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La bourgeoisie peut elle gouverner l’Algérie ?

Publié le par Mahi Ahmed

La bourgeoisie peut elle gouverner l’Algérie ?

Par Badr’Eddine Mili

Ainsi donc le capitalisme d’Etat a décidé d’intégrer le capitalisme privé légal dans une alliance stratégique qui autorise celui-ci à gagner les sphères politiques dirigeantes, doté d’un pouvoir indiscutable, après avoir été déclaré, longtemps, hors-la-loi.

En consacrant, officiellement, un processus souterrain qui n’a pu aboutir qu’à l’entame du 4e mandat confié au président Abdelaziz Bouteflika, les centres de décision algériens ont, probablement, pensé à la justification avancée par le dirigeant chinois post-maoïste, Teng Hsiao Ping, pour lequel «qu’importe que le chat soit gris ou noir, pourvu qu’il attrape des souris», un aphorisme qui fit entrer les capitalistes chinois dans le saint du saint du pouvoir politique, en tant que force sociale fondamentale du pays, aux côtés du prolétariat et de la paysannerie, sans que personne y trouve à redire. J’avais tracé les grandes lignes de ce scénario dans une analyse parue dans ce même journal, en 2013, sous le titre «La guerre des capitalismes algériens». J’y rappelais la genèse de ce mode de production et les relations, historiquement, conflictuelles opposant ses trois composantes, le capitalisme d’Etat, le capitalisme privé légal et le capitalisme sauvage. L’intérêt du texte résidait, alors, dans la tentative de circonscrire la nature de ces divergences et d’esquisser les conséquences qu’elles pouvaient entraîner sur l’évolution du rapport de la bourgeoisie à l’Etat. Cela s’était opéré à partir de l’examen des modèles de développement socioéconomiques proposés par chacune des déclinaisons du système ainsi que de l’évolution de leur puissance réelle et, partant, de leur aptitude à accéder à l’exercice, plein ou partiel, du pouvoir politique.

L’analyse avait conclu, à ce moment-là, à l’existence de conditions objectives de convergence entre le capitalisme d’Etat et le capitalisme privé légal, validée par une volonté conjointe de partager, au plus haut niveau, la gestion des affaires publiques.

Le compromis, élaboré sur la base des nouveaux rapports de force internes et externes, arrivés à maturité, dans les années 2000, reposait sur une idée-force : l’adaptation de la gouvernance du pays aux règles du libéralisme mondialisé assortie de la promesse de sauvegarder — dans la mesure du possible — le modèle social algérien configuré par les politiques publiques post-indépendance. Pour parvenir à cet épilogue «historique», inimaginable, il y a quarante ans, le capitalisme privé légal avait dû emprunter un parcours, particulièrement, rude.

Promis, en 1964, par le gouvernement du président Ahmed Ben Bella aux «hammams dégraisseurs» du socialisme autogestionnaire, puis, exclu, en 1976, pour parasitisme, de la participation à la conduite des «tâches de développement» par la Charte nationale, aux termes des options inspirées par les doctrinaires de la gauche de l’époque, il ne put entrevoir une perspective de réhabilitation qu’après que fut vaincu le bazarisme islamiste monté, violemment, à l’assaut de la République, durant la décennie noire, et qu’après que furent, relativement, neutralisées, les velléités de l’activisme ultralibéral que des conseillers et des ministres, proches des milieux de la finance internationale, tentèrent d’imposer au sommet de l’Etat.

Les prémices de l’alliance projetée ne commencèrent à apparaître, avec netteté, qu’au lendemain des élections législatives de 2008, lorsque le conglomérat capitaliste aux contours, encore indistincts, oscillant entre le formel et l’informel, s’installa aux commandes du Parlement, une prise de guerre qui en disait long sur une évolution inaugurée, auparavant, par la normalisation du FLN, le cheval de Troie sur lequel l’affairisme avait jeté, en premier, son dévolu. Et ce qui n’apparaissait, aux yeux d’une partie du pouvoir d’Etat que comme un épiphénomène maîtrisable, à terme, prit, rapidement, une ampleur autrement plus sérieuse, qui fit sauter plusieurs verrous sous l’assaut d’un rouleau compresseur ayant pour nom le FCE.

L’organisation patronale qui s’était, jusque-là, manifestée, sous les traits inoffensifs d’un simple lobby en quête de subventions étatiques, se transforma, en quelques mois, non seulement en force dirigeante du capitalisme légal mais encore, en véritable parti politique doté d’une représentation à l’échelle du territoire national et même à l’étranger. Débarrassée de l’aile contestataire, minoritaire, jugée molle ou rebelle à l’idée du 4e mandat, la nouvelle direction du FCE n’eut plus aucune raison d’avancer masquée et abattit, publiquement, ses cartes, en demandant à traiter d’égal à égal avec le Parlement et le gouvernement. Cette direction qui mit la main sur plusieurs organismes économiques et financiers comme la Chambre nationale de commerce et d’industrie à la tête desquels elle plaça ses hommes de confiance, n’avait pas eu besoin de prendre des chemins de traverse pour le faire savoir.

Lorsqu’elle se mit à convoquer parlementaires et ministres pour exiger de faire avaliser, par des textes législatifs, ses revendications centrales — la révision du code des investissements et du code du travail, notamment — il ne subsista plus aucune doute sur la tangibilité des prétentions de cette bourgeoisie, pas, tout à fait, dédouanée des relations, opaques et controversées, entretenues avec les milieux d’affaires informels qu’elle persiste à vouloir rallier à son projet de gouvernement, en projetant de la faire amnistier, fiscalement, et de la laver de ses pêchés originels. Dernière séquence de cette ascension irrésistible, l’élimination du groupe rival connu pour développer une ligne réfractaire qui lui vaut une excommunication de fait, difficilement réversible, à l’issue d’une épreuve de force dont le résultat final semble scellé et sans appel. La fracture consommée, dans des conditions qui n’ont pas livré l’ensemble de leurs données secrètes, brise le capitalisme légal en deux entités antagonistes, entraînant, dans son sillage, celle de la classe politique, des syndicats et des médias, un état de fait qui ne va pas sans soulever des interrogations sur le sens qu’il convient de conférer à cette tournure des événements.

La crise était, certes, prévisible même si elle n’était pas attendue, de sitôt, n’était-ce l’ordre de bataille imposé par l’imminence d’un agenda politique, économique et sécuritaire, particulièrement, chargé à l’intérieur et à l’extérieur des frontières du pays. La première des questions que posent ces reclassements brutaux qui interviennent après la restructuration des services de renseignements et de certains secteurs de l’administration, est de savoir si l’alliance ainsi conclue entre la bourgeoisie d’Etat et la bourgeoisie d’affaires est une bonne ou mauvaise chose pour la société et l’économie algériennes. Il y a là de quoi alimenter tout un débat d’idées qui est d’une actualité très sensible tant il est vrai que l’Algérie qui vient d’être mise devant le fait accompli n’avait, à aucun moment de son Histoire post-indépendance, inscrit sur ses tablettes idéologiques le gouvernement de son Etat par la bourgeoisie. Le pays avait, plutôt, misé sur l’émergence des classes moyennes prédestinées dans le schéma doctrinal des précédents gouvernements à être dépositaires du pouvoir de diriger le processus de développement national dans le cadre d’un pacte incluant les classes populaires de la société, en l’absence d’une bourgeoisie historiquement habilitée et indemne d’influences étrangères dominatrices.

Examiné d’un peu plus près, le capitalisme privé algérien légal ne possède pas, en dehors de la protection et de la couverture financières de l’Etat, une base et des capacités propres de nature à le propulser sur des positions politiques dirigeantes. Tout ce qu’il affiche sur ce plan, comme patrimoine et «savoir-faire», a été réalisé grâce aux ressources de la collectivité nationale, à l’exclusion de toute autre, accumulée réellement, sur des fonds propres, ou si peu. Plus essentiellement, ses interventions se limitent aux secteurs de l’agroalimentaire, des infrastructures de base, du montage industriel, de la distribution et du concessionnariat automobile, ce qui n’en fait pas un créateur de richesses et d’emplois durables déterminant, capable de rivaliser avec l’Etat ou avec les multinationales dont il apparaît, dans bien des cas, comme un appendice sous-traitant. Le ministre de l’Habitat l’a bien relevé dans une récente interview accordée au Soir d’Algérie, soulignant l’échec du privé dans un secteur aussi stratégique que la construction qui compte sur 5 800 entreprises du bâtiment 80% de tâcherons, manque comblé par le recours massif aux sociétés étrangères. Si on ajoute à ces vices rédhibitoires ceux qui le présentent comme bénéficiant du parrainage intéressé d’un réseau de classe, international, où on retrouve listés les offshoristes, les intermédiaires des majors pétrolières et des institutions financières mondiales et même des Etats et des médias étrangers, on se demande si c’est une bonne chose pour l’Algérie que de s’exposer aux dangers de l’ouverture, de la déréglementation et de la flexibilité abusives, tous azimuts, demandées, avec insistance, par ce capitalisme bien spécifique. La seconde question qui se pose n’est pas tant de comprendre comment on a laissé ce capitalisme se construire, aussi facilement, aux dépens de la collectivité — les connexions à l’origine de ce pouvoir économique ne sont pas si occultes que cela — mais de saisir comment l’Etat — dans certaines de ses sphères — a été affaibli, à ce point, pour admettre la possibilité d’un pareil compagnonnage.

Ces appréhensions légitimes que les Algériens — experts et citoyens ordinaires — mettent en avant ne signifient pas, pour autant, que les capitalistes algériens n’ont pas leur place dans l’économie et dans l’Etat algériens. L’Algérie a, cependant, bien des doléances à présenter à la candidature de ces profils à la gouvernance politique de l’Etat. La première d’entre elles consiste à demander aux capitalistes de penser d’abord à investir sur des fonds propres et à transformer leurs entreprises familiales en sociétés par actions, cotées en Bourse, avant de nourrir des ambitions politiques surfaites.

La seconde doléance qui leur est transmise veut qu’ils s’attellent à constituer un tissu de petites et moyennes industries adaptées à la variété et à la densité des besoins des consommateurs algériens.

Et enfin, qu’ils s’impliquent, massivement, dans la valorisation des capacités nationales, en matière d’économie intelligente, ainsi que le font Malaisiens, Indonésiens, Vietnamiens, Coréens du Sud et Singapouriens qui n’étaient rien du tout à l’indépendance de l’Algérie. Le capitalisme auquel l’Algérie a affaire est encore loin de ces standards parce que surdéterminé par une mentalité de rentiers indexée plus sur la quête de la réussite individuelle, sans risque majeur, que sur celle de la collectivité. Le spectacle qu’étalent les OPA sur les médias, les sociétés audiovisuelles et le football «professionnel» est l’exemple-type de ces dérives qui offre à l’opinion une image négative d’une certaine entreprise privée.

Or, notre pays a mieux à faire ; il a besoin de mobiliser toutes les énergies des forces sociales qui tirent vers le haut pour décoller, une entreprise qui dépasse, par l’envergure de ses ambitions, le volontarisme de quelques personnes, fussent-ils des capitaines d’industrie de génie, un qualificatif, du reste, déphasé par rapport aux profils révolutionnaires des nouveaux managers internationaux.

Et puis, il faut savoir que même dans les grands pays occidentaux de tradition capitaliste pluricentenaire, le système est en crise et des millions de citoyens militent dans des milliers d’organisations politico- civiles et proposent, comme Tsipras, Sanders, les Indignés, Podémos, les Nuits Debout, les nouveaux désobéissants et les donneurs d’alerte, un nouveau visage du vivre-ensemble fondé sur le retour aux valeurs du partage et de l’intégrité morale, si, toutefois, celles-ci avaient, jamais, été pratiquées par un mode de production, sans état d’âme, privilégiant, par-dessus tout, le profit et l’exploitation de l’homme par l’homme.

Les capitalistes algériens sauront-ils tirer des leçons de ces mouvements de fond et se résolveront-ils à participer à l’accumulation nationale dans le respect des lois et de la culture sociale de solidarité en renonçant aux tentations monopolistiques et aux pratiques occultes de siphonage des ressources de la collectivité, sabotant les chances de l’Algérie d’accéder à un niveau de progrès profitable à l’ensemble de la société ?

Beaucoup d’Algériens le souhaitent ardemment et sincèrement. Les travailleurs et les chômeurs, surtout, qui attendent autant de l’Etat que de l’entreprise privée, l’assurance de la pérennité de l’emploi et la création de postes de travail utiles à l’économie. Et comme dans toute démocratie sociale qui se respecte, ils se tournent, aussi, vers les syndicats et les partis dits de gauche sollicitant un retour d’écoute qui se fait attendre.

Ils notent, cependant, avec une amère déception, que ces syndicats et ces partis préfèrent s’aligner sur les positions de leurs «ennemis de classe» au lieu de se battre pour construire des alliances vouées à préserver les intérêts des salariés et des sans emplois.

Pour autant, l’Algérie qui possède une histoire de luttes nationales et sociales séculaires a de quoi relever les défis de l’intégration dans le marché mondial.

Dans l’architecture économique internationale qui se dessine sous ses yeux, sous l’impulsion de puissances comme la Chine, la Russie, l’Inde et l’Iran, il y a une place pour elle, pourvu que son Etat, revenant à une conscience moins brouillée de l’intérêt général, donne libre cours à l’expression du génie de ses élites et de ses entrepreneurs honnêtes dont les activités ont une traçabilité placée au-dessus de tout soupçon.

Auparavant, il lui faut balayer devant sa porte et mettre hors-jeu ses segments mal-intentionnés qui ne cessent, ces derniers mois, de rétropédaler dans la gadoue de la vieille société des zaouïas et des tribus mortes et enterrées par la Révolution de Novembre.

Le conseil vaut aussi pour les partis et les syndicats dits patriotiques qui continuent — à l’exception du FFS, du MDS et du PST — de racler les fonds de poubelle du camp de la défaite pour ramasser de quoi créer, de toutes pièces, une bourgeoisie éligible au gouvernement de l’Algérie. Que cessent ces jeux politiciens qui insultent les aspirations de notre peuple à la construction d’un Etat moderne !

Les récentes positions exprimées par l’ANP, lors de la commémoration des massacres du 8 Mai 1945, semblent, heureusement, siffler la fin de la récréation et peuvent être considérées comme un signal fort rappelant à ceux qui ont la mémoire courte que le salut de l’Algérie réside dans le retour urgent aux fondamentaux de la Révolution de Novembre qui avait scellé, en son temps, et de manière irréversible, le sort de la bourgeoisie coloniale et de ses alliés féodaux.

Dans un contexte où certains défaitistes doutent, encore, de l’existence, même, de la Nation avec un aplomb belliqueux, l’Algérie se refuse de se laisser enfermer dans la fatalité du choix entre la peste et le choléra et dans un face-à-face mortel avec ses anciens occupants nourris à un esprit de revanche non assouvi.

C’est le sens qu’il convient de donner à ces signaux qui se multiplient, ici et là, dans un appel à un redressement vigilant face aux dangers menaçant le pays à un moment crucial de son Histoire.

Ces signaux sont suivis par les citoyens algériens avec d’autant plus d’attention et d’espérance qu’ils savent, par avance, que le perdant dans la partie de poker menteur à laquelle s’adonnent les aventuriers pyromanes qui s’agitent, aujourd’hui, sur la scène nationale, sera, assurément, le peuple. Et uniquement le peuple…

B.-E. M.

Source de cet article :

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2016/05/30/article.php?sid=197065&cid=41

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Les ravages du néolibéralisme

Publié le par Mahi Ahmed

Les ravages du néolibéralisme

Par Ammar Belhimer

«Les primaires démocrates se passent à l’ombre du néolibéralisme», soutient David Coates de l'Université américaine de Wake Forest(*).

Hillary Clinton et Bernie Sanders seraient-ils adeptes des thèses économiques défendues avec succès par Ronald Reagan aux Etats-Unis et Margaret Thatcher au Royaume-Uni ?

Le néolibéralisme, qui préfère les marchés aux gouvernements dans l’allocation des ressources, a triomphé au cours des trois dernières décennies des deux côtés de l'Atlantique. Pour rappel, sa préconisation –dans la seconde moitié des années 1970 – a marqué une rupture révolutionnaire avec une orthodoxie antérieure liée aux recettes de John Maynard Keynes et à la politique du New Deal.

Le raz-de-marée aurait été si fort que démocrates et travaillistes se rallient aux thèses néolibérales pour «retrouver» les électeurs de Thatcher et Reagan.

Sous la direction de Bill Clinton aux États-Unis et de Tony Blair au Royaume-Uni, les acteurs de centre-gauche ont abandonné leurs vues et leurs objectifs progressistes pour la nouvelle orthodoxie conservatrice. Ils ont renoncé à «taxer et à dépenser» par adhésion aux nouvelles options sous différentes appellations : «nouveaux démocrates centristes», «New Labour», etc.

«Pour Bill Clinton et Tony Blair, être progressiste dans les années 1990 signifiait être un reaganien plus civilisé et un bienveillant thatchérien».

Concrètement, cela signifiait prendre pour acquis les pratiques néolibérales fondamentales qui incluent une faible fiscalité pour les entreprises et les ménages afin d’encourager l'innovation, l’investissement et la création d'emplois ; un rétrécissement du filet social pour «éviter le bien-être de dépendance et accroître l'incitation au travail ; une déréglementation des marchés du travail par l'affaiblissement des syndicats ; la privatisation des industries et des entreprises publiques et l'ouverture des organismes publics aux forces du marché. La recette a fait florès jusqu’à la fin de 2008 et le début de 2009, lorsque le monde de l’économie renoue subitement avec «la gestion keynésienne de la demande, les grandes injections de dépenses publiques et la supervision étroite du système bancaire».

Hillary Clinton et Bernie Sanders incarneraient aujourd’hui deux approches opposées dans le camp démocrate : l’une modérée, l’autre plus marquée à gauche.

Au menu de l’approche modérée figure un maintien de la demande par la dépense et l’endettement publics, des mesures de prévention de nouvelle crise financière par une «stricte surveillance financière», le développement des infrastructures (appel aux dépenses publiques pour moderniser les routes, les ponts, le transport ferroviaire et internet), un impôt progressif «pour réduire les inégalités excessives et répartir le coût de la protection sociale», davantage de droits au travail, à la garde des enfants et au congé parental payé pour les femmes et pour les minorités, le cap résolu sur une politique de l'énergie sans carbone.

La ligne radicale préconise plus de droits pour les syndicats et une hausse conséquente du salaire minimum et de la protection sociale, l’assèchement systémique des sources de la pauvreté, la «déconstruction» du système d'incarcération de masse et la dépénalisation de la consommation de cannabis, moins de dépenses militaires et de guerres à l’étranger.

Cette seconde option trouve un plus grand écho de nos jours au sein du Parti travailliste britannique, sous le leadership de Jeremy Corbyn, avec à bien des égards Bernie Sanders comme équivalent aux Etats-Unis.

Pour l’auteur de l’étude, les «défis prévisibles» pour la favorite des sondages, Hillary Clinton, sont doubles. Elle doit d’abord s’affirmer par rapport au mandat de son époux et conseiller attitré Bill Clinton : ses adversaires républicains s’appuieront sur l'infidélité de Bill et, éventuellement, «la corruption financière ou pire». Donald Trump le fait déjà en qualifiant inlassablement son adversaire démocrate de «malhonnête».

«La publication d'un rapport très critique de l'inspecteur général du département d'Etat sur le recours par Hillary Clinton à un serveur privé de messagerie pour communiquer lorsqu'elle était à la tête de la diplomatie américaine (2009-2013), a apporté de l'eau au moulin de Donald Trump, des républicains et de la majorité d'Américains qui considèrent que la démocrate n'est pas digne de confiance», a rapporté l’AFP ce mercredi.

Si elle arrive à surmonter ces écueils, il lui restera à «débloquer» la politique économique du Président Obama, réduit à faire de la figuration par un Congrès à majorité républicaine à la fin de son mandat.

La peur de la gauche démocrate peut pousser Clinton vers des options «radicales» juste pour se rallier les voix de Sanders, le temps de s’installer à la Maison Blanche et renouer avec les républicains néolibéraux à la manière de la première présidence Clinton.

«Rassurer ses partisans progressistes qu'elle ne fera pas cela (de revirement – ndlr) est donc une tâche vitale pour elle, d’ici à novembre (…) parce que la grande majorité de ceux qui sont mobilisés pour Sanders agissent comme des fantassins disposés à sauver l'Amérique d'une présidence de Trump. Et elle aura besoin de ces fantassins», conclut David Coates.

A. B.

(*) David Coates, Democratic Primaries In The Shadow Of Neoliberalism, Social Europe, 20 mai 2016, https://www.socialeurope.eu/2016/05/democratic-primaries-shadow-neoliberalism/

Source de cet article :

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2016/05/31/article.php?sid=197101&cid=8

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Ennahdha s'apprête à créer des organisations pour les femmes et les jeunes et une académie politique (Vidéo

Publié le par Mahi Ahmed

Ecoutez le porte parole d'Ennahda Tunisie expliquer les résultats du dernier congrès de ce parti ( Le Bloggeur)

Ennahdha s'apprête à créer des organisations pour les femmes et les jeunes et une académie politique (Vidéo)

Le rideau est tombé sur le Xe congrès d’Ennahdha. Déjà, il est considéré comme un tournant stratégique dans le parcours d'une formation qui est appelée à devenir «un parti démocratique tunisien à référent islamique» comme l’a précisé Ridha Driss membre du Conseil de la Choura et vice président du Xe congrès qui nous résumé le contenu des 7 motions qui ont été adoptées après des débats approfondies au sein des structures du parti.

Ces motions portent notamment sur les points suivants : l'évaluation du parcours du parti, la spécialisation politique, les contours de la nouvelle vision doctrinaire d'Ennahdha, la stratégie politique du parti, les réformes structurelles du parti (quatre grandes institutions : organisation de la jeunesse, organisation féminine, et un instut de recherches spécialisée dans les politiques publiques et une académie de formation politique). Il est également question d'accorder des prérogatives aux structures régionales et locales dans le cadre de la décentralisation, le modèle de développement alternatif à partir d'une évaluation de la conjoncture économique ainsi que le défi sécuritaire et la stratégie antiterroriste.

https://youtu.be/3RZZY_wTiXY

Publié dans Tunisie actuelle

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Mustapha Tlili : Monsieur Ghannouchi, prouvez-nous que vous avez changé

Publié le par Mahi Ahmed

Mustapha Tlili : Monsieur Ghannouchi, prouvez-nous que vous avez changé!

Monsieur Ghannouchi, prouvez-nous que vous avez changé!

Deux évènements, l’un de pure propagande politique, l’autre de grande dimension historique, ont eu lieu en Tunisie ces deux dernières semaines. Comme s’ils avaient été programmés dans leur proximité temporelle si frappante par un malin génie pour nous interpeller et amener à considérer les choses avec lucidité.

Il s’agit, on l’aura compris, pour ce qui est de ce fabuleux exercice d’illusionnisme : du 10e congrès du parti islamiste Ennahdha; et concernant ce symbole du triomphe de l’espoir sur les ténèbres de toutes sortes: du retour de la statue équestre de Bourguiba à son emplacement initial, au terme de 29 ans d’exil. Il s’agit là de l’exécution de la promesse électorale faite par le président de la République, M.Béji Caïd Essebsi, à qui il faut rendre hommage pour ce geste de fidélité à la parole donnée.

L’illusionnisme de Rached Ghannouchi et de ses collègues consistait, à travers une production théâtralement spectaculaire, à faire croire aux Tunisiens que l’idéologie islamiste des barbus a évolué à la lumière des réalités, au point qu’elle est devenue “civile” et qu’il faudrait s’attendre désormais à ce que le port de la barbe soit vigoureusement découragé, voire interdit, par Montplaisir et, celui de la cravate, nettement encouragé, sinon imposé…

Les Tunisiens qui ont connu trois années de manipulation diabolique visant à changer leur identité même en en évacuant tout ce qui n’était pas un produit de la conquête arabo-musulmane- plus de trois mille années d’histoire méditerranéenne- seront-ils dupes cette fois-ci? Oublieront-ils de sitôt ces années de braise et le gouffre au bord duquel ils étaient dangereusement poussés ? Seront-ils saisis d’une crise de naïveté, ou de bonté, ou des deux à la fois, qui amoindrit l’usage de la raison et limite l’exercice de la réflexion lucide dès qu’il s’agit de M. Ghannouchi, l’idéologue islamiste universellement connu pour son double langage ?

Le souvenir de cette vidéo secrète de M.Ghannouchi prêchant la patience à ses jeunes frères d’armes salafistes s’effacera-t-il de sitôt de la mémoire collective au point que le nouveau discours du chef d’Ennahdha annonçant la transformation de son mouvement en parti politique civil soit aujourd’hui pris au sérieux, au lieu d’être compris comme étant précisément une application de la stratégie des étapes prônée dans la fameuse vidéo ?

M. Ghannouchi pourrait facilement prouver le contraire s’il souhaitait que nous le prenions au sérieux. Deux grandes initiatives de sa part apaiseraient nos doutes et nous convainqueraient que désormais la famille moderniste tunisienne va s’enrichir d’une nouvelle sensibilité politique aussi fidèle à la sécularité historique du pays que l’opposition qui a gagné les dernières élections législatives et présidentielles sous le leadership de M. Béji Caïd Essebsi.

La première initiative pourrait être toute proche : le 1er juin. Que Rached Ghannouchi, qui n’a manqué aucune occasion, tout au long de son parcours de chef islamiste, d’insulter le père fondateur de la Tunisie moderne, Habib Bourguiba, se tienne aux côtés du président Essebsi lors de la cérémonie qui verra le 1er juin la statue équestre du leader historique tunisien retourner à son emplacement légitime. Et pour nous prouver sa sincérité et nous montrer qu’il a véritablement coupé les ponts avec son passé d’agitateur islamiste obnubilé par l’idée de transformer l’identité ouverte et tolérante de la Tunisie et lui substituer une vision obscurantiste de la vie et du monde, qu’il prenne la parole dans ce sens, demande pardon à la mémoire de Bourguiba par les mots et physiquement demande pardon à la famille Bourguiba en se rendant chez eux à La Marsa.

La deuxième initiative concerne la constitution tunisienne. Pour affirmer une fois pour toutes la sécularité du pays, il faut l’inscrire clairement dans son texte fondamental et en faire un point de non-retour, à l’opposé de l’ambiguïté de la formulation actuelle, fruit des manœuvres diaboliques d’Ennahdha et de la Troïka quand ils étaient au pouvoir.

Monsieur Ghannouchi, prouvez-nous que vous avez changé!

Mustapha Tlili

Écrivain, Distinguished Fellowau East West Institute à New York,

fondateur et directeur émérite du Centre des dialogues de la New York University

URL : http://www.leaders.com.tn/article/19855-monsieur-ghannouchi-prouvez-nous-que-vous-avez-change

Publié dans Tunisie actuelle

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Amérique latine : la crise des gouvernements «progressistes»

Publié le par Mahi Ahmed

Amérique latine : la crise des gouvernements «progressistes»

par Miguel Sorans

Ce qui aujourd'hui domine en Amérique latine, c'est le débat sur les raisons de la crise et du recul des gouvernements dits «progressistes». La crise la plus importante est celle du gouvernement Maduro et le déclin du chavisme qui a été battu aux élections en décembre dernier. Cela s'ajoute à la grave crise de Dilma -PT au Brésil, à l'échec électoral du péronisme K en Argentine et d'Evo au référendum de la Bolivie. « Les campagnes de la droite » et même au Brésil, « un coup d'Etat », sont prétendument responsables de leur échec…Mais quelles sont les vraies raisons de ces crises politiques?

Face à la débâcle électorale du chavisme, le premier dirigeant à s'exprimer pour justifier le recul politique a été Nicolas Maduro expliquant que la cause en était une « guerre économique » lancée par « l'empire ». García Linera, vice-président de la Bolivie, a assuré qu'il y avait une « grande vague contre-révolutionnaire » et que « la souveraineté latino-américaine est menacée ». Mais également que les États-Unis, la Russie et l'Arabie saoudite avaient orchestré cette « guerre économique » à cause des prix du pétrole (Conférence de presse au Palais du Gouvernement, 10/12/2015). Rafael Correa, président de l'Équateur, en vient même à parler du « nouveau Plan Condor » (Clarín, Argentine, 19/3/2016).

Le professeur argentin Atilio Borón s'est rangé à l'avis de Maduro en affirmant qu'une « guerre économique tenace existe, lancée par l'empire » (Cuba Debate 7/12/2015). Mais il est allé encore plus loin. Borón en est venu à définir les élections comme « un piège », non parce qu'il y aurait fraude, mais pour le simple fait de les organiser. Puis il en est venu à demander: « Jusqu'à quel point des élections libres peuvent-elles être organisées dans les conditions existantes au Venezuela? », prenant comme exemple la suspension des élections au Royaume-Uni en 1940 due à l'éclatement de la Deuxième Guerre mondiale.

Il émet la téméraire hypothèse qu'il faudrait «penser que peut-être d'autres voies à l'accès et au maintien du pouvoir peuvent être plus effectives et fiables que les élections» (idem). Quelles autres voies? Borón envisage-t-il déjà l'idée qu'au Venezuela et dans d'autres pays il n'y ait plus d'élections et qu'il puisse y avoir alors de possibles auto-coups d'État pour se maintenir au pouvoir?

Les causes réelles de la crise politique

Dans la question même soulevée par Borón se trouve la vraie cause de la crise de ces gouvernements pseudo-progressistes. Il faut en chercher les causes dans la contrariété généralisée des masses provoquée par les ajustements appliqués par ces gouvernements. La réalité, c'est que ceux-là mêmes qui ont déclenché la « guerre économique » contre le peuple sont Maduro, Dilma, Cristina et Morales. C'est peut-être pourquoi Borón, voyant qu'on ne parvient plus à contenir le mécontentement populaire, envisage l'option de passer à une forme de régime plus totalitaire. Ne lui reste plus qu'à évoquer l'exemple des vieilles dictatures staliniennes dont il est nostalgique.

José Mújica, ex-président de l'Uruguay et du Frente Amplio, s'est montré un peu plus sincère quand il a dû répondre à des questions sur le recul de ces gouvernements. Il n'a pas parlé de « guerre économique ». Sur son ton habituel il a simplement dit : « La gauche de la région a fait des «sottises» ». Pour nous, les «sottises» signifient l'application de politiques anti-ouvrières et d'ajustements économiques subis par le peuple.

La question principale est le fait que ce sont des gouvernements de conciliation de classes qui ont un double discours. Ils n'ont rien de « progressistes ». Ils emploient les mots « national et populaire » mais n'ont pas rompu avec les multinationales et les grandes entreprises.

Ce qui a échoué pour les masses, c'est la théorie selon laquelle ces gouvernements allaient mieux redistribuer les richesses. C'est l'échec du message de la construction du «Socialisme du XXIe siècle» au Venezuela, la construction du «Socialisme Andin» en Bolivie ou du «modèle national et populaire» en Argentine. Ces gouvernements ont connu une période d'essor entre 2003 et 2010, dans une conjoncture de prix élevé des matières premières ce qu'on a nommé «le vent en poupe». Mais il n'y a pas eu de changement structurel. Ces « modèles nationaux et populaires » sont devenus tout un mensonge politique et cette conjoncture de développement relatif des prix s'est terminée avec pour bilan plus de bénéfice pour les multinationales et plus de pauvreté pour les peuples.

Durant les deux dernières années, la crise économique du capitalisme mondial a fortement affecté la région avec la chute des prix des matières premières (pétrole, gaz, céréales, minéraux). Face à cette situation, ces gouvernements ont répondu aux effets de la crise avec des plans d'ajustement contre la classe travailleuse et les peuples. Ni avant ni après les effets de la crise ces gouvernements n'ont changé la structure capitaliste semi-coloniale de leurs pays.

Les attentes disparaissent

Ces gouvernements étaient arrivés au pouvoir après une attente très forte des masses et comme résultat d'un processus de montée révolutionnaire qui a culminé avec l' « Argentinazo» de 2001. L'ensemble de la région était dans un processus de mobilisation. C'est pourquoi ces gouvernements ont canalisé le refus de l'impérialisme et des multinationales et entraîné un tournant à gauche. Au Venezuela, le processus en 1989 du «Caracazo» a été canalisé par Hugo Chávez. Dans le cas de Lula et du PT au Brésil ça n'a pas exactement été le fruit d'une semi-insurrection populaire sinon d'un processus de plus de vingt ans de mobilisation et de grandes grèves -depuis les années 80 quand la dictature est tombée- et l'apparition du PT et de la CUT. Tous étant des processus déterminants de la classe ouvrière brésilienne.

L'année 2010, les luttes contre ces gouvernements ont commencé. Il y a eu un processus de rupture des attentes des masses. Le fait le plus remarquable a été le «Gasolinazo» en Bolivie qui, à la fin 2010, a pratiquement provoqué une crise révolutionnaire sur le point de renverser Evo Morales quand celui-ci a décidé l'augmentation du prix du carburant et que les gens lui ont dit « ou tu retires l'ajustement ou tu te retires ». Et Evo Morales s'est trouvé dans l'obligation d'annuler l'augmentation. À partir de ce moment-là, en Amérique latine, on constate d'un côté l'application d'ajustements de plus en plus marqués tandis que, d'un autre côté, commence un processus de luttes et de mobilisations contre ces gouvernements. En 2012, il y a eu la première grève générale contre le gouvernement péroniste de Cristina Kirchner qui avait réussi pendant huit ans à contenir le mouvement des masses et durant lesquels aucune grève générale n'avait donc été réalisée. En 2013, il y a eu la première grande révolte générée au Brésil à cause des « tarifs ». Une révolte populaire de caractère national avec des pics de tension à Sao Paulo et à Río de Janeiro, une mobilisation comptant des millions de jeunes et de travailleurs descendus dans la rue pour lutter contre les « tarifs », s'exprimant sur la crise sociale et affichant un rejet global du gouvernement.

Au Venezuela, en 2014, il y a eu une grande grève dans Sidor (ex-Techint) qui a mobilisé près de 15.000 travailleurs pendant presque dix mois. Le Pérou a connu des mobilisations paysannes contre les entreprises minières et une grande mobilisation des jeunes, avec pour épicentre Lima, qui était finalement venue à bout d'une loi sur les contrats de travail des jeunes. Quant au Chili, il a connu des années durant d'impressionnantes mobilisations pour une éducation publique gratuite.

La confrontation sociale et le problème de la direction politique

Actuellement le grand débat concerne les triomphes électoraux des secteurs conservateurs et tente de comprendre s'il existe un « tournant à droite » de la part des masses. Nous considérons centralement que c'est un vote de contestation. Des millions de travailleurs ont voté avec le «nez bouché» pour les options de centre-droite. Ce sont les fruits que génère l'échec des gouvernements de conciliation des classes.

Il est évidemment très négatif que surgissent des gouvernements de droite ou pro-impérialistes. Mais nous considérons qu'il n'y a pas de tournant à droite dans le sens où la lutte des classes ne s'arrête pas. Aucun échec important ne s'est produit. L'Amérique latine continue, avec ses inégalités, à être le théâtre de la confrontation sociale. Le processus de mobilisation continuera contre tous les gouvernements qui poursuivront les ajustements, y compris les conservateurs comme ceux de la Colombie et de l'Argentine. Ce processus de confrontation sociale s'accentuera. La perspective : de nouvelles crises politiques des gouvernements et des régimes. Et tout au long de ce processus, nous continuerons à nous battre pour obtenir des gouvernements formés de travailleurs qui feront face aux profonds changements dont l'Amérique latine a besoin.

Dans cette perspective, devant le nouvel échec des projets politiques de conciliation des classes, on recommence à envisager la tâche stratégique de poursuivre la bataille pour la construction d'une vraie direction socialiste révolutionnaire.

Unité Internationale des Travailleurs-Quatrième Internationale (UIT-QI)

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CINQ PROPOSITIONS POUR UNE ONU PLUS EFFICACE ET PLUS DEMOCRATIQUE

Publié le par Mahi Ahmed

La chronique de Recherches internationales

Cinq propositions pour une ONU

plus efficace et plus démocratique

Chloé Maurel

Historienne, spécialiste des Nations unies

L'ONU est l'institution internationale la plus légitime, car la plus démocratique. En effet c'est une organisation universelle, car elle rassemble 193 Etats soit pratiquement tous les pays du monde, sur une base égalitaire, puisqu'à son Assemblée générale, chaque Etat, qu'il soit riche ou pauvre, est doté d'une voix lors des votes. L'ONU est donc bien plus démocratique que les institutions financières internationales comme le FMI, où plus un Etat est riche, plus il dispose de voix, et que les «clubs» comme l'OCDE ou les G7, G8, G20 qui ne rassemblent que les Etats les plus développés et puissants du monde.

Cependant, il reste encore des choses à faire pour rendre l'ONU plus efficace et plus démocratique. Voici 5 propositions urgentes:

1) Supprimer le statut de membre permanent du Conseil de sécurité et le droit de veto

Le statut de membre permanent du Conseil de sécurité, avec droit de veto, dont disposent cinq pays (France, Etats-Unis, Royaume-Uni, Chine, Russie) apparaît comme un privilège, c'est une entorse au caractère démocratique de l'ONU. La raison de ce privilège – le fait que ces pays étaient les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale – n'apparaît plus justifiée aujourd'hui, et cet état de choses est critiqué par de nombreux pays. De plus, le veto a été, tout au long des 70 ans d'existence de l'ONU, un élément de blocage de l'action onusienne : le veto, ou la simple menace du veto, ont empêché en bien des cas l'ONU d'agir sur des sujets importants, comme dans les années 1950-60 la guerre d'Algérie ou la guerre du Vietnam.

Les projets de réforme qui ont été suggérés ces dernières années, et qui proposent d'étendre ce privilège à d'autres pays (l'Allemagne, l'Afrique du Sud, le Brésil...), n'apparaissent pas convaincants, car si l'on étend le droit de veto à d'autres pays, cela paralyserait encore plus l'ONU. Et la situation demeurerait toujours injuste, car il y aurait toujours des pays qui s'estimeraient lésés de ne pas avoir eux aussi ce privilège.

La solution est de supprimer purement et simplement le statut de membre permanent du Conseil de sécurité et le droit de veto, pour rendre l'ONU plus efficace et véritablement démocratique dans son fonctionnement.

Loin d'affaiblir la France, cette réforme serait tout à son honneur, et de plus, cela ouvrirait la voie à la possible élection d'un Secrétaire général français. En effet, une convention tacite, depuis la création de l'ONU, veut que les pays dotés du droit de veto ne puissent jamais avoir un de leurs ressortissants qui devienne Secrétaire général. Avec la suppression du droit de veto, cela rendrait possible l'élection, pour la première fois, d'un Secrétaire général français.

2) Faire de la nomination du Secrétaire général une véritable élection démocratique

Jusqu'à présent, le Secrétaire général de l'ONU a toujours été nommé, et non pas élu, par l'Assemblée générale sur proposition du Conseil de sécurité, qui traditionnellement ne propose qu'un seul nom, choisi lors d'une réunion privée, lors de laquelle le veto peut être employé. C'est dire que ce processus est tout sauf démocratique! Ce qui a fait dire à l'ambassadeur suisse à l'ONU, Paul Seger, que cette pseudo-élection est encore moins transparente que celle du pape, ce qui est tout dire!

Il faudrait donc faire de ce processus une véritable élection, par l'Assemblée générale. Cela aurait comme avantage de permettre le déroulement d'une véritable campagne électorale, relayée par les médias du monde entier, ce qui rendrait la population mondiale plus concernée, plus intéressée, par cette élection et par l'ONU.

Un premier pas dans cette voie a été fait cette année, puisque pour la première fois, les huit candidats officiels à la succession de Ban Ki-moon ont pu se présenter chacun devant l'Assemblée générale et exposer leurs idées et leur projet pour diriger l'ONU. Mais pour l'instant, rien n'a été changé au processus de nomination, ce qui fait qu'en pratique ce sont toujours les cinq membres permanents du Conseil de sécurité qui ont la haute main sur la nomination du Secrétaire général.

3) Encourager l'ONU à lancer un vaste plan d'assistance aux réfugiés

La «crise» des réfugiés que nous vivons actuellement, avec plus de 60 millions de personnes déplacées dans le monde, est sans précédent. A ce vaste enjeu, qui est à l'échelle mondiale, il faut une réponse mondiale, et l'ONU est bien placée pour s'en charger. En effet, l'ONU peut tirer parti de son expérience en la matière : au sortir de la Seconde Guerre mondiale, alors qu'il y avait également des millions de personnes déplacées en Europe, l'ONU avait créé une agence ad hoc, l'Organisation internationale des réfugiés (OIR), qui avait fonctionné de 1946 à 1952, et qui, dotée d'un personnel nombreux, s'était activement occupée de réinstaller 10 millions de personnes dans des pays d'accueil et de les aider à se réinsérer. En 1951 a été adoptée la convention relative au statut des réfugiés, et en 1952 a été créé le Haut Commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR). Mais sur la question des migrations, l'agence qui a été créée, en 1951, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), a été placée en dehors du système des Nations unies, suivant la volonté des Etats-Unis qui ne voulaient pas que ce soit l'ONU qui s'occupe de cette question.

Il faudrait permettre à l'ONU de se ressaisir pleinement de la question des migrants et réfugiés, soit en créant une nouvelle OIR, soit en étendant et en humanisant l'action du HCR (qui bien souvent est trop restrictif dans l'attribution du statut de réfugié). L'ONU pourrait montrer la voie aux Etats en adoptant une conception humaniste du migrant, du réfugié, au lieu de les criminaliser comme le font beaucoup de pays. Faire respecter les droits fondamentaux des migrants, rendre impossible leur détention inhumaine dans des camps, cela doit être l'action de l'ONU.

L'ONU a d'ailleurs adopté des textes progressistes en la matière, comme la «convention pour la protection des droits de tous les travailleurs migrants et de leurs familles» de 1990, ou les deux conventions (1954 et 1961) sur les apatrides, textes que malheureusement la France n'a pas ratifiés. Faire connaître et faire ratifier ces textes progressistes doit être un objectif fédérateur.

4) Préconiser une action de l'ONU pour interdire les paradis fiscaux, contrôler les grandes multinationales, faire un contre-TAFTA et créer une taxe internationale sur les transactions financières

A l'origine, les questions économiques et commerciales devaient relever intégralement de l'ONU. Une charte progressiste, la Charte de la Havane, avait été négociée au sortir de la Seconde Guerre mondiale et signée en 1948. Elle prévoyait la création d'une Organisation internationale du commerce (OIC) totalement intégrée à l'ONU, et fondée sur des idées de justice sociale. Mais elle n'a pas été ratifiée par le Sénat américain et finalement c'est en dehors de l'ONU qu'a été entreprise la régulation des échanges internationaux, sous l'égide du GATT, devenu en 1995 l'OMC. Or, l'OMC est fondée sur des conceptions libérales, à l'opposé des conceptions humanistes et progressistes de la charte de l'ONU.

Il faut donc faire en sorte que l'ONU se ressaisisse de ces attributions économiques et commerciales, afin de lutter efficacement contre l'évasion fiscale. Le problème des paradis fiscaux étant un problème transnational, seule une organisation mondiale peut le résoudre, cela ne peut pas venir d'un seul pays ni même d'un groupe de pays.

Face au projet de TAFTA, au problème de la gestion des dettes souveraines des Etats, des initiatives progressistes sont lancées en ce moment même au sein de l'ONU, notamment par des pays du Sud. La France doit les soutenir et les encourager.

Enfin, une taxe internationale sur les transactions financières permettrait de résoudre une grande partie des problèmes économiques et sociaux des pays. L'ONU, dont les attributions officielles s'étendent à ces sujets, est l'institution adéquate pour établir un tel dispositif.

Rappelons que la Banque mondiale et le FMI font théoriquement partie de l'ONU, mais s'en sont rapidement autonomisées après la Seconde Guerre mondiale, c'est-à-dire que ces structures se sont affranchies du fonctionnement démocratique onusien (1 Etat = 1 voix). Il faudrait remettre ces institutions financières internationales sous le contrôle de l'Assemblée générale de l'ONU.

5) Doter l'ONU de plus de budget et de plus de pouvoir

L'ONU est l'organisation internationale la plus légitime, or elle a de facto moins de pouvoir que d'autres institutions comme l'OMC qui, elle, a le pouvoir d'imposer des sanctions économiques à des Etats, au moyen de son organe de règlement des différends (ORD). Il faut doter l'ONU d'un pouvoir de sanction tout aussi fort, dans les cas où des Etats, des personnes ou des entreprises ne respectent pas ses résolutions ou ses conventions. En effet, le plus souvent, lorsque les résolutions ou conventions de l'ONU ne sont pas respectées, rien ne se passe, ces textes restent lettre morte, ce sont de belles résolutions mais qui ne sont pas appliquées. Il est essentiel de donner plus de pouvoir à l'ONU pour faire appliquer ses textes.

Pour rendre l'ONU plus efficace, il faut aussi qu'elle dispose d'un budget plus important. Actuellement, son budget est très faible. Par exemple, le budget de l'UNESCO est inférieur à celui de la ville de Paris, alors que cette institution culturelle doit agir dans le monde entier! Quant à l'AIEA (agence internationale de l'énergie atomique), son budget est égal à 0,06% du budget de la défense des Etats-Unis, ce qui est dérisoire.

Doter l'ONU de plus de pouvoir, d'un budget plus important, et la rendre plus démocratique dans son fonctionnement, est fondamental pour lui permettre d'exercer efficacement sa mission de paix et de progrès social auprès des citoyens du monde entier! La France, pays des droits de l'homme, se doit d'oeuvrer dans cette voie, main dans la main avec les pays du Sud, qui poussent en ce sens. Son image auprès de ces pays et sur la scène internationale en serait rehaussée.

Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue Recherches internationales à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.

6, av. Mathurin Moreau; 75167 Paris Cedex 19

Site : http://www.recherches-internationales.fr/ Mail : recherinter@paul-langevin.fr

Abonnements 4 numéros par an : 55 Euros, Étranger 75 Euros

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Manœuvres au Sinaï

Publié le par Mahi Ahmed

Manœuvres au Sinaï

Par Ammar Belhimer

Quand l’Etat islamique s’agite, Israël n’est pas bien loin.

Le périodique américain de politique étrangère, Foreign Affairs, revient sur la présence du groupe terroriste Etat islamique (Daesh) en Egypte en s’interrogeant : «Daesh cible Égypte, pourquoi le groupe s’intéresse au Sinaï ?»(*)

Une véritable insurrection semble se dérouler dans le Sinaï depuis le début du mois en cours. L’opération est appuyée par une campagne médiatique tendant à accréditer la mainmise du groupe sur cet espace, dans le prolongement des territoires déjà conquis en Irak, en Libye et en Syrie.

L’article du magazine américain évoque des vidéos de l’Etat islamique condamnant «des gouvernements arabes et occidentaux apostats», glorifiant des attaques réussies et formulant des louanges pour ses martyrs. Il relève l’insistance de ces vidéos sur le Sinaï, «qui a précédemment joué un rôle relativement mineur dans la propagande de Daesh».

Le fait n’est pas anodin. Il pourrait «marquer un tournant dans la stratégie de Daesh. Le groupe a perdu des territoires en Irak et en Syrie, et les vidéos pourraient augurer une réorientation vers l'Afrique du Nord.»

«En janvier, le groupe a diffusé une vidéo qui pestait contre les dirigeants «occidentalisés» d'Algérie, de Libye, du Maroc et de Tunisie. Selon des responsables américains, la présence du groupe en Libye est «métastasée», et constitue la plus grande menace pour la sécurité régionale. Le Département d’Etat a même suggéré que la coalition américaine dirigée contre Daesh en Syrie et en Irak, soit recentrée sur la Libye comme base de repli. La Tunisie, pour sa part, reste la principale source de recrutement de combattants étrangers pour Daesh, tout en constituant une cible de choix pour les attaques dévastatrices du groupe.»

En juillet 2015, une vidéo de l’Organisation de l’Etat islamique diffusée sur internet menaçait notre pays : «Entre vous et nous, il y aura une guerre longue. Musulmans, la démocratie est une religion impie, mécréante. Il y a encore des partis (islamistes) qui veulent réitérer l’expérience démocratique malgré ce qui s’est passé dans les années 1990. L’unique voie est le djihad et seulement le djihad.»

Pour l’instant, l’axe d’effort principal du terrorisme salafiste demeure au Sinaï.

L’intérêt porté par l’Etat islamique à cette portion du territoire égyptien est jugé «sans précédent». Il prolonge une critique récurrente de la monarchie wahhabite, qui – si elle ne relève pas de la mise en scène – interroge la porosité entre l'idéologie wahhabite et Daesh et leur «terreau salafiste commun».

Les vidéos étendent aussi leurs critiques au Frère musulman Mohamed Morsi, ancien président en détention, pour ses alliances avec des gouvernements jugés laïques, comme la Turquie. Elles mettent enfin en garde les égyptiens contre l'adoption de la «nouvelle religion» de la démocratie, les exhortent à «se réveiller» et dénoncent le Président égyptien Abdel Fattah el-Sisi, perçu comme «un nouveau pharaon (…) qui protège les Juifs».

Les vidéos montrent les dirigeants et les officiels militaires égyptiens réunis avec leurs homologues israéliens.

Que Daesh cible l’opinion égyptienne paraît «logique» pour le magazine américain : l’échec de la politique économique et la répression des dissidents auraient «érodé la popularité de Sissi», élargissant par la même occasion la base des «Egyptiens mûrs pour le recrutement».

Le vide dans lequel s’engouffre ainsi Daesh est donc amplifié par l’éviction des Frères musulmans après une année à la tête de l’Etat et le repli du régime sur la seule alternative répressive.

Au final, la promotion de la province du Sinaï revient de façon récurrente dans l’étude qui y voit le signe d’une «mise en scène pour une attaque à grande échelle» : «Le lendemain de la diffusion de ces vidéos, Daesh a revendiqué la responsabilité d'une attaque armée à la périphérie du Caire.» L'assaut – le plus meurtrier dans la capitale depuis 2013 – a fait huit victimes parmi les policiers en civil.

On perçoit mieux l’insistance du magazine sur l’importance de la présence terroriste au Sinaï, lorsqu’il envisage «une attaque spectaculaire contre Israël» qui légitime déjà les préparatifs avancés de Tsahal pour une intervention lourde dans la région.

A. B.

(*) Oren Kessler and Max Peck, ISIS Targets Egypt. Why the Group Set its Sights on the Sinai, 17 mai 2016, www.foreignaffairs.com

Source de cet article :

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2016/05/24/article.php?sid=196760&cid=8

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Le pétroyuan est le grand pari de la Russie et de la Chine

Publié le par Mahi Ahmed

Le pétroyuan est le grand pari de la Russie et de la Chine

par Ariel Noyola Rodríguez

Après les sanctions économiques que les États-Unis et l’Union européenne ont imposées à la Russie, Moscou et Pékin ont tissé de puissants liens dans le domaine de l’énergie, qui ont radicalement transformé le marché mondial du pétrole. En plus d’accroître leur commerce dans les hydrocarbures de façon exponentielle, les deux puissances de l’Est ont décidé de mettre fin à la domination du dollar dans la fixation du prix de l’or noir. Le petroyuan est l’instrument de paiement stratégique qui promet de faciliter la transition vers un système monétaire multipolaire, un système qui prend en compte de multiples devises et reflète la corrélation des forces dans l’ordre mondial actuel.

Au lieu d’humilier la Russie, la guerre économique que Washington et Bruxelles ont provoquée s’est avérée contre-productive, parce qu’elle a seulement contribué à renforcer l’attelage énergétique de Moscou et Pékin. Rappelons qu’en mai 2014, la société russe Gazprom a promis de garantir la fourniture de gaz à la Chine, jusqu’à 38 000 millions de mètres cubes au cours des trois prochaines décennies (à partir de 2018) en signant un contrat pour 400 milliards de dollars avec la China national Petroleum Corporation (CNPC) [1].

Actuellement, les deux puissances coordonnent la mise en œuvre d’un plan stratégique ambitieux, qui inclut la construction de pipelines et l’exploitation en commun de raffineries et de grands complexes pétrochimiques. Involontairement, le rapprochement de Moscou avec Pékin a produit des changements profonds dans le marché mondial du pétrole en faveur de l’Est, ce qui nuit considérablement à l’influence des compagnies pétrolières occidentales.

Même l’Arabie saoudite, qui récemment était encore le principal fournisseur de pétrole du géant asiatique, a été assommée par la diplomatie du Kremlin. Alors que, depuis 2011, les exportations de pétrole saoudien vers la Chine se faisaient au rythme de 120 000 barils par jour, celles de la Russie atteindront à terme 550 000 barils par jour, soit près de cinq fois plus. En fait, déjà en 2015, les entreprises russes ont dépassé, en quatre occasions, les ventes de pétrole de leurs concurrents saoudiens à la Chine : Riyad a dû se contenter d’être le deuxième plus grand fournisseur de brut à Pékin en mai, septembre, novembre et décembre [2].

Il convient de noter que les pays du noyau européen ont également vu diminuer leur part de marché par rapport à la région asiatique : l’Allemagne, par exemple, a été supplantée par la Chine à la fin de 2015, comme plus gros acheteur de pétrole russe [3]. Ainsi, les grands investisseurs opérant sur le marché mondial du pétrole ont du mal à voir à quel point, en quelques mois, le consommateur mondial le plus important – la Chine — est devenu le client favori du troisième plus grand producteur mondial – la Russie. Selon le vice-président de Transneft — la société russe en charge de la mise en œuvre des pipelines nationaux – Sergey Andronov, la Chine est disposée à importer un volume total de 27 millions de tonnes de pétrole de la Russie en 2016 [4].

L’alliance énergétique russo-chinoise se propose d’aller plus loin. Moscou et Pékin ont fait de leurs échanges de pétrole le vecteur de transition vers un système monétaire multipolaire, qui ne se fonde pas uniquement sur le dollar, mais prend en compte de multiples devises et avant tout reflète les rapports de force économiques dans l’ordre mondial actuel. Le fait est, que les sanctions économiques imposées par Washington et Bruxelles ont encouragé les Russes à éliminer les transactions commerciales et financières en dollars et en euros, pour ne pas se trouver trop exposés à souffrir des risques de sabotage, au moment de conclure des transactions avec leurs principaux partenaires.

Pour cette raison, depuis mi-2015, la Chine paie le pétrole russe en yuans, et non en dollars ; l’information a été confirmée par les dirigeants de Gazprom Neft, le bras pétrolier de Gazprom [5]. Cela encourage l’utilisation de la « monnaie du peuple » – le renminbi (RMB) – dans le marché mondial du pétrole, tout en permettant à la Russie de neutraliser l’offensive économique lancée par les États-Unis et l’Union européenne. Les fondations d’un nouvel ordre financier, pris en charge par le petroyuan, émergent : la monnaie chinoise est en passe de devenir la plaque tournante du commerce en Asie-Pacifique avec les grandes puissances pétrolières.

Aujourd’hui, la Russie fait son commerce de pétrole avec la Chine en yuan, dans le futur ce sera aussi le cas pour l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) lorsque la Chine l’exigera. Le culte de l’Arabie Saoudite pour le dollar peut-il lui faire perdre l’un de ses principaux clients ? [6] D’autres puissances géo-économiques ont déjà suivi les traces de la Russie et la Chine, car elles ont compris que pour construire un système monétaire plus équilibré, la dé-dollarisation de l’économie mondiale est une priorité.

Il n’est pas moins important qu’après l’effondrement des prix du pétrole de plus de 60% — depuis mi-2014 — les banques chinoises sont devenues un soutien essentiel du financement de l’infrastructure énergétique commune. Par exemple, pour lancer le plus tôt possible le gazoduc russo-chinois « Force de la Sibérie », Gazprom a demandé à la Bank of China un prêt sur cinq ans, pour un montant équivalent à 2 milliards d’euros en mars dernier [7]. Il s’agit du plus grand crédit bilatéral que Gazprom a signé avec une institution financière à ce jour. Un autre exemple est le prêt que la Chine a accordé il y a quelques semaines à la Russie, d’un total de 12 milliards de dollars pour le projet Yamal LNG (gaz naturel liquéfié) dans la région arctique [8]. De toute évidence, la politique étrangère de la Russie dans le secteur de l’énergie ne souffre pas de l’isolement, au contraire, elle connaît un de ses meilleurs moments grâce à la Chine.

En conclusion, l’hostilité des dirigeants des États-Unis et de l’Union européenne contre le gouvernement de Vladimir Poutine, a précipité le renforcement de l’attelage énergétique russo-chinois qui, à son tour, ne fait qu’accroître la prépondérance de l’Est dans le marché mondial du pétrole.

Ariel Noyola Rodríguez

Traduction

JJ

site : Le Saker Francophone

Source

Russia Today (Russie)

[1] « Rusia y China firman el histórico contrato multimillonario de suministro de gas », Russia Today, 21 de mayo de 2014.

[2] « Россия в декабре стала крупнейшим экспортером нефти в Китай », TASS, 26 января 2016 года.

[3] « China Overtakes Germany as Top Russian Oil Consumer », Sputnik, March 11, 2016.

[4] « China Confirms Readiness to Import 27Mln Tonnes of Russian Oil in 2016 », Sputnik, March 31, 2016.

[5] « Gazprom Neft sells oil to China in renminbi rather than dollars », Jack Farchy, Financial Times, June 1, 2015.

[6] « Saudi Arabia having ’a very difficult time selling oil’ as Russia and Iraq compete for trade », The Independent, March 29, 2016.

[7] « Gazprom secures €2bn loan from Bank of China », Jack Farchy, Financial Times, March 3, 2016.

[8] « Russia’s Yamal LNG gets round sanctions with $12 bln Chinese loan deal », Reuters, April 29, 2016.

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« Menaces contre la paix et la sécurité internationales »

Publié le par Mahi Ahmed

« Menaces contre la paix et la sécurité internationales »

RÉSEAU VOLTAIRE | NEW YORK (ÉTATS-UNIS) | 11 MAI 2016

Le Conseil de sécurité ayant examiné à sa 7690e séance, le 11 mai 2016, la question intitulée « Menaces contre la paix et la sécurité internationales », son Président a fait en son nom la déclaration suivante :

« Le Conseil de sécurité rappelle qu’en vertu de la Charte des Nations Unies il a la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Le Conseil réaffirme que le terrorisme, sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations, constitue une des menaces les plus graves contre la paix et la sécurité internationales et que tous les actes de terrorisme sont criminels et injustifiables, quels qu’en soient les motivations et les auteurs et indépendamment de l’endroit et du moment où ils sont perpétrés.

Le Conseil réaffirme également son respect pour la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance politique de tous les États, conformément à la Charte.

Le Conseil souligne que le terrorisme ne peut et ne saurait être associé à une religion, une nationalité ou une civilisation, quelle qu’elle soit, et, ce faisant, insiste sur l’importance de promouvoir la tolérance et le dialogue interconfessionnel.

Le Conseil déclare avec insistance que le terrorisme ne peut être vaincu qu’à la faveur d’une démarche suivie et globale, faisant appel à la participation et à la collaboration actives de tous les États, des organisations internationales et régionales et de la société civile, selon qu’il convient, pour contrer, affaiblir, isoler et neutraliser la menace terroriste, conformément à la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies.

Le Conseil réaffirme que les États Membres doivent s’assurer que toutes les mesures qu’ils prennent pour combattre le terrorisme sont conformes à la Charte et à l’ensemble des obligations que leur impose le droit international, en particulier le droit international des droits de l’homme, le droit international des réfugiés et le droit international humanitaire.

Le Conseil réaffirme l’obligation faite aux États Membres de s’abstenir d’apporter toute forme d’appui, actif ou passif, à des entités ou personnes participant ou associées à des actes de terrorisme, notamment en réprimant le recrutement de membres de groupes terroristes, conformément au droit international, et en mettant fin à l’approvisionnement en armes des terroristes.

Le Conseil souligne qu’il importe de donner rapidement effet à ses résolutions concernant la lutte contre le terrorisme, et rappelle notamment à ce propos ses résolutions 1373 (2001), 1624 (2005) et 2178 (2014).

Conformément à la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales qui lui incombe en vertu de la Charte, le Conseil rappelle que la lutte contre l’extrémisme violent, lequel peut conduire au terrorisme, qui consiste notamment à prévenir la radicalisation et la mobilisation de personnes et leur recrutement dans des groupes terroristes et à empêcher ces personnes de devenir des combattants terroristes étrangers, est essentielle pour contrer la menace pour la paix et la sécurité internationales que représentent les combattants terroristes étrangers, comme il l’a souligné dans sa résolution 2178 (2014), et, dans ce contexte, prend note du Plan d’action du Secrétaire général pour la prévention de l’extrémisme violent et note également que l’Assemblée générale s’est félicitée de l’initiative prise par le Secrétaire général et a pris acte dudit plan d’action, qui sera étudié plus avant durant l’examen de la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies en juin 2016, ainsi que dans le cadre d’autres instances pertinentes.

Le Conseil note avec inquiétude que l’État islamique d’Iraq et du Levant (EIIL, également appelé Daech), Al-Qaida et les personnes, groupes, entreprises ou entités qui leur sont associés, construisent un discours fallacieux fondé sur une interprétation erronée et une présentation déformée de la religion pour justifier la violence, qu’ils utilisent pour recruter des partisans et des combattants terroristes étrangers, mobiliser des ressources et obtenir l’appui de sympathisants, en particulier en exploitant les technologies de l’information et des communications, notamment Internet et les réseaux sociaux.

Le Conseil considère que les victimes du terrorisme en particulier, entre autres porte-parole légitimes, peuvent contribuer à la lutte contre la radicalisation conduisant à la violence et à la mise au point de puissantes campagnes sur les réseaux sociaux et activités de contre-propagande visant à faire obstacle au discours terroriste et aux tentatives de recrutement en ligne.

Le Conseil note à ce sujet qu’il est urgent de lutter à l’échelle mondiale contre les activités que l’EIIL (Daech), Al-Qaida et les personnes, groupes, entreprises ou entités qui leur sont associés mènent pour inciter à commettre des actes de terrorisme et pour recruter à cette fin, et estime que la communauté internationale devrait s’appliquer à : comprendre exactement comment ces groupes parviennent à pousser d’autres personnes à commettre des actes de terrorisme ou à les recruter à cette fin ; mettre au point les moyens les plus efficaces possibles de combattre la propagande terroriste, l’incitation au terrorisme et le recrutement à ces fins, notamment en utilisant Internet, dans le respect du droit international, y compris le droit international des droits de l’homme ; bâtir une campagne de contre-propagande visant à susciter et à amplifier la dénonciation active de l’EIIL (Daech), d’Al-Qaida et des personnes, groupes, entreprises ou entités qui leur sont associés, afin de souligner le caractère fallacieux et incohérent de la propagande terroriste, chaque fois qu’il y a lieu, tout en tenant compte de la nécessité que ladite campagne soit adaptée aux contextes nationaux ; sensibiliser le public, y compris par des activités éducatives portant sur le discours antiterroriste ; mettre au point des moyens plus efficaces de coopération entre les pouvoirs publics et les acteurs concernés de la société civile, les populations locales et les partenaires du secteur privé, selon qu’il convient, pour contrer les efforts de radicalisation et de recrutement de l’EIIL (Daech), d’Al-Qaida et des personnes, groupes, entreprises ou entités qui leur sont associés ; renforcer les mécanismes de coopération internationale ; déterminer ce dont les États Membres auraient encore besoin en matière d’infrastructures et de capacités ; mobiliser les ressources nécessaires là où il existe des besoins.

Compte tenu de ce qui précède, le Conseil prie le Comité contre le terrorisme de lui présenter le 30 avril 2017 au plus tard, après consultations étroites avec la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme et les autres organismes des Nations Unies compétents ainsi que les organisations internationales et régionales, en particulier le Bureau de l’Équipe spéciale de lutte contre le terrorisme, et les États Membres intéressés, une proposition de ‘cadre international global’, assortie de recommandations sur les principes directeurs et les bonnes pratiques à suivre pour lutter efficacement, dans le respect du droit international, contre la façon dont l’EIIL (Daech), Al-Qaida et les personnes, groupes, entreprises ou entités qui leur sont associés utilisent leur discours pour encourager et pousser d’autres personnes à commettre des actes de terrorisme ou pour les recruter à cette fin, y compris au moyen d’une campagne de contre-propagande, dans l’esprit des campagnes analogues qui pourraient être conduites par l’ONU, ainsi que des options concernant les modalités de coordination de la mise en oeuvre de ce cadre et de mobilisation des ressources nécessaires, soulignant à cet égard le rôle primordial que les États Membres doivent jouer dans la définition des activités et modalités d’exécution relatives à ce cadre et saluant l’action qu’ils continuent de mener pour renforcer la coopération et la coordination interinstitutions et créer des partenariats utiles avec le secteur privé, la société civile, les institutions religieuses et culturelles et les établissements d’enseignement en vue de contrer le discours des groupes terroristes et l’incitation à commettre des actes de terrorisme. »

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Samir Taïeb (secrétaire général du parti Al Massar) : Rached Ghannouchi vise la présidence de la République

Publié le par Mahi Ahmed

Samir Taïeb (secrétaire général du parti Al Massar) : Rached Ghannouchi vise la présidence de la République

publié le 23/05/2016 18:11

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Réagissant aux résultats du dernier congrès d’Ennahdha, le secrétaire général du parti Al Massar, Samir Taïeb, a indiqué, dans une déclaration accordée, aujourd’hui, lundi 23 mai 2016, à la Radio nationale, que Rached Ghannouchi ambitionne à devenir, un jour, le président de la République.

« Avant les élections de 2014, le parti Ennahdha a toujours favorisé un régime parlementaire. Maintenant, et avec le système politique actuel, le mouvement voudrait avoir son propre candidat à la présidence. Un candidat qui ne peut-être personne d’autre que Ghannouchi », a-t-il affirmé en substance, soulignant qu’Ennahdha n’aura plus, ainsi, à chercher un candidat chez les autres partis comme c’était le cas avec Marzouki.

Et à M. Taïeb de conclure : « Je considère qu’il s’agit d’un réel changement de vision chez Ennahdha par rapport aux institutions ».

S.H

URL : https://www.facebook.com/radionationaleTunisienneofficiel/videos/1120763107965076/

Publié dans Tunisie actuelle

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