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la force tranquille des Brics

Publié le par Mahi Ahmed

DÉVELOPPEMENT SPECTACULAIRE

la force tranquille des Brics

Par Pr Chems Eddine CHITOUR - Samedi 30 Mars 2013 -

Un bloc pour contrecarrer l'hégémonisme américain

«Les Américains sont considérés en Chine généralement comme une puissance en déclin à long terme... La question est, maintenant, de savoir combien d'années et non combien de décades il faudra avant que la Chine remplace les États-Unis au rang de première puissance mondiale...élément d'une nouvelle structure émergente.» Wang Jisi, recteur de la School of International Studies (École des études internationales) de l'université de Pékin

Un événement important a eu lieu cette semaine, il s'agit de la décision de la mise en place par les pays du Brics d'une banque d'investissement. Naturellement les médias européens et américains ont passé délibérément sous silence cette information, suivis en cela par les médias des pays en développement chacun étant, d'une façon ou d'une autre, «enchainé» aux médias dominants occidentaux de sa région. Pourquoi cet événement est-il important? Et que représentent ces pays qui ont décidé de perturber l'ordre établi en tentant de se dégager de la chape occidentale mise en place à la fin de la Seconde Guerre mondiale?

Les pays du Brics
Selon l'encyclopédie Wikipédia: «Brics est un acronyme anglais pour désigner une organisation regroupant cinq pays: Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud. Ils sont pour la plupart considérés comme des grandes puissances émergentes, ils sont respectivement les sixième, neuvième, dixième, deuxième et vingt-neuvième puissances économiques mondiales (au sens du PIB nominal). Ils comptent 40% de la population mondiale et, en 2015, ils devraient assurer 61% de la croissance mondiale selon le FMI. Leur place dans l'économie mondiale croît fortement: 16% du PIB mondial en 2001, 27% en 2011 et d'après des estimations, 40% en 2025. En 2011, le Brics totalisait un PIB de 11 221 milliards pour près de 3 milliards d'habitants. Le PIB total des Brics devrait égaler en 2040 celui du G6 (les États-Unis, le Japon, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la France et l'Italie). Regroupés, les Brics pourraient faire contrepoids au G8. (1)
En 2009 d'après le FMI, le PIB (en milliards de dollars) les 15 principales puissances économiques mondiales, en milliards de dollars, parité pouvoir d'achat (source: FMI). Le PIB en milliards de dollars est le suivant: Etats-Unis: 14 033, Chine: 8511, Japon: 4123, Inde: 3469, Allemagne: 2773, Royaume-Uni: 2159, Russie: 2146, France: 2087, Brésil: 1974). En 2020, le bouleversement sera énorme: les Etats-Unis (21 253) seront doublés par la Chine (27 223), La France (2896) sera rattrapée par le Mexique (2746), l'Indonésie (1829) aura doublé l'Espagne (1757) qui sera suivie juste derrière par la Turquie, l'Iran, l'Australie, la Pologne et l'Arabie Saoudite. La Chine sera alors la première puissance économique, probablement la principale puissance militaire et politique. Le Brésil aura dépassé la France... D'après Goldman Sachs, l'Inde pourrait aussi dépasser les États-Unis entre 2040 et 2045. (2)
Les pays composant le Brics pourraient, dans un avenir proche, renforcer davantage leur coopération économique en échangeant les ressources naturelles et technologiques, le Brésil et la Russie produisant du pétrole et du gaz naturel, tandis que la Chine et l'Inde sont en plein processus d'industrialisation qui nécessite beaucoup d'énergie. Pendant ce temps, l'Afrique du Sud, elle, extraira de ses mines des métaux et d'autres minéraux. Le premier sommet des pays du Brics a eu lieu le 16 juin 2009 à Iekaterinbourg, en Russie. Le second sommet a eu lieu le 16 avril 2010 à Brasília, au Brésil. Ces deux rencontres témoignent d'une institutionnalisation des sommets du Brics et participent ainsi à la formation d'une «nouvelle réalité géopolitique». Le 14 avril 2011, le troisième sommet du Brics, a eu lieu à Sanya (Hainan), en Chine. Le dernier a eu lieu le 25 et le 26 mars en Afrique du Sud.

Politique étrangère: un début de coordination
Les Brics n'ont pas de forte politique étrangère bien définie mais il y a certains points communs, comme l'équilibre des relations internationales avec les États-Unis ou encore la défense du concept de souveraineté nationale. La Russie, la Chine et l'Inde ont toujours pratiqué une politique d'indépendance envers les États-Unis. (...) Les Brics n'ont pas reconnu le Kossovo et se sont aussi opposés aux interventions armées en Libye et en Côte d'Ivoire. Même si tous ne sont pas des membres actuels du Conseil de sécurité (seules la Chine et la Russie y sont des membres permanents), ils se sont abstenus lors du vote de la résolution sur la Libye.
Au dernier sommet de Durban, le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud ont fait preuve d'unanimité politique dans leur communiqué final pour juger qu'il ´´n'y a pas d'alternative à une solution négociée au problème du nucléaire iranien´´. Ils se disent ´´inquiets des risques d'action militaire et de sanctions unilatérales´´. Ils ont témoigné de la même unanimité au sujet de la Syrie, exprimant leur ´´profonde inquiétude face à la détérioration de la situation sécuritaire et humanitaire´´, condamnant ´´l'augmentation des violations des droits de l'homme´´, mais réaffirmant leur ´´opposition à toute militarisation supplémentaire du conflit´´. On se souvient à cet effet de l'initiative sabotée du Brésil de Lula et de la Turquie d'Erdogan pour trouver une solution à l'enrichissement de l'uranium iranien, initiative que ce pays était prêt à accepter mais que les pays occidentaux ont ignorée.

Avènement d'un autre monde que celui de «Bretton Woods»
De manière générale, les Brics plaident pour une refondation des organisations internationales comme le Conseil de Sécurité de l'ONU et les organisations de Bretton Woods (FMI, Banque mondiale) dans un sens qui reflète mieux l'émergence des nouvelles puissances et le caractère multipolaire du monde au XXIe siècle. Les Brics veulent renforcer leur poids et mieux faire avancer leurs points de vue dans les négociations économiques internationales notamment au Groupe des 20, au FMI et à l'OMC. Lors du sommet du Brics en Chine, ils ont insisté sur la nécessité de réformer le Système monétaire international, de réviser la composition des Droits de tirage spéciaux.
Le Brésil est la quatrième économie des Brics et la principale puissance économique du continent sud-américain. La Russie, plus grand pays au monde par sa superficie, et, au contraire des autres pays, son poids industriel est déclinant. Mais elle reste la superpuissance militaire la plus importante après les États-Unis Son poids est beaucoup lié à ses riches ressources énergétiques et minières (gaz,pétrole, uranium, etc.). L'Inde reste le pays des paradoxes. C'est le pays le moins développé des Brics mais avec une répartition des revenus la moins inégalitaire. C'est le futur pays le plus peuplé de la planète (sa population dépassera celle de la Chine vers 2025). En moins de trois décennies, la Chine est devenue la deuxième puissance économique mondiale derrière l'Amérique. Cette croissance spectaculaire (les taux de progression du PIB ont souvent dépassé les 10% par an). La «nation commerçante» n'est pas qu'une puissance économique, elle s'impose aussi comme puissance financière, militaire et culturelle. L'Afrique du Sud a une croissance égale à 3,5% et un PIB seize fois plus faible que celui de la Chine. Pour Jim O'Neil, de Goldman Sachs, l'inventeur du terme, l'entrée de l'Afrique du Sud dans ce club ne peut se comprendre que si «on la considère comme le représentant du continent africain».

Le dernier sommet de Durban
Les cinq pays ont réaffirmé leur volonté de créer une ´´nouvelle banque de développement´´, déjà annoncée lors de leur précédent sommet, en 2012, à New Delhi. Elle est attendue avec impatience, a déclaré le chef de l'Etat sud-africain, Jacob Zuma, car les besoins en infrastructures sont ´´considérables, environ 4 500 milliards de dollars [3500 milliards d'euros] au cours des cinq prochaines années´´. Le principe a été acté de la création d'un fonds dans lequel les Brics mettraient en commun une partie de leurs réserves de change pour ´´contribuer à renforcer le système de sécurité financier mondial et compléter les accords internationaux en y ajoutant une ligne de défense supplémentaire´´. (.)Selon Anton Siluanov, le ministre russe des Finances, les négociateurs travailleraient sur un apport de la Chine pour 41 milliards de dollars, du Brésil, de la Russie et de l'Inde pour 18 milliards chacun et de 5 milliards pour l'Afrique du Sud. (...) Chinois et Brésiliens ont convenu que leurs banques centrales signeraient un accord d'un montant de 30 milliards de dollars, afin de commercer en real brésilien et en yuan chinois et de se passer de la monnaie américaine.En fait, la domination de la Chine sur les Brics n'a jamais été aussi manifeste. Sachant les craintes que son pays suscite, son président Xi Jinping a déclaré modestement: ´´Le potentiel de croissance des Brics est infini, mais leur potentiel de coopération est encore à réaliser.´´ (3)
Les échanges commerciaux au sein du BRICS ont augmenté de 28% en 2011 pour atteindre 230 milliards de dollars. Le capital initial de la future banque sera de 100 milliards de dollars. La banque de développement des Brics aura pour objectif de promouvoir le financement des infrastructures et du développement durable des cinq pays et au profit d'autres pays en développement, dont les pays africains. La future banque prévoit de mobiliser 4,5 milliards de dollars de réserves au cours des cinq prochaines années.

Vers un monde multipolaire?
La Banque mondiale a salué l'initiative prise par les pays du Brics de créer une banque de développement, et elle s'est engagée à collaborer étroitement avec cette nouvelle institution pour lutter contre la pauvreté. Cette «reconnaissance est-elle le début d'un basculement? L'émergence des Brics marque-t-elle le signal de notre entrée réelle dans un nouveau monde multipolaire? Selon Paul Kennedy, historien britannique, nous avons déjà ou sommes en train de traverser une «ligne de partage des eaux» qui nous entraîne très loin du monde unipolaire de l'après-guerre et de «la super-puissance». Quatre raisons à cela: la lente érosion du dollar américain (passé de 85% des réserves mondiales à moins de 60%), la paralysie du projet européen, la montée de l'Asie (avec la fin de 500 ans d'hégémonie occidentale) et la décrépitude des Nations unies. Le G-8 (États-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Canada et Russie) s'avère déjà hors sujet. Le G-20 qui regroupe le G-8 plus les Brics, pourrait être le bon groupe. Mais il y a beaucoup à faire pour traverser cette ligne de partage des eaux et ne pas être simplement balayé bon gré mal gré, à savoir réformer le Conseil de sécurité de l'ONU, et au-delà, réformer le système Bretton-Woods, particulièrement les deux institutions, Fonds monétaire international (FMI) et Banque mondiale (BM)».(4)
On le voit, le dollar n'est plus la sainte et intouchable monnaie d'échange. Les pays du Brics commencent à échanger dans leurs monnaies«(...) Le système post-Seconde Guerre mondiale de Bretton Woods est, désormais, officiellement mort, totalement illégitime. (...) Les Brics savent très bien que Washington et Bruxelles n'abandonneront jamais le contrôle du FMI et de la BM. Néanmoins, le commerce entre ces pays atteindra l'impressionnant chiffre de $500 milliards en 2015, pour la plupart dans leur propre devise. (...)»(4)
«Mais le problème central des Brics reste le manque d'alternative idéologique ou institutionnelle au néolibéralisme et aux Seigneurs de la finance internationale.» Comme le note Vijay Prashad, le Nord a tout fait pour empêcher toute discussion sérieuse sur la manière de réformer la pagaille financière internationale. Il ne faut pas s'étonner si le président du G-77 (en réalité G-132, actuellement), l'ambassadeur thaïlandais Pisnau Chanvitan, a mis en garde contre «un comportement qui semble indiquer un désir de naissance d'un néo-colonialisme». Entre-temps, il se passe des choses de façon désordonnée. La Chine, par exemple, continue informellement de se servir du yuan comme devise sinon internationale, du moins mondialisante. Elle commerce déjà en yuan avec la Russie et l'Australie, sans parler de l'Amérique latine et du Moyen-Orient. Les pays du Brics misent de façon accrue sur le yuan comme leur monnaie alternative pour dévaluer le dollar américain. Le Japon utilise à la fois le yen et le yuan dans ses échanges avec son puissant voisin asiatique.»(4)

Conclusion
L'ambiguïté de la stratégie des nouveaux pays émergents est qu'ils veulent prendre les règles du capitalisme et leur donner un visage humain. Leur «réussite» actuelle la doivent-ils au marché ou est-ce l'avènement d'un monde nouveau qui peut servir d'exemple aux autres pays en développement? Ainsi, leur coordination pour «contrer» les anciens pays industrialisés et leur doxa sont un signe d'un changement qui sera combattu par les tenants du consensus de Washington. On fera tout pour amoindrir leur rôle. Robert Zoellick, ancien directeur de la Banque mondiale écrivait: «(...) S'il n'est plus possible de résoudre les grands problèmes internationaux sans la participation des pays en développement et en transition, il est tout aussi impossible de prétendre que les plus grands d'entre eux - le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine (Brics) - les représentent tous. Cela vaut pour un grand nombre de défis qui se profilent à l'horizon: l'eau, les maladies, les migrations, la démographie, les États fragiles et les pays sortant d'un conflit.(5)
Quoiqu'il en soit, le diplomate singapourien Kishore Mahbubani avait raison de déclarer que le barycentre du monde s'est déplacé vers l'Asie. Par la force des choses, les pays du Brics vont remettre en cause l'odre unipolaire établi sous l'égide de la superpuissance américaine et ses vassaux. On assistera graduellement à une organisation de type Otan - organisation qui devait disparaitre en même temps que le Pacte de Varsovie en 1989-, Une nouvelle OMC sous l'égide du Brics verra le jour. Ce sera aussi le cas de toutes les organisations verrouillées par les Occidentaux (l'AIE, l'Aiea) et la plus problématique d'entre elles, le Conseil de sécurité des pays du Brics et quand on parlera à tort de Communauté internationale, il faudra bien déclarer laquelle? Celle qui veut que tout reste en l'état ou la nouvelle qui veut changer les choses, tout en espérant que l'ivresse de la puissance ne fasse pas de ces pays du Brics un club bis de futurs pays impérialistes. Ce sera alors à coup sûr une défaite définitive pour la pensée, la générosité, l'altermondialisme dont se revendiquait en son temps Lula. (6).

1. Les pays du Brics: Encyclopédie Wikipédia
2. http://www.atout-finance.com/principales-puissances-economiq...
3.http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/03/28/la-creation-de-la-banque-de-developpement-des-brics-renvoyee-a-2014_3149286_3234.html
4.http://www.afrique-asie.fr/menu/afrique/2840-lemergence-des-brics-et-le-xxie-siecle.html
5. Robert B.Zoellick: La fin du tiers-monde? Washington D.C. 14 avril 2010
6.http://www.legrandsoir.info/L-Avenement-des-pays-du-BRIC-peut-il-changer-le-monde.html

 

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LA FRANCE DOIT-ELLE QUITTER L’OTAN ?

Publié le par Mahi Ahmed

La chronique de Recherches internationales

 

La France doit-ELLE quitter l’OTAN ?

Jacques Le Dauphin

Directeur de l’Institut de documentation et de recherche sur la paix

La publication par le Monde Diplomatique d’un échange ouvert entre Régis Debray, écrivain et philosophe, et Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères, est très stimulante pour la réflexion. C’est une vive incitation à s’inscrire dans le dialogue entrepris. Le point d’orgue de l’échange est le rapport remis le 14 novembre 2012, par Hubert Védrine, au président François Hollande, concernant en particulier les conséquences du retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN, l’avenir de la relation transatlantique, et les perspectives de l’Europe de la défense. Dans son analyse Hubert Védrine se prononce pour le maintien du retour complet de la France dans cet organisme, car il pense que cette disposition n’empêche nullement notre pays de continuer à plaider en faveur d’une Europe de la défense dans le cadre de l’Union européenne. Cette idée était pourtant controversée, lorsque Nicolas Sarkozy la prônait. Cependant une telle posture occulte totalement la contradiction, révélée par l’expérience, entre les deux démarches. Car si l’Europe de la défense s’avère dans les faits inexistante aujourd’hui, ce n’est pas principalement par l’attachement des pays à leur souveraineté nationale, mais par leur soutien indéfectible à l’OTAN. Un soutien qui tend à faire de l’OTAN la garantie ultime de la sécurité.

De vaines tentatives de structurer une véritable défense européenne

Un document intitulé « une Europe sure pour un monde meilleur » fut adopté en 2003 par les chefs d’état et de gouvernement de l’Union européenne. La politique étrangère de sécurité et de défense (PESD) qui s’y rattache s’est dotée d’objectifs capacitaires et d’outils militaires, comme une force d’intervention rapide, mais pouvant s’intégrer sans difficulté à l’OTAN. La PESD a aussi enclenché des opérations militaires, mais n’engageant qu’une partie des états européens, pour des ambitions limitées, centrées sur la gestion des crises, des missions dites de Petersberg, lesquelles ne relevaient pas de la sécurité collective toujours assignée à l’OTAN. Il reste que la PESD est un chantier, inabouti. Des contradictions notables sont à la base de cet échec. Des positions extrêmes se sont manifestées, telles celles de la France se positionnant pour une Europe influente, voire puissante, celle du Royaume-Uni, militant pour un statut subordonné à l’OTAN. Comme on peut s’en douter les états-Unis n’ont pas manqué d’exercer leur pression, en invoquant, notamment à l’appui, une « duplication inutile des forces armées ». Les sommets de l’Union européenne, ont, il est vrai, évoqué la PESD, mais dans des formules le plus souvent alambiquées, d’autant que la position britannique gagnait du terrain, et que les nouveaux venus, au sein de l’Union, étaient hostiles à tout découplage avec les états-Unis. En résumé, une grande majorité de pays, ne voyaient pas l’intérêt de promouvoir une structure supplémentaire à celle, dont il convient de le rappeler 21 d’entre eux sont membres, accroissant leur contribution dans le domaine militaire. Au plus, on trouvait l’idée, au demeurant utopique, d’un rééquilibrage euro-américain dans la direction Atlantique. Ainsi si la défense européenne était évoquée, c’était pour la placer sous « couverture atlantique ». Cette situation perdure, et l’on peut penser que le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN, sera interprété par les autres pays comme un recul sur ses positions initiales. Elle rejoint le peloton.

Après le sommet de l’OTAN à Chicago en 2012

Le concept stratégique, adopté par le sommet de Chicago, vise à renforcer encore l’intégration des états européens dans l’Otan. Comme le souligne fort justement Régis Debray dans sa lettre, « c’est le leader qui intègre » à savoir les États-Unis. Comment cela est- il ressenti par les Européens ?

La conférence de Munich sur la sécurité, des 2 et 3 février 2013, peut laisser penser à un certain alignement. En effet comment interpréter le silence des représentants européens lors de l’intervention musclé du vice-président américain, Joseph Briden, qui a tenu à évoquer la volonté américaine d’être une puissance mondiale, susceptible d’intervenir militairement dans des régions géo-stratégiquement importantes du monde ». Une démarche a-t-il indiqué qui requiert une « approche globale comportant une gamme complète d’outils, dont des moyens militaires ». à ce sujet, il a précisé « l’OTAN aide à faire des états-Unis cette puissance ».

Les 21 et 22 février 2013, s’est tenue à Bruxelles une réunion des ministres de la défense des pays de l’OTAN. Ces derniers étaient invités à progresser dans l’amélioration des capacités alliées et dans leur interopérabilité. Le concept stratégique détermine, dans les grandes lignes, la nature et le volume des capacités attendues de l’Alliance et fixe les priorités, donnant ainsi les orientations qui présideront à l’acquisition d’armements et à la planification de défense. La « smart defence (défense intelligente) », consiste à concevoir une nouvelle manière d’aborder la création de capacités pour une « défense moderne, dont l’Alliance aura besoin ces prochaines années ». Cela englobe une vaste gamme d’activités, dans lesquelles les pays sont invités à contribuer « en partenariat ». Ainsi lors de leur discussion les 29 ministres de la défense des pays de l’OTAN ont approuvé des objectifs visant des entraînements et des exercices plus ambitieux, afin de développer encore l’interopérabilité au sein de l’Alliance. Dans cet esprit est projeté pour 2015 un exercice réel de grande ampleur et un programme complet d’entraînement et d’exercices pour la période 2015- 2020. Il a été précisé que la force de réaction de l’OTAN devrait être au cœur de cette initiative. En résumé chacun des pays est invité à apporter sa contribution à l’effort commun, fournir des supplétifs requis sur des théâtres choisis par d’autres, supprimer les duplications dans les programmes d’équipements, afin de les conformer à un standard établi. Un vaste programme retenu, dont le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, dans ses conclusions s’est félicité. Comment les 21 ministres de la défense des pays de l’Union européenne ont-ils apprécié ces dispositions ? Aucune information a filtré. Le ministre français de la défense, Jean-Yves Le Drian, ne s’est pas publiquement exprimé.

 Comment interpréter la création d’un axe, associant, Paris, Berlin, Varsovie, Budapest, Prague, Bratislava, annoncé par François Hollande, le 6 mars 2013, à Varsovie ? Ces capitales expriment la volonté d’avancer sur un dossier institutionnel, comme un état-major permanent et sur la mise en commun des moyens militaires. Est-ce une relance de la défense européenne ? Et en tel cas quels seraient ses liens avec l’OTAN ?

OTAN un obstacle à lever

Du bilan actuel, rapidement esquissé on peine à envisager la construction d’une défense européenne autonome, respectueuse des spécificités nationales ? L’organisation atlantique apparaît clairement comme un obstacle incontournable. Il convient de le lever, dans l’intérêt de la France, des Européens, du monde en général. à ce sujet lors des travaux d’un colloque de la Fondation Respublica en 2009, Gabriel Robin, ambassadeur de France, représentant auprès de l’OTAN de 1987 à 1993 déclarait « l’OTAN pollue le paysage international dans toutes les dimensions. Elle complique la construction de l’Europe. Elle complique les rapports avec l’OSCE. Elle complique les rapports avec la Russie. Elle complique même le fonctionnement du système international … L’OTAN ne se conforme pas au droit international », pour conclure « je ne vois pas très bien ce qu’un pays comme la France peut espérer de cette organisation, car elle est inutile et nuisible, sinon la voir disparaître ». C’est un constat d’expert. Donc, convient-il de remettre en cause l’appartenance de la France dans l’OTAN, certes elle serait isolée des autres pays européens pour lesquels la démarche semblera aventuriste. Donc ce ne sera pas une revendication commune au niveau des états, bien que comme les sondages le montrent, elle existe au niveau des opinions. Néanmoins, la France doit s’y engager. En décembre 2013 se tiendra un sommet spécial des chefs d’état et de gouvernement des pays de l’Union européenne, pour déterminer indique-t-on les ambitions des 27 dans le domaine de la politique de sécurité et de défense. C’est une occasion pour les opinions d’influer sur le débat.

 

Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.

6, av. Mathurin Moreau; 75167 Paris Cedex 19

Site : http://www.recherches-internationales.fr/

Abonnements 4 numéros par an : 55 Euros, Étranger 75 Euros

 

 

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Obama et son Vietnam du Proche-Orient

Publié le par Mahi Ahmed

Obama et son Vietnam du Proche-Orient

Hypothèses

Par Mohamed Bouhamidi

Mondialisation.ca, 27 mars 2013

reporters.dz

Le pays du Sham – ou grande Syrie – concentre une extraordinaire diversité humaine tant au plan ethnique qu’au plan des confessions et des langues. Des églises donnent encore la messe dans la langue de Jésus et en Syriaque. C’est vous dire la précieuse diversité humaine de cette région (et de ses connexions méditerranéennes) qui dit les origines et les péripéties de la formation de la pensée et de l’imaginaire du Monde Occidental. Croyances, écriture et Ecritures, mythes et Raison, cosmogonies, géométrie et arithmétique, philosophie, concepts et modèles politiques, tout ou presque de la culture occidentale vient de cette région, musée vivant qu’aucun incendie, y compris les croisades et le Sykes-Picot, n’a pu détruire.

Un monde sensé et une humanité intelligente auraient témoigné au pays du Sham  la même attention respectueuse manifestée à la biodiversité sans laquelle rien ne peut se régénérer. La dispersion des Chrétiens d’Irak montre le désastre infligé à cette diversité par les politiques des USA, d’Israël et de leurs auxiliaires wahhabites. Un jour, il faudra bien rajouter aux crimes de l’impérialisme l’atteinte à l’« homo diversité » au même titre que l’atteinte à la biodiversité.

En réglant les petits et les grands problèmes de ses auxiliaires turcs et israéliens, en redonnant de l’éclat à un Erdogan bien terni par ses déceptions syriennes, en anesthésiant avec quelques dollars un roi jordanien effrayé par son inexorable départ au profit d’une nouvelle entité islamiste jordano-palestinienne qui soulagera Israël de ses Palestiniens de Cisjordanie, en ordonnant la démission d’un Mikati, qui a tout fait pour faciliter les activités de l’ASL et d’El Qaïda, et en donnant ipso facto le signal d’une offensive généralisée contre la Syrie et contre les positions du Hezbollah, Obama vient de mettre de l’ordre dans ses troupes. Cette offensive sera sans merci.

La concentration de troupes mercenaires et djihadistes au Liban, en Turquie, en Jordanie paraît suffisante pour donner l’estocade à l’armée syrienne. Obama a mis dans cette annonce tous les signes d’une lutte pour la vie ou pour la mort. En réaffirmant que le minimum est le départ d’El Assad, il brûle ses vaisseaux et s’interdit toute retraite. Il avertit ses troupes qu’elles jouent leur survie. La formation de ce gouvernement sous chefferie américaine porte le même sens. Que reste-t-il à négocier si ce gouvernement d’une faction politique – car il existe d’autres oppositions en dehors de la coalition et notamment celle de Manaâ – occupe le siège de toute la complexe Syrie et sous ce nouveau-ancien ?

En Côte d’Ivoire, en Libye, aujourd’hui en Syrie et au Mali, la ligne de conduite invariable des puissances coloniales reste le refus de toute issue négociée. En imposant cette ligne de conduite, les USA poussent sciemment à l’irréparable pour préparer dans les têtes le recours à un refuge communautaire et à un état confessionnel ou ethnique. Voilà le crime que commet en ce moment Obama en mettant en bon ordre de marche Netanyahu, Erdogan, Abdallah II, le Qatar, l’Arabie saoudite et des forces libanaises agglomérées autour de Hariri. Il doit aboutir à la mort de la nation syrienne et libanaise, à la mort de la vie commune, dans une identité nationale et humaine commune de cette extraordinaire diversité. Le meurtre d’El Bouti par son message de terreur et de promesse de nettoyage participe de cet ordre de guerre.

Obama a échoué les trois premiers plans offensifs. Il en est au quatrième avec la même obstination, car il mesure ce qu’un échec américain en Syrie signifierait pour sa force de dissuasion déjà mise mal par Chavez, par l’Iran et moins spectaculairement par les Brics. Il ne s’agit plus de l’hybris d’une Clinton survoltée par l’audace de la volonté adverse syrienne, mais de la froide évaluation qui a investi l’hybris dans la nécessité de la guerre de destruction de toute la région.

Pour réussir sa guerre, qui devait rester circonscrite à la Syrie, Obama est obligé de l’élargir au Liban pour frapper le Hezbollah tenu pour facteur essentiel de la résistance syrienne, de mobiliser encore plus de forces incluant Israël et la Jordanie, de faire encore plus de place au Qatar et aux djihadistes et, donc, faire peser plus de menaces à cette diversité humaine qui n’aura plus que le choix de la résistance. Quand ils organisent le 2 et le 4 août 1964 la provocation du Golfe du Tonkin, les USA ne doutaient pas de leur victoire au Vietnam. La même hybris les aveugle aujourd’hui.

 Mohamed Bouhamidi

 

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LA CARAVANE NE PASSE PAS, L'INFORMATION OUI

Publié le par Mahi Ahmed

LA CARAVANE NE PASSE PAS, L'INFORMATION OUI

par K. Selim

 L'affaire des bus de la caravane algérienne empêchés de passer en Tunisie pour le Forum social mondial est consternante… On se perdait en conjectures sur les raisons d'un tel interdit inutile et qui donne une image singulière d'un régime ayant peur de tous et de rien. Aucune explication officielle n'a été donnée, quelque part on a suggéré une raison bureaucratique - les bus devaient avoir une autorisation spéciale du ministère des Transports - et il est difficile de s'en satisfaire.

Les autorités algériennes ont, en définitive, l'art de ruiner, par reflexe répressif aussi pavlovien que contre-productif, leur propre image. Pas besoin d'accuser des propagandes «ennemies», il suffit de laisser fonctionner le réflexe à la place de la réflexion. Au point que l'on se demande si l'on ne voulait pas sciemment donner de soi-même l'image de citadelle assiégée, soupçonneuse, parano, qui voit la subversion «ennemie» partout… Que cela soit une manifestation de chômeurs - qui a été précédée d'un discours de mauvais aloi sur les menées «étrangères» et l'atteinte à l'unité nationale - ou celle d'un convoi de jeunes se rendant dans le pays voisin pour rencontrer d'autres jeunes et rêver avec eux d'un autre monde. Cette manière désuète - et néanmoins dangereuse - de se fabriquer continuellement des ennemis tourne à l'obsession.

Le climat détestable créé à l'approche de la marche des chômeurs s'est retourné contre les autorités elles-mêmes et leurs relais politiques qui ont été pris en flagrant délit d'exagération et d'affabulation. Les jeunes chômeurs se sont rassemblés, dignement, sans excès, mais avec la fermeté de ceux qui croient, à juste titre, qu'ils n'ont fait qu'exercer un droit légitime à l'expression. La manifestation réussie d'Ouargla était exemplaire, c'était une leçon de plus, qu'on ne gagne rien à fantasmer sur des menaces qui n'existent pas pour occulter des questions qui, elles, sont bien réelles. Une partie de ceux qui ont été privés de bus à la frontière ont rebroussé chemin avec dans les cœurs beaucoup de colère. Une autre partie, une centaine, est arrivée vaille que vaille à Tunis malgré cette sombre «histoire de papiers»… Ils sont passés de l'autre côté de la frontière et ont loué, auprès des Tunisiens, les moyens d'arriver à destination.

La participation algérienne au Forum social mondial n'est pas très forte mais cette histoire de «papiers» qui empêchaient les bus de passer a fait l'objet d'une publicité planétaire. Sur le mode de l'ahurissement. Et bien entendu, l'image du gouvernement algérien n'en sort pas rehaussée. Cette affaire de «papiers» est tellement incompréhensible que personne n'a l'idée de l'imputer à la très plantureuse et impotente bureaucratie algérienne. Nul en effet ne comprend qu'aucun responsable dans l'organigramme n'ait pris la peine d'appeler les préposés à la PAF pour décoincer la situation afin d'éviter de donner au monde l'image d'un régime coincé, bloqué… Comme s'il fallait attendre une réunion du Conseil des ministres pour régler un problème insignifiant. C'est triste. La caravane n'est pas passée, mais des jeunes ont fini par passer. Et l'information aussi est passée. Pas belle.

 

Source : Le Quotidien d’Oran du 27313

 

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Entretien avec Olivier Da Lage, auteur de “Qatar, les nouveaux maîtres du jeu”

Publié le par Mahi Ahmed

Entretien avec Olivier Da Lage, auteur de “Qatar, les nouveaux maîtres du jeu”

“Le Qatar veut s’imposer par la diplomatie du carnet de chèques”

Par : Mohamed-Chérif LACHICHI

À l’occasion de la sortie de son livre et à la veille du Sommet arabe qui se déroule à Doha, Olivier Da Lage, rédacteur en chef à Radio France Internationale, a bien voulu aborder, pour nos lecteurs, le pourquoi et le comment de l’ascension fulgurante du petit émirat du Qatar sur la scène internationale. Décryptage.

Liberté : Avec les déboires que connaissent actuellement l'Égypte et la Syrie conjugués à l'effacement (inexpliqué) de l'Arabie Saoudite, le Qatar aspire-t-il, aujourd'hui, à un leadership sur le monde arabe ?

Olivier Da Lage : Peut-être pas un leadership de la même nature que celui de Nasser dans les années 1960, mais un rôle “dirigeant” très certainement. L’effacement réel ou supposé de l’Arabie Saoudite n’est pas complètement inexplicable : il tient au fait que ce pays est dirigé par une gérontocratie. Le roi et les principaux princes sont octogénaires et en mauvaise santé. Ce qui ne facilite pas la compréhension du monde actuel dans lequel les évènements se précipitent à une vitesse vertigineuse et encore moins une prise de décision rapide. C’est là, en revanche, un domaine dans lequel excelle l’émir du Qatar…

On parle surtout du Qatar comme d'une “machine à corrompre” et on l'accuse de mener la “diplomatie du carnet de chèques”. Ce pays est-il devenu le symbole de la suprématie de l'argent ? Son intrusion à l'ère de la financiarisation de l'économie est-il un signe des temps ?

Pour tout dire, le Qatar n’a rien inventé en la matière. Dans le monde arabe, l’Arabie Saoudite, la Libye, l’Irak ont eu, dans le passé, souvent recours à la diplomatie dite du carnet de chèques pour influer sur les orientations d’autres États. Ainsi, d’après moi, le Qatar s’inscrit certainement dans cette lignée. Il me semble, cependant, que son objectif est surtout de s’imposer comme un médiateur, un partenaire incontournable dans le jeu mondial, à la différence des pays cités plus haut qui, eux, voulaient voir adopter telle ou telle politique par d’autres États. Le Qatar veut, en quelque sorte, se rendre indispensable. Il le fait pour assurer son influence et, par là même, garantir sa sécurité et son avenir.

Mais comment un État “lilliputien” de par sa taille et sa population en est venu à acheter (presque) “tout le monde” ? Est-ce seulement grâce à ses moyens financiers considérables ? N’y a-t-il pas d'autres puissances (ou facteurs) qui ont contribué à son ascension ?

Le Qatar a des moyens financiers considérables en raison de ses immenses réserves de gaz dont l’exploitation génère des recettes d’autant plus importantes que la population du Qatar est très réduite. Mais il ne fait pas de doute que l’influence actuelle du Qatar ne s’explique pas seulement par sa richesse. Cheikh Hamad, à la tête du pays depuis qu’il a renversé son père en juin 1995, a clairement une vision stratégique partagée avec son cousin, Hamad Ben Jassim, Premier ministre et ministre des Affaires étrangères chargé de la mettre en œuvre.
Il faut noter aussi le fait que dans ce petit pays, le circuit de décision est extrêmement court : quand l’émir prend une décision, elle est immédiatement appliquée. Bien entendu, le soutien des États-Unis, qui ont été le premier pays à reconnaître cheikh Hamad après son coup d’État, est un élément essentiel de son influence et ce soutien ne lui a jamais fait défaut depuis son avènement.

Beaucoup craignent aujourd'hui la domination de ce micro-État sur le Moyen-Orient et le Maghreb. À quoi obéissent, selon vous, ses alliances avec les courants islamistes dont certains sont radicaux ?
Le terme de domination me paraît exagéré. Il faut quand même garder le sens des proportions. Mais son emprise n’est pas contestable tant elle pèse de plus en plus sur la vie politique interne de plusieurs pays, comme on l’a vu en Libye, en Tunisie ou en Égypte.
Depuis le milieu des années 1960, le Qatar est proche des Frères musulmans. Le signe le plus visible en est l’asile accordé à l’époque à cheikh Youssef Qaradhaoui qui a depuis acquis la nationalité qatarienne et dont l’influence, notamment grâce à son émission sur Al-Jazeera, a pris de l’ampleur. Il faut d’ailleurs noter que le soutien du Qatar aux Frères musulmans irrite profondément les autres monarchies du Golfe qui voient ce mouvement comme une menace et soutiennent plutôt les mouvements salafistes.
Ceci dit, si le soutien du Qatar, un pays que l’on pourrait qualifier d’islamo-conservateur, à la mouvance islamiste n’est pas discutable, il me semble que ce n’est pas non plus sa priorité stratégique. Contrairement, par exemple, à l’Arabie Saoudite, l’aide du Qatar n’est pas conditionnée à la mise en œuvre d’objectifs politico-religieux.

Et qu’en est-il de son aide apportée aux djihadistes au Sahel ?

Il y a eu, en effet, beaucoup de questionnements, notamment en France, sur les liens du Qatar avec les djihadistes au Mali. Le Qatar ne reconnaît, pour sa part, qu’une aide caritative, via le Croissant-Rouge qatari, mais il ne serait pas surprenant qu’une partie de cette aide soit parvenue à des militants radicaux.
Cela dit, je ne crois pas un instant à un double jeu du Qatar qui soutiendrait en sous-main des terroristes islamistes pour déstabiliser des pays occidentaux, dont la France. Toute la stratégie mise en œuvre depuis 1995 repose sur un partenariat aussi étendu que possible et à long terme avec les pays occidentaux. On a du mal à imaginer que cheikh Hamad mettrait en péril cette stratégie au bénéfice d’Aqmi ou du Mujao !

Son influence économique et politique en France commence à être sérieusement critiquée. Qu'en pensez-vous ?

Pas seulement en France, mais c’est vrai, surtout en France. Cela tient à deux facteurs : un débat propre à la France sur la place de l’islam dans ce pays qui a atteint, faut-il noter, un niveau sans équivalent ailleurs en Europe.
Mais il y a aussi un phénomène qui ne se limite pas à la France : du fait même de ses succès, le Qatar commence à rencontrer des oppositions. On a pu le voir en Tunisie lors de la visite de cheikh Hamad en 2012.
Beaucoup de Tunisiens ont eu le sentiment qu’il venait comme en pays conquis et sa venue a provoqué des manifestations hostiles.
En France, il y a à la fois la crainte d’un financement occulte de mouvements islamistes dans les banlieues et celle d’une présence dans des secteurs stratégiques, notamment celui de l’aéronautique. C’est pourquoi le Qatar n’a pas été autorisé — du moins pour l’instant — à entrer au capital de la société aérospatiale EADS. Mais le fait est que la France a besoin d’investisseurs étrangers et le Qatar est prêt à y investir des montants colossaux. C’est une contradiction que la France devra résoudre.

 

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L'amitié sélective des «amis du peuple syrien»

Publié le par Mahi Ahmed

L'amitié sélective des «amis du peuple syrien»

par Yazid Alilat

 L'ONU et les organisations humanitaires qui tentent de venir en aide aux centaines de milliers de réfugiés syriens qui croupissent dans des camps dans les pays frontaliers du leur ne cessent de quémander de l'aide financière pour faire face à la situation. Les «amis du peuple syrien» qui ne manquent pas d'argent pour fournir de l'armement à l'opposition armée syrienne font la sourde oreille à ces appels de détresse. Le Qatar et l'Arabie Saoudite «amis du peuple syrien» des plus opulents parmi les soutiens de cette opposition armée syrienne consacrent des milliards de dollars à son approvisionnement en armes, mais ne voient pas dans quelle détresse humanitaire sont les Syriens qui s'entassent dans les camps de réfugiés en Turquie, en Jordanie et au Liban pour ne citer que ces trois pays limitrophes de la Syrie.

L'indifférence cynique dont font montre les «amis du peuple syrien» à l'effroyable situation à laquelle sont confrontés les réfugiés est révélatrice de la nature de leur «amitié». Elle ne s'encombre pas de considérations humanitaires. Le Qatar et l'Arabie Saoudite n'ont aucune compassion pour ces Syriens qui au lieu de s'enrôler dans les rangs de l'opposition armée qu'ils entretiennent ont fui leur pays où la population est tragiquement prise dans l'étau des exactions aveugles commises par les deux camps qui s'affrontent.

La France et la Grande-Bretagne font le pressing pour que s'amplifie la fourniture internationale d'armes aux combattants syriens anti-régime. On ne les entend pas en faveur des réfugiés syriens. La tragédie qui se déroule dans les camps de réfugiés n'est pas une préoccupation pour ces Etats qui se targuent de sensibilité aux drames humanitaires. Les pathétiques appels à l'aide que lancent avec insistance l'ONU et les organisations humanitaires restent sans écho ou du moins en deçà des besoins pour faire face à la situation des Syriens qui s'entassent dans les camps de réfugiés. Le pire est qu'elle va en empirant car la guerre civile en Syrie s'étant inscrite dans la durée et sa violence s'amplifiant dramatiquement, le flux de réfugiés fuyant le pays s'accroît massivement.

Plus d'un million de Syriens ont fui le pays pour les Etats voisins qui pour la plupart n'ont pas les ressources financières pour les prendre en charge et leur fournir le minimum vital. Des centaines de Syriens sont tués chaque jour dans leur pays. Ceux qui sont cause de ces massacres ne manquent pas d'armements que leurs alliés étrangers leur fournissent en abondance. Les réfugiés qui ont la chance d'avoir échappé à ce funeste sort sont certes vivants mais confrontés à une précarité dont les organisations qui tentent de les en soulager redoutent qu'elle se traduise par une «catastrophe» humanitaire de grande dimension.

Les «amis du peuple syrien» se démènent en faveur de l'opposition armée. Pourquoi ne mettent-ils pas la main à la poche pour fournir aux réfugiés d'une guerre où leur responsabilité est engagée l'assistance humanitaire que sollicitent vainement pour eux l'ONU et les bénévoles effarés par l'indifférence internationale ?

Source : Le Quotidien d’Oran du 27313

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Centralité des pouvoirs et libertés économiques

Publié le par Mahi Ahmed

Centralité des pouvoirs et libertés économiques

Un optimum introuvable ?

Par : Mustapha MEKIDECHE

Nonobstant les déclarations de Mme Lagarde, DG du FMI, sur le caractère “très robuste” de l’économie algérienne, du fait notamment de la bonne conduite des politiques monétaires, la question de la pertinence et de l’efficacité des décisions économiques reste toujours posée par les partenaires sociaux et les experts. Retour sur cette problématique au double plan institutionnel et instrumental. Au plan institutionnel, ce qui est contesté par certains, c’est la trop grande polarisation et rigidité des décisions économiques qui entravent quelquefois des libertés économiques constitutionnellement protégées. Beaucoup d’universitaires algériens ont traité de cette question, à l’instar de Samir Bellal dans son article “problématique du changement institutionnel en Algérie : une lecture en termes de régulation”, publié dans la Revue algérienne des sciences juridiques, économiques et politiques. Il y soutient la thèse qu’“une telle situation trouve son origine dans le fait que l’Etat est le détenteur exclusif de la rente pétrolière, ce qui lui permet d’être le seul responsable des modalités de son utilisation. La conséquence est que le poids relatif des partenaires sociaux (syndicats, patronat, associations) est insignifiant face à l’Etat”. Cette asymétrie dans le poids des acteurs est, selon lui, un facteur explicatif dans le processus unilatéral de la prise de la décision économique. Un autre économiste, Kouider Boutaleb, estime quant à lui que le changement organisationnel induit par les réformes n’entraîne pas forcément un changement institutionnel dans le fonctionnement de l’économie. Mais c’est Taieb Hafsi qui est le plus clivant, puisqu’il juge tout simplement “l’étatisme économique, ennemi de la prospérité”, pour reprendre le titre d’une contribution qu’il a faite dans le quotidien Liberté”en juin 2012. Il y introduit le concept “d’incrémentation disjointe” pour signifier que les décisions économiques prises à partir de larges consultations indépendantes sont forcément plus efficaces que celles prises par des institutions centrales. Cette démarche est d’ailleurs utilisée avec le succès qu’on lui connaît dans le management japonais. Je conviens que les trois approches ont une part de vérité. Elles me semblent cependant devoir être complétées et ajustées par une vision dynamique de la société et de l’économie algériennes dans leurs nouveaux rapports avec l’Etat. Quelques exemples pour justifier et illustrer cette précaution méthodologique quant à la centralité supposée totale des décisions économiques en évacuant d’ailleurs les canaux de concertation existants (tripartite, etc.). D’abord l’annulation par les pouvoirs publics en 2011 de la décision faisant obligation aux opérateurs de recourir au chèque pour toute transaction supérieure à 500 000 DA. Cela suite aux pressions du lobby des importateurs informels dans un contexte politique et social très tendu. Deuxième recul, la disposition prise par le Parlement d’autoriser l’importation de friperie au moment où le gouvernement tentait de relancer une partie de l’industrie textile disposant de parts de marché.
A ce propos, le Premier ministre précédent avait fait part de la puissance de ces lobbies. Autre décision ayant été sujette à discussion, le 51/49 mais qui a été maintenue cette fois-ci contre vents et marées. Cette décision prise au plus haut niveau de l’Etat renvoie au principe de précaution. Le risque étant de coupler une situation d’un pays déjà dangereusement gros importateur de biens à celle d’un pays exportateur de capitaux avec tous les risques que cette conjonction pouvait faire peser sur la balance des paiements. Cela d’autant que deux expériences négatives coûteuses avaient été enregistrées. A l’inverse, personne n’a pu démontrer qu’il s’agit d’une décision globalement négative pour l’économie nationale même si, sur d’autres chapitres, le retour aux pratiques universelles s’impose d’ores et déjà (pratiques bancaires notamment). Les pressions externes auxquelles se sont ajoutées des demandes internes n’ont pas fait bouger les lignes. Mais c’est probablement sur le plan instrumental que les déficits sont les plus grands. Il a fallu attendre l’année 2012 pour que l’Algérie se dote d’un modèle d’équilibre général calculable intégrant la simulation des chocs. Ce modèle, devenu “modèle d’équilibre général algérien (MEGA)”, est un modèle de simulation des crises qui calcule “l’ensemble des impacts d’un éventuel choc sur l’économie, permettant aux décideurs de réduire l’incertitude autour des décisions futures des agents économiques”. De façon plus concrète, il calcule non seulement les ajustements budgétaires mais aussi les impacts sur les agents économiques résultant par exemple d’une baisse des prix des hydrocarbures ou d’une hausse exceptionnelle des salaires de la fonction publique. Si un tel instrument avait existé lors des rounds de négociations sur l’accord de libre-échange avec l’Union européenne, il aurait permis de calculer les impacts non seulement sur les recettes budgétaires mais aussi sur l’ensemble de l’économie, comme l’ont rappelé Sidi Mohamed Ferhane, directeur général de la prévision et des politiques publiques (DGPP) au ministère des Finances, et Sid Ahmed Louahadj, directeur de la prévision macroéconomique. J’ajouterais qu’il aurait permis d’y regarder à deux fois avant d’opérer le désarmement tarifaire partiel de 2001 que personne ne nous demandait. Cela parce que les décideurs auraient disposé du montant chiffré des effets sur le système productif national et non pas seulement du manque à gagner douanier. Mais tout ceci gagnerait à être consolidé par le respect des libertés économiques inscrites dans les logiques marchandes et singulièrement dans celle de la liberté d’investir. Car qui peut le mieux optimiser son business si ce n’est le promoteur lui-même. Il en est de même pour les entrepreneurs publics qu’il faut protéger du risque de gestion et dont il faut élargir les latitudes offertes d’ailleurs par le code du commerce.
Pour ce faire, et en conclusion, la lutte contre une bureaucratie, qui devient un véritable pouvoir parallèle à celui des décideurs dont on a parlé, revêt un caractère urgent et prioritaire. C’est un atout majeur pour améliorer le climat des affaires, et tout compte fait pour rendre efficace la décision économique par la rapidité de sa mise œuvre. On peut y ajouter enfin ceux des contre-pouvoirs institutionnels à renforcer, car ils contribuent à une évaluation transparente des décisions prises. Force est de constater que beaucoup reste à faire dans ce domaine

Source : Liberté du 27313

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Forum Social Mondial Tunis 2013 : A chacun son combat, la rue pour tous!

Publié le par Mahi Ahmed

Forum Social Mondial Tunis 2013 : A chacun son combat, la rue pour tous!

26

 

mars

 

2013

 

à 20:16

 

C'est dans une ambiance festive que des associations et organismes du monde entier se sont rassemblés, aujourd'hui, à l'Avenue Habib Bourguiba à Tunis, pour l'ouverture du Forum Social Mondial 2013, tenue pour la première fois en Tunisie.

Par Yüsra N. M'hiri (avec Tap)

L'avenue «de la révolution» était aujourd'hui pareille à une fourmilière riche en couleurs. Des dizaines de milliers de gens venus du monde entier, chacun sa banderole, son cri, sa problématique et son militantisme, ont fait une marche splendide, sur plusieurs kilomètres, de la Place des droits de l'homme, au centre-ville de Tunis, à la Cité des sports d'El-Menzah, oùils sont arrivés vers 17 heures.

 

Basma Khalfaoui et le Front populaire: "Qui a tué Chokri Belaïd?"

Un bol d'oxygène pour le tourisme

Dans une ambiance festive, la procession a parcouru l'Avenue Mohamed V et Place pasteur, brandissant des slogans contre le capitalisme, le mondialisme et l'endettement. Des slogans clamant l'attachement à la libération de la Palestine, à la justice sociale, aux droits des femmes, des chômeurs et des émigrés et appelant à une meilleure prise en charge des catégories marginalisées à travers le monde ont, également, été lancés tout au long de la marche.

Au premiers rangs, des personnalités de renommée internationale parmi les défenseurs des droits humains, des syndicalistes et des figures politiques dont Nabil Chaâth, ancien ministre palestinien des affaires Etrangères, et Salah Salah, membre du Front démocratique pour la libération de la Palestine.

La marche était entourée d'une forte présence médiatique et d'un dispositif de sécurité étoffé. Les représentants des associations ont animé l'événement par des tableaux de danse inspirés du patrimoine tunisien et africain.

Selon un membre du comité d'organisation, Moheddine Cherbib, le nombre des participants à cette marche a dépassé, de loin, les 50.000, venus de 127 pays. Concernant la participation algérienne, il a précisé que 120 membres représentants des organisations de défense des droits humains et des associations pour sans-emploi sont déjà arrivés.

Le responsable a ajouté que 120 autres, parmi des activistes des droits de l'homme, des militants, des indépendants et des syndicalistes ont été empêchés par les autorités algériennes d'entrer en Tunisie.

Environ 500.000 palestiniens participent à cette édition qui accorde un intérêt particulier à la cause palestinienne, a relevé M. Cherbib.

La réussite de cet événement réside dans le fait que des milliers d'hommes et de femmes, animés de différentes motivations, mais animés des mêmes principes de liberté, de démocratie et de justice, ont marché côte-à-côte, ou plutôt ensemble, dans la joie et la bonne humeur, symbolisant ainsi l'unité de destin de l'humanité entière.

Une seule voix, des messages multiples

Des Européens, des Américains, des Asiatiques, des Africains, des Arabes, des Maghrébins, mais aussi Tunisiens de toute la Tunisie, de droite et de gauche, aux appartenances religieuses différentes, de tous milieux sociaux, ont «envahi» l'avenue Habib Bourguiba dès le milieu de la matinée dans le but de faire part de leurs revendications.

 

Les jeunes du Front popualire: "Qui a tué Chokri Belaïd?"

Basma Khalfaoui, veuve du martyr Chokri Belaid, était présente, entourée de manifestants du Front populaire. Le slogan désormais récurrent «Qui a tué Chokri?» a été repris d'une seule voix par l'immense foule.

Et dans ce tohu-bohu, on a même entendu des slogans appelant au jihad, perdus dans la masse des cris lancés de tout part. Des jeunes Tunisiens ont scandé: «Palestine, nous arrivons, nous viendrons à ta rescousse, nous y laisserons nos vies si il le faut». Ils manifestaient aux côtés d'Irakiens venus célébrer la mémoire de ce qu'ils appellent «le héros et martyr Saddam Husseïn».

 

Des Irakiens évoquent la mémoire du "héros" Saddam Hussein.

Des Egyptiens pour la révolution permanente 

Une cinquantaine de militants égyptiens, rassemblés vers 14 heures à l'avenue Bourguiba, près de l'Horloge, criaient que la révolution égyptienne n'est pas terminée, qu'elle a été volée par les islamistes et qu'une guerre civile est en train de s'installer dans leur pays.

Selon eux, l'impasse sociopolitique égyptienne actuelle est ouverte à toutes les issues et à tous les dangers, mais ils assurent ne plus avoir peur, car c'est leurs droits et leurs vies mêmes qui en dépendent: «Irhal ya kharouf, nahna nassina kelmet el khouf» (Dégagez les moutons, nous avons oublié le sens du mot peur), criaient-ils.

 

Les Egyptiens préviennent les Tunisiens contre les tentations de la division.

Au passage, n'ont pas manqué, s'adressant aux Tunisiens venus discuter avec eux de la situation dans leur pays, de les prévenir contre la division du peuple et les ont appelés à rester unis, car seule la solidarité face à l'obscurantisme pourrait sauver une nation qui a fait une révolution pour la liberté et la dignité.

Pour le ministre des Affaires sociales, Khalil Zaouia, qui s'exprimait mardi lors d'un point de presse au Palais de la Kasbah,le FSM donnera la nouvelle image de la Tunisie post-révolutionnaire. Il a rappelé que tous les moyens sécuritaires, logistiques et matériels ont été réunis pour réussir cet événement international auquel participent près de 70.000 personnes et 700 journalistes étrangers.

Une bonne organisation du forum sera sans doute profitable pour l'économie et le tourisme, a-t-il encore relevé. Des activités culturelles ont été prévues en marge de la manifestation comportant des excursions dans plusieurs régions du pays. Une enveloppe de 3,5 millions de dinars a été mobilisée pour le réaménagement du campus universitaire d'El Manar pour abriter les travaux du Forum, a encore indiqué le ministre, ajoutant que plus de 10.000 lits ont été réservés dans les différents foyers universitaires et 363 salles ont été aménagées dans les collèges et lycées pour accueillir les participants. Par ailleurs, 150 lits sont mis à la disposition des personnes handicapées au Centre de réadaptation professionnelle des insuffisants moteurs et des accidentés de la vie et à l'association Basma de protection des handicapés à Gammarth.

En réponse à une question concernant le vol, samedi, par un chauffeur de taxi, de deux Brésiliens qui venaient d'arriver à Tunis pour participer au Forum, le ministre a assuré que le coupable est entre les mains de la police, précisant que les forces de l'ordre s'emploient à garantir le bon déroulement de cet évènement international.

M. Zaouia a par ailleurs indiqué que le gouvernement soutiendra les recommandations qui seront issues du Forum.

 

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Pourquoi Lakhdar Brahimi a boudé le Sommet arabe de Doha

Publié le par Mahi Ahmed

Pourquoi Lakhdar Brahimi a boudé le Sommet arabe de Doha

Article | 27. mars 2013 - 12:50

 

Lakhdar Brahimi désavoue les faucons qui veulent détruire la Syrie. D. R.

L’absence de Lakhdar Brahimi au Sommet des chefs d’Etat arabes, qui vient de s’achever à Doha, a été des plus remarquables. En effet, c’est la première fois que l’émissaire de l’ONU et de la Ligue arabe pour la Syrie n’assiste pas à une réunion au sommet où la crise syrienne est programmée à l’ordre du jour. Aucun officiel arabe ne s’est hasardé à soulever ou à commenter cette absence, même le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Al-Arabi. Le seul à en avoir parlé, c’est le président dudit «Conseil national syrien», George Sabra, qui affirme que cette absence «est due à une divergence de fond entre Brahimi, dont le bureau à Damas venait d’être fermé par l’ONU, et l’opposition syrienne», arguant que cette opposition «n’est pas satisfaite de son travail et lui reproche notamment de n’avoir pas présenté une initiative sérieuse et viable». En fait, Lakhdar Brahimi a pris ses distances, depuis quelques semaines, avec l’opposition syrienne et certaines capitales arabes et occidentales, comme Paris, Doha et Ankara, qu’il accusait de vouloir saborder son plan de paix, laborieusement élaboré, qui s'appuie essentiellement sur les accords de Genève du 30 juin 2011, lesquels prévoient l’ouverture du dialogue entre le gouvernement syrien et tous les segments de l’opposition, une période de transition et la cessation des hostilités. Il avait, pour cela, multiplié les démarches auprès de Moscou et Washington pour parvenir à un compromis. Selon des sources, Brahimi est catégoriquement opposé à la décision de livrer des armes aux milices en Syrie, comme le veut Paris et réclamé ouvertement par le Sommet arabe dans sa déclaration finale qui autorise tous les pays arabes à aider les groupes armés en Syrie.
R. Mahmoudi

 

Source : Blog Algérie patriotique

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La situation dans le Monde arabe et au Moyen Orient

Publié le par Mahi Ahmed

La situation dans le Monde arabe et au Moyen Orient

 

A la lumière de l'échec de toutes les solutions à la crise capitaliste

 

 

Article de Marie Nassif-Debs, secrétaire Générale Adjointe du Parti communiste libanais, responsable des relations internationales

Introduction


La crise capitaliste se poursuit et s'envenime, non seulement en Europe mais aussi et surtout aux Etats-Unis, malgré toutes les tentatives, politiques et économiques, qui ont visé, durant les années 2011-2012, à trouver une sortie de secours face à la récession galopante et à l'effondrement du PIB tandis que les dettes publiques, grandissantes, continuent à échapper au contrôle des lois économiques bourgeoises. Cette crise, qui avait entraîné dans son sillage la Grèce et autres pays du PIIGS (Portugal, Irlande, Italie, Espagne), a des effets de plus en plus virulents sur le reste du monde, surtout dans les pays du Sud de la Planète que les puissances capitalistes se disputent afin d'en faire des « chasses gardées », tant par les richesses qu'ils recèlent (pétrole, gaz, métaux précieux et, surtout, terrains fertiles et ressources hydrauliques) que par les marchés qu'ils peuvent constituer aux produits fabriqués.


1-Les tendances mondiales 2030


Ces constats sont consignées comme telles dans le rapport publié, à la fin de l'année passée 2012, par les 16 agences de la CIA et appelé « Global trends 2030 » (tendances mondiales 2030).


En effet, le rapport mentionné parle de la présence de 6 variables qui pourraient déterminer l'évolution, dans un futur proche, du système capitaliste. La première variable parle d'une économie toujours en crise tandis que les autres attirent l'attention sur les « instabilités régionales », la « recrudescence des conflits », les « chutes de régimes préétablis », l'influence « des nouvelles technologies » et, enfin, le « rôle des Etats-Unis » dans tout cela.


Ce qui nous intéresse dans ces titres, ce sont surtout les questions posées par la CIA pour chaque variante appelant l'administration de Barak Obama à « bien y réfléchir ».


Parmi ces questions, nous avons choisi trois qui ont un lien avec notre région.


●La première est: Les gouvernements (entendre : des puissances capitalistes) et les institutions internationales (entendre le Conseil de sécurité des Nations Unies, la Banque mondiale et le FMI) actuels seraient-ils capables de s'adapter rapidement afin d'exploiter les changements à leur avantage ou bien ces changements vont-ils les submerger ?


●La deuxième est : La présence des armées mondiales (l'OTAN) et régionales, surtout au Moyen Orient et dans le Sud asiatique, aurait-t-elle pour conséquence de créer un état d'instabilité sur le plan international ?


●La troisième est : Les Etats-Unis pourraient-ils collaborer avec de nouveaux partenaires dans la réorganisation du Régime mondial et pourraient-ils se créer de nouveaux rôles dans un Régime mondial qui va s'élargissant (entendre : à la suite de la création du second pôle, le BRICS) ?


Ce choix est bien clair, parce qu'il montre que l'impérialisme étasunien a choisi ses cibles futures, ou bien il a réitéré ses choix, et que notre région constitue toujours le noyau dur dans la stratégie étasunienne, non seulement à cause de son importance sur le plan énergétique (sources et routes principales du pétrole et du gaz), mais aussi à cause de son importance géostratégique entre la Méditerranée et l'Océan indien, mais aussi à cause de sa proximité avec la Russie et l'Iran (la Turquie) et la Chine, surtout que ces deux grandes puissances « émergentes » font de l'ombre au leader capitaliste, tant en Asie qu'en Afrique.


Ce choix veut dire aussi, si nous lisons bien les deux premières questions, la deuxième notamment, que le Monde arabe en ébullition depuis deux ans déjà est choisi comme cible de prédilection pour des guerres futures, à l'exemple de ce qui s'était passé en Libye, et dont les préliminaires se trouvent dans l'appui inconditionnel que les amis de Washington, l'Arabie Saoudite et le Qatar en particulier, sans oublier la Turquie pour autant, fournissent aux forces islamistes fondamentalistes qu'ils combattent soi-disant en Afghanistan ou au Mali.


2-La situation au Moyen Orient


D'abord, une mise au point sur le plan de la terminologie.


Que se passe-t-il dans le monde arabe ? Pourquoi certains l'appellent-ils « printemps » et d'autres, au contraire, « hiver » ?


Il nous faut préciser rapidement qu'il y a beaucoup de différences entre ce qui s'était passé en Tunisie et en Egypte de ce qui se passe en Syrie, et que les divisions, confessionnelles, au Bahreïn n'ont aucun rapport avec le soulèvement du peuple yéménite.


Qu'est-ce qu'une Révolution pour un marxiste ou un marxiste-léniniste ? N'est-ce pas la volonté d'un changement radical dirigé par la classe ouvrière, directement ou à travers les partis la représentant... Donc, un changement social, de classe ?


Si nous prenons pour exemple la Tunisie et l'Egypte, nous sommes devant une tentative de changement révolutionnaire qui n'a pas encore abouti, qui est combattu et que l'impérialisme tente de récupérer, « d'exploiter à son avantage » ; mais, c'est un révolution quand même, menée par une alliance entre les représentants de la classe ouvrière (PC Egyptien, Nasséristes de gauche, syndicalistes) et les représentants de la petite bourgeoisie (cadres, intellectuels démocrates). Leurs slogans constituent un programme pour le futur : « pain, liberté, justice sociale, dignité humaine ». Les « frères musulmans » ont adhéré à ce projet après qu'il ait pris corps et pour mieux le récupérer. Mais, ils ont vite échoué ; et ce qui se passe ces derniers jours tant en Egypte qu'en Tunisie montre clairement que le processus déclenché est loin d'être récupérable, malgré tout l'argent dépensé.


Une fois cette mise au point faite, nous devrions ajouter que le rapport des forces internationales n'étant pas à l'avantage des forces du changement, en général, il est compréhensible que ces forces avancent et reculent... mais pour mieux se lancer. Ce que certains partis ou régimes progressistes sur le plan international ne voient pas ou refusent de voir. Ces mêmes partis qui avaient déjà soutenu des régimes de dictature appelés soi-disant anti impérialistes, comme la Libye, l'Irak ou la Syrie, tandis que ces régimes prônaient la politique de la terreur et de la répression contre les Communistes et autres forces démocratiques. Ce qui fait qu'aujourd'hui ils ne comprennent pas très bien ce qui se passe puisqu'ils se sont placés délibérément devant un faux dilemme : entre le mal (les régimes de dictatures qui ont suivi, depuis plus de 50 ans, une politique de flirt avec les puissances impérialistes) et le pire (les salafistes soutenus par ce même impérialisme), nous devrions choisir le moindre mal.


Telle est la situation en Syrie, par exemple.

 
Cependant, il nous faut dire que, malheureusement, l'irréparable est fait. Le régime de Bachar Assad a raté de multiples occasions de pouvoir s'ouvrir une issue en appelant l'opposition démocratique et pacifique à négocier, en lui jetant du lest au moins ; voilà pourquoi, après 2 ans de crise, la Syrie suit l'exemple de l'Irak qui continue à subir les affres de la guerre confessionnelle et va vers la partition en trois Etats. Et, nous pensons que le rôle de la Russie, leader du second pôle, va plutôt dans le sens de sa mainmise sur la Syrie et non d'une solution politique réelle ; la Russie de Poutine n'est pas la Russie de Lénine. Et, si nous regardons bien la carte des combats des dernières semaines, nous voyons clairement qu'elles dessinent les frontières des mini-Etats que les deux camps vont se partager. Sans oublier que le retour au confessionnalisme est bien mis en avant, et ses effets sont bien visibles dans les pays frontaliers de la Syrie. Telle est la situation de la Turquie sous la coupe d'Erdogan, qui veut revenir à l'empire ottoman en usant de l'arme sunnite, que du Liban, qui se trouve, dans la mêlée de la crise syrienne, passible d'une nouvelle guerre civile entre Chiites et Sunnites, une guerre latente mais non lointaine, malheureusement, puisque des explosions armées marquent de leur empreinte meurtrière toutes les régions, notamment les deux frontières Nord et Est, et surtout à cause de l'infiltration des bandes dites « djihadistes » dont le mouvement « An Nousra », frère siamois d'Al Qaeda, constitue l'avant-garde (certains parlent de plusieurs centaines de ces djihadistes dans le seul camp palestinien de Aïn al Héloué).


Donc, deux courants s'affrontent aujourd'hui au Moyen Orient, l'un qui tente d'entrainer les peuples arabes vers leur perte par l'utilisation de l'arme confessionnelle, l'autre (plus faible) vers le changement par la poursuite des soulèvements populaires. Et, le rôle du mouvement de la gauche et du progrès se trouve dans le second camp ; d'où, il incombe aux partis communistes et ouvriers sur le plan international de se solidariser avec les partis communistes arabes, mais aussi avec « Le Forum de la gauche arabe », créé sous l'instigation du PCL quelques mois avant les premiers soulèvements et qui regroupe actuellement 23 partis œuvrant dans 11 pays arabes, allant de la Tunisie au Maroc et au Soudan et traversant l'Egypte, la Jordanie et la Palestine pour aller dans le Golfe (Bahreïn et Kuweit) et repasser par l'Iraq vers la Syrie et le Liban.


3-La cause palestinienne


Dans cette situation complexe, la cause palestinienne passe inaperçue, malgré que le peuple palestinien subit une colonisation très poussée, surtout autour d'Al Quds ; et la deuxième visite de Barak Obama dans la région n'est pas aussi suivie que celle de son ministre des affaires étrangères James Kerry.


Pourtant, cette visite aura, beaucoup plus que la première, un impact certain sur la Palestine et le reste du monde arabe.


Durant sa première visite, Obama avait évoqué la nécessité de donner aux juifs un Etat sécurisé et en paix avec ses voisins, acceptant ainsi l'idée d'un Etat des juifs dans le monde. Sa visite d'aujourd'hui vise deux objectifs : le premier consiste en la réalisation de cet Etat, après avoir tenté d'empêcher la reconnaissance par l'ONU de la Palestine en tant qu'Etat observateur ; le second, plus dangereux, vise à étudier le rôle futur de cet « Etat des juifs » dans un monde arabe sans grande possibilité de se défendre (disparition, l'une après l'autre, des armées qui avaient fait les guerres contre Israël) et où on vient de découvrir de nouveaux gisements de gaz et de pétrole, notamment au Liban. Ces faits, et vu la situation de crise continue dans le monde capitaliste, nous poussent à dire que le rôle d'Israël sera renforcé afin d'aider l'impérialisme, étasunien surtout, à sortir de la crise en lui ouvrant de nouvelles portes sans qu'il ait à s'en mêler. Cela rappelle quelque peu les années qui ont suivi la première guerre mondiale et les « principes de Wilson », dont la politique des mandats accordés à la grande Bretagne et à la France au Moyen Orient pour un petit laps de temps, afin de « pacifier » la région avant d'entreprendre de mettre la main dessus. N'est-ce pas ce qui transparait aujourd'hui, après la Libye, en Syrie où la France, la Grande Bretagne et, en partie la Turquie, ont le rôle guerrier tandis que les Etasuniens continuent les négociations.


Sommes-nous devant un nouveau Sykes-Picot ? Ou, plutôt le projet du « Nouveau Moyen Orient » serait-il ce nouveau Sykes-Picot suivant le dessin fait par Zbigniew Brezinski dans son livre « Le Grand échiquier » ?
Peu importe.


Les deux projets sont presque les mêmes. Leur résultat sera le même, si nous nous laisserions faire : la disparition du monde arabe dans des guerres sans fin et, bien entendu, la disparition de la Palestine pour toujours. Cela veut dire aussi que ni la Turquie ni les autres grandes puissances de la région ne seraient épargnées. Elles auront à subir des partitions, elles aussi.


Cela nous pousse à dire que notre responsabilité est grande, nous les partis communistes et ouvriers du Moyen Orient.


Cette responsabilité consiste à œuvrer rapidement afin de former une alliance dont le but sera d'empêcher toute nouvelle intervention étrangère, en Syrie ou ailleurs, mais aussi de lutter tous ensemble, avec les forces de la gauche dans le monde arabe et la région afin de forcer nos pays à démanteler les bases militaires de l'OTAN et, en même temps, à se retirer de cette organisation impérialiste qui n'a fait que semer la mort et a destruction chez nous. N'est-ce pas ainsi que se réalise la souveraineté ?


A cela nous devons ajouter la démocratisation de nos sociétés (surtout par le refus de toute relation entre les confessions religieuses et les Etats, le refus d'appliquer la Charia ou toute autre loi religieuse) et de nos économies qui, vu les richesses que notre région recèle, doivent se baser sur les deux secteurs productifs essentiels, tout en donnant une plus grande importance aux campagnes, aux paysans qui sont les plus pauvres parmi les plus pauvre, mais aussi une plus grande attention aux ressources d'eau.


Je crois qu'il n'est pas téméraire de dire que nous sommes actuellement au pied du mur. Ou bien nous saurons comment y faire face ou bien nous serons ecrases et nos peuples avec nous.

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