Mutation des marchés de l’énergie : déconnection, interaction ou convergence ?

Publié le par Mahi Ahmed

Mutation des marchés de l’énergie : déconnection, interaction ou convergence ?

Par : Mustapha MEKIDECHE

En vérité, de tout temps, les prix de l’énergie, comme pour les autres marchés, sont déterminés par les mêmes fondamentaux : rencontre et/ou anticipation de la rencontre entre une offre et une demande, évolution des technologies et des coûts de production, contexte géopolitique. Sachant leur impact déterminant sur l’économie algérienne, qu’y a-t-il alors de particulier dans les mutations récentes ou potentielles des marchés de l’énergie? Les différents colloques et rencontres sur l’énergie tenus ces dernières semaines en Algérie, à la veille de la célébration du 24 février, ont placé ce thème au cœur de leurs travaux. Pour ma part, j’essayerai de contribuer à ce débat en répondant à deux questions essentielles qui structurent cette problématique. La première est d’ordre géopolitique : assistera-t-on à l’émergence d’un marché mondial unifié du gaz naturel effaçant la segmentation actuelle entre le marché américain, européen et celui de l’Asie-Pacifique ? La seconde renvoie spécifiquement au prix des différents éléments du mix énergétique : ces derniers sont-ils indépendants ou à l’inverse sont-ils corrélés dans cette transition énergétique dans laquelle tout le monde marche à reculons ? Au-delà des nombreuses incertitudes qui pèsent sur les marchés de l’énergie, j’aborderai ces deux questions à l’aune des stratégies locales, comme font d’ailleurs tous les autres experts et acteurs qui défendent d’abord les intérêts auxquels ils sont rattachés. Je voudrais d’abord évacuer la question de la déconnection des prix de l’énergie. Dans le cas qui intéresse l’Algérie c’est celle de la “désindexation”, recherchée par certain pays consommateurs et même par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), entre le prix du pétrole et celui du gaz naturel. Une telle démarche est contre-productive à long terme pour les pays consommateurs eux-mêmes, singulièrement européens, en ce que cela va casser une dynamique d’investissement difficilement construite dans l’amont et la liquéfaction. Une fois les excédents conjoncturels de gaz naturel absorbés par le marché européen, la reprise de la croissance européenne ne va pas trouver, le moment venu, suffisamment d’offre à défaut d’investissements réalisés par les pays exportateurs. Cela c’est l’histoire de l’industrie du gaz qui nous l’enseigne. Ceci dit, où est-on en matière d’interaction ou de convergence entre les marchés américain, européen et asiatique du gaz naturel ? Mon sentiment est que ces trois marchés ont des caractéristiques structurelles qui les différencient durablement. Au mieux le marché américain sera autosuffisant en matière de gaz naturel et ne dégagera pas de quantités significatives pour les deux autres marchés. La preuve en a été faite par Yves de Mathieu de l’Institut français du pétrole (IFP) qui a analysé les différents scénarios de production de gaz de schiste aux Etats-Unis. Il a estimé ainsi “qu’à 6 dollars le Mbtu les réserves économiquement exploitables atteignent 20 000 milliards de m3 mais qu’à 4 dollars le Mbtu, il n’y en a plus que 2800 milliards”. D’où le fait qu’en septembre 2008, au prix de 8 dollars le Mbtu, il a été réalisé 1 600 forages et qu’en juillet 2009, avec un prix de 4 dollars le Mbtu, il n’en a été réalisé que 600. Ce qui explique une croissance de production de gaz de schiste en 2012 moins forte qu’en 2011.La menace de surproduction de gaz aux Etats-Unis, avec effets sur les prix dans les autres marchés, s’estompe dans les faits. S’agissant de l’Europe, quoiqu’en dise Didier Holleaux, directeur E/P de GDF Suez sur “les incertitudes majeures qui pèsent sur le marché européen”(prolongation des centrales nucléaires, baisse du prix du charbon initialement destiné au marché américain, faible croissance), ce continent n’est pas prêt à sauter vers les E/R en faisant l’impasse sur le gaz naturel. Quant à l’Asie, avec le syndrome de Fukushima et malgré le recours massif au charbon en Chine, elle est la zone qui tire la demande gazière vers le haut. On attendra donc pour la convergence des marchés du gaz naturel. Pour être complet, un mot sur le pétrole. Selon les dernières estimations de l’AIE, la demande mondiale s’élèvera à 90,8 millions de barils/jour en 2013 soit une hausse de 1% par rapport à 2012. Cette dernière estime par ailleurs que “le marché pétrolier, comme le démontrent les dernières données, est largement influencé par des risques politiques accrus”.
Il y a donc moins de soucis à se faire, pour nous, en matière de stabilité des cours pétroliers en 2013. En conclusion, quels enseignements doit-en tirer ? Le premier est de consolider et ensuite d’élargir notre offre gazière et pétrolière pour sauvegarder nos parts dans des marchés de plus en plus concurrentiels. Cette sauvegarde et élargissement de nos parts de marchés doivent passer également par l’utilisation de notre carte d’acheteur auprès des grands pays fournisseurs (France, Espagne, Italie, Chine, Turquie par exemple). Le second est en rapport avec l’exportation des E/R. On voit bien que tout le monde marche à reculons quand il s’agit de la transition énergétique, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe. Il faudra donner du temps au temps à ce projet pour éviter d’investir trop tôt pour des marchés qui ne sont pas prêts à nous assurer des retours sur investissements. Cette étape est celle du gaz naturel. Gagnons déjà cette bataille. On verra après.


m. m

Sourtce : Liberté du 27.02.13

 

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