La démocratie des gangs
La démocratie des gangs
Objectivement, il est nécessaire que la société s'organise pour faire pression sur ses gouvernants. C'est même une exigence démocratique qui permet, dans le même temps, d'évaluer le degré de développement de la citoyenneté. A condition que cela se fasse dans la défense ou dans la promotion de l'intérêt général. A l'exemple des syndicats des salariés, des associations de défense des personnes vulnérables, de lutte contre les fléaux sociaux ou de protection de l'environnement. Mais ce n'est pas toujours le cas. Surtout quand il s'agit des lobbies. Ces groupes de pression nés dans les pays anglo-saxons avec le capitalisme industriel. Le mot lobby tire son origine de cette époque. Au Etats-Unis, il désignait les salles de la Maison-Blanche où s'exerçait le lobbying et en Grande-Bretagne, il évoquait les couloirs du Parlement où s'établissaient les contacts entre les lobbies et les membres de la Chambre des communes. Aujourd'hui, les lobbies se sont multipliés au point de se compter par milliers. Selon diverses sources, pour l'Union européenne on compterait 15.000 lobbyistes et pour les Etats-Unis autour de 35.000. Les plus influents représentent les banques, les entreprises ou des pays, à l'instar de l'AIPAC, qui guide la stratégie vis-à-vis d'Israël. Le phénomène est totalement légal et les accréditations lui donnent force de droit. Le rôle des lobbies est d'orienter la politique dans le sens des intérêts des payeurs. A cet effet, des milliards de dollars sont déboursés au profit du Congrès des Etats-Unis. Véritables institutions, les lobbies fournissent jusqu'à l'expertise et participent à la prise de décision et à la rédaction des lois au vu et au su des "défenseurs" de la démocratie et de la transparence. Nul ne parle de corruption, alors qu'elle est avérée. A peine relève-t-on des interrogations sur le bien fondé de telles pratiques et l'impact qu'elles "pourraient avoir" sur la représentativité des élus. Ceci en marge de la problématique que peut poser cette représentativité, du point de vue de la validité des choix électoraux, rapportée aux attentes de l'électorat en termes de capacité de ce dernier à discerner entre les programmes qui lui sont proposés. On comprend dès lors pourquoi les promesses des candidats ne sont presque jamais honorées. On comprend moins que des gouvernements, vassalisés par les lobbies, se permettent de détruire des pays et de massacrer des peuples au nom d'une démocratie dont ils ne respectent rien. A moins qu'il faille se faire à l'idée que tout est fait à escient, sous les ordres des lobbies et à leur service exclusif, comme cela a été fait pour Halliburton et consort en Irak et comme cela est en train d'être mené en Syrie sous les bonnes grâces d'autre gangs, au prix de la tragédie que l'on peut observer. Faut-il se résigner ou espérer que le banditisme finira par se brûler les ailes ? Tout augure que nous nous trouvons au seuil d'un grand déballage des frasques du système qui, dans ses propres bases, est de plus en plus démasqué et ne peut pas se départir de semer exclusion, désillusion et désespoir.
Par Ahmed Halfaoui
Source : Les Débats du 11.09.12