Une nouvelle carte du monde

Publié le par Mahi Ahmed

Une nouvelle carte du monde

le 16.09.10

Il y a sept ans, alors que l'on parlait de la nécessité de changer la géographie économique mondiale, ou encore que l’on disait que le Brésil et d'autres pays devraient déjà jouer un rôle plus important au sein de l’OMC, ou intégrer à titre permanent le Conseil de sécurité de l’ONU, nombreux furent ceux qui ont réagi avec scepticisme.

Le monde et le Brésil ont changé à une vitesse effrénée et certaines allégations, qui pouvaient être «vraies» dans le passé, vont se rendre à l'évidence des faits. Le différentiel de croissance économique concernant le monde développé a fait des pays en voie de développement les acteurs principaux de l'économie mondiale. La meilleure capacité d'articulation Sud-Sud, à l’OMC, au FMI, à l'ONU et dans de nouvelles coalitions, comme le BRIC, donne de la voix à des pays auparavant relégués à une position secondaire. Plus les pays en développement parlent et coopèrent entre eux, plus ils sont entendus par les riches. La récente crise financière a rendu encore plus évident le fait que le monde ne peut plus être gouverné par un condominium d'un nombre restreint de pays.

Le Brésil a cherché, sans crainte aucune, à jouer son rôle dans ce nouveau cadre. Au terme de sept années et demie de pouvoir du président LuIa, la vision que l'on a de ce pays, à l'extérieur, est toute autre. Le poids chaque fois plus grand et que nous représentons aujourd' hui — à l'instar d’un nouvel ensemble de pays — est indéniable dans le débat des principaux sujets de l’ordre du jour international, du changement climatique au commerce, des finances à la paix et à la sécurité. Ces pays portent un nouveau regard sur les problèmes du monde, de même qu'ils contribuent à un nouvel équilibre international.

Dans le cas du Brésil, ce changement de perception est dû, en premier lieu, à la transformation de sa réalité économique, sociale et politique. Les avancées réalisées dans des domaines très variés — de l’équilibre macroéconomique à l'acquittement de la dette sociale — ont fait du Brésil un pays plus stable et moins injuste. Les qualités personnelles et l'engagement direct du président Lula dans des sujets internationaux ont concouru à l'apport d’une contribution brésilienne dans les principaux débats de l'ordre du jour international.  

Ce fut dans ce contexte que le Brésil a développé une politique extérieure ouverte et proactive : nous cherchons à former des coalitions qui dépassent les simples alliances et relations traditionnelles — que nous essayons de maintenir — mais aussi d’approfondir, à l’exemple de l'instauration du partenariat stratégique avec l’Union européenne ou bien du dialogue et du partenariat global avec les Etats-Unis. L'importante hausse de nos exportations vers les pays en développement et la création de mécanismes de dialogue et de concertation comme l’Unasul, le G-20 à Rome, le Forum IBAS (Inde-Brésil-Afrique du Sud) et le groupe BRIC (Brésil-Russie-Inde-Chine), ont reflété cette orientation vers une politique extérieure universaliste et débarrassée de visions étroites sur ce que peut et doit être une action extérieure d'un pays présentant les caractéristiques du Brésil.

La base de cette nouvelle politique extérieure fut l'approfondissement de l’intégration sud-américaine. L’un des grands actifs dont jouit le Brésil sur la scène internationale sont les relations harmonieuses qu'il développe avec les pays voisins, à commencer par la relation forte qu’il entretient avec l'Argentine. Le gouvernement du président Lula s'est engagé, dès le premier jour, à intégrer le continent sud-américain au moyen du commerce, de l'infrastructure et du dialogue politique. L'accord Mercosul-Communauté andine a créé dans la pratique une zone de libre commerce englobant toute l'Amérique du Sud.

L'intégration physique du continent a progressé de façon remarquable, y compris avec la liaison entre l'Atlantique et le Pacifique. Nos efforts tendant à la création d'une communauté sud-américaine ont abouti à la fondation d’une nouvelle entité, l'Union des nations sud-américaines (Unasul). Sur les bases d'une Amérique du Sud plus intégrée, le Brésil a contribué à la mise en place de mécanismes de dialogue et de coopération avec des pays d'autres régions, fondés sur la perception du fait que la réalité internationale ne comprend pas déjà, par nature, la marginalisation du monde en développement.

La formation du G 20 de l'OMC, lors de la réunion ministérielle de Cancun, en 2003, fut la preuve de la maturité des pays du Sud, transformant de manière définitive le modèle décisionnel dans les négociations commerciales. L'IBAS fut une réponse aux grands désirs de concertation entre trois grandes démocraties multiethniques et multiculturelles, qui ont beaucoup à dire au monde en termes d'affirmation de tolérance et de conciliation entre développement et démocratie.

Au-delà de la concertation politique et de la coopération entre les trois pays, l'IBAS est devenu un modèle en matière de projets en faveur de nations plus pauvres en prouvant, dans la pratique, que la solidarité n’est pas l'apanage des riches. Nous avons également lancé les sommets des pays sud-américains avec les pays africains (ASA) et avec les pays arables (ASPA). Nous avons créé des passerelles et des politiques entre des régions distantes les unes des autres, même s'il y avait des complémentarités naturelles entre elles.
Ce rapprochement politique a permis des avancées notables dans les relations économiques. Le commerce du Brésil avec des pays arabes a quadruplé en sept années. 

Avec l'Afrique, il a été multiplié par cinq pour atteindre plus de 26 milliards de US$, un chiffre supérieur à celui des échanges avec des partenaires traditionnels, comme l’ Allemagne et le Japon. Ces nouvelles alliances contribuent actuellement à transformer le monde. Sur le plan économique, la substitution du G20 au G7, comme principale instance de délibération en matière de production et de finances internationales constitue l'aveu que les décisions sur l'économie mondiale manquaient de légitimité et d'efficacité sans la participation des pays émergents. C’est aussi vrai concernant la sécurité internationale, lorsqu’on a convaincu l’Iran d'assumer les engagements prévus dans la déclaration de Téhéran ; le Brésil et la Turquie ont prouvé que de nouvelles visions et manières d’agir sont nécessaires pour traiter de thèmes qui, auparavant, l'étaient exclusivement par les actuels membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU.

Malgré des résistances à une initiative qui a vu le jour en dehors du club fermé des puissances nucléaires, nous sommes certains que la conduite du dialogue qu'elle prévoyait servira de base aux négociations futures et pour une éventuelle solution de la question.  Une bonne politique extérieure exige de la prudence, mais elle exige aussi de l'audace ; elle ne peut pas se fonder sur la faiblesse ou sur un complexe d'infériorité. C’est souvent que l'on entend dire que les pays doivent agir selon leurs moyens, ce qui est quasi une évidence, mais la plus grande erreur est de les sous-estimer. Tout au long de ces huit années, ou presque, le Brésil a agi avec audace, et comme d'autres pays en développement, il a changé de place dans le monde. Ces pays aujourd'hui sont vus même par les critiques éventuelles comme des acteurs devant assumer de plus en plus de responsabilités et un rôle chaque fois plus central dans les décisions qui affectent les destinées.de la planète.     

Celso Amorim (Ministre brésilien des Relations extérieures )

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