Syrie : le soutien militaire direct des puissances impérialistes occidentales aux rebelles se précise

Publié le par Mahi Ahmed

Syrie : le soutien militaire direct des puissances impérialistes occidentales aux rebelles se précise

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Coordonnée par la visite diplomatique du secrétaire d'Etat John Kerry, la position officielle des puissances impérialistes occidentales s'est précisée cette semaine dans le sens d'un soutien militaire direct à la rébellion syrienne.

Devant les difficultés sur le terrain des rebelles de l'Armée syrienne dite libre (ASL) face aux troupes du régime de Bachar el-Assad, les puissances occidentales ont officialisé cette semaine leur soutien logistique à la rébellion.

Les États-Unis ont préparé leur grand bond en avant dans le soutien à la rébellion par le tour diplomatique de John Kerry, auprès des alliés de l'OTAN en Europe (France, Grande-Bretagne, Allemagne et Italie) et au Proche-Orient (Turquie, Arabie saoudite, Qatar, Égypte et Emirats).

Une promesse concrète lors de la Conférence des « Amis de la Syrie » à Rome, mercredi dernier, les États-Unis accorderont officiellement une aide de 60 millions de $, pour les rebelles, constituée de vivres et d'équipements militaires non-léthaux (sic), notamment des véhicules blindés.

Un programme secret de formation des cadres de l'Armée rebelle par la CIA est déjà en cours, a averti Kerry, entamé à partir de camps militaires en Jordanie1.

Les sommets américains hésiteraient encore sur la méthode : entre CIA, Pentagone et Département d’État prônant un soutien militaire direct aux rebelles et la Maison blanche craignant pour la légitimité politique de l'opération, risquant d'associer trop étroitement les rebelles aux États-Unis.2

En Europe, la Grande-Bretagne et la France poussent pour un soutien militaire direct aux insurgés

Tout comme en Libye puis au Mali, c'est en Europe que la balance penche vers l’interventionnisme le plus ouvert.

Ce qui s'insère par ailleurs dans les plans américains visant à déléguer certaines interventions en Afrique du nord et au Proche-orient à leurs vassaux européens pour se consacrer à l'endiguement de la Chine en Extrême-orient.3

Sous pression de la Grande-Bretagne, les ministres des affaires étrangères l'Union européenne ont voté le 18 février la levée de l'embargo, sous un délai de trois mois, sur l'envoi de « matériel militaire non-létal et l'assistance technique » aux rebelles.4

Soutenue par l'Italie et surtout la France, la Grande-Bretagne a poussé pour la levée immédiate de l'embargo sur les armes létales, essuyant les réticences de la majorité des États, en premier lieu de l'Allemagne.

William Hague, ministre des affaires étrangères britannique, a confirmé que la Grande-Bretagne allait intensifier son soutien à l'opposition par tous les moyens possibles, d'abord l'envoi d'équipements militaires non-léthaux mais l'envoi ultérieur d'armes létales n'est « pas à exclure ».5

Derrière le fer de lance belliciste britannique, la France de François Hollande, déjà en guerre au Mali s'inscrit dans la continuité de l’œuvre de son prédécesseur Nicolas Sarkozy en Libye.

La visite de John Kerry à Paris mercredi fut d'une part l'occasion pour les États-Unis d'apporter leur soutien, prudent, à l'entreprise militaire française au Mali, d'autre part une opportunité pour adopter une position commune de soutien ouvert à l'opposition syrienne.

Le ministre des affaires étrangères française, Laurent Fabius, après s'être félicité de la levée partielle de l'embargo européen (« c'était la position de la France »6) a appuyé la position de « nos amis américains », de soutien militaire à l'opposition :

« La France a été la première à reconnaître la Coalition nationale syrienne. Maintenant, si nous voulons un nouveau régime, il nous faut soutenir l'opposition. »7

La poussée britannique et française n'est que la formalisation d'un état de fait, d'ores et déjà leurs services de renseignement accordent un soutien logistique sous formes d'informations et renseignements secrets8, de formation militaire dans les camps de Jordanie ou de Turquie9.

En Allemagne même, le débat fait rage. Le diplomate Wolfgang Ischinger, ancien secrétaire d'Etat au moment de la guerre de Yougoslavie et partisan historique d'une ligne d'alignement sur les Etats-unis, a déjà lancé un appel à armer les rebelles10 :

« Il est temps que l'Allemagne et ses partenaires discutent du soutien à apporter aux rebelles syriens, et cela comprend les armes (…) si les occidentaux livrent eux-mêmes des armes, il y a des chances qu'on puisse influencer ceux qui vont les utiliser ».

Les monarchies absolues du Golfe et la Turquie continuent d'armer la rebellion, malgré leurs calculs stratégiques divergents

Les principaux bailleurs de fonds de la rébellion continuent leur tâche. Qatar et Arabie saoudite soutiennent des groupes islamistes rivaux, combattants proches des Frères musulmans pour les premiers, les salafistes fondamentalistes pour les seconds.11

Des sources fiables au sein du renseignement américain ont révélé dernièrement le parcours aussi stupéfiant que banal du trafic d'armes vers la Syrie.12

Des milliers d'armes lourdes croates (bravant l'embargo de l'UE), des lances-roquettes anti-char aux mitrailleuses issus des stocks de la guerre de Yougoslavie, seraient achetées par l'Arabie saoudite et transportées aux rebelles via la monarchie absolue jordanienne.

L'Arabie saoudite et le Qatar ont multiplié les déclarations ces dernières semaines pour pousser les puissances occidentales à accorder une aide militaire directe aux rebelles :

« Mon pays estime que la brutalité du régime syrien contre son peuple rend nécessaire l'armement du peuple syrien », selon les termes du ministre des affaires étrangères saoudien Saoud-al-Faisal.

Même son de cloche pour le premier ministre qatari : « Nous soutenons l'opposition, peu importe ce dont elle a besoin, même si ce sont des armes pour se défendre ».13

Dans un conflit qui ressemble de plus en plus à jeu de puissances, l'Iran et la Russie apportant leur soutien logistique en sous-main au régime d'Assad, la Turquie reste toutefois l'allié proche le plus sûr de la rébellion.

Elle constitue non seulement une base arrière de repli capitale au nord, à Adana ou Gaziantep, mais aussi un canal de livraison pour les équipements militaires venus du Golfe et contrôlés par les services de renseignement occidentaux.14

La Turquie est le premier soutien du « Conseil national syrien » dont le QG se trouve à Istanbul. Pilotée par Ankara, la rébellion est sous hégémonie islamiste sunnite, autour des Frères musulmans, soutenus également par le Qatar.

Pour la Turquie, l'objectif est double :

D'une part, créer les conditions d'un État islamiste en Syrie et surtout utiliser les islamistes comme une arme contre les minorités en Syrie, chrétienne, alaouite mais surtout kurde. Le soutien aux islamistes de Jabet-al-Nousra, aux exactions reportées contre la minorité kurde, va dans ce sens.

D'autre part, étendre la sphère d'influence de la Turquie, dans le cadre de la constitution d'un impérialisme régional. Le nord de l'Irak et le nord de la Syrie sont d'ores et déjà compris dans la sphère d'influence économique et politique turque.15

Information relayée par certains médias occidentaux, mascarade éhontée, les premières « élections libres » en Syrie ont vu 250 combattants islamistes élire 30 représentants militaires pour la province d'Alep. Un vote « démocratique » organisé dans la ville turque de Gaziantep.16

Le seul perdant à coup sûr de la guerre civile syrienne est le peuple syrien lui-même, victime du grand jeu des puissances impérialistes tantôt rivales tantôt complices, plus que jamais hors d'état de décider du sort de son propre pays.

 

1Le Figaro, 1er mars, "Des forces spéciales américaines entraînent des rebelles syriens en Jordanie"

2The Wall Street Journal, 12 février, "Obama blocked rebel arms"

3Les Echos, 19 février "Les premières leçons de l'intervention au Mali"

4AFP, 18 février

5BBC, 3 mars, "William Hague 'won't rule out' arming Syrian rebels"

6AFP, 18 février

7US dept of State, 27 février

8Sunday Times, 19 août 2012, "Syria rebels aides by UK intelligence"

9The Times, 1er mars, "US and allies are training rebels in fight against Assad"

10Der Spiegel, 4 mars, "EU may provide training to syrian rebels"

11The Guardian, 10 octobre 2012, "Arms supplies to Syrian rebels dry up amid rivalries and divisions"

12New York Times, 25 février, "Saudis Step Up Help for Rebels in Syria With Croatian Arms"

13Reuters, 20 février

14New York Times, 21 juin 2012, "CIA said in steering arms to syrian rebels"

15New York Times, 27 février, Turkey’s Foray Into the Fertile Crescent

16AFP, 2 mars

 

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