne n’a le droit de mettre en danger les principes fondateurs de l’Union européenne tels que la démocratie, la solidarité, l’égalité et le respect mutuel. Ces principes excluent absolument tout chantage ou ultimatum. Le gouvernement grec va continuer à se battre pour ces principes au nom du peuple européen et, bien sûr, du peuple grec. » À Athènes, en annonçant la tenue du référendum – une décision « approuvée à l’unanimité » par les ministres du gouvernement, précise-t-il, et annoncée au préalable à Angela Merkel, François Hollande et Mario Draghi, le patron de la BCE –, le leader de Syriza se fait plus tranchant. « Les propositions des institutions incluent des mesures qui vont déréguler encore le marché du travail, tailler dans les retraites et dans les salaires des fonctionnaires, mais également faire augmenter la TVA sur l’alimentation, les restaurants et le tourisme, tout en éliminant les exemptions fiscales pour les îles grecques, dénonce-t-il. Ces propositions démontrent que certains partenaires et membres des institutions ne cherchent pas un accord viable et bénéfique pour toutes les parties, mais ils cherchent plutôt à humilier le peuple grec. » En imposant cette consultation populaire dans son pays, Alexis Tsipras appelle également à un sursaut des dirigeants de l’Union européenne pour contrer le FMI qui, accuse-t-il directement, s’illustre par son « insistance à imposer des mesures d’austérité punitive » : « Il est plus que temps que les puissances dominantes de l’Europe se saisissent de l’occasion et prennent l’initiative de mettre fin à la crise de la dette grecque, une crise qui touche d’autres pays européens et qui menace tout l’avenir de l’intégration européenne. »

L’exécutif sollicitait une prolongation très limitée du « plan d’aide »

Face à l’initiative démocratique d’Alexis Tsipras, les masques tombent une nouvelle fois en Europe. Alors que l’exécutif grec sollicitait une simple prolongation très limitée dans le temps du « plan d’aide » pour éviter le défaut de paiement le 30 juin prochain et permettre l’expression populaire dans un contexte à peu près normal, la troïka et les eurocrates ont riposté très lourdement. Samedi, à l’occasion d’un nouvel Eurogroupe à Bruxelles, la scène est hallucinante. Président de l’institution qui rassemble les ministres des Finances de la zone euro, le ministre social-démocrate néerlandais Jeroen Dijsselbloem claque la porte au nez de son homologue hellène Yanis Varoufakis et qualifie le référendum en Grèce de « triste nouvelle ». Dans son communiqué qui – fait totalement inédit dans un cadre censé fonctionner au consensus – a été rédigé sans les représentants de la Grèce, l’Eurogroupe écarte fermement la prolongation de l’accord financier qui arrive à expiration, dénonçant un « rejet unilatéral des Grecs des propositions faites par les institutions ». Et tout d’un coup, feignant d’être parfaitement tranquilles sur les conséquences, redoutables pourtant selon toute vraisemblance, en cas de défaut grec pour le reste de la zone euro, les mêmes qui écartaient d’un revers de main toutes les exigences grecques sur la restructuration de la dette se mettent, sous couvert d’anonymat, à s’épancher sur le mode : « Quel dommage que Tsipras rompe les négociations au moment même où il allait l’emporter sur toutes ses exigences ! » Un pur mensonge que le chef de l’exécutif grec dénoncera lui-même un peu plus tard : « La question de la dette n’a jamais été évoquée, excepté sous la forme de la vague promesse qu’elle serait étudiée plus tard. » Samedi soir, la Vouli, le parlement grec, a adopté le principe du référendum par 178 voix pour (la coalition de gauche Syriza et le parti souverainiste de droite Anel, représentés au gouvernement, et les néonazis d’Aube dorée) et 120 contre (Nouvelle Démocratie, Pasok, To Potami et les communistes du KKE, qui entendent rejeter « l’austérité de la troïka et celle de Tsipras »). Dans la rude épreuve qui s’annonce, les eurocrates et la troïka qui, en choisissant de sortir la Grèce de l’Eurogroupe, tentent désormais à visages découverts d’asphyxier financièrement le pays, ont déclenché une stratégie du choc : ils veulent contraindre le gouvernement grec à instaurer un contrôle des capitaux pour, aidés par la panique, semer le chaos dans le pays. Après avoir été reçus en grande pompe à Bruxelles tout au long de la semaine dernière, les partis austéritaires de droite ou de centre gauche – Nouvelle Démocratie, le Pasok et To Potami –, laminés lors des dernières élections, comptent, eux aussi, sur des mouvements de foule – encore limités jusqu’à dimanche soir –, notamment la vague des Grecs retirant leurs économies aux distributeurs. Autre signe d’un coup de force antidémocratique en gestation : Prokopis Pavlopoulos, le président de la République, un conservateur dont le rôle constitutionnel est théoriquement limité à la représentation aux cérémonies, a dimanche après-midi rencontré les principaux dirigeants de l’opposition. « Tout s’éclaire, le but de toute cette affaire, c’est bien de tuer dans l’œuf l’alternative que trace Syriza pour la Grèce et pour l’Europe, estime Orestis, un jeune étudiant en sociologie qui a voté Tsipras en janvier. Ils ne peuvent pas supporter qu’on prenne une autre route que la leur, et manifestement, ils sont prêts à tout pour nous empêcher d’y aller. » Non loin de lui, dans ce café athénien où les conversations sont vives, une dame âgée sirote un thé glacé, avec flegme : « J’ai du mal à trouver de l’argent dans les banques, c’est vrai. Je vois tous ces gens qui s’agitent, qui remplissent leurs Caddies de sucre et de riz… Comme pendant la guerre ! Mais tout ça, c’est rien ! On nous explique qu’avec le référendum, on va choisir l’aventure, qu’on ne sait pas comment tout ça va finir. Pour moi, l’aventure, elle a commencé avec l’austérité il y a cinq ans et, croyez-moi, elle n’a pas été belle. Et maintenant, ils veulent nous enterrer six pieds sous terre. Pas question, ça suffit, je voterai non. Comme a dit Tsipras, pour moi aussi, ça sera un grand non ! »

Partager cet article

Repost 0

Les six mensonges capitaux de la propagande eurocrate

Publié le par Mahi Ahmed

Les six mensonges capitaux de la propagande eurocrate

CLOTILDE MATHIEU ET BRUNO ODENT

MARDI, 30 JUIN, 2015

L'HUMANITÉ

le-siege-de-la-banque-centrale-europeenne-bce-a-francfort-allemagne-le-5-septembre-2013.jpg

Le siège de la banque centrale européenne à Francfort.

PHOTO DANIEL ROLAND/AFP

Dans la campagne contre Tsipras destinée à intimider les électeurs grecs et à conditionner les opinions des autres pays de la zone euro, nous démasquons ici quelques-unes des manipulations les plus flagrantes.

« Un grexit n’aurait pas de conséquences pour la zone euro et serait in fine bénéfique pour la Grèce. »

FAUX. Une sortie de la Grèce de la zone euro aurait des conséquences funestes pour tout le monde. D’abord pour la Grèce, car le retour à la drachme et la dégringolade assurée de sa valeur provoqueraient un renchérissement considérable des produits de consommation courante, massivement importés. Avec donc de nouvelles pertes considérables de pouvoir d’achat pour la population.

Pour la zone euro, le choc ne serait pas moindre. Le grexit induit en effet un risque de contagion. Les opérateurs des marchés financiers pourraient spéculer sur les taux d’intérêt des emprunts d’État des pays du Sud européen, considérés comme autant de maillons faibles de l’eurosystème. On a pu mesurer dès hier combien ce risque était avéré avec la remontée spectaculaire des différentiels de taux d’intérêt de l’Italie, de l’Espagne et du Portugal par rapport à ceux du Bund (l’emprunt d’État allemand).

« Athènes n’a fait aucune proposition sérieuse et a donc bloqué toute issue vers un compromis »

FAUX. Alexis Tsipras a présenté au début de la semaine passée un texte qui contenait des concessions à l’égard des créanciers et prouvait donc une volonté d’aboutir. Athènes, qui refusait jusque-là tout dépassement de l’excédent budgétaire primaire (avant décompte des intérêts de la dette) au-delà de 0,65 % de son PIB en 2015, acceptait ainsi de venir au-devant de la demande des créanciers en avançant un objectif d’excédent de 1 %. Le gouvernement Syriza, s’il se rend à cette logique d’« assainissement budgétaire » spécifie toutefois qu’il entend épargner les plus démunis en transférant « le poids de l’effort fiscal des classes populaires vers les couches les plus aisées ». Un nouveau taux d’imposition de 8 % est ainsi créé pour les très riches dont les revenus dépassent les 500 000 euros.

« Il n’est pas question de transférer le poids de la dette grecque du contribuable grec au contribuable français », Michel Sapin, ministre des Finances publiques. Chaque Français devrait payer entre 600 et 900 euros.

Faux. En cas de défaut, la France, qui a déjà emprunté les 40 milliards d’euros prêtés à la Grèce – 11 milliards d’euros directement versés à Athènes, ainsi qu’une garantie de 30 milliards au mécanisme européen de stabilité (MES) –, les a déjà comptabilisés dans sa dette publique. Le non-paiement n’aura donc aucun effet sur le niveau de celle-ci. Par contre, la France devrait payer les intérêts de cet emprunt à la place de l’État grec. Ce qui reviendrait au taux auquel la France emprunte à 400 millions d’euros, soit 10,50 euros par an, par Français.

« Les institutions regroupées au sein de l’ex-troïka (UE, BCE et FMI) avaient fait toutes les concessions indispensables pour conclure un bon compromis. »

FAUX. Dans leurs ultimes propositions, les créanciers restent arc-boutés sur les dogmes de la politique dite de l’offre. Ils veulent tailler dans les dépenses publiques et sociales, et refusent les hausses d’impôts sur les plus riches ou sur les entreprises qui réalisent de gros profits. Comme cette taxe exceptionnelle de 12 % proposée par Athènes sur les bénéfices au-delà de 500 000 euros. Même hostilité déclarée aux dérogations demandées par le gouvernement Tsipras à la hausse globale de la TVA à 23 % afin d’épargner les couches les plus défavorisées de la population. L’ex-troïka réclame ainsi que des aliments transformés aussi essentiels que le lait, l’huile et les fromages soient taxés au prix fort et non pas à 13 %, comme le souhaitait la partie grecque.

« Les 200 milliards d’aides européennes à la Grèce ont servi à payer son administration pléthorique. »

Faux. En réalité, seuls 27 milliards d’euros des 226,7 milliards d’euros de l’aide totale versée depuis 2010 par l’UE et le FMI, soit 11 % de l’enveloppe globale, sont entrés dans les caisses de l’État grec pour payer les dépenses de gestion. 80 % de l’argent des prêts est allé aux banques et à la troïka. Dans le détail, 122 milliards, soit la moitié de l’aide, ont servi aux créanciers dont les prêts arrivaient à échéance et à payer les intérêts d’emprunt. 9,1 milliards ont été remboursés au FMI pour remboursement du premier programme de prêts. 48,2 milliards ont servi à recapitaliser les banques grecques, etc.

« L’austérité imposée par la troïka a sauvé la Grèce et relancé la croissance. »

Faux. L’austérité a surtout permis de dégager des capacités de remboursement pour les créanciers. En imposant une baisse généralisée des revenus et en sabrant dans les droits sociaux élémentaires, le PIB de la Grèce a été en 2014 inférieur de 25,8 % à son niveau de 2007. L’investissement a chuté de 67 %. Et 46 % des Grecs sont au-dessous du seuil de pauvreté. Au final, la dette grecque a ainsi explosé de plus de 75 points de pourcentage, passant de 103,1 % en 2007 à 175 % en 2014. Dans un document posté sur son compte Twitter, l’ex-directeur du FMI, au début de la crise grecque, Dominique Strauss-Kahn, fait lui-même amende honorable en reconnaissant le caractère « inepte » ou « désastreux » des « ajustements budgétaires sévères » qui ont été la règle dans la zone euro, dans la foulée de la crise. « Nous nous complaisons, conclut DSK, à répéter les mêmes erreurs. »

Partager cet article

Repost 0

L’exclusion de la Grèce

Publié le par Mahi Ahmed

L’exclusion de la Grèce

28 juin 2015

Pour justifier l’exclusion de quelqu’un, souvent on prétend qu’il s’est exclu lui-même. C’est ce qui s’est passé hier soir à l’Eurogroupe après l’expulsion de Yanis Varoufakis.

En décrétant un référendum qui a été adopté la nuit dernière par le Parlement d’Athènes, Alexis Tsipras a mis fin à cette sinistre partie de ping-pong entre son pays et la Troïka qui désormais est à la tête de l’Union européenne. Comment dire autrement, quand on voit au « Sommet » européen de vendredi Christine Lagarde, Mario Draghi et Jean-Claude Juncker assis côte à côte. Et leur présence était loin d’être symbolique et ils avaient voix délibérative, en violation manifeste des traités en dehors desquels, selon Juncker, il n’y aurait pas de démocratie. Pire, ils menaient le processus de décision.

Angela Merkel, Christine Lagarde, Jean-Claude Juncker, Mario Draghi et un peu plus loin, François Hollande, Alexis Tsipras, Mario Rajoy et Matteo Renzi au sommet européen de vendredi 26 juin. La nouvelle hiérarchie illégitime et illégale de l'Union européenne.

Et bien sûr, le seul fautif est la Grèce !

Pas si simple ! Le gouvernement d’Athènes a fait des propositions à l’Eurogroupe qui ont été rejetées d’un revers de la main par l’Eurogroupe qui représente en fait les créanciers dont le plus dur est le FMI Pour la députée Syriza Sia Anagnostopoulou, professeure à l’Université Panteion d’Athènes :

« La liste de mesures que notre gouvernement a envoyée cette semaine à Bruxelles était déjà une proposition très dure pour nous. C'était le résultat de quatre mois de négociations. Or les institutions ont maintenu leurs propositions sans nous demander notre avis, comme s'il n'y avait pas eu de changement de majorité en Grèce, comme si nous n'avions pas déjà énormément reculé sur notre programme électoral ; c'était sous la forme d'un ultimatum, à prendre ou à laisser. Elles nous traitent comme un écolier qui a raté son examen ! Mais le gouvernement ne peut pas mettre en œuvre un programme complètement à l'opposé de ce pour quoi il a été élu… C'est pourquoi il est obligé de soumettre cette proposition à l'opinion du peuple grec. » (Mediapart – 28 juin 2015)

Sia Anagnostopoulou, députée d'Athènes, dirigeante de Syriza

Et quelles sont ces propositions ? Le « Monde » daté de dimanche 28 et lundi 29 juin les détaille complaisamment :

1) Un objectif d’équilibre budgétaire. Le budget grec doit dégager un surplus primaire (c’est-à-dire dépenses hors dettes moins impôts) de 1 % du PIB en 2015, 2 % en 2016, 3 % en 2017 et 3,5 % en 2018.

Ce serait une « concession majeure » de la part des créanciers qui exigeaient 3,5 % dès 2015. Cela signifie que le gouvernement grec n’aurait plus aucune marge de manœuvre, notamment en matière sociale où il y a urgence humanitaire.

2) Un volet de réformes Les créanciers exigent une réforme de la TVA avec un objectif de rentrées fiscales à 1 % du PIB. Un taux de 6 % pour les médicaments, les livres et les places de spectacle, un de 13 % pour l’électricité, l’eau et l’alimentation et un troisième à 23 % pour la restauration et l’hôtellerie.

Une réforme des retraites (limitation des préretraites, suppression de la prime pour les petites retraites ; Réduction de 1% du PIB en 2016.

3) Un volet financier N’entrons pas ici dans le détail, mais en gros – comme cela a plusieurs fois été le cas – l’aide de plusieurs milliards d’Euros servirait à rembourser les créanciers comme le FMI et la BCE. Et c’est ici que les Etats européens interviendraient pour garantir le remboursement par la Grèce de cette nouvelle « aide ». Autrement dit, on « socialise » des dettes privées. En effet, contrairement à ce qui est affirmé, ce ne sont pas (encore) les Etats membres de l’Eurozone qui sont les créanciers, mais des organismes comme la BCE et le FMI. Et comme ce fut le cas pour les banques lors de la crise financière de 2008, les Etats garantissent le remboursement. En clair, on leur met une épée de Damoclès au-dessus de la tête.

Or, pour la majorité grecque actuelle, c’est inacceptable. Même si certains, comme Juncker et Hollande laissent entendre qu’au cas où le plan des créanciers est appliqué, on discutera de la restructuration de la dette grecque. Pour l’Allemand Wolfgang Schaüble, il ne peut en être question. Bref, c’est le rôle du méchant et du gentil dans un polar…

FRançois Hollande (le gentil ?) serrant la main de Wolfgang Schäuble (le méchant ?)

Un coup d’Etat dans l’Union européenne ?

Et on peut se poser la question : certains ont parlé de coup d’Etat suite à la décision d’Alexis Tsipras. N’est-ce pas au sein de l’Union européenne qu’il y a eu un coup d’Etat par la prise de pouvoir de la Troïka ? Et l’expulsion de la Grèce de l’Eurogroupe n’est-elle pas un pronunciamiento politique et financier ?

Dans une interview à « Regards.fr », Sia Anagnostopoulou explique que son pays refuse d’entrer dans ce petit jeu.

« Pour nous, il y a deux lignes rouges : l’arrêt immédiat du programme des mémorandums et la fin de la Troïka dont nous considérons qu’elle est un organe non institutionnel européen. Ensuite, nous soutiendrons le gouvernement pour la création d’un nouveau contrat avec les pouvoirs européens et d’un "plan-relais" jusqu’à la fin juillet. Il s’agit s’assurer une transition entre la situation définie par les mémorandums et la Troïka, et un autre régime sous lequel nous allons articuler nos clauses de négociations avec le pouvoir européen. Nous ne demandons pas de l’argent aux pouvoirs et aux institutions de l’UE, mais du temps pour que la société grecque respire un peu. De notre côté, en tant que députés de Syriza, représentants du peuple grec, nous sommes obligés de contrôler le pouvoir, le gouvernement, afin de respecter les promesses et surtout la volonté du peuple grec exprimée lors des élections. »

Vers la fin de l’Union européenne et vers la fin de la démocratie ?

Suite à cela, après cinq mois de négociations chantage où la Troïka a fixé une date butoir, le 30 juin, Alexis Tsipras a décidé de faire appel au peuple grec. Accepte-t-il ou non le plan de l’Eurogroupe ? Conséquence, le Ministre des finances Varoufakis en est expulsé, ce qui est non seulement une première étape vers le « Grexit », mais constitue un très grave précédent dans l’histoire de l’Union européenne : jamais, en dépit de désaccords profonds, un représentant d’un Etat-membre n’a été expulsé. On ne mesure pas la gravité de ce geste inadmissible. Cela pourrait signifier la fin de l’Euro, mais aussi la fin de l’Union européenne. Une exclusion d’un pays dont le Premier ministre suivi du Parlement décide de faire appel au peuple est inacceptable. Cela prouve l’inadéquation entre la démocratie et les décisions des exécutifs européens.

L’économiste libéral belge Bruno Colmant le montre bien (l’Echo, 16 juin 2015, bien avant l’annonce du référendum grec) : « Syriza rappelle non seulement la prédominance du choix démocratique mais aussi l’hypothèse implicite de l’Euro d’une orientation politique homogène pour ses Etats-membres. La question est donc de savoir comment concilier l’appartenance à l’Euro et une orientation divergente de celle de la majorité de ses Etats-membres. (…)

Source: http://uranopole.over-blog.com/2015/06/l-exclusion-de-la-grece.html

Bruno Colmant est un de ces économistes libéraux qui évolue vers une tout autre analyse.

La situation grecque engage donc une question bien plus large qu’un simple échelonnement de dettes publiques. Il s’agit de l’expression de la démocratie et de la représentativité de cette dernière au niveau européen. »

Et Colmant pose un problème fondamental : « En février 2015, après les élections grecques, Jean-Claude Juncker, président de la Commission, avait commis une affirmation qui sonnait comme un avertissement : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». Le propos avait le mérite d’être clair, à tout le moins au niveau de ce que le président de la Commission représente. Les pays de la zone euro avaient déjà perdu leur souveraineté monétaire, leur souveraineté fiscale (au travers de la signature du Pacte de stabilité et de croissance), mais voici que c’est l’orientation démocratique qui devrait désormais faire l’objet d’un abandon d’expression. »

De l’illégalité et de l’illégitimité

Il est d’ailleurs symptomatique que le rapport préliminaire de la Commission pour la vérité sur la dette grecque dirigée par le président du CADTM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-monde), Eric Toussaint, commandité par la Présidente Parlement grec, et présenté les 17 et 18 juin dernier, est quasi passé sous silence dans la presse internationale et qu’il n’y est jamais fait allusion au niveau des institutions européennes.

Erci Toussaint présentant le rapport préliminaire de la Commission pour la vérité sur la dette grecque au Parlement d'Athènes, le 17 juin dernier.

Quand on connaît ses conclusions, on peut deviner pourquoi. Cela commence fort !

Selon un des rapporteurs, Pascal Saurin (Mediapart – 28 juin 2015) « De grandes institutions qui violent les règles élémentaires de droit, bafouent leurs propres statuts, tolèrent des malversations et des fraudes, de grands responsables politiques et financiers pris en flagrant délit d’infraction et de malversation, et pour finir un peuple grec floué, humilié et spolié, telle est la triste réalité que révèle en pleine lumière le Rapport préliminaire de la Commission pour la Vérité sur la Dette grecque. »

En premier lieu, la cause fondamentale :

« La crise de la dette publique grecque est en réalité une crise générée par quelques grandes banques, en particulier françaises et allemandes, qui après avoir privatisé des profits conséquents, ont socialisé une bonne partie de leurs pertes, non moins conséquentes (…). Dans cette escroquerie à grande échelle, le rôle du bonneteur ou manipulateur est tenu par les banques, celui des complices ou « barons » par la Troïka (le Fonds monétaire international, la Banque Centrale Européenne et la Commission européenne), celui des seconds couteaux par les gouvernements des États européens, et enfin celui de la victime par le peuple grec. Le préjudice subi s’élève à 320 milliards d’euros, le montant de la dette grecque. »

C’est en 2000 que ces banques commencent à déverser d’énormes masses de liquidités sur le marché grec qu’elles estiment plus rémunérateurs que les marchés nationaux. Ainsi, entre 2000 et 2009, les crédits explosent, les prêts aux ménages et les crédits immobiliers sont multipliés par 6, les financements aux entreprises doublent. Tout va très bien jusqu’à ce qu’éclate la crise financière de 2008-2009.

En Grèce, ce fut comme aux Etats-Unis avec les subprimes, les ménages endettés se retrouvent dans l’incapacité de payer leurs échéances et les banques sont aux abois. C’est alors qu’interviennent les gigantesques plans de soutien aux banques mis en place par la Banque Centrale Européenne pour 5 000 milliards d’euros car, les banquiers se sont empressés de faire supporter leurs pertes par l’Etat grec.

La deuxième phase : la falsification des chiffres :

En 2009 le gouvernement grec trafique les chiffres de la dette grecque pour donner le prétexte au FMI d’intervenir aux côtés de la BCE et de la Commission européenne. La Troïka est constituée.

Elle commence à imposer au gouvernement grec deux memoranda : financement important de la dette de l’ordre de 110 à 130 milliards d’Euros dont 80 % vont aux banques grecques et européennes. Le tout est accompagné, bien entendu, de mesures d’austérité drastiques : licenciements massifs dans la fonction publique, coupes dans les services publics, diminutions des salaires et des pensions, bradage du patrimoine du pays. Cela a bien entendu des conséquences catastrophiques. Pascal Saurin écrit : « En quelques années, le pays perd 25 % de son PIB, voit son taux de chômage tripler pour atteindre 27 % (60 % chez les jeunes et 72 % chez les jeunes femmes), et en lieu et place d’une diminution de la dette publique, on voit celle-ci augmenter jusqu’à 320 milliards d’euros pour représenter 177 % du PIB en juin 2015. Dans ces plans d’austérité imposés à la Grèce, le plus inadmissible est la crise humanitaire qu’ils ont suscitée en frappant indifféremment enfants, personnes âgées, migrants, malades, femmes isolées sans emploi, c’est-à-dire les plus fragiles de la société. »

Selon des études britanniques, la chute de 42 % du PIB de la Grèce entre 2008 et 2015 est un phénomène qui n’a été observé que dans des pays confrontés à des guerres, à des effondrements du cours des matières premières et en Argentine dans les années 1980 et 1995. C’est donc une véritable razzia qui a écrasé la Grèce.

Troisième phase : le transfert des risques des banques privées vers le secteur public.

A la fin des années 1990 - 2000 la dette publique grecque était à 80 % entre les mains des investisseurs financiers privés, aujourd’hui, c’est le secteur public qui la détient dans les mêmes proportions.

« Cette « migration de crédit » obéissait au souci de sauver les banques, et non la Grèce et sa population. En juin 2013, ATTAC Autriche a publié une étude très détaillée pour identifier les véritables bénéficiaires du soi-disant « sauvetage » de la Grèce intervenu entre mai 2010 et juin 2012. Sur un total de 206,9 milliards d’euros, il est ressorti que 77 % avaient été affectés au secteur financier. L’étude précise que « ces 77 % constituent… un minimum d’un montant qui a pu être sous-estimé. » Même Jean Arthuis, président de la commission des budgets au Parlement européen, le reconnaît dans un entretien donné le 11 mai 2015 au journal Libération : « on a, en fait, transféré le mistigri des banques aux États » »

Le caractère illégal des mesures imposées par les memoranda

Aucune des règles propres aux institutions qui composent la Troïka n’ont été respectées. D’autre part, il y a de nombreuses violations des dispositions du droit international. On se trouve là aussi devant un coup d’Etat d’une ampleur inégalée.

Ainsi, le FMI dont l’article 1 des statuts dispose qu’il a pour but de « contribuer… à l’instauration et au maintien de niveaux élevés d’emploi et de revenu », participe à la mise en place de memoranda qui prévoient de massives suppressions d’emplois et de drastiques diminutions de salaires et pensions.

La BCE a outrepassé son mandat en imposant, dans le cadre de sa participation à la Troïka, l’application de programmes d’ajustement macroéconomique comme la réforme du marché du travail. Elle s’est substituée à une autorité politique, alors qu’elle est une autorité uniquement monétaire.

De son côté, le FESF (Fonds Européen de Stabilité Financière institué en 2010 au niveau de tous les pays de l’Union européenne qui est destiné à prêter aux Etats et à racheter des titres de la dette primaire des mêmes Etats) a violé l’article 122.2 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) qui autorise le financement d’un État membre « lorsqu’un État membre connaît des difficultés ou une menace sérieuse de graves difficultés, en raison de catastrophes naturelles ou d’événements exceptionnels échappant à son contrôle ». Or la Grèce ne rentrait pas dans ce cadre car, à l’instar d’autres pays de l’Union européenne, elle avait vu sa situation se détériorer suite à la mise en œuvre des conditionnalités fixées dans les protocoles d’accord, sachant par ailleurs que la mise en place du prétendu « programme d’aide » (le Memorandum of Undestanding) s’est faite en violation de la procédure de ratification telle que prévue dans la Constitution grecque. On peut également considérer que les prêts bilatéraux consentis par les États présentent de nombreuses irrégularités ou clauses abusives, notamment lorsque l’accord de facilité de prêt prévoit que les dispositions de l’accord doivent être mises en œuvre même si elles sont illégales. Enfin, les dettes des créanciers privés peuvent être également considérées comme illégales car elles révèlent une attitude irresponsable des banques privées avant l’arrivée de la Troïka et une mauvaise foi de certains créanciers privés qui ont spéculé sur la dette grecque en utilisant les Credit default swaps (CDS).

Violation manifeste des droits de l’Homme

Le plus grave est la violation manifeste des droits de l’Homme (droit à la santé, au logement, à l’éducation, à la Sécurité sociale, droit du travail etc.) sous le prétexte du paiement prioritaire de la dette, alors que les traités internationaux, la Constitution grecque et la réglementation de l’Union européenne et celle de ses États membres prévoient précisément le contraire.

Pascal Saurin conclut : « En plus de ces fondements de droit, l’État grec peut décider une suspension unilatérale de sa dette en se fondant sur l’état de nécessité. Toutes les conditions pour la mise en place d’une telle décision sont remplies dans la mesure où les autorités grecques doivent protéger un intérêt essentiel de l’État contre un péril grave et imminent et qu’elles ne disposent pas d’autre moyen à leur disposition pour protéger l’intérêt essentiel en question. Enfin, lorsqu’un État est confronté à une dette insoutenable, il peut unilatéralement décider de faire défaut car l’insolvabilité souveraine a sa place dans le droit international.

Face à des institutions aveuglées par une haine de classe et à des créanciers corrompus et dépourvus de tout scrupule, les autorités grecques auraient bien tort de se priver de ces moyens de droit même si leur mise en œuvre ne peut répondre qu’à une partie des problèmes auxquels est confrontée leur pays depuis des mois. La décision prise à l’unanimité par le conseil des ministres grec de consulter la population sur la dernière proposition des institutions européennes [et approuvée par 178 voix sur 300 par le Parlement grec] pourrait bien être la première étape d’un processus qui mène à l’annulation de la dette grecque ou tout au moins à une partie significative de celle-ci. Aujourd‘hui, à quelques jours du référendum, le soutien international au peuple grec doit s’intensifier pour l’appuyer dans son refus du projet de la Troïka qui doit être remplacé par un programme alternatif, démocratique et au service de l’ensemble de la population. »

Et on s’aperçoit ce dimanche 28 juin que les choses se calment – on verra la suite, la semaine sera fertile en rebondissements – puisque la BCE a décidé de poursuivre les prêts aux banques grecques et le gouvernement grec a décrété la fermeture de la Bourse et des banques jusqu’à nouvel ordre, afin d’éviter toute panique et toute spéculation.

Les peuples, comme les oliviers, durent mille ans.

Serait-ce une première victoire de la démocratie suite à l’annonce du référendum ? L’avenir nous le dira très bientôt.

Laissons la conclusion à Bruno Colmant : « Nier la pertinence de la représentation démocratique opposée à l’ordre berlinois relève d’une méconnaissance inquiétante de l’histoire des peuples et des monnaies. Car, derrière ces questionnements, c’est probablement la survie de l’Euro qui est en jeu. Croire que les symboles régaliens, comme les dettes publiques et la monnaie, disciplinent une économie réelle est une réfutation des réalités socio-économiques. De Gaulle avait coutume de dire que les peuples, comme les oliviers, durent mille ans. Je ne connais pas de monnaie ou de dette publique qui a démontré cette pérennité.

La question est de savoir quel projet l’Europe porte encore, quelques mois après qu’un quart des citoyens européens [aux élections européennes] a exprimé une défiance par rapport à cette instance supranationale. On sent le refoulement grandissant de la légitimité des instances européennes qui semblent relever de l’artifice technique plutôt que du prolongement d’aspirations communes. (…)

La monnaie commune, elle-même limitée à quelques pays d’Europe, est aujourd’hui engagée dans des tourbillons qui reflètent le manque de vision et d’intuition. Il faudrait plus d’Europe, mais plus de meilleure Europe, c’est-à-dire une Europe qui exprime des valeurs, parle d’une voix apaisante et visionnaire, dans le respect des peuples, plutôt qu’une Europe dissociée des réalités de la crise. »

Et une Europe débarrassée des lobbies des banques et des transnationales qui, par leur cupidité, assassinent les peuples.

Pierre Verhas

Partager cet article

Repost 0

Why Angela Merkel Is Wrong On Greece

Publié le par Mahi Ahmed

Why Angela Merkel Is Wrong On Greece

by Jürgen Habermas on 25 June 2015

Jürgen Habermas

The latest judgment of the European Court of Justice (ECJ) casts a harsh light on the flawed construction of a currency union without a political union. In the summer of 2012 all citizens owed Mario Draghi a debt of gratitude for uttering a single sentence that saved them from the disastrous consequences of the threat of an immediate collapse of their currency.

By announcing the purchase if need be of unlimited amounts of government bonds, he pulled the chestnuts out of the fire for the Eurogroup. He had to press ahead alone because the heads of government were incapable of acting in the common European interest; they remained locked into their respective national interests and frozen in a state of shock. Financial markets reacted then with relief over a single sentence with which the head of the European Central Bank simulated a fiscal sovereignty he did not possess. It is still the central banks of the member states, as before, which act as the lender of last resort.

The ECJ has not ruled out this competence as contrary to the letter of the European Treaties; but as a consequence of its judgment the ECB can in fact, subject to a few restrictions, occupy the room for manoeuvre of just such a lender of last resort. The court signed off on a rescue action that was not entirely constitutional and the German federal constitutional court will probably follow that judgment with some additional precisions. One is tempted to say that the law of the European Treaties must not be directly bent by its protectors but it can be tweaked even so in order to iron out, on a case by case basis, the unfortunate consequences of that flawed construction of the European Monetary Union (EMU). That flaw – as lawyers, political scientists and economists have proven again and again over the years – can only be rectified by a reform of the institutions.

The case that is passed to and from between Karlsruhe and Luxembourg shines a light on a gap in the construction of the currency union which the ECB has filled by means of emergency relief. But the lack of fiscal sovereignty is just one of the many weak spots. This currency union will remain unstable as long as it is not enhanced by a banking, fiscal and economic union. But that means expanding the EMU into a Political Union if we want to avoid even strengthening the present technocratic character of the EU and overtly writing off democracy as merely decorative.

Those dramatic events of 2012 explain why Mario Draghi is swimming against the sluggish tide of a short-sighted, nay panic-stricken policy mix. With the change of government in Greece he immediately piped up: “We need a quantum leap in institutional convergence…. We must put to one side a rules-based system for national economic policy and instead hand over more sovereignty to common institutions.” Even if it’s not what one expects a former Goldman Sachs banker to say, he even wanted to couple these overdue reforms with “more democratic accountability” (Süddeutsche Zeitung, March 17, 2015).

These were the words of someone who had learned that the wrangling behind closed doors among heads of government only thinking of their national voter base is simply not good enough if one wants to achieve the necessary fiscal, economic and social policy decisions. Today, three months later, the ECB is yet again at work buying time for incapable governments with emergency lending.

The Greek election result is a vote against humiliating misery

Because the federal German Chancellor opted as early as May 2010 to treat investor interests as more important than a haircut in restoring the Greek economy to health, we’re stuck in a crisis once more. This time it’s the hole left by another institutional deficit that emerges.

The Greek election result is the vote of a nation that, with a significant majority, is standing up against the humiliating as well as oppressive misery of an austerity policy imposed upon their country. There can be no argument about the vote itself: The population rejects the continuation of a policy whose drastic failure is something they have experienced at first hand. Equipped with this democratic legitimacy, the Greek government is trying to bring about a change of policy in the Eurozone.

This brings them in Brussels right up against the representatives of 18 other governments which justify their rejection by coolly pointing to their own democratic mandate. You’ll recall those first meetings when the arrogantly swaggering novices basking in the upbeat mood of their triumph joined in grotesque battle with the incumbent rulers acting partly like paternalistic uncles and partly like sneering old hands: Both sides insisted parrot-like that they enjoyed the authority given by their respective “people.”

The unintentionally comic nature of their uniformly nation-state way of thinking brought what is lacking unmistakably to the attention of European public opinion: a focus for a common decision-making process among citizens across national borders about weighty courses of political action in the core of Europe.

But the veil cast over this institutional deficit of an empowered European Parliament based on a European-wide system of political parties has not yet been really shredded. The Greek election has thrown a spanner in the works of Brussels because here the citizens have themselves chosen a European political alternative for which they are geared up. Elsewhere, government representatives make such decisions as technocrats among themselves and spare public opinion in their countries from upsetting issues. The compromise negotiations in Brussels really get bogged down because both sides don’t ascribe blame for the barren nature of their discussions on the flawed construction of the proceedings and institutions of the EMU but on the bad behaviour of their partner.

It’s certainly the case that we’re dealing here with the stubborn sticking to a policy of an austerity programme that not only runs into overwhelming criticism from international experts but has caused barbaric costs in Greece and has demonstrably failed here. But, in the basic conflict opposing one side looking for a change of policy to the other obstinately refusing to engage at all in political negotiations, a deeper asymmetry is exposed.

Let’s be quite clear about the disgusting, nay scandalous aspect of this rejection: A compromise collapses not because of a few billion here or there, not even because of this or that condition, but solely because of the Greek demand to allow a new start for the economy and a population exploited by a corrupt elite by agreeing debt forgiveness – or an equivalent regulation, e.g. a debt moratorium tied to growth.

Instead, the creditors insist upon the acknowledgment of a debt mountain that the Greek economy will never be able to overcome. Mind you, it goes without saying that a haircut is unavoidable sooner or later. So the creditors insist with bad faith on the formal recognition of a debt burden they know is intolerable. Until recently, they even persisted with the literally fantastic demand for a primary surplus of more than 4%. This has been cut to a still unrealistic demand for 1%; but, so far, an agreement upon which the fate of the European Union depends has failed because of the demand from the creditors to stick to a fiction.

The weak performance of the Greek government

Of course, the ‘donor countries’ can see political reasons for holding onto this fiction which allow an unpleasant decision to be put off in the short term. They fear, for instance, a domino effect in other ‘recipient countries'; and Angela Merkel cannot be sure of her own majority in the Bundestag. But any wrong policy must one way or the other be revised in the light of its counterproductive consequences. On the other hand, you can’t pin the blame for the impasse on just one side.

I cannot judge if there’s a well-thought-out strategy behind the tactical steps taken by the Greek government and what is down to political necessities, to inexperience or the incompetence of the main players. I don’t have enough knowledge about the widespread practices and societal structures standing in the way of potential reforms either. But it’s obvious that the House of Wittelsbach has failed to construct a functioning state.

However that may be, such difficult circumstances don’t explain why the Greek government itself is making it hard for its supporters to make out any consistent line behind its erratic behaviour. There’s no sensible effort evident for building coalitions; one doesn’t know whether the leftist nationalists are not clinging to a somewhat ethno-centric sense of solidarity and are only pursuing continued membership of the Eurozone for narrow prudential reasons – or if their views do go beyond the nation state.

The demand for a haircut as the basso continuo of their negotiations is, either way, insufficient to arouse confidence on the opposite side that the new government is different – that it will act more energetically and responsibly than the clientilist governments that it replaced. Tsipras and Syriza might have drawn up the reform programme of a left-wing government and thus ‘showcase’ it to their negotiating partners in Brussels and Berlin. Amartya Sen last month in Firle, East Sussex, compared the austerity policy pushed through by the federal German government with a medicine that contains a toxic mixture of antibiotics and rat poison.

In complete accordance with the Nobel Prize-winner for economics, the left-wing government might have taken on a Keynesian segregation of the Merkel medicine and consequentially thrown out all neoliberal impositions; but, at the same time, they would have had to give credibility to their intentions of carrying through the overdue modernisation of state and economy, execute a fairer form of cross subsidies, combat corruption and tax evasion etc. Instead, it resorted to moralising – to a blame game that worked to the advantage of the German government in the given circumstances, enabling it to dismiss with neo-German robustness the wholly justified complaint of Greece about the clever way a line was drawn (under debts) in the two-plus-four negotiations (of 1990 over German unification).

The weak performance of the Greek government doesn’t alter the fact of a scandal that consists in politicians in Brussels and Berlin refusing to meet their colleagues from Athens as politicians. They indeed do look like politicians but (until last Monday) only spoke in their economic role as creditors. This transformation into zombies is intended to give the protracted insolvency of a state the appearance of a non-political, civil court proceeding.

That makes it all the easier to deny any political co-responsibility. Our press is making fun about the act of renaming the Troika; it is indeed like a magic trick. But, with it, there comes the legitimate wish to see emerge the true face of the politician behind the mask of the creditor. For only as politicians can these people be held responsible for a fiasco that has played out in massively ruined life-chances, in joblessness, sickness, social misery and hopelessness.

The scandal within the scandal is constipation

Angela Merkel brought in the IMF from the outset for her dubious rescue moves. This body is responsible for dysfunctions in the international financial system; as therapist it takes care of its stability and thus acts in the common interest of investors, especially of institutional investors. As Troika members, European institutions also coalesce with this player so that politicians, in so far as acting in this function, can retreat into the role of untouchable agents acting strictly according to the rules of the IMF. This dissipation of politics into market conformity helps to explain the chutzpah with which representatives of the federal German government, all of them highly moral people, can deny their political co-responsibility for the disastrous social consequences that they nevertheless took on board as opinion leaders of the European Council through the implementation of the neoliberal austerity programmes.

The scandal within the scandal is the constipated manner in which the German government perceives its leadership role. Germany is indebted for the stimulus behind the economic recovery from which it still benefits today to the wisdom of the creditor nations which, in the London Agreement of 1953, wrote off around half of its debts.

But this is not about moral embarrassment but about the political core of the matter: The political elites in Europe should no longer hide from their voters and themselves dodge the alternatives posed to us by an politically incomplete currency union. It’s the citizens, not the banks, which must retain the final say in existential questions for Europe.

As regards the post-democratic lulling to sleep of public opinion, the switching of the press into a therapeutic type of journalism is a contributory factor – as it marches arm in arm with the political class in caring for the wellbeing of customers, not citizens.

The German original of this article appeared in Süddeutsche Zeitung

Have something to add to this story? Share it in the comments below.

Filed Under: Columns & Interviews, Politics

Tagged With: Greece, Greece1, Jurgen Habermas, Merkel

About Jürgen Habermas

Juergen Habermas is a German sociologist and philosopher.

Publié dans Choix d'articles

Partager cet article

Repost 0

Les pièges de la mondialisation économique globale.

Publié le par Mahi Ahmed

Les pièges de la mondialisation économique globale.

De Prof Rodrigue Tremblay

Global Research, juin 17, 2015

« Les nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes : si l’une a intérêt d’acheter, l’autre a intérêt de vendre ; et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels. »

Montesquieu, (Charles Louis de Secondat), (1689-1755)

« Une entente commerciale [avec les Etats-Unis] pour harmoniser le commerce, la sécurité, ou les pratiques de défense signifierait, en bout de ligne, à obliger le Canada et le Mexique à … céder à la puissance américaine le contrôle sur le commerce et sur les investissements étrangers, sur la réglementation environnementale, sur l’immigration, et dans une large mesure, sur la politique étrangère et la politique monétaire, et même sur la politique budgétaire. »

Roy McLaren (1934-), ancien ministre du Commerce libéral du Canada, (1983)

‘La mesure idéale du bien est’ « le plus grand bonheur pour le plus grand nombre ».

Jeremy Bentham (1748-1832)

Un des phénomènes marquants du dernier quart de siècle, et sans doute le plus marquant dans le domaine économique, mais aussi dans le domaine politique, a été la montée de la mondialisation économique globale laquelle se manifeste par une interdépendance accrue des économies nationales et par une concurrence économique accrue, non seulement entre les entreprises mais aussi entre les pays.

Cette interdépendance et cette concurrence ont progressé beaucoup plus rapidement qu’on aurait pu l’envisager, il y a 25 ou 30 ans, de sorte que l’intégration économique à l’échelle mondiale dépasse grandement le seul domaine du commerce international pour englober la mobilité internationale des entreprises et l’intégration des marchés financiers et monétaires. Dans certains domaines où domine la technologie, notamment dans le domaine du numérique et des technologies de l’information, nous vivons déjà dans un monde presque sans frontières nationales. Les conséquences de cette mondialisation accrue ne sont pas seulement économiques; elles sont aussi politiques et sociales.

Mais qui dit mondialisation dit aussi une plus grande complexité des échanges et une plus grande vulnérabilité des économies nationales à des chocs venant de l’extérieur. Il faut donc que les retombées positives qui résultent de la mondialisation des rapports économiques soient supérieures aux risques de pertes de toute nature qui découlent d’une plus grande complexité et d’une plus grande vulnérabilité.

Aux coûts purement économiques de la complexité, il faut ajouter les coûts politiques et sociaux d’une plus grande complexité économique globale.

En effet, la complexité des relations économiques et financières a pour conséquence d’augmenter les coûts de transaction politique et de nuire au fonctionnement de la démocratie en réduisant la possibilité pour les citoyens d’être informés de ce qui se passe et, au besoin, de s’y objecter. Il en résulte aussi, au plan social, que l’économie est de moins en moins encastrée dans les relations sociales; ce sont plutôt les relations sociales qui sont encastrées dans un système économique de plus en plus mondialisé.

Un projet mondial avant tout politique est venu se greffer à la mondialisation économique globale, essentiellement sous égide américaine, et c’est celui d’affaiblir la conscience nationale dans les états nations, en faisant la promotion du « multiculturalisme », et celui tout autant problématique du démantèlement du système d’État providence et de filet de sécurité sociale dans les pays, érigé après la Deuxième guerre mondiale, au profit d’une mouvance mondialiste essentiellement anti-démocratique et oligarchique.

En bout de ligne, nous conclurons que la complexité économique globale accrue du dernier quart de siècle a eu une conséquence générale : et ce fut celle de contribuer à augmenter le pouvoir des administrateurs des grandes entreprises et des méga banques, de même que celui moindre des politiciens et des bureaucrates, au dépens des personnes moins instruites et moins mobiles, et d’affaiblir la santé démocratique dans de nombreux pays.

I- Causes principales de la mondialisation économique globale

Deux révolutions sont à l’origine du phénomène de la mondialisation économique globale.

—La première a été la révolution technologique numérique, considérée comme une nouvelle révolution industrielle. Cette dernière est apparue avec les innovations fondamentales qu’ont été, entre autres, l’ordinateur, l’Internet en tant que réseau informatique mondial, et les satellites de télécommunications, ces derniers permettant de communiquer de manière quasi instantanée avec les quatre coins de la planète.

—La deuxième révolution a été l’effondrement, en 1991, de l’Empire soviétique et du système économique communiste centralisé. On a pu dire que cette révolution politico-économique consacrait le « triomphe du capitalisme (corporatif) mondial » et celui des marchés décentralisés et peu règlementés.

Or, au cours du dernier quart de siècle, le mouvement vers une mondialisation économique globale s’est accéléré. Ses trois principales composantes sont :

- primo, la mondialisation commerciale;

- secundo, la mondialisation industrielle et technologique; et

- tertio, la mondialisation financière globale (financière, bancaire et monétaire).

Ces trois facettes de la mondialisation économique n’ont pas eu les mêmes effets sur les personnes et sur les pays.

Il convient donc d’identifier les effets nets pour chacune de ces trois composantes de la mondialisation économique globale. En effet, on a pu espérer, en théorie, que la mondialisation économique globale allait renforcer l’intégration économique des pays, et produire une convergence des économies en accroissant leur productivité et leur croissance économique, en réduisant la pauvreté mondiale, en plus de devenir un facteur de paix dans le monde.

En pratique, on peut dire aujourd’hui que cette vision des choses était peut-être trop optimiste et force est de reconnaître que les résultats de la mondialisation économique globale du dernier quart de siècle sont plus complexes et moins inéluctables que certains l’avaient cru.

C’est que la mondialisation économique globale, et la concurrence internationale qui l’a accompagnée, ont généré des effets qui ont certes été positifs pour les populations, mais elle a aussi produit des effets pervers pour certaines catégories de travailleurs et pour les gouvernements et leurs populations qui doivent faire face à la mobilité internationale croissante des entreprises et des institutions financières et bancaires, et pas seulement de celles qui sont par nature ‘multinationales’.

En d’autres termes, la mondialisation économique globale a pu faire des gagnants nets et des perdants nets, et il serait bon d’établir un bilan provisoire, même s’il ne s’agit que d’une synopsis nécessairement incomplète d’un phénomène complexe.

II- La mondialisation commerciale

La création de l’organisation mondiale du commerce (OMC), en 1994, a marqué une accélération de la libéralisation multilatérale des échanges entreprise sous l’égide de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), créé en 1947, au cours des décennies précédentes.

Effectivement, au cours du dernier quart de siècle, les exportations mondiales ont cru à un taux exponentiel de 6,0 pourcent en volume, soit une croissance beaucoup plus rapide que le taux annuel moyen de croissance de la production réelle mondiale, lequel progressa au rythme d’un peu moins de 4,0 pourcent entre 1990 et 2010. Cependant, on observe, depuis la crise financière de 2008-09, une cassure dans la croissance commerciale mondiale, les exportations mondiales croissant depuis à un rythme qui se rapproche de la croissance économique globale, laquelle oscille entre deux et trois pourcent annuellement.

La mondialisation commerciale est sans doute la moins critiquable des trois facettes de la mondialisation économique globale. Il existe même un consensus assez large chez les économistes que, tous comptes faits, ses effets sont beaucoup plus positifs que négatifs.

Les consommateurs en ont profité grandement, avec des gains résultants des prix abaissés et de la qualité accrue d’une gamme plus étendue de produits et de services. Les autres grands gagnants de la croissance du commerce multilatéral ont été les détenteurs de capitaux en général (rendements plus élevés) et les administrateurs des grandes entreprises (rémunérations accrues).

Du côté négatif, c’est chez les travailleurs moins qualifiés qu’on observe des pertes avec une stagnation de l’emploi et une baisse des salaires réels, dans les pays industrialisés. Il en va de même des industries qui ont été confrontées à une concurrence internationale accrue et qui ont subit des contractions, des délocalisations et une certaine désindustrialisation.

Cependant, les études empiriques sur ces questions arrivent à la conclusion que les gains des pays industrialisés à la division internationale du travail sont supérieurs aux pertes, et que pour l’ensemble des pays, cela crée un résultat de gagnant-gagnant.

Le problème des pays industrialisés face à la mondialisation économique serait avant tout un problème de répartition de gains afin de pouvoir indemniser les perdants en leur accordant une part des gains proportionnée à leurs pertes.

En d’autres termes, cela est une question de politiques gouvernementales et de justice sociale. Il appartient alors au gouvernement, par exemple, de subventionner le recyclage des travailleurs déplacés par la concurrence internationale.

Parmi l’ensemble des pays, ce sont les pays nouvellement industrialisés de l’Asie (Chine, Japon, Corée du Sud, etc.) qui ont été les grands gagnants de la mondialisation commerciale, mais aussi de la mondialisation industrielle comme on le verra plus loin. Leur croissance économique et leur rattrapage industriel ont été fulgurants.

III- La mondialisation industrielle et technologique

Parallèlement à l’explosion commerciale mondiale, le monde a aussi connu, au cours du dernier quart de siècle, une semblable explosion dans les investissements directs étrangers (entrées et sorties de capitaux directs). Ainsi, la part dans le PIB de tous les pays des investissements directs étrangers passa de 11 pourcent en moyenne en 1980 à 34 pourcent en moyenne en 1998. Mais encore ici, depuis la crise financière de 2008-09, l’investissement direct étranger a connu un net ralentissement. Il a atteint un sommet historique en 2007, soit 2 000 milliards USD. Six années plus tard, en 2013, l’investissement direct étranger se situait encore à un niveau inférieur de 30 pourcent par rapport à son niveau de 2007.

La mobilité internationale des entreprises, de leurs technologies et de leurs capitaux, est beaucoup plus problématique que la mondialisation commerciale en tant que telle, laquelle continue de reposer sur les avantages économiques comparés de chaque pays, quand les populations sont immobiles d’un pays à l’autre et quand les fluctuations dans le taux de change de leur monnaie équilibrent leur balance des paiements.

On ne peut mettre sur le même pied le libre-échange commercial, assorti de règles contre le dumping et la concurrence déloyale et de fluctuations dans les taux de change, et la libre mobilité internationale des entreprises, de leurs technologies et de leurs capitaux.

Dans le premier cas, il s’agit d’échanges commerciaux fondés sur les avantages comparés en ressources, en main d’œuvre et en technologies de chaque pays, lesquels échanges mènent à la spécialisation dans la production et à la création d’économies d’échelle, sources de gains de productivité et de hausses des niveaux de vie dans tous les pays, même si les gains nets ne sont pas répartis également entre les pays.

Par contre, le déplacement des entreprises, de leurs capitaux et de leurs technologies d’un pays à l’autre peut modifier les avantages comparés de chaque pays et devenir un élément beaucoup plus problématique de la mondialisation économique globale, car il n’est pas exclu qu’un pays peut être un perdant net et un autre gagnant net de ces transferts.

C’est que le déplacement des entreprises d’un pays à l’autre peut tout aussi bien être un substitut au commerce international entre les pays qu’un moyen d’accroître les échanges commerciaux à l’intérieur de chaque entreprise mondialisée.

Un phénomène de désindustrialisation peut alors se mettre en marche, créant des problèmes de productivité et de croissance économique, sans que les gouvernements nationaux ne puissent y faire face adéquatement. Ceci n’est cependant pas inéluctable. En effet, si la mondialisation industrielle accroît les échanges intra-entreprise et si les échanges globaux d’une économie augmentent, un pays peut sortir gagnant net de la mondialisation industrielle. Le résultat devient une affaire empirique, de là pour un gouvernement national l’intérêt de suivre la situation de près.

Il faut dire, cependant, qu’il est devenu de plus en plus difficile aux gouvernements nationaux de poursuivre une politique industrielle autonome. En effet, de nos jours, la plupart des ‘ententes de libre-échange’ sont en fait des ‘ententes de libre circulation des entreprises’ et comportent des clauses qui nient aux gouvernements nationaux le droit de poursuivre une politique industrielle pour hausser la productivité industrielle et les salaires réels des travailleurs. De plus, ces ‘ententes de libre circulation des entreprises’ sont négociées en secret et sont adoptées par les législateurs les yeux bandés. Il va de soi qu’un tel désarmement industriel de la part des États peut gruger les avantages qui découlent de la mondialisation commerciale et de la plus grande spécialisation industrielle qui en résulte.

On a là une des causes de la stagnation des salaires réels dans les pays industrialisés depuis un quart de siècle. C’est que la mondialisation industrielle peut priver un pays de ses avantages industriels comparés lorsque plusieurs de ses entreprises transfèrent leurs technologies, leurs capitaux et leurs productions dans des pays à bas salaires ou à bas taux d’imposition des profits.

Pour les pays industrialisés, en particulier, exporter leurs entreprises et leurs avantages comparés peut s’accompagner d’une désindustrialisation et d’une certaine stagnation économique, en plus de contribuer à la baisse des salaires et des revenus réels d’une part importante de leur population ouvrière.

C’est pourquoi chaque cas de déplacement d’activités de production d’un pays à l’autre doit donc être jugé au mérite. À titre d’exemple, si un fabricant d’automobiles dans un pays développé transfère une activité d’assemblage dans un pays à bas salaires mais exporte de sa base nationale moteurs et autres pièces spécialisées, le pays d’origine peut sortir gagnant net.

Ce n’est que lorsqu’une entreprise nationale transfère une technologie exclusive dans un autre pays qu’il peut y avoir alors transfert d’avantages comparés et que le pays d’origine peut se transformer, d’exportateur, en un importateur. Dans ces circonstances, un pays peut être un perdant net de la mondialisation industrielle, en perdant des technologies exclusives, des activités de production, des revenus et des emplois, dans un processus de lente désindustrialisation.

La mondialisation industrielle peut aussi créer un problème d’équité fiscale et d’inégalités des revenus et de la richesse entre différentes catégories de contribuables dans chaque pays quand les entreprises et les travailleurs les plus mobiles internationalement exigent des baisses d’impôts. Les gouvernements sont alors obligés d’augmenter des taux d’imposition régressifs sur les revenus des salariés ordinaires et sur les dépenses de consommation. Les gouvernements nationaux peuvent aussi être appelés à se concurrencer vers le bas en matière de réglementation industrielle, de politiques sociales et de politiques de préservation de l’environnement.

IV- La mondialisation financière, bancaire et monétaire

Si la mondialisation industrielle est problématique dans ses effets, la mondialisation financière, bancaire et monétaire l’est encore davantage, compte tenu de la spéculation qui entoure les déplacements internationaux du capital financier.

Il faut dire que les prêts et emprunts internationaux existent depuis fort longtemps. Ainsi, au 19ème siècle, les épargnent des pays riches permirent de financer de grands projets d’infrastructure dans d’autres pays plus pauvres. Les entrées et sorties de capitaux de portefeuille (obligations, actions, etc.) profitent à la fois aux épargnants et aux emprunteurs et encouragent les échanges commerciaux. En effet, un pays emprunteur net est habituellement un pays importateur net, et l’inverse pour le pays prêteur. De tels prêts et emprunts internationaux sont des facteurs d’efficacité économique et méritent d’être encouragés.

L’intégration internationale des marchés financiers est une situation qui reflète une réalité objective, soit celle selon laquelle certains pays génèrent des excédents extérieurs et d’autres des déficits extérieurs. La mobilité internationale des épargnes est en soi une bonne chose, d’un point de vue économique. L’importance est que les pays conservent leur pouvoir de réglementation de leurs marchés financiers et monétaires, et conserve la main mise sur leur secteur bancaire.

On observe depuis quelques décennies que les méga banques et autres institutions financières exercent des pressions politiques énormes afin d’être libérées des réglementations nationales. Aux Etats-Unis, par exemple, ce lobbying s’est traduit par l’abolition par l’administration de Bill Clinton, en 1999, de la réglementation bancaire de la loi ‘Glass-Steagall’, adoptée en 1933 pour éviter une répétition de la crise financière de 1929. Or, cette abolition a joué un rôle majeur dans la crise financière de 2008-09, crise dont les effets néfastes continuent de se faire sentir de part le monde.

La perte de souveraineté nationale des états nations en matière de réglementation financière, bancaire et monétaire signifie que les pays perdent de ce fait la possibilité de recourir à des ajustements par les prix pour corriger les déséquilibres dans leurs comptes extérieurs, et doivent s’en remettent à des ajustements par les quantités (licenciements, baisses des dépenses publiques, hausses d’impôts, etc.), beaucoup plus coûteux à mettre en place en termes de bien-être.

Si, suite à une baisse de la demande extérieure, les prix et les salaires réels ne peuvent bouger à la baisse pour corriger un déficit extérieur, (et ne peuvent augmenter pour corriger un excédent extérieur), ce sont des politiques dites d’austérité (baisses des dépenses publiques, hausses des taxes et impôts, etc.) qui doivent alors suppléer en ralentissant la demande intérieure. Il s’en suit alors des contractions de production et d’emploi, lesquelles frappent plus durement certains segments de la population que d’autres et qui peuvent plonger un pays en récession économique.

C’est là un problème structurel majeur à l’intérieur des unions monétaires mal structurées, comme c’est le cas présentement en Europe avec la zone euro, à l’intérieur de laquelle cohabitent des économies à très haute productivité, telle l’économie allemande, et des économies à plus faible productivité, telles celles de la Grèce ou du Portugal.

En l’absence de mécanismes institutionnels complexes de transfert de pouvoir d’achat entre les pays excédentaires et les pays déficitaires, la rigidité de la monnaie unique —quelques soient ses avantages microéconomiques pour les entreprises et les consommateurs —peut créer des problèmes macroéconomiques majeurs. Ainsi, la monnaie commune peut être sous-évaluée pour les économies excédentaires et surévaluée pour les économies déficitaires. D’où le besoin de recourir à des politiques coûteuses d’austérité dans ce dernier cas, avec tous les problèmes politiques et sociaux qui en résultent.

Une autre conséquence négative de l’intégration financière, bancaire et monétaire des économies et de la complémentarité croissante des économies nationales vient de la plus grande vulnérabilité des pays aux chocs extérieurs et des effets de la transmission des crises économiques et financières d’un pays ou d’une région à l’autre.

La crise financière de 2008-09 est un bon exemple de ce phénomène quand une crise financière et bancaire prenant naissance dans un pays se propage rapidement par les marchés financiers et monétaires d’un pays à l’autre et influence l’ensemble de l’économie mondiale. De telles crises sont souvent causées par des pratiques bancaires risquées et par un mauvais fonctionnement des marchés monétaires internationaux, lesquels sont mal encadrés par les réglementations nationales ou internationales existantes.

En effet, une des conséquences de l’intégration accrue des marchés financiers et monétaires des pays et de l’activité bancaire a été une certaine mondialisation des crises économiques et financières et une plus grande vulnérabilité et fragilité des économies nationales, au moment même où les gouvernements nationaux perdaient une part importante de leurs pouvoirs et leurs instruments d’intervention pour y faire face.

V- Conclusions générales

Est-ce que le monde est dans un meilleur état aujourd’hui qu’il ne l’était il y a vingt-cinq ans ?

On peut dire que la mondialisation économique globale du dernier quart de siècle a certes eu des effets économiques positifs pour plusieurs pays et leurs populations, mais qu’une telle mondialisation est peut-être aussi allée trop loin, trop vite, dans certains pays, et cela principalement depuis la crise financière de 2008-09.

En effet, d’une part, la mondialisation commerciale a résulté en une plus grande efficacité économique au plan mondial pour les consommateurs, pour les grandes entreprises, pour leurs dirigeants et pour les travailleurs les plus qualifiés. Certaines économies nouvellement industrialisées, telle celle de la Chine, en ont retiré des gains substantiels.

D’autre part, la mondialisation industrielle a mis en marche un processus de désindustrialisation dans plusieurs pays développés.

Elle a aussi concentré les retombées positives pour les facteurs de production les plus mobiles (capitaux, entreprises, technologies) au détriment des facteurs de production plus immobiles (en particulier le facteur travail, et tout particulièrement les travailleurs peu ou moins qualifiés).

De même, la mondialisation financière, bancaire et monétaire a réduit la souveraineté nationale de la plupart des états nations et abaissé leur capacité d’intervention économique et sociale. L’affaiblissement des états nations et le désarmement des gouvernements nationaux en matière de pouvoirs d’intervention dans l’économie dus à la mobilité internationale des entreprises et à la mondialisation financière et monétaire est un aspect important de la mondialisation économique globale du dernier quart de siècle.

Comment classer les différents éléments de la mondialisation économique globale ? A-t-elle profité surtout à une élite économique et laissé derrière un cortège de perdants ou a-t-elle profité à tous à des degrés divers ? Tout dépend si on considère les choses sous l’angle d’un pays en particulier ou de celui de l’ensemble de l’économie mondiale, et s’il existe des mécanismes institutionnels pour que les gagnants nets de la mondialisation compensent ou non les perdants nets.

Pour l’économie mondiale dans son ensemble, la mondialisation économique du dernier quart de siècle a pu favoriser un mouvement vers une convergence des niveaux de vie et vers une répartition de l’activité économique au plan géographique, ce qui a profité aux pays les moins développés ou nouvellement industrialisés. Cela a pu se faire, en contrepartie, au coût d’une certaine désindustrialisation des pays les plus industrialisés et par une montée des inégalités de revenus et de richesse dans ces pays. Au niveau d’un pays en particulier, l’effet économique net de la mondialisation économique globale est une question empirique.

Une chose est certaine, cependant, la mondialisation a profondément modifié les rapports de force sociaux et politiques à l’intérieur de chaque pays, en renforçant le pouvoir des entreprises et de leurs dirigeants, et en diminuant celui des travailleurs et des organisations ouvrières. Elle a pu nuire aussi à la santé démocratique dans plusieurs pays.

En termes de politique économique, une conclusion s’impose. Dans ce contexte de mondialisation économique globale, il apparaitrait primordial que les gouvernements nationaux conservent un contrôle sur leurs réglementations financières et bancaires, et au besoin, les renforcent, de même que sur leurs politiques monétaires, sans quoi les économies nationales, en période de grande crise, risquent de plus en plus de devenir des navires sans capitaine et sans direction sur une mer agitée.

Rodrigue Tremblay

Texte tiré d’une conférence de l’auteur prononcée lors du Colloque humaniste sur la nature humaine, Montréal, le samedi 6 juin 2015.

Rodrigue Tremblay est professeur émérite d’économie à l’Université de Montréal et on peut le contacter à l’adresse suivante : rodrigue.tremblay@yahoo.com

Il est l’auteur du livre du livre « Le nouvel empire américain » et du livre « Le Code pour une éthique globale ».

Prière de visiter son blogue à l’adresse suivante :

http://www.thenewamericanempire.com/blog.htm.

Site Internet de l’auteur :

http://www.thenewamericanempire.com/

Pour plus d’informations concernant le dernier livre du professeur Tremblay intitulé : ”Le Code pour une éthique globale”, voir :

http://www.lecodepouruneethiqueglobale.com/

Publié dans Economie et société

Partager cet article

Repost 0

Léonid Ivachov. Des Exercices russo-chinois au Large des Côtes des États-Unis.

Publié le par Mahi Ahmed

Léonid Ivachov. Des Exercices russo-chinois

au Large des Côtes des États-Unis.

Le 13 juin 2015, un long commentaire du général à la retraite, Leonid Ivachov, a été publié sur le site russophone d’un magazine du Khirgizstan « gazeta.kg ». L. Ivachov, né en RSS de Khirgizie, membre du Club d’Izborsk et dirigeant du Centre International d’Analyse Géopolitique, commente les thèmes de l’actualité géopolitique russe, les replaçant dans une perspective d’avenir.

Les oligarques ne meurent pas

dans les attentats terroristes.

Je ne sais comment dort Obama, mais il existe une stratégie sombre et secrète, basée avant tout sur les structures oligarchiques transnationales. Et ces gens sont particulièrement inquiets à la vue du processus d’élaboration d’un nouveau monde, et particulièrement d’un nouveau système financier mondial. Et si une chose les dérange au Proche Orient, c’est le fait que l’EI contrôle déjà une partie des ressources pétrolières et se dirige vers le détroit de Bab el Mandeb. Mais pour ce qui concerne le fait que l’EI leur promet des attentats du genre du 11 septembre, de toute façon, les oligarques ne meurent pas dans les attentats terroristes. Ils auraient plutôt tendance à y participer. D’ailleurs je ne crois pas que celui du 11 septembre ait été organisé par Al Qu’aida.

La Chine et l’Inde ont marché ensemble

avec les soldats de Russie.

Mais ce qui s’est produit lors du défilé du 9 mai les a profondément perturbés. Au cours de la parade ont défilé des soldats représentant 40% de la population mondiale. Des États tels que la Chine et l’Inde ont marché, ensemble avec les soldats de Russie… Cela dérange fortement le monde des affaires et l’élite politique des États-Unis. Et notez qu’en outre, juste après, se sont déroulés des exercices commun entre la Russie et la Chine en Mer Méditerranée, que les États-Unis considèrent suite à la chute de l’Union soviétique, comme un bien ressortissant à leur patrimoine.

La Russie assume le maintien de la sécurité.

Je pense que d’ici quelques années, et peut-être même plus tôt, des exercices navals russo-chinois se dérouleront (avec la participation éventuelle de pays d’Amérique Latine) au large des côtes des États-Unis… C’est une chose tout à fait possible. Un canal est creusé pour le moment, à travers le Nicaragua. Les Chinois ont investi dans ce canal, et la Russie assumera le maintien de la sécurité. Voilà un exemple de répartition des responsabilités fonctionnelles. Et pour garantir cette sécurité, il est nécessaire de s’entraîner et de se livrer à des exercices. Les Américains se livrent bien à des exercices au large des côtes chinoises, c’est-à-dire qu’ils accroissent les tensions dans la Mer de Chine et y expédient toutes sortes de saletés.

On pourrait déclarer que des terroristes

veulent faire sauter le canal.

Les États-Unis mènent des exercices avec la Géorgie, avec l’Ukraine, avec la Pologne et les Pays baltes. Même les Finlandais et les Suédois sont concernés. Pourquoi ne mènerions-nous pas nos exercices au large de leurs côtes ? Je pense que c’est tout à fait possible, même avant deux ans. On pourrait déclarer que des terroristes veulent faire sauter le futur canal. Il faut garantir sa sécurité avant le début de l’exploitation et pour y parvenir, il est nécessaire de procéder à des exercices antiterroristes c’est pourquoi nos vaisseaux sont présents sur place avec de l’armement de haute précision.

Poutine se repose, donc, si vous voulez…

Les récentes visites-éclair de Kerry et Nuland sont la conséquence de ce que ce n’est pas nous qui sommes allés en Asie et en Orient, mais c’est l’Orient qui vint à nous le 9 mai ! Donc, pour faire passer la pilule, ils se sont précipités chez nous. Les Américains étaient pris d’une légère panique et ils se sont dépêchés de venir, de façon inattendue. Toutefois, ils sont venus, mais selon nos conditions : Poutine se repose, donc, si vous voulez le rencontrer, prenez l’avion jusqu’à Sotchi. Et ils accoururent ; Kerry accepta nos conditions. Enfin, Obama accepta nos conditions.

Nous pourrions envoyer un fonctionnaire de service.

Maintenant, nous devons faire montre de caractère. Et même si on nous invite à nouveau, disons à ce G8, nous ne devons pas nous y précipiter. Nous pourrions y envoyer un fonctionnaire de service, comme le Vice-ministre des Affaires étrangères… Puisque nous nous sommes tournés vers l’Est, nous devons y travailler. Là s’ouvrent des perspectives pour l’économie, la politique, et plus important encore, pour la sécurité de la Russie.

Nous venions de reprendre avec Cuba

des activités en liaison plus étroite.

Pour ce qui concerne nos contacts avec Cuba, il semble que nous devrions raviver cette relation amicale et même fraternelle avec le pouvoir et le peuple de l’Ile de Liberté. Cela devrait évidemment commencer par la collaboration technique et militaire. Nous venions de reprendre avec Cuba des activités en liaison plus étroite, de commencer à parler du renforcement de notre collaboration technique et militaire, et les Américains ont réagi en relâchant le blocus de Cuba. Les États-Unis réagissent suite à note initiative. Globalement, ce n’est pas mal.

Apparition de notre base militaire à Cuba.

Je pense que dans un avenir prévisible on pourrait voir apparaître une base militaire russe à Cuba, et cela ne reviendra aucunement à « dépasser la ligne rouge ». Les Américains veulent installer en Europe leurs missiles de moyenne portée. Il importe d’évaluer cette situation. Il faudrait laisser entendre sans ambiguïté aux États-Unis (peut-être dans le cadre d’un « format » officieux, discret) que nous allons répondre non seulement par le renforcement de nos capacités de défense sur le théâtre d’opérations européen, mais que nous pourrions également installer des missiles qui seraient éloignés de leur frontière d’une distance égale à celle qui séparerait leurs missiles de nos frontières. Dès lors il nous faut travailler avec Cuba. Les Cubains connaissent parfaitement le caractère de la politique américaine. Aujourd’hui, ils y ont remplacé le knout par du pain d’épice, mais fondamentalement cette politique reste la même. Il faudrait le dire plus ouvertement et aussi être présent là-bas de manière active.

Les États-Unis font un gros travail

dans le domaine de la psychologie de l’information.

Voilà où réside notre retard : nous aidons à construire ailleurs des entreprises, investissons des centaines de millions dans l’économie d’autres pays pour qu’ils survivent. Les Américains n’investissent pas un centime dans l’économie des autres pays, mais ils accomplissent un gros travail dans le domaine de la psychologie de l’information. Regardez ce qui s’est passé en Ukraine. Maintenant ils veulent affaiblir la résistance du régime cubain, de même que celle de la Biélorussie. Les États-Unis veulent pénétrer dans la place, pas pour fournir de l’aide, mais pour exercer une influence. Maintenant, ils vont fourrer leur pain d’épice sous le nez de chaque Cubain…

Ils ne portent pas l’Ukraine à bout de bras.

Remarquez que les États-Unis ne vont pas se faire un tour de rein dans la mesure où ils n’investissent pas dans l’économie du pays, ils ne portent pas l’Ukraine à bout de bras pour la faire avancer. Les États-Unis se concentrent toujours sur leurs bénéfices ; pas forcément de façon immédiate. Mais au bout d’un certain temps ils considèrent être en droit de recevoir les intérêts du moindre dollar dépensé.

Les États-Unis ont besoin d’une guerre.

Bien sûr, les États-Unis, qui ont mis en place le scénario ukrainien, ont obtenu un certain résultat. Mais il ne s’agit que d’un résultat temporaire. L’objectif principal de l’Amérique, c’est de déclencher un conflit armé entre l’Ukraine et la Russie, et ensuite d’y intégrer l’OTAN. Les États-Unis ont besoin d’une guerre. Mais ils ne l’ont pas encore obtenue. Ils y ont investi des moyens financiers, impliqué des forces politiques, créé des conditions particulières, mais pour l’heure, tout cela ne s’est pas avéré suffisant. Et bien, ils vont s’efforcer de maintenir en Ukraine cette situation instable et convaincront Porochenko de recourir à des provocations. Nous constatons que le pilonnage des villes du Donbass se poursuit et que l’organisation des forces ukrainiennes s’intensifie. Cela signifie que les États-Unis continuent leurs opérations en Ukraine.

Précisément au détriment de l’Ukraine.

Précisément au détriment de l’Ukraine, les États-Unis ont forcé les Européens à s’intégrer dans leur politique et les ont ainsi privés de leur autonomie. Nous avons pu lors du dernier sommet du G7 constater l’obéissance à l’unisson des Européens vis-à-vis des États-Unis. Seul le Premier Ministre du Japon Shinzo Abe a tempéré quelque peu cette attitude. Les Américains continueront dès lors à avancer dans la direction qu’ils ont tracée, intensifiant les préparatifs guerriers. C’est ce que nous observons en fait déjà aujourd’hui.

Faire main basse sur l’économie de l’Europe

Contrairement aux prévisions de certains de nos politologues, dans sa confrontation avec les États-Unis, la Russie n’est pas parvenue à attirer l’Europe à ses côtés. Bien sûr, lorsque les Polonais et les Baltes se sont unis à l’Union Européenne, ils se sont activés intensivement en faveur de l’OTAN… Mais même sans les Polonais et les Baltes, on voit la déférence obséquieuse de Madame Merkel à l’égard d’Obama ; ils parlent de solidarité, etc. L’objectif principal des Américains en Europe, c’est de faire entrer les Européens dans un espace économique transatlantique. Mais fondamentalement, il s’agit de faire main basse sur l’économie de l’Union européenne. C’est pourquoi ils vont mettre la pression sur les Européens, et à travers les Européens, sur l’Ukraine, et ainsi, sur nous. Et évidemment, tous ces préparatif guerriers sont préoccupants…

Menacer sérieusement le territoire des États-Unis !

Observez la forme en fer à cheval du théâtre des exercices militaires !… Ils se sont déroulés en Géorgie, ils sont programmés en Ukraine, ils ont lieu en Europe ; des exercices militaires aériens à notre frontière Nord-Ouest… Et ils ne font qu’intensifier leur préparation. Les Américains essaient de déclencher une guerre en Europe. Cette guerre ne prendra pas une dimension mondiale. Elle se limitera à une confrontation entre l’Europe et la Russie. Cela signifie que le sang coulera. Et que l’Europe s’éloignera pour longtemps de la Russie. Les États-Unis craignent tout rapprochement de la Russie vers l’Europe, et de l’Europe vers la Russie. Il ne nous sera possible d’arrêter ce processus de course aux armements, ce processus de préparation à la guerre, que pour autant que nous menacions sérieusement le territoire des États-Unis. Il ne suffit pas de miser simplement sur notre armement nucléaire, sur nos missiles balistiques.

L’armement nucléaire, il ne faut même pas y penser.

Il est un fait que l’armement nucléaire exerce un pouvoir de dissuasion sur l’armement nucléaire d’en face. Une provocation sera mise en scène, éventuellement en Transnistrie, au moyen de tirs d’armement conventionnel. C’est pourquoi, armement nucléaire, il ne faut même pas y penser. Dès lors, il est indispensable de concentrer un armement de haute technologie à proximité du territoire des États-Unis, afin de leur faire sentir que la guerre arrive aussi directement chez eux et ne se limite pas seulement à l’Europe.

Donetsk et Lougansk rêvent de se coller à la Russie.

Les déclarations de certains de nos commentateurs, selon lesquelles nous devrions avancer jusqu’à Kiev ne sont que pure folie. Donetsk et Lougansk rêvent de devenir indépendants, de se coller à la Russie et de relever leur économie, de restaurer une vie normale. Dans une certaine mesure, c’est également ce dont rêve aussi la Russie et ceux qui la dirigent. Mais il est vrai que si d’un côté nous disons qu’un coup d’État fasciste a eu lieu Ukraine, d’un autre côté nous avons admis le résultat de leurs élections présidentielles… Mais voilà, la Russie n’est pas encore suffisamment forte pour à nouveau faire montre de l’esprit de suite dont elle a fait preuve en Crimée.

La guerre n’attendra pas que nous devenions forts

avant d’éclater.

La stratégie des États-Unis vise à empêcher l’émergence d’un monde multipolaire. Concrètement, en février de cette année, les États-Unis ont arrêté leur stratégie de sécurité nationale, dans laquelle il est clairement souligné qu’aucun monde multipolaire ne verra le jour. Il y est également déclaré que les États-Unis occuperont une position de force telle qu’ils seront en mesure de défendre leurs intérêts à n’importe quel endroit de la planète. Ils clament ainsi que la planète entière constitue leur espace vital et ils affirment qu’ils agiront en position de force. Par ailleurs, quasiment en permanence ils identifient un ennemi extérieur, soit le communisme, soit le terrorisme islamiste, … Aujourd’hui, dans le cadre de cette stratégie, il est clairement établi que la menace principale pour les Américains et pour l’humanité entière, c’est la Russie. Ils commencent par concentrer des forces armées contre nous, et ensuite, tout le reste suit. C’est pourquoi il convient de prendre cela très au sérieux. La guerre n’attendra pas que nous devenions forts avant d’éclater. Il faut comprendre cela très clairement.

Aujourd’hui, la Russie n’a pas les moyens de démolir le dollar.

La Russie n’est pas encore tout à fait prête à tenir tête aux États-Unis, disons, à démolir le dollar. Notre système financier est intimement lié au dollar. Si le dollar saute, toute notre économie saute. Aujourd’hui, la Russie n’a pas les moyens de démolir le dollar. Nous pourrons le faire plus tard, avec la Chine et le groupe des pays du BRICS, etc. Mais aujourd’hui, démolir le dollar équivaudrait à démolir notre économie, tellement nous sommes noués à lui…

Construire un nouveau système financier mondial.

Le futur, cela signifie l’Union Eurasienne, l’Organisation de Shanghai et le groupe des pays du BRICS. Et un tel futur, les États-Unis veulent à tout prix l’empêcher. Il y a l’économie, il y a une certaine politique. Mais en parallèle se construit un nouveau système financier mondial. Et lorsqu’il sera construit, alors, nous pourrons sortir du dollar. De nos jours, le Chinois sont ligotés par le dollar, nous y sommes intimement liés, et les autres pays du BRICS également…

La banque et les fonds des pays du BRICS se structurent.

Je pense que cinq ou six ans sont encore nécessaires pour que le nouveau système puisse commencer à fonctionner. On évoque déjà une union monétaire dans le cadre de l’Union eurasienne. La Chine a créé pour la région Asie-Pacifique, et en fait pour les pays de l’Organisation de Coopération de Shanghai, la Banque Asiatique pour les Investissements d’Infrastructure. Cela signifie que la banque et le fonds du groupe des pays du BRICS ont commencé à se structurer, mais les mécanismes demeurent encore insuffisants. C’est pourquoi je considère qu’il faut encore cinq ou six ans pour valider le système et le lancer.

Une guerre de civilisation.

Certains politologues affirment que le crépuscule des États-Unis commence en Ukraine. Je ne suis pas d’accord avec cette affirmation. L’Ukraine n’est qu’un épisode dans la stratégie américaine. Nous voyons parfaitement que tout ce qui se déroule en Ukraine, et d’ailleurs dans l’espace européen, c’est un processus semblable à ce qui se produit en Afrique du Nord. C’est une guerre de civilisation. Les Américains considèrent qu’il faut détruire la civilisation islamique, et ils ont pour cela recours à la force des musulmans les plus fanatiques. Sur notre continent, il s veulent détruire la civilisation orthodoxe-slave et arranger l’Europe de façon telle qu’elle devienne encore plus dépendante des États-Unis.

Et si l’EI menaçait réellement les Américains…

On entend que « L’État islamique » menacerait les États-Unis d’attentats terroristes semblables à ceux du 11 septembre. Vous savez, si l’EI menaçait réellement les Américains, ceux-ci auraient depuis longtemps déployé la machine de l’OTAN à laquelle se seraient joints l’Arabie Saoudite et les Pays du Golfe. Et ils auraient vraisemblablement aussi invité la Russie, la Chine et l’Inde à les rejoindre. Et la menace aurait été écrasée depuis longtemps. L’EI est encore loin d’avoir dévasté tout l’Orient arabe, et il n’a pas provoqué de guerre avec l’Iran. Il n’a pas encore frappé l’Europe de façon significative, ni l’Asie Centrale. Il y a là-dedans toute une série de questions en suspens. C’est pourquoi, là-bas, les Américains font semblant de combattre, de porter des frappes ciblées, etc. Mais tout cela n’est que cataplasme sur une jambe de bois.

Cela dépend de la position de la Russie.

Le développement de la situation internationale dépend largement, aujourd’hui, de la position de la Russie. Le plus terrible pour les États-Unis et l’Europe, ce serait que la Russie se détourne d’eux et les regarde comme des entités de second rang. Oh, vous savez, pour nous l’Europe, les États-Unis, ce n’est pas très important… Et nous devons pour cela continuer à œuvrer sérieusement dans le cadre du format qui a été établi : l’Union eurasienne, l’OCS, le BRICS, et nous devrions rejoindre les pays de l’ASEAN. Maintenant, nous avons entamé une coopération favorable avec l’Égypte, et que Dieu le veuille, la Syrie tient le coup…

Nos haut-fonctionnaires et nos hommes d’affaires

sont très liés à l’Occident.

Malheureusement, nos haut-fonctionnaire et tout leur appareil, et notre monde des affaires sont encore très liés à l’Occident. Cela constitue incontestablement un frein. Là-bas, en Occident, ils défendent leurs capitaux et lancent leurs opérations financières à partir de New-York. Cela pose un problème. Bien sûr, les autorités du pays en sont conscientes, mais tôt ou tard, il faudra développer tout ce qui a été entamé et, en fait, se détacher des États-Unis.

Les Rothschild et les autres oligarques.

Si l’Ukraine venait à se trouver en état de défaut de paiement, ce serait de nouveau l’œuvre des États-Unis. Le but étant alors de pouvoir tout acquérir à bon marché. Les Rothschild se sont déjà rendus sur place, de même que d’autres oligarques qui veulent acheter à bon marché ; les ports, les grandes entreprises… Quand cela aura eu lieu, l’Ukraine ne pourra tout simplement plus se défaire de l’étreinte américaine.

Il faut fonder l’avenir.

En ce qui concerne l’Ukraine et la Russie, il ne me semble pas correct de diffuser chaque jour ces émissions télévisées. On n’y construit rien. On accuse l’un d’être très stupide et l’autre d’être nuisible. Il faut plutôt se mettre à travailler avec force, mais discrètement, pas sur la place publique. Il faut fonder l’avenir plutôt que vivre seulement dans le passé et le présent.

Léonid Ivachov.

19 juin 2015

Sources :

http://www.gazeta.kg/25121-news.html

Russie Sujet Géopolitique

Partager cet article

Repost 0

CUBA, IRAN : Y A-T-IL UNE DOCTRINE OBAMA ?

Publié le par Mahi Ahmed

CUBA, IRAN : Y A-T-IL UNE DOCTRINE OBAMA ?

Pierre Guerlain

Professeur de civilisation américaine, université Paris-Ouest Nanterre

Les annonces médiatiques suite au rapprochement entre Cuba et les États-Unis puis à l’annonce d’un accord possible à Lausanne entre l’Iran et le groupe dit 5 + 1 sur le nucléaire iranien ont, à juste titre, conduit beaucoup d’observateurs à faire des commentaires positifs sur la nouvelle orientation de la politique étrangère américaine. Tout le monde n’est pas d’accord avec cette appréhension, les Républicains américains les plus réactionnaires et les plus conservateurs dans la classe politique iranienne ne voient pas l’annonce d’un accord d’un très bon œil. Israël veut le faire capoter mais la réaction médiatique et politique dominante a quand même été positive. De la gauche radicale aux libéraux américains, tout le monde note avec satisfaction que la diplomatie a pris la place de la guerre ou d’un conflit larvé. Il faut donc saluer ce choix de l’Administration Obama qui a su se départir des préférences guerrières affichées sur sa droite et, apparemment, mettre fin à cinquante ans de « guerre froide tropicale » à Cuba et de conflits stériles et dangereux avec Téhéran.

Une nouvelle doctrine ? …

Peu de temps après ces décisions, le 5 avril 2015, Obama a donné un entretien au journaliste vedette du New York Times, Thomas Friedman, qui émet l’hypothèse qu’Obama a maintenant défini sa doctrine. Il y aurait donc une « doctrine Obama » comme il y avait eu dans le passé une doctrine Truman ou une doctrine Nixon et une doctrine Bush. Chaque président aurait ainsi sa doctrine, qui dans certains cas serait définie surtout par d’autres. La doctrine Truman était surtout celle de Kennan et celle de George W Bush fut composée, en partie, par les néo-conservateurs et Richard Cheney le vice-président activiste. L’utilisation du mot doctrine masque cependant les lignes de continuité entre les présidences et les adaptations conjoncturelles qui ne représentent pas de changement d’orientation fondamental.

Sur Cuba, Obama a déclaré au New York Times que ce tout petit pays ne représentait aucune menace pour les États-Unis qui, de toute façon, gardaient leur puissance d’intervention dans les cas de conflit. L’Iran, a déclaré le Président, bien que plus grand ne dépense que 30 milliards de dollars pour sa défense alors que les États-Unis ont un budget militaire de 600 milliards de dollars. Donc l’Iran sait bien qu’il ne peut attaquer les États-Unis. Ces considérations réalistes sont fort justes et le budget de la défense américain dépasse du reste la somme indiquée par Obama car il est en partie disséminé dans des postes autres que militaires.

On pourrait donc se dire qu’il était grand temps pour les États-Unis de se rendre compte que de petits pays peu impressionnants sur le plan militaire ne menaçaient pas les intérêts fondamentaux des États-Unis. Obama n’abandonne pas tout à fait la rhétorique de la lutte anti-terroriste puisqu’il indique que l’Iran a soutenu des activités terroristes qui ont conduit à la mort de citoyens américains. Il ne mentionne pas, bien évidemment, les activités terroristes en Iran (sabotage informatique par le virus stuxnet, par exemple et assassinats de scientifiques iraniens probablement exécutés par le groupe MEK, Mujaheddin-e-Khalq et commandités par Israël avec coopération américaine). Il n’évoque pas non plus les années de terrorisme anti-Cuba avec tentatives d’assassinat de Fidel Castro pendant de très nombreuses années.

Dans les deux cas de Cuba et de l’Iran, le président américain évoque le terrorisme et les violations des droits humains en laissant entendre que les États-Unis seraient exempts d’activités terroristes et irréprochables sur ce plan. S’il est indéniable que la liberté d’expression n’est pas assurée pleinement à Cuba et en Iran et que les opposants politiques risquent l’emprisonnement, il n’en reste pas moins que les États-Unis ne sont pas un modèle de respect des droits humains, tant sur le plan intérieur (assassinats par la police d’hommes noirs sans sanctions judiciaire, par exemple) que sur le plan international (utilisation de drones pour tuer sans jugement, interventions militaires hors cadre légal comme en Irak ou au Kosovo, soutien aux pays comme l’Arabie saoudite ou Israël qui interviennent militairement sans passer par l’ONU).

… ou une inflexion adaptative ?

La nouvelle orientation américaine ne rompt pas avec la rhétorique passée mais Obama a pris la mesure de la faiblesse des deux pays avec lesquels il veut rétablir des relations normales entre États. En effet, contrairement à ce qu’affirment dans la plus totale mauvaise foi ses contradicteurs réactionnaires aux États-Unis, la nouvelle approche américaine ne fait que traduire un rapport de forces. Cuba qui n’a jamais été un danger militaire représentait ce que l’historien américain Arthur Schlesinger avait appelé le « danger d’un bon exemple », c’est à dire que Cuba pourrait donner des idées subversives à tout le reste de l’Amérique latine en matière de redistribution des terres. Cuba n’a plus cette fonction de modèle et ne jouit plus d’un grand prestige en Amérique latine ; sa valeur d’exemple a disparu, en partie à cause des violations des droits humains et en partie à cause de ses échecs économiques. La réconciliation est donc pensable et le monde des affaires américains y est favorable car Cuba représente un marché potentiel. La fin du régime des frères Castro conduira probablement à un retour de Cuba dans l’orbite américaine. Du reste, les anti-castristes de Floride ne sont plus majoritaires chez les Cubano-Américains de Floride.

Alors que les États-Unis se rapprochent de Cuba, ils se font de plus en plus critiques du Venezuela. Là encore l’argument des droits humains est central mais évidemment problématique car si la situation à Caracas n’est pas satisfaisante, elle n’est probablement pas plus grave qu’à Ryad ; cependant les États-Unis ne songent pas à mettre des dirigeants saoudiens sur une liste noire pour leur interdire de voyager à l’étranger. Les États-Unis de Bush avaient soutenu le coup d’État contre le Venezuela en 2002 mais font aujourd’hui la leçon à un régime qui est certes loin d’être parfait. L’argument des droits humains, recevable en lui-même s’il est utilisé pour tous les violateurs du droit, devient problématique et idéologique, si son utilisation est à géométrie variable ou s’il est utilisé par un violateur du droit.

Les États-Unis ont soutenu l’intervention saoudienne à Bahreïn en 2011 qui a mis fin à une manifestation du « printemps arabe » dans un pays chiite et soutiennent l’intervention actuelle au Yémen qui n’est pas plus légale que la précédente. Lorsqu’une intervention américaine n’est pas légale les médias occidentaux la qualifient de « légitime » comme au Kosovo. Lorsqu’un pays comme la Russie intervient de façon illégale comme en Crimée, l’illégalité n’est pas redéfinie en légitimité, au contraire elle est comparée aux interventions illégales et meurtrières d’Hitler. Les États, tous les États, sont des « monstres froids » (De Gaulle) donc les violations de l’autre servent ma propagande tandis que mes violations sont passées sous silence ou redéfinies.

Obama négocie avec l’Iran, ce dont il faut se féliciter et espérer qu’Israël ne réussira pas à faire dérailler le processus pacificateur actuel, mais il s’oppose à ce pays sur certains terrains. Lorsque les États-Unis soutenaient Saddam Hussein l’agresseur dans la guerre contre l’Iran, le Président Reagan avait quand même livré des armes à Téhéran pour financer les contras au Nicaragua (scandale dit Iran-contra, 1986). Nixon en guerre au Viêt-Nam s’était rapproché de Pékin qui était l’allié d’Hanoi. C’est là l’ordinaire des relations internationales. La France vend des armes à l’Arabie saoudite qui finance des groupes en lutte contre elle ou qui sont opposés à la liberté d’expression tant vantée en France depuis les terribles attentats de janvier.

La doctrine Obama n’est donc que la poursuite du réalisme cynique théorisé par George Kennan dans les années 1940. Les principes n’ont pas beaucoup évolué même si les pays concernés sont différents. Kennan était prêt à laisser le communisme gagner en Chine et en Inde si les États-Unis contrôlaient le Japon et les Philippines. Obama peut se rapprocher d’un Cuba en perte de vitesse et promis à une américanisation par le commerce et s’entendre avec l’Iran pour que ce pays renonce à l’arme nucléaire sans pour autant changer fondamentalement son système d’alliances dans la région.

Dans son interview du 5 avril Obama s’emploie d’ailleurs surtout à rassurer Israël, mentionné 43 fois, soit une fois par minute, et à garantir le soutien total des États-Unis. La bisbille entre lui et Netanyahou ne change rien aux lignes de force de la politique étrangère américaine. Obama réaffirme aussi son soutien aux alliés sunnites des États-Unis. Il assume, de façon plus brillante et intelligente que d’autres, le pragmatisme cynique qui structure la politique étrangère américaine comme celle des autres « monstres froids ». Avec Obama, les États-Unis gèrent leur hégémonie avec les cartes qu’ils ont en main dans un contexte de compétition avec la Chine et de relance du conflit avec la Russie.

Droit international||Etats-Unis||Relations internationales

Partager cet article

Repost 0

Kamel Jendoubi : Pour un nouveau compromis historique autour de l’Etat

Publié le par Mahi Ahmed

Kamel Jendoubi : Pour un nouveau compromis historique autour de l’Etat

«Tiraillée entre les deux tropismes du besoin de social et d’égalité et du besoin d’État et de sécurité, la Tunisie fait face à l’enjeu politique majeur d’articuler ces deux exigences et de faire en sorte qu’ils deviennent complémentaires au lieu de se télescoper ». Ce constat établi par Kamel Jendoubi, Ministre auprès du chef du gouvernement, chargé des Relations avec les instances constitutionnelles et la Société civile, n’a pas manqué d’interpeller les participants au panel intitulé : "Il n’y a pas de démocratie sans Intégrité de l’Etat", dans le cadre des Journées de Tunis, organisées lundi et mardi derniers à Tunis.

« En ce moment précis, ajoute-t-il, il s’agit de mener de front deux combats, celui militaire contre le jihadisme et ses cinquièmes colonnes « civiles » (les fausses associations de charité) et le combat politique contre le populisme et ses bras séculiers (LPR, etc.). Ces deux combats ne peuvent pas être menés sans un rapport de confiance entre l’État et les citoyens. Cette confiance suppose un État intègre dans le double sens que j’ai essayé d’évoquer. Ce double combat doit préluder et s’inscrire dans une perspective plus longue : la mise en place d’un nouveau compromis historique à établir entre toutes les composantes de la scène démocratique : les partis qui acceptent la règle du jeu démocratique, l’Ugtt et la société civile afin de réduire les tentations régionalistes et les ferments de sécession aux frontières.

Avec William Bourdon, Habib Kazdaghli, Farah Hached et Plantu, les panélistes devaient aborder, lors de ce débat modéré par Céline Lussato, de l’Obs, les différents contours d’un Etat intègre. Kamel Jendoubi y apportera une contribution instructive. Texte intégral:

Démocratie et intégrité de l'Etat

Intégrité : appliqué à l’État, ce mot est polysémique. Je vais essayer d’évoquer les deux sens qu’il m’inspire et qui sont à mon avis indissociables.

Bien sûr, ma fonction et la jeune expérience qui est la mienne me serviront de références.

Le propre d’une démocratie, c’est la souveraineté de tout le peuple, sans distinction, c’est-à-dire une élection loyale qui permet de faire le choix entre divers projets et ouverte à tous.

Que deviendrait cette démocratie si, une fois passé le vote, l’Etat n’est pas intègre, c’est-à-dire corrompu, clientéliste, ne respectant pas la minorité, sans indépendance du judicaire, etc.

Cela signifierait que la vie quotidienne serait celle du plus fort, du mieux placé, du majoritaire, du mieux né…

En clair, que le fonctionnement même d’une démocratie, un gouvernement élu par le peuple, serait remplacé par une forme de jungle. Le pire c’est que ce serait au nom d’élections démocratiques !

Ceci voudrait dire que ce que le peuple a décidé à travers l’élection n’aurait aucun sens, qu’il voterait pour rien.

Ceci voudrait dire que non seulement la souveraineté populaire serait ignorée mais que la confiance dans le fonctionnement et les règles de la démocratie disparaîtrait.

C’est dès lors ruiner l’idée même de la démocratie et ouvrir la voie à toutes les dérives

Sans élections, il n’y a pas de démocratie, sans bonne gouvernance, il n’y a plus de démocratie.

I - Représentations de l’Etat

On sait depuis Machiavel que l’État est le détenteur de la souveraineté, c’est-à-dire de la puissance suprême ; depuis Ibn Khaldoun que l’intérêt du souverain ne coïncide pas toujours avec l’intérêt général et que l’État est un devenir historique ; on a dit que l’État « est le plus froid de tous les monstres froids » (Nietzsche) ; qu’il est « le détenteur du monopole de la violence légitime » (Max Weber).

Il s’agit, en règle générale, des fonctions « négatives » de l’État, comme organisateur de la contrainte, de la domination, pour ordonner le social.

Mais l’État peut être aussi producteur du social et acteur de la démocratie

Dans une leçon célèbre en 1976 au Collège de France, Michel Foucault a lancé un véritable mot d’ordre : « Il faut défendre la société ». Contre l’État et sa propension au contrôle social.

En 2013, un philosophe tunisien, grand lecteur de Foucault, écrira un plaidoyer au titre provocateur : « Il faut défendre l’État » .

La Tunisie est aujourd’hui tiraillée entre ces deux tropismes :

  • besoin de social et d’égalité et
  • besoin d’État et de sécurité

L’enjeu politique majeur aujourd’hui est d’articuler ces deux exigences et de faire en sorte qu’ils deviennent complémentaires au lieu de se télescoper.

II - Renforcer l’Etat territorial

L’État territorial tunisien passe par une zone de turbulences liée à la conjonction d’une situation économique minée par la contrebande aux frontières et d’une situation géopolitique périlleuse. Mais le fait territorial tunisien est ancien et il faut s’appuyer sur ce patrimoine pour réhabiliter l’intégrité territoriale interne

L’œuvre bourguibienne d’unification est une réussite si on se réfère au maillage administratif et surtout à l’œuvre scolaire. Elle est demeurée précaire en régions ajoutant au déséquilibre « nord-sud », un déséquilibre « Sahel-intérieur » (Amor Belhedi).

Cette précarité, longtemps refoulée par l’exercice autoritaire du pouvoir, est apparue au grand jour avec l’affaissement de l’État consécutif aux soulèvements de 2010-2011.

Lorsque le Sud tunisien entre en « quasi dissidence », et au-delà de l’interférence des apprentis sorciers du populisme, il ne faut pas perdre de vue les mémoires blessées. Ces mémoires qui remontent bien plus loin que les choix régionalistes de la prime indépendance et l’option catastrophique pour les « Pôles de développement » au cours des années 1960.

Aujourd’hui :

Il importe d’affirmer une volonté concrète d’inverser la tendance du déséquilibre régional et de combattre les tentations centrifuges afin de réaffirmer le contrôle par l’État de l’intégralité du territoire.

  • Des mesures fortes : entamer des travaux d’infrastructure et créer de nouveaux services publics dans des régions oubliées comme El Faouar
  • Se doter d’une politique de lutte contre la contrebande alliant répression et reconversion assistée.
  • Ne pas sacrifier à la démagogie de la décentralisation tous azimuts mais équilibrer les prérogatives locales et l’unité nationale (s’agissant de la loi sur les collectivités territoriales).

III - Retisser le lien social

La fracture territoriale est une fracture sociale. C’est du moins principalement sous cette forme que s’expriment les frustrations sociales ces derniers temps.

Depuis l’indépendance, les mouvements sociaux se sont exprimés principalement sur le terrain syndical, étudiant, jamais comme une dissidence régionaliste…

Le fait est que l’État social de l’indépendance était intégrateur :

  • Un État-instituteur : la réforme Messaadi a initié l’unification et la généralisation de l’enseignement
  • Un État-providence : la protection sociale et l’essaimage du planning familial sur toute la République
  • L’unification de la justice et le recyclage des zeitouniens dans la hiérarchie judiciaire et l’enseignement
  • Le modèle matrimonial du CSP, malgré les contestations initiales d’une partie des oulémas, a assez rapidement constitué un modèle non seulement matrimonial mais aussi un facteur d’intégration sociale et territoriale.
  • Le syndicalisme avec et contre le parti unique a assuré une fonction tribunitienne et constitué un maillage qui a contribué à l’intégration des nouvelles couches moyennes dans tout le pays.

Autant de facteurs de socialisation et de nationalisation de la société postcoloniale.

Les années Ben Ali ont constitué une période de délitement et de « détricotage » du lien social :

  • La prédation et la corruption institutionnalisée
  • La paupérisation des classes moyennes
  • La contrebande débridée

Résultat : à la veille de la Révolution, l’État social était délabré, à l’état résiduel…

Aujourd’hui

Après la Révolution, l’emballement des impatiences sociales va déborder ce qui reste d’autorité étatique. L’Ugtt fera semblant de canaliser des mouvements qui échappent à son contrôle.

La fracture morale et politique entre le Nord et le Sud met l’unité du pays en péril et affaiblit ses capacités de résistance aux incursions et coups de main jihadistes/terroristes.

  • Un nouveau compromis historique doit être établi entre toutes les composantes de la scène démocratique : les partis qui acceptent la règle du jeu démocratique, l’Ugtt et la société civile afin de réduire les tentations régionalistes et les ferments de sécession aux frontières.
  • S’il faut dialoguer avec les acteurs des mouvements sociaux, il faut isoler les fauteurs de dissidences populistes.
  • La « méthode » : articuler les réformes sociales progressives, la lutte contre la corruption et la négociation avec tous les acteurs.

IV. Une démocratie forte

Non pas un État fort : le syntagme a une connotation autoritaire, mais une démocratie solide, un État tranquille adossés à une légitimité forte.

Renforcer l’unité territoriale et retisser le lien social doivent être envisagés de concert comme une seule et même tâche.

Cela suppose :

  1. Un État de droit
    • Qui respecte les normes qu’il s’est données et leur hiérarchie
    • Qui respecte l’indépendance de la justice, critère essentiel de l’État de droit
    • Qui traite les citoyens en contribuables, en justiciables mais avant tout en créanciers de droits politiques et non plus comme les citoyens obligés de la bienfaisance de l’État. C’est dire que la transition démocratique doit être menée à terme : sans parenthèse, ni lois d’exception.
  2. Un État doté des moyens humains et logistiques lui permettant d’exercer seul la force légitime
    • La notion de police républicaine doit à cet égard entrer dans les mœurs.
    • La représentation syndicale ne suffit pas pour combattre la tentation alternée du laxisme ou de la revanche chez un corps meurtri par des mois d’insurrections.
    • Inventer une nouvelle police est un processus de longue haleine. La politique des épurations ou des corps parallèles conduit à la guerre des polices et à la paralysie du service public de sécurité dont le rôle est primordial dans le contexte actuel.
    • La grande muette a failli sortir de ses gonds durant le mandat présidentiel provisoire. Cette dérive a heureusement été stoppée. L’État doit aujourd’hui de se doter des moyens d’une défense nationale digne de ce nom, surtout aux frontières.
  3. Un État intègre
    • Le droit et la force ne suffisent pas. Il faut également une éthique de l’État.
    • Le train de vie de l’État d’abord. Les dépenses somptuaires et ostentatoires sont les marques des républiques bananières et non les signes de l’autorité comme on le dit parfois.
    • La transparence de la décision, pour ne pas être un slogan, doit être institutionnalisée. Les structures existantes (comme la Cour des comptes) doivent être totalement indépendantes. Ce n’est pas toujours le cas (je suis bien placé pour le savoir)
    • Ben Ali nous a légué une administration et une société gangrénées par la corruption. La première tâche pour moraliser l’État est de rompre les rapports incestueux entre les milieux d’affaires corrompus et l’administration.

En conclusion

En ce moment précis, il s’agit de mener de front deux combats

  • Le combat (militaire) contre le jihadisme et ses cinquièmes colonnes « civiles » (les fausses associations de charité)
  • Le combat (politique) contre le populisme et ses bras séculiers (LPR, etc.)

Ces deux combats ne peuvent pas être menés sans un rapport de confiance entre l’État et les citoyens. Cette confiance suppose un État intègre dans le double sens que j’ai essayé d’évoquer

Ce double combat doit préluder et s’inscrire dans une perspective plus longue : la mise en place du compromis historique susmentionné.

Cela ne veut pas dire une pause dans les débats d’idées ou de la compétition politique pacifique entre tous les acteurs.

La démocratie, c’est aussi l’organisation pacifique du conflit.

Kamel Jendoub

Ministre auprès du chef du gouvernement,

chargé des Relations avec les instances constitutionnelles

et la Société civile

Lire aussi

Kamel Jendoubi: Démocratie et intégrité de l'Etat

Publié dans Tunisie actuelle

Partager cet article

Repost 0

1 2 > >>