Université algérienne :Retour sur trois problématiques lourdes

Publié le par Mahi Ahmed

Université algérienne

Retour sur trois problématiques lourdes

Par : Mustapha MEKIDECHE

Les chances de succès du nouveau régime de croissance, ayant pour objectif de diversifier l’économie algérienne, sont étroitement dépendantes de la promotion et de la qualité du capital humain. Les performances de l’institution universitaire constituent donc, aujourd’hui plus qu’hier, un enjeu majeur pour l’économie et la société algériennes. Trois problématiques lourdes me semblent structurer, de façon récurrente, la crise de l’université algérienne qui persiste malgré la réforme LMD engagée en 2004 et le traitement plus récent de la question des rémunérations et primes du corps enseignant. Ces dernières devront être prises en charge prioritairement par cette institution. Il s’agit de la qualité encore médiocre de l’enseignement, si l’on s’en tient au niveau réel des étudiants diplômés, la maîtrise insuffisante des langues et de la communication écrite et orale des étudiants et de l’atrophie des filières scientifiques et technologiques.
Le premier chantier devra porter sur la question de l’amélioration de la qualité des diplômes et des formations offertes, sachant que l’on a fait le plein en termes de massification de l’enseignement supérieur : chaque wilaya a son université ou centre universitaire, 90% des étudiants disposent de bourses et plus de 50% d’entre eux résident dans des cités universitaires. à titre d’illustration, le Maroc, dont la taille de la population est comparable à la nôtre, a disposé en 2011 de 433 000 étudiants réparties dans 16 universités, alors que l’Algérie a placé 1 251 277 d’étudiants en 2013, répartis dans 92 établissements universitaires, dont 43 universités et centres universitaires. Près de trois fois plus d’étudiants et d’universités que le pays voisin de l’Ouest ! Mais pour autant peut-on se satisfaire de la qualité de l’enseignement supérieur. Hélas non !
Historiquement, l’université algérienne a connu, depuis surtout sa première réforme de 1971, et connaît encore un développement extensif mais non intensif. L’un expliquant probablement l’autre, d’autant que l’université algérienne s’est coupée trop tôt de la coopération internationale qui aurait pu améliorer son faible taux d’encadrement qui constitue la première cause de problèmes de qualité. Qu’on en juge à l’aune de chiffres donnés en leur temps par le ministre sortant du secteur. Partant des effectifs des étudiants de l’année universitaire 2002-2003 qui étaient de 616 270, dont 26 280 en postgraduation, le taux d’encadrement en 2002 était d’un enseignant pour 28,4 étudiants. Pour l’année universitaire 2010-2011, il y a eu 1 250 310 étudiants ayant suivi le cycle, c’est-à-dire le double des effectifs de 2002, mais le taux d’encadrement est resté le même (un enseignant pour 28 étudiants en 2011). Il n’y a pas de miracle : la gestion des flux l’emporte sur la gestion de la qualité. D’où ce classement des universités africaines qui nous montre que l’effort consenti quantitivement ne retrouve pas sa traduction en termes de qualité. Ainsi dans le Top 100 des meilleures universités africaines, l’Afrique du Sud en place 20, l’égypte 18, l’Algérie (et le Maroc) seulement 8 ! Je m’en tiens seulement au classement africain, car nous sommes hors épure dans le classement mondial. Chacun admet que les ressources humaines qui y sont formées ont, au bout du compte et assez souvent, des profils inadéquats à la fois pour le marché du travail et pour la reproduction des élites en général, dont celles de son propre encadrement. Rapidement, la deuxième problématique lourde porte sur la maîtrise des langues étrangères, notamment du français. Cette situation pénalise d’abord les étudiants qui se retrouvent à l’université à suivre des cours, consulter des ouvrages et rédiger dans une langue qu’ils ne maîtrisent pas à la sortie du cycle secondaire. C’est un problème qui peut trouver des solutions pour autant qu’on le vide de sa charge idéologique. Durant la guerre de libération et au début de l’indépendance, des jeunes Algériens ont étudié et obtenu des diplômes performants dans toutes les langues, du chinois au hongrois en passant par le russe, l’anglais et le français ! Dernier point et non le moindre, la régression et le manque d’intérêt pour les filières scientifiques et technologiques que le Premier ministre Sellal a pointé du doigt. Abdelatif Baba Ahmed, ministre de l’éducation, s’inquiète lui aussi de l’ampleur du recul en la matière. Il nous dit à ce propos que “les filières scientifiques sont actuellement boudées, en témoigne le taux de réussite au baccalauréat mathématiques qui ne dépasse pas 3% du taux annuel de réussite au baccalauréat”. Par effet d’induction, l’université a de moins en moins d’étudiants scientifiques dans ses cohortes, alors que l’économie productive en a tant besoin. En conclusion, si l’on arrive à traiter ces trois questions posées à l’université algérienne, on améliorera assurément son classement international et surtout on disposera d’élites en mesure de relever le défi de la croissance durable du pays.

 

M. M.

 

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