Partenariat dans le secteur des hydrocarbures

Publié le par Mahi Ahmed

Partenariat dans le secteur des hydrocarbures

Rétablir la confiance, améliorer l’attractivité et optimiser les transactions

Par : Mustapha MEKIDECHE

Plus qu’aucune autre industrie, celle des hydrocarbures est sous la contrainte de la globalisation. D’où le passage obligé par des partenariats nombreux et diversifiés, voire même des alliances. C’est une industrie mondialement intégrée dont les différents segments de marchés sont soit internationaux, soit régionaux, dont les technologies de recherche, de production, de transport et de transformation des hydrocarbures ne sont le plus souvent disponibles que dans les pays avancés et dont  enfin les sociétés nationales des pays exportateurs n’ont pas les capacités pour développer le secteur par les moyens propres uniquement. Aussi l’histoire des succès et des échecs du secteur algérien des hydrocarbures peut se lire  à travers les performances des partenariats construits depuis l’indépendance, et même avant. Ce partenariat est le fait de l’opérateur national dominant, le groupe Sonatrach et ses filiales, orienté dans certains cas par les agences de régulation du secteur. On peut, pour une meilleure compréhension de la problématique, segmenter ce partenariat en trois : le partenariat dans la recherche, la production et/ou la transformation des hydrocarbures sous forme d’association ou de joint-ventures, qui inclut aussi les clients finaux, le partenariat ponctuel ou récurrent avec les fournisseurs internationaux de biens, de services et de construction, et enfin le partenariat dit d’intégration avec le tissu productif national. On va voir pourquoi les deux premières formes citées de partenariat ont besoin d’un bilan détaillé pour une mise à jour aux fins de rétablir la confiance, d’améliorer l’attractivité et d’optimiser les transactions et pourquoi aussi la dernière forme de partenariat gagnerait à être développée car pour le moment elle pèse très peu dans les activités du secteur.
Commençons par là où cela fait mal : les relations avec les fournisseurs internationaux du secteur. Les dernières affaires, rapportées dans la presse internationale et locale, portent sur des pratiques de corruption à grande échelle sur des grands projets. Ce qui, outre le caractère criminel ou délictuel des faits présumés, augmente considérablement les coûts de transaction pour la réalisation de projets en question. Des enseignements devront être tirés pour pouvoir déterminer, à toutes les étapes et à tous les niveaux, les conditions de négociations et de passation de ces types de contrats, en fixant notamment des délégations de pouvoir formalisées, opposables au tiers. Cela de sorte à lever toute ambiguïté sur qui est responsable de quoi. à l’instar des grands groupes pétroliers tels que BP, Exxon ou même Aramco, Sonatrach devrait disposer de procédures détaillées et de cahiers des charges techniques et commerciaux élaborés contenant des codes d’éthique et des clauses contractuelles d’exclusion d’intermédiaires. Un comité de veille et d’alerte dédié à la surveillance des coûts de réalisation et d’équipements des projets pétroliers devrait également compléter le dispositif de passation de marchés. S’agissant des partenaires associés et des clients, il faut admettre que le solde global de ce type de transactions a été globalement positif pour Sonatrach, en dépit de quelques arbitrages mal engagés et/ou mal négociés ou de quelques partenariats à l’étranger insuffisamment profitables (partenariat pétrochimique de Tarragone avec BASF, projet de gazoduc au Pérou), ou l’échec du partenariat avec les entreprises espagnoles Repsol et Gas Natural qui a conduit à l’annulation du projet intégré de Gassi Touil (Algérie). Dans le même registre, surtout en ces temps de crise, Sonatrach devrait mettre en place et faire fonctionner, comme pour ses fournisseurs, un comité de veille sur les firmes opérant sur le marché des hydrocarbures en se focalisant sur les clients avec lesquels elle a des engagements de livraison récurrents. Cela lui éviterait de se retrouver  avec des créances non honorées dans les délais ou non honorées du tout. Ceci dit, la gestion de crise de Tiguentourine et celle plus longue de la décennie terroriste de 90 ont témoigné de la fiabilité et du respect des engagements de Sonatrach en toute circonstance, à la fois pour ses livraisons contractuelles d’hydrocarbures et les délais de réalisation de ses projets. C’est ce qui fait dire à Paolo Scaroni, PDG d’EN, que “les conditions d’investissements en Algérie sont bonnes, les institutions solides”, dans une intervention récente et remarquée dans un think tank new-yorkais. Reste quand même à consolider tout cela en élaborant rapidement les textes d’application de la dernière version de la loi sur les hydrocarbures. Cela d’autant que nous nous dirigerons, à terme, vers la recherche et la production d’hydrocarbures non conventionnels. Reste aussi à réorienter stratégiquement les prises de participations et les interventions internationales de Sonatrach dans deux directions : l’Afrique et l’amont pétrolier.
Troisième sujet par lequel je vais conclure : le partenariat entre Sonatrach et les entreprises algériennes. Les politiques annoncées de réindustrialisation n’auront pas de sens si elles n’impliquent pas les donneurs d’ordre nationaux et d’abord le plus grand d’entre eux, Sonatrach. Dans ce domaine, les retards accumulés sont importants et le bilan est maigre, en dépit des intentions affichées de façon récurrente. La faiblesse des capacités de maîtrise d’œuvre au sein de Sonatrach, d’une part, et l’inexistence d’autre part d’outils d’engineering pétrolier pouvant  décomposer les projets de sorte à y intégrer progressivement les biens d‘équipements et les services locaux restent les deux  contraintes majeures à lever. Au plan de l’exploitation et de la maintenance des installations de production du secteur, une politique systématique de sous-traitance locale devra être mise en œuvre (identification de gammes de fabrication de pièces de rechange et de consommables, intervention dans les arrêts programmés des installations, etc.). C’est sous ces conditions que le secteur des hydrocarbures pourrait devenir, outre ses missions spécifiques, un vecteur puissant de réindustrialisation du pays. Mais on ne peut rien garantir si un monitoring dédié à l’intégration nationale n’est pas mis en place, car l’enfer est, comme vous le savez, pavé de bonnes intentions.


M.M.

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