Tunisie : Une nouvelle Troïka, mais en plus faible?

Publié le par Mahi Ahmed

 

Tunisie : Une nouvelle Troïka, mais en plus faible?



 

« La Troïka actuelle est plus faible que celle du 23 octobre », affirme Mohamed Hamdi, coordinateur de l’Alliance Démocratique

 

« La démarche actuelle où prédominent les intérêts partisans étroits, mènera à l’échec », précise Abderrazak Hammami, secrétaire général du Parti du Travail Patriotique et Démocratique

 

« Parler d’élargissement de la base politique du Gouvernement était une manœuvre pour donner l’impression d’ouverture », déplore Mohamed Kilani, secrétaire général du Parti Socialiste

 

« Un Gouvernement sans une ceinture qui l’entoure, ne pourra aller loin »,

prévient Khémaïes Ksila, dirigeant à Nida Tounès

 

Après 9 mois de concertations, deux mois de négociations et deux semaines de réunions laborieuses et marathoniennes, pour former un nouveau Gouvernement, finalement on revient à la case départ avec les mêmes alliés Ennahdha, le Congrès pour la République (CPR) et Ettakatol. Le premier objectif du remaniement était l’élargissement de la base politique du nouveau gouvernement. Où en est-on à l’heure actuelle ?

Mohamed Hamdi, coordinateur de l’Alliance Démocratique affirme dans une déclaration au Temps que « la Troïka actuelle est plus faible que la précédente. Les partis qui la composent sont plus faibles que le 23 octobre 2011. Ennahdha a des problèmes internes. Le Congrès pour la République (CPR) connaît beaucoup de difficultés. Indépendamment des personnes, nous avons trois reproches faire au programme politique de ce Gouvernement. Primo, la position vis-à-vis de la violence politique n’est pas claire surtout en ce qui concerne les Ligues de protection de la Révolution. Secundo, il fallait s’engager pour une date limite pour le Gouvernement. C’était une manière de faire pression pour qu’il y ait une feuille de route claire. Tercio, l’absence de mécanisme claire de révision des anciennes nominations. Telles sont les premières remarques à relever en attendant de voir comment les choses vont évoluer par la suite pour évaluer à juste titre, l’action du Gouvernement. »

Mohamed Kilani, secrétaire général du Parti Socialiste (PS) n’y va pas du dos de la cuillère. « La Troïka prépare les prochaines élections. Parler d’élargissement de la base politique du Gouvernement était une manœuvre pour donner l’impression d’ouverture. L’intervention de Hamadi Jebali le 6 février pour dire que nous sommes passés à une situation nouvelle, était au fait une tentative de faire passer au second plan l’assassinat de Chokri Belaïd. Nous sommes devant deux options : un Gouvernement qui prépare des élections démocratiques ou un gouvernement qui reproduit le succès de la même coalition aux prochaines élections. Leur objectif est de revenir au pouvoir après les prochaines élections ».

Faouzi Charfi, dirigeant à Al-Massar, affirme au Temps « pour nous, c’est la montagne qui a accouché d’une souris. On voulait un gouvernement de combat et de compétences nationales indépendantes pour tenir à distance l’action du Gouvernement des tiraillements politiques. Malheureusement, le parti au pouvoir est resté dans la même logique, la politique des quotas. Ce qui revient à dire qu’ Ennahdha n’a pas l’intention de reculer. Ils sont revenus au premier carré. C’est un carré affaibli. Le CPR est esseulé, Ennahdha n’est pas en meilleure posture. C’est une Troïka amoindrie, avec un Premier ministre affaibli, puisqu’il aura à ses côtés une sorte d’adjoint qui conduira la barque. Nous allons attendre ce Gouvernement sur les actes pour voir s’il va assumer la sécurité, l’égalité devant la justice, la sécurité des frontières…Le Gouvernement va avoir comme tâche principale de préparer le pays aux prochaines élections. Peut-il tenir le coup jusqu’à cette date ? Il peut continuer s’il a des objectifs clairs et s’il y a retour au calme dans les rues et les institutions. Si les citoyens s’aperçoivent que le Gouvernement n’a pas cette volonté, il risque de tomber. On ne peut pas douter de la neutralité des ministères avant qu’ils travaillent. Il est nécessaire que la neutralité des nouveaux ministres soit palpable et effective. Ils doivent avoir la capacité de réviser les nominations et d’agir de façon indépendante. Il ne suffit pas qu’ils soient indépendants individuellement pris, il faut qu’ils soient indépendants dans leur action. Nous avons besoin d’une ouverture politique. Ce n’est pas avec l’attelage actuel qu’on va l’avoir. Nous ne voyons pas de noms qui inspirent de l’assurance. Les nouveaux membres sont inconnus. On a gardé beaucoup qui ont échoué. C’est un Gouvernement qui ne reconnaît pas l’échec et même s’il le reconnait, il n’agit pas en conséquence. Ce Gouvernement ne va pas produire le choc psychologique dont on avait besoin. Comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, on risque d’avoir les mêmes échecs.

Abderrazak Hammami, secrétaire général du Parti du Travail Patriotique et Démocratique précise au Temps, que « le remaniement ministériel avait pour objectif d’élargir la base politique du pouvoir après que la coalition au pouvoir et surtout Ennahdha ont senti le poids de l’échec. L’initiative de Hamadi Jebali a crée une grande fissure au sein de la Troïka puisqu’Ettakatol l’avait soutenue et Ennahdha et le CPR l’avaient combattue. L’objectif de l’élargissement n’a pas été atteint puisque même Wafa a fait de la surenchère. Nous sommes devant un Gouvernement qui n’arrive pas à élargir sa base. Nous évoluons vers davantage d’affaiblissement politique du Gouvernement, avec de grandes divergences y compris au sein du principal parti de cette coalition. Ce gouvernement n’a pas beaucoup de chances de succès. Il exprime la poursuite de la logique individualiste et sectaire, en produisant les mêmes politiques infructueuses dont les incidences se poursuivent. Le deuxième élément est économique. La situation est très critique. Les dernières augmentations des prix des carburants n’ont fait que mettre de l’huile sur le feu pour compliquer encore plus la situation économique. La situation sécuritaire pose problème. Les Tunisiens ont peur de la poursuite de la violence. Le plus grand échec à ce niveau est le non dévoilement de la vérité sur l’assassinat de Chokri Belaïd. Un gouvernement formé de telle façon ne peut gagner le soutien des politiques. Nous attirons l’attention sur les dangers qui guettent la Tunisie. Nous ne voulons pas d’une Tunisie qui plonge dans les crises. La démarche actuelle fondée sur les intérêts partisans étroits et non sur l’intérêt du pays, mènera à l’échec. Nous resterons dans l’opposition qui attirera l’attention sur les défaillances ».

Khémaies Ksila, dirigeant à Nida Tounès regrette que « l’élargissement de la bases du pouvoir est des alliances n’a pas eu lieu. Un Gouvernement sans une ceinture qui l’entoure, ne peut aller loin. Cette ceinture devait être produite par le dialogue qui n’exclue personne. Les citoyens peuvent fermer l’œil sur la formation du Gouvernement, lorsqu’il y a une feuille de route claire. On a parlé durant des mois d’un élargissement de la base du pouvoir sans résultat ».

Hassine BOUAZRA

Source : Le Temps du 09.03.13

Publié dans TUNISIE Spécial

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