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Le Daech en nous

Publié le par Mahi Ahmed

~~Le Daech en nous par K. Selim Le grand mufti d'Arabie Saoudite, Abdel Aziz Al-Cheikh, a fait une découverte, le Daech ou l'Etat islamique est un mouvement extrémiste, terroriste, criminel intolérant, diviseur… Il a donc décidé de le condamner et de le pourfendre sur le mode «classique» que ce ne sont pas des vrais musulmans mais des kharijites… Littéralement ceux qui sont sortis de la communauté, les «premiers séditieux», ceux qui ne font plus partie de nous… Ils «n'ont rien avec l'Islam», a-t-il dit, ils sont «l'ennemi numéro 1» des musulmans. Le grand mufti s'est mis dans la «ligne». Depuis que le roi Abdallah d'Arabie Saoudite a critiqué le «silence et la paresse» des oulémas sur la menace du Daech, le mufti se rattrape. En reprenant le discours éculé du Daech ou Al-Qaïda qui seraient un «phénomène étranger (Gharib) à nos sociétés». Comme si les «idées» frustres et moyenâgeuses du Daech étaient tombées du ciel, comme si elles n'étaient pas le produit «fini» d'un travail, patient et fortement financé, des religieux saoudiens. Sur les réseaux sociaux, on a également cette tendance à «externaliser» le Daech, à le mettre sous le compte d'un «complot américain». On a même inventé des propos, faux et totalement farfelus, à Mme Hillary Clinton, disant que les Américains «ont créé Daech». Les Etats-Unis ont de lourdes responsabilités dans ce qui arrive à l'Irak et dans toute la région. Ils ont détruit un Etat, très imparfait, dissous une armée qui aurait été bien utile et ont ouvert un grand boulevard aux djihadistes qui, c'est le cas de le dire, étaient bien «étrangers» à l'Irak. Mais les idées du Daech ne sont pas venues de «l'étranger», elles n'ont pas été concoctées par la CIA. Elles sont diffusées continuellement par les religieux saoudiens et apparentés dont les visions étriquées ont été amplifiées par l'argent et les satellites. Ceux qui font le Daech n'avaient pas à inventer des «idées», elles sont servies depuis au moins trois décennies par l'Etat le plus riche du monde. Que cet Etat islamique s'installe entre l'Irak et la Syrie, n'est pas non plus étranger au soutien multiforme apporté aux djihadistes prenant le chemin de l'Irak et du Levant. Rien n'est étranger dans le Daech. Comme le souligne avec une noire et rageuse ironie, dans le journal électronique raialyoum.com, l'écrivain irakien Ali Al-Sarraf, Daech n'invente rien, il pratique à ciel ouvert ce que les régimes et les gouvernants font de manière discrète. Car on fait effectivement du Daech quand on combat de manière routinière et brutale les libertés, quand on refuse la citoyenneté, quand on méprise le savoir, quand on entretient la détestation des femmes dès l'enfance, quand on diffuse, méthodiquement à travers les médias satellitaires, la haine des chiites et des autres. «Chacun est Daech et tout un chacun est responsable de la Daichia», assène l'écrivain. Massacrer, tuer des innocents, écraser les femmes, persécuter des minorités, tout cela n'a rien d'étranger à ce qui se passe chez nous, sous les gouvernances autoritaires et violentes. La seule différence est que Daech ne se cache pas en le faisant, il tient au contraire à le diffuser. Il devient presque superflu de se questionner sur «l'utilité» de ce type de mouvement pour les ingérences étrangères, pour les jeux de l'Empire dans l'orchestration du chaos présumé créateur. C'est la vocation des Etats qui ont la puissance et la capacité de se projeter sur le long terme de profiter de toutes les situations et même de les créer sans se soucier du prix payé par les populations. «Celui dont la culture, le comportement et la barbarie sont les mêmes que ceux de Daech ferait preuve de la plus haute hypocrisie s'il lui jette la pierre», écrit Ali Al-Sarraf. Il serait en effet trop facile par une simple dénonciation du roi et du mufti d'absoudre l'Arabie Saoudite de son rôle hyper-négatif dans la fabrication de générations entières d'esprit borné et haineux. Le «Califat» n'a pas d'avenir mais le Daech est en nous. Il est semé et amplifié par les autoritarismes qui entravent l'évolution des sociétés. Le Daech est notre problème à tous. Et l'establishment religieux et le pouvoir saoudien font partie du problème.

Source : Le Quotidien d'Oran du 20.8.14

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OTAN, offensive mondiale

Publié le par Mahi Ahmed

~~OTAN, offensive mondiale De Manlio Dinucci Global Research, juillet 29, 2014 Url de l'article: http://www.mondialisation.ca/otan-offensive-mondiale/5393876 Pas de vacances, mais un super travail d’été à l’OTAN. On prépare le Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement qui, les 4 et 5 septembre à Newport au Pays de Galles, fixera les lignes de l’ « adaptation stratégique » en fonction anti-russe. Comme l’a déjà annoncé le général étasunien Philip Breedlove, Commandant suprême allié en Europe, cela « coûtera de l’argent, du temps et des efforts ». Les travaux ont déjà commencé. En Ukraine, pendant que l’OTAN intensifie l’entraînement des forces armées de Kiev, financées par Washington avec 33 millions de dollars, on est en train de réactiver trois aéroports militaires dans la région méridionale, utilisables par les chasseurs bombardiers de l’Alliance. En Pologne vient à peine de se tenir une manoeuvre de parachutistes étasuniens, polonais et estoniens, largués par des C-130J arrivés à la base allemande de Ramstein. En Hongrie, Roumanie, Bulgarie et Lituanie sont en cours diverses opérations militaires OTAN, avec des avions radar AWACs, chasseurs F-16 et navires de guerre en Mer Noire. En Géorgie, où s’est rendue une délégation de l’Assemblée parlementaire OTAN pour accélérer son entrée dans l’Alliance, les troupes revenues d’Afghanistan sont re-entraînées par des instructeurs étasuniens pour opérer dans le Caucase. En Azerbaïdjan, Tadjikistan et Arménie sont entraînées des forces choisies pour opérer sous commandement OTAN, dont le quartier général accueille déjà des officiers de ces pays. En Afghanistan l’OTAN est en train de reconvertir la guerre, en la transformant en une série d’ « opérations couvertes ». L’ « Organisation du Traité Nord-Atlantique », après s’être étendue à l’Europe orientale (jusqu’à l’intérieur de l’ex URSS) et à l’Asie centrale, pointe maintenant sur d’autres régions. Au Moyen-Orient l’OTAN, sans apparaître officiellement, conduit à travers des forces infiltrées une opération militaire couverte contre la Syrie et se prépare à d’autres opérations, comme le montre le déplacement à Izmir (Turquie) du Landcom, le commandement de toutes les forces terrestres de l’Alliance. En Afrique, après avoir démoli la Libye en 2011 par la guerre, l’OTAN a stipulé en mai dernier à Addis Abeba un accord qui potentialise l’assistance militaire fournie à l’Union africaine, notamment pour la formation et l’entraînement des brigades de l’African Standby Force, à qui elle fournit aussi « planification et transport aéronaval ». Elle a de ce fait une voix déterminante sur les décisions concernant où et comment les employer. Un autre de ses instruments est l’opération « anti-piraterie » Ocean Shield dans les eaux de l’Océan Indien et du Golfe d’Aden stratégiquement importants. A l’opération, conduite de concert avec le Commandement Africa des Etats-Unis, participent des navires de guerre italiens y compris avec la mission d’établir des relations avec les forces armées des pays riverains : dans ce but le contre-torpilleur lance-missiles Mimbelli a fait escale à Dar Es Salam en Tanzanie du 13 au 17 juillet. En Amérique latine, l’OTAN a stipulé en 2013 un « Accord sur la sécurité » avec la Colombie qui, déjà engagée dans des programmes militaires de l’Alliance, peut en devenir rapidement un partenaire. Dans ce cadre le Commandement méridional USA effectue actuellement en Colombie une manœuvre de forces spéciales sud et nord-américaines, avec la participation de 700 commandos. Dans le Pacifique est en cours la Rimpac 2014, la plus grande manoeuvre maritime du monde, en fonction anti-Chine et anti-Russie : y participent, sous commandement USA, 25 000 militaires de 22 pays avec 55 navires et 200 avions de guerre. L’OTAN est présente avec les marines des USA, Canada, Grande-Bretagne, France, Hollande et Norvège, et avec l’Italie, l’Allemagne et le Danemark comme observateurs. L’ « Organisation du Traité Nord-Atlantique » s’est étendue au Pacifique. Manlio Dinucci Edition de mardi 29 juillet 2014 de il manifesto (Lien introuvable ce matin, 29 juillet) Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio Copyright © 2014 Global Research

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Le poème de Mahmoud Darwich symbole de la résistance palestinienne à l'occupation israélienne: « Identité »

Publié le par Mahi Ahmed

~~Le poème de Mahmoud Darwich symbole de la résistance palestinienne à l'occupation israélienne: « Identité » On ne présente plus Mahmoud Darwich, considéré comme le poète de lca résistance nationale palestinienne, un des plus grands poètes de langue arabe du XX ème siècle, à l'inspiration bercée par la perte, par l'exil, par la lutte tragique du peuple palestinien. Darwich a toujours mêlé sa quête artistique à ses combats politiques – sans sacrifier ni l'aspiration à la beauté formelle, ni l'idéal d'une autre société plus juste – il fut un militant du Parti communiste d’Israël dans les années 1960, publiant ses premiers poèmes dans la presse du parti. Il continua ensuite ses études en URSS avant de revenir en Palestine pour intégrer l'OLP (Organisation de libération de la Palestine) en 1973, dont il occupa les fonctions les plus élevées avant de la quitter en 1993 pour protester contre les accords d'Oslo qui désarmaient la résistance. Darwich fut donc un poète de la lutte acharnée de la lutte du peuple palestinien, de la fierté arabe, mais aussi celui de l'unité, dans la résistance palestinienne, ainsi qu'ultimement entre les peuples de la terre palestinienne quelle que soit leur origine, confession : juifs, arabes, ou autres. Nous proposons ici – en ces temps de résistance à l'agression israélienne contre Gaza – son poème qui a le plus contribué à sa réputation de poète national palestinien : « Identité ». Inscris ! Je suis Arabe Le numéro de ma carte : cinquante mille Nombre d'enfants : huit Et le neuvième... arrivera après l'été ! Et te voilà furieux ! Inscris ! Je suis Arabe Je travaille à la carrière avec mes compagnons de peine Et j'ai huit bambins Leur galette de pain Les vêtements, leur cahier d'écolier Je les tire des rochers... Oh ! je n'irai pas quémander l'aumône à ta porte Je ne me fais pas tout petit au porche de ton palais Et te voilà furieux ! Inscris ! Je suis Arabe Sans nom de famille - je suis mon prénom « Patient infiniment » dans un pays où tous Vivent sur les braises de la Colère Mes racines... Avant la naissance du temps elles prirent pied Avant l'effusion de la durée Avant le cyprès et l'olivier ...avant l'éclosion de l'herbe Mon père... est d'une famille de laboureurs N'a rien avec messieurs les notables Mon grand-père était paysan - être Sans valeur - ni ascendance. Ma maison, une hutte de gardien En troncs et en roseaux Voilà qui je suis - cela te plaît-il ? Sans nom de famille, je ne suis que mon prénom. Inscris ! Je suis Arabe Mes cheveux... couleur du charbon Mes yeux... couleur de café Signes particuliers : Sur la tête un kefiyyé avec son cordon bien serré Et ma paume est dure comme une pierre ...elle écorche celui qui la serre La nourriture que je préfère c'est L'huile d'olive et le thym Mon adresse : Je suis d'un village isolé... Où les rues n'ont plus de noms Et tous les hommes... à la carrière comme au champ Aiment bien le communisme Inscris ! Je suis Arabe Et te voilà furieux ! Inscris Que je suis Arabe Que tu as raflé les vignes de mes pères Et la terre que je cultivais Moi et mes enfants ensemble Tu nous as tout pris hormis Pour la survie de mes petits-fils Les rochers que voici Mais votre gouvernement va les saisir aussi ...à ce que l'on dit ! DONC Inscris ! En tête du premier feuillet Que je n'ai pas de haine pour les hommes Que je n'assaille personne mais que Si j'ai faim Je mange la chair de mon Usurpateur Gare ! Gare ! Gare À ma fureur !

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Les nouveaux défis de l’Amérique latine

Publié le par Mahi Ahmed

~~Les nouveaux défis de l’Amérique latine Par Samir Amin | 28 juillet 2014 → Analyste politique et écrivain. Directeur du Forum du Tiers-Monde à Dakar (Sénégal). Président du Forum mondial des alternatives (FMA) Le continent américain a été la première région intégrée dans le capitalisme mondial naissant [1]. C’est également la première à avoir été façonnée comme périphérie des centres européens atlantiques en constitution. Ce façonnement a été d’une brutalité sans pareille. Les Anglais ont ici (comme en Australie et en Nouvelle-Zélande) tout simplement procédé au génocide complet des Indiens, les Espagnols à leur réduction à un statut proche de l’esclavage. En dépit des effets démographiques catastrophiques de ces politiques, la présence indienne n’a pas été effacée. Les Portugais et les Français ont complété l’œuvre de façonnement du continent par la traite des esclaves. L’exploitation de cette première périphérie du capitalisme historique était fondée sur la construction d’un système de production pour l’exportation de produits agricoles (sucre, coton) et de produits miniers. L’indépendance, conquise par les classes dirigeantes locales blanches, n’a rien changé à cette vocation. L’Amérique latine, avec encore aujourd’hui seulement 8,4 % de la population mondiale, comme l’Afrique, constituent les deux régions du monde où se conjuguent un faible peuplement relatif (par comparaison avec l’Asie de l’Est, du Sud et du Sud-Est) et une richesse fabuleuse en ressources naturelles (en terres arables potentielles et en richesses du sous sol). Elles ont de ce fait vocation à être et à demeurer des zones soumises au pillage systématique et à grande échelle de ces ressources au seul bénéfice de l’accumulation du capital dans les centres dominants, l’Europe et les Etats Unis. Les formes politiques et sociales construites pour servir cette vocation ont bien entendu évolué avec les siècles ; mais elles sont demeurées conçues à chaque étape, jusqu’aujourd’hui, pour la servir. Au XIXe siècle, l’intégration de l’Amérique latine dans le capitalisme mondial reposait d’une part sur l’exploitation de ses paysans, réduits au statut de péons soumis par l’exercice des pratiques sauvages des pouvoirs exercés directement par les grands propriétaires fonciers et, d’autre part, sur l’exploitation de ses mines par les premières grandes compagnies minières européennes et états-uniennes. Le système de Porfirio Diaz [2] au Mexique en constitue un bel exemple. L’approfondissement de cette intégration au XXe siècle a produit la « modernisation de la pauvreté ». L’exode rural accéléré, plus marqué et plus précoce en Amérique latine qu’en Asie et en Afrique, a substitué aux formes anciennes de la pauvreté rurale celles du monde contemporain des favelas urbaines. En parallèle, les formes du contrôle politique des masses ont été à leur tour « modernisées » par la mise en place de dictatures « para-fascistes » (abolition de la démocratie électorale, interdiction des partis et des syndicats, octroi à des services spéciaux « modernisés » par leurs techniques de renseignement du droit d’arrêter, de torturer, de faire disparaître tout opposant réel ou potentiel). Des dictatures au service du bloc réactionnaire local (latifundiaires, bourgeoisies compradore, classes moyennes bénéficiaires de ce mode de lumpen développement) et du capital étranger dominant, en l’occurrence celui des Etats-Unis. Le continent conserve jusqu’à ce jour les marques de la surexploitation sauvage à laquelle il est soumis. Les inégalités sociales y sont extrêmes, plus encore qu’ailleurs. Le Brésil est un pays riche (le rapport terres arables/population y est dix-sept fois meilleur qu’en Chine) où on ne voit que des pauvres ; la Chine est un pays pauvre où on voit beaucoup moins de déchéance extrême, ai-je écrit. Mais au Brésil, conséquence de son développement capitaliste périphérique précoce et profond, il n’y a plus que 10 % de ruraux : la pauvreté est désormais urbaine. Au Venezuela, le pétrole a intégralement détruit l’économie et la société : il n’y a plus ni agriculture, ni industries, tout est importé. Très riches et très pauvres vivent – ou survivent – de la seule rente pétrolière. Dans ces conditions, la reconstruction d’une agriculture capable d’assurer la souveraineté alimentaire comme la construction de systèmes industriels cohérents et efficaces exigera la mise en œuvre de politiques systématiques de longue haleine spécifiques, certainement différentes de celles qu’on pourrait imaginer en Asie et en Afrique. Des avancées révolutionnaires remarquables Le contraste est ici également visible, entre les avancées conséquentes conquises par les luttes populaires en Amérique du Sud au cours des trente dernières années et leur absence en Asie (Chine, Taïwan et Corée faisant exception) et en Afrique. A l’origine de ces avancées : la mise en déroute des dictatures des années 1960-1970 par d’immenses mouvements populaires urbains. Initiée au Brésil par la présidence de Fernando Henrique Cardoso, approfondie par celle de Lula (2003), par la première victoire électorale de Chavez (1999), la maturation de la revendication de la démocratie est incontestablement en avance en Amérique latine. Cette revendication ne concerne plus quelques segments des classes moyennes, mais désormais la grande majorité des classes populaires, urbaines et rurales. Elle a permis des victoires électorales en Bolivie, en Equateur, en Argentine, en Uruguay (ce qui constitue l’exception dans l’histoire ancienne et récente et non la règle !) qui ont porté au gouvernement une nouvelle génération de dirigeants, dont les cultures politiques progressistes n’ont plus rien à voir avec celle des XIXe et XXe siècles. Une génération de dirigeants qui ont osé amorcer la remise en cause des politiques économiques et sociales réactionnaires du néolibéralisme, au plan intérieur tout au moins, sans que, malheureusement (et c’est là leur limite) cette remise en question n’ait modifié le mode d’insertion des pays concernés dans le capitalisme global. Acquis positifs majeurs incontestables : l’amorce de la rénovation de la gestion démocratique de la politique (budgets participatifs, référendums révocatoires, etc.) ; la mise en place de politiques sociales correctives (mais plus par la redistribution que par le développement d’activités productives nouvelles) ; enfin la reconnaissance du caractère multinational des nations andines. Ces acquis se sont conjugués avec les efforts de l’Amérique latine pour se libérer de la tutelle politique des Etats-Unis – formulée par la doctrine Monroe – malheureusement sans pour autant réduire la dépendance économique du continent. L’organisation des Etats américains (OEA) – le « ministère des colonies de Washington » – a du plomb dans l’aile depuis la constitution de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (Alba, 2004) et de la Communauté des Etats d’Amérique latine et de la Caraïbe (Celac, 2011) – cette dernière rassemblant tous les Etats du sous-continent, mais excluant les Etats-Unis et le Canada. Le Mexique – soumis aux exigences du marché intégré nord américain – a commis de ce fait ce que j’ai osé qualifier de « suicide national » qui ne pourra être surmonté que par une grande révolution nationale et populaire, comme celle des années 1910-1920. Les limites de ces premières avancées sont néanmoins évidentes : la région non seulement demeure vouée à l’échelle globale à la production primaire (75% de ses exportations encore aujourd’hui, alors que l’Asie – la Chine en premier lieu – progresse à vive allure dans l’industrialisation et dans l’exportation compétitive de produits manufacturés), mais on assiste à même à une « re-primatisation » de son économie (le modèle « extractiviste »). Le succès conjoncturel de l’exportation de produits primaires, la liquidation de l’endettement extérieur massif qu’il a permis, alimentent une illusion dangereuse : celle que le progrès politique et social pourrait être poursuivi sans sortir de la mondialisation telle qu’elle est. Les limites et contradictions des avancées de l’Amérique latine interpellent la pensée sociale progressiste contemporaine. Ces avancées ont été produites par un mouvement populaire civil puissant, en rupture avec les formes anciennes de luttes conduites par des partis (communistes ou populistes) et avec l’expérience des luttes armées des années 1960-1970. J’ai proposé à cet effet un cadre d’analyse dont je rappelle ici seulement les très grandes lignes. Je parle de « prolétarisation généralisée et simultanément segmentée à l’extrême ». Il s’agit bien d’une prolétarisation, au sens que tous les travailleurs (formels et informels) n’ont rien d’autre à vendre que leur force de travail, y compris leurs capacités « cognitives » s’il y a lieu. La segmentation est, elle, largement produite par des stratégies systématiques mises en œuvre par les monopoles généralisés qui contrôlent le système économique considéré dans son ensemble, l’orientation de la recherche et de l’invention technologiques, le pouvoir politique. De surcroît, la garantie de permanence du contrôle étroit des monopoles généralisés de la triade impérialiste (Etats-Unis, Europe, Japon) est recherchée par une géostratégie de déploiement du contrôle militaire de la planète par les forces armées des Etats-Unis et de leurs alliés subalternes (Otan et Japon). Cette analyse vient en contrepoint de celle de Michael Hardt et de Antonio Negri dont je critique l’insistance démesurée sur la portée des effets de la « liberté » mise en œuvre dans les luttes de résistance de la « multitude » (terme flou pour cacher la prolétarisation), comme leur erreur de jugement sur la politique de Washington, dont le projet militaire aurait, selon eux, déjà « échoué », alors que, à mon avis, l’establishment n’a absolument pas renoncé à sa poursuite (et Hillary Clinton, si elle est élue, accentuerait cette fuite en avant). Des défis formidables à surmonter Les avancées des trente dernières années ont créée des conditions favorables permettant leur poursuite et leur approfondissement. Mais il y a des conditions pour que ce possible devienne réalité. J’en synthétise la nature en proposant la mise en œuvre de « projets souverains associant la construction de systèmes industriels modernes cohérents, la reconstruction de l’agriculture et du monde rural, la consolidation de progrès sociaux et l’ouverture à l’invention d’une démocratisation progressive et sans fin ». Mon insistance sur la souveraineté nationale, qu’il faut savoir associer à celle des classes populaires et non accepter de la dissocier de celle-ci, vient également en contrepoint du discours de Negri, qui estime dépassées l’affirmation de la nation et la construction d’un système mondial pluricentrique. A mon avis, ces objectifs sont loin d’être « dépassés » – certainement pas encore ! L’imaginer rend impossible la construction de stratégies d’étapes efficaces. La reconstruction de l’agriculture – dans la perspective de la consolidation de la souveraineté alimentaire – imposera des formules de politiques différentes d’un pays à l’autre. Lorsque l’urbanisation absorbe 80% (ou plus) de la population, il devient illusoire d’imaginer possible un « renvoi à la terre » de travailleurs urbains paupérisés. Il faut envisager un mode de reconstruction très différent de celui qui est toujours possible et nécessaire en Asie et en Afrique. Néanmoins, cette reconstruction implique l’abandon des politiques toujours en cours, fondées sur la grande exploitation qui gaspille les terres (dans le modèle argentin en particulier). Dans les pays andins et au Mexique, la reconstruction ne peut être fondée sur la reconstruction illusoire des communautés indiennes du passé, dont on ne peut ignorer ni qu’elles ne répondent pas aux exigences d’avenir, ni qu’elles ont été défigurées par leur soumission aux exigences du lumpen développement périphérique spécifique aux pays en question. La construction de systèmes industriels modernes et autocentrés (orienté vers le marché interne populaire et seulement accessoirement vers l’exportation) peut être imaginée pour le Brésil, peut-être pour l’Argentine, certainement pour le Mexique s’il parvient à sortir des griffes de l’intégration nord-américaine. Mais les politiques à l’œuvre se situent bien en deçà des exigences de cette construction, et ne sortent pas des limites imposées par les segments du grand capital national industriel et financier dominant associé aux monopoles des pays impérialistes. Nationalisation/étatisations et interventions actives de l’Etat sont incontournables, au moins pour cette première étape, ouvrant alors la route à la possibilité d’une socialisation réelle et progressive de leur gestion. Pour les autres pays du continent, j’imagine mal des avancées dans la construction industrielle sans intégration régionale systématique (et elle ne l’est pas encore à ce jour) et même sans la construction de nouvelles solidarités à l’échelle du « Grand Sud » (les trois continents). La Chine seule – et peut-être quelques autres pays dits « émergents » – pourrait soutenir ici des projets d’industrialisation d’envergure (pour le Venezuela par exemple). Mais cela implique que Pékin comprenne que son intérêt est de le faire, ce qui n’est pas le cas. La complicité latente entre les pouvoirs latino-américains tablant toujours sur leurs richesses naturelles et la Chine qui a besoin d’accéder à ces ressources retarde chez les uns et les autres la prise de conscience des exigences à long terme d’une autre perspective, laquelle exige à son tour d’autres formes de « coopération » que celles mises en œuvre jusqu’à ce jour. On en revient alors aux défis auxquels « le mouvement populaire progressiste » est confronté en Amérique latine, comme ailleurs dans les trois continents : dépasser la singularité des revendications de ses composantes en lutte, inventer les formes politiques nouvelles de la construction de l’unité dans la diversité. Notes [1] Ce texte a été inspiré par la lecture du livre de Christophe Ventura, L’éveil d’un continent – Géopolitique de l’Amérique latine et de la Caraïbe, Editions Armand Colin, Paris, juin 2014. Une version est également disponible sur mon blog : http://samiramin1931.blogspot.fr/samir-amin-commentaire-propos-du-livre [2] Dirigeant du Mexique de 1876 à 1911

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Le Proche-Orient embrasé

Publié le par Mahi Ahmed

~~Le Proche-Orient embrasé Par Ignacio Ramonet | 2 août 2014 Président de l’association Mémoire des Luttes Avec les affrontements israélo-palestiniens à Gaza, ce sont désormais trois guerres ouvertes qui se déroulent simultanément au Proche-Orient, en comptant les conflits en Syrie et en Irak. A ces hostilités militaires, il faut ajouter les tensions avec l’Iran à propos du nucléaire, ainsi que les rivalités diplomatiques entre diverses puissances locales, comme l’Arabie saoudite et l’Egypte. Ce qui confirme que cette région demeure la « poudrière » de la planète et le « foyer perturbateur » du monde. Une première question vient immédiatement à l’esprit : pourquoi cet embrasement soudain ? Les causes locales sont certes multiples en raison même de la variété des acteurs impliqués et de la diversité des motifs (religieux, ethniques, territoriaux, politiques, pétroliers, etc.). Mais un fait géopolitique parait déterminant : la décision des Etats-Unis de réduire leur implication militaire dans le théâtre proche-oriental et de se recentrer sur l’Asie de l’est. Après les belliqueuses années Bush, l’Administration Obama semble en avoir tiré deux conclusions stratégiques : d’abord, que l’outil militaire aussi puissant soit-il ne peut pas tout ; et ensuite, que l’Amérique, frappée par la crise, n’a plus les moyens d’exercer une hégémonie tous azimuts. Résultat : les Etats-Unis sont en train de se retirer du Proche-Orient. D’autant que l’argument principal de leur présence dans cette région, le pétrole, perd chaque jour un peu plus de sa consistance dans la mesure où le gaz et le pétrole de schiste, produits du sous-sol américain, sont en train de se substituer peu à peu aux importations d’hydrocarbures en provenance du Proche-Orient. C’est ce moment géopolitique précis que vit cette région : une puissance hégémonique, les Etats-Unis, se retire progressivement, et d’autres puissances ou d’autres forces locales s’affrontent pour occuper l’espace politique abandonné. Les événements semblent soudain s’accélérer, comme si toutes les parties concernées commençaient à pressentir l’approche du moment décisif où les nouvelles cartes seront posées sur la table. Cela donne lieu aux conflits actuels dans un contexte régional bouleversé par la montée aux extrêmes du conflit entre sunnites et chiites qui met le feu à l’ensemble du Croissant fertile, de Gaza au Golfe arabo-persique. Une lecture fragmentée — celle notamment que, par la force des choses, nous proposent les journaux quotidiens — ne permet pas de saisir le mouvement général sur l’ensemble du théâtre des opérations. Nous avons parfois le sentiment que ce qui se passe à Gaza n’a rien à voir avec les événements en Syrie, et que ceux-ci sont indépendants des hostilités en Irak ou des négociations avec l’Iran. En réalité, c’est une fausse impression car tous ces événements sont articulés entre eux. Commençons par Gaza. Pourquoi l’offensive actuelle israélienne ? Apparemment les choses sont simples : tout commence le 12 juin dernier, lorsque trois jeunes Israéliens sont enlevés en Cisjordanie. Le gouvernement israélien accuse immédiatement le Hamas (qui gouverne Gaza) d’être à l’origine de l’enlèvement et, dans ses efforts pour tenter de retrouver les jeunes, multiplie les détentions arbitraires. Le Hamas dément une quelconque responsabilité dans l’enlèvement des trois jeunes. Mais cela n’empêche pas les autorités israéliennes d’arrêter quelque quatre cents Palestiniens, supposés proches de Hamas. D’autres sont tués. Des maisons appartenant à des suspects sont détruites. En représailles, des tirs de roquettes sont lancés de Gaza contre le territoire israélien. Le 30 juin, les corps des trois jeunes disparus sont retrouvés : ils ont été assassinés près de Halhoul, en Cisjordanie. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou déclare : « Le Hamas est responsable ; le Hamas paiera. » Rien, jusqu’à présent, ne prouve l’implication de Hamas dans l’enlèvement et l’odieux assassinat des trois jeunes Israéliens. Il n’empêche, quelques jours plus tard, la « punition » militaire israélienne contre Gaza est lancée. Quelle en est la véritable raison ? Il faut remonter au 29 mars dernier. Ce jour-là, Israël refuse de libérer, comme convenu, un dernier contingent de prisonniers palestiniens, en réclamant une prolongation des négociations de paix au-delà de l’échéance prévue du 29 avril. Il faut dire que le gouvernement Netanyahou — le plus à droite de l’histoire d’Israël — n’a pas fait preuve de volonté réelle de négocier avec l’Autorité palestinienne et d’abandonner sa politique de colonisation, comme l’a montré l’initiative mort-née du Secrétaire d’Etat américain John Kerry lancée l’année dernière. Le président palestinien Mahmoud Abbas se déclare disposé à prolonger les discussions, à condition qu’Israël relâche les prisonniers, gèle la colonisation et accepte de discuter de la délimitation des frontières du futur État palestinien. Le gouvernement israélien rejette ces demandes. A partir de ce moment, les gestes d’hostilité entre Israéliens et Palestiniens se multiplient. Dans ce contexte, au moment où le processus de paix est totalement enlisé, un coup de théâtre se produit : les Palestiniens signent, le 23 avril, un accord de réconciliation entre le Fatah, au pouvoir en Cisjordanie, et le mouvement islamiste Hamas, au pouvoir à Gaza. Ensemble, ils décident de former un gouvernement de "consensus national" dirigé par le premier ministre sortant, Rami Hamdallah, et constitué de technocrates. Il ne compte aucun membre affilié au Hamas. Les dirigeants israéliens sont furieux, ils accusent le président palestinien Mahmoud Abbas d’avoir choisi « le Hamas, et non la paix ». Afin de rassurer les Israéliens et la communauté internationale, le président Abbas a pourtant promis que le nouveau gouvernement d’union nationale rejettera la violence, reconnaîtra Israël et respectera les engagements internationaux. De son côté, Washington fait part de son intention de collaborer avec ce nouvel exécutif palestinien, et annonce le maintien de son aide à l’Autorité palestinienne. L’Union européenne déclare également qu’elle collaborera avec le nouveau cabinet palestinien. Mais le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, affirme : « Le Hamas est une organisation terroriste qui vise la liquidation d’Israël ; une telle alliance est tout simplement inacceptable. » Peu de temps après, l’enlèvement des trois jeunes Israéliens se produit. Et alors les événements s’enchaînent. Ils fournissent le prétexte au gouvernement israélien pour « détruire Hamas ». En réalité, les choses sont encore plus complexes. Car, en fait, le Hamas subit les conséquences d’un renversement d’alliances qu’il a opéré récemment. Rappelons en effet que, sous l’influence de deux Etats très proches des Frères musulmans, la Turquie et le Qatar, le Hamas — lui-même une émanation des Frères musulmans — a modifié sa diplomatie régionale l’an dernier et fait un choix géopolitique qui s’est révélé désastreux : il s’est désolidarisé du président syrien Bachar Al-Assad (et donc de l’Iran) en pleine guerre civile de Syrie, en pensant qu’une nouvelle alliance était en train de se forger avec l’Égypte des Frères musulmans, qui pourrait aider le Hamas à Gaza. C’était une erreur majeure. Car ce n’est pas ce qui s’est passé. Les Frères musulmans, que l’Arabie saoudite combat également, ont été renversés en Egypte où le général Al-Sissi a pris le pouvoir et n’est pas, de toute évidence, pressé de venir en aide au Hamas, lié aux Frères musulmans qu’il pourchasse impitoyablement sur son sol. En revanche, Le Caire a rétabli une coopération sécuritaire avec Israël, au détriment de Gaza où les conditions de vie se sont donc dégradées, et où les citoyens en font porter la responsabilité aux dirigeants islamistes... Alors qu’il y jouit d’un pouvoir absolu, le Hamas n’est pas parvenu à améliorer les conditions de vie des deux millions d’habitants de Gaza. Le mouvement islamiste reste par ailleurs soumis à la surenchère de groupes locaux plus radicaux, notamment le Djihad islamique, responsables de la poursuite des tirs de roquettes vers le territoire israélien. En un an donc, le Hamas a perdu ses principaux alliés, la Syrie, l’Iran et l’Egypte. Ce qui l’a contraint à se rapprocher du Fatah et de l’Autorité palestinienne. Et donc à s’attirer — encore plus — les foudres du gouvernement israélien... Par ailleurs, Bachar el-Assad est toujours au pouvoir en Syrie, soutenu par la Russie, l’Iran et le Hezbollah libanais. Même si la guerre dans ce pays est loin d’être terminée, il est clair que les autorités de Damas ont marqué des points et qu’elles ont désormais l’initiative. C’est dans ce contexte régional que se sont également produits les récents développements en Irak. Notamment la prise, par un groupe djihadiste sunnite, de la région importante de Mossoul, non seulement riche en pétrole, mais regroupant aussi des Kurdes. Ce spectaculaire développement en Irak intervient au moment où les négociations entre l’Iran et les puissances occidentales à propos du nucléaire n’ont jamais été si près d’aboutir à un accord, et alors que, en revanche, l’Arabie saoudite est en train de perdre son pari en Syrie. Le royaume wahhabite s’est en effet largement investi dans la lutte pour faire chuter le président Bachar el-Assad. Depuis trois ans, près de 45 000 combattants étrangers, financés par l’Arabie saoudite, ont été envoyés sur le territoire syrien pour combattre contre les autorités de Damas. Le royaume wahhabite aurait contribué à grossir les effectifs de ces groupes islamistes, en offrant à des prisonniers déjà condamnés à mort la possibilité de se racheter en allant faire le djihad en Syrie. Le royaume n’a pas seulement ouvert ses dépôts d’armes à l’opposition, il aurait même acheté des usines d’armement en Ukraine dont la production serait directement envoyée à l’opposition syrienne, via la Jordanie. En dépit de cet impressionnant dispositif, les autorités de Damas ont tenu bon et ont réussi à renverser le rapport des forces sur le terrain. C’est pourquoi la riposte est arrivée en Irak. Rejetées de Syrie, les organisations djihadistes sunnites ont rejoint les forces islamistes du groupe EIIL (l’Etat islamique en Irak et au Levant) pour lancer, en juin dernier, une offensive éclair menaçant Bagdad. Des groupes sunnites armés moins radicaux se sont également joints au mouvement avec le but de constituer un califat à cheval entre la Syrie et l’Irak. Les Kurdes ont sauté sur l’occasion pour s’emparer d’une autre ville, Kirkouk, riche en ressources pétrolières, dont ils disputaient depuis plusieurs années le contrôle au gouvernement de Bagdad. L’incompétence du pouvoir central et sa politique favorable aux chiites ont créé les conditions de l’insurrection sunnite. En tout cas, le coup de force des djihadistes de l’EIIL met en difficulté le Premier ministre irakien (chiite) Nouri al-Maliki, allié de Téhéran. Cette redistribution des cartes devrait aboutir à un retour de l’Arabie saoudite dans les négociations en Irak. Mais en même temps, ce nouveau contexte permet surtout à l’Iran de redevenir un acteur régional central. Parce qu’il partage des intérêts clefs avec les Occidentaux, surtout avec les Etats-Unis. Les Américains, en effet, ont en commun avec l’Iran chiite le même ennemi : le djihadisme sunnite, et particulièrement son groupe actuel le plus actif, l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), lequel est financé par l’Arabie saoudite, un allié officiel de Washington.... On le voit, dans un Proche-Orient embrasé et en pleine recomposition, le grand enjeu stratégique actuel c’est l’affrontement, par alliés locaux interposés, entre l’Arabie saoudite et l’Iran. L’Etat tampon que constituait l’Irak est désormais ouvertement disputé par les deux camps. Sur fond de conflit en Syrie et en Irak, et alors que se poursuivent les affrontements entre l’armée israélienne et le Hamas dans la bande de Gaza, la région vit un énorme bouleversement géopolitique. La diplomatie semble paralysée, enrayée, mais aussi bien l’Administration américaine que les Européens sont de plus en plus persuadés que la stabilité au Proche-Orient ne peut être atteinte sans la contribution de l’Iran. Donc sans sa reconnaissance comme puissance (y compris dans le nucléaire civil) à part entière. Ce qui sera dur à avaler pour l’Arabie saoudite. Qui n’a sans doute pas dit son dernier mot...

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Qui tient qui à Washington ? Question inutile, question dépassée.

Publié le par Mahi Ahmed

~~Qui tient qui à Washington ? Question inutile, question dépassée...<br>Dedefensa.org ‎Aujourd’hui ‎7 ‎août ‎2014, ________________________________________ Qui tient qui à Washington ? Question inutile, question dépassée... Les trois dernières semaines ont vu une avalanche de semi-“révélations”, de déclarations, de mises en évidence qui contribuent à jeter une lumière encore plus crue sur la toute-puissance de la CIA et de son directeur John Brennan, à Washington, dans l'équation du pouvoir. En même temps a été démontrée la complète impunité de l'artefact Brennan-CIA, jusqu'à des interrogations sérieuses sur le fait de savoir “qui commande à Washington ?”. (On parle aussi bien des révélations sur la surveillance constante effectuée par la CIA au Congrès, particulièrement sur les membres des commissions, que des rapports sur les tortures demandés à la CIA par le Congrès et dont le destin est incertain, que du comportement d'Obama exonérant la CIA de tout reproche sérieux et déclarant, sur un ton extraordinairement nonchalant et détaché, ce qu'on pourrait traduire selon l'esprit régnant “nous avons torturé quelques mecs” [« “We tortured some folks,” Obama declared almost casually... », remarque WSWS.org le 2 août 2014].) Aujourd'hui, les membres du Congrès les plus en vue pour leurs positions favorables à ce qu'on nomme le National Security State (NSS) dans sa branche de l'Intelligence Community (IC), jusqu'à être considérés comme à la fois serviteurs, complices et co-manipulateurs du modèle courant et permanent de ce NSS, sont traités comme des suspects, voire presque menacés d'une certaine façon dans leur intégrité. Nancy Pelosi, chef de la minorité démocrate à la Chambre, a confié qu'elle se sentait souvent dans la plus complète insécurité vis-à-vis de l'action de surveillance de la CIA à son encontre. Le cas le plus remarquable est celui de Dianne Feinstein, la sénatrice démocrate qui dirige la commission sénatoriale du renseignement et est donc parfaitement désignée comme “l'homme de la CIA” (sic) au Congrès, impeccable défenderesse des privilèges de l'IC, de la NSA à la CIA. Dans un texte très documenté et qui reprend avec brio toute cette chaîne d'événements, l'impeccable commentateur Tom Engelhardt remarque (le 3 août 2014 sur son site TomDispatch) combien Feinstein est “tenue” par la CIA, malgré certaines initiatives dont un admirable discours de dénonciation de cet “État profond” (voir le 12 mars 2014), – Feinstein “tenue” jusqu'à être menacée, comme Pelosi le ressent pour elle-même, dans son intégrité même, par des voies de pression, de chantage, pire peut-être... « Let's keep in mind as well that committee head Feinstein was previously known as one of the most loyal and powerful supporters of the national security state and the CIA. Until recently, she has, in fact, essentially been the senator from the national security state. She and her colleagues, themselves shocked by what they had learned, understandably wanted their report declassified and released to the American people with all due speed. It naturally had to be vetted to ensure that it contained no names of active agents and the like. But two and a half years later, after endless reviews and a process of vetting by the CIA and the White House that gives the word “glacial” a bad name, it has yet to be released (though there are regular reports that this will – or will not – happen soon). [...] »... In addition, according to Feinstein, CIA Director John Brennan met with her, lied to her, and essentially tried to intimidate her by telling her “that the CIA had searched a ‘walled-off committee network drive containing the committee's own internal work product and communications' and that he was going to ‘order further forensic evidence of the committee network to learn more about activities of the committee's oversight staff.'” In other words, the overseen were spying upon and now out to get the overseers. And more than that, based on a single incident in which one of its greatest supporters in Congress stepped over the line, the Agency was specifically out to get the senator from the national security state. There was a clear message here : oversight or not, don't tread on us. » Et puis, il y a le cas Obama. Le brillant, gracieux et talentueux président des États-Unis, désormais considéré unanimement comme le plus mauvais président qu'aient eu les USA, y compris par ses “frères de couleur”, n'a cessé d'apparaître de plus en plus comme lié à l'IC de l'“État profond”, c'est-à-dire tenu par lui (l'Intelligence Communauty), et vigoureusement, et l'on sait par quoi. On a déjà eu quelques occurrences pas piquées des vers (voir le 14 juillet 2014). Sa défense est constante et “loyale”, de toutes les turpitudes, de toutes les illégalités des activités les plus déstructurantes de l'IC, – du côté sombre de l'IC, l'envers de celui qui fait son travail en refusant de cautionner la version exaltée et hystérique aussitôt hurlée par les dirigeants-Système après la destruction de MH17, – car tout est ambigu et à double face, type-Janus, dans toutes les situations politiques aujourd'hui... BHO apparaît donc comme le président le plus dépendant, le plus “tenu”, le plus complètement prisonnier de l'IC, – que Engelhardt nomme “le Quatrième Pouvoir”, confisquant à cet effet l'expression jusqu'alors réservée à la presse, devenu cette presse-Système, cette bouillie pour les chats incapable de sortir de l'étroit sentier tracé par les consignes du Système (« The fact is that, for the Fourth Branch, this remains the age of impunity... [...] In the context of the Senate's torture report, the question at hand remains : Who rules Washington ? ») Des organes de presse aussi prudents avec le pouvoir et avec les forces de l'IC, autant que du CMI (Complexe Militaro-Industriel), que The Atlantic ou Defense One n'hésitent pas à publier des contributions de journalistes qui posent directement la question de savoir si Brennan-CIA ne tiennent pas réellement BHO, “par les valoches” comme l'on dit à Wall Street, d'une façon quasiment ouverte. (... Wall Street où, c'est bien connu, l'on tient également Obama et les autres, par le même moyen si élégant.) C'est le cas de Conor Friedersdorf, de The Atlantic, qui publie dans Defense One un article, le 4 août 2014, sous le titre révélateur et qui ne prend pas de gants de « Does John Brennan Know Too Much to Be Fired ? » (“John Brenan en sait-il trop pour être viré ?”), – car l'on sait bien qu'avec toutes ces affirmations, ces mensonges prouvés, ces actes illégaux, etc., Brennan devrait avoir été “viré” depuis belle lurette... La remarque de Friedersdorf est prudente mais pas moins significative : « I am not suggesting that Brennan is blackmailing Obama, or even that he would necessarily retaliate if fired. Still, if Obama is like most people in positions of power, he fires no subordinate without first asking himself, “Could this person damage me ?” If Obama is a normal person, rather than an unusually principled person, the answer factors into his decision... » Inutile de suggérer que vous ne suggérez pas que Brenner fait chanter Obama, Friedersdorf, parce que l'on sait bien que vous affirmez cela, bien au-delà de suggérer... Et alors ? Tout est impunité à Washington, aujourd'hui, y compris, comme fait stricto sensu Friedersdorf, l'impunité d'attaquer l'impunité dont jouissent Brennan-CIA (...Du moment que cette attaque est assez habile pour ne pas éclater en une accusation furieuse qui déclencherait un ouragan médiatique par un de ces phénomènes inattendus, – car qui sait comme naît un ouragan médiatique, comment telle information incroyable et scandaleuse ne produit aucun effet alors que telle autre en produit un, et colossal. A ce moment, certes, on en reviendrait au cas bien connu du risque d'élimination physique, mais franchement il est moins présent, ce cas, qu'on ne pourrait craindre par rapport à l'avalanche révélations, évaluations, etc. L'âge de l'impunité, c'est aussi, en un sens, l'âge du “je-n'en-à-rien-à-battre”, c'est-à-dire les révélations passent et les pseudo-structures de l'impunité restent.) Que nous dit-on, finalement ? Que Brennan est le Jay Edgar Hoover de son temps, de sa période, dans tous les cas selon le déferlement médiatique washingtonien en cours et dans le cadre des dénonciations-Système qui vont avec, tout cela caractérisant la séquence et touchant la CIA depuis quelques mois. Mais il y a un an, ce n'était ni Brennan ni la CIA qui étaient la vedette de la chose (on n'ose dire “sur la sellette” quand on voit l'absence totale d'effets sur les positions et les puissances) ; c'étaient le général Alexander et la NSA. Le 14 juin 2013, Alexander, baptisé empereur intouchable de la United Stasi of State (USA) était comparé à Hoover. Nous citions James Bamford, incontestable spécialiste de la NSA : « Inside the government, the general is regarded with a mixture of respect and fear, not unlike J. Edgar Hoover, another security figure whose tenure spanned multiple presidencies. “We jokingly referred to him as Emperor Alexander—with good cause, because whatever Keith wants, Keith gets,” says one former senior CIA official who agreed to speak on condition of anonymity. “We would sit back literally in awe of what he was able to get from Congress, from the White House, and at the expense of everybody else.” » Là-dessus, prenant en compte cette évaluation pour sérieuse et significative, ce qui était le cas, nous ajoutions ce commentaire. (L'on notera qu'il pourrait être repris pour Brennan et la CIA, respectivement à la place d'Alexander et de la NSA, – et qu'il pourrait être repris pour telle ou telle force éventuelle et son représentant, – le FBI, la DIA du Pentagone, le Joint Chief of Staff, etc.)... « Alexander est présenté comme une sorte de J. Edgar Hoover de l'ère informatique, mais la comparaison est très approximative. D'une part, il n'a pas la durée de Hoover, qui régna sur le FBI de 1924 à sa mort, au début des années 1970, alors que Alexander part à la retraite l'année prochaine. Par contre, Alexander, tout en disposant des outils en théorie implacable de surveillance intérieure, dispose d'une puissance extérieure (la cyberguerre) que ne possédait pas Hoover. D'autre part, sa personnalité semble beaucoup moins politique, ce qui en fait justement beaucoup plus un exécutant du Système au service d'une puissance considérable, aisément remplaçable par un clone parmi les généraux disponibles, – alors que Hoover assurait un pouvoir personnel et personnalisé sur la durée. Alexander est peut-être politiquement moins puissant que Hoover, mais il assure parfaitement la sécurisation des voies et moyens de développement de la puissance absolument déchaînée du Système, avec l'utilisation des technologies de surveillance et d'agression de l'informatique. Il est complètement une créature du Système, au service du Système, et quasiment interchangeable, et cette situation le différencie de Hoover. » On voit bien où nous voulons en venir. Le pouvoir est tellement dissout à Washington, tellement éclaté en une multitude de centres de pouvoir sans coordination entre eux, sans coopération réelle et plutôt concurrents mortels les uns des autres, les puissances dont tous ces pouvoirs éclatés disposent sont si considérables, la compromission politicienne et la corruption psychologique des dirigeants politiques qui sont retenus par ces pouvoirs sont si permanentes et structurelles, que rien de structuré et d'assuré n'émerge de tout cela. Il n'existe pas de puissance dominante, ou bien il n'existe plus une telle puissance... (Mais même J. Edgar Hoover, en son temps, était concurrencé par la CIA, contre laquelle il ne pouvait rien, et donc d'autant limité dans son pouvoir occulte, – voir le 22 novembre 2013.) Ainsi en revient-on, chaque fois renforcé dans notre conviction par les signes de plus en plus pressants de la situation que nous décrivons, chaque jour constatant que cette situation ne cesse de se renforcer et de s'aggraver... • Personne ne domine personne à Washington et tout le monde tient tout le monde, tandis que la dictature impérative du système de la communication, – une vraie dictature opérationnelle, celle-là, – oblige tous les acteurs à se soumettre périodiquement à ses diktat de convenance et de manipulation de son action. Le résultat est donc, chaque jour davantage, chaque jour plus marqués, à la fois l'impuissance, la paralysie et le désordre, dans un ordre croissant... • “Personne ne domine personne à Washington” certes, mais le Système domine tout le monde, avec ses divers diktat, ses obligations, ses impératifs. C'est dire que nous jugeons que ces événements conduisent à considérer d'autant plus, et chaque jour davantage, la thèse et l'interprétation du Système autonome, avec toute sa dynamique, tous ses élans, toutes ses contradictions... Et la conséquence de cette domination totalitaire, compte-tenu de la production de plus en plus échevelée du Système (dynamique de la surpuissance), est une tension chaque jour grandissante, des actes de politique, notamment extérieure (en Ukraine, par exemple, om la CIA est omniprésente), incohérents et qui imposent des crises toujours plus insolubles et dangereuses, et par conséquent contre-productives au plus haut degré ; mais aussi de ces actes de politique intérieure comme ceux auxquels nous assistons, qui montrent ces appendices du Système de plus en plus impudents et imprudents avec les règles nécessaires et les bonnes manières de fonctionnement du Système lui-même, l'apparence de la légalité, de la hiérarchie, de la démocratie (sic), etc. L'effet général de ces conséquences est que “la production de plus en plus échevelée du Système (dynamique de la surpuissance)” produit naturellement, et avec de plus en plus de force, son complément de l'autodestruction. Mis en ligne le 6 août 2014 à 08H42

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