Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

REGION ARABE : L’ALTERNATIVE ISLAMISTE A L’EPREUVE DU POUVOIR.

Publié le par Mahi Ahmed

REGION ARABE : L’ALTERNATIVE ISLAMISTE A L’EPREUVE DU POUVOIR.

par benyassari le 30 juillet 2013

 Les processus révolutionnaires, ayant concerné les différents pays arabes  et la lame de fond qui n’a épargné ni le Maghreb, ni le Mashrek, ont contraint les Etats-Unis et l’Union européenne, après bien des louvoiements et des hésitations, à apporter leur caution à des mouvements populaires juvéniles, au contenu radical. Il semble bien que la dynamique, atteint même aujourd’hui des pays dont l’islamisme est au pouvoir, comme l’Iran et la Turquie.

Ce soutien tactique des occidentaux, n’était pas dénué de calcul. Le souci de faire naître un modèle démocratique, dans le monde arabo-musulman n’était pas la préoccupation majeure mais des enjeux géopolitiques et le maintien de l’équilibre des forces en faveur d’Israël, comme clé de la domination américaine au Moyen-Orient, étaient l’objectif cardinal.

Il y a par ailleurs, le rôle stratégique d’un pays comme l’Egypte qui tient une place centrale dans l’économie mondiale de l’énergie (pétrole et gaz transitant par le canal de Suez) et sa position d’alter-ego dans le statu quo, face à Israël. Face à la déferlante populaire du 25 janvier 2011, les Etats-Unis ont préféré le pouvoir des frères musulmans qui leur garantit le maintien de l’Egypte au sein du système néolibéral mondial et le respect des traités de paix avec Israël.

De ce point de vue, le « printemps arabe », n’est pas qu’un leurre. Il s’agit de ne pas confondre l’apparence du mouvement, avec son essence. Pour chevaucher le mouvement populaire et l’essouffler, les Etats-Unis dans le cas de l’Egypte, ont mis en place un deal à plusieurs. Il s’agit d’un scénario avec un partage des rôles, entre Israéliens, Saoudiens, Emiratis, militaires égyptiens et avec au centre la confrérie des frères musulmans seule organisation de masse capable de canaliser un mouvement populaire, vers d’autres objectifs, pour en dénaturer le sens. Ce deal conçu comme une tentative de rattraper une dynamique porteuse de beaucoup de risques, avait un double objectif : stabiliser une situation d’urgence et empêcher à tout prix un succès éventuel des frères musulmans, dans la gestion du pays.

Le plan B, du scénario a été mis en place au lendemain de   l’ élection de Morsi. Tout a été fait ou quasiment tout, pour dégrader la vie quotidienne des égyptiens, avec une mauvaise volonté flagrante du FMI et des alliés, pour voler au secours d’un pays au bord de la faillite. Le même modus opérandi, semble être adopté  pour abattre la révolution tunisienne.

A ce stade de l’analyse, nous vient à l’esprit le fameux discours historique de Barack Obama, intitulé « Un nouveau départ » et prononcé à l’Université américaine du Caire, le 4 juin 2009 où il a donné la priorité « à l’écriture d’une nouvelle page entre les Etats-Unis et le monde musulman.» Tout c’est évident, montre qu’avec Obama, les Etats-Unis ont procédé à un lifting de façade et ont continué à vouloir faire du neuf avec du vieux. Ils persistent à considérer les peuples comme une masse corvéable à  merci, pour la sauvegarde de leurs intérêts de puissance hégémonique.

Avec la chute du président Morsi le 3 juillet 2013, l’Egypte amorce un tournant décisif de son histoire contemporaine. La transition n’en sera que plus longue. C’est un moment crucial pour toute la dynamique enclenchée par « le printemps arabe ». Ce tournant, met désormais la confrérie des frères musulmans, dans une extrême faiblesse. Aussi bien en Tunisie qu’en Egypte, l’arrivée des frères musulmans au pouvoir n’a pas tenu face à la réalité. Les islamistes sur la base d’une mobilisation populaire qui englobe toute la société qui était otage de l’ancien système, ont voulu imposer à la société, un projet global à caractère autocratique qui ne tient pas compte des aspirations démocratiques de toutes les couches sociales. Ni Morsi et les frères musulmans en Egypte, ni Ghannouchi et Ennahdha en Tunisie, n’ont été capables de produire un processus démocratique correspondant aux aspirations populaires et d’agréger les couches sociales qui au-delà des cercles concentriques islamistes, ont participé également et effectivement à la chute des dictatures en place. Dans les deux cas, les pouvoirs islamistes, ont failli par dogmatisme, voire par sectarisme, en prônant un retour à l’autoritarisme. Ils ont été incapables de gouverner, dans le sens de l’intérêt général et ont surtout été soucieux d’élargir la base sociale de leur mouvement. Leur gestion, a été caractérisée par de la mauvaise gouvernance au niveau économique, social et sécuritaire.

En Tunisie, comme en Egypte la victoire électorale des islamistes a mis d’abord en phase ces derniers, avec Washington. Pour les stratèges américains, seuls les islamistes sont à même d’endiguer la montée radicale des mobilisations populaires et de neutraliser le sentiment antiaméricain et l’hostilité, dont elles sont porteuses. De ce point de vue, Morsi a commencé à donner des gages, surtout par rapport à Israël. Sur le plan économique, il a engagé une offensive frontale pour opérer des coupes dans le pouvoir d’achat des couches modestes, en envisageant de supprimer les subventions des produits de première nécessité. Les Etats-Unis, ont commencé à lâcher les frères musulmans en Egypte, avec l’érosion de leur hégémonie dans la société, eut égard à leur gestion catastrophique de la réalité du pouvoir.

Dans le coup d’Etat du 3 juillet 2013, il y a comme un piège qui s’est refermé sur les frères musulmans, en Egypte et qui serait peut-être le seul trait de ressemblance susceptible d’autoriser de faire référence au « syndrome algérien », nonobstant de toutes ressemblances auxquelles, il est fait parfois appel de façon abusive. Mais, à bien des égards, les échecs islamistes en Algérie et en Egypte, à la porte du pouvoir pour les uns, et à la tête du pouvoir, pour les autres, renvoient à une vision de la pratique politique passéiste, déconnectée des couches sociales et des élites en mesure de faire basculer les forces sociales en faveur du changement et de la rupture avec le système en place.  

 

Source :

1.     Le Quotidien d’Oran du 17 juillet 2013

2.     El Watan du 10 juillet 2013

3.     liberté du 10 juillet 2013

4.     Arabies n° 297, janvier 2012  

 

 

Source: Blog Perspectives socialistes

Partager cet article

Repost 0

Réalités du dialogue islamo-chrétien

Publié le par Mahi Ahmed

Réalités du dialogue islamo-chrétien

par Omar Merzoug *

 Dans une société française minée par une grave crise économique et, de ce fait, tentée par le repli identitaire, le dialogue islamo-chrétien peut être une des voies possibles de la constitution d'un pacte social où chacune des communautés peut s'enrichir de l'autre. Diplômé d'études arabes et islamiques, auteur d'une thèse sur l'estime de la foi des autres, (Desclée de Brower, 2011) et directeur de l'Institut de science et de théologie des religions à l'Institut catholique de Paris, nul n'était aussi bien placé que le Père Henri de La Hougue pour nous parler du dialogue islamo-chrétien dont il est l'un des acteurs.

Omar Merzoug : Vous venez d'organiser sous l'égide de l'Institut catholique de Paris des rencontres sur le thème : «Chrétiens et musulmans face aux peurs véhiculées dans notre société». Quelles sont ces peurs, comment les surmonter, et, subsidiairement, avez-vous été satisfait du déroulement de ces journées ?»

Le Père Henri de La Hougue : La difficulté du dialogue islamo-chrétien est très liée au contexte dans lequel on se situe. A mes yeux, le dialogue islamo-chrétien ne pose aucune difficulté de principe. Il ne doit pas faire peur. Pour beaucoup, l'autre fait peur parce que les représentations qui en sont données terrifient. Les chrétiens ou les Français de confession chrétienne, de culture occidentale, qui ne connaissent pas l'islam de l'intérieur, n'ont pour référence ou pour image de l'islam que ce qu'il en donne par les médias. Or ceux-ci ne rapportent que les faits violents ou les faits qui font sensation. On ne parle jamais de ce qui va bien, mais bien entendu toujours de ce qui va mal. Et ce n'est pas vrai du seul islam, ça l'est aussi pour le christianisme. Quand les chrétiens lisent un article sur le christianisme dans les journaux, ils se disent : «Bon, ça ne reflète pas la réalité du christianisme dans son ensemble, cela n'en est qu'un aspect, ça n'est pas faux, mais ça n'est pas représentatif de ce que nous pensons». Mais quand il s'agit de l'autre, on n'y songe pas tout simplement ; et ce qui est alors décrit dans les médias devient représentatif, s'agissant de l'autre. Du coup, il y a ce premier aspect massif qui est que l'image de l'islam véhiculée par les médias est une image assez négative, fondée en premier lieu sur les revendications des musulmans en France par rapport au régime de la laïcité qui s'est progressivement instaurée. Tout se passe comme si les musulmans remettaient en cause cette laïcité, pour certains chèrement acquise, et ce qui en est mis en exergue dans les médias, ce sont surtout les questions de l'égalité des sexes, du voile, du refus d'être soigné dans les hôpitaux par des personnes de sexe opposé, etc. Tout un tas de thèmes ou de situations qui ne posent pas de problème dans la culture contemporaine chrétienne et qui sont posés par les musulmans. En fait la difficulté revient à ceci que les questions sont posées souvent de manière légitime, mais elles n'apparaissent aux yeux de l'opinion française que comme des revendications contre. C'est cela qui rend les choses difficiles. Les illustrations photographiques ou les images télévisuelles viennent encore compliquer le tableau. On choisit souvent de montrer des musulmans barbus hurlant, des gens en prière filmés ou photographiés de dos, des femmes voilées, des gens en armes, tout cela fait appel à un imaginaire qui n'est pas du tout représentatif de ce que sont dans leur réalité quotidienne la plupart des musulmans en France, mais c'est ce qu'on montre parce qu'on essaie de conforter un imaginaire et, par là même, on entretient cet imaginaire. Là est le grand problème. Tout cela se joint à une mémoire collective blessée. Pendant des siècles, chrétiens et musulmans se sont affrontés : les Croisades, la colonisation, la décolonisation. Certes, les chrétiens et les musulmans se sont affrontés, mais en fait, si l'on y réfléchit, l'histoire de ces affrontements est plus complexe parce qu'en réalité, les motifs des conflits étaient politiques mais les protagonistes ont fait usage d'un langage religieux. Tout cela explique les peurs de l'Autre.

Il faudrait y ajouter, ces dernières années, une certaine stigmatisation des musulmans de France dont on fait un usage politique à des fins électoralistes, et cela entretient plus encore le malaise. Ça crée des peurs et ces peurs ne sont pas du tout fondées si l'on regarde la réalité quotidienne de ce que vivent la plupart des Français qui ont un voisin musulman, qui disent souvent : «Lui, ça va, mais c'est l'islam qui pose problème». Si on considère tout un tas de couples islamo-chrétiens, on constate qu'ils n'ont pas de problème religieux et alors que les journalistes en parlent et l'entretiennent.

O. M. : Je me souviens d'un journaliste qui est venu m'interroger et la première question qu'il a trouvé à me poser est celle-ci : «Quand vous rencontrez les musulmans, de quoi avez-vous peur ?»

L.P.H.: J'ai répondu que je n'avais pas peur, et il est resté quelque peu interloqué. C'est une réalité, donc en fait, il y a des peurs du côté chrétien. Les chrétiens sont comme beaucoup de leurs compatriotes laïcs marqués par l'atmosphère ambiante tout simplement. Les musulmans ne sont pas du tout à l'aise dans cette image que les médias leur collent à la peau et puis il y a aussi des peurs côté musulmans qui ont été exprimées lors de cette session, des craintes qui reviennent et qui marquent la mémoire collective musulmane, la colonisation, l'idée d'un impérialisme occidental, les Occidentaux étant la plupart du temps assimilés aux chrétiens, on trouve des réflexions du genre: «ils nous manipulent pour avoir le dessus finalement» et tout ça n'est pas du tout rationnel, et ça crée des peurs et le seul remède efficace, pour dissiper les peurs, c'est la rencontre de l'Autre, de savoir parler de ce qu'on vit, d'établir des échanges.

O. M. : A ce sujet, vous avez codirigé avec François Bousquet un ouvrage sur le dialogue interreligieux et qui est sous-titré le christianisme face aux autres traditions, quelles étaient vos intentions et dans quel esprit avez-vous dirigé cet ouvrage ?

L.P.H.: En 1986, le pape Jean-Paul II avait convoqué à Assise les représentants de 40 religions pour réserver un temps de prière pour la paix ensemble. Et ce fut un événement très médiatisé, assez symbolique du point de vue de l'Eglise catholique et qui marque un positionnement nouveau. Cela se résumait à considérer que les autres ne doivent pas d'abord être vus comme des antichrétiens ou des gens qui seraient contre le christianisme, mais des personnes avec qui on peut collaborer pour faire advenir le règne de Dieu, des personnes dont la prière est une prière authentiquement tournée vers Dieu et inspirée par Dieu. Il s'agit là d'un changement de regard assez radical. On s'était demandé avec François Bousquet s'il n'était pas opportun, vingt ans après Assise, de tenter quelque chose pour commémorer l'événement. On a demandé à des représentants de différentes traditions religieuses ou des gens qui travaillent avec ces traditions religieuses de faire le point. Où en est aujourd'hui la rencontre entre l'islam et le christianisme, entre le bouddhisme et le christianisme, entre l'hindouisme et le christianisme ? Et puis où en est la réflexion chrétienne sur les religions ? C'était le but de cet ouvrage-là

O. M.: Si aujourd'hui, vous deviez faire un bilan sur les efforts qui sont faits de part et d'autre pour rapprocher chrétiens et musulmans, que diriez-vous ?

L.P.H.: Si on considère l'histoire des relations entre chrétiens et musulmans, je dirai que nous vivons un siècle très intéressant. Il est vrai qu'il y a toujours des tensions, un malaise, des peurs, des polémiques stériles qui sont un peu les mêmes depuis des siècles qui visent à essayer de «démonter» la logique de l'autre pour montrer la véracité de la nôtre, mais tout cela n'a jamais été rien construit, c'est un discours qui se reproduit sans arrêt et ne fait que conforter le polémiste dans sa propre logique et ça ne parvient pas à convaincre l'autre. En revanche, je crois que surtout en France, nous nous trouvons dans une situation où on peut enfin parler à égalité entre chrétiens et musulmans, c'est-à-dire que, sur le plan politique, il n'y a pas de statut différent. Il y a des chrétiens et des musulmans de même condition sociale, qui ont le même enracinement social et qui, du coup, peuvent parler simplement de ce qu'ils vivent et de ce qu'ils croient sans avoir les moyens de faire pression sur l'autre de manière inéquitable. Je considère qu'il y a actuellement des conditions pour que puisse s'établir un vrai dialogue qui s'est rarement rencontré dans l'histoire. En outre, je pense que, depuis cinquante ans, il y a une multiplicité de rencontres islamo-chrétiennes un peu partout dans le monde. C'est peu de chose, mais qu'une faculté catholique organise régulièrement des rencontres islamo-chrétiennes, qu'elle propose par exemple chaque année un débat est un signe encourageant. Le thème du débat cette année est «Les femmes et les religions». Dans le cadre de ce débat, deux intervenantes musulmanes ont été invitées à s'exprimer sur ce thème-là. L'année dernière, ce fut la question de la souffrance qui faisait l'objet de la discussion, l'année précédente, le débat portait sur «Qui est Dieu au regard des religions ?» et «Qui est l'homme au regard des religions ?». Le nombre d'initiatives où nous apprenons, les uns et les autres, à nous écouter simplement et nous connaître, sans vouloir porter un jugement. Cela est considérable au niveau mondial et pour moi, cela constitue une nouveauté. Même si l'on parle et médiatise plus ce qui fâche que ce qui est positivement construit, la réalité de ce qui se construit existe. Je considère qu'il n'y a jamais eu autant de rencontres islamo-chrétiennes à travers le monde pour tenter de construire des choses. Les attentats du World Trade Center ont provoqué des débats interreligieux et ça c'est intéressant. Certains groupes se sont dits : «Après ces tragiques événements, il faut construire la paix». Ces groupes ont collaboré dans l'intention explicite de mieux se comprendre. Dans ces groupes, on avance pour essayer de se découvrir mutuellement, convaincus que Dieu est plus grand, que tout ce qu'on peut imaginer et percevoir et qu'on ne peut que s'enrichir en vivant un vrai partage avec l'autre. Evidemment, la tentation existe toujours dans ces groupes de s'arrêter aux points qui rassemblent, aux points communs, où l'accord se réalise, ce qui est déjà pas mal, mais en même temps, l'idéal serait de parvenir à construire une société où l'on puisse s'enrichir de l'autre dans sa différence.

Je crois que cela est fondamental.

O. M.: «Pensez-vous que l'école, l'université, les institutions culturelles ont un rôle à jouer pour faire tomber les peurs ? Je vous pose cette question parce qu'on dit communément que les adolescents, les étudiants ont peu de culture religieuse, ni chrétienne ni musulmane.

L.P.H.: Je pense que les institutions scolaires et culturelles ont un rôle important à jouer. Touchant le problème de l'insuffisance de culture religieuse, je dirai que c'est un problème sérieux et réel, qui est lié à l'histoire de France, surtout aux circonstances qui ont entouré ou présidé à la séparation de l'Eglise et de l'Etat de 1905. Cette loi a confiné la question religieuse à la sphère du privé. Par voie de conséquence, tout ce qui est religieux doit être traité de manière privée, considéré hors du domaine public. Je crois que c'est une erreur fondamentale, surtout dans une société qui est une société pluriculturelle et pluri-religieuse dans laquelle nous vivons actuellement. Dans les années 1960 et dans la période de la reconstruction de l'après-guerre (après 1945), la question religieuse se posait beaucoup moins, mais aujourd'hui, elle se pose de manière plus aiguë. Je crois qu'on ne collabore pas beaucoup à construire une société si on n'aide pas les jeunes à prendre en compte cette altérité religieuse. Par exemple, c'est une des raisons pour lesquelles la plupart des religieux qui avaient été consultés dans le rapport Stasi, rapport qui avait été mis en place avant la loi interdisant le port du voile à l'école, la plupart des religieux (catholiques, protestants, orthodoxes, musulmans, bouddhistes, hindouistes) tous les représentants des religions étaient contre une loi alors que la plupart des représentants des établissements scolaires (chefs d'établissement, enseignants) y étaient favorables. Parce que les chefs d'établissement ne savent pas gérer cette réalité, parce que le religieux, ayant été relégué dans la sphère du privé, ils ne disposent pas des moyens humains, des savoirs pour gérer cette diversité religieuse et la prendre en compte alors qu'elle est constitutive de la vie des gens. Dans les familles, les gens en parlent dès leur enfance et on voit qu'elle marque les esprits. Pourquoi les religieux étaient contre une loi ? Parce qu'ils estiment que la question religieuse marque les individus dans leur identité depuis leur enfance, qu'on le veuille ou non, à des degrés différents, bien entendu, suivant les familles et, du coup, ne pas répondre à cette question-là, ne pas prendre en compte la diversité religieuse et la question religieuse quand elle se pose, c'est au fond abdiquer face à une responsabilité de construire l'homme dans la société d'aujourd'hui. Or c'est bien le but de l'éducation, cela et donc je crois que c'est très dommageable que les écoles et les institutions publiques aient fait le choix de ne pas parler des religions. Il y a eu quand même une prise de conscience de cette réalité. Le rapport Debré invite à la prise en compte du fait religieux, à l'enseignement du fait religieux. Mais il se trouve que c'est très difficile à mettre en place, parce que les enseignants qui doivent en traiter sont souvent des professeurs d'histoire ou les professeurs de français et ils ne savent pas comment en parler. D'autre part, les manuels scolaires qui évoquent les religions en classe de quatrième ou en cinquième les évoquent surtout comme des choses ou des faits du passé, où civilisation et religion sont souvent confondues, et du coup, cela entraîne une somme de confusions et là surgit un paradoxe.

 Ce qui est un peu paradoxal, c'est que c'est le programme scolaire de l'Etat français qui fait la confusion entre Etat et religion en mélangeant civilisation et religion et en présentant par exemple la naissance de l'islam à partir de 610 après J.-C., puis la montée de l'islam puis la décroissance de l'islam à la fin de l'époque médiévale, là on est dans la civilisation. Et puis parallèlement, on place les cinq piliers de l'islam dans la religion, on met quelques passages du Coran avec de préférence des «versets choc», parfois des formules guerrières, et puis on a résumé l'essence de l'islam. On se demande comment quelqu'un qui en prendrait connaissance, si cela reste sa seule référence, pourrait faire la distinction entre islam civilisation et islam religion. De ce point de vue, on ne peut pas dire que les programmes scolaires aident à prendre en compte le fait religieux dans la mentalité des personnes et ça c'est très embêtant.

 Il y a toute une réflexion dans l'école privée sur ces questions-là et là il y a toute la panoplie des positions. Il y a quelques écoles musulmanes sous contrat avec l'Etat qui se mettent en place, et puis dans les écoles catholiques sous contrat qui forment la grosse majorité des écoles sous contrat. Je pense qu'un certain nombre d'écoles catholiques où les élèves musulmans constituent une bonne partie des élèves ont accepté de prendre en compte cette diversité et par exemple au moment où il y a la catéchèse pour les enfants chrétiens, il y a un temps de culture religieuse pour les enfants musulmans. On essaie, et cela dépend beaucoup des chefs d'établissement, de faire travailler les élèves en prenant en compte la diversité comme étant une richesse, ce qui n'est pas toujours évident.

O. M.: Ces efforts qui sont faits de part et d'autre, ces rencontres, ces séminaires, ces discussions peuvent-ils à moyen ou long terme apaiser les craintes et puis modifier l'image que les Occidentaux de culture ou de confession chrétienne ont des musulmans et inversement, changer l'image que les musulmans des Occidentaux souvent vus comme des croisés en puissance ? Est-ce que vous êtes optimiste ?

L.P.H.: Je suis optimiste, mais simplement je ne pense pas que les choses se feront nécessairement d'une manière très rapide. Ce qui me rend optimiste, c'est ceci que l'on crée malgré tout un précédent, on crée les conditions, on dispose de textes, de références. Celui qui veut construire quelque chose, que ce soit du côté musulman ou chrétien, celui qui veut nouer des relations fraternelles, il a largement sur quoi s'appuyer, il a des textes, des références, des gens qui ont pensé cette différence, etc. Et tout le monde y a accès en cherchant sur Internet. On a aussi la possibilité de connaître l'autre d'une manière qui ne nous était pas accessible jusqu'à présent, la possibilité de prendre des cours, les chrétiens ont la possibilité de connaître l'islam, les musulmans ont la possibilité de connaître les chrétiens, on est loin d'avoir atteint ce résultat, mais au moins les conditions de possibilité existent. Après, il faut considérer que la société française vit une époque de crise et elle est tentée par un repli identitaire, elle est dans une recherche identitaire, et celle-ci est quand même largement liée à une espèce de pulvérisation des frontières classiques qui séparaient les peuples, les cultures et les religions. On vit dans un monde pluri-religieux, pluriculturel, et donc nécessairement, on a besoin de savoir qui on est, de se distinguer. Tout se passe comme si un nouvel équilibre se forgeait…

O. M.: Qui se forge dans la douleur et l'espérance ?

L.P.H.: Dans la douleur pour certains, dans l'espérance pour d'autres. A mes yeux, un vrai signe d'espérance en France, c'est le nombre de couples islamo-chrétiens, pas forcément faisant confession de christianisme et d'islam, mais des couples qui tissent leur histoire dans une sorte d'interculturalité. Cela rend évident le fait que chrétiens et musulmans peuvent vivre ensemble, peuvent construire un vécu commun. Cela constitue à mes yeux un signe fort. Après, il y a des phénomènes de génération. Je dirais que les phénomènes migratoires sont en fin de compte assez rapides, donc d'une génération à l'autre, cela ne fait qu'une génération que le regroupement familial est terminé. Il a été, après le choc initial, assez bien assimilé si bien qu'on ne voit pas une différence radicale dans les modes de vie d'un musulman et un chrétien et c'est justement pour cela qu'on a besoin parfois de marquer les différences. Dans vingt ans, la question migratoire se posera très différemment et l'étranger, ce ne sera plus le maghrébin d'origine, ça sera peut-être l'asiatique ou l'africain subsaharien et dans ce cas-là, il semblera normal à des Français d'origine maghrébine et des Français d'autres origines ou de souche, de penser de concert qu'il est difficile d'accepter l'autre, le nouveau venu. Je ne suis pas pessimiste, parce que je crois que la migration est une richesse. Un pays qui est renfermé sur lui-même est un pays qui s'éteint et la migration est difficile à vivre parce qu'elle oblige à s'interroger, à nous remettre en cause, mais c'est cela qui constitue la richesse.

* Propos recueillis

 

Source: Le Quotidien d'Oran du 31.07.13

Partager cet article

Repost 0

L'Europe condamne Hezbollah et se condamne à l'impuissance au Proche-Orient

Publié le par Mahi Ahmed

L'Europe condamne Hezbollah et se condamne à l'impuissance au Proche-Orient

par A. Benelhadj

 «La vraie sécurité ainsi que la défense et la promotion d'un ordre libéral dépendent toujours de la détention et de l'usage de la force militaire. C'est pourquoi, sur les grands problèmes stratégiques et internationaux qui se posent aujourd'hui, les Américains sont des Martiens et les Européens des Vénusiens.» Robert Kagan, La puissance et la faiblesse, 2003.

Les ministres européens des Affaires étrangères, réunis ce lundi à Bruxelles, ont décidé d'inscrire Hezbollah libanais sur la « liste des organisations terroristes » de l'UE. L'inscription sur cette liste va avoir deux conséquences : un gel des avoirs du Hezbollah et l'interdiction de visa d'entrée dans l'UE pour les personnes concernées.

Les raisons explicites justifiant ce verdict mi-figue mi-raisin (seule la « branche armée » est visée) ne sont pas claires et vont éloigner davantage l'Europe de toute possibilité d'influence sur le cours des événements au Proche-Orient. C'est d'autant plus sérieux que l'Union Européenne est concernée et intéressée par ce qui s'y passe, dans une certaine mesure infiniment plus que les Etats-Unis.

On peut évoquer les importations d'hydrocarbures cruciales pour l'économie de l'Union et les grandes routes maritimes qui la lient à l'Asie émergente. On peut y ajouter la proximité géographique et la dynamique européenne avec l'ouverture aux pays de l'Est du continent.

Cela a commencé avec l'entrée de la Bulgarie et de la Roumanie en janvier 2007. Des négociations sur la base des critères de Copenhague ont été entamés avec la Turquie (en octobre 2005 et ouvertes officiellement en juillet 2010), quelles que soient les controverses entretenues en Europe associées à l'idée d'une telle intégration. L'Ukraine sera sans doute avec la Biélorussie ou la Moldavie (l'Islande, en attendant la Suisse et la Norvège, la galaxie ex-Yougoslave et pourquoi pas d'autres pays comme les pays du Caucase ?) sur la liste des futurs pays candidats qui auraient vocation à rejoindre l'Union. Naturellement, l'élargissement sans approfondissement préalable de l'Union et de l'Euroland, dans un contexte de crise économique et financière, a été à plusieurs reprises débattu.

Mais cela est une autre question. Le fait est qu'il n'est pas certain que ce type de décision hostile à Hezbollah – dont on peut ne pas partager les conceptions et la politique – contribue à davantage de paix dans la région et soit si conforme que cela aux intérêts de l'Europe.

On ne peut comprendre cette décision qu'en la rapportant à l'évolution globale des relations internationales depuis la fin de la « Guerre Froide » et aux tentatives américaines de contrôler plus étroitement les pays de la région en raison de leur importance géostratégique. Parallèlement, Israël continue sa politique de fait accompli en Palestine fidèlement à un plan établi avant 1948.

Comment expliquer la décision européenne ?

 Les ministres ont justifié leur décision en ce que la « branche armée » de Hezbollah a été reconnue coupable d'avoir été lié à des actes terroristes perpétrés sur le territoire européen. A l'appui de cette accusation, il est fait référence à l'attentat à l'aéroport de Bourgas (Bulgarie) le 18 juillet 2012 qui avait fait sept morts - cinq Israéliens, un Bulgare. Les Européens citent également la condamnation en mars à Chypre d'un membre « présumé » du Hezbollah accusé d'avoir planifié une attaque contre des intérêts israéliens sur l'île (AFP le L. 22/07/2013 à 13h44).

Pourtant ce réquisitoire n'a objectivement que peu de consistance. L'auteur de l'attentat de Bourgas demeure à ce jour non identifié. Seulement de vagues présomptions : « il y [aurait] des pistes nettes menant vers le Hezbollah », a récemment affirmé le ministre bulgare de l'Intérieur, Tsvetlin Yovtchev. Il en est de même de la personne appréhendée à Chypre.

C'est bien léger pour fonder une accusation et une décision aussi graves.

Cohérence israélo-américaine.

À la différence des Etats-Unis et des Pays-Bas, qui ont placé sur leur liste noire le Hezbollah dans son entier, estimant qu'il était impossible de distinguer ses branches politique et militaire, les Européens limitent leur décision seulement à la branche armée du parti libanais[1]. La Grande Bretagne n'avait fait qu'anticiper la décision du reste des membres de l'UE, limitant sa condamnation à sa composante militaire.

La position de ces deux pays, il faut le reconnaître, ne manque pas de cohérence. Les Américains, comme les Israéliens, ne font aucune séparation pertinente entre le civil et le militaire, que ce soit dans le domaine économique ou dans le domaine nucléaire. Ces distinctions sont à l'usage des perdants et de leurs experts en déclinologie qui prolifèrent ces dernières années sur le « vieux continent ».[2]

L'état de paix est un état d'exception. L'état de guerre, un régime normal dans les relations internationales. «Le désordre est l'état naturel du monde, la forme organisée y est l'exception.» écrit, hobbesien à sa manière, J. Attali.

Washington a probablement raison de s'inquiéter à propos de la « bombe » iranienne. Mais comment reprocher à Téhéran de vouloir se doter d'une arme dont on sait depuis ses origines (le Général de Gaulle l'a très vite compris pour le compte de son pays) qu'elle est exclusivement une arme politique qui permet à un pays d'exister et d'être entendu sur la scène mondiale, par ses adversaires et par ses partenaires.

Comment reprocher aux Américains – dès lors qu'on a intégré leur logique de domination - de vouloir dissuader l'Iran de les dissuader (pour reprendre le concept gaullien de « force de dissuasion ») ?

Israël use de ce procédé avec raffinement. Peu importe que l'on croie qu'il ait ou non la bombe. Qu'il soit disposé ou non à l'utiliser « en cas de nécessité ». Cette incertitude – jamais levée - crée l'effet politique désiré. « L'ambiguïté créatrice » dont s'est servie Shimon Perez pour faire avaler tant de couleuvres à Arafat et le balader de Barcelone à Oslo.

Car cette arme est, chacun l'a compris, un fusil à un coup.

Ne s'use que si l'on s'en sert.

Depuis longtemps les Etats-Unis et d'Israël insistent pour que les Européens se décident à condamner Hezbollah et persuadent les plus rétifs d'entre eux (il en est) à s'y résoudre.

Il a leur donc fallu quasiment un an pour découvrir les prétextes qu'ils utilisent aujourd'hui pour franchir collectivement le pas. Pourquoi ce délais et surtout pourquoi ne pas condamner Hezbollah dans sa totalité ?

Le contexte syrien et le souvenir cuisant de l'été 2006.

En réalité, la condamnation tardive de Hezbollah n'a que peu à voir avec l'attentat en Bulgarie ou un d'un vague projet d'attaque ourdie par un vague membre de cette organisation libanaise.

Israël et les Etats-Unis continuent leur politique de démantèlement de l'axe Iran/Syrie/Hezbollah. Avec derrière tout cela, la Russie poutinienne pour cible fondamentale afin d'achever complètement la « fin de l'histoire ». En attendant de débarrasser le Pakistan de son armement nucléaire…

C'est l'entrée en scène de Hezbollah sur le champ syrien et la contre-offensive du régime d'Assad enregistrant succès sur succès, qui est à l'origine de cette condamnation qui va être complétée par un armement plus efficace des légions qui mettent la Syrie à feu et à sang. Pour abattre le régime d'Assad.

Israël a en outre un souvenir cuisant de la défaite que lui a infligée le parti de Cheikh Nasrallah au cours de l'été 2006. L'invincibilité de « Tsahal » a été gravement écornée, ce que les Israéliens n'ont pas oublié.[3]

Et Nasrallah ne s'est pas fait faute de le rappeler en réponse à la décision européenne : « Celui qui pense qu'un groupe de résistance qui a affronté pendant 33 jours la plus forte armée de la région (...) se soumettra à cette décision stupide est ignorant et se fait des illusions » (Reuters le J. 25/07/2013 à 02h25)

Il est à peu près certain, à suivre toutes les négociations avortées depuis Oslo et les illusions qu'elles ont suscitées, que les perspectives de tractations israélo-palestiniennes, difficilement arrachées par le Secrétaire d'État américain semble-t-il, n'ont qu'un intérêt dilatoire à l'avantage unilatéral d'Israël. Netanyahu a sûrement raison de proclamer que l'ouverture des négociations avec les Palestiniens est « vitale » pour Israël. Et les commentateurs en Israël auraient tort de penser qu'il s'agit de déclaration cosmétique seulement conçue à l'intention de l'électorat le plus extrême, notamment celui qui soutient mordicus les colons qui occupent la Cisjordanie. Il importe que les Palestiniens déclarent y croire. Même s'ils n'y croient plus…

L'état d'instabilité en Egypte, où l'élimination de Morsi ne se déroule pas aussi «pacifiquement » que Washington l'aurait souhaité, avec un retour progressif des Frères Musulmans dans la posture d'opposants relativement inoffensifs qui est la leur depuis des décennie, invite à la plus grande prudence dans la gestion du «dossier» palestinien[4]. C'est la même raison qui expliquait la « discrétion» apparente d'Israël tout au long de la guerre à l'Irak, à la Libye de Kadhafi ou lors de la déstabilisation de la Syrie. Discrétion, cela tombe sous le sens, ne veut pas dire inaction…

Abbas a freiné des quatre fers et jusqu'au bout à ne consentir à ces négociations que si Israël acceptait au moins de geler le processus de colonisation. On devine la forte pression exercée sur lui par les monarchies du Golfe. Il n'ignore pas que l'accord (aussitôt dénoncé par Hamas) qu'il a concédé au Secrétaire d'Etat John Kerry met en jeu sa légitimité si les tractations devaient s'achever comme d'habitude par un fiasco et une continuation du fait accompli en Palestine.

Se contenter d'exiger de la partie israélienne un engagement sur le gel de la colonisation, alors qu'à chaque fois que les Etats-Unis s'avisaient de le faire, les Israéliens lançaient en réponse de nouveaux programmes de constructions, comme la semaine dernière autour de Jérusalem, c'est de la part de Abbas prendre là un risque inconsidéré. Mais a-t-il vraiment le choix ?

Crépuscule européen.

Face à cela, une cacophonie européenne qui décide sans vraiment (se) décider.

Pourquoi cela ?

Dans un chapitre au titre pompeux intitulé « Le monde que l'Amérique a créé », R. Kagan (op. cit. p. 111) l'explique à sa manière : « Les Américains doivent se souvenir que l'Europe actuelle – à la fois l'Europe intégrée et l'Europe faible – est en grande partie la résultante de leur propre politique étrangère depuis un siècle ». Est-ce peut-être pour cela que Washington s'est décidé à tout reprendre en main… ? Kagan écrivait cela au moment où de Villepin ovationné, au Conseil de Sécurité, déclamait son opposition à la guerre américaine à l'Irak, en février 2003.

Avant que l'Europe – ex-PECO compris - ne bascule complètement dans le camp atlantiste. Avant que la France ne rompe avec une vieille stratégie gaulliste – peu à peu érodée - et ne place en avril 2009 ses forces armées sous commandement américain.[5]

Avec en perspectives (à observer la différence abyssale entre les budgets de défense), la disparition prévisible des industries militaires européennes ou, au mieux, leur confinement à des niches industrielles et à la sous-traitance dans les programmes du Pentagone.[6]

En sorte que la décision européenne est à la fois confuse et inapplicable. Avec une condition péremptoire que les commentateurs ne semblent pas avoir retenue : L'accord politique trouvé doit impérativement être transcrit juridiquement pour entrer en application – et pour cela reposer sur des « preuves ».

Il faut se rendre à l'évidence, la mise en œuvre de la décision européenne va s'avérer complexe car, outre la démonstration des attendus sur laquelle elle a été fondée, « il est très difficile d'identifier les membres de l'aile militaire », selon Waddah Charara, professeur de sociologie à l'université libanaise et auteur de « l'Etat Hezbollah ». « Nous en connaissons peut-être une vingtaine. C'est l'appareil sécuritaire, et non pas militaire, qui est le plus efficace et le plus dangereux chez le Hezbollah ». Selon lui, « les restrictions et les ambiguïtés de la décision de l'UE laisse une latitude assez large au Hezbollah, d'autant que ce parti a toujours avancé masqué et possède de nombreux relais pour agir ».

Sans doute, les pays européens tentent de ménager leurs relations avec le Liban qui avait pourtant appelé avec force les Européens à ne pas franchir le pas des sanctions, faisant valoir que le puissant mouvement représentait une « composante essentielle de la société » libanaise[7].

Les ministres européens ne manquent pas d'aplomb à affirmer que leur condamnation n'empêcheront pas l'UE de « poursuivre le dialogue avec tous les partis politiques au Liban », y compris donc le Hezbollah, qui joue un rôle de premier plan, notamment au sein du gouvernement sortant dirigé par le Premier ministre Najib Mikati.

Au demeurant, plus personne dans la région n'accorde le moindre crédit à leur volonté d'agir et encore moins à leurs possibilités de le faire. Les européens ont beaucoup promis et très peu tenu. Bien au contraire. La voix de la France est, dans ce cadre, complètement inaudible et l'avenir de son influence – un temps ressuscitée à l'occasion de son opposition éphémère à la guerre américaine en Irak en 2003 - très problématique.

Aujourd'hui, l'UE, sans défense commune, sans diplomatie ni politique extérieure autonome agit sous tutelle israélo-américaine[8]. Cela compromet de ce fait ses intérêts dans cette région et le rang dans le monde auquel elle aspire en tant qu'ensemble géopolitique intégré, distinct de son allié américain.

Il y a de ce point de vue un décalage significatif entre l'idée d'Europe dépeint par les Pères Fondateurs, la communication de la Commission à Bruxelles et la réalité sur le terrain.

L'Europe ne pèse plus que d'un poids d'appoint dans le règlement des conflits internationaux. Ici et ailleurs. Sinon peut-être à titre de preneur d'ordres, comme en Libye par exemple ou pour financer des constructions que détruisent les Israéliens. De cela, même les Européens ont fini par s'en convaincre. Il suffit d'écouter M. Rocard étaler avec une distanciation étonnante ses vagues à l'âme sur l'Europe que la Grande Bretagne a fabriqué après 1973…

Il est vrai que les hommes politiques aujourd'hui agissent peu et commentent beaucoup. A peine élus, ils trahissent leurs engagements. Est-ce pour cela qu'on ne les distinguent plus des journalistes qui s'aventurent de plus en plus dans des fonctions désertés par ceux qui n'assument plus les mandats que les suffrages leur ont confiés.

La nature (politique) a horreur du vide

Les Israéliens, eux, savent tout cela depuis très longtemps. Et en tirent largement parti. Les médias européens se gardent de rapporter ce qui se murmure dans les couloirs de la Knesset, à chaque fois que les Européens ou les Américains font mine (seulement cela) de les admonester ou de les menacer…

Il faut cependant apporter une nuance à ce tableau : si elle participe comme tous les autres de la stratégie commune dont elle ne peut complètement se départir pour des raisons historiques évidentes, l'Allemagne gagne peu à peu en autonomie et (paradoxalement) profite des contraintes constitutionnelles qui lui ont été imposées après 1945 pour prendre distance autant qu'elle peut avec les initiatives bellicistes engagées en Méditerranée et au Proche Orient. Elle tisse patiemment un réseau d'intérêts qui va de Berlin à Pékin en passant par Moscou et les anciens pays de la Mitteleuropa. Elle y trouve son compte et une éventuelle alternative stratégique future.

Il se trouve des observateurs arabes pour tirer des conclusions hâtives, se réjouissant des difficultés des putschistes égyptiens et des déboires des hordes barbaroïdes en Syrie, ainsi d'ailleurs que du chaos libyen, imaginant (et espérant) des défaites cuisantes des architectes du Nation Building américains.

Ce serait non seulement prématuré, mais ce serait aussi faire peu de cas de l'investissement considérable qui a été affecté à ces opérations. Ce serait mal connaître les stratèges de l'Empire à croire qu'ils renonceront facilement à leurs objectifs et que « tout » ne sera peut-être pas utilisé pour parvenir à leurs fins.

Ce serait aussi mal interpréter le Nobel de la Paix offert à Obama au début de son premier mandat. Car c'est de la « Pax Americana » dont le locataire de la Maison blanche a la charge, pas de la paix mondiale des exaltés de citoyenneté universelle. C'est un peu tout cela, dans une actualité et un contexte particulièrement dangereux, des événements dramatiques qui se font écho au sud et à l'est de la Méditerranée, qui se profile derrière la décision mi-figue mi-raisin des ministres européens des Affaires Etrangères.

[1] « Il est bon que l'UE ait décidé d'appeler le Hezbollah pour ce qu'il est : une organisation terroriste », a déclaré le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Frans Timmermans, en marge de la réunion avec ses collègues à Bruxelles. « Nous avons franchi une étape importante aujourd'hui en sanctionnant la branche militaire, en gelant ses actifs, en perturbant son financement et, ainsi, en limitant sa capacité à agir ».

[2] Pour saisir cette conception exprimée avec une franchise de cow-boy, il faudrait lire le petit livre de R. Kagan, cité plus haut, dans un contexte d'opposition, mal vécue par Washington, entre la France chiraquienne et les Etats-Unis Bushiens : «La puissance et la faiblesse. Les Etats-Unis et l'Europe dans le nouvel ordre mondial » Hachette 160 p. R. Kagan est membre de la Fondation Carnegie qui regroupe une théorie de « faucons » imbibés du mythe du « destin glorieux de l'Amérique ». Ecoutons Kagan : « … si les Etats-Unis ont joué un rôle décisif pour l'entrée de l'Europe dans ce paradis kantien, et s'ils jouent encore un rôle pour que ce paradis soit possible, ils ne peuvent pas eux-mêmes y pénétrer. Ils gardent les murailles mais ne peuvent en franchir le seuil » (p.119). Cela fait penser à la répartie du commandant de l'« USS Alabama » (Tony Scott, 1995) personnage interprété par G. Hackman : « Nous sommes là pour défendre la démocratie, pas pour la pratiquer ».

[3] L'opération « Pluies d'été » (Mivtza Gishmey Kayitz) est son nom de code évocateur en hébreu, choisi par les militaires israéliens, a fait un nombre terrible de victimes libanaises (le quart de la population du pays déplacé) et des dommages considérables aux infrastructures, de la partie sud de Beyrouth à la frontière avec Israël. Ce n'est pas sur ce bilan abominable que repose la défaite israélienne. Si l'on rapportait le nombre de victimes combattantes aux victimes civiles (arrêté début août 2006), le résultat est affligeant pour les « performances » de l'armée d'Israël : 591 libanais tués, dont 509 civils (86.1%), 29 militaires et 53 membres du Hezbollah. Du côté israélien : 93 tués, dont 57 soldats et 36 civils (38.7%) (Associated Press, 06/08/2006, 22h32). L'objectif était récupérer les soldats israéliens « kidnappés » et de détruire Hezbollah. Les soldats n'avaient pas été récupérés et Hezbollah est toujours là. Devant ce fiasco mortifère qui a, malgré le soutien des Etats-Unis qui ont bloqué toute condamnation d'Israël par les Nations Unies, fortement dégradée l'image du pays, les autorités israéliennes avaient dépêché une commission d'enquête pour situer les responsabilités et pour comprendre la cause de cet échec. CQFD.

[4] Obama, tout s'abstenant d'utiliser l'expression « coup d'État » -qui rendrait ipso facto impossible toute coopération avec l'Egypte-, s'est néanmoins déclaré suffisamment préoccupé de la situation actuelle pour reporter sine die la livraison prévue des chasseurs F16 à l'armée égyptienne. « Compte tenu de la situation actuelle en Egypte, nous ne pensons pas qu'il soit opportun de procéder à ce jour à la livraison des F-16 », a déclaré le porte-parole du Pentagone, George Little. (Reuters le mercredi 24/07/2013 à 19h39).

[5] Annoncé « d'abord » à Washington devant le Congrès par le président N. Sarkozy, le 07 novembre 2007. Et seulement après soumis aux députés français le 17 mars 2009. C'est dire…

[6] Les budgets militaires, en période de crise financière des Etats et de résorption impérative des déficits, servent de variable d'ajustement. La réalisation du projet Galileo progresse à vitesse d'escargot et la France achète des drones israéliens et américains.

[7] Le président libanais Michel Sleimane a lui demandé à l'UE de « revoir » sa décision en vue de « préserver la stabilité du Liban » (AFP le mercredi 24/07/2013 à 21h32).

[8] Le plus cocasse en cette affaire est qu'ils ont chargé une baronne britannique de sa diplomatie. Un aveugle qui confie son destin à un paralytique.

 Source: Le Quotidien d'Oran du 31.07.13

Partager cet article

Repost 0

Le Brésil, la Fifa ou l Etat contre les forces du capital

Publié le par Mahi Ahmed

Le Brésil, la Fifa ou l Etat contre les forces du capital

par Akram Belkaid, Paris

 C'est un bras de fer qui n'en finit jamais et dont on a parfois du mal à cerner les contours. Depuis la «révolution» libérale de Reagan et Thatcher, le capital et l'Etat sont en confrontation directe et, malgré tout ce que racontent les pleureuses patentées de The Economist ou du Wall Street Journal, c'est bien le premier qui, jusque-là, a remporté toutes les parties ou presque. Partout dans la planète, y compris dans des pays dits dirigistes ou bien encore communistes - l'exemple de la Chine étant le plus édifiant - c'est la logique financière qui prime.

L'exemple du Brésil

Prenons le cas du Brésil et des importants troubles sociaux qui l'agitent actuellement. Au cours des dix dernières années, ce pays a connu l'étrange convergence entre l'action d'un gouvernement de gauche et les représentants et auxiliaires du capital (banques, fonds d'investissements, multinationales,…). Le principal effort des autorités brésiliennes a été de faire sortir une partie de la population de la pauvreté extrême.
Une démarche soutenue par les milieux financiers toujours prompts à applaudir toute action visant à renforcer les classes moyennes et donc à augmenter les dépenses de consommation voire à inciter à l'épargne ou à l'endettement, deux options qui, de toutes les façons, finissent toujours par profiter aux banques.
Par contre, les gouvernements brésiliens, qu'il s'agisse de celui de Lula ou de Rousseff, n'ont guère eu de marges de manœuvres en matière de travaux d'infrastructures et de développement des services publics. Pas plus qu'ils n'ont pu répondre aux demandes incessantes de revalorisation des salaires et d'augmentation du pouvoir d'achat. Des exigences pourtant nécessaires pour, justement, améliorer la vie des Brésiliens et rendre leur quotidien moins difficile. De fait, le capital s'est toujours opposé à ce que l'Etat fédéral brésilien investisse massivement dans les transports, l'un des points noirs du pays. Tout cela au nom du nécessaire contrôle du déficit budgétaire. Ce qui, en réalité, équivaut à empêcher toute dépréciation des actifs financiers puisque l'augmentation du déficit signifie plus d'endettement et, in fine, le recours à l'inflation pour rééquilibrer la situation financière.

Une perte organisée de souveraineté

A l'inverse, le capital ne s'est pas opposé aux gigantesques chantiers de la Coupe du monde de football. Pourtant, cela a nécessité une grosse dépense publique ce qui a d'ailleurs ulcéré les Brésiliens qui sont sortis dans la rue.
En réalité, l'organisation de la Coupe du monde n'est pas simplement une opportunité économique pour les milieux d'affaires qu'ils soient brésiliens ou non. Ces derniers comptent d'abord sur la Fédération internationale de football (FIFA) pour qu'elle oblige le pays organisateur à entreprendre certaines réformes, certes présentées comme provisoires le temps de la compétition, mais dont l'effet à long terme, en matière de «laisser-faire» n'est jamais négligeable.
De nombreux médias ont ainsi évoqué la question de l'autorisation de vente de l'alcool dans les stades (ce à quoi la loi brésilienne s'est toujours opposée). En réalité, cela est presque anecdotique car le vrai enjeu réside dans les concessions faites en matière de souveraineté. Dans ses exigences, la Fifa a obtenu que l'Etat brésilien soit l'unique responsable en cas d'incidents divers durant la compétition. De quoi faire rêver toutes les multinationales dont l'obsession est de s'assurer qu'elles ne seront pas poursuivies en raison de dommages environnementaux ou sociaux causés par leurs activités et leurs investissements ! Si la Fifa obtient ce type d'immunité durant une compétition dont elle tirera un immense bénéfice financier, pourquoi une compagnie pétrolière accepterait-elle demain d'être poursuivie pour une marée noire ? Ainsi, la Fifa montre-t-elle la voie en matière d'immunité vis-à-vis des Etats, ces derniers ne cessant de perdre de leur pouvoir d'arbitre et de décideur en dernier recours.

(*) La chronique économique s'interrompt durant cet été, elle reprendra le mercredi 4 septembre 2013

 

Sorce: Le Quotidien d'Oran du 31.07.13

Partager cet article

Repost 0

L’Algérie n’est sortie de l’ère coloniale en 1962 que pour entrer dans celle de la dictature

Publié le par Mahi Ahmed

L’Algérie n’est sortie de l’ère coloniale en 1962 que pour entrer dans celle de la dictature

le 31.07.13 | 10h00

Elle s’est libérée du colonialisme, mais l’armée des frontières a occupé le pays et colonisé le peuple.

Le groupe d’Oudjda, qui prétend incarner la Révolution, a éliminé tous ceux qui lui étaient hostiles. La libération nationale s’est accompagnée de fruits amers. Elle a été suivie par l’instauration d’un système politique toujours en vigueur, qui refuse de donner aux Algériens plus de liberté et plus de droits que le régime colonial. Le peuple algérien a fait la Révolution contre l’ oppression et la répression, qui ont enfanté les droits de l’homme, pour la liberté et la justice, et le voilà revenu à la case départ où l’a cantonné le colonialisme, celle de sujet sans droit.

L’oppression et la répression du peuple algérien ne sont plus coloniales mais nationales. Le peuple algérien n’a pas obtenu les droits politiques, la souveraineté nationale et la citoyenneté qui étaient à la base du combat pour l’indépendance nationale. Il ne s’agit pas seulement de libérer l’Algérie du colonialisme, mais de libérer aussi les Algériennes et les Algériens de la condition de sujets après tant de souffrances et de sacrifices. La vie politique est conçue avec un seul objectif, pérenniser le système conforté par la rente pétrolière.

Le système a hérité de deux rentes qu’il a exploitées pour se maintenir au pouvoir : la rente de la légitimité historique et celle des hydrocarbures. Le pouvoir se prend en Algérie par un coup d'Etat, par les armes et par les urnes et se garde par les moyens de la dictature. La réalité du pouvoir est aux mains de l’armée, du DRS en  particulier. L’armée est le haut lieu de la politique, le centre de décision où s’élabore la politique du pays. Qui commande l’armée, commande le pays.

- Le terme de révolution est détourné de son sens et vidé de sa substance

La  devise de «la révolution par le peuple et pour le peuple» est devenue sans le peuple et contre le peuple. La dictature est contenue dans l’action révolutionnaire elle-même, qui n’établit pas la liberté, mais un autre despotisme. On n’établit pas une dictature pour  sauver la révolution, on fait une révolution pour établir une dictature. Nombreux sont ceux qui disent qu’il n’ y a rien à faire contre la dictature, parce qu’elle s’attaque à la liberté et à la vie des gens. Il faut seulement du courage politique pour lutter contre elle. Un proverbe anglais dit : «Là où il y a une volonté, il y a un chemin.» Abane Ramdane, qui a lu et relu en prison les écrits des artisans de la révolution française de 1789, et russe de 1917, ainsi que les recommandations de Lenine «sur la ligne rouge de sang qu’il ne faut pas dépasser», et le conflit Staline-Trosky, savait : «Qu’un pur trouve toujours un plus pur que l’épure.»

- La dictature qu’exercent tant de dictateurs, de despotes, de tyrans, est en phase finale, en fin de règne, en voie de disparition,  à quand le tour de celles qui restent ? Les dictatures militaires imposées aux peuples d’Amérique latine, avec le soutien actif des Etats-Unis d’Amérique, ont été éliminées dans les années 1950 par les mouvements de contestation populaires. Les peuples du monde arabe se libèrent de l’emprise d’une poignée de dictateurs qui les maintiennent en état de sujétion. Ben Ali et Moubarak sont tombés comme tombent les dictateurs, sans dignité et sans gloire. Le système politique algérien qui n’a qu’une seule vision, conserver le pouvoir, glisse sur une pente où il aura le même sort que le système tunisien ou égyptien. Il rappelle l’histoire du conducteur qui va dans le mur, et lui espère éviter l’accident en accélérant. Le changement de ce système et non le changement dans le système, s’impose par le vieillissement de ceux qui le dirigent, où la pyramide des âges est l’inverse de ce qu’elle est dans le pays. Comme les dinosaures et les zaïms du FLN historique, il est fermé à la nouvelle génération, alors qu’il est aux commandes du pays, depuis 1962. Il y a le temps de ce système politique désormais révolu, et dont la page se tourne définitivement.

Il faut une alternative où une alternance à ce mal ravageur qu’est la dictature. Le peuple algérien a en ce moment beaucoup de choses à dire aux décideurs de l’armée qui détiennent la réalité du pouvoir, mais il faut qu’ils en soient proches pour l’écouter ; parce qu’il attend des réponses politiques et des solutions économiques et sociales. L’Occident soutient les pouvoirs dictatoriaux, corrompus et oppresseurs, en échange de privilèges stratégiques et économiques. Il est bien informé des dérives préoccupantes des pouvoirs dictatoriaux et complice des clans cleptomanes, de ces pouvoirs, et capitule en sacrifiant l’universalité des droits de l’homme, au mercantilisme, en dissociant économie, liberté et justice, et en portant aide et assistance aux régimes despotiques. L’intégration économique de l’Afrique du Nord et son unité politique sont des mythes.

La maladie grave et durable du Président  Péguy disait : «Il faut dire tristement les vérités tristes.»

La maladie du Président est une question importante qui conditionne toutes les autres. Elle est gardée dans l’opacité et le secret, et les dirigeants mentent du matin au soir pour garder le secret. Ils maltraitent la vérité en disant que le Président va mieux, ou va bien, ce qui est un faux. Le peuple algérien a vu s’étaler de manière cynique le mensonge sur la maladie du Président, qui est l’expression de la pensée unique. Les dirigeants qui multiplient le mensonge perdent leur crédibilité. Il faut bannir le mensonge politique qui est un mal absolu, qui vide la parole de son efficacité.Le mensonge moyen politique usuel est condamnable du point de vue éthique, et surtout quand il devient une fin. Saïd Bouteflika, en permanence au chevet de son frère chef d’Etat, a déclenché une polémique sans fin, en verrouillant l’information et en imposant sa ligne politique.

Pour lui, le mensonge n’est que de la dissimilation, et chaque dirigeant doit sous une forme ou sous une autre, dire et répéter que «le Président continue de suivre quotidiennement les dossiers et questions d’intérêt national». Quel Algérien peut croire que ces déclarations qui relèvent de la propagande peuvent être prises au sérieux par l’opinion publique ? L’humour manié avec subtilité fait naître des propos qui ridiculisent l’absurdité de comportement des dirigeants. Le secret ne concerne pas l’Occident, particulièrement l’Europe et l’Amérique, informées régulièrement par le président F. Hollande qui a suivi l’évolution de la maladie du président Bouteflika qui est devenue grave et durable, pour prévoir en connaissance de cause les échéances politiques de l’Algérie. Après une hospitalisation de 82 jours au Val-de-Grâce et à l’hôpital des Invalides, le président Bouteflika est rentré en Algérie en chaise roulante, hémiplégique, sans prononcer une seule parole, le visage hagard comme s’il venait de débarquer sur une planète inconnue.

Bilan des trois mandats du président, à défaut d’être positif est très instructif

Il faut faire un examen honnête de ce bilan, l’apprécier à sa juste valeur, pour préparer le redressement national. Il est plus que décevant, il est catastrophique, compte tenu des ressources dont dispose le pays. La déception est à la hauteur des attentes. Il éclaire la voie à suivre pour le changement par l’action politique, qui est un devoir, une obligation, un impératif, qu’il faut mener avec calme, précision, fermeté et conviction, et poursuivre avec détermination, vigilance, une pensée logique et une expression claire, pour établir la démocratie enjeu du combat politique qui consacre le régime de l’Etat de droit.

Le Président n’a à l’esprit au cours des trois quinquennats qu’une seule obsession capable de satisfaire son esprit, son appétit de pouvoir, instaurer et renforcer la dictature avec sa dérive monarchique, et sa tentation dynastique.  Il a  cédé en 2008 durant la révision de la Constitution à son penchant de prédilection, le goût de l’autorité absolue qui fait de lui le guide et le sauveur de l’Algérie, en décidant d’assumer tous les pouvoirs, de faire du gouvernement un pouvoir exécutant, de gouverner sous l'opprobre et l’accusation de dictateur. C’est l’arbitraire, le bon plaisir du président institué en norme juridique. Il a subtilisé le pouvoir au peuple proclamé souverain par la Constitution.

Le pouvoir issu d’élections truquées est illégitime, illégal, anticonstitutionnel. Il a fait le lit de l’abstention. Le plus grand parti est celui des abstentionnistes. Les élections truquées relèvent du hold-up électoral qui est du gangstérisme politique. Le conseil constitutionnel a validé les détournements du suffrage universel, le président concentre la quasi-totalité des pouvoirs, réduit le contrôle et l’initiative du Parlement, intègre le pouvoir judiciaire, contrôle l’information. Le Conseil de la nation, qui ne reflète en rien la réalité politique du pays, est une dérive de la République qu’il faut dissoudre dans les meilleurs délais, le pouvoir a démontré son insuffisance dans le domaine des libertés, mais aussi dans l’économie et le social où tous les indicateurs sont au rouge. Il n’est pas un gestionnaire avisé, et porteur d’immobilisme politique, d’injustice sociale et d’inefficacité économique.

La gouvernance mêle dictature sur fond d'argent roi, un hyper président, un Parlement postiche et une justice aux ordres. Que dire des dirigeants qui ont contribué à mettre en place ce pouvoir dont ils tirent profit. Ils sont propriétaires d’un patrimoine important amassé sous la couverture des pouvoirs qu’il ont ou avaient au sein du système politique. Ils s’enrichissent en milliards, s’enrichissent encore, s’enrichissent toujours, sans payer le prix politique, le prix moral, le prix humain, parce que assurés de l’impunité. Les clans du pouvoir qui goûtent aux poissons et aux délices du pouvoir disent souverain qu’il ne lui suffit pas d’être puissant, il lui faut aussi être un renard, capable de ruse, afin de se donner l’apparence de la vertu. Le pouvoir personnel est la plus grave menace qui pèse sur les libertés. 

Les droits de l’homme sont bafoués avec une régularité et un machiavélisme peu ordinaires. Il faut dénoncer le climat général de surveillance, de contrôle et de répression qui pèse sur nos libertés. Le respect des règles de l’éthique et de la déontologie est nécessaire à l’exercice de la profession de journalistes, qui ne doivent pas oublier que leur travail est d’informer et non de servir de relais à la propagande du pouvoir, qui a pour but de manipuler et de mettre  en condition l’opinion publique considérée comme passive et perméable aux principes idéologiques et doctrinaux du pouvoir, qui justifient la dictature. Toute critique, tout désaccord, toute pensée  non conforme à la politique du pouvoir, est perçu comme une trahison, la main de l’étranger. Aux despotes et au despotisme, il faut opposer le primat de la liberté porté par les jeunes indignés et révoltés, qui ouvrent la voie au combat politique.

Le prochain président sera-t-il choisi par Bouteflika, les décideurs de l’armée ou le peuple ?

La jeunesse est la principale force de contestation. Le sérieux avec lequel elle pose les problèmes et propose les solutions, témoigne de sa maturité politique. Elle représente la vie, l’avenir, possède la culture, la science et la technologie, doit en sa qualité d’épine dorsale de la nation accéder aux responsabilités politiques, et succéder à un pouvoir absolu qui vieillit absolument. La vieillesse commence avec la dépendance physique. Le destin du pays, son avenir ne seront pas écrits, tant que le corps social ne fonctionnera pas de façon harmonieuse, tant que la femme n’occupera pas la place qui lui revient de droit, l’égalité avec l’homme dans tous les domaines.

Faire appel à la crédibilité, à la connaissance et au talent des femmes, n’est pas seulement une question d’égalité et de dignité, c’est réaliser une politique de renouveau, c’est donner la parole à celles qui sont privées de droits, c’est satisfaire les revendications légitimes non prises en compte qui engendrent frustrations, détresse et désespoir, c’est construire un avenir qui ait un sens, c’est mettre fin à la myopie politique qui ne voit pas les mutations de la société et les changements survenus sur la planète, c’est mettre fin à une faute politique majeure.

Le changement se fera dans la continuité par un changement dans le système, dans le pouvoir et dans la politique, ou sera radical par un changement de système et non dans le système, de pouvoir et non dans le pouvoir, de politique et non dans la politique. Qui exerce le pouvoir actuellement ? Le DRS renforcé par l’état-major de l’armée. Le président veut garder le pouvoir sans être en mesure de l’exercer.
Quand l’histoire d’un homme est terminée, il ne faut pas forcer le destin en ajoutant un chapitre. Va-t-il préparer sa succession ou se fera-t-elle sans lui, et contre lui ? Va-t-il partir à la fin de son mandat ou avant ? Le dauphin possible sera-t-il choisi dans son clan, Belkhadem, Ouyahia, Bensalah, un ancien ministre du FLN ou du RND qui appliquent la célèbre formule marxiste  : «Le parti se renforce en s’épurant.»

L’armée qui a porté à la magistrature suprême tous les anciens présidents, morts ou vivants, refera-t-elle le même choix lourd de conséquences. Il y a rivalités et divergences stratégiques au sommet de l’Etat. Les députés du RCD, qui ont déshabillé brutalement à l’APN le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, par des tirs groupés qui ont fait mouche, leur a dit : «Pour votre malheur, le pouvoir est uni.» Quand le pouvoir est uni, il fait le malheur du peuple. Qu’arrivera-t-il si le peuple est uni ?

L’avenir appartient à ceux qui préparent l’instauration d’une démocratie politique, et son prolongement naturel la démocratie économique et sociales

La démocratie implique la contestation, la confrontation d’idées et d’opinions contradictoires. Les Algériens sont dans le même train qui comprend plusieurs wagons. Le repli sur soi est de l’irresponsabilité. Il est temps que le bon sens habite les esprits, que la force de la raison triomphe de la raison de la force.

Il faut mettre en commun les différentes forces, tout en préservant celle de chacun, pour obtenir le changement du système politique et du dernier pouvoir qu’il a engendré. Ouvrir des perspectives d’avenir où l’Etat de non-droit basé sur des privilèges qui ne sont fondés ni sur le travail, ni sur le talent, ni sur la compétence, cède le pas à l’Etat de droit et à l’égalité des droits. Les droits de l’homme sont un espace de liberté et de justice très important pour le présent et l’avenir du pays. Il faut appliquer les normes et standards internationaux des droits de l’homme.

C’est contre le despotisme et pour la liberté et la justice, avec une répartition équitable du revenu national et des richesses nationales, qu’il faut mener ensemble le combat politique. Que tous les Algériens et les Algériennes qui se reconnaissent dans la citoyenneté et la souveraineté nationale, le droit du peuple algérien à prendre en main son destin et à s’exprimer en toute liberté pour  sa liberté, car c’est du peuple que vient le pouvoir et réside la souveraineté se retrouvent et se rejoignent, afin comme le disait Victor Hugo : «Mesurer au plus juste la proportion d’avenir qu’on peut injecter dans le présent."

Il faut appeler à un pacte historique qui unit les forces vives et diverses de la nation, pour réaliser la démocratie. Construire une alternance au mieux une alternative démocratique, c’est remettre l’intelligence, la vision, l’humanisme au centre du débat démocratique. Les événements d’Egypte et de Tunisie prouvent à l’évidence que la démocratie qui est l’exercice du pouvoir par le peuple qui respecte le droit de tous les Algériens et des minorités politiques, sociales et culturelles, est le meilleur système politique. Cette crise exige réflexion, hauteur de vue, décision, capacité de renouvellement, mais d’abord rassemblement et mobilisation de toutes les forces vives de la nation. Rien ne peut réduire au silence un peuple qui demande une réponse politique à un problème politique, et lance un cri d’alarme, un appel pressant et solennel afin qu’après l’été, il y ait un automne qui sera le contraire de l’été et non son prolongement, qui regroupera les forces dispersées, afin que la démocratie prenne la relève de la dictature.

Ali Yahia Abdennour

 

Source: El Watan du 31.07.13

Partager cet article

Repost 0

Le secteur touristique algérien en 2013

Publié le par Mahi Ahmed

Le secteur touristique algérien en 2013

Une vision claire mais des progrès insuffisants

Par : Mustapha MEKIDECHE

Pour cette dernière chronique d’avant les vacances, je traiterai du sujet le plus directement concerné par cette période celui du tourisme. Le cabinet londonien Oxford business group nous apprend dans sa dernière livraison de juillet 2013 que “le tourisme algérien est en retard”. Ce n’est pas un scoop. Tout le monde sait, qu’en l’état actuel de l’économie nationale, le secteur du tourisme ne pèse pas beaucoup ; il ne participe qu’à hauteur de 2% du PIB soit la moitié de la contribution de l’industrie qui nécessite elle même une redynamisation historiquement inédite. Mais en termes d’emplois il représente le double de celui des hydrocarbures qui pourtant génère plus de 40% du PIB. D’où le double intérêt dans la perspective d’établissement d’un nouveau régime de croissance,  à développer ce secteur à la fois pour l’emploi et l’apport en devises hors hydrocarbures. Pour ce faire, une fois n’est pas coutume, le cap et la vision ont été déjà clarifiés et même formalisés  depuis quelques années déjà. Le secteur algérien du tourisme dispose ainsi d’un schéma d’aménagement touristique (SDAT) à l’horizon 2025, lui-même, déclinaison sectorielle du schéma national d’aménagement du territoire (SNAT 2025). Mieux encore les objectifs sont  bien segmentés dans le champ temporel : court terme pour 2009(période consommée sans résultats significatifs), moyen terme pour 2015(rythme de croisière trop lent) et 2025 pour le long terme. Au plan spatial sept pôles territoriaux d’excellence touristiques ont été prévus et intégrés dans le SNAT 2025.
Alors pourquoi les choses n’avancent pas en tout cas au rythme programmé ? Pour le moment on sait que  ce n’est pas une question d’insuffisances de dotations budgétaires publiques ou même de  manque de ressources privées ou bancaires. Principal obstacle récurrent  avancé par les investisseurs celui du foncier touristique bloqué pendant des décennies pour des raisons apparemment bureaucratiques, notamment, celles des lenteurs dans les arbitrages à prononcer. Pourtant la démarche de rattrapage en matière d’infrastructures hôtelières avait prévu, depuis quelques années déjà, la mise en place de 405 zones d’expansion touristique (ZET) couvrant 53 000 ha. Alors si 85% des investissements touristiques se font hors ZET c’est qu’il y a en vérité deux raisons profondes. La première est qu’une partie de ces ZET ne sont pas attractives parce que les localisations et/ou les équipements sont inadéquats ; la seconde est qu’effectivement  les procédures d’acquisition sont  trop lentes. À ce sujet, il me semble que le profil du premier responsable du secteur, qui avait été directeur général des Domaines,  est de nature à régler rapidement cette question foncière dans et hors des ZET existantes. En attendant, compte tenu des déficits, on ajuste la stratégie en revoyant à la baisse les objectifs initiaux. Ainsi on segmente la demande touristique en plaçant la priorité sur la demande domestique et on essaye de promouvoir des formules d’hébergement chez l’habitant (maisons d’hôtes et gîtes). Cette formule, encadrée pour le moment par une simple circulaire  interministérielle du ministre du Tourisme et celui de l’Intérieur, a un début d’application dans le site balnéaire de Jijel qui est particulièrement sous équipé - avec seulement 28 établissements hôteliers -  pour faire face à la forte demande estivale. Cette formule de location  chez l’habitant est appelée à se généraliser sur les sites balnéaires du Nord, mais également aux régions touristiques du Sud car les déficits en la matière mettront du temps à être résorbés. Rappelez-vous que cette  approche avait été initiée - devant la forte pression de la demande en logements- pour faciliter la location des biens immobiliers des propriétaires qui le désiraient. La démarche, qui avait mis du temps à gagner la confiance des loueurs redoutant de ne pouvoir récupérer leurs biens,  s’est finalement généralisée élargissant ainsi un marché locatif qui était étroit et donc peu concurrentiel.
En conclusion, beaucoup reste à faire dans le secteur du tourisme  longtemps marginalisé ; mais la bonne nouvelle c’est qu’on sait ce qu’il faut faire. Mais il faudra faire vite car la concurrence internationale, notamment, celle de nos voisins immédiats, n’attend pas. Déjà toutes les compagnies aériennes affichent complet pour le lendemain de l’Aïd, et les jours d’après, captant une grande partie de la clientèle algérienne. En attendant, chers lecteurs, bonnes vacances que vous les preniez ici ou ailleurs.


M. M.

 

Source: Liberté du 31.07.13

Publié dans Economie et société

Partager cet article

Repost 0

Un processus de paix « vital » pour... Israël

Publié le par Mahi Ahmed

Un processus de paix « vital » pour... Israël

mardi 30 juillet 2013, par Alain Gresh

Faut-il y attacher la moindre importance ? Faut-il, encore une fois, noircir des pages sur la relance des négociations israélo-palestiniennes ? Faut-il s’interroger gravement sur les chances de réussite ou d’échec de ce processus ranimé, pour la énième fois, sous l’égide de Washington ? Faut-il rappeler les promesses successives des présidents américains annonçant pour l’an prochain la création d’un Etat palestinien ?

On peut, bien sûr, évoquer le passé. Qui se souvient encore des négociations lancées à Annapolis, en novembre 2007, sous l’égide du président George W. Bush, celui-là même qui avait déclenché la « guerre contre le terrorisme » et détruit durablement l’Irak, et qui promettait la naissance d’un Etat palestinien pour dans un an ?

On peut aussi évoquer en souriant (ou en pleurant, c’est selon) le choix par Washington de l’envoyé spécial pour superviser les négociations, M. Martin Indyk. L’homme, qui a grandi en Australie, s’est porté volontaire aux côtés d’Israël durant la guerre d’octobre 1973 et a fondé en 1985 dans la capitale américaine le Washington Institute for Near East Policy (Winep), un des piliers du soutien à Israël à Washington (lire Joel Beinin, « Un “think tank” au service du Likoud », Le Monde diplomatique, juillet 2003). En 1993, les Etats-Unis lui accordent en urgence la nationalité américaine de manière à ce qu’il puisse rejoindre l’administration Clinton, qu’il va conseiller sur le Proche-Orient. Il sera aussi deux fois ambassadeur en Israël. Il a le profil même des « intermédiaires honnêtes » tels que les conçoit Washington, farouchement pro-israélien, mais ne considérant pas forcément tous les Palestiniens comme des terroristes.

Il a fallu une demi-douzaine de déplacements du secrétaire d’Etat américain John Kerry dans la région pour aboutir à... quoi exactement ? On ne le sait pas vraiment, dans la mesure où la base des négociations qui se sont engagées lundi 29 juillet au soir n’est pas connue. Seule certitude, le gouvernement israélien a pris la décision de libérer une centaine de prisonniers (sur l’identité de ces prisonniers, lire Amira Hass, « Who are the 104 Palestinian prisoners Israel will free for peace talks ? », Haaretz, 29 juillet).

Les frontières de 1967 serviront-elles de base aux négociations ? La colonisation cessera-t-elle (elle n’a cessé à aucun moment depuis Oslo, même pas quand Israël avait annoncé son gel) ? A qui seront attribuées les sources d’eau en Cisjordanie ? Que deviendront les réfugiés palestiniens ? Autant de questions sans réponse, et pour cause.

Quoi que l’on pense de l’Autorité palestinienne, celle-ci ne peut accepter une paix qui ne prenne pas en compte le minimum des revendications palestiniennes. Or celles-ci sont inacceptables, non seulement pour la droite israélienne la plus extrême, mais aussi pour Benyamin Netanyahou — pourtant présenté par certains comme l’homme qui pourrait signer la paix — et même, il faut le reconnaître, pour la majorité des politiques.

Alors pourquoi les négociations reprennent-elles ? Essentiellement parce que Washington pense qu’elles sont conformes à ses intérêts stratégiques, d’où les fortes pressions exercées sur les deux parties. Comme l’écrit Daniel Levy, « une paix durable israélo-palestinienne est dans l’intérêt national des Etats-Unis, comme en ont témoigné clairement chaque commandant de l’US Centcom [commandement central américain pour le Proche-Orient] depuis le 11-Septembre ». Ceux-ci, qui ont dirigé les troupes américaines en Irak et en Afghanistan, reconnaissaient que si de nombreux djihadistes se battent contre les Etats-Unis, c’est d’abord au nom de la cause palestinienne.

Mais cette conviction n’amènera pas un changement fondamental de la stratégie de Washington, qui est de considérer, en préalable, que les demandes israéliennes (notamment en termes de sécurité) sont la plupart du temps justifiées.

Netanyahou l’a déclaré, « reprendre les négociations de paix avec les Palestiniens est dans l’intérêt stratégique d’Israël » [1]. Vous avez bien lu : ce sont les négociations (sans fin) avec les Palestiniens qui sont dans l’intérêt stratégique d’Israël, pas la paix.

Un dernier mot pour signaler la décision de l’Union européenne d’exclure les territoires occupés de sa coopération avec Israël [2]. Bien que l’on puisse s’étonner qu’il ait fallu quarante et quelques années pour que l’Union prenne une telle décision, on ne peut que s’en féliciter. Car seule une énorme pression sur Israël amènera ce pays à reconnaître la légalité internationale. On comprend que Shimon Peres, l’homme qui a endossé, depuis les années 1950, toutes les politiques agressives israéliennes (mais qui jouit en Occident d’une image usurpée d’homme de paix), s’inquiète, et appelle l’Union à faire preuve de retenue dans sa politique [3].

Notes

[1] Lire Barak Ravid, « Netanyahu : Resuming peace talks with Palestinians is a strategic interest for Israel », Haaretz, 20 juillet 2013.

[2] Lire Barak Ravid, « How the EU caught Israel off guard with its new settlement guidelines », Haaretz, 17 juillet 2013.

[3] Lire Greer Fay Cashman, « Peres asks EU to ’exercise restraint’ and allow peace process to develop », Jerusalem Post, 29 juillet 2013.

Partager cet article

Repost 0

«Cet amendement ouvrira la voie à l’esclavage»

Publié le par Mahi Ahmed

Amar Belhimer à propos de la révision de l’article 87 bis du code du travail

«Cet amendement ouvrira la voie à l’esclavage»

le 27.07.13 | 10h00

 

| © D. R.

 

La révision prévue de l’article 87 bis du code du travail «éliminera la référence au SNMG et consacrera l’esclavage». C’est ce que pense l’économiste Amar Belhimer en mettant en garde contre «un énorme danger pour le monde du travail en Algérie».

Intervenant lors d’une conférence-débat sur le thème «Les droits économiques en Algérie», organisée, jeudi soir, par la LADDH, l’orateur estime que cette révision, devant être effective après la tripartite de septembre prochain, est l’une des exigences du Fonds monétaire international (FMI). «A mon avis, l’amendement de l’article 87 bis consacrera, comme en France, le passage du CDI au CDD. Cela participe de la précarisation de la condition du travail dans notre pays, d’autant plus que le phénomène est associé à une tendance dangereuse à laquelle appelle de manière ferme le Fonds monétaire international, en l’occurrence l’abandon des négociations collectives de branches. Le FMI dit OK aux négociations avec des syndicats, mais dans les entreprises. C’est-à-dire avec des syndicats maison et des syndicats en position de faiblesse», explique-t-il.

Selon lui, le FMI exige l’arrêt des conventions collectives issues de la Seconde Guerre mondiale. «Cela induit une renégociation des pactes économiques et sociaux, un retour à l’entreprise, un emprisonnement des travailleurs et une abrogation de tous les acquis sociaux. Lorsque Tayeb Louh, ministre du Travail, ira à la tripartite, c’est pour abroger le SNMG. Il ne faut pas se faire d’illusion : la révision de l’article 87 bis sera synonyme de l’esclavage. Cette révision vise à lever les contraintes, y compris en écartant toute référence au SNMG. C’est une voie ouverte à tous les abus possibles», alerte-t-il. Amar Belhimer précise, dans ce sens, qu’il ne restera plus d’acquis pour les travailleurs si «toutes les barrières sont levées dans cette situation où le monde syndical est à genoux et où les pouvoirs publics mettent des freins devant des syndicats agréés et les empêchent de se réunir».

Cette lecture de Amar Belhimer s’inscrit en contradiction avec les explications euphoriques de l’UGTA et du gouvernement qui tentent de faire croire que la révision de cette disposition sera «bénéfique pour les travailleurs». Y a-t-il donc une volonté de tromper le monde du travail en Algérie ? Il faut attendre la prochaine rentrée sociale pour avoir le contenu de la révision proposée de l’article en question. Mais elle n’est pas la seule régression en matière des droits économiques. Selon le conférencier, l’Algérie a suivi la tendance mondiale enclenchée à partir des années 1990.

«L’Algérie excelle dans la répression des travailleurs»

C’est à partir de cette date, explique-t-il, qu’on a assisté à l’érosion et même l’extinction des droits économiques. «En Algérie, nous avons quitté l’ancien droit hérité du colonialisme et reformaté par le modèle national socialiste, sans pour autant tenir aux nouveaux droits. Parce que nous n’avons pas encore réglé le problème de la propriété et nous avons également une crise de contrat», soutient-t-il.
Outre l’insécurité juridique et l’absence d’un Etat de droit, l’économiste déplore aussi la forte répression des syndicats en Algérie et le recul sur le droit de grève dans le pays. «Le droit de grève est également battu en brèche un peu partout dans le monde, y compris en Algérie puisque la loi du 6 février 1990 autorise les pouvoirs publics à recourir à la consultation de la commission nationale d’arbitrage pour freiner l’exercice du droit de grève», illustre-t-il.

Afin de démontrer l’ampleur de la répression, le conférencier se réfère au dernier classement de la Banque mondiale qui met l’Algérie à la 152e place sur 185 pays en matière de climat des affaires. «Paradoxalement, s’agissant d’un indicateur qui est le règlement de la solvabilité qui permet à l’entreprise qui fait faillite de liquider ses salariés, l’Algérie est bien placé (62e). Nous sommes très bons dans la répression des travailleurs», commente-t-il, indiquant que le système basé sur le partage de la rente a favorisé l’informel dans le pays.  

Madjid Makedhi

 

 

Source:El Watan du 27.07.13

Publié dans Economie et société

Partager cet article

Repost 0

Alain Gresh. Directeur adjoint du Monde Diplomatique : «Le retour à l’ancien régime est impossible»

Publié le par Mahi Ahmed

Alain Gresh. Directeur adjoint du Monde Diplomatique : «Le retour à l’ancien régime est impossible»

le 27.07.13 | 10h00

 

 

Au bout d’une année de pouvoir, le président Morsi est renversé par une mobilisation populaire appuyée par une intervention de l’armée. Pour Alain Gresh, spécialiste de l’Egypte, «le risque d’une aggravation est plausible au moins pour deux raisons : l’armée qui pousse à l’affrontement avec les Frères musulmans en ne leur laissant aucune porte de sortie réelle et l’enfermement des partisans de Morsi dans un autisme refusant d’admettre leur échec».

-L’Egypte est re-plongée dans une crise politique depuis le renversement de Mohamed Morsi. Les tensions politiques ont atteint des pics inquiétants, quelle est votre analyse de la situation qui prévaut dans ce pays ?

Il faut remonter un peu loin, jusqu’à l’élection présidentielle qui a porté le candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi, au pouvoir pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui. Après une période de grâce dont avait bénéficié le président, il y a eu une montée des oppositions, conséquence des échecs politiques et économiques du nouveau pouvoir. Les Frères musulmans ont fait preuve d’une extraordinaire incompétence à diriger le pays dans les différents domaines.

Ils en portent la responsabilité – Morsi n’a pas fait les gestes politiques envers les autres forces – et très vite ont repris le dessus des tendances autoritaires qu’il y a dans la confrérie. Mais également, ils ont fait face à des obstacles objectifs compte tenu des difficultés économiques dans lesquelles est plongé le pays. Ajouter à cela une forte résistance des foulouls (les résidus de l’ancien régime) qui évoluent au sein de l’armée, la justice et l’administration. Il y a eu aussi une campagne médiatique féroce des télévisions privées contre Morsi qui n’est pas très professionnel en versant dans la calomnie, même si Morsi reste très fortement critiquable sur bien des sujets. Donc, tout cela a conduit à une impasse politique et au refus d’une majorité du peuple égyptien qui est l’expression du rejet de la politique des Frères musulmans, manipulée par l’armée. Le fait que c’est l’armée qui appelle à la mobilisation de la rue sollicitant un mandat populaire est quelque chose d’inquiétant. 

-Le risque d’un affrontement violent généralisé est fortement redouté, qu’en pensez-vous ?

Nous sommes déjà dans la violence, et le risque d’une aggravation est plausible au moins pour deux raisons : l’armée, ou du moins une fraction au sein de l’armée, pousse à l’affrontement avec les Frères musulmans en ne leur laissant aucune porte de sortie réelle et en utilisant la situation instable dans le désert de Sinaï – qui par ailleurs est instable depuis une dizaine d’année – en les qualifiant de terroristes. Je trouve cette tactique assez bizarre. Par ailleurs, en s’enfermant dans un autisme, les Frères musulmans se sont montrés incapables d’assumer leur part de responsabilité, et en s’entêtant dans cette logique, ils donnent un prétexte à leur répression au moment où se développe un discours nationaliste chauvin glorifiant le rôle de l’armée.

L’enjeu de la révolution est la reconnaissance par l’ensemble des forces politiques du pluralisme de la société et du pluralisme politique, et de permettre aussi une démocratie où il serait possible aux forces politiques d’exister. Le choix de la répression qui a été fait depuis les quarante dernières années n’a pas pu venir à bout des Frères musulmans. Avec leur échec, ils restent à 20% de l’électorat. Après des décennies de clandestinité, il est difficile pour eux de faire la démocratie en une année, ils ont échoué.

-Certains observateurs redoutent un retour à l’ancien régime avec l’armée au-devant de la scène, cette crainte est-elle légitime ?

Elle est en partie légitime, mais le peuple égyptien, qui est sorti en masse dans la rue et qui a fait tomber Moubarak au terme d’une mobilisation extraordinaire, n’est pas près de rentrer chez lui. Sa mobilisation permanente et sa détermination rendent quasiment impossible le retour à l’ancien régime. Ce peuple ne va pas se laisser confisquer la victoire. Cependant le gouvernement de Bablaoui ainsi que le président Adely Mansour apparaissent visiblement moins influents sur le cours des événements et c’est l’armée qui est l’acteur central durant cette période. Mais tant que la rue reste mobilisée comme le démontre à chaque fois, il serait difficile de revenir en arrière.

-L’armée et son chef Abdelfattah Al Sissi jouissent d’une grande popularité. Même ceux qui s’y étaient opposés auparavant lui apportent un soutien dans cette période. D’où vient cette alliance ?

Essentiellement pour des raisons historiques. L’armée, à sa tête Gamal Abdelnasser et son rôle dans les guerres contre Israël. Il faut dire aussi que l’armée, qui n’a pas exercé le pouvoir excepté la période de Nasser et est restée derrière le pouvoir mais avec une influence considérable, n’a pas subi le discrédit qu’a connu Moubarak. Mais il faut garder à l’esprit le rôle du Conseil suprême des forces armées dirigées par le maréchal Tantaoui durant la période post-Moubarak. C’est lui qui a fixé les conditions de la transition ainsi que sa gestion avec la terrible répression et son lot d’arrestations et de torture des activistes que ces derniers semblent oublier maintenant. La gestion de l’armée a été catastrophique.

-Comment expliquez-vous qu’une grande partie des opposants à Morsi était celle qui l’avait soutenu lors de l’élection présidentielle de juin 2012 ?

Au premier tour de la présidentielle, Morsi avait obtenu seulement 25% des voix, et pour battre le candidat Ahmed Chafik qui représentait l’ancien régime, il a fallu une alliance avec les autres forces politiques libérales de gauche et des mouvements des jeunes révolutionnaires. Ce qui était intelligent, parce qu’une victoire de Chafik signifierait l’échec de la révolution et le retour aux années de plomb. Seulement une fois au pouvoir, Morsi et les Frères musulmans se sont illustrés avec une gestion des plus catastrophiques qui a suscité une opposition forte. Mais ce qui est inquiétant de mon point de vue, c’est cette opposition qui fait alliance avec les foulouls.

-Est-il juste de dire que c’est le début de la fin de la confrérie des Frères musulmans, notamment avec le repositionnement des puissances régionales (Arabie Saoudite et Qatar) ?

L’enjeu des Frères musulmans était celui de se transformer en un parti politique, étaient-ils capables de réussir cette mutation après des décennies de clandestinité ? La confrérie n’est pas une organisation strictement homogène, elle connaissait des tensions internes fortes, notamment à l’occasion de l’élection présidentielle de juin 2012, où elle avait exprimé la position de ne pas présenter un candidat avant de se rétracter. Cela a provoqué des dissensions. La jeunesse des Frères est souvent en désaccord avec la guidance. Mais l’opposition et la répression qui s’abat l’aideraient à ressouder ses rangs.

Pour ce qui est des puissances étrangères, il est nécessaire de rappeler que les USA ont soutenu Moubarak jusqu’à la dernière minute, tout comme ils ont apporté un appui au Conseil suprême des forces armées de Tantaoui et ont continué à soutenir Morsi qui les a satisfaits, tant qu’il respectait les accords de paix avec Israël. Et leur position ne changera pas avec le nouveau pouvoir. L’Arabie Saoudite et le Qatar ont des divergences plus tactiques que stratégiques. Le départ de M. Morsi constitue une victoire pour l’Arabie Saoudite et un revers pour le Qatar. Sa rivalité avec son puissant voisin ne va pas disparaître, même si les deux pays dépendent de leur alliance stratégique avec les Etats-Unis.   

-L’euphorie révolutionnaire semble céder le pas devant les trébuchements de la transition démocratique…

C’est vrai que l’euphorie de la victoire contre Moubarak est refroidie par les difficultés que rencontre la transition. Cela était prévisible, car on ne passe pas de quarante ans d’autoritarisme à la démocratie en deux ans. Ça va être très long. Il va y avoir des soubresauts. Personnellement, je reste optimiste, parce que ce peuple ne va pas rentrer chez lui. L’Egypte d’après-2011 a basculé dans une séquence historique. Le peuple ne va pas se laisser confisquer la victoire.

Hacen Ouali

Sour ce: El Watan du 27.07.13

 

 

 

Publié dans Choix d'articles

Partager cet article

Repost 0

Égypte : la gauche se rapproche des jeunes de la place Tahrir

Publié le par Mahi Ahmed

Après Mohamed Morsi

Égypte : la gauche se rapproche des jeunes de la place Tahrir

Enquête de notre envoyé spécial au Caire. La situation économique du pays a poussé une fois encore le peuple à faire entendre sa voix. Tirant les leçons du premier acte de la révolution, les différents mouvements ne négligent plus l’aspect politique.

S’ils ne savent pas encore ce qu’ils veulent, les Égyptiens savent en revanche ce qu’ils ne veulent pas : ni régime militaire ni régime théocratique. C’est la leçon de ces trois dernières années, qui auront vu le peuple du Nil faire tomber la dictature d’Hosni Moubarak après trente ans de pouvoir absolu et celle naissante des Frères musulmans. La situation économique désastreuse aura naturellement joué un rôle majeur dans le processus des événements. Ainsi, depuis 2006 et la première grande hausse du prix de l’essence et des produits de première nécessité, respectivement de 50 % et 75 %, les conditions de vie ont continué de se dégrader. D’autres augmentations ont été enregistrées, notamment sous la présidence de Mohamed Morsi, aujourd’hui accusé par ses détracteurs d’avoir mené le pays à la quasi-faillite en un an de présidence.

 

Il est vrai que les dix-huit mois d’intérim du général Tantaoui, qui ont suivi la chute du clan Moubarak, ne l’ont guère aidé : les 42 milliards de dollars de réserves que comptait le pays ayant en effet été distribués, principalement dans l’économie informelle. L’agence de notation Fitch a, depuis, dégradé la note de l’Égypte de B à B–. Une dégradation qui, d’après le directeur du Centre cairote des études économiques, le docteur Abdel Moneim Al Saed, est due à plusieurs facteurs : « Tout d’abord le taux de chômage a grimpé à 13,5 % au premier semestre 2013, contre 11,5 % en 2012. Le taux de pauvreté s’est élevé à 25,5 %, contre 23,5 % en 2012. Le taux d’inflation a atteint 17,5 %, et enfin la livre égyptienne a perdu 18 % de sa valeur face au dollar. »

  • Le système capitaliste mis en cause

Des chiffres qui viennent confirmer les mouvements du peuple : c’est bien le système capitaliste dans son ensemble qui est ici mis en cause, qu’il soit de forme dictatoriale, militaire ou théocratique, ou même ultralibérale. En effet, pendant les deux moments de la révolution, en 2010 comme en 2013, des slogans antiaméricains, principal bailleur de fonds, ont largement été diffusés du côté de la place Tahrir, appelant à une indépendance économique. L’incapacité de l’ancien directeur de l’AIEA, Mohamed El Baradei, de s’imposer au poste de premier ministre, car il est considéré comme l’homme des Américains, confirme cette tendance.

 

Tout montre que la révolution égyptienne a pour base un ferment progressiste. Cependant les partis de gauche restent fragiles et divisés. « Ils ont été mis à l’écart du jeu politique pendant plus de trente ans. Mais cette révolution est une révolution de gauche, explique Mamdouh Habachi, cofondateur du Parti socialiste égyptien. Toutes les revendications le prouvent : indépendance vis-à-vis des forces impérialistes, plus de justice sociale, plus d’éducation, plus de service public, moins de religion dans l’État… Le fait d’avoir compris ce que manigançaient les Frères musulmans et d’être sortis dans la rue une deuxième fois pour les éjecter du pouvoir montre un peuple en éveil. Les jeunes de Tammarrod ou du Mouvement du 6 avril veulent s’organiser politiquement. La leçon du premier mouvement de la révolution a été apprise. »

  • Un front progressiste en vue des législatives de 2014

En attendant, c’est une coalition de technocrates qui a pris les rênes du pouvoir politique et économique. Ainsi, le premier ministre égyptien, Hazem El Beblawi, a-t-il annoncé la mise en place d’un groupe économique de haut niveau, sorte de gouvernement bis dédié à l’économie. Dans ce groupe, Ali Moussa, président du conseil des affaires franco-égyptiennes, très proche du Medef. Cet intime de l’ancien régime – il était le conseiller économique d’un think tank dirigé par Gamal Moubarak, le fils de l’ancien président – dit avoir un plan pour sortir le pays de l’ornière. « Pour la première fois depuis cinq ans, l’État est prêt à insuffler de nouveaux projets, explique l’homme d’affaires. Il faut relancer le projet du métro du Caire, dont la construction de quatre nouvelles lignes. Cela pourrait créer des milliers d’emplois très rapidement. Tous les plans d’ingénierie ont déjà été pensés. Il ne manque plus que le financement. Les syndicats doivent reprendre du pouvoir car, actuellement, c’est du grand n’importe quoi ! Il y a trop de grèves. » Un avis non partagé par le responsable socialiste Mamdouh Habachi. « Les syndicats sont au contraire très organisés. Ils ne sont plus à la solde de l’ancien régime, rappelle-t-il. D’ailleurs au sein du gouvernement transitoire, il y a un personnage clé, mon ami Kamal Abou Aita, qui est une garantie sociale. » Cette figure historique du syndicalisme égyptien est à la tête d’un nouveau syndicat parmi les plus puissants d’Égypte. Il est aussi le leader d’un parti néonassérien, considéré à gauche sur l’échiquier politique égyptien. Sorte de cheval de Troie de la coalition, il pourrait jouer dans les années à venir un rôle prépondérant si la rue et les forces progressistes réussissent à faire la jonction. « Nous allons essayer de créer un bloc de gauche avec les néonassériens, les anciens des partis communiste et socialiste, mais aussi avec les nouveaux petits partis qui sont nés dans le cadre du Front social national, et d’autres encore », précise Mamdouh Habachi. Un front progressiste qui aura la lourde tâche de réunir un maximum de forces tout en étant visible le plus vite possible. De nouvelles élections législatives sont prévues au mois de février 2014.

Stéphane Aubouard

http://www.humanite.fr/sports/546449

Partager cet article

Repost 0

1 2 3 4 5 > >>