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Partenariat dans le secteur des hydrocarbures

Publié le par Mahi Ahmed

Partenariat dans le secteur des hydrocarbures

Rétablir la confiance, améliorer l’attractivité et optimiser les transactions

Par : Mustapha MEKIDECHE

Plus qu’aucune autre industrie, celle des hydrocarbures est sous la contrainte de la globalisation. D’où le passage obligé par des partenariats nombreux et diversifiés, voire même des alliances. C’est une industrie mondialement intégrée dont les différents segments de marchés sont soit internationaux, soit régionaux, dont les technologies de recherche, de production, de transport et de transformation des hydrocarbures ne sont le plus souvent disponibles que dans les pays avancés et dont  enfin les sociétés nationales des pays exportateurs n’ont pas les capacités pour développer le secteur par les moyens propres uniquement. Aussi l’histoire des succès et des échecs du secteur algérien des hydrocarbures peut se lire  à travers les performances des partenariats construits depuis l’indépendance, et même avant. Ce partenariat est le fait de l’opérateur national dominant, le groupe Sonatrach et ses filiales, orienté dans certains cas par les agences de régulation du secteur. On peut, pour une meilleure compréhension de la problématique, segmenter ce partenariat en trois : le partenariat dans la recherche, la production et/ou la transformation des hydrocarbures sous forme d’association ou de joint-ventures, qui inclut aussi les clients finaux, le partenariat ponctuel ou récurrent avec les fournisseurs internationaux de biens, de services et de construction, et enfin le partenariat dit d’intégration avec le tissu productif national. On va voir pourquoi les deux premières formes citées de partenariat ont besoin d’un bilan détaillé pour une mise à jour aux fins de rétablir la confiance, d’améliorer l’attractivité et d’optimiser les transactions et pourquoi aussi la dernière forme de partenariat gagnerait à être développée car pour le moment elle pèse très peu dans les activités du secteur.
Commençons par là où cela fait mal : les relations avec les fournisseurs internationaux du secteur. Les dernières affaires, rapportées dans la presse internationale et locale, portent sur des pratiques de corruption à grande échelle sur des grands projets. Ce qui, outre le caractère criminel ou délictuel des faits présumés, augmente considérablement les coûts de transaction pour la réalisation de projets en question. Des enseignements devront être tirés pour pouvoir déterminer, à toutes les étapes et à tous les niveaux, les conditions de négociations et de passation de ces types de contrats, en fixant notamment des délégations de pouvoir formalisées, opposables au tiers. Cela de sorte à lever toute ambiguïté sur qui est responsable de quoi. à l’instar des grands groupes pétroliers tels que BP, Exxon ou même Aramco, Sonatrach devrait disposer de procédures détaillées et de cahiers des charges techniques et commerciaux élaborés contenant des codes d’éthique et des clauses contractuelles d’exclusion d’intermédiaires. Un comité de veille et d’alerte dédié à la surveillance des coûts de réalisation et d’équipements des projets pétroliers devrait également compléter le dispositif de passation de marchés. S’agissant des partenaires associés et des clients, il faut admettre que le solde global de ce type de transactions a été globalement positif pour Sonatrach, en dépit de quelques arbitrages mal engagés et/ou mal négociés ou de quelques partenariats à l’étranger insuffisamment profitables (partenariat pétrochimique de Tarragone avec BASF, projet de gazoduc au Pérou), ou l’échec du partenariat avec les entreprises espagnoles Repsol et Gas Natural qui a conduit à l’annulation du projet intégré de Gassi Touil (Algérie). Dans le même registre, surtout en ces temps de crise, Sonatrach devrait mettre en place et faire fonctionner, comme pour ses fournisseurs, un comité de veille sur les firmes opérant sur le marché des hydrocarbures en se focalisant sur les clients avec lesquels elle a des engagements de livraison récurrents. Cela lui éviterait de se retrouver  avec des créances non honorées dans les délais ou non honorées du tout. Ceci dit, la gestion de crise de Tiguentourine et celle plus longue de la décennie terroriste de 90 ont témoigné de la fiabilité et du respect des engagements de Sonatrach en toute circonstance, à la fois pour ses livraisons contractuelles d’hydrocarbures et les délais de réalisation de ses projets. C’est ce qui fait dire à Paolo Scaroni, PDG d’EN, que “les conditions d’investissements en Algérie sont bonnes, les institutions solides”, dans une intervention récente et remarquée dans un think tank new-yorkais. Reste quand même à consolider tout cela en élaborant rapidement les textes d’application de la dernière version de la loi sur les hydrocarbures. Cela d’autant que nous nous dirigerons, à terme, vers la recherche et la production d’hydrocarbures non conventionnels. Reste aussi à réorienter stratégiquement les prises de participations et les interventions internationales de Sonatrach dans deux directions : l’Afrique et l’amont pétrolier.
Troisième sujet par lequel je vais conclure : le partenariat entre Sonatrach et les entreprises algériennes. Les politiques annoncées de réindustrialisation n’auront pas de sens si elles n’impliquent pas les donneurs d’ordre nationaux et d’abord le plus grand d’entre eux, Sonatrach. Dans ce domaine, les retards accumulés sont importants et le bilan est maigre, en dépit des intentions affichées de façon récurrente. La faiblesse des capacités de maîtrise d’œuvre au sein de Sonatrach, d’une part, et l’inexistence d’autre part d’outils d’engineering pétrolier pouvant  décomposer les projets de sorte à y intégrer progressivement les biens d‘équipements et les services locaux restent les deux  contraintes majeures à lever. Au plan de l’exploitation et de la maintenance des installations de production du secteur, une politique systématique de sous-traitance locale devra être mise en œuvre (identification de gammes de fabrication de pièces de rechange et de consommables, intervention dans les arrêts programmés des installations, etc.). C’est sous ces conditions que le secteur des hydrocarbures pourrait devenir, outre ses missions spécifiques, un vecteur puissant de réindustrialisation du pays. Mais on ne peut rien garantir si un monitoring dédié à l’intégration nationale n’est pas mis en place, car l’enfer est, comme vous le savez, pavé de bonnes intentions.


M.M.

http://www.liberte-algerie.com/contribution-economique/retablir-la-confiance-ameliorer-l-attractivite-et-optimiser-les-transactions-partenariat-dans-le-secteur-des-hydrocarbures-209487

Publié dans Economie et société

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Quel avenir pour l’économie algérienne ?

Publié le par Mahi Ahmed

Quel avenir pour l’économie algérienne ?

 

Par Dr Ahmed Benbitour
L’Algérie jouit d’une aisance financière confortable dans ses relations avec le reste du monde, puisque son stock de réserves de devises déposées à l’étranger couvre quarante mois d’importations. Mais son économie demeure, plus que jamais, dépendante et volatile.
Dans ses échanges avec le reste du monde, l’Algérie s’appuie sur les exportations d’hydrocarbures à près de 100% pour financer sa Balance des Paiements ; alors que la fiscalité pétrolière et les autres revenus tirés de ces mêmes exportations représentent près de 75% des recettes budgétaires totales.
Ceci, face à une baisse tendancielle confirmée des réserves de pétrole et de gaz et de leur production. En même temps qu’une augmentation sensible de la consommation nationale d’énergie et une augmentation importante des importations de biens et services.
En plus de la dépendance des hydrocarbures, il y a la dépendance alimentaire, puisque 75% des calories consommées par les Algériens sont importés.
C’est une économie volatile. L’évolution des paramètres d’exploitation des hydrocarbures est très inquiétante.
Durant la décennie 2000-2010, les réserves de pétrole restantes ont baissé de -7,4%. Celles du gaz de -35,7%. La production est en baisse tendancielle depuis 2006. Alors que la consommation interne a augmenté sur la même décennie de +77% pour le pétrole et +36,5% pour le gaz.
Il faut noter le décalage important entre les déclarations officielles et les résultats enregistrés.
En janvier 2006, le ministre de l’Energie annonçait la production de 100 millions de tonnes de pétrole et l’exportation de 85 milliards de mètres cubes de gaz en 2010.
Les chiffres enregistrés sont de 65,3 millions de tonnes de pétrole produites, de 57,3 milliards de mètres cubes de gaz exportés.
Les importations de marchandises sont passées de 9,48 milliards US$ en 2001 à 45,10 milliards US$ en 2011, alors que celles des services (transports à l’étranger, assistance technique, grands travaux, salariés étrangers…) sont passées de 2,44 milliards US$ en 2001 à 12,30 milliards US$ en 2011, soit une augmentation de 500%.
La volatilité est confirmée par l’entrée dans l’amenuisement de la rente.
La production totale d’hydrocarbures est tombée de 85,60 millions de tonnes en 2006 à 71,30 millions de tonnes en 2011, soit une baisse de -16,7%.
Les exportations sont passées de 73,80 millions de tonnes à 57,90 millions de tonnes, soit une baisse de -25,6% sur la même période.
Cette baisse de volumes ne s’est pas répercutée sur la valeur des recettes d’exportations, grâce à l’augmentation des prix qui a atteint 70%, passant de 65,85 US$ par baril en 2006 à 112 US$ en 2011.
Mais, si les prix ont augmenté de 70%, les valeurs d’exportations n’ont augmenté que de 33,7%, confirmant ainsi la baisse de la production et l’augmentation de la demande nationale d’énergie.
Qu’en sera-t-il en 2016 ?
Si nous faisons l’hypothèse de la même tendance enregistrée durant les cinq années 2006-2011, le volume de production totale d’hydrocarbures se situerait, en 2016, à 59 millions de tonnes et celui des exportations à 43 millions de tonnes.
C’est une hypothèse qui devrait être considérée comme optimiste, puisqu’elle suppose qu’il n’y aura pas de dégradation dans la gestion des affaires publiques.
Pour maintenir les équilibres budgétaires, il faudrait un prix de baril à 190 US$ en 2016 !
Doit-on continuer à hypothéquer l’avenir de la Nation algérienne en pariant sur l’augmentation des prix à l’exportation ?
Ceci dans un contexte caractérisé par des augmentations importantes des dépenses budgétaires. Le budget de fonctionnement était en augmentation de 50% en 2011 par rapport à celui de 2010.
De même, la baisse sensible des exportations en volume des hydrocarbures. Tout ceci, dans le contexte, d’une baisse des réserves d’hydrocarbures restantes.
Bien entendu, on peut avancer l’argument de l’exploitation de pétrole et de gaz non conventionnels, gaz de schiste, notamment. Qu’en est-il ?
Cette exploitation n’aura de sens que si elle s’inscrit dans une stratégie de transition énergétique bâtie sur un système équilibré et durable que procurent les sources d’énergie renouvelables : solaires, conversion d’hydrogène, etc.
Il serait hasardeux pour l’avenir de la Nation, de remplacer l’utilisation des ressources non renouvelables par d’autres ressources non renouvelables, sans l’inscrire dans une stratégie globale de développement nouvelle !
Le défi est énorme.
D’abord, trouver de nouvelles sources énergétiques pour satisfaire la demande nationale ainsi que de nouveaux moyens de financer les importations et le budget de l’Etat.
Ensuite, réussir la transition énergétique par la décentralisation de l’énergie comme source de bien-être de proximité, créant ainsi une société stable, indépendante, équilibrée et une occupation optimale du territoire. Aussi, l’exploitation de ces nouvelles sources d’énergie comme un moteur de développement technologique de pointe, maîtrisé par les compétences nationales.
Pour définir une politique d’exploitation d’hydrocarbures non conventionnels, il faudrait disposer d’informations fiables sur les ressources en place qui dépendent de la géologie ; sur les ressources techniquement recouvrables qui dépendent de la technologie ; sur les ressources économiquement recouvrables qui dépendent du calcul économique. Sans négliger les contraintes environnementales.
Si nous n’avons pas d’inquiétude sur les ressources en place, leur exploitation technique et économique est loin d’être rassurante.
Il faut noter le déclin rapide de la production de ce type de forages en vertical et en horizontal.
La production de la deuxième année d’exploitation ne représente plus que 30% de celle de la première année. Celle de la troisième année 20%.
Autrement dit, à partir de la troisième année, ces forages ne produisent que moins du cinquième de la production de la première année. Le coût d’achat de ce type de forage est au moins cinq fois plus élevé que celui des forages verticaux actuels.
Reste, la contrainte technologique la plus importante, c’est la disponibilité à la vente de ce type de forages.
Une fois leur utilisation généralisée à travers le monde, il faudra produire une quantité importante de ces forages. L’industrie ne pourra pas faire face, d’où le renchérissement prévisible sur les prix de vente et les longues listes d’attente sur la livraison.
Sur le plan économique, lorsque l’Algérie sera capable de dépasser la contrainte technologique, les hydrocarbures seront exploités dans une grande partie des pays à technologie plus avancée que nous, en Europe, en Amérique et en Asie. Les produits pétroliers seront disponibles partout dans le monde.
Avec une offre importante, les prix de vente seront bas, alors que les coûts de production seront élevés.
Nous sortirons alors de la situation de la rente pour entrer dans celle de l’autosuffisance, dans le meilleur des cas.
Où trouver les ressources pour financer les importations alimentaires et le budget de l’Etat, qui ne peuvent qu’aller en augmentation sans une refondation fondamentale de notre économie ? La rente ne sera plus là !
Nous sommes bien installés dans l’étape d’amenuisement de la rente ! C’est l’hypothèque sur l’avenir de la Nation.
A. B.

 

Source: Le Soir d' Algérie du 30.10.13

Publié dans Economie et société

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Algérie, l’espace public entre le Beylik et le Bien Vacant

Publié le par Mahi Ahmed

Algérie, l’espace public entre le Beylik et le Bien Vacant

Par Le Matin | 27/10/2013 Par Rachid Oulebsir

 

Sortie brutalement de l’ordre médiéval avec toute la violence d’un accouchement révolutionnaire ponctué par une guerre totale contre le colonisateur français, la société algérienne déstructurée déculturée, s’est vue engagée, dans une urbanisation incontrôlée, non pensée, au rythme d’une industrialisation volontariste accélérée.

L'anarchie règne sur plusieurs quartiers et espaces publics.

Lancée à la conquête des jouissances citadines qui lui étaient interdites durant des siècles, une masse humaine blessée, déracinée et dessaisie de ses terres, longtemps retenue artificiellement entre zones interdites et villages de regroupement par les lois coloniales esclavagistes, a déferlé au lendemain de l’indépendance sur l’espace urbain hérité de la colonisation pour lui donner un visage rural, des formes hybrides et des excroissances illimitées.

Cette course anarchique tant attendue vers la ville, dénommée pudiquement "Exode rural", s’est déroulée en quatre grandes étapes : la décennie qui a suivie l’indépendance était celle de l’occupation de la propriété coloniale classée "bien vacant". Elle a ponctuée une douloureuse période d’un demi-siècle de mouvement migratoire de la paysannerie algérienne, spoliée de ses terres, de la campagne vers la ville, transfert qui a accompagné le triomphe du capitalisme agraire colonial. Elle fut suivie par la décennie des grands chantiers industriels qui ont vu la ville "convoquer" littéralement la population paysanne pour la cantonner dans des bidonvilles à la périphérie des grandes cités, ce fut la décennie des bidonvilles. La troisième étape, de 1980 à la fin du siècle dernier était celle du désenchantement généré par l’échec industriel et les tentatives étatiques maladroites de résorption de l’habitat précaire contrecarrées par l’exode sécuritaire de milliers de ruraux qui désertaient leurs villages pour fuir la mort. Depuis le début de ce siècle, l’économie rentière informelle florissante a été accompagnée de l’irruption de nombreuses villes moyennes autour des grands marchés, et lieux des rapports d’échanges rentiers, là où autrefois la société attendait l’émergence de cités urbaines suivant les spécialités industrielles et universitaires.

1- Urbanisation et naissance de l’espace public

Après avoir été de 3% de la population globale à l’arrivée des Français en 1830, La population urbaine a été multipliée par 10 quasiment au lendemain de l’indépendance représentant un peu plus de 30% de la population globale en 1966 ! L’exode rural est bien un phénomène d’essence capitaliste et d’origine coloniale. Ce taux passera à plus de 50% à la fin des années 80 pour frôler de nos jours les 70%. Trois algériens sur quatre vivent aujourd’hui en ville ! L’accroissement du réseau urbain s’est opéré dans l’absolu par l’émergence de nouveaux centres urbains et relativement par la densification des villes existences jusqu’à saturation. Le nombre d’agglomérations de plus de 5000 habitants est passé d’une centaine au lendemain de l’indépendance à plus de 500 de nos jours ! Le dernier découpage administratif de 1985 a révélé l’émergence de plus de 250 centres urbains dont la population avoisine les 20 000 âmes. La densification urbaine s’exprime de façon notable dans les villes de plus de 100 000 habitants qui ont vu leur population globale passer de 735 000 âmes en 1966 à 3000 000 en 1987 ! Soit plus du quadruple. Dans la même période Alger a vu sa population passer de 943 000 à 1500 000 habitants. Oran deuxième ville du pays est passée de 300.000 à près de 700 000 âmes pour la même période. Les villes de moins de plus de 20.000 habitants et de moins de 50.000 habitants ont vu leur population augmenter de 1,6 million d’habitants en 20 ans.

Toutes les statistiques officielles du pays démontrent l’importance de l’exode rural et l’émergence rapide d’un réseau urbain croissant et de plus en plus dense sur la partie nord du pays, celle de la zone méditerranéenne. L’espace public dans ce contexte exprimera le choc de deux mondes sociologiquement instables et culturellement antinomiques autour de l’enjeu principal de la propriété de la ville.

Qui est le propriétaire de la cité ? C’est là que l’Etat émerge comme actant essentiel, organisateur de la cohabitation par l’application de la loi, l’arsenal des mêmes règles politico juridiques pour tous. L’aspect politique sera déterminant dans la formation de l’espace public et du lien social, phénomènes ininterrompus que l’Etat peine à stabiliser et à pacifier. Le citoyen ne reconnait pas la légitimité politique des pouvoirs publics, autrement dit de l’administration, qui au nom de l’Etat travaillent à réguler l’espace public. Cette question de la légitimité des pouvoirs publics est un structurant incontournable des rapports qui s’établissent sur le territoire de la cité urbaine où vivent les trois quarts de la population algérienne.

Dans ce contexte d’urbanisation incontrôlée, l’espace public, avec toutes ses fonctions urbaines anciennes et récentes, a pris le visage du territoire de l’arrivisme social où la répartition inéquitable des richesses installe un faisceau de rapports sociaux marqués par une présence formelle, voire l’absence, de l’Etat de droit et où la violence symbolique, et parfois physique impose la loi du nanti au démuni, de l’ancien arrivé sur l’arrivant… Le besoin de privatisation et de possession de l’espace public par la violence relève d’une culture qui plonge ses racines dans l’époque coloniale française, voire plus loin au temps du Beylik turc. C’est la formation de cet état d’esprit, cette dialectique de possession-dégradation qui constitue le sujet de mon intervention. 

2- L’espace public villageois et le "Regard des Autres"

L’espace public urbain en Algérie et en perpétuelle restructuration. Se substituant au droit coutumier qui organisait les usages de l’espace public villageois, la loi, ensemble de règles politico-juridiques, désigne l’Etat comme propriétaire de l’espace public, et son organisateur, son protecteur à travers ses diverses institutions qui veillent à la concrétisation de l’esprit de l’Etat de droit sur cet espace d’affirmation citoyenne. L’exode rural a cette caractéristique de déplacer des représentations culturelles nés dans le monde rural ou villageois et les faire fonctionner dans l’espace urbain, d’où les affrontements socioculturels autour de l’usage de l’espace public son accaparement et sa dégradation si la jouissance attendue n’est pas accomplie.

Les valeurs familiales sacralisées, ritualisées et reproduites par les lignages tribaux principaux canaux de transmission culturelle entre générations paysannes ont structuré le lien social villageois durant des siècles. Les usages de l’espace commun relevaient d’une culture pratique qui se reproduit et se transmet à la faveur des rituels festifs accomplis dans les espaces communs tels les agoras, les mausolées, les fontaines, les cimetières, et dans les espaces de solidarité productive comme les ateliers de l’artisanat, les champs agricoles, les chantiers de construction… Toutes les dimensions du patrimoine immatériel (la littérature orale avec ses contes, ses mythes, ses récits, les savoir-faire portés par les traditions, les conduites relevant des croyances établies) concourent au maintien et à la transmission des règles de conduite sur l’espace collectif. Le village, par le biais de Tajmaat, assemblée des sages, est le propriétaire symbolique des tous les espaces publics, mais chaque villageois assume à travers ses comportements le maintien de la cohésion sociale et la solidité du tissu des solidarités par ses rapports à l’espace commun. "Le regard des autres" est le principal gardien, la police de l’espace collectif. Au dessus de cet œil vigilant, il y a « L’esprit des lieux », vigile invisible tutélaire ayant les dons d’ubiquité le rendant présent à la même seconde dans plusieurs endroits à la fois. C’est Aâsses, ( Pl : Iassassene ), l’esprit du lieu, incarné par la malédiction (Daawessou) qui accablerait quiconque se rendrait coupable d’atteinte à l’espace commun relevant du domaine sacré !

3- L’Espace public villageois et "l’esprit des lieux"

Dans la société villageoise traditionnelle l’espace public est dans une continuité immédiate de l’espace domestique intime. En sortant de chez lui le paysan a sous sa responsabilité le parvis (Azriv, Zriba), espace intermédiaire qui distribue sur la rue, l’agora et le reste du village. En plus de l’entretien de cet endroit attenant à sa demeure, le villageois est tenu de participer au nettoyage et la gestion de l’espace public par la participation physique aux Touisas, travaux de solidarité villageoise, de construction, d’embellissement et de sécurisation des espaces collectifs et de leurs servitudes.Tout manquement sera sanctionné par une amende symbolique qui ouvre la porte au "Regard de l’autre", ce gendarme invisible qui habite la boite crânienne de chaque villageois, femme, homme, adulte ou enfant, œil collectif qui ne se ferme jamais sur les fautes citoyennes car lui-même surveillé par "L’esprit des lieux", l’âme tutélaire de chaque espace commun, agora, fontaine mausolée, chemin, voire même d’arbres comme l’olivier millénaire symbolisant la pérennité du groupe social. Les interdits, les tabous et les conduites indues qui dévalorisent l’espace commun sont regroupées dans la Notion de "Our ilaq" (Ce qui ne convient pas)i ntégrée par le droit coutumier villageois.

4- De l’esprit du beylick : un domaine sans héritier

Le Beylick est cette propriété des Beys, préfets de la régence Turque, qui ont géré le territoire algérien durant des siècles en organisant la fiscalisation de l’activité économique, artisanale, pastorale et commerciale. Dans l’imaginaire culturel de la Paysannerie algérienne le Beylik est un ensemble de voies de communications, des routes carrossables, des places et des châteaux appartenant au frère ennemi, qui à l’arrivée des colons Français était un vaste territoire sans héritier, que l’armée Française avait vite fait de s’approprier.

Le beylick symbolisait l’exclusion du paysan du pouvoir politique et la territorialisation de ses espaces de vie et de parcours. N’ayant pas de peuplement, la colonisation turque est demeurée dans l’esprit rural, le gendarme de l’espace public urbain qu’il fallait payer par l’impôt pour qu’il veille sur le pays symbolique, ce vaste territoire virtuel où la régence exerce sa souveraineté si loin du territoire réel du pain quotidien. Le beylick est donc l’ensemble des voies de communications, calqué sur les antiques voies romaines, réseau sans propriétaire sans limites tangibles dont on peut jouir par effraction. Cette virtualité du Beylick accompagne encore de nos jours le regard du citoyen vers l’espace public non privatisé au point où jeter des déchets (bouteilles, ordures, mégots, papiers) sur la voie publique est un acte reflexe inconscient de stigmatisation de l’adversaire, un geste vers le néant. Dans l’imaginaire algérien en construction le domaine public n’est toujours pas un espace intégré par la nation. La décolonisation des esprits prendra encore de nombreuses années.

Le beylick est donc ce territoire dont on ne voit jamais le propriétaire à qui on envoie des impôts. La culture populaire a produit un concept pour rendre consistant ce rapport à un pouvoir invisible "le cheikh-el-Kanoun" (l’esprit du feu), son nom existe mais on ne le voit jamais.

5- L’espace public colonial, du territoire interdit au territoire du combat libérateur

Après la défaite des tribus algériennes lors de la grande insurrection anticoloniale de 1871 et les drames humais qui s’étaient joués dans le camp des vaincus (Déportations, séquestres, famines, humiliations, déshonneur …), le capitalisme agraire triomphant connu une expansion de grande envergure sur les terres arrachées aux algériens défaits. Le paysan dépossédé, déraciné apprit à connaitre le salariat, cet esclavage moderne. Il fut exploité comme ouvrier agricole dans les nouvelles propriétés mécanisées de la colonisation, terres arrosées du sang de ses frères et de ses parents ! Cette frustration de base composera le premier sédiment d’un ensemble d’humiliations liées à l’apparition d’un nouveau monde, le monde urbain, routes, chemins de fer, villages et villes coloniales que l’algérien construira sans pouvoir bénéficier de leurs bienfaits. Toute cette modernité était vécue de loin par l’ancien paysan tenu de végéter dans son monde-dortoir tout en vendant ses bras pour édifier le nouveau monde. Il ramenait le bois pour le grand feu mais ne recevait en retour que la fumée.

L’ennemi était trop fort. L’Algérien avait perdu son territoire, immense blessure que les frustrations multiples entretenaient pour constituer l’esprit anticolonial qui aura pour moteur la volonté de retrouver la terre des ancêtres, le paradis perdu.

Au titre de propriété de l’ennemi, le domaine public a été un territoire d’exclusion de l’algérien puis un terrain de combat avec le déclenchement de la guerre de libération, avant d’être un objet de conquête populaire à l’indépendance. Depuis les années vingt, la politisation de la population rurale allait crescendo jusqu’à l’affrontement final de la guerre de libération. Elle avait pour raison et pour cause la réappropriation du territoire, idéalisé comme immense bien commun, et l’accès au progrès synonyme de l’appropriation de la ville coloniale. Le domaine public était donc au centre de la culture anticoloniale et sa réappropriation un des moteurs de l’élan de libération nationale.

Les luttes politiques qui ont pris de l’envergure après les événements du 8 Mai 1945 ont connu leurs expressions visibles sur l’espace public propriété du colonisateur. Depuis les années cinquante avec l’apparition de l’organisation spéciale (OS) les intérêts du colonisateurs étaient visés par la destruction systématique : Sabotages des voies ferrées, des télécommunications, des réseaux électriques, des ponts et ouvrages d’arts, saccages des édifices administratifs, incendies des dépôts de carburants. Cette période de préparation à la révolte planifiée fut ponctuée Le premier Novembre 1954, un grand moment d’accès au domaine public colonial par sa destruction symbolique. Ce jour déclencha la lutte pour la réappropriation définitive de cet espace sur lequel allait s’exprimer la souveraineté nationale. Avec l’esprit de vengeance sur le Beylick turc et le besoin irrépressible de se libérer du joug colonial, la destruction du bien public du colon assurait une publicité retentissante à l’action armée de libération nationale. 

6- L’espace urbain dans l’imaginaire paysan : du Beylick au Bien vacant

Le rapport du villageois à son espace collectif, faisceau de conduites rituelles frappées du sceau du sacré, tel que structuré, reproduit et transmis par la culture ancienne n’a pas d’existence face à la loi qui réglemente l’usage de l’espace public en milieu urbain. Sa fonctionnalité revêt d’autres sens et une autre pertinence sur le territoire citadin. Le fonctionnement de l’espace public urbain est régi par une réglementation appliquée par une police, corps constitué relevant de la fonction publique. Les règles de l’Etat de droit sont en principe les garde-fous des rapports sociaux sur tout le domaine de l’Etat. C’est dans l’affrontement des survivances de la culture villageoise avec les résidus de la culture urbaine coloniale que se structure l’espace public du territoire urbain.

A la culture villageoise avec ses solidarités, ses totems tutélaires et ses tabous incontournables, tente de se substituer la loi, la règle juridique, dans l’organisation des usages citoyens de l’espace public en milieu urbain. L’âme collective, gendarme invisible du village qui protège même les rêves des villageois, est supplantée dans l’imaginaire collectif en déconstruction par L’Etat omnipotent avec son administration héritée de la colonisation, "les gens des bureaux", sa police en uniforme ou en tenue civile, expression visible de l’autorité sur le territoire citadin. La problématique de structuration des rapports sociaux en territoire urbain se pose plus en termes de mise en tension de deux cultures qui se rencontrent, se mélangent, s’excluent pour se retrouver de nouveau. La configuration sommaire de la ville algérienne est une agrégation de quartiers. Le quartier (El Houma) se forme à partir d’un noyau constituée d’une famille rejointe par d’autres de même origine villageoise, une généalogie dominante, autour de laquelle se construit le quartier par la reproduction de l’esprit culturel du village d’origine, comme si l’on assistait à un démantèlement d’un village d’une zone rurale qui se recompose dans le temps sur l’espace urbain en se mélangeant avec des éléments venus d’autres villes et villages du pays. L’Etat, acteur principal qui régule cette transformation, ne jouit pas de la légitimité nécessaire pour faire appliquer la norme juridique. Il voit son autorité contestée, contournée, détournée par la corruption et la violence sociale spontanée (Emeutes) et organisée (manifestation, grèves, occupations de l’espace public).

Le déficit de confiance, de cette administration publique algérienne est entretenu par l’amalgame persistant avec l’appareil administratif colonial, confusion alimentée par la pratique bureaucratique faite de corruption et d’arbitraire. Cette non-reconnaissance de l’autorité de l’Etat place l’espace public dans un statut de "Territoire de non droit". Tout le domaine public, forêt, maquis, plages, parcs naturels, voies de communications, (routes et chemins de fer), édifices publics et espaces collectifs urbains, est dans l’imaginaire populaire en déconstruction, "un territoire sans propriétaire", un vaste Beylick que l’on peut, à défaut d’en jouir, dégrader comme on faisait autrefois de la propriété de l’ennemi, Turc ou Français.

Le domaine privé, principalement les terres agricoles du secteur traditionnel, n’a pas lui non plus de propriétaire légal, le cadastre national ayant beaucoup de peine à s’algérianiser et suivre le rythme de la cession des biens immobiliers. Même sans papiers, le propriétaire physique existe bien, ce qui n’st pas le cas du domaine de l’Etat qui oscille dans l’entendement populaire entre le Beylick, domaine du colonisateur turc, Ayla Aroumi, le domaine colonial français et le Bien vacant, principale conquête de la guerre d’indépendance.

D’abord Beylick, domaine sans propriétaire, ensuite territoire des ancêtres séquestré par le colonisateur interdit à l’indigène, puis terrain de lutte pour la libération nationale et enfin bien vacant, tribut de la guerre de libération, le domaine public tomba enfin entre les mains du paysan armé d’un lourd sédiment de frustrations, de ressentiments voire de haine de la ville soutenu par un secret et profond désir de possession de la cité, de son espace public, rêve que le paysan peine à transformer en réalité…

Le salariat et l’urbanisation ont mis fin à l’ordre patriarcal médiéval sans le dépasser par la formation d’un espace public où le lien social obéirait à la norme politico-juridique imposée par un Etat de droit.

Le notion d'espace public est à inventer tant les citoyens l'ignorent et les collectivités peinent à jouer leur rôle.

7- Exode rural et structuration de l’espace public

Aux origines des rapports sociaux englobés dans le concept d’espace public, il y a l’exode rural principal moteur d’alimentation du réseau urbain. La genèse de l’exode remonte à la colonisation française. Un survol statistique du phénomène, si besoin était, nous donne une succession d’images d’un siècle d’urbanisation en accéléré. En 1830 l’Algérie approximativement 3 millions d’âmes dont 97% en zone rurale et 3% seulement en zone urbaine, soit près de 100.000 habitants, dont une proportion importante d’origine turque, repartie sur 5 principales villes du nord généralement des ports, et quelques bourgades de plus de 4000 âmes de l’intérieur du pays. Les citadins exerçaient dans le négoce, les services, l’administration turque, et l’artisanat. La population algérienne est demeurée rurale dans sa quasi-totalité durant tout le siècle de résistance anti coloniale. Il y eut même un reflux de la ville vers la campagne comme le notait en 1955 Pierre Boger, archiviste en chef du département d’Alger : "L’arrivée de l’élément européen a produit un choc de cohabitation qui a fait que les musulmans ont quitté les villes." il illustra ce phénomène par l’exemple de la ville d’Alger : "La population d’Alger passa de 30.000 à 9000 âmes en une dizaine d’années. Elle ne devait retrouver son niveau de 1830 qu’après 70 ans, en l’an 1900".

Globalement la population algérienne était au début du 20ème siècle de près de 4 800 000 âmes avec un peu plus de 600 000 Européens et près de 4.200.000 indigènes. Elle passera en 1954 à 9.480.000 dont 1.029.000 Européens et 8.451.000 algériens.

La première décennie du 20ème siècle a vu s’exprimer les effets de la dépossession de la paysannerie algérienne de ses meilleures terres, par le séquestre et le rachat à vil prix, par les capitalistes agraires de la colonisation sous forme d’exode massif vers les villages de la colonisation puis carrément sous forme de migration vers la métropole. L’urbanisation démarre donc du début du siècle pour ne jamais s’arrêter même pendant la guerre où la ville joua le rôle de refuge pour les populations chasées des zones de combat. En 1920 Alger comptait environ 70 000 âmes, cette population sera de près de 300 000 têtes en 1954. Pour la même période la population d’Oran qui était de 26.000 en 1920 sera multipliée par 5. Soit plus de 130 000 âmes. 

Notre propos est de dire qu’une population urbaine de souche algérienne existait en quantité et en qualité (culture citadine) au lendemain de l’indépendance forgée par sa longue cohabitation avec l’élément européen dont la vie servait de modèle et de référent. La population rurale ne s’est donc pas ruée sur des villes vides. L’espace public n’est surement pas une invention de l’indépendance mais bel et bien un continuum culturel résultant d’affrontements culturels sournois et violents et de chocs de cohabitation entre la paysannerie déracinée maintenue artificiellement dans des villages de regroupement, cités dortoirs à la périphérie des fermes coloniales, et la population urbaine établie autour des occupants successifs, turcs et Français notamment, depuis des siècles.

Un nouvel espace public hybride, fait de rapports sociaux conflictuels et de cohabitation culturelle originale, allait naitre et ne finira jamais sa restructuration autour d’enjeux d’appropriation, de territorialisation, de protection, de privatisation de surfaces urbaines de plus en plus valorisées et valorisantes.

La population rurale déculturée, vivant dans des résidus de représentations anciennes et de survivances de savoir-vivre nés et forgés dans l’espace villageois d’avant la colonisation française, allait entrer en affrontements culturels avec une population urbaine de "Second collège" qui a vécu en proximité immédiate avec l’élément européen et sa culture occidentale. Cette population citadine était elle aussi dans l’ambivalence, déchirée entre ses traditions musulmanes d’origine villageoise et la modernité qu’elle avait plus subie que produite de ses entrailles sociales et sa dynamique culturelle propre. C’est le choc de deux mondes instables qui s’exprimera autour de l’enjeu principal de la propriété de la ville. Qui est le propriétaire de la cité. C’est là que l’Etat émerge comme actant essentiel, organisateur de la cohabitation par l’imposition de la loi, l’arsenal des règles politico juridiques pour tous. L’aspect politique sera déterminant dans la formation de l’espace public et du lien social, phénomènes ininterrompus que l’Etat peine à stabiliser et à pacifier. Le citoyen ne reconnait pas la légitimité politique des pouvoirs publics, autrement dit de l’administration, qui au nom de l’Etat travaillent à réguler l’espace public. Cette question de la légitimité des pouvoirs publics est un structurant incontournable des rapports qui s’établissent sur le territoire de la cité urbaine où vivent les trois quarts de la population algérienne. 

8- Quelques expressions des affrontements culturels de l’Espace public

Le processus de libération de l’individu du tissu communautaire structuré par "la terre et le sang", enclenché dans la violence coloniale et prolongé dans la violence de l’urbanisation étatique algérienne n’a pas abouti à l’émergence d’un être social et sociable tel que nécessaire à la cohabitation et la pacification du lien social.

La contradiction est dans l’individu même. Sa recherche d’une citoyenneté reconnue et respectée dans l’espace public est subordonnée à la mise en œuvre des valeurs et des conduites culturelles de l’ordre patriarcal ancien, refusant à l’autre, la femme et l’adolescent notamment, l’égalité des droits et le respect de la même norme juridique qu’il veut voir s’appliquer à la réalisation de sa citoyenneté. L’émergence de la femme sur l’espace externe, la pratique religieuse sur l’espace publique, l’usage de l’agora comme espace d’expression politique, la gestion des déchets ménagers, la privatisation des trottoirs par les boutiquiers sont des exemples avec lesquels nous illustrerons cette ambivalence de l’individu en voie de citoyenneté

8-1- La femme dans l’espace public et le patriarcat urbain 

L’émergence de la femme sur l’espace externe que l’ancienne culture réservait à l’homme est l’un des terrains de compromis entre la vieille culture villageoise et les exigences de sécularisation nécessaires à la socialisation secondaire. Le travail, donc le besoin économique, et l’école, le besoin éducatif, ont rendu "licite" l’évolution de la femme sur l’espace ouvert alors que son espace "naturel" dans les représentations patriarcales est la sphère domestique. L’apparition du voile sur le corps de la femme est l’expression de ce compromis. Se protéger du regard masculin inquisiteur, annuler sa féminité, la femme devra se rendre neutre voire invisible pour évoluer sur l’espace que l’homme considère comme sien. Elle a donc besoin d’une coquille pour se protéger des frustrations sexuelles cumulées dans l’ancienne société pudibonde où seul le mariage assurait la réussite sociale de la femme. L’Office national de la statistique donne 15% la part de la femme dans la population active. Mais au regard de l’état civil de cette femme qui travaille nous constatons que la célibataire, la divorcée et la veuve composent plus de la moitié de la population active féminine. Là également le compromis est exprimé entre les deux cultures, tant que la femme n’est pas dans le besoin elle reste dans la sphère domestique. Si la femme a conquis une place dans la sphère économique et sociale publique, c’est souvent à ses dépens. Harcèlements, agressions, violences verbales, viols sont le lot quotidien de la femme qui doit "Marcher droit" baisser les yeux, subir le regard masculin sans broncher, pour pouvoir se rendre à son travail où à son école.

Comme pour le don de sang, il s’opère dans le lignage familial qui constitue une garantie. L’émergence du donneur anonyme et régulier peine à s’installer comme conduite de l’espace public. Il en est de même pour la femme, c’est le lignage familial qui couvre ses déplacements. Là où elle est connue comme fille, sœur, ou femme d’un tel ou de telle famille, elle n’aura aucune difficulté. Hors de son quartier elle devient une proie. La construction de la ville s’opère à partir du quartier, que ce soit dans le transfert de la propriété immobilière, l’acquisition du fond de commerce, la construction de l’habitat, tout se fait sous la garantie du lignage familial. La présence de l’Etat est une garantie de seconde fonction.

L’Etat régulateur des rapports sociaux de l’espace public intervient par la police et la justice pour porter secours à la détresse féminine, mais en imputant souvent le tort à la femme qui n’avait "Qu’à rester chez elle et ne pas provoquer les hommes par sa tenue ou son parfum". La chasse aux couples organisée officiellement par l’Etat exprime ce besoin d’exclusion de la femme porté par l’institution chargé de la mise en œuvre de l’espace public. L’Etat veille à la désexualisation de la femme sur l’espace externe. L’amalgame entre la liberté et la débauche, entre la femme acteur social et la prostituée, entretenu par l’homme à la culture patriarcale n’est pas dénoncé par les institutions policières et judicaires. Le droit à l’espace urbain conquis par la femme est verrouillé par la norme juridique exprimée dans le code de la famille qui impose un tuteur à la femme comme un être mineure à vie. L’individu masculin qui se bat avec la dernière de ses énergies pour être respecté sur l’espace public est celui là même qui dénie à la femme, la moitié de la société, l’existence sur cet espace pour conquérir comme lui cette citoyenneté. Cette ambivalence est portée de façon ostentatoire par le religieux, qui sort sa religiosité de l’espace intime vers l’espace public.

8-2 La religion structurant de l’espace public 

Le discours religieux s’alimente de la détresse féminine en stigmatisant la présence de la femme sur le terrain de "l’homme", la désignant comme la source de tous les malheurs sociaux ; de la pauvreté aux séismes en passant par la réapparition des maladies d’autrefois, celles justement qui caractérisaient la société médiévale. "Si la terre tremble c’est par ce que la femme porte une jupe trop courte", a-t-on maintes fois entendu de la bouche d’Imams salariés de la fonction publique. L’Etat peine à substituer à la vision religieuse une perception moderne de l’image de la femme sur l’espace public. Quand il ne l’endosse pas officiellement, Il s’accommode du discours religieux dans une sorte de division du travail ; la moralisation de la société laissée aux religieux et la répression à la force publique. La confusion entre la morale et le droit entretenue par les tenants du projet islamiste n’est pas dénoncée par l’institution publique chargée de l’application de la norme juridique pour tous. Les conséquences politiques et sociales exprimées par l’émergence de l’esprit intégriste et de ses conduites violentes allant de l’inquisition à l’assassinat sont la conséquence inévitable du compromis socio idéologique de l’Etat avec les forces religieuses. Les assassinats d’intellectuels syndicalistes artistes et journalistes porteurs de la modernité symbolique et de la culture de la sécularisation expriment ce refus religieux de l’émergence d’une citoyenneté laïque sur l’espace public

La souveraineté de l’Etat dans la mise en œuvre de l’espace public, lui est disputée par des groupes, voire des individus, auto désignés, représentant l’ordre moral du patriarcat urbain. Dans le brassage social et culturel qui s’opère dans la mise en œuvre de l’espace public, se déroule un transfert de la souveraineté réelle et symbolique du groupe social dominant le village ou le quartier vers l’institution de l’Etat représentant le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire. L’objectivation de l’autorité dans des rapports abstraits exprime cette souveraineté de l’Etat. Elle est souvent contrecarrée par l’autorité de groupes et d’individus qui s’autoproclament gardiens de l’ordre moral au nom de l’Islam. L’Etat de droit a pour mission la pacification du lien social par l’organisation de la cohabitation des espaces privés dans l’espace public. Les affrontements culturels entre les visions du monde ancien et les tentatives d’accouchement au forceps d’un ordre nouveau se déroulent dans l’accaparement de territoire public mais aussi de sa dégradation quand l’Etat empêche cette privatisation. Le débordement des boutiques sur les trottoirs, l’émergence de gardiens de parkings auto désignés, la floraison des étalages de fruits et légumes sur les routes nationales sont autant de phénomènes liés aux affrontements culturels dans le cadre du nouvel espace public en construction. L’Etat intervient en aval par la régularisation de situation d’autonomie de fait imposées par le citoyen consommateur de l’espace public.

8-3- Privatisation et dégradation de l’espace commun 

La ville algérienne a perdu ses trottoirs occupés par les boutiquiers qui n’hésitent pas à exercer leurs activités sur le pas de la porte en balisant l’espace immédiat et en y interdisant l’accès aux piétons. Toutes ces conduites d’appropriation agressive et de privatisation du bien commun réunies sous le vocable de "l’informel" sont tolérées par l’Etat qui en reproduit l’esprit à travers l’érection de dos d’âne tous azimuts, cédant ainsi son autorité sur la voie publique à ces obstacles de bitume et de béton. Des amoncellements de cannettes et de bouteilles vides jonchent les étroits accotements des routes nationales et des artères de la ville envahies par les déchets domestiques et les ordures. Les jeunes n’ont pas le courage d’assumer leur buverie. Ils ne peuvent pas boire à la maison. La tradition islamique bien ancrée dans la culture locale exclut de consommer de l’alcool à table. N’ayant pas les moyens de boire à l’aise dans les bars, ils achètent leur rations dans les dépôts d’alcool, boivent en cachette sous les ponts sur les passerelles, les vides sanitaires ou les oliviers et rentrent cuver leurs épreuves dans leurs maisons dortoirs, abandonnant leurs emballages dans les fossés. La famille couvre les "déviations" de ses enfants, le compromis entre la société ancienne et le nouvel est là également assumé. La société pudibonde peut poursuivre son hypocrisie. Les apparences sont sauves. L’urbanité serait un ensemble d’apparences culturelles qu’il faut sauver.

On ne jette pas que les cannettes d’alcool. Tout passe par les fenêtres des appartements et celles des véhicules, paquets de cigarettes, sachets de plastique, restes de casse-croute et autres emballages perdus. L’absence de civisme est la marque de la nouvelle culture. L’école y est pour beaucoup, les enfants n’y apprennent pas les rudiments de base de la citoyenneté. Les programmes scolaires expriment également un compromis culturel entre la vision religieuse de l’éducation et la sécularisation nécessaire à l’émergence de l’espace public non conflictuel. Le citoyen semble charrier un contentieux avec le lieu urbain et chacune de ses tentatives d’appropriation inachevée est suivie d’actes de dégradation dont la satisfaction psychologique équivaut à une victoire sur l’ennemi, le propriétaire invisible du Beylik, le colon souverain sur l’espace urbain, l’Etat policier corrompu qui organise l’exclusion du citoyen du bien commun. Le peuple qui a réussi sa guerre a raté sa décolonisation. L’esprit du colonisé règne. L’autodiscipline est un rêve. Quand le gendarme est là, les souris ne dansent plus. Une communauté qui ne fonctionne qu’avec un Etat policier est appelée à se disloquer.

9- L’homme nouveau et l’espace public

L’image du paysan perdu dans le froid et l’anonymat de la ville a fait les beaux jours du cinéma européen des années soixante nourrissant la nouvelle culture urbaine et dévalorisant l’image du monde rural médiéval. En Algérie, Boubegra (L’homme à la vache) paysans égaré dans la ville a longuement sévi sur l’écran de notre chaine unique chargée de construire l’image de l’homme nouveau, copie algérianisée de l’ancien maître colonisateur, efficace, propre, dynamique, calculateur contrairement au paysan immobilisé par sa naïveté, dépassé par la vitesse du progrès et la rationalité de la nouvelle économie. Le paysan qui avait libéré le pays de la colonisation devait céder sa place à l’homme nouveau, citadin industrieux, rationnel et surtout désintéressé.

Dans cette substitution culturelle conçue pour achever l’entreprise de déracinement et de déculturation entreprise par la colonisation française, ce fut le heurt du pot de terre contre le pot de fer. Les valeurs paysannes de franchise, de solidarité, de respect du bien commun allaient être remplacées progressivement par celles de la ville en chantier, le compter sur soi, la loi du plus fort, l’accaparement du domaine public et la culture du passe-droit et de la corruption sous la protection policière des nouveaux décideurs, propriétaire auto désignés du domaine public. 

La privatisation du bien public en général et de l’espace collectif urbain, d’abord par les nouveaux tenants du pouvoir, puis par les citoyens venus du monde rural, est l’expression d’une sédimentation de frustrations économiques et sociopolitiques cumulées durant la période coloniale. L’interdiction de jouir de l’espace public et l’exclusion de cette propriété qui autrefois était celle de ses parents avait structuré un rapport de défiance, dans un premier temps, puis des conduites de destruction de l’espace public propriété de l’ennemi.

Cette culture forgée durant plus d’un siècle constitue de nos jours le soubassement des conduites qui remontent à chaque révolte juvénile à la surface sociale pour guider la foule vers la destruction du bien public.

R.O.

 

Publié dans Economie et société

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Elections en République tchèque : le Parti communiste passe de 11 à 15 %, son deuxième meilleur score depuis 1989

Publié le par Mahi Ahmed

Elections en République tchèque : le Parti communiste passe de 11 à 15 %, son deuxième meilleur score depuis 1989

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Elections législatives anticipées en République tchèque ce week-end, trois mois après la démission du gouvernement plongé dans une vaste affaire de corruption. Malgré les diversions de formations populistes, les communistes sortent en position de force.

 

Médias contrôlés par les magnats de la presse, partis du consensus dominant, artistes peu inspirés : ces dernières semaines ont été marquées par une intense propagande contre le « péril rouge », l’ascension attendue des communistes et leur retour potentiel au pouvoir.

 

Effritement des partis traditionnels et émergence de nouveaux partis populistes … financés par des milliardaires

 

Le premier enseignement prévisible, c’est que les partis de droite au pouvoir depuis 2010 ressortent laminés. Discrédités car mouillés dans le plus grand scandale de corruption de l’histoire du pays et artisans de la politique dite de rigueur.

 

Le parti historique de droite, celui de Vaclav Havel, l’ODS subit une déroute historique, passant de 20 % à 7 %, avec à peine 16 sièges. L’ex-nouveau parti libéral et affairiste, « TOP 09 », du prince Karl Schwarzenberg, passe lui de 17 à 12 %.

 

Second enseignement, l’autre pilier du système, le parti social-démocrate (CSSD) pourtant dans l’opposition, réalise un score très décevant : 20,5% des voix et 50 sièges, en baisse par rapport à 2010 alors que les sondages l’annonçaient entre 25 et 30%.

 

Troisième enseignant, comme ailleurs en Europe quand les partis traditionnels du système s’effritent ou s’effondrent sous l’effet des politiques d’austérité, des scandales, les nouveaux mouvements mêlant populisme anti-partis et programme ultra-libéral, percent.

 

L’ « Aube de la démocratie directe » du milliardaire nippono-tchèque Tomio Okamura, avec 6,7 % et surtout « ANO » (« Action des citoyens mécontents » mais aussi « Oui » en tchèque) d’Andrej Babis, qui obtient 18,7% des voix et 47 sièges.

 

Babis, qui a fait fortune dans l’agro-alimentaire est aujourd’hui à la tête d’un empire financier qui en fait le second homme le plus riche du pays.

 

A la tête de deux journaux nationaux (Mlada fronta dnes, Lidove Noviny), et surtout du gratuit Metro lu par un million de Tchèques, Babis a axé sa campagne sur le rejet de la « classe politique » traditionnelle, un populisme anti-élitiste couplé à un programme libéral.

 

Babis suit le modèle de plus en plus diffusé en Europe, celui d’abord de Berlusconi, suivi désormais par Franz Stronach en Autriche ou Bidzina Ivanishvili en Géorgie – l’image du self-made man milliardaire prêt à gérer son pays efficacement, comme une entreprise.

 

Le Parti communiste à 15 %, au plus haut depuis dix ans

 

Dernier et peut-être principal enseignement de cette élection, c’est le très bon résultat attendu du Parti communiste de Bohême-Moravie qui passe de 11,2 % en 2010 à 14,9 %, gagnant 100 000 voix et 6 sièges, avec 33 sièges au Parlement.

 

Il s’agit de meilleur score depuis 2002 à une élection nationale, et son deuxième meilleur score depuis la contre-révolution de 1989.

 

La répartition géographique des votes ne réserve guère de surprise. Sauf dans la région-capitale Prague, le Parti dépasse partout les 10% et fait le plein dans leurs bastions.

 

De très bons scores à l’est en Moravie et en Silésie (17% à Olomouc, 17,5% en Moravie du nord) ainsi qu’au nord-ouest dans les Sudètes (16,4% en Bohême du sud, 15,7% à Plzen, 16,8 % à Vysocina et évidemment 20,3 % à Usti nad Labem).

 

Après le succès aux élections régionales d’octobre 2012, qui avaient vu les communistes prendre la seconde place, talonner les sociaux-démocrates et gagner même la direction d’une région (Usti nad Labem), c’est une preuve de plus de la montée du KSCM.

 

Une preuve de la reconnaissance placée par le peuple tchèque dans le programme du parti axé sur la défense et la reconquête des services publics, la défense du système de retraites solidaire, une réforme fiscale progressive touchant les riches et les entreprises.

 

Un casse-tête pour la classe dominante tchèque : coalition introuvable, pays ingouvernable ?

 

Toutefois, pour la classe politique tchèque, la percée du Parti communiste couplé au résultat décevant des sociaux-démocrates, l’effondrement de la droite traditionnelle risquent de se transformer en casse-tête. Avant les élections, deux options étaient ouvertes.

 

La première, qui effrayait la droite réactionnaire, est de plus en plus improbable. Un gouvernement mené par les sociaux-démocrates, soutenu par les communistes. Avec 83 sièges sur 200, ce gouvernement serait de fait minoritaire.

 

Aucun des autres partis tchèques n’accepteraient de près ou de loin de s’allier au KSCM, sans oublier de lourds désaccords fondamentaux entre communistes et sociaux-démocrates notamment sur la politique internationale, une telle option est désormais exclue.

 

La seconde, c’est celle d’une « grande coalition », qui paraît plus crédible. Moins peut-être avec l’OSD rabougri qu’avec certaines nouvelles formations populistes, sans doute les chrétiens-démocrates, inévitablement l’ANO avec ses 47 sièges.

 

Dans l’esprit de son message populiste ambigu et opportuniste, l’ « ANO » a d’abord insisté sur son refus de participer à un gouvernement de gauche … avant de se déclarer ouvert au dialogue, l’occasion sans doute de grappiller des postes, ou d’obtenir des réformes libérales.

 

Enfin, la troisième, qui paraît inéluctable à court ou moyen-terme, ce sont de nouvelles élections. Car en réalité, l’Assemblée après le scrutin est encore plus balkanisée qu’avant.

 

Une seule certitude, le Parti communiste en sortira plus fort pour défendre les intérêts des travailleurs du pays, contre l’austérité d’où qu’elle vienne.

 

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L’invitée du Dimanche: Nadia Chaâbane, députée et membre d’ Al- Massar«Il faut amender la petite Constitution pour que le nouveau gouvernement ne soit pas tributaire de la majorité»

Publié le par Mahi Ahmed

L’invitée du Dimanche: Nadia Chaâbane, députée et membre d’ Al- Massar

«Il faut amender la petite Constitution pour que le nouveau gouvernement ne soit pas tributaire de la majorité»

Entretien conduit par Faouzi KSIBI

Enfin, elle est de retour à la Constituante avec ses cinquante neuf confrères et consœurs. L’annonce par Ali Laârayedh de présenter la démission de son gouvernement au terme de trois semaines comme prévu dans la feuille de route a permis de rétablir l’ordre des choses et d’instaurer une atmosphère d’apaisement et de soulagement. Cependant, l’acceptation de cette condition sine qua non pour la poursuite du Dialogue national et le parachèvement de la phase transitoire n’est pas du tout rassurante quant à l’avenir du pays, vu que les dégâts occasionnés par ce gouvernement qui se dit partant sont si considérables que ce n’est pas un simple acquiescement qui va pouvoir les réparer comme nous l’affirme notre invité.

 

-Le Temps : la lenteur du démarrage du Dialogue national a fait perdre à la Tunisie un temps précieux, ce qui a participé à aggraver davantage la crise en offrant l’opportunité au terrorisme pour frapper encore une fois. A qui en incombe la responsabilité?

-Mme Chaâbane : de toute évidence, c’est Ennahdha qui est la responsable essentielle de ce piétinement et de cette crise dans laquelle on s’enfonce petit à petit. Par son comportement irresponsable, elle a causé une hémorragie économique et sécuritaire, puisque ce sont ces petits enfants que les dirigeants de ce parti ont laissé chahuter pendant un an et demi qui en sont à l’origine. Rappelons cette filiation idéologique, car on a tendance à l’oublier, ils sont dans la même sphère qu’eux, c’est-à-dire des islamistes. Ces enfants choyés sont, aujourd’hui porteurs d’armes et sont en train de violenter et de tuer nos soldats, nos gardes nationaux, nos agents de police, d’assassiner des leaders politiques et de menacer des artistes. J’aimerais bien qu’ils soient un peu plus clairs concernant cette question-là. Beaucoup de noms sont sortis dans les différents dossiers, et il n’y a pas eu de démenti de la part du ministère de l’intérieur, ni de la part d’ Ennahdha ; on essaye, depuis plus d’un an, de banaliser la violence dont ils assument l’entière responsabilité. On voudrait savoir s’ils veulent enfoncer la Tunisie dans la guerre civile et les assassinats, des pratiques qu’on n’a jamais connues historiquement, ou s’ils veulent, vraiment, sauver le pays, il n’y a pas trente six mille solutions. S’ils penchent vers ce second choix, c’est tant mieux, toutefois, ils doivent savoir que le déficit de confiance est tel que cela ne peut plus se faire avec eux, mais autour d’une équipe soudée et soutenue par tout le monde, parce que personne ne peut y arriver seul.

-Et vous revoilà, enfin, autour de la même table avec Ennahdha.

-Il faut être réaliste, la solution est à trouver avec eux, car on a en partage ce pays dont on a tous le devoir de sauver, d’empêcher qu’il bascule vers la violence et de na pas laisser la porte ouverte à ses ennemis pour qu’ils terrorisent la société, la brutalisent et la mettent à genoux encore plus. Ce sur quoi on insiste, aujourd’hui, c’est ce déploiement de la violence. Ennahdha est une des composantes politiques de ce pays, il serait temps pour elle qu’elle se transforme en un vrai parti politique, parce que pour le moment c’est un parti religieux, et comme tout parti religieux, il pense qu’il est le seul à détenir la vérité et que les autres sont dans le faux. Il va falloir que cette mutation idéologique ou cette révolution philosophique se fasse au sein de ce parti. Il est amené à faire cette révolution malgré lui, d’ailleurs, étant donné que l’exercice du pouvoir l’a poussé à se repositionner par rapport à un certain nombre de questionnements. On n’a pas d’autre solution que de trouver la solution ensemble autour d’un consensus national, nous refusons toute autre modalité de fonctionnement ou de riposte à part les moyens pacifiques comme nous l’avons démontré en nous retirant de l’ANC où nous avons dit basta ! On ne pouvait plus continuer après l’assassinat de notre collègue à faire comme si de rien n’était, à voir notre pays s’enfoncer dans le terrorisme et économiquement sans broncher. Il fallait provoquer cette crise politique pour pouvoir amener la Troïka à se retirer.

-Mais votre effort n’a pas eu le résultat escompté, à qui vous en imputez la responsabilité ?

-Ennahdha n’est pas seule responsable, car que font les pseudos démocrates d’Ettakatol dans ce gouvernement ? Ce sont ceux-là que j’interpelle, s’ils avaient démissionné, on n’en serait pas là aujourd’hui et on aurait pu gagner du temps ; eux aussi, ils portent une grande responsabilité. Moi, ce qui me chagrine le plus c’est que les dirigeants de ce parti sont comptabilisés et vus par les pays étrangers, et en particulier les Occidentaux, comme étant des démocrates, alors qu’ils sont en train de cautionner la pire des dictatures qui est en train de s’installer, qui est en train d’instaurer la pensée unique à sa manière en instrumentalisant la justice et en faisant taire toutes les voix libres de ce pays à coups de procès où ce sont des ministres et le chef d’Etat lui-même qui poursuivent des journalistes, des rappeurs, des artistes et autres. Franchement, la responsabilité est collective au niveau de cette Troïka, il est vrai qu’ Ennahdha en supporte la plus grosse part, parce que c’est elle qui règne et gouverne, réellement, mais les autres s’accrochent quand même à leurs sièges comme si c’étaient des buées de sauvetage, alors qu’il faudrait qu’ils aient une pensée pour leur pays à un moment ou à un autre.

-Etes-vous adepte de la thèse soutenue par certains et selon laquelle il existe au sein de Ennahdha des colombes et des faucons ?

-Depuis les avoir côtoyés dans les commissions de la Constituante, je me suis rendue compte qu’il y avait à peu près trois courants et trois types de discours au sein de ce parti, mais qu’ils sont, en même temps, solidaires, entre eux. J’ai cru à un moment en cette division et j’y crois un peu moins aujourd’hui. J’y ai cru quand j’ai vu des positions très opposées et très tranchées par rapport à la constitution, aux contenus de certains des articles, mais au moment du vote, c’était un vote unique, une seule voix, et vous avez des gens qui allaient à l’encontre de leurs convictions les plus profondes. C’est là que je me suis persuadée qu’il y avait une espèce de jeu dans ce parti où il y a, peut-être, de la sincérité chez certains de ses élus mais qui ne pesaient pas lourd dans l’appareil où on se répartit les rôles, où il y a les gentils et les méchants un peu comme dans les mauvais polars ou les interrogatoires où vous avez le gentil flic, qui se fait tout mielleux pour vous faire parler, et le méchant qui vous brutalise, histoire que vous n’oubliez pas que vous êtes dans un poste de police. C’est un mauvais jeu de rôles, car c’est la Tunisie qui en paye la facture, et si on proposait à un scénariste de nous écrire un scénario, il le trouverait surréaliste. Je crois qu’on est en plein surréalisme en terme de scénario politique, parce qu’on est face à deux mondes qui ne raisonnent pas la même chose, l’un raisonne parti, l’autre raisonne pays. Donc, au-delà de ce cette soi-disant division, le plus important, aujourd’hui, au sein d’ Ennahdha c’est qu’ils prennent une décision, peu importe que ce soient les colombes, les faucons, les rats ou les souris, ou tout ce que vous voulez, moi, ce qui m’intéresse c’est qu’ils se prononcent une fois pour toutes avec une seule voix et c’est à eux de régler leurs problèmes internes qui ne me concernent aucunement.

-Quels sont les points à amender dans l’Organisation Provisoire des Pouvoirs et le règlement intérieur pour que la feuille de route puisse être appliquée sans encombres?

-La feuille de route aborde ces questions-là quand elle dit que le gouvernement doit pouvoir disposer de tous les pouvoirs, quelque part, elle parle du pouvoir législatif. Les amendements à apporter à l’OPP sont incontournables, parce sans cela, le gouvernement serait tributaire de la majorité d’ Ennahdha à l’intérieur de l’ANC qui essaieraient de l’empêcher d’avancer et même se servir des séances d’interrogations pour faire leur campagne électorale sur le dos de ce nouveau gouvernement qui est censé être un gouvernement de consensus. Dans les conditions actuelles, la Constituante pourrait être un vrai empêchement et légiférer tout contre les intérêts de ce gouvernement et ce qu’il dessinerait comme politique économique et sociale ou comme priorité. Par rapport à l’ISIE, il y a deux aspects fondamentaux, et ce n’est pas seulement l’indépendance financière où elle risquerait d’être tributaire de l’ANC, étant donné qu’elle pourrait l’être du budget de l’Etat et donc du gouvernement. Par contre, c’est au niveau des administrations que la question se pose, parce qu’elle a besoin de collaboration et de partenariat avec celles-ci pour pouvoir mettre à disposition des locaux, des écoles et autres pour l’organisation les élections, pour l’acheminement des urnes…, et là, on a un vrai hic. On a des administrations qui ont été décapitées de toutes leurs compétences et à la tête desquelles on a mis des gens sous la base de l’allégeance uniquement pour pouvoir organiser des élections et détourner un certain nombre de choses, on voit très bien que cela a été fait sur du sur mesure un peu à l’image de l’Iran de 1979 où la première stratégie qui était mise en place par Khomeini et continuée par Khamini par la suite c’était de placer à peu près deux mille hommes pour contrôler tout l’appareil de l’Etat. Ennahdha a fait exactement la même chose, elle n’a pas été inventive à ce niveau-là, elle a reproduit le même modèle, celui du régime autoritaire qui contrôle les postes clés pour pouvoir non seulement fliquer les administrations et avoir à l’œil tous les fonctionnaires mais en même temps mettre l’appareil de l’Etat à la disposition du parti et c’est ce qui est en train de se faire.

-Pouvez-vous être encore plus claire?

-C’est à quoi on doit conclure quand on voit que le budget de l’Etat de l’aide sociale et autres transitent via des associations caritatives pro Ennahdha, quand on voit qu’il y a des tranches versées sur les fonds d’aide au logement à Guedech et ailleurs, et que la deuxième tranche le sera après les élections via ces mêmes associations caritatives. Il est clair qu’on est en train de monnayer le budget de l’Etat et de l’instrumentaliser pour les prochaines élections. Il s’agit là de relais réels qu’elle a mis en place pour pouvoir quadriller toute la société tunisienne et mettre à genoux tout le pays. Toutefois, il n’y a pas que cela, il lui reste encore quelques lois à faire passer, et d’ailleurs, cet été, pendant toute la crise politique qu’on vivait, si vous feuilletez le JORT, vous allez constater qu’il ressemble à un annuaire téléphonique beaucoup plus qu’à autre chose. C’est à coups de nominations mais en même temps il y a eu des décrets qui ont été promulgués et qui vont dans le sens de contenter le sérail d’Ennahdha et ses proches. Je vous donne un exemple concret pour que vous en saisissiez la dimension : ils ont saucissonné la justice transitionnelle dont la loi n’est, toujours, pas votée et gît dans les tiroirs de l’ANC. Cette loi prévoit la mise en place d’une instance qui s’appelle dignité et liberté et qui aura à s’occuper du questionnement de la constitution de la vérité, de la réconciliation éventuelle et aussi des indemnisations en décidant si elles seraient symboliques, matérielles, collectives, individuelles… Samir Dilou a anticipé sur les décisions que pourrait prendre cette instance, puisqu’il a envoyé des questionnaires à soi-disant des amnistiés de l’amnistie générale qui étaient en difficulté financière pour leur dire qu’on allait effectuer une première tranche de versement en leur faveur, alors que cette instance est encore virtuelle. Il se pourrait que la personne bénéficiaire qui serait sélectionnée par Dilou soit l’auteur de violences ayant provoqué des dégâts pour autrui comme celles de Bab Souika et de Slimane ou des gens qui portent les armes à Chaâmbi ou à Sidi Bouzid aujourd’hui, par exemple. Cette instance à laquelle s’est substitué Dilou est censée mettre en place une caisse pour collecter des fonds. Aujourd’hui, les premiers versements se font sur la base du budget de l’Etat dans lequel il n’y avait pas de vote sur 2013, et ils ont créé un fonds de concours pour faire ces versements-là. Donc, ce gouvernement est en train de bâtir un Etat de non droit. En gros, il instrumentalise la justice dans le traitement des dossiers du terrorisme où on voit des gens arrêtés et relâchés le lendemain, il musèle les voix libres et fait du sur mesure par voie de décrets ou de lois pour satisfaire les siens, et la Tunisie est absente de son agenda.

-Les blessés de la Révolution ne cessent de crier à l’injustice et de répéter que l’annexion du dossier des amnistiés au leur est une manière de la part de la commission présidée par Amina Zoghlami de noyer ce dernier. Partagez-vous leur avis ?

-Ce n’est même pas noyer le dossier des blessés, mais c’est faire avaler la pilule par rapport au reste des Tunisiens concernant l’indemnisation des amnistiés, parce que n’oubliez que plusieurs militants de la gauche tunisienne qui ont connu la prison, la torture et autres ont dit qu’ils ne demanderaient rien. Donc, il fallait bien faire passer la pilule par d’autres moyens ; tout ce qui est fait ne l’est pas de manière spontanée mais réfléchie, de manière à faire accepter un certain nombre d’injustices. Personnellement, je ne suis pas contre les indemnisations dans l’absolu, mais c’est une instance indépendante qui doit le faire et en tenant compte des priorités du pays.

-Si vous nous parliez de ces indemnisations.

-Je connais, personnellement ; des personnes qu’on a appelées pour récupérer un poste alors qu’elles n’ont rien demandé. De plus, j’ai eu entre les mains des dossiers où on a mis des gens à des postes où ils n’avaient aucune compétence et des gens recrutés à la fonction publique à deux ou trois ans de la retraite et qui avaient un commerce, alors qu’on a huit cents mille chômeurs. Si ces gens-là ont un gramme de patriotisme, s’ils ont l’intérêt du pays entre les yeux, on l’aurait su il y a quelque temps déjà, mais là, je désespère d’eux. Ils nous donnent l’impression qu’ils se servent de la Tunisie en qui ils voient un butin et qu’ils ont quelque chose à rattraper, une espèce de vengeance à prendre sur l’histoire du pays à laquelle ils n’appartiennent pas en gros, car quand on voit comment ils malmènent notre drapeau, le symbole de l’Etat, quand on voit qu’aucune fête nationale n’est fêtée par eux, on se pose des questions. Ce sont des gens qui n’ont participé à aucune lutte nationale, à aucune résistance dans ce pays-là, et s’ils ont fait de la prison c’est parce qu’ils ont voulu prendre le pouvoir, mais ils n’ont jamais été à côté du peuple pour défendre ses intérêts, pour épouser la cause des plus démunis et celle des voix libres de ce pays.

-Est-ce que vous croyez que les actes terroristes du 23 octobre relèvent de la pire coïncidence ?

-Moi, je ne crois pas du tout dans la coïncidence, cela fait plusieurs mois qu’à chaque fois qu’Ennahdha se trouve en difficulté, qu’elle est face à une crise soit politique, soit économique soit sociale, qu’elle est sous la menace de la contestation et de la grogne, il y a des événements à Chaâmbi, à Kasserine…. A chaque fois, on a le même scénario qui se répète et les terroristes reprennent de service. Personnellement, je ne suis pas dans le fatalisme à croire dans les coïncidences, je suis très rationnaliste à ce niveau-là, et j’ai l’impression qu’on a affaire à un marionnettiste qui se moque un peu des Tunisiens, et c’est d’ailleurs la rue qui le répète : « tiens, qu’est-ce qui va se passer aujourd’hui ? ». Et à chaque fois qu’on attend une réponse où ces gens-là doivent assumer leur responsabilité et faire quelque chose de solennel en faveur du pays, on s’aperçoit qu’ils nous sortent le dossier du terrorisme. Je ne sais pas s’il y a aune répartition des rôles, mais en tous cas, il y a quelque chose de pas très saint, de pas très clair, et le déficit de confiance est consommé aujourd’hui. Il y a une vraie rupture qui est en train de se s’établir et la parole d’ Ennahdha ne pèse plus dans la rue, plus personne n’y croit à cause de son multi-discours, des jeux de rôles permanents, des scénarios qui se croisent et se décroisent. Les Nahdhaouis sont peut-être innocents dans tout cela, je n’en sais rien, je ne suis pas madame Soleil, mais en tout cas, je ne crois pas à la coïncidence.

-Tout récemment, des militants ont quitté Al Jomhouri pour rejoindre votre parti. Certains observateurs pensent qu’ Al Massar est devenu la seule destination des sociaux-démocrates en Tunisie, êtes-vous de cet avis?

-Je pense que notre parti a fait preuve de constance dans ses prises de position jusqu’à maintenant, il n’est pas prêt à brader ses valeurs, ni à les monnayer. Nous n’avons pas dévié par rapport à nos discours, nous avons, toujours, été là dans tous les combats et nous avons, toujours, essayé d’unir les forces vives de ce pays, et je crois que nous formerons le futur parti de gauche fort de la Tunisie, on y croit tous. Et ce n’est pas un hasard si notre parti est le seul à capter, à la fois, et des élus et des militants. Historiquement, notre parti n’est pas nouveau, il est la continuité de plusieurs décennies de lutte qui ont forgé une vision, une manière de faire et une culture politique, et qui, finalement, séduit et plaît et c’est tant mieux. Le parti se rajeunit de plus en plus, il y a beaucoup de jeunes qui l’intègrent, et au-delà des gens connus, il y en a d’autres qui ne les ont pas, ce qui est rassurant. Donc, c’est un parti qui va compter dans les années à venir comme étant le parti de gauche rassembleur.

Qu’est-ce que vous répondez à ceux qui soutiennent qu’en tant que parti social-démocrate, Al Massar devrait se trouver dans le Front Populaire et non pas au sein du l’Union Pour la Tunisie ?

-Je pense qu’on est entre les deux, et on a été, d’ailleurs, la cheville ouvrière pour le rapprochement entre ces deux coalitions. On peut être proches du Front Populaire sur un certain nombre d’éléments, mais on est aussi proches d’Al Jomhouri et des autres partis avec qui, traditionnellement, on a des points communs, et on a travaillé ensemble auparavant. Donc, de toutes les manières, je crois qu’il faut faire la séparation entre le parti, d’un côté, et les alliances politiques et électorales, de l’autre, parce qu’on n’est pas sur les mêmes réflexions, ni sur les mêmes enjeux. Personnellement, je me sens aussi proche du FP que de l’UPT, on a en partage un modèle tunisien, une identité tunisienne, des valeurs communes ; après certains sont plus à gauche, moins à gauche. Dans le FP, il y a les nationalistes avec qui, historiquement, on n’a pas d’affinités particulières mais avec qui on a appris à travailler et à bâtir ensemble, aujourd’hui, un devenir. Je pense que le paysage tunisien est en mutation, où les choses se composent et se recomposent, et ce n’est pas fini. C’est un peu normal, car on est dans une période où se passent beaucoup de choses à la fois et où les formations politiques suivent comme elles peuvent ces changements-là et s’y ajustent, on est dans une phase de construction. Donc, dans une conjoncture pareille, on ne peut pas s’attendre à ce que les partis soient figés, pendant que la société est en pleine mutation.

-Ne voyez-vous pas, en tant que femme tunisienne de gauche résidant en France, que le PS a trahi le Front de Gauche qui l’a soutenu aux présidentielles surtout par sa politique étrangère menée surtout en Syrie où il prête son concours à des terroristes ?

-Je pense que la politique étrangère française est catastrophique à tous les niveaux et que les Français n’ont, toujours, pas compris qu’est-ce qui se passait dans les pays arabes, ils avaient un modèle en tête et ce modèle se révèle défaillant et en échec et complètement décalé par rapport à la réalité. Ils n’ont pas su accompagner les mutations qui sont en train de se vivre et les aspirations des populations et surtout des jeunes parmi elles. Donc, je crois que le tâtonnement de la France va continuer, tant qu’elle ne voudra pas écouter les bonnes personnes qui tiennent des discours sur l’Islam modéré, tant que Tarek Ramadhan fait les plateaux de télévision pour raconter mille et une âneries se positionnant ainsi comme un expert, alors qu’il est expert de rien du tout. Et j’ai l’impression que la situation va perdurer, car on ne tire pas de leçons de ce qui se passe. D’ailleurs, l’ensemble de la politique européenne a du mal à se positionner par rapport aux dossiers des pays arabes, et je crois que la meilleure aide qu’ils pourraient apporter à nos pays c’est de nous laisser faire et prendre les décisions tous seuls, et surtout ne pas soutenir des gouvernements, tel qu’ils l’ont fait avant le 14 Janvier financièrement et autre, des gouvernements qui veulent instaurer la pensée unique de nouveau. Et si j’ai un appel à faire à l’Union Européenne, aujourd’hui, je lui dirai qu’il faudrait qu’elle reconditionne ses aides à la Tunisie par rapport au respect des droits de l’homme et à la liberté d’expression qui sont plus que menacés, et qu’elle soit un peu plus dans l’exigence vis-à-vis d’un régime qui instrumentalise la justice et qui est en train de réinstaller le régime autoritaire mais qui n’a pas été capable d’instaurer l’autorité de l’Etat. C’est là-dessus qu’il faut que les Européens aient une vraie réflexion pour ne pas commettre les mêmes erreurs.

F.B

http://www.presse-algerie.net/open-111187-le-temps.html

Publié dans TUNISIE Spécial

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Le Parti communiste égyptien analyse les trois mois depuis la dite « révolution » du 30 juin, entre espoirs et déceptions

Publié le par Mahi Ahmed

Le Parti communiste égyptien analyse les trois mois depuis la dite « révolution » du 30 juin, entre espoirs et déceptions

 

Communiqué du Parti communiste d’Égypte

 

Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

Trois mois se sont écoulés depuis le début de la révolte populaire du 30 juin, qui visait à récupérer la révolution confisquée par la droite islamo-fasciste. Depuis, les représentants du peuple se sont retrouvés avec les forces armées pour mettre sur pied une « feuille de route » avec toutes les forces politiques et sociales qui ont participé à la révolution.

 

Au-delà de nos réserves sur certains points ainsi que sur la nature du gouvernement transitoire, et malgré notre respect pour ses membres, nous ne pouvons pas le considérer comme un gouvernement révolutionnaire, mais plutôt comme un gouvernement de technocrates, en tout cas tant que la plupart de ses membres seront des adeptes de l'économie de marché, et que les réformateurs n'auront pas la moindre marge de manœuvre ni le courage nécessaire aussi de mettre en place les revendications urgentes des masses et les objectifs déclarés de la révolution.

 

Nous pouvons les résumer, ces objectifs et revendications, ainsi :

 

Premièrement : un affrontement résolu avec les Frères musulmans et ses alliés, et l'interdiction de ces groupes, partis aux pratiques terroristes avérées, ainsi enfin que la confiscation de leurs avoirs.

 

Deuxièmement : une constitution civile et démocratique qui mette la justice sociale au centre.

 

Troisièmement : la relance de l'économie et la réalisation des revendications urgentes de justice sociale.

 

Quatrièmement : parmi les modifications législatives dans la « feuille de route », la reconnaissance pleine et entière de former des syndicats, associations et partis politiques.

 

Hélas, le gouvernement, bien qu'il ait cédé sur certaines des demandes les plus pressantes après avoir résisté, révèle jour après jour une attitude mêlant réticences, hésitations et impuissance. Cela a conduit naturellement à l'aggravation de la situation, à la colère au sein des masses et à la montée des critiques envers les agissements du gouvernement. La pression monte pour forcer le gouvernement à agir de façon conséquente sur toute une série de questions : rien ne justifie de retarder l'application des jugements de la Cour suprême, la dissolution des Frères musulmans et la criminalisation de ses activités, qui sont celles d'un groupe terroriste. Cela doit s'étendre à tous les groupes, factions alliées avec eux, ceux qui pratiquent le terrorisme et les trafics en tout genre au nom de la religion, car il ne serait pas logique de s'en prendre aux Frères musulmans et de laisser en paix Jammaya Islamiyah et son parti, le Djihad islamique, le parti Wasat ou tous ces groupes, partis salafistes. Le problème ne se réduit pas aux seuls Frères musulmans, il est global, il doit être traité par l'affrontement avec ces forces afin d'écraser ce courant, qui fait obstacle à tout développement politique, économique, social, culturel et scientifique depuis 40 ans.

 

Nous déplorons le fait que le gouvernement ait laissé Mme Catherine Ashton rencontrer des représentants des groupes terroristes interdits par la Cour suprême et dénonçons toute ingérence dans nos affaires intérieures.

 

Ensuite, le gouvernement ne doit pas juste prendre maintenant certaines décisions, comme celle portant sur le salaire minimum, mais il doit aussi mettre en pratique certaines lois rendant possible la réalisation de ces revendications. Nous devons agir vite pour réduire le plafond du salaire maximum car il s'agit du cheval de Troie de la corruption, car c'est un indicateur important du sérieux du gouvernement dans la réalisation des objectifs les plus importants de la révolution : la justice sociale. Nous devons mettre en œuvre le « blocage des prix » et démanteler les monopoles privés dans tous les secteurs, supprimer les aides énergétiques pour les industries monopolistiques, en reprenant le contrôle des entreprises du secteur public, et en se réappropriant les usines du secteur privé comme public fermées, au bord du dépôt du bilan.

 

Nous prenons note des craintes au sein du pouvoir, des responsables face au « gel des prix », aux « lois anti-trust » et à « la re-nationalisation des entreprises et usines ruinées », mais nous voulons réaliser ces lois car le rôle de l'Etat, son intervention dans l'économie sont essentiels pour sauver l'économie du pays, réaliser un développement économique et social auto-suffisant, base pour l'indépendance politique et le renforcement de notre sécurité nationale.

 

Tandis que nous saluons le rôle des forces armées face aux attaques terroristes dans le Sinaï, éliminant un foyer du terrorisme national et international, nous souhaitons souligner que les citoyens de bon nombre de villages et de villes d’Égypte ne souffrent pas seulement du terrorisme islamo-fasciste mais aussi des méfaits de bandes criminelles, et de tentatives d'intimidation. Les Coptes d’Égypte ne sont plus en sécurité dans plusieurs provinces, ils dénoncent les violences dont ils sont victimes de la part des groupes terroristes fascistes, des intimidations à base religieuse.

 

Pour la rédaction de la constitution par l'Assemblée constituante, les masses sentent qu'il y a un certain flou sur des questions pourtant essentielles. Nous louons les efforts réalisés par les membres du comité fondateur, nous apportons notre soutien à la position qui consiste à écrire une nouvelle constitution et non à modifier à la marge celle élaborée par les Frères, et qui a été refusée par les masses. Nous devons toutefois rediscuter de certains éléments apportés par les forces politiques, issus des revendications de la révolution, rediscuter des éléments rejetés avant que ne soit instauré le Comité des 10, comme l'article 219, et rétablir dans ses droits le Conseil consultatif. Tout cela conduit à un état de confusion, un manque de direction, et nous ne comprenons pas que l'on traite avec autant de délicatesse le parti « Al-Nour », salafiste, en cédant à la moindre de ces demandes au lieu de le prendre comme le parti hostile à la révolution, à la liberté des femmes, de pensée, de conscience qu'il est.

 

Nous insistons sur la nécessité de préserver le taux de 50 % d'ouvriers et de paysans dans les assemblées élues, à la charge des syndicats de paysans et d'ouvriers en attendant qu'il y ait une réelle représentation de toutes ces couches sociales. Nous estimons qu'il y a une tendance positive dans le soin apporté aux droits économiques et sociaux, tels que le droit à la santé et à l'éducation, mais cela ne s'est pas encore vérifié sur le terrain. Nous appelons à renforcer cette tendance car plus de 80% des Egyptiens sont des travailleurs pauvres. Et donc cela doit être la priorité absolue des rédacteurs de la Constitution d'insister sur les droits de la majorité écrasée par la flambée des prix, le chômage, les bas salaires et l'absence de services fondamentaux victimes de la marchandisation : la santé, l'éducation, et l'Homme lui-même dans ce capitalisme sauvage.

 

Les forces et partis de gauche doivent faire des pas concrets vers l'unité, tant de jeunes gens de gauche ont exprimé leur consternation et leur colère face au retard pris dans l'annonce d'une Direction commune, considérée comme la dernière étape dans la réalisation du rêve d'unité. Nous voyons déjà le rassemblement des forces libérales avant les élections. Donc, les forces et partis se revendiquant du socialisme dans l'Alliance révolutionnaire démocratique visent à créer une alliance progressiste de masse avec les forces nassériennes, nationalistes et populaires pour la formation d'un grand front progressiste national-démocratique et de gauche, pour contre-balancer la position hégémonique des forces de droite, afin que la gauche soit forte, en mesure d'affronter l'échéance électorale pour concrétiser les objectifs de la révolution et les revendications de la classe ouvrière, des paysans et des masses laborieuses.

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Le Parti communiste égyptien analyse les trois mois depuis la dite « révolution » du 30 juin, entre espoirs et déceptions

Publié le par Mahi Ahmed

 Mouvement Démocratique et Social – Oran

Email: mdsoran@hotmail.com

Oran, le 24 octobre 2013

Mobilisations pour la manifestation de toute la

VERITE sur l'assassinat du regretté Ahmed Kerroumi!

 

Le renvoi du procès devant traiter de l'assassinat du regretté Ahmed Kerroumi à la prochaine session de la cour pénale d'Oran – et ce, dès son ouverture le 30 septembre passé –  a été positivement apprécié par les familles et les amis de la victime et de l'accusé ainsi que par tous ceux en attente que la vérité éclate sur cet ignoble crime.

 

Leur relative satisfaction vient de ce que ce renvoi a empêché que ce procès ne se tienne sur la base d'un dossier qui s'est avéré … douteux. En effet, comment ne pas le juger ainsi quand les informations sur son contenu, parues dans la presse, font douter des éléments de preuves rassemblées pour étayer l’accusation? Comment ne pas le trouver partial et tendancieux quand l’instruction s'est révélée n'avoir été conduite qu'à charge d'un accusé qui n'a cessé, par ailleurs, de clamer son innocence et au détriment de ses avocats dont l'action était fortement entravée au vue du rejet de presque toutes leurs demandes (demandes de contre-expertises, de droit d'accès aux journaux téléphoniques sollicités, de convocations de témoins susceptibles d’éclairer le tribunal sur certains aspects de l'affaire tels notamment les médecins légistes, etc.)? Comment alors ne pas être satisfait du renvoi de ce procès quand tout indique que, tel que monté, il ne pouvait concourir à la manifestation de la vérité sur l'assassinat de l'intellectuel chercheur et du militant politique de la justice sociale, du progrès et des libertés démocratiques qu'était Ahmed Kerroumi au moment où il était particulièrement actif dans le mouvement citoyen d'Oran pour le changement démocratique? Lui-même aurait été scandalisé, s'il était de ce monde, par cette manière dont "son affaire" est traitée au détriment de la justice à laquelle il a droit!

 

Cette relative satisfaction est cependant loin d'être béate. Tous ceux qui ont suivi ce procès ont noté que son ajournement ne s'est pas fait en réponse aux requêtes des défenseurs mais à celle de l'accusé qui a décidé de faire corps avec ses défenseurs au lieu de les décharger comme cela lui a été suggéré. Tous ont pris acte de l'attitude du Président de la Cour pénale qui semble ne pas concevoir un tel procès, même reporté, sur d'autres bases que celle que constitue le dossier apparemment vicié en sa disposition. C'est dire le risque de voir le prochain procès s'ouvrir dans les mêmes conditions qui ont concouru à son report si rien n'est fait, entre-temps, pour donner suite aux requêtes des avocats, pour considérer comme telles et corriger les anomalies relevées, pour se préparer à faire témoigner toutes personnes susceptibles d’éclairer le tribunal, etc. Il y va de la crédibilité de notre Justice!

Les interrogations portées par de nombreux segments de l'opinion, l'exigence de VERITE exprimée par la Presse, le Barreau et les militants des Droits de l'Homme ont contribué à ce report. Une plus grande mobilisation citoyenne dans et hors des institutions, de nouvelles initiatives solidaires partout et à tous les niveaux pour la VERITE, TOUTE LA VERITE, contribueront sans aucun doute à sa manifestation incontestable!

 

Nous, ses amis du MDS-Oran, qui ont perdu dans Ahmed KERROUMI ami sincère, un militant de valeur et un cadre très actif, restons mobilisés et attentifs aux développements de cette affaire!

 

VERITE et JUSTICE!

SOLIDARITE avec les victimes de cette tragédie! 

 

Le MDS–Oran

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Comprendre le « réveil » arabe

Publié le par Mahi Ahmed

Comprendre le « réveil » arabe

‎Aujourd’hui ‎25 ‎octobre ‎2013, ‏‎il y a 58 minutes | mouradpreure

Par Béligh Nabli, directeur de recherche à l’IRIS (Le Huffington Post, 19 octobre 2013)


Derrière la guerre civile en Syrie, le coup d’État militaire en Égypte, le chaos en Libye, la crise politique et sociale en Tunisie… de quoi le « réveil » arabe est-il le nom? L’analyse descriptive et statique du mouvement insurrectionnel qui a traversé le monde arabe en 2011 ne permet pas d’en dégager le sens profond: une mise en perspective s’impose.

La qualification de phénomènes politiques constitue en soi un enjeu de pouvoir: celui de nommer les choses et d’en imposer la signification. Alors que le mot « thawra » (révolte, rébellion, révolution) s’est imposé parmi les manifestants et autres insurgés, en France, l’idée d’un « printemps arabe » s’est imposée dans le discours politico-médiatique. Toutefois, l’analogie (commode mais infondée) avec le « Printemps des peuples » européens en 1848 témoigne du réflexe qui consiste à plaquer une grille de lecture occidentalo-centrée sur un phénomène complexe, alliant le particulier et l’universel.

On retrouve les signes de cette même paresse intellectuelle à travers l’utilisation de la notion de « laïcité » ou de « partis laïcs » pour tenter d’expliciter la reconfiguration des systèmes politiques nationaux, réduits ainsi à une opposition schématique, binaire, manichéenne, entre les « progressistes » et les « islamistes », prolongement d’une vision morale du Bien et du Mal. Ces analyses réductrices -car fondées sur le seul prisme islamiste- sont à l’origine de sortes de labels idéologiques: « hiver islamiste », « islamofascisme »…. Il est remarquable que de telles expressions aient fait florès dans les commentaires politiques et médiatiques portant sur le monde arabe ou sur … la société française. 

Bien que s’inscrivant dans un espace géoculturel commun (le monde arabe), la singularité et le caractère sui generis de ces bouleversements rendent délicate toute qualification englobante. Même si la dynamique est globale (et donc transnationale), son analyse relève de la casuistique et doit donc se décliner État par État, société par société. En cela, l’échelon national offre un niveau d’analyse pertinent pour des sociétés marquées par d’irréductibles particularismes économiques, sociaux, communautaires, tribaux, religieux, etc. A l’image du monde arabe, le « réveil » de ses peuples n’est ni homogène, ni univoque: non seulement les processus enclenchés au niveau national et transnational ne sont pas linéaires, mais leur rythme et leur intensité sont très variables.

Les chutes successives de Ben Ali, de Moubarak, de Kadhafi et d’Abdallah Saleh ont donné l’illusion d’un « effet domino » par lequel les régimes autocratiques s’effondreraient les uns après les autres. Héritée du mouvement qui a balayé les régimes communistes d’Europe de l’Est, cette image mécaniste ne se vérifie nullement.

Près de trois ans après la révolution tunisienne, les perspectives ouvertes par son onde de choc dans le monde arabe se heurtent à des impasses et résistances politiques relevant de logiques contradictoires, de la contre-révolution à la révolution permanente. Si la démocratie relève du champ des possibles, sa voie d’accès demeure étroite et sa pratique suppose une longue acculturation. La démocratie ne se décrète ni ne s’impose par la force. Les États-Unis l’ont appris aux dépens du peuple irakien.

Enfin, la signification essentielle de cette séquence historique est de nature immatérielle: le « mur de la peur » qu’inspiraient les pouvoirs autoritaires a chuté. Le « réveil arabe » est une prise de conscience individuelle et collective de la capacité des citoyens/peuples à (re)prendre leur destin en main. Une capacité qui écorne passablement la condition d’assujetti à laquelle les cantonnait un regard essentialiste. Les peuples ont transcendé leur peur du Léviathan et ont pris conscience de leur pouvoir souverain.

Passé ce mur de la peur, la question posée est celle du destin commun : au regard des clivages politiques, religieux, communautaires, tribaux et des intérêts particuliers, les régimes en place sont confrontés à leur propre capacité à redéfinir l’unité/l’intérêt national(e) au-delà des systèmes ou modèles de l’autoritarisme laïc et de l’islamisme politique. Les nouveaux régimes arabes ont-ils vocation à s’inscrire dans le moule universel de la « démocratie de marché » censé marquer la fin de l’histoire ?

 

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Mobilisations pour la manifestation de toute la VERITE sur l'assassinat du regretté Ahmed Kerroumi!

Publié le par Mahi Ahmed

 Mouvement Démocratique et Social – Oran

Email: mdsoran@hotmail.com

Oran, le 24 octobre 2013

Mobilisations pour la manifestation de toute la

VERITE sur l'assassinat du regretté Ahmed Kerroumi!

 

Le renvoi du procès devant traiter de l'assassinat du regretté Ahmed Kerroumi à la prochaine session de la cour pénale d'Oran – et ce, dès son ouverture le 30 septembre passé –  a été positivement apprécié par les familles et les amis de la victime et de l'accusé ainsi que par tous ceux en attente que la vérité éclate sur cet ignoble crime.

 

Leur relative satisfaction vient de ce que ce renvoi a empêché que ce procès ne se tienne sur la base d'un dossier qui s'est avéré … douteux. En effet, comment ne pas le juger ainsi quand les informations sur son contenu, parues dans la presse, font douter des éléments de preuves rassemblées pour étayer l’accusation? Comment ne pas le trouver partial et tendancieux quand l’instruction s'est révélée n'avoir été conduite qu'à charge d'un accusé qui n'a cessé, par ailleurs, de clamer son innocence et au détriment de ses avocats dont l'action était fortement entravée au vue du rejet de presque toutes leurs demandes (demandes de contre-expertises, de droit d'accès aux journaux téléphoniques sollicités, de convocations de témoins susceptibles d’éclairer le tribunal sur certains aspects de l'affaire tels notamment les médecins légistes, etc.)? Comment alors ne pas être satisfait du renvoi de ce procès quand tout indique que, tel que monté, il ne pouvait concourir à la manifestation de la vérité sur l'assassinat de l'intellectuel chercheur et du militant politique de la justice sociale, du progrès et des libertés démocratiques qu'était Ahmed Kerroumi au moment où il était particulièrement actif dans le mouvement citoyen d'Oran pour le changement démocratique? Lui-même aurait été scandalisé, s'il était de ce monde, par cette manière dont "son affaire" est traitée au détriment de la justice à laquelle il a droit!

 

Cette relative satisfaction est cependant loin d'être béate. Tous ceux qui ont suivi ce procès ont noté que son ajournement ne s'est pas fait en réponse aux requêtes des défenseurs mais à celle de l'accusé qui a décidé de faire corps avec ses défenseurs au lieu de les décharger comme cela lui a été suggéré. Tous ont pris acte de l'attitude du Président de la Cour pénale qui semble ne pas concevoir un tel procès, même reporté, sur d'autres bases que celle que constitue le dossier apparemment vicié en sa disposition. C'est dire le risque de voir le prochain procès s'ouvrir dans les mêmes conditions qui ont concouru à son report si rien n'est fait, entre-temps, pour donner suite aux requêtes des avocats, pour considérer comme telles et corriger les anomalies relevées, pour se préparer à faire témoigner toutes personnes susceptibles d’éclairer le tribunal, etc. Il y va de la crédibilité de notre Justice!

Les interrogations portées par de nombreux segments de l'opinion, l'exigence de VERITE exprimée par la Presse, le Barreau et les militants des Droits de l'Homme ont contribué à ce report. Une plus grande mobilisation citoyenne dans et hors des institutions, de nouvelles initiatives solidaires partout et à tous les niveaux pour la VERITE, TOUTE LA VERITE, contribueront sans aucun doute à sa manifestation incontestable!

 

Nous, ses amis du MDS-Oran, qui ont perdu dans Ahmed KERROUMI ami sincère, un militant de valeur et un cadre très actif, restons mobilisés et attentifs aux développements de cette affaire!

 

VERITE et JUSTICE!

SOLIDARITE avec les victimes de cette tragédie! 

 

Le MDS–Oran

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QUE FAIRE DE L’EUROPE ?

Publié le par Mahi Ahmed

La chronique de Recherches internationales

 

QUE FAIRE DE L’EUROPE ?

 

Michel Rogalski

économiste, CNRS, directeur de la revue Recherches internationales

 

Nul ne doute plus que l’Union européenne et sa zone euro soient entrées depuis nombre d’années dans une crise profonde. Les sondages répétés annuellement sur l’adhésion des populations concernées indiquaient depuis longtemps une lente désaffection pour le processus de la construction européenne, chiffres confirmés par l’extrême faiblesse des mobilisations lors des consultations électorales européennes. Le refus par referendum du Traité constitutionnel proposé en 2005 avait alors secoué les certitudes les mieux établies. Les manœuvres entreprises par la droite, avec l’aval du Parti socialiste, pour contourner ce séisme à travers l’adoption du traité de Lisbonne avaient fini par convaincre qu’Europe et démocratie ne faisaient décidément pas bon ménage. La frayeur fut grande. Car au-delà du refus du Traité et de ses orientations, le message envoyait le refus d’un quitus donné à ce qui se faisait depuis des décennies. Refus du passif, refus des promesses, la sanction était lourde. Depuis, la crise américaine et son impact sur la crise des dettes européennes ont révélé les fragilités de la construction de la zone euro actée dans son principe dès le traité de Maastricht. Pensée pour accélérer le processus de convergence économique entre les pays membres, elle en a exacerbé les contradictions et les divergences, au point que cette monnaie est devenue un atout pour certains et un boulet pour d’autres qui n’ont même pas l’espoir de pouvoir dévaluer. Ses mesures de sauvetage ont été prétexte à imposer des politiques austéritaires frappant plus violemment les pays de l’Europe du Sud. Aujourd’hui, la zone euro avec son taux de croissance économique quasiment le plus faible du monde, apparaît comme la région qui s’est montrée la plus incapable de se sortir de la crise de 2008.

C’est dans ce contexte que s’engage le débat sur les futures élections du Parlement européen. L’Union européenne, longtemps présentée comme le rempart de la mondialisation, en est devenue le laboratoire et la pointe avancée. Elle en cristallise la plupart des méfaits. C’est en effet la région du monde où des liens étroits se sont noués entre pays riverains, dans le cadre d’un dispositif juridique et institutionnel qui décrit l’ensemble des relations entre les pays membres et de ceux-ci avec l’Union européenne. Des pans entiers d’activités ont été « communautarisés », c’est-à-dire régulés par Bruxelles. Des Traités se sont empilés, constitutionnalisant des abandons de souveraineté, organisant l’austérité sous couvert de gouvernance de la zone euro, ou de bonne gestion budgétaire. L’ensemble de ce dispositif a réalisé patiemment le maillage du continent au profit d’une oligarchie financière. Faisant fi de toute démocratie, celle-ci a ainsi construit les frontières de ce qui était permis, le « cercle de la raison » ou les murs d’une prison néo-libérale. Vouloir en sortir est désormais interdit, sauf à remettre en cause l’édifice. La construction européenne est ainsi apparue comme une géniale construction au service des bourgeoisies financières pour préserver leurs intérêts. Elle fait figure aujourd’hui de nouvelle « Sainte alliance » contre laquelle toute velléité d’alternative réelle se brisera et sera ramenée à ce qui reste autorisé, une alternance de complaisance. L’Union européenne est ainsi devenue une réductrice d’incertitude réduisant l’oscillation du balancier politique.

Sauf à en rabattre sur son programme, aucun projet transformateur radical d’un état-membre ne peut s’en accommoder. Il y a donc un besoin urgent d’une autre Europe, construite sur d’autres logiques et d’autres valeurs. Il convient de sortir du déni de démocratie en s’assurant qu’aucune clause européenne ne pourrait remettre en cause l’application d’un programme librement choisi par un peuple et donc rappeler qu’il ne peut exister de démocratie sans souveraineté qui l’organise. L’Europe ne doit pas être perçue comme un lieu d’où partiraient oukases et interdits mais bien au contraire comme une structure permissive à même d’accompagner les trajectoires singulières de ses états-membres. Aucun engrenage ne doit pouvoir être mis en place qui entraînerait un peuple dans une voie contraire à ses vœux. Une telle Europe devrait être toilettée de toutes les dispositions qui émaillent ses Traités et organisent l’option néo-libérale et financière qui la mine. Priorité aux coopérations, au social, à la solidarité, aux valeurs humaines, à la démocratie ; refus de l’austérité, de la concurrence déloyale, du primat des marchés financiers.

Il convient de rompre avec la conception de l’Europe comme celle d’un super état ce qui conduirait par paresse intellectuelle à décliner à cette échelle les options retenu pour le cadre national. L’Union européenne est une construction juridico-institutionnelle, qu’on ne transformera pas en un super pays en ajoutant de façon trompeuse ses agrégats économiques. Parler du poids commercial de l’Europe n’a aucun sens dès lors qu’une très grosse part de ses échanges se fait dans le cadre continental et de façon brutale et déloyale et que ses pays membres se retrouvent en concurrence féroce sur des marchés tiers. Ajouter des dépenses militaires ne fait guère plus de sens dans une zone où les pays ne partagent pas les mêmes engagements et dans laquelle deux d’entre eux dotés de l’arme nucléaire n’ont jamais imaginé un seul instant devoir la mettre en commun avec les autres. Il est tout aussi illusoire d’envisager un système de retraites à l’échelle de toute l’Europe, tant y coexistent des modèles différents selon les pays. L’Europe n’a pas vocation à devenir un super pays ou une fédération.

Cette Europe à laquelle on aspire devra se faire à 27 ou 30 membres, sauf à décider de revenir à une configuration des origines. C’est dire que le rythme de son évolution est incertain et donc imprévisible. On est dans un registre de conquête patiente de petits pas, d’autant plus que l’axe politique moyen s’est déplacé à droite en Europe et que les forces sociales-démocrates et conservatrices ont de sa conception une vision commune. C’est un tanker qu’il faut faire bouger et pas une barque. Cette situation convient très bien à l’oligarchie qui est aux affaires. La gauche de changement est dans une autre posture. Il lui faut définir son rapport à l’Europe actuelle tout en sachant qu’elle possède certes un projet pour demain mais que ce n’est pas avec celui-là qu’elle devra composer. Il lui faut penser en séquences et préparer l’opinion à la nécessité d’un bras de fer avec les institutions européennes, les marchés financiers et leur logique.

La question concrète qui est posée à la gauche de changement ne peut être éludée. Si le cadre européen actuel constitue un mur contre lequel se fracassera toute velléité transformatrice et qu’il n’est pas possible de le renverser avant un certain temps, quand bien même on aurait une vision claire de ce par quoi il faudrait le remplacer, que convient-il de faire rapidement pour appliquer son programme ? On se souvient que Jospin avait capitulé en trois semaines face à Bruxelles et qu’il n’avait fallu que trois jours à Hollande pour rallier le traité Merkozy. Doit-on être condamné à l’impuissance ? Le nœud gordien de tout exercice d’un pouvoir progressiste est devenu celui du rapport à l’Europe, avant même celui d’un autre contenu à cette Europe dont on a vu qu’il relevait d’une autre séquence. Car il ne fait aucun doute que le programme d’une gauche alternative n’est plus euro-compatible, au sens où il ambitionne justement de sortir du « cercle de la raison » dans lequel voudraient l’enfermer les institutions bruxelloises qui susurrent qu’il n’y aurait pas d’autre alternative. La question posée est donc celle des marges de manœuvre nécessaires par rapport à l’Europe pour changer de politique.

On doit préparer l’opinion publique à la nécessité d’un bras de fer avec les institutions européennes et avec l’idée qu’aucun changement substantiel n’est envisageable sans des formes de désobéissance ou de mesures unilatérales qui contrarieraient les logiques délétères de la construction européenne. Au risque d’ouvrir une crise majeure en Europe. Ce que la Grèce n’a pu faire, du fait de son poids, est à la portée  d’un grand pays fondateur de l’Europe et ne serait pas sans susciter d’échos à l’échelle du continent. De telles mesures anticiperaient une Europe alternative à celle des marchés et de la finance et préserveraient le besoin de souveraineté propre à toute expérience transformatrice. Sans entrer sur le fond du débat d’une éventuelle sortie de la zone euro, voire de l’Union européenne, annoncer à l’avance qu’une telle sortie est impensable, c’est mal se préparer à l’affrontement inévitable qui se profile avec Bruxelles. C’est jeter ses armes avant de partir à la guerre. Même si une arme de dissuasion n’a pas vocation à servir, se priver de sa menace, c’est s’affaiblir et c’est en laisser l’usage à une droite populiste en embuscade qui ne rêve que de rassembler toute forme d’opposition à l’actuelle construction européenne.

Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.

6, av. Mathurin Moreau; 75167 Paris Cedex 19

Site : http://www.recherches-internationales.fr/

Abonnements 4 numéros par an : 55 Euros, Étranger 75 Euros

 

 

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