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Derkaoui Boumédienne : ‪ "Le protectionisme a permis un bond de l'industrie pharmaceutique en Algérie"‬

Publié le par Mahi Ahmed

Publié dans Economie et société

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Entre «fécondité politique» et résistance au wahhabisme

Publié le par Mahi Ahmed

Entre «fécondité politique» et résistance au wahhabisme

Une lecture de la transition démographique dans le monde arabe

Entre «fécondité politique» et résistance au wahhabisme

le 08.03.17 |

 

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La révolution démographique a entraîné une forte portée dans la sphère sociale et politique.

Youssef Courbage, démographe libanais, directeur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED, Paris), était attendu, ce samedi, au Palais de la culture, pour donner une conférence sur les «Contre-transitions démographiques dans le Monde arabe», dans le cadre d’un colloque organisé par l’association Les Amis de Abdelhamid Benzine sur le thème «Démographie et Développement». Sa demande de visa ayant essuyé un refus aussi inexplicable que scandaleux – comme nous le rapportions dans notre édition de lundi –, il n’a pas pu participer «physiquement» à cette rencontre. Et c’est Fatma Oussedik, conceptrice du volet scientifique du colloque, qui s’est chargée de présenter sa communication.

Fatma Oussedik souligne d’emblée que Youssef Courbage se rendait compte, à la faveur de ses enquêtes de terrain, que «la natalité retourne à la hausse» dans la majorité des pays arabes, et que «la transition démographique attendue n’était pas complètement réalisée». S’agissant de la reprise de la natalité en Algérie qui a été constatée à partir du début des années 2000, donc au sortir de la «décennie noire», elle précise : «Nous étions quelques sociologues à dire qu’il ne fallait pas crier tout de suite à la transition, que l’Algérie passait, surtout dans ces années-là (les années 1990, ndlr), par des moments très difficiles qui pouvaient expliquer que le rapport à l’instinct de vie, à la procréation, soit atteint dans toutes les populations qui étaient surtout occupées à survivre, considérant les violences qu’elles subissaient.»

Selon la définition de l’INED, «la transition démographique désigne le passage d’un régime traditionnel où la fécondité et la mortalité sont élevées et s’équilibrent à peu près, à un régime où la natalité et la mortalité sont faibles et s’équilibrent également».

Si Courbage parle de «contre-transition», c’est qu’il y a eu une séquence dans l’histoire contemporaine des sociétés arabes où, à des degrés et des rythmes différenciés, il y a eu un recul de la fécondité, voire un contrôle assumé des naissances. Le chercheur considère qu’il y avait matière à y voir «des raisons d’optimisme» en relevant une «rapidité de la transition démographique dans la région arabe».

Transition démographique et transition démocratique

Explorant le lien entre transition démographique et transition démocratique, il note que nombre d’observateurs «mettaient en corrélation» la première avec les «effets favorables» de la seconde. «On a beaucoup lié les ‘‘révolutions arabes’’ à la transition démographique. Il y aurait ainsi, comme effet de la transition démocratique, des relations plus égalitaires dans les familles, des marchés d’emploi qui, du fait de la baisse des natalités, n’avaient plus le couteau sur la gorge, et une nouvelle structure d’âge qui favoriserait le développement économique, l’accroissement de l’épargne national et l’investissement», écrit Courbage.

Parmi les autres effets de cette corrélation heureuse, «une réduction des disparités de revenus, une répartition plus équilibrée du savoir et un essor des classes moyennes». Lequel essor «favoriserait le pluralisme politique». Une lecture qui le conduit à émettre cette hypothèse : «Il n’était donc pas exagéré de penser que la transition démographique mènerait à une transition démocratique politique.»

Fatma Oussedik saisit la perche au vol en suggérant : «Là, je voudrais bien qu’on ait un débat, une réflexion, sur le sort des classes moyennes dans nos pays autoritaires.» Une telle réflexion porterait, le cas échéant, tout particulièrement sur «les violences qu’elles subissent et leur disparition quasi-programmée à chaque fois que ces pays parviennent à produire de la classe moyenne, c’est-à-dire des catégories susceptibles d’avoir, en plus de l’amélioration de leurs conditions de savoir et de revenus, des revendications citoyennes», postule-t-elle.

2400 habitants au kilomètre carré en égypte

L’auteur de Le Rendez-vous des civilisations (avec Emmanuel Todd, Seuil, 2007) s’interroge ensuite : «Et maintenant, où va-t-on ? Le Printemps arabe ou l’hiver islamiste ?», tout en se demandant si «le message peut rester optimiste». Il évoque aussitôt Gilbert Achcar, intellectuel de gauche libanais et son livre qui annonce de but en blanc la couleur : Symptômes morbides. La rechute du soulèvement arabe (Actes Sud, 2017). Courbage a remarqué que dans les librairies parisiennes, «chez Gilbert ou à la Fnac, 9 livres sur 10 sur le Monde arabe donnent la même vision pessimiste».

Passant en revue les mouvements démographiques au sein du Monde arabe, pays par pays, il attaque par le cas égyptien avec ce constat sans appel : «On assiste en Egypte à une contre-transition démographique avérée.» Et ce n’est pas faute d’avoir essayé. «Depuis plus de 100 ans, l’Egypte s’efforce de faire baisser la fécondité.

Cette fécondité a décru, donc, dans ce moment optimiste, jusqu’en 2005. Mais contrairement aux expectatives, elle augmente à nouveau», souligne le démographe. L’indice de fécondité au pays d’Oum Kalthoum était de 3,4 enfants par femme en âge de procréer, en moyenne, en 2015. Avec une population qui avoisine les 100 millions d’habitants, «l’Egypte utile, précise-t-il, c’est 40 000 km2, et une densité irrespirable de 2400 habitants au kilomètre carré».

Reprise de la natalité en Tunisie

Présentée comme le modèle à suivre, la Tunisie, tempère-t-il, ne fait pas tellement exception. Notre voisin de l’Est «présente en réalité des tendances déconcertantes qui ne sont pas lisibles (…) alors qu’on crie à la jonction entre transition démographique et transition démocratique dans le cas de la Tunisie». Dans une récente interview accordée à La Tribune de Genève (édition du 6 novembre 2015), Courbage déclare : «Mon explication est que la Tunisie a avancé de manière très brutale. La baisse de la natalité a été foudroyante : on est passé de plus de 7 enfants par femme dans les années 1960 à moins de 2 en l’an 2000, soit comme la France et un peu plus que la Suisse. Dans ce contexte, il se peut qu’il y ait eu une réaction du type : ‘‘ça suffit’’.

Est-ce un retour aux valeurs familialistes traditionnelles ? C’est possible.» A la question de savoir si les islamistes ont pesé dans ce regain de natalité, il répond : «J’exclus la thèse islamiste. J’exclus que l’arrivée au pouvoir d’Ennahdha en Tunisie, de Morsi en Egypte ou du Parti de la justice et du développement au Maroc ait pu influer sur le cours de la démographie. J’en veux pour meilleure preuve le Maroc où, malgré les injonctions du gouvernement, la natalité a continué à baisser.»

Autre aspect important auquel le démographe s’est intéressé : les pays arabes en situation de conflit. Il nous informe à ce propos que «l’Irak est le pays où la fécondité est l’une des plus fortes du Monde arabe avec (un indice de fécondité de) 4,6 en 2011». Concernant la Syrie, «il n’y avait pas de baisse avant la guerre en 2011», dit-il, puis il y a eu une «forte baisse due à la guerre». Pour la Libye, il regrette que ce soit «encore un trou noir». «Rien ne permet d’y déceler les tendances récentes même avant ce qui a été appelé le Printemps arabe.»

Palestine : L’arme démographique

Dans le cas de la Palestine, il observe que «la fécondité est éminemment politique. On fait des enfants pour protéger les frontières et prévenir l’annexion de la Cisjordanie et le grignotage par les colons israéliens, notamment à Jérusalem-Est». A Ghaza, l’indice de fécondité est autour de 4,5.

Dans une interview au Figaro (23 décembre 2016), le chercheur n’hésite pas à parler de «guerre des berceaux» en décryptant la démographie palestinienne : «La population palestinienne, développe-t-il, a récemment amorcé une transition démographique qui lui a permis de passer de 8 enfants par femme en moyenne dans les années 1980, à un peu plus de 4 aujourd’hui.

Cette évolution va se poursuivre, mais elle s’accomplit avec retard et plus lentement que dans les pays arabes les plus avancés (…). Ce décalage peut sembler paradoxal dans la mesure où les femmes palestiniennes bénéficient d’un haut niveau d’éducation, mais s’explique en grande partie par la ‘‘fécondité politique’’, une tendance à faire plus d’enfants qu’en temps de paix, et ce, dans une pulsion nationaliste.

Cette ‘‘guerre des berceaux’’ repose sur l’idée que les Palestiniens, désarmés face à l’occupation et craignant l’expulsion, doivent se multiplier pour occuper au maximum la terre contestée.» Courbage insiste sur le fait que cette «stratégie a réussi aux Palestiniens» tout en signalant une fécondité militante des colons israéliens. «Si l’occupation se poursuit, la forte natalité des colons et l’attractivité de leurs implantations vont entraîner une explosion de la population juive établie en Cisjordanie, qui pourrait atteindre 2 millions d’habitants en 2050», prévoit-il. Concernant la population palestinienne, il assure : «Ce qui est certain, c’est que la population des Territoires palestiniens va doubler pour atteindre 9,5 millions d’ici à 2050.»

Le paradoxe saoudien

Autre pays qui retient particulièrement l’attention : l’Arabie Saoudite. Il faut dire que sa situation démographique est pour le moins paradoxale, à en croire Youssef Courbage. Le régime, dont le socle idéologique est la doctrine wahhabite et sa tendance «hyper-nataliste», peine à mobiliser les femmes saoudiennes dans la «bataille démographique», sachant que le pays compte 31 millions d’habitants dont 5,5 millions d’étrangers, soit 18% de la population.

«La fécondité saoudienne de souche a beaucoup baissé», affirme le chercheur. «C’est un scoop !» s’enthousiasme Fatma Oussedik en commentant ce passage de la conférence envoyée par Youssef Courbage. La sociologue concède, elle aussi, que cette baisse de la natalité est on ne peut plus paradoxale «pour un pays wahhabite, hyper-riche et sous-peuplé». Elle ajoute que le pays est «contraint de faire appel à la force de travail étrangère et il tient un discours hyper-nataliste afin de pouvoir remplacer cette population étrangère par des ‘‘souchiens’’ comme on dit maintenant.

Et donc les ‘‘souchiennes’’ n’obéiraient pas à ces injonctions du politique, ce qui prouve bien que les populations ont quand même leur mot à dire». Youssef Courbage renchérit : «L’Arabie Saoudite a exporté le wahhabisme avec des conséquences démographiques fâcheuses, comme on a pu l’observer en Egypte, alors qu’à l’intérieur du pays, les mœurs sont plus décontractées.» Il propose à l’appui de lire le roman de Raja Al Sanae, Banat er-Riyad (Les filles de Riyad) pour s’en faire une idée.

«Donc les populations changent, y compris dans les pays émetteurs des idéologies les plus rigides». Ce déséquilibre entre nationaux et étrangers est également le lot des Emirats arabes unis qui ne comptent qu’un million d’«autochtones» pour 9 millions d’habitants. Enfin, à retenir que le Liban est «le seul pays arabe au-dessous du seuil de remplacement (évalué à 2,1, ndlr)», avec un indice de fécondité de 1,5 seulement.

Recul problématique de l’emploi féminin

Sinon, pour la majorité des autres pays, Youssef Courbage diagnostique donc une «contre-transition». Pour expliquer ce rebond démographique, il estime que «les raisons sont complexes et enchevêtrées». «Il y a une explication superficielle qui met la contre-transition démographique sur le dos du retour de l’islam.» Il est plus juste, estime-t-il, de parler de retour à un «islam domestique dans la sphère familiale». L’un des facteurs déterminants désignés par Courbage est le recul de l’emploi féminin, comme c’est le cas en Egypte où les femmes, d’après son étude, sont clairement marginalisées dans le marché du travail.

«En Egypte, le taux de participation des femmes à la population active est de 24%», indique-t-il. «En Algérie, il est de 13%», révèle dans la foulée Fatma Oussedik, avant de marteler : «L’emploi des femmes baisse en Algérie et on ne le dit pas assez.» Courbage argue du fait qu’une «naissance additionnelle peut faire perdre son job pour celle qui travaille». Et de s’interroger : «Y aurait-il un retour à la famille patriarcale traditionnelle, des structures sociales rigides, ce qui justifierait au bout du compte des régimes autoritaires ?» «Ces retournements de tendances démographiques (…) ne signifient pas forcément un retour vers la tradition.

Les familles se sont débarrassées du carcan autoritaire, et par voie de conséquence, les régimes politiques ne pourront pas retourner en arrière», rassure-t-il en usant de ce qu’il appelle «l’effet de cliquet». En conclusion, Youssef Courbage résume : «En une courte génération, une série de révolutions culturelles ont eu lieu dans cette région.» A la clé, «une remarquable pénétration des femmes à l’école puis à l’université, amenant la révolution démographique : individuation, contraception, mariage, etc.», énumère-t-il.

«La révolution démographique a entraîné des bouleversements des hiérarchies familiales traditionnelles, et une forte portée dans la sphère sociale et politique. D’où le cycle des Printemps arabes, avec leurs hauts et leurs bas, et les déboires actuels.» Il termine sur ces mots de Gibran Khalil Gibran adressés à May Ziyada : «Pourtant, au cœur de chaque hiver, il y a un printemps frémissant, et derrière le voile de la nuit, une aurore souriante. De là mon désespoir se mue en espérance...» _

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Mustapha Benfodil

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© El Watan

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«Démographie et développement» en débat à l’initiative de l’association les amis de Abdelhamid Benzine

Publié le par Mahi Ahmed

«Démographie et développement» en débat à l’initiative de l’association les amis de Abdelhamid Benzine

Une formidable «progression féconde» post-décennie noire

le 06.03.17 |

Si un homme ne peut nourrir ses enfants, il faut donc qu’ils meurent de faim.

Et s’il se marie malgré la perspective de ne pas pouvoir nourrir les fruits de son union, il est coupable des maux que sa conduite attire sur lui, sur sa femme et sur ses enfants.» Ces mots terribles sont de Thomas Robert Malthus (1766-1834), pasteur anglican doublé d’un économiste ombrageux. Ils sont tirés de son fameux Essai sur le principe de population, annonciateur du «malthusianisme», doctrine pessimiste qui préconise la «restriction démographique» comme on parlerait de «restriction budgétaire».

Par-delà son impact sur le confort des ménages, une natalité dynamique représente-t-elle réellement une «menace» pour la prospérité de la nation et le progrès social ? C’est précisément le sujet d’une journée d’étude intitulée «Démographie et développement» qui s’est tenue ce samedi au palais de la culture à l’initiative de l’Association Les amis de Abdelhamid Benzine, et sous la direction scientifique de la sociologue Fatma Oussedik.

Ce colloque a réuni plusieurs chercheurs qui se sont attelés à disséquer cette thématique à tiroirs. Ainsi, Ahmed Mokaddem, ancien directeur général de l’ONS, Nasreddine Hammouda, statisticien, ou encore le socio-démographe Mustapha Omrane, ont fourni à cette occasion un précieux matériau qui renseigne sur l’évolution de la natalité en Algérie et la «transition démographique» qu’a connue notre pays depuis l’indépendance, tout en confrontant ces données au récit imposé par le discours économique et autres impératifs de «développement humain».

Et pour se faire une idée de l’approche adoptée par nos voisins du continent africain et du monde arabe, deux interventions de qualité étaient également au programme : celle de Felwine Sarr, économiste et écrivain sénégalais, auteur de l’excellent Afrotopia (éd. Philippe Rey, 2016), qui s’est attaché à déconstruire la notion de développement comme «mot-valise». Le Libanais Youssef Courbage, auteur de Le Rendez-vous des civilisations avec Emmanuel Todd, devait être, lui aussi, de la partie pour évoquer la relation entre «transition démographique et transition démocratique dans le monde arabe». Curieusement, on lui a refusé le visa alors que Youssef Courbage est connu pour être un défenseur acharné de la cause palestinienne. Mais, fort heureusement, les idées n’ont pas besoin de visa, et son texte était bien là. Fatma Oussedik s’est d’ailleurs chargé généreusement de le présenter au public. Nous y reviendrons dans un papier à part.

 

Baby-boom VS gérontocratie

Belkacem Mostefaoui, sociologue des médias et président de l’Association Les Amis de Abdelhamid Benzine, a eu des mots très inspirés en introduisant ce colloque, lorsqu’il a relevé ce paradoxe sidérant entre fécondité galopante et gérontocratie entêtante.

Clin d’œil à ces «gérontocrates (qui! nous gouvernent, et dont certains fêtent, eux, 80 ans», lâche-t-il, allusion, évidemment, au président Bouteflika qui a fêté son 80e anniversaire le 2 mars dernier sur fond de rumeurs funestes. Cette gérontocratie qui s’obstine à ne pas lâcher le pouvoir, «c’est une camorra», martèle-t-il. «La natalité, ça lui plaît beaucoup (…) parce que Ubu Roi, il lui faut des masses de population» pour appuyer son règne. Belkacem Mostefaoui est remonté également à la période coloniale où les Algériens devaient s’accrocher pour ne pas disparaître purement et simplement. «La colonisation a failli éradiquer la population algérienne, c’était l’extermination», assène-t-il, avant d’ajouter : «A partir de l’indépendance, il y a eu cette régénérescence qui se développe.» Et de résumer les termes de l’équation qui sera le fil rouge de ce débat en énonçant : «Quel type de natalité pour quel type de développement de l’algérianité ? Il est bon qu’il y ait de la natalité sans que cela obère le développement de l’Algérie.»

Loin de souscrire aux sombres préceptes malthusiens, Fatma Oussedik rappelle cependant que «les liens entre démographie et développement» constituent une «question lancinante qui n’est pas nouvelle». Dans les années 1970 et 1980, il y avait eu, dit-elle, de grands débats à ce sujet. La reprise de la natalité «pénalise-t-elle réellement le développement ?» interroge-t-elle tout en faisant observer : «Cette question me paraît culpabilisante». L’universitaire cite une réflexion de l’économiste Nicholas Eberstadt qui écrit : «Ce ne sont pas les chiffres de la population qui causent la pauvreté, mais les mauvaises politiques économiques, les mauvaises lois et les mauvaises institutions».

La sociologue note dans la foulée que «ce débat resurgit au moment de la baisse des revenus pétroliers». Et de souligner : «Il faut se souvenir que la démographie, comme discipline, a pris place, en Europe, dans un contexte où le souci du capitalisme des débuts était d’organiser son élargissement de façon programmée. Aussi, les enjeux de la démographie ont toujours été associés à ceux du ‘‘développement’’. Dans les débats en cours, les potentialités des pays sont lues en référence à des notions comme l’accès au logement, au travail, aux soins, à l’éducation. Aucune réflexion ne porte sur les visions qu’elles contiennent. C’est pourquoi il nous semble nécessaire d’engager une réflexion fondée sur l’analyse, voire la déconstruction de ces deux termes : la démographie et le développement. Ces deux éléments ne peuvent être dissociés car l’analyse quantitative, par la démographie, de données telles que la mortalité, la natalité, la fécondité, la nuptialité ou la migration varie, selon les milieux socioéconomiques et culturels.»

Plus de 22% de retraités en 2050

Analysant la «transition démographique» de la population algérienne, Ahmed Mokaddem explique que cette notion très «à la mode» réfère à des «cycles d’évolution de la population». Après une phase marquée par un recul de la mortalité grâce aux progrès de la médecine, il y a un «changement de comportement des familles avec, notamment, l’espacement des naissances». «Historiquement, on s’aperçoit que dans cette phase de la transition il y a une baisse du taux de croissance de la population». On arrive in fine «à de faibles taux de natalité et de faibles taux de mortalité». Etudiant l’évolution de la population algérienne depuis l’année 1901 jusqu’en 2015, l’expert indique que c’est surtout à partir des années 1950, et davantage encore après l’indépendance, que la population algérienne a connu un accroissement démographique soutenu, et ce, jusqu’au milieu des années 1980.

«En 1985, on a eu un pic au niveau des naissances». S’ensuivit une deuxième phase «caractérisée par des baisses continues du taux d’accroissement, et qui s’est prolongée jusqu’à la fin des années 1990 ». La population algérienne était de 22,8 millions d’âmes en 1985, elle est passée à 26,2 millions en 1990, 29,3 millions en 1995, puis 31,7 millions en 2000 pour arriver à 41,6 millions en 2016. «A partir du début des années 2000, on note un renversement de la situation où la population se remet à croître jusqu’à nos jours», relève Ahmed Mokaddem. Il attribue cette reprise de la natalité à trois facteurs-clés. Le premier est la «forte nuptialité, constatée depuis 2001-2002. Les mariages sont passés de 177 540 en 2000 à 369 074 unions en 2015».

Deuxième facteur : les failles dans les méthodes contraceptives utilisées, tout en assurant qu’il «y a eu des progrès dans la contraception depuis les années 1970». Troisième facteur : le nombre croissant de «femmes en âge de procréer issues de la croissance démographique des vingt années précédentes.»

S’inspirant des travaux d’Alfred Sauvy, le spécialiste plaide pour un «optimum de population» qui «permet d’avoir une population idéale qui pourrait être un moteur de la croissance économique». «Une population de petite taille peut constituer un handicap à l’essor économique, à l’inverse, une population trop forte peut également être un handicap dans la mesure où on ne peut pas faire face à tous les besoins sociaux», dissèque-t-il. Fournissant quelques projections faites par l’ONS à l’horizon 2050, la population algérienne atteindra, selon lui, entre 59 et 64 millions d’habitants. Il estime que dans tous les cas de figure «il va y avoir une augmentation de la population avec des besoins sociaux très importants».

Ahmed Mokaddem insiste sur la question de la prise en charge des retraités. «Ils représenteront 22,80% en 2050 contre 8,72% en 2015», précise-t-il. L’expert recommande de «valoriser au maximum les dividendes démographiques», le tout «accompagné par des mesures de bonne gouvernance et une politique économique qui permettra de tirer profit de cet accroissement de la population».

«Dividendes démographiques»

Les dividendes démographiques, c’est justement l’objet de l’intervention de Mustapha Omrane. Brossant à son tour un tableau de la croissance démographique depuis 1962, il rapporte que dans les années 1970, sous Boumediène, en pleines querelles idéologiques entre le Nord et le Sud sur le «contrôle des naissances», l’Algérie brandissait lors d’une conférence internationale à Bucarest le slogan : «Le développement est le meilleur contraceptif». En 1974, dit-il, il y a eu des pics de «8 enfants par femme».

La position de l’Algérie va cependant connaître un changement doctrinal matérialisé par le lancement, en 1983, du planning familial. La natalité ira ensuite décrescendo jusqu’à la fin des années 1990. «C’est une baisse quand même rapide. Les pays européens ont mis entre 100 et 150 ans pour arriver au même niveau de baisse de la fécondité», affirme le chercheur. Une baisse qui s’explique dans une large mesure par l’impact dévastateur de la «décennie noire», selon l’intervenant. Aujourd’hui, «l’Algérie est en pleine transition démographique, mais la natalité a repris ces dernières années», appuie-t-il. L’ISF (l’Indice synthétique de fécondité) est passé, d’après ses chiffres, de 2,4 en 2000 à 3,1 en 2015. Mustapha Omrane attire l’attention au passage sur le «seuil de remplacement» en deçà duquel une population est menacée d’extinction. «Si l’ISF baisse en dessous de 2,1, il ne peut pas y avoir de remplacement de la population. C’est le cas de beaucoup de pays : la Russie, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, l’Europe du Nord où il y a un déclin démographique», soutient-il.

Pour revenir au cœur de son exposé qui est le «dividende démographique», il indique qu’il s’agit d’un «concept démographique qui exprime le rapport entre le nombre de personnes dépendantes et le nombre de personnes qui travaillent. Cela crée une opportunité démographique [qui] se manifeste par une population active importante». Cela s’exprime «à la lumière des transferts qui s’opèrent entre deux parties de la population : ceux qui travaillent et consomment moins, et ceux qui consomment et ne travaillent pas». Le «le taux de dépendance» en Algérie est passé de 92 dépendants pour 100 actifs en 1990 à 60,1 en 2015. Et de faire remarquer : «Quand les conditions de dividendes démographiques sont réunies, cela ne veut pas dire que le pays peut en profiter».

Le chercheur a mis l’accent sur la nécessité d’avoir de bonnes conditions de santé publique et une formation de qualité pour tirer profit de cette situation. «Quand on dit qu’on a un taux de scolarisation de 98%, ce n’est pas suffisant dans la problématique de dividende démographique. Il y a la dimension qualité de l’éducation, dans le circuit scolaire et dans la formation professionnelle, dont il faut tenir compte», argue-t-il. Le grand handicap des pays pétroliers comme c’est notre cas, c’est d’être dans «la distribution de

richesses» plus que dans la «création d’entreprises et d’emplois comme dans les pays émergents», analyse-t-il.

«En Algérie, nous avons de très bons indicateurs sur le plan sociodémographique (…) mais il reste beaucoup de choses à améliorer». Et de conclure : «Il est important de faire un plaidoyer pour des dividendes démographiques, essentiellement en direction des décideurs. Il faut que les décideurs prennent véritablement conscience de l’importance de la population parce que c’est la population qui est l’objet du développement.» _

 

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Mustapha Benfodil

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Sécurité Alimentaire de l’Algérie : "Nous sommes encore vulnérables" estime le Pr Omar Bessaoud (Vidéo)

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Entretien avec M. Mustapha Mekideche, vice-président du Conseil national économique et social (CNES) : «La crise est de grande amplitude»

Publié le par Mahi Ahmed

Entretien avec M. Mustapha Mekideche, vice-président du Conseil national économique et social (CNES) : «La crise est de grande amplitude»

Entretien réalisé par Abla Chérif

Les premiers effets de la crise économique se font déjà ressentir sur le terrain à travers notamment de nombreux gels de projets. Mustapha Mekideche analyse ici cette situation, évoque son impact direct sur la société et met en garde contre l’existence d’intérêts, de lobbies qui freinent les solutions…

Le Soir d’Algérie : De multiples informations font, depuis un certain temps, état de gel de projets. De quoi s’agit-il exactement ?

Mustapha Mekideche : Il s’agit des premiers effets tangibles de la crise que nous traversons. Je vous rappelle que nous sommes dans une crise qui dure et qui est de grande amplitude. Elle a commencé en juin 2014 avec l’accélération de la chute des prix du pétrole. On était arrivé à un niveau très bas, 30 dollars le baril, ce qui fait que la moitié de nos recettes extérieures n’existent plus. Le premier impact, et cela ne vous a pas échappé, est un impact budgétaire. Cet impact touche les dépenses publiques qui soutiennent les projets que vous évoquez. Notamment les projets d’infrastructures, les projets décentralisés au niveau des territoires, des communes, des wilayas, et il fallait donc faire des arbitrages. Evidemment, les arbitrages les plus faciles à effectuer sont ceux qui ne sont pas perceptibles sur le court terme, donc on décide de reporter tel projet hydraulique, telle route… et cela induit des projets beaucoup plus sérieux dans le secteur du BTPH. Là, nous allons vers d’importantes difficultés que va subir notre secteur du bâtiment car l’essentiel des finances est supporté par la dépense publique. Sur cette question, ma position était de dire qu’il fallait faire attention dans les arbitrages des dépenses budgétaires et ne pas faire porter le fardeau uniquement sur les investissements et particulièrement les projets d’infrastructures et qu’il fallait peut-être trouver des financements alternatifs, y compris des financements concessionnaires, même étrangers, pour pouvoir maintenir le rythme de réalisation de nos infrastructures. Vous parlez de projets de taille moyenne ou de petite taille mais moi j’évoque des grands projets d’infrastructures, par exemple amener de l’eau de In Salah à M’sila pour pouvoir irriguer les territoires, tout cela a été reporté et c’est quand même préoccupant. Leur réalisation sur un développement durable est également un signe de diversification. Vous posez un vrai problème. De ce point de vue-là, et en ce qui concerne les arbitrages, il faudra que la loi de finances 2017 fasse attention. Il faudra peut-être trouver des partenariats privés, des financements alternatifs… Si nous avions des banques régionales on émettrait des obligations au niveau régional car les populations sont les plus intéressées par ces projets donc on peut les faire participer au financement. Il faut donc faire très attention à ce qui se passe. Le secteur du BTPH est, comme vous le savez, un secteur qui crée beaucoup d’emplois. Si la crise continue, on risque de commencer à avoir les prémices d’une crise sociale.

Le secteur du BTPH est-il le seul à être concerné ? Quels sont les secteurs les plus touchés ?

Sur le plan des réductions budgétaire, il va falloir faire des arbitrages. Lorsque je dis le secteur du BTPH, cela implique également la santé, l’éducation, les écoles, les hôpitaux, car les projets seront reportés, peut-être réalisés plus tard. A Aïn-Defla, par exemple, la construction d’une école a été reportée. La population locale a dû faire les pressions nécessaires pour que ce projet soit maintenu. Ce que je veux dire, c’est que tout l’investissement public en matière de développement qui peut-être touché.

Qui «peut-être» ou qui est touché ?

C’est en cours. J’avais prévu qu’on achèvera l’année 2016 avec un déficit budgétaire de 30 milliards de dollars. C’est la dernière année où on peut financer ce déficit avec le fonds de régulation des recettes, ce qui fait que les arbitrages pour 2017 seront plus tendus y compris avec le rebond des hydrocarbures autour de 48, 49 dollars le baril. Vous avez vu le déficit de notre balance commerciale, donc les années les plus difficiles que nous allons vivre sont 2017-2018 et une partie de 2019. Tous les experts s’accordent à dire qu’à ce moment-là, les prix vont remonter autour de 70 dollars le baril. Voilà un peu la situation. Et je répète que les arbitrages qui seront faits pour la loi de finances 2017, en particulier pour les projets que vous évoquez, seront très difficiles à effectuer. Pour réduire le déficit budgétaire, il va également falloir bien se pencher sur la politique de subvention. Je ne peux pas ne pas évoquer, là, les gaspillages, il y en a énormément. Que ce soit sur le sucre, la farine, le blé… Une campagne de sensibilisation s’impose auprès de l’opinion publique. Il faut aussi une large participation de tous les segments de la société pour la prise en charge de cette crise. C’est pour cette raison qu’un emprunt obligataire a été lancé. Dans ce cadre, il faut également formaliser le secteur de l’informel pour qu’il participe à la gestion de cette situation. Il y a aussi le privé… Ce sont des éléments de réponse autour desquels il doit y avoir un fort consensus social mais aussi, c’est ce que je défends, un consensus politique.

De manière concrète, comment ce gel de projets se fait-il ou se fera-t-il ressentir au sein de la population ?

Le citoyen qui s’attendait à ce que sa localité soit raccordée, soit au réseau national soit au réseau autoroutier, verra que ce projet a été annulé, et cela aura un impact. L’écolier qui doit rejoindre une école située à quelques kilomètres et dont le chemin n’a pas été construit… Avez-vous vu l’impact sur les collectivités locales, les APC. On leur a dit «maintenant, il y a moins d’argent» et dans le même temps, on a diminué un impôt qui leur permettait d’avoir un peu de ressources. Je peux vous dire que cela crée des problèmes. J’étais d’ailleurs contre ce fait. Lorsqu’on diminue un impôt qui allait vers des collectivités locales, on crée des problèmes. On leur demande d’aller chercher des ressources ailleurs, ce n’est pas suffisant. Le président d’APC qui a besoin d’assurer un minimum de services dans sa localité se trouve bien gêné. Il est facile de lui demander de chercher des ressources sérieuses mais encore faut-il qu’il y ait une refonte sérieuse des collectivités locales.

Est-elle possible, cette refonte ?

Je vais vous le dire de manière directe. Si un gros effort, sérieux n’est pas fait, la situation dans laquelle nous nous trouvons va s’aggraver. Les marges de manœuvre se rétrécissent, il va falloir aller vers des réformes. Des réformes budgétaires, l’obtention de financements alternatifs… Tout cela fait émerger un secteur privé qui peut produire de la richesse qui permet de rattraper la situation.

La crise politique que traverse le pays permet-elle ces réformes ?

Vous parlez de crise politique ou de crise pour la prise du pouvoir ? Une crise politique vient lorsqu’il y a des programmes alternatifs à proposer pour la gestion du pays. Personnellement, et sur la crise dont on parle, je n’ai pas vu beaucoup de programmes proposés au sein de la classe politique. Peut-être que cela a été sous-estimé ; d’ailleurs, les pouvoirs publics aussi l’ont sous-estimée… Si nous avions une culture démocratique d’alternance quant aux solutions proposées pour sortir de la crise et faire émerger une économie performante, ce serait mieux et c’est autour de cela que les clivages peuvent se faire. Or, nous sommes sur des lignes de clivage qui ne sont pas essentielles.

Vous avez évoqué des risques de crise sociale. Comment appréhendez-vous la situation ?

Déjà, ce que l’on peut dire, c’est qu’en 2015, où nous avons réalisé un taux de croissance supérieure à celui de 2013, cela veut dire qu’il y a des capacités de résilience, c’est ce qui a fait que l’économie a pu tenir. Il y avait des amortisseurs sociaux en matière de soutien des prix. Les augmentations significatives ont porté, comme vous le savez, sur les carburants, par exemple… On a consommé 50% de la batterie mais si on n’arrive pas à la ressourcer, eh bien, dans deux ans, nous serons dans une situation où les instruments de résilience seront «off». Nous n’aurons plus rien à donner. Je pense au Fonds de régulation des recettes qui va s’épuiser à la fin de cette année 2016, je pense aux réserves de change qui, progressivement, sont utilisées pour financer un certain nombre de projets… On a donc consommé la moitié, reste la moitié sur deux ans, si au cours de cette période on n’arrive pas à allumer d’autres moteurs de croissance pour pouvoir avoir des secteurs qui créent des richesses et diminuent nos importations par une production locale nous serons dans une situation difficile. On ne pourra pas, d’ici là, revenir à un prix de 100 dollars le baril, c’est totalement exclu, si on arrive à 70 dollars ce sera déjà une bonne chose, et dans ce cadre-là, je pense que les autorités du secteur des hydrocarbures et les autorités politiques doivent faire en sorte que la prochaine conférence (réunion informelle de l’Opep) de septembre soit une réussite. C’est un enjeu important pour nous.

Etes-vous de ceux qui s’inquiètent pour l’évolution de la situation ?

Absolument. Je suis inquiet. Mais en même temps, je sais que nous avons les capacités et la vision nécessaire pour nous en sortir. On ferme les robinets de rente car cela a un effet de démonstration négatif. De cette façon, on crée un effet de concurrence dans le secteur privé, on fait émerger un tissu performant de PME. La vision est claire. Maintenant, le problème, c’est qu’on touche à des intérêts, des lobbies qui crée un décalage entre la perception politique et la réalité économique et les solutions qu’elle implique. Voilà l’enjeu des prochaines années.

Ce sont ces intérêts, ces lobbies qui freinent les solutions, les réformes…

Oui, c’est clair. L’ensemble du climat d’affaires n’encourage pas le secteur productif. Un entrepreneur qui veut investir met, par exemple, deux ans pour obtenir un terrain puis il attend deux ou trois ans pour savoir si son financement est accepté ou pas.

Tout ceci décourage, les gens continuent donc à aller vers le commerce, un commerce qui n’est pas encadré, pas concurrentiel avec un secteur informel trop lourd et qui échappe à toute possibilité de progrès de développement. Tous ces éléments doivent être mis sur la table. J’appelle les partis politiques à donner des solutions, des analyses, des évaluations et des programmes sur ce problème. Il faut, cependant, se dire que la crise n’est pas propre à l’Algérie. L’Amérique latine, les pays émergents subissent de plein fouet la diminution des exportations des produits de base… Seulement, je pense qu’il faut faire émerger une classe politique qui s’approprie des solutions à produire sur le plan économique et non pas s’adonner uniquement aux exercices électoraux et tout oublier une fois le poste obtenu.

A. C.

Source de cet article :

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2016/08/31/article.php?sid=201311&cid=50

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Face aux risques de l’insécurité alimentaire :La connaissance, seul rempart de l’Algérie

Publié le par Mahi Ahmed

Face aux risques de l’insécurité alimentaire :La connaissance, seul rempart de l’Algérie

Par Pr Aïssa Abdelguerfi

Suite à la publication de notre contribution parue dans le journal El Watan du 28 juillet 2016, sous le titre : «Quand l’Algérie sera face à des problèmes de sécurité algérienne, Tahar Hadjar devra s’expliquer», nous tenons tout d’abord à préciser que notre article interpellait Monsieur le Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, en tant que plus haut responsable du secteur dont nous relevons.

L’enseignant qui a publié dans Le Soir d’Algérie du 7 août 2016, un droit de réponse à notre article, n’est donc concerné ni de près ni de loin ; il a porté atteinte à l’intégrité d’enseignants chercheurs avec des propos diffamatoires, il en assumera la responsabilité devant la justice.

Pourquoi le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique est-il interpellé sur la sécurité alimentaire ?

En notre qualité d’enseignants chercheurs à l’Ecole nationale supérieure d’agronomie, ce que nous demandons à notre ministre, depuis maintenant une année, c’est de permettre à l’Algérie de mobiliser la science et la connaissance comme alternative au pétrole, pour payer ses factures alimentaires.

Certes, les pays les plus puissants importent aussi des produits alimentaires ou des technologies qu’ils ne produisent pas, mais leurs richesses exportables ne sont pas comparables à celles de l’Algérie. Premier pays importateur mondial de blé dur, deuxième pays importateur mondial de poudre de lait, l’Algérie a recours exclusivement à la rente pétrolière pour faire face à la croissance de ses factures alimentaires.

Son Excellence Le Président de la République, Monsieur Abdelaziz Bouteflika, n’a pas attendu la chute actuelle du prix du pétrole pour nous alerter ; en 2008, lors de l’ouverture officielle de l’année universitaire à Tlemcen, il a averti que «si les prix du pétrole chutent, ce sera la catastrophe» (N. Khelassi, La Tribune 14 octobre 2008). Aujourd’hui, nous ne sommes plus au stade d’avertissement, la géopolitique du pétrole fait place à la géopolitique de la nourriture. Nourrir la planète est un défi mondial, sans précédent dans l’histoire de l’humanité.

Nous avons donc décidé de prendre la plume au nom de notre responsabilité d’enseignants chercheurs vis-à-vis de la nation.

Si notre ministre nous avait écoutés, nous serions à l’heure actuelle dans des ateliers de travail sur cette question fondamentale de sécurité alimentaire de notre pays qui est en soit très complexe.

Dans un contexte de mondialisation et de réchauffement climatique accentué par notre pauvreté en ressources hydriques et en surface agricole utile (3% du territoire national), croire que la question de la sécurité alimentaire est une affaire de paysans est une grave erreur. La science, l’analyse économique et la modélisation sont les fondements de toute politique agricole durable. Toutes les études, publications scientifiques et rapports d’organisations internationales réalisés sur cette question montrent que les Etats ne peuvent plus laisser place au hasard dans leurs politiques agricoles. L’analyse du cas syrien, qui occupe actuellement largement l’actualité internationale, est très pertinente ; elle permet de mesurer tout le poids d’une politique agricole sur la stabilité d’une nation. Myriam Ababsa, géographe associée à l’Institut français du Proche-Orient, Amman, a publié une étude très documentée, intitulée «Crise agraire, crise foncière et sécheresse en Syrie : 2008-2011».

Elle montre bien qu’avant la grande sécheresse de 2007-2010, la Syrie était dans l’autosuffisante alimentaire ; le coton formait le tiers des exportations nationales. Fortement subventionnée par le gouvernement, l’agriculture contribuait au quart du PIB et employait le tiers de la population active, en intégrant le secteur agroalimentaire. Elle avait permis le maintien dans les campagnes de plus de la moitié de la population nationale (revue Maghreb Machrek, n°215, page 1). En novembre 2009, bien avant la guerre en Syrie, le rapport des réseaux régionaux d’information relevant des Nations unies (IRIN : Integrated Regional Information Networks) décrit l’effet dévastateur de la sécheresse qui a obligé 1,5 million de personnes à quitter leurs villages, pour se concentrer dans les banlieues de Damas et d’autres villes comme Halep et Deraa. Certains éleveurs ont perdu environ 70% de leur bétail ; «ils ont dû vendre une partie de leurs animaux pour acheter du fourrage à des prix très élevés. [Et comme l’offre est élevée], ils les vendent à des prix très bas.

Certains éleveurs ont également été obligés de vendre leurs bêtes pour nourrir leurs enfants», rapporte le directeur du département environnement de la Commission nationale de planification, cité dans ce rapport. Le cheptel syrien a été réduit de 60% entre 2007 et 2009.

La production de blé sur les terres baal (agriculture sèche) du nord de Jazîra qui produit les deux tiers de la production céréalière nationale a chuté de 82% en 2008, par rapport à une année moyenne (Oxford Business Group, 2010).

Sur fond de cette crise provoquée par la sécheresse, la levée en 2008 des subventions aux carburants assurées par le gouvernement a accentué les effets de la crise économique mondiale. Le prix du fuel subit une augmentation de 350%, les exploitants agricoles n’ont plus les moyens de pomper l’eau, ni de conduire leurs tracteurs. Pour la première fois dans son histoire, le pays a dû recevoir en 2008 une aide alimentaire internationale directe, les réserves stratégiques en céréales (4 millions de tonnes) étant épuisées. Le programme alimentaire mondial a distribué de la nourriture à 300 000 personnes en 2008 et à 200 000 en 2009 (Myriam Ababsa, page 15). Les choix des systèmes de production faits par la Syrie ont eu également un impact direct sur l’appauvrissement des ressources et des populations. Le forage illégal de milliers de puits a certes propulsé la surface irriguée à 1,2 million ha en 1998, soit 20% de la superficie cultivée syrienne. Mais, en 2001 l’alarme est tirée : 60% des eaux d’irrigation proviennent des nappes phréatiques non renouvelables et la moitié des puits sont illégaux (Banque mondiale, rapport 22602-SYR, 2001). Le choix politique d’investir sur la culture du coton se révèle également désastreux. Bien que très consommateur en eau, les dirigeants syriens pensaient en tirer de grands profits. Mais dès les années 1970, l’effondrement du cours mondial a nécessité que l’Etat syrien garantisse des prix fixes aux producteurs de coton brut, situés au double du cours mondial.

«C’est dans ce contexte de déstabilisation du monde rural que la guerre civile a débuté en mars 2011», conclut Myriam Ababsa. Le New York Times, dans son édition du 13 octobre 2010 (traduction : la terre est desséchée là où les fermiers syriens ont prospéré), indique que les ressources en eau avaient été réduites de moitié en Syrie entre 2002 et 2008, et tire la sonnette d’alarme sur l’impressionnant exode rural auquel les gouvernements n’étaient pas préparés ; «You will have people migrating as a result, and governments are ill prepared». Et pour cause, «la ville de Deraa, d’où est parti le soulèvement syrien en mars 2011, abriterait près de 200 000 migrants en provenance des campagnes» (Fougier Eddy, La sécheresse agricole, l'une des causes du drame syrien ? avril 2014, wikiagri.fr)

La crise alimentaire en Syrie, aussi bien que la crise mondiale de 2008, ont le mérite de poser la question vitale de la prévision, qui interpelle autant les scientifiques que les décideurs.

Les chercheurs n’ont pas attendu que nous soyons face à des catastrophes, pour travailler sur des outils de modélisation. Pionnier de la prévision globale, le Club de Rome créé en1972 est un groupe de réflexion réunissant des scientifiques, des économistes, des fonctionnaires nationaux et internationaux, ainsi que des industriels de 52 pays.

Des chercheurs ont modélisé sur ordinateur la planète, considérée comme un système où cinq facteurs interagissent dynamiquement : la production industrielle, la population, les ressources alimentaires, les ressources non renouvelables et la pollution.

Ce modèle, dont on évalue toute la pertinence 40 ans après, met en évidence «les limites de la croissance».

En 2012, le rapport du Club de Rome édité en 1972 est mis à jour par le MIT/USA, avec une modernisation de ses instruments d’analyse, pour tenir compte des progrès accomplis dans les méthodes d'observation et de prévision. En Grande-Bretagne, un nouveau modèle est développé par l’Anglia Ruskin University’s Global Sustainability Institute (GSI), à travers un projet d’Observatoire global des ressources (Global Resource Observatory GRO), avec le soutien financier du ministère anglais des Affaires étrangères, la Banque africaine de développement, l’université de Wisconsin… Ses prévisions de flambée mondiale des prix et de réduction des ressources convergent avec ceux du Club de Rome. Il prévoit une multiplication par 4, du prix du blé, du riz et du soja, et par 5 pour le prix du riz d’ici deux décennies. Le site d’information wikiagri nous apprend que la «moisson 2016 est catastrophique» pour le blé en France, première puissance agricole européenne. Le chiffre d’affaires par hectare de blé est inférieur de presque la moitié au coût de son installation et de son suivi. Il ne permet pas de couvrir les charges et encore moins de financer la nouvelle campagne. Les prévisions pour la moisson 2016 annoncent un rendement moyen de 6 t/ha contre une moyenne de 8 t/ha des 5 dernières années ; le coût de production complet à la tonne de blé aurait pu être de 200 €/t pour un rendement proche de la moyenne quinquennale. Mais une baisse de 20% de la production porterait le coût de production de la tonne à 245 €. Pour une chute de 30%, ce dernier serait de 280 €/t (Henin Frederic, 1er août 2016, wikiagri.fr).

A la lumière de toutes ces données, on comprend à quel point l’analyse des crises alimentaires dans le monde, telle que la crise syrienne, est essentielle pour comprendre que l’Algérie ne peut pas mener la bataille de la sécurité alimentaire sans maîtriser la complexité de la mondialisation, l’instabilité des marchés des produits alimentaires et les risques liés au réchauffement climatique.

De même qu’on mesure à quel point les scientifiques doivent s’impliquer dans le défi lancé par notre Premier ministre pour «gagner la bataille de l’agriculture en Algérie».

Dans notre analyse de la crise syrienne, notre démarche est rationnelle et responsable ; il est du devoir des scientifiques et des décideurs de décrypter les situations de crises dans une logique de prévision.

C’est précisément dans cette perspective que l’Ecole nationale supérieure d’agronomie doit trouver toute sa place.

Pourquoi la recherche et la formation de l’agronome sont-elles nos remparts face à la crise alimentaire ?

Puisqu’il faut revenir aux définitions de l’agronome pour convaincre Monsieur le Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, retournons à cette définition de Flaubert de 1857 : «Croyez-vous qu'il faille, pour être agronome, avoir soi-même labouré la terre ou engraissé des volailles ? Mais il faut connaître plutôt la constitution des substances dont il s'agit, les gisements géologiques, les actions atmosphériques, la qualité des terrains, des minéraux, des eaux, la densité des différents corps et leur capillarité!» (G. Flaubert, Madame Bovary, t. 1, 1857). En 1832, l’auteur d’un traité d’économie politique nous explique qu’«il a fallu que le naturaliste ou l'agronome connussent la marche que suit la nature dans la production du grain, le temps et le terrain favorables pour semer ou pour planter, et quels sont les soins qu'il faut prendre pour que ces plantes viennent à maturité. Le fermier ou le propriétaire ont appliqué ces connaissances…» (J.-B. Say, Traité d'économie politique, 1832).

Plus d’un siècle après, on retrouve le même esprit dans une interview de Jeanne Bormann, ingénieur agronome, responsable du service de la production animale à l’Administration des services techniques de l’agriculture qui explique aux élèves des grandes écoles en France qu’«il est demandé à un ingénieur en agronomie d'être avant tout créatif, pour exploiter les nouvelles technologies en rapport avec ses connaissances biologiques, au profit d'un meilleur rendement des productions, du développement durable et de la sécurité alimentaire. Il conseille les éleveurs et les exploitants agricoles pour tout ce qui concerne les espèces, leur résistance aux maladies ou leur adaptation au climat. C’est lui encore qui les aide à sélectionner les meilleures vaches laitières…» (MESRS France, 2010).

Les propos de Jeanne Bormann convergent totalement avec nos appels à soutenir la sécurité alimentaire par la connaissance, la maîtrise de la génétique, de la biologie moléculaire, de la bio-informatique… Elle précise à qui veut le comprendre que «bien que les productions animales soient une spécialisation au sein des études agronomiques, ce domaine est multidisciplinaire et couvre plus particulièrement les études et la sélection génétiques des populations animales, l’alimentation et la nutrition animales, les systèmes d’élevage,… les méthodes biotechnologiques en sélection génétique...» Ingénieur agronome, spécialiste de la génétique animale, Jeanne Bormann, responsable du service de la production animale à l’Administration des services techniques de l’agriculture (France) sait de quoi elle parle. Elle a commencé sa carrière professionnelle dans le domaine de la recherche en génétique quantitative aux Etats-Unis, avant de travailler pour une société biotechnologique allemande où elle a été en charge de la mise en place des projets de recherche pour la détection des marqueurs moléculaires à utiliser en sélection bovine.

Avant d’entamer sa carrière dans la fonction publique, elle a travaillé pour une société d’élevage au Luxembourg où elle a développé des systèmes informatiques pour la gestion de données relatives à un label de qualité pour la viande, ainsi que pour le traitement des données de performances des troupeaux. Quand elle parle de sélection génétique, de biotechnologies et de nutrition animale, on comprend bien que le rendement du bovin laitier, par exemple, n’est pas l’affaire du paysan, mais du scientifique.

Sur le terrain algérien, un ancien élève de l’ENSA et expert en systèmes de productions végétales pose parfaitement la question de l’apport fondamental du chercheur au paysan, en ces termes : «Une enquête du Ceneap (Birkhadem, Alger) faite en 2001 pour le compte du projet GTZ/ITGC/OAIC a montré que 100% des lots de semences de ferme de blé et 75% des lots d’orge analysés sont contaminés respectivement par la fusariose et l’helminthosporiose. Est-ce la mission de l’agriculteur ? Le professeur Lynch de l’université de Pennsylvanie, Etats-Unis, note que ‘‘les anciennes stratégies en matière de nutrition des plantes ne sont plus valables. Actuellement, les racines sont la clé de la seconde révolution verte’’ en matière de production céréalière. De plus en plus, les recherches se focalisent sur le rôle critique des racines saines dans la protection et la performance des cultures. C’est un nouveau domaine pour la recherche agronomique» (Synergies, juillet 2016, no 49).

Ce que nous déplorons c’est que nous soyons ainsi obligés de nous référer à des définitions du XIXe siècle, qui sont toujours d’actualité, pour convaincre, en 2016, Monsieur le Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique que la connaissance est le seul rempart de l’Algérie face aux risques de l’insécurité alimentaire. De même que nous déplorons que nous soyons obligés de nous référer à des propos d’experts pour légitimer notre appel à mobiliser l’unique Ecole d’agronomie en Algérie dans ce sens. Comment sommes nous arrivés à ce stade de dialogue de sourds/muets avec notre ministère de tutelle sur une question aussi fondamentale ?

L’Ecole nationale supérieure d’agronomie, devenue une institution de renommée au fil d’un siècle d’existence, a formé une élite d’ingénieurs agronomes et de scientifiques d’une valeur inestimable pour l’Algérie. En 2008, ce fleuron de l’Algérie a bénéficié du statut des grandes écoles, qui a permis d’entamer une profonde réforme de sa gouvernance et de ses infrastructures, avec à la clé un plan de développement, objet de financements publics jamais débloqués pour l’Ecole depuis l’indépendance. Ce projet devait la conduire sur la voie de l’excellence tracée par Son Excellence le Président de la République aux grandes écoles.

Malheureusement, cette ambition de renaissance de l’Ecole intégrant également un important travail d’ouverture sur le partenariat international et le secteur économique national, a été lourdement entravée durant toute l’année universitaire 2015-2016. Notre premier semestre a été très perturbé par le malheureux projet de transformation du jardin botanique de notre institution en baraques de chantiers de Cosider ; enseignants, étudiants, anciens diplômés de l’école, médias… se sont mobilisés pour la sauvegarde de notre jardin botanique. La seconde secousse qui a fortement secoué l’Ensa a été provoquée par des dérogations accordées en 2015-2016, pour inscrire des candidats au doctorat sans concours ! et des bacheliers en classes préparatoires, sans la moyenne informatique exigée ! Mieux encore, la direction de l’Ecole a affiché la liste des bénéficiaires de dérogations du ministère sur le site web de l’école !

Comment un même ministre peut-il accorder en 2015-2016, des dérogations à des «non méritants» pour l’accès en classes préparatoires et au doctorat à l’Ensa, et déclarer que la lauréate au baccalauréat 2016, Kenza Oussalah qui a obtenu 19,70/20 ne peut pas bénéficier d’une bourse du mérite à l’étranger ? Il répond à Kenza que «chaque étudiant a le droit de rêver à une bourse, mais il y a une règle générale applicable pour tout le monde…» Sauf que Kenza n’est pas tout le monde. Elle incarne l’excellence qu’il faut encourager, alors que les dérogations incarnent l’injustice et la médiocrité qu’il faut bannir.

En notre qualité d’enseignants chercheurs nous avons déposé à l’attention de notre ministre et de ses collaborateurs plusieurs dossiers pour les alerter sur les blocages de l’Ecole, la démobilisation, le gel du plan de développement… qui ont conduit à la déliquescence de nos conditions de travail en l’espace d’une année universitaire. La situation est telle que le ministère n’arrive pas à faire des arbitrages dans des conflits entre la direction de l’Ecole et des enseignants qui subissent des retraits de charges d’enseignements… C’est du jamais vu, des enseignants chercheurs qui galèrent durant des mois, dans les salles d’attente du ministère pour réclamer leurs fiches de charges d’enseignements et leur droit au travail ! Même au Moyen Âge, les rois savaient choyer leurs élites et leurs penseurs.

C’est donc vers Monsieur le Premier Ministre que se tournent tous nos espoirs. Nous sollicitons son intervention pour le sauvetage de l’Ecole nationale supérieure d’agronomie, avec la nomination d’une nouvelle équipe de direction capable de conduire le changement et un projet de réforme, à la hauteur des défis que doit affronter l’Algérie. Son Excellence le Président de la République, Abdelaziz Bouteflika, est un visionnaire, il a été le premier Président algérien à donner une place de choix à la société de la connaissance dans la construction de l’économie algérienne. Il nous appartient à tous de suivre cette voie et de valoriser notre «or gris» comme alternative au pétrole.

Que les grandes puissances agricoles continuent à produire nous n’en doutons pas. Aujourd’hui, la question pour l’Algérie est de créer d’autres sources de richesses, et d’innover dans son système de production agricole pour accéder de façon durable aux produits alimentaires, assurance de sa stabilité.

Pour un collectif d’enseignants de l’Ecole nationale supérieure d’agronomie d’El-Harrach

A. A.

Source de cet article :

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2016/08/15/article.php?sid=200559&cid=41

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LE MIRAGE DES IDE OU LE PARTENARIAT GAGNANT-PERDANT

Publié le par Mahi Ahmed

LE MIRAGE DES IDE OU LE PARTENARIAT GAGNANT-PERDANT

jeudi, 11 août 2016 / raina

LE MIRAGE DES IDE OU LE PARTENARIAT GAGNANT-PERDANT

Par Abdelatif Rebah

Dans un article brossant, au début des années 2000, le bilan de l’investissement étranger en Europe de l’Est, l’économiste Catherine Samary résume ce qu’en attendent généralement les pays récepteurs : « des technologies et du savoir-faire, des financements qui ne sont pas des dettes, des créations d’emplois et des capacités d’exportation »[1]. On peut affirmer qu’en Algérie, également, on n’en attendait pas moins, si on exclut les financements que les responsables algériens ont toujours tenus pour l‘aspect secondaire de la question[2]. On attend de l’IDE qu’il joue le rôle de vecteur d’implantation de nouvelles méthodes de gestion et de nouvelles modalités d’organisation, des manières de faire et des standards internationaux en matière de gestion et d’éthique des affaires, d’ amélioration de la formation de la main d’œuvre existante ainsi que d’acquisition et de diffusion de compétences techniques, enfin, qu’il apporte connaissances spécialisées et savoir-faire, incorporation de nouveaux intrants et de nouvelles technologies [3]. Cette vision plutôt idyllique du rôle de l’IDE projette la mise en commun des compétences et des capitaux entre les deux rives au travers de prises de participation, de joint venture et de filiales en vue de créer des segments compétitifs étroitement intégrés dans les structures industrielles de l’Europe [4]. Tout comme pour les gouvernants des pays de l’Est, pour ceux de l’Algérie, ces IDE sont « supposés tout bénéfice ». Le bilan est loin, cependant, de le confirmer.

Partenariat Sider-Arcelor Mittal : la sidérurgie algérienne dupée plutôt que dopée

Dès 1964, était lancé le travail de conception d’un programme d’envergure de développement de la sidérurgie algérienne considérée comme l’infrastructure de l’industrialisation, par excellence. La mise en place du potentiel sidérurgique et métallurgique national va absorber le cinquième de l’investissement industriel hors hydrocarbures réalisé durant la période 1967-1989, un montant estimé à 11 milliards de dollars (à prix constants de 1984)[5]. Ainsi, en deux décennies pratiquement, était érigé un immense potentiel technologique, dont le complexe d’El Hadjar constituait le cœur battant, faisant de l’Algérie le premier pays du Maghreb à se confronter aux défis de la maîtrise de la production sidérurgique des trois filières, produits plats jusqu’à l’acier étamé, produits longs et tubes sans soudure.

La construction du complexe d’El Hadjar avait également impulsé la création d’une infrastructure de recherche et de formation de qualité. L’Algérie s’enrichissait d’un centre de recherche métallurgique et d’un appareil de formation composé de l’Institut des mines et de la métallurgie de Sidi-Amar, au-dessus du complexe d’El-Hadjar, qui a servi de site initial à l’université d’Annaba, d’un Institut de soudure, d’un centre de formation d’ingénieurs d’application pour compléter la formation des techniciens supérieurs, d’un centre de formation de techniciens et agents de maîtrise et d’un centre de formation d’ouvriers qualifiés.

La réalisation du complexe sidérurgique avait donné naissance aussi à trois entreprises d’engineering Ensid, Sidem et Sersid installées respectivement à Oran, à Alger et à Annaba afin de capitaliser toutes les expériences en matière d’études et de réalisation des installations d’El-Hadjar et des usines de première transformation de produits sidérurgiques ainsi que de gaz industriels.

Le 24 février 1969 était mis en production le complexe d’El Hadjar. Sa capacité initiale de 1500 tonnes/jour d’acier sera portée, dix ans après, à 3500 tonnes/jour avec l’inauguration en 1980 du deuxième haut fourneau. En 1989, l’industrie sidérurgique algérienne, avec une capacité installée de 2 millions de tonnes, couvrait 50% de la demande nationale en acier[6]. Dotée d’un taux d’encadrement largement supérieur à la moyenne nationale de l’industrie, elle représentait un potentiel de qualification de plusieurs milliers d’ingénieurs, de techniciens et d’ouvriers professionnels et expérimentés.

Durant les années 1990, à l’instar des autres branches de l’industrie, la sidérurgie va payer son tribut au programme d’ajustement structurel du FMI et autres conséquences économiques et sociales du rééchelonnement. La production sidérurgique va accuser un net recul par rapport à la moyenne des années 1980 : - 22% pour la fonte liquide en poche, - 26% pour l’acier brut, -70% pour le rond à béton, - 46% pour les tubes d’acier soudés, -17% pour les tubes sans soudure[7]. Quant aux effectifs, ils chuteront de 22 000 à 12 000 à la veille de la privatisation d’El Hadjar[8]. Face à cette dégradation continue, direction et syndicats du complexe vont tirer, à maintes reprises, la sonnette d’alarme. Dans la deuxième moitié des années 90, en effet, les importations de produits sidérurgiques principalement ukrainiens, pourtant réputés irradiés suite à la catastrophe de la centrale nucléaire de Tchernobyl, mais à prix cassés, se sont multipliées du fait des barons de l’import-import alors que la production nationale, elle, ne s’écoulait plus. Les banques, de leur côté, refusaient d’accorder à l’entreprise sidérurgique les moyens de réhabiliter son outil de production notamment la chaîne du complexe d’El Hadjar, ou bien bloquaient le financement des programmes de modernisation et même l’approvisionnement de certaines unités de production. Le complexe est, alors, acculé à une sous-production et certaines chaînes à des arrêts[9]. C’est l’asphyxie. Le fleuron de l’industrie algérienne finit la décennie 1990 sur une note catastrophique. Le complexe d’El Hadjar ploie sous les dettes et les découverts et la direction du groupe Sider inaugure l’année 2000 en annonçant que l’entreprise était en cessation de paiement. Les signaux de détresse vont se répéter tout le long de l’année 2000. Fin septembre, on apprend que les installations d’Alfasid, le cœur du complexe, pourraient être contraintes à l’arrêt dans un délai de un mois ce qui conduirait à la mise au chômage technique ou définitif de plus de 10 000 salariés. La production est au plus bas, Alfasid est endettée à hauteur de 6 milliards DA et est sommée par ses fournisseurs et ses partenaires d’honorer ses dettes[10]. Un mois plus tard, au sortir d’une réunion avec le ministre de la Participation et de la coordination des réformes (mais qui passe alors pour être le ministre chargé des privatisations), Hamid Temmar[11], la direction de l’entreprise, les représentants du Trésor et de la BEA et les syndicats, le président du holding Sidmines dévoilera les perspectives qui restaient à l’entreprise : « nous avons besoin d’une subvention immédiate de 5 milliards DA pour éviter la banqueroute, pour couvrir les dettes et garantir les salaires pour 6 à 7 mois, le temps de trouver un partenaire étranger ». Le découvert d’Alfasid est de 13 milliards DA, celui de Sider, de 30 milliards DA. Des perspectives qui se résument, pour le syndicat, à la préservation de l’emploi et de l’outil de production.

La bouée de sauvetage

Rendue moribonde, l’entreprise n’a plus d’autre choix que d’accepter la privatisation comme une bouée de sauvetage. Elle en prend même les allures d’urgence signalée ! La décision de privatiser El Hadjar a été prise en 2000, un an plus tard, l’affaire était bouclée[12]. La signature du protocole d’accord intervient le 18 octobre 2001. Avec les 70% des actifs dans l’escarcelle, cet accord offrait au groupe indien Ispat International, le titre d’actionnaire majoritaire de la société algéro-indienne Ispat El Hadjar. Seules les unités du groupe Transolb et Alfatus manquaient à leur bonheur. « Vendue pour « une bouchée de pain », avec des engagements faciles à réaliser pour le repreneur, compte tenu du potentiel de développement », « privatisations au dinar symbolique », ces commentaires acerbes tranchaient avec la satisfaction qu’affichaient les responsables syndicaux du complexe pour qui « la voie semblait toute indiquée pour les entreprises en mal de trésorerie ou complètement à l’agonie de « retrouver une santé financière, seule garantie pour la préservation des postes d’emploi et l’augmentation de la production »[13]. Sur les montants exacts de même que sur les conditions dans lesquelles la cession s’est effectuée, il y a pratiquement absence d’information du public. Le qualificatif de dérisoire revient fréquemment quant au montant de la transaction, eu égard à la valeur réelle des installations et équipements de l’ordre de plusieurs milliards de dollars (la majorité des unités de production étaient encore performantes et de création récente, telles que la cokerie, les hauts fourneaux, les aciéries, les laminoirs, les tuberies). Au moment de la signature du contrat, en 2001, le bureau d’études français Roux avait évalué la valeur du patrimoine de la défunte Alfasid à 980 millions de dollars[14]. Sider apportait dans la corbeille offerte à l’Indien Ispat des avantages d’une valeur incommensurable[15].

Arcelor Mittal dispose à El-Hadjar d’un complexe de 800 ha parfaitement aménagé, doté de trois entrées-issues autonomes par voie ferrée et même d’une boucle ferroviaire permettant le déchargement en continu du minerai ou du charbon reçu par trains ; il y a aussi deux centrales électriques thermiques fonctionnant avec les gaz de récupération des hauts fourneaux et de la cokerie : ces deux centrales pourraient rapidement donner lieu à une centrale électrique à cycle combiné par l’adjonction de deux ou trois groupes électriques basés sur les turbines à gaz. Le complexe sidérurgique d’El-Hadjar dispose aussi d’une station de traitement et de recyclage de ses eaux usées d’un potentiel de production de 400 litres par seconde. De quoi assurer le fonctionnement autonome des hauts fourneaux et de la cokerie. El-Hadjar est conçu et dispose de toutes les infrastructures et utilités nécessaires à la production de 4 millions de tonnes d’acier. Ces disponibilités permettent, en outre, de réaliser ces capacités nouvelles en un temps record et à des coûts des plus compétitifs, avec les modules modernes de sidérurgie compacte, de la réduction directe de pellets de minerais de fer riches importés aux laminoirs de produits finis, il y a place à El-Hadjar pour installer deux modules de 1,5 million de tonnes chacun. Sider avait auparavant investi plus de 60 millions de dollars pour mettre à niveau le laminoir de produits plats laminés à chaud et surtout porté la capacité de l’aciérie électrique de 100 000 à 400 000 t/an avec une installation de coulée continue de billettes pour la production de ronds à béton. Dans les ateliers métallurgiques et mécaniques, un potentiel de fabrication mécanique lourde avec une forge pouvant forger et traiter thermiquement des pièces d’acier de 7 tonnes, tous les sous-ensembles des équipements de fabrication et de manutention pouvant y être réparés ou fabriqués. Ces installations devaient être intégrées à un vaste réseau d’usines grandes et moyennes pour la fabrication des biens d’équipement lourds nécessaires à la maintenance et au renouvellement des grandes industries locales.

De plus, ce qui avait été toujours refusé par les autorités aux gestionnaires algériens a été accordé au repreneur indien : la cession de la mine de fer d’El Ouenza et un minerai de fer bon marché, au moment où une forte demande sur le minerai de fer enregistrée sur le marché mondial entraînait une importante hausse des prix du transport maritime. Le groupe indien se voyait également épargné par les retombées de la flambée des prix pétroliers et donc du gaz naturel et de l’électricité. En effet, hormis le charbon importé de l’étranger, les autres sources d’énergie dont a besoin le complexe sidérurgique d’El-Hadjar, à l’exemple de l’électricité et du gaz naturel, sont vendues à Arcelor Mittal Steel à un prix considéré comme étant le moins cher sur tout le pourtour méditerranéen. La multinationale indienne obtenait aussi la couverture de l’APSI (Agence pour la promotion de l’investissement) c’est-à-dire l’exonération fiscale sur 10 ans et l’effacement de toutes les dettes d’Alfasid. Mittal va, également, hériter des stocks de matières premières, pièces de rechange, équipements et matériels, y compris ceux commandés, payés et non encore réceptionnés. Sur le plan commercial, le nouveau propriétaire majoritaire de l’industrie sidérurgique nationale avait un important marché et les capacités de production ne pouvaient couvrir que 60% de la demande. Outre la disponibilité de la matière première, l’énergie et la main d’œuvre à bon marché, Arcelor Mittal bénéficie d’un marché algérien porteur largement stimulé par un plan de relance économique très demandeur en produits sidérurgiques et en matériaux de construction et auquel il applique les prix de l’acier sur le marché international. Il faut souligner qu’un investissement minimum lui suffisait pour augmenter la production.

Moyennant « quelques bonnes primes », des départs à la retraite, des décès et des licenciements non remplacés, Ispat procède à un « dégraissage en douce » des effectifs, provoquant 1100 départs pour le seul mois de mai 2002. En même temps, il s’offre un large recours à la formule « Emplois Jeunes », financée par l’Etat algérien, pour le recrutement par centaines d’ingénieurs et techniciens. Autant d’aubaines qui lui garantissaient de rentabiliser son engagement en Algérie.

Sur le terrain, l’effet d’éblouissement de la gestion Mittal, volontiers mis en contrepoint avec les sombres années 90 de l’entreprise publique, a perdu de son éclat des premières années. Le repreneur va connaître son premier grand conflit le 1er aout 2007, quand vont débrayer 8000 travailleurs des unités de production et de commercialisation implantées dans différentes régions du pays (Annaba Pont Bouchet, El Hadjar, Hussein Dey, Reghaia, Blida, Ksar El Boukhari, Oran, El Khroub et Skikda). Toutes les installations et la chaîne de production étaient à l’arrêt, y compris l’unité portuaire où les travailleurs ont refusé de procéder au chargement des produits laminés destinés à l’exportation et de décharger une cargaison de charbon. Motif : la « mise au départ volontaire » des 1200 travailleurs à partir de septembre 2007. « C’est un volet social déguisé et sans consultation du partenaire social que tente de mettre en application Arcelor Mittal Steel », dénonce le nouveau syndicat[16].

Un diagnostic accablant

Au tableau enchanteur des premières années, a succédé une réalité plus prosaïque. Depuis sa reprise par l’Indien Lakshmi Mittal en 2001, puis la fusion avec le groupe Arcelor Mittal, le complexe sidérurgique d’El Hadjar n’a jamais vraiment atteint les objectifs fixés ou réalisé totalement les différents business plan arrêtés. En effet, cette usine, avec des capacités installées de l’ordre de 2 millions de tonnes, arrive dans ses meilleures années à produire au plus 1,2 million de tonnes malgré la mobilisation autour de cet objectif des quelque 7 200 travailleurs. Alors que le président-directeur général d’Ispat-Annaba annonçait solennellement le 1er novembre 2004 « nous devons atteindre une production de 1,5 million tonnes en 2005 pour arriver quelques années après à 5 millions de tonnes », performances, d’ailleurs, jamais réalisées, son successeur, Vincent Legouic, le manager en chef du complexe d’El Hadjar, doit se contenter d’un profil plus modeste, 750 000 tonnes en 2009, avec en prime la fermeture de la cokerie, et une prévision de un million de tonnes d’acier liquide pour 2010. En somme, avec un complexe « allégé » des deux tiers de ses effectifs, sans investissements significatifs, le leader mondial de l’acier ne parvient pas à réaliser des performances de production franchement supérieures à celles que réalisait l’entreprise publique Sider. Messaoud Chettih, son dernier P-DG, fait observer que « là où notre marché national affiche une demande importante, en rond à béton, Arcelor Mittal demeure faible en production. Elle couvre difficilement les 20% des besoins nationaux. Le reste est importé »[17]. En effet, depuis son installation en Algérie, les business plan du partenaire indien ont toujours été orientés vers les produits longs à faible valeur ajoutée[18]. En 2007, une évaluation a établi le déficit de la production par rapport à la demande à 4 millions de tonnes d’acier liquide, soit, au prix de 600 dollars la tonne, une dépense d’importation de 2,4 milliards de dollars. En matière d’investissements dans la maintenance des équipements, souligne Messaoud Chettih, ni Arcelor Mittal ni l’Etat n’ont fait des progrès considérables. En Algérie, révèle-t-il, seulement 3 dollars par tonne d’acier ont été investis sur les 20 dernières années, soit 6 millions de dollars en deux décennies. Résultat, le complexe d’El Hadjar a vécu au rythme des incidents techniques aux hauts fourneaux, à l’aciérie à oxygène et aux centrales électriques et des arrêts pour cause de pannes dues à la vétusté des équipements et à l’absence d’investissements de maintenance.

En réalité, le groupe indien n’a jamais manifesté un enthousiasme particulier à investir dans la modernisation des équipements et la mise à niveau du complexe.

La success story programmée, qui avait obtenu tous les atouts pour ne pas démentir, devait avoir valeur d’argument exemplaire vivant, en faveur de futures cessions dans d’autres secteurs de l’économie nationale.

15 ANS APRES LA PRIVATISATION, L’ARNAQUE DU GEANT INDIEN DE L’ACIER MITTAL A EL HADJAR

L’échec de la privatisation d’El Hadjar

Le complexe, propriété de l’Etat algérien, avait été racheté à 70% en 2001 par l’indien Ispat, qui appartient au groupe Mittal. Il devait doper la siderurgie algérienne, il l’a dupée, en fait. Le bilan est négatif : sous-investissement, dégradation des installations et équipements, fermeture des sites de production essentiels, réduction des effectifs et pas d’amélioration des conditions de travail. La cokerie a été mise à l’arrêt depuis la fin 2010 car la multinationale indienne n’ayant pas intérêt à la réhabilitation de cette structure, préférait s’appuyer sur le coke que le groupe produit dans ses usines européennes, le coke importé « à moindre coût » pour alimenter le haut fourneau

Le complexe, faut-il le souligner, n’a pas concrétisé les prévisions du million de tonnes d’acier annuellement depuis sa reprise par ArcelorMittal en 2001. La production d’acier prévue pour 1 million de tonnes a chuté à 600 000 en 2012, puis a carrément dégringolé en 2013 et 2014 pour se situer à 300 000 tonnes aujourd’hui en 2015, au moment où la demande nationale a explosé pour atteindre pour les seuls ronds à béton et fils pour machines, environ 4 millions de tonnes, ce qui signifie qu’El-Hadjar ne fournit le marché national qu’à moins de 10%. L’importation lui coûte annuellement environ 10 milliards de dollars. La Banque extérieure d’Algérie (BEA), a été obligée de lui accorder un crédit bancaire de 14 milliards de dinars, dont 9 milliards destinés au rachat de la dette d’ArcelorMittal auprès de la banque

AOUT 2016 : L’Etat reprend le contrôle d’El-Hadjar[1]

Le complexe d’El-Hadjar, le fleuron de la sidérurgie algérienne, vient d’être récupéré par l’Etat après avoir été vendu au géant mondial de l’acier, l’Indien Mittal en 2001.

C’est ce que le ministre de l’Industrie et des Mines, Abdeslam Bouchouareb, a annoncé hier dimanche 8 Aout 2016

Dans un communiqué transmis au Quotidien d’Oran, les groupes IMETAL et ArcelorMittal ont annoncé la signature hier dimanche à Alger de l’accord final portant transfert total des parts sociales des sociétés ArcelorMittal Algérie (AMA), ArcelorMittal Pipes and Tubes Algeria (AMPTA) et ArcelorMittal Tébessa (AMT

La partie algérienne contrôlera de ce fait entièrement ces sociétés

Cet accord permettra d’avoir le contrôle total des trois sociétés, ce qui nous facilitera la prise de décision et la mobilisation des moyens pour assurer le succès de l’opération de revamping des installations industrielles et leur redémarrage dans de bonnes conditions. Il permettra également de stabiliser le climat social dans les trois sociétés, pour améliorer leur rentabilité et préserver les emplois ».

ArcelorMittal Algérie sera dorénavant SIDER El-Hadjar ; ArcelorMittal Pipes and Tubes Algérie sera SIDER TSS, et ArcelorMittal Tebessa sera Les Mines de Fer de l’Est, MFE. Spa

Les trois unités reprises sont des plateformes importantes appelées à jouer un rôle actif dans l’avenir de la filière sidérurgie-métallurgie algérienne et plus globalement dans la réalisation de notre ambition industrielle

Promouvoir l’autosuffisance du pays en acier, notamment les produits plats nécessaires au développement des autres filières industrielles ». Il a également précisé que

Cette opération de cession des participations n’avait pas donné lieu à une transaction financière et a donc été effectuée à titre gratuit, c’est-à-dire au dinar symbolique. Les discussions pour le transfert des actifs d’ArcelorMittal à l’Algérie avaient débuté en 2015 et un accord avait été vite trouvé pour la restructuration de l’actionnariat des trois sociétés.

Pour la partie indienne, il s’agit d’un bon accord. « Nous sommes satisfaits de la finalisation de cet accord avec le groupe public Imetal

Experts financiers et analystes avaient estimé que cet accord cache en fait un désengagement « en catimini » du géant mondial de l’acier du marché algérien, où il était en grandes difficultés. Le désengagement de Lakshmi Mittal du marché algérien a été également vivement critiqué par la classe politique selon laquelle le retour du complexe d’El-Hadjar au secteur public n’est qu’une Sortie par la grande porte du sidérurgiste indien d’Algérie, où il a laissé de grosses dettes et des déficits.

En 2013 l’Algérie avait porté sa participation à 51 %. En échange, elle a mis en place un plan de développement d’ArcelorMittal Annaba avec un apport de 700 millions de dollars dégagés par la Banque extérieure d’Algérie pour un programme de relance étalé sur la période 2014-2017.

Une « arnaque ». 15 ans après son entrée en Algérie, le géant mondial de l’acier laisse à l’Etat algérien un complexe désorganisé, qui ne produit plus, et lourdement endetté.

Notes et renvois :

[1] Catherine Samary, L’investissement étranger en Europe de l’Est. Quel bilan ? Article publié le 30 mars 2002 par Attac France.

[2] On peut retrouver cette place seconde accordée aux besoins en capitaux dans l’argumentaire des IDE et de la privatisation développé par Abdelhamid Temmar, Abderrahmane Mebtoul, Abdesslam Belaid de même qu’elle est relevée par Ali Aissaoui à propos du projet de loi hydrocarbures de Chakib Khelil.

[3] Cf. ONUDI, Développement industriel, Rapport mondial 1997, p. 14. Selon M. Mekideche, par exemple, les IDE utilisent les biens et services locaux et les réorganisent aux standards internationaux en le tirant vers le haut (technologies récentes, meilleures pratiques managériales) in El Watan du 20 septembre 2006.

[4] « A l’heure de la mondialisation, estime l’économiste français G. Kebabdjian, il n’y a, semble-t-il, d’autres stratégies alternatives que la formation d’une offre compétitive dans le cadre d’une ouverture économique régionale » (cité par B. Hadjri dans sa communication aux Assises Algérie-France-Europe. Marseille, novembre 1998).

[5] Idem

[6] Ibidem

[7] Source ONS. Rétrospective 1970-2002.

[8] En janvier 2000, les 6 000 travailleurs d’Alfasid (filiale du groupe Sider) dans le complexe sidérurgique El-Hadjar à Annaba ont débrayé contre un projet de « compression » d’effectifs dans le cadre des préparatifs pour la privatisation de la société. Le mouvement est reparti le 15 mai suite au non-paiement des salaires. La protestation s’est étendue aux aciéries, à la cokerie et aux hauts fourneaux, et aussi aux Ateliers maghrébins de mécanique. Le 16, les ouvriers tentaient de manifester devant le siège de la direction.

[9] El Watan du.29 juin 1999 et Alger républicain du 8 août 2009.

[10] Liberté du 24 septembre 2000.

[11] Ancien enseignant de la faculté de droit et de sciences économiques de l’université d’Alger dans les années 1960 puis fonctionnaire de la Banque Mondiale, Hamid Temmar est entré au gouvernement après l’élection de Abdelaziz Bouteflika à la présidence de la république ; depuis 1999 il a occupé divers postes ministériels successifs, le dernier en date est celui de ministre de la Prospective et des statistiques (2010).

[12] Cf. Jeune Afrique, novembre 2005.

[13] Cf. Rapport semestriel 2002 de la fédération des travailleurs de la métallurgie, mécanique, électrique et électromécanique (FNTMMEE), affiliée à l’UGTA, qui passe en revue le partenariat conclu par le complexe sidérurgique d’El Hadjar, Sider, avec la multinationale indienne ISPAT, que le syndicat avait soutenu.

[14] Alger républicain du 8 août 2009.

[15] Au point où le patron du groupe industriel égyptien El Ezz Steel qui devait investir 1,25 milliard de dollars pour la construction d’un complexe sidérurgique à Jijel, « l’homme au 50 milliards de livres », comme l’appellent les Egyptiens, estimait insuffisantes les facilités fiscales et parafiscales offertes par l’Algérie ainsi que les avantages spécifiques accordés par le Conseil national des investissements (CNI). Le patron et homme de pouvoir égyptien a exigé que l’Algérie lui construise un quai à Bellara et lui garantisse du gaz à prix subventionné pour une durée de 25 ans. Le groupe El Ezz a également conditionné le démarrage du projet par la construction par l’Etat algérien d’une centrale électrique. Le groupe égyptien a estimé que cette demande était « logique » pour la simple raison que le groupe Arcelor Mittal s’est trouvé en possession d’une centrale électrique en rachetant 70% du capital du complexe sidérurgique d’El Hadjar. Cf. Le Quotidien d’Oran du 13 avril 2010.

[16] Cf. El Watan du 2 août 2007.

[17] Idem

[18] El Watan économie du 9 au 15 novembre 2009.

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Reprise par l’Etat du contrôle total du complexe sidérurgique d’El Hadjar : le culot de Bouchouareb

Publié le par Mahi Ahmed

Reprise par l’Etat du contrôle total du complexe sidérurgique d’El Hadjar : le culot de Bouchouareb

jeudi 11 août 2016

par Alger republicain

15 ans après avoir cédé pour une somme symbolique 70% du capital de l’entreprise publique sidérurgique SIDER et des mines de fer de l’Ouenza à la multinationale Ispat devenue par la suite ArcelorMittal, l’Etat récupère ses biens en reprenant le contrôle sur la totalité de leur capital.

La multinationale s’est désengagée. Elle a fait perdre 15 précieuses années à l’Algérie avec la complicité de ceux qui ont présenté la privatisation comme la solution magique aux problèmes du développement industriel. Le fleuron de l’industrie nationale revient à la nation. Mais dans quel état de délabrement !

Ispat-ArcelorMittal s’était engagée à investir et à moderniser le complexe. Dans la réalité elle s’est comportée en vampire. Elle a pompé son potentiel sans rien apporter au pays. Mais à qui la faute ? A des capitalistes venus se remplir les poches sans rien débourser ? Ou aux néophytes du libéralisme qui avaient décrété que par ses vertus naturelles le capitalisme étranger allait faire des miracles ? Redémarrage de l’usine, augmentation de la production, amélioration magique et stabilisation de la situation du personnel une fois « dégraissé », etc., des promesses qui ne seront jamais tenues. La doctrine du désengagement de l’Etat implicitement formulée dans les réformes de 1987, édictée dans l’accord passé avec le FMI en 1994 et consacrée en 2001 par une décision du gouvernement de se retirer complètement de l’acte d’investissement industriel est à l’origine du sinistre actuel.

La privatisation devait soi-disant apporter un remède à la situation financière déstructurée du complexe. Or, les véritables causes des difficultés du complexe, une conquête majeure d’une Algérie indépendante rompant avec le « pacte colonial » qui lui fermait toute perspective d’industrialisation, ne sont pas celles qu’incriminent les partisans de la libéralisation et aspirants à l’enrichissement personnel. La situation financière du complexe ne résultait pas d’une incapacité congénitale du secteur public à générer des surplus en exploitant pleinement son potentiel productif. La preuve est que le complexe était parvenu en 1984 à produire 1,4 millions de tonnes d’acier liquide. Un niveau de production que la multinationale n’atteindra jamais malgré son soi-disant savoir-faire et toutes les facilités que l’Etat lui a accordées. Le complexe avait commencé à atteindre sa vitesse de croisière en 1984 grâce à l’expérience accumulée par les travailleurs et les cadres algériens, à la maîtrise d’un métier stratégique, fermé aux colonisés avant 1962. Son élan fut brisé à peine un an après. Le complexe sera étranglé, comme toutes les entreprises obligées d’importer leurs fournitures ou équipements, par les difficultés financières consécutives à la baisse du prix du pétrole en 1985 et au poids énorme du service de la dette extérieure du pays, une dette soigneusement cachée aux citoyens par le régime*. Les gourous qui échafaudent dans l’ombre les plans de l’offensive vers la libéralisation sautent sur l’occasion pour lui fermer le robinet d’accès aux devises indispensables à l’achat des pièces et fournitures importées, sans lesquelles l’usine ne pouvait exploiter au maximum ses capacités de production. Les performances de la production plongeront en conséquence.

Au fond ce n’est pas la baisse des ressources en devises de l’Etat qui explique le marasme mais le refus des autorités d’élaborer une politique de préservation des secteurs productifs stratégiques face à une conjoncture défavorable. Un refus calculé. Le pouvoir était dès le début des années 1980 entièrement contrôlé par les partisans de la libéralisation. N’osant pas dévoiler prématurément leur choix de classe, ils avaient opté pour la tactique de la désorganisation du secteur public, de son asphyxie par une règlementation qui paralysait le travail des cadres. La pénurie de devises fournit le motif en or pour mettre en exécution le plan de casse du secteur public. Les « réformes » de 1987 furent leur réponse. Les entreprises publiques sont brutalement lâchées. Les conséquences de cette politique savamment préméditée sont ensuite exploitées pour discréditer toute stratégie de développement, pour interdire toute réflexion sur une relance industrielle axée sur le rôle primordial du secteur public.

Sans chercher à justifier la stratégie de la multinationale indienne, il faut admettre que celle-ci semble avoir très vite compris, dans le contexte du cap mis sur les importations sous la pression des nouveaux barons de l’import, étroitement liés aux hommes forts du régime, que la sidérurgie locale n’avait que peu de chances de s’imposer. Pouvait-elle rivaliser avec les importateurs de rond à béton à bon marché mais de moindre qualité qu’ils déversent massivement sur le marché interne ? L’ampleur de la catastrophe du séisme de 2003 était liée à l’utilisation de ce fer d’importation défectueux, constatèrent les experts.

Ispat-Mittal a donc opté pour l’écrémage de l’usine en commençant par exporter à des prix fictivement bas tout le stock de pièces de rechange, trouvé sur place, vers ses usines de l’est européen. Elle amassa beaucoup d’argent en exportant la ferraille vers ses autres filiales à l’étranger et à prix sous-estimé, à un moment où son cours flambait sur le marché mondial. On dit qu’elle réalisa en deux ou trois ans plus de 500 millions de dollars de profits à l’aide de ces procédés frauduleux sur lesquels les responsables étatiques fermaient les yeux malgré l’alarme sonnée par de nombreux cadre honnêtes. Il ne fallait surtout pas faire douter le capital étranger de la volonté du régime de tourner définitivement la page de l’ « économie administrée » ou jeter le trouble dans les esprits en cours de reformage idéologique par une presse toute acquise au libéralisme. Le correspondant d’El Watan à Annaba s’employait systématiquement à enjoliver les faits à la gloire de Mittal. Le faux syndicaliste Menadi abreuvait de son côté les journalistes de mensonges éhontés. Qualifié un jour de « lion » par Ouyahia, il avait revêtu le costume de porte-parole officieux de la multinationale dont les responsables s’abstenaient de dire quoi que ce soit au public sur la réalité des très faibles performances de leur gestion et surtout des énormes coûts qu’ils faisaient supporter par l’Etat.

Malgré les exonérations fiscales, les bas tarifs de l’eau et de l’électricité, les diverses aides, telle que la prise en charge de plus de 1000 jeunes ingénieurs et techniciens, par le budget de l’Etat dans le cadre du pré-emploi, Mittal se désintéressa complètement de la maintenance de l’appareil de production. La crise des « supprimes » de 2008-2009, la baisse de la demande sur le marché mondial, furent le prétexte faux mais providentiel pour justifier l’inertie. Une propagande inlassable est diffusée par l’intermédiaire de journalistes avalant n’importe quelle couleuvre sous la baguette des chefs d’orchestre de cette campagne de contre-vérités, au mépris des réalités. ArcelorMittal avait à sa disposition un marché interne immense et en expansion ininterrompue. Les besoins en produits sidérurgiques étaient à leur sommet, stimulés par les dépenses d’investissements en infrastructures publiques. La mauvaise foi d’une multinationale qui s’abritait derrière de faux fuyants n’avait plus besoin d’être prouvée.

Le complexe était donc en train de courir le risque de destruction pure et simple du fait de cette stratégie d’absence d’investissements de maintenance et de renouvellement. Craignant d’être accusé par l’opinion nationale de complicité dans l’opération de sabotage menée par la multinationale, le gouvernement décide très tardivement d’intervenir. D’une manière très contestable et aux dépens de l’argent du pays, il se porte au secours de la multinationale. Près d’un milliard de dollars sont débloqués il y a un an et demi à travers des crédits de la banque publique BEA pour assurer le redémarrage du complexe.

Les dégâts sont énormes. Les entreprises étrangères appelées à remettre en état de marche le haut fourneau rendent le tablier devant l’ampleur de la tâche à accomplir, provoquant de nouveaux retards dans la redémarrage prévu pour le mois d’août de cette année.

Le bureau technique britannique qui vient de prendre la suite a pris la mesure de la gravité de la situation après 15 ans de laisser-aller.

Le ministre de l’Industrie , Bouchouareb, est obligé de faire un constat alarmant : " des dégâts cachés, telles que les fissures dans les hauts-fourneaux , (ont été) décelées lors des travaux de rénovation » (L’Expression du 8 août 2016). Le ministre reconnaît donc que les fissures ont été cachées. Un crime commis contre l’économie nationale !

Mais que fait-il ? Au lieu de demander des comptes à la multinationale, il se félicite qu’elle ait eu l’amabilité de céder ses 49% d’actions au dinar symbolique ! Et qui blâme-t-il ? Les travailleurs et l’encadrement qu’il « met en garde ». « « Il faut qu’ils prennent leurs responsabilités sinon le complexe sera laminé » ! Et pour bien les culpabiliser il a le culot de leur adresser cet avertissement : « C’est votre dernière chance ».

Voilà un pouvoir qui avait qualifié par la bouche de Temmar l’industrie nationale de « quincaillerie ». Il s’était abstenu d’éjecter en 2011 la multinationale pour non respect des engagements pris en 2001 lors de l’accord de cession des parts de l’Etat. Toute honte bue, il ose aujourd’hui s’en prendre à ceux qu’il a abandonnés à leur sort. Il pousse l’aplomb jusqu’à faire oublier qu’il n’a pas assumé son devoir de contrôler la gestion de la multinationale tel que sa position d’actionnaire le lui permettait.

Au fond le régime a atteint ses objectifs. Il a réussi à épuiser l’opinion et les travailleurs en laissant croire qu’il a tout fait pour sauver le complexe mais, hélas ! avec des résultats décevants. Il a entrepris d’affaiblir la part du secteur public dans la production sidérurgique en favorisant l’entrée d’affairistes étrangers et locaux, à l’image de Haddad, surgi du néant par la grâce de la « mamelle » de l’Etat. D’ici 2020, ils seront, selon la liste lue par le ministre, 3 grands magnats à contrôler ensemble 11 des 13 millions de tonnes prévus, soit 75% de l’acier qui sera produit. Une position monopoliste qui leur permettra de dicter leurs prix et de s’octroyer d’énormes profits. Le régime démontre une fois de plus qu’il est réfractaires aux leçons de la privatisation. Reste à savoir si ces objectifs seront réalisés et à quel coût ? Au lieu de privilégier le secteur public comme axe stratégique d’une politique véritable d’industrialisation et d"indépendance économique il continue à miser sur les affairistes du secteur privé. Lesquels recherchent n’importe quelle aubaine pour surfacturer les fournitures et équipements importés, à se constituer d’une façon aussi frauduleuse un gros butin dans les banques étrangères, à l’image de Rebrab dont Le Monde vient de dévoiler les comptes qu’il détenait au Panama. Décidément le régime est un mauvais élève !

En attendant, MittalArcelor aura laissé une grosse ardoise par suite de déficits cumulés colossaux. Un total de 30 milliards de DA pour les seules années 2009 à 2011, révèle le Quotidien d’Oran du 8 août. Les chiffres des années qui suivent ne sont pas connus. C’est l’équivalent de 300 millions de dollars, soit dix fois le montant de l’achat du complexe par la multinationale, achat réglé par tranche annuelle de 3 millions de dollars ! Et ce n’est pas tout. MittalArcelor doit aussi la somme faramineuse de 80 milliards de centimes à Sonelgaz. Qui payera la facture ?

Les travailleurs ont été « mis en garde ». Ils devront se serrer la ceinture pour payer les créanciers qui frapperont à la porte de « leur » entreprise. C’est le prix à payer pour qu’ils conservent leur gagne-pain.

R.E. * La dette extérieure était un tabou jusqu’en 1989. Le régime qui avait dilapidé les faramineuses rentrées de recettes pétrolières enregistrées de 1980 à 1985, avait endetté le payer au lieu de diminuer celle léguée par la politique d’industrialisation des années 1970. Le PAGS était seul à la dénoncer dans ses publications clandestines et à appeler à mettre fin à la gabegie. La veille de l’explosion populaire du 5 octobre 1988 des militants du PAGS furent arrêtés et torturés. « Qui vous a donné les chiffres sur la dette extérieure ? » était une des principales questions que leur posaient entre deux décharges électriques les officiers chargés de superviser l’interrogatoire.

Publié dans Economie et société

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Le gouvernement ponctionne les revenus fixes,épargne les grosses fortunes

Publié le par Mahi Ahmed

Le gouvernement ponctionne les revenus fixes,épargne les grosses fortunes

Abdelatif Rebah. Economiste, ancien cadre supérieur au ministère de l’Energie

«Le gouvernement ponctionne les revenus fixes,épargne les grosses fortunes»

le 31.03.16 |

Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a récemment annoncé qu’un nouveau modèle économique serait en préparation. Un collège d’experts, sa task force économique, a été constitué auprès de son cabinet pour se pencher sur le modèle et proposer des mesures anticrise. Un nouveau modèle économique pour quoi faire puisque la Constitution a déjà gravé dans le marbre l’économie de marché ?

Je ne ferai pas de spéculation, car je n’ai pas d’information sur ce modèle en question. Je suis comme vous, j’ai appris que des experts se penchent actuellement sur la conception d’un modèle et qu’il sera prêt d’ici juin. Maintenant, si vous me dites que c’est pour juguler la crise, je dirais qu’un modèle est conçu et mis en œuvre pour le moyen et le long termes. Les mesures anticrise relèvent du conjoncturel. Si le modèle économique réhabilite la vision du long terme, c’est en soi un bon point.

Sortir de la dictature du court terme pour aller vers la perspective du long terme. Réhabiliter la vision du long terme signifie réhabiliter les outils et l’appareil conceptuel qui vont avec. Je conçois mal qu’on puisse encore travailler sans réhabiliter la planification. Ce n’est pas parce que des institutions internationales ont décrété que ces outils sont désuets qu’on va s’y précipiter. Nous devons réhabiliter la vision pragmatique. Les mesures appropriées, il faudrait les inventer conformément aux problèmes tels qu’ils se posent chez nous. Sans a priori.

L’économie de marché, il ne faudrait pas en faire une idéologie ou une religion. Nous devons aller vers les caractéristiques structurelles de l’émergence, sortir de ce piège des équilibres macroéconomiques parce que c’est une commande du FMI et de la Banque mondiale. Il nous faut une cohérence alternative nouvelle.

Cela veut dire remettre en cohérence la stratégie de développement, la politique économique, la politique industrielle, la politique sociale pour qu’on puisse y voir clair, avoir une démarche qui corresponde à l’étape où nous nous trouvons en 2016. Nous, nous n’avons pas réglé encore la question de la sortie du sous-développement. Nous avons encore des problèmes structurels à régler. Souvent, on nous sert la tarte à la crème de l’économie rentière. La rente existait dans les années 1960-70, elle a servi à construire des usines, des écoles, des universités, former des milliers de cadres, etc. Heureusement qu’on a cette rente.

Le problème est l’usage qu’on fait de ces revenus pétroliers et gaziers. Ce n’est pas le même usage entre les décennies de développement national qui ont suivi l’indépendance et les trois dernières décennies de restructurations libérales. Maintenant, si c’est pour aller dans l’impasse, parce que c’est l’impasse, cela ne sert à rien.

Le constat d’impasse, nous y sommes déjà. Prenez le libre-échange. Des ministres, des experts, ont tous dit il faut aller vers ça et on a perdu sur toute la ligne. Je ne veux pas convoquer les chiffres, mais après plus de dix ans de l’accord d’association avec l’UE, nous nous retrouvons avec plus de 220 milliards de dollars d’importation et 6 ou 7 milliards à l’exportation hors hydrocarbures. C’est insignifiant.

On a dit les IDE pour lesquels il y a eu 3 décennies d’intense démarchage. En dehors des hydrocarbures, qu’est- ce qu’il y a comme investissement étranger ? On a dit privatisation. Les statistiques de l’ONS ou du CNRC parlent d’elles-mêmes.

Le secteur privé, c’est notre réalité historique, n’a pas existé chez nous. Ce n’est pas X ou Y qui a empêché son émergence, c’est le colonialisme qui n’a pas permis son existence. Le colonialisme n’a pas développé un capitalisme national. Cela ne s’invente pas et ce n’est certainement pas par décret qu’on transforme des TPE familiales de 5,6 bonhommes en entreprises qui vont devenir des start-up. La problématique de sortie du sous-développement, des changements structurels, de l’instrumentation institutionnelle appropriée est toujours d’actualité.

Un modèle économique se décrète-t-il ? Est-ce un collège d’experts qui doit décider en autarcie des nouvelles orientations économiques ? Une telle approche ne souffre-t-elle pas en amont d’un déficit de démocratie ?

Un modèle économique est un aboutissement. C’est vrai qu’il peut être un point de départ pour un élan économique mais c’est l’aboutissement d’un processus. S’il est véritablement question d’un modèle économique, on ne peut pas faire l’économie d’un processus de concertation large. Mais, apparemment, on n’en est pas là. Je ne pense pas qu’on puisse, en seulement trois mois, mettre en place un nouveau modèle économique.

Ce sera donc une logique d’experts. Des experts réunis en cabinet restreint vont décider de ce qu’il y a de mieux pour l’Algérie. Les problèmes de l’Algérie sont assez sérieux, complexes, pour être laissés aux seuls experts, fussent-ils les meilleurs du monde. Ceci, nonobstant la notion d’expert qui suscite de la méfiance. Les hypothèses, les supputations des experts engagent la société entière mais les conséquences des choix qu’ils entraînent c’est la société seule qui les assume.

La logique d’experts ne doit pas primer. Nous devons réunir toutes les conditions de réussite de la démarche. Maintenant, si ce modèle économique relève de l’effet d’annonce pour dire que nous ne sommes pas passifs face à la crise, à la limite on peut comprendre. Les gouvernements lorsqu’ils sont confrontés à ce type de difficultés ont recours à ce genre de procédés. Par ailleurs, vous évoquez l’article de la Constitution qui balise l’économie de marché, je ne pense pas que cela puisse constituer un problème.

Le problème est : quelle est notre stratégie pour sortir du sous-développement pour l’émergence économique ? Ils ont appelé ça «basculer dans l’économie de marché», pour vous dire, c’est significatif, comme s’il s’agissait d’un moment physique, quelque chose qui relève d’un dispositif technique, alors que ce n’est pas du tout ça. C’est, encore une fois, un processus historique, économique, social qu’on met en œuvre avec ses étapes, ses contenus différenciés.

En 1999, le président Bouteflika est venu avec des prétentions libérales. On a connu une parenthèse de patriotisme économique avec la LFC 2009 vite refermée. Désormais, est-ce le retour au cap libéral initial ?

J’ai une autre lecture. On ne peut pas ignorer tous les processus qu’il y a eus ni les forces qui agissent. Depuis trente ans, les forces de l’argent se sont beaucoup développées. Auparavant, elles avaient une existence quelque part sociologique ensuite une existence économique et sociologique maintenant elles en sont à une existence sociologique, économique et politique. Elles pèsent désormais dans le processus de décision. Elles veulent avoir la volonté de l’Etat, l’orienter à leur guise, consacrer leur vision de l’économie et de la société, imposer les limites à ne pas franchir.

Quand elles prétendent par exemple que tout est privatisable, là c’est clair. L’empreinte est visible dans le dossier des subventions. Voilà justement un secteur privé qui a enflé grâce aux aides et soutien des pouvoirs publics et qui maintenant qu’il est arrivé en haut veut supprimer l’ascenseur. Il traite des subventions comme s’il n’en avait lui-même jamais bénéficié. Ensuite, nous avons des élites qui dissertent sur des augmentations des prix et tarifs avec autant d’aisance qu’elles ne sont pas concernées du tout par leurs retombées.

Elles surenchérissent en disant que ce n’est pas 10% d’augmentation de l’énergie qu’il faudrait mais davantage. Le CNES a récemment demandé un plein d’essence à plus de 2000 DA. Ces élites ne se posent apparemment pas de question sur les retombées.

D’une part, parce que celles-ci n’impactent pas de la même façon les budgets et revenus familiaux. Les écarts de revenus tels qu’ils sont donnés par l’ONS, soit le rapport entre le budget de consommation du quintile le plus bas et celui du quintile le plus haut, cet écart est formellement de 1 à 5, voire 1 à 6, mais en réalité, en y introduisant les autres revenus non enregistrés, nous auront un écart beaucoup plus important de 1 à 8, voire jusqu’à 1 à 10, entre les 20% de la population les plus aisés et ceux du bas de l’échelle. Je dis que des études sérieuses sur l’impact doivent être commandées préalablement à toute nouvelle augmentation.

Or, aucune simulation n’a été faite au préalable, à ma connaissance. En France, l’écart entre le niveau le plus bas et le niveau le plus haut de consommation énergétique va de 1 à 6 et même de 1 à 9. Il y a des gens qui consomment neuf fois plus que les autres. Ici aussi, nous n’avons pas tous le même niveau de consommation, ni le même type de voiture, ni tous des climatiseurs, etc. Il nous faut une tarification résolument progressive qui mette à contribution les strates de surconsommateurs multi équipés. Prenons l’exemple des augmentations des prix de l’électricité et du gaz.

Les factures ne sont pas encore envoyées : c’est au mois d’avril et l’incidence de l’augmentation des tarifs énergétiques se fera sentir sous peu. Le gouvernement dit préserver les couches des petits consommateurs. Il a épargné les 2 premières tranches. Mais, dans la tranche 3, on retrouve des petits consommateurs et ce sont des salariés pour la plupart. C’est la tranche de consommateurs la plus touchée proportionnellement à ses revenus.

Or, la tranche 4, ceux qui consomment beaucoup d’énergie, n’est pas suffisamment démarquée de la 3 alors qu’elle devrait être concernée plus par l’incidence de la hausse. Ce n’est que justice après tout. C’est dans la tranche 4 qu’on retrouve les plus hauts revenus et le suréquipement énergétique. Idem pour le gaz. La tranche 4 n’est pas suffisamment démarquée de la 3. L’écart entre les deux tranches doit être beaucoup plus important.

En fait, finalement, c’est la tranche des salariés, des revenus fixes qui sera sensiblement affectée. Le reste à vivre, soit la somme du budget qui reste après avoir payé les factures des services publics, deviendra pour eux problématique. L’autre aspect a trait à l’effet inflationniste.

Il y a un effet d’entraînement : les augmentations des prix des produits énergétiques sont automatiquement répercutées sur ceux des biens et services Et l’inflation, il ne faut pas l’oublier, c’est l’impôt du pauvre. Nous ne devons pas uniquement raisonner en termes d’équilibres comptables. Les incidences in fine sur la stabilité sociale, il ne faudrait surtout pas les négliger.

Ces augmentations bien que justifiées ne sont pas injustes, elles sont injustement réparties, c’est ce que vous dites.

Exactement. Elles sont injustement réparties. Ceci dit, des mesures doivent être prises pour rationaliser la consommation énergétique et la tarification en fait partie, même si elle n’est pas le seul levier. Les gisements de rationalisation et d’économies d’énergie sont importants. Pour le carburant, prenons le GPL, nous sommes à 6 ou 7% du mix carburant, depuis trois décennies, alors que le GPL est surabondant. Et un carburant comme le diesel, polluant et coûteux en devises, sa consommation est montée en flèche. Pourquoi ? A quoi rime une politique pareille ?

Je reviens aux gisements d’économie d’énergie. Le torchage, les volumes considérables de gaz qui vont à la torche, en fumée, c’est là aussi une des formes de gaspillage de l’énergie par les entreprises de l’énergie elles-mêmes. De même pour l’autoconsommation de gaz des unités de GNL. Sonelgaz, de son côté, perd de l’énergie, dans ses réseaux, par le piratage, une part importante. Ce sont 20 à 25% de l’énergie qui sont perdus.

Donc, il y a des mesures de rationalisation, d’optimisation, d’ordre qualitatif qui doivent être prises et qui sont le signe d’un Etat régulateur qui fait face à la conjoncture avec les dispositifs idoines et non pas se précipiter comme c’est fait, en mettant en œuvre les solutions faciles qui aggravent nos fragilités. Chaque secteur doit élaborer ses engagements fermes en termes de rationalisation et d’économie d’énergie

Pour faire passer la pilule de ces augmentations, des experts avancent les exemples des pays du Golfe ou du Venezuela, où les carburants coûteront 60 fois plus cher ?

Heureusement qu’en Algérie il y a encore des gens sensés pour ne pas avoir à envisager ce type de folie. Nous avons encore des atouts. Un marché intérieur qui est le fruit de l’industrialisation.

La demande de bien-être n’est pas tombée du ciel, c’est un produit de l’histoire du développement. Alors que faire ? S’engouffrer dans de petites mesures qui sous l’allure de rationalité occultent la dimension stratégique ou aller vers des mesures qualitatives ? Je crois que le choix est vite fait. Le gaspillage, il faudrait le chercher dans les hautes strates. C’est là-bas que se trouve la surconsommation.

Le choix de construire des routes au lieu de s’orienter vers le rail, à quoi répond-il ? Nous avons une surconsommation d’énergie née d’un modèle de transport nocif qui privilégie le «tout-routier», le «tout voiture particulière». C’est à ce modèle de transport gaspilleur, polluant et inéquitable qu’il faut s’attaquer et cela ne va pas se faire à coup de relèvements de prix. C’est une politique volontariste qui impose la priorité aux transports collectifs qu’il faut instaurer.

On évoque les équilibres budgétaires mais nous avons un taux de fiscalité qui est moindre que celui des pays voisins. Cela veut dire que les ressources de l’Etat n’ont pas été encore optimisées. On veut ponctionner les couches sociales les plus vulnérables, mais on oublie d’envisager les autres moyens.

L’impôt sur le patrimoine, c’est 0,02 % des contributions fiscales. Nous avons l’impression que nous sommes dans un pays où il n’y a pas de riches alors qu’on parle de plus de 5000 milliardaires, des milliers de millionnaires. Dans les classements des acquéreurs immobiliers en Espagne ou en France, ils sont au top 10.

L’Etat régulateur, il est où ? Rappelez-vous que les députés ont refusé d’instaurer (en 2013) un impôt sur la fortune. Prenez le marché de l’automobile, par exemple, c’est un secteur qui engrange un chiffre d’affaires annuel de 700 milliards de dinars, mais seuls 3% à 6% des résultats de l’exercice sont versés au Trésor public.

Optimiser les ressources et le budget, les rationaliser, c’est aussi l’impôt non recouvré par l’Etat. Des montants considérables. Mais décidément, on se précipite plus vers des mesures qui touchent à des équilibres précaires que vers des mesures essentielles d’ordre qualitatif.

Noureddine Bouterfa, PDG de Sonelgaz, a récemment déclaré que pour ce qui est des créances impayées, soit près de 50 milliards de dinars, 50% concernent les institutions, 20% des créances des entreprises privées et les 30% restants concernent les simples citoyens. Pourquoi s’acharner à faire payer le simple citoyen ?

Nous avons une consommation énergétique qui évolue d’une manière trop forte par rapport à nos ressources. Pour la rationaliser, la discipliner, il y a des leviers à actionner dont celui des tarifs. On considère que Sonelgaz, parce que c’est une entreprise en difficulté et qui doit agir pour rentrer dans ses équilibres de gestion, doit revoir les prix de ses prestations même si, attention, ce levier ne doit pas servir à occulter les erreurs de gestion. On ne doit pas faire payer plus pour masquer des contre-performances gestionnaires. Les mesures tarifaires ne doivent pas être une prime à la contre- performance gestionnaire. Pour être pertinentes, il faut qu’elles soient justes.

La stabilité sociale ne relève pas que de l’économie, c’est une dimension indissociable de celle-ci. Autrement, l’Etat aura à payer plus en mobilisant les forces de l’ordre pour maintenir la stabilité sociale menacée. Une telle perspective a un coût et ses seules incidences financières seront sans doute plus importantes. Le mieux serait donc de ne pas en arriver là et de s’y prendre avec une approche globale.

Justement, en matière d’approche globale, le levier tarifaire ne risque-t-il pas d’escamoter cet avantage comparatif qui est le prix de l’énergie ? Par ailleurs, ces augmentations ne répondent-elles pas aux exigences d’institutions internationales, l’OMC en tête, qui demandent d’aligner les prix de l’énergie sur ceux du marché international ?

Non, pour l’instant nous sommes loin des niveaux critiques. Il faut dire que ces augmentations nous pendaient au nez depuis bien longtemps déjà, même si cela rejoint, comme vous dites, une des exigences de l’OMC.

Un service quel qu’il soit doit être rémunéré à sa juste valeur. Il s’agit en le cas d’espèce de prestations et d’une ressource rare et non renouvelable. Les mesures tarifaires doivent refléter ces réalités. Par ailleurs, il existe d’autres gisements d’économie d’énergie sans toucher aux tarifs. Nous devons transcender le strict plan des mesures tarifaires pour arriver à mettre en œuvre une véritable politique d’économie d’énergie. Nous avons un habitat gourmand en énergie. Des économies sont à faire au niveau de la construction.

Cela va sans doute coûter plus cher, mais nous aurons à gagner en développant une industrie des matériaux d’isolation. Il est aussi temps de s’orienter vers les modes de transports collectifs, d’autant plus que le gain en termes de temps, énergie, santé est énorme.

En une douzaine d’années, nous avons importé pour plus de 40 milliards de dollars en voitures sans parler des pièces de rechange. Nous sommes passés de 2,9 millions de véhicules en 2000 à 5,5 millions en 2013. Parallèlement, l’Algérie a importé un volume cumulé de 7, 2 millions tonnes de gasoil et de 3,3 millions de tonnes d’essence. A ce rythme, nous atteindrons bientôt un seuil de dysfonctionnement inimaginable en termes de coûts, de pollution, d’encombrement. La part de la production allouée à la consommation interne est passée de 22% en 2003 à 29% en 2013.

Des experts comme Attar disent que l’Algérie n’aura plus de gaz à exporter d’ici 2030 vu l’explosion de la consommation interne...

Oui, si on continue comme cela à aller au fil de l’eau, comme on dit, en augmentant le parc des centrales fonctionnant au gaz, en suivant le rythme de la consommation de l’électricité sans la réguler, sans la rationaliser, en continuant à importer des équipements énergétivores. La part de gaz naturel dans la consommation est passée de 15% en 2003 à 24 % en 2013. Ces volumes sont autant de mètres cubes de gaz en moins à l’exportation.

L’Algérie importe chaque année pour plusieurs milliards de dollars de carburant et produits raffinés. Qu’est-ce qui empêche le gouvernement d’accroître ses capacités de raffinage ? Est-ce le souci de faire fonctionner les raffineries italiennes, espagnoles et autres ?

Il y a de nouvelles raffineries qui vont être mises en service. Mais le problème ne se situe pas à ce niveau. Si à chaque fois l’Algérie réagit par à-coup, d’une façon linéaire, elle ne va pas s’en tirer. Il faudrait que notre modèle de consommation énergétique corresponde réellement à nos choix. Je n’ai pas à subir la pression d’une couche parasitaire de la population qui va me conduire vers un modèle de consommation énergétique qui dilapide les ressources et compromet l’avenir des générations futures.

L’Etat et les pouvoirs publics sont censés être les dépositaires de cette vision d’avenir. Vous avez plusieurs 4x4 dans les garages de vos châteaux, ce n’est pas à l’Etat d’importer du diesel pour vous ! C’est le modèle de consommation de cette couche parasitaire qui est en vigueur en Algérie. Ce n’est certainement pas celui des 800 communes pauvres de l’Algérie et cette couche freine avec les quatre fers pour que les mesures appropriées ne soient pas prises.

On nous dit : nous n’avons pas d’argent pour construire une ligne de tram ou de métro, mais paradoxalement nous en avons assez pour importer encore des véhicules. Cela témoigne des forces qui sont à l’intérieur du système de décision et qui pèsent de telle manière que cela défie parfois le simple bon sens.

Il y va de l’influence des puissances de l’argent, mais quid de l’influence du capital mondial dans le choix des orientations économiques ?

L’Algérie est un espace périphérique économiquement surdéterminé et politiquement instrumentalisé. Nos espaces périphériques se présentent ainsi. La surdétermination de l’Algérie sur le plan économique ne fait aucun doute. Il suffit de voir les cotations du dollar, de l’euro et le prix du baril pour se rendre compte qu’ils sont manipulés. La chute des prix des hydrocarbures a été provoquée. Plus personne ne croit aux inepties du genre : le marché est régi par l’offre et la demande. L’empreinte des grands cartels, bancaires notamment, est visible.

Pourtant, on fait état de plus de 2 millions de barils de pétrole en excédent par jour sur le marché du brut…

C’est justement au niveau des millions de barils en excédent que se situe la manœuvre. En 2015, la consommation a augmenté de 300 000 barils/jour. On prétexte que l’économie chinoise a ralenti la consommation mondiale, mais on ne dit pas qu’elle a fait 6,9% de taux de croissance. L’Inde, 7,3%. Ce rôle de la manipulation a été joué par l’Arabie Saoudite qui, avec les Etats-Unis, ont fait chuter les prix. C’est aussi cela la logique du capital mondial. Il y a la FED et l’Arabie Saoudite, qui fait office de FED pétrolière, qui servent de leviers pour les Etats-Unis. Ces derniers disposent de deux leviers : l’un à Wall Street l’autre à Riyad.

On épilogue énormément sur les puissances de l’argent et sur le capital privé. Qui sont-ils au juste ? Et comment interagissent-ils avec le capital mondial ?

Concernant le capital privé algérien, celui-ci a connu un certain nombre de phases. A l’indépendance, il était très embryonnaire. C’est grâce au développement du secteur d’Etat, du secteur public que le capital privé s’est développé. Je parle de ce capital privé avec une consistance industrielle, productive. Dans le textile et la confection, dans le bois et l’ameublement, dans la métallurgie et la transformation métallique, dans la mécanique. Pourquoi ? Parce qu’il y avait des commandes, des plan de charge, un marché stimulés par les plans nationaux de développement et surtout une protection de l’Etat dès lors que le débouché était assuré. Ce n’était pas rien.

Même si ce capital était considéré à cette époque comme un paria dans un système où seul le capitalisme d’Etat avait clairement droit de cité…

Le capitalisme d’Etat implique justement l’existence d’un secteur privé. Même si sur le plan politique, il était confiné. Nonobstant le caractère juridique qui n’était pas très net, ce capital avait une existence réelle sur le plan économique. Mais à partir de la deuxième moitié de la décennie 1980 et surtout à partir de la libéralisation, sur injonctions du FMI, du commerce extérieur, on s’est retrouvés dans une autre configuration. Tout ce beau monde s’est rué vers l’activité du commerce et de l’importation.

Les dispositifs réglementaires et législatifs aidant, ce capital s’est orienté vers les sociétés d’importation, parce qu’il ne pouvait plus soutenir la concurrence dès lors que l’importation était plus lucrative, plus rentable que le détour de la valorisation productive. Le capital, et c’est valable en tous lieux, n’opère pas ce détour parce qu’il a envie de le faire, il le fait malgré lui.

C’est donc ce capital privé national versé entre autres dans l’industrie qui s’est converti à l’importation ?

Oui, mais pas seulement. C’est la mort dans l’âme que ce capital privé productif s’est réorienté dans l’importation. Certains producteurs ont abandonné leurs affaires parce qu’ils avaient été mis en situation de concurrence déloyale, tout comme le secteur public, d’ailleurs, face à l’importation. Pour le médicament par exemple, on avait dit : laissons les gens importer, ils installeront au fur à mesure leurs unités de production, mais nous ne les avons jamais vues.

Le fameux commerce industrialisant des «réformateurs» n’a jamais fonctionné en fait. C’était une fiction. Par la suite, le plan d’ajustement structurel est venu aggraver cette situation et aujourd’hui, on se retrouve avec une industrie qui participe à 4% au PIB alors qu’il était de plus de 20%, et un secteur public qui est passé de 80% à 20 %.

En contrepartie, la valeur ajoutée du secteur privé a augmenté sa part des crédits mais sans aucune retombée pratiquement sur le plan investissement productif. C’est dans l’ordre des choses : l’inclination naturelle du capital, c’est le profit. Il n’a pas d’autres raisons que celle-ci.

Quelles branches ? Quel contenu technologique ? Ce sont des questions auxquelles le primat de la rentabilité financière donne une seule et unique réponse : ceux que justifie le profit. Rebrab, quand il a voulu reprendre l’usine de pneumatiques de Michelin c’était pour reconvertir l’activité dans le commerce pas pour développer l’industrie du pneumatique.

Chez nos industriels, la part de la valeur ajoutée créée ne dépasse pas les 20%, le reste est importé. On est à peine dans l’activité de transformation, mais à la marge. Voilà la réalité de notre tissu productif. On a transformé la structure juridique, on l’a privatisée, on a tertiairisé l’économie mais il ne s’agit pas d’un secteur tertiaire qui vient en prolongement de l’activité productive nationale. C’est un secteur d’import-revente, pour l’essentiel.

Notre secteur tertiaire n’est pas fait de start-up, on n’en fait pas de la haute technologie, c’est pour l’essentiel des petits commerces de détail, des personnes physiques. L’économie s’est tertiarisée mais aussi informalisée. Nous avons donc une économie sans consistance productive et dans ces conditions justement ceux qui en tirent profit sont les forces qui ont accumulé des fortunes dans l’import-import et l’immobilier de rente. C’est un secteur mouvant, opaque où il est difficile d’identifier qui fait quoi. On est face à une nébuleuse avec une porosité élevée entre le monde politique, des affaires, etc. Difficile donc de les identifier.

Mais là n’est pas l’essentiel. On peut, cependant, en constater les impacts ou leur influence désormais assez palpables. On parle de dizaines de milliers d’importateurs mais en réalité, on est en présence d’un noyau qui pèse lourd. Et pour ce noyau, la situation de statu quo arrange bien ses affaires !! Un statu quo modulé selon la conjoncture, passant du défensif à l’offensif comme c’est présentement le cas. Maintenant, pour ce qui est du lien avec le capital mondial, ma foi, il est clair.

C’est au niveau de ce lien qu’il faut chercher les mécanismes qui bloquent la diversification sectorielle productive du PIB et de nos échanges internationaux. Ces gens importent à partir d’où ? Qui verrouille notre liste de fournisseurs. Nous avons, depuis 40 ans, presque les même structures d’échange avec des fournisseurs comme la France, l’Italie, l’Espagne, les Etats-Unis. Le monde a pourtant changé depuis avec l’émergence de nouvelles puissances, mais la structure de nos échanges est restée presque la même.

Le seul changement notable est l’arrivée de la Chine comme fournisseur. On est visiblement coincés avec ce vis-à-vis qui est l’UE et c’est lui décidément qui a balisé ce qu’on doit être définitivement, à savoir : l’Algérie, fournisseur d’énergie, pôle de consommation, autrement dit déversoir de ses produits. Il y a comme un «parlement» invisible qui vote contre nous dès que des mesures sont prises et qui risquent de remettre en cause le statu quo.

Dès qu’il vote, ce parlement invisible nous le fait savoir à travers notre presse ou la sienne. Et pour eux, il est hors de question que l’Algérie soit à la fois une puissance énergétique et une puissance industrielle. C’est leur cauchemar. Notre marge de manœuvre est limitée. Sous-estimer les mécanismes du capital global, c’est vraiment faire preuve de naïveté. On ne fait que constater sa puissance de feu. En actionnant le levier pétrole, de juin 2014 à aujourd’hui, ils ont fait baisser son prix de 70%. Sans aucune raison de marché.

C’est Goldman Sachs et Rockefeller qui en sont responsables. Pour ceux qui se gargarisent de théorie du complot, les chiffres parlent : 147 firmes, dont les trois quarts appartiennent au secteur financier, contrôlent l’économie mondiale. Le marché global est très concentré. 80% du commerce mondial est aux mains des transnationales qui sont dirigées par des états-majors qui planifient sur la base de prix artificiels, de cession interne. L’oligarchie contrôle les flux d’informations. C’est la même famille, avec ses think tanks, ses aréopages de penseurs, d’experts…

Ce n’est pas une fiction. Alors, que sommes-nous devant eux ? Et de là à nous amuser nous-mêmes à dribbler dans nos 18 m, c’est de la folie. Nous sommes dans une situation où il est impérieux de revenir aux écrans de protection. La situation exige des réponses centralisées.

Plus d’Etat, oui, pas au sens d’un retour mécanique aux années 1960-70, mais avec un Etat instruit par l’expérience, armé de ressources humaines qualifiées, instruites, abondantes, capables de mettre en œuvre les acquis des sciences et des techniques au service du développement, un Etat garant des priorités productives, sociales du développement, de protection de l’environnement, des priorités scientifiques et technologiques.

Comment ce capital privé évoluera-t-il dans les prochaines années ? Aurons-nous des oligarques du genre produit par la Russie d’Eltsine ?

Dans l’Algérie de 2016, la montée d’un capitalisme national est impossible. C’est une impossibilité structurelle dans le contexte de la mondialisation capitaliste. Le capital global n’a pas besoin d’un capitalisme national, c’est-à-dire autonome, qui serait un facteur de remise en cause de ses intérêts. Si la colonisation n’a pas permis le développement d’un capitalisme national, le capitalisme mondial encore moins. Il n’y a pas de sujet pour le capitalisme en Algérie

C’est un sujet historique inexistant en Algérie. En réalité, et l’exemple de notre pays le montre, l’impasse actuelle est de nature structurelle et traduit l’impossibilité radicale d’apporter les réponses qu’exige le développement économique et social de notre pays dans le cadre de la dépendance de la mondialisation capitaliste.

La seule voie de lucidité, qui s’offre à notre pays, c’est un développement national qui préserve l’autonomie de décision, celle que procure la souveraineté sur nos ressources en hydrocarbures, notamment. Il ne faudrait jamais revenir sur ce principe. Je dis qu’il y a encore des possibilités de renégocier un certain de nombre de recompositions dans la division internationale implacable du travail. Il faut œuvrer à s’émanciper des rapports de puissance porteurs de logiques systémiques de dépendance et de sous-développement.

En vérité, en Algérie, l’Etat n’a pas encore épuisé sa mission historique dans la construction d’une économie nationale pérenne. Lorsque l’économie n’existe pas, on ne peut faire l’économie de l’Etat, écrit pertinemment l’auteur d’un article au titre fort à propos : «L’entrepreneur schumpétérien a-t-il jamais existé ?» L’Etat doit jouer le rôle de preneur d’initiative et de risque.

Dès lors qu’il est admis que «l’Etat doit être fondamentalement développementaliste», la question est comment le faire rentrer dans ces nouveaux habits ? Quelles sont les transformations à opérer et les conditions à réunir pour que l’Etat puisse, d’abord, repousser les limites actuelles de ses marges de manœuvre, puis se donner les capacités d’agir en tant que moteur et acteur majeur incontournable de la sortie du sous-développement et renforcer ses fonctions de garant de l’équité et de réducteur des inégalités et des injustices, du respect des priorités productives et environnementales ? Les questionnements que soulèvent les défis de l’adaptation à un monde en phase de recomposition agressive qui cible l’Etat national renvoient, quant au fond, à la nécessité de l’élaboration d’une stratégie de construction des institutions et des structures d’accueil d’une économie mixte productive et diversifiée.

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Mohand Aziri

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© El Watan

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La BEI s’intéresse aux financements des infrastructures algériennes

Publié le par Mahi Ahmed

La BEI s’intéresse aux financements des infrastructures algériennes

Hassan Haddouche lundi 15 février 2016 17:05

Après les banques chinoises pour le port de Cherchell, la Banque Européenne d’Investissement (BEI) sera-t-elle le prochain partenaire international sollicité pour participer au financement des infrastructures économiques algériennes ?

Selon M. Román Escolano, vice-président de la Banque européenne d'investissement (BEI) en charge des activités de la banque au Maghreb, des contacts sont en cours avec les autorités algériennes. Dans un entretien accordé au site «econostrum.info», le vice-président de la BEI a indiqué que même si les autorités algériennes «poursuivent jusqu'à présent une politique de non recours à l'endettement extérieur, il existe aujourd'hui une volonté des deux parties de changer les choses». Román Escolano, qui a confirmé l’existence de négociations entre les deux parties, précise que « nous restons en communication en permanence avec les autorités algériennes.» Il a affiché la disponibilité de la BEI, en affirmant que «des changements » pourraient intervenir au courant de 2016. Le responsable de l’institution de financement européenne a ajouté que « la BEI connaît bien le pays et les interlocuteurs », ce qui pourrait faciliter davantage «l'entente sur un projet à la hauteur des attentes de l'Algérie».

La Banque de l'UE

Peu connue en Algérie en raison de la politique de désendettement mise en œuvre au cours de la décennie écoulée qui a eu pour effet « collatéral » de geler la coopération internationale, la BEI est généralement considérée comme le « bras financier » de l’Union européenne. Première institution financière multilatérale au monde par le volume de ses prêts et de ses emprunts, son activité est axée à plus de 90 % sur l'Europe, mais elle soutient aussi les politiques européennes de coopération extérieure. La BEI se procure l’essentiel des fonds qu’elle prête en émettant des obligations sur les marchés internationaux des capitaux. Son excellente cote de crédit lui permet d'emprunter à des « conditions avantageuses dont elle peut dès lors faire bénéficier ses clients », selon les responsables de cette institution. La BEI finance des projets de développement dans 140 pays hors Union Européenne (UE). Elle octroie des financements à des projets aussi bien publics que privés dans les pays avec lesquels l’UE est liée par un accord de coopération ou de partenariat. Ces projets portent essentiellement sur les secteurs des transports, de l’énergie, de l’industrie et des routes.

Une forte présence au Maghreb

La BEI est très présente au Maghreb avec 6,7 milliards d’euros d’engagements déjà consacrés à la région et des formes d’investissement qui se sont fortement diversifiées au cours des dernières années. En Tunisie, la volonté affichée par les dirigeants des l’Union européenne d’apporter leur soutien au pays dans le sillage du « printemps arabe » s’est traduite par plus d’1 milliard d’euros de financement accordé à la Tunisie sur la période 2011- 2014 avec l’objectif annoncé d’un niveau de soutien de 500 millions d’euros par an.

C’est au Maroc que l’engagement de la BEI est le plus important avec des investissements réalisés dans le secteur autoroutier, des énergies renouvelables et des infrastructures stratégiques qui ont un effet concret sur l’évolution de l’économie marocaine (Tanger Med, industrie automobile…). Outre cette « intervention historique » dans le financement des infrastructures, la BEI oriente aujourd’hui beaucoup de ses interventions dans la région vers la formation du capital humain et l’appui aux PME. Elle vient designer voici quelques mois un accord de coopération avec la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) marocaine avec l’objectif d’améliorer l’accès au financement pour les PME.

http://www.maghrebemergent.com/finances/banque/55710-la-bei-s-interesse-aux-financements-des-infrastructures-algeriennes.htm

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