L'opposition tunisienne est-elle à la hauteur des enjeux?

Publié le par Mahi Ahmed

L'opposition tunisienne est-elle à la hauteur des enjeux?

13

 

mars

 

2013

 

L'opposition tunisienne devrait tout faire pour éviter d'encombrer l'agenda politique avec des querelles dérisoires et des questions subalternes et fixer un cap clair et précis: une constitution, une Isie et des élections avant la fin 2013.

Par Salah Oueslati*

Oublions le nombre astronomique de partis politiques qui ont vu le jour avant les dernières élections pour satisfaire les égos surdimensionnés d'une partie de notre élite politique et qui ont ouvert la voie à Ennahdha, seul parti structuré, pour cueillir le fruit mûr de la révolution.

Oublions les 50% des Tunisiens en âge de voter mais qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales et dont personne ne parle.

Ennahdha n'est pas prêt à lâcher le pouvoir

Nous sommes à plus d'une année des dernières élections et le pays est en train de sombrer dans le doute, l'incertitude et le désespoir. Le parti Ennahdha a clairement montré qu'il n'est pas prêt à lâcher le pouvoir et à jouer le jeu de l'alternance démocratique. Il est en train de noyauter, de façon méthodique et systématique, tous les centres de pouvoir et d'imposer son agenda à tout le pays.

Le Titanic est en train de sombrer, mais l'orchestre de l'opposition continue de jouer sa partition. Force est de constater que le parti islamique et les partis de l'opposition ne jouent pas sur le même niveau. Alors que le premier opère que le terrain stratégique, les seconds sont cantonnés sur le terrain tactique avec l'illusion d'avoir remporté des victoires qui n'ont en réalité aucune conséquence sur le terrain politique.

L'opposition continue de croire que le Grand Tunis et les quelques régions côtières constituent l'ensemble du pays, abandonnant ainsi la Tunisie profonde, notamment le nord-ouest et le centre au parti islamiste; des régions qui, ironie du sort, sont celles qui ont le moins voté pour le parti au pouvoir.

 

Il ne faut pas croire que le succès populaire du meeting de Béji Caïd Essebsi à Ksar Helal est un signe avant-coureur d'une victoire écrasante de Nida Tounes aux prochaines élections.

Une partie de l'opposition se rassure comme elle peut en voulant croire que le succès populaire du meeting de Béji Caïd Essebsi à Ksar Helal est un signe avant-coureur d'une victoire écrasante de Nida Tounes aux prochaines élections.

Pourtant, la question essentielle est de savoir si celles-ci auront bien lieu un jour? Au rythme où vont les choses, il est permis d'en douter.

Par ailleurs, il est fort légitime et primordial pour les leaders du Front Populaire de tout faire pour traduire l'assassin de Chokri Belaïd devant la justice et de démasquer les vrais commanditaires de ce crime odieux, mais cette priorité ne devrait pas les détourner de l'essentiel car la vérité n'éclatera un jour que si, et seulement si, de véritables institutions démocratiques sont en place.

La nécessité de s'élever sur le terrain stratégique

En politique, l'émotion aussi légitime soit-elle ne devrait pas l'emporter sur les objectifs stratégiques qui détermineront le sort de tout un pays et de tout peuple.

Alors qu'Ennahdha et ses alliés continuent de jouer la montre par des manœuvres dilatoires flagrantes, l'opposition fait preuve d'une passivité déconcertante: quid de la rédaction de la constitution? Quid de l'adoption d'une loi électorale? Quid de la mise en place d'une Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie)?

L'opposition doit abandonner la politique politicienne, les querelles de personnes, et s'élever sur le terrain stratégique.

Aujourd'hui, la priorité des priorités est de faire appel à des experts en droit constitutionnel dont la Tunisie regorge pour rédiger un projet de constitution alternatif ancré dans notre histoire, nos traditions et notre culture et qui répond aux aspirations de ceux qui ont sacrifié leurs vies pour que les Tunisiens retrouvent leur liberté et leur dignité.

 

La vérité sur l'assassinat de Chokri Belaïd n'éclatera un jour que si de véritables institutions démocratiques sont en place.

L'opposition doit montrer à l'ensemble des Tunisiens et au monde entier qu'un projet constitutionnel alternatif a le mérite d'exister et que celui-ci répond aux aspirations d'une écrasante majorité des Tunisiens et que nul besoin d'une décennie pour le mettre en place.

La même stratégie devrait être adoptée pour la création d'une Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie). Quel rôle une opposition devrait-elle jouer, sinon de proposer une vision et un projet pour le pays? Pourquoi attendre, alors que tout le monde est conscient que le parti islamiste cherche à gagner du temps pour s'emparer du pouvoir par d'autres moyens que des élections transparentes et démocratiques?

Cette approche n'est elle pas le seul moyen de mettre Ennahdha et ses partisans devant leurs responsabilités?

L'opposition devrait tout faire pour éviter d'encombrer l'agenda politique avec des querelles dérisoires et des questions subalternes et fixer un cap clair et précis: une constitution, une Isie et des élections avant la fin 2013.

La société civile a également un rôle primordial à jouer. Les syndicats, les associations, les citoyens ordinaires qui aspirent à la liberté et à la dignité devraient, par des moyens pacifiques, mettre la pression sur les membres de la Troïka pour atteindre un tel objectif; faute de quoi, il est fort à craindre que des élections transparentes ne verront jamais le jour.

Le risque serait alors ou bien la soumission à un régime théocratique ou une guerre civile dont les conséquences seront incalculables. Mais, en faisant tomber la dictature, les Tunisiens ont montré au monde entier qu'ils ne laisseront jamais des parties liées à des idéologies ou des pays étrangers leur voler LEUR révolution, et qu'ils sont capables de se battre pour leur liberté quel qu'en soit le prix.

* Universitaire.

Source :http://www.kapitalis.com/politique/14989-l-opposition-tunisienne-est-elle-a-la-hauteur-des-enjeux.html

Publié dans TUNISIE Spécial

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