Un Homme du peuple de Youcef Khider Louelh :Une présentation de Kaddour M’HAMSADJI

Publié le par Mahi Ahmed

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par Kaddour M’HAMSADJI
Mercredi 20 Février 2013
L’Expression

Faire renaître le passé, c’est la meilleure thérapie pour l’homme d’honneur souffrant sans remède pour son propre avenir.

Ce n’est pas une philosophie : c’est une expérience de vie que nous propose Youcef Khider Louelh dans son ouvrage au titre largement explicatif “Un Homme du peuple”.
De la Kabylie à Paris, Moscou et Bakou. Parcours d’un militant progressiste, préfacé judicieusement par Sadek Hadjeres, ancien responsable national du P.C.A. et premier secrétaire du P.A.G.S. Et il y aurait, sans doute, d’autres points d’histoire encore à expliquer, à clarifier et à redresser que le préfacier écarte pour le moment et qui consisteraient à « faire l’analyse des raisons qui ont gravement compromis pour un temps les espoirs de ceux qui, comme Nassim [un des pseudonymes de l’auteur de l’ouvrage], représentaient par leurs luttes et leurs sacrifices un des noyaux de classe les plus conscients et les plus prometteurs ».

Notons que l’auteur prévient dans son Avant-propos : « En 2009, la première version de ce témoignage a été publiée à Paris, suivie, en septembre 2010, d’une seconde édition sous le titre de ; “Mémoires en minuscules”. Être d’ici et aussi de là-bas. »
Pour la présente édition algérienne, celle de la dynamique “El Dar El Othmania”, il précise : « Il ne s’agit en aucun cas d’une reproduction, d’une copie de ce qui a été publié en France. Le contenu de cette édition algérienne a été revu, enrichi, actualisé afin qu’il réponde, le mieux possible, à la perception, à l’approche, des faits et des événements vus d’Algérie. »

Pour l’heure, Youcef Khider Louelh s’attache à nous faire une présentation personnelle de son itinéraire d’Algérien, de militant syndicaliste et politique, ayant vécu à des époques différentes, celles du régime colonial, de la lutte de libération nationale, du début de l’Algérie indépendante et tout particulièrement celle de 1965-1989.

Cette dernière époque lui a tracé un destin nouveau, car, affirme-t-il, il s’était réfugié dans la « clandestinité », c’était le seul choix ; il écrit dans son avant-propos : « Le récit qui va suivre est un témoignage, celui d’une vie, ma vie. »

L’auteur est algérien ; voici quelques lignes glanées pour le situer : Étudiant à l’Institut des Sciences Sociales de Moscou, il fait un mariage russe, au moment de la “Guerre Froide” et du “rideau de Fer”. Il devient ensuite journaliste, puis directeur de Cabinet du maire de Blanc-Mesnil dans la région parisienne.

L’auteur, dont, au reste nous découvrons l’humour, le goût du langage expressif et surtout l’écriture simple, agréable, sans fioriture, sans recherche de forme littéraire, tient à cette première et significative information : « D’après mon père, émigré en France durant de longues années, j’ai vu le jour dans la nuit du 18 au 19 septembre 1936. On attendra pourtant le 13 janvier de l’année suivante pour me déclarer au service de l’état civil de la mairie de mon village. Cette date va demeurer officiellement celle de ma naissance. » Et elle restera son repère indélébile, sa référence identitaire : le droit du sol, le droit d’existence, le droit de pensée, le droit de liberté... et faut-il le mentionner, le droit à la misère et à l’exclusion dans son propre pays.

Il remonte le fil de sa mémoire. Nous le suivons sur plus de 285 pages de texte serré, si nous comptons, et il le faut, « Les instantanés d’un parcours militant » (un cahier de seize pages de photos-souvenirs du parcours) et une annexe comprenant, explique-t-il, « des extraits du courrier d’une vingtaine de pages (auquel je fais référence dans mon récit) que j’avais adressé de Paris en 1980 à la direction du P.A.G.S., en Algérie ».

Youcef Khider Louelh est né dans une famille algérienne modeste à Taourirt-Moussa, situé à 20 km de Tizi Ouzou ; ce village, « comme tous les autres villages kabyles, est perché au haut d’un piton. » Il y a fait sa première scolarité dans une école coranique comme la plupart des enfants « indigènes », puis dans une école française.

Encore adolescent, il rejoint son père émigré en France et travaille en usine. Il fréquente des adultes, partage leur vie très ordinaire - mais qui forge la volonté - et leur espoir de changer leur exil en un prochain retour au pays enfin, un jour, débarrassé du colonialisme, devenu indépendant et libre.

Il entre en clandestinité comme il entre en militantisme. Il suit le mouvement syndical et politique, adhère aux partis, très divers, qui l’éveilleront au nationalisme MTLD, FLN, CGT, PCF, PCA, ORP, PAGS. Or, dans le même temps, « la convocation » de se présenter à une caserne de Vincennes l’a démoralisé : « Pour une tuile, c’est tout un toit qui me tombait sur la tête, » écrit il.

Son incorporation forcée sous le drapeau français qui le conduit dans une Algérie en guerre a eu pour effet de renforcer ses convictions nationalistes.
À l’indépendance, il rentre en Algérie pour servir son pays, mais à partir de 1965, il opte de nouveau pour une clandestinité politique.

Cette fois, l’exil prend un autre sens, celui de l’honneur de l’homme qui veut se construire tout en ayant scotché son pays au creux de son cœur.

Peut-être, en exil se sentait-il partout en Algérie : il avait amassé tant de souvenirs, richesses absolues, pour alimenter ceux qui l’aidaient à vivre, en quelque lieu qu’il se trouve, perpétuellement en algérien. Sans doute, ce n’est qu’un point de vue, mais un point important que Youcef Khider Louelh a magnifiquement et librement développé allant de son village natal Taourirt-Moussa à Alger en passant par Bakou, Moscou et Paris.

« Voilà donc, nous dit Youcef Khider Louelh, des instants de vie qui, tour à tour, ont été heureux, complexes ou difficiles mais aussi combien enrichissants. »

Effectivement, “Un Homme du peuple” est à considérer comme un témoignage émouvant, un document d’une grande sincérité de pensée et d’écriture, un message que la jeunesse d’aujourd’hui devrait mesurer en toute équité et clairvoyance, - du fait même que l’auteur, riche de son expérience et plein d’humilité, n’hésite pas à déclarer spontanément : « Par mon récit, je n’ai voulu - ou ne veux - régler de comptes avec personne, sauf peut-être avec moi-même. Aujourd’hui, une nouvelle existence a commencé pour moi. Après onze ans de veuvage, j’ai refait ma vie en retournant aux sources, en Kabylie, ma région, mon terroir, là où sont implantées mes racines, ainsi font les vieux éléphants. »

Source : L’Expression du 20.02.13

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