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Activités culturelles à Oran

Publié le par Mahi Ahmed

Activités culturelles à Oran

Bonnes feuilles et nouvelles d’automne

le 30.09.10 SOURCE : http://www.elwatan.com/culture/bonnes-feuilles-et-nouvelles-d-automne-30-09-2010-92485_113.php

 

En collaboration avec le Centre algérien de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC), le troisième rendez-vous du cycle consacré par le CCF d’Oran à Abdelmalek Sayad, entamé en février dernier, sera animé le 10 octobre prochain.Une rencontre  au nouveau siège du CRASC avec Gérard Noiriel, directeur d’études à l’EHESS (France) et  Habib Tengour en sa qualité de socio-anthropologue à l’université d’Evry-Val d’Essonne (France).

Le premier  interviendra sur «Sayad et l’histoire de l’immigration» et le second sur «L’ailleurs-là de l’exil : de la ghorba à la hidjra».  Militant marxiste dans les années 1970, Gérard Noiriel, qui s’est intéressé à l’histoire de la classe ouvrière, est l’un des pionniers de l’histoire de l’immigration en France. Cette rencontre sera rehaussée par la projection, le même jour, de la trilogie de Chantal Akerman intitulée De l’autre côté. Le film retrace  les voyages effectués par cette dernière en Europe de l’Est (d’où le titre de la première partie : D’Est, 1993), au Texas, Etats-Unis (Sud, 1999) et à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis (De l’autre côté, 2003). Cette activité est l’un des moments forts du programme du dernier trimestre  de l’année 2010 du CCF, qui s’étalera  entre le 2 octobre et le 21 décembre  incluant  plusieurs autres rendez-vous culturels présentées, mardi, lors d’une conférence de presse animée par Gaëtan Pellan, directeur du Centre. 

Ainsi et toujours dans le domaine de l’histoire, Stéphane Hessel interviendra le 2 novembre  sur les «Hommes et femmes de la résistance» et son parcours de résistant puis de défenseur des droits de l’homme, ayant occupé des fonctions diplomatiques dans plusieurs capitales, dont Alger sera évoqué en même temps que celui de Germaine Tillion. Fondateur et directeur de l’hebdomadaire Marianne, le journaliste Jean-François Kahn tentera de répondre à la question (et c’est l’intitulé de sa communication programmée le 21 décembre) : «La société idéale est-elle celle qui rend les gens heureux ?» Une réflexion sur les révélations sur le plan social de la dernière grande crise économique du monde capitaliste. Jeudi 2 décembre à la faculté d’économie du campus Belgaïd, Pierre Gentelle cernera «La stratégie de la Chine en Méditerranée». Dans le domaine de la musique, on retiendra le passage au conservatoire, le 23 octobre, de Marie Vermeulin pour un concert spécial Chopin, inscrit dans la célébration du bicentenaire de la naissance du célèbre pianiste polonais, ami, entre autres,  de la romantique George Sand et installé à Paris dès 1831.

Toujours dans le domaine de la musique, la tradition tzigane liée au folklore des Balkans sera remise au goût du jour avec la troupe O’Djila qui se produira le 28 novembre au conservatoire, en attendant  la performance jazz de Tangora le 9 décembre dans la même salle. Lyrisme et burlesque caractérisent le spectacle Ô Carmen de L’incroyable Compagnie, prévu dimanche 31 octobre, une prestation qui vise à rendre accessible l’art de l’opéra. Le cycle théâtral sera entamé le 7 octobre avec En quête de bonheur de la Compagnie la mauvaise graine, qui allie sur scène textes poétiques et philosophiques avec de la musique. Un des spectacles, Ahmed et le philosophe de la Compagnie Balagan Système  est programmé exclusivement dans la ville de Mostaganem, le 11 octobre, à la maison de la culture. Côté danse, Hervé Koubi propose un travail franco-algérien intitulé El Din et qui sera présenté  le 4 décembre  au conservatoire.

El Din est un projet qui conjugue formation, création et diffusion devant s’étendre jusqu’à l’année 2010 et aboutir à l’adaptation, dit-on, du roman de Yasmina  Khadra intitulé Ce que le jour doit à la nuit.  Notons enfin, que ce programme automnal sera entamé le 2 octobre avec  la réédition de La nuit blanche d’Oran  tentée avec un certain succès l’année passée. Cette initiative de la ville de Paris, dédiée à l’intégration en milieu urbain de l’art contemporain avec une ouverture vers le public, sera tentée une seconde fois à Oran, en simultané avec plusieurs villes du monde mais, cette fois, avec une intrusion dans plusieurs endroits de la ville pour mieux vivre l’événement.                                               
 

Djamel Benachour

 

Publié dans Economie et société

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«L’élite musulmane aurait tort de ne pas écouter l’autre discours

Publié le par Mahi Ahmed

 «L’élite musulmane aurait tort de ne pas écouter l’autre discours»

 Slimane Zeghidour. Journaliste et essayiste

 

le 30.09.10

SOURCE : http://www.elwatan.com/culture/l-elite-musulmane-aurait-tort-de-ne-pas-ecouter-l-autre-discours-30-09-2010-92487_113.php

 

Slimane Zeghidour, 57 ans, était cette semaine à Alger pour  animer, au Centre culturel français, (CCF) une conférence sur «La diaspora arabe en Amérique latine». Il est chargé de cours à l’Institut des sciences politiques (Menton) où il enseigne la «géopolitique des religions ». Il est également chercheur associé à l’Institut de Recherches Internationales et Stratégiques (IRIS). Slimane Zeghidour, qui est rédacteur en chef de la chaîne francophone TV5 Monde, est auteur de plusieurs ouvrages : La Poésie arabe moderne, entre l’Islam et l’Occident ; Le Voile et la bannière ; L’Homme qui voulait rencontrer Dieu ; La Mecque au cœur du pèlerinage et 50 mots de l’Islam. En février 2004, il a publié dans le Nouvel Observateur un dossier sur les évangéliques, La secte qui veut conquérir le monde. Ce dossier a scandalisé les adeptes de ce courant néo-protestant très présent parmi les conservateurs américains et matérialisé par le mouvement «born again» auquel appartient l’ex-président George W. Bush.

-La diaspora arabe en Amérique latine peut-elle changer positivement des choses pour le monde arabe ?

Il ne s’agit pas d’une diaspora en attente d’un rôle salvateur du monde arabe. Elle vit sa vie, et ce, depuis déjà 130 ans. Elle participe amplement à la vie politique, culturelle et politique de l’Amérique latine. Bien sûr, elle se prévaut fièrement, mais sans surenchère compensatrice de quelque rancœur post-coloniale ; elle est, je dirais, fière dans des baskets arabes, tout étant parfaitement «latinos». Les Etats d’Amérique latine – on doit ce concept géographique à la France de Napoléon III, soucieuse de démarquer un Nouveau Monde latin d’un Nord du continent anglo-saxon – ne demandent qu’à étoffer leurs relations avec les pays arabes. Il n’y a qu’à voir la multiplication des ambassades en dépit de la minceur des rapports politiques, culturels et économiques.

Il faudrait peut-être que les élites arabes cessent de scruter l’horizon en quête d’un secours, d’une aide, d’un sauveur ou de quelque grand frère protecteur. Les relations cela se tisse, se tricote, au jour le jour, suivant un plan, une vision géopolitique. Il existe, notamment en Argentine, au Brésil, au Venezuela et au Chili une géopolitique du monde arabe, thématisée, conceptualisée et mise en pratique avec méthode et esprit de suite. Je ne sache pas que l’inverse existe, mis à part des initiatives ponctuelles. Le Brésil a organisé, l’été 2005 à Brasilia, le premier sommet des Etats latino-américains et arabes : l’on n’y a vu qu’un chef d’Etat arabe sur cinq !

-Le monde arabe n’est-il pas intéressé  avoir des relations avec cette région du monde ?

Vous parlez du monde arabe ? Vous ne croyez pas qu’il s’agit d’un concept vacillant, à en juger par le déclin de la Ligue arabe, déclin si abyssal qu’on a fini par considérer comme un succès en soi le simple fait de réunir un sommet des «frères»... Un exemple ? Un Latino peut circuler d’un bout à l’autre du continent sans visa et pourra acheter des journaux de son pays d’origine dans chacune des capitales. Rien de tel dans les pays arabes où il faut non seulement des visas mais où l’on subit souvent des vexations aux frontières, sans parler des journaux et livres qui butent, eux aussi, sur les frontières politiques mais également mentales et idéologiques.

-Dans quels domaines,cette diaspora est-elle présente : les arts, la politique, les affaires ?

Il y a eu huit chefs d’Etat ce dernier quart de siècle, le premier fut Turbay Ayala en Colombie et le dernier Toni Elias Saca – qui l’a emporté mi-2006 contre un autre Palestinien, Chafik Handal! –, entre-temps il y aura eu Carlos Menem en Argentine, Abdalla Bucaram suivi de Jamil Muhawad en Equateur, Faccusé au Honduras, Jaime Majluta en République dominicaine et Edward Seaga en Jamaïque, dans les Caraïbes... C’est la première fois depuis la découverte du Nouveau Monde que des non-Latins, en l’occurrence des Arabes – et le Japonais Fujimori, au Pérou – accèdent au sommet des Etats. On trouve donc des «fils d’Arabes» sur tout l’échiquier politique, de la droite dure à la gauche radicale, exemple Sergio Haddad, un des concepteurs du sommet altermondial de Porto Alegre. Sur le plan littéraire, non seulement l’Arabe est souvent le héros central d’un roman –Chronique d’une mort annoncée de Garcia Marquez, Gabriela, girofle et cannelle de Jorge Amado – mais on ne compte plus les auteurs issus de l’immigration arabe et qui s’en inspirent. Citons déjà ceux qui sont traduits en français : Raduan Nassar, Gregorio Manzur, Juan José Saer, Gabriel Zaid, Carlos Najar...

-Ont-ils gardé l’usage de la langue arabe ?

Non, ou si peu, sauf chez les derniers arrivants, des chiites du Liban-Sud et qui ont établi de solides et prospères communautés au sud du Brésil, à Foz de Iguaçu, à la lisière des frontières du Paraguay et de l’Argentine. Là, on parle arabe, on l’étudie à l’école, on y imprime des journaux. Il faut dire que les liens avec les pays d’origine n’ont jamais été forts. Les liaisons aériennes sont quasiment inexistantes, les réseaux diplomatiques maigrichons et plutôt inadaptés. Qu’importe, l’immigration arabe fait souche et recette : il m’a suffi, il y a trente ans, à Sao Paulo, d’un déjeuner avec le grand éditeur Caio Graco pour obtenir son accord afin d’en rédiger une histoire succincte. Ce que j’ai fait aussitôt. Depuis, l’ouvrage a été réédité cinq fois et étudié dans les lycées.

-Quand vous parlez d’intégration parfaite, cela peut être un modèle dans un pays comme la France où les questions d’immigration sont toujours au cœur des débats…

Je dirais qu’il s’agit d’une expérience plus que d’un modèle. L’Amérique latine est, selon moi, et je parle de vécu, l’unique région au monde – et j’y inclus le monde arabe – où le mot «arabe» est spontanément connoté positivement, rimant avec richesse, culture, bien-être, insertion heureuse ! Elle n’a pas la même histoire que le vieux continent qui l’a vu naître et encore moins que la France, pays qui a forgé son unité politique en broyant et en assimilant à la hussarde, les peuples et les cultures à partir de l’Ile de France. L’Europe fut le continent qui projeta le plus d’immigrés aux quatre coins de l’univers cinq siècles durant, depuis la découverte de l’Amérique. Sans elle, il n’y aurait pas eu d’Australie, d’Etats-Unis ni... d’Amérique latine. Aujourd’hui, épuisée mais riche et apaisée, elle se retrouve, à son corps défendant et sans s’y être préparée, elle se retrouve donc terre d’immigration à son tour, qui plus est vouée à accueillir des populations de son ex-empire colonial. Des immigrants porteurs d’une mémoire partagée mais si douloureuse. Elle s’y fera, mais elle accouchera tôt ou tard et au forceps d’une nouvelle Europe métissée, unique occasion pour elle de rester un modèle pour la planète, ce qu’elle n’a pas cessé d’être depuis un demi-millénaire.

-Les Européens ont clairement besoin de migrants pour faire fonctionner l’économie

Le débat bruyant sur l’immigration n’est pas sociologique, c’est un enjeu électoral pour des classes politiques qui n’ont plus vraiment de solutions originales pour sortir du marasme économique, social, culturel. La Commission européenne, elle, admet qu’il faut des millions d’immigrants pour assurer la relève des populations et maintenir l’élan créatif du continent. Ce constant n’apporte rien au plan électoral tandis que le discours sur «l’invasion rampante» peut encore rapporter ou, à tout le moins, servir de diversion. Pour un temps...

-Et ce débat sur le voile intégral. Il est tellement présent qu’on a l’impression que la France est envahie de burqas ! Le but n’est-il pas de stigmatiser les musulmans ?

Il y a un usage électoraliste de ce débat sur la burqua. Il y a, également, le discours néo-conservateur qui distille le même cliché, celui d’un «islam» uni tel un bloc et menaçant un autre bloc, l’«Occident». Or, en réalité, il s’agit là de concepts idéologiques. Il n’y a pas plus d’Islam uni que d’Occident soudé, Dieu merci ! L’orientaliste anglo-saxon, Bernard Lewis, n’a-t-il pas déclaré que dans un demi-siècle l’Europe «deviendra un appendice du Maghreb» ? Il y a surtout, un paradoxe : c’est lorsqu’une minorité donnée commence vraiment à s’intégrer qu’elle provoque un maximum de rejet car, du coup, elle fait peur aux élites en place. Voyez un peu : s’il n’y a jamais eu un discours islamophobe aussi décomplexé qu’aujourd’hui, il n’y a jamais eu non plus autant de «musulmans» ministres d’Etat (France, Royaume-Uni), maires de métropoles majeures (Rotterdam et Manchester), ambassadeurs, artistes de renom, stars du showbiz, champions sportifs... Avec le temps, l’effet électoraliste va montrer ses limites.

Quand la génération qui a grandi avec les Maghrébins et les musulmans depuis la crèche et jusqu’à l’université arrivera au pouvoir, le regard sur le fils de l’immigré sera forcément différent. «Musulman» évoquera le copain d’enfance, le beau-frère, le voisin, mais jamais plus le taliban ou la burqa.

-Que pensez-vous de ces théories, entendues ça et là, sur une prétendue islamisation de l’Europe ?

J’ y ai fait allusion : c’est un discours néoconservateur cher à des cercles évangéliques et des courants d’extrême droite. Il faut juste indiquer que ce discours se nourrit amplement d’un autre, qui en est l’exact réplique, celui des oulémas qui agitent à tours de bras le spectre du «complot judéo-chrétien contre l’islam» en promettant de conquérir l’Occident. Ils jouent volontiers le rôle que leurs pires ennemis idéologiques attendent d’eux.

-Par exemple ?

Quand Youssef El Karadhaoui clame que les musulmans finiront par conquérir l’Europe et quand, tout récemment, un chef d’Etat arabe déclare, depuis Rome, que le Vieux Continent sera musulman, il entérine les discours alarmistes des islamophobes.

-Vous avez écrit «50 mots sur l’Islam». Pourquoi ?

J’ai pris les mots les plus connus en langue française sur l’islam comme «marabout», «minaret», «charia», «Coran», «sunna», etc. J’ai essayé d’en expliquer le sens en creusant jusqu’au fond sémitique oublié. Et le résultat ne manque pas d’intérêt. J’estime qu’en occultant ou en continuant d’ignorer l’arrière-plan sémitique du vocabulaire arabe, l’on se prive d’un pan entier de l’histoire des mots, des croyances et des hommes. Combien d’universités arabes dispensent-elles des cours d’araméen, de syriaque, d’hébreu ou d’éthiopien ?

-Nous avons l’impression qu’il existe toujours des incompréhensions sur l’Islam et sur les mots qui y sont liés ?

L’arabe est la seule grande langue écrite qui n’a pas de dictionnaire étymologique. Sauf erreur, il s’agit là d’une anomalie unique dans l’histoire. Quand les mots sont intemporels, cela fini par aplatir l’épaisseur de l’histoire. La cause de ce défaut d’étymologie ? Les oulémas conservateurs. Ils ont déjà fait barrage à l’introduction de l’imprimerie trois siècles durant, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle (!), puis ont mis à l’index toute approche académique de la langue en raison du caractère sacré de l’idiome du Coran. Puisque l’arabe est la langue de Dieu, des anges, du paradis et d’Adam, les mots qu’elle utilise n’ont pas d’histoire propre, ils se confondent avec l’origine même de l’histoire de l’univers et de l’homme. Il y a eu la même résistance chez les juifs orthodoxes à l’encontre de l’hébreu moderne, une langue rénovée et étoffée dans laquelle ils ne voyaient qu’une profanation de la langue sacrée de la Thora. Il n’empêche, des lexicologues et des linguistes n’ont pas hésité à élaborer un excellent dictionnaire étymologique d’hébreu, non sans s’inspirer de linguistes sémiologues allemands du XIXe siècle.

-Dernièrement, la visite du pape Benoît XVI au Royaume-Uni a été dénoncée par beaucoup d’anglicans. L’Eglise ne connaît-elle une grave crise interne ?

L’Eglise catholique connaît une crise intense, crise des vocations, crise morale même, mais elle a ce talent d’ériger cette crise en pain béni, en sujet de débat permanent.  Elle ne vit pas la crise comme un handicap ou une tare.  Elle la vit comme un défi à relever tous les jours.
L’étymologie du mot «crise» en grec veut dire se «décider», «prendre une décision». La crise est l’oxygène, le carburant vital des grandes institutions.  Sans crise pas d’évolution, juste le statu quo, le marasme. La part la plus admirable de l’Europe – elle a, bien sûr, sa part sombre – découle de sa promptitude à prendre les crises à bras-le-corps, à ne pas s’en détourner, à ne pas avoir peur d’avoir peur... Voilà pourquoi elle se trahit elle-même en prêtant une oreille au discours alarmiste sur une soi-disant invasion rampante.
Mais il y a aussi ce discours droitier sur le déclin, servi à toutes les sauces !

Depuis le livre de l’Allemand OswaldSpengler, Le Déclin de l’Occident (paru en 1918, ndlr), c’est le discours d’une droite «suprématiste» blanche tournant autour de la hantise d’une «montée irrésistible des peuples de couleur». Mais il faut se garder de n’écouter que ce discours et les élites arabes et musulmanes auraient grand tort de ne pas écouter l’autre discours qui se tient en Europe et en Amérique, celui de l’invitation au dialogue et au partage, à l’accueil mutuel. Voyez comment toutes les autorités religieuses de l’«Occident», Benoît XVI le premier, ont dénoncé le pasteur loufoque qui voulait brûler des exemplaires du Coran. Curés, pasteurs, popes et rabbins l’ont dénoncé sans appel. Une leçon à méditer.

-On a remarqué également que le fait religieux donne l’impression d’être envahissant. Aux Etats-Unis, Dieu a été imploré au niveau national pour débarrasser le pays de la marée noire du golfe du Mexique…

Les Etats-Unis sont un Etat laïque, absolument, mais où l’expression des sentiments religieux est légitime et même louable. Il n’y a donc là ni retour de Dieu ni regain religieux. C’est l’Amérique ! La laïcité ne consiste pas à bannir Dieu mais à sauvegarder la neutralité bienveillante des institutions. Quand les pères fondateurs de l’Amérique ont évoqué Dieu dans leur projet de Constitution, ils ont tenu consciemment à ce qu’Il ne soit pas rattaché à une religion donnée. Pourtant, ils étaient tous issus du même courant protestant puritain. Eh bien, ils ont pensé à l’avenir de l’Etat et de la nation et l’histoire leur a donné raison. Dans le Traité d’amitié que les Etats-Unis ont conclu il y a plus de deux siècles avec le dey d’Alger, Washington a veillé à préciser dans l’article 11 que «les Etats-Unis ne sont pas un pays chrétien».

-La laïcité américaine est bien différente de la française. Le voile islamique ne suscite pas autant de polémique outre-Atlantique, par exemple…

Encore une fois, il faut revenir à l’histoire. Les Etats-Unis et la France n’ont pas la même histoire. On peut dire que la France a été traumatisée par 30 ans de guerres de religion, celles qui ont opposé protestants et catholiques. Le pays a été saigné à blanc, plus de 200 000  protestants  ont été bannis. Et ce cauchemar de 8 conflits confessionnels qui ont fini par affecter toute l’Europe jusqu’au Traité de Westphalie (1648) qui y a mis fin et ouvert l’ère  des Etats laïques et pluri-religieux a failli se renouveler au XIXe siècle dans ce que l’on a appelé «la guerre des deux France», la catholique et la laïque. Il a fallu la loi de Séparation de 1905 pour apaiser les esprits. On ne peut donc comprendre la violence d’un certain discours sur l’islam – et comprendre n’est pas justifier, encore moins excuser – qu’en revisitant ce «passif». Un passif auquel il faudrait ajouter le passé colonial et, surtout, le legs non encore pacifié de la guerre d’Algérie.

-Cela suscite des incompréhensions chez les musulmans…

Quels musulmans ? Il n’y a pas d’autre choix que de revenir à l’histoire, de réfléchir, d’analyser et, enfin, d’expliquer les tenants et aboutissants du discours islamophobes. Il faudrait donc se défier des agitateurs en mal de publicité qui, au lieu de calmer les foules, les incitent à brûler et à piétiner des drapeaux américains ou européens, expédients pathétiques et dérisoires... Le décalage économique et technologique entre le Nord et le Sud se double d’un décalage intellectuel, médiatique et  académique.

-Depuis l’invasion de l’Irak, les médias, notamment en Occident, reviennent régulièrement sur une soi-disant guerre sunnites-chiites. Pourquoi ?

Je constate que ce sont d’abord les médias arabes d’Egypte et du Golfe qui ont mis en avant ce prétendu «choc des doctrines». Les sentiments anti-sunnites ou anti-chiites sont présents dans les pays arabes. La presse européenne n’a rien inventé. En réalité, il n’y a pas de différend doctrinal majeur, à l’instar de celui qui a séparé les protestants des catholiques. Il y a, en outre, un seul et unique Coran. Si vous demandez à n’importe quel sunnite ou chiite lambda de vous expliquer la différence entre le sunnisme et le chiisme, il ne saura pas quoi vous dire, j’en suis persuadé.

-Existe-t-il un phénomène qu’on pourrait appeler l’activisme évangélique (protestant) ?

La doctrine évangélique est, aujourd’hui, la religion qui se développe le plus rapidement dans le monde. Elle est poussée par des organisations et des moyens colossaux. La mondialisation, l’urbanisation, l’éclatement des familles font que les individus sont de plus en plus atomisés, sans repères. Le discours évangélique est taillé sur mesure pour répondre à ces personnes isolées en quête d’une famille spirituelle. C’est donc un chef-d’œuvre de «ciblage» marketing et spirituel. Au Brésil, les évangéliques ont créé un service d’«urgences spirituelles», un SAMU religieux, si vous voulez.

Les pays musulmans ainsi que la Chine et l’Inde sont désormais «terres de missions» pour des missionnaires évangéliques doués d’un grand pouvoir de persuasion et également d’un zèle prosélyte on ne peut plus ardent. Leur expansion ne va pas s’arrêter de sitôt et ils ne manqueront pas de convertir de jeunes musulmans. Car, au rebours du discours piétiste islamiste, discours défensif, alarmiste et crispé, celui des évangéliques se veut optimiste, cosmopolite, volontariste, en un mot global. Il y aura donc des frictions avec l’Islam. Et un conflit au sein de la chrétienté : il opposera les chrétiens du Sud, pauvres, basanés et conservateurs, aux chrétiens du Nord, blancs, post-modernes et –déjà – minoritaires. L’Europe n’abrite plus qu’un quart des catholiques, tandis que l’Amérique latine en revendique plus de la moitié !
 

Fayçal Métaoui

 

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LA CROISÉE DES CHEMINS ENTRE LA PALESTINE ET ISRAËL

Publié le par Mahi Ahmed

LA CROISÉE DES CHEMINS ENTRE LA PALESTINE ET ISRAËL
Colonisation contre paix
30 Septembre 2010 - Page : 15

 

SOURCE : http://www.lexpressiondz.com/article/8/2010-09-30/81174.html

«Celui qui décide de continuer à construire des colonies et leur fournit aide et protection est celui qui décide de stopper les négociations. Mais nous sommes toujours déterminés à voir la réussite de négociations sérieuses et sincères.»
Mahmoud Abbas
«La mission du sionisme est de construire sur la terre d’Israël et nous allons reprendre cette mission dès ce soir.»
Dan Dayan, dirigeant de Yesha, organisation des colons de Cisjordanie.

Voilà en quelques phrases le point d’orgue d’un mois de négociations avec deux visions de l’avenir de la Palestine originelle aux antipodes l’une de l’autre Comme on pouvait s’y attendre, le miracle n’a pas eu lieu. Faisant dans une logique à flux tendu, l’Etat d’Israël poursuit son chemin, faisant fi des dernières promesses du 2 septembre, où l’illusion des salamalecs avait fini par avoir raison des plus sceptiques. Enfin, le calvaire presque centenaire du peuple palestinien allait connaitre son épilogue; c’était sans compter sur la détermination des dirigeants israéliens et sur les velléités de Mahmoud Abbas qui a brûlé ses vaisseaux, se coupant de sa base croyant miser sur le bon cheval en acceptant pour la énième fois de négocier en vain. La «seule exigence» qui est, en fait, une évidence, est de supplier pour qu’on laisse aux Palestiniens 22% de la Palestine originelle! Peine perdue, 300.000 colons sont installés en Cisjordanie et vont bientôt être rejoints par des milliers d’autres. Cela malgré les recommandations et «pressions amicales» des pays occidentaux sur Israël. Benyamin Netanyahu persiste et signe. Avec la fin du moratoire, c’est la colonisation qui reprend de plus belle à une cadence que l’on imagine plus importante pour rattraper le temps perdu...
En fait, dès le départ, Israël avait annoncé son intention de ne pas reconduire le moratoire. Pourtant, et comme rapporté dans le Monde: «D’après un haut responsable du gouvernement israélien qui s’est exprimé vendredi 24 septembre sous couvert de l’anonymat, Israël semble prêt à faire une concession sur les implantations de Cisjordanie. Tel-Aviv «est disposé à parvenir à un compromis agréé par toutes les parties sur la prolongation du gel de la construction, a-t-il déclaré, étant entendu que ce gel ne pourra pas être total.»

Les trois formules
Des entretiens tripartites se sont tenus mercredi entre le négociateur palestinien Saeb Erekat, son homologue israélien Yitzhak Molcho et l’envoyé spécial américain pour le Proche-Orient, George Mitchell. Trois formules ont été envisagées lors de ces discussions, d’après le quotidien Haaretz:
- La première, proposée par les Palestiniens, vise à étendre de trois mois le moratoire;
- La deuxième, israélienne, ne prévoit aucune extension du moratoire, mais au contraire une reprise de la construction dans les «blocs» de colonies, dans la limite de la «croissance naturelle» (démographique) des colons;
- La troisième formule, suggérée par les Egyptiens, consiste en un gel «silencieux» de la colonisation (c’est-à-dire sans annonce publique) pendant plusieurs mois.
D’après un rapport de l’ONG publié en août, «les colons pourront en théorie construire environ 13.000 logements sans la moindre approbation supplémentaire du gouvernement» dès octobre. En effet, «des permis de construire ont été octroyés pour au moins 2066 logements dont les fondations sont déjà prêtes, et des centaines d’autres dont les fondations n’ont pas encore été construites pourront être érigés dès la fin du gel».
Par ailleurs, «au moins 11.000 autres logements dont la construction a été entérinée pourront être bâtis sans autre approbation gouvernementale, dont 5000 dans des implantations isolées».(1)
Juste avant l’annonce de la fin du moratoire, Liberman prend les devants et impute l’échec des négociations aux Palestiniens. «Aujourd’hui, (les Palestiniens) exercent une pression pour maintenir le moratoire qu’ils avaient auparavant rejeté. Les Palestiniens ont «perdu du temps» pendant les dix mois qu’a duré le moratoire sur la colonisation. Durant le moratoire, «les Palestiniens ont perdu du temps, ont complètement refusé d’accepter ce geste et ont accusé Israël de malhonnêteté». «Dans tous les cas, nous devons continuer les discussions directes sans condition préalable. C’était notre position depuis le jour où nous avons formé ce gouvernement, c’est notre position aujourd’hui et nous ne sommes pas prêts à quelque condition préalable que ce soit», a-t-il déclaré.(2)
Immédiatement après l’expiration du moratoire, le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a appelé le président palestinien à poursuivre les négociations. «Je lance un appel au président Abbas pour qu’il continue à mener les pourparlers bons et honnêtes que nous venons de lancer pour tenter de parvenir à un accord de paix historique entre nos deux peuples», a affirmé Benjamin Netanyahu dans un communiqué publié peu après minuit local. Dans le cadre de contacts diplomatiques «intensifs», Benjamin Netanyahu s’est entretenu ces dernières heures avec la secrétaire d’Etat Hillary Clinton, des membres de l’Adminitration américaine, le président égyptien Hosni Moubarak et le roi Abdallah II de Jordanie, selon le communiqué.
Fidèle à sa technique «non violente» mais qui cache en réalité une impuissance, le président palestinien, Mahmoud Abbas, veut qu’Israël observe une pause dans la colonisation. «Nous demandons le moratoire tant qu’il y aura des négociations parce que, tant qu’il y a des négociations, il y a de l’espoir», a-t-il affirmé sur Europe 1. Les Palestiniens, nous dit-on, réservent leur réponse sur l’avenir des pourparlers de paix jusqu’à une réunion de la Ligue arabe programmée le 4 octobre. «Nous ne voulons pas arrêter ces négociations mais, si la colonisation se poursuit, nous serons obligés de les arrêter»
Comble d’humiliation pour les Arabes: l’Aiea rejette une résolution des pays arabes: institutions internationales ou attrape-nigauds? Pourtant, la résolution était «non contraignante», symbolique, appelant Israël, considéré comme la seule puissance nucléaire au Proche-Orient, à signer le TNP. «L’ambassadeur israélien, E. Azoulay, confirme sous forme de chantage que l’adoption d’une telle résolution ´´est apte à porter un coup fatal à tout espoir d’efforts de coopération à venir en vue d’une amélioration de la paix régionale au Proche-Orient´´ en se permettant même d’accuser l’Iran et la Syrie, contrairement à Israël, de représenter ´´la plus grande menace pour la paix et la sécurité au Proche-Orient et au-delà».(3)
D’où vient ce sentiment de puissance d’Israël et du mépris de la légalité internationale? On sait qu’aux Etats-Unis, les lobbys tels que l’Aipac, font et défont les gouvernements, mais l’Europe semble absente du débat, elle est tenue à l’écart. Pourtant depuis dix ans il n’y a pas eu de percée, d’une part, parce que les Européens sont incapables de définir une politique commune, d’autre part parce que ces pays européens sont tétanisés à des degrés divers et n’osent pas se mettre à dos pour de multiples raisons notamment les lobbys et la dette d’Auschwitz
Pour Daniel Vanhove, il ne faut rien attendre de ces négociations, il en explique les causes profondes: «Quels que soient les effets d’annonce, la plupart du temps surmédiatisés, le conflit israélo-palestinien ne pourra jamais être résolu sur les bases actuelles pour plusieurs raisons, dont l’une me paraît majeure.(...) Cette raison en est que toutes les approches qui l’abordent pour y trouver une éventuelle solution en oublient un élément essentiel: l’injustice originelle. L’injustice fondamentale qui a prévalu à l’établissement du jeune Etat israélien en terres arabes, au lendemain de la guerre essentiellement européenne de 1945. Gommer, ne pas prendre en compte ou sous-estimer la mauvaise conscience européenne - toujours d’actualité, même si au fil du temps, elle s’amenuise auprès des nouvelles générations - dans l’abord de ce conflit, biaise toute analyse sérieuse du problème. Il faut rappeler qu’il y a eu un consensus entre les pays qui avaient gagné cette terrible guerre - environ 65 millions (!) de victimes civiles et militaires - pour accorder au projet sioniste, une terre où pourrait se réfugier la communauté juive, tellement pourchassée et exterminée en Europe si chrétienne de l’époque.. (...). Leur demander plus de sévérité à l’égard de la politique israélienne leur est un exercice périlleux, non exempt de remontées douloureuses d’un passé encore récent, et rapidement requalifié d’antisémitisme par certains, trop contents de pouvoir jouer-là leur joker préféré...»(4)
«L’Histoire n’a de sens que celle que les Hommes lui donnent. Et à distance de ces évènements datant de plus de 60 ans, comment comprendre cette partition de la Palestine, sans se rappeler au préalable qu’elle s’est faite sur le dos des premiers concernés, les Palestiniens, absents de cet odieux marchandage? Ainsi, s’entêter dans des pourparlers de paix entre deux gouvernements dont l’un sait pertinemment qu’il a volé l’autre, et dont l’autre sait la spoliation dont il fait toujours l’objet, est tout simplement impossible à réaliser. (...)De la même manière, tous les acteurs de la question qui aimeraient voir aboutir la paix en cet endroit du monde, se trompent dans leur démarche s’ils intègrent à la base cette injustice comme étant irréversible. Parler de paix - quel que soit le qualificatif que l’on tente de lui donner pour mieux faire passer la pilule aux responsables israéliens dont on ne connaît que trop bien les objectifs funestes - sans remettre en cause la partition de départ est se faire, consciemment ou non, complice de cette injustice première. Il convient donc de regarder cet évènement de l’époque, sans se sentir obligé de l’intégrer comme nombre de nos prédécesseurs semblent l’avoir fait avec d’autant plus de facilité que cela leur donnait l’impression de se dédouaner ainsi de leurs méfaits à l’égard des juifs.»(4)
«(...) Par ailleurs, nonobstant une décision israélienne purement «formelle» de prolonger le moratoire au sujet de la colonisation, au nom de la sauvegarde de pourparlers actuels directs avec M.Abbas, il conviendrait, pour être honnête, de ne pas se voiler le visage et de voir bien en face que dans les faits, la colonisation n’a jamais cessé. Il faut dire et redire, que c’est encore et toujours une histoire de dupes. Comme toutes celles que tente de nous faire avaler le gouvernement sioniste, alimentées et retransmises en cela par nos médias complices».

Israël est incontrôlable
Continuant son plaidoyer, il nous explique pourquoi Israël fait ce qu’il fait et, ce qu’il faut faire pour lui faire entendre raison. «En d’autres mots, au-delà du fait de dénoncer cette énième supercherie des autorités de Tel-Aviv, il faut bien constater une chose, grave d’entre toutes: le bébé occidental porté sur les fonds baptismaux après la seconde Guerre mondiale dans le but d’expiation des crimes commis à l’encontre de la communauté juive d’Europe a mal grandi, et il présente aujourd’hui tous les signes de crises d’une adolescence qui tourne mal et que ses parents ne parviennent plus à contrôler.(...): Israël aujourd’hui, échappe à tout contrôle! Nul ne parvient plus à lui faire entendre raison, même l’Oncle Sam. Et il y a donc le risque que seule la méthode forte le ramène dans les normes acceptables, à savoir celles du Droit identique pour tous. (...) Si l’on exclut tout recours à la violence à l’encontre d’Israël, après nous avoir martelé depuis plusieurs années que le marché fait loi, la seule méthode qui soit, est la privation de ses moyens financiers. (...) La campagne de Boycott, Sanctions et Désinvestissements (BDS) est donc plus que jamais d’actualité, et devrait franchir un échelon supplémentaire par la suppression immédiate de toute aide financière à l’entité coloniale qui ne respecte rien d’autre que ses propres objectifs. (...) Mais encore une fois, pour en arriver à une véritable solution, au lieu d’intégrer «d’emblée» les paramètres actuels, il nous faut reconnaître en priorité, l’injustice flagrante du départ, commise à l’encontre du peuple palestinien. Tant que nous n’aurons pas pu reconnaître cette faute-là, toute tentative vers un quelconque accord sera illusoire et d’office promise à un nouvel échec.»(4)
On imagine l’affolement dans le camp occidental; des négociations marathon, des promesses multiformes à Israël, des navettes de l’émissaire par dizaines, ne sont pas venues à bout de l’entêtement israélien enivré par sa puissance. On nous informe que l’émissaire américain George Mitchell entamait mardi 28 septembre une mission d’urgence au Proche-Orient, destinée à sauver le processus de paix israélo-palestinien, qui menace de s’effondrer après la non-prolongation du moratoire sur la colonisation juive en Cisjordanie. Aux Etats-Unis, le porte-parole du département d’Etat, P.J.Crowley, a salué la décision de Mahmoud Abbas de ne pas quitter les négociations pour l’instant, et réprimandé Israël pour la reprise de la colonisation. «Nous sommes déçus, mais nous restons concentrés sur notre objectif à long terme et nous discuterons avec les parties des implications de la décision israélienne», a-t-il expliqué lundi. M.Crowley a précisé que «l’émissaire américain pour le Proche-Orient, George Mitchell, examinerait avec les deux camps ce qu’il est possible de faire désormais».(5)
Rien n’est plus limpide, le fait accompli israélien est accepté et l’émissaire demandera aux Palestiniens de négocier sur ce qui reste de la Cisjordanie; des colons qui s’acharnent à construire leurs habitations ne seront plus délogés! Sombres jours pour les Palestiniens....

(*) Ecole nationale polytechnique

1.Colonisation israélienne: le moratoire de la discorde LeMonde.fr Mis à jour le 27.09.10
2.Les Palestiniens «ont perdu du temps» pendant le moratoire Le Monde.fr 27.09.10
3.Djerrad Amar: L’AIE...Alterinfo 28 Septembre 2010
4.Daniel Vanhove Mondialisation.cahttp://www.mondialisation.ca/index.php?context=v a& aid =21225
5.George Mitchell dépêché au Proche-Orient pour sauver le processus de paix. AP 28/09/2010

Pr Chems Eddine CHITOUR (*)

 

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Fatigue du capitalisme et résistances sociales

Publié le par Mahi Ahmed

Fatigue du capitalisme et résistances sociales

La crise qui a éclaté en 2007-2008 est l'élément central de la conjoncture actuelle1   [1]. La première étape en a été le krach financier et la crise bancaire.

La seconde fut la plus grave récession qu'ait connue le monde depuis les années 1930 ; elle a enclenché une hausse brutale du chômage ainsi que, dans de nombreux pays, une baisse des salaires réels. Nous sommes actuellement dans la troisième phase, centrée sur le financement de la dette publique. Celle-ci met à rude épreuve le carcan néolibéral de la zone euro. Il n'y a aucune perspective de reprise durable à l'horizon : les capacités de production excédentaires persistent dans les entreprises ; la demande agrégée reste étroitement dépendante des budgets publics ; le système financier n'a rebondi en 2009 que grâce aux politiques extrêmement accommodantes des autorités monétaires. Mais ce dernier menace de nouveau de s'affaisser, alors que la généralisation des politiques d'austérité en Europe contribue un peu plus à nous installer dans « la troisième dépression » 1 de l'histoire du capitalisme.

La période qui s'ouvre est celle des ajustements politiques et institutionnels. Elle est marquée par une grande indétermination, son issue dépendra des batailles sociales, idéologiques, politiques et géopolitiques qui s'engagent. Cette étape va conduire à la cristallisation de nouveaux rapports de force qui, pour certains, s'esquissent déjà, tandis que d'autres vont apparaître de manière retardée.

Sur le plan politique international, la constitution du G20 reflète ainsi l'accélération de la redéfinition des équilibres mondiaux, refermant une longue parenthèse de domination sans partage des puissances occidentales qui aura duré deux siècles. L'Union européenne, qui sert pour l'instant de paravent aux fragilités économiques étasuniennes, n'en sortira pas indemne. Les discussions sur de nouveaux modes de gouvernance de la zone euro battent leur plein, mais elles sont minées par des oppositions idéologiques et des intérêts nationaux rivaux. L'incapacité des gouvernements à opter pour des politiques coopératives, permettant de faire converger les performances économiques entre les pays de la zone, conduit à moyen terme à une probable dislocation partielle de l'Union monétaire.

La place de la finance devrait aussi être amenée à changer. Pour l'heure, domine l'intolérable impudence des grandes institutions financières, qui ont très vite retrouvé voire surpassé leurs profits exorbitants d'avant crise. Non seulement elles n'ont jamais cessé leurs activités spéculatives, mais elles ont utilisé à cette fin les dispositifs de soutien mis en place par les Etats, mordant la main qui les nourrit lors des attaques contre les dettes publiques. Pourtant des indices de changement de régime sont là. D'abord, les marchés de crédits titrisés, emblématiques de la bulle, ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes 2. Certains segments ont quasiment disparu tel celui des CDOs (collaterized debt obligations), sorte de mille-feuilles financiers de titres sans aucun rapport entre eux : il ne pèse plus en 2009 que 4 milliards de dollars, contre 520 milliards en 2006. Plus généralement, les crédits titrisés n'existent que grâce aux Banques centrales : en Europe, seulement 5 % des montants écoulés le sont auprès d'acquéreurs privés (contre 95 % avant 2007), le reste étant acquis par la BCE ! Dès lors le dilemme pour les gouvernants est le suivant : soit assumer que les institutions publiques se substituent indéfiniment au marché des produits titrisés, afin d'assumer de manière continue le risque lié au crédit bancaire privé ; soit risquer d'enclencher une nouvelle phase récessive en déclenchant une nouvelle vague de rationnement et de renchérissement du crédit.

Par ailleurs, les pressions sur la finance s'accentuent, bien qu'elles tardent à se concrétiser tant sont puissants les intérêts qui s'y opposent. Pour la première fois depuis trois décennies, la taxation (des banques et des transactions) et la ré-réglementation sont inscrites à l'agenda politique et l'on ne peut exclure que les débats ne finissent par déboucher sur des mesures qui soient plus que symboliques. En revanche, après avoir fait une fulgurante apparition au plus fort de la tempête financière, la question de la nationalisation/socialisation intégrale du secteur bancaire a une nouvelle fois disparu du débat public. A coup sûr, cette option – qui est la seule cohérente compte tenu du caractère de bien public de l'activité de crédit et ce par le biais d'incitation découlant du too big too fail (« trop gros pour être mis en faillite ») – reviendra avec plus de vigueur lors de la prochaine tempête financière. Elle établit d’ores et déjà une claire ligne de démarcation à gauche, selon qu’on s’affirme, ou non, prêt à s’affronter aux intérêts capitalistes financiers.

Enfin, les politiques de rigueur en matière budgétaire et de protection sociale décidées en Europe vont affecter durablement les populations des pays concernés, à la fois directement – du fait des coupes claires décidées dans les dépenses publiques – et indirectement en raison de leur effet récessif sur l'activité économique. Ces mesures vont se traduire par une intensification des conflits sociaux, et leur synchronisation au niveau européen renforce la possibilité de crises politiques majeures. Cette éventualité s'inscrit dans un contexte de dégradation de la situation sociale, en raison notamment d'une forte augmentation du chômage, les entreprises ayant profité de la crise pour accroître leur productivité et intensifier leur recours à la sous-traitance internationale.

Construire une intervention politique efficace dans un tel contexte n'a rien d'aisé. D'abord, les forces anticapitalistes doivent trouver les moyens de peser sur ces batailles dont les conséquences sur les rapports de force entre les classes vont être considérables et durables. Mais il importe de le faire en articulant des positionnements immédiats et une vision globale du système, c'est-à-dire un diagnostic de l'état de ses contradictions et des éléments qui structurent les rapports de forces entre les classes. Ce sont ces deux derniers aspects que le présent texte vise à discuter en tant qu'ils constituent une conjoncture socioéconomique.

 

I - Un système à bout de souffle

 

La grande crise que traverse le capitalisme mondial n'est pas un orage dans un ciel d'azur. Elle est la manifestation de l'intensification depuis les années 1970 des contradictions du capitalisme. L'intégration aux circuits mondialisés du capital des pays d'Europe centrale et orientale et des grands pays asiatiques (Chine et Inde), d’une part, et, d'autre part, l'essor des technologies de l'information et des communications et des biotechnologies, ont offert de nouvelles possibilités à l'accumulation du capital. Pourtant, décennie après décennie, le rythme de la croissance s'est ralenti dans les pays du centre – et aussi, mais dans une moindre mesure grâce au dynamisme du rattrapage chinois, au niveau mondial.

 

Le rôle de la finance

Face aux difficultés de l'accumulation, la finance a joué un rôle de dérivatif. La libéralisation a conduit à la constitution de marchés financiers permanents et complètement mondialisés. C'est une arme majeure au service du capital qui permet une mise en concurrence des travailleurs et, plus largement, des systèmes socioproductifs en temps réel et à l'échelle mondiale. C'est aussi un des vecteurs essentiels de l'accroissement inouï des inégalités et d'une relocalisation d'une part importante de la classe capitaliste dans la finance au détriment de la production. Foster et Holleman 3, analysant le pouvoir de l'élite financière, montrent qu'aux Etats-Unis la part des profits financiers dans les profits totaux a explosé. De plus, la finance est devenue la principale source de richesse pour 27 % des plus grandes fortunes en 2007, contre 9 % en 1982 ; dans le même temps, les rémunérations des dirigeants des firmes financières se sont envolées par rapport à celles des autres secteurs.

Mais l'accumulation financière a un caractère très largement fictif, au sens où la valeur adossée aux titres financiers correspond à des reconnaissances de dettes qui ne pourront jamais être honorées 4. C'est ce que révèle la déconnexion entre le rythme auquel la sphère financière a crû dans la période récente et celui auquel a progressé la production de richesses. Et là encore les salariés sont très durement affectés. L'effondrement de la valeur des fonds de pensions pendant la crise et l'annonce – par exemple en Irlande et dans divers Etats des Etats-Unis – de la réduction des montants des retraites qui en découle sont un avant-goût du douloureux effet de rappel de la production vis-à-vis de la finance.

 

La restauration des profits

En dépit d'une tendance de fond à l'essoufflement, plusieurs raisons permettent d'expliquer que la rentabilité des firmes des pays riches sе soit rétablie par rapport à la crise de profitabilité des années 1970, puis stabilisée à un niveau élevé. La détérioration de la position de la majorité des salariés – sur laquelle on va revenir – a eu pour conséquence une modération salariale et, dans un certain nombre de pays, tel l'Allemagne après la réunification, la complète atonie des salaires. L'emballement financier des dernières décennies a parfois été une source de revenus directs pour les firmes. La dimension productive de la mondialisation a permis aux firmes transnationales de concentrer les profits réalisés, tout au long des chaînes de valeur, du fait de l'activité de leurs filiales et de leurs sous-traitants. Enfin, le capital dans son ensemble a bénéficié d'une forme contemporaine d'accumulation primitive, appelée par David Harvey « l'accumulation par dépossession » 5, qui lui permet de valoriser des actifs obtenus à vil prix : il s'agit notamment de l'accès à de nouveaux marchés, de nouvelles réserves de main-d'œuvre et de matières premières ; mais aussi une nouvelle logique de l'Etat prédateur qui par son intervention subventionne de multiples manières le capital : diminution de la fiscalité sur les entreprises et les riches, accès aux paradis fiscaux, sauvetages financiers, aides multiples (comme en France le « crédit impôt recherche »), privatisations, libéralisation du marché du travail, érosion des prestations sociales ...

 

Les entraves à l'accumulation

Si ces différents facteurs ont soutenu la rentabilité des firmes, cette dernière ne reflète pas une dynamique interne du système. Une situation de suraccumulation latente à l'échelle mondiale depuis la fin des années 1960 et l'intensification de la concurrence qui en découle n'ont fait que s'aggraver et constituent les tendances de fond à l'arrière plan de la crise actuelle. Il faut ajouter que, dans certains domaines liés à l'économie de la connaissance, la contradiction entre rapports de production et forces productives est criante : les barrières mises à la circulation des biens immatériels (brevets, lutte contre le piratage...) sont des facteurs qui entravent la circulation de l'information et donc constituent des freins à la création et à l'innovation 6. Enfin, la question de l'augmentation des coûts constitue un frein au dynamisme du système : on pense ici au vieillissement, à l'accroissement des dépenses de santé lié notamment aux progrès médicaux, aux tensions sur les matières premières, à l'extension des normes environnementales, aux coûts des sauvetages financiers à répétition ou, de manière plus prospective, à l'assèchement progressif des réservoirs de main-d'œuvre non-salariée dans le monde.

 

La déconnexion entre production capitaliste et besoins sociaux

Au-delà de ces contradictions, d'autres facteurs rendent manifeste l'épuisement de la dynamique du capitalisme. Un point crucial est le divorce de la production capitaliste par rapport aux besoins sociaux 7 : la sophistication des techniques marketing, visant à permettre l'écoulement de marchandises surabondantes, contraste vivement avec le fait que les besoins sociaux se concentrent de plus en plus dans des services tels que la santé, l'éducation/formation, les loisirs, la prise en charge du vieillissement, c'est-à-dire des secteurs assurant la reproduction de « l'être humain par lui-même » et qui ont pour point commun de générer peu de gains de productivité 8. La prise de conscience de l'ampleur des destructions environnementales liées aux activités productives représente une autre manifestation de ce divorce. Sur le fond, le débat sur la mise en place de nouveaux indicateurs de richesse renvoie à une tentative de traiter cette déconnexion entre croissance – fruit de l'accumulation capitaliste – et satisfaction des besoins.

Les difficultés rencontrées par la poursuite du processus d'accumulation et le divorce entre production capitaliste et besoins sociaux – il faudrait ajouter d'autres éléments tels la crise du travail, la crise écologique... – s’additionnent pour saper la légitimité du système. L'idéologie contemporaine du capital – le néolibéralisme – est en miettes. Les réformes étaient censées apporter davantage de croissance, et donc des retombées positives pour tout un chacun. Il n'en a rien été. A ces promesses non tenues s'ajoute le fait que les soubresauts de plus en plus violents qu'a connus le système sont incompréhensibles dans le cadre conceptuel néolibéral. Les classes dominantes sont donc déboussolées.

Cette grande fatigue du capitalisme n'exclut cependant pas la possibilité d'un rebond systémique. Trois options principales, isolément ou de manière combinée, pourraient conduire à une nouvelle phase d'expansion. La première est l'émergence d'un nouveau centre d'accumulation à l'échelle mondiale. La Chine est candidate au poste, mais rien ne garantit qu'elle puisse jouer ce rôle : d'une part, son poids relatif dans l'économie mondiale reste encore limité par rapport à celui de l'Europe et des Etats-Unis ; de plus, extrapoler la trajectoire future du pays à partir des trois décennies de croissance extrêmement rapide qu'elle vient de connaître relève d'un raisonnement largement abusif. La seconde option est celle de l'émergence d'un nouveau paradigme socio-économique autour d'une vague d'innovation (les technologies de l’information ? les biotechnologies ? les technologies vertes ?) dont la diffusion soit compatible avec l'accumulation intensive du capital. Si des possibilités technologiques sont là, leur intégration à une nouvelle phase d'accumulation n'a absolument rien d'automatique. Troisième option : celle d'une destruction massive de capitaux, par exemple dans le cadre d'une guerre impliquant directement les grands pays. L'interpénétration des intérêts industriels, commerciaux et financiers des bourgeoisies nationales est un frein à tout affrontement direct. D'autant plus que les arsenaux nucléaires rivaux tendent à figer par la terreur les rapports de forces. Hors de ces options, et d'une rupture politique systémique, l'avenir est celui d'une poursuite ralentie d'une accumulation toujours plus prédatrice.

 

II - La puissance des faibles

 

Le désarroi idéologique des classes dominantes et l'affaiblissement de la légitimité substantielle du système – sa capacité à délivrer ce qui est promis – constituent des éléments favorables pour les gauches anticapitalistes. En revanche, la configuration des relations sociales de production dans lesquelles se déroule l'affrontement de classe sur le lieu de travail sont très défavorables. Les statistiques internationales du BIT sur le nombre de journées non travaillées pour cause de conflits sociaux indiquent une chute brutale, de l'ordre d'une division par un facteur dix entre les années 1970 et les années 2000 pour les pays du G7.

Cet indicateur est très imparfait du fait de problèmes de fiabilité des données recueillies, des difficultés des comparaisons internationales et de son caractère réducteur. Pour en rester seulement à la France, ces problèmes sont bien documentés et suggèrent de relativiser le recul enregistré 9. Il y aurait même une amorce de retour de la conflictualité dans les années 2000 au sein du secteur privé, qui prendrait davantage la forme de grèves courtes (débrayages ou grèves limitées à une journée) ou de formes d'actions « sans arrêt de travail » (grève perlée, consistant à effectuer le travail au ralenti, manifestation, pétition, refus d’heures supplémentaires), tandis que les grèves renouvelables poursuivent leur recul. L'augmentation des sanctions et de l’absentéisme est un autre indicateur de l'absence de pacification des relations au travail. Enfin, les grands mouvements nationaux comme en 1995 (retraites et Sécurité sociale), 2003 (retraites), 2006 (CPE), ou 2010 (de nouveau sur les retraites) attestent également de capacités de résistance persistantes au sein du salariat. Nous sommes cependant très loin de la puissante vague internationale de grèves des années 1960 et 1970 10. Après l'effondrement de l'activité contestataire au début des années 1980, la situation n’a pas été inversée, et ce en raison d’un affaiblissement structurel du pouvoir de négociation du travail par rapport au capital.

 

La dégradation du rapport de forces sur le lieu de travail

Le mécanisme de l'armée de réserve et la maîtrise de l'évolution technico-organisationnelle du travail constituent, avec le principe « diviser pour mieux régner », les trois piliers de la domination du capital 11. La dégradation du rapport de forces au cours des dernières décennies résulte d'effets cumulatifs dans ces trois dimensions. Le chômage et la précarité disciplinent les travailleurs et modèrent les revendications salariales. Ils les conduisent à tolérer de nouveaux mécanismes de contrôle et de mesure de la performance, notamment par le biais de l'informatisation des processus de production. Enfin, la déconcentration productive, notamment avec le développement de la sous-traitance internationale, affaiblit l'unité des travailleurs et permet leur mise en concurrence, sans pour autant diluer les profits ou le pouvoir de décision. Par ailleurs, les transformations sectorielles des économies développées conduisent à un déclin de la part des emplois industriels et, en particulier, des emplois dans les industries mécaniques dans lesquelles le dispositif technique était très favorable aux salariés puisque, à l'instar de l'automobile, d’une part, l'outil de production est très coûteux – donc difficile à déplacer ou à abandonner - et, d’autre part, peut être totalement bloqué par une grève minoritaire.

Cette dégradation de la position des travailleurs n’est cependant pas unilatérale. D’abord, parce qu’au niveau international, au contraire, l’émergence de nouvelles grandes concentrations ouvrières, notamment en Inde et en Chine, crée les conditions d'un renouveau du mouvement ouvrier, dont la série de grèves observée au printemps 2010 est peut être un signe avant-coureur 12. Si une telle évolution se confirmait elle ne manquerait pas d'améliorer le pouvoir de négociation global des salariés. Ensuite, parce que si les dispositifs de travail contemporains conduisent à un éclatement des collectifs de travail, ils créent également de nouvelles vulnérabilités des firmes à l'action collective, en particulier du fait de la généralisation du principe de « juste à temps ».

Le phénomène principal reste que la capacité des travailleurs des pays riches à mener des luttes de classe sur le lieu de travail est considérablement et structurellement diminuée. Cela n'implique pas une incapacité à mener des luttes victorieuses, mais en revanche suggère un déplacement du site central depuis les luttes au niveau de l'atelier (« à la Marx ») vers des luttes ayant d'emblée une dimension sociale plus diffuse (« à la Polanyi ») 13. Ainsi, davantage que lors des décennies de l'après-guerre, les mobilisations se jouent aussi à l'extérieur des entreprises – importance des manifestations, des actions, des batailles médiatiques/idéologiques… – ou à travers des alliances de divers acteurs : collectifs d'habitants et soutien des élus pour défendre l'emploi ; campagnes coordonnées par des mouvements sociaux et des ONG, articulation « diagonale » entre mouvements et gouvernements lors du sommet de Cochabamba contre le changement climatique.... Ce déplacement du site central de l'affrontement social renvoie également à l'importance prise par la figure des luttes défensives contre le démantèlement des acquis sociaux (retraites, CPE, éducation..) ainsi qu'au développement proportionnellement important des mobilisations sur des questions non directement connectées au travail (contre le libre-échange, la finance, pour le logement, le climat, l'environnement..). En bref, si les luttes semblent moins à même de se résoudre dans le face-à-face local entre capital et travail, elles tendent à avoir d'emblée une portée politique générale.

 

Les luttes dans la respiration longue du capital

L'appréciation en dynamique de l'évolution du rapport de forces capital/travail est ainsi difficile à établir. Si, en statique, dans les pays riches la situation est mauvaise, une interprétation de la situation liant luttes de classes et ondes longues suggère une lecture plus contrastée.

Au cours des différentes phases de l'onde longue, la lutte des classes connaît des variations d'intensité qui contribuent à dessiner la trajectoire du système 14. Les luttes de résistance sont particulièrement aiguës à la fin de la phase descendante, lorsque le processus de réorganisation bat son plein. Il y a alors une forte inadéquation entre les compétences des travailleurs et les besoins des industries en gestation : les travailleurs des anciennes industries sont en surnombre tandis que les nouvelles compétences ne sont le plus souvent acquises que par les nouveaux entrants, et le mécanisme de l'armée de réserve joue alors à plein. C'est par exemple le cas lors de la vague révolutionnaire de 1848 qui se déroule sur fond de chômage de masse et de misère ouvrière.

L'autre moment de forte conflictualité, offensif cette fois, correspond au sommet de l'onde, lorsque le paradigme techno-économique est hégémonique mais arrive à épuisement. Un quasi plein emploi et des modes d'organisation des luttes de travailleurs adaptés au paradigme permettent d'obtenir des concessions importantes de la part du capital, qui accélèrent la diminution du taux de profit. La vague de luttes autour de 1968 s'inscrit dans un tel cadre. Ces deux moments paroxystiques des luttes répondent à des logiques distinctes en terme de résistance ou d'offensive et l'on peut s'interroger sur leur potentiel transformateur respectif. En haut de l'onde longue, les mobilisations visent à prolonger le paradigme dominant dans une version émancipatrice à partir des positions conquises au cours de la phase ascendante. Tandis que la dimension la plus innovatrice des luttes va buter sur la résistance d'un paradigme dont le processus de dislocation s'amorce tout juste. Ce potentiel innovateur se diffuse alors de manière progressive tout au long de la phase descendante. En bas de l'onde longue, les confrontations se déroulent dans une situation a priori plus défavorable pour les mouvements sociaux. Cependant, leur potentiel innovateur peut davantage contribuer à la transformation sociale effective. En effet, en l'absence de paradigme stabilisé, la situation socio-institutionnelle est plus fluide et les innovations radicales ont davantage l'opportunité de s'imposer.

Le renouveau des mouvements sociaux depuis le milieu des années 1990, l'essor du mouvement altermondialiste et à présent du mouvement pour la justice climatique, ou encore la vague actuelle de mobilisations contre les mesures d'austérité qui touchent l'Europe, peuvent ainsi être interprétés autour du triptyque : délocalisation, durcissement et inventivité. D'abord, une tendance de la contestation à s'échapper du face-à-face localisé avec le capital duquel le travail sort le plus souvent défait. L'âpreté des luttes salariales pour l'obtention de primes de licenciements observée en France ces dernières années peut à cet égard être interprétée comme une expression de défiance radicale vis-à-vis du capital local auxquelles elles se confrontent. Tandis que l'attention portée aux questions systémiques (services publics, régulation internationale, environnement, droits sociaux...) renvoie à une confrontation à la fois globale et concrète avec le capitalisme en tant que logique sociale. En second lieu, cette confrontation tend à se durcir puisque le conflit distributif s'aiguise d'autant plus que la dynamique d'accumulation s'épuise. Enfin, la configuration originale du déploiement de répertoires d'action et de thèmes d'intervention, renvoie à la fois au peu d'emprise immédiate des mouvements sur la conjoncture, mais aussi à une mobilité et une vivacité qui constituent un avantage dynamique certain.

La conjoncture socio-économique se caractérise par un essoufflement de la dynamique d'accumulation capitaliste, un affaiblissement de la légitimité de ce système et un rapport de forces dégradé pour les salariés sur le lieu de travail. Cependant, la vivacité de luttes polymorphes, et qui tendent à s'attaquer à des objectifs surtout défensifs mais directement politiques, atteste d'une situation riche en potentialités. Pour libérer la puissance transformationnelle des mobilisations, la gauche radicale doit se mettre en position de défendre un scénario anticapitaliste qui dessine la possibilité d'une trajectoire alternative à l'avenir de régression sociale généralisée désormais explicitement assumé par la droite et les renoncements de la gauche de droite. Elle peut s'appuyer pour cela sur un renouveau des pensées critiques 15 qui participe d'un climat idéologique en partie favorable. En revanche, la faiblesse et l'éclatement organisationnels des forces anticapitalistes ainsi que la pauvreté de la réflexion stratégique plombent leur capacité à peser sur la situation. Les développements socio-économiques accélérés contemporains peuvent cependant faciliter un réagencement programmatique, une réflexion renouvelée sur le rapport aux institutions et, finalement, une recomposition politique et sociale. De telles avancées permettraient d'esquisser les contours d'une transition anticapitaliste, c'est-à-dire établir quelle forme pourrait prendre une crise de pouvoir et ce que pourrait être un gouvernement anticapitaliste.

 

Notes

 

1 Selon l'expression de Paul Krugman, en référence à la longue dépression du dernier quart du XIXe siècle et de la grande dépression des années 1930 : « The third depression », The New York Times, 27 juin 2010.

2 Gillian Tellet, « Collapsed debt market poses dilemma for G20 leaders », Financial Times, 24 juin 2010.

3 John Bellamy Foster, Hannah Holleman, « The financial power elite », Monthly Review, May 2010.

4 François Chesnais, « Crise de suraccumulation mondiale ouvrant sur une crise de civilisation », Inprecor, n° 556-557, janvier 2010.

5 David Harvey, The New Imperialism, Oxford University Press, 2005.

6 Entretien avec Benjamin Coriat, « La crise de l’idéologie propriétaire et le retour des Communs », juin 2010, (www.contretemps.eu/interviews [2]).

7 Michel Husson souligne que ce divorce entre production et besoins s'accentue considérablement dans la période néolibérale par rapport aux décennies d'après-guerre. « Socialisation interrompue et résistance des besoins », communication au Congrès Marx international, septembre 2007.

8 Entretien avec Robert Boyer, « Capitalisme, crise et développement », Contretemps, numéro 21, février 2008 (www.contretemps.eu/archives [3]).

9 Sophie Béroud, Jean-Michel Denis, Guillaume Desage, Baptiste Giraud, Jérome Pélisse, « Ce que révèlent les données officielles sur les conflits sociaux », Le Monde Diplomatique, octobre 2008. Baptiste Giraud, Jérôme Pélisse, « Le retour des conflits sociaux ? », La Vie des Idées, 6 janvier 2009.

10 Il faut cependant se garder d’exagérer la rupture. Lilian Mathieu montre ainsi comment une série de mouvements sociaux contemporains s’inscrivent dans la continuité des luttes des années 1970 in Les années 1970, un âge d'or des luttes ?, Textuel, 2010.

11 Pour une discussion de ces différentes dimensions de la dégradation de la position des travailleurs, voir Cédric Durand, Le capitalisme est-il indépassable ?, Textuel, 2010.

12 « Signs of widespread worker action in China », Financial Times, 10 juin 2010.

13 Sur la distinction « lutte à la Marx » , « lutte à la Polanyi », voir Beverly J. Silver, Forces of Labor, Cambridge University Press, 2003.

14 Voir Ernest Mandel [1980] Long Waves of Capitalist Development: a Marxist Interpretation, London, Verso, 1995 ; Pierre Dockès, Bernard Rosier, Rythmes économiques, crise et changement social. Une perspective historique, Paris, La Découverte, 1983 ; Christopher Freeman, Francisco Louça, As Time Goes By: From the Industrial Revolutions to the Information Revolution, Oxford, Oxford University Press, 2001.

15 Pour un panorama voir Razmig Keucheyan, Hémisphère gauche, Paris, Zones, 2010.

1   [4] Article paru dans le n°7 (nouvelle série) de la revue ContreTemps, 3è trimestre 2010.


URL source: http://www.contretemps.eu/archives/fatigue-capitalisme-resistances-sociales

 

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Le conflit israélo-palestinien ne se résoudra jamais sur les bases actuelles.

Publié le par Mahi Ahmed

Le conflit israélo-palestinien ne se résoudra jamais sur les bases actuelles.

 

Daniel Vanhove (mondialisation.ca)

publié le mercredi 29 septembre 2010.

 

Quels que soient les effets d’annonces la plupart du temps surmédiatisés, le conflit israélo-palestinien ne pourra jamais être résolu sur les bases actuelles pour plusieurs raisons, dont l’une me paraît majeure et que je voudrais clarifier de façon à ce qu’elle soit bien comprise par tous ceux qui s’y intéressent, de près comme de loin. Cette raison en est que toutes les approches qui l’abordent pour y trouver une éventuelle solution en oublient un élément essentiel : l’injustice originelle. L’injustice fondamentale qui a prévalu à l’établissement du jeune Etat israélien en terres arabes, au lendemain de la guerre essentiellement européenne de 1945.

Gommer, ne pas prendre en compte ou sous-estimer la mauvaise conscience européenne – toujours d’actualité, même si au fil du temps, elle s’amenuise auprès des nouvelles générations – dans l’abord de ce conflit biaise toute analyse sérieuse du problème. Il faut rappeler qu’il y a eu un consensus entre les pays qui avaient gagné cette terrible guerre – environ 65 millions (!) de victimes civiles et militaires – pour accorder au projet sioniste, une terre où pourraient se réfugier la communauté juive, tellement pourchassée et exterminée en l’Europe si chrétienne de l’époque…

A ce jour, nul n’ignore que les pays européens ont bien du mal à s’accorder sur cet épineux conflit, tant certains d’entre eux – dont l’Allemagne en premier lieu – restent traumatisés par leur propre passé vis-à-vis de la communauté juive. Leur demander plus de sévérité à l’égard de la politique israélienne leur est un exercice périlleux, non exempt de remontées douloureuses d’un passé encore récent, et rapidement requalifié d’antisémitisme par certains, trop contents de pouvoir jouer-là leur joker préféré…

L’Histoire n’a de sens que celle que les Hommes lui donnent. Et à distance de ces évènements datant de plus de 60 ans, comment comprendre cette partition de la Palestine, sans se rappeler au préalable qu’elle s’est faite sur le dos des premiers concernés, les Palestiniens, absents de cet odieux marchandage ? Les puissances coloniales de l’époque en ont décidé comme toujours, selon leurs propres intérêts et n’ont tenu aucun compte des Palestiniens qu’ils spoliaient ainsi impunément. Certes, ce n’est pas la première fois qu’un tel vol de territoires s’opère sur le dos des autochtones. Les exemples en cette matière sont innombrables. Mais c’est sans doute le dernier en date qui soit si bien relayé médiatiquement et ne peut donc être passé sous silence, comme dans le cas du pire génocide probable : celui des Amérindiens que les colons européens – encore eux ! – sont allés exterminer et chasser de chez eux pour s’approprier leurs immenses étendues. Pas étonnant dès lors, que nombre d’Américains et de Canadiens soutiennent le projet sioniste, étant eux-mêmes les actuels héritiers d’un vol de terres qui ne leur appartenaient pas. Sans compter l’influence majeure des lobbies pro-israéliens, œuvrant en coulisses pour conforter cette injustice flagrante. Avec en toile de fond, les incessants rappels pseudo-religieux de l’affaire. Et c’est sans aucun doute, la modernité des moyens de communication qui permet aujourd’hui de revenir sur ces évènements que plus personne ne peut ignorer : la partition de la Palestine s’est faite sans l’accord de ses habitants de l’époque, évalués à plus d’un million d’âmes.

Ainsi, s’entêter dans des pourparlers de paix entre deux gouvernements dont l’un sait pertinemment qu’il a volé l’autre, et dont l’autre sait la spoliation dont il fait toujours l’objet, est tout simplement impossible à réaliser. Il y a là un préjudice fondamental qui n’est jamais rappelé mais qui n’en reste pas moins flagrant et toujours vif dans la mémoire collective du peuple palestinien. De la même manière qu’est toujours vive la mémoire de la communauté juive ayant vécu les atrocités des camps d’extermination. Raison pour laquelle d’ailleurs, refuser aux réfugiés palestiniens leur droit au retour, s’ils le désiraient, est sans fondement. Ainsi, toutes les injustices constatées depuis cette partition de la Palestine historique, ne sont que la résultante de cette injustice originelle, constitutive de l’Etat israélien d’aujourd’hui.

De la même manière, tous les acteurs de la question qui aimeraient voir aboutir la paix en cet endroit du monde, se trompent dans leur démarche s’ils intègrent à la base cette injustice comme étant irréversible. Parler de paix – quel que soit le qualificatif que l’on tente de lui donner pour mieux faire passer la pilule aux responsables israéliens dont on ne connaît que trop bien les objectifs funestes – sans remettre en cause la partition de départ est se faire, consciemment ou non, complice de cette injustice première. Il convient donc de regarder cet évènement de l’époque, sans se sentir obligé de l’intégrer comme nombre de nos prédécesseurs semblent l’avoir fait avec d’autant plus de facilité que cela leur donnait l’impression de se dédouaner ainsi de leurs méfaits à l’égard des juifs.

Oui, mais alors quoi, me direz-vous ? La paix serait-elle définitivement hors de portée selon cette première injustice ? Non, mais si l’on veut vraiment être honnête et impartial, la seule question à poser en priorité à l’ensemble des Palestiniens – et pas uniquement à ceux qui seraient les plus « modérés » selon nos critères – est de savoir :

 s’ils acceptent le règlement final de notre guerre européenne par l’établissement d’une communauté juive sur leurs terres ;

 dans l’affirmative à cette première question, savoir comment ils l’envisagent : deux Etats strictement indépendants ou un Etat binational ;

 et dès lors, en partenariat avec eux, établir les dommages et intérêts que la politique menée tout au long de ces années leur a occasionnés, et exiger de ceux qui l’ont soutenue de s’engager à en assumer les frais, tant pour le passé que pour la reconstruction globale ;

 dans le cas d’une réponse négative à la première question, réunir l’ensemble de la Communauté internationale à travers les instances de l’ONU – et non uniquement un « quartet » dont on connaît la partialité des membres – pour reposer le problème sur de nouvelles bases, en n’imposant rien à quiconque mais en travaillant à trouver d’autres pistes si la communauté juive tient envers et contre tout à l’établissement d’un Etat « juif » en un endroit de la planète – nous verrons bien alors, quels Etats proposeront une part de leur territoire pour la réalisation de ce « divin » projet…

L’intérêt d’une telle démarche est qu’elle remettrait les compteurs à zéro – ou presque – et permettrait à chaque intervenant dans ce conflit de se positionner clairement, en premier lieu desquels les Palestiniens qui ne se verraient plus « imposer » une solution, mais seraient les premiers concernés à dire si oui ou non ils acceptent la cohabitation. Cela me semble le moins que l’on puisse faire vis-à-vis de ce peuple afin qu’il retrouve sa dignité et se relève de l’humiliation dans laquelle il a été traîné depuis si longtemps. Et si la solution s’oriente vers un Etat binational – celle de deux Etats distincts n’étant raisonnablement plus réalisable sur le terrain – les juifs désireux de rester en Palestine seraient les bienvenus comme ils l’étaient auparavant, le sont dans quantité d’autres pays, et comme le sont les chrétiens, les bouddhistes, les agnostiques ou les athées, etc… dans une société qui était un exemple en pays arabe pour la séparation entre l’appareil d’Etat qui doit rester laïc et les convictions personnelles de ses citoyens. Sans compter qu’enfin, une telle solution rétablirait la normalisation probable avec les pays avoisinant de la région.

Par ailleurs, nonobstant une décision israélienne purement « formelle » de prolonger le moratoire au sujet de la colonisation, au nom de la sauvegarde de pourparlers actuels directs avec M. Abbas, il conviendrait pour être honnête de ne pas se voiler le visage et de voir bien en face que dans les faits, la colonisation n’a jamais cessé. Il faut dire et redire, que c’est encore et toujours une histoire de dupes. Comme toutes celles que tente de nous faire avaler le gouvernement sioniste, alimentées et retransmises en cela par nos médias complices.

En d’autres mots, au-delà du fait de dénoncer cette énième supercherie des autorités de Tel-Aviv, il faut bien constater une chose, grave d’entre toutes : le bébé occidental porté sur les fonds baptismaux après la 2è guerre mondiale dans le but d’expiation des crimes commis à l’encontre de la communauté juive d’Europe a mal grandi, et il présente aujourd’hui tous les signes de crises d’une adolescence qui tourne mal et que ses parents ne parviennent plus à contrôler. Pourquoi ? Interrogez donc les pédagogues qui tous, vous diront qu’un enfant à qui l’on ne signale pas ses limites, perd toute mesure. Et n’a plus conscience de ses marques, de ses repères. Ou, dit encore autrement : Israël aujourd’hui, échappe à tout contrôle ! Nul ne parvient plus à lui faire entendre raison, même l’oncle Sam. Et il y a donc le risque que seule la méthode forte le ramène dans les normes acceptables, à savoir celles du Droit identique pour tous. Quelles « méthodes fortes », me direz-vous, déjà suspicieux d’entendre des relents de discours belliqueux ?

Si l’on exclut tout recours à la violence à l’encontre d’Israël, après nous avoir martelés depuis plusieurs années que le marché fait loi, la seule méthode qui soit, est la privation de ses moyens financiers. Dans la « globalisation » actuelle, et avec un budget démentiel consacré à sa « Défense », il est temps d’oser l’arme de la dissuasion via la privation des soutiens divers et particulièrement ceux des versements financiers astronomiques que cet Etat d’apartheid reçoit chaque année de nos « démocraties » éclairées au premier rang desquelles les USA. La campagne de Boycott, Sanctions et Désinvestissements (BDS) est donc plus que jamais d’actualité, et devrait franchir un échelon supplémentaire par la suppression immédiate de toute aide financière à l’entité coloniale qui ne respecte rien d’autre que ses propres objectifs.

Tant que nous ne prendrons aucune mesure de cet ordre, les différents gouvernements israéliens qui se succèdent continueront d’appliquer ce que nous ne pouvons que constater après des années de discussions vaines et stériles : le vol des terres palestiniennes et l’asphyxie lente et programmée de sa population. Avec Gaza en exemple abject de ce dont cet Etat est capable.

Mais encore une fois, pour en arriver à une véritable solution, au lieu d’intégrer « d’emblée » les paramètres actuels, il nous faut reconnaître en priorité, l’injustice flagrante du départ, commise à l’encontre du peuple palestinien. Tant que nous n’aurons pas pu reconnaître cette faute-là, toute tentative vers un quelconque accord sera illusoire et d’office promise à un nouvel échec.

Daniel Vanhove : Observateur civil, auteur.

Son dernier livre : La Démocratie Mensonge, Ed. Marco Pietteur – coll. Oser Dire, 2008.

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=VAN20100928&articleId=21225

 

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Nasser, quarante ans après

Publié le par Mahi Ahmed

Nasser, quarante ans après

SOURCE : http://blog.mondediplo.net/2010-09-27-Nasser-quarante-ans-apres

lundi 27 septembre 2010, par Alain Gresh

Il y a quarante ans, le 28 septembre 1970, à l’issue d’épuisantes tentatives de conciliation entre le roi Hussein de Jordanie et la Résistance palestinienne qui s’étaient affrontés au cours de combats meurtriers (Septembre Noir), le président égyptien Gamal Abdel Nasser succombait à une crise cardiaque. Il avait à peine plus de cinquante ans, mais il avait profondément marqué l’histoire de l’Egypte moderne.

A l’occasion de cet anniversaire, une polémique a éclaté en Egypte. Mohammed Hassanein Heykal, un des plus proches conseillers de Nasser, a laissé entendre que, peut-être, son successeur, Anouar Al-Sadate, l’avait empoisonné. La fille de Sadate a décidé de poursuivre Heykal en justice « Sadat’s daughter sues former presidential aide over Nasser poisoning claims », Al-Masry Al-Yom, 21 septembre 2010).

Voici une courte biographie de Nasser, tirée pour l’essentiel des Cent clefs du Proche-Orient (écrit avec Dominique Vidal, Hachette, 2005), avec quelques développements.

Né le 15 janvier 1918 à Beni-Mor, dans la province d’Assiout, en Haute-Egypte, Gamal Abdel Nasser est le fils d’un fonctionnaire des postes issu de la petite paysannerie. Bachelier en 1934, il entame des études de droit et participe aux grandes manifestations de 1935 contre l’occupant britannique et le roi. Le retour du parti Wafd au pouvoir en 1936 ouvre les portes de l’Académie militaire aux enfants de la petite-bourgeoisie : une brèche dans laquelle s’engouffre le jeune Nasser. « Pour mener à bien l’œuvre de rénovation, écrira plus tard un de ses compagnons, Anouar Al-Sadate, nous avions besoin d’un corps solide et discipliné qui, mû par une volonté unique, serait capable de pallier l’absence d’autorité et de reconstruire la nation désintégrée. C’est l’armée qui fournit cet organisme. »

Sous-lieutenant, il reçoit sa première affectation, Moukabad, près de sa ville natale. Il y fait la connaissance de Sadate et esquisse, au cours de conversations passionnées sur l’avenir de l’Egypte, l’idée de la création d’une organisation d’« Officiers libres ».

Mais le chemin est encore long jusqu’à la prise du pouvoir, marqué à chaque étape par des humiliations. L’Egypte est, depuis 1882, sous la coupe de Londres, et l’indépendance formelle obtenue en 1922 n’y change rien. En février 1942, les blindés britanniques encerclent le palais royal et contraignent le souverain à nommer un nouveau gouvernement pro-anglais. En 1948 éclate la guerre de Palestine. Nasser participe aux combats – il s’illustre à la bataille de Faloujah – et revient du front avec à la bouche le goût amer de la trahison. En 1951, une lutte armée se développe le long du canal de Suez, contre la présence coloniale ; des milliers de jeunes volontaires – auxquels les Officiers libres fournissent armement et entraînement – partent se battre. Mais, en janvier 1952, le roi proclame la loi martiale. L’organisation de Nasser compte alors une centaine d’officiers ; un comité exécutif comprend quatorze membres – un large éventail qui va des communistes aux Frères musulmans – unis par la haine du colonialisme, de la corruption, de la féodalité. L’heure de l’action a sonné : le 23 juillet 1952, un coup d’Etat les porte au pouvoir. Le général Néguib, un vieil officier patriote et respecté, sert de figure de proue au mouvement, mais Nasser, qui n’a pas encore trente-quatre ans, en est le véritable homme fort.

Il n’a pourtant pas une idée précise de son rôle, ni même de ses objectifs. Dans son livre Philosophie de la révolution (1953) – que le dirigeant socialiste français Guy Mollet osera comparer à Mein Kampf ! –, le raïs rappelait que, durant la guerre de 1948, « nous nous battions au champ d’honneur alors que toutes nos pensées se portaient vers l’Egypte », et il rapportait les dernières paroles d’un camarade mort au combat : « La grande lutte est en Egypte. » Son horizon, comme celui des Officiers libres, n’était pas la libération de la Palestine, mais l’édification d’une Egypte indépendante, forte, moderne, débarrassée de toute tutelle étrangère.

En 1952, le tiers-monde n’est pas encore né, et les peuples arabes vivent sous la coupe de Londres ou de Paris. Les Officiers libres décrètent une première réforme agraire et proclament la République, le 18 juin 1953, mettant un terme à une dynastie vieille de cent cinquante ans. Mais quelle république ? Après hésitations et affrontements, Nasser élimine le populaire Néguib au printemps 1954 : il n’y aura pas de pluripartisme en Egypte et l’armée ne retournera pas dans ses casernes, un choix qui pèsera sur l’avenir du pays. Le pragmatisme prévaut en politique extérieure. Le 19 octobre 1954, un traité signé avec la Grande-Bretagne prévoit le retrait de toutes les troupes britanniques, mais des clauses contraignantes – en particulier le retour de ces mêmes troupes en cas de conflit – sont mal accueillies par de nombreux nationalistes.

Nasser cherche des alliés en Occident. Il est fasciné par les Etats-Unis, une puissance sans passé colonial. Mais Washington ne comprend pas le refus du nouveau maître de l’Egypte de participer à des pactes antisoviétiques. Tout va alors très vite. Nasser contribue à la fondation du non-alignement en participant au sommet de Bandoeng (Indonésie) avec Soekarno, Nehru, Chou En-lai, en avril 1955.

Les tentatives secrètes de négociations avec Israël ayant échoué, l’armée israélienne ayant attaqué la bande de Gaza sous contrôle égyptien et fait plusieurs dizaines de morts, Nasser radicalise son discours. Il achète à la Tchécoslovaquie les armes que les Etats-Unis lui refusent. Il nationalise la compagnie du canal de Suez, le 26 juillet 1956, après que les Etats-Unis ont refusé de financer la construction du barrage d’Assouan, et sort politiquement victorieux de la guerre qui s’ensuit, menée par la France, la Grande-Bretagne et Israël. Un nouveau dirigeant est né : pour les Egyptiens enfin libres, pour les Arabes dont il galvanise le combat contre le colonialisme, notamment à travers La Voix des Arabes, la radio du Caire (lire Slimane Zeghidour, « La voix des Arabes », Vie et mort du tiers-monde, Manière de voir, juin-juillet 2006).

Après l’échec de la République arabe unie (union de l’Egypte et de la Syrie, 1958-1961), Nasser radicalise sa politique intérieure : nationalisation d’une grande partie du secteur privé, nouvelle phase de la réforme agraire, adoption d’une Charte nationale résolument socialiste, et création d’un nouveau front politique, l’Union socialiste arabe (USA). Un immense effort de développement économique est entrepris avec d’indéniables succès. L’écho de ces mesures contribue à une mobilisation progressiste dans le monde arabe.

La guerre de juin 1967 sert de révélateur aux faiblesses de l’expérience nassérienne. L’effondrement de l’armée reflète la trahison de ceux qu’on surnomme la « nouvelle classe » : officiers supérieurs, technocrates, paysans enrichis, bourgeoisie d’Etat... tous ceux qui ont profité de la « révolution » et qui souhaitent en finir avec le socialisme.

« Nul mieux que Youssef Chahine n’a illustré, dans son film Le Moineau (1972), les limites du système : corruption et affairisme camouflés sous des slogans socialistes. Après la défaite de 1967, Nasser décide d’ouvrir un débat qui se focalise rapidement sur la “nouvelle classe”. La réforme agraire a fait naître d’autres inégalités et un capitalisme rural qui profite à une minorité, la grande majorité des paysans restant privés de terres. Dans les villes, les commerçants et les entrepreneurs, alliés aux administrateurs de l’économie d’Etat et aux hauts fonctionnaires, souvent des officiers – en 1964, vingt-deux des vingt-six gouverneurs provinciaux et un tiers des ministres en sont –, ont contourné les lois et édifié des fortunes. Le parti unique et l’administration ont souvent servi de relais aux parvenus et les mobilisations sociales sont bridées. » (lire « Dans l’Egypte de Nasser surgit une “nouvelle classe” », Le Monde diplomatique, juin 2010).

Ces nouveaux parvenus seront les fossoyeurs du nassérisme et la base sociale qui permettra à Sadate de mener à bien, après son accession au pouvoir en 1970, la « contre-révolution ». La peur de Nasser face à toute organisation autonome de la société (syndicale ou politique), le caractère bureaucratique de l’USA, ont encouragé la « nouvelle classe ». Enfin, la répression politique sur une grande échelle, l’usage de la torture contre tous les opposants, des marxistes aux Frères musulmans, l’étendue du pouvoir des moukhabarat (les services secrets), marqueront le régime nassérien mais aussi ses successeurs.

Démissionnaire après la défaite de 1967, rappelé par le peuple le 9 juin, Nasser n’en est pas moins un homme brisé. Quand il meurt le 28 septembre 1970, les Egyptiens lui font des funérailles grandioses. Au-delà des errements, ils pleurent l’homme qui leur a rendu la dignité. « Lève la tête, mon frère », lisait-on sur les banderoles hissées au-dessus des villages d’Egypte après le 23 juillet 1952. Le mythe Nasser reste très prégnant, comme l’a montré l’incroyable succès du film Nasser 56, de Mohamed Fadel, en 1996, projeté sur tous les écrans égyptiens, et qui a attiré plusieurs millions de spectateurs.

 

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أساسية الكفاح عند ماركس

Publié le par Mahi Ahmed

أساسية الكفاح عند ماركس

 


فريدريك انجلز
- 2010 / 9 / 28
المحور: الارشيف الماركسي

كان ماركس قبل كل شيء ثوريا. وكانت مهمته الأولى في الحياة المساهمة بطريقة أو بأخرى في الإطاحة بالمجتمع الرأسمالي وبمؤسسات الدولة التي جلبها معه وكذلك المساهمة في تحرير البروليتاريا الحديثة الذي كان أول من جعلها تعي بموقعها وحاجاتها وتعي بشروط تحررها. لقد كان الكفاح أمرا أساسيا بالنسبة له فكافح بحب وعزم ونجاح لا ينافسه فيهم إلا قليلون (...) وكنتيجة لذلك كان ماركس أفضل المكروهين وأكثر المشهَّرين بهم في عصره فقامت حكومات مطلقة وجمهورية على حد السواء بترحيله عن أراضيها وتنافس البرجوازيون من المحافظين أو من أقصى الديمقراطيين بالتشهير والثـلب لشخصه. لقد أزاحوا ماركس كما تزاح خيوط العنكبوت. لكن لم يعر ماركس اهتمامه بذلك ولم يردّ إلا عندما دعته الضرورة إلى الرد. ومات محبوبا ممجدا ونعته الملايين من العمال الثوريين من مناجم سيبيريا إلى كاليفورنيا وفي كافة أنحاء أوروبا وأمريكا.



(من "خطاب على قبر ماركس"، ألقاه رفيق دربه فردريك أنجلز. لندن 17 آذار 1883)

 

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Au-delà de Bâle 3…

Publié le par Mahi Ahmed

Au-delà de Bâle 3…
Par Ammar Belhimer
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Source : http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/09/28/article.php?sid=106568&cid=8

Le second train de mesures de Bâle 3 comprend les nouvelles règles prudentielles imposables aux banques. Ces normes, elles aussi élaborées au sein du Comité de Bâle sur le contrôle bancaire (CBCB) et qui restent à valider par les dirigeants du G20 en novembre prochain à Séoul, ont vocation à agir à deux niveaux : celui de la solvabilité des banques, en améliorant et en renforçant leurs fonds propres ; et celui de la liquidité, c'est-à-dire de l'accès de ces dernières au refinancement sur les marchés.
C'est en effet à ces deux étages que les Etats ont dû intervenir massivement au plus fort de la crise financière il y a deux ans pour maintenir le système en l’état. Deux mots sur chacune des deux actions. Primo : Bâle 3 a accru la pondération en fonds propres, dans les activités de marché, et, plus généralement, par la constitution obligatoire de coussins de fonds propres contracycliques. L’expérience de la dernière crise montre que la perte de valeur des actifs des banques a fait fondre leurs fonds propres et les a mises en grande difficulté. Au même moment, les exigences de fonds propres augmentaient du fait de la montée des risques sur leurs actifs. Une situation inextricable sans recapitalisation publique de grand ampleur et à temps. C’est pourquoi, il est envisagé de renforcer le capital des grandes banques internationales pour les rendre plus résistantes en cas de crise. Afin d'éviter qu'elles prennent des risques excessifs, les banques sont soumises à des règles dites «prudentielles». Ces règles exigent en particulier que quand elles prêtent à X, les banques détiennent une proportion minimale de Y en fonds propres. Certes, c’est avec l’argent des autres qu’on réalise les meilleures affaires, dit l’adage, mais cela a des limites En effet, si les banques ne prêtaient que l'argent des autres, on pourrait redouter qu'elles manquent davantage encore de prudence. Les régulateurs travaillent alors à relever le niveau minimal de capital qu’elles devront détenir. Par ailleurs, la définition des fonds propres entrant dans le calcul du ratio est revue pour privilégier les fonds propres purs (actions et réserves). Les fonds propres durs des banques représenteront au moins 7 % des actifs (contre 2 % auparavant). Ce ratio de fonds propres doit être atteint d'ici au 1er janvier 2019. Plus précisément, le Comité de Bâle vient de décider de le passer à 7 % : 4 % + un nouveau matelas de sécurité supplémentaire de 2,5 % dans lesquels les banques devront puiser en cas de souci, mais en contrepartie elles seront limitées dans la distribution de bonus et de dividendes. Le Comité souhaite également pouvoir suivre un «ratio pur» : «Tous les ratios dont on parle ici sont des ratios entre le capital que détiennent les banques et leurs actifs pondérés par leur niveau de risque (les prêts aux Etats, par exemple, jugés sans risque, comptent pour 0 %, les prêts aux collectivités locales pour 20 %, etc.). Les régulateurs veulent d'abord simplement suivre, puis rendre éventuellement contraignant en fixant un maximum, un ratio où tous les actifs comptent à 100 % quel que soit leur niveau de risque. Ce serait une façon de contrôler la taille des banques pour imposer des contraintes à celles qui grossissent trop.» Le dispositif vise à prévenir de nouveaux appels aux Etats en cas de difficultés, comme cela s'est produit au pic de la crise. Les banques se conformeront progressivement à ces normes entre 2013 et 2018. Les inquiétudes sur la faiblesse de l'environnement économique ont incité, le Comité de Bâle à trouver un équilibre entre le besoin d'un durcissement de la réglementation et le soutien au rôle nécessaire des banquiers dans la reprise. C'est ce qui explique les longs délais de mise en œuvre. Les banques devront lever d'importants montants de capital sur les marchés. Les banques européennes ont ainsi soutenu que les nouvelles exigences pourraient les obliger à lever jusqu'à 450 milliards d'euros de capital d'ici à 2012. Secundo : pour ce qui est de la liquidité, deux nouveaux ratios sont envisagés, l’un pour mesurer la capacité des banques à résister à une crise de liquidité pendant un mois, l'autre pendant un an. Les nouveaux standards quantitatifs de liquidité sont destinés à inciter les banques à mieux maîtriser le risque de liquidité. Chaque banque devra disposer de quoi tenir toute seule au moins un mois au cas où le marché interbancaire, celui où les banques se prêtent de l'argent à court terme, bloque. Les banques estiment que les nouveaux ratios les incitent à rallonger la durée de leur refinancement, en favorisant l'adéquation entre la maturité des prêts qu'elles accordent et celle de leur propre refinancement. Elles soutiennent que ces ratios vont «renverser » leur activité de transformation, en les poussant à financer des actifs courts avec des ressources longues. Une telle mutation leur coûterait excessivement cher puisqu’elles avancent que le ratio à un an pourrait contraindre les établissements européens à lever jusqu'à 1 500 milliards d'euros de dette supplémentaire d'ici à 2012. La réforme de Bâle 3 a donc un coût pour les banques. Selon Nout Wellink, le président du comité de Bâle, Bâle 3 nécessitera «des centaines de milliards d'euros». «J'hésite un peu à donner des chiffres parce que cela concerne une période d'adaptation très longue qui prendra environ huit ans et que les chiffres changeront avec le temps», a-t-il ajouté. Les nouvelles règles prudentielles encadrent un peu plus étroitement l’activité des banques. De là à anticiper sur une atténuation du pouvoir de la finance, c’est un pas que peu d’observateurs sérieux refusent de franchir. Les Etats capitalistes en perte de crédibilité œuvrent, pour l’essentiel, à occulter la relation organique qui les lie aux milieux du capital. Cette même relation utérine qui les a poussés à se porter au secours de banques en faillites en pleine phase de récession économique et de rigueur sociale. Philippe Askenazy, Thomas Coutrot, André Orléan et Henri Sterdyniak, quatre chercheurs français initiateurs d’une pétition au titre fort opportun de «Manifeste d’économistes atterrés », viennent de rendre public un texte qui liste en 10 points «les fausses évidences économiques (qui) inspirent des mesures injustes et inefficaces». Comme la première d’entre elles, «l’efficience des marchés», toutes ont été érigées en quasi loi de la physique, et fondent, selon eux, une pratique politique qui a montré son échec avec la crise de 2007-2008. Pire, cette «orthodoxie libérale» s’applique avec «une vigueur renouvelée» depuis, inspirant aujourd’hui les plans de rigueur, comme hier les «ajustements structurels» et autres déréglementations — la main d’œuvre étant la principale variable d’ajustement. L'Association française d’économie politique, présidée par André Orléan, entend dénoncer, au travers de ce texte, le pouvoir de la finance, imprévisible et violente. Pour les signataires du Manifeste, ce pouvoir est «la matérialisation sociale, donc le produit des schémas de pensée qui orientent les politiques économiques depuis trente ans». Un hyper-pouvoir en quête de profit maximum à court terme, par nature a-démocratique, qu’Orléan avait déjà identifié, il y a une dizaine d’années avec son livre Le Pouvoir de la finance (paru chez Odile Jacob). D’autres économistes, comme Olivier Ferrand, président de Terra Nova (une institution écologique de gauche très active), appellent à «un nouveau consensus économique». «L'économie internationale a longtemps été marquée par le “consensus de Washington”», un mix néolibéral mêlant discipline budgétaire, libéralisation et dérégulation unilatérales, rigueur salariale. Les réflexions actuelles font émerger des prescriptions post-keynésiennes : volontarisme budgétaire, coordination internationale, expansion salariale. L'émergence, peut-être, d'un nouveau «consensus d'Oslo», écrit-il fort opportunément(*).
A. B.
(*) «Consensus d’Oslo» par référence au Sommet conjoint que viennent de tenir dans la capitale norvégienne le FMI et l'Organisation internationale du travail (OIT) pour souligner avec force que le chômage de masse pourrait bien devenir le prochain fléau de la mondialisation.

 

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L’apport impressionnant de Radio Oran El Bahia

Publié le par Mahi Ahmed

L’impact des radios locales dans la production et la promotion culturelles et artistiques est indéniable

L’apport impressionnant de Radio Oran El Bahia

Source: http://www.latribune-online.com/suplements/culturel/40258.html

 

23-09-2010

 

De notre correspondant à Oran
Mohamed Ouanezar

Depuis le lancement des radios locales à travers le territoire national, la situation générale au niveau de certaines wilayas a commencé à connaître des améliorations à différents niveaux de vie. Jusqu’à il y a quelques années seulement, l’acte culturel et artistique dans la cité n’avait pas grand impact au sein de la société et des acteurs classiques. Les activités et manifestations à caractère culturel et artistique ne bénéficiaient pas de la même aura et de la même médiatisation nécessaires pour son épanouissement. Aujourd’hui, les porteurs de projets culturels et artistiques ne peuvent concevoir d’initiatives et d’opérations sans la bénédiction et la bienveillance de la radio. Cette dernière est devenue un partenaire et un instrument de propagande très efficaces et indispensables au cours des dernières années. L’impact de la radio locale sur l’activité culturelle et artistique est tel que des rubriques entières sont prévues pour encourager les activités en leur réservant des espaces importants. Des tables rondes sur des sujets d’actualité en rapport avec la situation des artistes, les perspectives de la culture et de l’art dans la cité, sont organisées périodiquement sur des sujets relatifs à la culture et à l’art de manière générale. Des interviews sont également prévues avec des artistes, des écrivains, des peintres, des amateurs, des chanteurs, etc. «Le travail des radios a beaucoup évolué au cours de ces dernières années. Le travail de proximité dans le domaine de l’art et de la culture est très concluant. Les exemples de la Radio d’Oran et celle de Tlemcen sont assez impressionnants. Les grilles de programmes sont assez fournies et le frigo musical est également un atout considérable dans ce sens. Elles laissent de bonnes impressions auprès des auditeurs. C’est un instrument de communication très puissant», notera M. Chaouch Tewfik, président de l’association Civoeil et du festival méditerranéen des arts plastiques. La radio est également omniprésente dans les grands événements culturels et artistiques de la cité, à travers une couverture professionnelle des événements organisés et même une assistance pour ce qui est de la propagande et la communication. Cela face aux multiples
défaillances institutionnelles des organismes culturels et artistiques versés dans l’arène locale et même nationale. Pour le directeur de la radio locale d’Oran El Bahia, «la radio est un vecteur essentiel dans la production culturelle et artistique de la cité», notera M. Fayçal Haffaf. De son avis, «la radio est essentielle dans tout acte culturel pour deux raisons importantes. Il y a d’abord, une sorte de deal aux yeux des associations qui doivent se faire connaître et aussi justifier leur présence sur le terrain. Il n’y a rien de mieux que de s’associer ou de bénéficier du support de la radio pour une large  médiatisation et un grand impact de leurs activités», dira-t-il. La deuxième raison, selon le directeur de Radio El Bahia, étant «la notion de service à laquelle est astreinte la radio». Ainsi, «nous contribuons à orienter les gens et les férus des activités culturelles et artistiques vers les spectacles, les salles de cinéma, les nouvelles parutions dans les librairies, etc.», notera-t-il encore.Pour Fayçal Haffaf, «les recherches de médiatisation de la part des acteurs de la scène culturelle profitent à la radio pour assurer sa mission de proximité en ligne, en prodiguant des informations sur les espaces artistiques et culturels, les rendez-vous de la semaine ou du mois, etc.». dira-t-il avant d’ajouter. «Une culture qui marche, c’est en grande partie grâce à la radio.» Actuellement, la radio d’Oran consacre plus de 65% de sa grille de programmation à des émissions et diffusions de culture et d’art. «Nous faisons de la promotion de la culture dans toute sa spécificité. La répercussion culturelle et artistique à grande échelle apporte également un élan soutenu dans le domaine», dira notre interlocuteur. Autre fait intéressant dans cette perspective, l’influence de la radio a fini par reconvertir le rôle de ce support médiatique pour devenir un véritable vecteur de la
production culturelle et artistique dans la cité. «Je fais de la culture on line, je numérise sur les ondes de la radio et même sur le Net pour rester lié à notre communauté algérienne vivant à l’étranger qui a besoin de son patrimoine et de ses repères identitaires dans les pays étrangers», explique Fayçal Haffaf. La radio est, également, un gisement de nouveaux talents et découvertes qui sont
régulièrement dénichés et présentés au public. D’ailleurs, H. Fayçal ne cache pas sa fierté de faire partie d’une corporation qui a propulsé plus d’un artiste aujourd’hui très connu et très médiatisé. «Je peux vous raconter pleins d’exemples sur de grands artistes qui sont devenus ce qu’ils sont grâce à Radio Oran. A l’époque de Ahmed Wahby, Blaoui Houari. Il y a beaucoup de cheb qui sont passés par là, comme Reda, Saouâd Bouali et tant d’autres. Il me suffit aussi de vous citer l’exemple du célèbre comique Kader, acteur que j’ai propulsé sur le devant de la scène grâce à un travail d’équipe très efficace. La promotion et la découverte des talents et de la relève restent notre credo». Radio Oran est également l’une des pierres d’achoppement des semaines culturelles d’Oran à travers les wilayas. «Je suis très intransigeant pour ce qui est de cette question. Chaque semaine, nous envoyons un journaliste qui accompagne la délégation pour relater les faits et ramener de la culture et de l’art de la wilaya hôte», dira-t-il. Pour cette année, deux nouvelles émissions font le bonheur du monde artistique et culturel de la wilaya. Il y a d’abord, «Chansons de souvenirs» qui s’occupe de réhabiliter des ensembles d’antan et des chanteurs anciens, jetés aux oubliettes, mais qui sont toujours actifs. La deuxième émission est «Rencontre avec un artiste» qui tend à sortir les artistes de leur carcan et les mettre à jour avec le public et les auditeurs. Radio Bahia Oran est également un trait d’union entre les artistes qui sont souvent sollicités dans ses espaces. Actuellement, la radio est derrière des initiatives de promotion et de prospection louables dans le genre andalou qui reste très prisé à Oran. «Nous sommes un élément propulseur dans cette nouvelle perspective. Nous invitons des ensembles qui ne sont pas très médiatisés que nous faisons passer on line avec des explications et des morceaux entiers de musique et chant. L’écho auprès de nos auditeurs est assez impressionnant», notera le directeur faisant référence à la troupe andalouse, Rachidia de Mascara, une autre de Aïn Tedlès à
Mostaganem et d’autres. 

Publié dans Economie et société

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La TV et le suffrage universel

Publié le par Mahi Ahmed

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La TV et le suffrage universel

23-09-2010

Source : http://www.latribune-online.com/suplements/culturel/40259.html

Par Abdou B.

Pendant des décennies, les publics de la télévision et la relation qu’entretient ce média avec la culture au sens large sont demeurés un «angle mort» très peu étudié. Le retard en la matière a été largement et rapidement rattrapé et l’on compte par milliers les livres, les études, les thèses et les rencontres qui ont pour objet la télévision et ses publics. Les récentes technologies de diffusion et de réception, le renfort apporté par Internet, le nombre de plus en plus grandissant de chaînes et de programmes audiovisuels, la plus-value culturelle desservie par les satellites ont complètement transformé les publics, les programmes (les offres), démultiplié les entreprises qui produisent pour les sociétés de programme plus nombreuses que les stations de radio dans certains pays.
Les chaînes généralistes sont un concept lié à celui de grand public, récusé par Dominique Wolton lorsqu’il écrit : «Le grand public est un concept, une représentation, un choix, une orientation, une valeur, une volonté. Il est la traduction, dans le domaine de la communication, du concept du suffrage universel dans celui de la politique.» Cette dernière, au fil du temps, a été refoulée dans ses territoires dans les grandes démocraties qui ont su, justement pour faire vivre et évoluer leur démocratie, inventer des règles du jeu, des instances indépendantes de régulation qui font office de juge de paix et d’arbitre entre le pouvoir, les institutions et les médias.
Bien entendu, des entorses, des velléités de contrôle (le vilain mot) des manipulations parsèment, dans les grandes nations, la vie du couple infernal formé par le pouvoir et les médias. Les premiers vrais grands bénéficiaires dans ces démocraties, certes différentes les unes des autres, ce sont justement, surtout aux plans culturel et des loisirs, les publics. Si la démocratie n’est pas une construction parfaite et idéale, la télévision privée et publique ne l’est pas non plus. Dans les pays arabes, et l’Algérie fait partie de ce bloc, lui aussi avec des composants divers, l’hypothèse fondamentale des pouvoirs est que la télévision contrôlée directement par lui ferait office de suffrage universel dans un système de parti unique, même à plusieurs têtes, et qu’elle est suivie à tout moment de jour et de nuit par la majorité des citoyens qui voteraient donc dans le bon sens. Or, en 2010, rien n’est plus faux que ce type d’aveuglement au regard d’un pays le plus parabolé du monde sans discussion aucune, sachant que le marché algérien est pris par des TV dites religieuses débiles, les grandes chaînes françaises et El Jazeera.Le Ramadhan de cette année 2010, selon les journaux privés, toutes tendances confondues, a été le plus nul pour la chaîne unique depuis l’indépendance. Le jugement de la presse privée algérienne, à tort ou à raison, la prolifération des programmes étrangers et d’articles relatifs à ces programmes dans cette même presse, jurent avec le cynisme, l’incompétence et le déni de la réalité des pouvoirs publics. Ces derniers n’ont aucune ambition politique pour le champ
audiovisuel national et aucune envie d’entrer dans l’histoire pour avoir mis la TV dans le sillage des chaînes des grandes démocraties que des Algériens, les élites, les universitaires et les membres de l’Exécutif et du Parlement algériens consomment sans modération alors qu’ils sont dans l’incapacité de surveiller le prix des journaux français (quotas surtout calculés d’après leurs invendus) qui grimpe pratiquement chaque trimestre depuis des années, en Algérie.Grâce à la parabole, selon la presse privée algérienne, les Algériens suivent Nessma TV, des feuilletons syriens où il y a du sexe, de l’érotisme, la réalité de l’homosexualité, les feuilletons turcs, etc. Et dire qu’il y a ceux tout fiers d’avoir permis un Canal + Maghreb pour sous-développés bigots, impossible à vendre à un Européen débile. Le jugement que portent les critiques nationaux est paradoxalement conforté par de nombreux silences. Des artistes, des «experts», surtout pour exécuter des ronds de jambe, des «spécialistes» en liste d’attente, des ministres et parlementaires universitaires (il y en a dans le lot) ne pipent mot. S’ils n’applaudissent pas les niveaux qualitatif et quantitatif de notre audiovisuel, c’est qu’ils rejoignent les critiques. Le mieux, c’est qu’ils nous le disent. A moins qu’ils croient, eux aussi, que le contrôle de la seule chaîne vaut suffrage universel, celui des centaines de programmes que nous recevons chaque jour. Ou bien que la seule chaîne du pays ne les concerne en rien. 

A. B

 

Publié dans Economie et société

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