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L’Egypte entre révolution et contre-révolution

Publié le par Mahi Ahmed

L’Egypte entre révolution et contre-révolution

lundi 25 juin 2012, par Alain Gresh

Pourquoi n’ont-ils pas tiré ? Pourquoi le Conseil supérieur des forces armées (CSFA) a-t-il, après bien des hésitations, accepté l’élection au poste de président d’un dirigeant des Frères musulmans ? Parce que l’Egypte de l’après 25 janvier 2011 a profondément changé et parce qu’un retour à l’ordre ancien n’est plus possible. Mais la lutte continue et ce scrutin n’est qu’une étape dans la longue transition entamée depuis la chute du président Hosni Moubarak.

Durant d’interminables et étouffantes journées, dans un climat pesant, l’Egypte a retenu son souffle. Elle attendait la proclamation des résultats du second tour de l’élection présidentielle, retardée heure après heure. Sous un soleil de plomb, malgré les difficultés du choix, dans l’ordre et sous la supervision de juges, les électeurs avaient déposé leur bulletin dans l’urne, aussi nombreux qu’au premier tour. Les bureaux étaient restés ouverts jusqu’à 22 heures le 17 juin pour permettre à chacun d’accomplir son devoir. Peu d’incidents avaient été signalés. Le vainqueur devait être proclamé officiellement le mercredi 20 et les résultats qui tombaient dans la nuit confirmaient que M. Mohammed Morsi, le candidat des Frères musulmans, soutenu par de nombreuses forces de la révolution, l’avait emporté. L’association indépendante Juges pour l’Egypte, qui avait supervisé le scrutin [1], entérinait sa victoire.

Pourtant, rapidement, l’atmosphère s’alourdit. L’adversaire de M. Morsi, le général Ahmed Chafik, déposa des recours devant le Comité supérieur pour le contrôle de l’élection présidentielle, qui décida d’ajourner la publication des résultats. Parallèlement, les médias, dirigés par les même hommes que du temps de M. Hosni Moubarak, reprenaient rumeurs et désinformations, expliquant que les Frères avaient bourré les urnes, qu’ils avaient perdu, qu’ils préparaient une insurrection armée ! En réalité, la décision n’était déjà plus ni entre les mains des électeurs ni dans celles du soi-disant comité de contrôle, mais du seul CSFA qui cherchait à mesurer les conséquences d’une victoire qu’il avait cherché à éviter. Il avait mis tout son poids derrière le général Ahmed Chafik, le dernier premier ministre de M. Moubarak. Ce militaire fait partie de la clique des hommes d’affaire (et des officiers) qui avait mis le pays en coupe réglée depuis deux décennies — le 2 mars 2011, lors d’un débat resté dans les mémoires entre M. Chafik, encore premier ministre, et l’écrivain Alaa Al-Aswani, l’auteur de l’inoubliable Immeuble Yacoubian, ce dernier avait apporté de nombreux documents confirmant la corruption de M. Chafik, l’obligeant à démissionner. Représentant de ce que l’on appelle ici les fouloul, les « restes » de l’ancien régime – les ci-devant, comme on disait au temps de la révolution française –, il a rassemblé autour de lui l’« Etat-profond », celui qui avait fait profil bas après la chute du dictateur et qui lutte maintenant avec énergie pour la reconquête de tous ses privilèges. Tous ceux qui n’ont rien oublié, ni rien appris.

Finalement, après de longues hésitations, le CSFA devait plier le 24 juin et M. Morsi était proclamé vainqueur ; il annonçait sa démission de la confrérie et du Parti de la liberté et de la justice (PLJ) et affirmait sa volonté d’être le président de tous les Egyptiens. Pour la première fois dans l’histoire de l’Egypte républicaine, un civil devient président. Pour comprendre ce tournant, il suffit de se promener dans les rues du Caire et d’écouter les Egyptiens, notamment les jeunes : quel que soit leur choix, ils ne veulent plus que le pouvoir soit confisqué, ils veulent avoir leur mot à dire, ils veulent que leur avis compte. C’est la génération de la révolution, celle qui se mobilise dans chaque ville et même village. L’heure des dictatures militaires est passée. Ces jeunes qui fêtent la victoire de M. Morsi, portant parfois des masques des Anonymous, dansant sur des rythmes endiablés, portant en triomphe un copte — avec sa grande croix — qui se félicite de la défaite du général d’ancien régime, ressemblent peu à des hordes barbues prêtes à déferler sur le monde civilisé.

Pourtant la faible marge de la victoire de M. Morsi, à peine 1 million de voix, face à un candidat représentant cet ordre ancien contre lequel le peuple s’est soulevé au début 2011, en dit long sur le rejet que suscitent les Frères musulmans dans une partie de la population et sur les contradictions de la transition en cours.

Les résultats du premier tour de la présidentielle avaient créé un choc au sein des forces révolutionnaires. Au coude à coude, mais n’obtenant chacun qu’environ un quart des voix, M. Morsi, arrivé légèrement en tête, et le général Chafik. M. Hamdin Sabbah ensuite, candidat peu connu de tendance nassérienne, rassemblait plus de 20 % des suffrages — comme ici rien n’est simple, lui et son parti s’étaient alliés aux Frères pour les législatives. Quant au quatrième, M. Aboul Foutouh, il obtenait 17,5 % des voix. Ensemble, les candidats proches de la révolution, MM. Sabbahi, Aboul Foutouh et quelques autres rassemblaient près de 40 % des voix, mais se retrouvaient éliminés du scrutin.

Comment réagir ? Que faire au second tour ? Pour l’écrivain Al-Aswani, un critique virulent des intégristes, le choix était clair : « Nous ne sommes pas avec Morsi, nous soutenons la révolution. » Une position qu’explicitait l’éditorial de Mostafa Ali [2] : « De manière tragique, certaines forces favorables à la révolution décrivent de manière erronée une organisation conservatrice et vacillante comme les Frères musulmans, qui ont plus d’une fois trahi les objectifs de la révolution (et ils pourront le faire à nouveau dans le futur) comme des fascistes religieux. Et assimilent ainsi cette force qui s’est compromise de manière opportuniste avec l’ancien régime à l’actuel régime qui cherche à anéantir l’ensemble de la révolution. »

Le spectre d’un Etat théocratique imposé par les Frères hante certains. Pourtant, pour la majorité des forces révolutionnaires, l’armée et l’ancien régime, qui gardent le contrôle de l’essentiel des leviers du pouvoir, sont les forces à abattre, contre lesquelles s’est créé un front commun le 22 juin. M. Morsi, entouré de partis impliqués dans la révolution, de figures symboliques comme Wael Ghonim ou Al-Aswani, se sont engagés sur une plate-forme commune de lutte contre le CSFA et notamment ses décisions dans les semaines qui ont précédé l’élection.

« Nous avons commis une erreur majeure après la chute du président Moubarak, c’est d’accepter de laisser le pouvoir aux mains du CSFA. » Nous sommes le 14 juin et M. Aboul Foutouh, candidat malheureux à l’élection présidentielle, vient de l’apprendre : la haute cour constitutionnelle a déclaré illégale la loi qui avait permis l’élection du Parlement, ce qui entraine sa dissolution. De plus, elle vient d’abolir la loi interdisant aux personnalités de l’ancien régime de se présenter aux élections, et d’autoriser le général Chafik à concourir pour le second tour de la présidentielle, les 16 et 17 juin.

En Egypte, on l’a dit, rien n’est simple. Durant ces jours de crise, M. Hamdin Sabbahi effectue le (petit) pèlerinage (omra) à La Mecque et se cantonne dans un silence prudent, ne prenant position pour aucun des deux candidats restés en lice. Marqué par son idéologie nassérienne, il répugne à critiquer l’armée.

En revanche, M. Aboul Foutouh, un ancien dirigeant des Frères musulmans, cherche à édifier un large front contre les militaires. La soixantaine (un junior dans le contexte politique local), charismatique, il dégage une énergie débordante. Longtemps président du syndicat des médecins, il a été emprisonné à plusieurs reprises, durant de longues années. Marginalisé par la confrérie qui le considérait trop libéral, il a participé de manière active à toute l’épopée de Tahrir et y a acquis une grande autorité, notamment chez les jeunes Frères. Très tôt, il annoncé qu’il se présenterait à l’élection présidentielle et il s’est engagé sur un programme de réformes démocratiques du pays, d’un Etat civil, d’une égalité entre hommes et femmes, d’une égalité des citoyens autorisant notamment qu’un copte soit élu président de la République. Il a rallié autour de lui une vaste coalition de tendances et de personnalités — une de ses conseillères économiques est marxiste —, et obtenu aussi le surprenant soutien pour le premier tour de la présidentielle des salafistes, inquiets d’une hégémonie des Frères musulmans sur la scène politique. En Egypte, rien n’est simple.

Pour M. Aboul Foutouh, comme pour beaucoup d’autres forces, le choix du second tour était clair : soit le retour de l’ancien régime avec le général Chafik, soit un pas en avant avec l’élection d’un candidat civil et dans la lutte pour « la chute du pouvoir militaire ».

Dans les semaines qui ont précédé l’élection présidentielle, le CSFA avait lancé une offensive pour consolider sa mainmise institutionnelle. Le 4 juin, le ministère de la justice a entériné le droit des militaires d’arrêter et de juger des civils. Après l’acquittement, durant le procès de M. Moubarak, d’importants cadres du ministère de l’intérieur, responsables de la mort de centaines de manifestants, et nombre de policiers accusés d’avoir tiré sur des manifestants ont été blanchis.

A la suite du verdict du 14 juin, le CSFA a repris en mains le pouvoir législatif qu’il avait cédé au Parlement et a adopté une déclaration constitutionnelle additionnelle qui met l’armée à l’abri de toute « ingérence » des civils et limite le pouvoir du futur président. Il s’est arrogé aussi un droit de regard sur l’écriture de la future constitution.

Parallèlement, l’Etat-profond a poursuivi son action en faveur du général Chafik, mobilisant tout ce qui lui reste de moyens, et ils sont nombreux : médias à la botte — y compris souvent ceux qualifiés d’indépendants, détenus par des hommes d’affaires liés aux cercles du pouvoir —, intellectuels d’ancien régime, penseurs « libéraux » mobilisés contre la dictature islamique, mais silencieux sur celle des militaires. Tous les mensonges les plus farfelus ont été bons pour discréditer les islamistes : au Parlement tunisien, ils auraient fait adopter le rétablissement de la polygamie ; M. Morsi aurait décidé de privatiser la compagnie du canal de Suez, symbole depuis sa nationalisation par le président Gamal Abdel Nasser en 1956, de l’indépendance de l’Egypte ; les Frères auraient accumulé des armes, ils voulaient transformer l’armée sur le modèle iranien, ils allaient rétablir l’impôt spécial (jaziya) sur les coptes, ils allaient fermer les cinémas et les théâtres, etc. Une des fables les plus spectaculaires, et qui a fait le tour du monde : le Parlement aurait envisagé une loi permettant à un homme d’avoir des relations sexuelles avec sa femme dans les six heures qui suivent son décès. Comme du temps de M. Moubarak, ou des autres dictateurs arabes, « Nous ou les islamistes » reste le mot d’ordre de tous les ci-devant, qui cherchent le maintien de l’ordre établi.

Il faut le reconnaître, cette propagande a porté : plus de douze millions d’Egyptiens ont voté, au second tour, pour un candidat de l’ancien régime, alors qu’ils ne sont pas tous, loin de là, favorables à un retour en arrière. Les Frères musulmans portent leur part de responsabilité, comme en témoignent leurs résultats électoraux : alors que M. Morsi avait obtenu au premier tour 5,7 millions de suffrages, son parti avait regroupé presque le double lors des élections législatives de la fin 2011-début 2012.

La confrérie paie ses erreurs et ses louvoiements entre la révolution et l’armée. Fortement réprimés sous le régime de M. Moubarak, les Frères n’ont commencé à participer aux manifestations que le 28 janvier 2011, trois jours après le début de celles-ci, même si ses militants les plus jeunes étaient sur la brèche dès les premières heures. Ils ont joué un rôle actif durant le bras de fer qui a opposé la rue à M. Moubarak et contribué grandement, par leur organisation, à la résistance face aux offensives de la police.

Après la chute du raïs, cette organisation, fondamentalement conservatrice dans ses orientations, a cherché un terrain d’entente avec le CSFA. Elle s’est dissociée des jeunes manifestants, notamment en novembre 2011, quand les affrontements avec l’armée au Caire provoquèrent une quarantaine de tués. Les Frères, désireux que les élections législatives se tiennent à tout prix, dénoncèrent des « agissements irresponsables », ce que de nombreux jeunes ne leur ont pas pardonné.

Ayant remporté une large majorité au Parlement, ils ont fait preuve d’une volonté hégémonique qui leur a aliéné bien des sympathies. Et la décision, malgré leurs engagements antérieurs, de participer directement à l’élection présidentielle, a avivé les craintes. Fahmi Howeidy, un éditorialiste respecté de tendance islamiste, dont les articles sont repris à travers tout le monde arabe, a sévèrement critiqué cette entrée dans la bataille présidentielle. Mais il pense que les responsabilités des impasses de la période précédente sont partagées : « Au Parlement, les libéraux et les autres partis ont refusé toute proposition des Frères de présider des commissions. Ils ont joué l’échec, alors même que l’assemblée a pris des mesures positives : réforme du baccalauréat, transformation du statut de 700 000 travailleurs précaire, salaire maximum, etc. » Pour lui, la bataille en Egypte n’oppose pas laïques et religieux, mais partisans de l’ancien régime et de la démocratie.

En acceptant, le 22 juin, la création d’un front avec les forces révolutionnaires, les Frères ont pris acte de leur isolement. Ils se sont engagés à combattre le pouvoir militaire, notamment en demandant l’abrogation de la déclaration constitutionnelle additionnelle et le retour du Parlement élu. Maintenant que leur candidat est président, ne chercheront-ils pas à s’entendre à nouveau avec le CSFA ? Quelles seront les modalités d’écriture de la nouvelle constitution ? Les questions restent posées, mais le 24 juin marquera, quoi qu’il en soit, une étape importante dans l’histoire de l’Egypte et de la liquidation de l’ordre ancien, notamment de la mainmise sur l’économie d’une clique corrompue.

 

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Débat sur l’Islam et les droits de l’homme (TV Nessma Tunisie)

Publié le par Mahi Ahmed

Débat sur l’Islam et les droits de l’homme   (TV Nessma Tunisie)

Voir ce débat sur le site suivant :

 

http://www.nessma.tv/nessma_replay/show/maghribouna-fel-tahrir-wal-tanwir/maghribouna-fel-tahrir-wal-tanwir-du-samedi-23-juin-2012.html

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Better Regulation for Freer Trade

Publié le par Mahi Ahmed

Better Regulation for Freer Trade

Policy Innovation Memorandum No. 22

Author: Thomas Bollyky, Senior Fellow for Global Health, Economics, and Development

 

Publisher Council on Foreign Relations Press

Release Date June 2012

Changes in the way the world trades have increased the importance of regulation in international commerce. Fewer goods and services originate "from" any one place or any one supplier, but rather consist of components and tasks from multiple suppliers scattered across several countries. Consistent, adequate, and predictable regulation is essential to the success of these global supply chains, but remains elusive. Without international coordination, national regulations and private standards have proliferated. The resulting cacophony has done little to promote U.S. exports or effective regulatory oversight. The United States should pursue regulatory integration on a regional basis and in the areas where the interests of trade officials, national regulatory authorities, and exporting nations overlap. A new White House initiative on international regulatory cooperation launched this month provides the opportunity to implement this strategy.

The Era of Global Supply Chains

Over the past three decades, the production of goods—from electronics to food, clothing to cars, and medicines to furniture—has changed. Low-cost shipping, fast and reliable information communication technologies, and tariff reductions have allowed companies to unbundle and outsource manufacturing stages and intermediate services to specialist suppliers around the world. These global production models now dominate international commerce, with intermediate products comprising 56 percent of the global goods trade and 73 percent of global services trade.

These changes have produced significant benefits for U.S. businesses and consumers alike. Unbundling allows businesses to scale economies, institute just-in-time production, and have greater flexibility in meeting consumer demand. Consumers benefit from more affordable goods. U.S. firms often coordinate and lead production networks and specialize in design, branding, and other high-margin activities. Economists estimate that Apple captures nearly 60 percent of the value-added in iPad production, while the dozens of firms that manufacture and assemble the iPad components and parts split the remainder. Unbundled production models keep the prices of U.S. goods low and competitive globally.

Less developed economies benefit as well. Once, Japan, Taiwan, and South Korea needed to build a broad and deep industrial base in order to produce and export finished products that could compete in the world economy. The unbundling of production has reduced the barriers to competition, enabling China, Vietnam, and other less developed nations to industrialize through participation in global supply chains, lifting millions of their citizens out of abject poverty.

The Challenges of Global Regulation

Sustaining the benefits of global supply chains will depend on the adequacy, predictability, and efficiency of the regulatory oversight in the countries involved. The mechanisms that ensured accountability for products in the past—tort liability and companies' investments in the good reputation of their brands—do not easily extend to intermediate suppliers in countries where access to courts can be limited. Regulation and product standards are essential tools for promoting public health and safety, safeguarding the environment and rights of citizens, and ensuring the proper functioning of markets. But regulating effectively is far more difficult in this new global market.

Unclear, excessive, or duplicative regulatory requirements can impede new global production. In unbundled global supply chains, intermediate services and parts crisscross borders multiple times. As the number of countries and transactions multiply, so do the costs of inefficient and divergent regulations. The proliferation of uncoordinated regulations can challenge even sophisticated multinationals. The high costs of regulatory compliance can keep small and medium-sized U.S. businesses from entering new markets altogether. The White House has cited unwarranted health, safety, and technical regulations as the largest obstacle to achieving its goal of doubling U.S. exports by 2014.

The scale and complexity of global supply chains are also overwhelming U.S. regulatory authorities. The volume of U.S. Food and Drug Administration (FDA)–regulated imports, for example, quadrupled (from six to twenty-four million shipments) over the past decade and now involves more than 300,000 facilities in 150 different countries. There are legal and practical limits on the ability of the U.S. regulatory authorities to conduct inspections of these producers and suppliers.

With the worldwide growth in trade, other national regulatory authorities face the same daunting challenges. The adequacy of health, safety, and environmental regulations in one country increasingly depends on the adequacy of those regulations in other countries. Inefficient or ineffective regulatory systems can keep developing countries from participating in international commerce, undermining development and delaying their citizens' access to medical and agricultural technologies.

Efforts to address these problems have been inadequate. U.S. trade and regulatory officials have traditionally gone about their respective duties in wary parallel. Trade officials have looked to reduce barriers to international commerce and have not concerned themselves with the adequacy of trading partners' regulations or their enforcement. Regulators have sought to implement the most effective domestic regulation, usually without consulting other trading partners.

This approach is no longer sustainable. National regulations and private standards have proliferated without international coordination. U.S. trade initiatives have not succeeded in reducing the inefficient, duplicative, but otherwise nondiscriminatory regulations that increasingly hinder trade in multicountry supply chains. The White House estimates that the divergence of safety labeling requirements internationally, for example, costs the U.S. chemical industry $475 million annually. And U.S. popular support for trade liberalization is diminishing without accompanying efforts to ensure that liberalized goods and services benefit the U.S. public health and welfare. A recent public opinion poll found that more than two-thirds of Americans worry about import safety, ranking it higher than concerns about pandemic flu or natural disasters.

The Way Forward

In early May 2012, President Barack Obama issued an executive order establishing an interagency working group, led by the White House's Office of Information and Regulatory Affairs, to promote international regulatory cooperation in order to reduce unnecessary cross-border differences. Participating U.S. agencies are charged with implementing its recommendations. To address the challenges of global supply chains, this working group should adopt the following strategy.

  1. Focus first on international standards and regulatory burden sharing in the food, drug, and biotechnology sectors. The working group should focus its efforts on the sectors and approaches where the interests of the critical actors most overlap. U.S. and other national regulatory authorities will participate more meaningfully in international regulatory initiatives if the objective is also to address their transnational regulatory challenges. Cooperation must likewise be in the economic interests of exporters and their governments if it is to succeed. An early priority should be improving international cooperation on food and drug safety regulations, a step that the Institute of Medicine recently concluded would have compound benefits for U.S. trade, global health, and international economic development. The White House initiative should also seek reductions in the international regulatory inconsistencies on biotechnology, which would help U.S. exports and improve agricultural productivity in poor countries. Promoting the adoption of international standards and pursuing agreements to rely on trading partners' testing of goods and inspection production facilities are ways that the United States can provide predictability for exporters and investors, improve and simplify regulatory compliance, and reduce duplication of scarce regulatory resources.
  2. Use trade talks to drive adoption of international standards in these priority sectors. Asia-Pacific Economic Cooperation (APEC) has pioneered a successful model in which member economies commit to adopt international standards, agree on the priority areas for doing so, and establish the reporting requirements that hold countries accountable for following through. Trade agreements can establish the structures and incentives necessary to implement this model successfully. According to the 2011 World Trade Organization (WTO) annual report, trade agreements that have adopted this model to reduce regulatory barriers have yielded significant benefits for production networks, increasing trade between member countries by an average of almost 8 percent. New U.S. trade talks, known as the Trans-Pacific Partnership (TPP), provide an excellent opportunity for the new White House working group to implement this model to improve regulatory cooperation in the food, drugs, and biotechnology sectors. U.S. trade officials have already identified improving regulatory coherence as one of their TPP negotiation objectives. Since all the TPP parties are also members of APEC, the reception to this model should be favorable. The model is consistent with U.S. law, since TPP member governments retain their full authority to adopt and enforce standards and regulations.
  3. Increase the ability of U.S. regulators to engage in burden sharing with foreign counterparts. Sharing knowledge and collaborative regulatory decision-making are powerful ways to promote regulatory convergence and better oversight among trading partners in priority sectors such as food, drug, and biotechnology. Congress should grant the FDA and the U.S. Department of Agriculture more authority to share with foreign counterparts inspection reports and proprietary information concerning important public health risks. Modest travel and training support would help developing countries to participate effectively in international standard-setting organizations. Increasing U.S. technical assistance to regulatory cooperation initiatives, such as the African Regulatory Harmonization initiative, would be a low-cost way to expedite the delivery of U.S.-funded medical and agricultural technologies to the poor.
  4. Focus on the regional level. U.S. policymakers should implement these trade and regulatory burden-sharing initiatives regionally. Improvements in shipping and information communication technology have made the world smaller, but proximity still matters. Supply chains are generally regional in nature. Regional institutions are also more promising venues for regulatory cooperation than multilateral institutions, such as the WTO, which require agreement among many more states with diverse economic and regulatory interests. The TPP talks, which include mostly Asian countries, and the Pan American Health Organization are examples of promising regional platforms for regulatory cooperation.

Conclusion

In the era of global supply chains, U.S. trade, regulatory, and development objectives are mutually dependent. Pursuing them as such in the new White House initiative would help U.S. policymakers avoid the race to the bottom on regulation that many public health advocates fear, and increase international adoption of the consistent, predictable, and science-based regulations needed to achieve U.S. trade goals, protect U.S. consumers, and advance the prospects of the poorest countries.

 

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L’art de la guerre : La démocratie impériale

Publié le par Mahi Ahmed

L’art de la guerre : La démocratie impériale

 

Par Manlio Dinucci

Le 19 juin 2012

ilmanifesto.it

 

Le lendemain du jour où le Parlement égyptien a été dissous par la Cour Constitutionnelle, de fait sur ordre du Conseil suprême des forces armées, le Département d’état étasunien est entré en lice, garantissant que le Conseil s’est engagé à transférer le pouvoir, le 1er juillet, au président élu. Washington assure que, pendant toute la « transition à la démocratie » en Egypte, il est resté en contact étroit avec le Conseil militaire suprême. Personne n’en doute : l’administration Obama a décidé il y a trois mois de reprendre le financement des forces armées égyptiennes, suspendu par le Congrès quand certains employés d’organisations non-gouvernementales étasuniennes avaient été arrêtés pour avoir financé en sous-main, avec des millions de dollars, divers groupes égyptiens dans le cadre des « programmes d’entraînement à la démocratie ». Une fois relâchés, Washington a débloqué l’aide militaire de cette année : 1,3 milliards de dollars, déposés sur un compte à signature conjointe, auxquels s’ajoutent 250 millions pour des programmes économiques et politiques en Egypte, plus un autre chiffre important pour des programmes secrets. On a vu le résultat. Fort du soutien de Washington, le Conseil militaire suprême a fait effacer la loi, promulguée en mai au parlement, qui interdisait la candidature d’ex hauts fonctionnaires du régime Moubarak : c’est ainsi qu’a pu se porter candidat aux présidentielles le général Ahmed Chafik, nommé premier ministre par Moubarak peu de temps avant d’être déposé. Et, après avoir fait dissoudre le parlement, le Conseil militaire suprême a promulgué, pendant que les élections se tenaient, une « constitution ad interim » qui renforce ultérieurement ses pouvoirs, en attendant la constitution définitive rédigée par une commission d’une centaine de membres, nommés par le Conseil lui-même. Ainsi, même dans le cas où s’installerait à la présidence le candidat des Frères Musulmans Mohamed Morsi, le pouvoir réel restera dans les mains du Conseil suprême. C’est-à-dire de cette caste militaire financée et armée par les Etats-Unis, qui durant le régime de Moubarak a été la véritable détentrice du pouvoir. Cette même caste que le président Obama a présentée comme garant de la « transition ordonnée et pacifique », quand Moubarak, après avoir été au service des USA pendant plus de trente ans, a été renversé par le soulèvement populaire.

 

 

Tandis qu’ils dénoncent des « violations de la démocratie » en Syrie et en Iran, les Etats-Unis exportent leur « modèle de démocratie » même dans d’autres pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Au Yémen, le président Obama a admis officiellement que des forces militaires étasuniennes mènent des opérations directes. Formellement contre Al Qaeda, en réalité contre la rébellion populaire. Et, par l’intermédiaire de l’Arabie saoudite et de la Grande-Bretagne, Washington arme le régime yéménite, qui recevra des fournitures militaires pour 3,3 milliards de dollars. Washington fait la même chose avec la monarchie du Bahreïn qui, après avoir férocement réprimé (avec l’aide de l’Arabie saoudite, des Emirats et du Qatar) la lutte populaire pour les droits démocratiques fondamentaux, a emprisonné et torturé une vingtaine de médecins, accusés d’avoir aidé les insurgés, en soignant les blessés. Etant donné que le gouvernement du Bahreïn doit « résoudre de graves questions relatives aux droits humains », Washington annonce de nouvelles fournitures d’armes, qui seront utilisées pour réprimer dans le sang la lutte pour la démocratie.

 

Edition de mardi 19 juin 2012 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120619/manip2pg/14/manip2pz/324523/


Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est géographe et journaliste au quotidien italien il manifesto.


 

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Un monde sans l'Occident

Publié le par Mahi Ahmed

Un monde sans l'Occident

 

Fedor Loukianov

© RIA Novosti.

10:25 14/06/2012

"Un monde changeant" par Fedor Loukianov

Le débat traditionnel évoquant la politique étrangère russe se réduit à la discussion sur le vecteur qui dominera – pro-occidental ou antioccidental. Il est temps d'y renoncer, car on ne peut tirer aucune conclusion consistante en prenant de tels appuis. La réalité a changé et le système des coordonnées Occident – non-Occident la reflète de moins en moins.

L'Occident a cessé d'être l'entité politique à laquelle la Russie était habituée. L'espace culturel et historique demeure, mais il changera également au fur et à mesure des changements démographiques aux Etats-Unis et en Europe (l'augmentation de la population issue de cultures non-européennes). Mais l'union politique étroite n'a véritablement existé que pendant la seconde moitié du XXe siècle. Avant cela, les pays occidentaux se sont beaucoup et volontiers fait la guerre, et seulement la victoire sur le nazisme et la menace du communisme ont réussi à rallier les ennemis séculaires – la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, l'Espagne, les Etats-Unis, etc. On estimait que l'union prenait pour base certaines valeurs. Cependant, la nature particulièrement antidémocratique des pays tels que l'Espagne, le Portugal, la Turquie et la Corée du Sud ne les empêchait pas d'être dans le même rang que de véritables démocraties pour parer la "menace rouge." Il convient de noter que Washington et les pays européens avancés ne se sont jamais sentis dans leur assiette en raison de la nécessité de collaborer avec des autocrates et saluaient chaudement les changements dans ces pays dans les années 1970.

Quoi qu'il en soit, l'effondrement de l'URSS a supprimé le principal motif de solidarité pour le monde occidental: la menace existentielle n'existait plus. Et lorsque la première euphorie du triomphe des valeurs occidentales à la fin du XXe siècle est passée, il s'est avéré qu'il restait bien moins d'éléments unificateurs qu'il ne paraissait auparavant.

L'Europe et les Etats-Unis n'ont pas simplement des intérêts différents, ils se retrouvent surtout à des "étages" différents de la politique mondiale. En tant que seule superpuissance, les Etats-Unis sont guidés par la stratégie globale et projettent leur force (sous toutes ses formes) à travers la planète. L'Europe se replie de plus en plus sur elle-même et restreint ses ambitions par le fait de subvenir à ses propres besoins économiques et politiques, c'est-à-dire, s'oriente avant tout vers la région adjacente, les pays voisins. La différence d'horizons stratégiques influe également sur la mentalité politique – le Nouveau Monde continue à compter sur la force traditionnelle, et le Vieux Continent préfère la "puissance douce" (soft power). Par ailleurs, les uns et les autres sont confrontés à de graves problèmes. Les Américains font face à l'efficacité limitée même de la plus grande puissance militaire (c'est-à-dire, l'impossibilité de parvenir à la victoire en Irak ou en Afghanistan), et l'enveloppe d'attractivité de l'Europe (la base de son influence "douce") a été endommagée par la grave crise en UE.

Les deux rives de l'Atlantique font toujours partie de la même alliance et ne cessent de souligner son importance et son indestructibilité, mais en dépit de ces déclarations claironnantes sur l'avenir prospère de l'Otan, il n'existe toujours aucune mission claire unissant solidement l'Europe et les Etats-Unis. Le Moyen-Orient permet encore de compter sur une coïncidence d'intérêts (pour les Etats-Unis c'est une question de domination mondiale, et pour l'Europe c'est une arrière-cour et une station d'essence). Mais la possibilité d'escalade de la confrontation en Extrême-Orient ne suscite aucun enthousiasme auprès des Européens, tandis que c'est la principale arène de la future concurrence globale pour les USA.

De cette manière, la notion d'antan de l'Occident n'existe plus, il y a l'Europe, les Etats-Unis, le Japon, la Turquie, la Corée du Sud, etc., et chacun a ses propres intérêts, et la Russie devrait mener une politique autonome sur chaque axe. Pour les Etats-Unis, ce sont des relations stratégiques, avant tout dans le secteur nucléaire et en termes de sécurité globale. Peu d'économie et l'absence de perspectives de relations étroites, bien qu'il soit possible de coopérer sur des questions concrètes. Pour l'Europe, c'est l'économie, les affaires, un minimum de thèmes en matière de sécurité, mais une perspective d'approfondissement progressif de l'alliance en se basant sur les intérêts commerciaux communs et l'unité culturelle. La Turquie, une puissance régionale émergente, de même que la Russie, qui appartient historiquement à l'Europe, mais qui ne se limite pas à celle-ci, est un carrefour énergétique et un partenaire-concurrent de la Russie dans le "grand jeu" postsoviétique et moyen-oriental. Le Japon et d'autres pays proaméricains d'Asie sont des contrepoids potentiels à l'influence croissante de la Chine et membres du programme de développement de la Sibérie et de l'Extrême-Orient russe. Tout cela ne s'exclut pas mutuellement, mais se complète de manière complexe.

L'Orient ou l'Asie sont également absents dans l'ancienne notion: de synonyme de retard et de sous-développement, or telle était traditionnellement cette notion dans le discours russe, l'Asie s'est transformée en symbole de développement le plus dynamique et prometteur. Les relations de Moscou avec Pékin sont les plus importantes pour les années à venir. Mais il est encore nécessaire d'élaborer leur nouveau modèle, car pour la première fois la Chine est supérieure à la Russie sur la majorité des indices. Et cela oblige la Russie de balancer entre la nécessité de maintenir de très bonnes relations avec la Chine et d'éviter d'en devenir dépendante. D'ailleurs, cela doit être un axe parfaitement autonome de la politique russe, dissocié des relations avec les Etats-Unis. Malheureusement, la Russie est souvent encline à associer l'un à l'autre.

L'attitude envers les pays postsoviétiques comme envers une arène de luttes géopolitiques acharnées pour l'influence est également obsolète. D'une part, les grands acteurs internationaux ont suffisamment de problèmes de taille et ne peuvent pas se permettre le luxe d'accorder une attention particulière aux pays problématiques de l'ex-périphérie soviétique. D'autre part, l'ampleur des risques associés, par exemple, à l'avenir de l'Afghanistan est telle qu'il serait temps de ne pas se battre pour l'influence, mais d'essayer de coordonner les actions autant que possible. Le départ des Etats-Unis en 2014 laissera en Afghanistan un vide sécuritaire, dont on ignore comment le combler. Toutes les tentatives de la Russie pour mettre au point une stratégie régionale dans le cadre de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) ou de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) n'apportent encore aucuns résultats.

La politique internationale contemporaine est un effacement des lignes habituelles idéologiques et géopolitiques, et des relations traditionnelles. Pour la Russie, avec sa géographie transcontinentale et ses intérêts sur tout le périmètre immense des frontières, il est vital de garder les mains libres et la souplesse, qui permet d'interagir avec n'importe qui en fonction des besoins. La politique pro- ou antioccidentale n'est plus nécessaire. Du moins, jusqu'à ce qu'un nouveau système de relations stable ne soit établi dans le monde. Mais on en est loin.

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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L'Union eurasiatique, projet russe concurrent de l'OCS

Publié le par Mahi Ahmed

L'Union eurasiatique, projet russe concurrent de l'OCS

 

L'Organisation de coopération de Shanghai (OCS)

12:26 15/06/2012

Par Alexandre Khramtchikhine, pour RIA Novosti

La création de l'Union eurasiatique est à l'heure actuelle l'objectif prioritaire de la politique étrangère de Moscou, et la Russie devra développer ce projet en tant que principal concurrent de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Telle est le bilan de la tournée asiatique Tachkent-Pékin-Astana du président russe Vladimir Poutine.

Le gaz, quatre vendeurs pour un acheteur

Au milieu des années 2000, la Russie était partisan le plus ardent de l'idée de la transformation de l'OCS en bloc militaro-politique "anti-Otan". Cependant, cette idée n'a pas reçu le soutien des autres membres, la Chine étant le principal adversaire de cette initiative.

Progressivement, la Russie elle-même s'en est désintéressée, d'autant plus que ses relations avec l'Occident se sont nettement améliorées. La composante économique de l'OCS est devenue primordiale sous la forme de divers projets de coopération entre la Chine et les pays d'Asie centrale.

Il est avant tout question des fournitures de pétrole et de gaz à la Chine depuis le Kazakhstan, l'Ouzbékistan et le Turkménistan, ainsi que de la construction de couloirs de transport entre la Chine et l'Europe via l'Asie centrale – en contournant la Russie. La Russie s'est retrouvée complètement exclue de ces projets.

Pékin fournit aux pays d'Asie centrale des préférences économiques et des crédits importants en les transformant en concurrents de la Russie sur le marché des hydrocarbures. La construction active de gazoducs et d'oléoducs partant du Turkménistan, de l'Ouzbékistan et du Kazakhstan vers la Chine à abouti à l'existence sur le marché local de quatre (avec la Russie) vendeurs d'un même produit pour un seul acheteur qui, de cette manière, pouvait dicter ses prix.

Pour les pays de la région les fournitures d'hydrocarbures en Chine ont une importance cruciale. Par exemple, en mars 2012, l'Ouzbékistan a complètement suspendu les fournitures de gaz au Tadjikistan, car il ne pouvait plus approvisionner la Chine dans les volumes nécessaires.

Qui plus est, la Chine suit de près l'évolution de l'Union douanière trilatérales et de l'Espace économique commun entre la Russie, le Kazakhstan et la Biélorussie, ainsi que de l'Union eurasiatique, en voyant dans ces organisations un frein à son influence en Eurasie et des concurrents en Asie centrale.

Beaucoup d'accords signés pour peu de résultats

Le sommet de l'OCS de Pékin n'a donné aucun résultat, en confirmant que la rivalité entre la Russie et la Chine pour le leadership au sein de l'organisation détermine de plus en plus la raison de son existence.

Moscou a bloqué la "Stratégie de développement de l'OSC" proposée par Pékin. Le document élaboré par la Chine était avant tout orienté sur le renforcement de l'intégration économique, ce qui assurait l'accroissement de la suprématie de la Chine.

Il était question de la création de la Banque de l'OCS sise à Pékin présidée par un Chinois, de la création d'un compte spécial OCS et, surtout, d'une zone de libre-échange dans le cadre de l'OCS. La Russie a décliné cette proposition.

Au lieu de cela ont été adoptés "Les principaux axes de la stratégie de développement de l'OCS", qui n'engagent personne à rien. Aucun instrument militaire n'est instauré dans le cadre de ce document, ce qui le rend vide de sens.

Tous les documents adoptés pendant le sommet sont axiomatiques. Ils ne reflètent pas l'unité d'actions ou au moins leur coordination, mais l'unité des points de vue dans les questions évidentes comme la guerre contre le terrorisme, le séparatisme et le trafic de drogues, la "sécurisation de l'information" (c'est-à-dire le contrôle d'internet), ainsi que la lutte contre l'instabilité en Afghanistan et l'ingérence étrangère dans les affaires des pays du Moyen-Orient, avant tout la Syrie et l'Iran.

Par politesse envers Moscou l'organisation s'est prononcée contre le déploiement en Europe du boulier antimissile (ABM) américain, mais l'OCS n'envisage aucune mesure, même diplomatique, pour s'y opposer.

Toutefois, Pékin a une nouvelle fois bloqué l'adhésion à l'OCS de l'Inde en tant que membre à part entière. Cette question a été reportée pour un an, en dépit de l'insistance de Moscou depuis de longues années.

L'offensive de la Chine

Le président Hu Jintao a annoncé à la fin du sommet l'intention de la Chine d'accorder aux pays membres de l'OCS un crédit de 10 milliards de dollars, d'organiser dans les trois prochaines années la formation de 1.500 spécialistes des pays de l'OCS, au cours des 10 années à venir d'accorder 30.000 quotas pour les étudiants des pays de l'OCS et d'inviter 10.000 enseignants pour organiser leur formation permanente et leur recyclage. Cela signifie que Pékin a décidé de mettre en œuvre sa stratégie d'expansion économique et politique en Asie centrale "de sa propre autorité", contrairement à la volonté de Moscou.

Les relations sino-russes bilatérales sont dans une situation identique. Moscou a déjà renoncé à l'idée de former une alliance à part entière avec Pékin, et la Chine n'a aucune intention de proposer une telle alliance à la Russie (durant toute l'histoire postsoviétique les dirigeants chinois ont constamment souligné que les relations avec la Russie n'étaient pas des liens d'alliance, et ne le seraient jamais).

Les relations deviennent très pragmatiques. D'ailleurs, si auparavant la Russie comptait vendre ses hautes technologies à la Chine, désormais elle espère les acheter à Pékin, soit de créer des structures communes pour échanger des technologies.

La coopération énergétique avec la Chine demeure la question cruciale pour la Russie. Moscou compte obtenir des conditions préférentielles pour vendre le pétrole et le gaz, ainsi que des contrats pour la construction en Chine de nouvelles centrales nucléaires (sauf celle de Tianwan). Cependant, Pékin refuse pour l'instant de faire des concessions, et ne semble pas avoir l'intention d'en faire.

De cette manière, la Russie et la Chine continuent à imiter un "partenariat stratégique" et parler de leurs "excellentes" relations "sans précédent". En réalité, les relations sino-russes deviennent de plus en plus sèches, on y perçoit de plus en plus d'éléments de concurrence ouverte.
Avant tout, il s'agit de la compétition pour l'influence en Asie centrale, c'est-à-dire dans la zone d'action de l'OCS.

La concurrence se renforcera inévitablement, car l'expansion de la Chine dans cette région est inéluctable, et l'ingérence de forces extérieures dans l'espace postsoviétique, considéré par Moscou comme la zone de ses propres intérêts exclusifs, est inadmissible pour la Russie.

Une Union eurasiatique avec des frontières raisonnables

Le principal concurrent de l'OCS sera apparemment l'Union eurasiatique, priorité de la politique étrangère de la Russie.

A l'heure actuelle, des formes plus approfondies d'intégration (l'Union douanière et l'Espace économique commun, avec une orientation sur l'Union eurasiatique en perspective) apparaissent dans le format trilatéral Russie-Biélorussie-Kazakhstan. Ces pays forment un bloc territorial, ont un niveau de vie et un développement économique comparable et se caractérisent par la proximité ethno-psychologique des populations.

Au cours de l'intégration ces pays suivent de près le chemin de la construction de l'Union européenne. En Europe on avait également commencé par des formats purement économiques, avant tout – l'union douanière. Les dirigeants des trois pays déclarent régulièrement que l'union est parfaitement volontaire et purement économique.

Malheureusement, il existe un grand risque de tentatives de la part de la Russie de parvenir à l'extension des nouvelles alliances en ignorant l'expérience négative de l'UE. L'adhésion à l'Union européenne pour des raisons purement politiques et idéologiques, mais contraires à la logique économique et au bon sens de pays tels que la Bulgarie et la Roumanie, et de la Grèce et du Portugal dans la zone euro, ont poussé toute la structure au bord du gouffre.

L'adhésion à l'Union douanière du Kirghizstan et du Tadjikistan pourrait avoir le même effet, voire plus dramatique, car ces pays en déroute ont un niveau de vie et de développement économique extrêmement bas, avec de graves problèmes sociaux, ethniques, confessionnels et régionaux. De plus, la situation dans ces pays ne fait que s'aggraver en raison du niveau de corruption très élevé et de l'émigration presque intégrale de la population économiquement active pour travailler en Russie, au Kazakhstan et en Turquie.

Pour ces raisons, leur intégration avec la Russie n'engendrerait que d'importants problèmes et des dépenses sans garanties de rebondir même dans une perspective à long terme. Ces deux pays n'intéressent Moscou qu'en tant qu'avant-poste stratégique contre les talibans lorsque ces derniers reviendront au pouvoir en Afghanistan et lanceront une expansion vers le nord.

Si pendant la formation de l'Union eurasiatique on arrivait à franchir progressivement toutes les étapes nécessaires, sans accélération et expansion inutiles, ce qui ne ferait qu'affaiblir l'organisation en cours de création, au final on pourrait voir naître une alliance très forte et équilibrée.

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

 

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Où va l’Egypte ?

Publié le par Mahi Ahmed

Où va l’Egypte ?

Hocine Belalloufi

Mardi 19 Juin 2012

 

Les forces antidémocratiques du régime de Moubarak emmenées par le Conseil suprême des forces armées (CSFA) ont-elles réussi à mettre un terme au processus révolutionnaire en Egypte ? On pourrait à première vue le penser, vue la facilité avec laquelle elles ont dépouillé la principale force d’opposition – les islamistes en l’occurrence – de leurs victoires. Mais le régime de Moubarak qui subsiste à son champion et qui ne veut pas quitter la scène de l’histoire n’a aucun projet à proposer à un peuple qui aspire désormais à la liberté, au bien-être et à la dignité. Le processus ouvert en février 2011 par la chute du Raïs devrait donc en toute logique se poursuivre. D’importants affrontements politiques sont à prévoir.



 

Le CSFA a réalisé le 16 juin 2012 un coup d’Etat en dissolvant l’Assemblée du peuple à majorité islamiste élue au début de l’année 2012. La haute hiérarchie militaire a adopté des amendements constitutionnels qui soustraient le CSFA à l’autorité du président de la République. Le Conseil suprême nommera lui-même le ministre de la Défense, conservera son autorité sur les forces armées et contrôleront demain la composition de la nouvelle commission chargée d’élaborer la Constitution, en lieu et place de celle qui vient d’être dissoute. Les militaires pourraient tout à fait nommer le futur Premier ministre.

La seule incertitude, à l’heure où ces lignes sont écrites, réside dans l’identité du futur président de la République. La haute hiérarchie imposera-t-elle sa volonté absolue en proclamant vainqueur le général Ahmed Chafik, en dépit des pronostics et des résultats non officiels qui annoncent la victoire de Mohamed Morsy, candidat du Parti de la liberté et de la justice (PLJ), bras politique des Frères musulmans ? On sait que l’ancien général et dernier Premier ministre de Hosni Moubarak concourait à la présidentielle égyptienne en violation d’une loi stipulant que les anciens responsables du régime Moubarak ne pouvaient briguer ce poste. Le CSFA entend-il obtenir ainsi une victoire totale ou cherchera-t-il à ménager les Frères musulmans en leur attribuant un poste, celui de la présidence de la République, désormais purement formel ?

On sera très rapidement fixé sur les intentions des militaires. Leur décision aura des conséquences importantes sur la suite des événements. Une confiscation de tous les pouvoirs – y compris du pouvoir présidentiel – ramènerait l’Egypte à la case départ et pourrait éventuellement provoquer une nouvelle poussée révolutionnaire. L’armée se sent-elle en mesure d’y résister ? Considère-t-elle que les craintes exprimées par de larges secteurs de la population égyptienne (Cooptes, laïcs…) à la perspective d’une arrivée des islamistes aux affaires amortira considérablement une éventuelle révolte de ces derniers ? Telles sont quelques unes des questions qui se posent aujourd’hui. Mais avant d’en arriver là, il convient de s’interroger sur l’actuelle « contre-révolution ».

 

Comment en est-on arrivé là ?

Un peu moins d’une année après la chute de Hosni Moubarak, sous la pression de la mobilisation populaire, le processus révolutionnaire égyptien n’a pas débouché sur l’instauration d’un régime démocratique reposant sur l’expression libre et renouvelée de la souveraineté populaire, le choix d’une nouvelle architecture institutionnelle, la séparation des pouvoirs, le respect total des libertés démocratiques et des droits de l’homme, l’amorce d’une rupture avec les politiques économiques antinationales et antisociales, une révision assumée des relations avec Israël dans le sens des intérêts de l’Egypte et du peuple palestinien spolié…

La récente condamnation de Hosni Moubarak à la prison à vie, alors même que la peine de mort avait été initialement requise à son encontre, et l’acquittement dont ont bénéficié ses deux fils (accusés de corruption) ainsi que d’anciens hauts responsables du régime coupables de la mort de nombreux manifestants réprimés ont symboliquement confirmé que l’Egypte restait gouvernée par le régime Moubarak sans Moubarak.

Les changements institutionnels advenus depuis une année sont restés purement cosmétiques. Ils illustrent les limites du processus révolutionnaire initié au début de l’année 2011. Celui-ci a été suffisamment puissant pour faire tomber le dictateur, mais trop faible pour renverser le régime de dictature. Le pouvoir, incarné par la haute hiérarchie militaire (CSFA), a été contraint de lâcher Moubarak et d’intégrer un certain nombre de libertés et de droits démocratiques, mais il n’a pas cédé sur l’essentiel et a conservé le contrôle de la « transition démocratique » ouverte par la chute du Raïs. Cédant du terrain quand il ne pouvait faire autrement, résistant çà et là, il a patiemment attendu son heure pour confisquer ce qu’il avait concédé et reconquérir le maximum d’attributs. En période d’offensive révolutionnaire des masses, un régime dictatorial peut concéder des libertés démocratiques, faire des concessions au peuple et à l’opposition. Mais s’il conserve la haute-main sur le pouvoir, il peut à tout moment revenir sur toutes ces concessions.

 

Toute révolution est condamnée à aller de l’avant sous peine d’échouer

La révolution, de son côté, n’a pas été suffisamment puissante pour balayer tout le régime. Or, une révolution est condamnée, sous peine de se perdre et d’échouer, à aller toujours de l’avant, en dépit des coups qu’elle reçoit et des reculs qu’elle est momentanément contrainte d’opérer. Elle doit impérativement se renforcer afin de s’emparer du pouvoir réel ou de créer, à tout le moins, une situation de double-pouvoir dont l’enjeu n’est rien moins que de savoir qui exercera sa suprématie sur le processus révolutionnaire.

La question fondamentale de toute révolution démocratique est celle de savoir qui pilote la situation révolutionnaire, c’est-à-dire la période de transition du régime dictatorial au régime démocratique. Sont-ce les forces émergentes, nouvelles, démocratiques ? Ou sont-ce les forces installées, anciennes, non démocratiques voire antidémocratiques ?

Ainsi en est-il de la question centrale de la Constituante. Cette institution fondamentale joue-t-elle un rôle purement formel ou dispose-t-elle réellement du pouvoir constituant ? L’exemple égyptien vient de rappeler que la Constituante peut tout à fait être légitime car élue démocratiquement par le peuple, mais être néanmoins dissoute car ne possédant pas – dans la réalité et non dans les principes abstraits – le pouvoir. Voilà pourquoi les révolutionnaires conséquents qui ont dirigé les révolutions démocratiques au cours de l’histoire ont toujours commencé par imposer un changement de pouvoir en instaurant préalablement des gouvernements révolutionnaires provisoires chargés d’organiser, de superviser et de garantir que les élections soient réellement libres et non pas remises en cause par les forces de l’ancien régime dictatorial. La révolution démocratique qui s’est déroulée au Népal il y a quelques années a préalablement balayé la monarchie divine qui régnait sur ce pays. Elle a instauré un gouvernement révolutionnaire provisoire constitué des forces qui avaient renversé le monarque absolu. L’organisation des élections à l’Assemblée constituante a échu à ce gouvernement. Il s’agit de la seule façon d’empêcher une restauration de la dictature. Le changement de régime doit impérativement être sanctionné par un changement préalable de pouvoir.

La question du pouvoir n’est pas une question formelle, mais une question réelle. C’est la force qui exerce ce pouvoir – celle qui bénéficie du rapport de forces et qui agit pour renforcer et consolider ce rapport de forces – qui décide finalement de l’issue de la lutte. Il n’existe que deux possibilités. Soit les insurgés disposent de l’appui massif, actif et déterminé de la population et de l’appui, même passif, de secteurs décisifs du régime dictatorial qui se désolidarisent du pouvoir et qui l’abandonnent et la révolution est alors assurée de triompher. Soit le pouvoir dictatorial qui revêt la forme d’un pouvoir de transition débarrassé de la figure encombrante de l’ancien dictateur conserve le contrôle du processus et il peut l’arrêter dès qu’il se sent en mesure de le faire car s’il a concédé quelques pouvoirs formels, il a conservé le pouvoir réel (armée, police, justice…). C’est ce qu’a fait le CSFA en Egypte. Il a laissé les islamistes vainqueurs des élections législatives rédiger un projet de constitution dans le cadre du parlement. De même pourrait-il éventuellement leur abandonner un poste présidentiel qu’il vient de dépouiller de toute réelle prérogative. Mais il a jusqu’à ce jour veillé à conserver le pouvoir réel comme vient de le démontrer le coup d’Etat qu’il a réalisé.

 

Faiblesses politiques des directions politiques

Les islamistes égyptiens qui avaient pris le train de la révolution en marche espéraient ainsi conquérir le pouvoir sans suer, sans se donner la moindre peine et sans subir de pertes significatives. Il y avait quelque chose d’immoral à voir triompher des islamistes qui n’avaient pas joué de rôle significatif dans le processus révolutionnaire et qui n’avaient pas pris de risques. Les militaires viennent de les rappeler au principe de réalité. Le pouvoir ne se concède pas, ne s’octroie pas, il se conquiert. Les forces qui ambitionnent de le prendre doivent être prêtes à en payer le prix. Si les islamistes égyptiens, comme les autres forces politiques du pays, veulent le pouvoir, qu’ils agissent et se lancent à sa conquête.

Ceux qui lancèrent le processus révolutionnaire (les jeunes, les travailleurs, les chômeurs…) avaient pour leur part de grandes carences qui les empêchèrent d’aller plus loin que le renversement du dictateur. Carences organisationnelles qui leur interdirent de concurrencer les islamistes aux élections et, surtout, de mobiliser les forces populaires au cours du processus révolutionnaire. Carences politiques qui les empêchèrent de présenter une alternative crédible, c’est-à-dire unifiée et réaliste, au peuple égyptien. Carences stratégiques sur la façon de triompher au cours du processus ouvert par la chute de Moubarak.

Ces carences subjectives se greffèrent sur une faiblesse objective qu’elles vinrent démultiplier : celle du processus révolutionnaire lui-même. Déclenché par la jeunesse, instruite en particulier, le processus révolutionnaire a touché, mais insuffisamment, la classe ouvrière, les chômeurs et la paysannerie pauvre. Le processus d’auto-organisation des différentes catégories populaires a été très faible. Des dizaines de milliers voire des centaines de milliers de personnes se sont mobilisées à place Et Tahrir et ailleurs en Egypte. Ils ont courageusement affronté les forces de répression (police, baltaguias…) qui les attaquaient. Mais elles se sont insuffisamment organisées autour de leurs propres revendications, économiques et sociales en particulier, qui sont seules susceptibles de soulever la majorité des couches défavorisées.

Or, la victoire des révolutions démocratiques n’est possible que lorsque se combinent des revendications politiques (libertés, changement de régime…), mais aussi économiques et sociales (amélioration des conditions de vie et de travail de la majorité la plus laborieuse (ouvriers, paysans, chômeurs…) et nationales (non soumission aux grandes puissances…). La combinaison de ces différentes revendications favorise une mobilisation en profondeur de ces couches sociales dont le rôle s’avère décisif au cours des affrontements politiques qui marquent le processus révolutionnaire. Elle facilite la convergence de ces différentes forces sociales qui seule permet de balayer les forces antidémocratiques qui refusent que le peuple devienne le seul et unique souverain du pays.

Ce sont là quelques unes des principales faiblesses et limites de l’actuelle révolution égyptienne. La théorie retardant toujours sur la pratique, ce n’est que maintenant, à la faveur des échecs subis, que les forces politiques égyptiennes et les nouvelles générations venues récemment à la vie politique pourront objectivement tirer des enseignements du processus initié en janvier-février 2011.

L’une des forces principales des révolutions réside dans leur capacité à s’autocritiquer pour avancer. Faire le bilan de la révolution tout en la faisant pour mieux repartir constitue une tâche importante. Le pouvoir militaire vient sans doute de remporter une manche importante dans le processus révolutionnaire. Mais la partie est loin d’être jouée. Elle durera encore de nombreux mois voire de nombreuses années car le régime Moubarak est historiquement en fin de course. Il ne tombera pas tout seul, mais il n’arrivera ni à se régénérer ni à se réformer pour préparer la voie à un régime reposant sur l’expression libre de la souveraineté populaire. En Egypte, la lutte continue plus que jamais.

http://www.lanation.info

 

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TUNISIE : L’économie nationale en pleine tourmente-politique

Publié le par Mahi Ahmed


 

TUNISIE : Dossier : L’économie nationale en pleine tourmente-politique

 

 

Quand on ménage le chou et la chèvre

Aujourd’hui à plus d’un an et demi du déclenchement de la Révolution, la conjoncture économique nationale n’arrive pas encore à quitter la poudrière volcanique dans laquelle on l’a précipité. Les conflits politiques et les tensions sociales continuent de reléguer le volet économique au second plan, alors que celui-ci fut l’étincelle qui a détonné le brasier et ravagé la dictature et ses despotes.


Malgré des signes de reprise annoncés par le gouvernement, les indicateurs de base de l’économie nationale et le baromètre économique attestent du contraire pour retomber de nouveau dans un pessimisme exacerbant. Entre guerre des chiffres, dégradation de la note souveraine du pays, la révision à la baisse de la notation de cinq banques de la place, le manque de liquidité bancaire, la poursuite des tensions inflationnistes, l’explosion du chômage et pour clore ce sombre tableau nous revenons aux turbulences nous ne pouvons passer sous silence les jours d’enfer des événements survenus la semaine dernière et leurs éventuels fâcheux contrecoups sur la rétrospective économique d’ici, la fin de l’année en cours. Entre temps, le gouvernement laisse apparaître son inefficacité à « ménager la chèvre et le chou » et accuse quelques forces perturbatrices de leur mettre les bâtons dans les roues. Comment peut-on sortir de ce bourbier et sauver l’économie nationale ?

Nous donnons la parole aux économistes et aux financiers pour donner leurs avis et enrichir la réflexion autour des moyens à même de surpasser la zone de turbulence.

Par Yosr GUERFEL AKKARI 

 

 

Questions à Mohamed Haddar, Président de l’ASECTU

Le triptyque : Efficacité ; Attractivité ; Solidarité

 

« La Tunisie a besoin d’un leadership politique " visionnaire " et d'une administration efficace pour organiser l’économie et motiver le peuple. » 

Economia : Comment évaluez-vous la situation économique du pays. Est-on vraiment sorti de la zone de turbulences comme le laisse entendre le gouvernement provisoire ?

Mohamed Haddar : Le 14 janvier, les Tunisiens réclamaient la dignité et la liberté. Quinze mois après la révolution, ces deux revendications demeurent les plus grands défis du pays avec un climat social tendu. Le chômage, principalement celui des jeunes diplômés et des régions intérieures est au cœur des problèmes sociaux, économiques et politiques.

D’environ 500 mille en 2010, dont 157 mille diplômés du supérieur, le nombre de chômeurs est passé, selon les dernières estimations de l’INS à 710 mille dont 221 mille diplômés durant le premier trimestre 2012. Le taux de chômage est passé de 13% à 18%. Les demandes additionnelles d’emploi resteront pressantes durant la période 2012-2016 autour de 80 mille par an. Les sortants de l’Enseignement supérieur qui sont passés de 4 mille diplômés en 1987 à 21 mille en 1999-2000 seront au nombre d’environ 70 mille diplômés en moyenne par an. L’insertion de ces diplômés constituera le défi majeur des dix prochaines années.

Faire face au problème du chômage, en cette période de transition, n’est pas de tout repos. Les attentes sont énormes et les marges des politiques publiques pour relancer l’économie ; développer les régions et baisser la tension sur le marché du travail sont réduites.

Selon l’INS, le taux de croissance du PIB (à prix constant) a atteint les 4,8% au terme du premier trimestre de l’année 2012. La guerre des chiffres et le maquillage des statistiques sont-ils de retour ?

Le régime de Ben Ali a tellement mystifié la réalité à coup de manipulations douteuses et de censure institutionnalisée de certaines statistiques publiques, qu’il a fini par croire en ses propres mensonges.

Dans la vie économique et politique post révolution, aucune argumentation n'est concevable sans avancer des chiffres fiables et bien perçus par les citoyens. La légitimité du pouvoir en place est tirée à partir des statistiques électorales non remises en question. La perception du développement économique, le succès des politiques sociales sont résumés à travers des données fiables. De nos jours il est très difficile, voire impossible de concevoir et justifier les politiques économiques sans se baser sur des statistiques transparentes et crédibles. Ainsi, la statistique est un ingrédient indispensable pour prendre les bonnes décisions afin de répondre aux grandes questions économiques que se posent les Tunisiens. Nous avons pensé que le gouvernement en place donne un signal fort pour rompre avec le passé et fera l’effort nécessaire pour concrétiser l’indépendance de l’INS afin de réconcilier la population avec les données statistiques. Le "remerciement" de l’ancien Directeur général de cet institut ne concrétise pas cette démarche et on retombe dans le doute surtout que certains responsables ne maîtrisant pas ces questions avancent des chiffres très divergents et parfois contradictoires. Le taux de 4,8%, en glissement annuel, avancé alimente davantage la confusion. En glissement trimestriel, il est de 1,2%.

La dégradation de la note souveraine de la Tunisie a fait couler beaucoup d’encre. Qu’en pensez-vous ? Quels sont ses impacts directs, indirects ou croisés sur l’économie nationale?

Effectivement, cette dégradation de la note souveraine de la Tunisie a alimenté un grand débat très contradictoire. Le gouvernement minimise l’impact de cette dégradation ; met en doute la crédibilité de l’agence ; accuse certains "tunisiens" qui ont livré de fausses informations et enfin, montre du doigt un bouc émissaire à savoir la banque centrale avec sa la politique monétaire comme la cause principale de cette situation. Nous retrouvons la thèse du complot. Par contre l’opposition crie à l’échec du gouvernement et appelle à sa démission. Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut tout d’abord analyser la question loin des polémiques politiques et politiciennes. Standard and Poor’s (S&P) est l’une des trois plus grandes agences de notation. Son travail consiste à évaluer la capacité d’une banque, d’une entreprise ou d’un Etat à rembourser ses dettes. Pour un Etat donné, cette évaluation est basée sur cinq scores : politique ; économique avec les données passées et actuelles mais surtout avec les perspectives de croissance ; la position extérieure du pays ; la flexibilité de la politique budgétaire et enfin la flexibilité de la politique monétaire. Cette évaluation est un élément important dans la prise de décisions des investisseurs. Pour le Tunisien cette note a été attendue. Le gouvernement tunisien n’aurait pas dû entrer dans des débats stériles. Son devoir est de prendre cette évaluation comme un signal fort pour réviser ses politiques. Pour les Tunisiens la question n’est pas de polémiquer sur cette dégradation de deux crans. Il fallait plutôt tirer les conséquences d’une telle décision. Bien scrutée par les investisseurs étrangers, son impact dépasse de loin le coût du crédit. La tâche dans ce cas, est de rétablir rapidement la confiance en donnant des signaux forts aux citoyens et aux investisseurs. Cela permettrait de faire redémarrer une machine économique en panne mais aussi mettre en place un programme ambitieux qui assure au peuple tunisien de demain, à la fois, la prospérité et la solidarité.

Le plan social et économique présenté par le Gouvernement parviendra-t-il à tempérer les tensions économiques et sociales ? 

Répondre à des besoins sociaux urgents et créer un climat de confiance avec les citoyens et les investisseurs sont les priorités. Cela implique une culture de la vérité et de la sincérité. Quand on demande aux citoyens des sacrifices, il faut que les dirigeants et l’Administration donnent l’exemple. Des responsables dont le discours est confus ne peuvent être crédibles. Les citoyens ont besoin de dirigeants "modèles" capables de démontrer leur compétence ; leur sincérité ; leur amour pour la nation et leurs capacités à aller au bout d’objectifs clairement annoncés pour l’intérêt de l’ensemble des citoyens.

Comment envisagez-vous l’avenir économique du pays à moyen terme. Et qu’en est-il du rôle de l’indépendance des organes de contrôle dont la BCT et le CMF dans l’ancrage de la démocratie économique ?

En 25-30 ans (Tunisie 2040), notre pays peut accéder au stade de pays développés. Ce rêve est possible. Certains pays, comme la Malaisie ou Singapour l’ont réalisé. La Tunisie, par l’intelligence de son peuple, principalement sa jeunesse éduquée et ambitieuse peut le faire. Il faut y croire. Il faut aussi une volonté politique ferme pour accompagner ce rêve. Pour cela, il faut des institutions et des réformes structurelles adéquates qui permettent d’accroître substantiellement le revenu par habitant ; de maîtriser le chômage ; de réduire les inégalités, la pauvreté et la marginalisation, grâce à une croissance soutenue à forte valeur ajoutée, résultat d’une hausse substantielle et de la dynamisation de l’investissement privé national ; l’accroissement de l’investissement direct étranger (IDE) avec des transferts de capitaux, de technologies, de connaissances et de savoir-faire permettent l’acquisition d’avantages construits à forte dose technologique et l'amélioration de la productivité.

Pour cela, la Tunisie a besoin d’un leadership politique " visionnaire " et d'une administration efficace pour organiser l’économie et motiver le peuple. Elle a besoin d’une vision consensuelle sur l'objectif du développement qui indique un idéal à atteindre à long terme et qui donne une visibilité claire du futur souhaité et possible pour ses enfants. Cette vision exprime d’abord et avant tout, les désirs et les attentes partagés des Tunisiens à l’égard du développement futur à long terme du pays. Avec un tel horizon, le pays doit à la fois anticiper en élaborant des scénarios exploratoires et agir en formulant des stratégies et des programmes pour un futur pressenti et voulu, par opposition à un futur incertain qui serait laissé au gré des événements ou à un futur composé de la simple extrapolation du présent. C’est la première étape dans l’expression du changement souhaité en donnant une direction au développement économique et social.

Mon sentiment profond est que les difficultés actuelles nous offrent une opportunité unique pour que notre pays soit prospère et solidaire. La prospérité future du pays repose, en grande partie, sur le doublement de l’investissement des entreprises et un secteur privé dynamique et innovant, capable de relever les défis, pour qu’il puisse répondre à cet enjeu de création d’entreprises, de richesses et d’emplois. Elle repose aussi sur le rôle stratégique que doit jouer l’Etat. Ainsi, les deux grandes composantes d’un développement durable sont l’efficacité économique et l’équité sociale. Pour que la Tunisie soit prospère et solidaire, il faut construire un pays compétitif, attractif et solidaire où la technologie, l’innovation et la créativité assureront un nouveau dynamisme.

Propos Recueillis par Y.G.A

 

 

Moez Laâbidi, universitaire et membre du Conseil d’Administration de la BCT.

« Le secteur bancaire connaît des problèmes de créances douteuses et un déficit de gouvernance »

Propos recueillis par Zied DABBAR

 

La situation économique du pays est de plus en plus préoccupante. Le rôle du secteur bancaire est assez important dans la relance économique. Toutefois, l’engagement du secteur bancaire demeure en deçà des attentes. Ci-dessous explication de Moez Laâbidi, universitaire et membre du Conseil d’Administration de la BCT.

 

Economia : on a remis en question la fiabilité des agences de notations suite à la dernière dégradation de la note de la Tunisie. Qu’en dites-vous ?

Moez Labidi : les agences de notation sont sollicitées par les gouvernements pour évaluer les risques d’un pays. Le recours aux agences de notation s’explique par le fait qu’il faut au moins avoir deux notations pour permettre à un pays de recourir au marché international pour s’emprunter. Traditionnellement, la dégradation de la note de la Tunisie signifie l’augmentation de l’intérêt des prêts. Cette dégradation pourrait également affecter les investissements directs étrangers. Cet effet, s’explique par l’augmentation des coûts de prime d’assurances pour les garanties de risques qui vont augmenter dans un pays risqué. Il y a aussi des effets sur le marché. Les obligations anciennes, de la Tunisie ont été achetées dans un niveau d’ « investement grade ». Ces obligations pourraient être vendues à cause de cette dégradation. Grosso modo, le risque n’est pas trop important puisque la dette du marché représente aux alentours de 20% de la dette du pays. Mais le pouvoir de négociation à l’échelle internationale pourrait s’affaiblir, en négociant des nouveaux crédits.

La Tunisie va solliciter des fonds sous garantie américaine. Serait-ce nuisible à l’économie du pays?

Non, je ne le pense pas. Le passage par l’intermédiaire d’une grande puissance économique dont la réputation est bonne sur le marché international n’est pas un danger. Concernant les raisons de la dégradation, plusieurs pensent que la dégradation est due à la crise de la zone euro qui a affecté la Tunisie. Je ne pense pas que cet argument est vrai. Car la dégradation est due à la crise européenne, le Maroc serait aussi concerné et il aurait subi une dégradation de sa note, ce qui n’est pas le cas. Il y a aussi ceux qui pensent que c’est le rendement du secteur bancaire qui a causé cette dégradation. A cet égard, je tiens à préciser que le secteur bancaire n’a pas un rôle déterminant dans cela, mais il a parallèlement un rôle important. Car, tout simplement si le secteur bancaire était la cause principale de la dégradation, d’autres pays qui possèdent un secteur bancaire plus développé que le notre, l’Egypte en l’occurrence, aurait une note plus meilleure que la Tunisie. Or, ce qui n’est pas le cas, car la note de l’Egypte est B et celle de la Tunisie est BB.

Or, cela ne vaudrait pas dire aussi que le secteur bancaire n’a pas besoin de réforme. Le secteur bancaire connaît des problèmes de créances douteuses et un déficit de gouvernance. La majorité de ces problèmes existent en fait au niveau des banques publiques.

Quelles sont les réformes à engager dans le secteur bancaire ?

Actuellement le secteur bancaire connaît quatre problèmes. Il s’agit en premier lieu d’un déficit de gouvernance hérité des années passées. Le deuxième problème concerne les créances douteuses entre autres les crédits non performants. Le retard dans la règlementation prudentielle. On n’a pas encore achevé la mise en place des normes du projet Balle II. Le quatrième problème touche à la taille des banques de la place. En fait le secteur bancaire en Tunisie est constitué des petites banques. La banque tunisienne n’a pas atteint la taille critique d’une banque performante. Et qui dit petite banque dit toujours l’augmentation des coûts des opérations bancaires. La Tunisie n’a pas encore un champion national ni régional ce qui empêche souvent de financer des grands projets dont le potentiel est énorme chez les pays voisins à l’instar de la Libye. Par conséquent, les banques ne pourraient pas investir dans des nouveaux systèmes d’informations lourds pour mieux gérer les risques. Les banquiers perdent de plus en plus leurs vocations de preneurs de risques avec les investisseurs. Ils commencent à accorder des crédits sur la base d’une garantie. Grosso modo, la réforme du secteur bancaire est un grand chantier. Je dirais bien aussi que cette réforme réside surtout dans l’instauration de la bonne gouvernance.

L’Etat pourrait-il prendre l’initiative et fonder un champion régional ?

Ce sont les banques qui ont déjà une taille respectable qui devraient avancer pour assainir leur bilan et appliquer les règles de bonne gouvernance. A cet égard, il convient de rappeler que la fusion de quelques banques privées est souhaitable, alors qu’elle devient un projet très difficile à réaliser au niveau des banques étatiques

 

Source : Le Temps du 19.06.12

Publié dans TUNISIE Spécial

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La révolution selon Qatar

Publié le par Mahi Ahmed

 

A l’endroit des choses De Che Guevara au Cheikh Dabbara !

 

La révolution selon Qatar



• La stratégie de mise en route des « printemps arabes » dévoile peu à peu ses intentions prophylactiques

Il y a 50 ans, un bel homme, porteur de valeurs universelles et armé de convictions révolutionnaires, sillonnait les pampas, pataugeait dans les mangroves, traversait les fleuves et les rapides, se frayait un chemin dans la jungle tropicale pour annoncer aux damnés de la terre des temps nouveaux, le temps du partage, le temps de l’espoir et d’une nouvelle espérance.

Che Guevara a délaissé les prestiges illusoires et le confort des fauteuils ministériels. Il voulait participer à changer le monde, à transformer les conditions de vie de millions de peones et de montoneras, de « ceux d’en bas ». Il se battait pour la généralisation de l’enseignement et de l’accès à la santé et pour l’égalité des chances; il savait la nécessité de révolutionner les structures de la propriété pour accéder à un Nouvel Age des relations humaines. Pour le Che l’accès au pouvoir n’avait de sens et d’intérêt que pour concrétiser et réaliser les changements et les attentes des mostadhafin. Cette étoile filante illumine toujours l’horizon des révolutionnaires humanistes, des « sous-commandants Marcos » aux « indignés de Hessel ».

Sous d’autres cieux, dans d’autres lieux, les révolutions préventives ont succédé aux guerres préventives! Sous d’autres cieux, dans d’autres lieux, d’autres hommes, avec d’autres instruments, virevoltent pour mieux faire volte-face devant les attentes et les espoirs de leur peuple.

En Tunisie, un « sous-émir » survole les dunes de sable et les puits de naft, surfe aussi bien sur les neiges de Davos et de l’idéologie de dieu-le-marché que sur les pistes de neiges éternelles et garanties halal de Dubaï, ripaille dans les restaurants subaquatiques de Palm-Island, se purifie dans les étages supérieurs des gratte-ciels cruciformes, aux Mecca-Cola et Zemzem-Cola ! Notre « sous-émir »- Radhia al Qatar Wa Radhiate Al Jazeera ‘Anhe - s’est érigé en Commandant en chef, laïc et religieux, à la mosquée comme en ville, de « la révolution tunisienne » ! Il a nominé les trois têtes du nouveau pouvoir en Tunisie. Il a maçonné un Gouvernement à la « gomme arabique » où les employés d’Al Jazeera tutoient les adeptes de l’Emir du Qatar et côtoient les ahuris de l’OCDE et du libre-échange ! Il distribue les Certificats de faiseurs de révolution ! Aujourd’hui, comme gage de servitude politique ? Demain, comme gage de servitude et de suivisme géostratégique et d’allégeance religieuse sectaire?

Cuba était le bras romantique et solidaire - avec ses médecins, ses enseignants et autres conseillers en planification - du projet de diffusion du socialisme et de l’hégémonisme soviétique dans les Caraïbes – région assimilée, dès le milieu du XIX° siècle, à une « Méditerranée américaine ». Le Qatar serait-il le nouveau passeur en niquab d’une doctrine Monroë-Bush élargie aux « Caraïbes arabes »?

Huit mois après l’élection de l’Assemblée Nationale Constituante et plus de six mois après la mise en place d’un gouvernement pourtant légitime, un an et demi après la fuite du Président Ben Ali, rien ni personne ne parvient fermement à susciter la confiance ou à rassurer les Tunisiens. Au contraire semble-t-il ! Plus l’on s’éloigne du 14 janvier, plus le doute s’installe, plus l’espoir s’étiole, plus la solidarité retrouvée se disloque et plus l’enthousiasme se sublime en méfiance et en colère ou en résignation et sentiment d’impuissance ! Plus redoutable, une forme de nostalgie morbide pointe son dard.

L’espoir suscité par le déroulement des élections et l’entrée en scène des nouvelles Institutions et Autorités, légales et légitimes, ont très vite laissé le champ libre au désenchantement.

La brèche ouverte par la révolte des mois de décembre 2010 et janvier 2011 semble condamnée à se refermer ? Le potentiel révolutionnaire de cette révolte est en train d’être méthodiquement laminé et circonscrit? La stratégie de mise en route des « printemps arabes » dévoile peu à peu ses intentions prophylactiques ?

L’Assemblée Nationale Constitutionnelle doit se rebiffer ! 

Une très large partie des membres de l’ANC a été élue sur des listes partisanes et sur des promesses mirobolantes et fallacieuses. L’ANC commence à peine à sortir de ses cafouillages et de ses tergiversations. Sa première erreur a été sa structuration explicite en groupes - « majorité », « opposition » et « Infréquentables » ! Alors que sa mission lui imposait de dépasser les appartenances partisanes et de rechercher le consensus le plus large et l’exemplarité la plus implacable. Sa deuxième erreur fut la désignation d’un gouvernement pléthorique qui s’avère jour après jour incohérent, incompétent et incapable de susciter la confiance. Sa troisième erreur a failli lui coûter sa crédibilité, voire sa légitimité ! C’est la péripétie tragique des « honoraires » des députés. Cette revendication méprisable et répugnante nous en dit long sur l’état d’esprit qui règne sur nombre de ceux qui ont eu l’honneur d’être choisis par le peuple pour diriger ce qui doit être et rester une épopée nationale. Cette péripétie a eu le mérite, grâce à la liberté et la transparence, quand même, arrachées et préservées, d’accélérer le travail de nos députés pour faire oublier un forfait moral et symbolique.

L’ANC devra prendre de nouvelles initiatives pour regagner complètement sa crédibilité. Elle devra évaluer de manière responsable, à l’aune de son vécu et de sa connaissance de notre pays, nos capacités politiques et culturelles à vivre sous un régime parlementariste pur. L’histoire nous enseigne que même les régimes parlementaires savent dévier vers la dictature ! Elle doit également se pencher en dehors des appartenances partisanes sur le rendement et la pertinence du travail du Gouvernement. Elle doit se prononcer sur la légitimité de certaines décisions de ce Gouvernement. En particulier, l’accord signé il y quelques jours avec l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE).

Peut-être que les membres de l’ANC devraient se soustraire à toute forme d’allégeance. Les membres de l’ANC, affiliés à un courant politique ou à un particularisme social pourraient annoncer collectivement et simultanément leur rupture symbolique avec leur partis. Ils endosseront ainsi les couleurs nationales et assumeront enfin le rôle de « représentant du peuple ou de la Nation ». Ils signifieront par cet acte que c’est désormais la recherche de l’intérêt général qui primera sur toute autre considération.

Une action gouvernementale hors-sujet!

Le Gouvernement légitime devait diriger une véritable phase de transition démocratique. Son action devait être non partisane. Il devait rechercher le consensus et l’adhésion des forces du changement. Le Gouvernement de transition devait se contenter de gérer les affaires courantes et surtout d’entamer vigoureusement le processus de destitution des hommes et femmes de l’ancien régime et de dissolution des centres de pouvoir encore dominés par l’esprit du RCD. Ce Gouvernement légitime devait prendre les décisions politiques les plus cruciales, les plus impopulaires auprès des rhinocéros du RCD, les plus dangereuses pour la stabilité du pays mais qui constituent le véritable catalyseur de confiance et d’assurance pour tous ceux qui ont milité pour sortir du totalitarisme. Ce Gouvernement devait lancer un audit généralisé et exhaustif relatif à la situation de toutes les institutions de l’Etat, des différentes administrations, des collectivités locales, des entreprises publiques, des entreprises mises sous tutelle judiciaire, des procédures et conditions des privatisations réalisées sous l’ancien régime. Il devait lancer un audit précis sur la fortune nationale et sur la situation réelle, quantitative et surtout qualitative de notre pays concernant des domaines stratégiques (Santé, Education, Economie informelle, Fiscalité, Transports, Environnement, Tourisme, Sous-sols, Industries, Structures agricoles, Circuits de distribution, Structure des importations, etc.). Il devait lancer une évaluation critique et objective des politiques économiques suivies depuis 1956. Ce Gouvernement devait avoir le courage politique de déblayer le terrain et assainir la longue et difficile route du développement de notre pays. Il devait travailler avec abnégation et avec un mépris affiché pour toute arrière-pensée électoraliste. Il devait se comporter simplement en Gouvernement Révolutionnaire, un gouvernement habité par une éthique susceptible de le rendre apte à étendre sa responsabilité politique vers l’avenir. Sans se soucier de son propre avenir. Il a fait tout le contraire !

Il a, presque naturellement, pris le relais du gouvernement de Ben Ali, avec sa logique et son modèle de croissance, qui a clairement échoué et qu’une grande partie de la population a honni et finalement rejeté.

Devant les représentants du peuple, le Premier ministre, peu inspiré, a enfilé le style et la tonalité de l’ancien Président. Insipide, sans ordre de priorité, sans lignes directrices, sans vision, il a choisi d’ânonner un programme dense en vœux pieux ! Ce discours dévoila toutefois les velléités du gouvernement d’outrepasser son mandat et sa mission précise, diriger une phase de transition démocratique. Cette mission assignée autorisait le Gouvernement à gérer les affaires courantes et à traiter les urgences. Elle l’enjoint de mettre de l’ordre dans la « maison commune », c’est-à-dire, restaurer, réhabiliter, réordonner, ré-agencer, redéployer et rationaliser tout ce qui peut l’être, moyens humains, matériels et financiers, au niveau de toutes les structures et institutions qui dépendent de l’Etat. Opération « tartib el beite » concomitante à un audit général et exhaustif, préalable à tout engagement programmatique qui est de la compétence d’un gouvernement non transitoire. Cette « opération tartib el beite » aurait régénéré ou préservé l’enthousiasme, les élans de solidarité, la cohésion et la fraternité vécus les semaines qui ont suivi le 14 janvier 2011 et que nous avons ressentis à nouveau possibles lors des élections du 23 octobre 2011. Une telle opération nécessite et légitime une mobilisation générale réelle, à portée symbolique. Elle aurait généré de vastes chantiers-hadhaers, qui auraient inséré les jeunes, diplômés en particulier, dans des actions positives, utiles et à hautes valeurs ajoutées collectives et individuelles. Nous serions entrés en cogitation, en confiance, en patience et en révolution !

Redoutable déception ! 

Après l’inaction et la léthargie des premiers mois, on assiste aujourd’hui à l’agitation des somnambules ! Cette première période a été, toutefois, marquée sur le plan des relations extérieures par l’accueil des « amis de la Syrie » et des Chalabi Syriens. Ce qui signale un alignement inquiétant de la nouvelle diplomatie tunisienne sur les positions décidées par certains Emirs du Golfe arabo-persique. Sur le plan intérieur, cette même période nous a donné à voir un ministre de l’intérieur vigoureux et répressif face à des manifestants pacifiques et tolérants ; souple, républicain et démocrate face à des groupuscules religieux porteurs des germes de destruction de notre cohésion religieuse façonnée par des traditions et des pratiques séculaires. Alors qu’une réaction consensuelle mais vigoureuse, aujourd’hui plutôt que demain, doit être pensée, organisée et mise en œuvre pour contenir ces groupuscules salafistes, arrivés à maturité après avoir été cultivés dans les serres londoniennes et irrigués aux pétrodollars. Cet étrange pullulement de salafistes coïncide avec la montée en puissance, sans cesse annoncée par certains medias, d’AlQAIDA AU MAGHREB ! Ces niches de la radicalisation islamiste ont été insérées dans notre tissu social, contrairement aux allégations de l’actuel Premier ministre ou de celles de son mentor. Ce sont des Tunisiens ! Mais des Tunisiens qui ont été aspirés vers des foyers du chaos utile, ensuite engraissés, endoctrinés et manipulés par des étrangers ! Ben Laden, élevé dans les mêmes conditions, a joué le rôle de repoussoir externe, destiné aux non musulmans. Il a achevé « sa mission », l’islamophobie règne désormais en Occident ! Tel un navire amiral en fin de vie, il a été océanisé en plein milieu du printemps arabe ! Les salafistes et l’AQMI vont-ils jouer le rôle, cette fois-ci, de repoussoir interne destiné aux musulmans afin d’accélérer la pacification du monde musulman et la sécularisation à pas forcés des enseignements et des dogmes du Coran ? Le défi salafiste pose des questions radicalement différentes des enjeux sécuritaires ou de respect des libertés individuelles. Ce défi salafiste doit pousser les islamistes patriotes et démocrates à renoncer à leurs prétentions de monopoliser l’islam à des fins de pouvoir ou des fins utilitaristes. Ce défi doit les aider et nous pousser tous, à prendre conscience qu’il nous incombe à tous d’imaginer des concepts, des théories, des stratégies d’Ijtihad, d’interprétation et de légitimation dont la finalité première est de protéger l’islam et de préserver ses dogmes des aléas et des vicissitudes de la quotidienneté politique. N’oublions jamais que certains monothéistes considèrent toujours l’Islam comme une hérésie ! Alors de grâce, Mesdames et Messieurs des tendances islamistes, l’humilité, le renoncement à la monopolisation et l’utilisation intéressée de notre religion commune doit être un principe politique affirmé et appliqué ; non un fond de teint ou un discours d’hypocrites destinés à la communication et la séduction où la fetwa du daha assiassi (machiavélisme islamisé) légitime tout et son contraire. (Note 1)

L’agitation des somnambules 

Le Gouvernement a été pris au piège des promesses électorales des partis qui ont choisi de s’organiser en « majorité ». La légèreté des candidats s’est muée en boulets pour les ministres du « meilleur gouvernement depuis 1956 » ! Mais l’incompétence de beaucoup d’entre eux aussi. L’immobilisme de la première période dont a été rendue coupable la télévision nationale s’est transmuée en parties de brassage de vent bien relayées par la télévision nationale! Finalement, les sit-in et les menaces mesquines publiques contre la télévision nationale ont été efficaces - efficacité inquiétante car elle révèle une faiblesse, compréhensible pour un temps, professionnelle et intellectuelle de la corporation des journalistes des médias publics ! Les « messes du 20h » ouvrent désormais avec un récitatif élogieux des activités des membres du gouvernement. Des déplacements et réunions pour annoncer des centaines de projets, jaunis, d’investissements lancés comme des fleurs fanées sur une population affamée par les promesses électorales, le manque d’emplois adéquats et surtout le manque de confiance !

La plupart de ces projets d’investissements consistent en réalisation de zones industrielles ! Pour quels projets ? Quelle est la logique qui a défini la nature et la qualité de ces projets ? Selon quelle stratégie de développement ? Allez savoir ! La consultation du site du Ministère du développement régional et de la planification donne quelques indications. Dans sa rubrique « les fondements du développement économique » on peut lire que l’économie tunisienne est une économie de marché. Plus loin et je cite, « l’économie tunisienne est une économie extravertie » ! Tout jeune étudiant en économie sait que ce terme « économie extravertie » est un terme péjoratif et que les stratégies de développement de ce type, quand elles n’ont pas progressivement évolué vers un modèle autocentré, ont lamentablement échoué. C’est le cas de la Tunisie qui n’a pas repensé son développement depuis le tournant libéral des années 1970 et l’adoption de la fameuse loi d’ « avril 72 ». Le Ministre actuel du développement ne semble pas faire la différence entre croissance économique et développement. Il ne semble pas se douter non plus que la Tunisie a été le pays africain et arabe pionnier en matière de planification et d’anticipations rationnelles. Autrement, il n’aurait pas été si fier d’inviter un expert américain2 en croissance endogène pour nous apprendre qu’il faut des infrastructures créatrices d’externalités positives pour attirer les investissements directs à l’étranger. La stratégie de développement de ce gouvernement consiste en fait à prolonger celle de l’ancien régime et même à approfondir l’arrimage de notre économie aux intérêts des firmes transnationales. L’accord qui vient d’être signé avec l’OCDE est source d’inquiétude. Le détail de son contenu n’a toujours pas été rendu public. Il risque fort de constituer une version édulcorée de l’AMI - Accord Multilatéral sur les Investissements - mis en veilleuse depuis 19983. Ce Gouvernement n’est nullement habilité à engager le pays dans des voies ou des accords à moyen ou long terme.

Un Gouvernement au milieu du gué ! 

Six mois après sa mise en place hésitante et laborieuse, le Gouvernement patine. Les familles des martyrs et les blessés n’ont pas fini de se battre pour obtenir les réparations les plus évidentes et les plus ordinaires. Certaines attitudes officielles donnent l’impression qu’on traite le dossier de quelques hooligans soupçonnés d’avoir perturbé l’ordre public ! Ce sont nos martyrs et nos blessés. Nous leur devons reconnaissance, respect, affection et générosité. Nous devons aller au devant de leurs besoins psychologiques, sanitaires et matériels. Leur situation ne relève point de l’action charitable nationale et encore moins internationale. Arrêtez d’annoncer fièrement que tel Etat ou tel autre vient d’accepter de prendre en charge les soins de deux victimes par-ci ou trois victimes par-là ! En particulier quand il s’agit d’Etats qui abritent avec arrogance et perfidie une grande partie du butin du clan des Ben Ali et consorts. La communauté nationale doit assumer ces charges sans marchandage mesquin ou tergiversation piteuse. Sur ce dossier aussi, l’action de ce Gouvernement est largement insuffisante et décevante.

Le dossier de la Justice Transitionnelle prend lentement mais sûrement l’eau. L’Association des Juges qui a été la fierté de la Justice tunisienne sous l’ancien régime, est traitée sur le même pied d’égalité que le syndicat des magistrats qui a abrité les sicaires judiciaires du régime de Ben Ali. La Justice Transitionnelle qui constitue le barrage institutionnel à toute velléité de retour en arrière, à toute tentative d’échapper à la « mouhassaba », à tout espoir de préserver les fortunes et les privilèges mal acquis, à toute légitimation des compromissions politiques, économiques, judiciaires, sécuritaires avec la dictature; ce barrage se fissure et les conditions de sa construction ressemblent à s’y méprendre à celles du «Essodd » de Mahmoud Messaadi ! A chaque avancée dans l’élaboration d’un projet crédible, à chaque proposition sensée, le Gouvernement répond par des arguments fallacieux, crée le trouble, suscite la méfiance et avance … vers la case départ. Sur ce dossier, l’attitude du Gouvernement est très troublante.

La révolution tunisienne sur l’échelle de Richter! 

Sur l’échelle de Richter des révolutions, la nôtre a dû à peine atteindre le niveau 5. Elle a secoué, déstabilisé, ébranlé le système RCD. Mais elle ne l’a pas abattu ! Soyons humbles et lucides et acceptons cette réalité. Peut-être que par cette attitude ouverte, responsable et partagée nous pourrions construire la stratégie des étapes qui garantirait le passage définitif à un système démocratique accompli.

Les Rcdistes les plus acharnés, groggy après la fuite de leur chef, sont en train de reprendre dangereusement leurs esprits. Par ailleurs, il y a une atmosphère particulière qui donne l’impression que le pouvoir politique réel reste encore diffus dans une sorte d’éther insaisissable, seulement perceptible par les contours et limites qu’on le devine vouloir imposer à la démocratie en Tunisie. Cette situation empêcherait le pouvoir légitime de se déployer et d’effacer le sentiment de flottement et d’hésitation. Peut-être que les forces du changement auront tout intérêt à composer ouvertement avec ces réalités ? Peut-être que la situation exige d’admettre qu’une dose de réconciliation prématurée, conditionnelle et ciblée, dans la transparence la plus totale, constituerait un moindre mal ? Dans le monde des animaux, les espèces composent avec leurs prédateurs, sacrifient certains des leurs pour préserver l’essentiel, la survie du groupe et surtout celle de l’espèce. La démocratie dans les pays arabes est une espèce en émergence. Emergeons discrètement pour nous enraciner solidement et définitivement. Les évènements de ces derniers jours en Tunisie risquent de renforcer la poussée réactionnaire en Egypte qui tente de réhabiliter le régime de Moubarak en portant son dernier Premier ministre à la Présidence de la République. Leur réussite risquerait d’encourager, en retour, les Rcdistes à resurgir des tranchées.

« Une société ouverte à ses ennemis » !  

La déconfiture de ce gouvernement de transition n’est ni dans l’intérêt des forces du changement ni dans celui du pays. Mais, plus il patine, plus les pièges risquent de se multiplier et de se compliquer. La redéfinition des objectifs du gouvernement, sa reconfiguration et sa recomposition semblent s’imposer, désormais. Ce choix pourrait créer un choc positif et susciter un nouvel élan vital. Les violences policières du 9 avril dernier auraient pu constituer le prétexte honorable et approprié pour entamer une rectification de la politique de l’exécutif, opter pour des objectifs prioritaires mieux définis et choisir une équipe gouvernementale plus ramassée, plus consistante et plus représentative. Aujourd’hui, une telle décision serait interprétée comme un aveu de faiblesse, un aveu d’échec. Peut-être. Mais elle indiquera positivement qu’une éthique de la responsabilité, fondée sur le courage politique personnel, sur l’aptitude du gouvernant à reconnaître ses propres limites et à assumer ses erreurs et sur la capacité du dirigeant à faire prévaloir l’intérêt général sur les calculs d’épicier, à étendre sa responsabilité vers l’avenir, qu’une telle éthique est déjà la norme qui encadre les pratiques politiques en Tunisie. En même temps, elle signalera que Ennahda est capable d’évoluer du stade Rafah-Hurriet au stade AKP ; du stade du dogmatisme et de l’arrogance, des financements douteux et des relations extérieures de subordination au stade de parti politique moderne, démocratique, indépendant et centré sur les intérêts de son pays.

Et, dans l’état actuel des choses, un aveu de faiblesse de la part du Gouvernement est moins préjudiciable que le risque d’affaiblissement généralisé qu’encourent les Institutions de la Transition démocratique.

Les organisations politiques, syndicales et les ONG de la société civile sont aussi des murs porteurs de l’édifice démocratique. Les ONG semblent les plus solides et les moins sujettes à l’égotisme. Elles sont les plus efficaces et les plus crédibles. La classe politique et syndicale devra elle aussi prendre ses responsabilités et s’interdire les querelles de clochers. Elle n’a pas encore fini d’inventer une fusion qu’elle est déjà en fission! Elle doit se réorganiser sur de réelles affinités idéologiques et politiques, intégrer organiquement les procédures démocratiques et adopter une éthique politique qui déploie la responsabilité individuelle et collective vers l’avenir. C’est à ces conditions que nous pourrons bénéficier d’un espace politique pluri-polaire où la démocratie puisera son oxygène pour une respiration régulière et paisible.

Nous boitons sur une ligne de crête !

Deux pôles, en particulier, devront se reconstituer et se renforcer pour que la sortie du totalitarisme devienne effective et irréversible ; pour que l’entrée en démocratie soit fondée sur un équilibre des forces dans toutes les institutions du nouvel Etat, sur des procédures et des systèmes électoraux qui garantissent une représentativité équitable, sur un régime politique adapté à nos besoins et à notre niveau de développement global, sur un système d’information qui ne contrevienne pas au droit du citoyen à une information objective et pertinente.

Le premier pôle est constitué par le courant réformateur qui a conduit les Tunisien à l’indépendance politique formelle et leur a permis de percevoir les lumières de la modernité. Ce courant, incarné à un moment de notre histoire par le « mouvement destourien », tente ces jours-ci de ressusciter ses forces et ses idéaux. Il a encore un rôle historique à jouer parce qu’il n’a pas achevé son programme de modernisation du pays. Plus exactement, parce qu’il a été empêché d’évoluer pour pouvoir achever ce programme. Il l’a été par ses principaux dirigeants qui ont préféré suivre le chant des sirènes des intérêts privatifs, des rentiers, des parrains revanchards, du culte de la personnalité, du pouvoir d’un seul, de la présidence jusqu’à la déconfiture et à l’agonie au petit matin du 7 novembre 1987. Ce qui n’était déjà plus qu’un vague vestige du Parti Socialiste Destourien a été englouti dans la camisole du RCD. Dans ce monstre totalitaire, une large partie de la « Gauche » - ennemi juré du mouvement réformateur tunisien- s’est laissée glisser pour-ainsi-dire naturellement.

Pour ressusciter, se donner à nouveau les moyens de défendre ses idéaux et participer positivement au développement général du pays, ce courant devra repartir sur la base de nouveaux principes et de nouvelles logiques organisationnelles. Pour une réanimation magistrale, il devra se départir de tout ce qui pourrait rappeler le culte de la personnalité, le centralisme hermétique, les conclaves et les messes basses, les cours florentines et leurs meutes de courtisans ou encore les considérations régionalistes ou népotiques. La crédibilité de ce mouvement va dépendre immédiatement des antécédents politiques des ces membres qui seront scrutés, légitimement, à la loupe. La confiance en ce courant nécessitera une critique radicale des procédés et pratiques du passé qui ont couvert toute la gamme de l’infamie, des mensonges aux trahisons, des complots aux lâchetés, de la cupidité à la corruption, de la répression et la torture aux assassinats !

Le courant réformateur devra, par sa démarche, par chacune de ces actions, administrer la preuve qu’il est entré en mutation radicale. Son instrumentalisation électoraliste, opportuniste ou nostalgique risque de lui être funeste. Sa reconversion loufoque en abri pour maquiller des rhinocéros du RCD en lions du patriotisme et en gazelles de la démocratie lui sera irrévocablement fatale.

Le courant réformateur a été ravagé par 31 ans de parti unique. Son projet reste actuel et avant-gardiste sur nombre de points. Il mérite d’être parachevé. Des hommes sincères et des générations l’ont porté et se sont sacrifiés pour sa réalisation. Ils méritent que nous marchions sur leur route et que nous consacrions notre énergie et notre imagination à l’accomplissement de leur dessein. Ces desseins et ces rêves avaient conquis, convaincu et mobilisé dans l’enthousiasme le peuple tunisien grâce à l’adhésion, au soutien et à l’implication du syndicat de Farhat Hached.

Aujourd’hui, l’UGTT constitue toujours un pôle de pouvoir. Sa crédibilité passe par une reconstruction sur la base des principes qui ont prévalu à sa création. Elle doit institutionnaliser ces principes et en faire une véritable tradition syndicale respectée, quelque soit le contexte politique national. Pour retrouver la confiance des travailleurs et des partenaires sociaux, elle devra se réapproprier son premier, et unique jusqu’à présent, programme économique de développement, le réactualiser et le proposer à la population et aux acteurs politiques. Ce programme de modernisation doit être parachevé pour sortir l’économie nationale de son extraversion, du dualisme sectoriel et des inégalités cumulatives. Ce n’est qu’en étant une force de proposition que l’UGTT pourra peser sur les choix et les orientations économiques ou sur la législation du travail dans notre pays. De son côté, la CGTT - dont les fondateurs avaient quitté l’UGTT-mère quand les dirigeants de celle-ci s’étaient transformés en courroie de soumission au pouvoir du RCD et de compromission avec le réseau mafieux du clan Ben Ali - la CGTT donc, aurait tout intérêt à consacrer son action syndicale à organiser les cadres dans les différents secteurs économiques et à préparer et coordonner avec eux une transition à terme de l’action syndicale traditionnelle vers un syndicalisme moderne de cogestion et de participation à l’image du syndicalisme de l’Europe du nord.

La situation dans notre pays est délicate et parfois inquiétante. Mais elle est incommensurablement préférable à celle du 14 janvier 2011 ou encore à celle du 7 novembre 1987. Le peuple a décidé de ne plus vivre dans le mépris. Pour une fois la peur d’agir et de réagir s’est estompée significativement. Reste à restaurer la confiance et la cohésion. Réussir cet ouvrage est de la responsabilité de toutes les bonnes volontés. L’aveu de faiblesse voire d’échec ne constitue en aucun cas un déshonneur ou un blasphème ! La tâche de reconstruction du pays et de la société sera rude et longue. Elle ne peut être que collective et elle nécessitera du temps. « Nous sommes les fils du temps et le temps est espérance » affirmait Octavio Paz dans Des temps nébuleux ! Prenons le temps nécessaire pour nous reconstruire et nous restaurer, mais interdisons-nous toute conduite qui pourrait transformer le temps en désespoir et en déshérence.

Note 1 : Le Mouvement Ennahda semble toujours prisonnier de l’échec de sa tentative de prise de pouvoir en 1991-92. L’intention revancharde n’est jamais de bon conseil. La société tunisienne a considérablement changé sous une dictature qui a duré plus de vingt ans !

Note 2 : Depuis le 14 janvier, la Tunisie est devenue le laboratoire le plus couru par les experts yankees!

Note 3 : L’AMI constitue un cadre juridique qui hisse la firme multinationale au statut de véritable Puissance Publique dans les pays qui adhèrent à cet accord. L’adhésion à cet accord devait engager le pays signataire pour quinze (15) ans. Certaines décisions et actions de souveraineté susceptibles d’être prises par les Etats signataires deviennent illégales si elles portent quelque préjudice aux intérêts des FTN. Par exemple, une campagne anti-tabac devient illégale parce qu’elle va à l’encontre des intérêts des FMN du tabac ; des subventions accordées par un gouvernement à des sociétés cinématographiques nationales, privées ou publiques, seront considérées comme un fait de concurrence déloyale au nom du principe de « non-discrimination » stipulé par l’AMI ! L’Etat tunisien ne pourra subventionner « Cactus production » qu’à la stricte condition d’octroyer la même subvention à la « Andromeda », si celle-ci a des intérêts en Tunisie. Les négociations de l’AMI sous l’égide de l’OCDE ont été suspendues en 1998 grâce au refus, notamment, de la France qui a vu dans ces accords léonins un danger pour sa production culturelle et sa souveraineté nationale.

* Enseignant des Sciences économiques en France, à l’Université de Paris Est Marne-la-Vallée

L’auteur est rentré définitivement en Tunisie en juillet 2011 après un exil de plus de 20 ans en France.

Autres articles du même auteur

- « En Tunisie aussi on a fêté le bouc ! Et, en K-do, un i-coup d’Etat ! » in « Tunisnews » et « Nawaat » les 20 et 21 janvier 2011.

- « D’abord la confiance et la loyauté pour sortir de l’humiliation et du totalitarisme ! » in « Tunisnews », « Nawaat» et « Le Temps » du 27 février 2011.

- « Du parti Nahda au parti Nouhaïda » en langue arabe, in « L’Audace » N° 24, novembre 1996.

- « La décennie infâme » in « L’Audace », N°33, octobre 1997.

- « Ne confondons pas dénonciation et délation » in « L’Audace », N°23, octobre 1996.

Par Tarak Ben Salah* 

 

Source: Le Temps du 19.06.12

Publié dans TUNISIE Spécial

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Frères musulmans : victoire électorale et défaite politique ?

Publié le par Mahi Ahmed

Frères musulmans : victoire électorale et défaite politique ?

lundi 18 juin 2012, par Alain Gresh

Le second tour de l’élection présidentielle semble avoir donné la victoire au candidat des Frères musulmans Mohammed Morsi, qui aurait obtenu plus de 52 % des votes contre 48 % pour son rival, l’ancien général Ahmed Chafik. Cette élection infirme la plupart des prévisions que j’ai pu entendre, formulées par des journalistes ou des intellectuels libéraux, encore une fois incapables de comprendre la réalité du fait politique islamiste. Pourtant, malgré cette victoire, les Frères ne peuvent être satisfaits. Leur candidat n’aura que peu de prérogatives, l’essentiel de celles-ci restant entre les mains du Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui ne semble pas décidé à un vrai tranfert du pouvoir vers les autorités civiles. Et l’organisation a subi de graves reculs durant ces derniers mois, dont elle est pleinement responsable : son candidat Morsi a obtenu au premier tour de la présidentielle cinq millions de voix, la moitié du score obtenu par les Frères aux élections législatives.

Reprenons depuis le début. La première et la plus importante leçon de ce second tour est le refus du peuple égyptien d’un retour au passé, malgré la formidable campagne de propagande menée par le pouvoir, malgré les annonces de violences à venir – nombre de chauffeurs de taxi, souvent liés aux moukhabarat (la police secrète), m’ont expliqué que les Frères musulmans s’apprêtaient à mettre le pays à feu et à sang ; une vidéo sur Youtube annonçait même une révolution à l’iranienne. La presse et les médias officiels, les journalistes, qui s’étaient surtout illustrés par leur absence d’opposition au régime Moubarak, des représentants de partis comme le Tagammu (de « gauche ») ont surenchéri, affirmant que le danger principal était désormais la confrérie, reprenant exactement le même discours que celui des présidents déchus Ben Ali et Moubarak.

Pour les électeurs qui ont voté Morsi, il ne s’agit en aucun cas d’accorder un blanc-seing aux Frères musulmans mais de mettre l’accent sur le danger principal : les militaires qui ne veulent pas céder le pouvoir. Car l’élection de Chafik aurait abouti à la reconstitution d’un parti-Etat, lié à l’armée, aux services de renseignement, aux capitalistes corrompus, ceux-là même qui ont mis le pays en coupe réglée depuis des décennies.

Ceci ne signifie pas que les 8,5 millions de votants qui se sont ajoutés aux 5 millions du premier tour ne sont pas conscients des sérieux manquements de la confrérie, de ses erreurs ni de ses hésitations depuis le début de la révolution.

Dans un premier temps, les Frères avaient annoncé qu’ils ne concourraient que pour un tiers des sièges du Parlement : ils en ont finalement obtenu environ 45 %. Ils s’étaient engagés à ne pas présenter de candidat à la présidentielle, ils sont revenus sur cet engagement. Mais, surtout, ils ont hésité entre une alliance avec le CSFA et avec les jeunes révolutionnaires. Ce n’est qu’après les élections législatives, et quand le CSFA a refusé que les Frères forment le gouvernement, qu’ils ont commencé à se heurter aux militaires, mais toujours en évitant toute mobilisation populaire. Par des déclarations ambiguës, ils ont avivé les craintes de différentes couches de la population qui craignent leur volonté d’imposer un Etat islamique. Ils ont permis au CSFA de ressusciter, avec Chafik, l’« Etat profond », celui qui a dirigé le pays depuis des décennies. Entre les deux tours, le candidat de la confrérie n’a pas été capable de forger une alliance avec ceux de ses adversaires qui, d’une certaine manière, représentaient la révolution : Hamdin Sabbahi et Abdelmonem Aboul Foutouh qui, ensemble, avaient obtenu 40 % des voix.

C’est dans ces conditions que, quelques jours avant le scrutin, la Haute Cour constitutionnelle a annoncé la dissolution du Parlement. Les Frères ont dans un premier temps accepté cette décision scandaleuse. « Ils ont refusé de se concerter avec les autres candidats à la présidentielle pour marcher sur le Parlement et créer un conseil présidentiel composé de leur candidat et des candidats de la révolution », explique un jeune intellectuel, ancien membre de la confrérie. « Ils ne savent pas faire de la politique, poursuit-il. Les Frères sont une organisation caritative et de prédication. Ils ont créé un parti politique, mais qui n’a aucune autonomie. » Pourtant, le fait qu’ils aient perdu plus de la moitié de leurs suffrages entre les législatives et le premier tour de la présidentielle aurait dû leur faire comprendre que leur base n’est ni homogène, ni solidement acquise.

Enfin, pour ajouter aux difficultés des Frères, le CSFA a adopté dans la nuit du second tour de l’élection présidentielle un addendum constitutionnel aux textes qui régissent la période intérimaire. Comme le résumait un journal : l’armée donne le pouvoir à l’armée. Et le CSFA gardera tous les pouvoirs législatifs, en attendant l’élection d’un Parlement dans plusieurs mois.

Il serait cependant faux de croire que l’armée peut agir à sa guise. Le paysage politique du pays est complexe et la mobilisation pour les élections confirme que les Egyptiens ne veulent pas se départir des droits qu’ils ont chèrement conquis.

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