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187 articles avec information

Boualem Khalfa, un infatigable militant pour la libération nationale , pour la justice sociale, le socialisme et pour la paix.

Publié le par Mahi Ahmed

Je suis profondément peiné par la perte de ce valeureux camarade. Je suis ,dans l'incapacité physique de lui rendre l'hommage qu'on lui doit. Je présente à sa famille , aux camardes du PADS mes sincères condoléances et ma compassion la plus profonde.Puisse-t-il reposer en pais et que les graines qu'il a semées puissent germer et fleurir  au profit des masses déshéritées.

Mahi Ahmed

ancien membre de la direction du PAGS

ci-dessous le communiqué du PADS, même si j'ai quelques réserves sur la présentation de certains aspects liés aux évolutions du PAGS avant et après son congrès de 1990

Décès du dirigeant communiste Boualem Khalfa

Publié le 7 Juillet 2017 par Lien-pads

Il nous a quittés ce matin à Paris. Il est mort à l'âge de 94 ans après une hospitalisation de 12 jours. Il était malade depuis plusieurs années. Sa femme Colette l'a admirablement soutenu durant toutes ces années.

Notre camarade a combattu jusqu'à son dernier souffle pour l'émancipation des classes exploitées et opprimées. Il est resté fidèle à ses convictions communistes et profondément convaincu que l'avenir appartient au communisme qui délivrera à jamais les travailleurs de l'exploitation capitaliste, de la misère, des privations et des guerres.

 

 Après avoir commencé très jeune à fréquenter les mouvements nationalistes, Boualem a adhéré au parti communiste algérien en 1946.

Sa rencontre avec Bachir Hadj Ali en 1944 fut décisive. Ses aspirations profondes à une société bannissant l'oppression et les inégalités trouvèrent une réponse forte dans sa prise de connaissance du marxisme auquel Bachir venait de l'initier. A partir de ce moment là, Boualem comprit qu'il était impossible de dissocier la lutte contre l'oppression colonialiste de la lutte pour l'abolition du capitalisme, pour une société socialiste fondée sur la propriété sociale des moyens de production et dirigée par la classe ouvrière et ses alliés.

 

L'autocritique effectuée en 1946 par le PCA sur les erreurs d'appréciation des manifestations du 8 mai 1945, manifestations sauvagement réprimées par les colonialistes, dissipa ses dernières réticences.

Depuis ce moment, la vie de Boualem fut intimement liée à celle de son nouveau parti, à la défense de ses idéaux et de ses objectifs. Il participa à l'animation des comités constitués par le PCA pour exiger la libération et l'amnistie des Algériens arrêtés lors des manifestations du 8 mai.

 

Après quelques mois d'exercice de la fonction d'instituteur dans une région rurale où il prend la mesure de la misère profonde des paysans algériens dépossédés de leur terre par les colonialistes, il rejoint la rédaction d'Alger républicain en 1944. Au sein d'une rédaction composée principalement d'éléments européens, les Algériens lettrés étant très rares du fait de la colonisation, il se fait vite remarquer. Il est très apprécié par son style d'écriture net et précis allié à un contenu de classe concret et sans concession. Le journal est en train de rassembler un large éventail de forces qui combattent le colonialisme et dénoncent l'arbitraire et la répression coloniales. Il est la tribune des travailleurs dans leurs luttes contre l'exploitation.

Boualem Khalfa est nommé rédacteur en chef. Les difficultés financières du journal poussèrent les éléments socialistes européens à laisser place au sein du conseil d'administration d'Alger républicain à des communistes "arabo-berbères" et européens.

Boualem Khalfa subit la colère des autorités coloniales qui usent contre Alger républicain de tous les artifices judiciaires pour le faire taire. En 1953 il est condamné à deux ans et demi de prison.

L'algérianisation de l'encadrement du PCA s'intensifiant, Boualem Khalfa est élu membre de son bureau politique quelques mois avant le déclenchement de l'insurrection armée du 1 er novembre 1954. Il est nommé rédacteur en chef de Liberté, l'organe central du PCA.

Il est condamné à deux ans de prison pour son éditorial du 4 novembre dans lequel il se prononce sur les actions armées du 1er novembre en exprimant, bien qu'à mots couverts pour échapper à la censure, le soutien du PCA aux "aspirations légitimes du peuple algérien", c'est-à-dire à sa libération nationale.

Après la dissolution du PCA en septembre 1955 et l'interdiction de toutes ses activités, il est désigné par la direction clandestine du parti comme coordinateur des premiers noyaux armés des Combattants de la Libération dans l'Oranie.

Il est arrêté en 1956 et torturé. Il est menacé d'exécution sommaire. Il est condamné par le Tribunal militaire d'Oran à vingt ans de travaux forcés. Il est transféré en France où il passe d'une prison à l'autre, de la prison des Baumettes à Marseille, à celle de la Santé à Paris, puis à Caen et à Rennes. Avec l'aide du PCF, il s'évade de la prison de Caen où il avait été ramené en 1961. Il est chargé de diriger la Fédération de France du parti.

 

A l'indépendance il retourne en Algérie où il va co-diriger Alger républicain avec Henri Alleg, lui-même rescapé de la torture que lui infligèrent les paras de Massu après son arrestation en juin 1957, évadé d'une prison française et réfugié en Tchécoslovaquie.

Malgré les menaces de mort à peine voilées des envoyés du GPRA et du FLN, une nouvelle pléiade de communistes sous l'impulsion de Boualem Khalfa, d'Henri Alleg et de Abdelhamid Benzine, relance Alger républicain. En pleine crise du FLN déchiré entre différentes tendances, au milieu des coups de feu qui ciblent la chambre d'hôtel où se tiennent les réunions de rédaction et s'écrivent les articles, Alger républicain exprime les positions du PCA et se fait l'écho des aspirations profondes de la population à la paix après 7 ans et demi d'une dure guerre de libération et d'une féroce répression qui a fait près de un million de morts. Le mot d'ordre de "Sebaa Snine Barakat" (7 années ça suffit!) surgi des profondeurs des masses est popularisé à la Une du journal.

 

Le régime issu des compromis de l'été 1962 doit répondre aux attentes sociales des classes populaires et amorcer la construction d'une nation indépendante.

Mais en novembre  de la même année, il prononce l'interdiction du PCA. Il n'ose cependant pas encore s'attaquer à Alger républicain. Les différentes tendances du pouvoir craignent la réaction populaire et espèrent en même temps utiliser son immense prestige dans les luttes qui les opposent les unes aux autres. La direction du journal tient bon et défend son indépendance par rapport au pouvoir. Elle le soutient dans tout ce qu'il entreprend de positif pour satisfaire les revendications des travailleurs et accomplir des pas vers l'application réelle du choix officiel du socialisme. Elle le critique dans toutes ses orientations négatives tout en tenant compte de l'hégémonie des dirigeants. L'aile droite du régime s'acharne dans les coulisses à réduire le journal au silence. Son aile gauche, autoritaire et idéologiquement instable manie le chantage à l'interdiction pour que le journal atténue ses critiques.

Le PCA avait engagé un processus d'auto-dissolution après l'adoption de la Charte d'Alger par le congrès du FLN en avril 1964. Le lexique marxiste utilisé dans ce texte avait fait naître de grosses illusions au sein d'un large éventail de forces acquises au socialisme et aspirant à leur unification dans une organisation d'avant-garde qui se serait démarquée des confusions régnant au sein du FLN. Boualem Khalfa avait senti que cette aspiration était irréalisable avec les responsables du FLN, étant donné la composante petite-bourgeoise droitière dominante et instable de ce parti-Etat. Il est parmi les premiers à se féliciter de l'arrêt du processus d'auto-dissolution du PCA et à la reprise des activités clandestines de toutes ses organisations, bien avant le coup d'Etat du 19 juin 1965.

 

Ce coup d'Etat aboutit à la fermeture du journal, dernier espace où les travailleurs et les patriotes partisans du socialisme arrivaient à se faire entendre. Le journal avait refusé de publier la proclamation du nouveau Conseil de la Révolution, estimant que les divergences auraient dû être exposées et discutées publiquement et tranchées dans les instances légales du pays.

Les dirigeants du journal et la plupart de ses rédacteurs et employés sont persécutés ou contraints à la clandestinité pour échapper aux arrestations.

 

Boualem Khalfa est de nouveau obligé de poursuivre son combat de militant et de dirigeant communiste dans la clandestinité. Sa femme Colette doit élever seule les enfants. La police tente d'atteindre Boualem en organisant le rapt de leur fille mais est obligée de la libérer piteusement devant le scandale politique que son action ignoble a soulevé.

D'une grande rigueur et d'une grande intransigeance idéologique et politique, Boualem est un organisateur hors pair. Il réussit à échapper à tous les pièges tendus par la police pour le neutraliser. Bachir Hadj Ali ayant été arrêté dès le mois de septembre 1965 c'est sur les épaules de Hadjerès, de Benzine et de lui-même que la lutte des militants communistes va se poursuivre.

Après l'échec de la tentative de fusion de la "gauche" du FLN et du PCA dans le cadre de l'Organisation de la Résistance Populaire, le PCA se reconstitue sous le nom du Parti de l'Avant-garde Socialiste le 26 janvier 1966.

 

Les luttes ouvrières et populaires, les faiblesses encore relatives de l'aile bourgeoise du pouvoir, les orientations de gauche de plus en plus incarnées par Boumediene au sein du régime suscitent des contradiction et des décantations dans les appareils d'Etat. Elles laissent espérer que son aile gauche pouvait l'emporter. A condition cependant qu'elle s'appuie résolument sur les travailleurs et remplace les méthodes autoritaires par des méthodes basées sur la libre discussion et l'organisation démocratique des masses populaires autour des tâches d'édification nationale dans une perspective résolument socialiste : limitation de la propriété foncière, démocratisation de l'enseignement, industrialisation, récupération des richesses nationales, des hydrocarbures notamment, constitution d'un secteur public au service des travailleurs et de l'indépendance économique, gestion démocratique de ce secteur, planification démocratique et impérative, renforcement des capacités de la défense nationale, rapprochement avec les pays socialistes, soutien au mouvement de libération nationale dans le monde, etc. Toutes ses questions se trouvent posées par l'ampleur de la mobilisation populaire et des premiers grands craquements qui se font entendre au sein du régime.

 

Au sein du pouvoir de l'époque, Boumediene et le courant qui se tient derrière lui sont ceux qui ressentent le plus le besoin de s'appuyer sur de larges forces pour surmonter les oppositions internes du régime à leurs orientations socialisantes.

Boumediene entreprit en 1974 de faire cesser les poursuites engagées contre les militants clandestins recherchés du PAGS pour contribuer à la réalisation d'un front interne.

La direction du PAGS saisit cette intention et fit sortir de la clandestinité un certain nombre de ses cadres recherchés par la police. Boualem en fait partie en compagnie de Abdelhamid Benzine, et de quelques autres cadres. Ils sont chargés de mener un important travail légal de concertation en direction des courants anti-impérialistes qui avaient opté pour le socialisme, d'épauler sous des formes adaptées la poursuite du travail illégal, et d'animer les relations à l'international.

Le PAGS s'était montré ouvert aux préoccupations des forces acquises à la construction d'un grand parti d'avant-garde unifié. En même temps il avait signifié sa méfiance à l'égard de l'aile anticommuniste du régime en maintenant dans la clandestinité la plus grand partie de son encadrement, en refusant de faire sortir tous ses dirigeants dans la légalité.

Les camarades sortis à la légalité savaient en réalité qu'ils étaient en "liberté surveillée".

En France, par dizaines des jeunes de l'immigration algérienne adhéraient au PAGS. Boualem est désigné pour diriger le travail du parti en France à un moment où le PCF exerçait des pressions sur lui pour l'obliger à se dissoudre dans le FLN. Le PCF avait depuis 1976 interdit au PAGS de participer à la Fête de l'Humanité. En dépit des protestations de Boualem et du travail de clarification effectué en direction des militants du PCF c'est le FLN qui occupera jusqu'en 1989 l'espace dont le PAGS a été exclu.

 

Après le congrès du PAGS de décembre 1990, Boualem Khalfa se rend vite compte que la nouvelle direction s'éloignait du marxisme-léninisme alors qu'elle lui avait juré fidélité tout en cachant ses véritables objectifs. La dangereuse montée des forces de la réaction camouflées sous l'étendard de l'Islam, leur programme de liquidation physique des communistes et des progressistes sont exploités par cette nouvelle direction pour justifier l'auto-liquidation du PAGS et la substitution à ce glorieux parti d'un  front démocratique républicain sur la base du reniement complet du marxisme. Dans le contexte international de contre-révolution, des illusions semées par Gorbatchev autour de sa théorie réactionnaire de la "nouvelle mentalité", la nouvelle direction usa de tous les moyens déloyaux pour discréditer ceux qui défendaient les orientations fondatrices du mouvement communiste. Elle alla même jusqu'à prétendre au nom d'une prétendue contradiction principale entre "capitalisme moderne" et "capitalisme archaïque" que la dissolution du PAGS allait avoir pour résultat d'isoler les forces de l'ultra-réaction et de faciliter la constitution du front interne indispensable à leur élimination.

 

Boualem fut l'un de ceux qui se dressèrent comme un roc contre cette tendance. Ils combattirent cette argumentation trompeuse et défendirent le principe de mener de front la lutte contre l'ultra-réaction et la lutte pour les aspirations de classe des travailleurs et des masses populaires.

 

Après la liquidation du PAGS en janvier 1993, Boualem signa l'appel du 26 janvier à reconstituer le parti communiste.

 

Il fit partie du groupe qui le reconstitua sous le nom de Parti Algérien pour la Démocratie et le socialisme dans les mois qui suivirent l'adoption de la déclaration du 1er mars de la même année.

 

 

Toute la vie de Boualem Khalfa fut tendue par la lutte pour le renversement de l'ordre des exploiteurs, pour la prise du pouvoir par la classe ouvrière et de ses alliés afin d'instaurer la société socialiste, première phase historique vers le communisme. Il était convaincu que l'instrument de ces transformations titanesques est le parti dont il faut préserver, comme la prunelle de ses yeux, l'indépendance organique et idéologique, ses liens indissolubles avec le marxisme-léninisme, qu'il faut enraciner au plus profond des couches sociales qui souffrent de l'exploitation et de l'oppression, de la misère, des inégalités et des guerres. Son immense expérience dans la lutte contre les idéologies féodales, bourgeoises et petites-bourgeoises, sa vigilance envers les courants versatiles de la petite-bourgeoisie, une vigilance aiguisée par les leçons tirées de la lutte au contact avec divers milieux politiques aux diverses étapes de l'évolution de la société en Algérie et dans le monde, ont contribué énormément au rassemblement des premiers noyaux communistes sur des bases rigoureuses.

Son nom suscite la confiance au sein des milieux révolutionnaires. Il déclenche aussi la haine de la bourgeoisie et de ceux qui ont renié le communisme.

 

Les communistes algériens jurent leur fidélité aux idéaux défendus par Boualem. Ils s'inspireront de sa capacité à tenir compte des exigences de la réalité concrète des luttes et de la fermeté inébranlable dans la défense des aspirations sociales et politiques de la classe ouvrière gardant constamment le cap sur la nécessité historique d'abattre le régime capitaliste.

 

Boualem est mort après s'être battu jusqu'à son dernier souffle. D'autres Boualem surgissent et surgiront pour poursuivre son combat et semer l'épouvante au sein des classes exploiteuses.

 

PADS

6 juillet 2017

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Jean-Luc Mélenchon : « Nous ne sommes condamnés ni au pouvoir des riches ni à celui des haineux. »

Publié le par Mahi Ahmed

Jean-Luc Mélenchon : « Nous ne sommes condamnés ni au pouvoir des riches ni à celui des haineux. »

DIMANCHE, 7 MAI, 2017

HUMANITE.FR

 

« Ce soir s’achève la présidence la plus lamentable de la Ve République, qui aura détruit pratiquement toute confiance autour d’elle. Mais une nouvelle fois en dépit de tout, par l’abstention, les bulletins blancs et nuls et le vote Macron, notre pays a massivement rejeté l’extrême droite car elle est étrangère à l’identité républicaine de la France.

 

Mme le Pen arrive 3e après Monsieur Macron, les abstentions, les bulletins blancs et nuls.

 

Le nouveau président est élu. La courtoisie et l’amour de notre démocratie commande d’en prendre acte sans barguigner et de lui présenter nos vœux. Puisse le sens du destin de notre patrie vous habiter, Monsieur le président. Et la pensée des démunis sans toit, sans droits, sans emplois, vous obséder. Puisse la France y trouver son compte. Mais mieux vaudrait y veiller par nous mêmes.

 

Le programme du nouveau monarque présidentiel est connu : la guerre contre les acquis sociaux et l’irresponsabilité écologique. Nous n’y sommes pas condamnés.

 

Les élections législatives doivent montrer, après un vote de refus et de peur, que le moment est venu d’un choix positif autour de l’Avenir en commun. J’appelle les 7 millions de personnes qui se sont regroupées autour du programme dont j’ai été le candidat, a rester unis qu’elles aient ou non voté pour Monsieur Macron.

 

J’appelle tous ceux qui sont prêts à rompre avec le passé à se joindre à la France insoumise dont nous avons fait le nouveau mouvement de masse en tête dans de nombreuses villes de notre pays.

 

Fédérez-vous les gens. Sans vous éparpiller, car vous savez comment, à 600 000 voix près, vous avez été écartés du 2e tour. Fédérez-vous si vous vous reconnaissez dans l’humanisme social et écologique de notre temps dont je m’efforce d’être le porte parole.

 

Les gens, ne lâchez rien. Nous ne sommes pas condamnés ni au pouvoir des riches ni à celui des haineux. Une nouvelle majorité parlementaire est possible autour de nous. Le gout du bonheur reste contagieux. A notre appel, le 18 juin, jour du 2e tour des législatives, notre résistance peut gagner la bataille et je vais m’y employer avec vous de toute mon énergie. »

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Pierre Laurent : « L'élection de Macron est fragile »

Publié le par Mahi Ahmed

Pierre Laurent : « L'élection de Macron est fragile »

PIERRE LAURENT, SECRÉTAIRE NATIONAL DU PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS

DIMANCHE, 7 MAI, 2017

HUMANITE.FR

 

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Ce soir, la candidate du Front national n'est pas élue. C'est un soulagement ! Une large majorité d’électrices et d’électeurs n’a pas voulu porter à la tête de l’Etat ses idées de haine et de division, son projet raciste et xénophobe, sa politique violemment discriminatoire, libérale et guerrière.

 

Nous, communistes, sommes fiers d'avoir oeuvré avec clarté à cette défaite, car nous savons qu'elle continue à menacer la République et son unité.

 

Nous n'en voulons à aucun prix, ni aujourd'hui, ni demain.

 

Mais ce soir, notre coeur n'est pas à la fête. Notre pays vit des heures graves. Ce second tour est, à nouveau, une très sérieuse alerte pour toutes celles et ceux qui sont attachés à la démocratie et à l'égalité. Marine Le Pen, avec 35 % , obtient 14% de plus qu'au premier tour. C’est le résultat de la banalisation des idées d’extrême droite que nous sommes plus que jamais décidés à combattre. C'est aussi le résultat de décennies d’alternances politiques défavorables aux intérêts populaires, de trahisons et de renoncements des gouvernements successifs. Nous partageons ce soir la profonde colère des millions de personnes qui se sont senties piégées par ce second tour. Piège orchestré par les mécanismes de la Ve République usée et perverse. A l'avenir, nous ne voulons plus être obligés de voter par défaut pour battre l'extrême droite. Nous ne voulons plus la voir aussi haut. Pour cela, il faut construire la victoire d'un vrai changement de politique qui libère la France de la tutelle des marchés financiers, qui proclame « l'humain d'abord » et s'attaque à la domination de la finance en conquérant de nouveaux pouvoirs à tous les niveaux, qui ouvre le chemin d'une nouvelle société de bonheur, de solidarité, de justice, d'écologie, de paix et d’égalité.

 

Ces choix politiques de progrès, ce n'est pas Emmanuel Macron, candidat des milieux financiers, élu ce soir Président de la République qui les fera. Il veut tout marchandiser dans la société. Son élection est fragile. Les millions d’électeurs qui ont voté Macron ont d'abord voulu barrer la route de l’Elysée à Marine Le Pen. Déjà au premier tour, ils et elles étaient nombreux à voter pour lui par défaut pour éviter un duel entre Fillon et Le Pen. Son projet, très néo-libéral et porteur de graves régressions sociales et démocratiques, est minoritaire dans le pays. Ce qui reste à l'ordre du jour, c'est la construction d'une alternative de transformation sociale, écologique et démocratique à sa politique, et celle d'une nouvelle majorité de gauche pour la porter. Dès demain, et tout au long du quinquennat, les communistes seront mobilisés pour avancer dans cette voie avec toutes celles et ceux qui seront disponibles.

 

A la casse du Code du Travail qui affaiblirait les droits des travailleurs, nous opposerons une sécurité de l'emploi et de la formation pour éradiquer le chômage et la précarité, en créant de nouveaux pouvoirs dans les entreprises et sur les banques face aux marchés financiers. Au recul du droit à la retraite et à la privatisation de la Sécurité sociale facilitée par la suppression annoncée de cotisations sociales, nous opposerons un plan de défense et de développement de la Sécurité sociale. A la baisse de 60 milliards d’euros des dépenses publiques et à la suppression de 120 000 fonctionnaires, nous opposerons un plan de relance des services publics de proximité dans tous les domaines. Au recours aux ordonnances pour gouverner autoritairement, nous opposerons le respect de la démocratie. Nous serons de tous les combats contre les projets anti-sociaux de Macron, contre les projets ultra-réactionnaires de la droite et de l'extrême-droite.

 

C'est dans cet esprit que nous voulons conduire les élections législatives des 11 et 18 juin. Le PCF y engage dès ce soir toutes ses forces. Aucune majorité parlementaire n'est acquise pour personne. Notre peuple a une nouvelle chance pour décider de son présent et de son avenir.

 

Fort du vote de millions de citoyens pour Jean-Luc Mélenchon le 23 avril, avec toutes les forces qui ont soutenu sa candidature et toutes celles qui peuvent se joindre à nous, nous pouvons aller très haut ensemble pour élire à l'Assemblée nationale une forte représentation nationale. Unis, nous pouvons gagner dans de très nombreuses circonscriptions. Désunis, les gains seront limités et cela laisserait la place à des députés « En Marche ! », de droite ou d'extrême droite. Nous avons une grande responsabilité commune devant tous les électeurs de gauche et écologistes. Ils et elles nous demandent de nous unir.

 

Pour cela, un accord national large, équitable et représentatif, sous une bannière commune qui nous rassemble tous, France insoumise, Parti communiste, Ensemble !, citoyens du Front de gauche est nécessaire. Cela correspond à l'attente et à l'espoir de la majorité des électeurs qui ont porté leurs suffrages le 23 avril sur Jean-Luc Mélenchon. Le Parti communiste est prêt à un tel accord.

 

Dans tous les cas, ensemble nous pouvons agir pour barrer la route au Front national dans de nombreuses circonscriptions où il peut s'ancrer durablement. Nous pouvons choisir dans chaque circonscription le candidat qui nous donnera les chances maximales de gagner. Nous lançons à nouveau ce soir un appel solennel aux dirigeants politiques de la France insoumise : il n'est pas trop tard pour aboutir à un tel accord national. Et nous restons prêts, si cette ambition n'est pas partagée, à un accord même plus limité. Nous en appelons au dialogue sur tout le territoire dans les heures qui viennent.

 

Notre parti est engagé dans ces élections avec une ambition : « Faire entrer le peuple à l’Assemblée ». Les candidat-e-s communistes - Front de gauche que nous soutenons dessinent le visage de la France du monde du travail, du privé comme du public, travaillant dans tous les métiers, syndicalistes, citoyen-ne-s engagé-e-s dans leurs territoires, aux diverses origines, jeunes candidatures porteuses d’un renouveau politique ainsi que des femmes et des hommes d’expérience, forts de leur responsabilité d'élu-e local-e.

 

Avec eux, ce jeudi 11 mai à 19h, Pierre Laurent lancera notre campagne nationale lors d’un grand meeting au gymnase Japy, à Paris.

 

Soyons forts et unis dès demain pour poursuivre le combat contre l'extrême droite et faire reculer les idées de repli, pour engager dès maintenant la résistance et les projets alternatifs à la politique de casse sociale et d'aggravation de la crise et des inégalités que le nouveau Président compte mettre en œuvre.

 

Concrétisons ainsi la promesse d'une gauche nouvelle, née dans les urnes le 23 avril.

 

Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste français

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Note de lecture, Les Dix nouveaux Commandements de Wall Street d’Ammar Belhimer : Le puzzle néolibéral décortiqué

Publié le par Mahi Ahmed

Note de lecture, Les Dix nouveaux Commandements de Wall Street d’Ammar Belhimer : Le puzzle néolibéral décortiqué

 

L’ANEP vient de publier un second ouvrage du professeur en droit, Ammar Belhimer, sous le titre les Dix nouveaux Commandements de Wall Street.

PUBLIE LE : 05-03-2017 | 0:00

 

C’est un ensemble de chroniques, reportages et analyses, parus dans le Soir d’Algérie, réécrits, mis à jour, enrichis et agencés pour trouver une cohérence d’ensemble qui rend fidèlement compte de la réalité de l’ordre néolibéral des années 1990 jusqu’à l’élection de Donald Trump. Les deux mamelles du néolibéralisme que sont la spéculation et l’endettement sont soigneusement analysées. «Au cœur du monde, il y a le Dieu Argent. C’est là qu’est le premier terrorisme», relève, à juste titre, Sa Sainteté le pape François. S’il fallait paraphraser les Dix Commandements de Dieu donnés à Moïse sur le Sinaï pour définir les règles qui organisent le «Consensus de Washington», fondateur de l’ordre néolibéral, cela donnerait un Décalogue explosif. Même s’il n’épargne pas les autres sphères, c’est dans l’économie que l’intégrisme néolibéral fait le plus de ravages. Le modèle se résume à une mixture de thatchérisme, de «reaganomique» et de «consensus de Washington», tous favorables aux privatisations, à la libéralisation économique et à des banques centrales préoccupées uniquement par l’inflation, et accessoirement par la stabilité des prix, hors de toute considération de croissance.

Déformation du réel, culte de l’évaluation et mépris de la justice, domination d’une caste et idéal sécuritaire, tels sont les signes les plus manifestes du nouvel ordre néolibéral. L’ouvrage installe méthodiquement les pièces du puzzle néolibéral pour dévoiler d’abord son arrière-boutique, son «fil conducteur», nous dit l’auteur : une nouvelle forme de valeur, la haute main du banquier sur l’économie réelle, l’antre des spéculateurs que sont devenues les places boursières, dans ce qu’il est advenu d’appeler une «économie de casino».

La chaîne de domination et de dépendances qu’un tel ordre génère est longuement illustrée par l’humiliation subie par la Grèce, à la faveur du rééchelonnement de sa dette, de nouvelles vagues d’acquisitions coloniales, avec la constitution des fonds pétroliers et la contagion de nouvelles ressources comme l’eau et la terre par l’appât du gain, la privatisation de la guerre, etc. Il s’ensuit l’avènement de nouveaux vecteurs de la puissance que dessinent l’entreprise du futur, le management financier, le poids du lobbying, le diktat des agences de notation ou encore la gouvernance algorithmique. Une telle évolution ne peut laisser aucun droit de cité à la liberté et à la démocratie, ou à toute autre valeur héritée du libéralisme ancien. Le nouveau système politique est une «démocratie totalitaire» qui déconsidère le suffrage universel et les institutions représentatives, menace les libertés syndicales, érode le pouvoir de négociation des salariés. Il prévaut la règle «Un dollar = une voix», avec une certaine fatalité de la terreur, sur fond de raz-de-marée d’extrême droite, de perdition de la gauche et de la social-démocratie, de velléité social-libérale.

Au plan social, cette évolution se traduit par une accentuation des inégalités et injustices meurtrières, une pauvreté croissance, le déclin des classes moyennes, l’éloge de la médiocrité, «le syndrome du larbin». Politiquement parlant, le système installe un État qualifié de carcéral et sans souveraineté, qui a pour mission de supplanter les classes. Quel avenir immédiat se profile devant tant de menaces ? Le modèle néolibéral, «survendu», peine à produire de la croissance, le non-marchand progresse, sur fond de désertion et de désobéissance, comme en témoigne la «gifle islandaise» — insuffisamment analysée, estime Ammar Belhimer. À plus long terme, «le capitalisme du désastre» semble annoncer son «autodestruction».

R. C.

 

L’auteur présentera et dédicacera son livre à la libraire Chaïb-Dzaïr — baptisée du nom de la première chahida tombée au champ d’honneur aux côtés de Badji Mokhtar — 1, rue Pasteur, Grande-Poste, Alger, samedi 11 mars à 15 heures.

 

 

 

EL MOUDJAHID - QUOTIDIEN NATIONAL D'INFORMATION Edité par l'EPE - EURL El MOUDJAHID - 20, Rue de la Liberté - Alger - Algérie

Tél. : +213(0)21737081 - Fax : +213(0)21739043

Mail : info@elmoudjahid.com

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L’INTERNATIONAL DANS LA PRÉSIDENTIELLE( en France)

Publié le par Mahi Ahmed

L’INTERNATIONAL DANS LA PRÉSIDENTIELLE

 

MICHEL ROGALSKI*

Directeur de la revue Recherches internationales

 

 

La campagne présidentielle de 2012 avait été marquée par son quasi-silence sur les enjeux internationaux révélant la réalité d’un consensus entre les principaux candidats qui jugeaient inutile d’en discuter ou de s’opposer faussement. La suite a bien montré que la politique étrangère de la France ne soit pas débattue devait inquiéter. Le « mollétisme » de François Hollande s’inscrivait parfaitement dans le sillon tracé par Nicolas Sarkozy.

Le cap a été maintenu, marqué par la multiplication des interventions et expéditions guerrières, au point que c’est ce que l’on retiendra le plus du dernier quinquennat. Autant la diplomatie sarkozyste avait été stupéfiante d’inflexions, de retournements, de gages inutilement donnés et d’impréparations velléitaires riches de conséquences, au point que l’on a pu s’interroger s’il existait une vision d’ensemble cohérente du rôle de la France dans le monde. Autant celle de François Hollande a été d’une grande clarté : atlantisme effréné donnant dans la surenchère au point d’être plus jusqu’au-boutiste que celle des États-Unis sur l’Iran, la Syrie, la Russie, abaissée et docile dans sa relation à l’Union européenne, inexistante et illisible dans sa relation au monde en développement.

La campagne de 2017 s’annonce différemment. Marquée par un monde qui a beaucoup évolué, elle en porte les stigmates et révèle des postures nouvelles, parfois à front renversé par rapport aux positions habituelles. Elle traduit surtout un renouveau d’intérêt marqué pour ces questions qui apparaissent loin d’être un facteur extérieur secondaire ne faisant qu’apporter des corrections négligeables aux problèmes locaux, mais s’imposent comme une réalité omniprésente façonnant la vie des états et des individus. Bref, l’international et la politique étrangère font irruption dans la campagne traduisant l’inquiétude tout à la fois sur la place de la France et sa capacité à peser sur l’évolution du monde et à s’en protéger. Car on sait que la France ne manque pas d’atouts et a su toujours s’appuyer sur son statut de membre permanent du Conseil de sécurité, sa puissance militaire nucléaire, la francophonie, son poids dans le PIB mondial, sa maîtrise de la haute technologie, son réseau d’ambassades et de diplomates qualifiés, bref tout ce qui concourt au rayonnement d’un pays. Notre pays a toujours su en jouer en donnant à sa politique étrangère, grâce à son non-alignement, plus de poids qu’elle n’en avait réellement. L’irruption de cette thématique dans un monde troublé et chamboulé ne doit donc pas étonner. Les dossiers qui cristallisent les oppositions commencent à émerger entre les candidats, voire, fait plus surprenant, au sein même des primaires, à gauche comme à droite.

Le débat s’amorce et va probablement s’amplifier autour de différents sujets. On peut sans peine les identifier. Certains ont déjà marqué la présidentielle américaine ou le referendum britannique sur le Brexit. Ainsi en est-il du bilan de la mondialisation et de ses effets. L’opposition entre libre-échange et protectionnisme devient un enjeu largement débattu et nourrit le retour de l’appel à la démondialisation. De même, la montée des flux migratoires, dont les causes multiples ne sauraient se réduire à la seule mondialisation, donne naissance à de vives polémiques entre postures extrémistes et irresponsables de ceux qui rêvent d’un tout sécuritaire et d’expulsions massives et de ceux qui déclarent que désormais la liberté de s’installer devrait être acquise et que chacun pourrait à sa guise résider où bon lui semble et en viennent à penser que le nomadisme planétaire pourrait ainsi tenir lieu de politique de développement. La nature de l’Union européenne et surtout son rapport à celle-ci, si décisif pour crédibiliser l’application d’un programme, sont déjà au cœur des débats. L’atlantisme, surtout dans l’incertitude des orientations de la présidence de Trump, ne fait plus recette et aucun candidat ne s’en réclame, alors que c’était une figure quasi-imposée il y a encore peu. C’est le rapport à la Russie qui mobilise les échanges et révèle des postures nouvelles, souvent à front renversé. Enfin l’analyse de l’islamisme radical divise tout autant que la façon d’en contrarier les aspects terroristes.

Le quinquennat écoulé a vu grandir la défiance populaire à l’égard des institutions européennes. Maintes élections en ont porté témoignage. Le traitement réservé à la Grèce a choqué et dessillé beaucoup d’yeux. Le courage d’Alexis Tsipras, le premier chef d’État européen à avoir engagé un bras de fer avec les institutions de la Troïka a forcé l’admiration même si la solidarité lui a été trop ténue et le rapport de force au final insuffisant. Mais des leçons ont été retenues. D’abord devant le rouleau compresseur de Bruxelles, il faut gagner des alliés et ne pas rester isolé. Ensuite, l’Union européenne telle qu’elle s’est constituée, avec l’empilement de traités successifs, est devenue un instrument de verrouillage de tout changement social et progressiste. Sa fonction centrale au service des oligarchie l’a transformée en Sainte Alliance obligeant ses États membres à rester enfermés dans une politique du « cercle de la raison ». Elle entend ainsi jouer le rôle de réducteur d’incertitude en limitant l’oscillation du balancier politique. Enfin, la crise grecque a montré que la recherche d’une autre Europe, souhaitable mais certainement très longue à obtenir, ne nous exonérait surtout pas de la question du « qu’est-ce qu’ont fait en attendant ? ». Et surtout qu’il en allait de la crédibilité de tout programme non-eurocompatible de pouvoir répondre à cette question du rapport à l’Europe qui a ainsi pris le pas sur la nature de l’Europe désirable à laquelle la plupart des partis appellent à réfléchir après le Brexit britannique. Ainsi des propositions inimaginables il y a cinq ans s’invitent dans le débat. L’un propose d’aller « casser de la vaisselle à Bruxelles », d’autres invitent à renégocier les traités européens et en cas de refus suggèrent de recourir au peuple pour décider d’une éventuelle sortie de l’Union en expliquant que la France n’est pas la Grèce. Les interrogations sur les bienfaits ou la nécessité de l’euro se sont ravivées. L’adoption du Brexit a tétanisé les Commissaires européens et renforce la détermination des tenants d’un « bras de fer » ou d’une politique de « désobéissance ». On est désormais bien loin des timidités de 2012.

L’analyse de la politique russe et de l’attitude qu’il convient de manifester à son égard s’est également invitée dans la campagne présidentielle. Comment la Russie voit-elle le monde ? Doit-elle être traitée comme adversaire, partenaire ou alliée ? La parenthèse post-guerre froide se referme-t-elle s’ouvrant sur une période multipolaire ? Ces interrogations sont en débat et ne laissent plus que les Verts et les socialistes comme tenants d’une politique d’affrontement du type de la guerre froide. Il leur faudra admettre que depuis 1999 la Russie de Poutine n’est plus celle de Boris Eltsine. La Russie était alors pour la communauté internationale un pays à démocratiser, à préparer au passage à l’économie de marché, à intégrer internationalement et à affaiblir militairement. Traduisons : à livrer aux oligarques mafieux et à piller ce qui pouvait l’être, à commencer par ses cerveaux qualifiés, et à mettre à genoux. Misère et humiliation entraînèrent un retour de manivelle avec l’ambition de reconstruire un pays dévasté et de lui redonner sa place sur la scène internationale. L’incertitude et le désengagement américain, ajoutés à la désunion et l’ingouvernance européennes ont conféré des marges de manœuvres à la Russie dont le rôle est apparu comme incontournable dans une région comme le Moyen-Orient. En six mois, son engagement contre le djihadisme en Syrie est apparu plus efficaces que trois années de coalition occidentale plus soucieuse de déboulonner le régime syrien que de combattre l’État islamique. Face à cet ennemi principal, beaucoup en viennent à penser qu’il convient de traiter autrement la Russie et notamment d’en faire un partenaire dans les questions européennes et un allié dans la reconstruction du Moyen-Orient dévasté. Sur le rapport à la Russie, l’Europe est divisée, certains pays lui demandant de l’en protéger, d’autres considérant qu’elle appartient au monde occidental et doit donc être traitée comme une alliée, notamment dans d’autres conflits jugés comme essentiels. Bref, ni adversaire ni ennemie, mais partenaire exigeante et indispensable. Sur des bases idéologiques différentes, trois candidats déjà déclarés à la présidentielle – Mélenchon, Fillon, Le Pen – représentant une large majorité d’électeurs, adhèrent à cette approche nouvelle qui sort d’une vieille posture de guerre froide. Panorama politique inimaginable en 2012.

Sur l’international la campagne présidentielle de 2017 ne va pas ronronner. Elle sera vive d’affrontements notamment autour du libre-échange, de l’intérêt de l’atlantisme, du rapport à la Russie et à l’Union européenne, de l’analyse de l’islamisme radical et de la façon de le combattre. Des postures nouvelles, des fissures inédites vont apparaître et laisseront leurs traces dans les recompositions politiques futures. Ces questions ne resteront pas mineures dans le débat qui s’ouvre.

 

 

Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.

6, av. Mathurin Moreau; 75167 Paris Cedex 19

Site : http://www.recherches-internationales.fr/

Mail : recherinter@paul-langevin.fr

Abonnements 4 numéros par an : 55 Euros, Étranger 75 Euros

 

 

 

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INAUGURATION DE LA GALERIE DU CAFÉ LITTÉRAIRE «LE SOUS-MARIN»

Publié le par Mahi Ahmed

INAUGURATION DE LA GALERIE DU CAFÉ LITTÉRAIRE «LE SOUS-MARIN»

El Moustach donne le ton!

Par O. HIND - Lundi 02 Janvier 2017 00:00

un nouvel espace pour les artistes

N'étant encore qu'à la première phase de ce chantier culturel, un autre appel de collecte de fonds est lancé pour l'aménagement de la 2ème partie. Votre soutien est le bienvenu..

Un nouvel espace culturel a été inauguré vendredi dernier au 67 boulevard Krim Belkacem ex-Télemly. Il s'agit de la 1ère partie de la galerie d'art dépendante du projet le Café littéraire «le sous-marin». Un événement lancé avec une expo de l'artiste indergound El Moustach qui s'étalera jusqu'au 7 janvier 2017. Il s'agit en fait du siège du Pags qui met à la disposition des artistes cet espace qui a été réalisé faut- il le souligner à l'initiative du militant et acteur Kader Affak, qui a réalisé ce bijou d'endroit avec l'aide et le soutien de nombreuses personnes. Un lieu né donc du soutien participatif ou crowdfunding, de mécènes et étudiants des beaux-arts qui croient en ce lieu qui respirera à coup sûr la liberté d'expression et de créativité encore plus durant l'année 2017. Dans cette pièce-couloir un peu exigu, néanmoins, seul petit bémol, de cet espace, vous découvrirez pour commencer les oeuvres de El Moustach. Du design graphique au concept bien trempé, avec cet artiste, le ton est donné. Par voie de transgression, cet artiste qui se plaint à détourner des images symboles de notre patrimoine a le génie de nous dévoiler un nouveau regard sur notre monde qui nous entoure marqué d'humour et de dérision. Dans son affiche d'ailleurs, on peut apercevoir des ballons qui se disputent l'espace à de nombreuses baguettes de pain, comme un leitmotiv sachant que les deux sont des «denrées» nutritives essentielles pour l'Algérien, ne sachant qui de l'un ou de l'autre est le plus vital. Si le football est l'opium du peuple, le pain est en tout cas la sève de survivance minimum pour le démuni. Aussi, cette installation nous a permis de redécouvrir ses portraits décalés du monde de la chanson populaire mais aussi de l'art et de la culture algériens, à l'instar de Amar Ezzahi, Kamel Messaoudi, El Hachemi Guerouabi, Othmane Bali ou encore Tahar Djaout, de Abdelkader Alloula, et Lounès Matoub entre autres, le tout avec une touche contemporaine hautement originale et colorée. A cette occasion, les présents, vendredi dernier ont pu également apprécier la musique d' El-3ou, concepteur de maquettes, avec lequel El Moustach a l'habitude de collaborer, mais aussi de rencontrer le conteur et poète Abdelmadjid Arab, qui prête sa voix aux instrus d'El-3ou. «La production culturelle ne peut se comprendre sans une réflexion sur la question de l'accès des citoyens aux moyens de diffusion artistique. La pratique et le contact des citoyens avec la culture deviennent un véritable enjeu démocratique», affirment d'emblée les organisateurs de cet espace et d'estimer encore: «Les nouveaux lieux culturels alternatifs qui se conçoivent à Alger comme les Ateliers sauvages, Picturies Générales ou la Baignoire... (on pourrait inscrire le sous-marin dans ce mouvement), entendent la préservation d'une autonomie de l'art, de l'acte artistique et des acteurs dans leur capacité à définir leur projet, vis-à-vis du pouvoir public et des logiques marchandes.» N'étant encore qu'à la première phase de ce chantier culturel, un autre appel de collecte de fonds est lancé pour l'aménagement de la 2ème partie qui fera jonction avec l'espace du café. «L'idée de partage est au coeur du projet. Un tel espace qui encourage l'activisme culturel et la citoyenneté nécessite un engagement réel aussi bien financier, matériel que personnel. Toutes les bonnes volontés peuvent contribuer et participer ainsi à faire reculer le pessimisme actuel. Notre pari c'est de rendre le lieu fonctionnel dans les plus brefs délais pour y animer des soirées conviviales où l'art aura toute sa place, avec l'objectif qu'il soit, dès son ouverture au public, un endroit où on a envie de revenir pour sa magie et sa poésie.» Et de renchérir pour mieux expliquer le projet: «Le Café littéraire «le Sous-Marin» est un projet issu de la société civile, où s'expérimentera une démocratie culturelle en actes.» L'appel à soutenir le projet est en tout cas bien lancé. Aux âmes charitables et engagées surtout de répondre en faveur. Car justement il n'y a pas que le foot dans la vie. Les sponsors s'en chargent très bien. Très intéressant aussi de voir comment cet artiste a su détourner le sigle Lacoste connu pour être la marque branchée des tee-shirts des riches. El Moustache nous fera voir ces fameux crocodiles autrement en ayant comme centre d'attaque, le pain encore une fois. Ce n'est pas pour rien s'il a placé son expo sous le thème: «Du peuple et pour le peuple» comme pour paraphraser ce fameux slogan socialiste qu'il remet au goût du jour avec une certaine note de dérision quand il évoque l'économie de marché sauvage qui prévaut dans notre société. Tous ces visuels sont ainsi teintés de cet humour grinçant et fort qui saute aux yeux pour mieux interpeller au-delà de l'imaginaire, notre conscience. A noter que «Le Sous-Marin», se trouve véritablement au sous-sol, d'où son nom. C'est un espace café littéraire, une galerie d'art, mais qui devra servir également de dortoir pour héberger les jeunes artistes qui viendront de l'intérieur du pays. Il possède également une salle de projection et de spectacle qui peut recevoir 180 personnes. Pour toute contribution aux travaux d'aménagement un numéro vous est proposé: 0556041692. N'hésitez donc pas donc à vous rentre util(e), pour l'amour de l'art. Ce que l'on appelle réellement de la solidarité citoyenne.

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Amimer, fils du peuple et maitre du Chaabi

Publié le par Mahi Ahmed

Amimer, fils du peuple et maitre du Chaabi

Par Marwan Andaloussi

 

 

 

Quand l’occasion se présente, le peuple ne la rate pas, il parle et sa voix porte. La dernière manifestation de cette éloquence de masse a eu lieu le premier décembre lors de l’enterrement du très regretté Amar Ezzahi.

Ce jour là, le peuple a donc parlé en montrant tout ce qu’il possède de plus élevé dans sa tradition et ses usages. La dignité, la sensibilité et la sobriété. Et la conscience émue d’une perte d’importance.

Ces funérailles spectaculaires par la ferveur ainsi que la dimension de la procession qui a accompagné l’artiste au cimetière d’El-Kettar a montré l’attachement de la population aux personnalités valeureuses, à tous ceux qui, dans le respect et la sincérité, renvoient une belle image du peuple.

 

Cet événement a montré aussi, même si cela n’a pas été relevé, que le Châabi est toujours vivant malgré une déculturation forcenée.

 

 

Rarement la disparition d’un artiste aura autant marqué les esprits et provoqué une telle émotion. Les témoignages, d’une frappante sincérité, relayés par les réseaux sociaux affirment unanimement la bonté, la générosité et l’humilité du défunt.

Et comme pour appuyer les propos, d’innombrables photos ont circulé sur le web, montrant l’artiste en bleu de Chine – le fameux « Shanghai », cher aux Algérois de la vieille école – prenant la pose à côté de jeunes, d’enfants et de vieillards anonymes. Illustration de la simplicité et de l’accessibilité totale d’Amar Ezzahi, les images ont le plus souvent pour cadre le quartier de la rampe Louni-Arezki (ex rampe Vallée), un café populaire ou la devanture d’une épicerie.

Quel artiste ou quel personnage public pourrait se targuer d’un tel amour du peuple ?

 

Désintéressé, le succès ne lui est jamais monté à la tête et il n’avait que mépris pour les honneurs et les reconnaissances officielles. Amar Ezzahi détonnait, par sa vaste culture et l’élégance de son maintien, avec le milieu artistique commun qui occupe les plateaux de télévision.

 

 

Un astre du chaabi

Amar Ezzahi se tenait loin des lumières artificielles. Pourtant il était brillant et rayonnait. Homme au verbe rare et pourtant ses paroles circulaient inlassablement parmi ses admirateurs.

Il réservait son verbe à son art. En écoutant l’admirable interprète d’Al Harraz, ce poème envoutant, on entreprend un long et émouvant voyage intérieur. Une pérégrination intime, au plus profond des sentiments, dans le chagrin, les tourments, la beauté et l’infinie poésie de la passion amoureuse.

 

Ezzahi, avec une force d’évocation peu commune, transporte aussi dans le temps. Par sa voix au timbre clair, juste et posée, chantant des textes bouleversants, le public partait à la découverte du continent disparu des sociétés ancestrales. La noble et altière culture d’un passé révolu renaissait l’espace d’une soirée ou d’un enregistrement à travers des narrations d’épisodes héroïques ou indignes, d’histoires d’amour et de trahison, de passions légendaires et désespérées.

 

 

Sa voix exceptionnellement douce avait le pouvoir de susciter la mélancolie et la joie. Amar Ezzahi, en magicien du cœur, incitait à la méditation ou provoquait l’allégresse d’un public toujours très attentif.

Quand il exécutait une des touchiates andalouse au goût d’éternité, l’artiste avait ce pouvoir de suspendre le temps et le débarrasser des contingences de la vie quotidienne, de l’existence souvent difficile de son public populaire.

Ezzahi s’est distingué dans le monde du chaabi en s’affranchissant du style imposé par l’immense El Hadj M’hamedAl Anka, il s’est faufilé subtilement hors du cadre pour créer son propre style. De ce point de vue, sa réussite est incontestable car Amimer, ainsi que le nommait affectueusement son public, ne chantait pas seulement les qasidas, il semblait les vivre. Il était habité par la poésie.

 

Durant plus d’un demi-siècle et en dépit de toutes les vicissitudes de l’histoire de l’Algérie, Amar Ezzahi, en créateur de beauté et homme de haute culture, a contribué généreusement à la préservation et à la transmission d’un patrimoine d’une richesse incalculable.

 

 

Il ne sera pas oublié.

Allah yerham lechyakh al faizin lahbar.

 

https://youtu.be/_SYWvJaG9iU

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Une histoire mouvementée des Kurdes de Turquie

Publié le par Mahi Ahmed

Une histoire mouvementée des Kurdes de Turquie

« LE HDP EST UNE BONNE MALADIE »

 

ORIENT XXI > MAGAZINE > CHRIS DEN HOND > 28 NOVEMBRE 2016

Avec la fermeture des médias kurdes et d’opposition et l’arrestation de onze députés du Parti démocratique des peuples (HDP) élus au Parlement de Turquie, le président Recep Tayyip Erdogan franchit une nouvelle ligne rouge. Il criminalise les Kurdes. Pourtant, l’élan du HDP qui, en plus des Kurdes, rassemble des minorités arméniennes, assyro-chaldéennes, des militants du mouvement LGBT et diverses composantes de la gauche, est réel. Retour sur une histoire mouvementée.

 

Dogan Özgüden, né en 1936 à Ankara d’une famille de cheminots turcs, est rédacteur en chef de l’agence de presse Info-Türk basée à Bruxelles. Après le coup d’État militaire de 1971, Özgüden et sa femme Tugsavul ont dû quitter la Turquie, après une cinquantaine de procès d’opinion pour les articles qu’ils avaient publiés. Il lui est toujours interdit de retourner en Turquie. Il raconte :

 

Depuis plus de soixante ans que je suis actif dans la vie politique en Turquie, je peux vous assurer que le génocide arménien et la question kurde sont des sujets tabous. Après sa création en 1961 par des syndicalistes de gauche qui contestaient le syndicalisme pro-américain en Turquie, le Parti ouvrier de Turquie (TIP) a grandi grâce au soutien massif des camarades kurdes. Parmi ses quinze élus à l’Assemblée, il y avait plusieurs Kurdes, élus sur un programme socialiste. Le TIP a été interdit après le coup d’État de 1971 parce qu’il avait déclaré que “le peuple kurde a le droit d’exercer ses droits politiques en Turquie.” Ensuite, les Kurdes ont cherché une issue politique autonome. Certains se sont alliés au Parti démocratique du Kurdistan irakien de Massoud Barzani, mais après le coup d’État militaire de 1980, c’est le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui a lancé la lutte armée et obtenu un soutien de masse au Kurdistan turc.

Dans une situation de guerre, avec quatre mille villages brûlés et vidés de leurs habitants au Kurdistan turc1, dans une ambiance politique déterminée par le slogan « un seul État, un seul peuple, une seule langue, le turc », le mouvement kurde a cherché des issues politiques.

 

Dogan Özgüden poursuit :

 

Lors des élections nationales d’octobre 1991, la première fois que des candidats kurdes se sont présentés comme membres du Parti du travail du peuple (HEP) prokurde sur la liste du Parti social-démocrate (SHP), ils ont obtenu vingt-deux sièges. Quand en 1991 Leyla Zana a prêté serment en kurde en disant : “Vive la fraternité entre les peuples turc et kurde”, elle et ses compagnons ont été chassés de l’Assemblée nationale et condamnés à quinze ans de prison pour trahison et liens avec le PKK. Ils ont croupi en prison pendant dix ans. Le SHP avec lequel ils avaient conclu une alliance — mais qui est un parti étatique et kémaliste — les a laissés tomber. Leyla Zana a obtenu le prix Sakharov du Parlement européen, mais cela ne l’a pas fait sortir de prison.

CHANGEMENTS DE DÉNOMINATION

 

Cemile Renklicay, militante kurde et conseillère municipale en région parisienne précise :

 

Les partis prokurdes sont successivement fermés et refont surface sous un autre nom, parfois même dans les mêmes locaux avec partiellement le même personnel. On change le logo et en avant vers la prochaine interdiction.

Souvent en effet, pour ne pas tomber dans le vide politique, un parti politique prokurde a été juridiquement recréé sous un nouveau nom après une interdiction. En voici la liste :

- le HEP, créé en 1990, interdit en 1993 ;

- le Parti de la liberté et de la démocratie (Ozdep), créé en 1993, interdit en 1993 ;

- le Parti de la démocratie (DEP), créé en 1993, interdit en 1994 ;

- le Parti de la démocratie du peuple (Hadep), créé en 1994, interdit en 2003 ;

- le Parti démocratique du peuple (Dehap), créé en 1997, interdit en 2005 ;

- le Parti pour une société démocratique (DTP), créé en 2005, interdit en 2009 ;

- le Parti pour la paix et la démocratie (BDP), créé en 2008, renommé « Parti démocratique des régions » (DBP) qui soutient le HDP, créé en 2013…

 

Cemile Renklicay :

 

Le Hadep, créé en 1994 et interdit en 2003 a eu la vie la plus longue. Malgré la capture d’Abdullah Öcalan début 1999 et les manifestations de masse partout dans le monde, malgré l’interdiction de la télévision kurde, malgré l’interdiction de fêter le nouvel an kurde, Newroz, en mars 1999, malgré le régime d’exception militaire OHAL2 dans la région kurde de Turquie, le parti prokurde Hadep a pu participer aux élections municipales de 1999. C’était très important, parce que c’était la seule expression politique laissée aux Kurdes par le pouvoir en place. Le Hadep ne dépassait pas les 10 % au niveau national, n’avait donc aucune représentation au niveau national, mais a gagné trente-sept mairies dans les principales villes au Kurdistan de Turquie, à Diyarbakir, Van, Batman, surtout au détriment du parti Refah, le prédécesseur du Parti de la justice et du développement (AKP) actuel.

DROITS HUMAINS CONTRE ENTRÉE DANS L’UE

 

Avec Öcalan derrière les barreaux et désireuse de devenir membre de l’Union européenne, la Turquie s’est vue obligée de lâcher un peu de lest en matière de droits démocratiques. Le mouvement kurde en a profité pour élargir la brèche, exiger et même imposer des droits linguistiques et culturels. L’État résistait encore à cette poussée politique quand, par exemple, des gouverneurs, nommés par l’État, interdisaient Newroz parce que dans la demande d’autorisation de la part des maires kurdes était écrit le « w » de Newroz, au lieu du « v » du Nevruz, la première graphie étant considérée comme kurde et séparatiste, la seconde comme turque. Mais globalement, dans les années 2000, le mouvement politique kurde en Turquie s’est considérablement renforcé. Même si les pouvoirs des municipalités restaient très limités, l’état d’exception militaire OHAL était peu à peu supprimé dans la région kurde de Turquie et les gens pouvaient un peu respirer.

 

Dogan Özgüden :

 

Quand la Turquie voulait devenir membre de l’Union européenne et devait donc respecter les critères concernant les droits humains, elle s’est rendu compte qu’il lui fallait tenir compte non seulement des Kurdes, mais aussi des Arméniens, des Assyriens... C’est ce qui a donné dans les années 2000 un semblant de processus de paix, avec Abdullah Öcalan comme interlocuteur.

UN IRRÉSISTIBLE ASCENSION

 

En 2002, c’est sous le nom de Parti démocratique du peuple, Dehap, que le mouvement kurde participe aux élections nationales et obtient 3 millions de voix et 7 % au niveau national — donc aucun représentant dans le Parlement à cause du seuil électoral de 10 %.

 

En 2007, justement pour avoir des élu(e)s, le DTP, successeur du Dehap, décide de ne pas participer aux élections législatives en tant que parti, mais de soutenir ses candidats individuellement. Ils obtiennent 22 sièges au Parlement.

 

En 2009, lors des élections municipales, le DTP gagne les mairies dans plus de cent villes et villages dans la région kurde. Un record. Le BDP, successeur du DTP, obtient 36 sièges au Parlement avec la même méthode : le soutien à des candidats individuels.

 

Cemile Renklicay :

 

Le Hadep avait du mal à conclure des alliances, mais l’inverse est vrai aussi : la gauche avait du mal à s’allier à un parti politique considéré comme la vitrine du “PKK terroriste”. C’est avec le HDP que les choses ont changé.

Murat Ronî, du Conseil démocratique kurde de France, CDK-F rapporte :

 

Ça fait quarante ans maintenant qu’il y a la lutte armée, parce qu’il n’y avait pas d’autre choix que de se défendre les armes à la main. Mais nous savions que la seule voie militaire ne pouvait pas aboutir à une solution. Il a fallu du temps aux différents groupes de gauche et aussi au mouvement kurde pour aboutir au projet HDP, c’est-à-dire à l’union de toutes les forces démocratiques. Nous avons toujours clamé que la solution était politique, d’où l’importance d’une formation comme le HDP. La violence d’Erdogan contre le HDP est justement la conséquence de son importance grandissante dans la société. Le HDP est une maladie contagieuse enTurquie, mais c’est une bonne maladie, je dirais. Lorsqu’Erdogan a attaqué le HDP, c’était, au-delà des Kurdes, contre tous ceux qui sont un peu les oubliés de la nation turque, les LGBT3, les Assyro-Chaldéens4, les Arméniens, et aussi des journalistes, des artistes.

LE TEMPS DES ALLIANCES

 

Avec la montée en force du mouvement politique kurde et sa représentation politique, les Kurdes ont décidé de relever un nouveau défi : dépasser le seuil électoral de 10 % au niveau national en se présentant comme force politique, et plus en soutenant des candidats individuels. La question des alliances avec d’autres forces a été prise très au sérieux. Le pari était risqué, puisque si le HDP n’atteignait pas 10 % au niveau national, il n’y avait plus eu aucun(e) élu(e) dans le Parlement et la déception éloignerait certainement le mouvement kurde de toute solution politique.

 

Pour Emre Öngün, turco-français, enseignant à Paris et militant d’Ensemble ! :

 

L’importance du HDP est énorme pour toutes les populations en Turquie, parce qu’il y a l’ouverture du mouvement kurde vers d’autres forces. Le HDP a aussi été le réceptacle de ce qu’a été le mouvement de Gezi. La jeunesse est plus ouverte sur la question kurde. Le HDP est le seul parti à porter les revendications LGBT de manière aussi forte, et c’est une députée du HDP qui a déposé au Parlement la première demande de reconnaissance du génocide arménien. Le HDP représente cet espoir, et c’est pour cela qu’il est aussi violemment réprimé.

Le HDP a obtenu 13 % et 80 sièges aux élections législatives de mai 2015 avec Selahettin Demirtas « l’Obama kurde » comme coprésident jeune et charismatique. C’était la fête chez les uns, la rage chez les autres. Le HDP privait Erdogan de ses voix nécessaires pour réformer la Constitution et devenir le président-sultan de la Turquie. Il a donc provoqué la guerre, une partie du mouvement kurde est tombée dans le piège et mène la lutte armée à l’intérieur des villes au Kurdistan. Ce qui restait d’un processus de paix cosmétique est désormais enterré. Une partie des alliés du HDP lui ont tourné le dos, Erdogan a convoqué de nouvelles élections, mais le HDP a fini la course électorale avec juste un peu plus de 10 % et privé de nouveau Erdogan de la majorité nécessaire pour modifier la Constitution. Restait à Erdogan à enlever leur immunité aux 59 député(e)s HDP. La tentative de coup d’État du 19 juillet 2016 a été l’occasion ou jamais de les accuser de liens avec le terrorisme du PKK et de les incarcérer.

 

 

Manifestation du 5 novembre à Paris contre la répression des élus du HDP — YouTube

Conclusion de Dogan Özgüden :

 

Le partage du Proche-Orient a été un partage colonial et désormais les Kurdes saisissent l’occasion de redessiner la carte pour réparer l’injustice coloniale qui leur a été faite avec les accords Sykes-Picot. La lutte contre l’organisation de l’État islamique (OEI) a fortement modifié les rapports de force au Proche-Orient. Les Kurdes jouent un rôle important dans cette recomposition. Je ne sais pas sous quelle forme le Kurdistan va émerger, probablement pas sous la forme d’un État-nation. Mais si certains pays de quelques centaines de milliers de citoyens sont représentés à l’ONU, un peuple de 35 millions de personnes a certainement droit à une forme autonome d’existence.

CHRIS DEN HOND

1Les autorités turques ne reconnaissent pas la dénomination de «  Kurdistan  ». Pour eux, il s’agit de la région turque de l’Anatolie du Sud-Est.

2«  Région en état d’urgence  » créée en 1987 dans le sud-est de la Turquie dans le cadre du conflit turc-kurde.

3Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres.

4«  Assyriens  » ou «  Assyro-Chaldéens  » : peuple chrétien du Proche-Orient, parlant et écrivant une langue syriaque proche de l’araméen. Ils appartiennent à l’une des Églises orientales nées à la fin du IVe siècle dans l’empire romain. En Turquie, pourchassés et poussés à l’exil durant la première guerre mondiale, ils se sont en partie réinstallés depuis les années 2000.

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Les e-mails d’Hillary Clinton et la Confrérie

Publié le par Mahi Ahmed

Les e-mails d’Hillary Clinton et la Confrérie

par Thierry Meyssan

L’enquête du FBI sur les e-mails privés d’Hillary Clinton ne porte pas sur une négligence face aux règles de sécurité, mais sur un complot visant à distraire toute trace de ses correspondances qui auraient dû être archivées sur des serveurs de l’État fédéral. Il pourrait comprendre des échanges sur des financements illégaux ou de la corruption, d’autres sur les liens des époux Clinton avec les Frères musulmans et les jihadistes.

RÉSEAU VOLTAIRE 1ER NOVEMBRE 2016

 

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La relance de l’enquête du FBI sur les e-mails privés d’Hillary Clinton ne porte plus sur les questions de sécurité, mais sur des trafics qui pourraient aller jusqu’à la haute trahison.

Techniquement, au lieu d’utiliser un serveur sécurisé de l’État fédéral, la secrétaire d’État avait fait installer à son domicile un serveur privé, de manière à pouvoir utiliser Internet sans laisser de traces sur une machine de l’État fédéral. Le technicien privé de Mme Clinton avait nettoyé son serveur avant l’arrivée du FBI, de sorte qu’il n’était pas possible de savoir pourquoi elle avait mis en place ce dispositif.

Dans un premier temps, le FBI a observé que le serveur privé n’avait pas la sécurisation du serveur du département d’État. Mme Clinton n’avait donc commis qu’une faute de sécurité. Dans un second temps, le FBI a saisi l’ordinateur de l’ancien membre du Congrès, Anthony Weiner. Celui-ci est l’ancien époux d’Huma Abedin, directrice de cabinet d’Hillary. Des e-mails provenant de la secrétaire d’État y ont été retrouvés.

Anthony Weiner est un homme politique juif, très proche des Clinton, qui ambitionnait de devenir maire de New York. Il dut démissionner à la suite d’un scandale très puritain : il avait envoyé des SMS érotiques à une jeune femme autre que son épouse. Huma Abedin se sépara officiellement de lui durant cette tourmente, mais en réalité ne le quitta pas.

Huma Abedin est une états-unienne ayant été élevée en Arabie saoudite. Son père dirige une revue académique —dont elle fut durant des années la secrétaire de rédaction— qui reproduit régulièrement l’avis des Frères musulmans. Sa mère préside l’association saoudienne des femmes membres de la Confrérie et travaillait avec l’épouse du président égyptien Mohamed Morsi. Son frère Hassan travaille pour le compte du cheikh Yusuf al-Qaradawi, le prêcheur des Frères et conseiller spirituel d’Al-Jazeera.

 

À l’occasion d’un déplacement officiel en Arabie saoudite, la secrétaire d’Etat visite le collège Dar al-Hekma en compagnie de Saleha Abedin (mère de sa directrice de cabinet), présidente de l’association des Sœurs membres de la Confrérie.

Huma Abedin est aujourd’hui un personnage central de la campagne Clinton, à côté du directeur de campagne, John Podesta, ancien secrétaire général de la Maison-Blanche sous la présidence de Bill Clinton. Podesta est par ailleurs le lobbyiste attitré du Royaume d’Arabie saoudite au Congrès pour la modique somme de 200 000 dollars mensuels. Le 12 juin 2016, Petra, l’agence de presse officielle de Jordanie, avait publié une interview du prince héritier d’Arabie, Mohamed Ben Salmane, affirmant la modernité de sa famille qui avait illégalement financé à hauteur de 20 % la campagne présidentielle d’Hillary Clinton, quoique ce soit une femme. Le lendemain de cette publication, l’agence annulait cette dépêche et assurait que son site internet avait été piraté.

 

Madame Abedin n’est pas la seule membre de l’administration Obama liée à la Confrérie. Le demi-frère du président, Abon’go Malik Obama, est le trésorier de l’Œuvre missionnaire des Frères au Soudan et président de la Fondation Barack H. Obama. Il est directement placé sous les ordres du président soudanais, Omar el-Béchir. Un Frère musulman est membre du Conseil national de sécurité —la plus haute instance exécutive aux États-Unis—. De 2009 à 2012, c’était le cas de Mehdi K. Alhassani. On ignore qui lui a succédé, mais la Maison-Blanche niait qu’un Frère soit membre du Conseil jusqu’à ce qu’une preuve surgisse. C’est également un Frère qui est ambassadeur des États-Unis auprès de la Conférence islamique, Rashad Hussain. Les autres Frères identifiés occupent des fonctions moins importantes. Il faut cependant citer Louay M. Safi, actuel membre de la Coalition nationale syrienne et ancien conseiller du Pentagone.

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En avril 2009, deux mois avant son discours du Caire, le président Obama avait secrètement reçu une délégation de la Confrérie dans le Bureau ovale. Il avait déjà invité, lors de son intronisation, Ingrid Mattson, la présidente de l’association des Frères et Sœurs musulmans aux États-Unis.

De son côté, la Fondation Clinton a employé comme responsable de son projet « Climat » Gehad el-Haddad, un des dirigeants mondiaux de la Confrérie qui avait été jusque là responsable d’une émission de télévision coranique. Son père avait été l’un des co-fondateurs de la Confrérie, en 1951, lors de sa recréation par la CIA et le MI6. Gehad a quitté la fondation en 2012, date à laquelle il est devenu au Caire le porte-parole du candidat Mohammed Morsi, puis celui officiel des Frères musulmans, à l’échelle mondiale.

Sachant que la totalité des leaders jihadistes dans le monde sont soit issu de la Confrérie, soit de l’Ordre soufi des Naqshbandîs —les deux composantes de la Ligue islamique mondiale, l’organisation saoudienne anti-nationaliste arabe— on aimerait en savoir plus sur les relations de Madame Clinton avec l’Arabie saoudite et les Frères.

Il se trouve que dans l’équipe de son challenger Donald Trump, on compte le général Michael T. Flynn qui tenta de s’opposer à la création du Califat par la Maison-Blanche et démissionna de la direction de la Defense Intelligence Agency (Agence de Renseignement militaire) pour marquer sa réprobation. Il y côtoie Frank Gaffney, un « guerrier froid » historique, désormais qualifié de « conspirationniste » pour avoir dénoncé la présence des Frères dans l’État fédéral.

Il va de soi que, du point de vue du FBI, tout soutien aux organisations jihadistes est un crime, quelle que soit la politique de la CIA. En 1991, les policiers —et le sénateur John Kerry— avaient provoqué la faillite de la banque pakistanaise (quoi qu’enregistrée aux îles Caïman) BCCI que la CIA utilisait pour toutes sortes d’opérations secrètes avec les Frères musulmans tout autant qu’avec les cartels latinos des drogues.

Thierry Meyssan

      

 

 

 

 

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Les Palestiniennes d’Israël dans un double étau

Publié le par Mahi Ahmed

Les Palestiniennes d’Israël dans un double étau

ENTRETIEN AVEC AÏDA TOUMA-SULEIMAN

 

ORIENT XXI > MAGAZINE > ENTRETIEN > NADA YAFI > 31 OCTOBRE 2016

Poursuite de l’occupation, oppression des femmes, solution à deux États, « modèle » sécuritaire israélien, autant de sujets qu’aborde Aïda Touma-Suleiman, membre du Parlement israélien, dans un entretien exclusif avec Orient XXI.

 

Le regard espiègle derrière les lunettes austères vous saisit de prime abord, et cet air juvénile malgré la chevelure poivre et sel. Puis le contraste entre la fougue qui s’exprime volontiers avec les mains et la voix, grave et posée. Une langue arabe fluide. Un accent indéfinissable. C’est Aïda Touma-Suleiman, chrétienne de Nazareth, militante politique, féministe de choc, membre du Parlement israélien, élue sur la « liste arabe unie », qu’Orient XXI a interviewée à l’occasion de son passage à Paris.

 

Nada Yafi. – Outre votre combat proprement politique, et le métier de journaliste que vous avez exercé pendant quatre ans comme rédactrice en chef du seul journal israélien en langue arabe, Ittihad, vous êtes une militante féministe de longue date. Vous avez dirigé le mouvement des femmes démocratiques de Saint-Jean-d’Acre, vous avez fondé en 1992 l’association Femmes contre la violence, participé avec des femmes de toutes nationalités à la création de la Commission internationale des femmes pour une paix juste entre Israéliens et Palestiniens. Vous êtes la première femme à siéger au Haut Comité arabe de suivi des droits des citoyens arabes d’Israël. Vous avez enfin été élue présidente de la Commission sur l’égalité des genres à la Knesset, une première pour un(e) élu(e) arabe1 israélien(ne). Être femme arabe en Israël aujourd’hui, qu’est-ce que cela représente ?

 

Aida Touma-Suleiman. — C’est une situation singulière. La femme arabe en Israël appartient à une minorité nationale dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle est marginalisée dans un État qui a été bâti sur les ruines de la Nakba, le désastre qui a frappé son peuple. Un État dont le gouvernement poursuit à l’égard de son peuple une politique répressive, un État militarisé avec une hiérarchie machiste, un État théocratique, qui n’a pas réalisé sa séparation d’avec la religion puisque le statut personnel relève toujours des tribunaux religieux, qu’ils soient juifs, chrétiens ou musulmans… et tout le monde connaît le statut des femmes dans ces tribunaux. Un État, enfin, où règne un capitalisme sauvage qui fragilise les plus démunis. Cela se répercute forcément sur tous les détails de la vie quotidienne des femmes.

 

Le premier étau est celui qui emprisonne la femme arabe en même temps que l’homme, à savoir la politique de discrimination raciale. Celle-ci entrave tout développement de la communauté arabe : encerclement géographique, confiscation des terres, pénurie de logements, moindres chances en matière d’éducation. Le budget des écoles pour enfants juifs est neuf fois plus élevé que celui consacré aux enfants arabes. La femme arabe, tout comme son compagnon, rencontre des problèmes de recrutement, reçoit un salaire moindre pour un même emploi, est bien plus touchée par le chômage.

 

L’autre étau est celui de son environnement social immédiat, actuellement travaillé par certains courants religieux rigoristes. La société arabe en Israël traverse une phase extrêmement difficile ; la violence qu’elle subit rejaillit sur la femme, sous toutes ses formes, jusqu’à l’agression sexuelle et aux crimes de sang. La proportion des femmes arabes parmi les femmes tuées par leurs proches atteint 50 % en Israël, alors que la communauté arabe ne représente que 20 % de la population. C’est le fait d’une société en crise, où la violence atteint des pics : les crimes de caractère social ont atteint le chiffre de 1 300 victimes depuis 2000. Tout cela sous le regard indifférent des autorités israéliennes.

 

La femme doit ainsi livrer plusieurs batailles en même temps, celles du changement de la société dans laquelle elle vit, celles de la lutte pour l’égalité des droits civiques, où elle se retrouve parfois côte à côte avec son agresseur. Elle doit faire preuve d’un courage exemplaire, mais de ce fait, elle a un rôle capital à jouer.

 

N. Y. – Vous avez souvent déclaré que la solution des deux États restait possible. Le croyez-vous encore aujourd’hui ?

 

A. T. S. — Je rappellerai tout d’abord que c’est mon parti, le Parti communiste israélien, qui a été le premier à proposer cette idée, adoptée ensuite par l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et devenue le cadre de référence pour le processus de paix. Elle est en effet sévèrement battue en brèche par le gouvernement d’occupation. Chaque jour qui passe affaiblit ses chances. Nous sommes sans doute entrés dans la phase du compte à rebours de l’effondrement du processus, et avec lui, du rêve national palestinien. Si cela arrive, le peuple palestinien, mais aussi la région entière, pénètreront dans un sombre labyrinthe pour les décennies à venir.

 

Et pourtant il n’y a pas de solution de rechange possible. La solution d’un État unique dans les conditions actuelles n’en est pas une. Si seulement il s’agissait d’un État vraiment démocratique, vraiment laïque, agissant dans l’intérêt de tous ses citoyens sur le même territoire, capable d’indemniser les Palestiniens pour l’injustice historique qui leur a été infligée, de trouver une solution pour les réfugiés, alors oui, je serais la première à le soutenir, mais ce n’est pas le cas. Ça ne peut pas être le cas dans l’état actuel des rapports de force, sur les plans national et régional, sans parler des divisions internes palestiniennes. Un tel État serait au contraire une consécration du système d’apartheid. Si le rêve de deux États devait s’effondrer, alors il faudrait demander à notre peuple de changer son combat : d’un mouvement de libération nationale visant la fin de l’occupation et l’instauration d’un État indépendant, vers un combat civique de tout premier plan en vue d’une citoyenneté égale pour tous. Un homme, une voix. Comme en Afrique du Sud.

 

Il y a une autre question qui ne manquerait pas de se poser : que faire des colonies qui se sont multipliées dans les territoires occupés en 1967 ? Est-ce qu’on va les « légitimer » dans cet État unique ? Alors qu’elles constituent un crime de guerre au regard du droit international ? Il faut comprendre que ce sont les colonies qui constituent l’obstacle majeur à la solution des deux États. Leur démantèlement n’est pourtant pas impossible, puisqu’il a pu être réalisé dans le passé, pour certaines d’entre elles. Malheureusement aujourd’hui ce n’est pas ce que veulent les autorités israéliennes. Elles visent au contraire une sujétion totale, voire une annexion de la Cisjordanie.

 

Et quid des réfugiés ? Quelle serait la solution ? Non, pour toutes ces raisons réunies je continue de croire que la solution de deux États, malgré toutes les tentatives de l’abattre, reste la plus réaliste et la plus équitable. Nous avons réellement besoin d’intensifier la lutte, de rassembler tous les courants du mouvement palestinien pour préserver ce fragile rêve national.

 

N. Y. – Que pensez-vous de la déclaration de Benyamin Nétanyahou selon laquelle les Palestiniens se rendent coupables de « nettoyage ethnique » anti-juif en rejetant les colonies ?

 

A. T. S. — (Rire sarcastique et amer) C’est le comble du cynisme ! Nétanyahou est passé maître dans l’art des pirouettes verbales et des contre-vérités, dans l’art de la victimisation aussi, alors que sa politique dément tous les jours ses paroles.

 

N. Y. – Faites-vous allusion aux 80 % du territoire israélien où les Arabes n’ont pas le droit de détenir un bien foncier ?

 

A. T. S. — Non, ça, c’est de l’ordre de l’apartheid. Mais parler de « nettoyage ethnique » revient à invoquer la vision de massacres, de camions chargés de grappes humaines déversées au-delà des frontières. C’est insensé de l’attribuer aux Palestiniens. À vrai dire, ce à quoi nous assistons est une autre forme de nettoyage ethnique moderne, silencieux, loin des projecteurs, pratiqué par le gouvernement israélien. N’a-t-il pas supprimé les papiers d’identité de dizaines de milliers d’habitants palestiniens de Jérusalem, hypothéquant leur droit de séjour et de retour dans la ville sainte ? Ne s’agit-il pas de purification ethnique, en l’occurrence ? Quant aux habitants des colonies, qui sont-ils ? Une partie d’entre eux est là pour des raisons idéologiques, pour « purifier les terres juives », selon leurs propres termes ; l’autre pour des privilèges économiques, dans le cadre d’une entreprise classique de colonisation. Dans les deux cas, il s’agit d’une violation du droit international. La réponse doit être une sanction, non une consécration. Ce doit être un démantèlement, suivi de l’indemnisation des Arabes expropriés, pour toutes les maisons détruites, un dédommagement pour le vol des terres, des champs, des ressources en eau.

 

N. Y. – Quelles chances y a-t-il encore d’une lutte commune entre Arabes et juifs pour une paix juste, compte tenu de la dérive vers l’extrême droite de la société israélienne ?

 

A. T. S. — Ce mouvement de solidarité existe, mais il subit des coups tous les jours, en raison de la dérive que vous observez. Et pourtant nous avons cruellement besoin de cette protection que représente à nos yeux le mouvement militant juif pour la paix.

 

N. Y. – C’est bien cette protection que visent les attaques de Nétanyahou contre les ONG israéliennes ?

 

A. T. S. — Précisément. L’élite au pouvoir en Israël comprend aujourd’hui des éléments fascisants, qui produisent des lois liberticides, interviennent ouvertement contre les opposants par un chantage à la trahison nationale. Elle n’hésite pas à cibler personnellement, publiquement, des militants des droits humains, à intimider tout esprit libre, toute voix intègre. Au nom d’une loi officiellement nommée « antiterroriste », mais que nous appelons nous-mêmes « loi terroriste ». Les citoyens sont poursuivis en justice sur une conception nébuleuse du terrorisme. Il est absolument vital pour nous de contrer cette dérive vers l’extrême droite.

 

N. Y. – Vous avez évoqué les divisions internes qui desservent les Palestiniens. Comment les expliquez-vous ?

 

A. T. S. — Celles-ci ont atteint un point critique, sans précédent. Pourtant nous n’avons cessé d’alerter les Palestiniens sur l’absolue nécessité de préserver l’indépendance de leurs choix politiques. Or, le mouvement palestinien s’est retrouvé happé par des forces régionales antagonistes, néfastes à sa cause. La situation actuelle dans le monde arabe est désastreuse pour sa lutte. Le seul gagnant est le gouvernement israélien.

 

Les deux leaderships devraient se ressaisir, dans l’intérêt vital du mouvement. Je note avec soulagement que l’Autorité palestinienne a exprimé sa méfiance à l’égard du jeu des « négociations » purement formelles, auxquelles l’invite Nétanyahou, loin du cadre de référence du processus de paix. C’est une perte de temps, délétère pour le fond du processus.

 

N. Y. – Que pensez-vous de l’initiative de paix française ? S’agit-il à vos yeux d’une perte de temps, là aussi ?

 

A. T. S. — Bien au contraire. L’initiative française a deux mérites : elle a remis la question palestinienne sur le devant de la scène au moment où celle-ci tendait à s’effacer devant les autres crises arabes. Et elle lui a restitué son cadre approprié : à savoir celui d’une conférence internationale, et non pas d’un parapluie américain ou d’un tête-à-tête avec les Israéliens. Le parrain américain s’est révélé incapable de neutralité. L’initiative française, malgré ses lacunes, intervient opportunément pour rappeler le droit des Palestiniens à un État.

 

N. Y.– C’est la première fois que vous venez en France ? Quelles sont vos impressions ?

 

A. T. S. — C’est la deuxième fois. J’ai senti cette fois-ci comme une légère tristesse, dans les rues, sur les visages, jusqu’au cœur de la fête de L’Humanité, où j’étais invitée, et ce malgré les foules impressionnantes qui s’y pressaient. En même temps, j’ai pu admirer à nouveau ce formidable esprit de liberté, cette passion étonnante pour le débat, qui caractérisent le peuple français. Un peuple qui garde malgré tout une réelle joie de vivre... Ce qui m’a surtout peinée c’est de voir certains responsables français louer le « modèle israélien » de sécurité.

 

N. Y.– Nétanyahou aurait-il réussi à vendre son « modèle » ?

 

A. T. S. — Je le crains. Nétanyahou est un très habile manipulateur. Il y a un an et demi, il a joué à fond cette carte de l’ami compatissant pour les victimes du terrorisme en Europe, et tenté de faire croire à une seule et même origine du terrorisme. Si l’on veut parler d’un modèle unique de lutte antiterroriste, celui-ci existe bel et bien, mais il n’est pas israélien. Il est tout simplement humain. C’est celui qui s’efforce de construire un système politique garant de justice sociale et d’égalité. C’est un modèle qui ne s’imagine pas non plus qu’on peut participer impunément à des guerres où le sang d’autres peuples est versé, et rester à l’abri des conséquences. Le monde est plus que jamais un village global où l’on ne peut isoler les explosions. Seule la justice peut garantir la paix et la sécurité.

 

NADA YAFI

1NDLR. Les « Arabes israéliens » s’appellent eux-mêmes — et sont nommés — souvent « Palestiniens d’Israël » ou « Palestiniens israéliens ». Nous conserverons ici le terme « Arabes » utilisé par Aïda Touma-Suleiman.

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