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Histoire et civilisation : Remarques et observations Sur l’histoire d’Algérie

Publié le par Mahi Ahmed

Histoire et civilisation : Remarques et observations Sur l’histoire d’Algérie

le 28.09.16

L’histoire d’Algérie s’étend sur plus de 5000 ans. Sur cette longue période, les historiens n’ont retenu que les périodes de domination étrangère, ce qui a donné une présentation étrange de notre histoire C’est ainsi que nous avons les périodes suivantes : phénicienne, carthaginoise, romaine, arabe, turque, etc.

Cette présentation est fausse. Le gros travail à faire est de lutter continuellement pour la corriger Les historiens occidentaux croient fermement que l’Afrique du Nord (AN) n’a pas d’histoire ou plutôt que son histoire est liée à celle des nations qui l’ont dominée. Ces historiens croient que les Berbères sont un peuple anarchique, qu’ils sont incapables de s’unir, qu’ils n’ont jamais pu constituer une nation, encore moins un Etat. C’est à partir de ce constat erroné qu’ils ont commencé à établir des contrevérités historiques qu’il faudrait rejeter et combattre. Ces contrevérités sont les suivantes :

1­— Concernant l’histoire ancienne, pour ces historiens, cette histoire commence avec les Phéniciens, précisément avec Carthage, tout au moins pour la Tunisie actuelle. Pour le reste de l’AN, cette histoire commence avec les Romains. Avec étonnement, ces historiens découvrent qu’avant les Romains, trois royaumes existaient déjà, mais ils ne leur accordent aucune importance et décident arbitrairement de les qualifier de vassaux aux Carthaginois et aux Romains, ce qui veut dire qu’ils n’ont pas d’histoire.

Et voilà, notre histoire ne peut commencer qu’avec les Romains. Aujourd’hui, nos médias et aussi beaucoup de nos historiens, quand ils parlent d’Alger, de Tipasa par exemple, ils font commencer leur histoire à l’époque romaine pour nous parler, avec une certaine fierté, d’Icosium en ignorant que ce mot vient du berbère «aghoussim» qui veut dire noyers et Tipasa vient du mot «tafza» qui est une roche que l’ont trouve dans la région. Il en est de même pour Timgad, Teleghma, Télemly, etc. Non, notre histoire ne commence pas avec les Romains. Il faut le crier fort

2— Concernant l’époque dite «arabe», on se plaît, pour cette période, à mettre en évidence deux phénomènes, très éphémères mais que les historiens présentent comme durables et déterminants : il s’agit de l’antagonisme arabo-berbère qui n’a duré que quelques années, au moment de la pénétration de l’islam et de l’invasion hilalienne qui a été, il est vrai, dévastatrice mais qui s’est résorbée avec l’action énergique de Abd El Moumen l’Almohade. Il faut éviter de donner à ces deux phénomènes l’importance qu’ils n’ont pas

3— Concernant l’époque dite «turque» , elle est présentée par les historiens comme étant la plus sombre de notre histoire. Ces historiens disent que les Turcs étaient des sanguinaires et des cupides et qu’ils ont accablé les populations par l’impôt et l’injustice. Ces accusations ne sont pas fondées.

Avant d’être pris en compte par les Français, il faut savoir qu’elles ont été formulées tout d’abord par les Espagnols et tout particulièrement par l’historien Haedo qui, comme on le sait, a été captif à Alger. Par ailleurs, il faudrait savoir que les Espagnols ont été empêchés d’occuper l’Algérie par les frères Arroudj et Kheir Eddine et qu’ils ont essayé trois fois de débarquer à Alger en essuyant de cuisantes défaites, la dernière, menée par Charles Quint qui a failli être capturé.

C’est là l’origine de l’animosité des Espagnols à l’égard des Turcs et des histoires invraisemblables qu’ils ont inventées pour les salir et ternir leur image. Les Français n’ont fait que reprendre ces mensonges, en grande partie pour justifier leur agression contre l’Algérie. Gardons-nous de reprendre ces mensonges , les Turcs sont venus en Algérie à la suite de la demande pressante des populations pour les aider à lutter contre la menace des Espagnols qui venaient d’occuper Oran, Béjaïa et se sont installés aux portes d’Alger.

Cette période de notre histoire est l’une des plus glorieuses. Elle n’est pas turque mais bien algérienne, Hussein Dey était fier d’être Algérien. Il s’était farouchement opposé au khalife qui voulait le destituer. Raïs Hamidou, le valeureux amiral, qui était redouté de tous les Occidentaux, était Algérien et l’Algérie était désignée par tout le monde comme le «Royaume d’Alger». Cessons donc de considérer cette période comme celle de la domination turque.

4— La colonisation française n’a pas duré 132 ans. C’était un constat avancé par le PPA et d’autres pour les besoins de la propagande nationaliste et pour affirmer que la colonisation française avait trop duré. En réalité, elle n’a duré que 70 ans au plus. En 1830, les Français ont occupé Alger, le reste du pays était souverain et cette souveraineté a continué d’exister jusqu’en 1881 avec la défaite des Ouled Sidi Cheikh. En 1943, avec l’élaboration du Manifeste et la constitution des AML, la souveraineté algérienne réapparaît pour s’affirmer militairement le 1er Novembre 1954. C’est de cette façon qu’il faudrait écrire et lire l’histoire de cette période de 70 ans de domination française, pas plus !

5— Les historiens occidentaux nous ont inculqués au sujet de notre histoire des contrevérités qu’il faut dénoncer avec vigueur. Pour eux, notre histoire est une succession ininterrompue de dominations étrangères. Or, entre la domination carthaginoise et romaine, il y a des siècles que ces historiens ont occultés et entre la domination romaine et les autres, il y a également des siècles que ces historiens n’ont pas vus. C’est là peut-être la première contrevérité.

Ensuite, d’après eux, notre histoire se résume à ces dominations. Soit. Faisons le calcul. Auparavant, il faudrait souligner que la durée de cette domination varie selon les régions. En Tunisie actuelle, sur la totalité du territoire ou une partie seulement, la domination étrangère a duré, globalement, six siècles. A l’Est algérien, elle a été de trois siècles, le centre de l’Algérie n’a été que de moins de deux siècles. A l’Ouest algérien et au nord du Maroc, cette domination n’a pas duré un siècle.

Enfin tout le Sud algérien et marocain, à partir de la frontière libyenne, en passant au sud de Sour, en allant vers Oujda et la côte atlantique, tout ce grand sud n’a jamais connu de domination étrangère. A partir de ces données, nos calculs ont donné, pour l’Algérie, une domination étrangère globale de trois siècles environ. Quand on sait que notre histoire s’échelonne sur 50 siècles, on se demande comment la conscience de ces historiens leur a permis de s’intéresser uniquement à trois siècles et d’occulter 47 siècles.

En réalité, trois siècles dans notre histoire ne sont qu’un accident qu’on ne doit pas oublier, certes, mais ce n’est pas l’essentiel. Aujourd’hui, nos enfants, les médias, les journalistes, des historiens... cherchent à ne pas utiliser le terme de domination et l’ont allègrement remplacé par le terme de «civilisation». On entend, donc parler de «succession de civilisations sur cette noble terre d’Algérie ». Que Dieu nous garde ! La domination coloniale est par conséquent une civilisation.

Nous sommes tout prêts du débat qui a eu lieu en France, sur les aspects positifs de la colonisation française ! Y a-t-il un aspect positif dans une domination coloniale ? Notre histoire nous apprend que la domination coloniale n’apporte que destructions, massacres, spoliations, exterminations. C’est la mort programmée pour tout un peuple. C’est tout le contraire d’une civilisation. Encore une fois, cessons de parler de «succession de civilisations».

En Algérie, il ne peut y avoir qu’une seule civilisation : c’est la civilisation berbère qui a existé depuis la Préhistoire et qu’on peut appeler, aujourd’hui, «civilisation algérienne». Un peuple ne peut avoir qu’une seule civilisation, celle élaborée consciencieusement et laborieusement par les autochtones. Des apports étrangers peuvent survenir, mais sont rapidement assimilés et intégrés. Ce sont des enrichissements, certes, mais ils ne modifient pas l’originalité de la civilisation.

Quel apport, la civilisation romaine a apporté à la civilisation berbère ? Personne ne peut le déterminer ! Devant des ruines, nombreuses en Algérie, on s’écrie toujours : «Des ruines romaines !» Mais pourquoi voulez-vous qu’elle soit romaines ? Elles se trouvent en Algérie, elles sont donc par essence algériennes. Quand même l’architecte est romain, les ouvriers et le financement sont algériens. Mieux encore, il a été érigé sur les décombres d’un monument algérien.

Un archéologue français s’est écrié : « Où sont donc passés les palais construits par Missipsa et Massinissa ?» Encore une fois, cessons de considérer toutes ces ruines comme étant «romaines». Surtout, évitons de retracer l’histoire de Rome, en faisant parler ces pierres. Quelle abomination ! Elles font partie de la civilisation berbère. Une civilisation authentique, riche et enrichie. Soyons fiers de lui appartenir, à elle, seulement et uniquement !

En ce qui concerne la Révolution algérienne, il me semble que tout a été fait pour connaître l’histoire de cette période : les événements importants et essentiels sont connus, très souvent en détails. Les documents algériens existent en abondance, parfois inexploités, il est vrai. Les témoignages sont nombreux. Beaucoup d’acteurs sont toujours en vie et s’expriment assez souvent. Naturellement, cette abondance et prolifération donne l’impression de désordre et surtout de contradictions.

Mais il faut bien le souligner, cela ne peut concerner que les détails de certains événements. La décantation viendra de la part d’historiens authentiques. Prenons l’exemple de Abane Ramdane, son assassinat est admis maintenant par tout le monde. Reste les circonstances et les raisons, elles ne peuvent être pour le moment que l’objet de controverses et de contradictions qui seront surmontées, un jour, certainement, par un historien avisé. Il me semble qu’il n’y a pas de quoi s’alarmer.

Le problème qui se pose actuellement pour cette période a deux facettes : d’une part, les documents algériens sont écrits soit en français, soit en arabe et malheureusement les arabisants ne prennent pas connaissance des documents rédigés en français et l’inverse est également vrai pour les francisants. Nous avons deux mondes qui ne communiquent pas entre eux et souvent s’ignorent. D’autre part, beaucoup d’Algériens ne sont pas encore arrivés à décoloniser leur esprit, ils accordent peu de crédit à tout ce qui est algérien et se rabattent sur les documents étrangers pour porter finalement un jugement négatif sur notre Révolution.

Les archives françaises sont encombrées par les documents de propagande élaborés par les services spéciaux de l’intox et de la désinformation qui avaient pour objectif la démoralisation et la déstabilisation du FLN et de l’ALN. Ces documents sont des mensonges et des contrevérités. Ces services sont allés jusqu’à falsifier le journal El Moudjahid pour faire dire à Ferhat Abbas ce qu’il n’a pas dit.

Malheureusement, des Algériens, chercheurs ou hommes politiques, leur accordent du crédit et se permettent d’élaborer des thèses fantaisistes qui n’ont rien à voir avec la réalité historique. C’est ce complexe dévastateur qu’il faut combattre et détruire. Le moyen le plus sûr pour y arriver est celui d’élaborer un esprit critique en installant une critique littéraire qui permettrait de ne pas s’attaquer aux individus qui écrivent ou qui témoignent, mais d’analyser les faits qu’ils rapportent. Cela pourrait peut-être rétablir la confiance entre nous.

Zahir Ihaddaden

Source El Watan du 28.9.16

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Patrimoine immatériel : Polémique algéro-marocaine ?La bataille du raï

Publié le par Mahi Ahmed

Patrimoine immatériel : Polémique algéro-marocaine ?La bataille du raï

Patrimoine immatériel : Polémique algéro-marocaine ?La bataille du raï

le 24.09.16

Août 2015 : le président de l’association organisatrice du Festival de raï d’Oujda déclare qu’il a formulé une demande pour inscrire le raï au patrimoine mondial en tant que «chant populaire marocain». Mais l’Etat marocain, seul habilité à le faire, n’a pas déposé de dossier auprès de l’Unesco.

Août 2016 : Azzedine Mihoubi, ministre de la Culture, annonce que l’Algérie a engagé une démarche d’inscription de ce genre musical. Réactions «indignées» au Maroc où l’effet médiatique, notamment sur les réseaux sociaux, est instantané. Beaucoup d’encre et de salive ont coulé, enfourchant l’approximation et l’équivoque pour ramener la question à la sempiternelle querelle politico-diplomatique algéro-marocaine. Pour démêler l’écheveau, hors des passions et des généralités, retour sur un genre.

De quoi est-il précisément question ? Le recadrage, c’est Slimane Hachi qui le fournit. Il est le directeur du CNERPAH (Centre national d’études et de recherches en anthropologie et histoire), l’institution qui a ficelé le dossier présenté à l’Unesco : «Inscrire un patrimoine immatériel auprès de l’Unesco est plus compliqué qu’on ne le croit. Ce n’est pas un dossier administratif qu’on dépose mais un travail d’expertise. Ce sont des experts qui le font sur la base d’éléments vérifiables, en particulier l’historicité, c’est-à-dire que le patrimoine en question a été transmis de génération en génération au sein d’une communauté donnée.

Ensuite, et au final, ce sont des experts de l’Unesco qui évaluent le dossier.» Sur la question de savoir de quel raï il s’agit (le raï trab ou le raï moderne) dans le dossier déposé, Hachi nous renvoie à l’article 2 de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de 2003, ce qui exclut le raï du show-biz au profit des pratiques authentiques du raï par la communauté qui l’a en héritage. Question subsidiaire en rapport au reproche fait à l’Algérie d’accaparer la paternité du couscous ? Là aussi, Hachi appelle à garder raison : «C’est effectivement un dossier en cours de constitution mais il sera maghrébin parce qu’il s’agit d’un patrimoine partagé. D’ailleurs, nous sommes en discussion là-dessus depuis des années avec les pays du Maghreb.»

- Avanies et paradoxes Boumediène Lechlech, musicologue, spécialiste du bédoui et du raï, avoue être indisposé par la querelle médiatique et la tournure de l’affaire. Même sentiment chez Hadj Miliani, autre spécialiste et président du Festival national du raï lorsque celui-ci était domicilié à Oran. Il relève : «La demande de l’Algérie est fondée quand elle propose de protéger et préserver dans le raï la part la moins commerciale, le raï étant malheureusement un terme générique et polysémique, y compris quand il s’agit d’en retracer la genèse. La nécessité est évidemment politique».

Ceci étant, et pour l’avoir vécu de l’intérieur, il relève le paradoxe d’un raï qui a connu «des avanies multiples du fait même des institutions, des collectivités locales, des intellectuels et des médias. Adoubé par un festival en 1985 à Oran, répudié l’année suivante, le colonel Snouci à Riadh El Feth a tenté par la suite d’en faire le fer de lance d’une opération de communication corporate de l’Etat algérien axée sur la jeunesse.

En 1991, le festival est réapproprié par une association oranaise (APICO) désireuse de reprendre les concerts et galas interdits par l’APC FIS d’Oran. C’est sous la protection de l’armée que se déroule sa première édition au Palais des sports. Les suivantes se tiendront avec la bénédiction des services de sécurité contre les menaces et exactions des terroristes.

Le festival s’impose alors comme scène incontournable de la chanson raï. En 2006, il est institutionnalisé par le ministère de la Culture. Cependant, les notables et les autorités locales font pression auprès du ministère pour sa délocalisation et son remplacement par un festival local et tranquille, celui de la chanson oranaise. Sidi Bel Abbès en a hérité depuis 2008 mais il n’a fait que maintenir une présence sans développer une attractivité forte. Cette année, il a failli disparaître.»

- Le tien du mien Le professeur Miliani estime que le problème de la paternité est biaisé : «Le raï que tout le monde connaît est celui de la fin des années 1970, d’abord appelé pop-ray puis raï. Il a trois composantes : des rythmes, des voix et des paroles et il est électrifié. Ses interprètes sont de Témouchent, Bel Abbès, Tiaret, Saïda, Chlef, Mascara, Mostaganem, Maghnia, Sougueur, Tlemcen et Oran. Leur espace de prestation et d’enregistrement est principalement Oran (cabarets et studios). Des textes ont circulé, comme les chanteurs et les mélodies entre Oran et Oujda.

Milouda’et Koutché ont été chantées dans les années 1950 au Maroc et reprises par Bouteldja au début des années 1960. Mais finalement, ce qui mérite d’être protégé et sauvegardé, parce qu’ayant participé à ce qui est aujourd’hui un genre commercial, ce sont : les groupes féminins traditionnels de meddahate à travers leurs répertoires religieux et profanes et la personnalité de la cheïkha ; les pratiques de rencontres musicales taguesra, séances d’échanges dans le style bedoui où les musiciens faisaient preuve de leur prouesse (flûte et gallal) et les chioukh de leur répertoire ; la tebriha, joute dédicatoire d’improvisation poétique.»

La revendication marocaine n’étonne pas l’universitaire : «Depuis plus de trente ans, le Maroc essaie d’obtenir des soutiens internationaux pour vendre une de ses principales ressources économiques, le tourisme. Inscrire le maximum de productions immatérielles (de Djemaa El Fna jusqu’à l’arganier) est une manière de labelliser des produits attractifs pour les touristes. Depuis dix ans, le Festival du raï d’Oujda a boosté cette partie du Maroc oriental, parente pauvre du développement économique marocain et en a fait une destination touristique, faute des débouchés économiques plus forts qui viendraient de l’ouverture de la frontière avec l’Algérie.»

- Historicité et prétentions Sachant la centralité de l’historicité, la prétention marocaine quant à la paternité sur le raï devrait porter sur le raï trab, celui de la gasba et du galal, qui est la matrice du raï moderne. Pour argument, certaines voix au Maroc ont mis en exergue l’existence dans le raï d’un rythme, le regada, qui serait marocain. Boumediène Lechlech indique : «Cela est une polémique qui date de la chanson Didi de Khaled, sortie en 1992. Le regada, qui y est, est un héritage commun à l’Est marocain et à l’Ouest algérien. Cependant dans Didi, il n’y a pas que le regada mais une polyrythmie comme dans le raï trab. Par ailleurs, dans ce tube, ce qui y est de l’ordre du raï n’est pas dans la musique mais dans le chant.

Enfin, si l’on se réfère à Ahmed Aïdoun, musicologue marocain réputé pour son sérieux, dans son ouvrage sur la musique marocaine, il ne cite pas le raï. Par contre, il répertorie le gharnati exporté de longue date au Maroc par des expatriés tlemcéniens.» En ce sens, Lechlech note que l’Algérie, de par sa situation géographique, possède une très riche diversité musicale comprenant des genres ayant des prolongements dans les deux pays voisins mais aussi des genres spécifiques. Le raï en est un. A cet égard, de nombreux spécialistes le font remonter vers 1927 dans les plaines de l’Oranie, lorsqu’on fit appel au travail féminin salarié dans les vignobles, gros consommateurs de main-d’œuvre lors des vendanges.

C’est dire que le raï, chant féminin, est né, non pas dans une ville donnée mais dans le monde rural. On peut imaginer que des femmes livrées à la précarité, l’étrennèrent pour exprimer leurs peines et leurs joies fugaces, ce qui constituera d’ailleurs sa thématique. Il a émergé d’abord dans des guesra (veillées) des bivouacs d’été où campaient des milliers de saisonniers.

- Féminin pour masculin Ainsi, ce chant féminin s’est trouvé destiné à un public masculin, «l’aventure artistique» des femmes ayant été parrainées par des hommes, leurs gsasbia (flûtistes) et berrah (annonceurs) qui étaient généralement leurs compagnons dans la vie : «Ce raï conflictuel par rapport au bédoui, lui conservateur, s’est ensuite développé parallèlement à lui. On trouve ses traces dans la discographie de l’époque selon le répertoire de la musique arabe dressé par Lahbib Hachelaf. La lecture des titres de certaines chansons indiquent qu’elles sont manifestement de raï et pas d’un autre genre», remarque Lechlech.

Frayant avec le tabou et la paillardise dès son apparition, le raï se donne en marge des waada, à l’abri des oreilles chastes, sous une guitoune, contrairement à l’art des meddah qui se donne en halqa en plein air, à l’instar de celui des chioukh qui se produisent dans les cafés-concert. Parce qu’évoluant dans la marge, la chanteuse de raï porte une voilette pour ne pas être identifiée. Elle s’affuble également d’un pseudo et se donne pour origine une agglomération dont elle n’est pas.

«De la sorte, la question des auteures est épineuse, sachant que les vendanges attiraient les choualas (travailleurs-ses saisonniers-ères)) de toutes les régions comme de l’Est marocain.

On peut penser qu’il y ait eu quelques Marocaines à pousser la rengaine mais le répertoire des chikhate établi à partir des enregistrements connus depuis 1910 en 78 tours, s’il révèle par exemple une Reliziania ou une Abbassia, il ne recense aucune Ouajdia ou Berkania (Maroc).»

- Rural ou citadin ? Contrairement à ce que l’on croit communément, le raï n’est pas devenu citadin à l’orée de l’indépendance nationale. Il l’aurait été dès les origines avec les meddahate qui entonnaient le medh (chant religieux), d’où leur nom, avant d’entamer le chant profane : «Dans la discographie existante, on découvre le raï des meddahate également apparues au début du XXe siècle.

C’étaient des orchestres à l’adresse d’un public exclusivement féminin lors des fêtes familiales (mahdar), comme les cérémonies de mariage ou de baptême, cela contrairement au raï rural dédié aux hommes. Ils se sont constitués sur le modèle des fkirate et msamaâte qui, elles, chantaient un dérivé de l’andalou après une première partie en medh», signale Lechlech. Y a-t-il une différence entre ces raï citadin et rural ?

«Outre le haouzi, le raï des meddahate a emprunté à la musique turque. Par ailleurs, il a pris des fkirate et msamaâte les instruments tels que la tbila et le rbab (en fait le violon alto).» Qui est antérieur, le raï trab ou le raï des meddahates ? «De mon point de vue, cela reste un sujet de recherche à réaliser sur une base musicologique. Néanmoins, en bonne logique, le raï trab est antérieur au raï des méddahate. Il n’empêche que cela demeure une spéculation, une hypothèse, parce qu’il faut des sources sonores originales pour trancher valablement sur ce point.»

- Raï et amazighité Enfin, ils ne sont pas peu nombreux ceux qui confondent entre bedoui wahrani et raï trab qui, tous deux, s’exécutent avec les mêmes instruments mais aussi parce que le raï s’est «masculinisé», des chioukh l’ayant entonné après la Seconde Guerre mondiale. La différence est pourtant fondamentale : le raï ne s’appuie pas sur la poésie.

Il se caractérise aussi par l’improvisation et les onomatopées évocatrices à la place des mots qui surgissent parfois en fonction de l’état d’âme de l’artiste. «Du point de vue mélodique, les airs du raï sont des airs berbères. Ils ne correspondent pas aux maqams arabes. Ils se rapprochent du folklore des régions amazighophones et des airs mélodiques des bergers, ceux du pâtre numide de l’Oranie antique, des airs que les chikhate ont fait évoluer. A cet égard Samahni ya lcommandar, de Rimiti est illustratif», soutient Boumediène Lechlech. «Le raï diffère encore du bedoui par l’origine. Comme son nom l’indique, le bedoui est d’origine bédouine.

Ses racines se situent au moins au XIIe siècle, suite à la vague migratoire des tribus Banû Hilal, Banû Souleim et Banû Mâqil vers le Maghreb. Leurs mélopées ont été reprises sur des instruments ruraux ancestraux locaux comme la guesba et le guellal, sans lien comme pour le raï trab avec la danse. Enfin, il se caractérise par une sobriété musicale et instrumentale qui met en exergue la grande richesse littéraire du poème chanté, se contentant de trois mouvements successifs et progressifs.»

- Au bout du compte ? Il est bien établi que le raï est né en Algérie où son historicité ne fait pas défaut. La question de sa paternité, qui a enflammé les réseaux sociaux, est donc un faux problème. Mais il faut reconnaître qu’Oujda a bien servi ce genre musical en lui donnant une rentabilité aussi bien culturelle qu’économique quand, dans notre pays, il est demeuré souvent en marge, objet de querelles insipides et de préjugés d’ignorance sur sa valeur culturelle ancienne. La demande d’inscription par l’Algérie du raï sur la liste du patrimoine immatériel mondial représente donc un pas important. Mais c’est toute une vision qu’il faut remettre en cause.

Lundi dernier, à Sidi Bel Abbès, le ministre de la Culture a annoncé que le Festival du raï y sera maintenu et que la manifestation bénéficie du soutien public. N’est-il pas indécent qu’un festival national dédié à ce genre, parfaitement rentable comme l’a montré Oujda, vive des deniers publics au point que lorsque ceux-ci viennent à manquer, cette manifestation soit menacée d’existence ? i

Mohamed Kali

Url : http://www.elwatan.com/hebdo/arts-et-lettres/la-bataille-du-rai-24-09-2016-329335_159.php

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La réforme de l’éducation et la question linguistique

Publié le par Mahi Ahmed

La réforme de l’éducation et la question linguistique

Par Dr Abderezak Dourari,

professeur des sciences du langage et de traductologie

Longtemps les socio-linguistes algériens ont attiré l’attention des pouvoirs publics sur la persistance d’un malaise linguistique en Algérie, qui a entraîné un malaise identitaire, du fait des politiques linguistique, éducative et culturelle malheureuses menées depuis l’indépendance (V. A. Dourari, Les malaises de la société algérienne, crise des langue (s) et crise d’identité, Casbah Ed., 2004).

En effet, le discours sur l’identité, qui est servi depuis l’indépendance, est bâti sur la dyade religieuse et linguistique «arabo-islamique» contre l’évidence de la réalité linguistique et l’histoire du pays. Tous les peuples s’identifient à leur territoire (les Américains, au territoire américain ; les Anglais au territoire anglais ; les Egyptiens à l’Egypte…), mais l’Algérien à l’arabo-islamisme !

Qui, plus, ne le distingue d’aucun autre peuple s’attachant à cette définition amorphe et brute.

Les peuples saoudien, libyen, tunisien, syrien, irakien, ne sont-ils pas eux aussi arabo-islamiques ? Quel type d’allégeance nous propose-t-on par ce biais ? Qu’en-est-il de la loyauté dévolue à l’Etat et à la nation algérienne ? Où est la distinction propre du peuple algérien ?

Si l’Etat est bien la résultante d’un peuple, d’un territoire, d’un gouvernement central, et d’une volonté de vivre ensemble, on voit bien le caractère aberrant d’une telle définition qui prône l’identification à un fantôme.

Nous avons souvent souligné le fait que la société algérienne connaît quatre langues réparties sur deux niveaux d’utilisation :

1) Niveau formel (l’école, les institutions officielles, la religion, la politique) : le français et l’arabe scolaire

2) Niveau non formel ou personnel (entre amis, dans la rue, à la maison…) : l’arabe algérien et les variétés de tamazight.

Dans leur désir de conformer la réalité socioculturelle et linguistique à la définition identitaire fantomatique soulignée plus haut, les pouvoirs publics algériens avaient initié une politique linguistique d’arabisation dès les années soixante-dix qui visait, au plan des buts déclarés, à rendre l’Algérien monolingue, parlant l’arabe scolaire uniquement dans un désir d’effacement rapide du français et des variétés de tamazight. Le français était présenté comme «la langue du colonisateur» et devait être déraciné pour cela.

En fait, le français dérangeait par le lien qu’il permettait d’entretenir avec l’universalité et le rationalisme politique et scientifique, notamment le lien avec la pensée du Siècle des Lumières et des droits de l’Homme (v. par exemple les références bibliographiques de littérature et de philosophie des lycées des années 1970). Les variétés de tamazight, quant à elles, rappelaient de manière trop flagrante l’histoire du pays ancrée dans l’amazighité africaine et méditerranéenne depuis la Préhistoire, contrairement aux affirmations péremptoires des idéologues.

L’arabe algérien, rappelant par trop la spécificité algérienne nord-africaine opposable aux autres pays dits arabes, quant à lui, a été escamoté dans une confusion entretenue à ce jour, en le confinant au statut de simple dialecte sous-développé et méprisable de l’arabe scolaire —langue magnifiée et amplifiée comme celle du sacré et de la civilisation.

Je ne sais pas comment la langue arabe scolaire ou classique pourrait être qualifiée de «sacrée» quand on sait que ce fut entre autres la langue d’Abu Djahl, celle d’Abu Nawwas, poète fidèle de Bacchus, d’Ibn Ar-Rawandi et d’Ibn al-Warraq, athées arabes des siècles premiers de l’Islam et celle d’El-Khawarizmi, mathématicien arabe ; d’Al-Kindî, le philosophe des Arabes, d’Abu Hayyan at-tawhîdî et d’Ibn Miskawayh, humanistes arabes… Cette langue fut celle d’une pensée scientifique et philosophique affirmée et d’une grande civilisation qui a duré du VIIIe jusqu’au XIIe siècle et pas seulement celle d’une religion qui elle-même connaît plusieurs courants dont un rationaliste.

Si l’attachement des Algériens à leurs langues maternelles n’est plus à démontrer, le peuple algérien est tout aussi attaché à l’Islam et à la culture arabe diversifiée. C’est pour cette raison que l’on a toujours proposé que cette langue soit bien maîtrisée dans notre société en la rattachant autant à la culture et à la civilisation qui furent les siennes (son patrimoine rationnel ancien), qu’à la pensée scientifique moderne, afin de l’extraire du ghetto dans lequel le courant islamiste et conservateur tente de l’enfermer et l’asphyxier.

Mohammed Bennis, un intellectuel marocain, a démontré l’inféodation et le complexe d’infériorité qu’entretenaient certaines élites politiques et intellectuelles à l’égard de l’Orient à travers la déconstruction de la dichotomie anthropologique «Centre vs Périphérie» où l’Orient est perçu comme le centre à imiter. Nous-mêmes, nous avons déconstruit ces mécanismes d’aliénation dans notre doctorat (Le Maghreb et le Machreq, le discours idéologique arabe contemporain, U. de la Sorbonne, Paris, 1993) à travers l’analyse des discours de Mohammed Abid Al-Jâbirî et Hassan Hanafî. La propension d’imiter à tout prix le comportement de l’Orient mène à toutes les soumissions et au final à l’aliénation et au déni de soi.

Nous voyons resurgir cette attitude aliénante auprès de certaines familles qui, entre elles, appellent le père «abî» et la mère «ummî» en lieu et place de «baba /bba/buya» et «yemma/mma»…

Les Algériens parlent bien l’algérien ainsi que les différentes variétés régionales de tamazight. Si les variétés ont été un peu rehaussées socialement et ont gagné en prestige auprès de leurs locuteurs et des autres, ce n’est point le cas de l’algérien qui continue à être ignoré et même combattu avec férocité.

Quand l’élite la plus médiatisée, censée être le modèle d’identification pour le reste des citoyens, est dans l’aliénation culturelle, linguistique et identitaire, et dans une posture d’infériorité assumée à l’égard de l’Orient, l’attitude des masses qui ne peuvent parler que leur langue maternelle ne peut être que dans le malaise : parler une langue ancestrale présentée comme inférieure insinue le sentiment d’infériorité à son locuteur, d’autant qu’en même temps il se sent incapable de s’exprimer dans celle présentée comme «juste», «supérieure» et «sacrée», devenue celle de l’administration qu’il affronte tous les jours.

Cette situation ubuesque met les Algériens dans la posture de l’aphonie. Les Algériens sont poussés à l’auto-dévalorisation, à se sentir inférieurs à l’égard des autres peuples «arabes» perçus comme ayant un idiome meilleur, plus «juste», plus «développé», plus «proche» de la «langue du Coran» qui serait la norme sacrée, idéale «facîha» et bien d’autres qualificatifs ronflants. Ils ont honte de leurs langues, «l’arabe algérien» comme des variétés de «tamazight».

Quand on voit que les Syriens imposent des doublages en syrien de films et de séries très suivies chez nous, que les Egyptiens, les Marocains et les Tunisiens… font de même, on est abasourdis par cette attitude de haine de soi affichée sans honte par ce courant idéologique rétrograde et misanthrope, qui se met volontairement sous la botte de l’Orient. Leur rhétorique anticoloniale (le français, langue de la colonisation, disent-ils) est une imposture quand on sait que leurs ancêtres idéologiques, bien mieux inspirés qu’eux, n’ont pas tiré une seule cartouche contre le colon anglais ou français et devaient même être exécutés par le FLN révolutionnaire car cultivant une attitude agressive à l’égard de la révolution pour l’indépendance algérienne. C’est d’ailleurs Abane Ramdane, qu’ils détestent tant aujourd’hui, qui les sauva en envoyant quelques-uns parmi eux à l’étranger.

Evidemment, le sentiment d’infériorité à l’égard du français est encore plus accentué en dépit de l’arrogance du discours officiel survalorisant l’arabe scolaire.

Les gestionnaires de l’Etat souffraient eux-mêmes d’une indigence intellectuelle, linguistique et culturelle patente et dans la haine de soi impensée. Pour compenser cette carence, ils affichaient une attitude arrogante et cruelle à l’égard des intellectuels algériens qu’ils marginalisaient et poussaient à l’exil (V. O. Aktouf, L’exil ou la curée) pour entretenir l’ignorance sacrée et institutionnalisée (M. Arkoun).

Ils sont vraiment rares les peuples qui ont été autant brimés et poussés à la haine de soi que le peuple algérien, qui, plus est, par ses propres institutions et élites ! Tous ses repères identitaires, historiques, linguistiques et culturels sont dévalorisés et ridiculisés systématiquement par ses propres gouvernants :

l’arabe algérien n’est pas une langue, disent-ils, c’est de la pathologie, une tchekchouka linguistique, un dialecte inférieur…

Le tamazight, c’est du baragouin… piétinant par là même les principes élémentaires des enseignements des théories linguistiques les plus en vue.

Des pseudo-intellectuels algériens insultent leur peuple en disqualifiant ses langues maternelles (l’arabe algérien et tamazight) et certains politiques, autoproclamés nationalistes incultes, ne se rendent pas compte qu’en méprisant la langue du peuple algérien (l’algérien), ils dénient ipso facto à ce peuple sa qualité de peuple justement, car sans une langue commune, il n’en serait pas un ! Mais si cette langue maternelle relève du pathologique, alors le peuple qui la parle est-il lui-aussi malade ? Ou que c’est le regard de ces pseudo-intellectuels qui est voilé par des lunettes déformantes !

Dans leur désir de conformer la réalité socioculturelle et linguistique à la définition identitaire fantomatique soulignée plus haut, les pouvoirs publics algériens avaient initié une politique linguistique d’arabisation dès les années soixante-dix qui visait, au plan des buts déclarés, à rendre l’Algérien monolingue, parlant l’arabe scolaire uniquement dans un désir d’effacement rapide du français et des variétés de tamazight.

Ce sont là les sources du conflit sociolinguistique qui est plus profond que ne le laisse apparaître l’aspect linguistique. C’est le projet de société qui est en jeu et l’enjeu : un peuple fier de son histoire, de sa géographie, de ses langues et qui est sujet de sa destinée ou un peuple veule qui s’accroche aux identités des autres quand bien même ces derniers n’en veulent pas.

Le citoyen algérien maîtrise bien l’algérien. C’est sa langue de l’affect et de la communication intensive à l’échelle du Maghreb. Mais les pouvoirs publics ne le confortent toujours pas dans son algérianité culturelle et linguistique.

La politique éducative, universitaire et culturelle ont été jusque-là un véritable échec et sont responsables du chaos linguistique, et c’est bien là la raison de la nécessaire mise à plat de la politique linguistique dans ces secteurs. C’est ce qui est pris en compte dans la réforme éducative projetée depuis fin 2015 et qui a soulevé tous ces débats enflammés.

La raison voudrait que les Algériens reconsidèrent le marché linguistique, actuellement perturbé par l’interventionnisme irrationnel de l’administration, et redonnent de la valeur à leur plurilinguisme qui est bien loin d’être une malédiction, mais véritablement une opportunité.

Ceci rendra les Algériens plus sereins dans leur expression, dans leur pensée et dans leur être.

La langue de la science et de l’universalité en Algérie, c’est bien immédiatement le français et dans un second degré, l’arabe scolaire.

La langue française a un ancrage sociétal historique remontant à près de deux siècles.

Elle dispose, en tant que langue internationale de production et de diffusion du savoir, d’une grande capacité de couverture des sciences et de la technique.

Voir, pour comparaison, combien de journaux, combien de télés, combien de médias, combien de radios, combien de titres dans une bibliographie… sont-ils disponibles en langue anglaise en Algérie et combien en français pour se rendre compte de la réalité de cet ancrage sociétal. Il ne suffit pas de proclamer l’utilisation d’une langue pour que celle-ci s’utilise par magie !

La langue anglaise n’a pas pour l’instant un ancrage sociétal pour concurrencer sérieusement le français en la matière en dépit de sa relative puissance mondiale, talonnée de près par l’espagnol.

Il faudrait, pour qu’elle rattrape la diffusion sociale du français, au moins une cinquantaine d’années.

Mais ceci n’empêche pas que son enseignement soit fait chez nous.

Que des chercheurs produisent en cette langue n’est pas du tout rejeté, loin de là. Par ailleurs, l’anglais fut la langue du colonisateur britannique des pays du Moyen-Orient.

Et quand ces derniers l’adoptent pour booster leur économie et leurs universités, ils le font sans complexe du fait de l’ancrage de cette langue dans leurs sociétés. L’expression psychotique de «langue de la colonisation» n’apparaît nulle part chez eux et ils ouvrent des lycées et des universités qui travaillent dans cette langue ou sont carrément anglaises ou américaines et même françaises.

Le rejet de la langue française par une mouvance idéologique pour avoir été supposément la langue du colonisateur est un simple faux-fuyant.

Car cette langue fut non seulement un butin de guerre mais plus, celle du combat libérateur aussi où l’essentiel de ses dirigeants étaient francophones et les textes de la révolution rédigés en cette langue. Mieux, elle était aussi celle des Français amis de l’Algérie qui ont combattu le colonialisme aux côtés de leurs compagnons d’armes algériens.

Les langues du quotidien et de l’identité algérienne autochtone, ce sont bien l’arabe algérien et les variétés de tamazight. Leur évolution vers un autre domaine d’utilisation demeure ouverte.

C’est en récupérant son identité historique, linguistique et culturelle, à travers les réformes de l’éducation, de la culture, de la recherche scientifique et des médias que la nation algérienne, redevenue acteur décomplexé de sa destinée, pourra effectivement se dresser face aux autres nations et coopérer avec elles d’égal à égal, sans complexe.

La sortie du malaise linguistique et de l’aliénation culturelle exige la mise en place d’un Etat légitime fondé sur l’algérianité, la citoyenneté active et une démocratie réelle avec une Constitution appliquée. Ceci exige à son tour la réécriture du mythe national algérien en partant de son histoire et de sa culture, car nos ancêtres comme nos racines sont en Afrique du Nord et non pas en Asie avec tout le respect qui est dû aux peuples d’Asie et leurs symboles et qu’on partage parfois. S’occuper des racines est certes nécessaire, mais s’intéresser aux branches, comme dit l’écrivain, est vital. C’est cela qui aura pour conséquence logique de mettre en synergie les forces diverses du pays.

A. D.

Source de cet article :

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2016/09/27/article.php?sid=202491&cid=41

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POUR UN DIALOGUE OPEP ET HORS OPEP - PAYS CONSOMMATEURS L'initiative d'Alger

Publié le par Mahi Ahmed

POUR UN DIALOGUE OPEP ET HORS OPEP - PAYS CONSOMMATEURS

L'initiative d'Alger

Lundi 26 Septembre 2016

Pr Chems Eddine CHITOUR

«L'Algérie est un pays conciliateur qui a l'avantage d'être en très bonnes relations avec l'ensemble des membres de l'Opep»

«Si le pétrole est source de profit, il devient aussi matière à conflit.» Serge Zeller

L'Algérie va accueillir avec dignité et élégance et avec sa tradition hospitalière, le Sommet de l'Opep dans une conjoncture plus volatile que jamais. Quand on entend le secrétaire général de l'Opep déclarer que la réunion d'Alger ne décidera de rien, cela prouve qu'il lui manque l'élégance de respecter l'invitation qui lui a été faite et que les usages diplomatiques n'autorisent pas ce type de déclaration. Pour rappel l'Opep a été créée en 1960 par cinq pays, elle avait pour ambition légitime de défendre un prix juste pour le pétrole. En face il y avait des compagnies pétrolières les fameux sette sorele pour reprendre l'expression d'Enrico Mattei le patron de l'ENI. Il s'agit des sept soeurs issues de l'empire Rockefeller (de la Standard Oil of Ohio à l'exception de Shell et de BP). Pendant 10 ans l'Opep lutta pied à pied contre les multinationales. Deux évènements ont secoué l'Opep: l'entrée de l'Algérie au sein de l'Opep en 1968 et la prise du pouvoir en septembre 1969 par El Gueddafi en Libye.

Le ton est donné, pourtant, différentes réunions internationales eurent lieu à Téhéran, Caracas, Alger, Tripoli et Riyadh. En vain, les multinationales proposaient d'ajouter au prix du baril quelque cents aux deux dollars. 1971: un coup d'éclair que la nationalisation des pétroles en Algérie, le fameux «Kararna Taemime El Mahroukate» lancé un certain 24 février par Boumediene indiquait à la face du monde que l'Algérie avait décidé de prendre en main son destin pétrolier. Ce ne fut pas simple, mais l'exemple de l'Algérie a fait tache d'huile. La Libye, l'Irak l'Iran imitèrent l'Algérie.

Pour la première fois des pays du Sud ont pu faire plier les multinationales et leurs pays. Deux pays étaient aux avant-postes de ce bras de fer. Le président Boumediene et le roi Fayçal, c'est-à-dire un petit producteur avec 1 million de barils/jour (50 millions de tonnes/ an) et le plus gros producteur, en l'occurrence l'Arabie saoudite qui produit dix fois plus. C'était l'époque où la diplomatie pétrolière algérienne était au firmament, Belaïd Abdesselam et Zaki Yamani, les deux ministres furent les représentants de l'Opep dans une tournée européenne et américaine pour expliquer en octobre 1973 la justesse des revendications de l'Opep. Souvenons-nous ces trois années 1973 -1975 furent des années intenses. L'Algérie accueillait en septembre 1973 le premier Sommet des Non-Alignés, Avril 1974, l'Algérie était le porte-parole des Non-Alignés pour porter à la tribune des Nations unies le message des pays du tiers-monde qui revendiquaient un Nouvel ordre mondial plus juste. La standing ovation faite à Boumediene est restée dans l'histoire. Début 1975 l'Algérie sur sa lancée organisait au Club des Pins le Sommet des chefs d'Etat de l'Opep...le prix du baril est passé de moins de deux dollars à plus de 12 dollars.

Naissance de l'AIE et déclin de l'Opep

Novembre 1975: Henry Kissinger secrétaire d'Etat américain annonce à la face du monde la création de l'AIE (Agence, internationale de l'énergie) dont le but était la défense des intérêts des pays occidentaux consommateurs, en clair; la destruction de l'Opep. Ce fut le début des ennuis de l'Opep. Alors que la doctrine néolibérale est de laisser les forces du marché (offre et demande s'équilibrer toutes seules sans manipulation externe) l'AIE donne instruction à la trentaine de pays de constituer des stocks de sécurité de un à trois mois, dont le but est de parer à des chocs pétroliers, en clair, en cas de problème d'approvisionnement (embargo; guerre..) les pays déstockeront. Ce que font les pays chaque fois que les prix augmentent. De ce fait, en provoquant une abondance artificielle, ils perturbent le marché et les fondamentaux du pétrole sont faussés. La main invisible d'Adam Smith ne travaille pas pour la régulation du marché, mais pour manipuler les marchés au strict profit des pays producteurs. C'est d'ailleurs ce qui se passe depuis deux ans, le prix du pétrole a été divisé par 2,5, tous les pays et surtout les Etats-Unis et la Chine ont constitué d'énormes stocks à des prix de pétrole bradé 1979: il y eut la révolution iranienne, les prix du pétrole atteignirent 30 dollars. L'avènement des producteurs hors Opep telle que la Norvège et surtout la Grande-Bretagne contraint les pays de l'Opep à agir en cartel et surtout l'indiscipline commença à régner. L'Arabie saoudite voulant garantir ses parts de marché entama une guerre des prix avec la Grande-Bretagne de Thatcher qui produisit à outrance. Conséquence: les prix chutent en 1984 à moins de 10 dollars. Les petits producteurs comme l'Algérie perdirent de l'argent; Nicolas Sarkis avance que les pertes de l'Algérie en 1985-1989 furent de 16 milliards de dollars. Les évènements d'octobre 1988 ont été catalysés en partie par la situation économique de l'Algérie. Graduellement, l'Opep fut dépossédée de son marker crude l'Arabian light au profit du Brent de la mer du Nord, un pétrole qui est de loin sur le déclin, mais qui sert toujours comme référence. Les années 1990 virent d'autres mécanismes de fixation avec l'apparition des marchés spots et la spéculation. On arrive à juin 2008, le pétrole grimpe à 140 dollars? Ce qu'on ne dit pas c'est que ces 140 dollars sont inférieurs en dollars constants aux 30 dollars de 1980! Dans le même ordre, les 46 dollars du 24 septembre 2016 représentent en pouvoir d'achat 10 dollars de 1980.

Etat des lieux du marché pétrolier

La situation actuelle se caractérise par «la guerre de tous contre tous» au sein de l'Opep; envolée la solidarité et les décisions par consensus. Les pays du Golfe menés de main de maître par l'Arabie saoudite sont indifférents au sort des petits pays; Ils travaillent globalement malgré la situation actuelle pour le compte des pays occidentaux. Reste l'Iran dont la guerre de leadership avec l'Arabie saoudite déteint sur la politique pétrolière. Elle produit à plein régime et atteint les 3, 6 millions de barils avec comme objectif 4 millions de barils, l'Irak produit de plus en plus et dépasse les 2 millions de barils, le Venezuela traverse une crise profonde et lui aussi est dépendant du pétrole. Il reste la Libye, pays dévasté où chaque seigneur de la guerre vend à partir des puits qu'il a accaparés et naturellement il y a toujours des acheteurs occidentaux comme pour le pétrole de Daesh qui transi-tait par la Turquie. Reste un producteur hors Opep, la Russie qui produit autant que l'Arabie saoudite et dont la situation financière est délicate. Autant de contraintes pour l'Opep

Si on y ajoute la déprime de l'économie mondiale, l'avènement perturbateur, mais éphémère des pétroles de schiste, le ralentissement de la Chine et le recours massif au renouvelable, on comprend que les prix du pétrole soient orientés à la baisse. Mais cela ne va pas durer car on ne découvre plus autant de pétrole et que la production est le fait de gisements anciens. A peine 5 milliards de barils découverts en 2015 d'après le bureau d'Etudes Blomberg. La production de 96 milliards de barils ne pourra pas aller loin et ce serait difficile de se maintenir à 100 millions de barils/jour. L'Opep qui produit le tiers du total n'est pas à même de jouer un rôle au vu de son effritement. On sait qu'il existe un espace de dialogue le FIE Forum international de l'énergie. Créé en 1991, il constitue un cadre informel d'échanges, de concertation et de dialogue entre les pays producteurs et consommateurs d'énergie. La 15e édition est l'occasion d'approfondir le dialogue et une initiative d'Alger en ce sens permettrait de lancer les termes d'un débat pour chercher les voies et moyens à mettre en oeuvre pour trouver des solutions aux problèmes auxquels est confronté le secteur de l'énergie au plan mondial. Le ministre de l'Energie Nourredine Bouterfa a raison de dire que «L'Algérie est un pays conciliateur reconnu pour ses qualités de dialogue et qui a l'avantage d'être en très bonnes relations avec l'ensemble des membres de l'Opep ceci constitue un facteur supplémentaire qui donne davantage de confiance aux autres pays.»

L'initiative du dialogue Opep-AIE-hors Opep d'Alger

L'Opep devrait faire sa mue si elle ne veut pas disparaître à jamais. Elle devrait sortir de son ronron actuel pour engager un dialogue constructif avec les pays consommateurs représentés par l'AIE (Agence internationale de l'énergie) et le hors Opep. Mettant à profit sa pondération l'Algérie peut prendre une telle initiative et ça serait une démarche originelle car un tel dialogue assurera une stabilité pérenne à la fois pour les producteurs et les consommateurs qui seront sûrs d'avoir un approvisionnement régulier en contrepartie de recettes régulières pour les pays de l'Opep», considère cet expert dans les questions énergétiques.

Les pays de l'Opep (35% de la production), la Russie (12%) détiennent une partie de la solution. Ils devraient engager un dialogue sans exclusive. Il s'agit donc de mobiliser autour d'un projet qui réponde aux préoccupations et craintes des producteurs et des consommateurs. Seul un retrait d'une partie de la production permettra de refaire les parties à la hausse vers un prix de 60 dollars qui est de fait attendu par tout le monde. Le gel de la production ne réglera pas fondamentalement le problème, la seule façon de faire repartir les prix à la hausse vers les 60 dollars est de réduire la production de l'Opep de 5% soit environ 2 millions de barils/jour, le gain est autrement plus important que la perte d'un volume avec un prix aussi bas. Cependant, même cette réduction ne pourrait être efficace que si elle implique à la fois les producteurs Opep et non Opep. Les 14 pays de l'Opep, en plus de la Russie et du Mexique, doivent réduire ensemble leur production.

Il faut ensuite discuter avec les pays consommateurs pour qu'il n'y ait pas de perturbations et pour que tout le monde soit d'accord sur un prix moyen de pétrole autour de 60 dollars D'abord, les compagnies pétrolières qui pourraient ce faisant réenclencher les investissements dans l'industrie du pétrole et qui sont maintenant en berne. Ce prix de 60 dollars encouragerait le recours aux énergies renouvelables qui deviendraient encore plus compétitives et les stimulerait. Ce prix de 60 dollars annulerait la spéculation en Bourse. Les pays consommateurs connaissant les recettes raisonnables peuvent entamer un développement en connaissance de cause, notamment la nécessité d'aller à marche forcée vers les énergies renouvelables. Il ne grèverait pas beaucoup les pays consommateurs tels que les Etats-Unis ou l'Europe. On peut même faire preuve d'imagination pour concevoir un deuxième prix plus bas pour les faibles volumes nécessaires aux pays en développement qui ne disposent pas de moyens de paiement et qui consomment très peu. Ce prix de 60 dollars fixé à la fois comme prix plafond et prix plancher est une expérience à tenter.

Le vrai défi de l'Algérie: réussir une vraie transition énergétique

Si l'Opep continue sur sa lancée à savoir des réunions sans lendemain, on peut comprendre que l'Opep des pères fondateurs, des Boumediene et Fayçal est «idéologiquement morte». L'Opep n'a plus barre sur les évènements c'est le chacun pour soi et il est utile de remarquer que dans toutes les confrontations avec les pays producteurs, l'Opep est sortie perdante depuis 30 ans. En espérant beaucoup de succès au Sommet d'Alger, le moment est venu pour l'Algérie d'évaluer le pour et le contre de son maintien dans l'Opep. Jusqu'à présent, depuis les années 1980, l'Algérie et les petits pays producteurs sont considérés comme marginaux, c'est l'Arabie saoudite qui, pour le compte des pays occidentaux, dicte sa loi. On dit d'ailleurs que les Etats-Unis sont le membre le plus influent de l'Opep! L'Algérie est astreinte à un quota qu'elle ne dépasse pas (discipline du cartel que d'autres pays ne respectent pas...). L'Algérie entretient le financement d'un siège hypertrophique à Vienne avec les conférences sans lendemain qui vont avec. Plusieurs pays Opep en sont sortis, c'est le cas de l'Indonésie, de l'Equateur... Nous sommes un très petit producteur, 12 milliards de barils de réserves, à peine 0,7% des réserves mondiales contre près de 20% pour l'Arabie saoudite, 10% pour l'Iran, 10% pour l'Irak. Nous produisons 3% de la production de l'Opep et la règle actuelle est de un baril une voix alors qu'elle était dans les années 1970 de un pays, une voix.

Mais même avec cette conjoncture mondiale qui lui est défavorable, l'Algérie «peut très bien s'en sortir» sans dépendre totalement du pétrole, en axant ses efforts sur le développement de ses énergies renouvelables et en économisant sa consommation énergétique. Il nous faut tenir bon. Il ne sert à rien de forcer nos puits après les malheureuses expériences précédentes. Chaque calorie produite rationnellement devrait être convertie en une énergie renouvelable. Il nous faut mettre un frein vivement, de stopper l'hémorragie aux frontières qui fait perdre à l'Algérie, une moyenne de 2 milliards de dollars/an. La tenue urgente des états généraux de l'énergie où les universitaires, société civile, entreprises, ministères seront associés pour aboutir à une transition énergétique vers un développement durable aboutissant à un modèle énergétique accepté par chacun, avec l'obligation de résultats.

Nous devons tourner le dos à la rente et nous engager sans attendre vers une transition énergétique fruit d'un modèle énergétique vers le développement durable. Les rares gouttes qui restent doivent être laissées autant que possible pour les générations futures. «Notre meilleure banque est notre sous-sol.» La politique des énergies renouvelables attend des décisions fortes bien expliquées dans le cadre d'états généraux où la parole sera donnée aux citoyens qui, eux, auront à appliquer par conviction, une stratégie énergétique qui repose d'abord sur des économies d'énergie de l'ordre de 10 à 20%, soit plus de 6 millions de tonnes qui seront épargnées. Les Algériens doivent savoir qu'au sud du pays un carré de 250km de côté est suffisant pour générer de l'électricité solaire à toute la planète. L'Algérie produit 500 fois moins en brûlant une ressource non renouvelable le gaz naturel! C'est dire que cette manne du Sud est de loin plus importante que le peu d'énergie fossile disponible qu'il nous faudra économiser d'une façon drastique avec le concours des citoyens à qui il faudrait expliquer pédagogiquement les enjeux. Justement, le dernier mot est pour l'éducation et la formation de qualité dès l'école, l'apprentissage de l'écocitoyenneté est un combat qui commence à l'Ecole puis au lycée avec le bac du développement durable comme le recommandent les Nations unies et enfin, dans la formation professionnelle et le supérieur avec les métiers du développement durable. C'est cela l'avenir de l'Algérie et non une organisation qui a perdu sa raison d'être.

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Russian-US Agreement on Syria

Publié le par Mahi Ahmed

Russian-US Agreement on Syria

September 9, 2016

Reducing Violence, Restoring Access and Establishing the JIC

The Russian Federation and the United States (hereafter - "the Sides") intend to undertake joint efforts to stabilize the situation in Syria, with special measures for the Aleppo region. Delineation of territories controlled by ISIL, "Jabhat Al-Nusra," and moderate armed opposition forces remains a key priority, as does separating moderate opposition forces from Nusra.

The Sides will designate a date and time at which the following measures will go into effect (designated as Day "D’’).

1. On Day "D," all parties to the cessation of hostilities (CoH) in Syria will recommit to the CoH and honor its terms in full, as set forth in the February 22, 2016 Joint Declaration of the Russian Federation and the United States, for a 48 hour period. In particular, these terms include: ceasing all attacks with any weapons, including aerial bombardments, rockets, mortars, and anti-tank guided missiles; refraining from acquiring or seeking to acquire territory from other parties to the CoH; allowing humanitarian agencies rapid, safe, unhindered and sustained access throughout areas under their operational control and allowing immediate humanitarian assistance to reach all people in need; employing proportionate use of force (i.e. no greater than required to address an immediate threat) if and when responding in self-defense. The Sides will agree and inform all parties as to the date and time for "Day D."

2. On D+2, if the CoH in Syria has continued to hold to the mutual satisfaction of the Sides, they will extend it for a mutually agreed upon period of time. Subsequently, the Sides may decide to extend the CoH indefinitely, under the same terms. The Sides will use their influence with the parties to fully honor the terms of the CoH.

3. Special measures will also go into effect for the Castello Road area in Aleppo (as defined by mutually determined coordinates), specifically:

a. Beginning Day D, and even prior to the establishment of checkpoints on the Castello road, humanitarian assistance will be delivered consistent with the terms of the CoH and established UN procedures, and in coordination with relevant UN representatives. At the Turkish border, the UN Monitoring Mission (UNMM) will continue to inspect and seal the trucks designated for delivery of humanitarian assistance via Castello Road to Eastern Aleppo. The seals will not be broken and the trucks will not be opened by any authority between the point of their review and sealing in Turkey and the point of their unloading at UN and its partners’ warehouses in east and west Aleppo.

b. The Syrian Arab Red Crescent (SARC) (or another agreed upon third party) will operate as soon as possible two checkpoints (at agreed upon locations) to verify that, until the UNOPS (or another agreed upon third party) checkpoints are established as clearly described below in this paragraph, only trucks inspected by the UNMM are transiting the road, and that the seals have not been broken. A small detachment of no more than twenty armed personnel per shift provided by, and mutually acceptable to, the government and opposition forces, will provide security for the SARC personnel at the checkpoints on the western and eastern ends of the Castello Road, respectively. The UN will monitor (by physical presence or remotely) the activities of all personnel at the checkpoints. These SARC-manned checkpoints and physical security for them will be handed over to independent, international personnel under the direction of UNOPS (or another agreed upon third party), as soon as they can be deployed. These internationally-managed checkpoints will provide for the phased-in unrestricted movement of all humanitarian, commercial and civilian traffic on Castello Road, as well as the non-use of the road for the transport of weapons (in accordance with procedures to be developed). Phasing will proceed as quickly as possible, when those managing the checkpoints assess, in consultation with the UN and the Sides, that they have the capabilities to accommodate the traffic in a safe and orderly manner.

c. Simultaneous with the establishment of the SARC (or another agreed upon third party) checkpoints indicated in 3(b), pro-government forces and opposition units will pull back simultaneously from Castello Road, and the vacated area will be considered a "demilitarized zone."

Specifically, pro-government forces will:

Pull back heavy weapons such as armored fighting vehicles and infantry fighting vehicles (other than BTR-60 and BMP-1 without ATGM), tanks, artillery, and mortars, to a distance of 3,500m north of the road;

Pull back crew-served machine guns, BTR-60 and BMP-1 without ATGM to a distance of 2,500m north of the road;

Pull back all personnel, other than those present at two observation posts, to a distance of 1,000m north of the road armed with only small arms or light machine guns;

On the south side of the road, pull back all personnel, weapons and equipment to a distance of 500m from the road;

Establish up to two observation posts no less than 500m north of Castello road. The locations will be mutually agreed upon, depending on terrain, with a staff of up to 15 persons equipped with small arms only for self-defense and observation equipment;

Not impede any humanitarian, civilian and commercial traffic transiting Castello Road; and

Not occupy areas that opposition groups vacate or set up positions in the demilitarized zone, other than the observation posts.

Opposition forces will simultaneously undertake the following actions:

On the eastern end of Castello Road on the agreed-upon map (to be determined), the opposition will operate depending on the actions of the Kurdish militia units: if the Kurds are present north of Castello Road, the opposition will remain in place; if the Kurds pull back 500m south of Castello Road, the vacated area will be considered to be demilitarized and the opposition groups will pull back 500m north of the road;

On the western end of Castello Road (on the line of contact extending north from the Castello shopping complex), the opposition pullback will be conducted analogous to the withdrawal of pro-government forces enumerated above.

Opposition groups located in the 31/15 quadrant of the Russian-provided map, to the north of the Castello shopping complex, will:

Pull back heavy weapons such as armored fighting vehicles and infantry fighting vehicles (other than BTR-60 and BMP-1 without ATGM), tanks, artillery, and mortars, to a distance of 3,000m north;

Pull back crew-served machine guns, BTR-60 and BMP-1 without ATGM to a distance of 2,500m north;

Pull back all personnel to a distance of 1,000m north with only small arms or light machine guns;

Along the portion of the road that runs from the Castello shopping complex to near the Layramoun Circle, the opposition groups will pull back personnel and weapons to 500m north of Castello Road. This mirrors the pullback of pro-regime forces to 500m south of the Castello Road between those points;

Not impede any humanitarian, civilian and commercial traffic transiting Castello Road;

Will not occupy areas that pro-regime forces vacate or set up positions in the demilitarized zone, other than the observation posts; and

The opposition will make every effort to prevent Nusra forces from advancing into the demilitarized zone from opposition-held areas adjacent to it.

d. Any Syrians can leave Aleppo via Castello Road, including armed opposition forces with their weapons, with the understanding that no harm will come to them and they can choose their destination. Opposition forces leaving Aleppo with weapons must coordinate ahead of time with UN representatives as to the time they will be using Castello Road and the number of personnel and weapons and military equipment departing. It is also understood that no harm will come to civilians or to opposition forces who abide by the CoH and who choose to remain in Aleppo.

e. Any reported violations of the demilitarized zone by any party will be addressed by the United States and Russia. In the event of a penetration of the demilitarized zone by fighters from Nusra after the JIC has been established, the United States and Russia will act in accordance with the provisions of the JIC Terms of Reference (ToR).

f. On Day D, both pro-government forces and opposition groups in the Ramouseh gap will provide safe, unhindered and sustainable humanitarian access to eastern and western Aleppo. They will also facilitate unrestricted movement of all commercial and civilian traffic on the Khan Tuman Road in the Ramouseh Gap in coordination with the UN and establish a monitoring mechanism to be agreed to by the Sides and the UN as soon as possible to ensure access is unimpeded. For this purpose, technical teams from the Sides and the UN will convene by D+4. The delivery of humanitarian assistance will be consistent with the terms of the CoH and established UN procedures, and in coordination with relevant UN representatives. Neither the opposition groups nor pro-government forces will launch attacks within the area indicated in the attached map, and according to the corresponding geo-coordinates (hereinafter referred to as the "area"). Neither the opposition groups nor pro-government forces will attempt to acquire new territory from the other in the "area."

4. The Sides will confirm to each other that the Syrian government and opposition have agreed to adhere to the applicable obligations in the JIC’s ToR, including with respect to the Designated Areas (per geo-coordinates agreed upon by the Sides) where Syrian military aircraft cannot operate, except for agreed non-combat flights, and where the Sides will develop targets for action against Nusra.

5. The Sides will announce the establishment of the JIC, on the basis of the ToR and Designated Areas agreed by the Sides, once measures in paragraphs 1-4 above (with exception of the deployment of UNOPS checkpoints and associated movement of commercial and civilian traffic on the Castello Road and the implementation of the monitoring mechanism referenced in paragraph 3(f)) have been implemented to their mutual satisfaction, including at least seven continuous days of adherence to the CoH.

Ref A - Annex

The Sides will commence preparatory work for the JIC, beginning Day D. These preparations will include initial discussion and sharing of information necessary for the delineation of territories controlled by Nusra and opposition groups in the areas of active hostilities for the purpose of the ultimate operation of the JIC. The more comprehensive process of delineation will be conducted by experts once the JIC is established. Preparations for the JIC will also include: identifying suitable interim and long-term premises; determining necessary working procedures, consistent with the already agreed Terms of Reference (TOR); and determining if there are mutually agreeable adjustments that should be made, consistent with changes on the ground, to the already agreed map of the Designated Areas, so that the JIC can be fully functional as soon as there are seven continuous days of adherence to the CoH and access to Aleppo as per the terms of this understanding.

In the period between Day D and the establishment of the JIC, the Sides will each develop actionable Nusrah and Daesh (ISIL) targets so as to be in a position to share them in a way that allows strikes to commence on the day the JIC is established. Simultaneous with U.S. or Russian strikes on targets agreed to within the JIC, all Syrian military air activities - fixed and rotary wing - will be halted in the agreed designated areas pursuant to the agreed ToR.

On Day D, the government and opposition groups that are parties to the CoH shall confirm to the Sides their commitment to the CoH. Any violation of the CoH before or after the JIC is established will be dealt with in accordance with the terms for the CoH agreed to in the Joint Statement of February 22, 2016 and the Standard Operating Procedures to Support the Cessation of Hostilities of March 28, 2016.

The Sides commit to expedite the deployment of UNOPS on Costello Road as agreed in paragraph 3(b).

Day D will commence at 19:00 Damascus time on Monday, 12 September, 2016.

Each Side reserves the right to withdraw from this arrangement if they believe the terms have not been fulfilled.

Source

Associated Press (USA)

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« Ankara est en train de devenir le vassal implicite de Moscou »

Publié le par Mahi Ahmed

« Ankara est en train de devenir le vassal implicite de Moscou »

Dorothée SCHMID, interviewée par Marc SEMO pour Le Monde

Pour Dorothée Schmid, responsable du programme Turquie/ Moyen-Orient à l’IFRI. auteur de La Turquie au Moyen-Orient. Le retour d’une puissance régionale ? (CNRS Editions), l’intervention, depuis le 24 août, des troupes militaires turques en Syrie, avec l’aval de Moscou, marque un tournant dans la politique régionale du président Erdogan.

L’intervention militaire directe, depuis le 24 août, de la Turquie en Syrie marque-t-elle un tournant ?

C’est incontestablement un tournant pour la Turquie, mais il est encore trop tôt pour savoir si c’en est un dans la guerre en Syrie. Depuis l’instauration de la république sur les décombres de l’Empire ottoman après la première guerre mondiale, la culture de l’armée turque la porte à ne pas intervenir au-delà des frontières. Il y a eu quelques exceptions, comme la participation d’un contingent turc dans la guerre de Corée (1950-1953) ou l’invasion de Chypre en 1974. Des soldats turcs ont aussi participé à des opérations de maintien de la paix dans l’ex-Yougoslavie, en Somalie et en Afghanistan, mais il s’agissait de troupes non combattantes.

Depuis les années 1990, les forces armées ont surtout été utilisées sur le territoire national contre la guérilla kurde du PKK [Parti des travailleurs du Kurdistan] et, dans ce cadre, elles ont mené plusieurs opérations transfrontalières dans le nord de l’Irak. Mais celles-ci ont toujours été ponctuelles et d’une ampleur limitée. La démonstration militaire des Turcs en Syrie est un aboutissement : la Turquie cherchait depuis une décennie à s’imposer au Moyen-Orient comme un soft power, et elle a compris, chemin faisant, que son statut de puissance dépend aussi de sa capacité de dissuasion et d’action militaire.

La multiplication des conflits armés depuis les « printemps arabes » [en 2011] rendait l’issue inéluctable : dès le début, Ankara a été interventionniste en Syrie, sans pour autant y envoyer ses troupes. Il a bâti une opposition syrienne dominée par les Frères musulmans et l’Armée syrienne libre (ASL). Puis il a été soupçonné d’aider des groupes islamistes plus ou moins radicaux et d’être peu regardant sur le passage des djihadistes par son territoire. Ce comportement a un peu changé, car les alliés occidentaux s’en sont alarmés. Il a maintenant franchi le pas de l’intervention armée.

Est-ce une preuve de force ou une fuite en avant du président turc, après le putsch raté de juillet ?

Cela pose d’abord la question de la capacité de la Turquie à mener une telle opération, alors même que son armée traverse une crise. Son fonctionnement est ébranlé par les purges dans la hiérarchie après la tentative de coup d’Etat. On peut aussi se demander si cette intervention s’insère dans une vision stratégique régionale plus globale. Depuis la démission en mai du premier ministre Ahmet Davutoglu, l’artisan de la grande politique étrangère de l’AKP [Parti de la justice et du développement, au pouvoir], on ne sait plus très bien ce que veut la diplomatie turque.

Ankara semble courir derrière les événements, tout en affirmant avoir préparé l’opération depuis deux ans. Les autorités avaient effectivement annoncé en février être prêtes à une intervention terrestre en accord avec les Saoudiens. Mais elles avaient vraisemblablement été rappelées à l’ordre par leurs alliés à l’époque. Aujourd’hui, la Turquie passe outre pour apparaître forte, alors qu’elle est en difficulté et que cela présente de réels risques. La Syrie s’est toujours montrée sourcilleuse en matière de souveraineté et du respect des frontières dans la région.

Jusqu’ici, la préoccupation principale d’Ankara comme de ses alliés était la vulnérabilité du territoire turc face à des attaques syriennes. Depuis 2011, chaque fois qu’il s’est produit des incidents à la frontière, les autorités turques se sont adressées à l’OTAN pour évoquer une possible activation de l’article 5 et de la clause de solidarité [si un pays de l’Alliance atlantique est attaqué, ses alliés doivent lui porter une aide militaire].

L’intervention armée est donc aussi une prise d’autonomie de la Turquie par rapport à l’OTAN, même si, d’une manière ou d’une autre, Ankara a négocié le feu vert américain. Les pays membres de l’Alliance ont toujours fait bloc pour affirmer leur solidarité avec la Turquie, quel que soit le cas de figure. Qu’en sera-t-il, maintenant qu’elle a projeté ses forces au-delà de la frontière, devenant un acteur militaire direct dans le conflit syrien ? Mais pour cette opération il fallait aussi l’aval de Moscou, qui contrôle le ciel syrien, notamment dans cette zone.

L’intervention turque vise l’organisation Etat islamique (EI), mais plus encore le PYD (Parti de l’union démocratique) kurde syrien, qui est pourtant soutenu par les alliés de la coalition. Comment réagissent ces derniers ?

Cette extension par la Turquie de ses opérations antikurdes à l’extérieur de son territoire met l’administration Obama face à ses contradictions. Frapper le PYD [le parti kurde syrien hégémonique] en Syrie revient-il à frapper le PKK en interne, même en considérant que ces deux organisations sont liées ? La guerre contre le PKK menée par Ankara en Turquie[depuis 1984] est considérée par ses alliés comme une opération de police visant une organisation classée terroriste par l’Union européenne et les Etats-Unis.

Bruxelles comme Washington ferment ainsi les yeux sur les pertes civiles très importantes, notamment à l’automne 2015, dans la répression des soulèvements à Diyarbakir, Cizre et dans d’autres villes du sud-est de la Turquie. Cette région est déjà entrée dans une logique de guerre.

Ankara martèle que le PYD syrien et le PKK turc sont une seule et même organisation, et assure par ailleurs que le parti prokurde légal [Parti démocratique des peuples, HDP] n’est rien d’autre qu’une vitrine du PKK. On a donc le sentiment que, pour les autorités, toute l’opposition kurde – légale ou non – est rassemblée sous le label « PKK », alors même que c’est une mosaïque de réalités et d’intérêts divers. Ankara n’a cependant pas réussi à convaincre de ses vues ses alliés traditionnels, comme les Etats-Unis et l’OTAN, ni ses nouveaux amis russes.

La politique syrienne d’Erdogan est-elle en train de changer ?

Il y a en effet un virage à 180 degrés, amorcé avant même la rencontre du 9 août à Saint-Pétersbourg, entre Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine, même si les deux chefs d’Etat ne sont toujours pas d’accord sur le sort à réserver au président syrien Bachar Al-Assad. Longtemps, la Turquie a été perçue comme un acteur cohérent mais jusqu’au-boutiste, notamment pour son exigence d’un départ immédiat du dictateur syrien. Désormais, elle lâche du lest sur ce point, jusque-là central dans sa vision des choses, afin d’avoir l’aval russe pour son opération à la frontière considérée d’un intérêt sécuritaire majeur.

Poutine mène une stratégie régionale à plus long terme qu’Erdogan. Il a ainsi accepté la réconciliation, entérinée par une rencontre au sommet, après les excuses turques pour la destruction en novembre 2015 d’un avion Soukhoï par la chasse turque. Il accepte les initiatives turques en Syrie, car celles-ci ne le gênent pas fondamentalement. Il veut que les Turcs soient encore davantage ses débiteurs. Il garde la main sans s’impliquer, et pourra toujours leur demander des comptes plus tard.

En attendant, il leur permet de créer cette petite zone de sécurité au nord de la Syrie sur laquelle les Américains n’avaient jamais voulu s’engager. Je perçois une sorte de vassalisation implicite d’Ankara par rapport à la Russie, mais, pour la Turquie, il ne s’agit pas pour autant d’un renversement d’alliances.

La donne est-elle en train de changer pour les Kurdes en Syrie ?

Les Kurdes ont été utilisés par la coalition, et en premier lieu par les Américains, comme des auxiliaires militaires [contre l’EI], mais ils restent historiquement une variable d’ajustement. Les Occidentaux ont choisi de fermer les yeux sur l’agenda politique particulier des Kurdes syriens, car ils estiment que leur projet n’aboutira jamais. Personne ne croit à une sécession kurde en Turquie non plus. Le seul endroit où l’autonomie kurde fonctionne, c’est dans le nord de l’Irak, où, finalement, tout se passe plutôt bien.

Les Kurdes de Syrie sont aujourd’hui dans une situation difficile, d’autant que leur direction et celle du gouvernement régional du Kurdistan irakien sont à couteaux tirés. Ils ont mis la charrue avant les bœufs en tentant d’imposer un proto-Etat [le Rojava] qui a ouvert des bureaux « diplomatiques » dans différents pays, dont la France. C’est un acteurtrop nouveau pour avoir des relais solides, et qui ne dispose pas d’une réelle base de légitimité hors de sa région. Même si, au nom de l’urgence nationale, il s’est imposé face aux autres partis kurdes syriens comme unique force représentative.

A partir du moment où il s’est renforcé, comme c’est le cas depuis un an, il est entré presque mécaniquement en conflit avec les autres acteurs, y compris ceux avec qui il avait de bons rapports, comme le régime syrien. Ce dernier avait toujours eu une attitude ambiguë à leur égard mais, maintenant, il est prêt à se battre contre le PYD. Les relations de ce dernier avec l’opposition syrienne ont par ailleurs toujours été très mauvaises.

Les Kurdes syriens risquent-ils d’être ­lâchés par leurs alliés ?

En 2015, le PYD avait réussi ce tour de force d’être soutenu à la fois par Washington et par Moscou. Dans la guerre des images, face aux vidéos sordides des exactions de l’EI, les combattants – et surtout les combattantes – kurdes syriens sont devenus des symboles d’héroïsme et de résistance.

La réalité de la guerre syrienne est beaucoup plus complexe et pas du tout romantique. Et ses enjeux internationaux vont bien au-delà de la question de l’avenir des Kurdes. Pour l’Union européenne, par exemple, la priorité est de bloquer l’afflux des réfugiés. Les Américains, eux, voient que l’EI est en recul.

Le rôle des Kurdes syriens est donc moins important, alors même que leur montée en puissancepose problème à l’allié turc. L’Iran lui-même s’inquiète de cette montée en puissance du PYD, d’autant qu’il doit gérer sa propre rébellion kurde menée par le PJAK [Parti pour une vie libre au Kurdistan], parti frère du PYD syrien et du PKK turc. En définitive, le PYD, qui tenait le haut de l’affiche sans avoir d’alliés solides, risque bien d’en faire les frais.

Interview parue dans Le Monde

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Les 7 propositions de Donald Trump que les grands médias nous cachent

Publié le par Mahi Ahmed

Les 7 propositions de Donald Trump que les grands médias nous cachent

mercredi, 21 septembre 2016 / Ignacio Ramonet /

Président de l’association Mémoire des Luttes

Il y a encore quelques semaines – à plus de deux mois de l’élection présidentielle du 8 novembre prochain aux Etats-Unis –, tous les sondages donnaient Hillary Clinton, la candidate du Parti démocrate, gagnante. Il semblait alors évident que, malgré la masse des préjugés machistes, Mme Clinton serait la première femme à occuper le bureau ovale de la Maison Blanche et à tenir les rênes de la plus grande puissance de notre temps.

Qu’était-il arrivé au candidat du Parti républicain, le médiatique Donald Trump dont l’ascension était considérée comme « irrésistible » ? Pourquoi s’était-il effondré dans les sondages ? Sept Américains sur dix déclaraient alors qu’ils n’en voulaient pas comme président ; et à peine 43 % l’estimaient « qualifié » pour siéger à la Maison Blanche (65 % considérant, en revanche, que Mme Clinton était parfaitement apte à exercer cette tâche).

Rappelons qu’aux Etats-Unis, les élections présidentielles ne sont ni nationales ni directes. Il s’agit plutôt de cinquante élections locales, une par Etat, qui désignent les 538 grands électeurs chargés d’élire à leur tour le (ou la) chef de l’Etat. Ce qui relativise singulièrement les sondages à caractère national.

Face à de si mauvais résultats cependant, le candidat républicain Donald Trump décida, en août dernier, de remanier son équipe et de nommer un nouveau chef de campagne, Steve Bannon, directeur du site ultra conservateur Breitbart News Network. Trump modifia aussi son discours pour s’adresser à deux groupes d’électeurs décisifs : les Afro-américains et les Hispaniques.

Parviendra-t-il pour autant à inverser la tendance et à s’imposer sur la dernière ligne droite de la campagne ? Ce n’est pas impossible. En fait, Trump semble d’ores et déjà avoir, en partie, rattrapé son retard par rapport à Mme Clinton. Personnage atypique, avec ses propositions odieuses, grotesques ou sensationnalistes, Trump a déjà déjoué les pronostics. Face à des poids lourds comme Jeb Bush, Ted Cruz ou Marco Rubio qui, de surcroît, comptaient sur l’appui décidé de l’ensemble de l’establishment républicain, peu d’analystes donnaient Trump gagnant aux primaires du Parti républicain. Et cependant, il a écrabouillé ses adversaires, les réduisant en cendres.

Depuis la crise dévastatrice de 2008 (dont nous ne sommes pas encore sortis), plus rien n’est comme avant nulle part. Les citoyens sont profondément déçus, désenchantés et désorientés. La démocratie elle-même, comme modèle, a perdu une grande part de son attrait et de sa crédibilité. Tous les systèmes politiques ont été secoués jusqu’aux racines. En Europe, par exemple, les séismes électoraux inédits se succèdent, depuis la victoire de l’extrême droite en Autriche jusqu’au Brexit anglais ou la récente défaite de la chancelière allemande Angela Merkel dans son Land de Mecklembourg-Poméranie.

Mais le bouleversement ne se limite pas à l’Europe, il suffit de voir l’écrasante victoire électorale, en mai dernier, de l’inclassable et tonitruant Rodrigo Duterte aux Philippines... Tous les grands partis traditionnels sont en crise. On assiste partout à l’ascension de forces de rupture, soit des partis d’extrême droite (en Autriche, pays nordiques, Allemagne, France), soit des partis populistes et anti-système (Italie, Espagne). Partout, le paysage politique est en voie de transformation radicale.

Cette métamorphose atteint aujourd’hui les Etats-Unis, un pays qui a déjà connu, en 2010, une vague populiste ravageuse, incarnée à l’époque par le Tea Party. L’irruption du milliardaire Donald Trump dans la course à la Maison Blanche prolonge cette vague et constitue une révolution électorale que nul n’avait su prévoir. Même si, apparemment, la vieille bicéphalie entre démocrates et républicains demeure, en réalité la montée d’un candidat aussi atypique que Trump constitue un véritable tremblement de terre. Son style direct, populacier, et son message manichéen et réductionniste, qui sollicite les plus bas instincts de certaines catégories sociales, est fort éloigné du ton habituel des politiciens américains. Aux yeux des couches les plus déçues de la société, son discours autoritaro-identitaire possède un caractère d’authenticité quasi inaugural. Nombre d’électeurs sont, en effet, fort irrités par le « politiquement correct » ; ils estiment qu’on ne peut plus dire ce qu’on pense sous peine d’être accusé de « raciste ». Ils trouvent que Trump dit tout haut ce qu’ils pensent tout bas. Et perçoivent que la « parole libérée » de Trump sur les Hispaniques, les Afro-Américains, les immigrés et les musulmans comme un véritable soulagement.

A cet égard, le candidat républicain a su interpréter, mieux que quiconque, ce qu’on pourrait appeler la « rébellion de la base ». Avant tout le monde, il a perçu la puissante fracture qui sépare désormais, d’un côté les élites politiques, économiques, intellectuelles et médiatiques ; et de l’autre côté, la base populaire de l’électorat conservateur américain. Son discours anti-Washington, anti-Wall Street, anti-immigrés et anti-médias séduit notamment les électeurs blancs peu éduqués mais aussi – et c’est très important –, tous les laissés-pour-compte de la globalisation économique.

Le message de Trump diffère de celui des leaders néofascistes européens. Il n’est pas un ultra droitier conventionnel. Il se définit lui même comme un « conservateur avec du bon sens ». Sur l’échiquier politique traditionnel, il se situerait plutôt à la droite de la droite. Chef d’entreprise milliardaire et star populaire de la téléréalité, Trump n’est ni un militant antisystème ni, évidemment, un révolutionnaire. Il ne critique pas le modèle politique en soi, mais plutôt les responsables qui pilotent ce modèle. Son discours est émotionnel et spontané. Il fait appel aux instincts, « aux tripes », pas à la réflexion ni à la raison. Il s’adresse à cette partie de l’électorat américain gagné par le découragement et le mécontentement, et aux gens lassés de la vieille politique et du système des « privilégiés », des « castes ». À tous ceux qui protestent et qui crient : « Qu’ils s’en aillent tous ! » ou « Tous pourris ! », il promet d’injecter de l’honnêteté dans le système et de renouveler le personnel et les mœurs politiques.

Les grands médias ont beaucoup diffusé certaines de ses déclarations et propositions. Surtout les plus ignobles et les plus odieuses. Rappelons à cet égard, par exemple, ses affirmations à propos des immigrés mexicains illégaux qui seraient, selon lui, « des corrompus, des délinquants et des violeurs ». Ou bien son projet d’expulser quelque 11 millions d’immigrés latinos illégaux qu’il propose d’embarquer de force dans des bus et de les renvoyer au Mexique. Ou sa proposition, inspirée de la série « Le trône de fer » (Game of Thrones), de construire une colossale muraille le long des 3.145 kilomètres de frontière avec le Mexique, qui chevaucherait vallées, montagnes et déserts, pour empêcher l’arrivée de migrants latinos et dont le financement (21 milliards de dollars) serait à la charge du gouvernement mexicain.

Dans le même ordre d’idées, il a annoncé vouloir interdire l’entrée de tous les migrants musulmans, et s’est attaqué avec véhémence aux parents d’un militaire américain de confession musulmane, Humayun Khan, mort au combat en 2004 en Irak. Il a également a affirmé que le mariage traditionnel formé par un homme et une femme constitue « la base d’une société libre » et a critiqué la décision de la Cour suprême de reconnaitre le mariage entre personnes du même sexe comme un droit constitutionnel. Il soutient ce qu’on appelle les « lois de liberté religieuse » promues par les conservateurs dans plusieurs Etats pour refuser des prestations aux personnes LGBT. Il ne faut pas oublier non plus ses déclarations sur le « mensonge » du changement climatique qui serait, selon lui, un concept « inventé par et pour les Chinois pour provoquer la perte de compétitivité du secteur manufacturier américain. »

Un tel catalogue de détestables inepties a été diffusé par les médias dominants non seulement aux Etats-Unis mais partout dans le monde. Au point qu’on se demande comment un personnage avec de si misérables idées peut rencontrer un tel succès chez les électeurs américains qui, évidemment, ne sont pas tous décérébrés ? Quelque chose ne cadre pas.

Pour résoudre cette énigme, il a fallu fendre le mur de l’information et analyser de plus près le programme complet du candidat républicain. On découvre alors sept autres options fondamentales qu’il défend, et que les grands médias passent systématiquement sous silence.

1) En premier lieu, les journalistes ne lui pardonnent pas ses attaques frontales contre le pouvoir médiatique. Ils lui reprochent d’encourager régulièrement son public à huer les médias « malhonnêtes ». Trump affirme souvent : « Je ne suis pas en compétition avec Hillary Clinton, mais avec les médias corrompus. » Récemment, il a tweeté : « Si les grands médias, répugnants et corrompus, couvraient de manière honnête ma campagne, sans fausses interprétations, je dépasserais Hillary de 20 %. » Il n’a pas hésité à interdire d’accès à ses meetings plusieurs médias importants comme The Washington Post, Politico, Huffington Post et BuzzFeed. Il a même osé attaquer Fox News, la grande chaîne de la droite pamphlétaire, qui pourtant le soutient à fond …

2) Une autre cause des attaques médiatiques contre Trump : sa dénonciation de la globalisation économique qu’il tient pour responsable de la destruction des classes moyennes. Selon lui, l’économie globalisée est une calamité dont le nombre de victimes ne cesse de croître. Il rappelle que plus de 60 000 usines ont dû fermer ces quinze dernières années aux Etats-Unis et qu’environ cinq millions d’emplois industriels ont été détruits.

3) Trump est un fervent protectionniste. Il propose d’augmenter les taxes sur tous les produits importés. Et se dit prêt, s’il arrive au pouvoir, à établir des droits de douanes de 40% sur les produits chinois. « Nous allons récupérer le contrôle du pays et nous ferons en sorte que les Etats-Unis redeviennent un grand pays » affirme-il souvent, en reprenant son slogan de campagne. Partisan du Brexit, il a déclaré que, s’il était élu, il ferait sortir les Etats-Unis de l’Accord de libre échange nord-américain (ALENA). Il s’est également attaqué au Traité Trans-Pacifique (TPP) et a confirmé que, une fois élu, il retirerait les Etats-Unis de l’accord : « Le TPP constituerait un coup mortel pour l’industrie manufacturière des Etats Unis. » Evidemment, s’il est élu, il stopperait aussi les négociations en cours avec l’Union européenne. Il va même plus loin : « Nous allons renégocier ou sortir de l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Ces accords commerciaux sont un désastre. » répète-t-il. Dans des régions comme le rust belt, la « ceinture de rouille » du nord-est où les délocalisations et la fermeture d’usines ont fait exploser le chômage et généralisé la pauvreté, ces propos sont reçus avec enthousiasme et font renaître tous les espoirs.

4) Autre option dont les médias parlent peu : son refus des réductions budgétaires néolibérales en matière de sécurité sociale. De nombreux électeurs républicains victimes de la crise économique, et tous ceux qui ont plus de 65 ans, ont besoin de la Social Security (retraite) et du Medicare (assurance maladie) mis en place par le président Barack Obama que les autres dirigeants républicains veulent supprimer. Trump a promis ne pas revenir sur ces avancées sociales. Il a aussi promis de diminuer les prix des médicaments, d’aider à régler les problèmes des « SDF », de réformer la fiscalité des petits contribuables, et de supprimer un impôt fédéral qui touche 73 millions de foyers modestes.

5) Dénonçant l’arrogance de Wall Street, Trump propose également d’augmenter de manière significative les impôts des traders spécialisés dans les hedge funds (fonds spéculatifs) qui gagnent des fortunes. Il promet le rétablissement de la loi Glass-Steagall (votée en 1933 pendant la Dépression et abrogée en 1999 par William Clinton), qui séparait la banque traditionnelle de la banque d’affaires pour éviter que celle-ci puisse mettre en péril l’épargne populaire par des investissements à haut risque. Evidemment, l’ensemble du secteur financier est vent debout contre Trump et s’oppose au rétablissement de cette loi.

6) En matière de politique internationale, Trump s’est fait fort de trouver des terrains d’entente à la fois avec la Russie et avec la Chine. Il veut notamment signer une alliance avec Vladimir Poutine et la Russie pour combattre efficacement l’organisation Etat islamique (Daesh) même si pour l’établir Washington doit accepter l’annexion de la Crimée par Moscou.

7) Enfin, Trump estime qu’avec son énorme dette souveraine, l’Amérique n’a plus les moyens d’une politique étrangère interventionniste tous azimuts. Elle n’a plus vocation à garantir la paix à n’importe quel prix. Contrairement à plusieurs responsables de son parti, et tirant les leçons de la fin de la guerre froide, il veut changer l’OTAN : « Il n’y aura plus – affirme-t-il de garantie d’une protection automatique des Etats-Unis envers les pays membres de l’OTAN. »

Ces sept propositions n’oblitèrent pas les déclarations odieuses et inacceptables du candidat républicain diffusées en fanfare par les grands médias dominants, mais elles expliquent sans doute un peu mieux les raisons de son succès auprès de larges secteurs de l’électorat américain. L’aideront-ils à l’emporter ? On ne peut l’affirmer mais il est certain que les trois duels télévisés à venir, face à Hillary Clinton, vont être redoutables pour la candidate démocrate. Car les stratèges militaires le savent bien : dans un affrontement entre le fort et le fou, celui-ci, par son imprévisibilité et son irrationalité, l’emporte bien souvent.

En 1980, la victoire inattendue de Ronald Reagan à la présidence des Etats-Unis avait fait entrer le monde dans un cycle de quarante ans de néolibéralisme et de globalisation économique. Une éventuelle victoire de Donald Trump le 8 novembre prochain pourrait, cette fois, faire entrer le monde dans un cycle géopolitique nouveau dont la caractéristique idéologique principale, que l’on voit poindre un peu partout et notamment en France, serait : l’autoritarisme identitaire.

Traduction : Rosa Gutierrez

Illustration : Tony Webster

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Annés OBAMA: un bilan contrasté

Publié le par Mahi Ahmed

Annés OBAMA: un bilan contrasté

Par Pierre Guerlain

Le président Obama s’apprête à quitter le pouvoir le 20 janvier 2017, après l’élection de son successeur qui aura lieu le 8 novembre 2016 et sera, certainement, une femme, Hillary Clinton, aux options idéologiques assez proches du président actuel, sauf en politique étrangère. Il convient donc de faire un bilan des années Obama sur divers plans, la politique étrangère, bien sûr, l’action économique et sociale, les problèmes d’environnement et l’influence de l’argent dans le fonctionnement politique étatsunien. C’est ce à quoi ce dossier est consacré.

Quelques mots tout d’abord sur la campagne des primaires qui s’est achevée en juin et s’est avérée très intéressante mais aussi préoccupante. Commençons par la face sombre de ces primaires, c’est-à-dire l’émergence de Donald Trump dans le camp républicain. Les déclarations racistes, xénophobes, antimusulmanes comme antimexicaines du candidat sont connues et largement rapportées par les médias, qui bénéficient d’un surcroît d’audience avec un candidat démagogue qui ne respecte pas les règles élémentaires de la civilité lors des débats. Ce candidat qui fut autrefois un démocrate qui soutenait le droit à l’avortement est devenu un histrion misogyne opposé à l’avortement. Il a passé les années Obama à mettre en doute la nationalité du premier président noir des États-Unis dont le père était kenyan. Trump est un milliardaire qui se vante de sa richesse dont il exagère l’étendue mais ses partisans sont majoritairement issus des classes défavorisées chez les Blancs. Il a moins dépendu des financements extérieurs lors de la campagne des primaires car il avait sa fortune personnelle et les médias lui ont fait de la publicité gratuite en lui consacrant des heures d’émission, alors que dans le même temps, Bernie Sanders, le seul candidat progressiste des deux grands partis, était quasiment ignoré par les grands médias dominants1. Trump est le candidat républicain mais il a poussé le parti républicain vers la désintégration, l’appareil du parti soit ne le soutient pas, soit le soutient du bout des lèvres. Ses déclarations contradictoires et insultantes ne sont qu’une partie du problème. Il se démarque des républicains de l’ère Bush en dénonçant la guerre en Irak et en affirmant qu’il pourrait s’entendre avec Poutine. Il dénonce les traités de libre-échange et les délocalisations dont souffrent principalement les classes moyennes et ouvrières. Trump mêle un discours xénophobe et un discours antimondialisation qui est souvent tenu à gauche. Il est typique des mouvements d’extrême droite que l’on voir fleurir un peu partout dans le monde dit occidental, ce qui montre que là-dessus il n’y a pas d’exceptionnalisme américain. Il a porté le discours xénophobe et incendiaire des républicains jusqu’à une limite extrême et s’est emparé, de façon peu sérieuse, de thèmes porteurs à gauche. Son succès auprès desexclusoudesgroupescraignantdefairelesfraisdelamondialisation signale, de façon paradoxale, le retour de la question sociale.

Le côté plus lumineux des primaires américaines est bien évidemment l’émergence de Bernie Sanders qui, en dépit de l’opposition des médias dominants, de l’appareil du parti démocrate et du monde des affaires, a réussi a faire presque jeu égal avec la candidate officielle des démocrates, Hillary Clinton. Sanders a réussi à lever des fonds sans passer par les milliardaires qui financent et contrôlent les deux grands partis américains. La moyenne des contributionsàlacampagneSandersestde27 dollarsparpersonne. Sanders a donc montré qu’il était possible de lutter contre les puissances d’argent tout en tenant un discours ouvertement socialiste. Son thème central est celui de l’inégalité, inégalité qui ne cesse de croître entre les 1 % ou plutôt même les 0,1 % les plus riches et les 99 ou 90 % restants. Là aussi la question sociale fait son retour. Les jeunes, notamment les étudiants surendettés, ont soutenu Sandersetfaitdesacampagneunévénementdynamiqueetprometteur. Sandersaaussiprissesdistancesaveclediscourstraditionnelenmatière de politique étrangère, notamment en ce qui concerne Israël. Sanders fait partie des juifs de gauche américains qui sont internationalistes et donc opposés au soutien inconditionnel d’un régime d’extrême droite en Israël. Les médias ont aussi bien mieux soutenu Clinton que Sanders qui n’a pas réussi à renverser la table chez les démocrates2. Néanmoins la campagne de Sanders ne s’arrête pas à l’élection présidentielle de novembre, l’enthousiasme soulevé par cet homme de 74 ans n’est que le signe des profonds mécontentements et aspirations non satisfaites qui sont l’héritage des années Obama.

Les espoirs placés dans la personnalité d’Obama ne pouvaient qu’être déçus car il ne suffit pas d’élire un homme pour changer un système. Que cet homme soit le premier Afro-Américain à la Maison- Blanche est un marqueur historique d’une grande importance symbolique mais cela ne suffit pas pour améliorer la situation des Noirs américainsdansleurensemble.L’émergencedel’organisationBlackLives Matter montre que le chemin à parcourir reste long pour transcender l’héritage de l’esclavage, de la ségrégation et du racisme. Obama ne s’était pas présenté comme très progressiste durant sa campagne et il a surtout bénéficié d’être le candidat qui différait de Bush, tant sur le plan de la politique étrangère qu’en matière de justice sociale.

Ce président anti-Bush a, sur de nombreux plans, soit suivi une ligne proche de celle de son prédécesseur soit légèrement différente. Il a expulsé plus de migrants dits clandestins que Bush, traqué plus de lanceurs d’alerte, tué plus de supposés terroristes et d’innocents par l’utilisation de drones que Bush. Il a aussi plus hésité à intervenir militairement au sol, notamment en Syrie après l’épisode peu glorieux de l’intervention en Libye voulue par la France. On peut considérer que l’accord sur le nucléaire iranien et la reprise des relations avec Cuba sont des succès diplomatiques importants. Sur le plan intérieur, l’assurance santé, connue sous le nom d’Obamacare, est aussi un succès même si cette assurance est

encore loin d’être universelle et aussi favorable à toute la population que ses équivalences en Europe ou au Canada.

SilaprésidenceObaman’apasconstituéuntournantprogressiste majeur, elle a quand même marqué une inflexion par rapport aux années Bush, inflexion qui risque de ne pas être confirmée par celle qui prendra probablement sa succession et qui est une néolibérale interventionniste en politique étrangère, c’est-à-dire un faucon.

Il faut prendre en compte tout le système politique américain pour faire le bilan des années Obama. En effet, sur tous les plans, le président a dû compter avec non seulement l’opposition acharnée des républicains, opposition dont le racisme n’était pas toujours absent, mais aussi avec la puissance de l’État profond, c’est-à-dire du complexe militaro-industriel et de l’establishment dominé par les banques et les grands secteurs industriels. Obama n’a pas eu la confiance immédiate du Pentagone qui a cherché, avec succès, à le contourner, comme le monde des affaires l’a également fait. Il n’a pas créé de rapport de force avec l’État profond et son pragmatisme l’a conduit à faire avec les forces en place.

Obama n’a pas été un grand président transformateur comme Franklin Roosevelt mais il a fait bouger certaines lignes sans véritablement défier l’État profond. Ceci explique le succès à la fois de Sanders sur le flanc progressiste que de Trump du côté des démagogues qui utilisent les souffrances réelles des exclus3.

Durant les années de néolibéralisme branché sur le complexe militaro-industriel, la question sociale, qui est négligée depuis quatre décennies, a refait surface et aujourd’hui les États-Unis, comme d’autres pays occidentaux, sont à la croisée des chemins. Le mouvement impulsé par Sanders, qui prend la suite du mouvement Occupy Wall Street, ne va pas disparaître avec l’élection d’une candidate néolibérale et militariste4, mais il continuera à pousser pour des réformes socio-économiques et ethnoraciales plus justes. C’est la seule voie viable pour défaire la démagogie d’extrême droite cachée dans des rhétoriques trompeuses. En ce sens les États-Unis sont un laboratoire des évolutions politiques possibles.

3 <http://www.huffingtonpost.fr/pierre-guerlain/trump-et-la-revolte-des- gueux_b_9654968.html>.

4 Onpeutlireunecritiquedegauchesansconcessiondeladérivedroitièreduparti démocrate dans Thomas Frank, Listen, Liberal, Or, What Ever Happened to the Party of the People?, Metropolitan Books, 2016.

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Recherches Internationales n° 106

Publié le par Mahi Ahmed

Recherches Internationales n° 106

Amérique: les années OBAMA

SOMMAIRE

3 Michel Rogalski, Turquie : d’un coup, l’autre ! [Éditorial] 7 Jacques Cossart, Une taxe sur les transactions financières (TFF), chiche !

DOSSIER : AMÉRIQUE : LES ANNÉES OBAMA

25 Pierre Guerlain, Années Obama : un bilan contrasté [Présentation] 29 Pierre Guerlain, Mise au pas d’Obama par l’État profond

49 Sebastian Santander, L’administration Obama a-t-elle (vraiment) navigué à vue sur la scène mondiale ? 75 Barthélémy Courmont, La stratégie du pivot vers l’Asie d’Obama en question 93 Raphaël Ricaud, Diplomatie d’influence numérique lors du premier mandat Obama 111 Salah Oueslati, Barack Obama et les lobbys : discours et réalité 133 Olivier Richomme, Barack Obama et les minorités 151 François Duban, Obama et l’ environnement 171 Taoufik Djebali, La politique sociale en temps de crise

NOTES DE LECTURE

193 Perry Anderson, Comment les États-Unis ont fait le monde à leur image [Pierre Guerlain] 195 Eva Joly et Guillemette Faure, Le loup dans la bergerie [Jacques Cossart]

197 Romuald Sciora (Dir.), L’Onu dans le nouveau désordre mondial [Chloé Maurel] 199 Noam Chomsky, Ilan Pappé, Palestine [Raphaël Porteilla]

201 Laurent Beurdeley, Le Maroc, un royaume en ébullition [Raphaël Porteilla] 204 Nikos Papadatos, Les communistes grecs et l’Union soviétique ;Histoire de la scission du Parti communiste de Grèce (1949-1968) [Christophe Chiclet]

Coordination du dossier : Pierre Guerlain

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TURQUIE :
D’UN COUP, l’AUTRE !

Publié le par Mahi Ahmed

TURQUIE : D’UN COUP, l’AUTRE !

Michel Rogalski

Recherches internationales, n° 106, janvier-mars 2016, pp. 3-6

Les analystes peinent à caractériser ce qui s’est passé en Turquie le 15 juillet. Coup d’État, contrecoup, purge, reformatage de l’État... Le discours officiel, faisant mention d’un complot de la Confrérie Hizmet – sorte de franc-maçonnerie musulmane – infiltrée dans la haute administration et l’armée et animée par le prédicateur, en exil aux États-Unis depuis dix-sept ans, Fethullah Gülen, ne rencontre qu’une écoute polie, mais non convaincue des chancelleries. Mais tous s’accordent à penser que ce qui s’est passé ainsi que la suite des événements relève de la plus haute importance et pourrait constituer un séisme pour la région, tant le rôle et la place qu’y joue le pays sont essentiels. Fidèle pilier de l’Otan, attirée par l’Union européenne avec laquelle elle entretient d’importants échanges, la Turquie apparaissait jusqu’ici comme un pays stable voisinant un océan chaotique, et constituait de ce fait un partenaire pour les grandes puissances, notamment occidentales. Elle avait réussi à ne pas être happée trop centralement par les naufrages irakien et syrien, avait su accueillir plusieurs millions de personnes déplacées du fait de la guerre et était apparue en capacité de tarir avec succès les flux se dirigeant vers l’Europe. Bref, elle était devenue au fil des années, aux yeux de la communauté internationale, le partenaire fiable de la région, aux côtés il est vrai de l’Iran, d’Israël et de l’Arabie saoudite et avait réussi – sauf avec le régime d’Assad – à maintenir, à l’aide d’une diplomatie intelligente, de bonnes relations avec son environnement géographique. Même les liens avec Israël, un temps gelés à la suite de l’arraisonnement de bateaux turcs apportant une aide humanitaire à Gaza, avaient repris permettant aux bateaux d’accoster au sud d’Israël – on imagine pour inspection – pour repartir ensuite vers Gaza.

C’est donc un rouage important et clé de la région qui entre en période de forte turbulence. Indiscutablement ce pays se réoriente vers un nouveau modèle et son leader Recep Erdogan qui dirige le parti islamo-conservateur (AKP – Parti de la justice et du développement, à la tête de 317 députés sur 550) bénéficie d’une aura renforcée par l’échec du putsch.

On ne s’attardera pas sur les aspects autoritaires et répressifs du régime, sur sa propension à réduire les opposants au silence en emprisonnant massivement divers secteurs de la société, des intellectuels aux militaires en passant par des magistrats et des journalistes. Nous sommes en présence d’un régime autoritaire, musclé, peu respectueux des libertés publiques fondamentales qu’il piétine au nom d’une chasse aux comploteurs, mais néanmoins légitime si l’on en juge par les démonstrations de force massives de ses supporters. Car l’habileté du pouvoir n’est plus à démontrer. La popularité du Président est à son zénith après sa victoire sur la tentative de putsch. Il a réussi à amener les quatre partis représentés au Parlement – l’AKP, le MHP (extrême droite nationaliste), le CHP (centre gauche laïc et kémaliste), le HDP (Parti démocratique des peuples, gauche liée au mouvement kurde) – à dénoncer la tentative de putsch et à soutenir ses appels à la résistance civile. Or cette société civile est « travaillée » depuis des années par les imams en phase avec la Direction des affaires religieuses – la Diyanet – placée sous la tutelle du Premier ministre. Le but ouvertement affiché est de toiletter la société de toute survivance kémaliste et donc d’opérer un tournant marqué vers plus d’islamisation. C’est certainement le premier sens à donner au tournant engagé par Erdogan. La chasse aux sorcières s’apparente à un fort règlement de comptes entre anciens alliés d’hier car les réseaux gülenistes ont longtemps travaillé de concert avec l’AKP, le parti du président. Ils s’en étaient écartés lorsque Gülen avait

commencé à prendre ses distances très tôt contre cette dérive islamiste. L’orientation antikurde se renforce et a poussé le pouvoir à refuser de dialoguer avec le HDP qu’il cherche à réduire à tout prix. Au-delà de la purge, certains prêtent au Président l’intention de refonder le pays à travers un reformatage de l’État et l’adoption d’une nouvelle constitution lui permettant d’établir un régime hyper-présidentiel sans contre-pouvoir. Nul doute également que l’orientation libérale-conservatrice sera maintenue. Le caractère nationaliste du régime, notamment anti-occidental, sera probablement renforcé. Les trois maîtres-mots du nouveau régime seront : islamisation, conservatisme social, nationalisme, l’ensemble maintenu sous une chape répressive. Ce qui éloignera la Turquie de son histoire récente marquée par la modernité kémaliste et laïque sur laquelle l’armée s’enorgueillissait de veiller avant son affaiblissement.

L’interrogation circule en Europe sur le fait de savoir si cette dérive turque n’a pas été alimentée par l’attitude souvent méprisante adoptée à l’égard de ce pays qu’on encourageait à entrer dans l’Union européenne tout en provoquant une course d’obstacles rendant cette adhésion toujours plus lointaine et hors de portée. Erdogan considère certainement que l’Union européenne ne s’est pas comportée avec sincérité à son égard, ce que confirmerait le refus maintenu à la dispense de visas pour ses ressortissants alors même qu’il a fait la preuve de sa responsabilité en accueillant le retour des déplacés auquel il s’était engagé. Mais les milieux sensibles à cette thématique sont en régression en Turquie, parce que ce qui y progresse c’est une islamisation rampante qui s’inscrit parfaitement dans les tendances lourdes de la région et à laquelle ce pays n’avait aucune chance d’échapper. La politique de l’Union européenne, au demeurant peu claire dans la région, n’avait aucune chance de pouvoir contrarier cette évolution qui tient pour l’essentiel à l’environnement régional.

Il en découlera certainement une nouvelle diplomatie turque marquée par quelques inflexions nationalistes et anti- occidentales qui exalterait plus la grandeur ottomane que la République d’Atatürk. Mais les fondamentaux structurants comme l’appartenance active à l’Otan ont peu de chances d’être remis en c a u s e . To u t a u p l u s v e r r a - t - o n é m e r g e r u n e p r e m i è r e d a n s l ’ h i s t o i r e de cette institution, à savoir l’un de ses membres qui s’armerait chez les Russes et s’engagerait dans une coopération technico- militaire ! Mais la coopération avec les Russes sera plus large. Lors de la visite d’Erdogan à Moscou – décidée avant le putsch – les déclarations ont indiqué les grands domaines concernés. D’abord l’énergie et la réactivation de grands projets de gazoducs un temps déjà envisagés. La géographie commande les projets. La Turquie importe la moitié de son gaz de Russie, ce qui constitue une forte dépendance. Les Russes veulent associer la Turquie à la construction d’un gazoduc – le TurkStream – qui passerait sous la Mer noire et remplacerait le projet South Stream abandonné par l’Europe car permettant aux Russes de contourner l’Ukraine. L’objectif reste le même et permettrait aux deux pays d’alimenter et de contrôler l’approvisionnement de l’Europe du Sud. LaTurquie bénéficierait de tarifs préférentiels. Au cours de cette rencontre Poutine semble avoir convaincu son interlocuteur de modifier sa position très figée sur la Syrie et le régime d’Assad. La politique turque vis-à-vis de la Syrie sera infléchie, donc moins rigide, ce qui fâchera encore un peu plus les Européens.

Le différend avec les États-Unis soupçonnés de jouer un double jeu est très vif. Ils sont accusés de forte bienveillance vis- à-vis de la Confrérie. Ils s’opposent à la demande d’extradition de son chef Fethullah Gülen. Vu l’importance des liens entretenus entre les deux pays, il s’agira vraisemblablement d’une brouille passagère.

À la faveur de cette tentative de putsch, la Turquie a choisi de s’aligner sur la force montante dans la région, l’islamisme, avec toutes les réorientations tant internes qu’externes que cela suppose. La priorité est de fermer la « parenthèse kémaliste » et de débarrasser le pays de tous les marqueurs qui se sont imposés après l’effondrement de l’Empire Ottoman. Et d’accompagner ce revirement d’une poussée nationaliste anti-occidentale et faisant appel aux valeurs de cet Empire. C’est le sens de ce grand tournant. La République turque kémaliste a vécu et le pays se normalise en rejoignant la montée de l’islam politique dont l’emprise gagne la région.

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