Un système de formation orienté vers l’emploi et la technologie:Où en est-on en Algérie ?

Publié le par Mahi Ahmed

Un système de formation orienté vers l’emploi et la technologie

Où en est-on en Algérie ?

Par : Mustapha MEKIDECHE

C’est au moins la deuxième fois, depuis le début de l’année, que nous revenons sur ce sujet dans cet espace. L’organisation par le Forum des chefs d’entreprise (FCE), le 29 octobre 2013, d’une rencontre sur le thème “La formation, l’emploi et l’employabilité” souligne aussi la récurrence de cette problématique. Dans tous les cas, cela témoigne d’une prise de conscience partagée sur l’importance du sujet pour l’économie et la société algériennes. Mieux encore, il me semble qu’un consensus se forme et s’élargit sur l’obligation de mettre la promotion du capital humain au cœur de toute politique de croissance et de développement. Cela a été dit dans les conclusions des travaux du Forum économique et social du Cinquantenaire organisé par le Cnes, l’été dernier, et cela a été confirmé plus récemment au cours de la dernière réunion tripartite. Mais, à mon sens, cela n’est pas suffisant pour identifier un chemin vertueux de développement des ressources humaines “employables” et pour s’y engager. Car, malgré le consensus indiqué plus haut, il me semble que les différents acteurs du marché du travail ne partagent pas encore la même vision et encore moins la même feuille de route. Éléments d’explication à partir de la situation actuelle du marché du travail. Commençons par examiner où en est l’appareil d’intermédiation du marché du travail dont la mission est précisément d’assurer l’adéquation entre la demande et l’offre de travail. Il s’agit essentiellement de l’Anem et des agences privées dont la création a été autorisée par décret exécutif n°07-123 complété par celui du 27 avril 2007. La réalité est que les secteurs productifs de biens et de services se plaignent du fait que 37% de leurs offres d’emploi ne sont pas satisfaites du fait de l’inadéquation des profils présentés. À ce sujet, on aimerait savoir où en est le projet d’élaboration et d’implantation de la nomenclature algérienne des métiers et emplois (NAME) initiée depuis janvier 2011. Celle-ci est censée servir de “support à l’analyse qualificative et à la définition des profils d’offres et de demandes d’emploi au niveau des agences d’emploi locales”. Cet instrument, conçu avec le soutien de l’agence française Pôle emploi, permettrait “de se doter d’un référentiel en matière de d’offres et de demandes d’emploi, favorisant un meilleure régulation du marché du travail”. Mais cela servirait surtout à l’Anem pour peser sur les programmes du système de formation professionnelle et même sur ceux de l’enseignement supérieur, afin de les orienter vers la satisfaction de l’offre du marché du travail. La rencontre du FCE, citée plus haut, avait mis l’accent sur trois propositions, dont la “mise en place urgente d’un programme d’envergure pour répondre aux besoins du secteur du BTPH”. C’est juste compte tenu de l’enjeu en termes de création d’emplois et de l’ampleur des programmes récurrents de ce secteur. Mais il y a une autre fenêtre d’opportunité qu’il faudra prendre aussi en compte dans l’urgence. Il s’agit des besoins en main-d’œuvre industrielle pour une réindustrialisation dont il faut convenir qu’elle démarre en Algérie sous diverses formes (partenariats, investissements publics, investissements privés). Il s’agira d’identifier rapidement, dans un souci d’économie d’échelle, les besoins communs en formation technique pour les différents secteurs et filières industriels (mécaniciens industriels, électriciens industriels, instrumentistes, opérateurs tableaux, informaticiens, etc.). D’où, l’importance de la nomenclature NAME dont j’ai parlé plus haut. Ensuite des contrats entre les entreprises aux besoins mutualisés et les systèmes de formation devront être signés et mis en œuvre rapidement. Ce n’est pas la peine de réinventer le fil à couper le beurre : cela a été fait, à grande échelle, dans les années 70. En creusant ce sujet, on arrivera forcément à la question de l’accumulation technologique et à celle de l’innovation industrielle. Au préalable, il faut savoir que l’intégration des productions nationales de biens et de services et l’innovation, qui en deviendrait alors un corollaire, ne peuvent se faire sans un désempaquetage des projets industriels importés systématiquement clés en main. Cette opération ne peut se faire aussi sans des capacités d’engineering nationales qui sont encore à construire. Je l’ai dit dans ma communication à l’ISGP, lors de la tenue, du 20 au 31 octobre 2013, de la 2e Académie africaine du Réseau international de technologie Globalics. Je voudrais, à ce propos, tordre le cou à quelques clichés et lieux communs, et remettre en perspective cette délicate problématique de la technologie, de l’innovation et de la recherche.

On attribue communément le retard technologique et la faiblesse de l’innovation en Algérie au retard de l’Université algérienne, et de façon plus générale, à celui du système de l’enseignement supérieur et de la recherche. Ceci est loin de la vérité. Car, comment voulez-vous qu’il y ait la moindre avancée technologique et le développement de l’innovation avec une industrie qui ne pèse que pour moins de 5% du PIB ? Comment voulez-vous qu’il y ait de l’innovation dans un pays qui importe tout et n’importe quoi ? C’est le développement industriel qui crée la demande d’innovation et de maîtrise technologique, et donc suscitera l’offre d’innovation de la part du système universitaire et de recherche. On ne peut avoir un système de formation et de recherche performant sans production matérielle de richesses dont c’est la finalité. C’est ce qui m’a différencié d’une des thèses développées au cours de la dernière intervention du Forum du FCE sur “l’emploi, la formation et l’employabilité”. Disons, pour conclure en étant beau joueur, que l’un ne va pas sans l’autre. C’est ce que l’on appelle l’effet dialectique de l’industrie sur le savoir.

M. M

http://www.liberte-algerie.com/contribution-economique/o-en-est-on-en-algerie-un-systeme-de-formation-oriente-vers-l-emploi-et-la-technologie-209908

Publié dans Economie et société

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